Gestion des risques financiers
3ème Licence Finance
Année Universitaire 2024/2025
Objectifs du cours
• Objectif général : Le cours a pour objet d’identifier, mesurer et de
contrôler les risques
• Objectifs spécifiques:
-Distinguer les différents risques financiers
-Mesurer et contrôler les risques
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Plan du cours
Chapitre 1 : Typologie et cartographie des risques
Chapitre 2 : Risque de crédit
Chapitre 3 : Risque de liquidité
Chapitre 4 : Risque de taux d’intérêt
Chapitre 5 : Risque du marché
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Plan du chapitre 1
1. L’environnement et l’évolution des risques
2. La classification des risques
3. Les risques traditionnels
4. La cartographie des risques
5. La gestion des risques et la performance
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Introduction générale
La question du traitement du risque en entreprise et, conjointement, de la
maîtrise des situations de crise au sein des organisations apparaît
fondamentalement complexe…
Chaque entreprise, quels que soient son secteur d’activité, son historique, son
métier, sa taille, est par nature exposée à une multitude de risques qu’il convient
d’identifier, de comprendre et de maîtriser
5
Introduction générale
Identifier, de comprendre et maîtriser les risques
Assurer et renforcer chaque jour la pérennité de l’entreprise
Préserver le patrimoine physique et immatériel
Conserver et accroître les clés de différenciation
Maintenir la continuité des activités dans l’intérêt des clients, des salariés et des
actionnaires
Cultiver, de manière pragmatique, la volonté de maîtriser des effets de
l’incertitude comme une composante clé de l’environnement entrepreneurial,
Autant d’enjeux à considérer par chaque entreprise…
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Introduction générale
La gestion des risques occupe une place de plus en plus dominante dans le
monde de la finance
A la suite des faillites en cascade d’instituions financières survenues au cours des
décennies 1970 et 1980 et attribuables, entre autres, à l’escalade des risques
Les institutions financières et même non financières prêtent de plus en plus
d’attention à la gestion des risques financiers auxquels elles sont confrontées
De ce fait, la gestion des risques occupent depuis fort longtemps une place
prépondérante au sein des entreprises, banques et des sociétés d’assurances
7
Introduction générale
Pour faire face à ces risques, les entreprises ont développé depuis plusieurs
décennies des techniques sophistiquées d’identification et d’évaluation ainsi que
de nombreux outils de traitement
Bien que d’inspiration ancienne, la gestion du risque a connu des
développements théoriques et législatifs particulièrement significatifs depuis le
début des années 2000, en dehors de ces zones d’influence traditionnelles
Elles occupent aujourd’hui une place importante dans la majorité des
organisations
Selon une étude réalisée en 2010 par AON au niveau mondial, près de 30% des
sociétés disposaient d’un Chief Risk Officer (CRO) et près de 70% d’entre elles
s’étaient dotées d’un département de gestion des risques
Aon, officiellement Aon plc, est une multinationale britannique, acteur majeur dans les domaines de la gestion des risques, du
courtage d'assurance et de réassurance, du conseil en ressources humaines et du management et de la souscription d’assurances
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Introduction générale
Définition du risque
9
Introduction générale
La notion de « risque» est très ancienne..
Les origines du terme sont disputées..
Certains affirmant qu’il est dérivé de l’espagnol arriesgar, qui signifie
littéralement «se heurter à un rocher» alors que d’autres lui attribuent une
origine plus ancienne, latine (resecare): le terme indique ici un «écueil» ou un
«récif».
Quelle que soit l’origine du mot, il est intéressant de relever sa forte connotation
maritime.
Cette appartenance supposée au domaine maritime est également cohérente avec
le développement très ancien de l’assurance dans ce secteur d’activité (les
premiers codes relatifs à l’assurance ayant trait au droit maritime).
Autre fait marquant, le terme revêt a priori une connotation plutôt négative 10
Introduction générale
Risque vs Incertitude
Franck Knight affirme, dans l’ouvrage Risk, Uncertainity and Profit écrit en 1921,
que « pour différencier l’incertitude mesurable de celle qui ne l’est pas, nous
devrions utiliser le terme de “risque” pour qualifier la première, et le terme
“d’incertitude” pour la seconde»
Or, cette définition de l’incertitude entre en conflit avec l’interprétation qu’en font
notamment les statisticiens, les assureurs, les mathématiciens…
Ainsi, on parle de «calcul d’incertitude» lorsque l’on souhaite évaluer
correctement, au cours d’une expérience scientifique, les erreurs qui se produisent
(du fait de l’imprécision des instruments) lors de mesures liées à la vérification
d’une relation entre différentes grandeurs physiques
On évoque également fréquemment la «quantification de l’incertitude» lorsque
l’on parle des probabilités
11
Introduction générale
Définition et objectifs de la gestion des risques
La démarche de gestion des risques en entreprise peut être définie comme
l’ensemble des politiques, des stratégies, des dispositifs de maîtrise, de contrôle
et de suivi et des moyens humains, financiers et matériels mis en œuvre par une
entité organisationnelle visant à identifier, détecter, limiter et maîtriser les
risques liés, directement ou indirectement, à ses activités (Darsa, 2016)
12
Introduction générale
Définition et objectifs de la gestion des risques
Il s’agit de la mise en œuvre opérationnelle et effective des dispositifs de
traitements et de couverture des risques au niveau des activités, des processus
et sous-processus de l’entreprise, des entités organisationnelles, etc.
La gestion des risques constitue donc la mise en œuvre opérationnelle de
solutions efficaces d’identification, de compréhension, et de maîtrise des
risques auxquels l’entreprise est exposée.
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Introduction générale
Au cœur même de toute gestion des risques se trouvent l’atteinte des objectifs
de l’organisme et l’optimisation de la performance
Il s’agit de prévoir les moyens, de toute nature, qui permettent à l’organisme
d’atteindre ses objectifs permanents, en toutes circonstances et, surtout, quelle
que soit la sévérité de l’événement dommageable qui la frappe
En particulier avec l’appui direct du risk-manager, l’objectif financier est de mettre
à la disposition de l’organisme, au bon moment, les montants de trésorerie
nécessaires pour compenser l’impact des événements dommageables
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Introduction générale
La gestion des risques englobe les étapes suivantes :
L’identification des risques
La mesure des risques
L’évaluation des différentes méthodes de gestion des risques
La sélection et la mise en œuvre d’une méthode
Le contrôle des résultats
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Introduction générale
L’identification des risques
L’identification consiste à recenser toutes les parties exposées au risque
L’entreprise doit établir une liste contenant tous les risques potentiels
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Introduction générale
La mesure des risques
Cette étape consiste à évaluer/mesurer tous les risques en fonction de leur
gravité et à estimer leur impact potentiel autrement dit leur conséquences
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Introduction générale
L’évaluation des différentes méthodes de gestion des risques
L’entreprise doit disposer de plusieurs solutions envisageables pour trouver la
méthode de gestion la plus adaptée pour éliminer ou limiter les effets du risque
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Introduction générale
La sélection et la mise en œuvre d’une méthode
L’entreprise procède à la mise en application des méthodes choisies tout en
prenant en considération leurs coûts par rapport aux moyens dont elle dispose
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Introduction générale
Le contrôle des résultats
La gestion des risques nécessite un suivi régulier qui vise à garantir la fiabilité de
chaque étape, la limitation des risques, la réalisation des objectifs, etc.
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque en finance
Le risque est souvent synonyme de variation de valeur d’un titre financier ou
d’un portefeuille de titres financiers, que cette variation soit liée à des
événements externes (par exemple, la hausse générale des taux d’intérêt) ou
internes (par exemple, le lancement d’un nouveau produit par l’entreprise)
La valeur d’un titre financier étant déterminée par la somme des flux de
trésorerie futurs actualisés générés par ce titre
le risque est donc mesuré par la variation ou volatilité de la valorisation au prix
de marché du titre financier ou du portefeuille, consécutive à une
modification des flux futurs de trésorerie actualisés attendus
21
Chapitre 1. Typologie des risques
La notion de valeur ou de rentabilité est clairement définie dans la définition du
risque (les flux de trésorerie actualisés générés par l’actif financier).
Dans cette optique, une stratégie de gestion des risques n’est pertinente que si
elle permet d’accroître les cash flows futurs et/ou de diminuer leur variabilité
et/ou de minimiser le coût moyen pondéré du capital
Le risque est donc mesurable, puisque assimilable à la dispersion des rentabilités
possibles autour de la rentabilité moyenne attendue (volatilité d’un titre
financier). Plus cette volatilité est élevée, plus le risque lié au titre financier (ou
au portefeuille de titres) est élevé.
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Plan du chapitre 1
1. L’environnement et l’évolution des risques
2. La classification des risques
3. Les risques traditionnels
4. La cartographie des risques
5. La gestion des risques et la performance
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Chapitre 1. Typologie des risques
L’environnement et l’évolution des risques
Au cours des années 1970-1980, les innovations technologiques et la
globalisation des échanges se sont développé.
Certes ces deux phénomènes ne sont pas nouveaux…
Néanmoins, ce qui apparaît nouveau, c’est la financiarisation des
économies, le développement du transport aérien, du fret et même des
transports terrestres et la prolifération des innovations technologiques.
Le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier ; sa
simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court
terme devient la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un
actif. Posséder un actif financier, c’est posséder le droit sur un revenu futur,
obtenu par une fluctuation de la valeur de cet actif que génère la spéculation
24
Chapitre 1. Typologie des risques
Ces différentes transformations ont engendré le développement des risques
collectifs
Par risques collectifs, il faut entendre des menaces d’atteintes qui affectent
des biens collectifs (environnement) ou qui concernent de larges groupes de
personnes du fait du comportement d’autres agents, ou encore qui résultent
de phénomènes naturels
Ces risques collectifs ont des implications sur l’activité des entreprises et ces
dernières sont donc amenées à les prendre en considération
25
Chapitre 1. Typologie des risques
Durant les années 70, l’environnement bancaire a connu une certaine stabilité
Le secteur était réglementé et ses activités d'intermédiation bien connues et
bien comprises. La rentabilité des opérations était bonne, les risques étaient
acceptables, et la concurrence relativement modérée.
Les autorités de tutelle, soucieuses d'assurer la sécurité du système financier
et de contrôler son pouvoir de création monétaire, avaient instauré des règles
de prudence qui réduisaient les marges de manœuvre des opérateurs et
limitaient leurs risques.
Les incitations au changement, à l'innovation et à la concurrence restaient
modérées dans un environnement où il fallait privilégier la sécurité.
26
Chapitre 1. Typologie des risques
Les années 80 ont vu un changement radical s'opérer dans l'industrie bancaire
mondiale.
Probablement, les causes peuvent sont dû à trois facteurs: la montée du rôle
des marchés financiers et de leur instabilité, la déréglementation,
l'accroissement de la concurrence
Des politiques monétaires favorisant des taux d'intérêt élevés et instables ont
vu le jour. Pour les pays où l'intermédiation bancaire était prépondérante, la
désintermédiation s'est fortement développée
Ces mutations financières se sont traduites par de plus nombreuses
opportunités de prises de risque et ont accéléré le rythme des innovations
27
Chapitre 1. Typologie des risques
Parallèlement, le mouvement de déréglementation s'est amplifié..
Elle s'explique notamment par l'obsolescence des règles qui compartimentent
les activités financières. Certaines règles anciennes sont devenues
incompatibles avec la concurrence
Par exemple, la distinction traditionnelle entre banques commerciales et
banques d'affaires instaurée par Class-Steagall Act en 1933, s'est
progressivement affaiblie et est en voie de profondes modifications
Dès les années 1970, en fait, ces distinctions instaurées par la législation
s'avéraient progressivement incompatibles avec les exigences de la concurrence
Le Glass-Steagall Act est le nom sous lequel est généralement connu le Banking Act de 1933 aux États-Unis
28
Chapitre 1. Typologie des risques
En France, l'environnement est traditionnellement plus stable et les évolutions
L'encadrement du crédit est une technique permettant à une banque centrale
plus graduelles. Toutefois, la déréglementation y a suscité des changements
d'atteindre les objectifs qui lui sont assignés dans le cadre de la politique monétaire.
relativement
Les autoritésbrutaux
monétaires fixent le volume global des crédits que chaque établissement
est autorisé à consentir compte tenu de la progression de la masse de monnaie voulue
Jusqu'en
et de la1986, l'encadrement
croissance économiquedu crédit figeait
anticipée. les parts dedumarché
L'encadrement crédit des banques
a été une
afin de contrôler
constante en Franceledemieux
1972 à possible
1984. Il a la
été masse
supprimémonétaire
et remplacépour lutter
par une contre
politique
monétaire reposant sur le maniement des taux d'intérêts menée d'abord par la
l'inflation
banque de France et depuis l'avènement de l'euro par la banque centrale
européenne.
Cela permettait de contrôler les moyens de paiement sans la forte volatilité des
taux d'intérêt, une contrepartie inévitable des politiques de contrôle par les taux
La levée de l'encadrement du crédit a libéré les volumes de crédit et les parts
de marché, ouvrant la voie à une concurrence plus intense, avec la montée des
risques associés
29
Chapitre 1. Typologie des risques
La séparation des activités commerciales et des activités de marchés, ou le
plafonnement autoritaire de la rémunération des dépôts, étaient considérés à
l'origine comme des facteurs renforçant la sécurité du système bancaire
La disparition des anciennes réglementations a développé la concurrence.
Les autorités de tutelle, garantes de la sécurité du système financier, ont
cherché à définir de nouvelles règles, plus modernes et mieux adaptées,
susceptibles de se substituer efficacement aux anciennes.
Ce mouvement de mise en place de nouvelles règles, parfois qualifié de « re-
réglementation », est d'inspiration essentiellement «prudentielle ».
30
Chapitre 1. Typologie des risques
La réglementation prudentielle, qui englobe l'ensemble des règles
progressivement instaurées par les autorités de Bâle et relayées par les
autorités de tutelle nationales, a pour objectif de garantir une sécurité
minimale tout en harmonisant les règles de concurrence.
Le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (Basel Committee on Banking
Supervision – BCBS) est le principal organisme mondial de normalisation en
matière de réglementation prudentielle des banques. Composé de 45
membres (les banques centrales et les superviseurs bancaires des 28 pays),
il constitue un forum de coopération régulière en matière de surveillance
bancaire.
31
Chapitre 1. Typologie des risques
La déréglementation a essentiellement permis aux banques d'offrir plus de
services, de participer à davantage de marchés, en d’autres termes à élargir le
champ de leurs activités. Tous les établissements se sont engagés dans de
nouveaux marchés. Les banques à vocation « commerciale » ont développé
leurs activités de marché, les établissements, opérant sur les marchés ont
développé de nouveaux produits tels que les produits dérivés, les instruments
à terme, ou futures, les produits optionnels, etc..
Cette recherche active de nouveaux marchés a conduit au développement de
nouveaux domaines d'activités: le conseil en ingénierie financière, la
titrisation, les instruments dérivés, le hors-bilan.
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Chapitre 1. Typologie des risques
La montée des risques est une résultante de ces mouvements de
déréglementation, de re-règlementation et d'ouverture de la concurrence. Dans
l'univers de la banque ou même de l’entreprise en général, il s'agit d'une
mutation fondamentale, menée de manière ordonnée et prudente, mais qui
touche à tous les aspects des activités.
Dans cette mutation, qui se poursuit aujourd'hui à un rythme accéléré, il n'est
pas surprenant de constater que la gestion des risques joue un rôle essentiel
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Plan du chapitre 1
1. L’environnement et l’évolution des risques
2. La classification des risques
3. Les risques traditionnels
4. La cartographie des risques
5. La gestion des risques et la performance
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Chapitre 1. Typologie des risques
La classification des risques
Risque pur et risque spéculatif
Se rapporte à l’événement à l’origine du dommage subi par un organisme
Un risque pur se manifeste lorsqu’un événement aléatoire survient et
entraîne une perte pour l’entreprise
Les risques dits purs sont ceux dont les conséquences ne peuvent être que
négatives
Par opposition, ceux dont la réalisation peut déboucher, soit sur un gain,
soit sur une perte sont appelés risques spéculatifs. Ainsi, le risque de taux
(de change ou d’intérêt) rentre dans cette catégorie dans la mesure où des
variations de taux sont susceptibles de générer des profits financiers
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Chapitre 1. Typologie des risques
La classification des risques
Risque systématique et risque non systématique
Le risque systématique (risque non diversifiable) est engendré par un
ensemble d’événements non aléatoires, c’est-à-dire dont la survenance
tend à être simultanée, plutôt qu’aléatoire, ou due au hasard. De ce fait, le
risque systématique ne se prête pas au traitement par la diversification
(c’est-à-dire à la constitution d’un portefeuille de risques peu corrélés
entre eux, voire anticorrélés)
Les pertes engendrées par les conditions économiques générales
présentent un risque systématique, car l’ensemble de l’économie et des
opérateurs économiques, est affecté au même moment
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Chapitre 1. Typologie des risques
La classification des risques
Risque systématique et risque non systématique
Le risque non systématique (risque diversifiable) est engendré par un
ensemble d’événements, dont la survenance sur un portefeuille de risques
est aléatoire (elle est due au hasard ou suit une loi de probabilité)
Ces risques sont également spécifiques à l’entité économique concernée
on dit que le risque est idiosyncratique
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Chapitre 1. Typologie des risques
La classification des risques
Risque interne et risque externe
Les risques externes sont ceux qui ne sont pas la conséquence d’une action
de l’entreprise
Ainsi, les variations de taux de change (pouvant entraîner des pertes et/ou
des gains) ne sont pas déterminées par les actions d’une entreprise: elles
sont le résultat des milliards de transactions enregistrées chaque jour sur ce
marché à travers le monde, et constituent à ce titre un risque externe, à
l’instar de la plupart des risques qualifiés de financiers
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Chapitre 1. Typologie des risques
La classification des risques
Risque interne et risque externe
En revanche, si l’entreprise investit dans des instruments financiers de
couverture et que ces derniers génèrent des pertes en capital, alors il s’agit
bien là d’un risque interne.
De la même manière, si la défaillance d’un client est traditionnellement
considérée comme un risque externe, la stratégie qui consiste à ne travailler
qu’avec un nombre très limité de clients et/ou à accepter des clients peu
solvables constitue bien un risque interne
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Chapitre 1. Typologie des risques
La classification des risques
Risque inhérent et risque résiduel
On parle de « risque inhérent » pour qualifier le niveau de risque avant que
toute mesure de gestion soit mise en place ( risque brut)
Par opposition, le risque résiduel désigne le niveau de risque supporté une fois
considéré l’ensemble des stratégies de gestion (risque net)
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Chapitre 1. Typologie des risques
La classification des risques
Risques financiers et risques non financiers
Un risque financier est un risque de perte d’argent suite à une opération
financière (acheter un actif financier, prêt) ou une opération économique ayant
une incidence financière (vente à crédit de biens libellés en devises)
Par contre, le risque non financier est un risque associé au fonctionnement de
l’entreprise et son processus de gestion (risque de panne des machines, risque
de défaillance d’un logiciel)
41
Chapitre 1. Typologie des risques
La classification des risques
En somme, les risques de l’entreprise peuvent se répartir en six catégories à
savoir :
42
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de contrepartie ou de crédit
Le risque de contrepartie désigne le risque de défaut des clients, c'est–à–dire
le risque de pertes consécutives au défaut d'un emprunteur face à ses
obligations
Dans cette éventualité, il y a perte de tout ou partie des montants engagés par
un établissement
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de contrepartie ou de crédit
Le risque de crédit désigne aussi, d'une façon plus large et plus nuancée, celui
de la dégradation de la situation financière d'un emprunteur
Cette dégradation accroît la probabilité de défaut, même si le défaut
proprement dit ne survient pas nécessairement
Elle est sanctionnée sur les marchés financiers par des financements à des
taux plus élevés, une baisse du cours de l'action, par une dégradation de la
notation des agences qui évaluent la qualité des actifs financiers émis par les
entreprises
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de contrepartie ou de crédit
Le risque de crédit est un risque critique car le défaut d'un petit nombre de
clients importants peut suffire à mettre en grave difficulté un établissement
Il fait l'objet de procédures classiques telles que l’instauration de systèmes de
limites qui visent à plafonner les engagements de chaque contrepartie, par
marché et zone géographique; l’examen des dossiers par des comités de
crédit; le contrôle par une direction centrale des engagements; le
renforcement des règles de division des risques pour les répartir et les
diversifier
45
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de contrepartie ou de crédit
Pour les instruments de marché, le risque de crédit existe aussi
Mais la perte en cas de défaut dépend de la valeur de ces instruments et de
leur degré de liquidité sur le marché
Si la défaillance est brutale, la perte est égale à la valeur cotée à ce moment
Si la dégradation est progressive, il reste possible de céder les instruments sur
le marché, mais avec une décote
Pour les instruments de gré à gré, notamment les instruments dérivés tels que
les swaps et les options cette facilité disparaît
Le risque de crédit change constamment avec les mouvements des marchés et
il y a interaction entre risque de crédit et risque de marché
46
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de liquidité
Une situation d'illiquidité extrême entraîne la faillite d'un établissement
Toutefois, une telle éventualité extrême trouve son origine dans d'autres
causes que la liquidité
Par exemple, des pertes importantes, qui résultent de défaillances des
contreparties ou d'évolutions adverses des marchés, peuvent susciter des
inquiétudes sur la solvabilité de l'établissement
Elles peuvent suffire à entraîner des retraits massifs de fonds, ou la fermeture
des lignes de crédit habituelles d'autres établissements, ce qui engendre une
crise de liquidité brutale
47
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de liquidité
Le risque de liquidité désigne l'éventualité de difficultés, temporaires ou
importantes, d'accès à des sources de fonds pour faire face aux besoins
La liquidité désigne dans ce cas la capacité d'un établissement à lever des
capitaux à un «coût raisonnable» en permanence
Cette capacité dépend en réalité de deux facteurs distincts: la liquidité du
marché et la liquidité de l'établissement, qui interagissent lorsque des
tensions apparaissent
48
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de taux d’intérêt
Le risque de taux d'intérêt est le risque de voir les résultats affectés
défavorablement par les mouvements des taux d'intérêt
Le risque de taux est un risque essentiel pour les banques car la quasi-totalité
de leurs encours du bilan engendre des revenus et des charges qui sont, à plus
ou moins long terme, indexés sur les taux du marché
Les taux de marché sont instables, et cette instabilité se répercute sur les
résultats
49
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de taux d’intérêt
Le risque de taux concerne tous les intervenants, financiers ou non, dès
qu'ils sont emprunteurs ou prêteurs sur les marchés
Un prêteur à taux variable court le risque de voir ses revenus diminuer si les
taux baissent
Un emprunteur à taux variable court le risque de voir ses charges augmenter
si les taux montent
Leurs résultats peuvent évoluer défavorablement, donc ces positions sont
risquées. Mais, en contrepartie, la possibilité de gains existe aussi
50
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de marché
Le risque de marché se manifeste dans les activités de négociation sur les
marchés de capitaux
Le risque de marché est celui de déviations défavorables de la valeur de
marché des positions pendant la durée minimale requise pour liquider les
positions
Les risques de marché se mesurent à partir de l'instabilité des paramètres de
marché: les taux d'intérêt, les indices boursiers, les taux de change
51
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de marché
Le risque de marché tend de plus en plus à se subdiviser en différentes
dimensions
Par exemple, sur un marché illiquide, parce que des instruments particuliers
sont peu échangés, ou parce que des tensions apparaissent, les transactions
deviennent plus difficiles et plus coûteuses
L'absence de liquidité des marchés et de négociabilité des instruments aggrave
le risque de marché car il amplifie considérablement l'ampleur des déviations
défavorables qui peuvent se produire au moment de liquider les positions
52
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de change
C'est le risque d’observer des pertes à cause des évolutions des taux de change
L'analyse du risque de change relève à la finance internationale, tant pour les
entreprises non financières que pour les établissements financiers
Toutefois, les établissements financiers ayant des activités internationales ont
à la fois des risques de taux d'intérêt; libellés dans différentes devises, et des
risques de change
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque de solvabilité
Le risque de solvabilité est celui de ne pas disposer des fonds propres suffisants
pour absorber des pertes éventuelles
Ce risque résulte du montant des fonds propres disponibles d'une part, et des
risques pris d'autre part, de crédit, de marché, de taux, de change, etc... Le
problème fondamental de l'adéquation en capital consiste à ajuster de la
meilleure manière possible fonds propres et risques
La réglementation prudentielle fixe des seuils minimaux de fonds propres en
fonction des risques auxquels les établissements sont exposés
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Chapitre 1. Typologie des risques
Différence entre solvabilité et liquidité
Si la solvabilité désigne la capacité des banques à faire face à
leurs engagements ou pertes à moyen et long-terme
la liquidité désigne la capacité à mobiliser rapidement des fonds
nécessaires pour faire face aux échéances immédiates
La liquidité est donc en quelque sorte la solvabilité à court terme
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Chapitre 1. Typologie des risques
Différence entre solvabilité et liquidité
Ces indicateurs sont bien distincts, mais restent indissociables ; ils
interagissent et se renforcent mutuellement….
La négligence de la liquidité dans la gestion de la solvabilité au cœur de la
crise financière de 2007-2008 a révélé les faiblesses du système bancaire
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque opérationnel
Le risque opérationnel présente un caractère général car il recouvre l’ensemble
des activités de l’entreprise
C’est le risque de pertes provenant de processus internes inadéquats ou
défaillants, de personnes et systèmes ou d'événements externes
Cette définition recouvre les erreurs humaines, les fraudes et malveillances, les
défaillances des systèmes d'information et des systèmes de mangement, les
problèmes liés à la gestion du personnel, les litiges commerciaux, la
détérioration de l’outil industriel, les accidents, les évènements externes
(incendies, inondations, apparition de nouvelles technologies, risque
d’intempéries, risques sanitaires, conflits, chômage de masse, etc).
57
Plan du chapitre 1
1. L’environnement et l’évolution des risques
2. La classification des risques
3. Les risques traditionnels
4. La cartographie des risques
5. La gestion des risques et la performance
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Chapitre 1. Typologie des risques
Les risques traditionnels
Le risque politique
Les risques économiques
Les risques technologiques
Les risques socioculturels
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque politique
Il caractérise l'ensemble des évènements ou décisions nationales ou
internationales, d'ordre politique, qui peuvent entraîner des pertes
économiques, commerciales ou financières pour les entreprises (contrôle des
changes, inconvertibilité de la devise, risque de sanction, conflits, guerres,
etc.)
La stabilité et la nature du régime politique peuvent avoir une influence
déterminante sur la viabilité d’une entreprise et le tissu économique
On peut considérer que les contours des risques politiques englobent quatre
composantes : la guerre ou l’instabilité géopolitique, la corruption, la
spoliation de la part des États ou de la part du crime organisé et enfin la
faiblesse de l’État Providence
60
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque politique
Le risque politique peut être expliqué par:
L’instabilité géopolitique : Le développement économique d’un pays dépend
en premier lieu de la stabilité de son environnement institutionnel
La corruption : Elle est définie comme étant l’abus de pouvoirs à des fins
d’enrichissement personnel
La corruption a un coût pour les entreprises, un coût direct (versement du
pot-de-vin) tout d’abord, un coût indirect et potentiel ensuite (frais de justice,
impact en termes d’image)
Ces différents coûts peuvent nuire alors à la pérennité de l’activité de
l’entreprise
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque politique
La spoliation de la part de l’Etat ou de la part du crime organisé : Le risque de
spoliation directe de l’investissement réalisé dans un pays peut exister
En effet, certains gouvernements recourent à l’expropriation de certaines
entreprises multinationales ou interdisent certains débiteurs de payer une
partie de leurs créances aux firmes
L’absence d’Etat Providence : La faiblesse de l’État Providence peut être
vecteur de risque pour une entreprise
62
Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque politique
Mesures de la qualité institutionnelle :
The world governance indicators (WGI) provided by the World Bank
Transparency International (TI)
The International Country Risk Guide (ICRG) database
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque politique
The Worldwide Governance Indicators (WGI) project reports aggregate and
individual governance indicators for over 200 countries and territories over the
period 1996–2022, for six dimensions of governance:
Voice and Accountability
Political Stability and Absence of Violence/Terrorism
Government Effectiveness
Regulatory Quality
Rule of Law
Control of Corruption
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Chapitre 1. Typologie des risques
Voice and Accountability Reflects perceptions of the extent to which a country's citizens
are able to participate in selecting their government, as well as freedom of expression,
freedom of association, and a free media.
Estimate Estimate of governance (ranges from approximately -2.5 (weak) to 2.5 (strong)
governance performance)
Control of Corruption Reflects perceptions of the extent to which public power is exercised
for private gain, including both petty and grand forms of corruption, as well as "capture"
of the state by elites and private interests.
Estimate Estimate of governance (ranges from approximately -2.5 (weak) to 2.5 (strong)
governance performance)
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque politique
Transparency International (TI)
Corruption Perceptions Index (CPI)
The CPI ranks 180 countries and territories around the world by
their perceived levels of public sector corruption
The results are given on a scale of 0 (highly corrupt) to 100 (very clean)
66
Chapitre 1. Typologie des risques
Corruption Perceptions Index 2023
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Chapitre 1. Typologie des risques
Le risque politique
The International Country Risk Guide (ICRG) database
This is a wide selection of data from specific tables as published monthly
in International Country Risk Guide from 1984 until the present, including all
countries or their predecessors monitored by ICRG.
These data include Political, Economic, Financial and Composite Risk Ratings,
which are sets of data with the risk components used to calculate each rating,
and other sets with the actual monthly data variable used to calculate either
the Economic Risk Rating or the Financial Risk Rating, as recorded
contemporaneously for every country monitored by ICRG in each particular
month.
68
Chapitre 1. Typologie des risques
69
Chapitre 1. Typologie des risques
Les risques économiques
Les risques économiques sont les plus récurrents au sein des entreprises
Au plan macroéconomique, un retournement de cycle économique, la chute
des marchés financiers ou encore la baisse de la demande des ménages liée à
une augmentation rapide du taux de chômage, pèsent sur le futur des
entreprises et plus particulièrement sur leur capacité d’investissement
Ce sont les risques liés aux facteurs pouvant avoir un impact sur la demande
pour les produits et services de l'entreprise ou sur sa compétitivité telles que la
répartition géographique, la croissance économique, l’inflation, etc.
70
Chapitre 1. Typologie des risques
Les risques technologiques
Les risques technologiques correspondent à l’ensemble des risques industriels,
nucléaires et biologiques
Ils concernent principalement les entreprises présentes dans les domaines
d’activités suivants : les industries chimiques, les activités de traitement des
déchets
Elles peuvent avoir des conséquences matérielles et humaines considérables
71
Chapitre 1. Typologie des risques
Les risques socioculturels
Ces risques peuvent être rattachés aux évolutions démographiques, à la
distribution des revenus, à la mobilité sociale, aux changements de modes de
vie, à l’attitude par rapport aux loisirs et au travail, aux habitudes de
consommation et au niveau de vie
En fonction de son implantation, une entreprise est confrontée à ces
différentes configurations aux allures plus ou moins critiques et donc risquées
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Plan du chapitre 1
1. L’environnement et l’évolution des risques
2. La classification des risques
3. Les risques traditionnels
4. La cartographie des risques
5. La gestion des risques et la performance
73
Chapitre 1. Typologie des risques
La cartographie des risques
Un risque se caractérise par sa probabilité d’occurrence, ou fréquence f, et par
ses effets, ou gravité
Risque = fréquence x gravité
On distingue cinq zones de risques sur le diagramme f x G, dont les limites –
assez floues –dépendent de l’appréciation subjective de chacun du risque
tolérable
Source : Barthelemy et Courrèges (2004) 74
Chapitre 1. Typologie des risques
La cartographie des risques
Les risques sont placés sur la carte selon deux axes :
Un axe horizontal (abscisses) qui correspond à l’impact en cas de survenance
du risque (allant de supportable à majeur)
Un axe vertical (ordonnées) qui correspond à la probabilité de survenance du
risque (allant de très peu probable à très probable).
75
Chapitre 1. Typologie des risques
La cartographie des risques
1. La zone des risques de fréquence et de gravité faibles, dits risques
négligeables. Ce sont les petits risques de la vie courante, avec lesquels il nous
faut apprendre à vivre
Ils n’ont qu’une incidence faible sur le budget de l’entreprise. L’entreprise peut
donc vivre avec ses risques sans trop s’en soucier. Nous parlerons de « risques
mineurs »
76
Chapitre 1. Typologie des risques
La cartographie des risques
2. La zone des risques de gravité forte et probabilité d’occurrence faible,
appelés risques de gravité
La réalisation du risque entraîne des conséquences catastrophiques
pour l’entreprise et le redémarrage de l’activité n’est pas toujours
possible et nécessite dans tous les cas une injection de capitaux
extérieurs. Cette deuxième catégorie est dénommée « risques
catastrophiques » L’assurance
77
Chapitre 1. Typologie des risques
La cartographie des risques
3. La zone des risques de fréquence assez élevée et de gravité relativement
faible, appelés risques de fréquence. La prévention s’applique à ces
risques, dont les exemples ne manquent pas (risques domestique,
sécurité routière, chutes, etc.)
Ce sont des événements qui se produisent assez régulièrement mais dont
les conséquences sont limitées. Ils sont bien prévus et maîtrisés et donc
qualifiés de « risques opérationnels »
78
Chapitre 1. Typologie des risques
La cartographie des risques
4. La zone des risques de fréquence et de gravité élevées, dits risques
inacceptables. Les situations générant ces risques sont évidemment à éviter
Les événements se produisent régulièrement et leurs conséquences sont à
chaque fois significatives. L’évaluation n’a que peu d’intérêt. Dans la majorité
des cas, le décideur abandonne le projet à moins qu’il considère le projet
comme une chance inestimable pour le développement de son entreprise
79
Chapitre 1. Typologie des risques
La cartographie des risques
Enfin la zone des risques à fréquence et gravité « moyennes » qui constituent
le vaste champ d’application de la Gestion des Risques
C’est dans cette zone que les stratégies radicales d’acceptation, d’évitement
ou de fatalisme assuré ne s’appliquent plus. C’est ici que l’art du gestionnaire
de risque s’exerce : par quels moyens, et à quel coût peut-on rendre ces
risques acceptables ? Jusqu’où peut- on aller en terme de dépenses de
prévention ? Quelles sont les techniques les plus adaptées, à la fois en termes
techniques (baisse du risque), mais aussi en termes financiers ?
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Plan du chapitre 1
1. L’environnement et l’évolution des risques
2. La classification des risques
3. Les risques traditionnels
4. La cartographie des risques
5. La gestion des risques et la performance
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Chapitre 1. Typologie des risques
La gestion des risques et la performance
La gestion des risques et de la rentabilité sont indissociables
D'une part, les risques sont définis par l'instabilité des résultats, ou par une
baisse de résultat maximale
D'autre part, la prise de risques est la condition d'une meilleure rentabilité
future
Un moyen d'accroître la rentabilité est d'accroître les engagements sur des
clients présentant un fort risque de défaillance
Cette politique améliore la rentabilité à court terme, car il est possible de
facturer à ces clients des taux plus élevés
Mais elle accroît aussi les chances de pertes futures, donc les risques de
contrepartie, de liquidité et de solvabilité de l'établissement 82