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Cours Integration Economique R 2015

Le document traite de l'intégration économique régionale, définie comme un processus multidimensionnel d'interdépendance entre économies nationales. Il explore différentes conceptions de l'intégration, notamment libérale, volontariste, géographique et institutionnaliste, ainsi que les effets d'une union douanière et les théories des zones monétaires optimales. Enfin, il souligne l'importance de la coopération économique pour améliorer la position des pays dans la division internationale du travail.

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Cours Integration Economique R 2015

Le document traite de l'intégration économique régionale, définie comme un processus multidimensionnel d'interdépendance entre économies nationales. Il explore différentes conceptions de l'intégration, notamment libérale, volontariste, géographique et institutionnaliste, ainsi que les effets d'une union douanière et les théories des zones monétaires optimales. Enfin, il souligne l'importance de la coopération économique pour améliorer la position des pays dans la division internationale du travail.

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UNIVERSITE DE KOUDOUGOU UFR-SEG

MAITRISE
INTEGRATION ECONOMIQUE REGIONALE
PROF : DIARRA 30/06/2015

INTÉGRATION ÉCONOMIQUE RÉGIONALE


Sommaire
INTRODUCTION GENERALE ....................................................................................... 2
CHAPITRE I : LES DIFFERENTS CONCEPTS DE L’INTEGRATION ECONOMIQUE
REGIONALE ............................................................................................................................. 3
Introduction ............................................................................................................................ 3
I- La conception libérale ........................................................................................................ 3
1.1. la zone de préférence douanière (ZPD).................................................................... 4
1.2. l’Union Douanière (UD) .......................................................................................... 4
1.3. Le Marché Commun ................................................................................................ 5
1.4. L’Union Economique (UE) ...................................................................................... 5
II- La conception volontariste ................................................................................................ 6
III- La conception géographique ............................................................................................ 6
IV- La conception institutionnaliste ....................................................................................... 7
Conclusion .............................................................................................................................. 8
CHAPITRE II : ANALYSE THEORIQUE DES EFFETS D’UNE UNION DOUANIERE .... 9
Introduction ............................................................................................................................ 9
I- Les principes fondamentaux de l’analyse tarifaire et les arguments en faveur du
protectionnisme ...................................................................................................................... 9
1.1. Les instruments de protection .................................................................................. 9
1.2. Les effets d’un droit de douane .............................................................................. 12
1.3. Les arguments en faveur du protectionnisme ........................................................ 20
II- Les coûts et avantages d’une union douanière : une analyse statique ............................. 22
2.1. Création et détournement trafic : analyse graphique ................................................. 23
2.2. calcul théorique du gain net ou de la perte nette ....................................................... 25
2.3. Evaluation empirique : l’indicateur de BELA BALASSA ....................................... 27
III- Analyse dynamique des effets d’une union douanière : Economie d’échelle et union
douanière .............................................................................................................................. 27
3.1 Les limites de l’analyse classique .............................................................................. 27
3.2 Economie d’échelle et Intégration Economique Régionale ....................................... 28
CHAPITRE III : L’UNION ECONOMIQUE ET LES THEORIES DES ZONES
MONETAIRES OPTIMALES Z.M.O ..................................................................................... 32
INTRODUCTION ................................................................................................................ 32
I. Les enseignements des théories des ZMO .................................................................... 33
1.1. Coûts et avantages pour un pays participant à une union monétaire ..................... 33
1.2. Les théories des ZMO ............................................................................................ 36
II. Solutions proposées pour assurer la viabilité des unions monétaire : le cas des critères
de convergence de l’UEMOA ............................................................................................. 39

COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 1
INTRODUCTION GENERALE

L’intégration économique régionale est un concept ambigu. Le concept est utilisé pour
désigner soit un résultat ou un instrument de politique économique.

En tant que résultat, l’IER peut traduire deux réalités : Elle traduit une intensification des
échanges de biens et de services voire de facteurs de production à l’intérieur d’un espace
géographique composé de plusieurs pays indépendants. Elle peut également traduire un
processus d’intégration des marchés c’est-à-dire l’unification des prix des biens et services
voire des facteurs de production.

En tant qu’instrument de politique économique, l’IE désigne tout accord de coopération ayant
une portée économique entre Etats d’un espace donné. En général l’accord a pour objectif
l’intégration des marchés à l’intérieur de la région.

En un mot, l’intégration économique régionale est un processus multidimensionnel qui


conduit à des interdépendances entre des espaces économiques nationaux. Celles-ci sont
repérables au niveau des flux de marchandises, des flux de capitaux et des relations
d’information ; des convergences entre des économies que l’on peut évaluer en termes
d’indicateurs de convergences commerciaux et financiers ; des projets conjoints (coopération
fonctionnelle et thématique) ; des coordinations, des harmonisations voire des unifications de
politiques économiques se traduisant par des transferts de souveraineté.

Le processus d’intégration économique connaît un regain d’intérêt depuis le début des années
1980. En effet, après s’être illustrée dans les années 1950 comme une autre alternative au
multilatéralisme, il connut une certaine léthargie dans les années 1970. Et depuis le début des
années 90, le processus s’est considérablement accéléré avec la création de nouveaux espaces
communs (ALENA ou NAFTA, MERCOSUR).

Ce renouveau du régionalisme dans un contexte de mondialisation a conduit à un


renouvellement analytique. Il s’en est dégagé plusieurs conceptions de l’intégration
économique. Ces différentes conceptions de l’IER font l’objet du chapitre 1.

Le processus comporte des coûts et des avantages. Mais avant d’analyser ces coûts et
avantages il importe de comparer au préalable les deux cas de figures extrêmes à savoir le
libre-échange et la protection. En effet, est-il préférable pour une économie d’être ouverte au
RDM ou d’être protégée ? La réponse à cette question sera donnée dans le chapitre 2. Ce
chapitre analysera dans un premier temps les effets de la protection en tirera certains
arguments théoriques avant d’évaluer les effets théoriques de l’intégration Économique.

Un dernier chapitre nous permettra d’analyse, à la lumière des débats théoriques, le processus
d’intégration économique en cours en Afrique de l’Ouest.

Quelle que soit la définition retenue, la création des zones d’intégration régionale est motivée
aujourd’hui par la volonté du groupe de pays d’améliorer leurs positions au sein de la division
internationale du travail. Ces derniers veulent accroître les économies d’échelle, améliorer
leur productivité et renforcer leur implantation sur les marchés d’exportation.

COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 2
CHAPITRE I : LES DIFFERENTS CONCEPTS DE L’INTEGRATION
ECONOMIQUE REGIONALE

Introduction

La caractéristique majeure de l’IER s’est qu’elle est multiforme et [Link] peut


s’agir soit d’une entente ou d’une coopération (politiques économique, commerciale,
diplomatique, sectorielle, militaire, etc.) ou une coopération entre plusieurs pays regroupés au
sein d’un espace donné, soit une pratique d’acteurs économiques constitués en réseaux
commerciaux, financiers ou technologiques.

Par ailleurs, le renouveau du concept dans un contexte de mondialisation a conduit à de


nouvelles théories a la différence des analyses théoriques des années 50 (J VINER,
MEADE), l’IER ne porte pas seulement sur les échanges commerciaux, elle concerne aussi
les flux de capitaux et de travailleurs, la mise en place d’un environnement institutionnel
commun et la coordination des politiques permettant des convergences des Economies et un
ancrage des politiques économiques.
De ces analyses, on peut dégager avec P. HUGGON, plusieurs conceptions de l’IER :
la conception libérale ;
la conception volontariste ;
la conception de la nouvelle Economie Industrielle,
la conception de la géographie.

I- La conception libérale

Selon la conception libérale, l’IER est assimilée à la libération des échanges des biens et
services et facteurs de production. La théorie développe à cet effet est statique. Elle met en
relief les créations et détournements de trafic et l’optimum de second rang. La théorie
dynamique met en relief la concurrence des économies d’échelle et les changements des
termes de change.

Selon la conception libérale intégrée c’est réduire les distorsions des politiques nationales et
déplacer les frontières nationales en se rapprochant du marché international.

COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 3
La réduction des distorsions peut se faire en plusieurs étapes et on distingue plusieurs stades
de l’intégration :
 la zone de préférence douanière ;
 l’union douanière
 le marché commun
 l’union économique

1.1. La zone de préférence douanière (ZPD)

La ZPD constitue le premier niveau d’intégration par le marché. Une ZPD ou Zone de Libre
Echange, un certain nombre de pays pratique par leur commerce mutuel des tarifs douaniers
nettement plus bas que ceux en vigueur dans leurs relations commerciales avec les autres
pays.

Historiquement la ZPD trouve son origine dans des relations commerciales particulières entre
certains pays métropolitains et leurs ex-colonies.
Actuellement, elle est utilisée entre pays développés intégrés dans un ensemble
communautaire et les pays en développement.
Ex : l’UE et pays ACP
NB : on parle de Zone de libre échange lorsque dans la ZPD, les droits de douanes sont
supprimés dans les échanges commerciaux toutefois, chaque pays reste membre de sa
politique commerciale avec les pays tiers.
La ZPD ou libre échange peut-être une structure définitive. Elle peut aussi n’être qu’une
première étape pour accéder à des niveaux plus élevés d’intégration.

1.2. L’Union Douanière (UD)


On retrouve dans l’UD, le désarmement douanier de la zone de libre échange avec une mesure
supplémentaire : le commerce avec les tiers est dorénavant régis par un tarif extérieur
commun et unique (TEC) de sorte que les pays membres de l’UD renoncent pratiquement à
toute souveraineté en matière de politiques douanières UD=ZLE+TEC.

Seulement, il se trouve que les droits de douanes ne constituent pas le seul obstacle aux
échanges commerciaux des entraves à la libre circulation des marchandises peut subsister
COURS d’IER
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même après un désarmement douanier. C’est la raison qui conduit à la mise en place du
marché commun.

1.3. Le Marché Commun


Le marché commun est situé à une phase immédiatement après la constitution de l’UD. Dans
une UD, la concurrence commerciale peut être faussée lorsqu’un pays permet à ses entreprises
d’obtenir des avantages réduisant les coûts d’exploitation, en leur consentant par exemple des
faveurs fiscales ou monétaires (subventions, faible taux d’imposition). On rentre ainsi dans la
phase du marché commun. Le marché commun garantit en effet non seulement le libre
échange des marchandises et services, mais également la liberté totale de la circulation des
facteurs de production.

MC : UD+ libre circulation des facteurs de production

1.4. L’Union Economique (UE)


Dans un marché Commun, il existe le risque que les facteurs de productions se dirigent vers
un pays donné tout simplement à cause de conditions particulièrement favorables qui leur sont
faites par la politique économique de ce pays. C’est pour éviter de telles distorsions
susceptibles de perturber la concurrence que les efforts sont déployés en vue d’éliminer des
obstacles non douaniers.
L’UE est un marché commun accompagné d’une harmonisation, ou d’une coordination des
politiques économiques, financières, sociales entre les pays membres. Ex : UE, UEMOA,
CEMAC.

L’idée qui justifie l’harmonisation des politiques économiques est fondée sur l’existence
d’externalités des politiques économiques nationales. En effet, lorsque chaque pays pratique
des politiques macroéconomiques différentes cela peut engendrer des coûts liés à la variation
des variables fondamentales telles que : le taux d’intérêt, le taux d’inflation etc.

NB : au delà de ces cinq (05) étapes on peut avoir un stade suprême de l’IER qui est l’Union
Supranationale. Elle suppose un marché commun plus une unification des politiques
économiques plus une délégation des décisions politiques, juridiques, militaires et un organe
supranational : USA, Nigeria
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II- La conception volontariste

Selon la conception volontariste, l’IER est un processus de déconnexion visant à protéger les
économies de la mondialisation. Elle suppose une protection des politiques d’aménagement
du territoire, la construction de système productifs plus ou moins déconnecter du système des
prix mondiaux. Le cadre d’analyse est celui des économies dépendantes, extraverties et
désarticulées qui ne peuvent pas construire leur industrie dans le cadre national.

L’intégration vise alors à réduire l’extraversion, à accroître les capacités de coalition et à créer
un marché régional. Les principaux instruments utilisés à cet effet sont la forte protection des
industries, l’économie administrée, mise en place de projets communs ayant des effets de
polarisation. Cette conception a été longtemps défendue par les organisations du Sud
notamment le CEA (Communauté Economique Africaine)

Ex : Plan de Lagos qui a été mis en vigueur en 1980. ce plan visait à éviter les duplications, à
mettre en place des industries lourdes industrialisantes, à lever les goulots d’étranglement tels
que les infrastructures.

III- La conception géographique

Selon cette conception, dès lors qu’il existe des inégalités structurelles, les relations de
marché jouent un rôle non pas régulateur mais amplificateur des asymétries spatiales et des
inégalités de développement.

Les états par une politique volontariste peuvent favoriser les pôles régionaux industriels et
énergétiques pour modifier les hiérarchies spatiales et les inégalités de développement. Il est
alors important de privilégier une politique plurinationale d’investissement accompagnée
d’une stratégie protectionniste modifiant les structures de l’économie et entraînant des
investissements et des innovations additionnelles. Selon cette conception, il s’agit également
de créer des complexes c'est-à-dire de grandes unités de production qui exercent des effets
d’entraînement sur plusieurs nations. Il s’agit par exemple des industries pétrochimiques,

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sidérurgiques et énergétiques. Il y’aura alors création d’effets de liaison entre les fonctions et
des fonctions entre les lieux grâce aux réseaux de transport.

IV- La conception institutionnaliste

Selon la conception institutionnaliste, l’intégration est la mise en place d’un système commun
de règles de la part des pouvoirs publics en relation avec les secteurs privés. Les institutions
sont des systèmes d’entente permettant la convergence des attentes des agents. Elles
stabilisent et sécurisent l’environnement permettant la crédibilité. Cette conception part du
constat fait sur l’échec des voies libérales et volontaristes. En effet, avant d’utiliser les
mécanismes du marché il faut les créer. De plus, les politiques volontaristes ont des impacts
limités et des coûts élevés.

L’expérience africaine par exemple montre qu’il y a un échec relatif de l’Intégration par
Substitution d’Importation (ISI). Cela est dû à la dépendance en intrants et équipements qui
créent des coûts élevés. Or ces coûts sont difficilement supportables dans un contexte de
baisse des prix de matières premières.

La mise en place de politiques communes, d’institutions communes ou de règles communes


devrait favoriser l’attractivité des capitaux et des technologies. Selon James De Melo,
l’intégration par les institutions se justifie par le fait qu’au niveau national des lobbies
peuvent constituer des contraintes à toute reforme au niveau national. A cet égard la
coopération institutionnelle passe par deux canaux principaux :
 d’une part elle réduit le poids des groupes politiquement importants dans chaque
économie et permet de libérer les décisions de politiques économiques de la pression des
intérêts particuliers : c’est l’effet de dilution des préférences.
 D’autre part, elle donne aux états une grande liberté dans le choix des institutions, choix
qui se trouve libérer des contraintes historiques propres à chaque état : c’est l’effet de création
institutionnelle.
Mais simultanément, la coopération institutionnelle entraîne une réduction de l’autonomie
politique de chaque état c'est-à-dire une subordination partielle aux préférences des autres
états. Cette subordination est partielle puisque chaque état participe aux institutions
communes. La coopération institutionnelle implique un arbitrage entre les différents pays. Le

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compromis peut être favorable à certains états et défavorable à d’autres : c’est l’effet
d’asymétrie.

Conclusion

La réalité concrète des zones intégrées est en général une combinaison des différentes
conceptions analysées. En effet, l’IER est un processus économique qui suppose à la fois :
 Une interdépendance par les marchés c'est-à-dire une libre circulation des biens et des
services et des facteurs de production ;
 Une régulation par les pouvoirs publics et les institutions : c’est la coordination des
politiques ;
 Des projets de coopération et des règles mise en place par des acteurs.

Intégrer dans son sens le plus fort est un processus qui conduit à un plus grand degré de
concertation entre les acteurs. Il s’agit également d’un processus d’interconnexion entre les
unités et de diversification des activités créant un processus de relative irréversibilité et
permettant une plus grande maîtrise des problèmes qui se posent à l’échelle régionale. Il
suppose un transfert de souveraineté à des structures supranationales. L’intégration suppose
également le jeu de règles et de sanctions en cas de non respect. Elle implique également des
mécanismes compensateurs permettant la redistribution des coûts et avantages des mesures.

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CHAPITRE II : ANALYSE THEORIQUE DES EFFETS D’UNE
UNION DOUANIERE

Introduction

La création de zone d’intégration régionale est motivée par la volonté d’un groupe de pays
d’améliorer leur position au sein de la division internationale du travail. Ces pays veulent
accroître les économies d’échelle, améliorer leur productivité et renforcer leur implantation
sur les marchés extérieurs. L’élargissement du marché est en effet considéré comme la force
motrice d’une zone d’intégration dans la mesure ou les marchés nationaux sont souvent très
étroits et ne permettent pas d’exploiter les économies d’échelle et d’accroître la spécialisation.

L’une de caractéristiques principales d’un accord commercial régional réside dans la


discrimination créée en l’encontre du Reste Du Monde. À cet égard, Jacob Viner stipule que
la mise en place d’une union douanière peut produire au moins deux effets :
 L’effet création de commerce et ;
 L’effet de détournement de commerce.

Mais avant d’analyse les avantages et les coûts d’une union douanière, il importe de
comprendre pourquoi les pays sont motivés à participer à une union douanière. Pour ce faire,
il est nécessaire d’analyser les effets théoriques des droits de douanes et d’en dégager des
éléments en faveur de la protection.

I- Les principes fondamentaux de l’analyse tarifaire et les arguments en


faveur du protectionnisme

1.1. Les instruments de protection

Ils peuvent être scindés en deux grands groupes :

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 D’un côté les instruments directs portant sur les biens qui participent aux
échanges internationaux.
 Et de l’autre, les instruments indirects qui habillement concernent plutôt la
production intérieure et ont des effets sensibles sur les échanges.

1.1.1. les instruments directs


Les instruments directs portent sur les produits échanges sur le marché mondial. Les
instruments de protections les plus utilisées sont les Droits de Douanes, les Quotas
d’importation et les Subventions aux exportations.

les Droits de Douanes


Un Droit de Douane est une taxe prélevée sur un produit importé. Elle peut être spécifique ou
elle peut être Ad-valorem.
La taxe spécifique est prélevée sous forme d’une somme fixe par unité de marchandises
importée.
Par exemple : 100f prélevé sur chaque baril de pétrole.
Le droit ad-valorem correspond à un pourcentage du prix CAF par exemple : 20% du prix
CAF d’un baril.

Les droits de douanes constituent le plus simple et le plus ancien des instruments de politique
commerciale. Traditionnellement, les états les utilisaient comme source de revenus. Mais de
nos jours, ils les utilisent plutôt pour soustraire certains de leurs secteurs intérieurs de la
concurrence internationale en augmentant de manière artificielle le prix des produits importés.

les quotas
Les quotas sont définis par l’état à partir de la quantité physique des importations. Ils peuvent
être instaurés unilatéralement ou négociés avec les pays exportateurs qui consentent
volontairement à restreindre leurs exportations. Les états mettent également des systèmes de
quotas par le biais de licence d’importation. Il s’agit de titres de propriétés portant sur le droit
pour le détenteur d’importer une certaine quantité d’un bien donné. L’état peut vendre ses
licences ou les mettre aux enchères auprès d’importateurs intéressés. Il peut également les
délivrer gratuitement en fonction des critères administratifs.

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les subventions à l’exportation
Une subvention à l’exportation est le versement faite à une entreprise ou à un individu qui
expédie des biens vers l’étranger. Tout comme les droits de douanes, ces subventions peuvent
être spécifiques ou ad-valorem. Elles incitent les producteurs à exporter en rendant leurs
ventes à l’étranger plus rentables ce qui à pour effet d’entraîner la hausse des prix de ces
produits sur le marché intérieur.

Lorsqu’un état subventionne l’exportation d’un produit, les négociants auront tendance à
exporter ce produit jusqu’au moment ou le prix intérieur sera supérieur à la somme du prix
d’exportation et de la subvention. La subvention à l’exportation privilégie donc les
producteurs de biens d’exportation au détriment des consommateurs nationaux.

1.1.2. les instruments de protection indirects


Deux types d’instrument sont abordés :
la gestion du taux de change ;
les instruments visant à soutenir les producteurs.

La gestion du taux de change


Le taux de change correspond à la valeur de la monnaie nationale en termes de monnaie
étrangère ou de façon symétrique, la valeur de la monnaie étrangère en termes de monnaie
nationale. Il détermine par conséquent le montant de monnaie nationale qu’un exportateur
percevra en contrepartie d’une valeur donnée d’exportation.

En relevant ce cours, une dévaluation entraîne une hausse du montant de monnaie nationale
qui sera perçu par les exportateurs et du prix qui sera payé par les importateurs. La
dévaluation d’une monnaie encourage donc les exportations tout en décourageant les
importations. La gestion du taux de change peut assurer donc une meilleure protection globale
de tous les exportateurs nationaux et les producteurs de biens de substitution.

Les instruments de soutien aux producteurs locaux


Il s’agit des programmes par produit, des aides à la commercialisation, des subventions aux
intrants et des exonérations d’impôts ainsi que l’aide à l’investissement à long terme. Ces
instruments visent la production intérieure mais non le secteur commercial. Ils ont toutefois

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des conséquences commerciales décisives puisqu’ils affectent la compétitivité des producteurs
nationaux vis-à-vis de leurs concurrents internationaux.

1.2. Les effets d’un droit de douane

Dans cette section seront analysés les principaux impacts économiques engendrés par les
mesures de protection en utilisant la méthode de l’équilibre partiel. Pour ce faire, on va
distinguer deux cas : Le cas d’un petit pays dont les décisions ne peuvent influencer les prix
internationaux et le cas d’un grand pays qui est en mesure d’influencer les prix mondiaux à
travers ses politiques commerciales.

1.2.1 Le cas d’un petit pays


Le cas d’un petit pays signifie que les modifications induites par ses mesures de protection
sont suffisamment faibles pour ne pas avoir des impacts sur les prix internationaux. On
suppose en outre une situation concurrentielle dans laquelle les échanges sont libres et ou à
défaut de mesures de protection, le prix intérieur du produit échangé devient égal au prix
international.

D S

Ph
PT
d
Pm
c c
c

COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 12
L’analyse des effets distinguent deux cas complémentaires :
l’effet droit de douane sur les prix et les quantités ;
l’effet sur le bien être
Le graphique ci-dessus s’interprète comme suit :
On part d’une situation de libre échange ou le prix intérieur du bien est égal au prix
international Pm. On suppose que le petit pays décide d’instaurer un droit de douane de sorte
que le prix intérieur devient Pt. L’instauration de ce droit de douane engendre
progressivement une série de réaction de la part des producteurs et consommateurs du bien
jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre soit atteint sur le marché intérieur de ce bien.

En comparant donc les situations de départ et d’arrivée telles qu’elles sont illustrées par le
graphique, les conséquences d’un droit de douane se présentent de la manière suivante :
 le prix extérieur augmente de Pm à Pt,
 la production intérieure augmente de So à S1
 la consommation intérieure diminue de Do à D1
 le volume des importations diminue de Mo à M1
 l’état dégage un revenu équivalent à la partie hachurée

Au total les producteurs profitent de prix élevé qui les encouragent à augmenter leur
production et l’état perçoit quelques recettes grâce aux droits de douane. La dépendance vis-à-
vis des importations du bien diminue et les consommateurs sont perdants puisque le prix du
bien augmente ce qui les incite à réduire leur consommation.

Les effets sur le bien-être


L’instauration d’un droit de douane engendre des gagnants et des perdants, et a donc une
incidence sur le bien être des citoyens.
L’ampleur de cet incident peut être évaluée en utilisant les concepts du surplus du
consommateur et du producteur.

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Comme indiqué ci-dessus l’instauration du droit de douane contribue à augmenter le
prix intérieur au-delà du prix mondial d’un montant équivalent à la taxe .cela aura pour
conséquence une diminution de la consommation et importations et une hausse de la
production intérieure.
Les effets en termes de bien être des tarifs douaniers sont synthétisés sur le graphique
ci-dessus. Les effets peuvent être résumés comme suit :
 le surplus du consommateur représenté dans la situation sans droit de douane
par l’aire g+f+b+c+d+e diminue pour ne plus être égal qu’à g+f, il y’a donc
une perte en terme de bien être pour le consommateur qui équivaut à l’aire
b+c+d+e
 le surplus du producteur qui était représenté avant le droit de douane par l’aire
a est désormais égal à a+b. Il y’a donc un gain pour le producteur équivalent à
la surface b.
 le droit de douane génère un revenu pour l’état estimé à la surface d
 la perte en termes de bien être du consommateur (b+c+d+e) est en partie
compensée par le gain du producteur (b) et les rentrées fiscales de l’état (d)

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Dr. M. DIARRA Page 14
Toutefois il reste la part (c+e) qui n’est pas compensée et qui représente une perte
sèche. Le modèle se réfère souvent à ses deux triangles comme représentant la perte de bien
être résultant des mesures fiscales.

groupes Sans droit de douane Avec droit de douane Variation du bien


être
Consommateur g+f+b+c+d+e gf -(b+c+d+e)
Producteur a Ab +b
Etat Aucun d +d
Economie g+f+b+c+d+e g+f+a+b+d -(c+e)

Conclusion
L’ampleur des pertes et bien être des différents groupes et l’effet net sur l’économie
dépendront finalement de l’élasticité des courbes de l’offre et de la demande, du prix
d’importation du produit, des quantités produites, importées et consommées et du montant du
droit de douane

1.2.2 Le cas d’un grand pays


Pour le cas d’un grand pays, on suppose que ses décisions en matière de politiques
commerciales influencent le niveau du prix mondial. Pour analyser les effets du droit de
douane, il importe donc de connaître les effets d’une telle politique sur le marché mondial.
 l’équilibre sur le marché ouvert
On considère deux pays H et F. Les échanges commerciaux entre ces deux pays ont
lieu sur un marché appelé marché mondial. On peut avoir deux situations distinctes :
Le cas d’excès d’offre d’exportation et celui d’un excès de demande d’importation.

Cas d’excès d’offre d’exportation

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Dr. M. DIARRA Page 15
Le graphique représente un marché du point de vue de deux pays (H ,F),le graphique
de gauche le point de vue d’une économie domestique(H) et le graphique de droite représente
le Reste Du Monde ramené à un seul pays F pour simplifier. Le graphique du milieu
représente le marché des échanges entre les deux pays.

Lorsque le prix est égal à Ph, l’offre et la demande sont en équilibre dans le pays
domestique et il n’y a pas besoin d’importer. En revanche dans le pays F, l’offre est
supérieure à la demande à ce niveau de prix. La distance entre OF et OD représente donc ce
que le pays F est prêt à exporter. Comme le prix est trop élevé pour absorber les exportations
potentielles de F, il y’aura une pression sur le prix lorsque les deux pays doivent échanger le
bien sur le marché mondial.

Cas d’un excès de demande d’importation

Supposons que le prix est égal à Pf et que les deux économies s’ouvrent. Il y’a un
excès de demande sur le marché du pays H et donc celui-ci est disposé à importer une quantité
égale à l’écart Dhh-Oh. Mais au prix Pf, il y’a équilibre sur le marché du pays F et il n’y a pas
d’exportations disponibles pour satisfaire la demande d’importation de H. Comme dans le
pays H, l’importation est trop il y’a une pression à la hausse des prix sur le marché mondial.

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Finalement au terme d’un processus de tâtonnement walrasien, le prix sur le marché va
s’établir au niveau du prix mondial à Pm, à ce prix la demande d’importation du pays H est
égal à l’offre d’exportation du pays F. En d’autres termes, la demande excédentaire de H est
comblée par l’offre excédentaire de F (cf. graphique ci-dessus)

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 L’effet du droit de douane sur les prix et les quantités échangées
Supposons que le pays H instaure un droit de douane spécifique égale à T. En l’absence du
droit de douane, les exportations et les importations s’équilibraient au prix Pm c'est-à-dire
d’intersection entre la demande d’exportations et l’offre d’importations, du fait de l’existence
du droit de douane T, le prix change Pm. Une partie du droit de douane doit être absorbée par
les exportateurs sous forme de baisse de leur prix avant droit de douane et l’autre partie se
reflètera dans un prix domestique plus élevé. Pour comprendre ce mécanisme, on peut se
référer à l’effet d’une taxe intérieure sur le prix d’un bien. Pour amortir l’effet de la taxe sur
leurs ventes, les producteurs vont consentir une baisse de leur prix, en clair le fardeau du droit
de douane va être supporté par les exportateurs et en partie par les importateurs. La répartition
exacte dépend des conditions spécifiques du marché.

Le droit de douane augmente le prix du bien dans le pays importateur et le diminue dans le
pays exportateur.
En définitive, le droit de douane entraîne une distorsion :
Le prix du produit dans le pays H devient supérieur au prix du produit dans le pays F. Cette
distorsion est égale au montant du droit de douane spécifique T. le mécanisme s’explique
comme suit :

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Dr. M. DIARRA Page 18
La nouvelle demande d’importations émanant du pays H est plus faible du fait de la hausse
des prix liés à l’instauration du droit de douane. La production intérieure du pays H augmente.
Ces deux effets se conjuguent pour réduire les quantités importées qui passent de M à Mt.
Parallèlement le prix ayant baissé dans le pays F, la demande intérieure augmente et l’offre
intérieure baissent, il ‘sen suit une réduction des quantités exportées de X à Xt. Un équilibre
est atteint lorsque l’offre excédentaire de F à suffisamment baissée pour n’être égale qu’à la
demande excédentaire de H.

C’est ce nouvel équilibre qui est illustré par les points 2 et 3, ainsi les droits de douanes
exercent un effet protecteur sur l’industrie domestique en réduisant les quantités importées et
n augmentant les quantités produites localement.

 Effet sur le bien être

Les effets en termes de bien être du droit de douane sur le consommateur et sur le producteur
sont identiques dans le cas d’un petit pays. En effet comme me prix passe de Pm à Pt, la
quantité offerte par les producteurs domestiques augmentent de So à S1 et la quantité
demandée par ces producteurs passent de Do à D1.
Du fait de la variation du prix, le surplus du consommateur baisse de b+c+d+e. Le surplus du
producteur augmente de la surface b. Le montant du droit de douane est donné par la surface

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d+h puisque le droit de douane est égal à Pt-PFT. Au total, e gain de bien être sera de –(c+e)
+h.
Cette quantité dépend des pertes du consommateur et du montant des recettes dégagées par
l’état grâce à l’effet terme de change.

Le rectangle h représente ce que l’on appelle le gain des termes de change qui est dû a fait que
l’instauration du droit de douane oblige le pays exportateur à réduire son prix pour compenser
partiellement le droit de douane. Ainsi plus un pays est en mesure de peser sur le prix de son
partenaire, plus il est probable que la surface e l’emporte sur les pertes du consommateur
c'est-à-dire – (b+d).

Au total dans le cas d’un grand pays, l’instauration d’un droit de douane peut être bénéfique
(e > (b+d)) alors que pour un petit pays ces politiques commerciales n’engendrent que des
pertes sèches.

1.3. Les arguments en faveur du protectionnisme

L’analyse précédente sur les effets des droits de douanes conclut que l’instauration d’un droit
de douanes est néfaste du moins pour un petit pays. De là se pose la question suivante,
pourquoi les petits pays cherchent à se protéger au lieu de s’ouvrir au reste du monde.
Plusieurs arguments sont avancés pour expliquer cet état de fait. Ces arguments sont de deux
ordres, il y’a les arguments économiques et les arguments non économiques.

1.3.1. Les arguments économiques


Ils sont au nombre de trois :
 L’argument des termes de change ;
 L’argument des industries naissantes et ;
 L’argument de l’emploi.
l’argument des termes de change
Un argument justifiant une déviation du libre échange émerge directement de l’analyse coût-
bénéfice dans un grand pays qui est capable d’affecter les prix faits par les producteurs
étrangers. L’instauration d’un droit de douane abaisse le prix des importations et engendre un
gain. Ce gain (h) doit être pesé par rapport au coût du droit de douane qui résulte des
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Dr. M. DIARRA Page 20
distorsions que celui-ci provoque dans les relations de production et de consommation. Mais
comme il est possible que dans certains cas, que les gains du terme de l’échange excèdent le
coût, il y’a donc un argument des termes de l’échange en faveur des droits de douanes.

Il faut cependant noter qu’il existe un niveau optimal du droit de douane au-delà duquel la
politique commerciale agit négativement sur le bien être du pays. Pour un droit de douane
suffisamment faible, le gain des termes de l’échange doit dépasser le coût, par conséquent le
bien être d’un grand pays est plus élevé avec un droit de douane faible que sous le libre
échange, mais au fur et à mesure que le tarif s’accroît, les coûts se mettent à s’accroître plus
vite que les gains la courbe reliant le bien être national aux droits de douanes se retrouve à un
certain point ici notre point h. un droit de douane prohibitif Tp qui prohibe complètement les
échanges nationaux du pays dans une situation de bien être pire que le libre échange.

Des accroissements supplémentaires de droit de douane au-delà de Tp n’ont pas d’effets de


sorte que la courbe devienne plate. Au point h de la courbe correspond un droit de douane
To. Le bien être national y est maximisé, le droit de douane qui maximise le bien être national
est appelé tarif optimal. To est supérieur à zéro et plus Tp. Soulignons que les petits pays pris
individuellement ont très peu de possibilité d’affecter les prix mondiaux et l’argument des
termes de l’échange ne prévaut plus.

l’argument des industries naissantes


Un pays peut bénéficier d’un avantage comparatif dans certains types de production pour peu
qu’on lui donne le temps de démarrer. Les industries naissantes ne sont pas capables de
surmonter la période de démarrage d’une expérimentation si elles doivent affronter sans
protection les tempêtes de la concurrence internationale.

Cependant avec une certaine protection temporaire, elle peuvent donner naissance à des
économies d’échelles à un gisement de travail qualifié, à des innovations bien adaptées à
l’économie locale et à l’efficience technique caractéristique de nombreuses branches
parvenues à maturité. Bien que ce soit le consommateur sur qui retombe en premier lieu la
hausse des prix dû à la protection, la branche efficiente, une fois qu’elle s’est développée, que
le coût et le prix diminuent effectivement, un droit de douane se justifie lorsque l’avantage

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qu’en retire les consommateurs à cette époque ultérieure est plus que important pour
compenser la perte de bien au cours de la période de protection.

l’argument de l’emploi
Historiquement le désir d’accroître l’emploi au cours d’une période de récession a constitué
une cause profonde du protectionnisme. Celui-ci crée des emplois en augmentant les prix des
importations ce qui permet d’orienter la demande vers la production domestique. Quant la
demande domestique augmente les firmes embauchent d’avantage et le chômage baisse.

1.3.2. Les arguments non économiques

Le bien être économique n’est pas le seul but de la vie. Une nation ne doit certainement pas
sacrifier sa liberté et sa sécurité nationale pour quelques dollars de revenus supplémentaires
obtenus grâce aux échanges extérieurs. Pour l’intégration de nos jours l’argument non
économiques avancés pour justifier sa nécessité est qu’elle offre l’opportunité d’accroître le
pouvoir de négociation des pays membres dans les relations internationales, si ceux-ci
négocient en tant que groupe plutôt qu’individuellement. L’intégration offre aussi la
possibilité de réduire la dépendance extérieure dans un grand nombre de sphères.

II- Les coûts et avantages d’une union douanière : une analyse statique

L’Union Douanière telle qu’elle est définie par Jacob Viner doit remplir les conditions
suivantes :
 une complète élimination des tarifs douaniers entre les pays membres ;
 l’établissement des tarifs communs sur les importations des pays extérieurs à l’union.
 Une redistribution concertée des revenus douaniers entre les pays membres.
L’Union Douanière modifie les courants d’échanges internationaux en créant des liens
privilégiés entre certains partenaires. Les économistes, à la suite des travaux de Viner vont
s’attacher à analyser ces modifications en distinguant :
 des effets de création d’échanges ou de création de création de commerce ou encore de
création de trafic
 des effets de détournement de trafic,
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Dr. M. DIARRA Page 22
 des effets globaux.

2.1. Création et détournement trafic : analyse graphique


Viner examine les effets de l’union douanière du côté de la production, en distinguant deux
principaux effets :
 les effets de création d’échange qui représente une amélioration de l’allocation des
ressources.
 les effets de détournement d’échanges qui représentent au contraire une détérioration
de l’allocation des ressources.

2.1.1. L’effet de création de commerce

Considérons la situation d’un pays X qui importe un produit d’un pays Y, qui le propose au
moindre prix Py par rapport à un autre pays Z, qui lui propose le bien au prix Pz.
L’application du tarif douanier amène le prix domestique de ce produit à Pyt et Pzt
respectivement. Au prix Pzt, le pays Z ne peut pas participer au commerce avec X.

Supposons que le pays X établisse une union douanière avec Y. Dans le pays X, le prix du
produit importé descend immédiatement au prix Py. La consommation s’accroît de D1 à D2
et la production intérieure baisse de S1 à S2 et les importations en provenance de Y
augmentent de S1S2 plus D1D2.

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Les triangles hachurés indiquent exactement ce qui avait été une perte sèche lors de
l’application du tarif douanier, ces triangles indiquent une création pure de commerce.
L’union douanière représente une amélioration de bien être des consommateurs par rapport à
la protection dans la mesure où les facteurs de production sont mieux alloués en fonction des
avantages comparatifs des pays membres. Toutefois, par rapport au libre échange, c'est-à-dire
au prix Pm cette situation ne peut être qu’un second best.

2.1.2 .L’effet de détournement de commerce

Px

Pyt
Pzt
Py
Pz
Pm

On suppose maintenant que le pays X importe le bien avec le pays Z qui propose un prix plus
bas, même avec le tarif douanier.
Supposons que le pays X forme une union douanière avec Y qui produit le bien à un prix plus
élevé que le pays Z (Py>Pz). Dans ce cas, avant l’union douanière, le prix d’échange est Pzt et
la consommation intérieure vaut SD1, la production domestique SS1 et les importations valent
S1S1.
Le prix après l’union douanière descend à Py entraînant un gain de création d’échanges
correspondant aux deux triangles hachurés. Cependant, la source d’approvisionnement entre
les deux pays partenaires n’est pas celle qui offre le plus faible prix, il y’a alors détournement

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de trafic du producteur le plus efficace des deux vers celui qui appartient à l’union douanière,
c'est-à-dire du pays Z au pays Y.
Les biens importés (S2-D2) après l’union douanière pouvaient être payés au prix Pz au lieu de
Py. De plus, les biens importés avant l’union douanière (S1D1 pouvaient l’être au prix Pz au
lieu de Py, on dit dans ce cas qu’il y’a mort subite des importations en provenance de Z. Ce
détournant est représenté sur le graphique par le triangle S qui est une perte de bien être pour
la nation s’approvisionnant auprès d’un partenaire qui n’est pas efficace.

2.2. Calcul théorique du gain net ou de la perte nette

Sur le graphique ci-dessus, le triangle KLJ représente le gain en termes de consommation de


l’union douanière.

AKLJ= ½ KJxLK
=½ΔC x (Pzt –Py)
Notons ε l’elasticité de la demande par rapport au prix et Co le volume de la consommation
avant l’union douanière.
C
C0 P Pzt  Py
 avec P  p zt  Py et 
P P0 Py
P0

P
 C  .C0
Py

A KJL  . Pzt  Py  C0


1 1 2

2 Py

De même la perte de production des entreprises locales vaut l’aire NUV

A NUV  . Pzt  Py  Q0


1 1 2

2 Py

COURS d’IER
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En raisonnant pour l’ensemble des deux pays (X et Y), le triangle NUV représente un
accroissement du volume des échanges donc une amélioration du bien être de l’ensemble de
l’Union douanière.
Le gain total après l’union douanière vaut alors l’aire des deux triangles ( NUV et KJL)

G
1
Pzt  Py 2 C0  Q0 
2Py

Le triangle UKRG représente l’effet détournement de commerce du pays Z vers le pays Y


AUKRG = UK . UG
UK = VL = Mo
UG = Py-Pz
AUKRG = (Py-Pz).Mo

Le résultat net est la somme des effets création de commerce diminué des effets détournement
de commerce.

W
1
Pzt  Py 2 C0  Q0   Py  Pz M0
2Py

W
1
Pz  t  Py 2 C0  Q0   Py  Pz M0
2Py

W
1
t  (Py  Pz )2 C0  Q0   Py  Pz M0
2Py

Le résultat net (W) peut être positif ou négatif ; il dépend de quatre conditions essentielles :
1°) Plus le trafic avant l’union est élevé (t grand) et plus la composante représentant le gain lié à
la création de commerce est importante dans ce cas les chances d’avoir un gain net final sont
grandes.
2°) plus la taille relative des importations avant l’union est petite et plus faible est la partie
représentant l’effet de détournement de commerce, la chance d’avoir un résultat positif est
importante.
3°) moins l’excès de prix de l’union par rapport au libre échange est important et plus la
composante du gain de création de commerce est importante.
4°) plus les élasticités de l’offre et de la demande nationales pour le produit échangeable sont
élevées plus la composante du gain dans le résultat net est importante.

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2.3. Evaluation empirique : l’indicateur de BELA BALASSA

L’indicateur de Balassa est un indicateur parmi tant d’autres pour évaluer les effets de l’union
douanière. Dans son essence, la création et/ou le détournement de commerce s’analysent en
termes d’efficience économique. Il y’a création de commerce si l’Intégration Economique
permet le déplacement des flux vers les producteurs les plus efficients.

Pour construire l’indicateur de Balassa on raisonne sur les élasticités.


Notons e1, l’élasticité des importations, par rapport au revenu avant l’union douanière et e2
cette même élasticité après l’union douanière. Par ailleurs, supposons que e1 et e2 sont
constants c'est-à-dire il y’a absence d’évolution de l’élasticité.

Selon Balassa :
si e2 < e1 il y’a détournement de commerce ;
si e2>e1 il y’a alors création de commerce.

Les élasticités peuvent être calculées en utilisant les importations en provenance de la région
ou en provenance du reste du monde. Elles peuvent être calculées soit en utilisant les produits
agrégés ou produit par produit. L’indicateur du revenu peut être le PIB ou le PNB

III- Analyse dynamique des effets d’une union douanière : Economie


d’échelle et union douanière
3.1 Les limites de l’analyse classique
La théorie classique analyse principalement les effets de l’intégration en termes de création et
de détournement de trafic qui en résultent. Les mérites de l’intégration sont alors évalués en
utilisant l’importance relative de la création d’échanges et de détournement d’échanges
comme critère unique. Une union douanière qui favorise la création de commerce sera alors
considérée comme bénéfique tandis qu’une union douanière qui ne fait que détourner le trafic
est considérée comme préjudiciable.

COURS d’IER
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Cette analyse n’a qu’une portée limitée. Il y’a une raison très importante en cela, elle se situe
dans une optique de libre échange de telle sorte que tout gain ne tire son origine que d’un
mouvement vers le libre échange, ce qui implique de ce fait la diminution ou l’élimination des
industries nationales inefficaces ou à coûts élevés. Si tel était l’objectif de l’intégration et la
seule source de gain qui en découle, on pourra obtenir des gains encore plus élevé en
réduisant les tarifs douaniers sur une base non discriminatoires ou en supprimant radicalement
la protection des entreprises nationales et importer de l’extérieur au prix du marché mondial
tous les produits qui sont nécessaires à l’intérieur et qui étaient auparavant produits par les
entreprises locales désormais évincées.

Par ailleurs si l’on prend en compte les restrictions commerciales et les coûts de transport
dans l’analyse, il est possible pour une union douanière d’être plus bénéfique à une
libéralisation commerciale unilatérale.

L’analyse récente de l’intégration dans les pays en développement part d’un point de vue
différent. On suppose qu’il existe des raisons solides pour protéger certaines activités soit
dans le but d’accroître le revenu soit dans celui d’atteindre certains objectifs non économiques
que l’on recherche pour leurs intérêts propres. Atteindre ces objectifs peut entraîner des
sacrifices économiques mais cela ne supprime pas les raisons qui militent en sa faveur. Dans
cette perspective, les implications de l’intégration économique peuvent être examinées dans
un cadre plus larges qui tiennent compte des économies d’échelles et les divergences entre les
coûts privés et les coûts sociaux. L’analyse qui suit adhère à la formulation des théories de
l’intégration dans sa reconnaissance explicite de l’objectif d’industrialisation et de la
transformation structurelle des économies.

3.2 Economie d’échelle et Intégration Economique Régionale

3.2.1 Rappel sur les économies d’échelle

On distingue trois (03) à travers la courbe de coût moyen à long terme :


1°) le CMLT décroît, ce qui signifie que la production moyenne des facteurs augmente. La
quantité produite croît plus vite que la quantité des facteurs utilisés. Les rendements
d’échelles sont croissants.
COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 28
2°) le coût moyen de long terme est constant ce qui signifie que la production croît au même
rythme que la quantité de facteurs utilisés : les rendements d’échelles sont constants. Le point
EME correspond à l’échelle minimum d’efficience, c’est-à-dire l’échelle de production à
partir de la quelle l’entreprise atteint le CM minimum
3°) le CMLT est croissant ce qui signifie que la productivité globale des facteurs diminue,
donc la production croit moins vite que la quantité des facteurs utilisés : les rendements
d’échelles sont décroissants. l’entreprise subie des dés économies d’échelle.
Habituellement les raisons avancées pour l’allure en u de la courbe de CMLT sont de deux
ordres :
 Une meilleure division du travail : en augmentant son échelle de production
l’entreprise peut opérer une division de travail efficace, c’est à dire une spécialisation
de chaque facteur dans son emploi le plus efficace.
 La présence de coûts fixes : certains frais d’établissement de l’entreprise sont
inévitables même pour un volume de production nul. Et ils ne développent pas au
même rythme que la production. Ainsi certains équipements très coûteux
indispensables à la production pèsent très lourds dans les CM des premières unités
produites mais sont progressivement amortis sur une production à plus grande échelle.

Pour ces deux raisons, le CMLT décroît dans un premier temps avant de croitre dans un
second temps.

3.2.2 La prise en compte des économies d’échelle dans le processus d’intégration

La théorie vénérienne est basée sur l’hypothèse des R.E.C. Ainsi on a supposé que si dans
une industrie, on double la quantité des intrants utilisés, la quantité double également.
Cependant, en pratique beaucoup d’industries sont caractérisées par des rendements
croissants. La production est alors d’autant plus efficiente que l’échelle sur laquelle, elle est
faite est très importante. L’analyse à L.T des effets de l’I.E doit tenir compte de l’existence ou
non de ces économies d’échelles.

On distingue habituellement les effets d'économies d'échelle, l'accentuation de l'échange intra


- branche et le développement des investissements directs en provenance des pays tiers.

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Dr. M. DIARRA Page 29
 Les effets d'économies d'échelle
En premier lieu, l'union douanière permet, grâce à l'élargissement du marché, l'exploitation
d'économies d'échelle conduisant à une réduction des coûts de production et à une plus grande
efficacité de l'appareil productif (contribution au soutien de la croissance économique).
Néanmoins, le problème de la distribution des gains entre Etats membres et celui de la
localisation des unités de production restent posés. En effet, la disparition progressive
d'entreprises d’un Etat membre au profit de firmes plus compétitives de l’union douanière est
source de difficultés si elle se produit dans une région en retard de développement ou dans
une zone en déclin industriel. Les coûts induits par la perte d’activités peuvent être élevés
(contribution à la désertification économique entraînant une perte de vitalité régionale) et sont
ignorés par l’analyse traditionnelle des effets d’économies d’échelle.

 Le développement de l'échange intra-branche

En second lieu, l’union douanière enregistre une intensification des échanges entre Etats
membres et un développement du commerce intra-branche : il s'agit d'échanges croisés de
produits similaires représentant des flux d'importations et d'exportations de grandeur
comparable. Le commerce peut porter sur des caractéristiques absentes du marché
domestique. Dans les échanges croisés, les flux bilatéraux entre deux pays doivent être
distingués des flux multilatéraux entre un pays et tous les autres: a priori, ce sont les flux
bilatéraux qui correspondent véritablement à la définition d'échanges croisés. Pour évaluer ce
type d'échanges, l’indicateur le plus utilisé est celui de Grubel-Lloyd, qui mesure la part du
commerce intra-branche dans le commerce total d’une branche donnée. Avec n, le nombre de
branches étudiées, i, l’indice de la branche et X et M respectivement les exportations et les
importations du pays étudié, le ratio global de Grubel-Lloyd s'écrit :

1 n Xi  Mi
Rg 1 
n i 1 X i  M i

Cet indicateur tend vers 1 quand prédominent les échanges intra-branche. Quand il tend vers
0, le pays considéré importe ou exporte, mais pas les deux à la fois, plusieurs catégories de
produits (échanges inter-branches).

COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 30
 L’accroissement de l'investissement direct en provenance des pays tiers

En troisième lieu, la réalisation de l'union douanière attirée les investissements directs en


provenance des pays tiers. La diffusion des technologies et des normes de production des pays
tiers représente un avantage pour l’union douanière.

COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 31
CHAPITRE III : L’UNION ECONOMIQUE ET LES THEORIES DES
ZONES MONETAIRES OPTIMALES Z.M.O

INTRODUCTION

Les concepts théoriques développés jusqu’à présent ont cherché à montrer les gains et les
pertes liés à la formation d’une union douanière à travers les échanges de biens et services.
Ces développements montrent que sous certaines conditions l’union douanière peut être
préférable au libre échange. Ces développements permettent également de comprendre que
l’Union douanière peut présenter des coûts. A cet égard, il est important de se demander
pourquoi les zones d’intégration ne se limitent pas à l’étape de l’union douanière et évoluent à
des étapes supérieures (marché commun, union économique).

Les effets de l’union douanière développés ici ignorent les aspects liés à la monnaie et donc
au taux de change. Les aspects théoriques relatifs aux politiques de change, politiques
monétaires et politiques budgétaires doivent être analysés pour montrer dans quelles
conditions une union économique ou un marché commun serait viable.

Pour le cas particulier du taux de change, il s’agit donc de se demander s’il est bénéfique de
garder des régimes de change flottant entre les pays membres ou alors opter pour une fixité
de change entre les pays membres. Les théories des ZMO procèdent de cette analyse. En effet,
le concept de zone monétaire optimale a été développé dans le cadre du débat sur les mérites
relatifs des régimes de change fixe et de change flexible.

Une zone monétaire est un espace géographique caractérisé par un régime de change flexible
dans ses échanges avec le reste du monde et un régime de fixe (ou une monnaie) entre les
pays de l’Union. Le souci principal de ces théories est de répondre à la question suivante :
pour quel type de pays et dans quelles conditions un système de change est-il plus efficace
que l’autre ?

L’intérêt de ces théories pour l’intégration économique est de permettre la définition de


critères devant assurés la viabilité de l’Union économique. En effet, l’union économique et
COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 32
monétaire suppose soit une fixité des taux de change entre les pays membres ou une monnaie
unique. Dans un marché commun où coexistent plusieurs monnaies, la stabilité monétaire est
une condition essentielle pour que la libre circulation des biens et services et des facteurs
s’exerce le plus efficacement possible.

Déjà John Stuart Mill estimait que le régime le moins coûteux en termes de bien être était
celui d’une seule même monnaie circulant dans le monde entier. La stabilité monétaire
apparaît donc indispensable dans le cadre d’un processus d’intégration économique. Elle
suppose qu’un certain nombre de conditions soit rempli. Il y’a des conditions structurelles
c'est-à-dire les conditions requises pour que des pays aient intérêt à constituer une zone
monétaire et les conditions de convergence des résultats et des politiques économiques c'est-
à-dire les conditions économiques requises pour que cette unification monétaire soit viable.
Ce sont ces conditions qui sont développées par les théories des ZMO.

I. Les enseignements des théories des ZMO

1.1. Coûts et avantages pour un pays participant à une union monétaire

1.1.1. Les bénéfices

1°) Accroissement de la valeur liquide de la monnaie

Cet avantage résulte du fait que des taux de change potentiellement volatils réduisent la valeur
de la monnaie en tant que stock de valeur. L’intérêt d’une zone monétaire repose donc sur
l’effet de taille : comme la zone est plus grande qu’un seul pays, davantage d’agents utilisent
la monnaie qui ainsi gagne en valeur comme moyen d’échange. Par ailleurs, plus la zone est
importante, plus sa production est diversifiée et donc plus elle aura de probabilité de pouvoir
répondre aux besoins de l’économie par ses propres moyens. Le risque de change représentera
alors un moindre enjeu.

2°) Transparence des prix


Des prix plus transparents réduisent les discriminations des prix et la segmentation du marché.
La compétition est stimulée.

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Dr. M. DIARRA Page 33
3°) Elimination des coûts de transaction

L’élimination des coûts de transaction, dus aux conversions des monnaies étrangères, est le
bénéfice le plus visible et le plus facilement quantifiable d’une union monétaire. Par ailleurs,
l’incertitude des taux de change au sein de la zone monétaire disparaîtra, ce qui provoquera
une baisse des coûts liés aux transactions

4°) Baisse de l’incertitude du taux de change et mécanisme des prix

L’incertitude liée au taux de change engendre une incertitude face aux prix futurs des biens et
des services. Les agents économiques basent leurs décisions concernant la production,
l’investissement et la consommation sur l’information des prix. Une grande incertitude
concernant le taux de change futur réduit la fiabilité du système de prix comme mécanisme
d’allocation des ressources.

Par ailleurs l’augmentation du risque lié à l’incertitude des prix provoque en général une
hausse du taux d’intérêt réel dans la mesure où les investisseurs, avers du risque, réclament
une prime de risque supérieure afin de se protéger contre l’échec potentiel de
l’investissement. Les taux d’intérêts réels élevés rendent difficile une sélection efficace de «
bons » projets d’investissement.

Enfin, selon la théorie de la croissance néoclassique et ses extensions aux dynamiques


d’économie d’échelle, l’élimination du risque de change permet une accélération de la
croissance. Le modèle néoclassique suppose que l’élimination des risques de change,
notamment par l’unification monétaire, réduit le risque systémique de telle manière que le
taux d’intérêt réel baisse. Une baisse des taux d’intérêts provoque une accumulation de capital
et une augmentation de la production par travailleur. En même temps, la productivité du
capital baisse.

5°) Réduction de la volatilité liée à la spéculation

La liquidité et donc la stabilité d’un marché dépend de deux aspects du marché : son étendu et
sa profondeur. La profondeur correspond au volume d’échange du marché tandis que l’étendu

COURS d’IER
Dr. M. DIARRA Page 34
mesure le nombre de participants du marché. La combinaison de l’étendu et de profondeur
indique la taille du participant moyen et de son impact sur le marché.

La création d’une zone monétaire augmente l’étendu et la profondeur du marché et réduit par
conséquent la volatilité des prix ainsi que la possibilité des spéculateurs d’influencer les prix
et donc de perturber la politique monétaire menée.

1.1.2. Les coûts

1°) Coûts de l’abandon de l’instrument de change

Le taux de change est un élément correcteur des perturbations de la demande, des coûts et des
prix. En effet, à court terme, l’instrument de change a une influence sur l’output et la
compétitivité. Contrairement à une politique de réduction de dépenses publiques, la politique
de change agit plus rapidement car les salaires et prix ne sont pas complètement flexibles. En
outre, si un pays opte pour une politique de change, il se protège des effets déflationnistes sur
l’output national. La perte de l’instrument de change constitue donc un coût lors de la création
d’une zone monétaire.

2°) Coûts liés à l’abandon de l’autonomie monétaire

L’intégration monétaire engendre la perte de contrôle sur la politique monétaire nationale.


Cela empêché les pays membres d’agir sur la stabilisation des cycles conjoncturels. Le coût se
traduit donc par une fluctuation cyclique plus forte et s’aggrave avec l’asymétrie des chocs
par rapport aux autres pays membres. Par ailleurs, un pays membre confronté à des prix
nominaux ainsi qu’à des rigidités salariales supérieures à celles des autres membres, peut
subir un taux de chômage frictionnel supérieur à partir du moment où la zone monétaire est
caractérisée par un taux d’inflation bas. Cela peut engendrer dans le « pays rigide » des cycles
d’output et d’emploi plus prononcés à court terme. Finalement, le pays abandonne la
possibilité de réduire ses dettes en provoquant une inflation élevée.

3°) Coûts liés à la détérioration de l’efficience micro-économique

L’intégration monétaire comporte des coûts de transition. Parmi ces coûts comptent les coûts
de l’impression et la fonte d’une nouvelle monnaie (« coinage costs »), les coûts de création
d’une nouvelle autorité supranationale bancaire et les coûts d’ajustement tels les coûts
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psychologiques des consommateurs ou les ajustements nécessaires par les entreprises et
marchés.

En outre, au commencement d’une zone monétaire, le choix d’une parité de taux de change
inadaptée peut nuire au pays dans la mesure où il sera soit trop compétitif soit pas assez
compétitif par rapport aux autres membres.

4°) Coûts liés aux effets externes négatifs

Dans le cas où un ou plusieurs pays membres subiraient des déficits budgétaires considérables
et que de telles dettes devaient être monétisées, la zone assisterait à une hausse du taux
d’intérêt et une perte de la confiance internationale dans la monnaie unique. Les coûts sont
particulièrement élevés pour les pays membres qui, avant l’intégration monétaire,
bénéficiaient de monnaies stables.

1.2. Les théories des ZMO


Les nations qui s’engagent à constituer une zone monétaire renoncent à utiliser entre elles le
taux de change comme instrument de politique économique soit en fixant leur taux de change
de façon irréversible ou en adoptant une monnaie unique. La théorie de la ZMO définie au
départ par Mundel (1961) s’intéresse aux conditions permettant de minimiser le coût d’un tel
renoncement. Autrement dit, les conditions pour que les bénéfices réels pour les pays de
renoncer à l’utilisation du taux de change surcompensent les coûts réels.

Différentes conditions ou critères sont proposées dans la littérature économique :


 une forte mobilité du travail ou une forte flexibilité des salaires et des prix (Mundel
(1961))
 une forte ouverture des économies (Mac-Kinnon (1963))
 la nature de la spécialisation des économies (Kenen (1963))
 le degré d’intégration financière et fiscale (Ingram et Johnson (1969))
 l’homogénéité des préférences (Cooper (1977) et Kindleberg (1986)

1.2.1 Une forte mobilité du travail et une forte flexibilité des salaires et des prix

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Dans sa contribution pionnière, Mundel (1961) propose que la mobilité des facteurs de
production entre les économies d’une zone monétaire soit un mécanisme correcteur au sein de
la zone. Plus précisément, il argumente que la mobilité des facteurs de production entre les
différentes économies participant à une ZM contrebalancent les effets négatifs d’un choc
asymétrique. Pour illustrer cela, considérons deux économies A et B liés par un processus
d’intégration mais touchés différemment par un choc externe (augmentation du prix du
pétrole) ou par un choc interne (récession, chômage, inflation) telle que la demande dans le
pays A se réoriente vers le produit du pays B.

Les conséquences pour le pays A sont une baisse de la production donc une hausse du
chômage et probablement un déficit de sa balance commerciale. Les conséquences pour le
pays B sont inverses, hausse de la production, baisse du chômage, tension inflationniste
excédent commercial.

Dans de telles conditions, trois mécanismes correcteurs peuvent être envisagés :


la dévaluation de la monnaie de l’économie A dont on attend une relance de l’économie
la flexibilité des prix et des salaires : dans l’économie A, affecté par le chômage, une
baisse des salaires sera favorable. on en attend un renforcement de la compétitivité et donc
une hausse de la demande pour les produits de ce pays.
La mobilité des facteurs : le déplacement de la main d’œuvre de l’économie A en
récession vers l’économie B en expansion permettrait de résoudre donc le déséquilibre
commercial du pays A.

Selon Mundel, l’unification monétaire faisant disparaître l’instrument du taux de change


seules les économies ayant une forte mobilité des facteurs et ou une forte flexibilité des prix
et des salaires peuvent viser à constituer une ZMO.
Par ailleurs si la mobilité des facteurs est faible et la rigidité des salaires très forte, les pays
auront beaucoup de difficultés à faire face aux chocs économiques.

1.2.2 Une forte ouverture des économies

Selon Mac-Kinnon (1963), les coûts liés à l’abandon du taux de change comme un instrument
de politique économique diminuent en fonction du degré d’ouverture des économies et de

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l’importance de leurs échanges réciproques. Pour cet auteur, une économie ouverte à intérêt à
participer à un régime de change fixe et cela pour trois raisons :
les variations de change affectent fortement le rapport prix des biens échangeables sur le
prix des biens non échangeables. Ce qui est source de forte instabilité ;
 l’efficacité de la politique de change diminue avec le degré d’ouverture de l’économie.
En effet dans une économie très ouverte lès coûts de production diminuent très fortement
influencés par les prix des matières premières et autres consommations intermédiaires
importées. Lors d’une dévaluation, la hausse des prix des produits importés se répercutent
immédiatement sur les prix des autres biens et sur les salaires. Si les produits importés sont
nécessaires alors les importations ne diminuent pas et la balance commerciale peut se
détériorer d’avantage. En conséquence les effets attendus d’une dévaluation seront limités.
C’est pourquoi les économies très ouvertes peuvent facilement renoncer à la politique de
change.

 une économie très ouverte peut facilement réduire un déficit commercial par sa
politique budgétaire. En effet l’effet multiplicateur des dépenses publiques sur le commerce
extérieur y est plus élevé que dans une économie plutôt fermée.

1.2.3 La nature de la spécialisation

Selon Kenen(1963), moins les économies sont spécialisées c'est-à-dire plus elles ont une
production diversifiée moins elles sont sensibles aux chocs. En effet si la demande d’un
produit décline, les conséquences du choc sur la production et sur l’emploi sont moins
étendues que dans le cas de la monoproduction. Les économies diversifiées peuvent donc
facilement adoptées des changes et s’intégrer à une zone monétaire.

1.2.4 l’intégration financière et fiscale

Une zone monétaire ne peut fonctionner et à plus forte raison être optimale sans mobilité
totale des capitaux et une libéralisation de l’offre des services financiers. Une zone monétaire
optimale est en effet une zone financière totalement intégrée de sorte que les déficits
éventuels sont financés sans pression sur les taux d’intérêt.

1.2.5 l’homogénéité des préférences

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L’union monétaire est un bien collectif, reflet d’une demande commune aux populations des
différents pays membres. Si les préférences pour ces différentes populations sont proches, par
exemple préférence pour une inflation faible, alors les pays remplissent les conditions pour
constituer une zone monétaire optimale entre eux.

Résumé des conditions


Mobilité des facteurs (L)
Flexibilité des salaires et prix
Ouverture
Diversité de la production
Intégration financière
Homogénéité des préférences

II. Solutions proposées pour assurer la viabilité des unions


monétaire : le cas des critères de convergence de l’UEMOA

La stabilité monétaire apparaît plus facile à réaliser si les états partagent des préférences en
matière d’inflation, de chômage et de croissance économique. Sinon, il existe un risque de
replis vers les stratégies individuelles. En cas de difficulté, d’où la nécessité d’examiner les
critères de convergence.
La convergence doit être comprise ici en trois (03) niveaux :
convergence nominale (convergence des taux d’inflation)
La première condition de stabilité monétaire est la convergence des taux d’inflation monétaire
des différents pays.
la convergence réelle (convergence des taux d’intérêt)
Dans une union économique, les taux de croissance des pays membres ne peuvent diverger de
façon importante et durable. Une croissance plus forte que la moyenne enregistrée dans une
économie donnée se traduit par un déséquilibre des échanges qui impliquent un relâchement
de la croissance.

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la convergence structurelle (convergence en termes de qualité de la spécialisation, en
termes de structure par produit échangé).

La stabilité monétaire sera d’autant mieux assurée que la contrainte extérieure sera moins
forte. D’où la nécessité :
d’une bonne adaptation de l’appareil productif à la demande ;
d’une forte spécialisation dans les productions à faible concurrence pour les prix.
En résumé, la mise en œuvre et la viabilité d’une union monétaire implique une convergence
des performances économiques et une cohérence des politiques économiques.

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