0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
15 vues6 pages

Cour de Cassation Chambre Civile 2, 25 Janvier 2007 Pourvoi N° 03-20506 (Extraits)

L'arrêt de la Cour de cassation du 25 janvier 2007 illustre que les abus de la liberté d'expression ne peuvent être réparés sur le fondement de l'article 1382 du Code civil lorsque l'infraction est liée à une publication de presse, conformément à la loi du 29 juillet 1881. La décision souligne que la responsabilité civile ne s'applique pas dans ce contexte, même en cas de mensonge, car la publication a été réalisée par l'intermédiaire d'un journaliste. Cependant, des incertitudes subsistent quant à l'application de l'article 1382 en dehors du cadre de la presse, laissant la porte ouverte à des interprétations futures.

Transféré par

diedoupambasso
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats ODT, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
15 vues6 pages

Cour de Cassation Chambre Civile 2, 25 Janvier 2007 Pourvoi N° 03-20506 (Extraits)

L'arrêt de la Cour de cassation du 25 janvier 2007 illustre que les abus de la liberté d'expression ne peuvent être réparés sur le fondement de l'article 1382 du Code civil lorsque l'infraction est liée à une publication de presse, conformément à la loi du 29 juillet 1881. La décision souligne que la responsabilité civile ne s'applique pas dans ce contexte, même en cas de mensonge, car la publication a été réalisée par l'intermédiaire d'un journaliste. Cependant, des incertitudes subsistent quant à l'application de l'article 1382 en dehors du cadre de la presse, laissant la porte ouverte à des interprétations futures.

Transféré par

diedoupambasso
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats ODT, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

L’exercice : le Commentaire d’arrêt

Cour de cassation
Chambre civile 2, 25 janvier 2007
Pourvoi n° 03-20506 (extraits)

« Vu les articles 1382 du code civil et 29 de la loi du 29 juillet 1881 ;


Attendu que les abus de la liberté d’expression ne peuvent être
poursuivis et réparés sur le fondement de l’article 1382 du code civil ;
Attendu que pour condamner M. X… à payer à la société Nord
communication, sur le fondement de l’article 1382 du code civil, une
certaine somme à titre de dommages-intérêts pour ses propos
rapportés dans l’interview de l’article de « L’Express », l’arrêt retient
qu’il a commis une faute pour n’avoir pas démenti l’affirmation selon
laquelle il était directeur de la station de radio locale RCI.2,
information mensongère qui figurait dans les questions posées par le
journaliste qui l’interviewait, et pour l’avoir même accréditée ;
Qu’en statuant ainsi, alors que l’interview incriminée avait été
recueillie par un journaliste pour être publiée dans un organe de
presse, de sorte que sa teneur ne pouvait être qualifiée qu’au regard
de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, la cour d’appel a
violé les textes susvisés ;
(…)
Par ces motifs :
Casse et annule (…) »
Corrigé
Depuis un arrêt fondateur de l’Assemblée plénière de la Cour de
cassation rendu le 12 juillet 2000, le régime général de la responsabilité
du fait personnel (article 1382 C. civ.) n’est plus applicable à la
réparation des dommages causés par les infractions de presse prévues
et réprimées par la loi du 29 juillet 1881. Cette solution, souvent
critiquée en doctrine, est pourtant, aujourd’hui, solidement ancrée
dans notre droit positif et la décision commentée en est une nouvelle
illustration. En l’espèce, un individu se présente mensongèrement
comme le directeur d’une radio locale à l’occasion d’une interview
publiée dans la presse. La société, créatrice de la radio, s’estimant lésée
par ce mensonge, assigne en justice l’individu pour n’avoir pas démenti
l’information avant que celle-ci ne soit relayée dans la presse nationale.
L’action est menée sur le fondement de l’article 1382 du Code civil. La
cour d’appel donne raison à la société, jugeant qu’une faute est
constituée par l’absence de démenti de l’individu. Un pourvoi en
cassation est alors formé par l’individu interviewé. Selon lui, l’article
1382 est inapplicable à la situation : la loi du 29 juillet 1881 serait ici le
seul droit applicable à partir du moment où le comportement fautif
s’est réalisé au moyen d’une publication de presse. La Haute juridiction
est, dès lors, amenée à s’interroger sur les conditions d’application de
l’article 1382 aux comportements fautifs réalisés au travers d’une
publication de presse. Elle donne finalement raison au pourvoi, jugeant
que « les abus de la liberté d’expression ne peuvent être poursuivis et
réparés sur le fondement de l’article 1382 du code civil ». La Haute
juridiction observe que « l’interview incriminée avait été recueillie par
un journaliste pour être publiée dans un organe de presse, de sorte que
sa teneur ne pouvait être qualifiée qu’au regard de la loi du 29 juillet
1881 sur la liberté de la presse ». Autrement dit, la loi de 1881 est seule
applicable dans l’hypothèse où un comportement fautif s’est réalisé
avec l’intervention d’un journaliste et au moyen d’un organe de presse.
L’on serait tenté de raisonner a contrario pour en déduire que, même
en cas d’abus de la liberté d’expression, 1382 peut être applicable si ces
deux conditions ne sont pas remplies cumulativement. Mais la solution
de la Cour ne dit pas forcément cela. Proposons-nous de le découvrir en
distinguant l’exclusion de 1382 en matière de presse (§I) du maintien de
1382 en dehors d’une publication de presse (§II).

§I. L’exclusion de 1382 en matière de presse


Alors qu’une jurisprudence constante écarte l’application de 1382 en
présence d’un délit de presse (A), la décision commentée écarte ledit
article en présence d’une publication de presse (B).
A. L’exclusion de 1382 en présence d’un délit de presse

Dans l’arrêt du 12 juillet 2000, l’Assemblée plénière de la Cour de


cassation décide que : « les abus de la liberté d’expression prévus et
réprimés par la loi du 29 juillet 1881 ne peuvent être réparés sur le
fondement de l’article 1382 du Code civil ». Il est donc décidé que
l’article 1382 est inapplicable là où un délit de presse prévu par la loi de
1881 peut s’appliquer.
L’exclusion de 1382 en présence d’un délit de presse s’explique
prioritairement par le rapport droit général/droit spécial. La spécificité
des infractions de la loi de 1881, tout comme celle notamment des
atteintes relatives à la vie privée ou bien encore à la présomption
d’innocence, doit en effet interdire toute possibilité de faire référence
au droit commun de la responsabilité civile. Une application
traditionnelle de la maxime specialia generalibus derogant ordonne que
le système dérogatoire du droit commun mis en place par la loi du 29
juillet 1881 évince le droit général fondé sur l’article 1382 du Code civil.
Une autre explication pourrait également être avancée. On a pu
considérer que 1382 n’était pas un texte suffisamment précis pour
constituer une limite légitime à la liberté d’expression. Nous savons, en
effet, qu’en application de la convention européenne des droits de
l’homme, seule une loi suffisamment accessible, précise, « légitime »,
sauvegardant un principe essentiel, et strictement nécessaire à
l’ingérence au regard de l’obligation de se conformer à un modèle
démocratique, peut limiter la liberté d’expression. Certains auteurs
estiment que 1382 ne remplit pas le critère de précision requis.
Toutefois, de nombreux juristes s’opposent à ce dernier argument,
faisant valoir que la généralité de 1382 ne fait pas de lui une règle
légale imprécise. Le Tribunal de grande instance de Paris (16 novembre
2000), et la Cour de Strasbourg en 2001, ont d’ailleurs confirmé cette
analyse, ultérieurement à l’arrêt de l’Assemblée plénière du 12 juillet
2000.

B. L’exclusion de 1382 en présence d’une publication de presse


La décision commentée poursuit l’œuvre commencée par l’Assemblée
plénière en 2000 puisqu’au visa de l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881
sanctionnant diffamation et injure, elle choisit d’écarter le régime
général de la responsabilité pour faute. Toutefois, l’explication
apportée par la Cour en 2007 est sensiblement nouvelle. Le propos
incriminé ayant été recueilli par un journaliste et relayé par un organe
de presse, nous dit la Haute juridiction, le propos ne pouvait être
regardé qu’au regard de la loi de 1881. Autrement dit, ce n’est pas tant
ici la nature de l’infraction concernée qui détermine ou non
l’application de la loi de 1881, que l’intervention du journaliste et d’un
organe de presse. La référence à ces deux éléments n’est pas très
convaincante. Aucune disposition légale n’appuie l’argumentation de la
Cour de cassation. Aucun texte ne dit, en effet, que la responsabilité du
journaliste ne peut être mise en cause qu’en application de la loi de
1881. Celle-ci n’avait pas, à l’origine, vocation à limiter les hypothèses
de responsabilité civile du journaliste mais seulement à instaurer un
principe de liberté de presse et, en contrepartie, un régime de
répression pénale pour sanctionner les abus de liberté.
Par ailleurs, la décision aboutit indirectement à lier la loi du 29 juillet
1881 et la profession de journaliste et au statut d’organe de presse,
alors même que la loi citée a aujourd’hui vocation à s’appliquer plus
largement que dans le domaine de la presse, et qu’il arrive bien souvent
que des personnes non journalistes publient dans des organes de
presse. Prenant la Cour de cassation aux mots, il faudrait considérer
que ces dernières peuvent se voir reprocher une faute au sens de
l’article 1382 à la différence des journalistes. Ce qui semble très injuste.
Enfin, le lien opéré entre loi de 1881 et les publications de presse est
critiquable car il semble pouvoir être interprété a contrario, ce que,
pourtant, le caractère général de l’attendu de principe contrarie : « les
abus de la liberté d’expression ne peuvent être poursuivis et réparés
sur le fondement de l’article 1382 du code civil ».
§II. Le maintien de 1382 en dehors d’une publication de presse
La question se pose de savoir si 1’application de 1382 est préservée en
cas d’abus de la liberté d’expression non véhiculé par une publication
de presse. La réponse semble affirmative (B) en dépit de l’attendu de
principe dégagé par la Cour de cassation et des incertitudes qu’il fait
naître (A).

A. Les incertitudes

L’on pourrait douter du maintien de 1382 en dehors d’une publication


de presse. Certes, la Haute juridiction vise l’article 29 de la loi de 1881
et fonde sa décision sur l’intervention du journaliste et de l’organe de
presse, il demeure, toutefois, que l’attendu de principe ne précise pas
que seuls les abus de la liberté d’expression, prévus et réprimés par la
loi de 1881, ne peuvent être poursuivis et réparés sur le fondement de
1382. D’aucuns pourront prétendre que le visa de la décision suffit à
suppléer au manque constaté. Mais demandons-nous pourquoi
l’économie de cette portion de phrase a été faite, alors même que son
importance est capitale ? Le doute peut s’installer dans la mesure où
deux ans avant la décision, la Cour de cassation s’est exactement
prononcée dans le sens de l’exclusion totale de 1382 que l’on soit en
présence ou non d’un abus de la liberté d’expression prévu et réprimé
par la loi du 29 juillet 1881. Au seul visa de l’article 1382, la Cour de
cassation a pu affirmer que « : les abus de la liberté d’expression envers
les personnes ne peuvent être poursuivis sur le fondement de ce texte
». Comme l’a justement fait remarquer la doctrine, « c’était donc à
raison du domaine d’application non en vertu d’un conflit entre le droit
spécial, que représente ici la loi de 1881, et le droit commun incarné
par l’article 1382 du Code civil, que celui-ci paraissait désormais être
évincé radicalement et totalement du domaine de la liberté
d’expression » (A. Lepage, « Loi du 29 juillet 1881 et article 1382 du
Code civil », Comm. com. élec. Déc. 2008, comm. 139). La décision
commentée se distingue de cette dernière décision par le visa. Par
ailleurs, la restriction de la décision à l’intervention du journaliste et de
l’organe de presse peut laisser penser que 1382 conserve un champ
d’application en dehors de toute publication de presse. Toutefois, la
Cour de cassation aurait pu éviter de créer un tel décalage entre
l’impact de son attendu de principe et la justification dans les motifs.
Nous aurions été sans doute mieux éclairés sur le sort à réserver à 1382
en dehors d’une publication de presse.

B. Un maintien probable

En dépit des incertitudes pesant sur la décision, la jurisprudence la


plus récente donne à croire que le champ d’application de 1382 en
dehors d’une publication de presse est bel et bien préservé. La solution
découle d’une décision de la Cour de cassation du 30 octobre 2008.
Dans cette espèce, une association avait distribué une lettre ouverte
aux habitants d’un village, imputant à tort à une personne la rédaction
d’un article publié dans la presse locale. Cette personne a alors assigné
l’association sur le fondement de l’article 1382 du Code civil, lui
reprochant une faute d’imprudence. L’assignation sera déclarée nulle
par la cour d’appel qui va estimer que l’erreur sur la paternité de
l’article n’était pas une faute au sens de 1382 mais une accusation de
diffamation et que seule la loi de 1881 était applicable à l’espèce.
Toutefois, la Cour de cassation cassera la décision d’appel aux motifs
que « l’imputation de la paternité d’une publication en l’absence de
propos injurieux ou portant atteinte à l’honneur ou à la considération
en relève pas des dispositions de la loi du 29 juillet 1881 ». La Haute
juridiction confirme, par cette décision, que l’article 1382 conserve une
place effective pour réparer les dommages causés par des abus de la
liberté d’expression. La décision commentée restreint ces dommages à
ceux réalisés avec l’intervention d’un journaliste et d’un organe de
presse. Gageons qu’en raison des critiques avancées contre cette
solution le droit évolue vers une meilleure prise en compte du principe
général de la responsabilité civile.

Vous aimerez peut-être aussi