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Sylvain Rigaud
University of Nîmes
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THESE
DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE
DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES
Sylvain RIGAUD
Membres du jury :
M. Pierre Anschutz, Professeur, Université Bordeaux I Rapporteur
M. Daniel Cossa, Directeur de Recherche, IFREMER Rapporteur
M. Jean‐François Férard, Professeur, Université de Metz Examinateur
M. Jean‐Marie Garnier, Chargé de Recherche, CNRS Directeur
M. Charles Gobeil, Professeur, Université du Québec Examinateur
M. Philippe Picon, Directeur du GIPREB Examinateur
M. Olivier Radakovitch, Maître de Conférence, Université Aix‐Marseille Co‐directeur
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UNIVERSTITE PAUL CEZANNE, AIXMARSEILLE III
École Doctorale des Sciences de l’Environnement
THESE
DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE
DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES
Sylvain RIGAUD
Membres du jury :
M. Pierre Anschutz, Professeur, Université Bordeaux I Rapporteur
M. Daniel Cossa, Directeur de Recherche, IFREMER Rapporteur
M. Jean‐François Férard, Professeur, Université de Metz Examinateur
M. Jean‐Marie Garnier, Chargé de Recherche, CNRS Directeur
M. Charles Gobeil, Professeur, Université du Québec Examinateur
M. Philippe Picon, Directeur du GIPREB Examinateur
M. Olivier Radakovitch, Maître de Conférence, Université Aix‐Marseille Co‐directeur
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
RESUME
Titre : DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES
SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
ABSTRACT
Title : FATE AND BIOAVAILABILITY OF TRACE METALS IN THE SEDIMENTS OF THE BERRE
LAGOON
Abstract: The industrialization of the Berre lagoon in the 20th century was accompanied by
large inputs of trace metals, which were partially accumulated in sediments and are now
expected to be remobilized to the water column or be incorporated into the food chain and
cause an ecotoxicological risk.
The reconstruction of the temporal and spatial trends of sediment contamination shows that
current levels of contamination of surface sediments have been the lowest for three decades in
agreement with the effectiveness of regulations on industrial releases set up in the years 1970.
These levels are low to moderate in surface but very high contamination exist a few centimeters
below the sediment surface.
The role of Fe and Mn oxy‐hydroxides and sulfides in controlling the mobility of ETM in the
sediment and fluxes at the water/sediment interface has been demonstrated through the
modeling of transport and reactions of chemical compounds and trace metals in the pore waters,
their concentration profiles in the reactive fraction of the particulate phase and experiments
under controlled laboratory conditions. The oxygenation of the water column is the main
parameter influencing the mobility and fluxes and the influence of reoxygenation of bottom
water column in the Grand Etang is discussed.
Finally, the bioavailability of trace metals and adverse effects they may constitute for a target
benthic organism, the polychaete Nereis succinea, were evaluated by estimating the potentially
bioavailable fraction in sediments (chemical extractions and Diffusive Gradient in Thin‐films), by
measuring bioaccumulated concentrations and by the use of biomarkers (metallothioneins and
genotoxicity assays). Some highly bioaccumulated trace metals pose a potential risk and might
be involved in the degradation of the benthic macrofauna.
Keywords: trace metals; Berre lagoon; sediment; contamination; early diagenesis; benthic
fluxes; anoxia; bioavailability; ecotoxicity; Nereis succinea.
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
REMERCIEMENTS
Une thèse, c’est un travail personnel ! Mais qui a bien pu dire ça ? Une thèse ne se fait pas seul,
mais alors vraiment pas du tout. Au bout de ces trois belles années qu’il me soit permis de
remercier ici l’ensemble des personnes qui, de très près ou de plus loin, ont participé à rendre ce
travail possible mais en plus passionnant.
Mes plus sincères remerciements reviennent tout d’abord à mes directeurs de thèse, Jean‐Marie
et Olivier, pour l’expérience qu’ils m’ont permis de vivre dans un cadre idéal, la confiance qu’ils
m’ont accordé, leurs expériences qu’ils ont su partager, leur écoute et soutien, mais par dessus
tout, pour leur amitié. En deux mots, pour leurs qualités de chefs idéaux.
Un remerciement aussi à Philippe Picon pour sa sympathie, et en tant que directeur du GIPREB,
de m’avoir fait confiance et d’avoir financé ce travail avec la région PACA.
Ensuite, j’aimerai très particulièrement remercier Bruno Deflandre pour son amitié, son
extraordinaire disponibilité 7/7j, 24/24h et ses nombreux conseils, lui qui a su m’initier au
monde passionnant de la biogéochimie et permis, en de très nombreux points, d’élever la qualité
des travaux que j’ai pu réaliser.
Mes très sincères remerciements vont aussi à Cédric Garnier pour sa sympathie, son soutien, sa
disponibilité et ses remarques constructives, puis à Raoul‐Marie Couture, pour m’avoir fait faire
mes premiers pas dans le monde de la modélisation et m’avoir fait aimer ça.
Je tiens aussi à remercier très fortement l’équipe du GIPREB, Philippe Picon, Guillaume Bernard,
Nicolas Mayot et Raphael Grisel, pour les virées en bateau sur la mer de Berre où les plongées
dans l’obscurité, leur passion pour la vase et des bébêtes qu’on y trouve et leur enthousiasme à
la partager, mais aussi pour leur soutien logistique et leur précieuse aide dans les travaux sur le
terrain.
J’aimerai encore remercier les nombreux scientifiques qui, grâce à leurs analyses critiques dans
leurs domaines de compétences ont apporté de la qualité à ce travail. Parmi lesquels je citerai :
Daniel Cossa, pour la mise à ma disposition de matériel analytique, ses conseils, ses avis
critiques très appréciés ; Carole Di Giorgio et Michel De Méo, pour leur sympathie et pour
m’avoir fait découvrir le monde de la génotox ; Xavier Moreau et Laetitia De Jong‐Moreau pour
m’avoir montré une autre utilisation de l’esche ; Laure Malleret pour sa gentillesse et son
soutien ; Edouard Metzger, pour sa très grande sympathie et nos échanges constructifs ; Bernard
Angeletti pour son aide logistique précieuse ; Rémi Freydier pour sa disponibilité, son aide et sa
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
maitrise de l’ICP‐MS ; Daniel Borschneck pour sa patience et son aide pour les analyses DRX et
µXRF ; Yacine Nia, pour nos échanges et son aide sur la technique des DGT ; Emilie Strady pour
sa sympathie, pour avoir pris en partie le relai et avoir acceptée de relire mes tentatives
d’explications scientifiques ; l’équipe d’EDF, Laurent Martin, Marie‐José Salençon et Emma
Gouze pour leur sympathie et pour l’intérêt commun que nous partageons pour Berre.
Parmi les futurs scientifiques, je tiens à remercier les stagiaires, Fanny Coutelot, Lucie Da Silva,
Morgan le Cointre et Vanessa Proust, pour leur aide précieuse dans la préparation des
échantillons et les analyses.
Bien sur, je voudrais aussi remercier les amis du CEREGE : Clémoun, Lucie, la Guiguette, le père
Brunel, Pierre B., Pierre G., Stéphane, Guéna, Belen, Romain, Anne‐Eléonore, Blanche, aux
membres du bureau 447, … pour les parties de foot, de pêche, les soirées hamac dans la pinède
du CEREGE, les nuits sur la moquette du bureau 109, les covoiturages, les nuits dans la grotte,
les pique‐niques quotidiens, les nuits trop courtes, les cafés plus ou moins réchauffés, les
ballades de 45 minutes dans la Ste‐Victoire, les discussions simples ou plus complexes, les
voyages plus ou moins officiels, les pétanques, la mystérieuse notre‐dame‐de‐la‐bonne‐miche,
les feux de camp, les bonnes bouffes, … et pour tout le reste, toutes ces choses humaines qui font
que la vie est belle.
Enfin, mes plus profonds remerciements s’adressent à celle qui a su m’encourager, me soutenir,
me comprendre, partager ma passion et supporter mon investissement, à celle qui a su
développer une patience quasi‐illimitée, à Elodie, pour son Amour.
Un remerciement tout particulier à ma famille, celle d’Elodie et aux amis en général qui ont su
me soutenir tout au long de mon parcours et contribuer à mon équilibre.
Pour finir, j’aimerai aussi sincèrement remercier les membres du jury pour avoir accepté de
juger ce travail.
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
INTRODUCTION GENERALE 21
1. Contexte général .....................................................................................................................................21
1.1. Les milieux aquatiques côtiers : des milieux riches et vulnérables.......................................21
1.2. Les éléments traces métalliques ...........................................................................................................22
1.3. Les sédiments contaminés : une source d’ETM pour les milieux aquatiques côtiers ?.23
2. Processus diagénétiques et cycle des ETM dans les sédiments ..............................................24
2.1. La diagénèse précoce.................................................................................................................................24
2.2. Profils diagénétiques .................................................................................................................................25
2.3. Influence sur la mobilité des ETM........................................................................................................27
2.4. Les flux diffusifs à l’interface eau/sédiment.................................................................................... 29
2.5. Cas des conditions hypoxiques ou anoxiques dans la colonne d’eau ...................................29
3. Biodisponibilité et écotoxicité des ETM dans les sédiments pour les organismes
benthiques .....................................................................................................................................................30
3.1. Facteur géochimiques conditionnant la biodisponibilité .......................................................... 31
3.2. Facteurs biologiques conditionnant la biodisponibilité ............................................................. 32
3.3. Bioaccumulation et écotoxicité ............................................................................................................. 33
4. Positionnement de ce travail de thèse.............................................................................................35
5. Organisation du manuscrit..................................................................................................................37
BIBLIOGRAPHIE 38
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
CHAPITRE III
Tableau 7 : Fonds géochimiques naturels établis à partir des concentrations en ETM provenant de niveau
profond (> 1 m) de carottes prélevées dans l’étang de Berre (Giorgetti, 1981 ; Georgeaud, 1997 ;
Arnoux, 1987) ou dans le Golfe du Lion (RNO, 1998).......................................................................................... 111
Tableau 8 : Valeurs des facteur d’enrichissement (EF) pour les sédiments de surface échantillonnés en
février 2008. Les cases grisées correspondent aux valeurs de EF≥2............................................................ 124
Tableau 9 : matrice de corrélation (coefficient de Pearson) pour l’ensemble des paramètres sur l’ensemble
des sites (n=27) .................................................................................................................................................................... 128
Tableau 10 : matrice de corrélation (coefficient de Pearson) pour l’ensemble des paramètres sur les sites
du Grand Etang (n=18)...................................................................................................................................................... 128
Tableau 11 : matrice de corrélation (coefficient de Pearson) pour l’ensemble des paramètres sur les sites
de l’étang de Vaïne (n=9).................................................................................................................................................. 128
Tableau 12 : Rejets moyens de ETM déclarés par les industriels sur le pourtour de l’étang de Berre entre
2005 et 2009 (source : IREP).......................................................................................................................................... 132
CHAPITRE IV
Tableau 13 : Localisation et caractéristiques des sites étudiés..................................................................................... 139
Tableau 14 : Principales réactions de la diagénèse précoce et réactions impliquant les ETM considérées
dans ce travail. Par simplification Me2+, Fe(OH)3 et MnO2 réfère respectivement aux éléments traces
et aux oxy‐hydroxydes de Fe et Mn en général. Seule la précipitation de monosulfures métalliques
est considérée. Les formes Me-Fe(OH)3, Me-MnO2, Me-FeS et Me-MO représentent l’association des
éléments traces aux phases particulaires par adsorption ou coprécipitation sans en préciser la nature. 1)
Van Capellen et Wang, 1995 ; 2) Canavan et al., 2006 ; 3) Anschutz et al., 2000 ; 4) Hulth, 1999 ; 5)
Boudreau, 1997. ................................................................................................................................................................... 150
Tableau 15 : Sens des flux à l’IES dans SA‐09, SA‐10 et V‐10. Les flux diffusifs (mol.cm‐2.s‐1) significatifs
ayant pu être quantifiés à partir des gradients de concentrations modélisés sous l‘IES par PROFILE
sont reportés. Un flux négatif indique un flux depuis la colonne d’eau vers les sédiments, un flux
positif indique un flux depuis les sédiments vers la colonne d’eau. .............................................................. 168
Tableau 16 : flux à l’IES et profondeur de pénétration (ZO2) d’O2 d’après la modélisation des profils d’O2
obtenus par microélectrode au moyen du code PROFILE pour différentes conditions d’oxygénation
testées dans la colonne d’eau.......................................................................................................................................... 175
CHAPITRE V
Tableau 17: date de prélèvement et localisation des 15 sites des sédiments de surface................................... 189
Tableau 18: Pourcentage de particules < 63 µm, COT, CIT (exprimé en % de CaCO3) et teneurs totales en
métaux dans la fraction < 63 µm des sédiments (± 1 écart type pour les deux réplicats). Les fonds
géochimiques naturels (FGN) sont aussi reportés (Cf Chapitre III). ............................................................. 199
Tableau 19: Pourcentage moyen ± 1 écart‐type des éléments majeurs et traces extraits dans les sédiments
par les extractions à EMS‐pH4, EMS‐pH6, EDTA et Ascorbate classé par ordre décroissant pour
EMS‐pH4. ................................................................................................................................................................................. 199
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Tableau 20: Activités mutagènes (test d’Ames), génotoxiques (tests des comètes) et
clastogènes/aneugènes (tests des micronoyaux) mesurée dans les extraits de sédiments à EMS‐pH4
et EMS‐pH6. Les activités sont rapportées par µg de sédiments. nd. = non détectée. ........................... 203
Tableau 21: Matrice de corrélation de Pearson pour les concentrations totales en majeurs et ETM dans les
organismes Nereis succinea. Les lignes et colonnes grisées correspondent aux éléments ayant pu
être localisés dans les tissus des organismes par µXRF. Les valeurs en gras correspondent aux
corrélations significatives au seuil de 0.05............................................................................................................... 210
Tableau 22: Valeurs des paramètres αfaible, kdes‐1 et kdes‐2 obtenus à partir de la modélisation des cinétiques
d’accumulation de Mn et Ni dans les résines obtenues par DGT‐PROFS avec les concentrations
labiles estimées à partir des extractions ascorbate. Pour Mn, les résultats obtenus à partir des
concentrations labiles par extraction EDTA sont aussi reportés. L’erreur sur la modélisation, ainsi
que les concentrations adsorbées sur les sites faible de la phase particulaire (Cs‐faible) sont reportées.
...................................................................................................................................................................................................... 229
ANNEXES
Tableau 23 : Valeurs moyennes, écart‐type, valeurs minimales et maximales de pH, salinité, Eh ainsi que
des concentrations en espèces chimiques en solution jouant un rôle dans l’alcalinité totale, dans la
colonne d’eau et les eaux interstitielles dans l’étang de Berre. La proportion des carbonates dans le
calcul de l’alcalinité totale est aussi reporté. ........................................................................................................... 247
Tableau 24 : Coordonnées GPS, et principales caractéristiques physique et chimiques de la fraction < 63
µm des sédiments de surface échantillonnés en février 2008. ........................................................................ 256
Tableau 25 : teneurs en éléments traces dans la fraction < 63 µm des sédiments de surface échantillonnés
en février 2008...................................................................................................................................................................... 257
Tableau 26 : Porosité et granulométrie des carottes SA‐10 et V‐10. .......................................................................... 258
Tableau 27 : Concentrations en éléments majeurs et activités de 210Pb dans les carottes SA‐10 et V‐10.. 259
Tableau 28 : Concentrations en ETM dans les carottes SA‐10 et V‐10....................................................................... 260
Tableau 29 : Concentrations en éléments majeurs et ETM extraits à l’ascorbate dans les carottes SA‐10 et
V‐10............................................................................................................................................................................................ 261
Tableau 30 : pH et Concentrations en espèces majeurs et en Fe et Mn dans les eaux interstitielles
prélevées par peepers au niveau du site SA‐09...................................................................................................... 263
Tableau 31 : Concentrations en ETM dans les eaux interstitielles prélevées par peepers au niveau du site
SA‐09. ........................................................................................................................................................................................ 264
Tableau 32 : Concentrations Hg (3 réplicats) et MeHg (3 réplicats) dans les eaux interstitielles prélevées
par peepers au niveau du site SA‐09. .......................................................................................................................... 266
Tableau 33 : pH et Concentrations en espèces majeurs et en Fe et Mn dans les eaux interstitielles
prélevées par peepers au niveau du site SA‐10...................................................................................................... 267
Tableau 34 : Concentrations en ETM dans les eaux interstitielles prélevées par peepers au niveau du site
SA‐10 ......................................................................................................................................................................................... 267
Tableau 35 : pH et Concentrations en espèces majeurs et en Fe et Mn dans les eaux interstitielles
prélevées par peepers au niveau du site V‐10 ........................................................................................................ 269
Tableau 36 : Concentrations en ETM dans les eaux interstitielles prélevées par peepers au niveau du site
SA‐10. ........................................................................................................................................................................................ 269
Tableau 37 : Valeurs moyennes et écarts types des constantes thermodynamiques apparentes (Kapp) des
réactions de complexation des métaux avec les acides fulviques (AF) et humiques (AH) calculées à
partir de WHAM VI en présence et absence de ΣH2S, et ajoutés à la base de données MINTEQ....... 271
Tableau 38 : Réactions en solution et constantes thermodynamiques (I = 0 M ; T = 25°C) ajoutées aux
bases de données de WHAM‐VI et MINTEQ. ............................................................................................................ 272
Tableau 39 : Réactions de dissolution/précipitation et constantes thermodynamiques (I = 0 M ; T = 25°C)
ajoutées à la base de données MINTEQ...................................................................................................................... 274
Tableau 40 : Coefficient de diffusion moléculaire dans l’eau libre (D0) et dans les sédiments (Ds) pour une
salinité de 35 et une température de 20°C. La forme chimique dominante en solution, la forme
chimique de l’espèce utilisée pour le calcul du coefficient de diffusion moléculaire et les valeurs du
nombre de Peclet (Pe) correspondant sont reportés........................................................................................... 281
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DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
CHAPITRE I
Figure 4 : situation générale de l’étang de Berre (d’après Gouze, 2008). ....................................................................40
Figure 5 : Bathymétrie du Grand Etang et de l’étang de Vaïne. ........................................................................................43
Figure 6 : Photographie de l’usine hydroélectrique de Saint‐Chamas (Source : Serge Gueroult, Archive La
Provence) ...................................................................................................................................................................................45
Figure 7 : Rejets d’eau douce et de matière en suspension par le canal hydroélectrique de Saint Chamas
(GIPREB, communication personnelle). Les différents seuils des mesures réglementaires pour les
rejets d’eau douce (2.7 Gm3.a‐1 en 1993, 2.1 Gm3.a‐1 en 1995 et 1.2 Gm3.a‐1 en 2006) et les rejets de
matières en suspension (200 kt.a‐1 en 1993, 100 kt.a‐1 en 1999 et 60 kt.a‐1 en 2006) sont aussi
reportés.......................................................................................................................................................................................46
Figure 8 : répartition spatiale des concentrations en Pb et Cu (en µg.g‐1) dans les sédiments de surface en
1976 (Giorgetti, 1981)..........................................................................................................................................................49
Figure 9 : proportions mensuelles moyennes des rejets annuels d’eau douce sur la période 1966‐2006
(GIPREB, communication personnelle).........................................................................................................................52
Figure 10: Profils de salinité et d’O2 dissous (en % de saturation) dans la colonne d’eau dans la zone
profonde du Grand Etang mesurés le 15 juillet 2009. ............................................................................................53
Figure 11 : Evolution temporelle de température, salinité et oxygène dissous à différentes profondeurs
dans la colonne d’eau dans le sud du Grand Etang en 2009 (EDF, communication personnelle). Ces
paramètres sont mesurés toutes les 30 minutes. Les rejets hydroélectriques d’eau douce quotidiens
(EDF, communication personnelle) ainsi que les vitesses et directions du vent à la station
météorologique de Marignane (Météo France) sont aussi reportées..............................................................55
Figure 12 : évolution des concentrations de NO2‐, NO3‐, NH4+ et ΣPO4 dans le fond de la colonne d’eau dans
l’étang de Vaïne, la partie Nord et Sud du Grand Etang entre juin 1994 et mai 2008
(Gipreb, communication personelle). ............................................................................................................................56
Figure 13 : évolution des assemblages biocénotiques des fonds de l’étang de Berre entre 1963 et 2009
(Gipreb, communication personnelle)...........................................................................................................................59
CHAPITRE II
Figure 14 : Photographies de la benne orange peel (A) utilisée pour le prélèvement de sédiment de surface
(B) et d’organismes après tamisage (C et D)...............................................................................................................65
Figure 16 : protocole d’échantillonnage des eaux interstitielles en vue d’une analyse de sa composition
géochimique. .............................................................................................................................................................................66
Figure 15 : Photographies des prélèvements de carottes par plongée (A) et de la découpe sous boite à gant
(B). .................................................................................................................................................................................................65
Figure 17 : Photographies de (A) la préparation des peepers, (B) du déploiement dans le sédiment, (C) de
la récupération des eaux dans les logettes et (D) de la visualisation de l’interface eau/sédiment
(IES). .............................................................................................................................................................................................67
16
DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 18 : Photographies du dispositif SUSANE sur le pont (A) et en déploiement dans le bas de la
colonne d’eau (B). ...................................................................................................................................................................67
Figure 19 : représentation schématique des différentes couches présentes dans une DGT ...............................69
Figure 20: représentation des profils de concentrations d’un ETM dans les différentes couches d’une DGT
et dans l’eau interstitielle adjacente pendant un déploiement dans le cas (a) « partiellement
soutenu », (b), « soutenu » et (c) diffusif (voir le texte pour explication) (d’après Harper et al.,
1999). ...........................................................................................................................................................................................69
Figure 21 : Suivi des conditions d’oxydo‐réduction au cours du temps d’équilibration (15j) dans les
sédiments homogénéisé (A) et déploiement de DGT pour la réalisation d’une cinétique (B). .............71
Figure 22 : Corrélation entre les concentrations en S mesurées par LECO‐S 125 (EPOC) et par ICP‐AES. La
droite représente la ligne 1 :1. ..........................................................................................................................................78
Figure 23 : dispositif de microélectrodes...................................................................................................................................88
CHAPITRE III
Figure 24 : localisation des sites pour le carottage des sédiments en juin 2010................................................... 109
Figure 25 : distribution granulométrie dans les carottes de sédiments SA‐2010 et V‐2010 dans la fraction
< 2 mm. ..................................................................................................................................................................................... 110
Figure 26 : Profils de concentrations des principales espèces des sédiments des carottes SA‐10 et V‐10.113
Figure 27 : Profils de concentrations en ETM dans les sédiments des carottes SA‐10 et V‐10. Les fonds
géochimiques naturels (FGN, Tableau 7) sont aussi reportés.......................................................................... 113
Figure 28 : Profils de concentrations en Fe, Mn, As et Cr dans la fraction non carbonatée des sédiments des
carottes SA‐10 et V‐10. ...................................................................................................................................................... 116
Figure 29 : Profils de Fe, Mn et As, Co, Cr, Ni, Pb et Zn extraits à l’ascorbate dans les sédiments des carottes
SA‐10 et V‐10. ........................................................................................................................................................................ 117
Figure 30 : Représentation schématique du cycle des ETM dans les sédiments de surface et pouvant
expliquer l’enrichissement en ETM observé à l’IES. ............................................................................................. 118
Figure 31 : comparaison des profils de Hg et Pb de deux carottes de l’étang de Vaïne : V‐10 et VN‐10. .... 119
Figure 32 : localisation des sites d’échantillonnage des sédiments de surface (février 2008) ....................... 123
Figure 33 : distribution des concentrations en Al, Ca, COT et C/N dans la fraction < 63 µm des sédiments
de surface échantillonnées en février 2008. ............................................................................................................ 124
Figure 34 : distribution des concentrations de Cr, Cu, Hg et Pb dans la fraction <63µm des sédiments de
surface échantillonnées en février 2008. .................................................................................................................. 124
Figure 35 : corrélation entre Ntot et COT et entre Al, Fe, Mg et K dans les sédiments de surface de
l’ensemble des sites (n=28)............................................................................................................................................. 126
Figure 36 : Corrélations entre COT, Hg, Zn, Pb, Cr et Cu et Al dans la fraction < 63 µm des sédiments de
surface du Grand Etang. Les points grisés correspondent aux sites exclus de la régression et
localisés à proximité de l’embouchure du chenal de Caronte. ......................................................................... 128
Figure 37 : distribution des concentrations de Hg, Pb, Cu et Cr normalisées à Al dans les sédiments de
surface....................................................................................................................................................................................... 130
CHAPITRE IV
Figure 38 : localisation des sites d’études............................................................................................................................... 137
Figure 39 : profils microélectrodes O2 dans SA‐10 et V‐10. Les concentrations en oxygène dans la colonne
d’eau sont aussi reportées (en % de saturation). La ligne horizontale en pointillé représente l’IES.
...................................................................................................................................................................................................... 141
Figure 40 : profils de pH, Na, Ca, Mg, SO42‐, ΣH2S, ΣCO2, ΣPO4, ΣNH4, ΣNO3, COD, Fe, Mn, As, Co, Cr et Ni dans
les peepers sur le site SA‐09, SA‐10 et V‐10. La ligne horizontale en pointillé représente l’interface
eau/sédiment......................................................................................................................................................................... 144
Figure 41 : Triplicats des profils de concentrations en Hg total et MeHg dans les peepers dans SA‐09. La
ligne horizontale en pointillé représente l’interface eau/sédiment.............................................................. 144
Figure 42 : profils de FeASC, MnASC, SASC‐norm, PASC, AsASC, CoASC, CrASC et NiASC. Les proportions de As, Co, Cr et
Ni totales extraites sont aussi présentées................................................................................................................. 146
Figure 43 : profils de COT, Ntot et Ptot dans les sédiments des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. ................................ 152
Figure 44 : Profils de concentration de Ca, Mg et SO4 mesurées et calculées par la relation de Dittmar dans
les peepers dans les sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. La ligne horizontale en pointillé représente
l’interface eau/sédiment. L’échelle des abscisses est adaptée pour une meilleure visualisation. ... 152
Figure 45 : A) Profils de concentration de ΣNO3, Mn, Fe, SO42‐, ΣH2S, Co, Cr et Ni dans les peepers pour SA‐
10. La modélisation des valeurs expérimentales (rouge), les zones et les taux nets de réactions
(vert) obtenues au moyen du code PROFILE sont aussi reportées. B) Représentation schématique
des zones et taux de production/consommation des espèces en phase dissoute obtenues à partir de
17
DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
PROFILE. Les réactions impliquées dans ces processus sont reportées par leurs numéros présentés
dans le Tableau 14 et l’épaisseur des formes est proportionnelle à la concentration de l’espèce le
long du profil.......................................................................................................................................................................... 155
Figure 46 : A) Profils de concentration de ΣNO3, Mn, Fe, SO42‐, ΣH2S, As, Co, Cr et Ni dans les peepers pour
V‐10. La modélisation des valeurs expérimentales (rouge), les zones et les taux nets de réactions
(vert) obtenues au moyen du code PROFILE sont aussi reportées. B) Représentation schématique
des zones et taux de production/consommation des espèces en phase dissoute obtenues à partir de
PROFILE. Les réactions impliquées dans ces processus sont reportées par leurs numéros présentés
dans le Tableau 14 et l’épaisseur des formes est proportionnelle à la concentration de l’espèce le
long du profil.......................................................................................................................................................................... 159
Figure 47 : A) Profils de concentration de Mn, Fe, SO42‐, ΣH2S, As, Co, Cr, Ni, Hg et MeHg dans les peepers
pour SA‐09. La modélisation des valeurs expérimentales (rouge), les zones et les taux nets de
réactions (vert) obtenues au moyen du code PROFILE sont aussi reportées. B) Représentation
schématique des zones et taux de production/consommation des espèces en phase dissoute
obtenues à partir de PROFILE. Les réactions impliquées dans ces processus sont reportées par leurs
numéros présentés dans le Tableau 14 et l’épaisseur des formes est proportionnelle à la
concentration de l’espèce le long du profil. .............................................................................................................. 161
Figure 48 : profils de Hgtot, MeHg et du rapport MeHg/Hgtot dans les sédiments de SA‐09.............................. 168
Figure 49 : profil de O2 et ΣH2S selon différentes concentrations d’O2 ou temps d’oxygénation de la colonne
d’eau. La ligne horizontale pointillée représente l’IES. ....................................................................................... 175
Figure 50 : Evolution temporelle des concentrations en O2, ΣPO4, Fe, Mn, ΣNH4, NO3‐ et NO2‐ en fonction du
temps dans les 3 carottes incubées du site SA‐10. Les ΣH2S n’ont pas été détectés au cours de
l’expérimentation. Les lignes verticales en pointillé représentent le changement des conditions
d’oxygénation dans l’eau surnageante des carottes : entre 0 et 2.8 j, bullage avec 100% N2 et entre
2.8 et 6.8j, bullage 50% air/50%N2 et de 6.8 à 9.2j bullage 100% air.......................................................... 177
Figure 51 : Profils SUSANE au niveau du site SA, en juillet (suboxique, O2=7%) et aout (anoxique) 2009.
...................................................................................................................................................................................................... 178
CHAPITRE V
Figure 52: localisation des sites de prélèvement des sédiments de surface. La zone grisée représente la
surface où les organismes benthiques sont absents (données 2009 ; Gipreb, com. pers.).................. 189
Figure 53: Organigramme des protocoles d’échantillonnage et d’analyse et laboratoires impliqués. Les
protocoles sont décrits dans le Chapitre II. .............................................................................................................. 190
Figure 54: Illustration des trois tests génotoxiques. A) Visualisation au microscope à fluorescence d’une
cellule intacte et lésée dans le test des comètes réalisée sur l’extrait EMS‐pH6 le site VC. B)
Visualisation d’un micronoyau dans une cellule au microscope dans le test des micronoyaux
(source : Di Giorgio). C) Visualisation du développement de la souche Salmonella typhimurium sur
un milieu de culture témoin (négatif) et après exposition à un agent mutagène présent dans
l’inoculum de l’extrait EMS‐pH4 du site VA (positif)............................................................................................ 194
Figure 55: Concentrations totales en Cd, Hg et Pb dans les sédiments de surface dans le Grand Etang
(barres blanches) et dans l’étang de Vaïne (barres grises) échantillonnés en septembre 2008 et juin
2010. La barre horizontale représente le FGN (Chapitre III). .......................................................................... 198
Figure 56: Concentrations labiles de Cd, Cr et Pb dans les sédiments de surface prélevées en septembre
2008 (RN, VA, VC et RN) et juin 2010 (B1, B2, B3, B5, B7, B8, B9, 10, B11, B12 et B13) estimées par
des extractions chimiques par EMS‐pH4, EMS‐pH6, EDTA et ascorbate. Les extractions EDTA ont
été effectuées sur les 15 sites, les extraction EMS‐pH4 et EMS‐pH6 uniquement sur les sites
prélevés en septembre 2008 et les extractions ascorbate uniquement sur les sites prélevés en juin
2010........................................................................................................................................................................................... 199
Figure 57: Concentrations en Fe, Ca, S et ETM dans les polychètes Nereis succinea prélevés dans le Grand
Etang (barres blanches) et dans l’étang de Vaïne (barres grises). Les droites horizontales en
pointillé représentent les valeurs minimales (vert) et maximales (rouge) reportées dans la
littérature pour le polychète Nereis diversicolor. Lorsque les valeurs sortent de la gamme de
l’échelle des ordonnées, la valeur est reportée en rouge sur la graphique. ............................................... 201
Figure 58: Visualisation de métallothionéines (MTs) dans une cellule épithéliale du tube digestif d’un
organisme prélevé dans le site VA par immunofluorescence (photo de gauche). Les
métallothionéines ne sont pas observés dans les autres sites (exemple d’un organisme prélevé dans
le site VN dans la photo de droite). .............................................................................................................................. 202
Figure 59: Activités génotoxiques moyennes ± un écart‐type mesurées par le test des comètes sur des
cœlomocytes prélevés dans des organismes (n=5) collectés sur les sites B9, B10 et B11.................. 204
Figure 60: Comparaison entre les concentrations en Cd, Cr, Pb et Zn extraites par EDTA et mesurées dans
les Néréis succinea. ............................................................................................................................................................. 206
18
DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 61: Image en transmission et cartographie élémentaire de la tête (6 images du haut) et du corps (6
images du bas) d’un polychètes Nereis succinea, obtenue auprès de P. Chaurand, L. De Jong‐Moreau
et X. Moreau............................................................................................................................................................................ 208
Figure 62: Exemples de corrélations significatives et coefficients de corrélation de Pearson obtenus pour
les concentrations totales en éléments dans les tissus des organismes Nereis succinea. Les points
grisés sont exclus de la régression. .............................................................................................................................. 210
Figure 63: Comparaison des concentrations en Cd/S et Pb/Ca dans Nereis succinea avec les
concentrations extraites par EDTA. ............................................................................................................................. 212
Figure 64: Comparaison entre les concentrations en Hg dans le sédiment total et dans les organismes. Les
analyses de Hg dans les organismes des sites B3 et B12 n’ont pas été réalisées..................................... 213
Figure 65: Spéciations moyennes (n=4) des ETM dissous dans les extraits EMSp‐pH4 et EMS‐pH6 utilisés
pour le mutatest (pH=6) et pour les tests des micronoyaux et des comètes (pH=7.4)......................... 216
Figure 66: Densité (gauche) et diversité spécifique (droite) de la macrofaune benthiques en juin 2010
(Gipreb, communication personnelle). Pour la densité, les bivalves, crustacés et polychètes sont
distingués. ............................................................................................................................................................................... 216
Figure 67: Evolution des conditions d’oxydo‐réduction (Eh) dans les sédiments disposés dans les pots (en
duplicat) pour l’expérimentation DGT. La flèche noire indique la date où les DGT ont été insérés
dans les sédiments. Le point t=0 représente les conditions dans les sédiments dans leur milieu
naturel....................................................................................................................................................................................... 221
Figure 68: Potentiel d’oxydo‐réduction et concentrations en ΣH2S, ΣPO4, Fe, Mn, As, Co, Ni et Mo dans les
eaux interstitielles in situ des sédiments lors du prélèvement et dans les eaux interstitielles des
sédiments homogénéisés pour l’expérimentation des DGT après 16 jours d’équilibration. Pour les
sédiments homogénéisés des sites B1, B3, B8, B9, B10 et B11, les concentrations reportées
correspondent à la moyenne (la barre d’erreur représente ± 1 écart‐type) des 5 pots préparés. Les
potentiels d’oxydo‐réduction de SO42‐/HS‐ et Fe(OH)3/Fe2+ sont reportés (Jorgensen, 2006). ........ 222
Figure 69: Concentrations en Fe, Mn, Co et Ni dans les eaux interstitielles calculées à partir de la masse
d’ETM accumulées dans les DGT au bout de 24h de déploiement (CDGT‐24h) et mesurées après
extraction par centrifugation (CEI). Rq : pour chaque paramètre est reporté sur une échelle
spécifique................................................................................................................................................................................. 226
Figure 70: Concentrations en As dans les eaux interstitielles calculées à partir de la quantité de As
présente dans la couche des DGT contenant la résine (CDGT) et mesurées après extraction par
centrifugation (CEI).............................................................................................................................................................. 226
Figure 71: Evolution des masses de Fe, Mn et Ni accumulées dans la résine (graphiques du haut) et des
flux à la DGT (graphiques du bas) au cours du temps de déploiement. ....................................................... 227
Figure 72: Description des compartiments et des interactions entre eux dans le mode consécutif du
modèle DGT‐PROFS (d’après Ciffroy et al., 2011). ................................................................................................ 228
Figure 73: Exemples de modélisation des cinétiques d’accumulation de Mn et Ni dans les résines du site
B9 obtenues par DGT‐PROFS avec les concentrations sorbées dans le sédiments fixée à partir des
extractions ascorbate. La courbe pleine noire représente la moyenne sur 1000 simulations et les
courbes en pointillé représentent l’intervalle de 90% autour de la moyenne. La courbe rouge en
pointillé représente la modélisation pour un cas diffusif uniquement (pas d’ETM mobilisable depuis
la phase particulaire). ........................................................................................................................................................ 229
Figure 74: représentation des fractions labiles moyennes de Mn et Ni estimées par les différents
protocoles d’extraction chimiques (EMS‐pH4, EMS‐pH6, EDTA, ascorbate) et par la technique des
DGT............................................................................................................................................................................................. 231
ANNEXES
Figure 75: Distribution des principaux constituants dans la fraction < 63 µm des sédiments de surface. 253
Figure 76: Distribution des ETM dans la fraction < 63 µm des sédiments de surface......................................... 254
Figure 77: Distribution des ETM normalisés à Al dans la fraction < 63 µm des sédiments de surface........ 255
Figure 78: profils de pH et Eh dans les sédiments des sites SA et V en juin 2010 (SA‐10 et V‐10). .............. 262
Figure 79: profils des conditions physicochimiques dans la colonne d’eau au niveau du site SA en juillet
2009, en aout 2009 (SA‐09) et en juin 2010 (SA‐10) et au niveau du site V en juin 2010. ................ 263
Figure 80: spéciation des éléments majeurs dans les peepers des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. La droite
horizontale en pointillé représente l’IES. .................................................................................................................. 277
Figure 81: spéciation de Fe, Mn et des éléments traces dans les peepers des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. La
droite horizontale en pointillé représente l’IES. .................................................................................................... 278
Figure 82: Spéciation de Hg et MeHg dans les peepers du site SA‐09. La droite horizontale en pointillé
représente l’IES..................................................................................................................................................................... 278
Figure 83: Indices de saturation des éléments majeurs dans les peepers des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. 280
Figure 84: Indices de saturation des éléments traces dans les peepers des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10..... 281
19
DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 85: Profils de concentration de ΣCO2, ΣNH4, ΣPO4 dans les peepers au niveau des sites SA‐09, SA‐10
et V‐10. Le fit des valeurs expérimentales, les zones et les taux nets de réactions obtenus par
modélisation inverse au moyen du code PROFILE sont aussi reportées. La ligne horizontale en
pointillé représente l’interface eau/sédiment ........................................................................................................ 283
Figure 86: Profils de concentration de Ca, Mg et SO42‐ corrigés des variations de salinité dans les peepers
au niveau des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. Le fit des valeurs expérimentales, les zones et les taux nets
de réactions obtenus par modélisation inverse au moyen du code PROFILE sont aussi reportées 284
20
INTRODUCTION GENERALE
1. Contexte général
1.1. Les milieux aquatiques côtiers : des milieux riches et vulnérables
Les milieux aquatiques côtiers, à l’interface entre les eaux continentales et les océans,
comprennent différents systèmes : estuaires, deltas, lagunes, marais, plages, dunes et récifs. Ces
systèmes sont parmi les plus riches de la planète en terme de productivité, d’habitat et de
biodiversité. Parallèlement, les zones côtières sont très peuplées (50% de la population
mondiale vit à moins de 200 km de la mer ; Creel, 2003), fortement industrialisées et urbanisées
et elles concentrent de nombreuses activités socioéconomiques (pêche, tourisme, activités
nautiques et balnéaires, …). Les zones côtières sont donc des zones aux enjeux écologiques,
démographiques et socioéconomiques très importants.
Le développement des activités humaines sur les littoraux s’est accompagné par le rejet de
nombreuses substances chimiques qui ont eu pour conséquence de fortement altérer la qualité
chimique des milieux aquatiques. Les principales problématiques associées à ces rejets sont
l’eutrophisation (apports excessifs de nutriments) et la contamination (apports de substances
chimiques potentiellement toxiques). Elles ont pour conséquence de générer des risques
sanitaires et écologiques, de contraindre les activités de pêches (interdiction, diminution de la
productivité, de la biomasse, ) et de loisirs (insalubrité, mauvaises odeurs, …), de nuire à l’image
de certaines zones et ainsi, de limiter le développement économique de ces activités.
La prise de conscience ces dernières décennies des problèmes liées à la présence de substances
chimiques en milieu marin et côtier a entrainé la mise en place de lois pour limiter leurs rejets et
préserver ces milieux. Les principales réglementations concernant les milieux aquatiques
méditerranéens sont :
‐ la convention de Barcelone sur la protection de l’environnement marin et des régions
côtières méditerranéennes adoptée en 1976 et son programme pour l’estimation et le contrôle
de la pollution marine dans les régions méditerranéennes (MED POL)
‐ le protocole pour la protection de la mer Méditerranée contre la pollution provenant
des sources et les activités continentales (protocole LBS). Amendé en 1996, il inclut une liste de
composés (dont Hg, Cd et Pb) pour lesquels des programmes de mesures doivent être préparés.
‐ la Directive Cadre sur l’Eau (2000/60/CE). Elle fixe des objectifs de bon état écologique
des milieux aquatiques d’ici 2015. Elle fixe une liste de substances prioritaires (dont Hg, Cd, Pb
et Ni) dont les rejets doivent être stoppés.
‐ La Directive Stratégie Marine (2008/56/CE) qui fixe des objectifs de bon état
écologique des milieux aquatiques marins d’ici 2020.
21
INTRODUCTION GENERALE
Ces lois se sont notamment traduites par la mise en place de station de traitement des effluents
industriels ou urbains ou de système d’épuration des fumées, par la gestion contrôlée des
déchets, mais aussi par l’interdiction ou l’encadrement de l’utilisation de certaines substances ou
encore par la mise en place de procédés industriels plus propres. De plus ces programmes
prévoient d’assurer lorsque c’est possible la restauration des zones dégradées.
Bien que la mise en place de ces mesures a permis d’améliorer incontestablement la qualité
écologique globale des milieux aquatiques ces dernières décennies, la plupart des zones côtières
situées à proximité de grands centres urbains ou industriels restent aujourd’hui fortement
dégradées (PNUE/PAM, 2009). C’est particulièrement le cas dans des zones côtières fortement
industrialisées qui ont subit pendant plusieurs décennies d’importants rejets en contaminants.
Un des facteurs souvent mis en cause dans la persistance de la dégradation de ces milieux est le
rôle joué par les sédiments qui accumulent au cours du temps les contaminants et peuvent,
dans certaines conditions, constituer aujourd’hui une source importante en contaminants pour
la colonne d’eau (Angelidis, 2005) ou les organismes biologiques (Rainbow, 2002).
1 Par définition, As ne fait pas parti des éléments traces métalliques mais par soucis de concision sera
intégré dans le terme ETM dans la suite du manuscrit.
22
INTRODUCTION GENERALE
1.3. Les sédiments contaminés : une source d’ETM pour les milieux aquatiques
côtiers ?
La Figure 1 représente le cycle simplifié des ETM en milieu aquatique côtier. Les milieux côtiers
reçoivent une partie importante des ETM rejetés dans l’environnement par des apports directs
(urbains et industriels) ou indirects (dépôt sec ou humide, lessivage des sols) se produisant dans
la zone côtière ou dans les bassins versants sur les continents. Le devenir des ETM dans ces
milieux est étroitement lié à leur distribution entre la phase dissoute et la phase solide qui est
fonction des conditions physicochimiques (ex : pH, salinité) et la composition géochimique de la
phase dissoute (nature et concentrations en ligands inorganique ou organiques) et de la phase
solide (granulométrie, minéralogie, teneurs en matières organiques).
Dans la colonne d’eau, cette distribution est généralement largement en faveur de la phase
solide qui présente des concentrations qui sont de plusieurs ordres de grandeurs supérieures
aux concentrations dans la phase dissoute (Luoma et Rainbow, 2008). Bien qu’une partie des
matières en suspension puisse être exportée vers l’océan, la majeure partie sédimente dans la
zone côtière et les ETM qui y sont associés se retrouvent intégrés aux sédiments côtiers. Les
proportions solide/liquide étant bien plus importantes dans le sédiment que dans la colonne
d’eau, les sédiments constituent généralement le plus grand réservoir d’ETM dans les systèmes
aquatiques.
Dans les zones côtières fortement industrialisées, les sédiments accumulent de fortes quantités
d’ETM qui vont pouvoir être préservées au cours du temps. Ainsi, plusieurs décennies après
leurs rejets, les ETM stockés dans les sédiments peuvent aujourd’hui encore participer à la
dégradation des écosystèmes et de la qualité des eaux. Le transfert des ETM depuis les
sédiments vers la colonne d’eau et/ou vers les organismes biologiques va dépendre de
nombreux mécanismes physiques, chimiques et biologiques tels que l’adsorption/désorption, la
(co)précipitation/(co)dissolution, la dégradation de la matière organique, la diffusion dans les
eaux interstitielles et l’absorption par les organismes biologiques (Figure 1).
Ces mécanismes sont complexes, interagissent entre eux et varient fortement dans l’espace et le
temps. La bonne compréhension de ces mécanismes est aujourd’hui nécessaire afin d’orienter au
mieux les décisions politiques pour la préservation/restauration et les aménagements des zones
côtières. C’est dans ce contexte général que s’intègre ce travail de thèse.
Ces mécanismes sont décrits brièvement dans les paragraphes qui suivent et les principales
questions qui demeurent concernant la compréhension de leurs influences sur le transfert des
ETM depuis les sédiments vers la colonne d’eau et/ou les organismes sont énoncées.
23
INTRODUCTION GENERALE
Figure 1 : Cycle simplifié des ETM dans les milieux aquatiques côtiers. Deux compartiments sont
distingués : le compartiment physique solide (matière en suspension, particules du sédiment) et dissous
(colonne d’eau et eau interstitielle) et le compartiment biologique (organismes benthiques, necton,
avifaune et humain). Les cercles rouges représentent les concentrations des ETM dans les différents
compartiments (en µg.kg‐1 de masse sèche de particules ou d’organismes pour le compartiment solide et
biologique respectivement et en µg.kg‐1 de phase dissoute pour le compartiment dissous). M représente
un ETM ; Ms, M‐Min et M‐Org représentent les ETM sous forme solide ou associés à une phase minérale
ou organique en phase particulaire respectivement ; Mn+, Mj(Lorg)i(n‐i)+ et Mj(Linorg)i(n‐i)+ représentent les
ETM libres ou complexés à un ligand organique ou inorganique en solution respectivement.
24
INTRODUCTION GENERALE
25
INTRODUCTION GENERALE
verticale de ces espèces par diffusion et facilitent les réactions d’oxydo‐réduction secondaires.
Par exemple, Mn2+ qui diffuse vers le haut depuis sa zone de production dans les eaux
interstitielles est consommé par O2 (et/ou NO3‐) et s’accumule dans la phase solide sous forme
de MnO2 (Figure 2). De même, la production de Fe2+ et HS‐ plus en profondeur dans les eaux
interstitielles favorise la réaction de précipitation de FeS et son accumulation dans la phase
solide. Une autre caractéristique typique des processus diagénétiques dans un sédiment est la
diminution des concentrations en MO dans la phase solide avec la profondeur en lien avec sa
minéralisation au cours de son enfouissement (Figure 2). Bien que non représentée dans la
figure, cette dégradation s’accompagne aussi par la libération dans les eaux interstitielles des
principaux constituants de la MO, à savoir C (HCO3‐), N (NH4+) et P (PO4), mais aussi de carbone
organique dissous (COD), dont les concentrations augmentent généralement avec la profondeur.
Figure 2 : Exemples de profils diagénétiques théoriques rencontrés dans les sédiments et les eaux
interstitielles des sédiments pour une colonne d’eau oxique. Les réactions d’oxydo‐réduction primaires
sont également reportées. CH2O représente la matière organique. Les flèches indiquent les flux diffusifs à
l’interface eau/sédiment (IES).
A partir de ces profils, le sédiment est communément découpé en trois zones organisées
verticalement (Figure 2) :
(i) une zone oxique superficielle où l’oxygène est présent,
(ii) une zone suboxique en dessous où l’oxygène moléculaire et les sulfures sont absents.
(iii) une zone anoxique, plus en profondeur où les sulfures sont présents.
En milieu côtier productif, cette séquence s’étend généralement sur les premiers centimètres
des sédiments de surface (Schulz, 2006). Cependant, l’organisation verticale de ces profils est
aussi dépendante de nombreux phénomènes tels que les apports et la réactivité de la MO, les
26
INTRODUCTION GENERALE
Ainsi, la distribution verticale des principales réactions diagénétiques varie dans l’espace et le
temps. Si ces dernières décennies des avancées considérables ont pu être faites concernant la
connaissance de ces processus diagénétiques, leurs influences sur la mobilité des ETM dans les
sédiments reste encore peu comprise.
Liens avec les cycles d’oxydoréduction de Fe, Mn et S : Les principales réactions qui gouvernent la
distribution des ETM entre la phase solide et la phase dissoute sont tout d’abord celles
appartenant aux cycles d’oxydo‐réduction de Fe, Mn et S pour lesquels les ETM présentent une
forte affinité (Luoma et Rainbow, 2008). Dans la couche oxique des sédiments, les ETM sont
essentiellement associés à la phase solide par adsorption et/ou co‐précipitation avec les oxy‐
hydroxydes de Fe et Mn et leur mobilité est généralement faible. Dans la zone suboxique, la
réduction des oxy‐hydroxydes de Mn et Fe entraîne la libération dans l’eau interstitielle des ETM
qui y étaient associés et entraîne donc une forte augmentation de leur mobilité. Dans les
sédiments anoxiques, la réduction des sulfates entraîne la production de sulfures pour lesquels
la plupart des ETM ont une forte affinité (ex : Huerta‐Diaz et al., 1998). Les ETM sont soit
directement précipités sous forme de sulfures métalliques soit adsorbés sur FeS puis inclus dans
la pyrite (Morse et Luther, 1999). Du fait de ces réactions, la mobilité des ETM dans la couche
anoxique est généralement très faible. Le Cr est un cas particulier car il ne présente pas d’affinité
pour les sulfures (ex : Huerta‐Diaz et Morse, 1992) et peut être donc relativement mobile dans
les sédiments anoxiques.
27
INTRODUCTION GENERALE
Liens avec la MO : La MO qui présente de nombreux sites de surface joue aussi un rôle important
sur la mobilité des ETM par des processus d’adsorption (Fairbrother et al., 2007). Elle est peu
influencée par les processus d’oxydo‐réduction et présente une capacité de piégeage de surface
relativement constante avec la profondeur. Cependant, au cours de sa minéralisation, les ETM
initialement piégés sur la phase solide par association avec la MO peuvent être libérés dans les
eaux interstitielles.
Liens avec les conditions du milieu (spéciation en phase dissoute) : La mobilité des ETM est aussi
fortement influencée par les conditions physicochimiques (Eh, pH) et la composition chimique
des eaux interstitielles.
La plupart des ETM présentent plusieurs degrés d’oxydation qui évoluent avec les conditions
d’oxydo‐réduction. Selon leur degré d’oxydation, les propriétés physicochimiques des ETM
peuvent changer et influencer leur mobilité et leur toxicité. Par exemple, en conditions
oxydantes, Cr est essentiellement présent sous forme de Cr(VI) qui est plus mobile/soluble et
plus toxique que le Cr(III) présent en milieu réduit. Inversement, en conditions anoxiques, As se
trouve sous forme de As(III) qui est plus mobile/soluble et plus toxique que la forme As(V)
présente en conditions plus oxydantes. La diminution des potentiels d’oxydo‐réduction avec la
profondeur favorise donc la prédominance des formes réduites des ETM en profondeur. Notons
cependant, que certains mécanismes pourraient aussi favoriser l’oxydation des ETM en milieu
réduit (ex : oxydation de Cr(III) en Cr(VI) par MnO2, Nakayama al., 1981; Shaw et al., 1990).
La plupart des réactions diagénétiques se traduisent par la libération d’ions H+ en solution et
induisent généralement une diminution de pH dans les sédiments. Cette diminution de pH a
pour effet de modifier les charges de surfaces de la phase particulaire et la spéciation des ETM
en solution. Ceci se traduit généralement par une désorption des ETM et une augmentation de
leur mobilité. Notons cependant que pour les oxyanions (ex : As, Cr) ces processus sont inversés.
La composition chimique des eaux interstitielles influence aussi fortement la mobilité des ETM.
La complexation des ETM avec des ligands inorganiques ou organiques dissous (produits de la
minéralisation de la MO et des réactions d’oxydo‐réduction secondaires) favorise la mise et le
maintien en solution des ETM, et participe ainsi à l’augmentation de leur mobilité dans les
sédiments.
Ainsi la mobilité des ETM dans les sédiments dépend de nombreux processus biogéochimiques
qui peuvent entrer en synergie ou en compétition et favoriser cette mobilité dans certaines
zones des sédiments tout en la réduisant dans d’autres. L’identification de ces principaux
processus est d’autant plus importante que cette mobilité peut conditionner la capacité d’un
28
INTRODUCTION GENERALE
ETM à être absorbé par un organisme vivant ou à migrer depuis les sédiments vers la colonne
d’eau.
29
INTRODUCTION GENERALE
la disparition de la zone oxique des sédiments et induit la migration vers le haut des profils
diagénétiques dans les eaux interstitielles (Figure 3). De la même manière, la localisation des
processus réactifs de remobilisation (ex : dissolution des oxy‐hydroxydes de Fe et Mn) ou de
piégeage (ex : précipitation en association avec les sulfures) des ETM migrent vers l’interface
entrainant de fortes variations dans l’intensité et les flux d’ETM à l’IES (ex : flux entrant de NO3‐
et sortant de Mn2+ dans l’exemple de la Figure 3). Parallèlement, ces dernières peuvent
s’accompagner par la mort des organismes benthiques qui jouaient un rôle important dans le
brassage des premiers centimètres des sédiments.
L’influence de l’apparition d’épisode d’anoxie sur les processus contrôlant la mobilité des ETM
dans les sédiments en zone côtière est très complexe (Morse et Eldridge, 2007) et sa
compréhension reste un enjeu scientifique majeur pour ces milieux.
Figure 3 : Exemples de profils diagénétiques théoriques rencontrés dans les sédiments et les eaux
interstitielles des sédiments pour une colonne d’eau hypoxique. Les réactions d’oxydo‐réduction
primaires sont également reportées. Les flèches indiquent les flux diffusifs à l’interface eau/sédiment
(IES).
3. Biodisponibilité et écotoxicité des ETM dans les sédiments pour les organismes
benthiques
Si les sédiments sont le réceptacle majeur des ETM dans les environnements aquatiques ils sont
aussi un habitat écologique majeur colonisé par diverses communautés de micro‐ et macro‐
organismes. Du fait de leur présence sur ou dans les sédiments, ces organismes benthiques sont
particulièrement exposés aux contaminants et constituent un point d’entrée important pour les
ETM dans le réseau trophique.
Cependant le lien entre la concentration en ETM dans un sédiment et les ETM potentiellement
bioaccumulables par les organismes benthiques d’une part et le lien entre les ETM bioaccumulés
et leur toxicité n’est pas direct (Tessier et Campbell, 1987 ; Amiard‐Triquet et Amiard, 2008).
30
INTRODUCTION GENERALE
Ceci est due à deux principaux facteurs : (i) des facteurs géochimiques conditionnant la
spéciation et la fraction potentiellement biodisponible des ETM dans les sédiments et (ii) des
facteurs biologiques conditionnant la voie d’exposition, la biodisponibilité, les processus
d’assimilation et d’excrétion et les mécanismes de tolérance et/ou de détoxication. La forme
géochimique d’un ETM dans les eaux interstitielles et les sédiments, aussi bien que
l’écophysiologie et les traits biologiques des organismes conditionnent la biodisponibilité des
ETM en déterminant à quelle nature et à quelle concentration d’ETM une espèce est exposée. La
capacité de l’organisme à inhiber la toxicité ou à réguler les flux entrant/sortant des ETM
conditionnera le risque de toxicité.
La détermination de la biodisponibilité et de la toxicité potentielle des ETM implique donc dans
un premier temps de caractériser les facteurs géochimiques et biologiques contrôlant cette
biodisponibilité.
31
INTRODUCTION GENERALE
et donne une meilleure appréciation du réservoir d’ETM potentiellement biodisponible dans les
sédiments.
Les techniques les plus communément utilisées pour estimer la fraction potentiellement
biodisponible des ETM dans les sédiments sont les extractions chimiques. Ces techniques sont
relativement faciles à mettre en œuvre. Elles permettent de sélectionner les fractions labiles des
ETM biodisponibles et d’exclure les fractions peu labiles. Parmi les nombreux protocoles
développés, les plus utilisés sont sans doute l’extraction à l’acide faiblement concentré (1N ou
0.5N HCl ou HNO3 ; ex : Luoma et Bryan, 1982), la technique des AVS (Acid Volatile Sulfide, ex :
Di Toro et al., 1990), l’EDTA (ex : Weimin et al., 1992), des extractants reproduisant les
processus physiologique tels que l’utilisation de sucs gastriques (Mayer, et al., 1996) ou des
solutions ajustées à des pH physiologiques (Amiard et al., 2007). Cependant, les principales
limites de ces techniques sont que les extractants sont généralement peu sélectifs et les résultats
sont très variables selon la technique utilisée (Luoma, 1989).
Une méthode plus récente et prometteuse est la technique des DGT (Diffusive Gradient in Thin‐
films ; Davison et Zhang, 1994 ; Harper et al., 1998; Zhang and Davison, 2000). Contrairement
aux techniques d’extraction chimique, la technique des DGT est une technique de mesure in situ
basée sur le contrôle des flux d’ETM vers une résine chélatante inclus dans un support inséré
dans le sédiment. La résine chélatante de la DGT se comporte comme un puits en ETM pendant
la période de déploiement ce qui induit un flux diffusif des ETM depuis le milieu extérieur vers la
DGT. La masse d’ETM accumulée sur la résine au cours du temps est dépendante de la labilité
des ETM dans les sédiments qui correspond aux ETM libres ou labiles dans les eaux
interstitielles et à la fraction échangeable associée aux particules. Si cette technique est
relativement bien opérationnelle dans la colonne d’eau (Zhang et Davison, 2000) elle est encore
en cours de développement pour son application dans les sédiments. En effet, l’interprétation
des données dans les sédiments sont relativement complexes et nécessite des modèles qui sont
encore en cours de développement (Harper et al., 2000; Sochaczewski et al., 2007 ; Ciffroy et al.,
2011).
Les méthodes géochimiques d’estimation de la fraction biodisponible dans les sédiments sont
relativement nombreuses mais aucune à ce jour ne s’est montrée universellement applicable. Il
est généralement conseillé d’utiliser plusieurs techniques en parallèle pour mieux apprécier la
biodisponibilité (Ankley et al., 1994).
32
INTRODUCTION GENERALE
33
INTRODUCTION GENERALE
‐ (ii) lorsque l’ETM est absorbé, la capacité de l’organisme à le stocker sous une forme
non toxique (ex : synthèse de ligands cellulaires tels que les métallothionéines,
biominéralisation),
‐ (iii) augmenter son excrétion.
Dans les milieux fortement contaminés, les espèces présentes sont généralement des espèces
tolérantes c’est‐à‐dire qu’elles présentent un ou plusieurs des mécanismes cité ci‐dessus. Dans
les organismes présentant la capacité de stocker les ETM sous une forme non toxique, de fortes
concentrations en ETM dans les tissus n’induira donc pas forcément une écotoxicité. Ainsi les
concentrations d’ETM bioaccumulés et la toxicité qu’ils représentent pour les organismes sont à
la fois fonction des capacités d’assimilation, de stockage et d’élimination des ETM par un
organisme. Ces capacités biologiques sont très variables selon les espèces mais aussi selon le
cycle de vie, l’âge et le sexe des individus au sein d’une même espèce ce qui augmente la
difficulté de l’estimation du risque que constitue les ETM pour des organismes benthiques.
Si les effets néfastes des ETM pour un organisme peuvent être relativement bien caractérisés en
milieu contrôlé au laboratoire, il en va autrement dans le milieu naturel à cause du mélange de
composés potentiellement toxiques, de la variabilité physiologique naturelle des organismes, de
leur multiplication, de leur insertion dans un réseau trophique et de la variabilité du
compartiment physique avec lequel ils interagissent. L’utilisation de biomarqueurs s’est
affirmée ces dernières décennies comme un outil de choix dans l’estimation des stress auxquels
pouvaient être soumis les organismes (Roméo et Giambérini, 2008). L’avantage des
biomarqueurs par rapport à une mesure de concentration en ETM, est qu’ils reflètent l’état
physiologique réel de l’organisme à des niveaux moléculaires, cellulaires ou individuels de
l’organisation biologique. Deux grands types de biomarqueurs peuvent être distingués : les
biomarqueurs de défenses (induction d’enzymes de biotransformation, de métallothionéines, de
protéines de stress, des défenses antioxydantes, …) et les biomarqueurs de dommage (induction
d’enzymes spécifiques, dommage à l’ADN, marqueurs immunologiques, physiologiques…)
(Amiard‐Triquet et al., 2008). Cependant un grand nombre de ces biomarqueurs nécessite
encore des exercices de validation, notamment dans le milieu naturel lorsque les organismes
sont soumis à des conditions environnementales variables (salinité, température) ou présentent
des processus physiologiques variables (assimilation, croissance, reproduction) (Roméo et
Giambérini, 2008).
Ainsi malgré les nombreuses études menées sur l’estimation du risque d’écotoxicité que peuvent
constituer les ETM dans les sédiments, beaucoup de processus restent encore mal compris. Pour
ceux dont les connaissances scientifiques sont plus avancées, c’est leur généralisation qui reste
34
INTRODUCTION GENERALE
très difficile car ils dépendent à la fois des caractéristiques sédimentaires et de l’espèce
concernée.
Cette zone constitue donc un site sensible en cours de réhabilitation pour laquelle se pose des
questions concernant le niveau de contamination des sédiments et le risque écologique et
sanitaire qu’ils constituent aujourd’hui. Ces problématiques se matérialisent par la présence de
nombreuses associations (pêcheurs, riverains ou écologistes) traduisant une forte demande
quant à la préservation et la restauration de l’étang de Berre. Cette demande est par ailleurs
relayée à l’échelle nationale et Européenne et s’est traduite par la mise en place d’organismes
35
INTRODUCTION GENERALE
publics en charge de l’étude de ces problématiques (ex : Groupement d’Intérêt Public pour la
Réhabilitation de l’Etang de Berre, GIPREB, depuis 2000). Ce travail de thèse, cofinancé par le
GIPREB et la région Provence‐Alpes‐Côte‐d’Azur (PACA) est une manifestation concrète de
l’enjeu local que représente l’étang de Berre.
L’étang de Berre est donc un laboratoire naturel idéal pour l’étude des problématiques associées
à la présence de sédiment contaminé d’un point de vue fondamental (compréhension des
processus) et plus pratique (attente des gestionnaires). Les principales questions qui ont pu
être identifiées autour de l’étang de Berre, peuvent être regroupées autour de 3 grandes
problématiques qui vont constituer les 3 axes autour desquels ce travail va s’articuler:
36
INTRODUCTION GENERALE
5. Organisation du manuscrit
Ce manuscrit est organisé en 5 Chapitres.
Le Chapitre 1 présente le site d’étude, son histoire et ses enjeux. Il synthétise l’état
actuel des connaissances sur les principales dégradations engendrées par l’industrialisation,
l’urbanisation et la mise en place de l’usine hydroélectrique.
Le Chapitre 3 concerne les travaux que nous avons réalisés pour évaluer les niveaux de
contamination actuels des sédiments et de leur évolution temporelle et spatiale. Ces travaux
sont basés sur le traitement statistique d’une large base de données des teneurs des principaux
contaminants dans les sédiments reportées dans la littérature ainsi que sur des prélèvements de
carottes de sédiments ou de sédiments de surface.
Enfin, le Chapitre 5 est dédié à l’étude de la biodisponibilité des ETM dans les sédiments
et du risque potentiel qu’ils constituent pour les organismes benthiques. Ces aspects sont
abordés à partir de l’analyse des concentrations en ETM dans un organisme benthique cible, le
polychète Nereis succinea et dans différentes fractions potentiellement biodisponibles du
sédiment estimées par différentes techniques : extractions chimiques et DGT. Les résultats d’un
travail pluridisciplinaire sur l’impact (géno)toxicologique de ces ETM, incluant des travaux sur
des biomarqueurs de défenses (métallothionéines) et de dommage (activités génotoxiques) y
sont aussi présentés.
37
INTRODUCTION GENERALE
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39
INTRODUCTION GENERALE
40
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
Dans ce chapitre, l’histoire et les enjeux de l’étang de Berre sont présentés. L’état actuel des
connaissances et leurs limites sur les principales dégradations engendrées par
l’industrialisation, l’urbanisation et la mise en place de l’usine hydroélectrique sont aussi
synthétisées et constitueront la base à partir de laquelle ce travail de thèse se positionne.
41
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
L’étang de Berre est aussi un pôle de pêche artisanale très important avec des pêcheries qui ont
fortement évoluées qualitativement et quantitativement au cours du temps selon les conditions
du milieu et les réglementations officielles. Dans les années 1950, ces pêcheries produisaient un
tonnage de 200‐400 t/an d’espèces sténohalines (sardines, rougets, soles, daurades) et
euryhalines (anguilles, muges, loups, athérines). Depuis 1994, seules les espèces euryhalines
sont pêchées pour des tonnages déclarés d’environ 90 t/an. En 2005, l’activité de pêche
regroupait 42 emplois directs, contre plus de 700 (et 250 indirects) au début des années 1950
(Campiano, 1977 ; GIPREB, 2002). L’exploitation des fruits de mer (moules, huitres, palourdes,
clovisses et oursins) était très abondante durant la première moitié du 20ème siècle. Aujourd’hui,
des projets de développement pour la mytiliculture et conchyliculture sont à l’étude.
Le développement des activités de loisirs sur l’étang ces dernières années en a fait un lieu de vie
et de tourisme attractif (GIPREB, 2002). De nombreuses activités balnéaires s’y sont
développées avec l’aménagement de plages, de bases nautiques et de ports de plaisance et/ou de
pêche. Les activités de pêche amateur ou de chasse sous‐marine y sont aussi bien implantées.
Toutes ces activités ont fait de l’étang de Berre une zone attractive et un pôle d’emploi important
entrainant une explosion démographique. Entre 1925 et 1990 la population riveraine a été
42
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
multipliée par 5 passant de 50000 à 240000 personnes. Les 57 communes du bassin versant de
l’étang de Berre, regroupent maintenant 600000 habitants, dont 80 % se concentrent dans la
moitié sud. Ce développement est toujours d’actualité car les prévisions démographiques
envisagent une augmentation de 14 % de la population d’ici 2030.
44
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
45
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
46
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
Figure 7 : Rejets d’eau douce et de matière en suspension par le canal hydroélectrique de Saint Chamas
(GIPREB, communication personnelle). Les différents seuils des mesures réglementaires pour les rejets
d’eau douce (2.7 Gm3.a‐1 en 1993, 2.1 Gm3.a‐1 en 1995 et 1.2 Gm3.a‐1 en 2006) et les rejets de matières en
suspension (200 kt.a‐1 en 1993, 100 kt.a‐1 en 1999 et 60 kt.a‐1 en 2006) sont aussi reportés.
Face aux problèmes posés par ces rejets d’eau et de MES (cf ci‐après) plusieurs mesures ont été
prises afin de les diminuer. Les premières mesures sont prises dès la mise en place de la centrale
avec la création d’un seuil de matières en suspension (< 5 g.l‐1) pour autoriser le rejet des eaux
dans l’étang. Lorsque ce seuil est dépassé, les eaux sont restituées à la Durance et aucun rejet
n’est effectué dans l’étang. En 1980, dans le but de diminuer la charge particulaire des eaux du
chenal et d’augmenter sa capacité de turbinage, EDF a aménagé un bassin de rétention à
Cadarache. Les apports de matières en suspension passent d’environ 800 kt.a‐1 à 400 kt.a‐1. Ce
bassin est complètement saturé depuis 2000. En 1992, le plan « Lalonde » abaisse ce seuil à 3 g.l‐
1. En 1993, le « plan Barnier » impose la réduction des rejets d’eau douce à 2.7 Gm3.a‐1 en 1993 et
2.1 Gm3.a‐1 en 1995 (et ne doivent pas excéder 400 Mm3 entre mai et septembre). Les rejets de
matières en suspension sont fixés à 200 kt.a‐1 en 1993 et un nouveau seuil pour la charge
particulaire est mis à 2 g.l‐1. En 1999, les apports de matières en suspension sont limités à 100
kt.a‐1 avec un seuil pour la charge particulaire de 1 g.l‐1 (en moyenne annuelle).
Au début des années 2000 cette problématique fait l’objet d’un contentieux entre l’état français
et la commission européenne. En 2004, la France est condamnée par la Cour de Justice de la
Commission Européenne pour le non respect des objectifs de qualité des environnements
méditerranéens, prévu par la Convention de Barcelone et le protocole d’Athènes dont la France
est signataire. De nouvelles mesures ont donc été prises en 2006, et les rejets d’eau douce sont
47
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
limités à 1.2 Gm3.a‐1 et les matières en suspension à 60 kt.a‐1. Ce dernier plan de diminution des
rejets, est accompagné d’un suivi des conditions physicochimiques dans la colonne d’eau et des
peuplements benthiques sur une durée de 4 ans, afin d’en apprécier l’efficacité. Notons, qu’un
projet de dérivation des eaux du canal hydroélectrique est à l’étude afin de supprimer
définitivement les rejets d’eaux douces à l’étang.
Les campagnes et mesures de terrain effectuées au cours de cette thèse ont été réalisées dans ce
contexte.
48
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
désigné comme une source significative, devant être prise en compte pour l’établissement d’un
bilan de matière équilibré.
I3.1.3. Réglementations
L’étang de Berre a été identifié en 1994 comme zone sensible à l’eutrophisation et des efforts
ont été fait pour limiter les apports de nutriments à la source (ex : mise aux normes des stations
d’épuration). Plus aucun rejet non conforme n’a lieu dans l’étang depuis 2005 et 77 % des
stations d’épuration du bassin versant sont maintenant aux normes (Gouze, 2008) contre
seulement 38% en 2002 (GIPREB, 2002). Cette amélioration très récente a eu pour effet de
réduire fortement les concentrations en azote et phosphore dans les rivières d’un facteur de 2.5‐
3.5 pour NO3‐ et de 6‐25 pour PO4 dans l’Arc et la Touloubre entre 1985 et 2006 (Gouze et al.,
2008). La biomasse phytoplanctonique de l’étang est passée de 50‐150 µg.l‐1 dans les années
1990 à moins de 40 µg.l‐1 en 2005‐2006 (GIPREB, communication personnelle). Malgré cela
l’étang de Berre avait toujours une très forte productivité en 2006 et sa biomasse
phytoplanctonique est un à deux ordres de grandeur supérieurs à celle de la Méditerranée
adjacente. Le taux de production primaire (507‐742 gC.m‐2.a‐1) place l’étang de Berre parmi les
zones côtières mondiales les plus productives (Gouze et al., 2008).
49
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
Les décennies 1950‐1970 ont été les pires. De nombreux témoignages décrivent l’état dégradé
de la qualité des eaux de l’étang et le « gout prononcé d’hydrocarbures » des poissons péchés
(Campiano, 1977). Cette dégradation a conduit à l’interdiction de la pêche de 1957 à 1994.
Peu de données quantitatives sont disponibles concernant les rejets de contaminants dans
l’étang mais les sédiments ont intégré une partie d’entre eux. Les teneurs en contaminants y ont
été étudiés à plusieurs reprises depuis 1964 ce qui permet d’avoir une assez bonne idée de
l’évolution des contaminants dans les sédiments de l’étang de Berre. Les paragraphes ci‐dessous
font une synthèse rapide de ces travaux, mais la reconstitution historique proprement dite fait
l’objet du chapitre III.
Les analyses de Hg, Pb, Cu et As dans des carottes de sédiments prélevées en 1964 en différents
points de l’étang montraient que les plus fortes concentrations étaient dans la couche de surface
avec des valeurs 1.5 à 20 fois supérieures à celles mesurées dans le fond de ces carottes
(Giorgetti, 1981). Une étude réalisée en 1976 sur une centaine de sites de sédiment de surface a
permis de faire un bon état des lieux sur l’ampleur et la répartition de la contamination en
éléments traces (As, Cu, Hg, Pb, Cr) et en contaminants organiques (hydrocarbures totaux, PCB
et HAP ; Giorgetti, 1981 ; Bouchard, 1981). La Figure 8, montre l’exemple de la répartition de Cu
et Pb dans les sédiments de surface à cette époque. Les teneurs en contaminants les plus élevées
(jusqu’à 125 µg.g‐1 et 314 µg.g‐1 pour Cu et Pb respectivement) sont localisées en face des
principales installations industrielles (étang de Vaïne). Une contamination des sédiments en Cu
en face de l’embouchure de l’Arc est attribuée à l’activité agricole présente sur son bassin
versant. La zone nord du Grand Etang présente des concentrations plus faibles en contaminants
qui sont attribuées aux apports de limons par la centrale hydroélectrique.
Figure 8 : répartition spatiale des concentrations en Pb et Cu (en µg.g‐1) dans les sédiments de surface en
1976 (Giorgetti, 1981).
Des travaux plus récents (GIPREB, 2002 ; Accornero et al., 2008) montrent que l’étang de Vaïne
et la zone sud du Grand Etang restent toujours plus contaminées en ETM et contaminants
organiques que le reste de l’étang, bien que les concentrations y aient fortement diminuées. La
comparaison des concentrations en ETM avec celles des fonds géochimiques naturels montre
50
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
que la contamination globale des sédiments de l’étang est importante pour Pb et Cd (jusqu’à 78
fois le fond géochimique naturel) ainsi que pour Zn et Cr plus localement (jusqu’à 9.5 fois le fond
géochimique naturel) (Accornero et al., 2008). En 2008, les concentrations en ETM dans les
sédiments de l’étang de Berre sont similaires à celles rencontrées dans des lagunes
méditerranéennes industrialisées et fortement peuplées, mais sont cependant bien plus faibles
que celles rencontrées dans des zones fortement industrialisées comme certains points de la
rade de Marseille ou de la lagune de Venise (RNO, 1998 ; Accornero et al., 2008).
51
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
ne sont pas valables pour Cu, Zn et Pb et d’après l’auteur, ceci est attribué au métabolisme et aux
capacités de régulation que peuvent présenter les différents organismes vis à vis de ces
éléments. Cependant il est important d’ajouter que certaines préparations des échantillons des
organismes avant analyse ont pu introduire des biais. Par exemple, les crustacés ont été broyés
avec leur carapace et les annélides ne sont pas purgés. Il est fort possible que des ETM présents
dans certaines parties de la carapace des crustacés et dans le sédiment contenu dans le tube
digestif des annélides aient modifié sensiblement les concentrations obtenues. De plus aucun
lien n’a pu être établi entre les concentrations en ETM dans les sédiments et les teneurs
accumulées dans les organismes benthiques.
I3.2.4. Ecotoxicité
Malgré les fortes teneurs en contaminants mesurées dans les sédiments de l’étang de Berre,
seules deux études récentes se sont intéressées à en évaluer leur écotoxicité.
La première (Galgani et al., 2009) portait sur l’évaluation de la toxicité globale des sédiments de
surface du littoral des Bouches‐du‐Rhône (208 sites dont 34 dans l’étang de Berre) par des
bioessais. Ces tests consistaient à compter la proportion de larves d’huitre (Crassostrea gigas)
malformée dans des élutriats de sédiments. Sur l’ensemble des stations de l’étang de Berre, la
proportion de larve malformée est de 25.7 %, ce qui le place comme la 4ème zone la plus toxique
de l’étude après la Rade de Marseille, la Côte bleue, et Cassis‐la Ciotat. Environ 1 station sur 4 est
définie comme très toxique (entre 80 et 100 % de larves malformées) et elles sont
principalement localisées dans la partie nord et ouest de l’étang de Vaïne, dans la partie sud
ouest du Grand Etang et dans le chenal de Caronte ainsi que tous les sites présents dans l’étang
de Bolmon. Les autres sites présentent une proportion de larves malformée inférieure à 20 %.
Le seul site présentant 0 % de malformation est situé en face de chenal hydroélectrique,
traduisant les faibles teneurs en contaminants labiles des matières en suspension apportées par
la centrale.
Si cette étude permet de comparer l’état de contamination globale des sédiments sur de très
nombreux sites et peut‐être utilisée à une large échelle, elle ne traduit pas directement les
conditions de toxicité rencontrées par les organismes dans le milieu naturel. En effet, les
contaminants des sédiments sont extraits dans des conditions expérimentales qui sont très
différentes des conditions physicochimiques in situ ce qui altère la mobilité et la réactivité des
contaminants des sédiments. De plus, aucune information sur les contaminants responsables
des toxicités observées n’est disponible.
La seconde étude (Accornero et al., 2008) a évalué l’écotoxicité des sédiments par comparaison
des concentrations en ETM totaux dans les sédiments de surface avec des valeurs seuils de
références utilisées dans l’estimation de la qualité de sédiments. Cette méthode permet de
52
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
classer les sédiments selon leur risque potentiel d’écotoxicité pour des organismes benthiques
(potentiellement, rarement ou non toxique). Les résultats montrent que les métaux sont
présents dans des concentrations potentiellement toxiques dans l’étang de Vaïne (Ni, Cr, Pb et
Cu) et à l’entrée du chenal de Caronte (Ni, Pb, Cu et As) et dans la partie nord de l’étang (Ni). Le
Zn ne semble pas présenter de risque d’écotoxicité particulier sur l’ensemble de la zone d’étude.
Deux sources d’incertitudes sont associées à ce type d’approche. Les teneurs en ETM
proviennent d’une digestion totale des sédiments et incluent donc une proportion d’ETM non
biodisponible (surestimation du risque de toxicité). Ensuite, les valeurs seuils utilisées comme
références sont issues de tests écotoxicologiques à partir de sédiments artificiellement
contaminés ne considérant généralement qu’un seul métal au lieu d’une mixture complexe
pouvant agir en synergie (sous‐estimation de l’écotoxicité).
53
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
La salinité des eaux de l’étang varie donc fortement selon les volumes d’eau turbinés, la période
de l’année mais aussi la proximité avec la centrale hydroélectrique et la profondeur de la
colonne d’eau. Elle varie globalement depuis 2006 entre 8 et 25 en surface et entre 20 et 36 au
fond. Les salinités maximales sont atteintes pendant les mois d’été, les minimales en hiver et
dans la zone Nord du Grand Etang. Des valeurs extrêmes ont été observées en 1977 et 1978 (la
centrale rejette entre 7.5 et 6.5 fois le volume de l’étang) avec une salinité moyenne de surface
dans le Grand Etang entre 2 et 8.
Stratification haline
Les fortes différences de salinité entre surface et profondeur entraînent une stratification haline
de la colonne d’eau avec une masse d’eau plus douce en surface, en connexion avec le
compartiment atmosphérique, et une masse d’eau plus salée et plus dense au fond isolée de
l’atmosphère et connectée avec le compartiment sédimentaire (Figure 10). Cet état stratifié
évolue au cours du temps selon les conditions de vent et les volumes d’eau turbinés par la
centrale. La réhomogénéisation de la colonne d’eau a lieu occasionnellement lors de brassage
par forts coups de mistral (vent de nord) ou de vent de sud et sud‐est. Les observations
montrent que des vents supérieurs à 7‐8 m.s‐1 entraînent la déstratification de la colonne d’eau
(Nerini, 2001).
Oxygène
Avant 1966 les mesures d’oxygène dans la
colonne d’eau (jusqu’à 6 m de
profondeur) reportaient des
concentrations globales proches de la
saturation (96‐101 %) avec des valeurs
maximales de 150 % pendant les mois
d’hiver en surface et minimales de 60 %
pendant les mois d’été (Minas, 1961 ;
Minas, 1973). Aucune donnée n’est
disponible avant 1966 dans les fonds
supérieurs à 6 m, mais il n’est pas Figure 10: Profils de salinité et d’O2 dissous (en % de
saturation) dans la colonne d’eau dans la zone
impossible que des épisodes d’hypoxie ou profonde du Grand Etang mesurés le 15 juillet 2009.
d’anoxie s’y soient produits.
Depuis 1966, les épisodes d’anoxie sont récurrents dans l’étang de Berre (Gouze, 2008). Nerini
(2001) montre qu’entre 1996 et 1999, lorsque la colonne d’eau est stratifiée, la couche d’eau de
fond présente une anoxie totale et une forte salinité (25‐32) lorsque les turbinages sont faibles
54
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
ou nuls. Cet état correspond à 97% des observations de mai à octobre et à 40 % des
observations totales. Lorsque les turbinages sont forts et le vent faible, la colonne d’eau reste
stratifiée avec les eaux de fonds hypoxiques (0‐25 % d’oxygène) et saumâtres (salinité 20‐25).
Cet état correspond à 80 % des observations de octobre à avril et à 34 % des observations
totales. Lorsque le vent est fort (> 7‐8 m/s), et quelque soient les débits de turbinage de la
centrale et la période de l’année, la colonne d’eau est homogène avec une salinité saumâtre (13‐
19) et une saturation en oxygène. Cet état correspond à 19 % des observations totales. Les états
transitoires correspondent au passage d’une colonne d’eau stratifiée à homogène sous l’action
du vent (4 % des observations totales) ou à la re‐stratification de la colonne d’eau après la fin
d’un épisode de vent fort (4 % des observations totales). Le temps nécessaire pour que la
colonne d’eau passe d’un état stratifié à un état homogène est de une à quelques heures, et le
temps pour que la colonne d’eau soit à nouveau stratifiée nécessite moins de 24 h.
Depuis 2006, les mesures prises sur les rejets hydroélectriques ont permis de diminuer la
fréquence et la durée des épisodes d’anoxie (Nerini, 2011). Cependant, ces épisodes restent
encore fortement présents. En effet, le suivi des conditions physicochimiques de la colonne d’eau
dans le Grand Etang réalisé par EDF depuis 2006 sur trois stations automatiques (SA1 au nord,
SA2 au centre et SA3 au sud) montrent qu’en 2008 et 2009 (EDF, communication personnelle)
les eaux de fonds de l’étang ont été anoxiques ou hypoxiques (O2 < 25 %) environ 35 % du
temps et bien oxygénée (O2 > 75 %) environ 14 % du temps. La moitié du temps les conditions
d’oxygénation oscillent entre 25 et 75 % de la saturation (exemple de SA‐3 en 2009, Figure 11).
Les profils des conditions physicochimiques dans la colonne d’eau réalisée par le GIPREB sur 12
sites suivis mensuellement depuis 2005, montrent que les conditions hypoxiques ou anoxiques
concernent ponctuellement la couche de la colonne d’eau inférieure à 4‐5 m et de manière quasi‐
permanente la couche inférieure à 6‐7 m. La surface de l’étang concernée par la problématique
d’anoxie occasionnelle ou permanente correspond à environ 40 % de la superficie de l’étang
(GIPREB, 2002).
Nutriments
La composition géochimique du bas de la colonne d’eau évolue en lien avec l’activité biologique
dans la colonne d’eau et les sédiments, les conditions d’oxygénation dans la colonne d’eau et les
échanges avec les eaux interstitielles des sédiments. En absence d’oxygène, la minéralisation de
la matière organique par les microorganismes hétérotrophes fait intervenir d’autres oxydants
présents dans la colonne d’eau (ex : NO3‐, NO2‐ et SO42‐) entrainant la diminution de leur
concentrations. Ce cas s’applique particulièrement à NO3‐ et NO2‐ en faibles concentrations dans
les eaux, alors que les concentrations en SO42‐ sont généralement suffisamment élevées pour
55
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
Figure 11 : Evolution temporelle de température, salinité et oxygène dissous à différentes profondeurs dans la colonne d’eau dans le sud du Grand Etang
en 2009 (EDF, communication personnelle). Ces paramètres sont mesurés toutes les 30 minutes. Les rejets hydroélectriques d’eau douce quotidiens
(EDF, communication personnelle) ainsi que les vitesses et directions du vent à la station météorologique de Marignane (Météo France) sont aussi
reportées.
56
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
qu’elles ne soient pas affectées dans la colonne d’eau. Aussi, en conditions anoxiques ou
hypoxiques, les espèces réduites présentent dans les eaux interstitielles (ex : Fe2+, Mn2+, NH4+,
PO4, H2S) peuvent diffuser depuis les sédiments vers la colonne d’eau et atteindre des
concentrations relativement importantes dans la colonne d’eau.
Quelques informations sur les échanges au niveau de l’IES peuvent être obtenues à partir du
suivi mensuel des concentrations en NO3‐, NO2‐, NH4+ et ΣPO4 dans le bas de la colonne d’eau
réalisé par le GIPREB depuis 1994 (Figure 12). Dans le nord et le sud du Grand Etang et dans
l’étang de Vaine ces concentrations montrent de fortes fluctuations. Les valeurs maximales de
NO2‐ et NO3‐ correspondent aux mois de décembre et janvier lorsque les apports en nutriment
sont forts, la productivité primaire minimum et l’oxygénation maximale. Les valeurs minimales
ou nulles correspondent aux périodes estivales lorsque la production primaire est forte et les
conditions anoxiques plus présentes. Les concentrations maximales en NH4+ et ΣPO4 sont
généralement rencontrées en août et septembre, en fin de période estivale.
Ces changements de la composition géochimique du fond de la colonne d’eau reflètent sans
doute des modifications des flux à l’IES et indiquerait donc l’importance du rôle des sédiments
dans le cycle des nutriments dans l’étang de Berre. Cependant, à ce jour aucune estimation de
ces flux n’a encore été réalisée.
Figure 12 : évolution des concentrations de NO2‐, NO3‐, NH4+ et ΣPO4 dans le fond de la colonne d’eau
dans l’étang de Vaïne, la partie Nord et Sud du Grand Etang entre juin 1994 et mai 2008
(Gipreb, communication personelle).
57
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
58
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
La sédimentation des MES dans la partie nord de l’étang est favorisée par la présence d’un
bassin de délimonage sous‐marin de 800 ha à la sortie de la centrale (constitué de 2 digues
perpendiculaires de 250 et 575 m de long) destiné à diminuer l’énergie hydraulique des eaux.
Jusqu’en 1980, l’efficacité de piégeage de ce bassin est estimé à 55‐63 % à partir de relevés
topographiques (Roux, 1983) mais semblerait diminuer après 1982 (Garlan, 1992). Des travaux
réalisés par Jérôme (1984) estime que jusqu’à 30 % des MES apportée par la centrale peuvent
sortir de l’étang de Berre par le chenal de Caronte. L’absence de sédimentation significative dans
la partie sud s’expliquerait par la stratification de la colonne d’eau, « les eaux douces limoneuses
glissant sur les eaux salées sans se mélanger » (Roux, 1983).
En 2010, la quantité totale de matière en suspension déversée dans l’étang de Berre depuis 1966
s’élève à environ 16 Mt (GIPREB, communication personnelle). L’essentiel s’est déposé dans la
partie Nord du Grand Etang ou l’épaisseur du dépôt atteint plusieurs mètres à proximité de
l’exutoire de la centrale et diminue progressivement en descendant vers le sud. Ce dépôt
important de particules a entrainé le recouvrement des fonds naturels dans la partie Nord de
l’étang de Berre.
59
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
zone centrale du grand étang restent cependant très fortement dégradée (Figure 13) et
correspond à la zone ou les conditions d’anoxie prédominent.
Les rejets hydroélectriques ont donc entrainé une forte diminution de la biodiversité et de la
biomasse de l’écosystème benthique et il semblerait que les réglementations sur les rejets
adoptés en 2005 ne soit pas suffisants pour permettre à la macrofaune benthique de se
reconstituer. Ceci est par ailleurs appuyé par l’observation d’épisodes de recolonisation qui se
sont produits ponctuellement lorsque les conditions étaient plus favorables. Par exemple, en
1990, après une période de sécheresse de 2 ans ayant entrainée une diminution significative des
volumes d’eau turbinée (arrêt des rejets d’eau douce pendant 7 mois), la zone centrale de l’étang
a été recolonisée par un assemblage LEE normal et uniquement dégradé en zone profonde
(GIPREB, 2002). Si cet assemblage a disparu dès la réaugmentation des volumes turbinés en
1993, cet épisode a montré la capacité de recolonisation des écosystèmes benthiques de l’étang
de Berre dans des conditions plus favorables.
Figure 13 : évolution des assemblages biocénotiques des fonds de l’étang de Berre entre 1963 et 2009
(Gipreb, communication personnelle)
60
CHAPITRE I : L’ETANG DE BERRE
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63
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Différentes techniques de prélèvement et outils analytiques ont été utilisés durant ce travail
pour caractériser les sédiments, les eaux et les organismes benthiques. Ce chapitre décrit
l’ensemble de ces techniques de manière brève. Les analyses les plus spécifiques ou celles pour
lesquelles une méthodologie a du être mise en place ou affinée au CEREGE sont décrites plus
précisément en annexe.
Les techniques de prélèvement sont présentées dans la Partie II‐1, les techniques de
caractérisation de la phase solide des sédiments sont présentées dans la Partie II‐2, et les parties
II‐3, II‐4 et II‐5 décrivent les techniques analytiques utilisées pour la phase solide, le
compartiment biologique et la phase dissoute respectivement.
Les modèles géochimiques utilisés au cours de ce travail ne sont pas repris ici. Pour leur
connaissance et compréhension, des références bibliographiques seront apportées au fur et à
mesure dans la discussion.
64
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Les stratégies de prélèvement ont été choisies au mieux d’après les espèces chimiques
recherchées et des processus étudiés. Elles peuvent ainsi renvoyer à différentes échelles
spatiales (du µm au mètre) et de temps (de l‘instantanée à l’intégration sur un mois).
L’ensemble des campagnes terrain et des travaux réalisées sur l’étang de Berre (prélèvement,
plongées, profils physicochimiques dans la colonne d’eau) ont été réalisés en collaboration
l’équipe du GIPREB : G. Bernard, N. Mayot et R. Grisel.
A B C D
Figure 14 : Photographies de la benne orange peel (A) utilisée pour le prélèvement de sédiment de surface
(B) et d’organismes après tamisage (C et D).
à température contrôlée. L’eau surnageante (environ 20 ml) est aussitôt prélevée au moyen
d’une seringue, filtrée à 0.2 µm sur filtres seringues en acétate de cellulose rincés à l’eau milliQ
et distribuée dans différents flaconnages selon les analyses à réaliser. L’échantillonnage typique
employé pour la caractérisation biogéochimique des eaux est synthétisé dans la Figure 16.
Les carottes ne nécessitant pas de précaution particulière de conservation vis à vis de la
présence d’oxygène (ex : analyse des ETM totaux en phase solide) ont été découpées à l’air
ambiant.
A B
Figure 16 : protocole d’échantillonnage des eaux interstitielles en vue d’une analyse de sa composition
géochimique.
66
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Figure 17 : Photographies de (A) la préparation des peepers, (B) du déploiement dans le sédiment, (C) de
la récupération des eaux dans les logettes et (D) de la visualisation de l’interface eau/sédiment (IES).
67
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
est un prototype de l’IFREMER qui se compose d'un mât vertical repliable auquel est fixé à des
hauteurs choisies des capillaires de prélèvement en Teflon. Chaque capillaire est relié à une
seringue de 50 ml connectée à un système d’aspiration déclenché par l’envoi d’un messager
depuis le bateau (Figure 18). Avant déploiement, les parties en contact avec les échantillons
(capillaire et seringue) sont nettoyées à l'éthanol 30 %, remplies d'HCl à 1% pendant une nuit,
puis de nouveau rincées à l'eau milliQ et conservées ainsi jusqu’au déploiement. Les seringues se
remplissent en environ 1 minute une fois l’aspiration enclenchée. Au laboratoire, les
échantillons sont filtrés à 0.2 µm et distribués dans différents flaconnages selon le protocole
présenté dans la Figure 16.
Dans le cadre de ce travail, 12 capillaires de prélèvement étaient fixés entre 0 et 40 cm (h = 1, 2,
3, 4, 5, 6, 8, 10, 12.5, 17.5, 25 et 40 cm). Lors du premier déploiement, le premier capillaire situé
théoriquement à 1 cm au dessus de l’interface s’est enfoncé dans les sédiments (capillaire et
seringue remplis de sédiment) et cet échantillon n’a pas été traité par la suite.
68
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
qui va induire une diffusion des ETM à travers la membrane et la couche de gel diffusif et induire
leur accumulation dans la résine au cours du temps.
Figure 19 : représentation schématique des différentes couches présentes dans une DGT
69
€
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Notons cependant, que dans les eaux naturelles les métaux se complexant avec la résine chelex
dans les DGT ne correspondent qu’à une fraction des métaux totaux présents en solution.
Certaines formes chimiques des métaux sont en effet exclues comme les métaux associés aux
larges colloïdes > 100 nm, ne pouvant diffuser à travers les pores du gel diffusif, ou les métaux
associés aux complexes forts ou cinétiquement non labiles qui ne seront pas dissociés au niveau
de la résine. La mesure DGT intègre donc les concentrations des formes libres du métal mais
aussi celle des petits complexes labiles tels que les complexes inorganiques suffisamment petits
pour diffuser à travers le gel et suffisamment faibles pour être dissociés au niveau de la résine
(Davison and Zhang, 1994 ; Zhang et al., 1998 ; Zhang et Davison, 2000; Unsworth et al., 2005).
Cependant, certains complexes organiques faibles peuvent aussi contribuer à l’apport de métaux
dans les DGT (Scally et al., 2003 ; Tusseau et al., 2003).
70
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Plusieurs scénarios existent en fonction de la réactivité du sédiment (Zhang et al., 1995, Harper
et al., 1999) :
(i) le cas « soutenu » où le sédiment est fortement réactif (Figure 20, profil b): le flux de
réapprovisionnement en ETM de l’eau interstitielle par la phase solide (par des cinétiques de
dissolution ou désorption) est supérieur ou égal à celui imposé par la DGT. Ce cas correspond à
celui d’une solution ouverte bien homogénéisée telle que la colonne d’eau. L’état est « quasi‐
stationnaire », et la concentration du métal à l’interface DGT/eau interstitielle est constante.
(ii) le cas « diffusif » où le sédiment est non réactif (Figure 20, profil c): aucun
réapprovisionnement de l’eau interstitielle en ETM depuis les sédiments se produit. L’ETM est
apporté à la DGT uniquement par diffusion depuis les zones d’eau interstitielle adjacentes
entrainant la diminution de la concentration du métal à l’interface DGT/eau interstitielle et donc
la diminution du flux accumulé au cours du temps. Dans ce cas, aucun état stationnaire n’est
atteint.
(iii) le cas « partiellement soutenu » (Figure 20, profil a) qui correspond à un
réapprovisionnement en ETM de l’eau interstitielle mais avec un flux plus faible que celui
imposé par la DGT. Il en découle une diminution de la concentration du métal à l’interface
DGT/eau interstitielle et du taux d’accumulation d’ETM par la DGT au cours du temps mais qui
est plus faible que dans le cas purement diffusif.
L’utilisation de l’équation II‐3 dans les sédiments n’est donc valable que dans le cas « soutenu ».
Pour les autres, ce calcul donne la concentration moyenne du métal à l’interface DGT/eau
interstitielle pendant le temps du déploiement et sous‐estime donc la concentration réelle dans
l’eau interstitielle.
Ainsi, les masses de métal accumulées dans la résine d’un DGT déployé dans un sédiment sont
fonction de deux processus: 1) la création d’un gradient de concentration au sein des eaux
interstitielles et la mise en place d’un flux diffusif entre la zone appauvrie en métal au contact de
la DGT et des zones adjacentes, et 2) le déséquilibre entre la phase solide et l’eau interstitielle
qui peut être compensé par une désorption s’il existe un réservoir labile de métaux sur la phase
solide. Le flux de métal imposé par la DGT intègre ces deux informations et seule, l’utilisation de
modèles numériques de transport‐réaction des métaux dans la DGT et les sédiments (ex : DIFS,
Harper et al., 2000, Sochaczewski et al., 2007 ; DGT‐PROFS, Ciffroy et al., 2011) permet de
déconvoluer chacun des processus (diffusion versus désorption). L’utilisation de tels modèles
nécessite le suivi expérimental des masses de métaux accumulées au cours du temps. Ces
données sont généralement obtenues par le déploiement d’une série de DGT dans un sédiment
homogénéisé au laboratoire et par leur récupération à différents temps (Roulier et al., 2008 ; Nia
et al., 2011).
71
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
3h
6h
12h
24h
48h
96h
A B
72
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
73
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
meau
ρ eau
φ= (Equation II‐6)
msed sec (1− f coquille ) meau
+
ρ sed sec ρ eau
Dans ce travail, c’est cette équation qui a été utilisée en supposant que la fraction massique de
coquille était égale à la fraction massique de sédiment > 2 mm.
€
II2.2. Granulométrie
II2.2.1. Tamisage mécanique
Les fractions massiques de graviers (> 2 mm, correspondant exclusivement à des coquilles), de
sables (entre 2 mm et 63 µm) et de limons‐argiles (<63 µm) ont été obtenues pas tamisage
mécanique avec des tamis en nylon de 2 mm et 63 µm sur 10 g de sédiment lyophilisé. Après un
tamisage à sec pour récupérer le maximum de la fraction < 63 µm pour les analyses, le sédiment
restant a été tamisé par voie humide. Les fractions > 2mm et 2 mm‐63 µm sont séchées, pesées
et rapportées à la masse totale de sédiment.
74
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Tableau 1 : Synthèse des différentes extractions chimiques réalisés sur les sédiments avec leur protocoles
Extractants Préparation des réactifs Information sur le réactif Eléments visés Mode opératoire
HCl‐HNO3‐HF ‐ HCl concentré Permet la dissolution totale Eléments totaux ‐ 60 mg de sédiment sec dans 5 ml d’eau régale (HCl/HNO3 en
‐ HNO3 concentré des sédiments proportion volumique 2/1) et 1 ml de HF
‐ HF concentré ‐ Digestion microonde (30 min, 180°C, 8‐10 bars)
‐ Evaporation à sec dans savillex (100°C)
‐ reprise dans 10 ml de HNO3 2.5 %
‐ Analyse des ETM par ICP‐AES ou dilution par 30 dans HNO3
2.5 % et analyse des majeurs par ICP‐AES et des ETM par ICP‐
MS.
EDTA (0.1 M) ‐ 30 g d’Ethylène Diamine Chélatant spécifique aux Eléments divalents ‐ 500 mg de sédiment sec dans 30 ml de réactif.
tétraacétique dans 1 L d’eau éléments divalents. mobilisables sous ‐ Agitation pendant 4 h.
milliQ l’action d’un fort ‐ Récupération surnageant avec seringue et filtration 0.2 µm
‐ pH ajusté à 8 avec NaOH. chélatant ‐ dilution par 30 dans HNO3 2.5 % et analyse des majeurs par
ICP‐AES et des ETM par ICP‐MS.
EMS‐pH4 Eau de mer synthétique : Solution ajustée à la gamme Eléments ‐ 1 g de sédiment sec dans 30 ml de réactif.
EMS‐pH6 NaCl : 24.54 g, MgCl2,6H2O : de pH rencontrée dans les potentiellement ‐ Agitation pendant 4 h.
11.10 g, Na2SO4 : 3.60 g, tubes digestifs des mobilisables pendant ‐ Récupération surnageant avec seringue et filtration 0.2 µm
CaCl2,6H2O : 2.30 g, KCl : organismes benthiques des processus digestifs ‐ dilution par 5 dans HNO3 2.5 % et analyse des majeurs par
0.75 g, NaHCO3 0.20 g dans 1 ICP‐AES et des ETM par ICP‐MS.
L d’eau milliQ.
‐ Ajuster au pH voulu la
suspension avec de l’acide
acétique concentré.
Ascorbate ‐ Mettre 50 g NaHCO3 et 50 g ‐ NaHCO3 tamponne la Eléments associés aux ‐ 300 mg de sédiment sec dans 10 ml de réactif.
de citrate de sodium dans 1 solution à pH8 oxydes de Fe et Mn ‐ dégazer la solution avec N2
L d’eau milliQ. ‐ Le citrate de sodium réactifs (phase ‐ Agitation pendant 24 h.
‐ dégazer la solution avec N2 complexe les éléments en amorphes ou ‐ Récupération surnageant avec seringue et filtration 0.2 µm
‐ ajouter 20 g d’acide solution facilement ‐ dilution par 120 dans HNO3 2.5 % et analyse des majeurs
ascorbique ‐ L’acide ascorbique réduit les réductibles) par ICP‐AES et des ETM par ICP‐MS
oxydes
75
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Les extractions ont été réalisées sur du sédiment lyophilisé et tamisé à < 63 µm en duplicat
(excepté lorsqu’une autre indication est donnée) et la moyenne et l’écart type sont reportés dans
les résultats. Des blancs ont été systématiquement réalisés afin d’avoir une estimation de la
contamination apportée par l’extractant.
76
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Tableau 2 : Protocole utilisé pour la fabrication de 1 kg d’eau de mer synthétique de salinité 35 (adapté
d’après Kester et al., 1967) et comparaison entre les compositions ioniques entre l’eau de mer naturelle
(d’après Dittmar) et artificielle de salinité de 35. L’écart relatif est toujours inférieur à 1 %.
77
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
de 90 % pour Cu. Les concentrations en Cu ne seront donc pas interprétées comme celles de Cd
qui sont toutes inférieures à la limite de détection (dans les blancs et les échantillons).
78
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
79
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Tableau 3 : Concentrations certifiées et mesurées en éléments majeurs et traces dans les géostandards de sédiment analysés par ICP‐AES (Cd par AAS)
Géostandards Fe Al Ca K Mg Zn Pb Co Ni Mn Cr Cu As Cd
de sédiment (mg.g‐1) (mg.g‐1) (mg.g‐1) (mg.g‐1) (mg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1)
MAG1 Certifiées 48±4 87±2 9.8±0.7 29.5±1.4 18.1±0.6 130±6 24±3 20±2 53±8 756±69 97±8 30±3 9.2±1.0 9.2±1.0
(n=5) Mesurées 48±4 75±14 8.8±0.3 29.5±0.9 19.5±0.3 136±2 33±3 26±4 49±1 753±60 93±4 27±2 9.4±0.4 9.4±0.4
STSD3 Certifiées 44±4 58±6 24±2 15.0±1.5 13.3±1.3 204±20 40±4 16±2 30±3 2730±273 80±8 39±4 28±3 28±3
(n=5) Mesurées 42±3 56±3 24.5±0.6 15.5±0.2 14.7±0.3 209±4 43±3 18±2 30.0±1.5 2645±37 63±2 36.6±1.2 23±2 23±2
SRG1 Certifiées 21±1 35±1 60±1 13.8±0.8 26.8±1.2 74±9 38±4 12±2 29±3 267±34 30±3 66±9 67±5 67±5
(n=4) Mesurées 20.2±1.1 33±2 60±3 12.9±0.6 28.5±1.5 75.9±0.9 42±2 11.9±0.8 26.0±0.7 230±8 29±1 61±4 64±3 64±3
Tableau 4 : Concentrations certifiées par ICP‐AES des ETM obtenues sur l’échantillon EB‐1 et concentrations obtenues par ICP‐MS.
Fe Al Zn Pb Co Ni Mn Cr Cu As Cd
EB1
(mg.g‐1) (mg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1)
ICP‐AES (n=6) 19.3±1.3 41±3 118±6 38±4 8.5±0.5 27.9±1.2 374±16 198±16 35.7±0.3 8.8±1.1 0.63±0.07
ICP‐MS (n=6) 18.6±1.1 41±2 123±10 36±1 6.3±0.3 28.0±0.7 361±22 151±17 33.6±1.4 7.8±0.7 0.54±0.04
80
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
II3.3.2. Méthylmercure
Le dosage du méthylmercure (MeHg) a été réalisé au centre IFREMER de Nantes par GC‐ICP‐MS
(GC‐Focus with X‐series; Thermo Electron).
Une quantité connue de Me202Hg est ajoutée à 300 mg de sédiment puis le MeHg est extrait par
HNO3 6 M et la phase aqueuse est récupérée par centrifugation. Le MeHg est propylé à pH4 par
81
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
ajout de 100 µl de tetrapropylborate 4% puis extrait avec 0.3 ml de toluène pour analyse.
La justesse des analyses est vérifiée au moyen du géostandard CRM IAEA‐405 certifié à 5.49 ±
0.53 ng.g‐1. Les résultats obtenus sont de 5.64 ± 0.14 ng.g‐1(n = 3).
82
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Les organismes benthiques que nous avons choisi d’étudier dans le cadre de ce travail sont les
polychètes Nereis succinea. Les analyses sur ces organismes ont consisté à déterminer leur
composition chimique totale en éléments majeurs et traces.
Une fois prélevés, les Nereis succinea sont purgés pendant 2 à 3 jours dans une eau de mer
synthétique (renouvelée chaque jour) afin qu’ils évacuent les sédiments contenus dans leur tube
digestif. L’efficacité de la purge est vérifiée par visualisation par transparence à travers le corps
de l’organisme et lorsqu’elle n’est pas complète, le sédiment restant est extrudé mécaniquement
par une pression sur l’organisme au moyen d’une tige en verre lavée à l’acide. Ensuite les
organismes sont rincés à l’eau milliQ, congelés, lyophilisés puis broyés.
250 mg d’organisme sont placés dans un savillex et dissous dans 10 ml HNO3 concentré à chaud
(100°C) pendant 48 h. Les solutions sont évaporées à sec et le dépôt est repris dans 10 ml de
HNO3 2.5 % et stocké à 4°C. Ces échantillons sont dilués par 30 pour l’analyse des majeurs par
ICP‐AES ou des éléments traces par ICP‐MS.
Les protocoles analytiques pour l’analyse des organismes sont les mêmes que ceux présentés
dans la partie sur les sédiments (Cf II‐3.1 et II‐3.2). Les blancs obtenus sur les Nereis par ICP‐AES
ou ICP‐MS sont tous inférieurs à 1 % des concentrations mesurées dans les échantillons dilués
excepté pour Cr ou ils peuvent atteindre jusqu’à 10 %.
Les analyses de mercure total sont réalisées sur les échantillons bruts lyophilisés par CVAAS
(AMA‐254, Altec) au centre IFREMER de la Seyne sur mer selon le même protocole que pour les
sédiments (Cf II‐3.3).
83
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
La phase dissoute comprend toutes les substances présentes après filtration des échantillons
d’eau à 0.2 µm. Cette définition intègre donc l’ensemble des particules ou composés de tailles
inférieures à ce seuil de coupure (colloïdes ou nanoparticules, virus).
84
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
85
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
stockage des eaux et ayant subi le même traitement que ceux pour les échantillons. Les
concentrations mesurées dans ces blancs sont toutes inférieures à 2 % de celles des échantillons.
Afin de s’affranchir d’éventuelles dérives de la machine, des étalons sont passés tous les 10
échantillons et la gamme d’étalonnage complète est repassée tous les 30 échantillons.
Les résultats obtenus pour Na, Mg, Ca et S sont vérifiés à partir des mesures de salinité des
échantillons d’eau oxiques et de la loi de Dittmar. Les analyses de P, Fe et Mn ont été vérifiées en
comparant les résultats obtenus à l’ICP‐AES à ceux obtenus par ICP‐MS (Fe et Mn calibré par
l’utilisation d’un standard) ou par spectrophotométrie (P). Les erreurs sur ces mesures sont < 3
% pour les majeurs et < 10 % pour Fe, Mn et P.
Tableau 5 : Concentrations dans le standard Nass‐4 dopé et concentrations mesurées par ICP‐MS (n=26).
NASS‐4 As Cd Co Cr Cu Fe Mn Ni Pb Zn
dopé (ng.g‐1) (ng.g‐1) (ng.g‐1) (ng.g‐1) (ng.g‐1) (ng.g‐1) (ng.g‐1) (ng.g‐1) (ng/kg) (ng.g‐1)
calculée 1.45 0.17 0.82 2.16 1.02 25.2 51.3 0.49 0.60 10.3
mesurée 1.3±0.2 0.22±0.14 0.78±0.06 2.31±0.29 1.11±0.38 26.4±1.6 51.8±3.0 0.48±0.09 0.60±0.05 10.5±0.6
86
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
Les analyses de méthylmercure ont été effectuées au centre IFREMER de Nantes. Le protocole
utilisé a été développé par Tseng et al. (1998) et modifié par Cossa et al. (2003). Il est basé sur
l’utilisation de NaBH4 pour transformer MeHg en forme volatile MeHgH et Hg2+ en HgH2 et Hg0.
Ces composés volatils sont concentrés dans une colonne par cryogénisation avant d’être
progressivement relargués par chauffage jusqu’à 90°C. Ils sont ensuite décomposés
thermiquement dans un four à 800°C, puis transportés par un flux d’hélium (35 ml.min‐1) vers
un spectrophotomètre à fluorescence atomique. La reproductibilité de la méthode varie de 15 %
pour des concentrations proches de la limite de détection (quelques pg.l‐1) à environ 6% pour
des concentrations de 0.1 ng.l‐1 et plus (Cossa et al., 2003).
87
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
diffusion au niveau l’interface. Les électrodes sont disposées sur un micromanipulateur piloté
par ordinateur pour une vitesse de descente et une résolution contrôlée.
La description analytique précise du principe de ces microélectrodes et de leur mode opératoire
sont donnés en Annexe I‐B.
88
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
SYNTHÈSE DES TECHNIQUES ANALYTIQUES
La synthèse des différentes méthodes analytiques utilisées dans le cadre de ce travail est reportée dans le Tableau 6.
Tableau 6 : Synthèse des techniques analytiques utilisées
Colonne
Compartiment Sédiment Eau interstitielle ou suprabenthique Organismes benthiques
d’eau
Fraction Totale Totale < 2 mm < 63 µm < 63 µm < 63 µm Totale Totale < 0.2 µm DGT Totale Totale
Conditionnement Frais Lyophilisé Lyophilisé Lyophilisé Lyophilisé Lyophilisé Aucun Aucun Aucun Aucun Lyophilisé Lyophilisé
Carbonisation Extr. EDTA, EMS
Traitement Aucun Aucun Digestion totale Aucun Aucun Aucun Aucun Aucun Digestion totale Aucun
Défloculation pH4/6, ascorbate
PARAMETRES PHYSICOCHIMIQUES
Teneur en Par pesée avant
eau/porosité et après séchage
tamisage Granulométre
Granulométrie
mécanique laser
pH Multimètre SH ME Multimètre
Salinité SH Multimètre
T Multimètre SH
Eh Multimètre SH
Turbidité, SH
Chlorophylle a SH
COMPOSITION CHIMIQUE
Na ICP‐AES
Ca, Mg, K, S, P ICP‐AES ICP‐AES ICP‐AES ICP‐AES
Fe, Mn, Al ICP‐AES/ICP‐MS ICP‐AES/ICP‐MS ICP‐AES/ICP‐MS ICP‐MS ICP‐AES/ICP‐MS
As, Cd, Co, Cr, Cu,
ICP‐AES/ICP‐MS ICP‐MS ICP‐MS ICP‐MS ICP‐MS
Ni, Pb, Zn
Hgtot AMA‐254 CVAFS AMA‐254
MeHg GC‐ICP‐MS GC‐ICP‐MS
TOC/TON CHN
DOC TOCmètre
Minéralogie DRX
210Pb Comptage α
O2 dissous SH ME
Alcalinité totale Spectr.
ΣPO4 Spectr.
ΣH2S ME Spectr.
SO42‐ Spectr.
ΣNH4 FIA
tCO2 (alc. totale) Spectr.
ΣNO3 FIA
Rq : Spectr. : spectrophotométrie ; ME : microélectrode ; SH : sonde hydrolab.
89
CHAPITRE II : MATERIELS ET METHODES
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90
CHAPITRE III : EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT
ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE
L’ETANG DE BERRE
La Partie III2 présente l’évolution temporelle des apports en contaminants au cours du temps
à partir de profils de concentrations en ETM dans des carottes de sédiments dans les deux zones
les plus contaminés identifiées dans la première partie (zone Sud du Grand Etang et Etang de
vaine). Ce travail qui constitue un complément à la Partie 1, se concentre sur les ETM (As, Co, Cd,
Cr, Cu, Hg, Ni, Pb et Zn) et prend en compte les caractéristiques sédimentaires. Elle permet aussi
de mettre en évidence des processus de recyclage des ETM dans les sédiments de surface.
Enfin, la Partie III3 présente l’état actuel (2008) de la distribution de la contamination dans les
sédiments de surface dans l’étang de Vaïne et la zone sud du Grand Etang. Cette distribution est
discutée par rapport aux principales caractéristiques sédimentaires et des sources.
91
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
92
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Abstract
These last decades, the Berre lagoon (in southeastern France) has been deeply affected since the
1930s by strong inputs of contaminants associated with industrial development and since 1966
by huge inputs of freshwater and silts due to the installation of a hydroelectric power plant.
Surveys of the surface sediment contamination have been sparsely performed since 1964 for
management and research purposes. These surveys were performed by various laboratories
that investigated different chemicals and sampling areas using different analysis protocols.
Therefore, the available data are disconnected in time and space and differ in quality. In order to
reconstruct coherent time series of sediment contamination from this heterogeneous datasets
and to discuss the influences of industrial and hydroelectric discharges we used a statistical
approach. This approach is based on Principal Component Analysis (PCA) and Fuzzy clustering
analysis on data from one extensive survey realized on surface sediments in 1976. The PCA
allowed identifying two geochemical indexes describing the main surface sediment geochemical
characteristics. The fuzzy clustering analysis on these indexes allowed identifying subareas
under the specific influence of industrial or hydroelectric discharges. This allowed us to
reconstruct, for each subarea, a coherent and interpretable long‐term time series of sediment
contamination from the available database. Reconstructed temporal trends allowed us to
estimate: (i) the overall decrease of sediment contamination since the mid‐1970 attributed to
industrial discharge regulations enacted at this period and (ii) the dilution of the concentrations
93
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
of sediment bound contaminants induced by the hydroelectric power plant and its associated
particulate matter inputs.
II1.1. Introduction
Aquatic systems near industrialized areas are subject to inputs of pollutants that
constitute a major contamination risk for aquatic ecosystems and human health (Long et al.,
1995; McCauley et al., 2000). Because of this, industrial discharge regulations have been enacted
in recent decades to decrease the impact of industrial activities on the environment. Public
agencies were generally directed to record the changes in contamination level with time and to
assess the toxicological risks that pollutants represent to understand the efficiency of the
enacted regulations. The most affected areas were also specifically studied in regard to
toxicology, contaminant fate and risk assessment. As a consequence, numerous studies on
sediment contamination have been conducted through time in economically and ecologically
decisive areas that are strongly industrialized, such as the Venice lagoon (e.g., Donazzolo et al.,
1981; Pavoni et al., 1988; Sfriso et al., 1995; Bellucci et al., 2002; Frignani, 2005; Bernardello et
al., 2006) or San Francisco Bay (e.g.: Luoma et al., 1990; Horneberger et al., 1999; Thompson et
al., 1999; Lu et al., 2005).
The Berre lagoon, on the French Mediterranean coast, is one of the largest lagoons in
Europe (surface area > 155 Km² and volume of water ~ 0.98 Gm3) and also hosts one of the most
important petrochemical industrial areas in Europe (Figure 1). The industrial development
around the lagoon began in the early 1930s with the installation of petrochemical factories and
intensified in the 1960s with the creation of petroleum and metallurgical complexes as well as
numerous factories dedicated to special industrial waste treatment and chemical and electronic
production. This intense industrial development caused large inputs of contaminants among
them polycyclic aromatic hydrocarbons (PAHs), polychlorinated biphenyls (PCBs),
hydrocarbons (HC), and Pb, Zn, Cd, Hg, Cu and As into the lagoon from direct discharges or
atmospheric transfer. Two main events had an influence on surface sediment contamination in
the Berre lagoon. First, the regulations of industrial discharges to the environment that started
in 1972 with the creation by the French government of a specific office (SPPPI: Permanent
Secretary for Problems of Industrial Pollution). These regulations primarily aimed at reducing
the organic load and amount of suspended matter in the industrial and reducing the sulfur
released into the atmosphere. These regulations did not specifically focus on contaminants but
indirectly reduced their discharges. In the 1990s, the first specific regulations on metals releases
were passed.
94
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Second, the huge amounts of particulate matter (525.103 t.y‐1 from 1967 to 1993 with a
peak in the 1970s) that has been added to the lagoon through freshwater discharges from a
hydroelectric power plant channel built on the northern shore in 1966 by the French Electricity
Company. This freshwater is derived from the Durance River, which drains a large but lightly
industrialized watershed. Suspended matter deposited into the lagoon induced a dilution of the
concentrations of sediment bound contaminants. These inputs also induced a strong
degradation of the benthic population and have been consequently regulated since 1993.
95
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
using the same protocol. All these data were obtained on the grain size fraction < 2 mm. The
database contained about 2000 data points on sediment contamination.
It should be noted that, for trace metals, most of the analyses compiled in this database were
performed by the same laboratory using partial digestion of the sediment, but that the data
obtained from years 1992, 2002 and 2006 were obtained by total digestion of the sediment.
These different digestion protocols probably had a large influence on the Cr data because we
observed very strong differences in Cr content in these studies. Total sediment mineralization of
the samples (HF + HNO3 + HCl acidic solution) demonstrated Cr contents two to four times
higher than partial mineralization of the samples (HNO3 + HCl acidic solution). This singular
result, which was not observed for the other metals, was surely related to the fact that 98% of Cr
is included in the residual phase (mainly siliceous matrix), based on sequential extraction
experiments (Alary, 1998). Because of this, temporal trends of the Cr contents of the surface
sediment could not be reconstructed.
For the 1964 study, five cores were collected in the central basin, but only the upper part of the
cores (0‐10 cm) is considered here. For all the other studies, surface sediment (0‐5 cm) was
sampled using a grab sampler (orange peel). It is worth noting that because of the thickness of
the sediments sampled and the sedimentation rates, each datum corresponds to the mean of the
surface sediment contamination over several years.
The first survey performed in 1964 can be considered as representative of the initial state
of the surface sediment contamination before the first industrial regulations were passed and
the particulate matter inputs from the hydroelectric channel began. The most ambitious study
encompassing the lagoon was performed in 1976 with 97 surface sediment samples (Giorgetti,
1981; Bouchard, 1981; Roux, 1983), and represents the first sampling survey taken after
implementation of the industrial discharge regulations and the installation of the hydroelectric
power plant. For the studies undertaken in 1981, 1983, 1994, 1996, 1998, 2000 and February
2002, between 14 and 21 sites that had been previously sampled in 1976 were re‐sampled.
96
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Trace metal levels for the LGB (Table 2) were measured in samples taken from the deepest part
(deeper than 75 cm) of the cores collected for Hg, Pb, Cu and Cr in 1964 (Giorgetti, 1981) and for
Zn in 1987 (Arnoux and Roux, 1987).
Trace metal levels for the DGB were measured in sediment trapped in two basins along the
hydroelectric channel: the Cadarache and Escale basins, located 85 and 140 km, respectively,
upstream from the lagoon (Table 2; Alary, 1998; Jerôme, 1984). Sediments trapped in these
basins (constructed in 1980 and 1962, respectively) have integrated information regarding the
particulate matter carried by the Durance River and discharged into the lagoon. The metal
content in sediments from the Escale (13 m deep core, sampled in November 1993) and
Cadarache (4.5 m deep core, sampled in May 1994) basins showed very similar results over
their entire profiles (Alary 1998, Table 2). This indicated that the trace metal content of
suspended matter in the Durance river has not changed since 1962. For Hg, PCBtot and HCtot in
the DGB, only one value was available for each, and it corresponded to a surface sediment
sample from the Cadarache basin (Jerôme, 1984).
97
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
98
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
values of the four clusters are reported in Figure 5. Sites from class D (n = 10) can be
distinguished from the other classes because they were clearly more contaminated with organic
contaminants, PCBtot and HCtot, but also with Cr, Pb and Cu (a high mean PC1 value and a low
mean PC2 value). These sites were also the most enriched in TOC. Sites from classes A (n = 31), B
(n = 33) and C (n = 23) showed increasing contamination with Hg, Pb, Cu, Zn and As. The lowest
concentrations of these elements observed in class A were close to the LGB (Figure 5. There was
no difference in organic contamination between classes A, B and C indicating that differences
between these classes were mainly controlled by As, Hg and Zn contents.
99
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
The remainder of the central basin encompassing sites from class B with intermediate
contamination levels was subject to mixed influences and was also not considered in the
following discussion.
III1.4. Discussion
III1.4.1. Temporal trends in surface sediment contamination
Because no major industrial sites or cities have been built around the lagoon since 1976, we
assumed that the sub‐areas identified above (VB, N‐CB and S‐CB) have remained valid since
1976. Thus, the temporal evolution of surface sediment contamination was reconstructed
independently for the three sub‐areas using the complete database. This was realized for Hg, Pb,
Cu, Zn, HCtot and PCBtot because of the large number of available data. For other contaminants for
which few data exist (ex: As, Cd, HAP) time series are not presented. Time series for Cr cannot be
reconstructed because of analytical bias (Cf part II.1). Each surface sediment contaminant was
sparsely analyzed in time and space, and thus, temporal trends of superficial sediment
contamination refer to different time‐scales: 1964 ‐ 2002 for Hg, 1964 ‐ 2006 for Pb and Cu,
1976 ‐ 2006 for Zn and 1976 ‐ 2002 for HCtot and PCBtot. Means and standard deviations of the
Hg, Pb, Cu, Zn, PCBtot and HCtot levels in N‐CB, S‐CB and VB, together with the number of sites
considered in each survey, are reported in Table 2 and Figure 7.
Despite the high variance of sediment contamination in each sub‐area, the main features could
be distinguished from the time series (Figure 7). The first observation was that zones defined
from the 1976 data remained well defined after 1976, but the differences in contaminant levels
between areas tended to disappear. The VB always remained more contaminated than the
central basin (except for Hg). Contaminant contents were always lower in the N‐CB than in the
S‐CB, except in 1964 before the silt input, when Hg, Pb and Cu levels were highest in the north.
After 1976, the sediment contents of Hg, Pb, Cu, Zn, HCtot and PCBtot decreased in all three areas
with a very similar trend in the N‐CB and S‐CB. In the central basin, the strongest decreases (60
to 90%) were observed for Hg, HCtot and Zn. Pb contents strongly decreased until 1992 (75%)
but presented a strong peak in 1998. PCBtot contents were highly variable, but a slight
decreasing trend could be detected in the N‐CB and S‐CB (60 and 30%, respectively). Finally, Cu
contents decreased slightly in the S‐CB (40%) and remained relatively constant in the N‐CB.
Sediment concentrations of Hg, Pb, Cu, Zn, PCBtot and HCtot also decreased in the VB significantly
after 1976 (up to 80 ‐ 90% for HCtot, PCBtot, Pb and Hg, and about 60% for Zn and Cu).
100
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
was progressively applied after 1972, and (ii) the input of weakly contaminated silt from the
Durance River since 1966 from the hydroelectric power plant channel.
Because the deposition of Durance particulate matter did not occur in the S‐CB and VB areas, the
temporal trends of contamination in the S‐CB and VB must reflect the evolution of industrial
contaminant discharges into these parts of the lagoon as well as the effect of regulations after
1972. Such effects were combined with the Durance silt input in the N‐CB that were mixed with
locally originating suspended matter.
III1.4.2.2. Influence of silt input from the hydroelectric power plant channel
When analyzing the temporal trends for the N‐CB and S‐CB areas, two periods have to be
distinguished: The period between 1964 and 1976, during which two different trends are
observed between the N‐CB and S‐CB, and the period after 1976, during which the contaminant
contents in both areas follow the same trend (Figure 7).
From 1964 to 1976, the temporal trends differed between the N‐CB and S‐CB with a strong
increase in Hg, Pb and Cu contents in the S‐CB and a lower increase (or even decrease) in the N‐
CB. From these differences, a mass balance could be attempted in order to characterize the
influence of silt input from the hydroelectric power plant channel. This mass balance was
performed assuming two hypotheses. First, the different trends were due to dilution by the silt
input from the hydroelectric channel in the N‐CB (contaminant levels in suspended matter from
the Durance River were lower than in the lagoon surface sediment). Second without silt input,
101
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
contaminant contents in the N‐CB would have followed the same trends as in the south. Indeed,
this last hypothesis is supported by the very similar temporal trends of contaminants contents
in surface sediment in S‐CB and N‐CB after 1976.
Therefore, the relative increase of each element between 1964 and 1976 in the S‐CB (Xi = 410%
for Hg, 226% for Pb and 151% for Cu) can be combined with their concentrations in 1964 in N‐
CB (CM64,i) to estimate the theoretical contents in 1976 in the N‐CB (CT76,i) without dilution:
CT76,i = CM64,i(1+Xi)
Then, the relative contaminant dilution (D in %) induced by the silt input into the N‐CB between
1964 and 1976 can be estimated by comparing the measured (CM76,i) and theoretical (CT76,i)
concentrations in 1976 in the N‐CB according to:
D (%) = (CT76,i – CM76,i) / CM76,i .100
D varied between 80‐85% for Hg and Pb and 50% for Cu. The lower dilution for Cu was due to
the relatively high Cu content of Durance silt (Table 2 and Figure 7).
After 1976, the influence of silt input can be roughly evaluated from the ratios between the S‐CB
contaminant levels and the N‐CB contaminant levels. These ratios were between 1.7 (Cu) and 4.4
(Pb) in 1976 and have decreased progressively to 1.0 (Cu and Pb) and 1.8 (Hg) in the most
recent data. This indicates that the differences between the N‐CB than S‐CB have tended to
disappear and can be attributed to a decrease in the dilution rate in the N‐CB because the mean
annual flux of silt delivered to the lagoon shifted from 660.103 t/y (1966 to 1981) to 340.103 t/y
(1981 to 1992) and 100.103 t/y (1992 and 2006), in line with the new regulations.
III1.5. Conclusions
This work presents a methodology to obtain information from a large but disparate database.
This methodology, which is based on statistical techniques, allowed us to identify geographical
homogeneous sub‐areas in terms of physical or geochemical parameters. The mean
concentration of a given element in a sub‐area can be considered as representative of the entire
zone. Therefore, if the concentration of a given element is known for other periods, the temporal
trend of this element can be determined over the entire period. Although it is necessary to
obtain an extensive study from which sub‐areas can be identified, the method can be applied to a
large variety of variables (e.g., contaminants, nutrients) and used for any complex system such
as lagoons, estuaries or rivers. This method can be very useful for management purposes
because it converts data into information (Dennison, 2008) and because it is based on surface
sampling data, an approach commonly used in monitoring programs (although sometimes with
changes in the sampling scheme).
In this paper, we applied this methodology to determine temporal trends of inorganic (Hg, Pb,
Cu and Zn) and organic (PCBtot and HCtot) contaminant levels in surface sediments of the Berre
102
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
lagoon, a heavily industrialized area of economic, sociologic and ecologic importance. The three
sub‐areas identified allowed quantification of the effects of industrial discharge regulations
enacted during recent decades and the influence that silt input from a hydroelectric power plant
had on the sediment contamination. In this case, industrial regulations starting in the 1970s
decreased contaminant levels in the surface sediment from 30 to 90% (depending on
contaminant) and even (in the case of Hg and Zn) reaching levels similar to those from the
preindustrial period. However, some important contaminant inputs (e.g. Pb and PCBtot) were
still present in the lagoon.
Meanwhile, large inputs of weakly contaminated river silt from the outflow of a hydroelectric
power plant have been deposited in the northern part of the lagoon and were mixed with
suspended matter of local origin. This caused an important dilution of the contaminants that
reached up to 80 ‐ 85% in the case of Hg and Pb. The decrease was lower for Cu (50%) because
the silt material contained Cu levels above that of the preindustrial sediment. The influence of
dilution by silt input decreased after 1976, because silt discharges were at that point subjected
to regulation and laws.
Acknowledgements
We acknowledge Région Provence‐Alpes‐Côtes‐d’Azur and GIPREB (Groupement d’Intérêt
Public pour la Réhabilitation de l’Etang de Berre) for financial funding and Mr. A. Arnoux for
providing data on sediment analysis. Constructive comments from two anonymous reviewers
significantly improved this manuscript, and their efforts were much appreciated.
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103
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
104
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Table 1: information on the sampling surveys compiled for this work. The column “mineralization” refers
to the methodology used for sediment digestion before analysis.
Table 2: Means, standard deviations and numbers of sites used for Hg, Pb, Cu, Cr, Zn, PCBtot and HCtot levels
in the three areas identified (N‐CB, S‐CB and VB areas). The local geochemical backgrounds (LGB) and the
Durance geochemical background (DGB) are also reported.
105
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 1: Location of the Berre lagoon, its main cities and industrial areas.
Figure 2: Density distributions of Cu, Hg and Zn in the 97 surface sediment samples taken in 1976.
Figure 3: Plot of the spatial observations of the first two principal components of the analysis of the 97
surface sediment samples taken in 1976. a) Related scores of the variables and eigenvalues (histogram in
insert). b) Related scores of the observations. Results of the classification of observations into 4 clusters
displayed by different symbols and by their convex hull.
106
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 4: Spatial representation of PC1 (circle radius size) and PC2 (grey scale) values of the 97 surface
sediment samples taken in 1976. The minimum and maximum contaminated sites are indicated using +
signs.
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CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 5: Mean fractions < 63 µm, TOC, Fe, Hg, Pb, Cu, Cr, Zn, As, PCBtot, HCtot and mean PC1 and PC2 values (± 1 standard deviation) for the A, B, C and D classes
identified by fuzzy clustering on PC1 and PC2 values of the 97 surface sediment samples taken in 1976. The local geochemical background (LGB) is also reported for
Hg, Pb, Cu, Cr, Zn and As using grey rectangles.
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CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 6: Localization of the sub‐areas: VB, N‐CB and S‐CB. Symbols represent the four clusters identified
by fuzzy clustering on the PC1 and PC2 values of the 97 surface sediment samples taken in 1976. PC1
values are also indicated by the size of symbols.
Figure 7: Temporal variations of mean Hg, Pb, Cu, Cr, Zn, PCBtot and HCtot contents in surface sediments
in the N‐CB, S‐CB and VB areas. The geochemical backgrounds LGB and DGB are also reported where
available.
109
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
III2.3. Résultats
III2.3.1. Granulométrie
Les distributions granulométriques des
sédiments sont présentées dans la Figure 25
et en Annexe II‐B. Dans les deux carottes, les
sédiments sont constitués de limons (51‐
81%) et d’argile (13‐28%). Les sables sont
présents sous forme de sables fins dans des Figure 25 : distribution de la granulométrie
dans les carottes de sédiments SA‐10 et V‐10
proportions toujours < 20 % excepté dans le dans la fraction < 2 mm.
premier niveau de la carotte SA (37% de
sables fins et 3% de sables moyens). La fraction > 2 mm qui correspond à des coquilles ou
fragments de coquilles est absente dans le site SA‐10 et toujours < 15% en masse dans le site V‐
10, les valeurs maximales étant rencontrées en surface et diminuant avec la profondeur (Annexe
II‐B).
La granulométrie dans la fraction sur laquelle les analyses ont été effectuées (f < 63 µm) est
constante le long des profils dans les deux carottes (limon : 81±3 % dans SA‐10 et 85±1 % dans
V‐10).
111
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
(FeS2), de muscovite (KAl2[(OH,F)2IAlSi3O10]) et, dans des proportions plus faibles, de dolomite
(CaMg(CO3)2).
La comparaison avec les fonds géochimiques naturels (FGN, Tableau 7) montre que chaque
carotte présente des niveaux contaminés pour tous les ETM (excepté Cr dans le site SA‐10)
(Figure 27). C’est particulièrement le cas pour Cd qui présentent des concentrations jusqu’à 34
fois (V‐10) et 50 fois (SA‐10) supérieures aux valeurs du FGN. Ces rapports atteignent des
valeurs de 8 (V‐10) et 14 (SA‐10) pour Hg, pour 45 (V‐10) et 12 (SA‐10) pour Pb et sont toujours
< 6 pour les autres éléments.
112
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 26 : Profils de concentrations des principales espèces des sédiments des carottes SA‐10 et V‐10.
Figure 27 : Profils de concentrations en ETM dans les sédiments des carottes SA‐10 et V‐10. Les fonds
géochimiques naturels (FGN, Tableau 7) sont aussi reportés.
113
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
III2.4. Discussion
A partir des profils en ETM observés dans les carottes de sédiments deux principales
observations peuvent être soulignées :
‐ Les très fortes concentrations en ETM mesurées dans les couches profondes des
carottes ainsi que leurs diminutions dans les niveaux supérieurs confirment que leurs apports
ont été très importants par le passé et ont fortement diminués depuis. Cependant, la localisation
de ces maximums de concentrations diffère entre les deux sites, mais aussi entre les ETM dans le
site V‐10.
‐ Les premiers centimètres des sédiments présentent de fortes variations dans les
concentrations en ETM avec des concentrations clairement plus élevées à l’IES et plus faibles à ‐
3 cm. Cette observation pourrait de premier abord laisser suggérer que les apports récents en
ETM seraient plus importants que quelques années auparavant, en contradiction avec les
conclusions de la Partie III‐1 et la mise en place de normes de plus en plus strictes sur les rejets
industriels.
Avant d’interpréter ces profils en terme d’historique de rejets, il est nécessaire de considérer les
nombreux facteurs pouvant influencer l’allure des profils :
‐ des facteurs anthropiques, influençant l’évolution des rejets historiques des ETM en
lien avec le développement industriel du site à partir des années 1930, son
intensification/diversification dans les années 1960/1970 et la mise en place de
réglementations dans les années 1970,
‐ des facteurs physiques et géochimiques des sédiments, influençant les
concentrations et la capacité de rétention des ETM dans le sédiment (granulométrie, teneurs en
MO, en carbonates et en oxy‐hydroxydes de Fe et Mn). Les teneurs en limons et argiles sont
constantes le long des profils et ne sont donc pas supposées influencer la distribution des ETM
dans les sédiments. En revanche, les concentrations en Fe, Mn, COT et TIC présentent de fortes
variations dans les premiers centimètres des sédiments et peuvent jouer un rôle dans la
distribution verticale des ETM.
‐ des facteurs biogéochimiques, se traduisant par une série de réactions diagénétiques
pouvant induire la migration verticale des ETM dans la colonne sédimentaire par des cycles de
remobilisation/diffusion/piégeage (Cf Chapitre IV).
‐ des facteurs biologiques, se traduisant par le brassage des sédiments de surface sous
l’action de l’activité benthique (bioturbation). Ce facteur est négligeable dans le site SA‐10
depuis 1966 en lien avec les conditions anoxiques (Cf Chapitre I). Cependant, pour le site V‐10
qui est colonisé par diverses espèces de macrofaunes benthiques, ce facteur ne peut
probablement pas être négligé.
114
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
115
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 28 : Profils de concentrations en Fe, Mn, As et Cr dans la fraction non carbonatée des sédiments des
carottes SA‐10 et V‐10.
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CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 29 : Profils de Fe, Mn et As, Co, Cr, Ni, Pb et Zn extraits à l’ascorbate dans les sédiments des carottes
SA‐10 et V‐10.
117
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
premiers centimètres des sédiments. Ce recyclage est illustré dans la Figure 30. Les ETM
associés aux matières en suspension dans la colonne d’eau sont déposés à la surface des
sédiments et enfouis au cours du temps. Ils sont en partie remobilisés dans les eaux
interstitielles au cours de l’enfouissement lors de la réduction de oxy‐hydroxydes de Fe et Mn et
la minéralisation de la MO auxquels ils sont associés. La fraction remobilisée diffuse en partie
vers le haut où elle est piégée sur ces phases porteuses entrainant leur accumulation au niveau
de l’IES et peut, dans certains cas diffuser hors des sédiments (cet aspect fait l’objet du Chapitre
IV). La partie des ETM qui est enfouie et stockée dans les sédiments correspond aux ETM non
remobilisés au cours de l’enfouissement ainsi qu’à la partie qui diffuse vers le bas de la colonne
sédimentaire (Figure 30).
Figure 30 : Représentation schématique du cycle des ETM dans les sédiments de surface et pouvant
expliquer l’enrichissement en ETM observé à l’IES.
Les profils d’ETM mesurés en profondeur dans les sédiments sont donc influencés par ces
processus de recyclage des ETM à l’IES. Ce cycle se traduit par un décalage dans le temps entre le
dépôt d’un métal à l’IES et son enfouissement dans les sédiments. Ce décalage devrait se traduire
par un lissage de l’enregistrement par les sédiments des apports en ETM dans l’étang.
L’importance des enrichissements en ETM observés à l’IES dans les conditions actuelles indique
que la fraction remobilisable est probablement plus importante dans les sédiments de l’étang de
Vaïne que dans la zone sud du Grand Etang. Cependant, la relativement bonne résolution des
pics des ETM obtenus dans les sédiments du Grand Etang ou de l’étang de Vaïne (Figure 27)
indique que ce lissage est sûrement minime et nous permet d’envisager une reconstruction
historique.
118
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
119
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
III2.5. Conclusion
Ce travail constitue la première étude visant à reconstituer la chronologie des apports en
éléments traces dans l’étang de Berre à partir de carottes de sédiments de surface découpées à
une résolution centimétrique. Il a permis de montrer que :
120
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
‐ la zone sud du Grand Etang et l’étang de Vaïne sont bien différenciées concernant les
apports en ETM au cours du temps avec par exemple des forts apports historiques en Cr dans
l’étang de Vaïne qui ne se retrouvent pas dans le Grand Etang.
‐ la chronologie des apports en ETM dans le Grand Etang est similaire pour l’ensemble
des ETM (As, Cd, Cu, Hg, Pb et Zn) et se traduit par une augmentation de leurs apports au cours
du temps, l’atteinte d’une période de rejets maximums dans les années 1950‐1960, puis une
diminution (entre 20 et 90% selon les éléments) pouvant être attribuée à la mise en place de la
réglementations sur les rejets industriels dans les années 1970.
‐ Dans l’étang de Vaïne, cette chronologie est plus complexe et diffère selon les ETM. Elle
est expliquée par la mise en place dans les années 1960‐1980 de nouvelles activités industrielles
sur ses rives se traduisant par des rejets nouveaux en certains éléments (Co, Cr et Ni).
De plus, ce travail a permis de montrer que si les rejets en ETM ont effectivement diminués au
cours du temps, des processus de recyclage permettent de maintenir des concentrations
relativement élevées dans les sédiments de surface et que de très importantes concentrations en
ETM restent présentes plus en profondeur. Ceci légitime donc la question concernant leur
mobilité et le risque que ces réservoirs constituent pour les organismes benthiques aujourd’hui.
121
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
122
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 32 : localisation des sites d’échantillonnage des sédiments de surface (février 2008)
III3.3. Résultats
III3.3.1. Distribution spatiale des principaux constituants dans les sédiments de
surface
La distribution des principaux constituants dans la fraction <63 µm des sédiments de surface est
présentée dans la Figure 33 (pour Al, Ca, COT et C/N) et dans l’Annexe II‐A (pour tous les
paramètres). Les sédiments sont fortement carbonatés (Ca = 133‐199 mg.g‐1, représentant 35‐
50% de CaCO3) et de manière homogène (coefficient de variation relatif <10%). Les
concentrations en Al (21‐50 mg.g‐1), Fe (9‐23 mg.g‐1), Mg (7‐12 mg.g‐1) et K (7‐15 mg.g‐1) sont
assez variables sur l’ensemble de la zone (coefficient de variation relatif ~20%) et sont
maximales dans la zone ouest du Grand Etang. Les concentrations en COT (1.1‐3.6 %) et Ntot
(0.1‐0.7%) sont très variables (coefficient de variation relatif >35%) et sont maximales dans le
nord de l’étang de Vaïne et à l’embouchure du chenal de Caronte. Les rapports molaires C/N
varient fortement de 4.9 à 11.1, les plus faibles valeurs se retrouvant dans les zones présentant
les plus fortes concentrations en COT et Ntot (Figure 33).
Figure 33 : distribution des concentrations en Al, Ca, COT et C/N dans la fraction < 63 µm des sédiments
de surface échantillonnées en février 2008.
Figure 34 : distribution des concentrations de Cr, Cu, Hg et Pb dans la fraction <63µm des sédiments de
surface échantillonnées en février 2008.
124
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Les concentrations en As, Co, Cu, Ni et Zn sont relativement homogènes sur la majeure partie des
zones étudiées (respectivement 6.7±1.5 ; 7.6±0.9 ; 26±5 ; 26±9 ; 106±20 µg.g‐1) mais des
enrichissements en Cu, Ni et Zn s’observent dans l’étang de Vaïne ou à l’entrée du chenal de
Caronte. Les concentrations en Pb sont significativement supérieures dans l’étang de Vaïne
(45±7 µg.g‐1) à celles mesurées dans le Grand Etang (29±5 µg.g‐1). La zone à l’entrée directe du
chenal de Caronte (sites B1, B2, B3 et B6) présentent les plus fortes concentrations en Cr et Hg,
144±70 et 0.42±0.03 µg.g‐1 respectivement, contre 67±19 et 0.22±0.07 µg.g‐1 pour l’ensemble
des autres sites.
III3.4. Discussion
III3.4.1. Evaluation de la contamination
Pour définir un site comme contaminé, l’approche généralement adoptée est le calcul d’un
facteur d’enrichissement (EF) correspondant au rapport entre la concentration mesurée dans
les sédiments (CMES) et la concentration du fond géochimique naturel (CFGN) (Hornberger et al.,
1999 ; Soares et al., 1999 ; Sutherland et al., 2000 ; Accornero et al., 2008) (Equation III‐2).
CSED
EF = (Equation III‐2)
CFGN
Les valeurs de CFGN choisis pour l’étang de Tableau 8 : Valeurs des facteurs d’enrichissement
Berre sont reportées dans le Tableau 7 et (EF) pour les sédiments de surface
€ échantillonnés en février 2008. Les cases grisées
proviennent des couches profondes de correspondent aux valeurs de EF≥2.
carottes prélevées dans l’étang de Berre
(Giorgetti et al., 1981 ; Arnoux, 1987 ;
Georgeaud et al., 1997). D’après Sutherland
et al., (2000), des valeurs de EF < 2
indiquent une contamination d’origine
anthropique absente ou faible, 2<EF<5
indiquent une contamination modérée,
5<EF<20 indiquent une contamination
significative et EF>20 indiquent une
contamination très forte à extrême.
Les valeurs de EF dans les sédiments de
surface de l’étang de Berre (Tableau 8)
indiquent qu’en 2008 la contamination est
absente ou faible pour As, Cr, Hg, Ni et Zn
(EF < 1.5), exceptés pour quelques zones
particulières où la contamination est
modérée : 2.6<EF<4.3 pour Cr et
125
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
2.9<EF<3.3 pour Hg à l’embouchure du chenal de Caronte, et EF de 3.9 pour Ni sur un site dans
l’étang de Vaïne. Les contaminations en Pb et Cu sont modérées sur l’ensemble de la zone
(respectivement 1.7<EF<4.9 et 1.3<EF<3.1). L’absence de données pour le FGN de Co ne nous
permet pas de conclure pour cet élément.
La relation entre les rejets en ETM et leurs teneurs dans les sédiments peut être établie
uniquement si les caractéristiques des sédiments sont similaires (Luoma et Rainbow, 2008). Or
dans l’étang de Berre les sédiments présentent des caractéristiques relativement variables
(Figure 33). Afin d’identifier les principales sources anthropiques d’ETM, qui sont
particulièrement importante pour l’orientation des politiques de gestion et de réhabilitation de
la zone, il est nécessaire d’identifier les principales phases porteuses dans les sédiments de
surface de s’affranchir de leur influence.
126
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Nous avons vu à partir des carottes de sédiments (Partie III‐2) le rôle joué par les oxy‐
hydroxydes de Fe et Mn et de la MO dans l’accumulation des ETM dans les sédiments de surface.
Ceci nous incite donc à considérer plus particulièrement ces phases. Cependant, dans cette
campagne des extractions ascorbate n’ont pas été réalisées et nous ne disposons donc pas
d’information sur la distribution de la fraction d’oxy‐hydroxydes de Fe et Mn. Le raisonnement
de la discussion sera donc basé qu’à partir des concentrations totales dans les sédiments.
Les influences de ces phases porteuses potentielles sur la distribution des ETM ont été évaluées
à partir des matrices de corrélation (coefficient de corrélation de Pearson, p<0.05) pour
l’ensemble des variables sur l’ensemble des sites (Tableau 9) ou sur chacune des zones prises
indépendamment (zone sud du Grand Etang : Tableau 10 ; étang de Vaïne : Tableau 11).
Une des premières informations que nous observons est que les teneurs en carbonates
(représentées par Ca) ne jouent probablement pas un rôle important dans la distribution
spatiale des ETM en lien avec son homogénéité sur l’ensemble des sites étudiés (Figure 33) et les
corrélations avec les ETM sont absentes ou faibles (R2 < ‐0.63 ; Tableau 9, Tableau 10 et Tableau
11).
Inversement les teneurs en particules fines (représentées par Al, Fe, Mg et K qui sont fortement
corrélés entre eux, r2>0.89, Figure 35) ou en MO (représentées par COT et Ntot qui sont
fortement corrélés entre eux, r2>0.94 ; Figure 35) sont relativement variables sur l’ensemble des
sites étudiés (Figure 33) et montrent certaines corrélations avec les ETM. La distribution
spatiale de ces phases porteuses donc joue probablement un rôle dans la distribution spatiale
des ETM.
Les liens entre les distributions spatiales des ETM et les caractéristiques physicochimiques des
sédiments (fraction fine et MO) diffèrent entre l’étang de Vaïne et le Grand Etang.
Dans l’étang de Vaïne, tous les ETM sont fortement corrélés entre eux (0.72>R2>0.97) ainsi qu’à
la MO (0.67>R2>0.92) et à la
fraction fine des sédiments
(0.64>R2>1.00) (Tableau 11).
La distribution spatiale des
particules fines et de la MO
sont donc associés dans
l’étang de Vaïne (ex :
adsorption de la MO sur les
particules fines) et
conditionnent la distribution
Figure 35 : corrélation entre Ntot et COT et entre Al, Fe, Mg et K dans
spatiale des ETM. les sédiments de surface de l’ensemble des sites (n=28)
127
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Tableau 9 : matrice de corrélation (coefficient de Pearson) pour l’ensemble des paramètres sur l’ensemble
des sites (n=27)
Tableau 10 : matrice de corrélation (coefficient de Pearson) pour l’ensemble des paramètres sur les sites
du Grand Etang (n=18)
Tableau 11 : matrice de corrélation (coefficient de Pearson) pour l’ensemble des paramètres sur les sites
de l’étang de Vaïne (n=9)
128
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Dans le Grand Etang, seuls As et Ni présentent une forte corrélation avec la fraction fine
(r2>0.82 ; Tableau 10). Ces deux ETM étant faiblement contaminés (EF<1.7) ils sont sans doute
majoritairement intégrés à la matrice minérale des argiles et la distribution des particules fines
conditionnent leur distribution spatiale. Pour les autres ETM des corrélations multiples mais
plus faiblement significatives sont observées avec les différents éléments majeurs des
sédiments. Pour Co, une corrélation significative est trouvée avec la fraction fine (r2>0.54) mais
aussi avec Mn (r2=0.74) en accord avec l’affinité de Co pour les oxydes de Mn mises en évidence
dans le Chapitre IV ou dans d’autres travaux (Shaw et al., 1990 ; Stockdale et al., 2010). Pour Cu,
Cr, Hg, Pb et Zn des corrélations positives avec la fraction fine (Cu, Pb, Zn) ou la MO (Cu, Cr, Hg,
Pb, Zn) sont aussi observées (Tableau 10). La distribution spatiale de ces éléments dans le Grand
Etang est donc plus complexe qu’elle ne l’est dans l’étang de Vaïne et ne peut pas être expliquée
par la distribution d’une phase porteuse en particulier.
Une étude plus approfondie des corrélations entre les concentrations en COT, Cu, Cr, Hg,
Pb et Zn et celles d’Al dans le Grand Etang montre que des corrélations significatives sont
obtenues lorsque les sites présentant les plus fortes concentrations relatives à Al sont exclus, et
que les sites exclus sont localisés dans la zone sud‐ouest du Grand Etang (Figure 36). Ceci
signifie que la fraction fine contrôlent la distribution de ces ETM et du COT dans le Grand Etang,
mais que dans la zone sud ouest du Grand Etang les fortes concentrations en COT et Cu, Cr, Hg,
Pb et Zn suggèrent une forte accumulation de ces ETM sur la MO. Les fortes concentrations en
MO dans cette zone peuvent être probablement attribuées à une plus forte production primaire
et/ou à un plus faible taux de minéralisation de la MO dans les sédiments (en accord avec les
valeurs de C/N ~ 6) comparé au reste du Grand Etang (C/N ~ 10) (Rullkötter, 2006).
Figure 36 : Corrélations entre COT, Hg, Zn, Pb, Cr et Cu et Al dans la fraction < 63 µm des sédiments de
surface du Grand Etang. Les points grisés correspondent aux sites exclus de la régression et localisés à
proximité de l’embouchure du chenal de Caronte.
129
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Figure 37 : distribution des concentrations de Hg, Pb, Cu et Cr normalisées à Al dans les sédiments de
surface
130
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
La distribution spatiale des valeurs pour [Me]norm est plutôt hétérogène sur l’ensemble de la
zone d’étude et permettent d’identifier 2 zones soumises à des rejets ou processus
d’accumulation importants en ETM :
‐ l’étang de Vaïne qui présente les plus fortes valeurs de Co/Al, Cu/Al, Ni/Al, Pb/Al et
Zn/Al et des valeurs relativement élevées en Cr/Al et Hg/Al. Ces valeurs sont homogènes sur
l’ensemble de cette zone en accord avec les fortes corrélations trouvées entre les ETM et la
fraction fine. Du fait de cette homogénéité, la principale source de ces ETM ne peut être
précisément identifiée. Cependant elles indiquent que des ETM sont fortement apportés dans
l’étang de Vaïne et que ces apports peuvent être directement mis en lien avec la forte
industrialisation de ses rives et son isolement du reste de l’étang (haut fond sableux et piste
d’aéroport). Les industries localisées sur les rives de l’étang de Vaïne déclarent toutes rejeter
plusieurs ETM. Les rejets moyens déclarés entre 2005 et 2009
(www.pollutionsindustrielles.ecologie.gouv.fr/IREP) varient entre 2 et 9000 kg.a‐1 pour As, Co,
Cr, Hg et Ni (Tableau 12). Il s’agit principalement de rejets dans l’air en provenance de la
raffinerie (Basell) et des deux usines de fabrications de produits chimiques de base (UCB et UC
de l’Aubette) présentes sur la commune de Berre l’étang (au nord), ainsi que de l’usine
d’incinération de déchets industriels spéciaux (Solamat) sur la commune de Rognac (à l’est).
Concernant les rejets dans les eaux, seuls des rejets en Ni et Pb (respectivement 3 et 4 kg.a‐1)
sont déclarés en provenance de l’usine d’aéronautique (Eurocopter) sur la commune de
Marignane (au sud), d’une usine de traitement des déchets (Ecorecycling) sur la commune de
Berre l’étang et d’une usine de traitement et revêtement des métaux (Electrolyse phocéenne)
sur la commune de Vitrolles (au sud‐est). Cependant, si on prend le cas du Pb, ses apports
déclarés ne permettent pas d’expliquer les concentrations mesurées dans les sédiments de
surface puisque ces apports ne contribueraient qu’à un enrichissement <0.1 µg.g‐1 (calcul
effectué à partir de la superficie de 60 km2 de l’étang de Vaïne, des apports déclarés de 4 kg.a‐1
de Pb, d’une couche de 0.34 cm de sédiment déposé en une année, et d’une densité de sédiments
frais de 1.7 g.cm‐3). Ceci signifierait que les rejets actuels de Pb par les industries seraient
négligeables et ne permettraient pas d’expliquer les fortes concentrations mesurées dans les
sédiments de surface. Bien que les rejets industriels aient sans aucun doute fortement diminués
ces dernières décennies, il est fort probable que d’autres sources de rejets ne soient pas
recensées (ex : aucune données de Pb dans les rejets de fumées, rejets diffus, …) et/où que les
rejets déclarés soient sous‐estimés. Cependant, cela amène aussi à penser à l’importance des
processus diagénétiques dans l’accumulation de Pb dans les sédiments de surface et dans le
maintien de niveaux de contamination plus élevés dans cette zone (Cf Partie III‐2).
‐ la zone à proximité de l’embouchure du chenal de Caronte et le long de la rive sud‐ouest
du Grand Etang qui montrent les plus fortes valeurs de Hg/Al et Cr/Al et des valeurs
relativement importantes en Cu/Al, Ni/Al et Zn/Al. Ces observations peuvent correspondre à
131
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Tableau 12 : Rejets moyens de ETM déclarés par les industriels sur le pourtour de l’étang de Berre entre
2005 et 2009 (source : IREP)
As Cd Co Cr Cu Hg Ni Pb Zn
REJET DANS L'AIR (kg.a1)
Etang de Vaïne 279 83 2 293 n.d. 355 9386 n.d. n.d.
Chenal de Caronte/Golfe de Fos 172 106 312 1693 592 381 8702 601 3827
Total 451 202 314 1986 592 736 22008 601 4380
REJET DANS L'EAU (kg.a1)
Etang de Vaïne n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. 3 4 n.d.
Grand Etang/Canal de Marseille au
23 3 n.d. n.d. n.d. 7 n.d. 32 n.d.
Rhône (Raffinerie la Mède)
III2.5. Conclusion
L’étude des principales caractéristiques des sédiments de surface dans la zone sud du Grand
Etang et dans l’étang de Vaïne a permis de mettre en évidence qu’en 2008 :
‐ les sédiments de surface de l’étang de Berre présentaient de niveaux de contamination
en ETM faibles (As, Ni et Zn) à modérés (Cu, Cr, Hg et Pb).
‐ les niveaux de contamination les plus élevés étaient localisés dans l’étang de Vaïne et
dans la zone sud ouest du Grand Etang.
‐ la distribution spatiale des ETM était influencée à la fois par la localisation des
principales sources anthropiques et par les caractéristiques sédimentaires (teneur en fraction
fine et en MO).
132
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
associée à des rejets multi‐métaux importants par des effluents industriels et les fumées des
nombreuses activités installées sur ses rives et que l’isolement physique de l’étang de Vaïne
(barre sableuse, piste d’aéroport) favorisait probablement l’accumulation des ETM dans cette
zone. Dans la zone sud ouest du Grand Etang les niveaux de contaminations pourraient être
associés à des apports en ETM rejetés par des installations industrielles localisées dans le chenal
de Caronte et/ou dans le golfe de Fos par des échanges avec le chenal de Caronte, et par la
raffinerie de la Mède par des échanges avec les eaux du canal de Marseille au Rhône. Cependant
d’autres études sont nécessaires dans cette zone pour définir l’origine de la MO accumulée dans
les sédiments et son rôle dans l’accumulation des ETM.
133
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
134
CHAPITRE III ‐ EVOLUTION TEMPORELLE ET ETAT ACTUEL DE LA CONTAMINATION DES SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
ETM par les activités industrielles situées sur le pourtour de l’étang de Vaïne. Pour la zone sud‐
ouest du Grand Etang ces niveaux de contamination pourraient être associés à des rejets récents
par les installations industrielles dans Chenal de Caronte et du Golfe de Fos et/ou par la
raffinerie de La Mède. Cependant, nous avons aussi pu montré, à partir des profils de carottes de
sédiments (Partie III‐2), l’importance des processus d’accumulation/recyclage des ETM dans les
sédiments de surface sous l’action des processus diagénétiques. Ces accumulations pourraient
aussi jouer un rôle considérable dans le maintien de concentrations élevées en ETM dans les
sédiments de surface (Partie III‐3). Les processus diagénétiques contrôlant la mobilité des ETM
dans les sédiments seront abordés en détail dans le Chapitre IV.
135
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES
ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
136
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
(Riedel et al., 1997). L’oxygénation de la colonne d’eau influence aussi fortement les flux d’autres
espèces importantes sur la qualité du milieu telles que ΣPO4, NO3‐, NH4+ ou H2S. En conditions
hypoxiques/anoxiques des flux sortants de ΣPO4, NH4+ et H2S et entrants de NO3‐ sont
généralement observés tandis qu’en conditions oxiques ces flux tendent à s’inverser (Sundby et
al., 1986 ; Kristiansen et al., 2002 ; Hensen et al., 2006 ; Middelburg et Levin, 2009 ; Emili et al.,
2011). Ces changements de flux selon les conditions d’oxygénation dans la colonne d’eau sont
associés à la modification des gradients de concentrations des espèces oxydées et réduites de
part et d’autre de l’IES (flux diffusif), mais aussi des changements des processus réactifs se
produisant à l’IES (ex : dissolution des oxy‐hydroxydes de Fe et Mn).
L’augmentation des zones côtières soumises à épisodes hypoxiques saisonniers ou permanents
ces dernières décennies (Diaz et Rosenberg, 2008) font de la compréhension des processus
diagénétiques et des flux à l’IES en conditions hypoxiques un enjeu important. Cependant ces
processus sont encore mal compris notamment dans les zones présentant des oscillations
saisonnières des conditions d’oxygénation de la colonne d’eau (Morse et Eldridge, 2007).
L’étang de Berre présente deux zones particulièrement intéressantes pour l’étude du relargage
des ETM à l’IES en lien avec les conditions d’oxygénation de la colonne d’eau : (1) l’étang de
Vaïne qui présente les plus fortes concentrations en ETM et une colonne d’eau généralement
bien oxygénée et (2) la zone sud du Grand Etang qui présente des concentrations en ETM plus
faibles mais de fortes fluctuations dans les conditions d’oxygénation de la colonne d’eau, avec la
prédominance d’épisodes d’hypoxie/anoxie. Ces épisodes sont en grande partie attribuables aux
rejets d’eau douce (et aux nutriments associés) par la centrale hydroélectrique (Cf Chapitre I).
Ces rejets sont susceptibles de disparaître dans le futur en fonction des évolutions des
aménagements (ex : dérivation des rejets) et laisse donc présager, dans le futur, une
déstratification de la colonne d’eau qui impliquerait une réoxygénation des fonds de l’étang.
Pour répondre à ces questions ce travail s’appuie sur les profils de concentrations des ETM et
des principaux composants géochimiques dans les eaux interstitielles, le bas de la colonne d’eau
et la fraction réactive des sédiments dans l’étang de Vaïne (oxique) et dans la zone sud du Grand
137
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
Etang (anoxique et oxique). Ces profils sont utilisés pour caractériser la spéciation et la mobilité
des ETM dans les sédiments en lien avec les processus diagénétiques.
L’utilisation couplée de calculs thermodynamiques (spéciation et indices de saturation) avec une
modélisation inverse des processus de transport‐réaction a été récemment utilisée avec succès
pour l’identification des processus biogéochimiques contrôlant la remobilisation ou le piégeage
des éléments dans les sédiments de différents milieux aquatiques ainsi que leurs flux à l’IES pour
Pb (Gallon et al., 2004), Hg et MeHg (Goulet et al., 2007 ; Merritt et Amirbahman, 2007 ; Feyte et
al., 2011) et As (Couture et al., 2010). Cette méthode est appliquée ici pour identifier les zones
où ont lieu les principales réactions diagénétiques dans les sédiments, leur influence sur la
mobilité des ETM et leurs flux à l’IES.
En plus des investigations menées sur les profils, ce travail s’appuie sur des expérimentations en
conditions d’oxygénation contrôlées menées au laboratoire (incubations de carottes et
microélectrodes).
A partir des différences observées entre les conditions d’oxygénation rencontrées dans le milieu
et des expérimentations en conditions contrôlées, l’influence d’une future réoxygénation des
fonds de l’étang de Berre est discutée.
138
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
Site SA Site V
Localisation 05°05.845 E / 43°26.529 N 5°12.166 E / 43°28.032 N
Profondeur (m) 9.0 4.5
Taux de sédimentation (cm.a‐1)a 0.28 0.34
CONDITIONS PHYSICOCHIMIQUES DANS LE FOND DE LA COLONNE D’EAUb
SA‐09 SA‐10 V‐10
Température (°C) 21 18 21
Salinité 35.5 32.6 20.8
pH 7.45 7.65 7.35
O2 (mg.l‐1) / (% saturation) < 0.2 / < 3 2.9 / 38 4.6 / 60
Eh (mV/ENH) 40 330 380
ad’après Salençon et al., en prep.
bd’après les profils des conditions physicochimiques dans la colonne d’eau (Annexe III‐A).
IV2.2. Echantillonnage
Des carottes de sédiments ont été prélevées par plongée pour les différentes analyses citées ci‐
dessous :
‐ 1 carotte pour la caractérisation de la phase solide,
‐ 1 carotte pour la réalisation des profils de microélectrodes de O2, pH et H2S.
‐ 1 carotte pour la détermination des profils de Eh et pH (SA‐10 et V‐10).
‐ 3 carottes pour incubation et détermination des flux benthiques (SA‐10)
Les eaux interstitielles ont été prélevées au moyen de peepers selon les protocoles présentés
dans le Chapitre II. En 2010 deux peepers ont été déployés dans chaque site pour l’analyse des
éléments Na, Ca, Mg, P, S, Fe, Mn, As, Co, Cr et Ni (peeper 1) et ΣNH4, ΣH2S, ΣPO4, SO42‐, alcalinité
totale, ΣNO3‐ et COD (peeper 2). En 2009, 4 peepers ont été déployés sur le site SA pour
l’obtention de trois profils distincts de Hg et MeHg (une des deux logettes par niveau sur trois
peepers) en plus des paramètres cités précédemment.
Le bas de la colonne d’eau a été échantillonnée à deux reprises durant l’été 2009 (15 juillet et 18
août) sur le site SA au moyen du dispositif SUSANE (Cf Chapitre II). Le 15 juillet les conditions
dans le bas de la colonne d’eau étaient hypoxiques (O2 = 0.54 mg/l et 7% saturation) alors
qu’elles étaient anoxiques le 18 août (O2 < 0.2 mg/l et < 3% saturation) (les profils dans la
colonne d’eau sont reportés en Annexe III‐A). La date du 18 août correspond à la date de
récupération des peepers sur le site SA‐09.
139
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
‐ teneur en eau/porosité,
‐ granulométrie,
‐ concentrations totales en CIT, COT, Ntot, éléments majeurs (Ca, Mg, S, P, Al, Fe et Mn) et
traces (As, Cd, Cr, Cu, Hg, Ni, Zn, Pb) sur la fraction < 63 µm,
‐ concentrations extraites à l’ascorbate (fraction réductible ; Kostka and Luther, 1994)
des éléments majeurs et traces (sauf Hg) sur la fraction < 63 µm,
‐ minéralogie par DRX sur 3 niveaux des carottes (surface, fond, intermédiaire).
140
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
l’influence du temps de réoxygénation sur les profils d’oxygène et de H2S est testée après 2‐5 h
et après > 24h de saturation (O2 = 100%). Pour le site SA‐10, les profils ont été fait sous
différentes conditions d’oxygénation (17, 43 ou 100% de saturation) par bullage d’un mélange
Air/N2. Entre chaque nouvelle condition, le système est laissé équilibré pendant 3 h. Les profils
de O2 sont interprétés à l’aide du logiciel PRO2FLUX (Deflandre et Duchêne, 2010) et par le code
PROFILE (Berg et al., 2008).
141
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
IV3. Résultats
IV3.1. Profils des espèces dissoutes
IV3.1.1. Oxygène dissous
Pour les conditions d’oxygénation observées dans le bas de la colonne d’eau (100 µM pour SA‐10
et 150 µM pour V‐10), les pénétrations d’oxygène dans les sédiments varient de 0.45 mm (SA‐
10) à 4.6 mm (V‐10) (Figure 39). La plus profonde pénétration d’O2 dans V‐10 est associée aux
plus fortes concentrations d’O2 dans la colonne d’eau et à la présence d’organismes benthiques
dans le centre de l’étang de Vaïne tels les polychètes Nereis succinea (GIPREB, 2010) bioirrigant
le sédiments et pouvant expliquer les pics d’O2 entre ‐4 et ‐5 mm.
142
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
détection dans les sédiments lors de l’apparition des concentrations en ΣNH4, ainsi que sur tout
le profil pour SA‐09.
IV3.1.3. Fe et Mn
Les concentrations en Fe dans SA‐09 sont relativement élevées dans la colonne d’eau anoxique
(0.8‐1.45 µM, valeurs maximales juste au dessus de l’IES) et diminuent très fortement dans les
sédiments atteignant des valeurs proches de la limite de quantification (Figure 40). Dans SA‐10
et V‐10, le contraire est observé avec des concentrations dans la colonne d’eau oxygénée
proches de la limite de quantification et des concentrations relativement élevées dans les eaux
interstitielles se caractérisant par deux pics de concentration à 4 µM à ‐2 et ‐7 cm (V‐10) et un
large pic à 1 µM entre ‐9 et ‐11 cm (SA‐10).
Le profil de Mn dans le site SA‐10 se résume à un fort pic de concentration atteignant 30 µM
dans les 4 premiers centimètres sous l’IES et des concentrations élevées dans la colonne d’eau
(5‐10 µM). Le pic sous l’interface se situe au dessus du pic de Fe. Le profil de Mn dans SA‐09 est
similaire a celui dans SA‐10 avec des concentrations plus faibles (pic à 2.4 µM dans les 3
premiers centimètres sous l’IES et concentration dans la colonne d’eau de 1.5 µM). Cependant, à
la différence du site SA‐10 le pic de Mn se trouve sous celui de Fe. Dans V‐10, les concentrations
en Mn sont très faibles (proches de la limite de quantification) excepté de part et d’autre de l’IES
avec deux pics à + 2 cm (0.8 µM) et – 7 cm (8.5 µM). Pour les 3 sites, les concentrations en Mn
diminuent avec la profondeur jusqu’à des valeurs proches de la limite de quantification sous ‐20
cm.
143
CHAPITRE IV : DIAGENESE PRECOCE, MOBILITE DES ETM ET FLUX A L’INTERFACE EAU/SEDIMENT
Figure 40 : profils de pH, Na, Ca, Mg, SO42‐, ΣH2S, ΣCO2, ΣPO4, ΣNH4, ΣNO3, COD, Fe, Mn, As, Co, Cr et Ni dans les peepers sur le site SA‐09, SA‐10 et V‐10. La ligne
horizontale en pointillé représente l’interface eau/sédiment.
144
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Les profils en Cr diffèrent fortement entre les 3 sites (Figure 40). Les concentrations sont faibles
(< 35 nM) sur tout le profil dans SA‐10. Elles sont plus variables dans SA‐09 avec des maxima
autour de l’IES (90 nM) et à ‐12 cm (70 nM). Dans V‐10, elles augmentent en profondeur jusqu’à
un pic de 120 nM à ‐10 cm.
IV3.1.5. HgMeHg
Les concentrations en Hg total (Hgtot) et MeHg obtenues sur trois peepers (été 2009) sont très
similaires entre elles et montrent des maxima dans la colonne d’eau (Hgtot = 10‐20 pM ; MeHg =
6‐11 pM) et des fortes diminutions sous l’IES jusqu’à être proches de la limite de quantification à
partir de ‐5 cm (Figure 41). La forme méthylée de Hg domine la spéciation de Hg avec des
proportions moyennes de 82±16% du Hg total dans la colonne d’eau et de 35±20% dans les
eaux interstitielles.
145
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Figure 42 : profils de FeASC, MnASC, SASC‐norm, PASC, AsASC, CoASC, CrASC et NiASC. Les proportions de As, Co, Cr et
Ni totales extraites sont aussi présentées.
146
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
SASC
SASC −norm = (Equation IV‐2)
φ[SO4 ]
Les profils de SASC‐norm sont très similaires à ceux de FeASC dans SA‐09 et SA‐10 (Figure 42) avec
des valeurs maximales à l’IES, diminuant fortement entre 0 et ‐2.5 cm puis faibles et constantes
€
jusqu’à ‐16 cm dans les 2 sites et qui augmentent légèrement en profondeur dans SA‐10. Cette
correspondance ne se retrouve pas dans V‐10, où les valeurs de SASC‐norm sont plus élevées que
pour SA et augmentent avec la profondeur jusqu’à des maxima entre ‐6 et ‐13 cm avant de
diminuer à nouveau en profondeur.
En supposant que le profil de SASC‐norm corresponde principalement à l’extraction de FeS réactif,
FeASC correspond donc à un mélange d’oxy‐hydroxides de Fe réactif (dénommé par la suite
Fe(OH)3) et de FeS. La très forte similitude des profils de FeASC et SASC‐norm au niveau de l’IES dans
SA‐09 et SA‐10 indique que les deux phases minérales coexistent. Leur proportion respective
(fFeS et fFe(OH)3) peut être grossièrement évaluée dans ces sites à partir de la diminution relative
des concentrations molaires en FeASC et SASC‐norm entre 0 ([FeASC]IES et [SASCNORM]IES) et – 2.5 cm
([FeASC]2.5cm et [SASCNORM]2.5cm) selon les équations IV‐3 et IV‐4.
[SASC −norm ]IES
[S ]
f FeS = ASC −norm −2.5cm (Equation IV‐3) f Fe(OH )3 = 1− f FeS (Equation IV‐4)
[FeACS ]IES
[FeASC ]−2.5cm
Les résultats de ces calculs indiquent que FeS constitue une forte proportion du Fe extrait par
€
l’ascorbate entre 0 et ‐2.5 cm atteignant 50% dans SA‐09 et 65% dans SA‐10. La présence de FeS
€
dans les premiers centimètres des sédiments est en accord avec la prédominance de conditions
anoxiques/hypoxiques dans le site SA la majeure partie de l’année, favorisant la présence de
ΣH2S au niveau de l’IES (ex : SA‐09, Figure 40). Elle permet aussi d’expliquer la présence de
pyrite observée par DRX dans les sédiments de surface qui nécessite la présence de FeS pour sa
formation (Rickard et Morse, 2005).
Dans V‐10, les profils de FeASC et SACS‐norm sont au contraire très différents dans les 2.5 premiers
centimètres (Figure 42). Ceci indique que le Fe extrait entre 0 et ‐2.5 cm correspond
majoritairement à un réservoir de Fe(OH)3. Par contre, l’épaulement de FeASC observé entre ‐2,5
et ‐8 cm pourrait correspondre majoritairement à FeS, en lien avec les valeurs maximales
observées pour SASC‐norm dans cette zone. Notons que dans le sédiment total (Chapitre III) on
trouve aussi une très bonne correspondance entre les profils de Fe et S sous ‐3 cm indiquant une
forte association de Fe et S, alors qu’entre 0 et ‐3 cm Fe est clairement plus enrichi par rapport à
S indiquant la présence d’une autre forme de Fe. Ceci est aussi appuyé par la bonne
correspondance entre les profils de SASC‐norm et de AVS réalisés pour le seul site V‐10 (Deflandre,
communication personnelle).
147
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Les concentrations en MnASC sont aussi maximales au niveau de l’IES pour V‐10 (27 % de Mn
total) et SA‐09 (7 % de Mn total) et diminuent fortement jusqu’à ‐3 cm. Aucun enrichissement en
MnASC n’est observé au niveau de l’IES pour SA‐10.
Les concentrations de PASC sont fortement enrichies au niveau de l’IES et suivent les mêmes
tendances observées pour FeASC, excepté dans SA‐10 où PASC est plus variable (Figure 42).
Les concentrations de AsASC, CoASC, CrASC et NiASC suivent globalement leurs concentrations totales
dans les sédiments avec des maxima se trouvant au niveau de l’IES et au niveau des pics de
concentrations plus en profondeur (Figure 42 ; les profils des concentrations totales sont
reportés dans la Figure 27, Chapitre III). Les proportions extraites sont importantes pour As
(20‐70% de As total) et plus faibles pour Co (< 35%), Cr et Ni (< 20%).
Des particularités peuvent cependant être soulignées :
‐ les ETM sont systématiquement plus enrichis au niveau de l’IES dans V‐10 que dans SA‐
09 et SA‐10 comme c’est le cas pour FeASC et MnASC.
‐ CoASC présente un très fort appauvrissement entre 0 et ‐1 cm dans SA‐10 pouvant être
mise en lien avec l’absence d’enrichissement de MnASC et suggérant un comportement voisin
pour ces deux ETM.
‐ CrASC et NiASC ne présentent pas d’enrichissements marqués au niveau de l’IES dans SA‐
09 contrairement à CoASC et AsASC.
IV4. Discussion
IV4.1. Identification des principales réactions biogéochimiques dans les sédiments
IV4.1.1. Réactions diagénétiques
Les réactions biogéochimiques mises en jeu durant la diagénèse précoce sont de trois types:
‐ les réactions d’oxydo‐réduction primaires ou réactions de minéralisation de la MO
(réaction 1 à réaction 6, Tableau 14, par la suite désignées par R1 à R6). Elles s’établissent par la
consommation d’une série d’oxydant suivant la séquence : O2, NO3‐, MnO2, Fe(OH)3, SO42‐ et H2O
(Froelich et al., 1979). Elles se répartissent généralement de manière verticale dans les
sédiments selon l’énergie libre des réactions, la disponibilité des différents oxydants et l’activité
microbiologique.
‐ les réactions d’oxydo‐réduction secondaires (R7 à R21, Tableau 14), impliquant les
produits des réactions d’oxydo‐réduction primaires et les oxydants du milieu.
‐ les réactions de précipitation non redox (R22 à R26, Tableau 14), impliquant les
produits des réactions d’oxydo‐réduction primaires ou secondaires du milieu.
148
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
constituants du système et des propriétés chimiques intrinsèques des ETM (degré d’oxydation,
solubilité). Les principaux processus réactifs à l’interface solide/liquide qui doivent être
considérés sont (Tableau 14):
‐ précipitation sous forme de sulfures métalliques (R27, ex : Huerta Diaz et al., 1998)
‐ adsorption/co‐précipitation avec FeS ou FeS2 (R28, ex : Morse et Luther, 1999)
‐ adsorption/coprécipitation avec Fe(OH)3 ou MnO2 (R29, R30, ex : Luoma et Rainbow, 2008)
‐ adsorption/coprécipitation avec les carbonates (R31, ex : Surija et Branica, 1995)
‐ adsorption/désorption avec la MO particulaire (R32, ex : Luoma et Rainbow, 2008)
D’autre processus réactifs non reportés dans ce tableau peuvent aussi influencer la mobilité des
ETM dans les sédiments tels que des changements dans la spéciation des ETM entrainant un
changement de la solubilité ou de l’affinité vis à vis de la phase particulaire, ou des processus de
compétition entre un site d’adsorption sur une matrice particulaire et des ligands en solution
(ex : matière organique dissoute).
149
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Tableau 14 : Principales réactions de la diagénèse précoce et réactions impliquant les ETM considérées dans ce travail. Par simplification Me2+, Fe(OH)3 et MnO2
réfèrent respectivement aux éléments traces et aux oxy‐hydroxydes de Fe et Mn en général. Seule la précipitation de monosulfures métalliques est considérée. Les
formes Me-Fe(OH)3, Me-MnO2, Me-FeS et Me-MO représentent l’association des éléments traces aux phases particulaires par adsorption ou coprécipitation sans en préciser
la nature. 1) Van Capellen et Wang, 1995 ; 2) Canavan et al., 2006 ; 3) Anschutz et al., 2000 ; 4) Hulth, 1999 ; 5) Boudreau, 1997.
N° Description Réactions Réf.
Réactions d’oxydo-réduction primaires
1 Respiration aérobie OM + xO2 + (-y + 2z)HCO3- → (x – y + 2z)CO2 + yNH4+ + zHPO42- + (x + 2y + 2z)H2O 1,2
2 Dénitrification OM + 0,8xNO3- → 0,4xN2 + (0,2x – y + 2z)CO2 + (0,8x + y – 2z)HCO3- + yNH4+ + zHPO42- + (0,6x – y + 2z)H2O 1,2
3 Réduction de MnO2 OM + 2xMnO2 + (3x + y – 2z)CO2 + (x + y – 2z)H2O → 2xMn2+ + (4x + y – 2z)HCO3- + yNH4+ + zHPO42- 1,2
4 Réduction de Fe(OH)3 OM + 4xFe(OH)3 + (7x + y – 2 z)CO2 → 4xFe2+ + (8x + y – 2z) HCO3- + yNH4+ + zHPO42- (3x + y – 2z)H2O 1,2
5 Réduction des sulfates OM + 0,5xSO42- + (y – 2z)CO2 + (y – 2z)H2O → 0,5xH2S + (x + y – 2z)HCO3- + yNH4+ + zHPO42- 1,2
6 Méthanogenèse OM + (y – 2z)H2O → 0,5xCH4 + (0,5x – y + 2z)CO2 + (y – 2z)HCO3- + yNH4+ + zHPO42- 1,2
Réactions d’oxydo-réduction secondaires
7 Oxydation de NH4+ par O2 NH4+ + 2O2 + 2HCO3- → NO3- + 2CO2 + 3H2O 1,2,3,4
8 Oxydation de H2S par O2 H2S + 2O2+ 2HCO3- → SO42- + 2CO2 + 2H2O 1,2
9 Oxydation de Mn2+ par O2 Mn2+ + ½O2 + 2HCO3- → MnO2 + 2CO2 + H2O 1,2,3
10 Oxydation de Fe2+ par O2 Fe2+ + ¼O2 + 2HCO3- + ½H2O → Fe(OH)3 + 2CO2 1,2
11 Oxydation de CH4 par O2 CH4 + 2O2 → CO2 + 2H2O 1,2
12 Oxydation de FeS par O2 FeS + 2O2 → Fe2+ + SO42- 1,2
13 Oxydation de Mn2+ par NO3 5Mn2+ + 2NO3- + 4H2O → 5MnO2 + N2 + 8H+ 4
14 Oxydation de Fe2+ par NO3- 5Fe2+ + NO3- + 12H2O → 5Fe(OH)3 + ½N2 + 9H+ 4
15 Oxydation de FeS par NO3- 5FeS + 8NO3- + 8H+ → 5Fe2+ + 5SO42- + 4N2 + 4H2O 4
16 Oxydation de NH4+ par MnO2 NH4+ + 4MnO2 + 6H+→ 4Mn2+ + NO3- + 5H2O ou 3MnO2 + 2NH4 + 4H+ = 3Mn2+ + N2 +6H2O 3,4
17 Oxydation de Fe2+ par MnO2 2Fe2+ + MnO2 + 2HCO3- + 2H2O → 2Fe(OH)3 + Mn2+ + 2CO2 1,2
18 Oxydation de H2S par MnO2 H2S + 4MnO2 + 6CO2 + 2 H2O→ 4 Mn2+ + 6HCO3- + SO42- 2
19 Oxydation de NH4+ par Fe(OH)3 NH4+ + 8Fe(OH)3 + 14H+ → 8Fe2+ + NO3- + 21 H2O 3
20 Oxydation de H2S par Fe(OH)3 H2S + 8Fe(OH)3 + 14CO2 → 8Fe2+ + 14HCO3- + SO42- + 6H2O 2
21 Oxydation de CH4 par SO42- CH4 + CO2 + SO42- → 2 HCO3- + H2S 1,2
Réactions de précipitation (non redox)
22 Précipitation de CaCO3 Ca2+ + HCO3- → CaCO3 + H+ 5
23 Précipitation de MnCO3 Mn2+ + 2HCO3- → MnCO3 + CO2 + H2O 1
24 Précipitation de FeCO3 Fe2+ + 2HCO3- → FeCO3 + CO2 + H2O 1
25 Précipitation de FeS Fe2+ + 2HCO3- + H2S → FeS + 2CO2 + 2H2O 1,2
26 Précipitation de Pyrite FeS + H2S → FeS2 + H2 2
Réactions impliquant les ETM
27 Précipitation de sulfures métalliques Me2+ + H2S → MeS + 2H+
28 Adsorption/coprécipitation avec FeS/FeS2 Me2+ + FeS → Me-FeS ou Me2+ + FeS2 → Me-FeS2
29 Adsorption/coprécipitation avec Fe(OH)3 Me2+ + Fe(OH)3 → Me-Fe(OH)3
30 Adsorption/coprécipitation avec MnO2 Me2+ + MnO2 → Me-MnO2
31 Adsorption/coprécipitation avec CO3 Me2+ + CO3 → Me-CO3
32 Adsorption avec MO Me2+ + MO → Me-MO
Avec OM = (CH2O)x(NH3)y(H3PO4)z et x, y et z sont les coefficients molaires des éléments C, N et P.
150
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Hypothèses simplificatrices : Les profils des espèces dissoutes dans les eaux interstitielles ont été
modélisés en admettant l’hypothèse de l’état quasi‐stationnaire (∂C/∂t = 0). Bien que cette
hypothèse ne soit pas totalement valide dans des environnements sujets à des variations des
conditions d’oxygénation, l’utilisation d’un tel modèle permet d’explorer les paramètres
responsables de la remobilisation ou l’immobilisation des éléments traces (Gallon et al., 2004 ;
Couture et al., 2009).
Dans ce travail, l’advection d’eau interstitielle associée à la compaction des sédiments est
estimée négligeable (Nombre de Peclet, Pe < 0.1 ; Boudreau, 1997 ; le calcul de Pe est reporté
dans l’annexe III‐D).
D’autre part, pour le site SA les conditions anoxiques récurrentes dans les eaux de fonds
empêchent la colonisation des fonds par des organismes benthiques et la bioirrigation et
bioturbation sont supposées nulle (DB et α = 0). A partir de ces hypothèses, l’équation IV‐5 peut
être réécrite de la manière suivante :
∂ ∂C
Rnet = φDS (Equation IV‐6)
∂x ∂x
Dans le centre de l’étang de Vaïne, les sédiments sont colonisés par les bivalves Musculista
€
senhousia (530 ind.m‐2) et Brachydontes marioni (60 ind.m‐2) et les polychètes Nereis succinea
151
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
(215 ind.m‐2) (GIPREB, 2010). Ne disposant pas de valeurs expérimentales pour DB et α ces
paramètres ont été négligés et l’équation IV‐6 a aussi été utilisée pour V‐10. Cette simplification
n’a pas d’influence dans le cas du paramètre DB qui est généralement inférieur d’au moins un
ordre de grandeur à DS (Schultz, 2006). Cependant, la non prise en compte des transports par
bioirrigation entraîne probablement une sous‐estimation des flux et des taux de réactions.
L’équation IV‐6 est résolue numériquement au moyen du code PROFILE (Berg et al., 1998) pour
la détermination de Rnet qui représente le bilan entre les réactions de production (R positif) et de
consommation (R négatif) dans les eaux interstitielles de l’espèce considérée. Les valeurs de Ds
sont obtenues d’après les coefficients de diffusion moléculaire dans l’eau libre D0 corrigées de la
salinité (Boudreau, 1997), de la température (Li et Gregory, 1974) et de la tortuosité du
sédiment (Berner, 1980). Pour les espèces pour lesquelles il n’existe pas de données de D°, les
valeurs pour l’ion libre sont utilisées. Dans le cas de Cr qui est majoritairement complexé à la MO
(Annexe III‐C), le D0 de l’acide fulvique est utilisé (Gallon et al., 2004).
Figure 43 : profils de COT, Ntot et Ptot dans les sédiments des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10.
152
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
153
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
de dolomite, mais ces phases ne peuvent être dissociées de celles pouvant être apportées par
l’érosion du bassin versant. Bien que dans ce cas, on ne puisse pas précisément identifier la ou
les phases minérales responsables de cette précipitation, les rapports des taux de consommation
de Mg/Ca calculés à partir de PROFILE (3 pour SA‐10, 5 pour V‐10 et 13 pour SA‐09, Annexe III‐
D) dénotent la prédominance de la précipitation de Mg par rapport à Ca et donc la précipitation
préférentielle d’une forme carbonatée enrichi en Mg (ex : huntite) et/ou d’un mélange de
minéraux à dominante magnésienne.
La consommation de SO4 est localisée directement sous l’IES pour SA‐09, à partir de 5 cm pour
SA‐10 et à partir de 7 cm dans V‐10 (Annexe III‐D). Cette consommation est attribuée à la
réduction de SO4 dans les sédiments et est discutée en détail par la suite.
Les profils obtenus par microélectrodes montrent que la consommation de O2 est complète dès
les premiers 0.45 mm (Figure 39 ; Figure 45) et est associée à la respiration aérobie (R1) ainsi
qu’à l’oxydation d’espèces réduites dans les eaux interstitielles (Mn, R9 ; NH4+ R7) et dans la
phase solide (FeS, R12).
154
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Figure 45 : A) Profils de concentration de ΣNO3, Mn, Fe, SO42‐, ΣH2S, Co, Cr et Ni dans les peepers pour SA‐
10. La modélisation des valeurs expérimentales (rouge), les zones et les taux nets de réactions (vert)
obtenues au moyen du code PROFILE sont aussi reportées. B) Représentation schématique des zones et
taux de production/consommation des espèces en phase dissoute obtenues à partir de PROFILE. Les
réactions impliquées dans ces processus sont reportées par leurs numéros présentés dans le Tableau 14
et l’épaisseur des formes est proportionnelle à la concentration de l’espèce le long du profil.
155
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
et/ou MnO2 (R16 entre 0 et ‐2.5 cm). La disparition de ΣNO3 sous ‐5.7 cm indique qu’en dessous
les réactions de consommation dominent les réactions de production.
Concernant Fe, la seule zone de production prédite par PROFILE est localisée entre ‐9.5 et ‐11.9
cm. Elle résulte de sa production dans les eaux interstitielles par réduction de Fe(OH)3 par MO
(R4) et probablement aussi par NH4+ (R19) et/ou ΣH2S (R20). La présence de fortes
concentrations en ΣH2S mesurées à cette profondeur suggère que Fe puisse être aussi
consommé par précipitation sous forme de FeS (R25).
Les forts gradients de concentrations de Fe entre sa zone de remobilisation et les zones
adjacentes entraîne sa diffusion vers le haut et vers la bas. Vers le haut, PROFILE prédit une forte
consommation résultant de la prédominance de son oxydation par MnO2 (R17 entre 0 et ‐2.5
cm) et ΣNO3 (R14, entre 0 et ‐5.7 cm) par rapport à une possible production de Fe par oxydation
de FeS par O2 (R12 entre 0 et ‐0.4 mm) ou ΣNO3 (R15 entre 0 et ‐5.7 cm). Cette consommation
participe à l’accumulation de Fe(OH)3 observée au niveau de l’IES dans la Figure 42 (FeASC) en
plus des apports de particules depuis la colonne d’eau. Plus en profondeur, Fe est fortement
consommé entre ‐11.9 et ‐14.3 cm et plus faiblement entre ‐14.3 et ‐28.6 cm. Cette
consommation est attribuée à la précipitation de sulfure de Fe (R25) en accord avec la
saturation de la pyrrhotite et la troilite (0<SI<0.7) (Annexe III‐C). La précipitation de Fe sous
forme de pyrite n’est pas supposée se produire directement malgré la forte sursaturation
156
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
calculée (Annexe III‐C). En effet, la cinétique de précipitation de pyrite est plus lente que la
précipitation de monosulfures de Fe et la formation de la pyrite passe par une étape
intermédiaire faisant intervenir des monosulfures de Fe (R25 + R26) (Rickard and Morse, 2005).
Toutefois, cette réaction est confirmée par la présence de pyrite observée par DRX dans les
sédiments.
PROFILE explique les profils de SO42‐ par deux zones distinctes. Une consommation entre ‐14.3
et ‐28.6 cm qui est attribuée à la réduction de SO4 et qui s’accompagne par la production d’une
quantité équivalente de ΣH2S (R5). Notons que la zone de production de ΣH2S et de réduction de
SO42‐ présente un certain décalage et ceci sans doute à cause de l’incertitude sur le profil de ΣH2S
et donc de sa modélisation. D’autre part la production de ΣH2S (Rnet = 2.90.10‐13 mol.cm‐2.s‐1) est
inférieure d’un ordre de grandeur au taux de réduction de SO42‐ (Rnet = ‐2.33.10‐12 mol.cm‐2.s‐1) ce
qui est directement en accord avec la consommation de ΣH2S par précipitation de FeS (R25) et
FeS2 (R26) identifiée précédemment.
La production de SO42‐ entre 0 et ‐14.3 cm est associée à l’oxydation de ΣH2S produit en
profondeur et diffusant vers le haut par Fe(OH)3 (R20) ainsi que par oxydation de FeS par O2
(R12 entre 0 et ‐0.4 mm) et ΣNO3 (R15 entre 0 et ‐5.7 cm).
L’absence de données sur les concentrations de CH4 ne nous permet pas de conclure quand à
une éventuelle réaction de méthanisation dans les sédiments. Une telle réaction pourrait
participer à la minéralisation de la MO (R6) et intervenir dans la réduction des SO42‐ (R21)
(Schulz, 2006).
157
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
respiration oxique (R1) ainsi que l’oxydation de NH4+ et Mn2+ par O2 (R7 et R9 respectivement)
doivent aussi intervenir dans cette séquence.
La production de Fe sous l’IES peut être associée à la réduction de Fe(OH)3 par la MO (R4). Une
partie du Fe diffuse vers le haut où il est réoxydé sous forme de Fe(OH)3 par O2 (R10) et ΣNO3
(R14) entrainant son accumulation au niveau de l’IES (en accord avec l’enrichissement de FeASC
au niveau de l’IES ; Figure 42). Le Fe diffusant vers le bas est consommé par oxydation par MnO2
(R17), entrainant la production de Mn et probablement par précipitation de FeS (R25) en lien
avec la présence de ΣH2S dans les eaux interstitielles et l’accumulation de FeS dans la phase
solide (Cf IV‐3.2).
‐ la seconde séquence se produit entre ‐5.1 et ‐26.2 cm et fait intervenir les réductions de
MnO2 (‐5.1 à ‐7.6 cm), de Fe(OH)3 (‐6.3 à ‐8.4 cm) et de SO4 (‐6.6 à ‐26.2 cm). Le Mn produit par
oxydation de la MO (R3), Fe (R17) et ΣH2S (R18) diffuse vers le haut où il est réoxydé par O2
(R9) ou ΣNO3 (R13) sous l’IES (en accord avec l’accumulation de MnASC sous l’IES ; Figure 42) et
vers le bas où il est coprécipité avec les carbonates (R31). Le Fe produit par réduction de
Fe(OH)3 par la MO (R4) et NH4+ (R19) et/ou ΣH2S (R20) diffuse vers le haut où il est réoxydé
sous forme de Fe(OH)3 par MnO2 (R17) et vers le bas où il précipite sous forme de FeS (R25).
Notons que la présence de ΣH2S jusqu’à ‐3 cm permet d’envisager la précipitation de FeS (R25)
même dans la zone ou Fe est produit. La réduction de SO4 (R5) se produit dès ‐6.6 cm et se
traduit par l’augmentation des concentrations en ΣH2S.
158
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Figure 46 : A) Profils de concentration de ΣNO3, Mn, Fe, SO42‐, ΣH2S, As, Co, Cr et Ni dans les peepers pour
V‐10. La modélisation des valeurs expérimentales (rouge), les zones et les taux nets de réactions (vert)
obtenues au moyen du code PROFILE sont aussi reportées. B) Représentation schématique des zones et
taux de production/consommation des espèces en phase dissoute obtenues à partir de PROFILE. Les
réactions impliquées dans ces processus sont reportées par leurs numéros présentés dans le Tableau 14
et l’épaisseur des formes est proportionnelle à la concentration de l’espèce le long du profil.
159
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Synthèse : Dans ces derniers paragraphes nous avons mis en évidence les principales réactions
diagénétiques ayant lieu dans les sédiments de la zone profonde du Grand Etang sous deux
conditions d’oxygénation différentes (SA‐10 et SA‐09) et dans le centre de l’étang de Vaïne en
conditions oxiques (V‐10) ainsi que leurs localisations sous l’IES.
Il ressort que la localisation des principales réactions biogéochimiques dans les sédiments est
fortement influencée par les conditions d’oxygénation de la colonne d’eau. Dans le site SA, pour
des conditions légèrement oxique (SA‐10) les différentes réactions biogéochimiques sont bien
identifiées verticalement et se distribuent dans les 30 premiers centimètres des sédiments. Pour
des conditions anoxiques (SA‐09), la minéralisation de la matière organique est uniquement
gouvernée par la réduction de MnO2, Fe(OH)3 et SO4 qui se regroupent dans les 3 premiers
centimètres des sédiments. Cette superposition entraîne la présence de ΣH2S au niveau de la
zone de réduction de Fe et entraîne la précipitation de FeS, qui est le processus réactif qui
contrôle la dynamique de Fe.
Pour V‐10 qui présente une colonne d’eau bien oxygénée et des sédiments de surface colonisés
par des organismes benthiques, la distribution verticale des processus est plus complexe.
160
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Figure 47 : A) Profils de concentration de Mn, Fe, SO42‐, ΣH2S, As, Co, Cr, Ni, Hg et MeHg dans les peepers
pour SA‐09. La modélisation des valeurs expérimentales (rouge), les zones et les taux nets de réactions
(vert) obtenues au moyen du code PROFILE sont aussi reportées. B) Représentation schématique des
zones et taux de production/consommation des espèces en phase dissoute obtenues à partir de PROFILE.
Les réactions impliquées dans ces processus sont reportées par leurs numéros présentés dans le Tableau
14 et l’épaisseur des formes est proportionnelle à la concentration de l’espèce le long du profil.
161
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
IV4.5.1. As
Les profils de As dans SA‐10 n’ont pas pu être modélisés du fait des fortes variations des
concentrations en As et de l’absence de tendance claire (Figure 40). Cependant à partir des
profils de As dans SA‐09 (Figure 47) et V‐10 (Figure 46), il ressort que le cycle de As dans les
sédiments est très fortement couplé à celui du Fer. En effet, la remobilisation de As au niveau de
l’IES dans SA‐09 (Rnet = 4.4.10‐17 mol.cm‐3.s‐1) et entre ‐4.8 et ‐9.5 cm dans V‐10 (0.6.10‐17 mol.cm‐
3.s‐1) coïncide avec les zones de réduction de Fe(OH)3. Ceci est expliqué par une association de As
avec Fe(OH)3 par adsorption ou coprécipitation et par sa remobilisation lors de la réduction de
Fe(OH)3 (R29) comme cela a été souvent reporté (Belzile, 1988 ; Belzile et Tessier, 1990 ;
Sullivan et Aller, 1996 ; Mucci et al., 2000 ; Chaillou et al., 2003 ; Mason et al., 2006 ; Couture et
al., 2010). De plus, ces valeurs de Rnet obtenues par PROFILE dans ces zones sont très similaires à
celles reportées par la même méthode dans différents lacs canadiens (1.2‐7.1.10‐17 mol.cm‐3.s‐1 ;
Couture et al., 2010). Notons cependant que dans SA‐09, la valeur du Rnet proposée est sûrement
une valeur minimale car, comme pour Fe, la production est contrôlée par un seul point au niveau
de l’IES.
Dans les deux sites, l’As remobilisé dans les eaux interstitielles diffuse vers le bas où il est
fortement consommé (Rnet = ‐1.3.10‐17 mol.cm‐3.s‐1 pour SA‐09 et ‐0.14.10‐17 mol.cm‐3.s‐1 pour V‐
10). Cette consommation ne peut pas être attribuée à la précipitation de As sous une forme
minérale qui sont toutes sous saturées dans les eaux interstitielles (IS réalgar, orpiment et
Mg3(AsO4)2 <‐5, Annexe III‐C). En conséquence elle doit s’expliquer par l’adsorption et/ou
coprécipitation de As avec FeS ou FeS2 (R28) comme cela a été proposé dans les sédiments
anoxiques (Belzile, 1988 ; Huerta Diaz et Morse, 1992 ; Huerta‐Diaz et al., 1998 ; Morse et
Luther, 1999 ; Mucci et al., 2000 ; Couture et al., 2010). Là encore, les Rnet obtenus sont très
similaires à ceux reportés par Couture et al. (2010) (entre ‐0.1.10‐17 et ‐2.3.10‐17 mol.cm‐3.s‐1).
Dans V‐10, As diffuse aussi vers le haut où il est fortement consommé dans les eaux
interstitielles sous l’IES (Rnet = ‐0.85.10‐17 mol.cm‐3.s‐1, Figure 46) par réadsorption avec les oxy‐
hydroxydes de Fe fortement concentrés sous l’IES (R29) (Mucci et al., 2000, Chaillou et al.,
2003 ; Couture et al. 2010). Les Rnet obtenus pour des processus de réadsorption de As sur
Fe(OH)3 reportés par Couture et al. (2010) sont aussi très similaires à ceux que nous avons
obtenu ici (entre ‐0.5.10‐17 et ‐5.3.10‐17 mol.cm‐3.s‐1).
L’association entre Fe et As est par ailleurs confirmée par la très forte similitude des profils de
AsASC et FeASC au niveau de l’IES dans les 3 sites (Figure 42). Notons cependant que dans le cas
162
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
des sites SA‐09 et SA‐10 au niveau de l’IES ou entre ‐6 et ‐13 cm dans V‐10 l’extraction d’une
partie de As lors de l’extraction de FeS ne peut pas être exclue.
L’observation la plus étonnante est sans doute l’absence de remobilisation de As observable au
niveau du premier pic de Fe sous l’IES dans V‐10 (Figure 46). Remarquons que cette observation
est aussi valable pour ΣPO4 (Annexe III‐D) qui présente un comportement géochimique similaire
à As (Mucci et al., 2000) et qui n’est remobilisé qu’à partir du second pic de Fe. Le lien entre Fe,
As et ΣPO4 dans V‐10 est par ailleurs confirmé par la très forte similitude de leurs profils extraits
à l’ascorbate (FeASC, AsASC et PASC, Figure 42). La différence majeure entre les deux pics de Fe est
que le premier se produit en présence de très fortes concentrations en Fe(OH)3. L’absence de
remobilisation de As et P dans cette zone laisse donc supposer que ces espèces sont associées à
une phase d’oxy‐hydroxydes de Fe moins réactive qui est réduite plus en profondeur en
conditions plus anoxique, comme cela a été proposé dans le Fjord du Saguenay (Mucci et al.,
2000). Une autre possibilité est qu’en présence de fortes concentrations en Fe(OH)3, la cinétique
de réadsorption de As et ΣPO4 sur la phase particulaire domine leur cinétique de remobilisation
lors de la dissolution progressive de Fe(OH)3 auquel ils sont associés.
De manière générale, les processus de piégeage de As sur la phase solide domine largement dans
les eaux interstitielles de l’étang de Berre avec des concentrations en As dissous <60 nM, qui
sont très faibles comparées à celles de la littérature qui atteignent souvent des concentrations >
500 nM pour des concentrations en phase solide similaires (Belzile, 1988 ; Belzile et Tessier,
1990 ; Sullivan et Aller, 1996 ; Chaillou et al., 2003 ; Whitelay et Pearce, 2003).
IV4.5.2. Co
Le comportement de Co dans les eaux interstitielles se partage en fonction de son affinité pour
MnO2 et pour ΣH2S, à partir desquelles deux principales situations peuvent être identifiées :
1) En absence de ΣH2S, le comportement de Co est fortement couplé à celui de Mn. En
effet les zones de remobilisation de Co prédites par PROFILE correspondent exactement aux
zones de réduction de MnO2 (entre 0 et ‐2.3 cm dans SA‐10, Figure 45, et dans la colonne d’eau
entre +1 et +3 cm dans V‐10, Figure 46) indiquant un fort couplage de Co avec MnO2 par
adsorption ou co‐précipitation (R30). Cette affinité entre Mn et Co a été reportée dans d’autres
milieux aquatiques (Shaw et al., 1990 ; Scholtz et Neumann, 2007 ; Canavan et al., 2007 ;
Stockdale et al., 2010). Dans la colonne d’eau du site V‐10, le Co remobilisé est immédiatement
piégé (forte diminution des concentrations) en dessous et en dessus par réadsorption ou co‐
précipitation avec MnO2. Dans SA‐10, la très forte remobilisation de Co sous l’IES explique son
appauvrissement dans le premier cm des sédiments de SA‐10 (CoASC, Figure 42) et permet sa
diffusion dans la colonne d’eau où il atteint avec Mn des concentrations élevées.
2) En présence de ΣH2S, la mobilité de Co dépend de la compétition entre sa
remobilisation lors de la réduction de MnO2 (R30) et sa consommation par précipitation sous
163
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
forme de CoS (R27). En effet, en présence de ΣH2S, Co est à l’équilibre vis‐à‐vis d’un monosulfure
de Co (CoSβ, SI∼0) (Annexe III‐C). En accord avec les travaux de Huerta‐Diaz et al. (1998),
Achterberg et al. (1997), Morse et Luther (1999) et Canavan et al. (2007) nous supposons donc
que les concentrations en Co dans les eaux interstitielles en présence de ΣH2S sont fonction de
l’équilibre avec CoS. Deux zones de réductions de MnO2 sont identifiées en présence de ΣH2S :
entre 0 et ‐2.4 cm dans SA‐09 (Figure 47) et entre ‐5 et ‐10 cm dans V‐10 (Figure 46). Dans SA‐
09 cette zone correspond à une forte consommation de Co indiquant que la cinétique de
précipitation de CoS domine largement la cinétique de remobilisation de Co lors de la réduction
de MnO2 (R30). Une situation intermédiaire est observée dans V‐10 avec une très légère
production de Co. Dans ce dernier cas, la remobilisation de Co domine mais est fortement limitée
par sa reprécipitation sous forme de CoS.
Dans les 3 sites, sous les zones de réduction de MnO2 (< ‐2.4 cm dans SA‐09 ; < ‐2.3 cm dans SA‐
10 ; < ‐15 dans V‐10), les profils de Co sont très similaires entre eux (superposables) et
augmentent avec la profondeur. Ces augmentations pourraient être attribuées à celles des
concentrations en ΣH2S avec la profondeur, et qui, étant le principal ligand de Co en solution
(100% du Co dissous sous forme de CoS ; Annexe III‐C), favoriserait donc sa mise en solution
depuis le réservoir de CoS particulaire.
Au final, excepté dans SA‐10 sous l’IES où Co est fortement remobilisé (jusqu’à 50 nM), les
processus de piégeage de Co dominent dans les eaux interstitielles de l’étang de Berre avec des
concentrations en Co faibles (< 10 nM) comparées à celles reportées dans la littérature (jusqu’à
75 nM) pour des concentrations similaires dans la phase solide (Shaw et al., 1990 ; Canavan et
al., 2007 ; Santos‐echeandia et al., 2009).
IV4.5.3. Cr
Le comportement de Cr diffère entre V‐10 et les sites SA. Dans V‐10, le profil de Cr ne peut être
expliqué par les principales réactions diagénétiques identifiées dans les sédiments. Il est
fortement produit dans les eaux interstitielles entre ‐7 et ‐10 cm et consommé en dessus et en
dessous (Figure 46).
En phase solide, Cr est principalement associé à MO et/ou à Fe(OH)3 et MnO2 (Guo et al., 1997 ;
Sholtz et Neumann, 2007 ; Beck et al., 2008) et présente très peu d’affinité pour les sulfures
(Huerta‐Diaz et Morse, 1992 ; Morse et Luther, 1999 ; Algeo et Maynard, 2004 ; Alvarez‐Iglesia
et Rubio, 2008). Dans V‐10, CrASC est fortement enrichi dans les sédiments de surface en lien
avec FeASC, et MnASC (Figure 42) indiquant une probable association avec Fe(OH)3 ou MnO2.
Cependant, aucune production de Cr n’est observée lors de la réduction de Fe(OH)3 et MnO2. Les
augmentations des concentrations en Cr dans les eaux interstitielles ne se produisent que plus
en profondeur lorsque MnO2 et Fe(OH)3 sont faibles. De plus, le pic de Cr dans les eaux
interstitielles est observé au même niveau que celui du CrASC (Figure 42) ou Cr total (Figure 27,
164
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Chapitre III) ce qui suppose un contrôle de sa distribution dans les eaux interstitielles par un
équilibre entre phase solide et dissoute. En milieu anoxique, Cr est connu pour former de forts
complexes avec la matière organique dissoute lui permettant de fortement augmenter sa
mobilité dans les eaux interstitielles (Brumsack et Gieskes, 1983 ; Douglas et al., 1986 ;
Masscheleyn et al. 1992 ; Guo et al., 1997 ; Beck et al., 2008). Nos calculs thermodynamiques
prédisent une forte association du Cr dissous avec la matière organique sous forme de
complexes avec les acides humiques (∼40%) ou fulviques (∼20%) (Annexe III‐C). Nous
proposons donc que la remobilisation de Cr en l’absence de Fe(OH)3 et MnO2 dans les sédiments
de V‐10 est directement dépendante de sa complexation avec la MO dissoute dans les eaux
interstitielles ainsi que de la quantité de Cr disponible sur la phase solide. Le Cr remobilisé
diffuse vers le haut où il est en partie piégé dans les sédiments de surface par Fe(OH)3 ou MnO2
(R29 et R30), l’autre partie diffusant vers la colonne d’eau.
Ces observations ne s’appliquent pas dans SA‐09 et SA‐10, probablement du fait de leurs plus
faibles concentrations en Cr disponible dans la phase solide (CrASC entre 2 et 8 fois inférieures
dans SA à celles observées dans V‐10 ; Figure 42) et en COD (COD plus faibles d’un facteur 3 à
celles observées dans V‐10 ; Figure 40).
Dans SA‐09, Cr présente deux zones de production : au niveau de l’IES (non modélisable par
PROFILE) et entre ‐10 et ‐13 cm (Figure 47). La première production correspond à la
localisation de la réduction de Fe(OH)3 indiquant donc une association de Cr avec Fe(OH)3 dans
les sédiments de surface de SA‐09 par adsorption ou coprécipitation (R29) et sa remobilisation
lors de la réduction de Fe(OH)3. La deuxième zone de remobilisation ne correspond à aucun
enrichissement en Cr dans la phase solide ni à la réduction d’une potentielle phase porteuse
(Fe(OH)3 ou MnO2) et est donc difficilement explicable par des processus biogéochimiques
simples.
Dans SA‐10, les concentrations de Cr dans les eaux interstitielles sont très faibles comparées à
celles mesurées dans les deux autres sites et à celles reportées dans la littérature (Brumsck et
Gieskes, 1983 ; Shaw et al., 1990 ; Beck et al., 2008) indiquant que dans ces conditions pour ce
site, la remobilisation de Cr est négligeable.
IV4.5.4. Ni
Dans les trois sites Ni est consommé directement sous l’IES (Figure 45, Figure 46, Figure 47).
Deux principaux mécanismes réactifs peuvent être responsables de cette consommation.
Tout d’abord, cette consommation peut être attribuée à l’adsorption/coprécipitation sur
Fe(OH)3 ou MnO2 qui est un mécanisme souvent reporté dans les sédiments côtiers (Shaw et al.,
1990 ; Santos‐echeandia et al., 2009). Dans notre cas, il semblerait que l’association avec
165
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Fe(OH)3 (R29) soit privilégiée par rapport à MnO2 en lien avec l’enrichissement de NiASC dans les
sédiments de surface dans les trois sites malgré l’absence de MnO2 dans SA‐10 (Figure 42), et
avec la remobilisation de Ni (non modélisable par PROFILE) au niveau de l’IES dans SA‐09 qui
coïncide avec la zone de réduction de Fe(OH)3 (Figure 47).
Ensuite en milieu sulfidique, Ni peut précipiter directement sous forme de NiS ou être adsorbé
sur FeS puis incorporé dans FeS2 (Huerta‐Diaz et Morse, 1992 ; Achterberg et al., 1997 ; Huerta‐
Diaz et al., 1998 ; Morse et Luther, 1999 ; Canavan et al., 2007). Dans les trois sites, lorsque ΣH2S
est présent, Ni est saturé par rapport à NiSβ (0<SI<1 ; Annexe III‐C) indiquant une probable
précipitation de Ni directement sous forme de sulfures (R27). Cette réaction pourrait
s’additionner à l’adsorption de Ni sur Fe(OH)3 sous l’IES dans SA‐09 en accord avec les fortes
concentrations en ΣH2S au niveau de l’IES et un taux de consommation (‐3.8.10‐18 mol.cm‐3.s‐1)
significativement supérieur à ceux prédits par PROFILE dans les deux autres sites (‐0.9.10‐18
mol.cm‐3.s‐1 dans SA‐10 et ‐0.06.10‐18 mol.cm‐3.s‐1 dans V‐10). Dans SA‐10 et V‐10, l’absence de
remobilisation de Ni lors de la réduction de Fe(OH)3, indique que la précipitation de NiS pourrait
dominer cinétiquement la réaction de remobilisation de Ni. Dans ce cas, la spéciation de Ni dans
la phase solide évoluerait au cours de son enfouissement, passant d’une forme adsorbée sur
Fe(OH)3 à une forme associée aux sulfures, sans être significativement remobilisé dans les eaux
interstitielles.
Ces mécanismes de piégeage dominent largement dans l’étang de Berre où les concentrations en
Ni dans les eaux interstitielles (<20 µM) sont très largement inférieures à celles reportées dans
d’autres milieux côtiers (souvent > 100 nM) présentant des concentrations similaires dans la
phase solide (Shaw et al., 1990 ; Santos‐echeandia et al., 2010 ; Canavan et al., 2007).
166
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
167
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Figure 48 : profils de Hgtot, MeHg et du rapport MeHg/Hgtot dans les sédiments de SA‐09
colonne d’eau vers les sédiments alors que la forte production observée quelques centimètres au
dessus de l’IES traduit au final un apport de ΣNO3 dans la colonne d’eau (Figure 46).
‐ enfin, lorsque les concentrations d’une espèce dissoute sont variables au niveau de
l’IES, des flux sensiblement différents peuvent être obtenus selon les points choisis pour le calcul
du flux (ex : As dans V‐10, Figure 46).
Ces limites montrent donc l’importance de connaître les profils des éléments dans le bas de la
colonne d’eau (accessible par la technique des peepers) dans l’interprétation des flux à l’IES.
Ainsi, à partir des gradients de concentrations observés au niveau de l’IES, des éventuelles
réactions s’y produisant et des gradients de concentrations dans le bas de la colonne d’eau
(technique des peepers pour SA‐09, SA‐10 et V‐10, Figure 45, Figure 46 et Figure 47, et de
SUSANE dans SA‐09, Figure 51) le sens des flux à l’IES sont reportés dans le Tableau 15. Lorsque
des flux diffusifs significatifs sont obtenus par PROFILE, ils y sont reportés en mol.cm‐2.s‐1. Les
flux positifs indiquent des flux entrants dans la colonne d’eau (sortants des sédiments), les
négatifs des flux sortants de la colonne d’eau (entrants dans les sédiments).
Tableau 15 : Sens des flux à l’IES dans SA‐09, SA‐10 et V‐10. Les flux diffusifs
(mol.cm‐2.s‐1) significatifs ayant pu être quantifiés à partir des gradients de
concentrations modélisés sous l‘IES par PROFILE sont reportés. Un flux négatif
indique un flux depuis la colonne d’eau vers les sédiments, un flux positif indique
un flux depuis les sédiments vers la colonne d’eau.
IV4.6.1. Oxygène
La modélisation des profils d’O2 dissous (Figure 39) par PROFILE dans les sédiments indiquent
que les sédiments constituent un puits important pour O2 dans V‐10 (JO2 = ‐3.2.10‐11 mol.cm‐2.s‐1)
et SA‐10 (JO2 = ‐8.7.10‐11 mol.cm‐2.s‐1) (Tableau 15). Ces flux sont typiques de ceux mesurés en
milieux côtiers eutrophes (ex : lagune de Thau : 2.2‐6.7.10‐11 mol.cm‐2.s‐1, Dedieu et al., 2007).
Notons cependant que les flux d’O2 dans V‐10 sont surement une estimation minimale de la
consommation totale de O2 par les sédiments du fait de l’activité macrobenthique.
169
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Une estimation du temps nécessaire pour atteindre des conditions anoxiques à partir des
conditions observées dans le site SA‐10 peut être réalisée. En supposant le flux de O2 calculé
pour ce site constant et l’absence de réapprovisionnement de O2 depuis l’atmosphère, le temps
nécessaire pour consommer les quantités d’O2 contenues dans les 2 derniers mètres de la
colonne d’eau sont de 3.3 j. Ceci montre l’importance de la consommation de O2 par les
sédiments sur SA, en accord avec les résultats antérieurs (situation anoxique atteinte en ∼24h
après un brassage complet de la colonne d’eau ; Nerini et al., 2001) et donc l’importance du
brassage de la colonne d’eau sur le maintien des conditions oxiques.
et al., 2010). Dans SA‐10, ces processus d’adsorption et d’oxydation permettent l’élimination des
flux de ΣPO4 et NH4+ vers la colonne d’eau.
A partir des flux sortants de ΣPO4 et NH4+ observés en conditions anoxiques dans SA‐09, une
extrapolation des apports de ces éléments dans la zone profonde de l’étang de Berre peut être
tentée afin d’obtenir un ordre de grandeur de leurs apports à l’échelle de l’étang. En supposant
que 40% de la surface de l’étang (60 km2) soit soumise à des conditions anoxiques similaires
pendant 35% de l’année (∼4 mois) et que les flux mesurés dans SA‐09 soient constants sur
l’ensemble de la zone pendant cette période, on obtient des apport de 60.1 t de Ntot et de 4.4 t de
Ptot. Ces apports importants restent cependant négligeables (< 2%) par rapport aux apports
annuels dans l’étang par les rivières, le canal hydroélectrique, l’atmosphère et le chenal de
Caronte estimés par Gouze et al., 2008 (2000 et 400 t/an pour Ntot et Ptot respectivement).
Flux de As, Cr, Ni, Hg et Fe : La réduction de Fe(OH)3 au niveau de l’IES dans SA‐09, génère un flux
sortant non quantifiable de Fe et des différentes espèces qui y sont associés (As, Cr, Ni, Hg et
MeHg) vers la colonne d’eau (Tableau 15 ; Figure 47). Notons que parmi ces espèces, le flux de
MeHg depuis les sédiments vers la colonne d’eau peut aussi être en partie dû à sa production par
méthylation dans les sédiments de surface et/ou la colonne d’eau (Mason et al., 1999 ;
Montperrus et al., 2007). Parmi ces éléments, seule la remobilisation de As a pu être en partie
modélisée par PROFILE (Figure 47) et permet d’obtenir une estimation minimale de ce flux
(>3.5.10‐17 mol.cm‐2.s‐1, Tableau 15). Ce flux est de plusieurs ordres de grandeur inférieur au flux
d’As calculé par Chaillou et al. (2003) dans la baie de Biscay, probablement en lien avec le fort
piégeage de As par adsorption dans sur FeS/FeS2 dans l’étang de Berre. Le rapport entre ce flux
et la quantité de As remobilisée à l’IES, indique qu’au moins 40% d’As remobilisé est exporté
vers la colonne d’eau. Les 60% restants sont piégés par adsorption sur FeS/FeS2 plus en
profondeur et ne sont donc pas remobilisables dans ces conditions. Le flux d’As vers la colonne
d’eau n’est cependant pas complètement négligeable puisqu’il constitue ∼10% des apports
totaux de As se déposant dans les sédiments (estimé d’après les concentrations de As dans les
sédiments de surface, un taux de sédimentation entre 0.28 cm.a‐1 et la densité sèche de sédiment
dans les sédiments de surface). Ceci indique clairement que dans ces conditions, une proportion
de l’As apportée dans l’étang n’est pas piégée au cours de l’enfouissement des sédiments ce qui
171
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
peut perturber la reconstruction historique de cet élément à partir de carottage (Couture et al.,
2008).
Dans SA‐10 et V‐10, la présence d’O2 dans la colonne d’eau entraîne la localisation de la zone de
réduction de Fe(OH)3 plus en profondeur dans les sédiments (respectivement entre ‐9 et ‐13 cm
et entre 0 et ‐4 cm) comparé à SA‐09 (Figure 45 ; Figure 46). Le Fe remobilisé diffusant vers le
haut est totalement (SA‐10) ou essentiellement (V‐10) reprécipité sous forme de Fe(OH)3 dans
les niveaux de surface, ce qui empêche (SA‐10) ou limite fortement (V‐10) sa diffusion vers la
colonne d’eau (Tableau 15). La forte présence de Fe(OH)3 dans les sédiments de surface pour
lesquels As, Cr et Ni ont une forte affinité entraine leur piégeage dans les sédiments de surface.
Pour As (V‐10) et Cr (SA‐10) qui sont aussi faiblement concentrés dans la colonne d’eau que
dans les eaux interstitielles (<15 nM) aucun flux diffusif n’est identifié. Par contre, dans le cas de
Ni qui présente des concentrations dans la colonne d’eau significativement supérieures à celles
des eaux interstitielles, un flux diffusif vers les sédiments est généré (entre ‐1.7.10‐18 et ‐8.7.10‐18
mol.cm‐2.s‐1, Tableau 15). Ces observations se démarquent fortement de ce qui est couramment
observé en milieu côtier (Westerlund et al. 1986 ; Ciceri et al., 1992 ; Cheevaporn et al., 1995 ;
Warnken et al., 2001 ; Santos‐Echeandia et al., 2010) où des exports de Ni depuis les sédiments
vers la colonne d’eau sont généralement reportés. Les résultats obtenus dans SA‐10 et V‐10
mettent en évidence l’importance des processus de piégeage de Ni dans les sédiments de l’étang
de Berre.
Le cas de Cr dans le site V‐10 est différent. En effet, malgré la très forte présence de Fe(OH)3
dans les sédiments de surface, les fortes teneurs en ligands organiques dissous favorisent la
remobilisation de Cr dans les eaux interstitielles et sa diffusion vers la colonne d’eau (1.1.10‐17
mol.cm‐2.s‐1; Tableau 15). Ce flux est dans la gamme de ceux reportés pour différents
environnements aquatiques (Cheevaporn et al., 1995 ; Blasco et al., 2000). La principale source
de Cr dans les sédiments est la zone fortement enrichie vers ‐10 cm qui correspond au Cr rejeté
dans l’étang dans les années 60‐70 (Cf Chapitre II). Sur la totalité du Cr remobilisé dans cette
zone, 41% sont exportés vers la colonne d’eau, 27% sont piégés plus en profondeur et 32% sont
piégés sous l’IES. Ce flux reste cependant très faible (<1%) comparé au taux d’accumulation de
Cr dans les sédiments indiquant que la quasi‐totalité du Cr apporté est stocké dans les
sédiments. De plus, ce flux est très faible comparé au stock de CrASC disponible à ‐10 cm puisque,
pour des flux supposés constant, il faudrait plus de 200 ans pour éliminer ce stock. Bien qu’au
cours du temps ce stock va progressivement être enfouis dans les sédiments, ceci signifie que
pour des conditions similaires, même si les apports en Cr s’arrêtaient aujourd’hui, les flux
diffusifs de Cr continueront probablement pendant plusieurs décennies.
172
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Flux de Co et Mn : La réduction de MnO2 dans les sédiments de surface entraine dans les 3 sites
un flux sortant de Mn vers la colonne d’eau (Tableau 15). Notons cependant que ce flux est
pratiquement 100 fois plus important dans SA‐10 que dans SA‐09 (non quantifiable dans V‐10)
bien qu’il soit probablement une valeur minimale étant donnée la très forte pente du pic de Mn
sous l’IES et la résolution limitée du peeper (gradient gouverné par 2 points sous l’IES, Figure
45). La différence de flux entre ces deux sites est associée à l’importante réduction de MnO2 dans
SA‐10 qui est 70 fois plus forte que dans SA‐09. Dans SA‐10, 70% du Mn produit est exporté
dans la colonne d’eau contre 46 % dans SA‐09.
En milieu oxique, Co est essentiellement associé à MnO2. Dans SA‐10 et V‐10 des flux sortant de
Co sont aussi observés en lien avec sa remobilisation lors de la dissolution de MnO2 (Tableau
15). Le flux quantifié dans SA‐10 (8.2.10‐17 mol.cm‐2.s‐1) est dans la gamme de ceux reportés pour
Co dans divers milieux côtiers (Ciceri et al., 1992 ; Point et al., 2007 ; Santos‐echeandia et al.,
2010) et est associé à l’export de 60% du Co remobilisé sous l’IES. De plus, ce flux est
relativement important puisqu’il représente entre 10 et 30% du Co total apporté dans les
sédiments.
En conditions anoxiques pour SA‐09, malgré la dissolution de MnO2 sous l’IES, le flux de Co
s’effectue depuis la colonne d’eau vers les sédiments (Tableau 15) en lien avec la présence de
ΣH2S et la précipitation de CoS.
Synthèse : Les flux à l’IES sont contrôlés par 2 principaux mécanismes au niveau des sédiments
de surface : les réactions de précipitation/dissolution de Fe(OH)3 et de MnO2 et les réactions de
précipitation/dissolution de FeS. En jouant sur ces réactions, l’oxygénation de la colonne d’eau
influence ces flux de plusieurs manières :
(i) en jouant sur la localisation des zones de réduction de Fe(OH)3 et MnO2. Plus les
concentrations en O2 sont importantes dans la colonne d’eau, plus ces réactions se produisent en
profondeur dans les sédiments, plus la distance à parcourir pour les ETM est importante pour
accéder à l’IES et plus les ΣH2S sont concentrés.
(ii) en jouant sur l’épaisseur de la zone de précipitation de Fe(OH)3 et MnO2 dans les
sédiments de surface. Plus les concentrations en O2 sont importantes dans la colonne d’eau et
plus l’accumulation de MnO2 et Fe(OH)3 est importante dans les sédiments de surface favorisant
le piégeage des ETM et limitant leur diffusion à l’IES.
(iii) en absence d’O2 dans la colonne d’eau, les réactions de réduction de Fe(OH)3, MnO2
et de SO4 se regroupent au niveau de l’IES et entrainent la libération de Fe, Mn et des ETM
associés (As, Cr, Ni et probablement Hg), mais aussi la production de ΣH2S au niveau de l’IES qui
permet l’immobilisation des ETM par précipitation directe (Co ou Ni) ou leurs adsorptions sur
FeS/FeS2 (As, Co, Ni, MeHg) limitant en partie leur libération dans la colonne d’eau. L’absence
d’O2 favorise aussi la diffusion d’espèces comme ΣH2S ou NH4+ qui ne sont pas réoxydées, ainsi
173
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
que la diffusion de ΣPO4 du fait de l’absence d’une importante zone de Fe(OH)3 où il pourrait
être piégé.
En présence de fortes concentrations de ligands organiques (V‐10), le comportement du Cr
apparait moins dépendant des réactions diagénétiques et des concentrations en O2 dans la
colonne d’eau. Il est remobilisé dans les eaux interstitielles au niveau où il est présent en fortes
quantités dans la phase solide et diffuse vers des zones où il est moins concentré. Si une partie
de Cr remobilisé est réassociée à la phase solide dans les sédiments de surface, une forte
proportion (41%) du Cr diffuse dans la colonne d’eau.
174
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
175
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
IV4.7.2. Influence d’une réoxygénation sur les flux et le cycle de Fe, Mn, ΣH2S
Dans les sédiments de l’étang de Berre, les trois principales espèces contrôlant le cycle des ETM
sont ΣH2S, Fe et Mn. L’évolution du cycle de ces espèces en conditions oxiques est donc
particulièrement importante à comprendre pour prédire l’évolution des flux des ETM. Nous
avons vu précédemment qu’en présence d’O2 ces espèces sont oxydées dans les sédiments de
surface.
Dans le cas de ΣH2S cette oxydation est clairement illustrée à partir des profils microélectrodes
(Figure 49). Cette oxydation a des conséquences environnementales importante car elle permet
tout d’abord d’éliminer les flux de ΣH2S depuis les sédiments vers la colonne d’eau qui constitue
une espèce toxique pour les organismes aquatiques. Cet arrêt des flux est mis en évidence dès la
présence de 7% d’O2 à peine dans la colonne d’eau comme le montrent les profils SUSANE
(Figure 51). Cependant son oxydation dans les premiers cm des sédiments entraine aussi
l’enfouissement de ΣH2S plus en profondeur dans les sédiments, et donc de la zone où les
sulfures jouent un rôle dans l’immobilisation des ETM. Par exemple, pour des concentrations de
40% d’O2 dans la colonne d’eau du site SA‐10, les sulfures sont présents à partir de ‐4 cm (Figure
45).
176
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Figure 50 : Evolution temporelle des concentrations en O2, ΣPO4, Fe, Mn, ΣNH4, NO3‐ et NO2‐ en fonction du
temps dans les 3 carottes incubées du site SA‐10. Les ΣH2S n’ont pas été détectés au cours de
l’expérimentation. Les lignes verticales en pointillé représentent le changement des conditions
d’oxygénation dans l’eau surnageante des carottes : entre 0 et 2.8 j, bullage avec 100% N2 et entre 2.8 et
6.8j, bullage 50% air/50%N2 et de 6.8 à 9.2j bullage 100% air.
Dans le cas de Fe et Mn, leur oxydation dans les sédiments de surface entrainera la précipitation
de Fe(OH)3 et MnO2 et l’enfouissement de leur zone de réduction. Cependant d’après la Figure
51, bien que 7% d’O2 permettent de fortement réduire les concentrations de Fe et Mn dans la
colonne d’eau, cette oxygénation ne semble pas suffisante pour précipiter la totalité de Fe et Mn
et des flux sortant sont toujours présents au dessus de l’IES (fort gradient de concentration au
dessus de l’IES). Dans le cas de Fe, des concentrations d’O2 de ≥40% dans la colonne d’eau sont
nécessaires pour éliminer complètement ses flux comme nous pouvons le voir à partir des
différences entre SA‐09 et SA‐10 (Tableau 15). Les incubations de carottes montrent aussi que la
réintroduction d’O2 à 50% de saturation dans une colonne d’eau anoxique permet même
d’inverser les flux de Fe (Figure 50).
Le cas de Mn est différent de celui de Fe puisque le flux estimé en conditions légèrement oxiques
dans SA‐10 est plus important qu’en condition anoxique (Tableau 15). Cette différence est
attribuée aux différences redox entre ces deux espèces. En effet, la réduction de MnO2 se produit
pour des conditions d’oxydo‐réduction supérieures à celle de Fe(OH)3 et la cinétique d’oxydation
de Fe est plus rapide que celle de Mn qui nécessite en plus une médiation microbienne (Burdige,
177
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
1993). Les conséquences de tout cela est qu’une réoxygénation trop faible (≤40%) dans la zone
profonde de l’étang de Berre se traduira par une faible accumulation de MnO2 dans les
sédiments de surface et donc une faible capacité de piégeage des ETM qui y sont associé ainsi
que des flux importants de Mn et donc des ETM qui y sont associés. Les incubations de carottes
indiquent qu’une colonne d’eau présentant une oxygénation ≥50% serait nécessaire pour
précipiter la totalité de MnO2 (Figure 50).
Figure 51 : Profils SUSANE au niveau du site SA, en juillet (suboxique, O2=7%) et aout (anoxique) 2009.
178
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
IV4.7.2. Influence d’une réoxygénation sur les flux de NH4+, ΣPO4 et des ETM
Les espèces identifiées dans l’étang de Berre qui présentent une forte affinité pour Fe(OH)3 sont
As, Cr, Ni, Hg/MeHg et ΣPO4. Les flux de ces espèces vers la colonne d’eau seraient donc
fortement réduites ou stoppées par leur réadsorption/co‐précipitation dans la zone de
précipitation de Fe(OH)3. Ceci est en accord avec (i) la disparition de leur remobilisation au
niveau de l’IES entre SA‐09 et SA‐10 (pour As, Cr et Ni ; Figure 47 et Figure 45), (ii) l’apparition
des concentrations de ΣPO4 plus en profondeur dans SA‐10 (Figure 45), (iii) l’inversion des flux
de ΣPO4 dans les incubations entre 0%O2 et 50%O2 (Figure 50) et (iv) la diminution de leurs
concentrations dans le bas de la colonne d’eau échantillonnée par SUSANE (Figure 51). Dans ce
cas, la diminution de ces flux est prévisible dès la présence de faibles concentrations d’O2 dans la
colonne d’eau puisque la diminution de leurs concentrations est observée des 7% d’O2 dans la
colonne d’eau (Figure 51). Pour As, Cr, Ni, et ΣPO4 les conséquences d’une réoxygénation sont un
arrêt total probable de leur flux pour des concentrations d’O2 > 40% comme observé dans SA‐
10. Pour Hg et MeHg pour lesquels nous n’avons pas de mesures dans SA‐10 l’évolution de leur
flux dans une colonne d’eau bien oxygénée est plus difficilement prévisible. Cela dépendra en
grande partie de la compétition entre les cinétiques d’adsorption sur Fe(OH)3 et les cinétiques
remobilisation et/ou de méthylation dans les sédiments de surface.
Le cas de Co est différent puisqu’en conditions anoxiques Co est fortement consommé par les
sédiments par précipitation de CoS (Figure 47 ; Tableau 15). En conditions oxiques, ce
mécanisme ne jouera plus un rôle important dans le piégeage de Co dans les sédiments de
surface. Par contre, en conditions oxique, le cycle de Co est très fortement couplé à celui de Mn.
Pour des concentrations d’O2 de 40% (SA‐10), Co est fortement relargué dans la colonne d’eau
en lien avec la dissolution de MnO2. L’augmentation des concentrations en Co est même visible
dès 7% d’O2 dans le bas de la colonne d’eau (Figure 51). Ceci indique que pour une oxygénation
partielle de la colonne d’eau (<50%), sa remobilisation sera plus importante qu’en conditions
anoxiques. Avec notre jeu de données, nous ne pouvons pas conclure quand à l’évolution des flux
pour une colonne d’eau complètement oxygénée. Néanmoins, nous pouvons supposer que
l’oxydation complète de Mn dans les sédiments de surface pour des conditions d’oxygénation de
100% s’accompagnera probablement d’un arrêt des flux de Co vers la colonne d’eau.
La réoxygénation des fonds aura aussi comme conséquence l’oxydation de NH4+ et la diminution
ou l’arrêt de ses flux comme cela est observé entre SA‐09 et SA‐10 (Tableau 15) et par la
diminution des concentrations en NH4+ dans le bas de la colonne d’eau légèrement oxique
(Figure 51). Cependant les incubations de carottes, montrent que si les flux de NH4+ diminuent
effectivement avec un colonne d’eau saturée à 50% en oxygène (de 4.3±0.8.10‐12 mol.cm‐2.s‐1
pour 0% d’O2 à 2.3±0.3.10‐12 mol.cm‐2.s‐1 pour 50% d’O2), ces flux peuvent rester importants et
ne s’inversent que pour une colonne d’eau entièrement oxygénée (Figure 50). Cependant,
l’oxydation de NH4+ pourra se traduire par la formation de ΣNO3 dans la colonne d’eau en accord
179
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
avec la production de ΣNO3 dans V‐10 (Figure 46) la production de NO3‐ et NO2‐ dans la colonne
d’eau des carottes mises à incuber, dès 50% d’O2 (Figure 50). Si la diminution des flux de NH4+,
pourra limiter les risques de toxicité pour les organismes benthiques, la production de NO3‐ et
NO2‐ pourra participer à l’eutrophisation du système.
Il convient de préciser que l’ensemble de ces prévisions est basée uniquement sur les processus
biogéochimiques étudiés dans le cadre de ce travail et ne prennent donc pas en compte
l’influence de la recolonisation des fonds de la zone profonde de l’étang de Berre par des
organismes macrobenthiques. Les mécanismes de bioturbation et bioirrigation qui pourront se
mettre en place perturberont probablement de manière importante la localisation des
principales réactions diagénétiques dans les sédiments de surface et donc des flux de ETM,
comme en témoigne la relative complexité du cycle des éléments dans le site V‐10.
Les travaux menés ont porté sur deux zones présentant des conditions différentes en terme de
contamination et d’oxygénation de la colonne d’eau : (1) la zone profonde au sud du Grand Etang
faiblement contaminé et présentant une colonne d’eau anoxiques (SA‐09) ou faiblement oxiques
(SA‐10) ; (2) l’étang de Vaïne présentant des contaminations modérées et une colonne d’eau
oxique (V‐10).
Les résultats montrent de fortes différences dans la composition géochimique (éléments
majeurs et ETM) des eaux interstitielles et des fractions réactives des sédiments pouvant être en
partie associées aux différences d’oxygénation de la colonne d’eau. Ils montrent également
l’importance des réactions se produisant à l’IES sur la remobilisation des éléments traces depuis
les sédiments vers la colonne d’eau.
Les principales réactions contrôlant la mobilité et les flux des ETM dans les sédiments sont
l’adsorption/co‐précipitation avec Fe(OH)3 (As, Cr, Ni, Hg/MeHg), MnO2 (Co) et FeS/FeS2 (As,
MeHg) ou par précipitation sous forme de sulfures métalliques (Co et Ni).
180
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
Dans la zone de l’étang de Vaïne, les sédiments constituent une source de ΣNO3, Fe, Mn, Co et Cr
et dans une moindre mesure de ΣNH4 et ΣPO4 mais constituent un puits pour Ni. Cependant, la
complexité des profils (probablement liée à la présence d’organismes benthiques) ne nous a pas
permis de quantifier l’ensemble de ces flux.
Dans la zone profonde du Grand Etang, les flux sont essentiellement dépendants de l’état
d’oxygénation de la colonne d’eau. En conditions anoxiques, des flux importants en ΣH2S, ΣNH4,
ΣPO4, Fe, Mn, Cr, Ni, As, Hg et MeHg vers la colonne d’eau ont pu être mis en évidence et
quantifiés pour certains d’entre eux. En conditions légèrement oxiques, ces flux vers la colonne
d’eau diminuent ou s’inversent pour la plupart des espèces, mais deviennent très importants
pour Co et Mn.
181
CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
stationnaire des profils des espèces dissoutes sur laquelle est basée la modélisation des
processus de transports et réactions par le code PROFILE.
‐ l’hétérogénéité spatiale : la plupart des conclusions sont en partie basé sur
l’interprétation d’un seul profil des espèces en phase dissoute et en phase solide pour chaque
condition, ne permettant pas de prendre en compte des variations liées à hétérogénéité spatiale.
‐ la non prise en compte des processus macrobenthiques (bioturbation, bioirrigation) dans
le calcul des taux de réactions et des flux à l’IES dans l’étang de Vaïne ainsi que dans la prévision
de l’évolution des processus géochimiques et des flux dans les fonds du Grand Etang sous
influence d’une réoxygénation des fonds du Grand Etang qui devrait s’accompagner par une
recolonisation des fonds.
Les perspectives de ce travail sont nombreuses. Elles pourraient être d’affiner le bilan de
matière des éléments par l’utilisation de modèles diagénétiques, la conception et validation d’un
modèle de transport‐réaction prédictif pour les ETM et son utilisation pour prédire l’influence
de la réoxygénation de la colonne d’eau ou la recolonisation des fonds, ou tout simplement de
mieux contraindre les variations spatiales ou temporelles qui constituent les principales limites
des méthodes utilisées dans ce travail pour en renforcer les conclusions. Cela dit, nous avons pu
apporter par ce travail une bonne idée des principaux mécanismes diagénétiques et leur
contrôle sur la dynamique des ETM dans les sédiments de l’étang de Berre et qui peut constituer
une base de départ relativement solide pour les études à venir, qui devront, par rapport à la
problématique de l’étang, s’intéresser à l’estimation de ces flux à l’échelle de l’étang.
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CHAPITRE IV : BIOGEOCHIMIE ET CYCLE DES METAUX DANS LES SEDIMENTS
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CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE
ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM DES SEDIMENTS
POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
187
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
ETM dans les sédiments ainsi que les plus faibles diversités spécifiques et densités en
macrofaune benthique observées dans l’étang de Berre (généralement <10 espèces pour une
densité <1500 ind.m‐2 ; GIPREB, 2010).
Dans ce contexte, les deux principales questions scientifiques qui se posent sont :
‐ Est‐ce que les ETM présents dans les sédiments constituent un stress pour les organismes
benthiques de l’étang de Berre?
‐ Est‐ce qu’ils peuvent affecter la restauration espérée de l’écosystème benthique ?
Pour répondre à ces questions les liens entre les concentrations en contaminants et les effets
négatifs sur les organismes doivent être considérés et cela implique donc de travailler à la fois
sur les propriétés géochimiques des sédiments et sur un organisme benthique cible, jouant le
rôle de bioindicateur.
Dans ce travail, l’organisme benthique qui a été choisi est le polychète Nereis succinea (parfois
nommé Neanthes succinea ou Hediste succinea) qui constitue un des principaux composants de la
biomasse benthique de l’étang de Berre. C’est aussi le seul organisme qui est présent toute
l’année sur l’ensemble de l’étang (excepté zones anoxiques) (GIPREB, 2010). Ce choix « par
défaut » est cependant très approprié dans une étude sur la biodisponibilité des ETM car :
‐ Nereis succinea est un polychète principalement dépositivore qui vit dans les sédiments et qui
obtient ses besoins nutritionnels par l’ingestion de sédiment (Pardo et Dauer, 2003). Les ETM
associés au sédiment, remobilisés pendant les processus digestifs et assimilés par ces
organismes constituent leur principale voie d’exposition (Wang et Ficher, 1999).
‐ cette espèce appartient à la classe des polychètes qui a été souvent sélectionnée pour des
études sur la bioaccumulation des ETM (ex : Dean, 2008) et pour laquelle des données sont
disponibles dans la littérature.
‐ les polychètes constituent aussi des espèces clés dans les écosystèmes benthiques estuariens et
côtiers, et jouent donc un rôle important dans la structure et le fonctionnement de l’écosystème
benthique (Hutchings, 1998).
‐ ce sont des proies pour de nombreux crustacés, poissons et échassiers (Scaps, 2002) et
constituent par conséquent une importante voie d’entrée des ETM dans le réseau trophique
(Rainbow et al., 2004 ; Rainbow et al., 2006 ; Coelho et al., 2008).
188
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Ces approches ont été abordées au cours de deux campagnes d’échantillonnage de sédiments et
d’organismes réalisées sur la bordure côtière du Grand Etang et dans l’étang de Vaïne. Elles se
sont déroulées dans le cadre d’un projet financé par la Fédération de Recherche ECCOREV et du
projet BERTOX financé par INSU‐EC2CO et ont regroupé 4 laboratoires aux compétences
complémentaires : le CEREGE (S. Rigaud, O. Radakovitch, J.‐M. Garnier), l’ISM2‐AD2EM4 (C.
Gueydon, L. Malleret, P. Doumenq), l’IMEP‐BBE5 (X. Moreau, L. De Jong, A. Thiery) et le LBME6 (C.
Di Giorgio, M. De Méo).
La première campagne, réalisée sur 4 sites en septembre 2008, avait pour objectif d’établir le
lien entre les ETM potentiellement biodisponibles et les contaminants organiques dans les
sédiments, la bioaccumulation des ETM et la localisation de certains d’entre eux dans les tissus
des Nereis succinea, l’induction de métallothionéines, biomarqueurs de défense spécifiques au
ETM, et enfin les activités génotoxiques des ETM et des contaminants organiques dans les
sédiments.
La seconde campagne a été réalisée en juin 2010 afin de renforcer la connaissance du lien entre
la fraction potentiellement biodisponible des ETM dans les sédiments et les concentrations
accumulées par Nereis succinea en considérant un plus grand nombre de sites (11 sites) et
d’autres outils (extraction ascorbate et la technique des Diffusive Gradient in Thin‐films, DGT).
Des organismes ont aussi été prélevés sur certains sites afin d’évaluer le stress génotoxique
auquel sont soumis ces organismes dans leur milieu naturel.
Bien que les études diffèrent entre les deux campagnes, les données seront traitées
simultanément pour permettre une vision plus globale. Cependant nous nous limiterons aux
données portant sur les ETM, les données sur les contaminants organiques ne seront pas
présentées. Les principaux objectifs de ce chapitre sont (i) d’estimer la fraction biodisponible
des ETM présents dans les sédiments de l’étang de Berre par différentes méthodes
expérimentales portant sur le sédiment (extractions chimiques, DGT) et/ou sur les polychètes
Nereis succinea et (ii) de réaliser une première estimation quand à leur capacité à induire un
stress toxicologique ou génotoxique. L’implication des ETM sur l’état de dégradation de
l’écosystème benthique est discutée.
Environnementaux.
6 LBME : Laboratoire de Biogénotoxicologie et Mutagenèse Environnementale.
189
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
date de
Sites Coordonnées GPS
prélèvement
RN Sept. 2008 5°3.231 43°30.213
VA Sept. 2008 5°11.840 43°27.271
VC Sept. 2008 5°12.166 43°28.032
VN Sept. 2008 5°12.009 43°29.046
B1 Juin 2010 5°0'25.030 43°30'0.29
B2 Juin 2010 5°6'15.685 43°30'20.8
B3 Juin 2010 5°4'18.800 43°30'45.4
B5 Juin 2010 5°3'54.291 43°26'2.25
B7 Juin 2010 5°10'30.19 43°25°47.2
B8 Juin 2010 5°1'17.817 43°32'21.2
B9 Juin 2010 5°09'8.576 43°27'11.52
Figure 52: localisation des sites de prélèvement B10 Juin 2010 5°12'2.574 43°29'6.93
des sédiments de surface. La zone grisée
B11 Juin 2010 5°11'48.217 43°27'58.13
représente la surface où les organismes
B12 Juin 2010 5°03'36.421 43°24'34.14
benthiques sont absents (données 2009 ;
Gipreb, com. pers.). B13 Juin 2010 5°0'26.917 43°28'27.2
Sur chaque site, les sédiments de surface ont été collectés à la benne orange peel en 5 réplicats.
La distribution et le traitement des échantillons pour l’ensemble des analyses effectuées sont
reportés dans la Figure 53 et les protocoles sont détaillés dans le Chapitre II.
Les couches de surface des sédiments (0‐3 cm) pour l’analyse de la phase solide et des eaux
interstitielles ont été rapidement récupérées sur le terrain avec une lame en plastique,
regroupées et placées dans des pots en polyéthylène eux même insérés dans un sac rempli de
sédiment anoxique pour limiter les risques d’oxydation des sédiments. Au laboratoire ces
échantillons sont immédiatement centrifugés (3500 rpm, 10 min) pour la récupération et
l’analyse des eaux interstitielles et de la phase solide.
Le sédiment restant est ensuite tamisé sur site et entre 15 et 60 polychètes (taille 4.6±2.0 cm)
sont récupérés et distribués selon les différentes analyses (Figure 53).
190
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Environ 1 kg de sédiment frais et 5L d’eau du site ont été récupérés pour l’expérimentation DGT
en juin 2010.
191
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 53: Organigramme des protocoles d’échantillonnage et d’analyse et laboratoires impliqués. Les protocoles sont décrits dans le Chapitre II.
192
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
193
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Après récupération des DGT, les eaux interstitielles contenues dans les sédiments des pots sont
récupérées de la même manière que pour les eaux interstitielles in situ et distribuées pour les
mêmes analyses (Figure 53).
194
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
195
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
196
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
L’activité génotoxique d’une substance est exprimée en nombre de micronoyaux énumérés par
ml de milieu de culture (MNC.ml‐1).
Le test d’Ames (ou mutatest) est un test bactérien de mutation génique. Il utilise une
batterie de souches de Salmonella typhimurium portant une mutation spécifique les rendant
auxotrophes pour l'acide aminé histidine. Sous l’action d’un agent mutagène, cette mutation peut
reverser vers le génotype sauvage et permettre le développement de ces souches sur un milieu
de culture. Le test consiste à évaluer la capacité d'une substance à induire des réversions chez
des souches S. typhimurium par comptage automatique du nombre de colonie sur un milieu de
culture exposé à différentes concentrations d’une substance mutagène et un milieu témoin sans
agent mutagène (Figure 54‐C). Par traitement statistique (test de Dunnet et corrélation non
linéaire) l’activité mutagène d’une substance est déterminée en révertants par µl de substance
ajoutée dans le milieu de culture (rev.µl‐1).
Dans ce travail deux approches complémentaires ont été mises en œuvre pour caractériser
l’activité génotoxique des sédiments :
‐ une approche indirecte où ces 3 tests ont été réalisés sur les extraits de sédiments
EMS‐pH4 et EMS‐pH6 (4 sites prélevés en septembre 2008) représentant la gamme des
concentrations d’ETM potentiellement extraites durant des processus de digestion. Si cette
technique ne permet pas de traduire directement le stress que subissent les organismes, elle
permet d’identifier si les contaminants potentiellement extraits durant ces processus de
digestion sont capables d’induire des activités génotoxiques pour les organismes vivants et, dans
certains cas, d’identifier les substances qui en sont responsables.
‐ une approche directe effectuée sur des cœlomocytes (cellules immunitaires) prélevées
sur quelques organismes collectés en juin 2010. Seul le test des comètes a été réalisé dans cette
approche. Ce travail permet de quantifier le stress environnemental global que subissent les
organismes dans le milieu bien que dans ce cas il ne soit pas possible d’identifier le(s)
composé(s) qui en sont responsable(s).
197
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Pb, Zn, acétate (provenant de l’acide acétique ajouté pour l’ajustement des pH dans les
extractions) et en acides fulviques (AF) et humiques (AH).
Les concentrations en AF et AH sont estimées à partir de deux valeurs extrêmes de matière
organiques dissoute (MOD) dans les extraits (1 et 100 mg.l‐1) et en supposant que des rapports
de AF/AH de 9/1 (Malcom, 1985). L’influence de la concentration en MOD sur les teneurs en
ETM libres dans les solutions est négligeable (<5%) et ne sera pas discutée. Les concentrations
en Cl sont estimées d’après la salinité des solutions, et celles de HCO3‐ à partir de la salinité et de
la dissolution molaire de CaCO3 obtenue à partir des concentrations en Ca extraites. La base de
données par défaut de WHAM‐6 a été complétée par l’ajout des constantes thermodynamiques
de complexation des ETM avec l’acétate provenant de la base de données de MINTEQ (pas de
données trouvées pour Al et As).
V3 Résultats
V.3.1. Caractéristiques des sédiments
Les principales caractéristiques physiques et géochimiques des sédiments sont reportées dans
le Tableau 18. Les sédiments sont majoritairement carbonatés (38‐57% de CaCO3) et fins (41‐
94% de f<63 µm). Les teneurs en COT varient entre 1.8 et 4.0%, les valeurs maximales étant
généralement rencontrées dans l’étang de Vaïne.
En accord avec les résultats précédents (Partie III‐3), les sites de l’étang de Vaïne présentent les
plus fortes concentrations en ETM en Cd, Cr, Cu, Hg, Pb et Zn, pouvant atteindre jusqu’à 10 fois
les valeurs du FGN pour Cd et Pb et entre 3 et 4 pour Cu, Hg et Zn (Tableau 18 et exemple de Cd,
Hg et Pb dans la Figure 55). Pour ces ETM, les concentrations mesurées dans le Grand Etang sont
significativement plus faibles et sont proches ou légèrement supérieures au FGN (< 3 fois le
FGN). Notons cependant, deux particularités dans cette distribution :
‐ le site B8, dans l’anse de St‐Chamas, qui présente les plus fortes concentrations en Hg
mesurées dans l’étang (5.2 fois le FGN) (Figure 55).
‐ le site VA, dans le sud de l’étang de Vaïne, qui présente des concentrations proches de
celles du Grand Etang pour la plupart des ETM.
Pour les autres ETM (As, Co et Ni), il n’existe pas de différences significatives entre l’étang de
Vaïne et le Grand Etang et les concentrations sont proches des concentrations préindustrielles
(<2 fois le FGN ; Tableau 18).
198
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA (GENO)TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Tableau 18: Pourcentage de particules < 63 µm, COT, CIT (exprimé en % de CaCO3) et concentrations totales en métaux dans la fraction < 63 µm des sédiments (± 1
écart type pour les deux réplicats). Les fonds géochimiques naturels (FGN) sont aussi reportés (Cf Chapitre III).
f<63µm CaCO3 COT Fe Al Mn As Cd Co Cr Cu Hg Ni Pb Zn
Sites
(%) (%) (%) (mg.g‐1) (mg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1)
RN 90 38 1.88 20±2 45.5±0.7 426±35 6.3±0.2 0.25±0.05 7.8±0.8 56±3 21±2 0.13±0.01 29±3 16.7±0.7 82±6
B1 70 46 2.07 20.4±0.2 39.8±0.7 505±3 10.4±0.4 0.23±0.01 7.5±1.1 43±3 16.8±0.6 0.068±0.002 26.0±0.4 15.7±1.0 90±7
B2 51 49 2.66 19.3±0.3 37.9±0.1 372±4 8.4±1.3 0.29±0.09 6.4±0.2 40±1 28±1 0.127±0.003 22±3 25.5±0.8 125±22
B3 91 44 1.76 27.4±0.3 60.2±0.6 579±10 8.9±2.1 0.28±0.10 7.1±0.2 58±1 23±2 0.130±0.003 32±5 21±3 107±23
B5 68 53 3.55 18.9±0.5 41.7±0.3 410±11 7.6±1.7 0.36±0.10 6.8±0.3 46±3 21±3 0.147±0.004 26±5 22±2 122±13
B7 41 50 2.23 15.1±0.1 31.3±0.3 349±2 7.9±1.4 0.36±0.12 5.3±0.1 40±3 19±4 0.121±0.003 20±4 24±2 102±28
B8 85 45 2.12 21.2±0.5 45.9±0.3 448±10 6.8±0.7 0.37±0.14 6.8±0.5 52±4 25±1 0.725±0.019 29±1 26.8±0.1 120±18
B9 54 49 2.24 16.1±0.7 32.8±0.2 348±15 8.6±0.9 0.34±0.11 5.27±0.03 41.5±0.9 20±2 0.154±0.004 21±3 25.6±0.5 112±39
B12 69 57 2.98 16.7±0.2 38.4±0.3 307±6 5.8±1.9 0.32±0.10 6.0±0.3 43.1±0.1 22±4 0.128±0.003 21.4±0.8 22±4 114±33
B13 81 51 2.20 18.2±0.3 33.6±0.1 384±3 5.6±0.7 0.24±0.08 5.68±0.03 44.7±0.6 19±2 0.085±0.002 24±2 16.4±1.0 121±35
VA 81 42 1.82 9.9±0.9 23±1 267±21 4.8±0.2 0.49±0.08 5.4±0.5 46±1 17±1 0.15±0.01 16.9±0.1 46±2 72±4
VC 88 44 3.17 14.2±1.2 29.7±0.5 262±15 7.7±0.3 0.75±0.09 7.3±0.7 77±6 29±4 0.25±0.02 30.5±0.8 47±1 121±6
VN 59 49 3.60 15.4±0.9 31.4±0.3 289±13 8.9±0.4 0.68±0.06 7.8±0.8 74±1 30±1 0.27±0.01 31.8±0.3 51±2 166±13
B10 86 54 3.70 19.6±0.1 35.3±0.3 303±3 10±2 1.07±0.35 7.5±0.2 72±4 35±5 0.317±0.008 34±5 98±13 239±22
B11 94 43 4.07 21.0±0.4 37.7±0.3 329±6 11.9±0.8 1.35±0.32 8.2±0.1 100±3 44±1 0.428±0.011 36±1 74±0.7 220±52
FGN 5.6±2.0 0.12±0.01 47±10 11±2 0.14±0.03 18±3 11±4 80±28
199
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 55: Concentrations totales en Cd, Hg et Pb dans les sédiments de surface dans le Grand Etang
(barres blanches) et dans l’étang de Vaïne (barres grises) échantillonnés en septembre 2008 et juin 2010.
La barre horizontale représente le FGN (Chapitre III).
V.3.2. Estimation des fractions labiles des ETM par extractions chimiques
Les concentrations des ETM extraits (sauf Hg qui n’a pas été analysé dans les extraits) des
sédiments varient fortement selon l’extractant utilisé. L’extractant EMS‐pH6 est l’extractant le
plus faible, avec des concentrations en ETM extraits qui sont entre 2 et 100 fois plus faibles que
celles extraites par EMS‐pH4, EDTA ou ascorbate et correspondent à moins de 10% de la teneur
totale en ETM dans les sédiments (Tableau 19). Pour les autres extractants, les concentrations
extraites varient selon l’ETM considéré mais restent relativement constantes pour chaque
extractant entre les différents sites (Tableau 19). Cela nous permet d’identifier plusieurs
groupes d’ETM :
‐ Cd et Pb qui sont fortement extraits par l’EDTA et EMS‐pH4 (entre 30 et 87% des
teneurs totales) et très faiblement ou non quantifiables par l’ascorbate et EMS‐pH6.
‐ Cu qui est significativement extrait (38%) par l’EDTA alors que son extraction par EMS‐
pH4, EMS‐pH6 et ascorbate est très faible ou non quantifiable.
‐ Zn qui est fortement extrait (62%) par EMS‐pH4 et plus faiblement (<30%) par EDTA
ou ascorbate.
‐ As, Co, Cr et Ni pour lesquels aucune différence significative n’est observée concernant
l’efficacité d’extraction entre l’EMS‐pH4, l’ascorbate et l’EDTA.
200
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 56: Concentrations labiles de Cd, Cr et Pb dans les sédiments de surface prélevées en
septembre 2008 (RN, VA, VC et RN) et juin 2010 (B1, B2, B3, B5, B7, B8, B9, 10, B11, B12 et B13)
estimées par des extractions chimiques par EMS‐pH4, EMS‐pH6, EDTA et ascorbate. Les extractions
EDTA ont été effectuées sur les 15 sites, les extraction EMS‐pH4 et EMS‐pH6 uniquement sur les
sites prélevés en septembre 2008 et les extractions ascorbate uniquement sur les sites prélevés en
juin 2010.
201
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
V.3.3. Estimation des fractions des ETM potentiellement biodisponibles par les DGT
Les résultats de la technique des DGT obtenus dans le cadre de ce travail n’ont pu être
directement utilisés pour estimer la biodisponibilité des ETM pour les organismes benthiques
dans le milieu naturel. En effet, la manipulation des sédiments a fortement modifié les
conditions biogéochimiques dans le sédiment et s’est très certainement accompagnée par un
changement de la biodisponibilité des ETM par rapport aux conditions in situ. Cependant,
l’utilisation des DGT dans les sédiments étant en cours de développement, les observations
obtenues dans ce travail sont intéressantes d’un point de vue méthodologique (ex : calibration
de modèle d’interprétation des cinétiques de remobilisation des ETM). Elles sont abordées dans
une partie spécifique reportée à la fin de ce Chapitre.
Des mesures d’ETM dans les tissus de Nereis succinea ne sont pas disponibles dans la littérature
et nous avons comparé les concentrations mesurées dans ce travail avec celles reportées pour
un polychète très similaire et largement étudié, Nereis diversicolor (Bryan et Hummerstone,
1973 ; Bryan et Hummerstone, 1977 ; Bryan et al., 1980 ; Langston et al., 1980 ; Luoma et Bryan,
1982 ; Bryan et Langston, 1992 ; Saiz‐Salinas et al., 1996 ; Baeyens et al., 1997 ; Diez et al., 2000 ;
Berthet et al., 2003 ; Virgilio et al., 2003 ; Frangipane et al., 2005 ; Villares et al., 2005 ; Amiard et
al., 2007 ; Idardare et al., 2008 ; Solé et al., 2009). Les gammes de concentrations mesurées ici
pour la plupart des ETM sont proches des plus faibles concentrations reportées dans la
littérature (Figure 57). Les sites présentant des niveaux plus élevés en Cd (VA, VC, B11), Cr (VC),
Pb (VA et VC) et Hg (VC et B8) correspondent aux valeurs typiquement rencontrées dans
202
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 57: Concentrations en Al, Mg, Mn, Fe, Ca, S et en ETM dans les polychètes Nereis succinea
prélevés dans le Grand Etang (barres blanches) et dans l’étang de Vaïne (barres grises). Les droites
horizontales en pointillé représentent les valeurs minimales (vert) et maximales (rouge) reportées dans
la littérature pour le polychète Nereis diversicolor. Lorsque les valeurs sortent de la gamme de l’échelle
des ordonnées, la valeur est reportée en rouge sur la graphique.
203
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
des sites côtiers modérément à fortement contaminés (Diez et al., 2000 ; Virgilio et al., 2002 ;
Amiard et al., 2007 ; Idardare et al., 2008 ; Coelho et al., 2008). Zn et Co se distinguent toutefois
puisque ce sont les seuls ETM qui présentent des concentrations réparties sur l’ensemble de la
gamme reportée dans la littérature pour des sites correspondant à des niveaux de
contamination très variables, de faiblement à extrêmement contaminés (Bryan et Hummerstone,
1973 ; Bryan et al., 1980 ; Diez et al., 2000 ; Amiard et al., 2007 ; Idardare et al., 2008).
Figure 58: Visualisation de métallothionéines (MTs) dans une cellule épithéliale du tube digestif d’un
organisme prélevé dans le site VA par immunofluorescence (image de gauche). Les métallothionéines ne
sont pas observées dans les autres sites (exemple d’un organisme prélevé dans le site VN dans l’image de
droite).
204
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Ces tests étant réalisés pour la première fois sur des extraits de sédiments comprenant un
mélange de contaminants ne peuvent être discutés par rapport à la littérature. Cependant, ils
indiquent clairement que la mixture de composés extraite des sédiments par l’EMS‐pH4 et
l’EMS‐pH6 présente des composés génotoxiques.
Tableau 20: Activités mutagènes (test d’Ames), génotoxiques (tests des comètes) et
clastogènes/aneugènes (tests des micronoyaux) mesurée dans les extraits de sédiments à
EMS‐pH4 et EMS‐pH6. Les activités sont rapportées par µg de sédiments. nd. = non
détectée.
205
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
V4 Discussion
Dans le but de déterminer si les ETM présents dans les sédiments de l’étang de Berre pouvaient
constituer un risque pour les organismes benthiques, nous avons mené des travaux
complémentaires sur les sédiments de surface et l’organisme cible Nereis succinea. A partir des
résultats obtenus nous nous intéresserons plus particulièrement dans cette discussion à :
1) l’estimation de la biodisponibilité des ETM dans les sédiments en comparant les
concentrations labiles en ETM par les différents extractants et les teneurs bioaccumulées dans
les organismes,
2) l’évaluation du stress potentiel auquel ces organismes sont exposés,
3) la possible implication des ETM dans la dégradation des populations benthiques.
206
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Dans la littérature, la comparaison entre les concentrations labiles en ETM dans les sédiments
(estimées par une technique d’extraction, généralement HNO3 ou HCl 0.5 ou 1 N) et les
concentrations accumulées par des organismes benthiques font apparaître 3 cas de figures :
‐ (i) des cas où des corrélations linéaires directes sont observées et qui indiquent que les
deux hypothèses énoncées précédemment sont satisfaites (Bryan et Hummerstone, 1977 ;
Luoma et Bryan, 1982 ; Bryan et Langston, 1992 ; Amiard et al., 2007).
‐ (ii) des cas où de telles corrélations ne sont mises en évidence que lorsque les
concentrations en ETM extraites sont normalisées par rapport à des phases porteuses
potentielles pour les ETM dans les sédiments tels que Fe pour As (Langston, 1980) ou Pb
(Luoma and Bryan, 1978), la matière organique pour Hg (Langston, 1982) ou les AVS pour Cd
(Di Toro et al., 1990). Dans ce cas, la nécessité de normaliser traduit la faible représentativité de
l’extractant pour la fraction biodisponible (hypothèse 1 non satisfaite) mais que le rôle de
l’organisme dans l’assimilation des ETM est secondaire (hypothèse 2 satisfaite).
‐ (iii) des cas où aucune corrélation n’est observée (Villares et al., 2005; Frangipane et al.,
2005 ; Amiard et al., 2007). Plusieurs facteurs sont alors généralement proposés tels que la
faible sélectivité de l’extractant et/ou le rôle joué par l’organisme dans l’assimilation des ETM
(hypothèses 1 et 2 non satisfaites).
Dans ce travail, nous avons testé plusieurs extractants, supposés être plus sélectif que HCl ou
HNO3, et qui sont l’EDTA (McCready et al., 2003), EMS‐pH4 et EMS‐pH6 (Amiard et al., 2007) et
pour la première fois dans un travail sur l’estimation de la biodisponibilité, l’ascorbate. La
technique des DGT, initialement utilisée dans le même but s’est révélée inappropriée dans ce
travail (Cf ci‐après). La comparaison des concentrations en ETM extraites ou totales dans les
sédiments avec celles accumulées dans les organismes ne fait apparaître aucune corrélation
linéaire directe, que ce soit avec ou sans normalisation avec les phases porteuses potentielles Fe,
COT, S et Mn (résultats non montrés). De plus, il ressort clairement que les sites présentant les
plus fortes (ou faibles) concentrations dans les organismes ne correspondent pas à ceux
présentant les plus fortes (ou faibles) concentrations en ETM labiles extraites des sédiments
(exemple de Cd, Cr, Pb et Zn extraits par l’EDTA, Figure 60). Ces différences positionnent ces
résultats dans le 3ème cas de figure énoncé plus haut : soit les techniques d’extraction utilisées ne
traduisent pas la fraction réellement biodisponible, soit il existe un contrôle de l’accumulation
des ETM par des mécanismes biologiques.
207
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 60: Comparaison entre les concentrations en Cd, Cr, Pb et Zn extraites par EDTA et mesurées
dans les Néréis succinea.
La comparaison entre ce travail et ceux montrant des corrélations linéaires cités plus haut
permet de souligner deux principales différences :
‐ la gamme de concentrations labiles des ETM dans les sédiments. Dans les travaux pour
lesquels des corrélations ont pu être mises en évidence, cette gamme est très importantes allant
de sites faiblement à extrêmement contaminés avec un rapport de concentrations labiles
maximales et minimales la plupart du temps >100 (jusqu’à 350 pour As et Cu ; Bryan et
Langston, 1992). Dans l’étang de Berre, les sédiments étudiés sont faiblement à modérément
contaminés avec des rapports maximum/minimum en ETM labiles <10.
‐ la gamme de concentrations des ETM dans les polychètes étudiés. Excepté pour Zn et
Co, les concentrations en ETM dans les organismes de l’étang de Berre présentent des gammes
beaucoup plus faibles et sont de plusieurs ordres de grandeurs inférieures aux valeurs
maximales reportées dans les travaux cités ci‐dessus.
Ceci indique que des corrélations linéaires entre les concentrations en ETM dans les sédiments
et dans les organismes ne peuvent être observées que lorsque de larges gammes de
contamination des sédiments sont étudiées. Dans ces cas, le facteur qui contrôle la
bioaccumulation est le niveau de contamination (la bioaccumulation est forte car les
concentrations en ETM sont aussi très élevées). Les facteurs géochimiques influençant la
spéciation dans les sédiments (ex : nature de la phase porteuse) jouent un rôle secondaire (ou
208
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
pouvant être pris en compte par des méthodes de normalisation) et les facteurs biologiques sont
négligeables pour la plupart des ETM. Pour les sites présentant des concentrations labiles plus
faibles le lien entre concentrations en ETM dans les sédiments et concentrations dans les
organismes apparaît plus complexe. Son interprétation nécessite alors de prendre en compte à
la fois les facteurs géochimiques mais aussi les mécanismes biologiques contrôlant la
bioaccumulation des ETM dans les organismes qui sont le plus souvent ignorés.
La présence de Fe, Ca, Br et Zn dans les crochets de Nereis succinea correspond bien aux
observations reportées dans la littérature pour les polychètes du genre Nereis. Dans les espèces
Nereis limbata, Nereis diversicolor et Nereis virens, les crochets sont composés en moyenne à
90% de protéines (glycerine, Histidine), 8% d’halogène (Cl, Br, I) et de nombreux composés
inorganiques tels que Ca, Fe et Zn (Elfman et al., 1999). L’opposition entre les distributions de Br
et Zn que nous observons est aussi reportée par plusieurs études et est attribuée à des rôles
différents dans la structure des crochets (Lichtenegger et al., 2003 ; Broomell et al., 2006 ;
Broomell et al., 2008). Les fortes accumulations de Zn dans les crochets ont été démontrées
comme le facteur prépondérant, en association avec l’histidine et Cl, dans la sclérotisation des
crochets pour en augmenter la dureté. Les concentrations moyennes de Zn sont de 2% (Bryan et
Gibbs, 1979 ; Lichtenegger et al., 2003 ; Rubin et al., 2010), mais en accord avec nos
observations, il a été montré particulièrement accumulé dans les extrémités des crochets où il
peut atteindre des concentrations de 10% (Elfman et al., 1999 ; Broomell et al., 2008 ; Rubin et
al. 2010). Dans les Nereis sp. les crochets sont donc une zone de stockage importante de Zn
pouvant constituer plus de 40% du Zn total dans l’organisme (Bryan et Gibbs, 1979).
209
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 61: Image en transmission et cartographie élémentaire de la tête (6 images du haut) et du corps (6
images du bas) d’un polychètes Nereis succinea, obtenue auprès de P. Chaurand, L. De Jong‐Moreau et X.
Moreau.
210
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Les variables biologiques pouvant influencer les teneurs en éléments dans les
organismes sont la taille, l’âge, le cycle saisonnier, le sexe mais aussi la présence de mécanismes
de régulation et ou d’accumulation. Pour des individus de la même espèce présentant les mêmes
caractéristiques biologiques, les concentrations totales en éléments majeurs ne sont pas censées
varier. Or, les concentrations totales en Fe, Ca, P, S mesurées dans Nereis succinea montrent de
fortes variabilités entre les sites (Figure 57) et suggèrent donc que la taille ou le développement
des tissus dans lesquels ces éléments sont localisés sont variables entre les organismes des
différents sites.
Il est aussi probable que les variations observées des concentrations totales en ETM dans les
organismes soient en partie associées à des variations physiologiques. Cette observation est par
ailleurs appuyée par les plus faibles concentrations en ETM mesurées dans les organismes des
sites B3, B12 et/ou B11 qui présentent aussi les plus faibles concentrations pour la plupart des
éléments majeurs alors qu’ils ne correspondent pas aux sites présentant les plus faibles
concentrations totales ou labiles dans les sédiments (Figure 57).
Ces observations indiquent que la distribution des ETM dans les organismes de l’étang de Berre
est au moins en partie contrôlée par des variables biologiques (taille, âge, sexe de l’organisme)
et pas uniquement par des variables géochimiques (concentration labiles en ETM dans les
sédiments).
Pour les autres ETM (Cd, Cr, Cu, Hg, Ni et Pb), aucune corrélation claire avec un élément mesuré
par µXRF n’est observée.
211
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Tableau 21: Matrice de corrélation de Pearson pour les concentrations totales en majeurs et ETM dans les
organismes Nereis succinea. Les lignes et colonnes grisées correspondent aux éléments ayant pu être
localisés dans les tissus des organismes par µXRF. Les valeurs en gras correspondent aux corrélations
significatives au seuil de 0.05.
Ca Mg P S Al Fe Mn As Cd Co Cr Cu Hg Ni Pb Zn
Ca 1
Mg 0.41 1
P 0.33 0.64 1
S 0.53 0.70 0.85 1
Al 0.74 0.22 0.23 0.39 1
Fe 0.71 0.37 0.14 0.41 0.73 1
Mn 0.76 0.36 0.23 0.33 0.76 0.75 1
As 0.39 0.72 0.79 0.91 0.24 0.30 0.16 1
Cd ‐0.16 0.33 0.11 0.10 ‐0.24 0.04 0.01 0.36 1
Co 0.25 0.72 0.32 0.60 0.30 0.59 0.23 0.62 0.28 1
Cr 0.29 0.41 0.22 0.37 0.27 0.56 0.40 0.43 0.71 0.54 1
Cu 0.16 0.26 ‐0.02 0.08 0.01 0.41 0.23 0.24 0.78 0.29 0.79 1
Hg ‐0.01 0.13 ‐0.16 ‐0.02 ‐0.23 0.38 0.11 ‐0.01 0.42 0.14 0.37 0.67 1
Ni 0.60 0.44 0.48 0.68 0.46 0.71 0.37 0.70 0.20 0.52 0.54 0.36 0.39 1
Pb 0.07 0.39 0.16 0.30 ‐0.05 0.19 0.01 0.54 0.85 0.44 0.76 0.63 0.25 0.50 1
Zn 0.30 0.62 0.36 0.65 0.35 0.66 0.28 0.68 0.37 0.93 0.63 0.47 0.26 0.60 0.47 1
Figure 62: Exemples de corrélations significatives et coefficients de corrélation de Pearson obtenus pour les
concentrations totales en éléments dans les tissus des organismes Nereis succinea. Les points grisés sont
exclus de la régression.
Le cas de Co et Zn
Les concentrations en Zn et Co présentent des variations dans les organismes qui ne peuvent
être attribuées à des variations des teneurs totales ou labiles dans les sédiments. Etant donné la
forte accumulation de Zn observée dans les crochets, nous proposons que ces variations soient
uniquement associées à l’état de sclérotisation ou de la taille des crochets. Cela signifie que la
bioaccumulation de ces deux éléments n’est pas supérieure dans les sites présentant des
212
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
concentrations labiles plus importantes dans les sédiments et que, par conséquent, ces deux
éléments sont régulés par les organismes. Ceci est appuyé par le fait que les concentrations de
ces deux éléments dans les organismes de l’étang de Berre sont comprises dans la gamme de
variations reportées dans la littérature provenant de milieux très faiblement à extrêmement
contaminés.
Par ailleurs, de nombreuses études ont reporté la capacité de plusieurs polychètes à réguler Zn
(ex : Bryan et Hummerstone, 1973 ; Berthet et al., 2003 ; Amiard et al., 2007). Bien qu’une telle
régulation n’ait pas été testée à ce jour pour Nereis succinea, les résultats obtenus dans cette
étude montrent que la régulation de Zn, mais aussi celle de Co, est fortement probable.
Le cas de As
La corrélation entre As et S (Figure 62) indique que les concentrations en As dans les
organismes sont probablement contrôlées par les proportions relatives du tégument dans les
organismes et ce, quelque soit les concentrations totales ou labiles de As dans le sédiment. De
plus, les concentrations en As bioaccumulées reportées ici sont parmi les plus faibles valeurs
reportées dans la littérature pour Nereis diversicolor alors que la capacité d’accumulation d’As
dans plusieurs espèces de polychètes ayant été mise en évidence par Langston (1980). Nous
devons donc supposer que As n’est pas fortement bioaccumulé par Nereis succinea dans l’étang
de Berre en lien probable avec ses faibles concentrations labiles dans les sédiments et ne
présente donc pas de risque pour Nereis succinea.
Le cas de Cd, Cr et Pb
Pour les autres ETM aucune corrélation directe significative n’est observée avec les éléments
détectés par µXRF. Cependant, une observation plus poussée montre que des corrélations
existent lorsque les sites présentant les plus fortes concentrations dans les organismes sont
exclus. C’est le cas de Cd avec S (r2 = 0.91) si on exclue les sites VA, VC, B11, B12, B8 et B5 et les
cas de Cr (r2 = 0.90) et Pb (r2 = 0.82) avec Ca si on exclue les 5 sites de l’étang de Vaïne pour Pb
et les sites RN, VA, VC, VN et B10 pour Cr (Figure 62).
Cela signifie que, pour les sites inclus dans la régression, les teneurs en Cd, Cr et Pb sont
essentiellement contrôlées par les teneurs des tissus dans lesquels ils sont accumulés (le
tégument pour Cd ; le bol alimentaire, une partie des crochets et le tégument pour Cr et Pb).
Pour les autres sites, ces ETM sont présents en excès par rapports à la distribution des tissus
porteurs ce qui suggère une plus forte bioaccumulation et donc des concentrations
biodisponibles dans les sédiments supérieures aux autres sites.
La comparaison des concentrations de Cd, Cr et Pb normalisées par rapport aux éléments
représentatifs des tissus dans lesquels ils sont accumulées dans les organismes (Cd/S, Cr/Ca et
Pb/Ca) avec les concentrations labiles obtenues par les différents extractants montrent que pour
213
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 63: Comparaison des concentrations en Cd/S et Pb/Ca dans Nereis succinea avec les concentrations
extraites par EDTA.
Cas de Cu, Hg et Ni
Pour Cu, Hg et Ni aucune corrélation claire avec un des éléments détectés par µXRF n’apparaît,
même lorsque les sites présentant les plus fortes concentrations dans les organismes sont
exclus. Aucune localisation particulière dans les tissus des organismes ne peut être proposée et
donc aucune normalisation ne peut être envisagée. Ceci indique que pour ces éléments
l’influence des variabilités physiologiques est probablement plus faible.
Cependant, des informations sur la biodisponibilité de ces éléments dans les sédiments peuvent
être proposées. Puisque leurs concentrations dans les organismes sont parmi les plus faibles
reportées dans la littérature (excepté dans le site VC pour Cu et les sites B8 et VC pour Hg) nous
pouvons supposer une faible bioaccumulation dans Nereis succinea et donc une faible
biodisponibilité dans les sédiments.
Pour Ni, ceci peut être attribué aux faibles niveaux de contamination sur l’ensemble des sites (<2
FGN ; Tableau 18) et indiquerait que cet ETM ne présente pas de risque pour les organismes
benthiques.
En revanche, pour Cu qui présente des concentrations totales relativement élevées dans les
sédiments dans l’étang de Vaïne (>2.5 fois le FGN, Tableau 18), sa faible biodisponibilité peut
être attribuée à une forte adsorption de Cu dans les sédiments. Les différents extractants
chimiques montrent que Cu est significativement extrait par EDTA (38±10% du Cu total) mais
pas par l’ascorbate ou EMS‐pH4 ou EMS‐pH6 (<3% du Cu total) (Tableau 19). Cette particularité
peut être attribuée à la complexation de Cu à la MO qui est en partie remobilisé par l’EDTA
214
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
(Agemian and Chau, 1976; Weimin et al., 1992; Tack et Verloo, 1996 ; Palma et Mecozzi, 2007) et
pas par les extractions acides (McCready et al., 2003) ou par l’ascorbate (Kostka and Luther,
1994). La particularité du site VC qui présente une forte bioaccumulation de Cu indique qu’il y
est probablement présent sous une autre forme chimique plus biodisponible. Nous ne disposons
pas d’information permettant de conclure sur sa spéciation.
Pour Hg, les fortes bioaccumulations mesurées dans les organismes du site B8 correspondent
bien avec les plus fortes concentrations totales en Hg mesurées dans les sédiments du site B8
(Figure 64). Ce n’est cependant pas le cas sur le site VC (bioaccumulation relativement forte et
concentration dans les sédiments relativement faible) ou B10 et B11 (bioaccumulations
relativement faibles et concentrations dans les sédiments relativement fortes). Ces différences
peuvent être expliquées par la spéciation complexe de Hg dans les sédiments côtiers et les
nombreux facteurs pouvant influencer sa biodisponibilité et notamment les processus de
méthylation (ex : Zizek et al., 2007). Quoi qu’il en soit, les fortes concentrations observées dans
les organismes du site B8 indiquent que dans cette zone, Hg est présent sous une forme
fortement biodisponible. La contamination en Hg dans le Golfe de St‐Chamas a déjà été observée
par le passé (en 1976, Giorgetti, 1981) et est attribuée à une activité industrielle passée
(probablement la poudrerie de St‐Chamas). Les fortes concentrations en Hg encore trouvées
dans les sédiments de surface et sa biodisponibilité, pose la question de sa mobilité dans les
sédiments et du risque qu’il constitue pour cette zone du fait de sa possible bioamplification
jusqu’à des espèces pêchées (ex : Bryan et Langston, 1992).
215
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
En effet, sur les 4 sites testés (RN, VA, VC et RN) et qui représentent bien les gammes de
contamination des sédiments de l’étang de Berre, les métallothionéines ont été observées
uniquement sur le site VA (Figure 58). Cette induction ne peut être attribuée à un ETM en
particulier car les concentrations mesurées dans les organismes de ce site ne sont pas
significativement supérieures à celles mesurées dans les autres sites. De plus, cette induction est
faible comparée à celles reportées par Rhee et al. (2007) pour le même organisme et similaire à
celles reportées par Perez et al. (2004) et Solé et al. (2009) pour Nereis diversicolor.
Ceci nous permet de proposer plusieurs hypothèses:
‐ l’écotoxicité des sédiments est telle qu’elle ne permet pas à l’organisme de métaboliser
les métallothionéines comme cela a pu être reporté par Amiard et al. (2006) ou Won et al.
(2008). Cependant, les niveaux de contamination dans l’étang de Berre étant relativement
similaires à d’autres sites où des métallothionéines ont pu être détectées dans les mêmes
organismes (Rhee et al., 2007), cela suppose que les problèmes de toxicité ne sont probablement
pas à l’origine de l’absence ou de la très faible induction mesurée dans ce travail.
‐ les ETM présents dans les sédiments ne constituent pas un stress pour Nereis succinea,
car les niveaux de concentrations des ETM biodisponibles sont trop faibles.
‐ Nereis succinea présente un mécanisme de détoxication autre que les
métallothionéines. Cette hypothèse semble la plus probable car Berthet et al. (2003) montrent
que, dans Nereis diversicolor, les proportions des ETM totaux contenus dans des protéines
intracellulaires solubles similaires aux métallothionéines sont < 35% pour Cd, Cu et Zn. Ceci
indique que les métallothionéines constituent effectivement un mécanisme de détoxication dans
ces polychètes mais que d’autres mécanismes de détoxication existent. Parmi les plus probables,
notons la formation de composés insolubles (granules et lysosomes biominéralisés) dans
l’épicuticule ou dans les cellules épidermiques au niveau du tégument (Bryan et Hummerstone,
1971 ; Mouneyrac et al., 2003 ; Rainbow et al., 2004) et/ou la formation de sphérocristaux dans
les cellules épithéliales de la paroi intestinale (Pirie et al., 1985 ; Dhainaut‐Courtois, 1988 ;
Mouneyrac et al., 2003) et dont les propriétés dans la séquestration des ETM dans ce polychète
216
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
ont été démontrées. Il semblerait donc que, comme pour Nereis diversicolor, l’utilisation des
métallothionéines comme biomarqueurs dans Nereis succinea ne soit pas pertinente dans
l’objectif d’estimer le stress que subissent ces organismes.
Ensuite, les tests de génotoxicité réalisés sur les extraits de sédiments de ces mêmes sites par
EMS‐pH4 et EMS‐pH6 montrent la présence d’agents génotoxiques mutagènes (site VA pour
EMS‐pH4 et site RN pour EMS‐pH6) et clastogènes (sites RN, VA et VC pour EMS‐pH4 et sites RN
et VA pour EMS‐pH6). Le calcul de la spéciation des ETM dissous dans ces extraits durant les
tests génotoxiques montre que les ETM majoritairement présents sous forme libre, et donc
potentiellement biodisponibles, sont As, Fe et Mn dans EMS‐pH4 et As, Fe, Mn, Co et Zn dans
EMS‐pH6 (Figure 65). Ces calculs montrent aussi que les ETM les moins potentiellement
biodisponibles sont Hg (100% complexé à la MO) et Cr et Pb (entre 50 et 100% pour Cr et entre
10 et 97% pour Pb complexé par l’acétate). Les fortes concentrations en Mn biodisponible dans
l’extrait EMS‐pH6 pourraient expliquer le résultat positif obtenu au test d’Ames. Il est établi en
effet, que Mn induit un fort taux de mutations sur les souches de S. typhimurium en conditions
faiblement acides par réaction d’auto‐oxydation (De Meo et al., 1991). Cependant, concernant les
autres extraits, la comparaison entre les concentrations en ETM et les activités génotoxiques ne
montre pas de lien direct et ne permet pas d’attribuer ces activités à un ETM en particulier. Ces
activités pourraient être la résultante de mélange en ETM génotoxiques, ou d’autres ETM non
génotoxiques séparément mais ayant montré des activités mutagènes en mélange (Bal et al.,
2011). D’autres ETM non analysés dans cette étude, tel que Sb, ou des composés organiques
hydrosolubles extraits par les solutions EMS‐pH6 et EMS‐pH4 peuvent aussi participer à ces
activités génotoxiques.
Quoi qu’il en soit, la présence d’agents génotoxiques dans ces extraits supposés potentiellement
biodisponibles nécessite d’autres investigations afin de déterminer leur nature et s‘ils peuvent
constituer un risque à long terme pour les écosystèmes.
Enfin, le test de comètes réalisé sur les cœlomocytes prélevés sur des organismes des sites B9,
B10 et B11 montre que les organismes du site B11 sont soumis à des activités génotoxiques
significativement supérieures aux deux autres sites. Ces observations correspondent bien avec
les mesures des concentrations en ETM labiles ou totales dans le sédiment qui sont pour la
plupart des ETM les plus élevées dans le site B11 en comparaison aux sites B10 et B9.
Cependant, le site B11 est aussi le site qui présente les plus fortes concentrations en
contaminants organiques (Malleret, communication personnelle). Les plus fortes activités dans
le site B11 résultent donc d’un stress global sur les organismes lié à la présence d’agents
mutagènes mais qui ne peuvent être précisément identifiées pour le moment.
217
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 65: Spéciations moyennes (n=4) des ETM dissous dans les extraits EMSp‐pH4 et EMS‐pH6
utilisés pour le mutatest (pH=6) et pour les tests des micronoyaux et des comètes (pH=7.4).
Figure 66: Densité (gauche) et diversité spécifique (droite) de la macrofaune benthiques en juin 2010
(Gipreb, communication personnelle). Pour la densité, les bivalves, crustacés et polychètes sont
distingués.
218
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Les sites B11, B10 présentent les plus fortes concentrations totales ou labiles (EDTA, ascorbate)
pour les plupart des ETM et le site B8 présente les plus fortes concentrations totales en Hg. Le
site B11 est aussi celui sur lequel des activités clastogènes ont pu être observées dans les
organismes. Ainsi, l’état dégradé des peuplements dans ces sites est en bonne correspondance
avec les travaux réalisés sur le sédiments ou les organismes et pourrait être en partie attribués à
la présence d’ETM dans les sédiments. Cependant, le rôle joué par d’autres contaminants (ex :
organique) dans ces sites ne doit pas être exclu.
L’état de dégradation observé sur le site B3 ne peut pas s’expliquer par les niveaux de
contamination qui y sont faibles ou nuls (en ETM et contaminants organiques, Malleret,
communication personnelle). Cette dégradation est sans doute liée à la proximité de
l’embouchure du chenal hydroélectrique et aux apports en eaux douces et en limons, qui malgré
les fortes diminutions de ces dernières années, ont encore très probablement un effet local très
important. L’influence locale des conditions physicochimiques du milieu sur l’état de la
macrofaune benthique est aussi particulièrement bien visible au niveau du site B12, localisé à
l’embouchure du chenal de Caronte où la salinité est la plus élevée et les variations sont les plus
faibles, et qui présente la richesse spécifique la plus élevée (Figure 66). Notons cependant que
les fortes densités observées dans le sites B12, ainsi que dans les sites B2 et B5 (>4000 ind.m‐2)
sont essentiellement liées à la présence de Musculista senhousia, une espèce invasive
particulièrement bien adaptée aux variations des conditions du milieu, et ne traduit pas un
meilleur état écologique du milieu dans ces sites.
Ainsi, bien que la présence des contaminants dans l’étang de Vaïne ou dans le golfe de Saint‐
Chamas pourrait contribuer à la dégradation des peuplements benthiques, dans le reste du
Grand Etang, les facteurs physicochimiques semblent être les plus importants.
V5. Conclusion
Ces travaux, menés en collaboration avec plusieurs laboratoires aux compétences
complémentaires, ont permis d’établir un premier bilan face aux questionnements associés à la
présence d’ETM dans les sédiments de l’étang de Berre.
Il a été mis en évidence que, dans un site faiblement à modérément contaminé comme l’étang de
Berre, l’utilisation d’un bioindicateur comme Nereis succinea nécessitait de considérer les
facteurs biologiques. A partir des concentrations totales des majeurs et ETM et de leur
localisation dans les tissus des organismes il a été montré que Zn et Co étaient majoritairement
régulés par Nereis succinea pour leur utilisation pour la sclérotisation des crochets. L’utilisation
de Nereis succinea n’est donc pas adaptée pour estimer le risque que pourrait constituer ces
ETM. Il a aussi été montré que la taille de l’organisme ou le développement de certains tissus en
219
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
fonction du cycle de vie, de l’âge ou du sexe des individus pouvaient aussi fortement influencer
les teneurs totales en ETM dans ces organismes. A partir d’une étape de normalisation par
rapport aux éléments pouvant être représentatifs des principales phases porteuses au sein de
l’organisme, ainsi que des extractions chimiques du sédiment, nous avons pu avancer certaines
hypothèses concernant le risque que peuvent constituer les autres ETM dans les sédiments pour
les organismes benthiques dans l’étang de Berre :
‐ As et Ni ne présentent probablement pas de risque pour les organismes benthiques en
lien avec leurs faibles niveaux de contaminations et leur faible bioaccumulation.
‐ Cu qui présente des niveaux de contamination modérés ne semble pas non plus
constituer un risque pour ces organismes du fait de sa faible biodisponibilité dans les sédiments,
probablement en lien avec sa forte association avec la matière organique.
‐ Cependant, pour Cd, Cr, Hg et Pb qui présentent des niveaux de contamination modérés,
leur biodisponibilité ainsi que leur bioaccumulation dans les organismes peuvent être
importantes dans l’étang de Vaïne ou dans le golfe de Saint‐Chamas (Hg) et pourraient entrainer
un risque potentiel de contamination pour les organismes benthiques. Ce risque est
particulièrement important pour Hg et Pb qui sont des ETM non essentiels.
Les tests réalisés sur quelques sites pour évaluer le stress que pouvaient constituer ces ETM
pour les organismes benthiques ont permis de montrer que :
‐ les métallothionéines n’étaient pas un bon biomarqueur de ce stress du fait de la
présence d’autres mécanismes probables de détoxication chez Nereis succinea, tels que la
métabolisation de granules épidermiques ou de sphérocristaux dans les cellules épithéliales du
tube digestif.
‐ les substances extraites par EMS‐pH4 et EMS‐pH6 présentaient des activités
génotoxiques, mutagènes et/ou clastogènes/eunogènes mais ne pouvaient être attribuées à un
de ces ETM en particulier et qu’il existe probablement d’autres substances inorganiques ou
organiques hydrosolubles génotoxiques qui n’ont pas été mesurées dans ces extraits.
‐ les premiers résultats de tests de génotoxicité sur les cœlomocytes de Nereis succinea
montrent clairement que les organismes provenant du site le plus contaminé en ETM et en
contaminants organiques subissent un stress génotoxique plus important. Si les contaminants
présents dans les sédiments constituent effectivement un stress pour ces organismes, il n’est pas
possible dans ce cas d’attribuer ce stress à un ETM. Cet outil est cependant prometteur pour la
suite des travaux sur la contamination benthique.
Enfin, ce travail montre que la contamination des sédiments, peut effectivement être un des
facteurs responsables de l’état de dégradation de la macrofaune benthique. En effet, nous avons
pu observer une bonne correspondance entre les sites présentant les plus forts niveaux de
220
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
En perspective de ce travail, il est nécessaire pour une meilleure compréhension des liens entre
contamination et dégradation des peuplements benthiques et de valider le choix de Nereis
succinea comme un bioindicateur robuste, de caractériser plus précisément la distribution des
ETM dans les tissus de ces organismes, d’affiner leur sélection (ex : en taille) avant leur analyse
et de vérifier les autres processus de détoxication probables et de leur utilisation comme
biomarqueurs. L’activité métabolique de ces organismes pouvant évoluer au cours de l’année,
l’évolution temporelle des concentrations en ETM et de ces biomarqueurs devrait être aussi
étudiée. Les tests génotoxiques réalisés sur les cœlomocytes sur quelques individus devraient
être testés sur un plus grand nombre d’individus et de sites afin de mieux caractériser le stress
que subissent ces organismes.
Dans le cas du golfe de St‐Chamas des analyses portant sur d’autres organismes appartenant à
un niveau plus élevé dans le réseau trophique devrait être menées afin d’évaluer l’éventuelle
bioamplification de Hg dans cette zone.
Enfin, il serait intéressant d’utiliser d’autres bioindicateurs tels que Brachidontes marioni ou
Musculista senhousia qui sont les deux autres espèces benthiques les plus abondantes dans
l’étang de Berre. Ce choix pourrait constituer un complément aux travaux effectués sur Nereis
succinea (notamment pour l’estimation de la biodisponibilité de Zn et Co) et aurait une
significativité particulière dans l’étang de Berre où des projets de mytiliculture et ostréiculture
sont à l’étude (GIPREB, communication personnelle).
Une partie de ces perspectives est déjà en cours d’étude dans le projet BERTOX initié en 2010.
221
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Comme énoncé précédemment, la technique des DGT n’a pas pu être utilisée dans le cadre de ce
travail pour estimer la biodisponibilité des ETM des sédiments dans les conditions naturelles
observées lors du prélèvement. La raison est liée au protocole utilisé qui a entrainé une
profonde modification des conditions biogéochimiques dans le sédiment, et donc de la
biodisponibilité des ETM, par rapport aux conditions in situ. Cependant, l’utilisation de la
technique des DGT dans les sédiments étant en cours de développement certaines observations
obtenues dans ce travail sont intéressantes d’un point de vue méthodologique et sont abordées
dans cette section.
plupart des sites et les différences pour Ni et Co varient selon les sites (exemples de ΣH2S, ΣPO4,
Fe, Mn, As, Co et Ni Figure 68). Ces différences indiquent que l’étape d’homogénéisation a
fortement perturbé les sédiments et que les conditions in situ ne sont pas atteintes après l’étape
d’équilibration. Les sédiments ont atteint un nouvel état biogéochimique qui a nécessairement
entrainé la modification de la labilité des ETM dans les sédiments et donc leur potentielle
biodisponibilité. Du fait de ce biais, les résultats obtenus par la technique des DGT ne pourront
être utilisés pour estimer la biodisponibilité des ETM dans les sédiments en conditions
naturelles.
223
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 68: Potentiel d’oxydo‐réduction et concentrations en ΣH2S, ΣPO4, Fe, Mn, As, Co, Ni et Mo dans les eaux interstitielles in situ des sédiments lors du
prélèvement et dans les eaux interstitielles des sédiments homogénéisés pour l’expérimentation des DGT après 16 jours d’équilibration. Pour les sédiments
homogénéisés des sites B1, B3, B8, B9, B10 et B11, les concentrations reportées correspondent à la moyenne (la barre d’erreur représente ± 1 écart‐type)
des 5 pots préparés. Les potentiels d’oxydoréduction de SO42‐/HS‐ et Fe(OH)3/Fe2+ sont reportés (Jorgensen, 2006).
224
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Dans les sédiments homogénéisés, les sites ayant de faibles concentrations en ΣH2S et de fortes
concentrations en Fe ont des valeurs de Eh comprises entre les potentiels d’oxydo‐réduction de
Fe(OH)3/Fe2+ (∼ ‐10 mV) et de SO42‐/HS‐ (∼ ‐200 mV ; Jorgensen, 2006) tandis que les sites
présentant les plus fortes concentrations en ΣH2S et les plus faibles concentrations en Fe ont des
valeurs de Eh inférieures au couple SO42‐/HS‐ (Figure 68). Ceci signifie clairement que les
concentrations en Fe et ΣH2S sont contrôlées par les réactions d’oxydo‐réduction primaires en
lien avec la minéralisation de la MO. Ainsi les fortes concentrations en Fe sont attribuées à sa
remobilisation lors de la réduction de Fe(OH)3 et les fortes concentrations en ΣH2S sont
associées à leur production lors de la réduction de SO42‐. L’absence de Fe dans les sites les plus
anoxiques peut être attribuée à sa précipitation sous forme de FeS/FeS2 en accord avec ce qui a
été montré dans le Chapitre IV.
Concernant ΣPO4, As et Ni, nous pouvons supposer que leur cycle est étroitement couplé à celui
de Fe. En effet, lorsque Fe(OH)3 est présent dans les sédiments (pas complètement réduits, sites
B3, B8, B10, B11 et B13), ces espèces y sont fortement associées et sont présentes qu’en faibles
concentrations dans les eaux interstitielles. Par contre, lorsque Fe(OH)3 a été réduit (sites B1,
B2, B5, B7, B9 et B12), ces espèces sont remobilisées dans les eaux interstitielles (Figure 68). Ces
observations sont aussi en accord avec les résultats obtenus dans le Chapitre IV. De plus, les
fortes concentrations en Ni et As (jusqu’à 1000 nM pour As) dans les sédiments malgré les fortes
concentrations en ΣH2S indiquent aussi que ces éléments ne précipitent pas directement sous
forme de sulfures, mais que leur piégeage dans les sédiments anoxiques s’effectue plutôt par
adsorption sur FeS/FeS2. Les fortes concentrations observées indique une cinétique
d’adsorption sur FeS/FeS2 relativement lente (par rapport à une précipitation directe sous
225
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
forme de sulfure) et probablement l’état transitoire des conditions atteintes dans les sédiments
homogénéisés.
A partir de ces observations un scénario des changements biogéochimiques qui ont été
provoqués peut être proposé. Tout d’abord, l’homogénéisation des sédiments a entrainé
l’enfouissement de Fe(OH)3 et de la MO réactive initialement présents dans la couche de surface.
L’oxydation du sédiment observée après homogénéisation (Figure 67) traduit directement
l’intrusion de Fe(OH)3 (et probablement en partie d’oxygène au contact de l’atmosphère) dans le
sédiment initialement anoxique. Après la consommation dans les 3 premiers jours des différents
oxydants du milieu (ex : O2, NO3‐, MnO2), Fe(OH)3 devient le principal oxydant utilisé pour
minéraliser la MO induisant la plus lente diminution des potentiels d’oxydo‐réduction (Figure
67) et la libération de fortes quantités de Fe dans les eaux interstitielles. Pour certains sites (B1,
B2, B5, B7, B9 et B12, Figure 68), que nous supposons présenter une MO plus réactive et/ou des
teneurs en Fe(OH)3 plus faibles, le réservoir de Fe(OH)3 est consommé ce qui permet la
libération dans les eaux interstitielles de ΣPO4, As et Ni qui y était initialement associés. Pour ces
sites, l’oxydant prioritaire devient SO42‐ et on assiste alors au franchissement du seuil des ‐200
mV pour le potentiel d’oxydo‐réduction, à la libération de ΣH2S et à la précipitation de FeS/FeS2.
226
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Pour illustrer ces résultats nous nous intéresserons par la suite uniquement à Fe, Mn et Ni qui
reflètent différentes conditions pouvant être rencontrées. Le cas de Co et Cr sont assez proches
du cas de Ni. Pour les autres ETM (Cd, Cu, Pb et Zn), les résultats n’ont pu être interprétés car ils
ne présentaient pas d’accumulations significatives dans les résines au cours du temps. Le cas
particulier de As sera aussi abordé.
La comparaison entre les CDGT‐24h pour Fe, Mn et Ni et les CEI (Figure 69) montrent que :
‐ les CDGT‐24h reportent bien les variations de CEI entre les sites (coefficient de corrélation
de 0.66 pour Fe, 0.84 pour Mn et 0.87 pour Ni si l’on excepte le site B1).
‐ les valeurs CDGT‐24h pour Fe sont pour la plupart des sites du même ordre de grandeur
que les CEI (R=0.7±0.2 excepté pour les sites B10 et B13 qui sont > 4). Ceci nous permet de dire
que pour la plupart des sites, le flux de Fe à la DGT est dans le cas « soutenu » et donc qu’un fort
réapprovisionnement par la phase solide est présent.
‐ les valeurs CDGT‐24h pour Mn et Ni sont inférieures à celles de CEI. Les valeurs de R sont
de 0.37±0.07 pour Mn et correspond au cas « partiellement soutenu » indiquant que la
diminution des concentrations dans les eaux interstitielles est en partie compensée par un
réapprovisionnement depuis la phase solide. Pour Ni, les valeurs de R sont très faibles
(0.06±0.02) et indiquent que Ni correspond au cas « diffusif » et donc que le
réapprovisionnement par la phase solide est très faible.
227
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 69: Concentrations en Fe, Mn, Co et Ni dans les eaux interstitielles calculées à partir de la masse
d’ETM accumulées dans les DGT au bout de 24h de déploiement (CDGT‐24h) et mesurées après extraction
par centrifugation (CEI). Rq : pour chaque paramètre est reporté sur une échelle spécifique.
Le cas particulier de As :
L’arsenic est présent dans les eaux interstitielles sous forme d’oxyanions et ne présente pas
d’affinité avec la Chelex (Garmo et al., 2003). Cependant les analyses de As dans les élutions des
résines dans HNO3 (5%) montrent que ses concentrations varient selon les sites. Nous avons
calculé la concentration en As dans les eaux interstitielle (CAsDGT en nM) en supposant que la
quantité d’As contenue dans la couche contenant la résine provenait uniquement de
l’équilibration avec les eaux interstitielles, similairement à la technique des DET (Diffusive,
228
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Gradient in Thin‐films, Davison et al., 1991), et en supposant que la teneur en eau de la couche
de résine (θres) était de 90%, selon l’équation :
θ m + m HNO 3
CAs−DGT = CAs−élution res res (Equation V‐2)
θ resmres
où CAsélution est la concentration de As dans l’élution de la résine (en nM), mres et mHNO3 sont les
masses de la résine et de HNO3 utilisé pour l’élution (en g).
€
Les concentrations en As recalculées sont relativement proches de celles mesurées dans les eaux
interstitielles (R2=0.95) (Figure 70). Ceci indique que la technique DGT peut aussi être utilisée
similairement à la technique des DET pour les éléments n’ayant pas d’affinité pour la Chelex.
3.2. Estimation de la labilité des ETM à partir des cinétiques d’accumulation dans les
résines
3.2.1. Cinétiques d’accumulation
L’accumulation de Fe, Mn et Ni dans la résine et leurs flux à la DGT au cours du temps (6h, 12,
24h, 48h et 96h) pour les 6 sites (B1, B3, B8, B9, B10 et B11) sont présentés dans la Figure 71.
Conformément à ce qui est attendu, les quantités de Mn, Ni et Fe accumulées augmentent au
cours du temps et leur flux diminuent, traduisant le pompage de ces ETM par la DGT et leur
appauvrissement dans les eaux interstitielles.
Figure 71: Evolution des masses de Fe, Mn et Ni accumulées dans la résine (graphiques du haut) et des
flux à la DGT (graphiques du bas) au cours du temps de déploiement.
229
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
sédiments : l’eau interstitielle dans laquelle la mobilité des ETM est contrôlée par diffusion, et
une phase particulaire présentant des sites de sorption faibles ou forts (Figure 72). Jusqu’à
présent, DGT‐PROFS a été utilisé sur des expérimentations réalisées en sédiments artificiels (Nia
et al., soumis) et le jeu de données issus de l’expérimentation menée sur les sédiments de l’étang
de Berre constitue sa première application à des sédiments naturels.
Figure 72: Description des compartiments et des interactions entre eux dans
le mode consécutif du modèle DGT‐PROFS (d’après Ciffroy et al., 2011).
Les paramètres d’entrée du modèle sont les masses d’ETM accumulées dans les résines, les
concentrations dans les eaux interstitielles (CEI), les coefficients de diffusion moléculaire
corrigés de la température et de la salinité, la porosité des sédiments et la concentration en
métal labile sur la phase particulaire (Cl). Concernant ce dernier point nous avons utilisé les
concentrations en ETM extraites par l’ascorbate et par l’EDTA pour Mn afin de caractériser
l’influence de ce paramètre sur les résultats du modèle. Dans le cas de Ni ou les concentrations
extraites par EDTA et ascorbate sont similaires (NiASC=0.99.NiEDTA, R2=0.98) seules les
concentrations extraites par ascorbate ont été utilisées.
A partir de la modélisation obtenue pour chaque cinétique d’accumulation des ETM dans les
résines, le modèle permet d’obtenir :
‐ la distribution des ETM entre les sites de sorption faibles et forts décrit par le
paramètre αfaible qui représente la proportion d’ETM associée aux sites de sorption faible,
‐ les taux de désorption depuis les sites particulaires faibles (kdes‐1) et forts (kdes‐2) (s‐1).
Des exemples de modélisation sont reportées dans la Figure 73 et les paramètres αfaible, kdes‐1 et
kdes‐2 sont reportés dans le Tableau 22. Excepté pour Ni dans les site B1 et B3 qui n’ont pu être
correctement modélisé, la modélisation des cinétiques d’accumulations de Mn et Ni présentent
des incertitudes relativement faibles (entre 2 et 23%) et peuvent être discutées (Tableau 22).
230
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Figure 73: Exemples de modélisation des cinétiques d’accumulation de Mn et Ni dans les résines du site
B9 obtenues par DGT‐PROFS avec les concentrations sorbées dans le sédiments fixée à partir des
extractions ascorbate. La courbe pleine noire représente la moyenne sur 1000 simulations et les courbes
en pointillé représentent l’intervalle de 90% autour de la moyenne. La courbe rouge en pointillé
représente la modélisation pour un cas diffusif uniquement (pas d’ETM mobilisable depuis la phase
particulaire).
Tableau 22: Valeurs des paramètres αfaible, kdes‐1 et kdes‐2 obtenus à partir de la modélisation des
cinétiques d’accumulation de Mn et Ni dans les résines obtenues par DGT‐PROFS avec les
concentrations labiles estimées à partir des extractions ascorbate. Pour Mn, les résultats obtenus à
partir des concentrations labiles par extraction EDTA sont aussi reportés. L’erreur sur la
modélisation, ainsi que les concentrations adsorbées sur les sites faible de la phase particulaire (Cs‐
faible) sont reportées.
Ni
B1 Non modélisable
B3 Non modélisable
B8 5% 2.0.10‐8 1.1.10‐10 15% 0.10
B9 1% 3.2.10‐7 5.5.10‐10 2% 0.02
B10 5% 2.3.10‐8 1.1.10‐10 12% 0.22
B11 0% 4.3.10‐6 5.3.10‐10 18% 0.01
231
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
3.2.5. Comparaison de Csfaible avec les fractions labiles obtenues par extractions
chimiques
Les concentrations associées aux sites faibles (Cs‐faible) sont très faibles comparées aux
concentrations totales dans les sédiments et correspondent à 1.2‐4.5 % pour Mn et à 0.02‐
0 .66% pour Ni. Si l’on compare cette valeur aux concentrations labiles d’ETM obtenus par les
232
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
différentes extractions chimiques utilisées au cours de ce travail, il ressort que la quantité d’ETM
extraite par la technique des DGT est systématiquement la plus faible (Figure 74). Ceci signifie
que la technique des DGT permet d’accéder à un réservoir labile très réactif.
Du fait du changement des conditions associé à l’homogénéisation des sédiments, ces réservoirs
n’ont pu être comparés aux teneurs accumulées dans Nereis succinea comme nous l’avons fait
pour les autres techniques dans ce chapitre. Des études sont donc à entreprendre pour vérifier
la représentativité de la technique des DGT vis à vis de la fraction biodisponible.
Figure 74: représentation des fractions labiles moyennes de Mn et Ni estimées par les différents
protocoles d’extraction chimiques (EMS‐pH4, EMS‐pH6, EDTA, ascorbate) et par la technique des
DGT.
233
CHAPITRE V : ESTIMATION DE LA BIODISPONIBILITE ET DE LA TOXICITE DES ETM POUR LES ORGANISMES BENTHIQUES
Ainsi, la technique des DGT dans l’état actuel de son développement, bien que prometteuse, n’est
pas encore bien adaptée pour son utilisation dans l’estimation de la biodisponibilité en milieu
naturel.
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237
CONCLUSION GENERALE
Ce travail de thèse s’est intéressé aux problématiques associées à la présence d’éléments traces
métalliques (ETM) dans les sédiments en milieux côtiers. En s’appuyant sur le cas particulier de
l’étang de Berre, une lagune méditerranéenne fortement industrialisée, les études que nous
avons menées ont porté sur :
‐ (i) l’évaluation des niveaux de contamination actuels, la chronologie des apports en
contaminants et l’influence de différents facteurs dont la mise en place de réglementations sur
les rejets industriels et des rejets de limons par l’usine hydroélectrique,
‐ (ii) l’évaluation de la mobilité des ETM dans les sédiments et leurs flux à l’interface
eau/sédiment avec une attention particulière sur l’influence des conditions d’oxygénation de la
colonne d’eau sur cette mobilité et ces flux,
‐ (iii) l’évaluation de leur biodisponibilité et du risque potentiel qu’ils peuvent constituer
pour les écosystèmes benthiques.
Au cours de ce travail, nous avons étudié les différents compartiments des sédiments : la phase
particulaire, la phase dissoute et/ou la matrice biologique par des outils classiques (carottes,
peepers, codes de spéciation géochimiques, extractions chimiques…) et d’autres plus originaux
(DGT, SUSANE, modélisation PROFILE, incubation de carottes, µXRF, biomarqueurs, …). Ceci
nous a permis d’avancer dans la caractérisation des problématiques énoncées plus haut en
améliorant les connaissances scientifiques fondamentales de certains processus et en apportant
des réponses posées par les gestionnaires de l’étang de Berre.
Avancées scientifiques
Nous avons pu identifier les principaux processus diagénétiques qui contrôlaient la mobilité des
ETM dans les sédiments. Dans la couche oxique des sédiments de surface, cette mobilité est
contrôlée par les réactions d’adsorption/co‐précipitation de As, Cr, Ni, Hg/MeHg sur Fe(OH)3 et
de Co sur MnO2. Dans la couche anoxique sous‐jacente, elle est contrôlée par les réactions
d’adsorption/co‐précipitation de As et Hg/MeHg sur FeS/FeS2 et par la précipitation directe de
Co et Ni sous forme de sulfures métallique. La capacité des ETM à diffuser depuis les sédiments
vers la colonne d’eau est dépendante de la compétition qui se met en place entre les processus
de remobilisation lors de la réduction de Fe(OH)3 et MnO2 dans la couche suboxique des
sédiments et leur piégeage en association avec les sulfures dans le sédiment anoxique ou leur
piégeage avec Fe(OH)3/MnO2 dans la couche oxique des sédiments. Il a aussi montré que pour la
plupart des ETM les processus de piégeage dominaient largement les processus de
remobilisation mais que selon les conditions du milieu des flux relativement importants vers la
colonne d’eau pouvaient se produire. Nous avons aussi pu montrer le cas particulier de Cr qui,
238
CONCLUSION GENERALE
Une autre avancée de ce travail concerne les informations sur les processus permettant de faire
le lien entre la labilité des ETM dans les sédiments, leur bioaccumulation dans un organisme
benthique cible largement représenté dans écosystèmes benthiques côtiers, le polychète Nereis
succinea, et les risques d’écotoxicité qu’ils peuvent engendrer. Nous avons montré le rôle que
peuvent avoir les mécanismes biologiques sur le contrôle de la bioaccumulation et la nécessité
de les prendre en compte dans les milieux aquatiques côtiers faiblement à modérément
contaminés, qui caractérisent la plupart des milieux côtiers. La méthode développée dans ce
travail, inspirée des techniques géochimiques portant sur les sédiments, a été d’utiliser une
normalisation des teneurs en ETM dans les organismes par rapport à un élément majeur de
l’organisme (Ca, S, P, …) pouvant représenter un tissu porteur en particulier, et ainsi, prendre en
compte la variabilité physiologique entre les organismes. Ceci a pu être fait grâce à l’analyse des
éléments majeurs dans les organismes qui est rarement réalisée. Notons que ces variabilités
physiologiques pourraient être diminuées par la sélection plus fine des individus lors du
prélèvement (taille, sexe, âge, différentiation de tissus particuliers, …) mais qu’une telle sélection
n’est pas tout le temps possible du fait de la difficulté technique qu’elle constitue ou du nombre
limité d’individu pouvant être collectés. Des améliorations quant à la localisation et la spéciation
des ETM dans les tissus biologiques restent cependant nécessaires et pourraient être apportées
239
CONCLUSION GENERALE
par l’utilisation de techniques analytiques plus poussées que la µXRF (ex : spectroscopie XANES
et EXAFS).
Un autre intérêt de ce travail a été l’utilisation de biomarqueurs de défense et de dommage sur
des organismes présents dans le milieu naturel, exercice souvent mentionné comme nécessaire
pour parfaire leur validation pour des conditions environnementales et physiologiques
variables. La quantification de l’induction des métallothionéines comme biomarqueurs de
défense s’est avérée inadapté pour l’évaluation du stress que pouvaient constituer les ETM dans
les sédiments pour Nereis succinea du fait de la présence probable d’autres mécanismes de
détoxication chez cet organisme. L’identification de ces mécanismes, qui pourraient être la
synthèse de granules épidermiques ou de sphérocristaux dans les cellules épithéliales du tube
digestif comme cela a pu être reporté chez une espèce très similaire, Nereis diversicolor, pourrait
permettre la sélection d’un autre biomarqueur de défense plus adapté pour les polychètes. En
revanche, les tests de génotoxicité semblent être des biomarqueurs de dommage efficaces pour
Nereis succinea puisque des différences ont pu être observées entre différents individus et
reliées au niveau global de la contamination des sédiments. Cependant, des tests sur un plus
grand nombre d’individus et de sites doivent encore être entrepris pour valider définitivement
cet outil.
Pour la première fois, des tests de génotoxicité ont été réalisés sur des extraits de sédiments
supposés représenter une fraction biodisponible. Ils ont montré des activités génotoxiques,
mutagènes et/ou clastogènes/aneugènes significatives pour certains sites mais qui n’ont pu être
reliés à un ETM en particulier. D’autres tests devraient aussi être entrepris pour identifier le(s)
composé(s) ou groupes de composés qui pourraient en être responsables.
Enfin, nous avons aussi apporté un certain nombre d’information sur l’utilisation de la technique
des DGT, qui est en cours de développement pour son utilisation dans l’évaluation de la
biodisponibilité des ETM dans les sédiments. Nous avons montré que le modèle récemment
développé DGT‐PROFS est un outil robuste pour interpréter les cinétiques d’accumulation des
ETM dans les DGT et pour quantifier les concentrations en ETM labiles dans les sédiments
naturels anoxiques. Cependant, les protocoles d’utilisation des DGT, impliquant notamment
l’homogénéisation des sédiments et leur équilibration pendant un certain temps au laboratoire,
ne sont pas compatibles avec des études sur le milieu naturel du fait des fortes modifications
biogéochimiques que ces étapes entrainent. Des travaux de validation de cet outil en milieu
naturel sont donc nécessaires pour vérifier sa capacité à reproduire la fraction biodisponible des
ETM dans les sédiments.
240
CONCLUSION GENERALE
‐ la contamination des sédiments de l’étang de Berre a été très importante par le passé
avec une chronologie qui diffère entre le Grand Etang et l’étang de Vaïne. Dans le Grand Etang,
les niveaux maximums de contamination ont été atteints dans les années 1950‐1960 pour tous
les ETM. A partir des années 1970, les niveaux de contamination ont fortement diminué sous
l’influence des réglementations sur les rejets industriels et nous avons pu estimer ces
diminutions à 90% pour Cd et Hg, 80% pour Pb, 70% pour As, 50% pour Zn et 20% pour Cu.
Dans l’étang de Vaïne deux périodes de contamination ont pu être mise en évidence en
correspondance avec les deux vagues d’industrialisation de ses rives : à partir des années 1930
pour tous les métaux et autour des années 1980 pour Co, Cr et Ni. La deuxième vague
d’industrialisation correspond à la mise en place des réglementations et il est plus difficile de
quantifier leur influence dans cette zone.
‐ l’ouverture de l’usine hydroélectrique de Saint‐Chamas en 1966 s’est accompagnée par
le rejet de fortes quantités de limons faiblement contaminés en provenance de la Durance. Le
dépôt de ces limons dans la zone Nord du Grand Etang s’est accompagné par une dilution de la
contamination dans les sédiments de surface pouvant être estimé à 80‐85% pour Hg et Pb et à
50% pour Cu.
‐ les concentrations en ETM des sédiments de surface actuel de l’étang de Berre sont les
plus faibles depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui, les sédiments se caractérisent par des
niveaux de contamination faibles (As, Ni, Zn) à modérés (Cd, Cu, Cr, Pb, Hg). Cependant, des
niveaux de contamination très forts ont été observés quelques centimètres sous la surface des
sédiments dans le Grand Etang et l’étang de Vaïne et nécessite donc de prendre des précautions
lors d’éventuels travaux pouvant s’accompagner de remise en suspension de sédiments.
‐ les niveaux de contamination les plus élevés se retrouvent dans l’étang de Vaïne (Cd,
Cu, Cr, Pb, Hg) et la zone sud‐ouest du Grand Etang à l’embouchure du chenal de Caronte et le
long de la digue du canal du Rove (Cr, Hg) et sont probablement attribués à des rejets récents en
ETM par les industries sur le pourtour de l’étang de Vaïne (pour l’étang de Vaïne) et par les
industrie dans le chenal de Caronte/Golfe de Fos et/ou l’usine pétrochimique de la Mède (pour
la zone sud‐ouest du Grand Etang). Une contamination modérée en Hg a aussi été mise en
évidence dans le golfe de Saint‐Chamas et est associée à des rejets historiques locaux.
‐ les ETM sont majoritairement piégés dans les sédiments mais des flux depuis les
sédiments vers la colonne d’eau ont pu être mis en évidence mais varient fortement selon les
conditions d’oxygénation de la colonne d’eau. Les conditions anoxiques dans la zone sud du
Grand Etang favorisent des flux importants vers la colonne d’eau pour la plupart des ETM et en
ΣH2S, ΣNH4 et ΣPO4 qui diminuent fortement ou s’inverse tout en devenant plus importants pour
Co, Mn et NO3‐ en conditions oxiques. Ces apports pourraient contribuer à la dégradation de la
qualité des eaux et à la dégradation de l’écosystème de l’étang de Berre du fait de la toxicité
potentielle de certaines espèces (ex : ETM, NH4+ ou H2S) mais aussi contribuer à l’eutrophisation
241
CONCLUSION GENERALE
de la zone (ΣPO4, ΣNO3). Cependant, la présence d’organisme benthique dans l’étang de Vaïne
influence probablement ces flux. Dans ce travail, cette influence n’a pu être quantifiée et d’autre
techniques devraient être utilisées telles que les chambres benthiques afin de mesurer les flux
totaux à l’interface prenant en compte aussi l’activité macrobenthique. Des travaux restent aussi
à entreprendre pour estimer l’importance de ces flux à l’échelle de l’étang de Berre.
‐ Dans le cas d’un arrêt des rejets hydroélectriques la modification majeure attendue
serait une déstratification de la colonne d’eau et la réoxygénation des fonds du Grand Etang. Une
réoxygénation complète et permanente de la colonne d’eau entrainerait probablement l’arrêt ou
la diminution des flux de la plupart des ETM et des espèces telles que ΣH2S, ΣNH4, ΣPO4 mais
s’accompagnerait de flux importants de ΣNO3. Une réoxygénation simplement partielle du fond
de la colonne d’eau s’accompagnerait probablement par des flux plus importants en Mn et Co. Là
aussi la recolonisation des fonds pourraient fortement impacter ces flux et devra être prise en
compte dans le futur.
‐ Les travaux sur les sédiments et l’organisme benthique cible, Nereis succinea, ont
permis de montrer que parmi les ETM étudiés, As, Ni et Cu ne constituent à priori pas un risque
particulier pour l’écosystème benthique du fait de leurs faibles niveaux de contamination (As et
Ni) ou de la faible biodisponibilité dans les sédiments (Cu). Pour Cd, Cr, Hg et Pb, leur
biodisponibilité et bioaccumulation peuvent être importantes dans l’étang de Vaïne ou le golfe
de Saint‐Chamas (Hg) et pourraient contribuer à un stress pour les organismes benthiques.
‐ le choix de Nereis succinea s’est révélé comme un bioindicateur relativement sensible
pour l’estimation de la biodisponibilité des ETM cités précédemment. Il n’est cependant pas
adapté pour l’estimation du risque que constitue Co et Zn dans les sédiments et d’autres
bioindicateurs devraient être testés tels que le bivalve Brachidontes marioni qui serait pertinent
en vue d’un développement probable d’activités ostréicoles ou mytilicoles dans l’étang de Berre.
‐ les tests de génotoxicité réalisés sur des organismes provenant de quelques sites
semblent prometteurs pour l’estimation du stress global que subissent ces organismes
benthiques mais reste cependant à valider.
‐ la présence de contaminants dans les sédiments du golfe de Saint‐Chamas (Hg) et dans
l’étang de Vaïne (ETM et contaminants organiques) pourrait expliquer les plus faibles densités
et diversités spécifiques de la macrofaune benthique dans ces zones. Cependant dans le Grand
Etang, la variabilité des conditions physicochimiques dans la colonne d’eau semblerait être la
principale cause de la dégradation de ces peuplements.
Dans un contexte de restauration et dans l’objectif d’atteindre un bon état écologique de l’étang
de Berre dans les années à venir, nous pouvons dire que malgré l’efficacité des mesures prises
pour diminuer les rejets en contaminants, la présence de contaminants dans les sédiments de
242
CONCLUSION GENERALE
surface participe sans doute localement à la dégradation des écosystèmes benthiques de l’étang
de Berre. Quelles pourraient être les mesures envisageables pour limiter cette dégradation ?
‐ la mise en place de techniques de management de sédiments contaminés telles que le
dragage ou le « sediment capping ». Si ces techniques permettraient d’éliminer les problèmes de
contamination, ils entraineraient une très forte dégradation des organismes benthiques
(macrofaune, herbiers reliques) qui ont réussi à se maintenir jusqu’à aujourd’hui mais aussi des
coûts importants concernant la réalisation de ces travaux et la gestion des sédiments dragués à
terre du fait qu’ils dépassent en profondeur, pour plusieurs éléments, le niveau N2 (arrêté du 14
juin 2000 concernant les sédiments de dragage en milieu estuariens) entrainant l’interdiction de
leur immersion. Personnellement, le dragage ou le « sédiment capping » ne me semblent pas
appropriés dans un zone telle que l’étang de Berre, ni même économiquement ou
écologiquement souhaitables.
‐ une solution, qui me semble plus adaptée, serait de privilégier l’atténuation naturelle de
la contamination en laissant au système le temps d’enfouir progressivement les contaminants
plus en profondeur dans le sédiment. Cette solution prendra nécessairement plusieurs
décennies pendant lesquelles des études devront être menées dans l’étang de Vaïne et le golfe de
Saint‐Chamas afin d’évaluer les capacités des contaminants à intégrer des espèces biologiques
d’intérêts pour l’homme (ex : poissons, moules, huitres). En parallèle, il est important de
maintenir les normes sur les rejets industriels ou urbains dans l’étang mais aussi d’accentuer les
efforts pour identifier et limiter les sources diffuses de contaminants.
243
244
ANNEXE I
Dans les eaux interstitielles anoxiques, l’apparition de composés tels que H2PO4‐/HPO42‐ (pk =
6.0), HPO42‐/PO43‐ (pk = 8.9), NH4+/NH3 (pk = 9.4), H2S/HS‐ (pk = 6.6), H3PO4/H2PO4‐ (pk = 1.6)
participent à l’alcalinité totale et doivent être pris en compte. L’alcalinité totale s’exprime alors :
Alc totale = [HCO3-] + 2[CO32-] + [B(OH)4-] + [H3SiO4-] + 2[H2SiO42-] + [HPO42-] + 2[PO43-] +
[NH3] + [HS-] + [OH-] - [H3PO4] - [HSO4-] - [H+]
force ionique I = 0 .7 M). La forme acide de l’indicateur (BBH, pour pH < pkBBH/BB‐) est de couleur
jaune‐vert et sa forme basique (BB‐, pour pH > pkBBH/BB‐) est de couleur bleue. La solution de
NaCl permet de tamponner la force ionique de la solution afin de limiter les variations des pk
des couples HCOOH/HCOO‐ et BBH/BB‐.
Lorsque l’échantillon est mis en présence du réactif, l’ensemble des bases dissoutes de
l’échantillon sont neutralisées par l’acide formique pour former du formiate HCOO‐.
L’augmentation du pH induit par la consommation d’acide formique va modifier les proportions
des différentes formes de l’indicateur coloré. La couleur de la solution passe d’une couleur
jaune‐verte à une couleur plus ou moins bleue dépendamment de la quantité d’acide ayant été
neutralisée. L’absorbance de la solution est lue à 590 nm.
Les étalons de concentration de 0, 1, 2.5, 5, 7.5 ; 10 et 12.5 mM sont fabriqués avant chaque série
d’analyse à partir de NaHCO3 dans une solution de NaCl de concentration entre 20 et 35 g/l
selon la salinité des échantillons étudiés.
Des précautions particulières quand à la conservation des échantillons avant analyse doivent
être prises pour éviter que les carbonates ne s’équilibre avec le CO2 atmosphérique et dans le cas
des eaux interstitielles du fait de la présence d’espèces réactives à l’oxydation telles que HS‐ ou
d’espèces volatiles tels que NH3. Ces échantillons sont stockés à 4°C dans des flacons présentant
le plus petit volume d’air possible fermés hermétiquement et analysés dans les 5 jours suivants
leur prélèvement.
246
ANNEXE I
observées dans la lagune de Thau (10 µM dans la colonne d’eau et augmentant linéairement avec
la profondeur jusqu’à 600 µM dans les eaux interstitielles ; Metzger et al., 2007). Les
concentrations en ions H+ et OH‐ sont déterminées directement d’après le pH des eaux. Les
teneurs en HCO3‐ et CO32‐ sont calculées à partir des équations de l’alcalinité totale et des
constantes d’équilibres du couple HCO3‐/CO32‐.
Tableau 23 : Valeurs moyennes, écart‐type, valeurs minimales et maximales de pH, salinité, Eh ainsi que
des concentrations en espèces chimiques en solution jouant un rôle dans l’alcalinité totale, dans la colonne
d’eau et les eaux interstitielles dans l’étang de Berre. La proportion des carbonates dans le calcul de
l’alcalinité totale est aussi reporté.
Dans l’étang de Berre, l’alcalinité totale est donc essentiellement contrôlée par les (HCO3‐ et CO32‐
) dans la colonne d’eau (90‐98%) et dans les sédiments (81‐93%). La seconde espèce dominante
est H2SiO42‐ qui peut compter jusqu’à 5% dans la colonne d’eau et 10 % dans les sédiments. Les
sulfures (HS‐) contribuent à l’alcalinité totale jusqu’à environ 5 % dans les eaux interstitielles et
pour les plus fortes concentrations rencontrées dans la colonne d’eau (100 µM).
247
ANNEXE I
A3. Sulfates
Les ions SO42‐ précipitent en présence de chlorure de barym (BaCl2), en milieu acide, en sulfate
de baryum (BaSO4). Ce précipité blanc est maintenu en suspension à l’aide d’un tensio‐actif
(solution de tween 20). L’analyse de SO42‐ est effectuée par turbidimétrie en mesurant
l’absorption de la solution à 650 nm.
La solution de tween 20 est préparée en ajoutant 5 ml de tween 20 et 15 ml d’eau déionisée. La
solution de chlorure de baryum est préparée par dissolution de 10 g de BaCl2 dans 100 ml d’eau
déionisée. Les deux solutions sont mélangées et constituent le mélange réactif utilisé pour le
dosage des sulfates.
Pour les échantillons d’eau salée, 3.92 ml d’eau déionisée, 80 µl d’HCl 10% et 400 µl du mélange
réactif sont ajoutés à 80 µl d’échantillon. Pour les étalons, 80 µl d’HCl 10% et 400 µl du mélange
réactif sont ajoutés à 4 ml d’étalon. Le facteur de dilution pour les échantillons est de 50. Les
solutions sont agités et laissées reposer 15 min. Avant l’analyse, les solutions sont à nouveau
agitées pour remettre l’ensemble du précipité en suspension et l’absorbance est lue à 650 nm.
Les étalons de concentrations en SO42‐ de 0, 50, 100, 250, 500 et 1000 µM sont préparés à partir
d’une solution mère de Na2SO4 à 10 mM.
Les échantillons pour les SO42‐ n’étant ni acidifiés, ni dégazés, la mesure des sulfates correspond
à la somme de SO42‐ initialement présent dans l’échantillon et des ΣH2S qui se sont oxydés entre
le prélèvement et l’analyse. Les données en SO42‐ sont donc déduites de la différence entre les
concentrations de SO42‐ mesurées dans l’échantillon et les concentrations de ΣH2S mesurés dans
ces mêmes échantillons. Généralement la contribution des ΣH2S aux concentrations de SO42‐
mesurées est toujours < 5 %.
248
ANNEXE I
249
ANNEXE I
Les électrodes utilisées ont une pointe de 50 µm. La différence de potentiel appliquée entre la
cathode et l’anode est de ‐0.8 V. Les électrodes sont connectées à un picoampèremètre (PA2000,
Unisense) qui converti l’intensité de réduction de l’oxygène en un signal en mV. La gestion du
micromanipulateur et les signaux transmis par le picoampèremètre sont gérés sur ordinateur
par le logiciel Profix ou Sensortrace.
Deux électrodes sont positionnées sur le micromanipulateur et les profils sont réalisés
simultanément avec une résolution de 50 µm entre environ 5 mm au dessus de l’interface et
jusqu’à la disparition complète de l’oxygène sous l’interface. La vitesse de déplacement du
micromanipulateur est fixée à 8000 µm.s‐1. Les mesures d’oxygène sont effectuées pendant 5
secondes et après 8 secondes d’attente à chaque niveau après déplacement de l’électrode.
Une étape de polarisation est nécessaire avant la mesure afin d’éliminer l’oxygène présent dans
l’électrolyte de l’électrode. Cette étape consiste à placer les électrodes dans une eau saturée à
100 % d’oxygène (bullage d’air) et à appliquer la différence de potentiel (‐0.8 V) entre la cathode
et l’anode. La polarisation est effectuée juste avant l’analyse jusqu’à l’obtention d’un signal stable
(obtenu généralement au bout de 2 heures).
La calibration de l’électrode est faite entre les mesures effectuées dans l’eau surnageante dont
les concentrations en oxygène sont mesurée à l’aide d’un oxymètre (HQ40d multi, Hach) et des
concentrations nulles, obtenues en fin de profil dans le sédiment anoxique.
B2. pH et H2S
B2.1. Principe et mode opératoire
Le fonctionnement des microélectrodes de H2S est similaire à celui des électrodes de O2
(méthode ampérométrique). Le H2S dissous présent dans le milieu extérieur diffuse à travers la
pointe de l’électrode et pénètre dans l’électrolyte alcalin où ils vont passer sous forme HS‐. Les
ions HS‐ sont immédiatement oxydés par le ferricyanure, produisant du ferrocyanure et des
sulfures (S0). Le signal de courant est généré par la réoxydation du ferrocyanure à la surface de
250
ANNEXE I
Les électrodes utilisées ont une pointe de 100 µm (H2S) et 500 µm (pH). Pour la mesure de H2S,
la différence de potentiel appliquée entre la cathode et l’anode est de 0.08 V. Les électrodes sont
connectées à un picoampèremètre (PA2000, Unisense) qui converti l’intensité de réoxydation du
ferrocyanure en un signal en mV.
Pour la mesure du pH, la différence de potentiel entre la microélectrode de verre et une
électrode de référence est mesurée par un picoampèremètre. L’électrode de référence est une
électrode Ag/AgCl avec un électrolyte de KCl 3M qui est maintenu dans l’eau surnageante de la
carotte.
Les microélectrodes de pH et H2S sont disposées côte à côte sur le micromanipulateur et leurs
profils sont réalisés simultanément avec une résolution de 500 µm entre environ 10 mm au
dessus de l’interface et environ 100 mm sous l’interface. La vitesse de déplacement du
micromanipulateur est fixée à 8000 µm.s‐1. Les mesures de pH et H2S sont effectuées pendant 5
secondes et après 60 secondes d’attente à chaque niveau après déplacement de l’électrode.
Une étape de polarisation est nécessaire pour les microélectrodes pour H2S. Cette étape
s’effectue en imposant une différence de potentiel de 0.08 V aux électrodes immergées dans une
solution d’eau à saturation d’oxygène afin d’éliminer les sulfures et de rétablir un rapport
ferrocyanure et ferricyanure constants dans l’électrolyte. La polarisation est effectuée juste
avant l’analyse jusqu’à l’obtention d’un signal stable (obtenu généralement au bout de 2 heures).
La calibration des microélectrodes pour H2S est effectuée dans 150 ml d’une solution tampon à
pH4 et dans laquelle de l’azote est mis à barboté dans une cellule de calibration Unisense.
Ensuite, le système de bullage est positionné au dessus de la solution pour maintenir un flux
d’azote sortant de la cellule et éviter la pénétration d’oxygène. La solution est agitée au moyen d
‘un barreau aimantée et des volumes de 1 ml d’une solution mère de sulfure (3 mM) sont
injectés consécutivement dans la solution. Entre chaque ajout, l’agitation est arrêtée, les signaux
mesurés par les électrodes relevés et les concentrations en H2S dans la solution sont calculées.
Les mesures de pH sont calibrées dans des solutions standards de pH.
251
ANNEXE I
35), des concentrations en sulfure total (ΣH2S) et du pH dans la solution. D’après la loi d’action
de masse et le bilan de matière pour le couple H2S/HS‐, la concentration en sulfure total de la
solution peut‐être calculée à partir de l’équation ci dessous.
10− pks
ΣH 2 S = [H 2 S]1+ − pH (Equation A‐1)
10
Pour remonter au profil de sulfure total, il est donc nécessaire de connaître les profils de pH.
C’est pourquoi les profils de pH et de H2S sont mesurés simultanément.
€
BIBLIOGRAPHIE
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252
ANNEXE II
Figure 75: Distribution des principaux constituants dans la fraction < 63 µm des sédiments de surface.
253
ANNEXE II
Figure 76: Distribution des ETM dans la fraction < 63 µm des sédiments de surface.
254
ANNEXE II
Figure 77: Distribution des ETM normalisés à Al dans la fraction < 63 µm des sédiments de surface.
255
ANNEXE II
Tableau 24 : Coordonnées GPS, et principales caractéristiques physique et chimiques de la fraction < 63 µm des sédiments de surface échantillonnés en février 2008.
256
ANNEXE II
Tableau 25 : teneurs en éléments traces dans la fraction < 63 µm des sédiments de surface échantillonnés en février 2008.
Site Hg (µg.g‐1) +/‐ Zn (µg.g‐1) +/‐ Pb (µg.g‐1) +/‐ Co (µg.g‐1) +/‐ Ni (µg.g‐1) +/‐ Mn (µg.g‐1) +/‐ Cr (µg.g‐1) +/‐ Cu (µg.g‐1) +/‐ As (µg.g‐1) +/‐
EB‐1 0.456 0.046 125 3 43 6 7.7 1.0 29 4 368 12 204 7 36 1 8.9 0.4
EB‐2 0.416 0.042 127 3 33 2 7.2 0.6 29 3 414 7 194 4 31 1 6.8 0.2
EB‐3 0.400 0.040 125 4 31 3 6.8 0.6 28 3 338 7 122 2 29 1 8.5 0.3
EB‐4 0.220 0.022 101 3 27 4 6.5 0.8 24 2 341 9 79 3 22 1 7.0 0.3
EB‐5 0.156 0.016 104 2 35 4 7.5 1.1 24 3 372 8 64 2 23 1 8.5 0.3
EB‐6 0.401 0.040 89 2 25 2 6.3 0.9 21 3 309 5 55 2 20 1 5.1 0.3
EB‐7 0.442 0.044 117 3 31 4 7.4 1.1 28 3 312 7 76 2 29 1 7.8 0.5
EB‐8 0.262 0.026 110 4 29 5 6.7 1.0 22 3 339 5 131 6 27 1 6.4 0.5
EB‐9 0.177 0.018 87 2 26 2 7.4 1.2 22 5 315 9 49 4 22 2 6.4 0.9
EB‐10 0.083 0.008 74 2 18 1 6.5 0.5 14 5 300 11 42 3 15 2 4.9 0.7
EB‐11 0.229 0.023 106 4 31 3 8.6 0.9 29 3 387 7 68 5 25 2 7.7 1.1
EB‐12 0.200 0.020 106 4 28 2 8.3 0.7 29 4 390 19 69 5 25 2 8.1 0.8
EB‐13 0.217 0.022 104 3 32 4 8.3 0.8 28 8 365 14 65 5 26 2 8.2 0.4
EB‐14 0.187 0.019 70 2 22 2 6.8 0.9 21 7 325 9 49 4 18 2 6.0 0.7
EB‐15 0.238 0.024 133 4 28 7 9.6 2.8 25 10 398 7 91 8 31 4 7.3 0.7
EB‐16 0.282 0.028 109 3 29 3 9.1 1.5 29 4 418 13 64 5 27 2 9.6 0.2
EB‐17 1.626 0.163 288 7 72 6 9.3 1.1 23 6 421 10 51 4 31 3 14.5 0.9
EB‐18 0.231 0.023 87 2 27 3 7.8 1.2 22 3 346 10 52 4 21 2 6.5 0.7
EV‐1 0.198 0.020 112 4 44 4 7.7 0.7 27 4 265 10 65 5 30 4 5.7 0.6
EV‐2 0.231 0.023 135 4 54 5 8.5 1.0 28 8 305 7 80 6 34 3 7.0 1.3
EV‐3 0.181 0.018 115 2 41 5 7.6 0.7 27 6 277 5 71 5 26 2 5.3 0.9
EV‐4 0.226 0.023 137 4 48 3 8.4 1.3 68 9 278 10 68 5 29 3 6.4 1.2
EV‐5 0.252 0.025 119 4 53 3 7.7 1.0 26 4 287 6 74 6 30 2 6.4 0.5
EV‐6 0.172 0.017 94 2 38 3 6.6 0.7 18 2 291 12 52 4 21 2 4.3 1.0
EV‐7 0.214 0.021 109 2 44 3 7.6 0.9 27 7 268 3 61 4 26 2 5.9 0.3
EV‐8 0.147 0.015 68 3 31 4 6.2 1.2 18 5 258 6 43 3 16 1 3.7 0.9
EV‐9 0.228 0.023 96 3 49 4 7.7 0.9 21 5 286 8 64 5 25 2 5.6 0.8
257
ANNEXE II
258
ANNEXE II
Tableau 27 : Concentrations en éléments majeurs et activités de 210Pb dans les carottes SA‐10 et V‐10.
tranche profondeur COT CIT Ntot Ca Mg P S Al Fe Mn 210Pb
Carotte
(cm) (cm) (%) (%) (%) (mg.g‐1) +/‐ (mg.g‐1) +/‐ (µg.g‐1) +/‐ (mg.g‐1) +/‐ (mg.g‐1) +/‐ (mg.g‐1) +/‐ (µg.g‐1) +/‐ (Bq.kg‐1) +/‐
0‐1 ‐0.5 3.1 4.5 0.3 147 1 9.8 0.3 719 4 12.3 0.3 43.1 0.5 19.7 0.5 360 15
1‐2 ‐1.5 2.1 5.6 0.3 178 2 9.0 0.1 577 8 11.9 0.3 43.0 0.4 17.5 0.3 348 2
2‐3 ‐2.5 1.7 6.3 0.3 198 4 9.2 0.2 490 11 11.9 0.0 37.1 0.5 16.2 0.4 306 10
3‐5 ‐4 1.8 5.7 0.2 181 3 9.6 0.2 563 3 13.6 0.4 41.6 0.3 18.5 0.4 350 7
5‐7 ‐6 1.6 5.3 0.2 174 1 10.2 0.1 475 27 14.3 0.2 50.0 0.4 20.9 0.2 386 10
7‐9 ‐8 1.8 5.2 0.2
9‐11 ‐10 2.4 4.3 0.2 139 1 10.4 0.1 498 38 15.2 0.2 47.8 0.5 21.2 0.3 377 8
11‐13 ‐12 1.8 4.7 0.2 149 2 10.0 0.1 429 20 14.1 0.1 41.9 0.1 21.1 0.3 429 8
13‐15 ‐14 1.9 4.6 0.2 144 0 10.4 0.1 432 10 12.8 0.3 45.2 0.1 21.6 0.3 423 3
15‐17 ‐16 2.0 4.6 0.2 145 1 10.2 0.1 386 16 14.2 0.5 49.6 0.4 23.3 0.2 467 3
SA10
17‐19 ‐18 1.9 4.6 0.2 146 2 10.2 0.3 396 45 13.2 0.4 49.1 0.9 22.7 0.6 461 16
19‐21 ‐20 1.7 4.6 0.2
21‐23 ‐22 1.6 4.8 0.2 135 1 10.0 0.1 387 21 12.0 0.2 40.2 0.6 20.5 0.1 404 7
23‐25 ‐24 1.4 5.0 0.2 148 1 9.8 0.1 313 37 12.0 0.3 40.4 0.1 20.2 0.3 428 4
25‐27 ‐26 1.5 4.9 0.2 154 2 10.4 0.3 357 12 12.6 0.3 46.5 0.3 22.0 0.6 476 12
27‐29 ‐28 1.5 4.9 0.1 145 1 10.1 0.1 370 24 12.2 0.2 42.9 0.7 21.3 0.2 473 4
29‐31 ‐30 1.6 4.8 0.2 146 1 10.1 0.2 313 1 12.2 0.1 45.5 0.3 21.0 0.4 463 11
31‐33 ‐32 1.5 4.8 0.2
33‐35 ‐34 1.7 4.7 0.2 148 2 10.9 0.2 401 8 12.0 0.1 47.3 1.5 22.0 0.3 505 6
35‐37 ‐36 1.4 4.9 0.2
37‐39 ‐38 1.7 4.5 0.2 129 1 10.7 0.1 366 29 12.1 0.4 38.0 0.3 21.9 0.3 498 3
39‐41 ‐40 1.4 4.8 0.2
0‐0,5 ‐0.25 5.7 4.2 0.7 136 1 8.9 0.2 1008 41 7.8 0.2 38.2 0.2 22.0 0.4 410 11 129 2
0,5‐1 ‐0.75 5.6 4.2 0.7 140 2 8.9 0.2 1031 32 8.2 0.0 39.0 0.4 21.7 0.6 329 11 118 3
1‐3 ‐2 3.7 5.3 0.5 171 2 7.1 0.1 633 29 8.7 0.3 29.6 0.3 15.8 0.3 248 6 84 2
3‐5 ‐4 3.4 5.2 0.5 133 1 7.4 0.1 564 46 9.2 0.3 11.5 0.0 16.1 0.2 271 1 77 2
5‐7 ‐6 4.2 4.8 0.5 151 1 8.4 0.0 645 39 13.4 0.2 37.7 0.4 20.6 0.1 307 1 86 2
7‐9 ‐8 4.7 4.4 0.5 142 1 8.3 0.2 570 38 13.8 0.1 33.5 0.2 20.1 0.4 308 10 72 2
9‐11 ‐10 5.2 4.4 0.5 144 1 9.1 0.2 613 13 14.6 0.3 41.1 0.3 21.9 0.4 319 3 77 1
V10
11‐13 ‐12 4.3 5.1 0.4 137 2 8.4 0.2 513 23 13.2 0.3 20.5 0.2 19.7 0.4 289 6 61 1
13‐15 ‐14 4.5 4.9 0.4 135 2 7.6 0.2 541 21 13.8 0.1 32.0 0.3 20.7 0.5 312 9 49 1
15‐17 ‐16 3.2 5.2 0.5 165 3 7.9 0.2 474 25 11.2 0.1 28.0 0.5 18.3 0.6 308 6 33 1
17‐19 ‐18 4.4 4.4 0.4 149 1 8.5 0.1 449 18 13.2 0.2 36.7 0.1 21.0 0.2 316 4 41 1
19‐21 ‐20 4.2 4.6 0.4 145 2 8.5 0.2 417 8 13.4 0.3 34.5 0.1 21.2 0.6 309 9 43 1
21‐23 ‐22 4.3 4.5 0.4 135 1 9.1 0.1 436 28 14.4 0.3 33.3 0.3 23.3 0.4 325 9 39 1
23‐25 ‐24 3.8 4.6 0.4 169 4 9.6 0.3 454 28 15.6 0.3 43.4 0.4 25.3 0.9 355 16 36 1
25‐27 ‐26 4.1 4.5 0.3 139 1 9.1 0.1 400 54 15.2 0.3 37.0 0.3 23.8 0.4 339 7 38 1
259
ANNEXE II
Tableau 28 : Concentrations en ETM dans les carottes SA‐10 et V‐10.
tranche profondeur As Cd Co Cr Cu Hg Ni Pb Zn
Carotte +/‐ +/‐ +/‐ +/‐ +/‐ +/‐ +/‐ +/‐ +/‐
(cm) (cm) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1) (µg.g‐1)
0‐1 ‐0.5 8.7 0.6 0.7 0.1 6.2 0.1 52.4 0.8 46.3 0.5 0.23 0.01 38.6 0.7 34.0 0.0 297 3
1‐2 ‐1.5 6.9 0.3 0.4 0.1 5.6 0.3 48.5 3.1 24.9 1.3 0.18 0.01 25.5 0.9 27.1 1.5 92 5
2‐3 ‐2.5 5.3 0.3 0.4 0.0 4.9 0.3 45.1 0.9 22.2 0.5 0.18 0.01 28.4 1.3 23.7 0.7 143 3
3‐5 ‐4 7.2 0.2 0.6 0.1 5.5 0.1 48.9 0.4 27.4 0.3 0.27 0.01 32.6 0.1 30.2 0.1 108 1
5‐7 ‐6 8.2 0.4 0.8 0.0 6.9 0.1 52.7 0.9 30.0 0.6 0.39 0.01 31.4 0.8 32.0 0.1 114 2
7‐9 ‐8 0.80 0.03
9‐11 ‐10 14.2 1.3 4.0 0.1 6.6 0.0 57.4 0.2 39.4 0.5 1.45 0.05 28.7 0.6 58.0 0.1 300 4
11‐13 ‐12 18.1 1.3 3.9 0.1 6.5 0.1 44.4 0.2 42.7 1.1 1.91 0.11 28.8 0.7 84.1 0.6 418 6
13‐15 ‐14 21.9 0.9 5.2 0.0 7.5 0.3 48.7 0.6 38.4 0.5 1.70 0.06 36.1 0.4 106.6 0.4 473 6
15‐17 ‐16 21.3 1.1 6.1 0.1 7.0 0.1 45.8 1.1 36.9 0.3 1.83 0.06 24.9 0.2 131.8 0.3 457 4
SA10
17‐19 ‐18 21.2 1.4 4.0 0.3 6.8 0.3 46.5 2.2 35.9 1.7 1.55 0.05 24.2 1.5 123.7 8.4 358 18
19‐21 ‐20 1.24 0.04
21‐23 ‐22 16.7 0.8 2.1 0.1 6.7 0.2 45.0 1.2 33.3 1.3 1.04 0.03 24.4 0.4 87.4 0.4 237 7
23‐25 ‐24 18.7 1.9 1.2 0.1 6.8 0.3 43.7 2.6 30.7 1.5 0.47 0.02 29.0 1.6 68.2 4.9 201 11
25‐27 ‐26 19.9 0.7 1.3 0.1 6.9 0.1 46.5 0.2 45.4 0.3 0.43 0.01 43.1 0.6 70.8 0.3 405 3
27‐29 ‐28 18.2 0.5 1.2 0.1 7.1 0.1 44.6 1.0 27.6 0.3 0.48 0.02 24.0 0.8 70.5 0.5 170 4
29‐31 ‐30 17.7 1.2 2.0 0.0 6.6 0.2 39.7 1.4 28.4 1.2 0.48 0.02 22.6 0.3 76.3 0.6 194 6
31‐33 ‐32 0.48 0.02
33‐35 ‐34 16.9 1.3 1.5 0.0 7.3 0.1 47.4 1.0 29.7 1.1 0.47 0.02 25.4 0.5 89.7 0.7 215 3
35‐37 ‐36 0.40 0.01
37‐39 ‐38 17.5 0.6 1.3 0.0 8.0 0.2 50.5 0.2 28.9 0.9 0.34 0.01 26.2 0.3 61.6 0.3 180 0
39‐41 ‐40 0.25 0.00
0‐0,5 ‐0.25 13.3 0.3 1.2 0.1 6.6 0.2 75.7 1.4 37.6 0.2 0.38 0.01 33.5 0.3 70.1 1.8 239 5
0,5‐1 ‐0.75 12.6 0.6 1.1 0.1 6.5 0.2 74.6 1.4 38.8 0.7 0.40 0.01 31.5 0.3 70.1 0.8 221 3
1‐3 ‐2 8.5 1.3 0.8 0.1 5.3 0.2 61.2 1.8 28.9 0.6 0.28 0.01 26.3 1.2 51.1 1.4 170 7
3‐5 ‐4 6.6 0.4 0.6 0.1 5.8 0.2 69.6 0.3 35.0 0.1 0.26 0.01 30.2 0.6 53.2 0.1 154 1
5‐7 ‐6 8.8 0.1 1.0 0.1 7.4 0.1 93.0 0.9 38.8 0.7 0.32 0.01 33.6 0.5 68.8 0.2 157 0
7‐9 ‐8 9.4 0.4 1.2 0.1 7.8 0.2 105.6 2.0 47.4 1.1 0.33 0.01 43.3 1.0 74.3 0.5 254 5
9‐11 ‐10 10.0 0.9 1.6 0.0 9.0 0.3 121.3 4.9 55.3 2.3 0.50 0.01 48.2 2.3 90.6 3.7 256 7
V10
11‐13 ‐12 10.0 1.5 1.5 0.0 8.3 0.3 105.5 5.0 49.4 1.9 0.52 0.01 36.4 1.8 75.1 3.9 207 10
13‐15 ‐14 14.1 0.1 2.3 0.1 7.8 0.2 85.6 3.1 56.2 2.7 0.78 0.03 35.5 1.2 70.9 2.8 289 10
15‐17 ‐16 11.0 0.4 1.9 0.0 6.7 0.2 74.8 0.7 57.8 1.4 0.63 0.01 30.5 0.2 79.7 0.4 221 3
17‐19 ‐18 18.8 0.8 3.6 0.0 6.6 0.1 65.5 1.0 69.1 1.0 1.06 0.03 31.5 0.9 164.0 2.0 313 5
19‐21 ‐20 19.2 0.3 4.1 0.2 6.0 0.1 56.7 0.8 63.2 1.1 1.16 0.02 30.6 0.4 172.8 4.0 353 2
21‐23 ‐22 18.7 1.2 3.3 0.1 6.6 0.2 62.1 2.2 67.6 1.6 1.15 0.03 32.6 1.0 212.1 7.3 295 5
23‐25 ‐24 25.5 0.5 3.8 0.1 7.4 0.0 63.7 0.9 68.2 0.7 0.87 0.02 39.9 0.9 312.2 9.2 440 4
25‐27 ‐26 23.3 0.6 3.9 0.1 6.3 0.3 51.5 1.7 53.2 1.0 0.89 0.02 29.5 0.4 495.3 9.9 287 6
260
ANNEXE II
Tableau 29 : Concentrations en éléments majeurs et ETM extraits à l’ascorbate dans les carottes SA‐10 et V‐10.
CaASC MgASC PASC SASC AlASC FeASC MnASC AsASC CoASC CrASC NiASC PbASC ZnASC
tranche Prof.
Site (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐ (µg.g‐ +/‐
(cm) (cm) 1) 1) 1) 1) 1) 1) 1) 1) 1) 1) 1) 1) 1)
0‐1 ‐0.5 3395 15 3106 118 276 19 3213 20 173 11 2487 99 8.8 0.8 4.6 0.4 0.74 0.03 3.39 0.13 3.5 0.3 0.26 0.01 31.8 2.0
1‐2 ‐1.5 4544 19 2006 53 269 17 2772 59 117 6 1730 51 10.3 0.9 4.7 0.4 1.72 0.03 3.42 0.10 3.7 0.1 1.48 0.02 30.8 0.6
2‐3 ‐2.5 4868 41 2278 19 139 7 1851 27 97 4 901 14 7.0 1.0 3.5 0.2 1.22 0.06 2.71 0.08 2.6 0.2 0.18 0.01 21.4 0.4
3‐5 ‐4 5486 46 2286 58 257 19 2093 35 123 8 912 31 7.4 1.2 3.5 0.3 1.06 0.03 2.76 0.12 2.5 0.2 0.21 0.01 28.8 0.6
5‐7 ‐6 3844 16 2449 42 174 21 1799 40 156 5 778 18 9.6 1.4 3.8 0.3 0.83 0.02 2.83 0.11 2.2 0.1 0.39 0.01 36.6 0.7
7‐9 ‐8 3549 15 2451 6 138 26 1820 35 146 4 801 5 7.5 0.9 5.2 0.3 0.97 0.01 3.87 0.08 1.94 0.04 0.28 0.01 71.4 0.9
9‐11 ‐10 3861 29 2926 77 202 6 2224 33 150 13 896 33 12.5 1.1 9.4 0.4 1.22 0.12 4.98 0.26 2.8 0.2 0.69 0.03 127 7
11‐13 ‐12 3794 58 2209 24 219 6 1663 36 164 1 808 10 16.6 0.9 10.0 0.3 0.76 0.01 1.87 0.08 2.1 0.1 2.42 0.04 131.4 0.5
13‐15 ‐14 3450 15 2189 15 128 1 1521 23 146 3 656 7 13.4 0.4 12.8 0.6 1.34 0.08 1.59 0.06 2.75 0.02 1.89 0.03 126 4
15‐17 ‐16 3699 27 1628 21 128 17 1325 24 143 7 822 12 19.6 0.9 15.7 0.6 1.41 0.08 1.29 0.07 2.61 0.04 1.07 0.01 159 5
SA10
17‐19 ‐18 4860 21 1857 38 78 14 1589 49 128 15 1052 15 31.2 0.3 13.2 1.7 1.33 0.15 1.32 0.15 2.2 0.3 2.04 0.19 130 13
19‐21 ‐20 3064 40 2359 41 137 11 1955 31 133 6 727 18 9.8 0.9 11.28 0.01 1.28 0.04 1.41 0.08 2.4 0.2 3.58 0.04 107.4 0.6
21‐23 ‐22 3699 16 2384 36 72 16 1710 29 128 5 774 16 14.0 0.3 9.7 0.2 1.42 0.06 1.32 0.02 1.9 0.1 2.05 0.02 80.1 0.8
23‐25 ‐24 4814 20 2006 9 107 7 1416 7 113 1 754 5 19.1 1.4 7.7 0.2 1.39 0.01 1.15 0.02 1.9 0.1 2.32 0.04 43.2 0.6
25‐27 ‐26 3848 16 2011 18 106 5 1574 60 113 2 1192 4 26.1 0.8 9.7 0.6 1.65 0.02 1.08 0.05 1.94 0.02 1.28 0.04 39.7 0.5
27‐29 ‐28 4299 48 1980 33 117 19 1498 38 127 1 926 17 25.2 1.0 8.7 0.5 1.62 0.04 1.30 0.04 2.25 0.04 2.39 0.05 41.8 0.4
29‐31 ‐30 3712 16 2160 57 116 20 1701 61 111 2 959 41 21.1 1.3 10.7 0.2 1.64 0.06 1.41 0.11 2.88 0.03 4.20 0.04 59.3 2.0
31‐33 ‐32 3526 26 2091 25 109 7 1582 46 118 4 861 7 22.3 0.4 10.1 0.4 1.59 0.07 1.42 0.03 2.6 0.1 4.55 0.06 60.7 0.9
33‐35 ‐34 3404 25 2375 26 120 4 1812 26 107 3 1207 13 24.4 1.7 11.1 0.5 1.68 0.07 1.19 0.01 2.5 0.1 0.55 0.01 67.7 1.7
35‐37 ‐36 3893 0 2500 14 96 26 1598 39 124 7 1309 9 30.3 1.0 11.5 0.3 1.79 0.09 1.22 0.05 2.9 0.2 0.48 0.01 64.4 1.7
37‐39 ‐38 5104 58 2764 31 89 23 1790 43 146 4 1331 27 37.5 1.2 11.3 0.5 1.86 0.10 1.13 0.06 2.8 0.2 1.15 0.02 49.4 1.3
39‐41 ‐40 4798 41 2642 67 109 11 2000 45 103 4 1131 19 21.4 1.3 9.7 0.5 1.54 0.05 1.00 0.03 2.5 0.1 0.993 0.003 25.4 0.1
0‐0,5 ‐0.25 4065 18 2352 33 385 11 1435 49 104 5 5606 103 114 1 7.6 0.1 2.29 0.05 10.7 0.3 4.9 0.1 13.3 0.2 65.2 1.3
0,5‐1 ‐0.75 4608 53 2291 70 325 21 1398 63 108 9 4856 175 52.3 0.8 6.6 0.5 1.83 0.06 10.3 0.7 4.7 0.2 11.2 0.5 56.5 3.5
1‐3 ‐2 4790 36 1593 24 224 9 1182 23 87 8 2650 41 15.3 1.6 4.0 0.1 1.46 0.02 7.4 0.1 4.1 0.0 1.77 0.03 60.6 0.6
3‐5 ‐4 5566 24 1439 17 161 19 1482 36 77 3 2051 24 9.6 0.8 3.1 0.2 0.67 0.01 6.2 0.0 3.5 0.2 0.75 0.02 30.8 0.7
5‐7 ‐6 5211 22 1912 17 142 19 1662 57 87 6 2116 11 7.8 1.4 3.7 0.1 0.72 0.04 9.0 0.5 4.7 0.2 0.57 0.03 41.9 2.3
7‐9 ‐8 6068 51 2035 49 185 12 1641 46 98 8 1773 49 7.7 1.2 4.6 0.4 1.36 0.03 12.2 0.6 6.9 0.4 0.83 0.02 79.7 3.0
9‐11 ‐10 5464 40 2234 41 172 3 1381 45 111 2 1553 38 5.4 0.5 5.1 0.1 1.90 0.09 13.5 0.1 8.8 0.1 0.97 0.03 86.1 2.9
V10
11‐13 ‐12 6315 71 2139 15 159 17 1426 24 100 4 1073 20 5.9 0.8 4.6 0.2 1.12 0.04 12.0 0.2 6.7 0.2 0.73 0.01 60.4 0.4
13‐15 ‐14 4853 21 2003 9 163 26 1075 19 97 4 1055 12 4.1 1.4 3.7 0.1 0.41 0.02 10.0 0.3 4.2 0.2 0.20 0.00 20.2 0.3
15‐17 ‐16 5190 58 1438 5 96 17 960 16 77 5 787 2 6.6 0.9 4.1 0.2 0.37 0.03 6.7 0.2 2.8 0.1 0.45 0.01 44.8 1.3
17‐19 ‐18 4958 37 1858 30 81 30 912 18 100 7 959 23 4.3 0.5 4.0 0.1 0.09 0.01 4.8 0.1 1.7 0.1 0.20 0.01 11.5 0.4
19‐21 ‐20 4343 37 1721 4 126 21 984 33 116 4 954 9 3.5 0.5 6.08 0.04 0.22 0.01 3.8 0.1 2.34 0.03 0.76 0.02 72.9 2.1
21‐23 ‐22 3791 29 1896 12 116 11 902 34 96 3 699 5 4.2 0.8 5.6 0.1 0.10 0.00 3.1 0.1 1.8 0.1 0.65 0.01 31.7 0.6
23‐25 ‐24 4538 52 1708 30 93 8 750 20 81 3 499 18 4.4 0.4 5.8 0.3 0.08 0.01 2.44 0.04 1.48 0.03 0.43 0.01 28.3 0.3
25‐27 ‐26 4584 52 1986 37 118 20 818 22 115 5 607 17 6.4 0.1 7.4 0.1 0.10 0.01 2.2 0.1 1.6 0.2 0.57 0.01 44.3 0.6
261
ANNEXE III
Figure 78: profils de pH et Eh dans les sédiments des sites SA et V en juin 2010 (SA‐10 et V‐10).
262
ANNEXE III
Figure 79: profils des conditions physicochimiques dans la colonne d’eau au niveau du site SA en juillet 2009, en aout 2009 (SA‐09) et en juin 2010 (SA‐10) et au niveau
du site V en juin 2010.
263
ANNEXE III
DOC
∑H2S Alc tot ∑PO4 SO4 ∑NH4 ∑NO3 Na Ca Mg Fe Mn
x (cm) pH (mg.l‐ ± ± ± ± ±
(µM) (mM) (µM) (mM) 1)
(µM) (µM) (mM) (mM) (mM) (µM) (µM)
13.5 7.57 107 3.0 6.8 29.5 2.8 67 0.0 466 8 10.4 0.1 53.4 0.5 0.75 0.02 1.51 0.01
12.6 7.58 110 3.0 6.3 30.7 69 0.0 479 4 10.6 0.2 54.2 0.8 0.75 0.05 1.53 0.01
11.7 7.58 108 3.0 6.3 30.6 2.8 68 0.0 478 5 10.5 0.2 54.2 1.0 0.70 0.04 1.53 0.02
10.8 7.59 108 2.9 6.2 28.1 2.1 65 0.0 476 4 10.5 0.1 54.3 0.4 0.81 0.04 1.54 0.02
9.9 7.58 121 3.0 6.2 29.4 2.3 67 0.0 485 10 10.4 0.1 53.5 0.4 0.86 0.05 1.56 0.02
9.0 7.57 130 3.0 6.7 30.3 2.2 68 0.0 486 12 10.6 0.1 54.3 0.7 0.93 0.04 1.55 0.01
8.1 7.58 112 3.0 6.3 29.5 69 0.0 488 12 10.6 0.1 54.0 0.3 0.93 0.04 1.55 0.02
7.2 7.53 113 3.0 8.4 29.3 67 0.0 485 4 10.6 0.4 53.9 1.7 0.98 0.05 1.56 0.02
6.3 7.56 127 3.1 6.4 29.1 2.2 69 0.0 479 6 10.5 0.0 53.2 0.4 1.10 0.04 1.54 0.02
5.4 7.57 109 3.0 6.3 28.2 2.2 69 0.0 474 9 10.3 0.1 53.0 0.6 1.08 0.03 1.56 0.03
4.5 7.56 126 3.4 6.2 28.0 2.4 66 0.0 473 6 10.7 0.3 54.2 1.6 1.20 0.04 1.57 0.02
3.6 7.56 118 3.0 6.3 28.9 2.8 71 0.0 472 0 10.4 0.2 52.8 0.6 1.31 0.06 1.56 0.02
2.7 7.55 133 3.1 7.7 28.3 4.2 77 0.0 478 4 10.8 0.1 54.8 0.2 1.45 0.01 1.58 0.01
1.8 7.55 129 3.0 7.9 29.9 2.5 84 0.0 465 2 10.6 0.3 53.1 1.3 1.38 0.05 1.65 0.01
0.9 7.54 184 3.3 11.8 29.5 2.5 113 0.0 472 2 10.7 0.1 54.1 0.7 1.57 0.04 1.85 0.02
‐0.1 7.53 249 4.1 15.2 27.9 2.6 150 0.0 463 2 10.4 0.3 52.4 1.3 1.41 0.06 2.11 0.02
‐0.9 7.50 273 5.2 20.8 26.8 2.8 212 0.0 459 4 10.3 0.2 51.8 0.9 0.06 0.00 2.38 0.03
‐1.9 7.48 264 5.7 19.8 25.5 3.4 240 0.0 450 10 10.2 0.2 51.4 0.3 0.03 0.00 2.38 0.01
‐2.8 7.50 264 6.0 19.1 23.3 3.7 279 0.0 452 2 10.0 0.3 49.6 1.3 0.01 0.00 2.39 0.01
‐3.7 7.48 257 6.6 19.8 22.1 4.1 291 0.0 443 4 9.5 0.2 48.2 0.8 0.01 0.00 1.90 0.01
‐4.6 7.49 258 6.8 22.0 22.8 4.3 314 0.0 448 7 9.5 0.1 47.5 0.5 0.00 0.00 1.42 0.02
‐5.5 7.48 219 7.1 24.5 21.2 4.4 339 0.0 435 7 9.5 0.1 47.4 0.6 0.00 0.00 1.06 0.01
‐6.4 7.49 262 7.2 23.8 22.3 4.5 354 0.0 433 14 9.2 0.2 46.3 0.8 0.00 0.00 0.83 0.01
‐7.3 7.49 240 7.6 30.0 21.8 4.8 367 0.0 422 5 9.2 0.2 45.8 0.5 0.00 0.00 0.64 0.02
‐8.2 7.53 259 7.8 31.7 22.2 5.1 394 0.0 431 3 9.1 0.0 45.6 0.0 0.00 0.00 0.49 0.01
‐9.1 7.54 265 7.9 33.5 21.3 6.2 389 0.0 416 6 8.9 0.3 44.6 0.7 0.00 0.00 0.37 0.01
‐10.0 7.51 261 8.2 34.9 20.4 5.5 392 0.0 424 6 9.0 0.1 45.1 0.4 0.00 0.00 0.30 0.00
‐10.9 7.5 238 8.3 37.1 21.2 5.7 394 0.0 417 7 8.9 0.1 44.4 0.9 0.00 0.00 0.23 0.01
‐11.8 7.55 265 8.8 38.0 20.8 6.0 403 0.0 417 3 8.8 0.2 44.0 1.0 0.02 0.00 0.18 0.01
‐12.7 7.51 260 9.0 40.4 21.0 6.2 416 0.0 408 6 8.7 0.2 43.9 0.8 0.00 0.00 0.16 0.01
‐13.6 7.49 250 9.5 40.6 20.0 6.4 420 0.0 409 2 8.6 0.1 43.4 0.4 0.02 0.00 0.14 0.01
‐14.5 7.52 258 9.8 40.2 19.7 6.6 434 0.0 414 5 8.7 0.2 44.2 0.8 0.00 0.00 0.08 0.01
‐15.4 7.55 327 10.4 42.3 19.3 7.4 457 0.0 409 6 8.6 0.1 43.4 0.4 0.00 0.00 0.08 0.01
‐16.3 7.50 327 10.6 43.9 18.9 7.2 445 0.0 412 8 8.3 0.0 42.9 0.3 0.00 0.00 0.07 0.01
‐17.2 7.48 315 10.9 44.2 18.8 7.4 470 0.0 407 5 8.3 0.1 43.0 0.6 0.00 0.00 0.06 0.01
‐18.1 7.52 268 11.0 46.1 17.9 7.6 471 0.0 409 5 8.2 0.1 42.8 0.5 0.00 0.00 0.07 0.01
‐19.0 7.55 256 11.2 46.4 19.0 7.9 486 0.0 411 7 8.1 0.1 42.6 0.9 0.00 0.00 0.06 0.01
‐19.9 7.49 326 12.0 48.2 19.0 8.4 496 0.0 400 3 8.0 0.1 42.5 0.6 0.00 0.00 0.06 0.01
‐20.8 7.54 302 11.6 47.8 17.6 7.2 503 0.0 409 4 8.1 0.1 42.9 0.7 0.00 0.00 0.07 0.02
‐21.7 7.48 338 13.0 47.5 18.3 7.4 512 0.0 405 9 8.2 0.0 43.2 0.2 0.00 0.00 0.11 0.01
‐22.6 7.53 413 11.7 49.9 18.2 7.7 520 0.0 407 3 8.2 0.1 43.7 0.7 0.00 0.00 0.18 0.01
‐23.5 7.57 306 13.7 48.4 16.4 8.1 531 0.0 404 2 7.7 0.1 42.8 1.1 0.00 0.00 0.13 0.01
‐24.4 7.55 367 13.8 47.3 16.7 8.7 533 0.0 402 5 7.8 0.1 41.9 0.4 0.00 0.00 0.19 0.01
‐25.3 7.56 357 14.2 46.4 17.3 7.9 548 0.0 404 5 7.6 0.1 41.6 0.5 0.00 0.00 0.15 0.01
‐26.2 7.56 386 14.0 48.7 17.4 7.4 565 0.0 406 4 7.8 0.2 42.7 1.4 0.00 0.00 0.14 0.01
‐27.1 7.55 367 14.8 50.4 17.2 7.2 577 0.0 413 7 7.8 0.2 43.3 1.3 0.00 0.00 0.16 0.01
‐28.0 7.57 340 15.0 49.8 17.2 7.7 586 0.0 416 8 7.8 0.2 44.0 1.3 0.00 0.00 0.20 0.01
‐28.9 7.56 389 15.5 50.6 16.2 8.9 597 0.0 414 6 7.8 0.2 43.8 0.9 0.00 0.00 0.15 0.02
‐29.8 7.58 411 15.7 48.7 16.1 9.0 611 0.0 411 4 7.8 0.1 43.6 0.4 0.00 0.00 0.14 0.02
264
ANNEXE III
Tableau 31 : Concentrations en ETM dans les eaux interstitielles prélevées par peepers au niveau
du site SA‐09.
265
ANNEXE III
Tableau 32 : Concentrations Hg (3 réplicats) et MeHg (3 réplicats) dans les eaux interstitielles prélevées par
peepers au niveau du site SA‐09.
266
ANNEXE III
Tableau 33 : pH et Concentrations en espèces majeurs et en Fe et Mn dans les eaux interstitielles prélevées par
peepers au niveau du site SA‐10
DOC
∑H2S Alc tot ∑PO4 SO4 ∑NH4 ∑NO3 Na Ca Mg Fe Mn
x (cm) pH (mg.l‐ ± ± ± ± ±
(µM) (mM) (µM) (mM) 1)
(µM) (µM) (mM) (mM) (mM) (µM) (µM)
16.4 0 3.6 1.48 26.0 3.2 21 4.4 411 3 9.2 0.1 49.2 0.9 0.02 0.00 8.11 0.05
15.5 7.8 0 2.3 1.42 26.3 3.4 19 4.1 419 8 9.2 0.2 49.2 0.5 0.01 0.00 7.64 0.04
14.6 7.86 0 3.4 1.12 26.0 3.7 23 4.4 422 5 9.3 0.1 50.1 0.6 0.01 0.00 7.09 0.12
13.7 7.88 0 2.3 1.11 25.8 3.1 26 6.2 408 8 9.0 0.2 49.1 0.6 0.02 0.01 6.57 0.08
12.8 7.89 0 2.6 0.67 25.6 2.5 18 4.6 417 6 9.2 0.1 49.3 0.3 0.00 0.00 5.75 0.08
11.9 7.89 0 2.8 0.89 25.9 2.6 21 6.9 402 20 9.0 0.0 48.0 0.6 0.00 0.00 5.79 0.05
11.0 7.88 0 2.6 0.66 26.6 2.4 25 6.4 413 15 9.2 0.0 49.6 0.2 0.01 0.01 6.18 0.01
10.1 7.87 0 2.8 0.84 26.4 2.4 22 7.6 423 1 9.1 0.1 49.1 0.4 0.00 0.00 6.00 0.03
9.2 7.86 0 3.0 0.80 25.8 3.0 18 6.2 420 7 9.4 0.1 50.1 0.1 0.00 0.00 5.83 0.04
8.3 7.85 0 3.4 0.87 27.0 2.8 16 6.2 412 6 9.1 0.0 48.9 0.5 0.00 0.00 5.89 0.09
7.4 7.84 0 3.1 1.25 26.8 2.8 15 6.0 425 5 9.1 0.2 49.1 1.2 0.01 0.00 5.71 0.01
6.5 7.85 0 3.4 0.59 26.9 2.9 45 6.2 429 4 9.1 0.3 49.6 1.5 0.00 0.00 6.28 0.10
5.6 7.85 0 3.1 0.75 27.7 3.0 22 6.4 438 9 9.3 0.0 50.6 0.2 0.00 0.00 5.75 0.02
4.7 7.84 0 3.4 1.40 26.4 3.2 17 5.3 406 10 9.2 0.1 49.5 0.2 0.02 0.01 8.79 0.15
3.8 7.82 0 2.7 0.92 26.4 3.2 24 6.4 422 2 8.9 0.1 48.4 0.8 0.00 0.00 7.15 0.06
2.9 7.84 0 3.4 1.19 27.3 3.5 22 6.7 435 8 9.0 0.2 48.9 0.7 0.03 0.01 8.87 0.13
2.0 7.82 0 2.6 0.59 28.0 3.2 18 5.5 433 8 9.2 0.0 49.7 0.1 0.00 0.00 9.26 0.07
1.1 7.82 0 3.4 0.77 26.2 2.5 13 7.6 427 9 9.0 0.1 48.9 0.1 0.00 0.00 9.68 0.12
0.1 7.85 0 4.4 0.71 26.3 2.1 42 5.5 434 9 9.1 0.3 49.2 1.3 0.00 0.00 11.56 0.15
‐0.8 7.84 0 4.0 0.86 26.6 2.1 19 2.5 431 14 9.2 0.1 50.1 1.0 0.01 0.00 32.73 0.30
‐1.7 7.86 0 3.1 0.86 25.6 1.9 42 3.8 441 7 9.2 0.2 49.8 1.0 0.03 0.01 31.37 0.69
‐2.6 7.85 0 3.1 0.85 26.4 2.0 20 2.3 434 7 9.1 0.1 49.4 0.1 0.01 0.00 30.31 0.13
‐3.5 7.85 0 3.3 1.03 27.2 1.9 6 0.5 439 8 9.4 0.0 50.9 0.1 0.05 0.01 25.92 0.22
‐4.3 7.81 5 3.4 0.74 25.6 2.0 5 0.8 438 6 9.3 0.1 49.7 0.9 0.02 0.01 10.26 0.08
‐5.2 7.79 1 4.1 1.33 26.7 2.2 43 1.0 440 10 9.2 0.1 49.7 0.9 0.50 0.03 6.38 0.06
‐6.1 7.82 8 5.2 3.88 25.8 2.9 98 1.3 429 7 8.8 0.1 47.6 0.3 0.27 0.01 3.69 0.06
‐7.0 7.84 24 5.4 6.89 25.1 3.8 210 0.8 416 7 9.1 0.1 48.5 0.6 0.21 0.02 2.72 0.04
‐7.9 7.87 40 5.5 10.08 24.4 4.2 257 0.8 419 6 8.9 0.1 48.1 1.0 0.29 0.02 2.32 0.02
‐8.8 7.86 51 6.7 11.00 24.4 4.8 246 0.5 416 13 8.8 0.1 46.9 0.4 0.91 0.02 2.02 0.01
‐9.7 7.9 70 8.0 15.29 24.0 5.0 319 1.0 410 3 8.9 0.2 47.4 1.3 0.87 0.08 1.87 0.03
‐10.7 7.9 111 7.7 20.87 23.6 5.1 325 1.0 410 9 8.9 0.1 47.1 0.4 1.00 0.03 1.93 0.01
‐11.6 7.92 158 7.1 21.27 23.0 5.4 359 0.5 405 11 8.7 0.1 46.8 0.9 0.86 0.04 2.88 0.06
‐12.5 8.01 127 8.4 27.48 22.9 5.8 385 2.0 407 9 8.6 0.1 46.8 0.6 0.59 0.03 3.39 0.04
‐13.4 8.01 209 7.8 32.81 21.7 5.7 419 0.5 405 4 8.4 0.1 45.9 0.5 0.41 0.02 2.85 0.02
‐14.3 7.98 280 8.6 37.98 21.9 6.2 453 0.4 402 5 8.2 0.1 45.9 0.6 0.36 0.02 2.08 0.02
‐15.2 7.96 291 8.1 35.55 21.5 6.4 469 0.3 403 7 8.2 0.2 45.5 0.9 0.26 0.02 1.30 0.01
‐16.1 7.92 232 7.8 38.66 21.0 6.6 481 1.0 403 8 7.8 0.1 44.4 0.8 0.13 0.01 0.93 0.01
‐17.0 7.93 181 7.6 33.93 20.5 7.0 494 0.5 401 6 7.9 0.1 45.0 0.2 0.15 0.02 1.04 0.00
‐17.9 7.95 254 7.3 33.29 19.9 6.7 517 0.5 399 3 7.6 0.2 44.1 0.8 0.28 0.03 0.72 0.01
‐18.8 7.94 191 8.1 39.68 19.2 7.1 550 0.5 396 6 7.7 0.1 44.9 0.4 0.04 0.01 0.41 0.01
‐19.7 7.9 283 10.8 42.22 18.4 7.3 576 0.3 394 9 7.5 0.1 43.7 0.2 0.14 0.02 0.20 0.00
‐20.6 7.94 141 9.7 43.21 18.1 7.3 537 1.0 390 8 7.1 0.1 42.5 0.4 0.00 0.00 0.15 0.00
‐21.5 7.92 143 9.1 33.73 17.7 7.8 0.8 386 7 7.1 0.1 42.6 0.4 0.06 0.00 0.18 0.00
‐22.4 8.01 204 10.0 36.06 17.5 7.7 574 0.5 391 6 7.2 0.1 43.2 0.5 0.08 0.01 0.18 0.00
‐23.3 7.98 254 10.8 37.88 17.3 7.5 588 0.5 395 4 7.0 0.0 42.9 0.3 0.05 0.02 0.21 0.00
‐24.2 8.0 262 11.5 39.54 17.4 7.5 612 0.3 395 8 6.9 0.1 42.3 0.7 0.12 0.01 0.13 0.00
‐25.1 8.2 295 9.9 30.22 17.4 7.6 629 0.5 396 11 7.0 0.1 42.7 0.1 0.10 0.0 0.06 0.0
‐26.0 8.2 316 12.3 32.89 17.4 7.9 636 0.8 396 10 7.0 0.1 43.7 0.5 0.10 0.01 0.05 0.00
‐26.9 8.1 296 11.3 35.34 17.3 8.1 606 0.3 397 8 6.9 0.2 43.4 0.8 0.0 0.0 0.0 0.0
‐27.8 8.2 231 8.8 35.66 17.5 8.5 0.4 401 5 6.9 0.2 44.0 1.0 0.02 0.01 0.04 0.00
267
ANNEXE III
x (cm) As (nM) +/‐ Co (nM) +/‐ Cr (nM) +/‐ Mo (nM) +/‐ Ni (nM) +/‐
16.4 37 8 26.6 1.1 8 2 124.3 2.4 21.0 1.1
15.5 27 8 19.9 1.6 5 1 129.6 4.7 19.4 7.3
14.6 32 3 24.5 1.3 6 1 128.8 2.2 21.0 1.4
13.7 38 11 18.8 1.7 7 1 130.3 4.9 16.5 2.2
12.8 35 3 19.9 0.6 7 2 131.9 6.9 15.6 0.8
11.9 35 13 19.0 3.9 7 2 132.2 7.7 14.7 4.3
11.0 26 7 19.9 1.9 4 1 133.9 3.5 17.0 3.9
10.1 36 15 19.5 3.0 0 0 127.8 4.6 17.9 3.7
9.2 29 6 20.6 2.2 2 1 125.7 8.8 18.6 2.6
8.3 39 17 19.6 2.3 3 1 131.0 8.7 21.6 4.7
7.4 27 5 19.4 1.6 1 1 128.9 3.6 17.3 3.9
6.5 36 8 19.6 1.9 10 3 132.0 5.5 23.5 1.5
5.6 27 2 20.0 0.7 3 1 144.1 3.4 18.1 2.7
4.7 44 8 20.7 4.4 5 2 128.8 14.5 24.9 2.5
3.8 39 8 22.4 1.1 3 1 125.5 4.6 17.7 3.9
2.9 39 12 26.4 1.0 2 0 123.4 2.8 16.8 1.0
2.0 36 7 26.4 1.5 5 2 127.5 6.3 19.4 0.2
1.1 39 4 27.6 4.7 6 1 137.1 0.8 17.8 2.4
0.1 20 4 30.1 2.6 6 2 127.0 5.2 20.9 2.2
‐0.8 45 3 48.0 3.8 7 1 123.3 6.6 18.6 2.3
‐1.7 24 6 41.0 2.3 7 1 126.8 3.9 22.3 3.3
‐2.6 45 11 27.5 4.2 5 2 118.6 1.2 13.0 2.2
‐3.5 23 6 29.4 0.9 6 2 118.5 5.2 17.6 2.9
‐4.3 27 6 13.0 1.6 0 0 123.2 19.0 14.1 1.9
‐5.2 25 3 9.1 2.4 4 1 109.5 3.5 10.4 2.2
‐6.1 30 4 5.6 0.9 0 0 93.9 13.4 11.2 2.9
‐7.0 9 2 4.5 0.2 0 0 75.1 3.3 8.9 1.8
‐7.9 14 6 4.4 1.9 11 2 58.3 4.8 5.9 1.5
‐8.8 13 7 3.7 0.3 10 2 52.8 3.4 6.7 1.2
‐9.7 13 6 4.0 1.6 8 1 43.2 5.9 11.8 3.6
‐10.7 18 3 4.1 1.4 11 2 42.9 2.4 10.5 0.5
‐11.6 32 8 3.9 0.5 12 1 38.1 1.8 13.8 1.3
‐12.5 30 7 4.6 1.2 8 2 28.6 2.2 6.9 1.6
‐13.4 30 12 4.5 1.0 15 0 15.6 1.2 8.9 3.0
‐14.3 29 4 6.5 0.1 16 3 12.6 1.1 11.3 2.0
‐15.2 18 10 5.0 1.9 8 2 8.9 0.6 8.4 1.8
‐16.1 14 8 6.5 2.1 21 4 8.0 1.1 5.0 1.3
‐17.0 21 6 7.4 1.4 12 3 23.3 0.2 10.4 2.9
‐17.9 29 6 5.9 1.8 34 7 42.0 0.7 8.8 2.1
‐18.8 25 12 8.8 1.9 19 4 14.1 1.0 4.2 0.8
‐19.7 20 0 8.8 1.5 26 5 41.2 3.4 7.2 2.1
‐20.6 23 2 6.9 0.3 24 10 32.1 2.0 7.2 2.5
‐21.5 23 4 8.6 2.3 25 1 13.2 0.4 7.6 0.9
‐22.4 23 10 11.2 1.7 11 5 9.5 1.2 4.5 0.9
‐23.3 49 9 9.1 1.4 23 6 5.5 0.6 5.1 1.3
‐24.2 42 10 10.9 1.9 14 2 9.2 2.2 6.5 0.9
‐25.1 57 26 9.8 2.3 13 5 6.6 0.9 6.4 1.6
‐26.0 31 10 10.2 0.6 19 6 18.0 1.9 7.6 3.0
‐26.9 36 7 8.5 0.5 11 1 11.6 2.0 7.9 1.2
‐27.8 14 9 10.4 1.2 15 3 4.2 0.4 6.0 0.8
268
ANNEXE III
Tableau 35 : pH et Concentrations en espèces majeurs et en Fe et Mn dans les eaux interstitielles prélevées par
peepers au niveau du site V‐10
DOC
∑H2S Alc tot ∑PO4 SO4 ∑NH4 ∑NO3 Na Ca Mg Fe Mn
x (cm) pH (mg.l‐ ± ± ± ±
(µM) (mM) (µM) (mM) 1)
(µM) (µM) (mM) ± (mM) (mM) (µM) (µM)
18.8 0.87 16.4 9 4.7 284 2 6.1 0.1 32.3 0.6 0.03 0.00 0.06 0.00
17.9 0 0.71 17.2 5.6 8 4.4 282 3 6.3 0.0 32.9 0.5 0.15 0.12 0.07 0.01
17.0 7.9 0 0.71 16.7 3.1 5 3.5 280 3 6.2 0.1 32.1 0.1 0.14 0.15 0.06 0.00
16.1 7.93 0 0.74 16.6 2.4 12 4.1 286 5 6.2 0.1 32.2 0.9 0.04 0.00 0.07 0.00
15.2 7.93 0 0.66 16.8 2.5 7 4.1 283 3 6.0 0.1 31.7 0.7 0.05 0.00 0.07 0.00
14.3 7.92 0 2.9 0.74 16.1 4.9 15 4.7 280 1 6.0 0.2 31.6 0.3 0.05 0.00 0.05 0.01
13.4 7.93 0 2.2 0.61 16.3 2.5 5 4.4 280 4 6.2 0.1 32.0 0.2 0.05 0.00 0.06 0.01
12.5 7.94 0 2.4 0.57 16.7 2.3 15 4.1 281 3 6.1 0.1 32.0 0.5 0.09 0.01 0.06 0.01
11.6 7.96 0 2.4 0.72 16.3 2.3 10 4.7 282 3 6.0 0.1 31.9 0.2 0.05 0.00 0.07 0.01
10.7 7.94 0 2.5 0.80 17.4 2.6 14 4.4 280 3 6.1 0.1 31.9 0.7 0.04 0.00 0.06 0.01
9.8 7.93 0 2.3 0.63 16.4 2.5 14 4.7 283 4 6.2 0.1 32.4 0.7 0.12 0.01 0.06 0.01
8.9 7.94 0 2.5 0.66 16.2 2.4 8 5.5 278 5 6.1 0.1 32.0 0.4 0.06 0.00 0.05 0.00
8.0 7.97 0 2.5 0.57 16.5 2.6 18 7.9 277 6 6.1 0.1 32.1 0.2 0.07 0.00 0.07 0.00
7.1 7.97 0 2.2 0.65 15.8 2.7 13 6.7 283 4 6.1 0.1 32.3 0.5 0.11 0.03 0.08 0.01
6.2 7.97 0 2.6 0.68 16.8 2.5 17 9.6 284 4 6.2 0.1 32.5 0.5 0.08 0.01 0.10 0.02
5.3 7.97 0 3.0 0.51 17.5 2.5 14 11.7 281 3 6.1 0.1 31.9 0.6 0.08 0.00 0.14 0.02
4.4 7.96 0 3.3 0.50 17.4 2.4 19 3.5 280 3 6.1 0.1 32.3 0.6 0.08 0.01 0.35 0.02
3.5 7.96 0 3.2 0.63 17.5 2.8 9 2.9 282 1 6.1 0.0 32.3 1.0 0.13 0.01 0.79 0.04
2.6 7.94 0 2.6 0.59 17.4 2.6 84 2.0 282 5 6.2 0.1 32.5 0.2 0.09 0.00 1.51 0.11
1.7 7.92 0 2.9 0.67 16.7 3.9 79 1.8 282 7 6.2 0.2 32.4 0.8 0.17 0.01 1.18 0.03
0.8 7.92 0 3.1 0.78 17.5 2.7 204 1.0 281 3 6.2 0.1 32.3 0.4 0.21 0.01 0.48 0.06
‐0.1 7.95 0 3.3 1.1 17.3 3.2 221 1.0 282 1 6.3 0.1 32.9 0.1 0.49 0.03 1.10 0.09
‐1.1 7.95 1 3.7 1.6 17.2 4.3 254 0.7 282 3 6.2 0.2 32.7 0.5 1.44 0.16 1.21 0.17
‐2.0 7.98 2 4.1 2.2 17.2 5.0 296 0.7 282 4 6.1 0.0 32.3 0.4 3.86 0.04 1.42 0.17
‐2.8 8 12 4.6 3.7 16.9 5.8 354 0.8 281 3 6.3 0.1 32.2 0.4 3.61 0.11 1.50 0.03
‐3.7 7.99 9 5.1 8.7 16.4 8.1 399 0.8 278 1 6.1 0.1 32.0 0.4 1.10 0.04 1.41 0.06
‐4.6 8 26 5.7 11 15.6 8.5 481 0.8 275 3 6.0 0.2 31.3 0.3 0.77 0.03 2.07 0.07
‐5.5 8.09 40 5.7 18 14.7 9.0 513 0.5 275 5 6.0 0.1 31.2 0.3 0.46 0.01 4.81 0.17
‐6.4 8.09 59 6.1 21 13.6 9.7 563 0.5 272 1 5.9 0.1 30.4 0.3 2.22 0.07 8.48 0.18
‐7.3 8.14 75 7.5 25 12.7 10.0 626 0.5 274 2 6.0 0.2 30.7 0.8 3.94 0.07 5.15 0.12
‐8.2 8.14 90 7.6 32 9.5 10.9 620 0.3 271 2 6.0 0.1 30.3 0.5 1.81 0.11 4.51 0.23
‐9.1 8.13 65 8.6 41 10.7 11.8 680 0.3 268 2 5.9 0.1 29.9 0.5 0.55 0.06 3.54 0.54
‐10.1 8.14 79 8.5 46 8.8 11.6 705 0.5 267 3 5.8 0.1 29.3 0.1 0.39 0.02 2.33 0.10
‐11.0 8.15 103 8.6 47 8.8 10.4 750 0.3 266 3 5.5 0.0 28.1 0.7 0.41 0.01 1.46 0.06
‐11.9 8.16 117 10.6 49 8.3 12.5 778 0.3 265 1 5.4 0.1 27.7 0.5 0.29 0.01 1.15 0.02
‐12.8 8.16 136 11.2 50 8.7 13.3 829 0.3 264 5 5.4 0.1 27.7 0.4 0.27 0.01 0.86 0.05
‐13.7 8.17 137 10.4 51 7.9 13.7 838 0.3 265 0 5.4 0.1 28.2 0.1 0.28 0.01 0.81 0.03
‐14.6 8.18 156 9.7 52 8.0 14.3 881 0.1 264 7 5.3 0.1 27.9 0.1 0.23 0.01 0.75 0.02
‐15.5 8.19 160 9.7 55 7.5 14.8 886 0.0 264 3 5.3 0.1 28.1 0.5 0.25 0.01 0.61 0.02
‐16.4 8.19 147 10.7 61 8.7 14.6 932 0.3 265 2 5.3 0.1 28.0 0.5 0.22 0.01 0.56 0.01
‐17.3 8.13 222 10.3 72 8.9 14.7 854 0.3 270 4 5.2 0.1 28.0 0.5 0.33 0.03 0.63 0.01
‐18.2 8.15 248 11.5 59 8.3 15.5 975 0.3 268 2 5.3 0.0 28.6 0.6 0.24 0.00 0.50 0.00
‐19.1 8.06 382 10.9 56 8.2 15.4 1025 0.3 270 3 5.2 0.1 28.0 0.5 0.20 0.01 0.50 0.03
‐20.0 8.06 352 10.9 54 7.7 17.2 1078 0.0 271 2 5.3 0.1 28.3 0.5 0.28 0.02 0.43 0.02
‐20.9 8.09 435 12.8 53 9.7 16.1 1080 0.0 272 3 5.1 0.0 28.0 0.4 0.29 0.02 0.41 0.01
‐21.8 8.1 427 11.8 53 9.3 16.1 1109 0.3 272 3 5.3 0.1 28.8 0.2 0.30 0.01 0.46 0.01
‐22.7 8.1 268 11.6 54 7.4 16.7 1048 0.3 273 2 5.4 0.0 29.4 0.7 0.29 0.0 0.49 0.0
‐23.6 8.1 434 11.9 54 8.8 16.2 1182 0.3 274 2 5.3 0.0 28.8 0.1 0.29 0.03 0.49 0.01
‐24.5 8.2 399 12.2 55 9.8 17.1 1179 0.3 274 2 5.4 0.0 29.4 0.3 0.2 0.0 0.5 0.0
‐25.4 8.1 382 14.1 57 10.8 16.8 1176 0.3 273 2 5.4 0.0 30.0 0.6 0.11 0.00 0.54 0.01
‐26.3 8.1 470 13.2 59 10.0 17.9 1207 0.3 276 1 5.5 0.1 30.7 0.5 0.00 0.00 0.00 0.00
269
ANNEXE III
x (cm) As (nM) +/‐ Co (nM) +/‐ Cr (nM) +/‐ Mo (nM) +/‐ Ni (nM) +/‐
18.8 13 4 0.2 0.0 0 0 64.9 1.4 27.0 3.4
17.9 12 2 0.5 0.1 4 0 64.1 1.4 17.7 2.7
17.0 15 3 0.4 0.0 0 0 69.1 1.6 21.0 2.4
16.1 15 6 1.1 0.3 5 1 67.5 1.5 21.0 2.2
15.2 12 5 0.5 0.1 9 0 67.8 1.5 21.4 2.9
14.3 17 4 0.5 0.3 11 0 68.3 1.5 19.9 3.4
13.4 11 0 0.6 0.1 5 1 68.4 1.5 17.5 1.4
12.5 18 1 0.7 0.2 7 1 74.2 1.8 20.5 2.4
11.6 14 1 0.8 0.2 4 0 74.1 1.8 19.4 2.0
10.7 14 3 0.6 0.1 1 0 73.9 1.8 18.5 0.5
9.8 11 2 0.4 0.1 12 1 68.8 1.6 23.3 3.2
8.9 19 3 0.8 0.1 12 1 68.3 1.5 17.3 2.7
8.0 16 1 0.6 0.0 16 2 74.3 1.8 21.2 1.5
7.1 20 5 1.2 0.3 20 2 73.5 1.8 21.5 1.3
6.2 14 6 0.6 0.2 17 1 74.8 1.8 20.4 4.8
5.3 15 6 1.1 0.2 18 2 72.4 1.7 19.4 2.6
4.4 16 0 2.5 0.3 25 0 67.9 1.5 20.5 3.2
3.5 11 3 5.7 0.4 24 2 69.3 1.6 24.4 2.0
2.6 10 3 10.2 0.5 20 0 76.9 1.9 22.7 4.5
1.7 16 3 5.5 1.2 24 2 81.8 2.2 23.6 2.7
0.8 12 2 3.3 0.3 11 1 81.0 2.2 23.4 4.4
‐0.1 17 4 6.3 0.2 23 2 78.1 2.0 23.1 7.3
‐1.1 16 9 3.8 0.9 29 4 63.1 1.3 23.7 2.7
‐2.0 15 6 3.6 0.5 27 0 63.4 1.3 20.4 2.5
‐2.8 13 1 5.9 1.8 41 1 69.6 1.6 19.4 1.0
‐3.7 14 6 4.0 0.2 42 1 46.4 0.7 19.7 3.5
‐4.6 19 3 4.8 0.5 47 3 34.8 0.4 21.7 3.2
‐5.5 17 3 8.5 0.5 62 5 26.5 0.2 22.5 4.1
‐6.4 28 5 9.5 1.2 69 5 26.5 0.2 23.8 3.8
‐7.3 34 7 4.6 0.6 84 4 28.4 0.3 18.5 1.0
‐8.2 30 5 7.1 1.4 99 3 13.9 0.1 20.6 1.7
‐9.1 39 9 6.2 1.3 121 17 7.9 0.0 18.0 1.5
‐10.1 28 9 6.9 0.6 103 5 6.1 0.0 19.4 2.5
‐11.0 23 7 5.8 0.0 88 4 5.4 0.0 18.5 2.0
‐11.9 30 3 6.6 0.2 92 7 3.5 0.0 18.4 1.6
‐12.8 27 2 6.8 0.6 90 5 2.9 0.0 16.7 2.4
‐13.7 26 5 6.4 0.7 83 1 2.9 0.0 19.6 2.7
‐14.6 37 4 7.6 0.9 75 3 2.3 0.0 15.1 1.2
‐15.5 21 4 5.5 0.3 78 1 2.2 0.0 17.7 1.4
‐16.4 39 7 6.0 0.6 82 0 3.0 0.0 19.5 2.2
‐17.3 107 8 8.4 0.7 84 2 10.7 0.0 20.0 2.0
‐18.2 33 4 6.4 0.8 71 2 3.2 0.0 22.5 1.6
‐19.1 22 3 7.5 0.5 76 3 2.3 0.0 20.6 1.1
‐20.0 20 4 5.4 0.2 69 5 2.0 0.0 18.7 0.9
‐20.9 39 4 7.5 1.0 69 3 3.8 0.0 17.2 3.9
‐21.8 47 1 7.9 0.8 71 2 6.9 0.0 15.3 0.5
‐23.6 52 4 7.4 1.6 74 4 5.9 0.0 16.2 1.4
‐25.4 108 3 9.2 0.3 76 1 9.4 0.0 16.8 1.9
270
ANNEXE III
C : CALCULS THERMODYNAMIQUES
Les constantes thermodynamiques apparentes (Kapp) de complexation des métaux avec les acides
fulviques (AF) et acides humiques (AH) sont calculées à partir de la spéciation obtenue par WHAM VI.
Par exemple, pour une réaction de complexation entre le métal Me2+ et l’acide fulviques AF2‐ formant
un complexe MeAF (réaction 1), Kapp est calculé selon l’équation 1.
Me2+ + AF2‐ = MeAF (Réaction A‐1)
[MeAF]
logK app = log (Equation A‐2)
[AF 2− ][Me 2+ ]
où [MeAF], [AF‐2] et [Me2+] sont les concentrations (mol.l‐1) du complexe MeAF, de l’acide Fulvique AF2‐
et du métal libre en solution. Les concentrations molaires de AF et AH en solution sont calculées à
€
partir des concentrations en carbone organique dissous (COD en g.l‐1) et des masses molaires de 650
et 2000 g.mol‐1 respectivement selon les équations 2 et 3.
COD
[AF 2− ] = 2 0.9 (Equation A‐3)
650
COD
[AH 2− ] = 2 0.1 (Equation A‐4)
2000
€ l’ensemble des échantillons en solution obtenus dans ce travail. Les
Les Kapp ont été calculés pour
sulfures modifiant fortement l’affinité des métaux pour la MO, deux calculs ont été effectués : en
€
présence et en absence de ΣH2S. Les valeurs des Kapp utilisés dans ce travail correspondent à la
moyenne sur l’ensemble des mesures dans chaque situation et sont reportées, avec l’écart type
associé, dans le Tableau 37. L’absence de données concernant l’interaction entre Mo et As avec la
matière organique (AF et AH) ne nous permet pas de déterminer de Kapp pour ces éléments.
271
ANNEXE III
272
ANNEXE III
273
ANNEXE III
Cu
51 2Cu+ + 3HS‐ + OH‐ = Cu2S(HS)22‐ + H2O 42.68 Feyte, communication personnelle
52 3Cu+ + OH‐ + 4HS‐ = Cu3S4H32‐ + H2O 65.03 Feyte, communication personnelle
53 4Cu+ + 2OH‐ + 4HS‐ = Cu4S4H22‐ + 2H2O 90.08 Feyte, communication personnelle
54 Cu+ + S2‐ = CuS‐ 25.99 Balistrieri, 1992
55 Cu+ + S2‐ + H+ = Cu(HS) 27.72 Balistrieri, 1992
56 Cu+ + 2S2‐ + 2H+ = Cu(HS)2‐ 53.86 Balistrieri, 1992
57 Cu+ + 3S2‐ + 3H+ = Cu(HS)32‐ 74.28 Balistrieri, 1992
58 Cu+ + 4S2‐ + 4H+ = Cu(HS)43‐ 94.40 Balistrieri, 1992
Hg
59 Hg2+ + 2HS‐ = Hg(HS)2 40.37 Jay et al., 2000 (Feyte et al., 2011)
60 Hg2+ + 2HS‐ + OH‐ = HgS(HS)‐ + H2O 48.6 Jay et al., 2000 (Feyte et al., 2011)
61 Hg2+ + 2HS‐ + 2OH‐ = HgS22‐ + 2H2O 53.56 Jay et al., 2000 (Feyte et al., 2011)
62 Hg2+ + HS‐ = HgSH+ 22.3 Jay et al., 2000 (Feyte et al., 2011)
63 Hg2+ + HS‐ + OH‐ = HgS + H2O 43.8 Jay et al., 2000 (Feyte et al., 2011)
64 Hg2+ + OH‐ = HgOH+ 10.6 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
65 Hg2+ + 2OH‐ = Hg(OH)2 22.02 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
66 Hg2+ + 3OH‐ = Hg(OH)3‐ 20.9 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
67 Hg2+ + Cl‐ + OH‐ = HgClOH 18.27a Martell et al., 1998 (Merritt and Amirbahman, 2007)
68 Hg2+ + Cl‐ = HgCl+ 7.3 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
69 Hg2+ + 2Cl‐ = HgCl2 14.0 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
70 Hg2+ + 3Cl‐ = HgCl3‐ 14.93 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
71 Hg2+ + 4Cl‐ = HgCl42‐ 15.5 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
72 Hg2+ + SO42‐ = HgSO4 2.6 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
73 Hg2+ + CO32‐ = HgCO3 11.51 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
74 Hg2+ + OH‐ + CO32‐ = Hg(OH)CO3‐ 19.34 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
75 Hg2+ + H+ + CO32‐ = HgHCO3+ 15.84 Powell et al., 2005 (Feyte et al., 2010)
76 Hg2+ + 2CO32‐ = Hg(CO3)22‐ 15.58 Martell et al., 2001 (Feyte et al., 2011)
MeHg
77 MeHg+ + HS‐ = MeHgHS 14.5 Loux et al., 2007 (Feyte et al., 2011)
78 MeHg+ + HS‐ = MeHgS‐ + H+ 7.0a Martell et al., 2003 (Goulet et al., 2007)
79 2MeHg+ + HS‐ = (MeHg)2S + H+ 23.3a Martell et al., 2003 (Goulet et al., 2007)
80 3MeHg+ + HS‐ = (MeHg)3S+ + H+ 30.3a Martell et al., 2003 (Goulet et al., 2007)
81 MeHg+ + OH‐ = MeHgOH 9.47 De Robertis et al., 1998 (Feyte et al., 2010)
82 2MeHg+ + OH‐ = (MeHg)2OH+ 11.85 De Robertis et al., 1998 (Feyte et al., 2010)
83 MeHg+ + CO32‐ = MeHgCO3‐ 6.1 Rabenstein et al., 1976 (Feyte et al., 2010)
84 MeHg+ + H+ + CO32‐ = MeHgHCO3 12.95 Loux et al., 2007 (Feyte et al., 2010)
85 MeHg+ + Cl‐ = MeHgCl 5.45 De Robertis et al., 1998 (Feyte et al., 2010)
86 MeHg+ + SO42‐ = MeHgSO4‐ 2.64 De Robertis et al., 1998 (Feyte et al., 2010)
87 MeHg+ + HPO42‐ = MeHgHPO4‐ 5.48 Amirbahman et al., 2002 (Tipping et al., 2007)
Mo
88 MoO42‐ + H+ = HMoO4‐ 4.2988 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
89 MoO42‐ + 2H+ = H2MoO4 8.1636 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
90 7MoO42‐ + 8H+ = Mo7O246‐ + 4H2O 52.99 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
91 7MoO42‐ + 9H+ = HMo7O245‐ + 4H2O 59.3768 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
92 7MoO42‐ + 10H+ = H2Mo7O244‐ + 4H2O 64.159 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
93 7MoO42‐ + 11H+ = H3Mo7O243‐ + 4H2O 67.405 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
94 8MoO42‐ + 12H+ = Mo8O264‐ + 6H2O 71.62 Yagasaki et al., 1987 (Chappaz et al. 2008)
95 8MoO42‐ + 13H+ = HMo8O263‐ + 6H2O 73.38 Yagasaki et al., 1987 (Chappaz et al. 2008)
96 8MoO42‐ + 15H+ = H3Mo8O26‐ + 6H2O 76.34 Yagasaki et al., 1987 (Chappaz et al. 2008)
97 MoO42‐ + Ca2+ = CaMoO4 2.570 Essington, 1992 (Chappaz et al. 2008)
98 MoO42‐ + Mg2+ = MgMoO4 2.958 Essington, 1992 (Chappaz et al. 2008)
99 MoO42‐ + K+ = KMoO4‐ 1.29 Essington, 1992 (Chappaz et al. 2008)
100 MoO42‐ + Na+ = NaMoO4‐ 1.66 Essington, 1992 (Chappaz et al. 2008)
101 MoO42‐ + H+ + HS‐ = MoO3S2‐ + H2O 12.21 Erickson and Heltz, 2000 (Chappaz et al. 2008)
102 MoO42‐ + 2H+ + 2HS‐ = MoO2S22‐ + 2H2O 24.03 Erickson and Heltz, 2000 (Chappaz et al. 2008)
103 MoO42‐ + 3H+ + 3HS‐ = MoOS32‐ + 3H2O 36.05 Erickson and Heltz, 2000 (Chappaz et al. 2008)
104 MoO42‐ + 4H+ + 4HS‐ = MoS42‐ + 4H2O 47.95 Erickson and Heltz, 2000 (Chappaz et al. 2008)
Ni
105 Ni2+ + S2‐ = NiS 20.99 Balistrieri, 1992
106 Ni2+ + S2‐ + H+ = Ni(HS)+ 22.73 Balistrieri, 1992
107 Ni2+ + 2S2‐ + 2H+ = Ni(HS)2 48.87 Balistrieri, 1992
108 Ni2+ + 3S2‐ + 3H+ = Ni(HS)3‐ 69.29 Balistrieri, 1992
109 Ni2+ + 4S2‐ + 4H+ = Ni(HS)42‐ 89.41 Balistrieri, 1992
Pb
110 Pb2+ + S2‐ = PbS 22.17 Balistrieri, 1992
111 Pb2+ + S2‐ + H+ = Pb(HS)+ 23.90 Balistrieri, 1992
112 Pb2+ + 2S2‐ + 2H+ = Pb(HS)2 50.04 Balistrieri, 1992
274
ANNEXE III
275
ANNEXE III
41 MoS2 MoS2 + 4H2O = MoO42‐ + 2e‐ + 6H+ + 2HS‐ ‐59.27 Bostick et al., 2002 (Chappaz et al. 2008)
42 MoO3 MoO3 + H2O = MoO42‐ + 2H+ ‐8.00 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
43 Na2Mo2O7 Na2Mo2O7 + H2O = 2MoO42‐ + 2H+ + 2Na+ ‐16.60 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
44 Na2MoO4:H2O Na2MoO4:H2O = MoO42‐ + 2H2O + 2Na+ 1.22 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
45 H2MoO4 H2MoO4 = MoO42‐ + 2H+ ‐12.88 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
46 CaMoO4 CaMoO4 = MoO42‐ + Ca2+ ‐7.95 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
47 FeMoO4 FeMoO4 = MoO42‐ + Fe2+ ‐10.09 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
48 K2MoO4 K2MoO4 = MoO42‐ + 2K+ 3.262 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
49 MgMoO4 MgMoO4 = MoO42‐ + Mg2+ ‐1.850 Schecher and McAvoy, 1998 (Chappaz et al. 2008)
Ni
50 Millerite NiS + H+ = Ni2+ + HS‐ ‐9.23 Smith and Martel, 1977 (Huerta Diaz et al., 1998)
51 NiS(alpha) NiS + H+ = Ni2+ + HS‐ ‐5.50 Smith and Martel, 1977 (Huerta Diaz et al., 1998)
52 NiS(beta) NiS + H+ = Ni2+ + HS‐ ‐11.00 Smith and Martel, 1977 (Huerta Diaz et al., 1998)
53 NiS(gamma) NiS + H+ = Ni2+ + HS‐ ‐12.70 Smith and Martel, 1977 (Huerta Diaz et al., 1998)
Pb
54 PbS(am) PbS + H+ = Pb2+ + HS‐ ‐13.8 Villegas, 2000 (Gallon et al., 2004)
55 Galena PbS + H+ = Pb2+ + HS‐ ‐14.53 Villegas, 2000 (Gallon et al., 2004)
56 Anglesite PbSO4 = Pb2+ + SO42‐ ‐7.9 Martell et al. 2001 (Gallon et al., 2004)
57 Pb(OH)2 Pb(OH)2 = Pb2+ + 2OH‐ ‐15.3 Martell et al. 2001 (Gallon et al., 2004)
58 Cerrusite PbCO3 = Pb2+ + CO32‐ ‐13.2 Martell et al. 2001 (Gallon et al., 2004)
Zn
59 ZnS(am) ZnS + H+ = Zn2+ + HS‐ ‐9.02 Ball et al., 1980 (Huerta Diaz et al., 1998)
60 Sphalerite ZnS + H+ = Zn2+ + HS‐ ‐11.45 Daskalakis and Helz, 1993 (Huerta Diaz et al., 1998)
61 Wurtzite ZnS + H+ = Zn2+ + HS‐ ‐9.68 Ball et al., 1980 (Huerta Diaz et al., 1998)
a
I=1M
276
ANNEXE III
C3. Résultats des calculs de spéciation
Figure 80: spéciation des éléments majeurs dans les peepers des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. La droite horizontale en pointillé représente l’IES.
277
ANNEXE III
Figure 81: spéciation de Fe, Mn et des éléments traces dans les peepers des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. La droite horizontale en pointillé représente l’IES.
278
ANNEXE III
Figure 82: Spéciation de Hg et MeHg dans les peepers du site SA‐09. La droite
horizontale en pointillé représente l’IES.
279
ANNEXE III
Figure 83: Indices de saturation des éléments majeurs dans les peepers des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10
280
ANNEXE III
Figure 84: Indices de saturation des éléments traces dans les peepers des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10
281
ANNEXE III
D: MODELISATION PROFILE
Tableau 40 : Coefficient de diffusion moléculaire dans l’eau libre (D0) et dans les sédiments (Ds)
pour une salinité de 35 et une température de 20°C. La forme chimique dominante en solution,
la forme chimique de l’espèce utilisée pour le calcul du coefficient de diffusion moléculaire et les
valeurs du nombre de Peclet (Pe) correspondant sont reportés.
282
ANNEXE III
D2. Modélisation des profils, zones et taux nets des réactions obtenus par
PROFILE.
Figure 85: Profils de concentration de ΣCO2, ΣNH4, ΣPO4 dans les peepers au niveau des sites SA‐09, SA‐10
et V‐10. Le fit des valeurs expérimentales, les zones et les taux nets de réactions obtenus par modélisation
inverse au moyen du code PROFILE sont aussi reportées. La ligne horizontale en pointillé représente
l’interface eau/sédiment
283
ANNEXE III
Figure 86: Profils de concentration de Ca, Mg et SO42‐ corrigés des variations de salinité dans les peepers
au niveau des sites SA‐09, SA‐10 et V‐10. Le fit des valeurs expérimentales, les zones et les taux nets de
réactions obtenus par modélisation inverse au moyen du code PROFILE sont aussi reportées
284
ANNEXE III
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285
ANNEXE III
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286
DYNAMIQUE ET BIODISPONIBILITE DES ELEMENTS TRACES METALLIQUES DANS LES
SEDIMENTS DE L’ETANG DE BERRE
Résumé : L’industrialisation de l’étang de Berre au cours du 20ème siècle s’est accompagnée
d’importants rejets en éléments traces métalliques (ETM) qui ont été en partie accumulés dans les
sédiments et sont aujourd’hui susceptibles d’être remobilisés vers la colonne d’eau ou d’être intégrés
dans le réseau trophique et d’entrainer un risque écotoxicologique.
La reconstitution de l’évolution temporelle et spatiale de la contamination des sédiments montre que
les niveaux de contaminations actuels des sédiments de surface sont les plus bas depuis plusieurs
décennies en lien avec l’efficacité des réglementations sur les rejets industriels mises en place dans
les années 1970. Ces niveaux sont faibles à modérés en surface mais de très fortes contaminations
existent quelques centimètres sous la surface des sédiments.
Le rôle des oxy‐hydroxydes de Fe ou de Mn et des sulfures dans le contrôle de la mobilité des ETM
dans le sédiment et leurs flux à l’interface eau/sédiment a pu être démontré grâce à la modélisation
du transport et des réactions des composés chimiques et des ETM dans les eaux interstitielles, de
leurs profils de concentrations dans la fraction réactive de la phase particulaire et
d’expérimentations en conditions contrôlées au laboratoire. L’oxygénation de la colonne d’eau
constitue le principal paramètre influençant cette mobilité et ces flux, et l’influence d’une
réoxygénation des fonds dans le Grand Etang est discutée.
Enfin, la biodisponibilité des ETM et le risque écotoxicologique qu’ils peuvent constituer pour un
organisme benthique cible, le polychète Nereis succinea, ont été évalués par l’estimation des fractions
potentiellement biodisponibles dans les sédiments (extractions chimiques et Diffusive Gradient in
Thin‐films), par la mesure des concentrations bioaccumulées et par l’utilisation de biomarqueurs de
défense (métallothionéines) et de dommages (tests de génotoxicité). Certains ETM qui sont
fortement bioaccumulés représentent un risque potentiel et pourraient être impliqués dans la
dégradation de la macrofaune benthique.
Mots‐clés : éléments traces métalliques ; étang de Berre ; sédiments ; contamination ; diagénèse
précoce ; flux benthiques ; anoxie ; biodisponibilité ; écotoxicité ; Nereis succinea.
FATE AND BIOAVAILABILITY OF TRACE METALS IN THE SEDIMENT OF THE BERRE LAGOON
Abstract: The industrialization of the Berre lagoon in the 20th century was accompanied by large
inputs of trace metals, which were partially accumulated in sediments and are now expected to be
remobilized to the water column or be incorporated into the food chain and cause an ecotoxicological
risk.
The reconstruction of the temporal and spatial trends of sediment contamination shows that current
levels of contamination of surface sediments have been the lowest for three decades in agreement
with the effectiveness of regulations on industrial releases set up in the 1970s. These levels are low
to moderate in surface but very high contamination exist a few centimeters below the sediment
surface.
The role of Fe and Mn oxy‐hydroxides and sulfides in controlling the mobility of ETM in the sediment
and fluxes at the water/sediment interface has been demonstrated through the modeling of
transport and reactions of chemical compounds and trace metals in the pore waters, their
concentration profiles in the reactive fraction of the particulate phase and experiments under
controlled laboratory conditions. The oxygenation of the water column is the main parameter
influencing the mobility and fluxes and the influence of reoxygenation of bottom water column in the
Grand Etang is discussed.
Finally, the bioavailability of trace metals and adverse effects they may constitute for a target benthic
organism, the polychaete Nereis succinea, were evaluated by estimating the potentially bioavailable
fraction in sediments (chemical extractions and Diffusive Gradient in Thin‐films), by measuring
bioaccumulated concentrations and by the use of biomarkers (metallothioneins and genotoxicity
assays). Some highly bioaccumulated trace metals pose a potential risk and might be involved in the
degradation of the benthic macrofauna.
Keywords: trace metals; Berre lagoon; sediment; contamination; early diagenesis; benthic fluxes;
anoxia; bioavailability; ecotoxicity; Nereis succinea.
Centre Européen de Recherche et d'Enseignement de Géosciences de l'Environnement, UMR 6635 Université Aix‐
Marseille III ‐ CNRS, Europôle Méditerranéen de l’Arbois BP 80, 13545 Aix‐en‐Provence Cedex 4, France.