L’action pénale en matière de droit de la
propriété intellectuelle en Algérie
Droit matériel
En premier lieu, il convient de noter que le code pénal ne fait aucune mention des droits intellectuels.
Les dispositions pénales relatives aux droits intellectuels se trouvent donc dans des textes normatifs
spécifiques à savoir :
Ordonnance n 03-05 du 19 Juillet 2003, relative aux droits d’auteur et aux droits voisins
Ordonnance n 03-06 du 19 Juillet 2003, relative aux marques.
Ordonnance n 03-07 du 19 Juillet 2003, relative aux brevets d’invention.
Ordonnance n 03-08 du 19 Juillet 2003, relative à la protection des schémas de configuration des circuits
intégrés.
Loi n 04-02 du 23 Juin 2004, fixant les règles applicables aux pratiques commerciales.
Loi n 09-03 du 25 février 2009, relative à la protection du consommateur et à la répression des fraudes.
Loi n 17-04 du 16 février 2017, modifiant et complétant la loi n79-07 du 21 juillet 1979 portant code des
douanes.
L’atteinte illégitime au droit de la propriété
intellectuelle, constitue un délit de contrefaçon.
La contrefaçon revêt des formes multiples selon
la nature du droit transgresser
1/ La contrefaçon en matière de droits d’auteur et droits voisins :
Ce délit est consacré par les articles 151,
152, et 155 de l’ordonnance n 03-05 du 19
Juillet 2003, relative aux droits d’auteur et
aux droits voisins.
L’élément matériel de ce délit consiste en :
La divulgation illicite d’une œuvre ou l’atteinte à
l'intégrité d'une œuvre ou d'une prestation
d'artiste interprète ou exécutant.
La reproduction d’une œuvre ou une prestation
par quelque procédé que ce soit sous forme
d'exemplaires contrefaits.
L’importation ou exportation des exemplaires
contrefaits d'une œuvre ou prestation.
La vente des exemplaires contrefaits d'une œuvre ou prestation.
La location ou la mise en circulation des exemplaires contrefaits d'une œuvre
ou prestation.
La communication illicite de l'œuvre ou la prestation, par représentation ou
exécution publique, radiodiffusion sonore ou audiovisuelle, câblodistribution
ou tout autre moyen transmetteur de signes porteurs de sons ou d'images
ou sons ou par tout système de traitement informatique.
L’élément moral
La contrefaçon requiert que l’infraction doit avoir été commise intentionnellement,
dans le but de reproduire ou de communiquer illicitement une œuvre protégée, avec
généralement l’intention de se procurer, à soi-même ou à autrui, un profit ou un
avantage de quelque nature que ce soit, qui n’aurait pas été obtenu en l’absence de la
reproduction ou communication.
L’élément moral constitue le principal inconvénient de l’action pénale par rapport à
l’action civile où celui-ci n’est pas requis.
La Tentative
À défaut de disposition le prévoyant, la tentative de contrefaçon
n’est pas punissable.
Par exception, l’article 318 BIS DU CODE DES DOUANES instaurant
un délit douanier en matière de propriété intellectuelle couvre
bien la tentative. Cette disposition prévoit que conformément à
l’article 30 du code pénal toute tentative de délit douanier est
considérée comme le délit lui-même.
Les peines
Emprisonnement de six (6) mois à trois (3) ans et une amende de
cinq cent mille (500 000 DA) à un million (1.000. 000 DA) de dinars,
que la publication ait lieu en Algérie ou à l'étranger
Encourt la même peine quiconque concourt, par son action ou les
moyens en sa possession, à porter atteinte aux droits d’auteur ou à
tout titulaire de droits voisins (Art.154 de l’ordonnance n 03-05).
En cas de récidive, la peine est portée au double.
Peines complémentaires
La juridiction compétente peut prononcer :
La fermeture temporaire, pour une durée n’excédant pas six (6) mois, de l’établissement
exploité par le contrefacteur ou son complice, ou le cas échéant, la fermeture définitive.
La confiscation des sommes égales au montant des recettes ou parts de recettes produites
par l'exploitation illicite de l'œuvre ou de la prestation protégée,
La confiscation et la destruction de tout matériel spécialement installé pour mener l'activité́
illicite et de tous les exemplaires contrefaits.
La publication des jugements de condamnation intégralement ou par extrait, dans les
journaux qu’elle désigne et l’affichage desdits jugements, sur la requête de la partie civile.
La remise du matériel ou des copies ou exemplaires contrefaits ou leur valeur, ainsi que les
recettes ou parts de recettes ayant donné lieu à confiscation, à l'auteur ou à tout autre
titulaire de droits ou leurs ayants droit pour, au besoin, les indemniser du préjudice subi.
2/ La contrefaçon en matière de marques :
De façon générale, la marque a pour fonction d'identifier les
produits et services d'une entreprise par rapport à ceux d'un
concurrent. L'atteinte à la marque constitue une contrefaçon.
IL existe en Algérie deux catégories d'actes de contrefaçon de
marque : la reproduction et l'imitation.
Les règles sont posées par les articles: 26, à 33 de
l’ordonnance n 03-06 du 19 Juillet 2003, relative aux
marques.
Constitue un délit de contrefaçon de la marque
enregistrée, tout acte portant atteinte aux droits
exclusifs sur la marque accomplie par des tiers en
violation des droits du titulaire de la marque.
Les faits antérieurs à la publication de l’enregistrement
de la marque ne peuvent être considères comme
ayant porté atteinte aux droits qui y sont attachés.
Les conditions de fond de l’action en contrefaçon de
marque diffèrent selon que la marque est reproduite
ou simplement imitée et que les produits et services en
cause sont identiques ou seulement similaires.
Lorsque la marque est simplement imitée et/ou que les produits et
services ne sont pas identiques mais seulement similaires, il n’y a
contrefaçon que si la preuve de l’existence d’un risque de
confusion est rapportée.
Ce risque de confusion résulte d’une « appréciation
globale » fondée sur l’impression d’ensemble produite sur le
consommateur d’attention moyenne, qui n’a pas les deux
marques simultanément sous les yeux.
En pratique, les juges effectuent une comparaison
d'ensemble. Les similitudes peuvent être tant visuelles,
phonétiques qu'intellectuelles, ce qui implique une
appréhension concrète des signes .
Lorsque les différences sont si faibles que le
consommateur a l'impression d'une identité totale
entre les marques, le risque de confusion dans
l'esprit du public n'a pas à être recherché pour que
l'atteinte à la marque soit caractérisée.
L’élément moral
La contrefaçon requiert ainsi que l’infraction
doit avoir été commise intentionnellement,
dans le but de reproduire ou de communiquer
illicitement une marque protégée.
Les peines
Emprisonnement de six (6) mois à deux (2) ans
et d'une amende de deux millions cinq cent
mille (2.500.000) à dix millions (10.000.000) de
dinars ou de l’une des deux peines seulement.
En cas de récidive, la peine est portée au
double.
Peines complémentaires
Fermeture temporaire ou définitive de l'établissement.
Confiscation des objets, instruments et outils utilisés dans
l’infraction.
Destruction des produits objet de l'infraction.
3/ La contrefaçon en matière de brevet : (article 61 de
l’ordonnance n 03-07 du 19 Juillet 2003, relative aux brevets
d’invention)
En matière de brevet l’acte de contrefaçon est l’atteinte volontaire aux droits
découlant d’un brevet d’invention, sans l'accord de son titulaire, notamment :
Empêcher des tiers agissant sans son consentement de fabriquer,
utiliser, vendre, offrir à la vente ou importer à ces dernières fins ce
produit.
Empêcher des tiers agissant sans son consentement d’utiliser le procédé
et les actes ci-après : utiliser, offrir à la vente, vendre ou importer à ces
fins, le produit obtenu directement par ce procédé́.
Les peines
Un emprisonnement de six (6) mois à deux (2) ans et d’une amende
de deux millions cinq cent mille (2.500.000 DA) dinars à dix millions
(10.000.000 DA) de dinars ou de l’une de ces deux peines
seulement.
Ceux qui ont sciemment recelé, vendu ou exposé en vente ou
introduit sur le territoire national un ou plusieurs objets contrefaits
sont punis des mêmes peines que les contrefacteurs.
Droit procédural :
Les poursuites pénales du délit de contrefaçon ne nécessitent
aucune plainte préalable, ainsi le délit de contrefaçon peut
être poursuivi d’office par le ministère public.
La victime peut également mettre en branle l’action publique
par une constitution de partie civile entre les mains du juge
d’instruction (article 72 du code de procédure pénale) ou par
une citation directe de l’auteur présumé devant la juridiction
répressive après autorisation du ministère public (article 337 du
code de procédure pénale).
En matière d’action pénale en contrefaçon,
nombreux sont ceux pouvant agir ou intervenir à la
procédure : l’auteur ou le titulaire du droit, les
mandataires, les cessionnaires de droits, ainsi que tous
ceux qui exercent tout ou une partie de ces droits
(l'éditeur, le producteur, le distributeur, etc....)
La contrefaçon un délit instantané
le délit de contrefaçon est considéré comme ayant eu lieu à un moment
précis et non sur une période.
Par conséquent, la prescription de l'action en contrefaçon commence à
courir à partir du moment où l'infraction est commise.
Toutefois, en cas de vente d’objets contrefaits, le délit se mue en une
infraction continue, dont le délai de prescription (trois (3) ans) débute
après le dernier acte constitutif de l’infraction.
Localisation de l’infraction
Dans des situations internationales, le fait d’invoquer le droit de son propre
pays ne permet pas de faire échec à la qualification de contrefaçon d’un
comportement dans un autre pays.
Un commerçant d’un pays A qui dirigerait, depuis ce pays A, sa publicité
vers les consommateurs d’un pays B, ou mettrait à disposition de ceux-ci un
système de livraison d’œuvres protégées par la législation du pays B pourra
être poursuivi par les autorités judiciaires du pays B.
La charge de la preuve :
le principe en droit pénal est la liberté du mode de preuve (article 212 du Code de procédure pénale )
La preuve rapportée doit observer les principes de légalité, loyauté, et dignité de la preuve.
Les éléments de preuves doivent être respectueux des droits et libertés fondamentaux (le droit au
respect de la vie privée, par exemple).
Au-delà de ces limites, le juge pourra s’appuyer sur tout élément pour constituer son intime
conviction.
Le succès de l’action en contrefaçon est conditionné
par la preuve de celle-ci et des préjudices subis. Il est
fondamental que le ministère public et le titulaire
travaillent ensemble à la recherche des preuves qui
garantiront le succès de l’action pénale.
Ces éléments peuvent être de natures diverses et
consistent généralement en :
• Des documents techniques.
• Des photographies.
• Des échanges de correspondances.
• Des documents publicitaires.
• Des attestations de témoins.
• Des rapports d’experts et notamment d’ingénieurs brevets.
• Des extraits de sites internet ou de simples constats d’huissier tels que
des constats d’achat ou des constats de sites Internet.
• Mesures probatoires spéciales au droit de la propriété intellectuelle
qui facilitent la recherche de la preuve de la contrefaçon et de son
étendue, dont la principale réside dans la procédure de saisie-
contrefaçon.
Indemnisation de la partie civile
La victime du délit de la contrefaçon a le droit à la réparation intégrale
de son dommage.
Les autorités judiciaires prennent en considération tous les aspects
appropriés tels que les conséquences économiques négatives,
notamment le manque à gagner, subies par la partie lésée, les
bénéfices injustement réalisés par le contrevenant et, dans des cas
appropriés, des éléments autres que des facteurs économiques,
comme le préjudice moral causé au titulaire du droit du fait de
l’atteinte, Il s’agit de la méthode d’indemnisation classique
comprenant le manque à gagner pour la partie civile, son
préjudice moral et les bénéfices injustement réalisés.
Prescription de la peine
Les infractions au droit de la propriété intellectuelle
sont de nature correctionnelle et ne dépassent pas
5 ans, donc les peines portées par un arrêt ou
jugement rendu en cette matière se prescrivent
par cinq (5) années révolues à compter de la
date ou cet arrêt ou jugement est devenu définitif
(L’article 614 du Code de procédure pénale).
Autres infractions
En plus du délit de contrefaçon, les infractions propres au de droit propriété
intellectuelle de peuvent se cumuler avec :
Les infractions traditionnelles du droit pénal,
telles que le vol (article 350 du code pénal) le
détournement, la tromperie (article 372 du
Code pénal), et le faux …
Délit douanier:
L’article 325 – 1 du code des douanes concerne de façon générale
l'ensemble des infractions portant sur des marchandises prohibées ou
fortement taxées relevées dans les bureaux ou postes de douane. La
contrefaçon étant prohibée trouve logiquement sa place dans cet
article.
Cette qualification, nous conduit à conclure que la contrefaçon doit
être sanctionnée conformément à l'article (325) du code des douanes,
par la confiscation des marchandises contrefaites et des marchandises
ayant servi à masquer la fraude, et d'une amende égale à une fois la
valeur des marchandises confisquées, en plus d'une peine
d'emprisonnement de (02) mois à (06) mois.