Les Agnus Dei
Les Agnus Dei
net
confectionne les Agnus, mais ce soin est Pour la même époque, YOrdo Romanus XV
réservé aux acolytes pontificaux qui sont ajoute encore quelques détails. Il rappelle en
chargés également d'offrir au Pape une cor- particulier que la bénédiction des Agnus ne
se fait que la première année de chaque pon-
tificat et ensuite tous les sept a n s ; il décrit
longuement la bénédiction qui fut faite à Rome
en 1378, sous Urbain VI, qui avait confié le
soin de la fonction à son sacriste, l'évêque
Sinigaglia (1).
Au xv e siècle, la dévotion aux Agnus s'est
tellement développée parmi le peuple que
Rome est obligée d'en bénir un plus grand
nombre. Aussi un Ordo de cette époque note-
t-il qu'il faut préparer plus de 4oo livres de
cire, et, pour ne pas trop charger le trésor
pontifical, on demande même aux fidèles
d'apporter la quantité de cire correspondant
au nombre à'Agnus qu'ils désirent recevoir.
C'est du moins ce que nous apprend une
affiche latine, rédigée à Rome sous Eugène IV
(i431-1457), et dont voici la traduction d'après
le texte latin donné par M&r Battandier (2) :
Notre Très Saint-Père dans le Christ et Seigneur
(( AGNUS DEI )) BENIT PAR CLEMENT XI le pape Eugène IV a l'intention, au jour du Jeudi-
SAINT PHILIPPE DE NÉRI Saint, de confectionner et de consacrer le Saint-
Chrême et les saints Agnus Dei, et de faire solen-
beille pleine à'Agnus bénits au moment où nellement ce que les Souverains Pontifes ont cou-
il se met à table ( i ) .
Pour le xiv e siècle, on peut consulter YOrdo
Romanus XIV, où la cérémonie de la distri-
bution est déjà racontée avec beaucoup de
détails. La bénédiction des Agnus y est cepen-
dant la même qu'au xm e siècle. 11 y est fait
mention de la cérémonie que devait suivre
l'acolyte chargé d'apporter au Souverain
Pontife la corbeille d ' A g n u s . Cet acolyte
devait se présenter devant le Pape en chan-
tant trois fois ces paroles : «Domine, domine,
isti sunt agni novelli qui annuntiaverunt
alléluia, modo veniunt ad fontes, repleti
sunt claritate, alléluia. Seigneur, seigneur,
voici les agneaux nouveaux qui ont annoncé
l'Alléluia. Il n'y a pas longtemps qu'ils ont été
à la fontaine, ils sont maintenant fort clairs.
Alléluia. » (2) A cette époque, pour bénir les
Agnus, on se sert de la formule usitée pour ce AGNUS DEI )) BENIT PAR LEON XIII
la bénédiction des cierges à la Chandeleur,
LA PORTE SAINTE
et l'on trouve déjà la cérémonie que l'on
appelle vulgairement le baptême des Agnus
et que nous décrirons bientôt tout au long (3). tume de faire, un jour après leur création, de
sept ans en sept ans. C'est pourquoi tous ceux
qui veulent avoir des Agnus Dei apporteront de
(1) MIGNE, P. £ . , t. LXXVIII, col. 1091.
(2) Ibid., col. 1221. v (1) MIGNE, P. L., t. LXXVIII, col. 1334-1336.
(3) VACANT, Dictionnaire de théologie,. Article « Agnus (2) BATTANDIER, Annuaire pontifical catholique, 1901,
Dei », col. C09. j>. 355.
LES (( AGNUS DEI )) 73
gnez bénir, sanctifier et consacrer ces agneaux du temps pascal : Adregias Agni dapes
de cire qui vont être plongés dans l'eau et le saint Le baptême terminé, le Pape se rend à la
Chrême. Que tous ceux qui les porteront, forts chambre où sèchent les Agnus et récite une
de votre force, jouissent de vos consolations; vous
oraison dans laquelle il demande encore, pour
qui êtes vraiment le Paraclet et qui vivez et régnez
éternellement avec le Père et le Fils. Amen. les possesseurs d'Agnus, la réalisation des
nombreux bienfaits qui y sont attachés. De
Ces oraisons terminées, le Pontife bénit là, il retourne à l'autel, dépose les vêtements
l'encens et encense les Agnus. Il reprend la sacrés, bénit une dernière fois les fidèles et
mitre, monte à son trône, reçoit un tablier et rentre dans ses appartements au milieu des
une bavette, puis plonge dans l'eau avec une cardinaux qu'il remercie de leur concours.
cuiller d'argent doré les Agnus qui lui sont Le même rite se répète ainsi durant trois
présentés. Il est aidé par les deux cardinaux jours, sauf qu'il n'y a plus de bénédiction de
l'eau, la première servant pour les trois céré-
monies.
Les Agnus ainsi consacrés sont mis en pa-
quets par Msr le garde-robe, en vue de la dis-
tribution officielle qui doit être faite à la
messe du samedi de la semaine de Pâques.
Ce jour-là, une messe est dite à la Sixtine.
Après le chant de VAgnus Dei et la commu-
nion du célébrant, les cardinaux présents
ainsi que les archevêques, évêques et abbés
mitres prennent les ornements qui con-
viennent à leur ordre. Un auditeur de Rote
va chercher à la chapelle Pauline les Agnus
bénits et, de retour à la Sixtine, chante par
trois fois, en présentant la corbeille : Pater
sancte, isti sunt agni novelh qui annuntia-
verunt vobis alléluia, modo veniunt ad
fontes, repleti siuit claritate, alléluia.
La distribution commence aussitôt. Les
paquetsne sont pas tous égaux ; les plus grands
sont réservés aux cardinaux et renferment
environ cent Agnus ; les autres, plus petits,
seront donnés aux autres prélats. Les cardi-
naux s'approchent les premiers, baisent la
main et le genou du Pape, ainsi que les Agnus
qu'ils reçoivent dans leur mitre. Les arche-
vêques, évêques et abbés les reçoivent égale-
« AGNUS DEI » DANS SON RELIQUAIRE ITALIEN
ment dans leur mitre, les pénitenciers dans
leur barrette. Viennent ensuite, dans l'ordre
diacres qui l'assistent. De même, les autres de préséance suivi pour les cortèges de la pré-
cardinaux ont quitté la mozette, mis un sentation des cierges à la Chandeleur, de la
tablier par-dessus le mantelet, et, s'étant réception des cendres, etc., tous ceux qui ont
assis devant les quatre autres bassins, avec rang à la chapelle, c'est-à-dire d'abord le
des cuillers d'argent, ils y plongent les autres prince assistant au trône, puis les prélats, les
Agnus qu'on leur apporte : c'est la partie de" généraux des Ordres mendiants, les auditeurs
la cérémonie qu'on appelle le baptême des de Rote, les votants de la signature, les diacres
Agnus. et sous-diacres de l a chapelle, les maîtres des
Au fur et à mesure qu'on les retire de l'eau, cérémonies, le maître du sacré Palais, les
les Agnus sont portés dans la chambre voi- camériers, les avocats consistoriaux, les huis-
sine et déposés sur des tables où ils achève- siers du palais, les procureurs généraux des
ront de sécher. Pendant toute cette cérémonie Ordres religieux, les procureurs de collège,
du baptême, les chantres exécutent l'hymne les chantres et acolytes de la chapelle, les
LES « AGNUS DEI ))
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caudataires des cardinaux, la députation du 1912. C'est donc au sous-garde-robe qu'il faut
collège germanique, les ambassadeurs, les s'adresser pour obtenir des Agnus, non par
nobles étrangers ( i ) . lettre, mais par une visite personnelle ou celle
La distribution terminée, le Pape se lave d'un intermédiaire, en ayant soin de se munir
les mains, les cardi- d'un billet de recommandation d'une personne
naux et autres digni- autorisée ou connue à Rome. Dans ces con-
taires déposent leurs ditions, on ne refuse pas un ou plusieurs
ornements, et le Sou- Agnus, et on donne en même temps une
verain Pontife se retire feuille imprimée par la Chambre apostolique
à la fin de la messe où sont relatés les avantages des Agnus,
après avoir donné sa C'est Benoît XIV qui a édité cette formule
bénédiction.
Tous les Agnus
n'ont pas été distri-
bués : on en a réservé
un certain nombre
pour l'usage du Pape
et pour les fidèles qui
n
PETIT « AGNUS DEI » assistent pas a la
DANS UN SACHET distribution publique.
DE SOIE QUE L'ON L'histoire, en effet,
PEUT PORTER SUR nous apprend que les
SON CORPS Souverains Pontifes
eux-mêmes ont envoyé
aux souverains des Agnus en signe d'amitié et
de concorde. Il nous reste en particulier une
lettre d'Urbain V, en vers latins, que ce Pape
envoya à l'empereur de Gonstantinople, Jean
Paléologue, avec un paquet d ' A g n u s des-
tiné à le remercier de la visite que cet empe-
reur avait faite au Pape en 1336 à Avignon (2) ; MÉDAILLON D'ÉTOFFE (RÉDUIT AU QUART)
il nous reste également une lettre que fit CONTENANT UN FRAGMENT D ' (( AGNUS DEI ))
écrire Paul II à Elien Spinola par le cardinal
Jacques de Pavie, qui faisait ressortir en ces en 1702, mais il en existait déjà une aupara-
termes la signification du présent: donum vant dont nous donnons la reproduction pho-
pretiosum, non magnum sed virtute et gra- tographique d'après une vieille gravure de
tiâ maximum (3). l'époque.
Toutefois, il n'y a pas que les princes qui
puissent se faire distribuer des Agnus; les I V . Vertus et usages
simples fidèles peuvent obtenir la même des « Agnus Dei ».
grâce. Le lot qui est échu à M&r le sous-
garde-robe est précisément réservé à ces dis- Nous n'exposerons pas ici dans les détails
tributions. Depuis 1870, ce prélat a ses ap- les vertus spéciales attachées par l'Eglise à
partements en ville et il détient dans sa cha- Y Agnus Dei : le lecteur les trouvera dans les
pelle privée, dans des caisses disposées le long belles prières de leur consécration que nous
des murs, les Agnus disponibles. Ms r Fran- avons traduites.
cesco Gampoli qui remplissait cette fonction Qu'il suffise de rappeler que les Agnus
depuis le 17 novembre 1908 et recevait chez Dei ainsi consacrés sont de véritables saçra-
lui, 66, via Giulia, le jeudi, de 10 heures à mentaux qui tirent leurs prérogatives spé-
midi (4), est pieusement décédé le 29 janvier ciales de la prière de l'Eglise. Ce sont des
sacramentaux, et par conséquent leur effica-
(1) BARBIER DE MONTAULT, loc. cit., col. 1492. cité dépend aussi en partie des conditions de
(2) ibid., col. i495 et 1496. respect et confiance du sujet qui les utilise.
(3) Ibid., col. 1496.
(4) BATTANDIER, Annuaire pontifical cath, 1912, p . 584. Ce sont des sapramentaux, et par conséquent
LES (( AGNUS DEI ))
S
Tti.trt -i» .tCi
; k<v# i d p o c u s n f e n t , A .v «T Par malheur de ta demeure,
• t,i<** t>Iuj â « t . « p o r t e »v« « s tr • m e s ofï;
Comme quelques torrents d'eau
9ij3!i!cfme t a i i p e î t e 3iiiA<rriUe.air pdlstefiîiel <:<u c«m„>f!»p« ni r u l <
Ifjuf ji*nte,tsTnp<sftr*><lc mer t t u k u n feu o u a u i t r v i imuri s AefcTOp'u
Cet agneau
ter n t ; ; r e t î r p m u t t t e t t T . a c H a y qui !«• J W M . I d«i}oten>rttt fur fov
Q4fnî«îiX»âMft«»nl i W i î i c<mf»-r>.fcv U"\f*-rv .i {«"fifanf
L'assoupira tout à l'heure.
'ytw ;oat - ccu)xqui {•"•pwîïTU pinlfent f-(ire umïi'Uirs m u-^;r<••!v^>>>.,, Î*
¥ U ' i î <ft:îkn a v « t î p o i n t p r u r des !4ii!gT^-;u,*s , jknn^rriwa»r<iuiii;i N'aye aussi peur d'abismer
ICJKJ; :.JUU
•rtiijM-fu* l ' . ï S | m » l « f « r Sur la mer
Portant au col ceste image,
A R O M E . C h e s 1 Irnprii.î^or de h C h a m b r e A r * * W . Les flots qui vont s'eslevans
.Sur? periru/Hor» àet S u p é r i e u r s
Et les vents
La sentans quitteront leur rage.
LA FEUILLE QUI SE DONNAIT EN 1 6 6 2 Il gardera que l'effort
AVEC LES (( AGNUS DEI )) De la mort
(D'après une vieille gravure.) Trop soudain ne t'oste l'âme
Et que ton corps froid, gisant,
Blêmissant,
de ses fautes, à l'amour de Dieu, et dès lors
Ne soit rangé sous la lame.
sont des moyens d'augmenter en lui la grâce
Ton épouse il bénira
sanctifiante. Et fera
Gela est suffisant pour que nous cherchions T'estant sexe profitable
à nous en procurer, pour que nous les trai- Que tu voyes tes enfans
tions comme des choses saintes, pour que Triomphans
Tout à l'entour de ta table.
nous les gardions dans nos demeures .en
un endroit convenable, à la place d'honneur,
à côté du crucifix, pour que nous les portions
sur notre corps à la manière des scapulaires
et préservés d'une enveloppe de soie ou de
métal; en un mot, pour que cette dévotion
bien catholique et bien romaine nous soit
particulièrement chère.
O. TROYON,
s- directeur au Grand Séminaire de Reims.