La linguistique variationniste,
William Labov
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Plan
I. Introduction et définition de la sociolinguistique.
II. Présentation de William Labov.
III. La linguistique Variationniste.
IV.
V. Présentation de cas :
A. Stratification sociale de /R/ dans les magasins de New-York City.
B. Affirmation identitaire sur lʼîle de Marthaʼs Vineyard .
VI. Conclusion.
VII. Bibliographie.
Définition de la sociolinguistique
“Née à la fin des années 1950, la sociolinguistique est en rupture avec la linguistique
structurale, qui ignorait les rapports entre langues et sociétés. Elle sʼest développée
comme une branche autonome, sʼappuyant sur le fait que si la langue est un fait social,
alors la linguistique ne peut être quʼune science sociale.” (Calvet. L)
La sociolinguistique naît dʼune opposition face à la théorie structuraliste de Saussure
qui considère la langue comme une structure homogène et dont les phénomènes
linguistiques doivent être traités par des données linguistiques. Les sociolinguistes
apportent un plus : le traitement à travers des données extra-linguistiques
Biographie de W. Labov (1927- 2024)
● William Labov est considéré, du côté anglo-saxon, comme le père fondateur de la
sociolinguistique moderne aux côtés dʼUriel Weinreich et Marvin Herzog.
● Diplômé en anglais et philosophie option chimie à lʼuniversité de Harvard, il rentre
dans le monde du travail en tant que chimiste industriel. Ce nʼest que quelques
années plus tard quʼil reprend sa formation de linguiste à lʼUniversité Columbia où
il en ressort docteur en linguistique sous la direction dʼUriel Weinreich qui
représente une influence essentielle pour le jeune linguiste américain.
● Labov se démarque du reste des linguistes par sa méthode de travail considérée
comme moderne en utilisant des données quantitatives, issues dʼinterviews pour
étudier un fait linguistique.
● Ses travaux,essentiellement portés sur la phonologie, sont teintés dʼun esprit
militant envers la reconnaissance des langues comme étant toutes égales. William
Labov est considéré, du côté anglo-saxon, comme le père fondateur de la
sociolinguistique moderne aux côtés dʼUriel Weinreich et Marvin Herzog.
● Diplômé en anglais et philosophie option chimie à lʼuniversité de Harvard, il rentre
dans le monde du travail en tant que chimiste industriel. Ce nʼest que quelques
La linguistique variationniste
Présentation de la théorie
● La notion de variation trouve sa source dans un article commun de Uriel Weinreich, Marvin
Herzog et William Labov sur “les fondements empiriques dʼune théorie du changement
linguistique” (1966). Les auteurs dont la formation est marquée par le structuralisme sʼopposent
au traitement homogène des langues et à leur isolement du cadre social dans lequel elles sont
pratiquées.
● À partir de ce postulat, ils sʼinterrogent particulièrement sur lʼévolution de la langue, et prennent
en compte les facteurs externes en plus des facteurs internes à la langue elle-même.
● Selon O. Ducrot, “la sociolinguistique variationniste s'intéresse à lʼhétérogénéité de la langue” et
s'intéresse donc à la manière dont elle est parlée dans une communauté linguistique.
● Labov qui sʼoppose à cette unicité et homogénéité de la langue propose la théorie de la variation
linguistique comme moyen de pouvoir étudier les variations que subit la langue dans un contexte
social.
La communauté linguistique
● Un groupe dʼindividus utilisant le même langage/dialecte à un moment donné et
pouvant communiquer entre eux.
● Fishman parle dʼune intensité de la communication, cʼest-à-dire que les membres
de la communauté linguistique interagissent plus entre eux quʼavec des étrangers.
● Labov parle de normes partagées que la communauté impose ainsi que des
valeurs linguistiques (emploi jugé comme correct ou non).
● La condition de création dʼune communauté linguistique se base sur 4 points :
● Géolinguistique ou géographique : qui établit les dialectes. (var. diatopique);
● Temporel : lʼévolution de la langue par rapport au temps. (var. diachronique);
● Social : en rapport avec le statut social, langage des jeunes/adultes, rural/urbain
(var. diastratique);
● Situationnel : correspond au style de la langue (var. diaphasique).
La triple dépendance
1. La variation dans les langues dépend dʼun ensemble de facteurs externes et
internes. Ce que Labov définit comme la triple dépendance.
2. Facteurs sociaux : âge (enfant, adolescent, adulte, senior), sexe(homme/ femme),
niveau de scolarité, profession, ethnie, situation économique(revenus
moyens/maigres/élevés), etc.
3. Facteurs situationnels : la capacité de lʼinterlocuteur à adapter son discours en
fonction de la situation dans laquelle il se trouve. (Exemple : un étudiant qui parle
avec son camarade vs le même étudiant qui parle avec son professeur).
4. Facteurs internes : hétérogénéité interne du système linguistique en lui-même.
Études de William Labov
Stratification sociale de /R/ dans les magasins new-yorkais
En 1962, Labov mène une étude dont l’objectif est l’isolement d’une variable linguistique, notamment la production du
phonème /R/ dans les grands magasins de New York City.
Méthode de travail :
Il choisit trois grands magasins qui représentent chacun un niveau de prestige croissant et reflètent ainsi les trois types
de classes sociales
S. Klein pour la classe inférieure;
Macy’s pour la classe moyenne;
Saks pour la classe supérieure.
Enquête sur le terrain à travers un enregistrement audio des interviews avec les employés des magasins.
Les énoncés étudiés sont : “car”, “card”, “four” et “fourth” (Labov.169)
Déductions :
Plus on monte dans hiérarchie sociale plus la prononciation du /R/ se maintient et inversement, il s’efface. Il déduit donc
qu’il y a un effet de prestige.
Distinction de deux style, l’informel et l’emphatique.
En résulte un phénomène d’hypercorrection qui consiste à corriger en exagérant sa prononciation en se rapportant à la
Martha’s Vineyard
Dans sa 2e recherche, en 1972, Labov s'intéresse au phénomène de centralisation des diphtongues /ay/ et /aw/,
qui semble être perçu uniquement par les spécialistes. Les locuteurs ne sont donc pas conscients de cette
variante et ne la contrôlent pas.
Méthode de travail :
Même méthode quʼavec New York, il enregistre les locaux.
La population de lʼîle compte des natifs, des les descendants de colons anglais arrivés au XVIIe siècle, des
immigrés portugais et un groupe divers (Français, Polonais, Allemands…).
Sa recherche se base également sur tranches dʼâge impactées par cette centralisation de diphtongues.
Déductions :
La centralisation des diphtongues corrélé avec une résistance culturelle face à lʼinfluence des touristes et elle est
plus forte dans les zones rurales où la pêche demeure le principal vecteur économique.
Cette centralisation est dʼautant plus présente au niveau de la tranche dʼâge 30 - 45 ans contrairement aux
lycéens qui ont pour objectif de quitter lʼîle.
En guise de conclusion
● Lʼétude de la linguistique variationniste de William Labov nous a permis de mieux
saisir le lien étroit entre le langage et la société. Nous avons vu comment la
sociolinguistique a émergé comme une discipline cherchant à expliquer lʼévolution
de la langue à travers des facteurs extralinguistiques, cʼest-à-dire sociaux. Labov
sʼest distingué des autres sociolinguistes en adoptant une méthode empirique et
quantitative, fondée sur lʼobservation directe et lʼanalyse statistique.
● La définition de la linguistique variationniste nous a révélé que la variation
linguistique nʼest ni aléatoire ni chaotique : elle suit au contraire une logique
systématique, influencée par des facteurs sociaux tels que la classe sociale, lʼâge et
le contexte de communication dans lequel évolue lʼindividu.
● Les études de Labov ont confirmé que le changement linguistique prend racine
dans la langue parlée et se propage selon une dynamique sociale identifiable.
● Ainsi, Labov a démontré que la langue nʼest pas seulement un phénomène
linguistique, mais aussi “un fait social”. (Antoine Meillet)
Bibliographie
Clavet, L., (1993) La sociolinguistique, que sais-je ? PUF.
Davy, B., Robert, A., Papen et Fabien, O., (2022), Formation en linguistique variationniste, en collaboration avec
lʼUniversité Ouverte des Humanités [En ligne]
Labov, W. (2006), “The Social Stratification of English in New York City”, Cambridge University Press
“Sociolinguistic Patterns”.
Labov, W. (1972), “The Social Motivation of a Sound Change”, , Philadelphia, University of Pennsylvania Press.
“Sociolinguistic Patterns”, The Island of Marthaʼs Vineyard, pp. 4-
Labov, W., Kerleroux, F.,(1974) “L'étude de l'anglais non-standard.” In: Langue française, n°22. Linguistique et
enseignement du français. pp. 79-106.
Labov, W., (1977), “La langue des paumés”. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 17-18,. La
paysannerie, une classe objet. pp. 113-129.
Labov, W., (1992)“La transmission des changements linguistiques”. In: Langages, 26ᵉ année, n°108. Hétérogénéité
et variation : Labov, un bilan. pp. 16-33.
Laks, B.,(1992) “La linguistique variationniste comme méthode.” In: Langages, 26ᵉ année, n°108. Hétérogénéité et
variation : Labov, un bilan. pp. 34-50.
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