Corrigé d’analyse fonctionnelle
TD no 3
Topologies faible et faible-∗ (1)
Séance du 26 février 2018
Solution 1. Échauffement : trois exemples fondamentaux
1. On commence par remarquer que kun kL2 = kφkL2 6= 0 pour tout n ∈ N, donc la
convergence vers 0 ne peut pas être forte. On raisonne ensuite par densité de CRc∞ (R) dans
L2 (R). Il suffit de voir que pour tout ψ ∈ C ∞ à support compact, hun , ψi = un ψ̄ → 0,
ce qui est immédiat, car les supports des deux fonctions sont disjoints si n assez grand.
Ensuite, pour f ∈ L2 (R) quelconque, on trouve ψ ∈ Cc∞ telle que kf − ψkL2 ≤ ε. On
a |hun , f i| ≤ |hun , f − ψi| + |hun , ψi| ≤ kφkL2 ε + |hun , ψi| par Cauchy-Schwarz, donc
lim supn→+∞ |hun , f i| ≤ Cε, pour tout ε > 0, d’où le résultat.
2. Comme précédemment, kvn kL2 = kφkL2 6= 0 pour tout n, donc la convergence vers
0 ne peut pas être forte. Ensuite, il suffit de constater que Cc∞ (R \ {0}) est dense dans L2 ,
et que le support de vn se concentre autour de 0.
3. Enfin, pour wn , on commence par le cas où w(x) = eikx , k 6= 0. Soit ψ ∈ Cper
1 ([0, 2π]).
Il suffit alors de faire une intégration par partie (lemme de Riemann-Lebesgue) :
Z 2π Z 2π
1
iknx
e ψ(x)dx = − eiknx ψ 0 (x)dx = O(1/n).
0 ikn 0
Dans le cas général, on écrit w(x) = k∈Z ak eikx , avec convergence de la série dans L2 .
P
(N )
D’après le calcul précédent, pour tout N ∈ N, wn := |k|≤N ak eiknx * a0 quand n →
P
(N )
+∞. À présent, si φ ∈ L2 (R), comme à n fixé, wn → wn dans L2 ([0, 2π]) quand N → +∞,
et ceci uniformément par rapport à n, on a
Ñ é1
2
X
|hwn −a0 , φi| ≤ |hwn(N ) −a0 , φi|+|hwn −wn(N ) , φi| ≤ |hwn(N ) −a0 , φi|+ |ak |2 kφkL2 ,
|k|>N
et donc lim supn→∞ |hwnR− a0 , φi| ≤ RN kφkL2 , avec RN → 0 quand N → +∞, d’où le
1 2π 2
résultat. Ainsi, wn * 2π 0 w quand n → +∞ dans L ([0, 2π]).
D’autre part, la suite {wn } ne converge pas fortement car d’après la formule de Parseval,
kwn − a0 kL2 = kw − a0 kL2 , qui n’est jamais nul, puisque w n’est pas constante.
Solution 2. Adhérence de la sphère unité pour la topologie faible
1. Tout voisinage faible de E est le translaté d’un voisinage faible de 0, donc il suffit
de montrer que tout voisinage faible de 0 contient une droite. Un tel voisinage contient
une intersection finie d’ensembles du type {x ∈ E | |`(x)| < α}, pour un certain ` ∈ E ∗ ,
et α > 0. Il suffit donc de montrer qu’une intersection finie d’hyperplans de E n’est pas
réduite à {0}. Supposons que N ∗
j=1 ker `j = {0}, où {`j } est une famille finie de E , et
T
considérons l’application Φ : E → RN , x 7→ (`1 (x), . . . , `N (x)). Alors Φ est injective, vu
Joseph Thirouin 1 DMA 2017/2018
la condition sur les noyaux, et donc dim E ≤ N , ce qui est contraire à l’hypothèse sur la
TN −1
dimension de E. Il existe donc x ∈ N j=1 ker `j non nul, et xR ⊂ j=1 `j (] − αj , αj [), quel
T
que soit αj > 0.
Si kxk < 1, tout voisinage faible de x contient une droite D passant par x ; notons u
un vecteur directeur de D. Cette droite coupe nécessairement S (grâce au théorème des
valeurs intermédiaires, appliqué à t 7→ kx + tuk). Donc tout voisinage faible de x intersecte
S.
∗ ∗
2. Si l’on note S l’adhérence faible de S, cela prouve que S ⊆ B ⊆ S . Il suffit à
∗
présent de montrer que B est un fermé faible, et on aura B = S . Pour cela, supposons
que x ∈/ B. Alors on peut séparer strictement {x} du convexe fermé B. Il existe ` ∈ E ∗ et
c ∈ R tels que ∀y ∈ B, `(y) < c, et `(x) > c. Alors l’ouvert faible `−1 (]c, +∞]) contient x,
et n’intersecte pas B : cela prouve donc que E \ B est un ouvert faible.
Solution 3. La topologie faible n’est pas métrisable
1. Si la topologie faible est métrisable, alors les boules B(0, 1/n) (pour la distance) sont
des ouverts faibles : elles contiennent donc une droite Ryn . On pose xn = nyn /kyn k. Alors
kxn k = n et xn ∈ B(0, 1/n) donc xn * 0.
2. C’est une contradiction avec le théorème de Banach-Steinhaus, qui assure que toute
suite faiblement convergente est bornée : en effet, si E est normé, E ∗ = L(E, R) est toujours
un Banach (comme R est complet). Considérons la suite d’applications ϕn : E ∗ → R,
` 7→ `(xn ). Alors ϕn est une application linéaire bornée, dont la norme (par Hahn-Banach)
vaut kxn k. Or, pour tout ` ∈ E ∗ fixé, supn |ϕn (`)| < +∞, car `(xn ) → 0, par définition de la
convergence faible. Donc le théorème de Banach-Steinhaus affirme que supn kϕn kE ∗ < +∞,
ce qui signifie exactement que la suite {xn } est bornée dans E.
3. (Lemme des noyaux.) Considérons Φ : E → Rn+1 , Φ(x) = (φ0 (x), . . . , φn (x)). Alors
Φ(E) est un convexe fermé (un sous-espace vectoriel de Rn+1 ), et par la condition sur les
noyaux, a = (1, 0, . . . , 0) ∈
/ Φ(E).
Par le théorème de Hahn-Banach, il existe donc une forme linéaire sur Rn+1 , notée `, et
donnée par `(x) = nj=0 λj xj , et qui sépare strictement Φ(E) de a. Il existe donc c ∈ R tel
P
que, pour tout x ∈ Φ(E), `(x) < c et `(a) > c. Comme 0 ∈ Φ(E), c > 0 et par homogénité,
on a `(x) = 0 pour tout x ∈ Φ(E). Cela signifie que
n
X n
X
∀y ∈ E, λj φj (y) = 0 i.e. λj φj = 0.
j=0 j=0
Mais `(a) = λ0 > c > 0, et donc on peut diviser par λ0 , ce qui prouve que φ0 ∈
Vect(φ1 , . . . , φn ).
4. Un voisinage élémentaire (de 0) pour la topologie faible est
U = {x ∈ E | |`1 (x)| < ε1 , . . . , |`k (x)| < εk },
où `1 , . . . , `k ∈ E ∗ et ε1 , . . . , εk > 0 sont donnés. Si E est métrisable, il existe une base
dénombrable de voisinages (élémentaires) de 0 : chacun de ces voisinages ne fait interve-
nir qu’un nombre fini de formes linéaires. Notons F l’ensemble dénombrable des formes
linéaires mises en jeu.
Soit ` ∈ E ∗ . Alors {x ∈ E | |`(x)| < 1} est un voisinage faible de 0, donc il existe
`1 , . . . , `k ∈ F et ε1 , . . . , εk > 0 tels que :
{x ∈ E | |`1 (x)| < ε1 , . . . , |`k (x)| < εk } ⊆ {x ∈ E | |`(x)| < 1}.
Joseph Thirouin 2 DMA 2017/2018
En particulier, si x ∈ ki=1 ker `i , alors λx ∈ ki=1 ker `i et |`(λx)| < 1, et ce pour tout
T T
λ ∈ R. Ainsi, x ∈ ker `. Par la question précédente on en déduit que ` ∈ Vect(`1 , . . . , `k ).
Le raisonnement précédent montre que E ∗ est à base au plus dénombrable (au sens
algébrique). Mais E ∗ est complet et de dimension infinie : par le théorème de Baire, c’est
absurde (E ∗ ne saurait s’écrire comme la réunion dénombrable de sous-espaces de dimen-
sion finie, qui sont des fermés d’intérieur vide).
Solution 4. Sur L1 ([0, 1])
1. Soit f ∈ L1 ([0, 1]) tel que kf kL1 = 1. Soit θ ∈ [0, 1] tel que 0θ |f | = 21 . On pose
R
g(t) = f (t) si t ∈ [0, θ], 0 sinon et h = f − g. Alors k2gkL1 = 1 et k2hkL1 = 1. On a
f = 21 (2g + 2h), f 6= 2g, et f 6= 2h (car θ ∈
/ {0, 1}).
2. Supposons L ([0, 1]) isométrique à l’espace dual X ∗ d’un espace vectoriel normé
1
X. Alors d’après le théorème de Krein-Milman, la boule unité de X, notée BX , en tant
que convexe compact (pour la topologie faible-∗), est l’enveloppe convexe de ses points
extrémaux. En particulier, BX admet des points extrémaux. Or la propriété d’être un
point extrémal est préservée par isométrie (en fait, même par isomorphisme). Donc BL1
admet des points extrémaux, ce qui contredit le résultat de la question 1.
Solution 5. Autour du lemme de Goldstine
1. C’est une conséquence du théorème de Hahn-Banach : pour tout x ∈ X, il existe
une forme linéaire `x ∈ X ∗ de norme 1 telle que `x (x) = kxkX (on la construit sur Rx,
puis on la prolonge à X entier). Donc ϕx (`x ) = kxkX , ce qui prouve que kϕx kX ∗∗ ≥ kxkX .
L’autre inégalité est naturellement vérifiée, car pour tout ` ∈ X ∗ , on a |ϕx (`)| = |`(x)| ≤
kxkX k`kX ∗ . Ainsi kJ(x)kX ∗∗ = kxkX , et comme J est bien sûr linéaire, c’est une isométrie
de X dans J(X).
Soit une suite {xn } de X telle que J(xn ) → y ∈ X ∗∗ . La suite {J(xn )} est de Cauchy,
donc
kxn − xm kX = kJ(xn − xm )kX ∗∗ = kJ(xn ) − J(xm )kX ∗∗ → 0 si n, m → +∞.
Donc {xn } est de Cauchy dans X, donc converge vers un x ∈ X, puisque X est com-
plet. Comme J est continue, J(xn ) → J(x), ce qui prouve que l’image de J est fermée.
(Remarquons que la réciproque est vraie : si J(X) est fermé, alors X est complet.)
2. Soit ψ une forme linéaire sur E ∗ qui est continue pour la topologie σ(E ∗ , E). L’en-
semble ψ −1 ( ] − 1, 1[ ) est donc un voisinage ouvert de 0 dans E ∗ pour cette topologie, d’où
l’existence de vecteurs x1 , . . . , xN ∈ E et d’un ε > 0 tels que
{` ∈ E ∗ | ∀j = 1, . . . , N, |`(xj )| < ε} ⊆ ψ −1 ( ] − 1, 1[ ).
Cela implique en particulier que
N
ker(ϕxj ) ⊆ ψ −1 ( ] − 1, 1[ ),
\
j=1
et est même un sous-ensemble de ker ψ, car cette intersection est un sous-espace vectoriel
de E ∗ sur lequel ψ est bornée. Par le lemme des noyaux, il existe donc des réels λ1 , . . . , λN
tels que
N
X
ψ= λj ϕxj ,
j=1
Joseph Thirouin 3 DMA 2017/2018
PN
c’est-à-dire que ψ est l’évaluation en x, avec x := j=1 λj xj .
3. Raisonnons par l’absurde. Supposons qu’il existe ψ ∈ BX ∗∗ \ J(BX ) (où l’adhérence
est comprise au sens de la topologie faible-∗) ; par Hahn-Banach, on peut alors le sépa-
rer strictement de J(BX ) par une forme linéaire a sur X ∗∗ continue pour la topologie
σ(X ∗∗ , X ∗ ).
Or les formes linéaires continues sur X ∗∗ pour la topologie faible-∗ sont exactement les
évalutations : il existe donc `0 ∈ X ∗ telle que a = ϕ̃`0 (en notant ainsi l’évaluation des
éléments de X ∗∗ en `0 ). Ainsi, pour tout x ∈ BX , a(ϕx ) = ϕx (`0 ) = `0 (x). La propriété de
séparation signifie donc qu’il existe c ∈ R tel que pour tout x ∈ BX , |a(ϕx )| = |`0 (x)| < c,
tandis que |a(ψ)| = |ψ(`0 )| > c. La première inégalité prouve que k`0 kX ∗ ≤ c, et donc
|ψ(`0 )| ≤ kψkX ∗∗ k`0 kX ∗ ≤ c, d’où une contradiction.
Solution 6. Propriété de Schur pour `1
1. L’application d est bien définie sur B ∗ × B ∗ . Elle vérifie toutes les propriétés d’une
distance : inégalité triangulaire (simple conséquence de celle sur R), symétrie, et séparation
(car si ` et `0 coïncident sur chaque xn , alors, elles coïncident par continuité sur B, et par
linéarité sur E).
Enfin, montrons que d engendre la topologie faible-∗ sur B ∗ . Tout d’abord, soit B(`, r)
une boule pour d, et soit n ∈ N tel que 2−n+2 < r. Alors on a un ouvert faible-∗
n ß
r
™
`0 ∈ E ∗ |(` − `0 )(xj )| ≤
\
⊆ B(`, r).
j=0
n+1
Réciproquement, si V est un voisinage faible-∗ de ` ∈ E ∗ , alors V contient un ensemble du
type N 0 ∗ 0
j=1 {` ∈ E | |(` − ` )(yj )| ≤ ε}, pour un certain ε > 0, et y1 , . . . , yN ∈ E (on peut
T
même les supposer dans B, quitte à réduire ε). Choisissons alors k1 , . . . , kN ∈ N tels que
∀1 ≤ j ≤ N , kyj − xkj k ≤ ε/4. Choisissons M k1 , . . . , kN . Alors B(`, ε · 2−M ) ⊂ V .
2. On considère ek := {δjk }j∈N ∈ `∞ , qui définit pour chaque k ∈ N une forme linéaire
continue sur `1 . Alors hek , un i = unk → 0 quand n → ∞ (par définition de la convergence
faible).
3. Cette distance induit bien la même topologie que la topologie faible-∗, car on peut
répéter les arguments de la question 1, en se rappelant que Vect{ek } est dense dans `1 .
Par ailleurs, B ∗ est compact pour la topologie faible-∗ (par le théorème de Banach-
Alaoglu), donc compact (et complet) pour d. ˜
4. Tout d’abord, Fn est fermé, car c’est l’intersection des fermés Gk := {v ∈ B ∗ |
|hv, uk i| ≤ ε} pour k ≥ n. Ensuite, grâce à la convergence faible, hv, uk i → 0 donc n Fn =
S
B ∗ . Par Baire, il existe n ∈ N tel que Fn soit d’intérieur non vide. Comme Fn est équilibré
et convexe, Fn est un voisinage de 0. Par définition de la distance, il existe donc δ > 0 et
N ∈ N tels que pour v ∈ B ∗ ,
(∀k ≤ N, |vk | ≤ δ) ⇒ v ∈ Fn .
On choisit donc v m tel que
(
vkm = 0 si k ≤ N,
m m
vk = sgn(uk ) si k > N.
Joseph Thirouin 4 DMA 2017/2018
Alors v m ∈ Fn , donc pour m ≥ n, on a en particulier :
∞
X
|hv m , um i| < ε, i.e. |um
k | < ε.
k=N +1
Enfin, on choisit n0 ≥ n assez grand, tel que la question 2 s’applique pour k ≤ N et ε/N ,
et on en déduit que si m ≥ n0 , kum k`1 < 2ε, ce qu’il fallait démontrer.
5. L’application id : (`1 , σ(`1 , (`1 )∗ )) → (`1 , k · k`1 ) est séquentiellement continue (nous
venons de le prouver), mais elle n’est pas continue, car sinon, la boule unité ouverte de `1
(pour la norme) serait un voisinage faible de 0. C’est impossible, car on a vu plus haut que
tout voisinage faible de 0 contient une droite.
Joseph Thirouin 5 DMA 2017/2018