Annuaire de l’École pratique des hautes
études. Section des sciences religieuses
125 | 2018
Annuaire de l'EPHE, section des Sciences religieuses
(2016-2017)
Théologies et mystiques de la Grèce hellénistique
et de la fin de l’Antiquité
Années 2014-2017 (avec un rappel des principales recherches engagées
antérieurement)
Philippe Hoffmann
Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/asr.1895
ISSN : 1969-6329
Éditeur
Publications de l’École Pratique des Hautes Études
Édition imprimée
Date de publication : 1 septembre 2018
Pagination : 177-186
ISBN : 978-2909036-46-5
ISSN : 0183-7478
Référence électronique
Philippe Hoffmann, « Théologies et mystiques de la Grèce hellénistique
et de la fin de l’Antiquité », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences
religieuses [En ligne], 125 | 2018, mis en ligne le 28 juin 2018, consulté le 19 juillet 2024. URL : http://
[Link]/asr/1895 ; DOI : [Link]
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sauf mention contraire.
Théologies et mystiques de la Grèce hellénistique
et de la fin de l’Antiquité
Philippe Hoffmann
Directeur d’études
Correspondant de l’Institut
Années 2014-2017 (avec un rappel des principales recherches engagées antérieurement)
D ans le cadre de la direction d’études sont menées depuis plusieurs années,
sur la base d’une lecture systématique des textes, des recherches portant sur
des œuvres majeures du néoplatonisme grec post-plotinien (ive-vie siècles), dans
divers domaines : histoire de la logique (commentaires sur l’Organon d’Aristote)
et des théories du langage ; histoire de la physique (commentaires de la Physique
d’Aristote) et de la cosmologie (commentaires du Timée de Platon et du De caelo
d’Aristote) ; métaphysique et théorie des Premiers principes (commentaires sur le
Parménide) ; théologie néoplatonicienne dans sa relation avec la religiosité païenne
de l’Antiquité tardive.
Un auteur a retenu tout particulièrement notre attention : Proclus. Ont été étu-
diés les Éléments de Théologie – dont une nouvelle traduction commentée, sur
la base de l’édition d’E. R. Dodds, a été mise en chantier en 2011 dans le cadre
d’une collaboration avec des collègues du Centre Jean Pépin (UMR 8230) et de
l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne1 –, la majeure partie de la Théologie Pla-
tonicienne, dont on a notamment lu le livre III, sur les hénades et les dieux intelli-
gibles, le livre IV sur les intelligibles et intellectifs, et le livre V, sur l’hebdomade
intellective – dans la perspective notamment de la doctrine du Démiurge, identi-
fié à Zeus –, ainsi que le commentaire sur le Timée (en particulier la section sur le
Temps comme 8e don du Démiurge au Monde, éd. Diehl, III, 1, 4-52, 33).
Ces lectures ont été conduites dans le souci des genres littéraires de la philosophie
antique, des principes de composition littéraire et de la dimension des « exercices
spirituels »2, mais aussi des pratiques pédagogiques et exégétiques caractéristiques
1. Projet inscrit dans la programmation du LabEx HASTEC porté par l’EPHE.
2. Voir P. H aDot, Exercices spirituels et philosophie antique, Paris 1981, réédité, avec une préface
d’Arnold I. Davidson, Albin Michel, Paris 2002 (Bibliothèque de l’évolution de l’humanité, 41) ;
Wittgenstein et les limites du langage [recueil d’articles], Vrin, Paris 2004 (Bibliothèque d’his-
toire de la philosophie) ; et aussi La philosophie comme manière de vivre. Entretiens avec Jeannie
Annuaire EPHE, Sciences religieuses, t. 125 (2016-2017)
Résumés des conférences (2016-2017)
des écoles néoplatoniciennes de l’Antiquité tardive3, ainsi que du contexte politique
et religieux4. Elles ont été accompagnées de séminaires plus spécifiques consa-
crés à des questions traitées dans plusieurs articles – publiés dans les années 2014-
2017. L’on a ainsi poursuivi l’élucidation du concept de « foi » (πίστις)5 dans le
commentaire de Simplicius au De caelo d’Aristote6, afin de compléter deux études
antérieures sur la triade anagogique ἔρως-ἀλήθεια-πίστις (Amour-Vérité-Foi) dont
l’élaboration proclienne est reprise par Simplicius7 ; afin aussi de dégager le sens
anagogique de l’In De caelo qui est un véritable « hymne » en prose offert au dieu
cosmique et au Démiurge, comme le proclame la prière finale, tandis que le pré-
supposé de l’harmonie des philosophies de Platon et d’Aristote conduit Simplicius
à décrire l’apparition du Monde, image du Vivant intelligible, au sein de la Pro-
cession néoplatonicienne : le Monde peut être dit à la fois « engendré » (Platon) en
tant qu’il procède des causes divines qui le précèdent, et « inengendré » (Aristote),
en tant que sa partie la plus divine et sempiternelle, le Ciel supra-lunaire, trans-
cende la génération et la corruption dans le temps. L’exégèse du De caelo culmine
dans une forme d’union mystique avec le dieu cosmique et avec son Démiurge.
Des recherches collectives menées sur les Oracles Chaldaïques [= OC] ont
donné lieu à un ouvrage dû au Professeur Helmut Seng, Directeur d’études invité
Carlier et Arnold I. Davidson, Albin Michel, Paris 2001 (Itinéraires du savoir), p. 100-101, 132,
209-213.
3. Ph. Hoffmann, « Le cursus d’étude dans l’École néoplatonicienne d’Alexandrie », dans Ch. méla,
Fr. möri et al. (dir.), Alexandrie la Divine, La Baconnière, Genève 2014, vol. I, p. 342-353 (avec
illustrations).
4. iD., « Un grief anti-chrétien chez Proclus : l’ignorance en théologie », dans A. Perrot (éd.), Les
chrétiens et l’hellénisme. Identités religieuses et culture grecque dans l’Antiquité tardive, Édi-
tions Rue d’Ulm, Paris 2012 (Études de littérature ancienne, 20), p. 161-197.
5. Recherche approfondie par la co-organisation en 2012 et 2013 (avec Christophe Grellard et Lau-
rent Lavaud) de deux colloques internationaux consacrés à Conviction, croyance, foi : Pistis et
Fides (Antiquité, Moyen Âge).
6. Ph. Hoffmann, « Science théologique et foi selon le Commentaire de Simplicius au De caelo
d’Aristote », dans E. CoDa, C. m artini BonaDeo (éd.), De l’Antiquité tardive au Moyen Âge.
Études de logique aristotélicienne et de philosophie grecque, syriaque, arabe et latine offertes
à Henri Hugonnard-Roche, Vrin, Paris 2014 (Études musulmanes), p. 277-363.
7. iD., « La triade chaldaïque érôs, alètheia, pistis de Proclus à Simplicius », dans A.-Ph. segonDs et
C. steel (éd.), Proclus et la Théologie Platonicienne. Actes du Colloque International de Louvain
(13-16 mai 1998) en l’honneur de H. D. Saffrey et L. G. Westerink, Louvain/Paris 2000 (Ancient
and Medieval Philosophy. De Wulf-Mansion Centre. Series I, XXVI), p. 459-489 ; et iD., « Erôs,
Alètheia, Pistis … et Elpis. Tétrade chaldaïque, triade néoplatonicienne (Fr. 46 des Places, p. 26
Kroll) », dans H. seng, M. tarDieu (éd.), Die Chaldaeischen Orakel. Kontext, Interpretation,
Rezeption (Actes du Colloque de l’Université de Konstanz, 15-18 novembre 2006), Universitätsver-
lag Winter, Heidelberg 2011 (Bibliotheca Chaldaica, 2), p. 255-324 ; reproduit sous une forme
différente dans M. DelgaDo, Fr. möri (éd.), Orient-Occident. Racines spirituelles de l’Europe.
Enjeux et implications de la translatio studiorum dans les espaces culturels juifs, chrétiens et
musulmans de l’Antiquité à la Renaissance » (Actes du colloque « Orient-Occident. Racines spi-
rituelles de l’Europe. Enjeux et implications de la translatio studiorum dans les espaces culturels
juifs, chrétiens et musulmans de l’Antiquité à la Renaissance », Fribourg, 16-19 novembre 2009),
Éditions du Cerf, Paris 2014, p. 63-136.
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Philippe Hoffmann
en 20108 dans le cadre de cette chaire et de la chaire « Gnose et manichéisme »
(Jean-Daniel Dubois)9, et à un livre publié par de jeunes docteurs du séminaire
(Lucia Saudelli et Adrien Lecerf) à la suite de deux journées d’études10, tandis
que deux enquêtes précises ont été consacrées l’une au fragment 51 des Places,
décrivant une statue – peut-être une vision autoptique ? – de la déesse Hécate11,
et l’autre à la description d’un rituel théurgique insérée par Proclus (Théol. Plat.
IV, 9) dans une exégèse du mythe du Phèdre de Platon – base textuelle pour sa
théorie des intelligibles et intellectifs12. Il s’agissait dans le premier cas d’étudier
un débat exégétique opposant Simplicius à Proclus à propos d’un vers mystérieux
qui décrit la façon dont l’Âme fontanienne (πηγαία ψυχή : l’Âme du Monde qui
s’écoule du flanc droit d’Hécate) « anime de fond en comble Lumière, Feu, Éther,
Mondes » : Proclus voit dans ce vers la confirmation d’une démonstration – menée
selon une méthode rappelant les Éléments de Physique – qui établit que le lieu est
un corps immobile, indivisible, immatériel (σῶμα ἀκίνητον ἀδιαίρετον ἄϋλον),
identifié par lui à une sphère de lumière pure (φῶς) coïncidant strictement avec la
sphère cosmique composée d’une pluralité de corps mobiles. Nous y reviendrons
plus loin (p. 5-10). Dans le second cas, on s’est attaché à rechercher le sens ori-
ginel d’un rituel au cours duquel le théurge ordonnait (sans doute à des acolytes)
d’enterrer un homme en ne laissant dépasser que la tête. La mise en scène semble
avoir été originellement inspirée par un détail du mythe du Phèdre (248 a 1-3,
250 c 4-6), décrivant le moment où la tête du cocher sort de la voûte céleste pour
contempler le lieu supra-céleste (ὑπερουράνιος τόπος) et les Formes intelligibles
qui le peuplent, et éprouver ainsi la plus haute des initiations. Proclus reséman-
tise le rituel théurgique pour décrire le passage, dans le processus anagogique, qui
conduit de l’ordre inférieur des intelligibles-intellectifs (les dieux « perfecteurs »,
τελεσιουργοί, qui sont les Télétarques des OC) à l’ordre supérieur (les dieux « ras-
sembleurs », συναγωγοί, qui sont aussi les ἴυγγες, cf. OC 76-77), par la médiation
des dieux « mainteneurs » (συνεκτικοί ou συνοχεῖς), lesquels coïncident avec la
voûte d’un Ciel (οὐρανός) devenu suprasensible dans l’exégèse néoplatonicienne.
8. Voir H. seng, « Un livre sacré de l’Antiquité tardive : les Oracles Chaldaïques », Annuaire EPHE-
Sciences religieuses 118 (2011), p. 117-124.
9. H. seng, Un livre sacré de l’Antiquité tardive : les Oracles Chaldaïques, Turnhout 2016 (Biblio-
thèque de l’École des hautes études. Sciences religieuses, 170), avec préface de J.-D. DuBois et
Ph. Hoffmann, aux p. 9-15).
10. A. leCerf, L. sauDelli, H. seng (éd.), Oracles chaldaïques : Fragments et philosophie, Univer-
sitätsverlag, Heidelberg 2014 (Bibliotheca Chaldaica).
11. Ph. Hoffmann, « Φάος et τόπος. Le fragment 51 des Places (p. 28 Kroll) des Oracles Chaldaïques
selon Proclus et Simplicius (Corollarium de loco) », dans A. leCerf, L. sauDelli, H. seng (éd.),
Oracles chaldaïques, p. 101-152.
12. iD., « Le rituel théurgique de l’ensevelissement et le Phèdre de Platon », dans A. van Den K er-
CHove et L. G. soares santoPrete (éd.), Gnose et Manichéisme. Entre les oasis d’Égypte et la
Route de la Soie. Hommage à Jean-Daniel Dubois, Turnhout 2016, p. 857-913 (Bibliothèque de
l’École des hautes études. Série « Histoire et prosopographie de la Section des Sciences Reli-
gieuses », 176).
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Résumés des conférences (2016-2017)
Les travaux du séminaire ont par ailleurs porté, depuis le début des années 2010,
sur les commentaires néoplatoniciens sur Aristote13, et surtout sur les commen-
taires de Simplicius au De caelo14, à la Physique15 et aux Catégories (une traduc-
tion commentée des chapitres consacrés aux catégories κεῖσθαι, ποτὲ, ποὺ et ἔχειν
est désormais bien engagée). Un projet mené en collaboration avec le Dr. Pante-
lis Golitsis (Université de Thessalonique) a abouti à une nouvelle édition critique
de la digression sur le « lieu » (τόπος) dans l’In Physicam, livre IV, habituellement
désignée, après H. Diels, comme « Corollarium de loco »16. Une nouvelle édition
est désormais accessible en ligne (sur un site de l’Université de Hambourg)17 ; à la
suite d’une conférence prononcée devant l’Association pour l’encouragement des
études grecques en France (5 avril 2014), un article co-signé a été publié dans la
Revue des études grecques [= REG]18, et le travail se poursuit sur le Corollarium
de tempore (Simplicius, In Phys., p. 773, 8-800, 25 Diels, Commentaria in Aris-
totelem Graeca [= CAG] IX). La traduction de ces deux « corollaires » a été pré-
sentée et discutée devant les auditeurs du séminaire, et l’annotation est en cours.
Dans ces deux excursus, qui rompent la continuité du commentaire par lemmes
pour brosser une histoire philosophique des deux notions de lieu et de temps, Sim-
plicius procède à une réélaboration de la doctrine exposée par son maître Damas-
cius qui, dans un traité monographique (perdu, connu uniquement par Simplicius)
Sur le nombre, le lieu, le temps, inspiré notamment par la lecture de la Physique
d’Aristote, avait décrit l’ensemble de la Procession comme le passage des principes
« inétendus » à un état de distension (διάστασις). Selon l’exposé de Simplicius, les
13. iD., « Lectures néoplatoniciennes du De anima », Studia graeco-arabica 4 (2014), p. 289-300
(projet : Greek into Arabic. ERC ADG 239431).
14. iD., « Le σκοπός du traité aristotélicien Du ciel selon Simplicius. Exégèse, dialectique, théolo-
gie », Studia graeco-arabica 5 (2015), p. 27-51 (projet : Greek into Arabic. ERC ADG 239431).
15. Un séminaire annuel – organisé avec Pantelis Golitsis et Philippe Soulier, professeur en CPGE à
Nantes et à l’Université de Nantes – s’est tenu, un samedi par mois, en 2016 et 2017, sur le livre III
(chap. 4-8) de l’In Physicam de Simplicius. Consacré à la discussion de l’établissement du texte,
à la traduction et au commentaire de la section consacrée à l’infini (ἄπειρον), il s’inscrit dans un
projet de préparation d’une édition critique, avec traduction et commentaire, de l’ensemble du
livre III, pour la Collection des Universités de France (par P. Golitsis et Ph. Soulier).
16. Édition H. Diels, Simplicii In Phys., p. 601, 1-645, 19 (Commentaria in Aristotelem Graeca, IX).
17. Nouvelle édition critique d’une section du Commentaire de Simplicius à la Physique d’Aristote
(correspondant à CAG IX, éd. H. Diels, p. 601-645) = Das Corollarium de loco des Simplikios
(Vorab-Version des Editionstexts ; Änderungen vorbehalten ; Abweichungen gegenüber Diels 1882
in roter Schrift) von Pantelis Golitsis und Philippe Hoffmann [version mise en ligne en octobre
2012, [Link]
sis-Simplicii_Ciliciensis_Corollarium_de_loco-[Link], consulté le 10 mai 2018]. Publication
finale imprimée, contenant les deux « corollaires » (édition, traduction en français, introduction,
notes et indices) prévue dans la série « Commentaria in Aristotelem Graeca et Byzantina » (Pro-
jet de l’Académie des Sciences de Berlin-Brandenburg), Walter De Gruyter, Berlin/New York.
18. P. golitsis et Ph. Hoffmann, « Simplicius et le ‘lieu’. À propos d’une nouvelle édition du Corol-
larium de loco », REG 127 (2014/1), p. 119-175 (avec une bibliographie des études antérieures) ;
traduction partielle en anglais dans R. soraBji (éd.), Aristotle Re-Interpreted : New Findings
on Seven Hundred Years of the Ancient Commentators, Bloomsbury Academic, Londres 2016,
chap. 21, p. 531-540 (Simplicius’ Corollary on Place : Method of Philosophising and Doctrines).
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Philippe Hoffmann
diverses modalités de la distension requièrent, pour éviter une chute dans l’illimité
(εἰς τὸ ἄπειρον), quatre « mesures rassemblantes » (μέτρα συναγωγά) : nombre,
lieu, mesure spécifique de la grandeur (μέγεθος) et temps. Le lieu mesure, c’est-à-
dire rassemble et met en ordre, les parties dispersées d’une totalité organique (par
exemple, dans le corps humain, chaque partie est à place), et il confère à chaque
réalité une bonne disposition et une bonne position au sein d’une totalité plus englo-
bante (εὐθετισμός). Le temps mesure, c’est-à-dire tout à la fois distingue, conjoint
et organise selon une bonne consécution, les étapes d’un processus (les âges de la
vie, par exemple) auxquelles il confère une τάξις réglée. Il mesure l’extension de
l’être, c’est-à-dire de l’activité d’être (παράτασις τοῦ εἶναι) de chaque substance
(οὐσία). Selon le témoignage de Simplicius, l’intuition philosophique centrale de
Damascius a été de ne poser la question d’essence (qu’est-ce que le lieu, qu’est-ce
que le temps ?) qu’à partir de l’élucidation de l’utilité (χρεία) : l’utilité des mesures
est de rassembler la distension, d’empêcher et d’arrêter l’effusion des réalités qui
procèdent vers l’indétermination, et la découverte de l’utilité permet de connaître
l’essence du lieu, ou du temps. On a donné dans l’article de la REG (2014) une
présentation générale de la digression sur le lieu, avec une étude de la tradition
manuscrite, une évaluation des apports philologiques permis par une nouvelle
collation des manuscrits (dont le manuscrit Mosquensis Muz. 3649 conservé au
Musée Historique de la Ville de Moscou), un plan d’ensemble de la digression, et
un florilège de textes traduits, choisis pour leur intérêt philosophique.
Qu’il soit permis de conclure ce rapport par un exemple. Le Corollarium de
loco de Simplicius contient une longue section consacrée à une présentation et à
une critique de la doctrine du « lieu » exposée par Proclus dans un traité perdu,
dont Simplicius nous conserve le seul témoignage19, et qui représente un cas unique
dans l’histoire de la philosophie de la Nature, puisque Proclus a proposé d’iden-
tifier le « lieu » à un corps de lumière en coïncidence avec le corps sphérique du
Monde. En voici une analyse détaillée, que nous donnons ici en complément de la
traduction du texte publiée dans l’étude plus haut citée, où l’on trouvera des com-
mentaires plus approfondis20 :
Introduction
(p. 611, 8-13 Diels =12. 3-8 Golitsis-Hoffmann)
Après un examen critique de la définition aristotélicienne du lieu (τὸ τοῦ περιέχοντος
πέρας ἀκίνητον πρῶτον, Physique IV, 4, 212 a 20), qui a occupé le début du corollaire,
Simplicius passe à l’examen de l’hypothèse « originale » (ὑπόθεσις ... καινοπρεπής)
de Proclus, le seul philosophe connu à avoir défini le lieu comme un corps.
19. Simplicius, In Phys., Corollarium de loco, p. 611, 8-618, 7 Diels (= 12 3-19. 31 Golitsis-Hoffmann
[désormais G.-H.]).
20. Ph. Hoffmann, « Φάος et τόπος. Le fragment 51 des Places », p. 120-152.
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Résumés des conférences (2016-2017)
Démonstration sur la base des prémisses d’Aristote (avec des citations du
traité perdu de Proclus sur le lieu). La thèse de Proclus sur le lieu-lumière
(p. 611, 14-612, 35 D. =12 9-14. 2 G.-H.)
Partant des « axiomes » admis par Aristote à propos du lieu et de la « division » en
quatre termes (i.e. matière, forme, limite, étendue) proposée par Aristote, Proclus
rejette la définition du lieu comme « limite de l’enveloppant » et conclut que le lieu
est « l’étendue (διάστημα) entre les limites de l’enveloppant ». Il démontre que le
lieu est « un corps immobile, indivisible, immatériel » (σῶμα ἀκίνητον ἀδιαίρετον
ἄϋλον), une sphère de lumière pure, une et immobile, homocentrique et « égale » à
la sphère cosmique (composée de corps multiples), et la compénétrant totalement.
Confirmation par l’autorité de Platon et des Oracles chaldaïques
(OC 51 des Places) (p. 612, 35- 614, 7 D. = 14 2-15. 16 G.-H.)
Proclus ajoute deux « confirmations » (πίστεις) tirées de la République de Platon,
X, 616 b 4-6, et des Oracles Chaldaïques (OC 51). Le passage parallèle du Commen-
taire de Proclus (In Remp., II, p. 196, 22-202, 2 Kroll) présente la même exégèse.
Le vers des Oracles, « Elle anime de fond en comble lumière, feu, éther, mondes »
(OC 51, v. 3), se réfère à l’âme « fontanienne » qui s’écoule du flanc gauche d’Hé-
cate et anime la lumière, c’est-à-dire, dans l’exégèse de Proclus, le lieu. Celui-ci
est antérieur (l’ordre des mots dans le vers, et sans doute aussi la scansion, le sug-
gèrent) à la triade caractéristique de la cosmologie chaldaïque : empyrée, éther et
monde « hylique »21.
- Proclus propose de cet Oracle, tout d’abord, une exégèse théurgique : la lumière
serait le réceptacle premier des apanages (λήξεις) éternels des dieux et le support
de leurs apparitions aux théurges ;
- puis il soulève deux difficultés philosophiques, auxquelles il apporte des solu-
tions : (1) à propos de la possibilité, pour deux corps, de se compénétrer (l’impas-
sibilité du corps immatériel explique la possibilité de la compénétration du Monde
par le lieu-lumière) et (2) à propos de l’animation du lieu (le lieu est immobile,
comme le veut Aristote, mais il est animé, et intermédiaire entre la Vie de l’Âme
et le Monde en mouvement) ;
- Proclus revient à la doctrine des Oracles, précise grâce à la doctrine des κέντρα la
dépendance des niveaux cosmiques par rapport au lieu-lumière, et suggère in fine
que la lumière première (le lieu) est une image (εἰκών) de l’« Abîme paternel » (ὁ
πατρικὸς βυθός) [OC 18]22, et que de ce fait elle est, comme Celui-là, hypercosmique.
21. Cf. H. seng, ΚΟΣΜΑΓΟΙ, ΑΖΩΝΟΙ, ΖΩΝΑΙΟΙ. Drei Begriffe chaldaeischer Kosmologie und ihr
Fortleben, Heidelberg 2009 (Bibliotheca Chaldaica, 1), p. 75-79 (Exkurs : Ἐμπύριος, αἰθέριος,
ὑλαῖος κόσμος).
22. Sur l’Abîme paternel, voir H. seng, Un livre sacré de l’Antiquité tardive, p. 57 et n. 40 : πατρικὸς
βυθός « semble désigner à la fois le Père et sa capacité à un déploiement trinitaire ».
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Philippe Hoffmann
Réfutation de la démonstration de Proclus par Simplicius
(p. 614, 8-617, 32 D. =15. 17-19. 16 G.-H.)
Simplicius soumet l’exégèse proclienne de OC 51 à une minutieuse critique. Ce
passage est un témoignage majeur sur la connaissance que Simplicius avait des
Oracles Chaldaïques, et un exemple rare d’un débat exégétique entre philosophes
néoplatoniciens à propos du sens d’un Oracle : Simplicius partage avec Proclus
le respect, néoplatonicien, à l’égard de l’autorité des OC, mais ce respect autorise
le débat exégétique sur le sens même de l’Oracle. La discussion présente un enjeu
décisif aux yeux de Simplicius : contre Proclus qui invoque OC 51 pour confirmer
que le lieu est un corps de lumière, son objectif est de montrer que telle n’est pas
la doctrine enseignée par l’Oracle. L’établissement, par Simplicius, du véritable
sens de OC 51, au terme d’un débat exégétique – mais aussi théologique et philo-
sophique – est une étape importante dans le cheminement dialectique qui organise
le « Corollaire » et conduit, après la critique de la définition aristotélicienne, puis
la réfutation de l’hypothèse du lieu comme διάστημα (corporel ou incorporel), à
l’exposé de la doctrine véridique de Damascius.
Simplicius commence par réfuter l’argumentation philosophique de Proclus
sur deux points : d’une part sur l’usage qu’il fait de la division aristotélicienne en
quatre termes (les quatre hypothèses de définition) et sur la façon dont il refuse que
le διάστημα soit incorporel ; d’autre part sur la notion même de corps immatériel.
Puis il passe aux confirmations tirées de Platon et des OC, et développe longuement
sa propre interprétation de OC 51 (en liaison avec la doctrine des στερεώματα pui-
sée dans OC 57), avant de revenir à deux questions : l’animation de la lumière et
la relation de celle-ci à l’Abîme paternel. Contre l’interprétation de Proclus (iden-
tifiant la lumière avec le lieu), Simplicius établit, à partir probablement de doc-
trines de Damascius, que la lumière est une « monade » de la triade des mondes
(empyré, éthéré, hylique) et non leur « lieu ». Il parvient donc à réfuter que le lieu
soit un corps, et l’autorité des Oracles ne peut plus être invoquée en faveur d’une
doctrine physique vouée à être dépassée (et remplacée) par la ‘bonne’ doctrine,
celle de Damascius, qui fait du lieu une « mesure ».
a. Objections sur la division, et sur la signification de l’étendue incorporelle
(p. 614, 8-615, 4 D. = 15 17-16. 15 G.-H.)
- La division aristotélicienne n’est pas une véritable « division » (διαίρεσις), mais
« une simple énumération [ouverte] des opinions relatives au lieu » (ἀπαρίθμησις
τῶν περὶ τόπου δόξων), et de ce fait l’exclusion de trois hypothèses (matière, forme,
limite de l’enveloppant) n’implique pas de conclure à la quatrième et de dire que
le lieu est l’étendue égale à ce qui est dans le lieu ;
- alors qu’Aristote décrit le διάστημα comme « vide », Proclus le considère de
façon « indéterminée » (ἀδιορίστως), de manière à opérer une subdivision en
corps et incorporel ;
- l’argument de Proclus, selon lequel pour être « égale » au corps l’étendue doit elle aussi
être corporelle, suppose qu’il ne puisse y avoir d’égalité qu’entre des corps envisagés
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Résumés des conférences (2016-2017)
selon leur « plénitude concrète » (κατὰ τὰ τῶν σωμάτων μεστώματα), alors que cette
égalité s’établit entre des réalités rendues homogènes par la tridimensionnalité ;
- incohérence de Proclus au sujet de l’hypothèse (rejetée) d’une étendue « incorpo-
relle » décrite comme nature et forme : elle n’est pas le vide (qui ne possède même
pas la tridimensionnalité), et en tant que tridimensionnelle, elle peut être « égale »
au corps, qui a trois dimensions.
b. Sur la notion de corps immatériel
(p. 615, 4-30 D. = 16. 15- 17. 8 G.-H. )
Difficultés soulevées par la notion de corps immatériel, qui est problématique.
Ainsi l’exemple du ciel montre qu’un corps peut être « matériel » (ἔνυλον), et en
même temps indivisible et impassible (ἀδιαίρετον καὶ ἀπαθές) : le lieu pourrait être
« matériel » en ce sens, à la façon du ciel – à moins que Proclus ne veuille réser-
ver le terme « matériel » aux réalités sublunaires. Discussion sur l’immatérialité
ou la matérialité des « firmaments » chaldaïques (στερεώματα).
c. Contre les confirmations tirées de la République de Platon et des Oracles
chaldaïques
(p. 615, 31-617, 32 D. = 17. 9-19. 16 G.-H.)
Après s’être attaqué à « l’argument démonstratif » (ὁ ἀποδεικνὺς λόγος p. 615, 31
D. = 17. 9 G.-H.) de Proclus, Simplicius soumet à un examen critique les « confir-
mations » (πίστεις) tirées de Platon et des Oracles Chaldaïques, et réfute les consi-
dérations théurgiques de Proclus. Ce passage montre l’intérêt de Simplicius pour
les OC et sa compétence en la matière. La réfutation de Proclus est très serrée.
- La lumière de la République (X, 616 b 4-6), dont Platon dit qu’elle ressemble
à l’arc-en-ciel, correspond à un mode d’expression « énigmatique ». Simplicius
évoque l’interprétation de Porphyre : l’image pourrait « indiquer » (ἐνδείκνυσθαι)
le « véhicule lumineux » (τὸ αὐγοειδὲς ὄχημα) de l’Âme de l’Univers. La question
reste ouverte et Simplicius ne se rallie à aucune interprétation. Il n’établit aucun
lien entre Porphyre et Proclus sur cette question ;
- le vers des Oracles, OC 51. 3, affirme que l’âme fontanienne « anime de fond en
comble lumière, / feu, éther et mondes ». L’ordre des mots (et la césure de l’hexa-
mètre ?) sépare le mot φῶς (lumière) des trois autres mots, et est investi d’une
signification doctrinale stricte. La lumière est transcendante par rapport aux trois
ordres de réalités que sont l’empyrée, l’éther et le hylique. Sur ce point, Simplicius
est d’accord avec Proclus ;
- alors que Proclus fait de la lumière (φῶς) le lieu corporel des trois ordres de réa-
lités (empyrée, éther, hylique), Simplicius voit dans le lieu non pas un corps, mais
une « monade » précédant la « triade » de l’empyrée, de l’éther et du hylique, à
la façon dont la triade à son tour précède l’hebdomade. La lumière serait donc le
« monde unique antérieur aux trois » (εἷς κόσμος πρὸ τῶν τριῶν), et elle n’est pas
un corps. De manière hypothétique, Simplicius suggère que la lumière puisse être
« la fleur (ἄνθος) du firmament igné », ou « le caractère commun » (κοινότης) de
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Philippe Hoffmann
tout le corporel sensible, ou encore l’ordonnance incorporelle (ἡ ἀσώματος διάταξις)
qui est « véhiculée » par les mondes corporels ;
- la répartition des « apanages » éternels des dieux (λήξεις) n’implique pas que le
lieu soit un corps, et s’il est une étendue, cette étendue est apparentée à l’incorpo-
rel. Quant aux empreintes des « caractères » et des apparitions divines (φάσματα),
les Oracles enseignent qu’elles se réalisent dans l’éther et non dans la lumière. Et
leur manifestation sensible ne requiert pas un corps, mais seulement la διάστασις ;
- la compénétration mutuelle des sept firmaments solides, sphères pleines étendues
jusqu’au centre du Monde, est physiquement possible, et l’hebdomade des firma-
ments développe la triade de l’empyré, de l’éthéré et du hylique : les doctrines de
OC 51 et OC 57 sont harmonisées, et Simplicius établit une συμφωνία entre elles ;
- la lumière est animée par l’Âme au sens où elle n’en reçoit que l’illumination,
sans qu’il s’agisse de l’animation d’une réalité particulière ;
- une objection grave contre l’interprétation de Proclus : selon les Chaldéens, l’em-
pyrée est intellectif, et ne possède pas d’âme. Il doit être supérieur à l’Âme du
Monde. Peut-être y a-t-il une simple analogie entre les trois mondes (igné, éthéré,
hylique) et les trois niveaux de réalité (intellectif, psychique, physique). La théorie
des « centres », qui articule les mondes les uns aux autres, n’implique nullement
que la lumière soit le « lieu » des centres du firmament igné ;
- la lumière est l’image (εἰκών) de la « base » de l’Intelligible, c’est-à-dire de l’Intel-
lect paternel, qui est une « monade » antérieure aux triades intelligibles : de ce fait,
la lumière est la « monade de la triade des mondes », et non leur lieu. Preuve théo-
logique (fondée sur Damascius) de l’inanité de la doctrine proclienne sur ce point.
d. Autres objections contre la doctrine du lieu comme corps immatériel
(p. 617, 33-618, 7 D. = 19. 17-31)
L’objection la plus radicale, dans le contexte du Corollarium de loco, est celle-
ci : comme les autres doctrines, la théorie de Proclus présente le défaut de ne pas
s’être posé la question de la χρεία du lieu, s’interdisant ainsi de trouver la défini-
tion correcte23.
Cette critique radicale de Proclus manifeste, chez Simplicius, une connaissance
approfondie des Oracles Chaldaïques, peu présents dans le reste de son œuvre. Ce
texte montre qu’un professeur néoplatonicien n’hésitait pas à s’y référer au sein
même d’un commentaire sur la Physique d’Aristote. On y trouve aussi une illus-
tration de la persistance de la méthode dialectique d’origine péripatéticienne : si
Simplicius réfute Proclus avec une telle précision, c’est afin d’extraire de cette doc-
trine une « part de vérité » qui sera intégrée à la doctrine des « mesures rassem-
blantes ». La doctrine de Damascius sur le lieu, réélaborée par Simplicius, apparaît
alors comme le fruit d’une histoire longue, qui part de Théophraste et passe par
Jamblique et Proclus, et va jusqu’à s’écarter – avec prudence et déférence – de
23. Sur cette question centrale dans le Corollarium de loco, voir golitsis et Hoffmann, « Simplicius
et le lieu » (n. 18), p. 142-143, 150, 153-155, 163-164, 171.
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Résumés des conférences (2016-2017)
la définition aristotélicienne, puisqu’en définitive le lieu n’est plus une simple
« limite », c’est-à-dire une surface, mais une véritable « puissance » (le terme est
de Jamblique), une puissance interne de spatialisation qui organise, structure soli-
dement et maintient les réalités corporelles, donnant à chacune l’εὐθετισμός qui
est un « bien » pour elle – une parcelle du Bien absolu lui étant ainsi conférée par
participation. Le « Corollarium de loco » exprime par ailleurs une véritable phi-
losophie de l’Histoire de la philosophie, marquée par diverses étapes dans l’étude
difficile de cet objet problématique à facettes multiples (τὸ χαλεπὸν καὶ πολυειδὲς
τοῦ προβλήματος, 601. 13 D.) qu’est le lieu – d’Aristote à Damascius et Simplicius.
Parallèlement à ces recherches sur la philosophie néoplatonicienne, sur les
Oracles Chaldaïques et sur la théurgie, on a présenté aux auditeurs du séminaire,
pendant plusieurs séances, le dossier archéologique et littéraire conduisant à un
réexamen du papyrus grec découvert dans les fouilles de la ville hellénistique
d’Aï Khanoum, au nord de l’Afghanistan, fondée après 300 au nom d’un des deux
premiers souverains Séleucides. Ce sont les restes de quatre colonnes conservant
les fragments d’un dialogue philosophique sur la doctrine de la participation (des
sensibles aux intelligibles et des intelligibles entre eux) et sur la cause transcen-
dante et immobile de la participation – peut-être les restes d’un dialogue perdu
d’Aristote, qui pourrait être le Sophiste, apporté par un disciple d’Aristote, Cléarque
de Soles, au cours de son grand voyage en Orient24. Le travail d’interprétation est
encore en cours.
24. Ph. Hoffmann, « La philosophie grecque sur les bords de l’Oxus : un réexamen du papyrus d’Aï
Khanoum », dans J. jouanna, V. sCHiltz, M. zinK (éd.), La Grèce dans les profondeurs de l’Asie,
De Boccard, Paris 2016 (Cahiers de la Villa Kérylos 27), p. 165-228 (suivi d’un entretien avec Paul
Bernard, p. 228-232). – L’édition princeps du fragment de dialogue a été publiée dans C. r aPin,
P. H aDot, « Les textes littéraires grecs de la trésorerie d’Aï Khanoum », Bulletin de Correspon-
dance Hellénique 111 (1987), p. 225-266, fig. 5-11 (et dessin = fig. 12) ; C. r aPin, Fouilles d’Aï
Khanoum. VIII. La trésorerie du Palais hellénistique d’Aï Khanoum. L’apogée et la chute du
royaume grec de Bactriane, Paris 1992 (Mémoires de la Délégation Archéologique Française
en Afghanistan, XXXIII), p. 115-121, Pl. 52 (dessin) et 125 (photos) ; et G. rougemont, Corpus
inscriptionum Iranicarum. II. Inscriptions of the Seleucid and Parthian Periods and of Eastern
Iran and Central Asia. 1. Inscriptions in Non-Iranian Languages. 1. Inscriptions grecques d’Iran
et d’Asie centrale, Londres 2012, n° 131, p. 236-240.
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