Stratégies D'apprentissage Livre Caroline Larue
Stratégies D'apprentissage Livre Caroline Larue
S T R AT É G I E S D ’ A P P R E N T I S S AG E E T A P P R E N T I S S AG E PA R P RO B L È M E S
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Rapport PAREA, Cégep du Vieux-Montréal, 2005, 239 pages [Format PDF]
S T R AT É G I E S
D’APPRENTISSAGE
ET APPRENTISSAGE
PA R P RO B L È M E S
Depuis l’automne 2001, les enseignantes et e nseignants rattachés au programme de soins
infirmiers au cégep du Vieux Montréal ont choisi l’apprentissage par problèmes comme Description et évolution des
véhicule pédagogique pour l’enseignement de s connaissances déclaratives. Cette méthode
est réputée pour sa propension à stimuler le développement des stratégies favorisant un stratégies utilisées par des
a p p r e n t i s s a ge e n p r o f o n d e u r. L e s c h e r c h e u s e s , C a r o l i n e L a r u e e t R a y m o n d e C o s s e t t e ,
enseignantes au Département de soins infirmiers, ont voulu mettre à l’épreuve cette hypothèse étudiantes en soins infirmiers
en explorant les stratégies d’apprentissage utilisées par 18 étudiantes du programme au
cours des trois premières sessions de leur formation, tant au moment du travail en groupe
au niveau collégial
que lors du travail individuel. Les résultats montrent un progrès notable dans le recours aux
stratégies métacog nitives, aux stratégies affectives et aux stratégies de gestion ressources
qui favorisent un apprentissage en profondeur. Toutefois, les répercussions de ces choix
s t r a t é g i q u e s p o s i t i f s s u r l e re c o u r s e f f e c t i f a u x s t r a t é g i e s c og n i t i ve s d e t r a i t e m e n t e n RAPPORT DE RECHERCHE
profondeur de l’information sont variables sel on les phases de la méthode.
Raymonde Cossette
Caroline Larue •
Caroline LARUE
Raymonde COSSETTE
Stratégies d’apprentissage
et apprentissage
par problèmes :
RAPPORT DE RECHERCHE
Caroline LARUE
Raymonde COSSETTE
Contributions
Équipe de recherche :
Consultants
Autre collaboration
Stagiaires de recherche
iii
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Remerciements
En premier lieu, c’est envers la direction du cégep du Vieux Montréal, qui offre les
conditions matérielles et le soutien moral propice au développement de la recherche au sein
de notre institution, que nous voulons exprimer notre reconnaissance. Plus particulièrement,
nous soulignons l’appui de M. Raymond-Robert Tremblay, alors coordonnateur des
programmes d’études préuniversitaires, de techniques humaines et de soins infirmiers et
coordonnateur de la recherche, et de Mme Fatma Benslafa qui occupe actuellement cette
fonction. Nous sommes aussi redevables à toutes nos collègues des 1re, 2e et 3e sessions du
Département de soins infirmiers qui ont collaboré à ce projet ; nous remercions plus
particulièrement Mme Nicole Roger, qui a participé à la validation interjuges.
Pour le soutien dans les moments d’incertitude, les précieux conseils, la disponibilité
à répondre au pied levé à nos multiples questions, nous remercions chaleureusement notre
collègue du Centre de recherche du cégep du Vieux Montréal, Mme Lynn Lapostolle. À titre
de directrice de l’Association de la recherche au collégial, Mme Lapostolle a aussi droit à notre
reconnaissance pour son dévouement indéfectible à la cause de la recherche au collégial. Par
la même occasion, nous saluons le dynamisme de l’Association pour la recherche au
collégial.
iv
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Pour sa disponibilité autant que pour son soutien amical et technique, nous exprimons
notre gratitude à notre collègue Mme Danielle-Claude Bélanger.
Enfin, nous tenons à exprimer notre profonde reconnaissance à toutes les étudiantes
et étudiants en soins infirmiers du cégep du Vieux Montréal qui ont collaboré à cette
recherche. Plus spécifiquement, nous remercions les dix-huit élèves qui, en participant avec
le même intérêt aux trois temps de l’étude, ont contribué à l’avancement des connaissances
en matière d’évolution des stratégies d’apprentissage dans un contexte d’apprentissage par
problèmes au sein d’une population collégiale.
v
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Sommaire
Dans la présente étude, les chercheuses ont voulu observer de plus près les stratégies
mobilisées par les élèves dans le contexte du travail de groupe et du travail individuel ainsi
que l’évolution de telles stratégies en cours de formation. En même temps, elles voulaient
examiner la part respective des stratégies reflétant une approche en profondeur ou en surface
de l’apprentissage ainsi que les différences dans les choix stratégiques selon la réussite.
Les dispositions affectives positives se manifestant par un intérêt pour tous les
thèmes, un engagement élevé et une participation active sont présentes chez un plus grand
nombre d’élèves à chaque session, pavant la voie à des changements favorisant un
apprentissage durable. L’étude révèle, en effet, que l’arsenal des stratégies augmente en cours
de formation au rythme de l’intensification de l’activité métacognitive. Toutefois, ces
changements se répercutent de façon inégale, selon les phases du travail, sur le choix de
vi
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
vii
Table des matières
Contributions.......................................................................................................................................... iii
Remerciements....................................................................................................................................... iv
Sommaire ............................................................................................................................................... vi
Table des matières.................................................................................................................................. ix
Liste des figures .................................................................................................................................... xii
Liste des tableaux.................................................................................................................................. xii
Liste des abréviations............................................................................................................................ xv
Introduction............................................................................................................................................. 1
Chapitre 1 Former des infirmières autonomes ....................................................................................... 5
Les défis de la pratique infirmière ........................................................................................ 7
Approche de l’apprentissage................................................................................ 48
Apprentissage par problèmes............................................................................... 49
Performance en apprentissage par problèmes...................................................... 49
L’échantillon....................................................................................................................... 54
Méthode d’échantillonnage ................................................................................. 54
Répartition de l’échantillon selon la réussite ....................................................... 57
x
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
xi
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
xii
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-9 Répertoire des actions stratégiques de gestion des ressources recensées lors du
travail individuel.............................................................................................................92
Tableau 4-10 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques de gestion des ressources
répertoriées lors du travail individuel à chaque session..................................................97
Tableau 4-11 Répertoire des actions stratégiques affectives recensées lors du travail de groupe........99
Tableau 4-12 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques affectives répertoriées lors du
travail de groupe à chaque session................................................................................102
Tableau 4-13 Répertoire des actions stratégiques affectives recensées lors du travail individuel......103
Tableau 4-14 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques affectives répertoriées lors du
travail individuel à chaque session. .............................................................................106
Tableau 4-15 Répertoire des actions stratégiques métacognitives d’autoévaluation recensées
lors du travail de groupe et du travail individuel ..........................................................107
Tableau 4-16 Nombre d’élèves déclarant des actions stratégiques d’autoévaluation à chaque
session lors du travail de groupe et du travail individuel..............................................110
Tableau 4-17 Nombre de jugements positifs et négatifs émis à chaque session sur les attributs
d’ordre cognitif, affectif et de gestion lors du travail de groupe...................................112
Tableau 4-18 Nombre de jugements positifs et négatifs émis à chaque session sur les attributs
d’ordre cognitif, affectif et de gestion lors du travail individuel. .................................113
Tableau 4-19 Nombre de jugements positifs et négatifs émis à chaque session sur l’habileté à
réaliser les tâches lors du travail de groupe ..................................................................114
Tableau 4-20 Nombre de jugements positifs et négatifs émis à chaque session sur l’habileté à
réaliser les tâches lors du travail individuel..................................................................115
Tableau 4-21 Répertoire des actions stratégiques métacognitives d’autorégulation et
d’autocontrôle lors du travail de groupe et du travail individuel ..................................116
Tableau 4-22 Nombre d’élèves déclarant des actions stratégiques d’autorégulation et
d’autocontrôle à chaque session lors du travail de groupe et du travail individuel.......117
Tableau 4-23 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives de traitement en
surface ou en profondeur de l’information en phase 1 à chaque session ......................120
Tableau 4-24 Nombre d’actions stratégiques cognitives de traitement en surface ou en
profondeur de l’information déclarées par chacune des élèves en phase 1 à
chaque session ..............................................................................................................121
Tableau 4-25 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives de traitement en
surface ou en profondeur de l’information en phase 3 à chaque session ......................122
Tableau 4-26 Nombre d’actions stratégiques cognitives de traitement en surface ou en
profondeur de l’information déclarées par chacune des élèves en phase 3 à
chaque session ..............................................................................................................123
Tableau 4-27 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives de traitement en
surface ou en profondeur de l’information en phase 2 à chaque session ......................124
Tableau 4-28 Nombre d’actions stratégiques cognitives de traitement en surface ou en
profondeur de l’information déclarées par chacune des élèves en phase 2 à
chaque session ..............................................................................................................125
Tableau 4-29 Actions stratégiques de gestion des ressources favorisant un apprentissage en
surface ou en profondeur ..............................................................................................127
xiii
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-30 Nombre d’actions stratégiques de gestion des ressources déclarées par chacune
des élèves à chaque session.......................................................................................... 127
Tableau 4-31 Actions stratégiques affectives favorisant un apprentissage en surface ou en
profondeur.................................................................................................................... 128
Tableau 4-32 Nombre d’actions stratégiques affectives favorisant un apprentissage en surface
ou en profondeur déclarées par chacune des élèves à chaque session ......................... 129
Tableau 4-33 Actions stratégiques métacognitives favorisant un apprentissage en surface ou en
profondeur.................................................................................................................... 130
Tableau 4-34 Nombre d’actions métatcognitives favorisant un apprentissage en surface ou en
profondeur déclarées par chacune des élèves à chaque session ................................... 131
Tableau 4-35 Nombre d’actions cognitives déclarées en phase 1 à chaque session selon la
performance académique ............................................................................................. 133
Tableau 4-36 Nombre d’actions stratégiques cognitives déclarées en phase 3 à chaque session
selon la performance académique ................................................................................ 134
Tableau 4-37 Nombre d’actions stratégiques cognitives déclarées en phase 2 à chaque session
selon la performance académique ................................................................................ 134
Tableau 4-38 Nombre d’actions stratégiques de gestion des ressources déclarées à chaque
session lors du travail de groupe et du travail individuel selon la performance
académique .................................................................................................................. 136
Tableau 4-39 Nombre d’actions stratégiques affectives déclarées à chaque session lors du
travail de groupe et du travail individuel selon la performance ................................... 138
Tableau 4-40 Nombre d’actions stratégiques métacognitives déclarées à chaque session lors du
travail de groupe selon la performance académique .................................................... 139
Tableau 4-41 Nombre d’actions stratégiques métacognitives déclarées à chaque session lors du
travail individuel selon la performance académique.................................................... 140
Tableau 5-1 Actions stratégiques répertoriées à chaque phase du tutorial selon les types de
stratégies cognitives ..................................................................................................... 145
Tableau 5-2 Actions stratégiques répertoriées en travail de groupe et en travail individuel
selon les types de stratégies de gestion des ressources ................................................ 152
Tableau 5-3 Actions stratégiques répertoriées en travail de groupe et en travail individuel
selon les types de stratégies affectives ......................................................................... 156
Tableau 5-4 Actions stratégiques répertoriées en travail de groupe ou individuel selon les
types de stratégies métacognitives ............................................................................... 159
xiv
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
P seuil de signification
χ2 khi carré
F test F de Fisher
xv
Introduction
Le fossé qui se creuse entre les besoins de santé croissants de la population, d’une
part, et la pénurie quasi structurelle des ressources, d’autre part, sollicite la créativité des
intervenants du réseau de la santé qui tentent de maintenir un équilibre précaire entre ces
deux impératifs. La transformation du rôle de l’infirmière fait partie intégrante des solutions
retenues. Désormais, celle-ci se voit confier des responsabilités élargies, pour lesquelles elle
doit faire preuve d’autonomie professionnelle et démontrer son habileté à résoudre des
problèmes complexes, aptitudes et habiletés qui devront prendre assise sur une solide base de
connaissances qu’elle devra constamment actualiser. Conséquemment, les maisons
d’enseignement se voient confier le mandat de préparer les futures infirmières au degré
d’autonomie et d’expertise attendu d’elles.
Le but de l’étude présentée ici est de décrire les stratégies adoptées par des élèves de
soins infirmiers engagées dans un curriculum en apprentissage par problèmes et de suivre
l’évolution de ces stratégies pendant les trois premières sessions de la formation.
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
L’orientation théorique de la recherche, le choix des concepts retenus ainsi que leurs
définitions opérationnelles font l’objet du deuxième chapitre. Reprenant à leur compte une
catégorisation adoptée par d’autres auteurs, les chercheuses ont retenu quatre catégories de
stratégies autour desquelles seront classées les actions répertoriées dans l’étude, à savoir les
stratégies cognitives, métacognitives, affectives et les stratégies de gestion des ressources.
Le chapitre suivant est dévolu à la présentation des résultats. Tour à tour, les
stratégies utilisées lors des étapes de travail en groupe et au moment du travail personnel,
pour chacune des catégories de stratégies, sont décrites puis leur incidence à chaque session
est compilée. Une fois ces données établies, elles sont analysées de nouveau pour déterminer
cette fois la part des stratégies favorisant un apprentissage en surface ou en profondeur et
pour rechercher des différences dans les choix stratégiques selon la performance académique.
La discussion des résultats occupe le cinquième chapitre. Il en ressort que les élèves
modifient leurs stratégies au cours de la formation, qu’elles recourent à un arsenal plus varié
de stratégies qui devraient théoriquement favoriser un traitement en profondeur de
l’information. Toutefois, l’effet escompté est produit avec plus ou moins de succès selon les
phases du travail. Certaines conditions d’implantation, qui pourraient nuire à l’émergence de
telles stratégies, sont pointées du doigt. Aussi, les résultats font voir que les choix
stratégiques diffèrent à plusieurs égards selon le niveau de performance académique des
étudiantes.
2
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Au terme de la recherche, nous concluons que l’apprentissage par problèmes est une
méthode qui peut favoriser le développement de stratégies d’apprentissage durable auprès
d’une population d’élèves engagées dans des études collégiales. Toutefois, ce potentiel prend
un certain temps à s’actualiser et doit être soutenu par la mise en place d’un contexte
d’apprentissage favorable. L’étude a soulevé certains problèmes et contradictions qui dictent
des orientations au plan pédagogique et ciblent des pistes de recherche.
3
Chapitre 1
En ce début de 21e siècle, l’accessibilité et la qualité des soins de santé sont devenues
les préoccupations majeures des populations et des gouvernements. La croissance
exponentielle des coûts reliés au dépistage des maladies, au développement de traitements et
de technologies, l’apparition de nouvelles menaces à la santé consécutives à la libre
circulation des individus d’un continent à l’autre, ainsi que le vieillissement de la population
sont autant de facteurs qui créent une pression sur les réseaux de santé au point où les besoins
dépassent les ressources. Pour diminuer cette pression, les solutions avancées sont, entre
autres, la diminution du temps d’hospitalisation, le maintien à domicile des personnes âgées
ou le transfert de compétences des médecins aux infirmières1 de même que des infirmières
aux infirmières auxiliaires et aux préposés aux bénéficiaires. En même temps, le
développement des technologies a fait surgir une pléiade de situations imposant un
questionnement éthique ; que l’on songe à l’acharnement thérapeutique, à l’euthanasie, à la
greffe de cellules embryonnaire ou à leur clonage, pour n’en nommer que quelques-unes.
1
Afin de rendre le texte plus fluide autant que pour reconnaître la prédominance féminine dans la profession
infirmière, le féminin englobera le masculin quand il sera question des étudiantes en soins infirmiers ou des
infirmières.
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
enrichissement de certaines des compétences, afin que les diplômées de niveau collégial
puissent emprunter la passerelle permettant d’obtenir un baccalauréat après seulement deux
ans d’études universitaires. Pourtant, l’intégration de ces nouvelles compétences dans la
formation des futures infirmières ne s’est pas accompagnée d’un allongement de la durée du
programme.
8
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
des élèves tout en comblant les attentes des milieux de soins à l’égard de la préparation des
candidates à l’exercice de la profession.
Les stratégies cognitives concernent les actions posées en vue de réaliser la tâche.
Selon les choix qu’elle opère, l’élève utilisera davantage des stratégies cognitives qui font
appel à la mémorisation ou à la répétition, lesquelles contribueraient à un traitement
superficiel et plus passif de l’information, ou bien elle mettra plus souvent de l’avant des
stratégies d’élaboration, d’organisation, de généralisation ou de discrimination, démontrant
un intérêt à comprendre le sens des apprentissages en traitant activement et en profondeur les
informations. Les stratégies métacognitives font référence aux jugements et aux actes
9
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
indiquant que l’élève évalue ses manières d’apprendre ainsi que les apprentissages réalisés et
planifie les actions à faire pour accomplir une tâche ou modifier des stratégies inefficaces.
Les stratégies affectives ont trait aux actions déployées pour créer un climat affectif propice à
l’apprentissage. Enfin, les stratégies de gestion des ressources regroupent les actions visant à
maximiser l’utilisation des ressources temporelles, matérielles, humaines et
environnementales de façon à créer les conditions favorables à l’apprentissage.
En APP, chacune des phases du tutorial fait appel à des stratégies d’apprentissage
spécifiques qui, à long terme, devraient favoriser le développement de stratégies cognitives
de traitement en profondeur de l’information, stimuler l’activité métacognitive et contribuer à
une plus grande efficacité des stratégies affectives et de gestion des ressources. Le tableau
1-1, inspiré de Soukini et Fortier (1999), établit une correspondance entre les tâches
d’apprentissage réalisées à chaque étape du tutorial et les stratégies d’apprentissage que ces
tâches pourraient possiblement solliciter. La prudence nous invite ici à utiliser l’adverbe
possiblement, vu le nombre de variables autres que la méthode APP qui peuvent entrer en
ligne de compte, tels les habitudes antérieures de travail, la perception de la tâche, le style de
leadership de la tutrice, la dynamique du groupe, la forme d’évaluation privilégiée dans le
cours, autant de facteurs qui peuvent influer sur le recours à un type de stratégie ou à un
autre.
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STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 1-1 Tâches d’apprentissage selon les phases et les étapes du tutorial ainsi que les stratégies
d’apprentissage possiblement impliquées.
Stratégies possiblement
Phase Étapes Tâches d’apprentissage
impliquées
Stratégies cognitives :
Lire le problème individuellement en relevant les
1. Identifier les termes et les concepts inconnus ¾ Mémorisation
indices et Souligner individuellement les indices pertinents ¾ Élaboration
clarifier les Stratégies affectives * :
Définir les termes inconnus à l’aide d’un
termes ¾ Attention-concentration
dictionnaire ou des connaissances antérieures du
groupe ¾ Maintien intérêt
2. Définir le
I problème et Établir la liste des phénomènes à expliquer à Stratégies cognitives :
rédiger la liste partir des indices (sans essayer d’y répondre).
Exploration du ¾ Élaboration
problème en des phénomè- Résumer le problème en une phrase
groupe nes à expliquer
3. Analyser le Faire appel aux connaissances antérieures pour
problème et suggérer des hypothèses Stratégies cognitives :
proposer des Proposer des hypothèses explicatives ¾ Élaboration
hypothèses
4. Organiser et Classer les hypothèses en les priorisant Stratégies cognitives :
prioriser les Regrouper les hypothèses ¾ Organisation
hypothèses
5. Clarifier les Prendre connaissance des objectifs en les reliant à Stratégies métacognitives :
objectifs l’analyse du problème
¾ Planification
d’étude S’assurer de bien les comprendre
Planifier son étude Stratégies métacognitives
Lire les objectifs d’étude ¾ Planification
Utiliser diverses ressources (bibliothèque, Stratégies de gestion
II experts, pairs, internet, etc.) ¾ Espace, temps
Travail 6. Étudier Sélectionner les lectures appropriées ¾ Ressources humaines et
personnel individuelle-
Lire en vue de répondre aux objectifs et de matérielles
ment
valider les hypothèses Stratégies cognitives
Réaliser un schéma des concepts clés ¾ Mémorisation
Répondre au test formatif
¾ Élaboration
¾ Organisation
Partager ses connaissances
III Vérifier sa compréhension du problème Stratégies cognitives :
7. Synthétiser et
Validation des
valider les Argumenter sur le choix des hypothèses retenues ¾ Élaboration
connaissances
hypothèses Clarifier les points demeurés incertains lors de ¾ Généralisation
en groupe
l’étude personnelle ¾ Discrimination
Produire une synthèse
Évaluer le problème (qualité, intérêt, référence) Stratégies métacognitives :
8. Évaluer le
Évaluer l’efficacité du groupe ¾ Évaluation
tutorial
Évaluer le tuteur
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STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Le bilan des connaissances visant à confirmer les effets positifs de l’APP sur le
développement de stratégies autonomes conduisant à un apprentissage en profondeur livre
des résultats parfois concordants, parfois contradictoires.
De son côté, Evensen (2000) a voulu comprendre les facteurs qui justifient le choix
des stratégies d’apprentissage dans un contexte d’APP. Six étudiants en médecine de 1re
année, qui ont opté pour une formation en APP, ont été suivis pendant un semestre. Diverses
méthodes de collecte de données ont été utilisées et les données ont été analysées selon une
méthode de théorisation ancrée. L’apprentissage autonome est le thème central qui ressort de
l’analyse des données. Les résultats montrent que cette autonomie se reflète dans des choix
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STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
de stratégies, lesquelles sont tributaires de l’interaction entre des facteurs reliés au concept de
soi comme apprenant, telles les buts, les expériences antérieures ou le sentiment d’efficacité,
et les conditions offertes par le programme, nommément un curriculum basé sur les histoires
de cas, l’occasion de prendre des décisions sur la matière à étudier et la façon d’étudier ainsi
que la possibilité de travailler en groupe. De plus, ce choix de stratégies est influencé par les
rétroactions (examen, évaluation formative, etc.) qui provoquent un déséquilibre temporaire
et entraînent une remise en question de soi, de l’environnement et des stratégies. Rappelons
que les participants dans cette étude avaient le choix de s’inscrire dans un cursus traditionnel,
option qui a été préférée par une majorité d’étudiants (81 sur 105). Cet élément introduit un
biais d’échantillonnage, vu que les élèves qui ont choisi l’APP ont vraisemblablement une
disposition affective d’emblée positive à l’égard de la méthode. Par ailleurs, l’autonomie dans
l’apprentissage est aussi un thème qui ressort du bilan de l’implantation d’un cours en APP
dans le programme de baccalauréat en sciences infirmières de l’université McMaster en
Ontario (Morales-Mann et Kaitell, 2001). Quand on leur demande de décrire les différences
entre ce qu’elles apprennent en APP et dans un cours traditionnel, les étudiantes identifient
prioritairement les processus d’apprentissage en groupe et l’autonomie dans l’apprentissage.
En ce qui a trait aux processus de pensées auxquels elles font appel, le processus de
résolution de problèmes arrive en tête de liste.
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STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
dans les premières années d’étude et que les exigences de l’unité d’apprentissage à laquelle
est attaché le problème étudié n’obligent pas à modifier les comportements d’apprentissage.
Les résultats de Cartier (1997) contrastent avec ceux obtenus par des prédécesseurs
dans le cadre d’études quantitatives. Deux méta-analyses (Albanese et Mitchell, 1993 ;
Vernon et Blake, 1993) qui, en raison de leur rigueur méthodologique, font encore figure de
référence dans les recensions d’écrits, montrent que les élèves inscrits dans un curriculum en
APP étudient davantage pour une compréhension à long terme que pour une rétention à court
terme. Cette belle unanimité ne trouve pas d’écho chez Berkson (1993) qui, à la même
époque, a réalisé une revue critique d’études comparant des élèves formés traditionnellement
et en APP. La chercheuse soutient que le curriculum en soi ne garantit pas le recours à une
approche d’apprentissage en surface ou en profondeur et que l’on peut trouver, selon les
études, des preuves que l’APP favorise des stratégies en surface ou en profondeur comme on
peut en trouver avec un curriculum traditionnel. Ici, Berkson rejoint les résultats obtenus par
Evensen (2000) et la conclusion de Cartier (1997).
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STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
traditionnellement, à long terme ces connaissances sont mieux intégrées. Des résultats
semblables sont rapportés par Dochy et ses collègues (2003) qui, à l’issue d’une métaanalyse
couvrant 43 études, soutiennent que les étudiants formés en APP ont un peu moins de
connaissances que leurs vis-à-vis de formation traditionnelle mais qu’ils retiennent mieux les
connaissances qu’ils ont acquises.
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STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les effets de l’APP sur les stratégies métacognitives et de gestion des ressources ont
été examinés par Blumberg (2000) dans la perspective du développement des habiletés
d’auto-apprentissage (self-directed learning). Cette chercheuse a réalisé une revue critique
d’études en évaluant trois composantes des stratégies métacognitives et de gestion, à savoir
l’habileté à déterminer ce qui doit être appris, l’habileté à planifier et à réaliser les
apprentissages et l’habileté à trouver les ressources et à en évaluer la pertinence En ce qui
concerne l’habileté à déterminer ce qui doit être appris, Blumberg rapporte que, dans les
curriculums d’APP plus directifs, où les objectifs d’apprentissage sont prédéterminés, les
élèves font montre de moins d’autonomie lorsqu’il s’agit d’identifier ce qui mérite d’être
étudié ou d’ajouter du matériel d’étude à celui qui leur est proposé. En ce qui a trait aux
habiletés à planifier et à réaliser les apprentissages, les études font voir que les élèves
consacrent autant de temps à l’étude, qu’ils soient engagés dans un curriculum en APP ou
dans un curriculum plus traditionnel, mais que ceux qui sont en APP s’engagent davantage
dans des activités autonomes d’apprentissage, comme des lectures complémentaires ou des
recherches sur le réseau internet. Enfin, dans le domaine de la recherche et de l’utilisation des
ressources, les résultats de plusieurs études confirment que les élèves inscrits en APP utilisent
plus efficacement et consultent davantage la documentation et les services de la bibliothèque
que ceux inscrits dans des programmes plus traditionnels.
Soukini et Fortier (1999), par contre, ne rapportent pas de différence entre le groupe
formé en APP au collégial et le groupe recevant un enseignement traditionnel en ce qui
concerne l’autonomie intellectuelle et sociale et la capacité d’apprendre et de progresser.
Sans que ce soit leur objet principal, plusieurs recherches ont examiné certaines
variables affectives, telles l’attention suscitée par les échanges de groupe, la satisfaction à
l’égard de la formation, le niveau de stress, l’intérêt, la motivation et la persévérance.
Schmidt et Moust (2000) rapportent les résultats d’études qui ont exploré le niveau
d’attention des étudiants en APP. Dans une étude à laquelle ils ont participé (Moust et coll.,
1986), les chercheurs ont montré que les étudiants silencieux étaient aussi attentifs que ceux
qui s’exprimaient et qu’ils participaient mentalement à toutes les tâches. Plus récemment,
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STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
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STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
du marché du travail. Deux des thèmes de l’analyse des données indiquent que ces
infirmières se perçoivent plus autonomes et innovatrices que leurs collègues formées plus
traditionnellement et qu’elles se sentent tenues de poursuivre leur apprentissage pour
maintenir leur compétence.
Quelques chercheurs ont examiné la persévérance dans les deux types de curriculum.
Albanese et Mitchell (1993) présentent les résultats de deux études qui mettent en évidence
une attrition plus grande dans les groupes en APP. Ainsi, le taux d’abandon en APP était de
6,7 % comparativement à 0,7 % pour le cursus traditionnel dans l’étude de Goodman et de
ses collaborateurs (1991), alors que Jones et ses collègues (1984) établissaient à 4,4 % le taux
d’abandon en APP par rapport à 1,9 % dans les programmes traditionnels. Plus récemment,
Leclercq et Van Der Vleuten (1998) ont établi, par contre, que le taux d’abandon des
étudiants en médecine dans le cursus en APP de l’université de Maastricht, en Hollande, était
de 10 %, et la durée moyenne des études de 6,2 années, alors que le taux d’abandon dans les
autres facultés de médecine de ce pays offrant un cursus traditionnel était de 30 %, avec une
durée moyenne des études de 7,5 années.
Au niveau collégial, Cossette, McClish et Ostiguy (2004), dans leur étude comparant
des élèves de soins infirmiers formées en APP ou traditionnellement, rapportent que l’intérêt
et la participation sont significativement plus élevés dans le groupe formé en APP, mais qu’il
n’y a pas de différence à l’égard de la perception de compétence cognitive et de la
persévérance. Soukini et Fortier (1999), quant à eux, n’obtiennent pas de différence entre les
élèves de Technologie de laboratoire médical formés traditionnellement ou en APP au
chapitre de la confiance en soi.
18
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
19
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
L’état des connaissances sur les stratégies d’apprentissage en contexte d’APP met en
évidence un consensus assez large sur les effets positifs de l’APP à l’égard des dispositions
affectives, telles l’intérêt et la satisfaction envers la formation, créant les conditions
favorables à l’émergence de stratégies d’autoformation et de traitement en profondeur de
l’information. Toutefois, quand il s’agit de vérifier la présence ou non de telles stratégies, les
résultats sont plus équivoques. Les modalités d’application de la méthode, la qualité du
problème ainsi que les différences individuelles dans la façon de vivre l’expérience de l’APP
ont aussi une influence dans le développement de telles stratégies.
Par ailleurs, si plusieurs études comparatives établissent que les étudiants formés en
APP recourent davantage à des stratégies de traitement en profondeur de l’information, à des
stratégies de gestion des ressources et à des stratégies métacognitives quand on les compare à
d’autres, elles livrent peu d’informations sur la part respective des stratégies d’apprentissage
en surface ou en profondeur utilisées, pas plus que sur les types d’actions stratégiques
privilégiées par les élèves. Seuls quelques chercheurs ont décrit qualitativement les stratégies
d’apprentissage d’étudiants engagés dans un curriculum en apprentissage par problèmes et
aucun, à notre connaissance, n’a suivi l’évolution dans les choix stratégiques d’étudiants
formés en APP ni étudié une population d’élèves du niveau collégial.
Blumberg (2000) cible plusieurs aspects qui devront être mieux documentés dans de
futures études sur les effets de l’APP, notamment le comportement d’élèves plus jeunes, la
comparaison des stratégies d’élèves moins performants et d’élèves qui réussissent bien, la
gestion du temps quand les élèves sont livrés à eux-mêmes, l’utilisation des ressources
humaines et l’évolution des stratégies entre les étudiants novices et ceux qui sont plus
avancés. Ce sont autant de questions auxquelles notre étude voudrait répondre.
20
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
l’évolution de ces stratégies pendant les trois premières sessions de la formation. Les
questions auxquelles l’étude veut répondre sont :
Quelles sont les stratégies utilisées par les élèves en soins infirmiers du
collégial formées en apprentissage par problèmes ?
Une telle recherche sur les stratégies d’apprentissage privilégiées par les étudiantes
dans un contexte d’APP permettra de mesurer au plan microscopique les retombées de la
méthode sur les habitudes de travail des élèves, d’identifier éventuellement les failles dans
l’implantation de la méthode et de corriger les erreurs de parcours. Cette étude permettra de
mieux comprendre les facteurs qui pourraient aider les étudiantes à faire un apprentissage
durable et en profondeur. Elle sera aussi une occasion d’identifier les actions qui favorisent
une meilleure réussite et de mettre en oeuvre des moyens diagnostics et de soutien pour que
plus d’élèves adoptent des stratégies gagnantes.
L’étude innove en explorant deux aspects de la méthode qui ont reçu très peu
d’attention de la part des chercheurs. D’abord, elle s’attardera à décrire en profondeur les
stratégies spécifiques auxquelles font appel les étudiantes en soins infirmiers selon chacune
des phases du tutorial. Les quelques études qualitatives recensées ont surtout associé le
développement de stratégies d’apprentissage plus efficaces soit à la première phase du travail
en groupe, soit au travail individuel. Aussi, la recherche adopte une position originale au
regard du concept d’approche en surface et en profondeur en considérant non seulement les
actions cognitives de traitement en profondeur de l’information posées par les élèves mais
aussi les actions qui soutiennent indirectement le recours à de telles stratégies cognitives, soit
les actions qui dérivent des stratégies métacognitives, affectives et de gestion des ressources.
21
Chapitre 2
Cadre théorique
Les stratégies utilisées par les élèves pour apprendre, de même que la relation entre
ces stratégies et la réussite scolaire, ont été étudiées tant auprès d’élèves du niveau primaire
(études recensées dans Fayol et Monteil, 1994), que des niveaux secondaire (études recensées
dans Schmeck, 1988) et universitaire (Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier 1996; Romainville,
1993; Wolfs, 1998). Les chercheurs se sont intéressés aux processus d’apprentissage, c’est-à-
dire à la manière dont l’étudiant acquiert des informations, les enregistre, les garde en
mémoire et les utilise dans un contexte précis. Ces recherches ont permis d’établir des
inventaires de stratégies et de les catégoriser. Toutefois, avant de présenter les catégories de
stratégies d’apprentissage, il convient de définir ce concept.
Plusieurs auteurs, dans la foulée des travaux de précurseurs, comme Brown (1977),
Flavel (1979), O’Neil (1978), Singer (1978), Wade, Trathen et Schraw (1990) et Weinstein et
Mayer (1986), ont proposé une définition du concept de stratégies d’apprentissage. Le tableau
2-1 présente les définitions proposées dans des écrits récents sur lesquels nous nous sommes
appuyées pour établir la définition opérationnelle qui sera retenue dans notre étude. Outre la
définition, le tableau précise l’objectif visé par le recours aux stratégies d’apprentissage et
leurs caractéristiques. Il ressort de ce tableau que les stratégies d’apprentissage sont, selon le
cas, des activités, des comportements, des actions ou des moyens, des pensées, des
procédures, une séquence ou encore des opérations. Ces conceptions mettent en lumière deux
domaines d’activités reliés à l’accomplissement d’une tâche d’apprentissage, soit l’activité
réflexive et l’activité comportementale. Les pensées font référence au discours intérieur de
l’élève. Devant une tâche, ce discours influence la motivation à accomplir la tâche ainsi que
la confiance en sa capacité de la mener à bien autant qu’il oriente le plan stratégique pour
accomplir la tâche et l’évaluation qui en sera faite. Cette activité réflexive échappe à
l’observateur qui n’a accès qu’aux actions concrètes déployées par l’élève pour réaliser la
tâche. Ces actions et activités sont les techniques ou tactiques d’apprentissage que l’élève
utilise, souvent dans un certain ordre (consulter les directives, s’installer en ouvrant les livres
autour de soi, lire en survol puis lire attentivement, prendre des notes, etc.), ce qui appuie
l’hypothèse de séquences ou de suite ordonnée d’actions. Dans l’ensemble, les auteurs
26
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
retenus conviennent que l’objectif poursuivi en recourant aux stratégies d’apprentissage est
de favoriser un meilleur apprentissage en le rendant plus efficace.
Tableau 2-1 Définitions, objectifs et caractéristiques des stratégies d’apprentissage selon plusieurs
auteurs
27
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Romainville, 1998; Hrimech, 2000; Ruph, 1999) et la flexibilité (Cartier, 1997; Fayol et
Monteil, 1994; Ruph, 1999). Seule une stratégie consciente peut s’expliciter et se donner à
voir. Outre qu’elles sont conscientes, pour être efficaces les stratégies doivent avoir été
choisies intentionnellement en fonction d’un but précis à atteindre. Enfin, les stratégies
doivent être suffisamment flexibles pour pouvoir s’adapter au but poursuivi, aux conditions
particulières de la tâche et aux capacités de l’apprenant.
En accord avec Weinstein et Hume (1998), les chercheuses considèrent que les
stratégies d’apprentissage sont composées à la fois des pensées et des comportements mis en
oeuvre pour accomplir une tâche. Aussi, à l’instar de Fayol et Monteil (1994), de Hrimech
(2000) et de Frenay et ses collègues (1998), elles souscrivent à l’idée que ces pensées et
actions s’inscrivent dans une suite ordonnée. Enfin, elles reconnaissent que le but poursuivi
est de faciliter l’apprentissage et d’améliorer la performance. Dans cette étude, les stratégies
d’apprentissage sont donc définies comme les pensées et comportements d’un étudiant
engagé dans un apprentissage qui en utilisant des procédures ou des actions spécifiques,
facilite son apprentissage et optimise sa performance. La figure 2-1 schématise le concept de
stratégie d’apprentissage.
Pensées et
comportements
Idées d’une suite logique d’actions, mise en œuvre des
opérations de la pensée et de la conduite générale (quelle
séquence dois-je utiliser)
Procédures, actions
La majorité des écrits recensés ont décrit les stratégies d’apprentissage dans un
contexte d’utilisation spontanée et naturelle et plusieurs ont présenté une catégorisation dans
le cadre de recherches phénoménologiques ou expérimentales.
28
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Quatre catégories de stratégies d’apprentissage sont répertoriées dans les écrits, soit
les stratégies cognitives, les stratégies métacognitives, les stratégies affectives et les stratégies
de gestion des ressources, sans qu’il y ait toutefois consensus sur chacune des catégories. Si
les auteurs sont unanimes à reconnaître l’existence de stratégies cognitives et métacognitives
(Bégin, 2003; Barbeau, Montini et Roy, 1997; Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996, Cartier,
1997; Frenay, Noël, Parmentier et Romainville, 1998; Hrimech, 2000; Saint-Pierre, 1991;
Ruph, 1999; Weinstein et Mayer, 1986; Wolfs, 1998), la cohésion s’effrite quand il s’agit de
considérer les autres catégories. Plusieurs, à la suite de Weinstein et Mayer, sont d’accord
pour considérer que le contrôle de variables affectives fait partie de l’arsenal stratégique des
élèves (Barbeau, Montini et Roy, 1997; Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996, Hrimech,
2000; Ruph, 1999; Saint-Pierre, 1991) alors que d’autres, tout en considérant l’importance
des variables affectives, ne leur confèrent pas le titre de stratégies ou ne les retiennent pas
dans leurs études (Bégin, 2003; Cartier, 1997; Frenay, Noël, Parmentier et Romainville,
1998). De même, un certain nombre d’auteurs, dans la foulée de la recherche de McKeachie
et ses collaborateurs (1987), retiennent la catégorie des stratégies de gestion des ressources
(Barbeau, Montini et Roy, 1997; Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996, Cartier, 1997;
Frenay, Noël, Parmentier et Romainville, 1998; Ruph, 1999; Saint-Pierre, 1991) alors que
d’autres les relèguent parmi les conditions d’utilisation des stratégies (Bégin, 2003) ou les
incluent dans les stratégies métacognitives (Hrimech, 2000). Wolfs (1998), quant à lui, réunit
les stratégies affectives et de gestion des ressources dans une catégorie unique qu’il nomme
stratégies de support. Ainsi, la variété des concepts utilisés dans les écrits pour tracer les
lignes de division entre chacune des catégories de stratégies ou pour nommer les activités à
réaliser par l’élève fait ressortir l’absence d’étanchéité entre les catégories et invite à la
prudence dans l’interprétation des résultats des écrits empiriques. Ce constat est corroboré par
Bégin (2003), Hensler (1992), Larue (2004) et Ruph (1999) qui ont réalisé des recensions
d’écrits sur les stratégies d’apprentissage dans le cadre de leurs études doctorales.
29
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
30
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 2-2 Stratégies cognitives répertoriées dans les écrits et les tactiques ou techniques
stratégiques qui leur sont associées
Dans l’étude présentée ici, les stratégies cognitives regrouperont les comportements,
pensées, actes et procédures qui décrivent ce que pense et fait l’élève pour traiter
l’information en vue d’apprendre et d’accomplir les tâches qui lui sont demandées durant les
phases du tutorial. Nous retenons quatre des cinq stratégies cognitives répertoriées dans la
revue des écrits parce qu’elles sont susceptibles d’émerger dans un contexte d’APP, soit les
stratégies de mémorisation, d’élaboration, d’organisation et de généralisation.
31
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les stratégies de soutien agissent sur les conditions que l’étudiant doit mettre en
place pour traiter l’information. Elles regroupent les catégories des stratégies métacognitives,
affectives et de gestion des ressources (O’Neil, 1978; Dansereau, 1978, 1985).
32
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Enfin, la prise de conscience de ses processus mentaux maximise l’effet des autres
composantes dans la mesure où plus l’apprenant est conscient de ses connaissances
métacognitives et de la gestion de son activité mentale, mieux il peut discuter de ses
processus mentaux en vue d’une amélioration. Cette prise de conscience se donne à voir par
l’explicitation métacognitive, selon Romainville (1993) et Wolfs (1998), laquelle consiste en
la description de ses démarches cognitives en vue de s’acquitter d’une tâche.
Tableau 2-3 Stratégies métacognitives répertoriées dans les écrits et les activités stratégiques qui
leur sont associées
Activités à réaliser par l’étudiant
Stratégies métacognitives Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier
Hrimech (2000)
(1996)
Sélection des buts d’apprentissage Détermination des buts
Élaboration d’un plan de travail Prévision des étapes à suivre
Préparation par l’activation des Estimation du nombre et du type
Planification connaissances antérieures d’informations nécessaires
Barbeau, Montini et Roy,1997 Estimation des savoirs antérieurs Estimation du niveau de traitement de
Boulet,Savoie-Zajc et Chevrier, Estimation des difficultés du contenu l’information requis
1996; à apprendre Estimation du temps nécessaire et de
Cartier, 1997; Estimation du niveau de traitement sa répartition
Hrimech, 2000; requis Estimation de ses chances de réussite
Ruph,1999; Préparation d’un emploi du temps
Prévision des périodes de repos
Anticipation des informations ou des
résultats à venir
Révision Répétition des informations Quantité d’effort à investir en
Barbeau, Montini et Roy,1997; nouvellement acquises fonction de la répartition totale de
Hrimech,2000; Retour en arrière lors de la lecture du l’effort
Régulation texte Régulation du matériel utilisé
Barbeau, Montini et Roy,1997; Vérification et confirmation des Degré de persistance investi dans une
Boulet, Savoie-Zajc et inférences tâche
Chevrier, 1996; Décision prise en fonction du temps
Ruph,1999. disponible
Évaluation Autoévaluation Identification des types d’activités
Barbeau, Montini et Roy,1997; Jugement de la clarté et de la cognitives activés
Cartier, 1997 cohérence de l’information Prise de conscience de ses progrès et
Hrimech, 2000; Estimation de l’importance des des résultats
Ruph,1999. différents éléments d’information par Évaluation de l’efficacité et de la
Contrôle autoquestionnement qualité de ses activités cognitives
Boulet, Savoie-Zajc et Anticipation des alternatives
Chevrier, 1996; possibles et des résultats escomptés
Ruph,1999.
33
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Dans le cadre de l’étude, les stratégies métacognitives regrouperont les énoncés qui
démontrent que l’élève porte un jugement sur ses capacités et ses manières d’apprendre en
relation avec la tâche à accomplir et ajuste ses stratégies en conséquence.
Les stratégies affectives se rapportent aux activités effectuées par l’étudiant en vue de
stimuler des dispositions affectives propices à l'apprentissage et de maîtriser le mieux
possible les émotions et les sentiments qui pourraient nuire à la concentration ou à la
motivation. Pionniers dans la reconnaissance des stratégies affectives, Weinstein et Mayer
(1986) soutiennent que les stratégies contribuant à soutenir l’attention, à maintenir la
concentration, à contrôler l’anxiété, à établir et maintenir la motivation et à gérer
efficacement le temps sont essentielles à l’établissement d’un environnement d’étude propice
aux apprentissages.
La relation entre les stratégies affectives et la motivation n’est certes pas la seule à
devoir être considérée dans la dynamique motivationnelle de l’élève. Adoptant une
perspective socio-cognitiviste, Barbeau (1993 ; 1994 ; Barbeau, Montini et Roy, 1997)
affirme que la motivation prend sa source dans les perceptions (attribution de la réussite,
perception de compétence, importance de la tâche) et les conceptions (conception du but de
l’école, conception de l’intelligence) qu’un élève a de lui-même et de son environnement,
lesquelles forment les déterminants de la motivation ; ces déterminants influenceront
significativement l’engagement cognitif de l’élève (mobilisation de stratégies
d’apprentissage), sa participation et sa persistance à l’égard des tâches à accomplir, qui sont
les indicateurs de motivation. Des variables intervenantes (âge, sexe, statut, ethnie, résultats
scolaires, etc.) peuvent moduler l’influence des déterminants. La dynamique motivationnelle
est enclenchée par un événement qui, s’il est suffisamment significatif, activera les systèmes
34
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
de perception et de conception de l’élève, qui à leur tour agiront sur les indicateurs. De cette
interaction résultera le comportement en vue de réaliser la tâche.
Dans les écrits répertoriés, nous avons relevé six stratégies affectives, dont quatre se
rapportent à la gestion des émotions. Ces stratégies apparaissent au tableau 2-4. Hrimech
(2000) et Boulet, Savoie-Zacj et Chevrier (1996) ont proposé une liste d’activités reliées aux
stratégies affectives qui sont aussi présentées dans ce tableau.
Tableau 2-4 Stratégies affectives répertoriées dans les écrits et les activités stratégiques qui leur sont
associées
Outre que la catégorie des stratégies affectives ne fait pas l’unanimité chez les
théoriciens et les chercheurs, on observe aussi plus de disparité dans l’identification des
35
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
stratégies qui lui sont associées. Ainsi, chez Ruph (1999) comme chez Barbeau, Montini et
Roy (1997) les seules stratégies répertoriées sont reliées à la gestion des sentiments et des
émotions. Pour ces auteurs, les actions mises en œuvre pour gérer les sentiments et les
émotions auront pour effet de maintenir la motivation et la concentration.
Les activités à réaliser par l’étudiant, énumérées au tableau 2-4, révèlent que la façon
d’agir pour établir et maintenir la concentration ou la motivation est soit centrée sur le
contrôle affectif (formation d’une image de soi comme compétent, création d’un état positif
ou confiance en soi, mise en place d’un système de récompense), soit sur la gestion
organisationnelle (gestion efficace du temps, organisation des ressources matérielles). Cela
fait de nouveau ressortir l’existence d’un chevauchement entre les stratégies affectives et les
stratégies de gestion des ressources; dans le cas de la gestion du temps, ce chevauchement
touche aussi les stratégies métacognitives.
Dans la présente étude, pour éviter un tel chevauchement nous allons rattacher les
actions relatives à la gestion du temps et de l’environnement aux stratégies de gestion des
ressources. Les stratégies affectives couvriront tous les énoncés relatifs à un affect positif ou
négatif relié à une tâche d’apprentissage et au maintien ou au contrôle de cet état affectif.
Nous retiendrons trois stratégies affectives : le maintien de la motivation, le maintien de la
concentration et la maîtrise des sentiments et des émotions.
36
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Le tableau 2-5 rapporte les six stratégies de gestion des ressources retracées dans les
écrits ainsi que des activités ou actions stratégiques qui peuvent leur être associées. Hrimech
(2000) ne reconnaît pas spécifiquement la catégorie des stratégies de gestion des ressources.
Dans la taxonomie qu’il présente, ces stratégies sont intégrées soit dans les stratégies
métacognitives, soit dans les stratégies affectives ou dans les stratégies sociales. Nous avons
indiqué dans le tableau à quelles stratégies cet auteur a relié les activités de gestion des
ressources énumérées.
Tableau 2-5 Stratégies de gestion des ressources répertoriées dans les écrits et les activités
stratégiques qui leur sont associées
Activités à réaliser par l’étudiant
Stratégies de gestion des ressources Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier
Hrimech (2000)
(1996)
Activité classée dans les stratégies Détermination d’horaires de travail
Gestion des ressources temporelles affectives : gestion efficace du et d’étude
Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996 temps Fixation d’objectifs à l’intérieur de
Planification et gestion du temps Activité classée dans les stratégies certains délais
Ruph, 1999. métacognitives : préparation d’un Détermination des plans de travail et
emploi du temps d’étude en tenant compte du temps
Activités évoquées dans les Identification du matériel et des
Organisation et gestion des
stratégies affectives : organisation ressources disponibles et
ressources matérielles et de
des ressources matérielles et de appropriées
l’environnement d’étude
l’environnement d’apprentissage Gestion efficace et adaptée à ses
Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996
besoins et à son propre style
Activités classées dans les Identification des ressources
stratégies sociales : disponibles
Stratégies pour identifier et profiter
- identification des ressources Sollicitation de l’aide et du soutien
des ressources humaines disponibles
humaines des ressources disponibles
Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996
- recherche de soutien en
présence de difficultés
Recours aux ressources humaines
- utilisation du soutien reçu des
Ruph, 1999.
ressources humaines
- consultation des experts
Stratégies de concentration
Ruph, 1999.
Stratégies de mémorisation
Ruph, 1999.
37
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les activités réalisées dans le cadre des stratégies de gestion de ressources recoupent
à certains égards celles qui apparaissent dans les stratégies affectives. Plusieurs auteurs ont
reconnu l’influence qu’exercent les variables affectives sur les stratégies de gestion des
ressources (Barbeau, Montini et Roy, 1997; Saint-Pierre, 1991; Schunk, 1991). Cette parenté
explique peut-être les chevauchements entre ces catégories de stratégies. Dans le même ordre
d’idées, Ruph (1999) introduit les stratégies de maintien de la concentration dans les
stratégies de gestion des ressources alors que nous avons vu que d’autres chercheurs les
associent aux stratégies affectives. De fait, l’association de Ruph n’est pas sans fondement
puisqu’une bonne partie des actions visant à contrôler l’environnement physique tend
effectivement à créer un milieu d’étude propice à la concentration. Dans notre étude, quand
de telles actions viseront le soutien de la concentration, elles seront associées aux stratégies
affectives. Étonnamment, Ruph classe dans les stratégies de gestion des ressources « toutes
les stratégies dont la fonction est de faciliter l’intériorisation, la rétention et la récupération
en mémoire des connaissances désirées » (p.142). Dans les écrits, cette association est
inusitée puisque les stratégies de mémorisation sont généralement considérées comme des
stratégies cognitives. Elle peut s’expliquer par le fait que Ruph inclut dans les stratégies de
gestion des ressources l’évaluation et la gestion aussi bien des ressources internes que des
ressources externes. Il a d’ailleurs proposé une catégorisation des stratégies cognitives qui
diffère des taxonomies couramment proposées (stratégies d’observation, de recherche de
solution et de réponse).
Dans la présente étude, nous considérons seulement les ressources externes dans les
stratégies de gestion des ressources. À l'instar de Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier (1996),
nous retenons les stratégies d’organisation du temps, les stratégies de gestion des ressources
matérielles et d’organisation de l’environnement d’étude ainsi que les stratégies d’utilisation
des ressources humaines. Tous les énoncés relatifs à l’évaluation ou à l’utilisation de l’une ou
l’autre de ces ressources seront classés comme des stratégies de gestion des ressources.
38
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
En étudiant la manière dont les élèves abordent la lecture d’un texte, Marton et Säljö
(1976) ont introduit le concept d’approche de l’apprentissage. À partir des données
recueillies, ces chercheurs ont identifié deux types d’approche, l’une en profondeur et l’autre
en surface, qui sont devenus des concepts couramment utilisés dans la recherche sur
l’apprentissage (Schmeck, 1988). L’approche en profondeur se traduit par un recours
prépondérant à des stratégies cognitives qui induisent un traitement actif des informations,
telles l’élaboration et l’organisation des connaissances, alors que l’approche en surface se
reconnaît à l’utilisation privilégiée des stratégies de traitement superficiel que sont, par
exemple, le rappel ou la mémorisation. La notion d’approche met de l’avant l’intention de
l’élève qui lui fait déterminer le choix des stratégies qu’il utilisera (Romano, 1991).
39
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Plusieurs facteurs orientent les choix de l’élève pour une approche ou une autre, que
ce soit les stratégies d’apprentissage acquises antérieurement, l’intérêt pour l’apprentissage,
la perception de la tâche, le type d’évaluation associé à la tâche ou la discipline d’étude.
L’approche privilégiée par l’élève influencera son activité métacognitive et se soldera par un
choix différent de stratégies cognitives, affectives et de gestion. Toutefois, si l’association
entre des stratégies cognitives de traitement de l’information spécifiques à une approche en
surface ou en profondeur est bien documentée (Blumberg, 2000 ; Frenay, Noël, Parmentier et
Romainville, 1998; Marton et Säljö, 1976; Ramsden; 1988, Romano, 1991; Ruph, 1999;
Schmeck, 1988; Wolfs, 1998), celle que l’on peut inférer entre les stratégies indirectes de
soutien à l’apprentissage et telle ou telle approche est plus subtile. Cependant, nous avons
trouvé suffisamment d’appuis théoriques pour proposer une telle association. À partir d’une
synthèse de plusieurs écrits, le tableau 2-6 établit une correspondance entre l’apprentissage en
surface ou en profondeur et les différentes stratégies d’apprentissages.
Synthèse inspirée de Biggs, 1988 ; Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996 ; Entwistle, 1988 ; Frenay, Noël, Parmentier et
Romainville, 1998 ; Ramsden, 1988; Romanville, 1993 ; Romano, 1991.
Le tableau 2-6 constitue le cadre théorique sur lequel nous nous appuierons pour
déterminer si, effectivement, l’APP stimule le recours à des stratégies qui favorisent un
apprentissage en profondeur. Selon les auteurs qui ont inspiré cette synthèse, les choix
stratégiques qui conduisent à une approche en profondeur ou en surface sont différents quelle
40
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
que soit la catégorie de stratégies et ces choix s’influencent mutuellement. Par ailleurs,
plusieurs théoriciens n’hésitent pas à voir l’APP comme une méthode ayant le potentiel de
favoriser le développement des stratégies de traitement en profondeur de l’information
(Frenay et coll., 1998 ; Tardif, 1992). Ainsi, les tâches d’apprentissage qui imposent de
recourir à des connaissances antérieures favoriseraient une meilleure rétention et une
meilleure intégration de l’information car elles mettent en œuvre des stratégies d’élaboration
et d’organisation des ressources. Comme la réactivation des connaissances antérieures est
inhérente à la phase de découverte du problème en groupe, on devrait s’attendre à ce que cet
incitatif favorise le développement de stratégies qui font appel à un apprentissage en
profondeur. De même, la production d’un schéma de concepts devrait contribuer au
développement de stratégies d’organisation qui sont aussi réputées favoriser un apprentissage
en profondeur. De surcroît, l’obligation de faire une recherche hebdomadaire, dont les
résultats sont à partager en groupe, met une pression sur le développement de stratégies de
gestion des ressources et de stratégies affectives qui rendent efficace la période d’étude. La
mise en œuvre de ces stratégies repose sur les connaissances métacognitives de l’élève et sur
sa capacité d’autocontrôle et d’autorégulation.
Jusqu’ici, la revue des écrits a précisé le cadre théorique qui délimitera le sens
accordé dans cette étude au concept de stratégie d’apprentissage et à chacune des catégories
de stratégies qui seront explorées. Nous avons aussi présenté le cadre d’analyse qui permettra
de juger de l’association entre les catégories de stratégies et le concept d’apprentissage en
surface ou en profondeur. Ces stratégies d’apprentissage seront étudiées dans un contexte
d’APP. Or les écrits en ce domaine font ressortir des disparités dans l’application de la
méthode.
41
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
si celles-ci sont élaborées et organisées dans une structure qui en facilite le repêchage ;
cinquièmement, la rétention des connaissances est meilleure quand l’encodage se réalise dans
les activités de groupe impliquant une discussion, un questionnement et une critique
(Albanese et Mitchell, 1993 ; Barrows et Tamblyn, 1980 ; Hmelo et Evensen, 2000 ; Norman
et Schmidt, 1992 ; Savery et Duffy, 1995 ; Tardif, 1992).
Plusieurs autres variables fluctuent d’une institution à l’autre. Dans une enquête sur
les modalités d’application de la méthode réalisée auprès de 68 institutions offrant une
formation en APP, Myers Kelson et Distlehorst (2000) ont observé des écarts importants par
rapport au modèle initial proposé par Barrows (1992). Ainsi, le groupe peut être restreint à
quatre participants ou moins dans certaines maisons d’enseignement alors qu’il peut en
accueillir jusqu’à vingt ailleurs. Plus souvent, le tuteur est un guide qui soutient la démarche
d’apprentissage, tel que le propose Barrows, mais, dans le tiers des institutions, la session de
groupe se transforme en simili leçon magistrale dans laquelle le tuteur devient un expert de
contenu. Qui plus est, dans la majorité des endroits, la discussion autour du problème est
précédée ou suivie d’un cours magistral. De plus, à peine 20 % des curriculums proposent des
problèmes incomplets qui nécessitent une investigation, les autres privilégiant l’étude d’un
cas complet en une seule séance ou par étapes. Dans cet esprit, Freeman Herreid (2003)
allègue que l’utilisation du terme APP, dans la majorité des cas, est abusive puisque les
42
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
modifications apportées à la méthode en font plutôt une variante de l’étude de cas. Cet auteur
constate aussi que, pour des raisons financières, plusieurs institutions universitaires ont
modifié l’application de la méthode, notamment en remplaçant les tuteurs experts par des
élèves-tuteurs ou encore en formant plusieurs groupes dans une classe sous la direction d’un
seul tuteur.
43
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 2-7 Tâches impliquées dans chaque phase d’un tutorial en apprentissage par problèmes en
soins infirmiers au cégep du Vieux Montréal
Phases Étapes
2
• Collecter toutes les informations nécessaires
travail individuel
(7 heures)
3
• Synthétiser et valider les hypothèses
travail en groupe
• Évaluer le tutorial
(90 minutes)
Le problème, qui décrit une situation susceptible de se présenter dans la pratique, est
le point de départ de la démarche en APP. Ces situations sont des états, des signes ou des
symptômes que la future infirmière devra résoudre dans sa pratique, en faisant appel aux
connaissances acquises en soins infirmiers, bien sûr, mais aussi en biologie, en psychologie et
en sociologie.
44
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
concepts ou nœuds sémantiques reliés entre eux par des liens associatifs. Les schémas de
concepts élaborés pour chacun des tutoriaux contribuent à la construction progressive des
connaissances enregistrées dans la mémoire à long terme, connaissances qui seront réactivées
dans les problèmes subséquents ou dans la pratique (Cégep du Vieux Montréal, 2001). Lors
de la troisième phase, le groupe se rencontre de nouveau pour valider les connaissances. À
cette étape, les élèves mettent en commun les connaissances acquises lors de l’étude
personnelle. La tutrice fait préciser ce qui est confus, corrige les connaissances erronées et
s’assure que tous les objectifs sont atteints. Elle peut à l’occasion ouvrir une capsule
théorique, si elle constate qu’un concept est mal compris, et souligne, s’il y a lieu, les aspects
qui devront être complétés ou approfondis en vue de se conformer aux exigences de
l’évaluation sommative. À la fin du tutorial, les élèves sont invitées à évaluer le problème, le
fonctionnement du groupe ainsi que leur participation aux échanges. Cette évaluation doit
être suivie d’un bilan personnel. (Cégep du Vieux Montréal, 2001).
Les phases de travail en équipe, en plus d’assurer que les apprentissages sont validés,
contribuent à l’acquisition d’attitudes professionnelles et d’habiletés de communication,
indispensables dans une profession d’aide qui s’exerce en équipe de soins et en équipe
interdisciplinaire, telles les capacités d’écouter avec respect, de communiquer clairement
l’information, de faire valoir son point de vue avec diplomatie, de critiquer de façon
constructive, de reconnaître ses limites et d’accepter la critique (Cégep du Vieux Montréal,
2001). La prise en charge de l’activité est assurée par les élèves qui doivent, à tour de rôle,
exercer les rôles de scribe, de secrétaire et d’intendante.
Dans ce chapitre, nous avons précisé les orientations théoriques, défini les catégories
de stratégies d’apprentissage qui seront retenues, déterminé les stratégies qui seront étudiées,
proposé un cadre d’analyse pour l’étude de l’approche en surface ou en profondeur de
l’apprentissage et décrit le contexte de l’APP dans lequel se déroulera l’étude. Ces étapes
conduisent naturellement à produire une définition opérationnelle de ces concepts.
45
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
S TRATÉGIES D ’ APPRENTISSAGE
S TRATÉGIES COGNITIVES
46
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
S TRATÉGIES MÉTACOGNITIVES
S TRATÉGIES AFFECTIVES
47
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les stratégies de gestion des ressources regroupent les pensées, comportements, actes
et procédures qui décrivent la manière dont l’élève gère son temps, son environnement
d’étude ainsi que son utilisation des ressources humaines et matérielles mises à sa disposition
dans le cadre du tutorial en APP.
A PPROCHE DE L ’ APPRENTISSAGE
48
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
La performance de l’élève sera évaluée en considérant la note obtenue dans les cours
adoptant la formule d’APP à chacune des trois premières sessions, soit les cours de soins
infirmiers, de biologie et de psychologie.
49
Chapitre 3
Aspects méthodologiques
Cette recherche a pour but de décrire les stratégies d’apprentissage évoquées par les
élèves dans un contexte d’apprentissage par problèmes et d’en suivre l’évolution au cours de
trois sessions. Le troisième chapitre rend compte du devis de recherche adopté, des étapes
méthodologiques accomplies et des précautions prises en vue d’atteindre ce but.
Le devis de recherche
Étant donné que le champ des connaissances sur les stratégies d’apprentissage de
cégépiens inscrits dans un curriculum en APP est peu développé, le choix d’un devis
exploratoire et descriptif s’imposait. Nous avons choisi une approche qualitative afin de
rendre compte des phénomènes décrits et reconstitués par les étudiantes et d’obtenir un
premier ensemble d’informations détaillées sur les stratégies utilisées par les étudiantes en
soins infirmiers dans un contexte d’APP. Ces informations pourront être éprouvées
ultérieurement, constituant progressivement le corpus de connaissances dans ce domaine
d’étude. Dans l’immédiat, notre but est d’accéder à une représentation de la réalité qui soit
valide et ouvre à des retombées pratiques (Van der Maren, 1995). Le devis adopté a aussi une
portée longitudinale puisque l’étude s’étend sur trois sessions. La description longitudinale
documentera l’évolution du phénomène observé en mettant en lumière les modifications
apportées aux stratégies d’apprentissage au cours de la formation.
Pour obtenir la description des stratégies utilisées ou développées par les élèves, deux
avenues se présentaient : l’observation directe ou la restitution du phénomène par les élèves
au moyen d’un journal de bord ou d’une entrevue.
La restitution par écrit des actions posées à chaque phase du tutorial, au moyen d’un
journal de bord, présente l’avantage de mettre au jour les pensées et comportements de
l’élève, sans introduire le problème du rappel ou de la conformité sociale, inconvénients
associés aux entrevues. Cette voie n’a pas été choisie en raison, notamment, de la charge de
travail qu’elle aurait imposée aux élèves et, conséquemment, de la possibilité de réduire le
nombre de participants à la recherche ou d’obtenir des rapports stéréotypés. Au surplus, nous
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
L’échantillon
La population cible est celle des élèves inscrites en première session à l’automne
2003. Celle-ci s’établissait à 101 élèves et était composée à 78,2 % de filles. Une telle
prédominance féminine est habituelle en soins infirmiers, quoique la représentation
masculine de 21,8 % dans cette cohorte soit plus élevée que le taux moyen de 13 % rapporté
dans des années précédentes (Cossette, McClish et Ostiguy, 2004). Les critères d’inclusion
pour faire partie de l’étude étaient :
être une étudiante admise pour la première fois en 1re session en soins
infirmiers au CVM;
avoir fait ses études primaires et secondaires au Québec;
avoir le français comme langue de scolarisation.
M ÉTHODE D ’ ÉCHANTILLONNAGE
54
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
et la langue de scolarisation, nous avons inclus des questions pour déterminer l’appartenance
à la population A ou B. Les élèves de niveau collégial se partagent, en effet, en deux
populations. La première, la population A, est formée d’élèves qui n’ont aucune expérience
antérieure des études collégiales. Ces élèves doivent s’inscrire à tous les cours de la
formation fondamentale, soit les cours de français, de philosophie, d’anglais et d’éducation
physique, auxquels s’ajoutent les cours de formation complémentaire ainsi que tous les cours
de la formation spécifique; dans le cas présent, il s’agit des cours de soins infirmiers, de
biologie, de psychologie et de sociologie. La majorité des élèves de cette population provient
du secondaire. À l’automne 2003, elles représentaient 39,4 % de la cohorte d’élèves. Les
élèves de la population B, qui forment l’autre 60,4 % de la cohorte, ont déjà amorcé ou
complété un parcours collégial. Les cours de formation fondamentale qu’elles ont réussi leur
sont reconnus, de sorte que leur grille de cours est souvent plus aérée. Nous souhaitions
assurer une représentation des élèves de chaque population dans notre échantillon, de façon à
éviter d’obtenir une description propre à une des populations et pour déceler, le cas échéant,
l’émergence de stratégies spécifiques à chacune d’elles. Le questionnaire de présélection peut
être consulté à l’annexe 2.
Les tutrices en soins infirmiers de la 1re session ont fait remplir le questionnaire à
toutes les élèves. Après avoir éliminé les sujets qui ne répondaient pas aux critères
d’inclusion, nous avons réparti ces élèves en deux groupes, selon le type de population. Nous
avons ensuite déterminé un nombre de sujets qui participeraient à l’étude, de façon à avoir
une assurance raisonnable d’atteindre la saturation des données en tenant compte de la
mortalité expérimentale après deux sessions. Comme la méthode APP, tant dans les étapes de
groupe que pour le travail personnel, impose un certain nombre de stratégies auxquelles
l’élève peut difficilement échapper, nous pouvions inférer que la saturation des données serait
atteinte avec un nombre restreint d’individus. Nous avons établi qu’avec une trentaine de
répondantes au départ, nous obtiendrions un échantillon final d’une vingtaine de participantes
après trois sessions, ce qui est un échantillon suffisant pour donner une description fiable du
phénomène (Van der Maren, 1996).
Une technique d’échantillonnage par choix raisonné a été appliquée pour la sélection
des participantes, en choisissant un nombre de sujets dans chaque type de population, nombre
qui respectait leur représentation respective dans la population totale. En tout, 31 candidates
ont été sélectionnées au hasard avec cette méthode. On les a rejointes au téléphone pour leur
expliquer le but de la recherche, solliciter leur participation et fixer un moment de rencontre.
55
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Un rappel de l’heure de rencontre a été fait par téléphone la veille des entrevues. Toutes ces
élèves ont consenti à participer. Au début de la rencontre, avant de procéder à la signature du
formulaire de consentement, les chercheuses s’assuraient que les implications de la
participation à la recherche étaient bien comprises. Le formulaire de consentement est
présenté à l’annexe 3.
Le tableau 3-1 présente les caractéristiques de l’échantillon final selon le sexe, le type
de population et la moyenne d’âge en le comparant avec la population d’origine. On note que
l’échantillon n’est pas représentatif de cette population pour ces trois caractéristiques.
Toutefois, il faut considérer que l’échantillon assure une représentativité des élèves des deux
types de population et des deux sexes. En ce sens, les données recueillies, même si elles ne
sont pas généralisables à toute la population, ce que n’est d’ailleurs pas la prétention d’une
étude qualitative, donneront une description fiable du phénomène à l’étude. L’évolution de
l’échantillon après deux sessions permet de tirer les conclusions suivantes :
proportionnellement plus d’élèves de la population B, plus de filles et plus d’élèves jeunes
ont suivi un parcours sans interruption.
Tableau 3-1 Représentation des sujets selon le sexe, l’âge et le type de population
56
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Un des objectifs sous jacents de notre étude est d’examiner le choix des actions
stratégiques posées par les élèves à la lumière de leur performance académique. Pour y
parvenir, nous avons réparti l’échantillon en deux sur la base des résultats obtenus dans les
cours utilisant la méthode APP à chaque session. En 1re session, l’élève est exposée à la
méthode en soins infirmiers, en psychologie et en biologie. En 2e session, seuls les cours de
soins infirmiers et de biologie sont offerts dans la grille de cours. En 3e session, les trois
disciplines offrent à nouveau le cours en APP. Nous avons donc établi la moyenne des
résultats obtenus dans ces sept cours pour chacune des élèves. Puis nous avons divisé le
groupe en deux en répartissant les neuf élèves dont les résultats se situaient au-dessus de la
médiane (78) et de la moyenne (77.56) dans un groupe et les neuf autres dans l’autre groupe.
Nous avons obtenu ainsi un groupe dont les résultats s’échelonnent entre 79 % et 89 % alors
que pour l’autre groupe les résultats varient entre 64 % et 77 %. En ce qui concerne les deux
élèves qui ont interrompu la 3e session après avoir réalisé l’entrevue, nous avons considéré
leur moyenne pour les 5 cours terminés en APP. Comme la moyenne obtenue par ces deux
élèves les situe à l’extrémité opposée des deux groupes (64 % et 89 %), la probabilité que les
données extraites de leurs entrevues n’influencent indûment l’analyse en faveur d’un groupe
ou de l’autre devenait moins grande. Le tableau 3-2 présente la répartition des élèves de
l’échantillon selon la moyenne des résultats en APP et le type de population.
Nous avons vérifié si la moyenne des résultats en APP des deux groupes présentait
une différence statistiquement significative, en fixant un seuil de signification à 0,5, de façon
à donner un appui à notre répartition. Bien que le nombre de sujets soit petit, nous avons
effectué une ANOVA. Cette analyse apparaissait valable considérant qu’il y avait
homogénéité des variances et que la distribution de la variable moyenne en APP semblait
57
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
normale. Le résultat fait voir que la moyenne des deux groupes est statistiquement différente
(F(1, 16) = 21,99 ; p =,0001). Par prudence, nous avons procédé à un test non paramétrique
(Mann-Withney). Le résultat de ce dernier (U de Mann-Withney = 000 ; p =,0003) confirme
celui obtenu avec l’ANOVA. Enfin, il n’y a pas de différence entre les groupes si on
considère la moyenne pondérée au secondaire (MPS), ce qui signifie, qu’au départ, les deux
groupes étaient équivalents à l’égard de cette variable.
Tableau 3-2 Répartition des sujets selon le type de population et la moyenne des cours en APP
58
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
sans doute acquis une discipline de travail propice à une meilleure réussite, une fois que la
motivation est au rendez-vous.
Au départ, notre intention était d’étudier les stratégies dans les trois phases du
tutorial ainsi que lors de l’apprentissage en laboratoire et en clinique, dans le but de vérifier si
la méthode avait un retentissement sur les activités visant l’acquisition de connaissances
procédurales ou conditionnelles. Devant la difficulté d’assurer un contrôle sur une quantité de
variables intervenantes, notamment la diversité des exigences et du suivi concernant les
pratiques en laboratoire à chaque session ainsi que le nombre élevé d’enseignantes
impliquées dans l’enseignement clinique, nous avons renoncé à poursuivre l’analyse des
données dans ce domaine et avons circonscrit l’étude aux stratégies adoptées en tutorial. Lors
de la 1re session, l’étudiante participe à sept tutoriaux en soins infirmiers afin d’acquérir des
connaissances déclaratives autour de problèmes reliés au thème de la personne alitée, à huit
tutoriaux de biologie et à quatre tutoriaux de psychologie. En 2e session, elle doit résoudre six
problèmes de soins infirmiers autour du thème de la personne opérée et huit problèmes de
biologie. En troisième session, neuf problèmes de soins infirmiers autour du thème de
l’adaptation à la maladie chronique affectant l’enfant ou l’adulte lui sont soumis, de même
que trois problèmes de biologie et quatre de psychologie.
59
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Q UESTIONNAIRE D ’ ENTREVUE
Une première version de l’instrument a été validée auprès de quatre étudiantes de 1re
session. Cette version comportait des questions générales sur chacune des catégories de
stratégies et privilégiait les réponses libres. Les questions destinées à explorer les stratégies
de gestion des ressources et les stratégies affectives ont donné lieu à des réponses vagues. En
revanche, dès qu’il s’agissait de faire part de leurs stratégies cognitives et métacognitives, les
élèves discouraient plus spontanément et avec davantage de volubilité à partir de questions
aussi larges que décris-moi, en ordre chronologique, comment tu as procédé pour
étudier ce problème. Devant ce constat, les questions portant sur les stratégies de gestion
des ressources et les stratégies affectives ont été précisées ou ont pris l’allure de questions
fermées quand cette forme s’avérait préférable. Par exemple, une question générale qui
demandait à l’élève de décrire sa gestion du temps d’étude entre la phase 1 et la phase 3 du
tutorial a été remplacée par une série de questions plus fermées : À quel jour a eu lieu la
phase 1 de ce tutorial? À quel jour a débuté ton étude? Savais-tu d’avance à quels jours tu
60
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
étudierais? Une deuxième version du questionnaire a été administrée à deux étudiantes. Les
questions modifiées ont généré des réponses plus satisfaisantes, quoique certaines aient
encore été mal interprétées. Ces dernières ont été soit reformulées, soit déplacées de façon à
ce que leur ordre d’apparition dans le questionnaire favorise une meilleure interprétation. La
troisième version du questionnaire a été validée de nouveau par deux étudiantes. Cette
version fait accéder à une description satisfaisante de leurs stratégies d’apprentissage. Hormis
quelques questions fermées, la plupart des questions privilégient les réponses libres, qui
peuvent faire l’objet de demandes de précision de la part des intervieweuses. Ces aspects à
faire préciser sont identifiés sous la question pour assurer une uniformité dans la conduite des
entrevues. L’annexe 4 contient le guide d’entrevue incluant le questionnaire ainsi que la
justification théorique de chaque question.
61
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Des entrevues d’environ 30 à 45 minutes chacune ont été réalisées à chaque session.
Ces entrevues avaient lieu dans un délai rapproché de la phase 3 d’un tutorial, soit à
l’intérieur d’un intervalle de 5 jours, afin d’assurer une restitution la plus fidèle possible des
stratégies utilisées. Dans la majorité des cas, le délai a été de moins de 3 jours. Les
chercheuses rencontraient les élèves pour déterminer l’heure de la rencontre et faisaient un
rappel téléphonique la veille de l’entrevue. En 3e session, deux élèves ont malgré tout oublié
de se présenter à leur rendez-vous de sorte que leur entrevue s’est déroulée 7 jours après le
tutorial dans un cas, et 15 jours dans l’autre cas.
La bibliothèque du collège a été choisie comme endroit pour les rencontres car elle
est un lieu neutre autant pour les chercheuses que pour les élèves. Les entrevues s’y sont
déroulées dans des locaux fermés et ont été enregistrés sur bande audio. Cette technique a
l’avantage de retenir les éléments verbaux du discours et d’être moins intimidante que
l’enregistrement vidéo. Les étudiantes ont été avisées à l’avance du tutorial autour duquel se
déroulerait l’entretien. Elles ont été invitées par un contact téléphonique à prendre des notes
sur le temps d’étude et à indiquer dans un journal de bord les actions posées pour produire le
schéma de concepts. Lors de l’entretien, elles devaient apporter le schéma qu’elles avaient
produit pour le tutorial ainsi que leurs notes de lecture.
Les chercheuses ont rencontré les enseignantes des équipes de soins infirmiers
impliquées à chacune des sessions en vue d’exposer l’objet de la recherche et d’identifier
avec elles un thème de tutorial susceptible de favoriser l’émergence de plusieurs stratégies
cognitives. Le choix d’un thème unique autour duquel gravite l’entrevue ajoute un élément de
stabilité dans la mesure où la chercheuse connaît le contexte d’élaboration des stratégies
d’apprentissage et, conséquemment, dirige mieux l’entrevue. Durant l’entretien, elle dispose
du questionnaire d’entrevue, du problème soumis au tutorial, des livres nécessaires à l’étude
du thème ainsi que du schéma produit par l’étudiante. Ce matériel lui permet d’aider l’élève à
se rappeler du contexte de ses apprentissages, favorisant ainsi une restitution plus fidèle de
ses manières d’apprendre. Deux autres critères ont aussi été considérés pour faire le choix du
tutorial : 1) que l’élève ait été exposée à quelques tutoriaux dans cette session afin d’être
acclimatée aux spécificités du cours et 2) que ce tutorial ne précède ou ne suive pas de trop
près un examen, de façon à ne pas introduire de biais sur les stratégies affectives ou
métacognitives.
62
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
63
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Comme nous étions à la recherche des actions mises en oeuvre par les étudiantes pour réaliser
les apprentissages, nous avons, de façon inductive, enrichi cette grille des actions stratégiques
répertoriées à travers les entrevues.
Après avoir fait cet exercice sur tous les entretiens transcrits à chaque session, nous
avons identifié des actions regroupant plusieurs unités de sens. Ces actions ont été
reformulées en termes scientifiques. Ainsi, dans l’exemple précédent, l’action stratégique
64
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
affective sous laquelle est inscrite l’unité de sens « je participe beaucoup » est la
participation active. Quant aux actions stratégiques cognitives de mémorisation « je souligne
les mots que je comprends pas» et « je donne mes indices », elles ont été classées sous les
actions sélection mécanique d’indices et énonciation d’indices. Enfin, les actions cognitives
d’élaboration « j’aime ça dire ce que je sais », « je fais des hypothèses », « des fois on se
chicane presque mais on finit toujours par conclure. Les autres amènent des connaissances,
des idées que j’avais pas » ont été respectivement assignées aux actions énonciation de
connaissances ou d’expériences antérieures, formulation d’hypothèses, participation
délibérée à l’élaboration collective des connaissances. Une fois que la saturation des données
a été obtenue, c’est-à-dire lorsqu’aucune nouvelle action commune à plusieurs unités de sens
n’a été repérée, toutes les actions répertoriées ont été définies opérationnellement et ont été
ajoutées à la grille de codage sous chacune des stratégies d’apprentissage auxquelles elles
font appel. Les définitions opérationnelles des actions figurent aussi à l’annexe 1.
G RILLE DE CODAGE
La grille de codage est la pierre angulaire du processus d’analyse des données. Elle
fait foi d’un processus itératif d’identification des actions stratégiques à partir des actions
pressenties, découlant de l’expérience des chercheuses comme tutrices en APP, des actions
confirmées par l’analyse des données de la 1re session, elles-mêmes enrichies au fur et à
mesure de l’évolution de la formation. Cette grille est constituée de plusieurs tableaux,
chacun référant à une catégorie de stratégie et ce, pour chaque phase du tutorial. Dans chaque
tableau, par exemple Les stratégies cognitives en phase 1- 1re session, sont classées les unités
de sens de toutes les entrevues de 1re session, de façon à donner un portrait de la fréquence
d’utilisation de chaque action pour l’ensemble de l’échantillon. À chaque session, une
nouvelle version de la grille est produite. Cette grille est l’instrument qui permet de répondre
aux questions de la recherche. Elle fournit un tableau de l’évolution du recours aux actions
stratégiques de la 1re à la 3e session ainsi que de la part respective des actions de traitement en
surface et en profondeur de l’information. La grille donne aussi accès aux données qui
65
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les règles auxquelles doivent obéir les catégories, dans le cas présent les actions
stratégiques associées aux stratégies d’apprentissage de quatre catégories, sont
l’homogénéïté, l’exhaustivité, l’exclusivité, l’objectivité et la pertinence (Bardin, 1998). Nous
avons respecté ces critères, hormis pour les actions stratégiques métacognitives
d’autoévaluation. Pour ces actions, en effet, lorsque l’élève s’évalue, son jugement porte
souvent sur ses stratégies cognitives ou affectives ou de gestion. Par exemple, lorsqu’une
élève dit « Je suis une personne qui s’implique beaucoup », il y a une action stratégique
métacognitive de perception de soi comme apprenante en même temps que l’énoncé d’une
action stratégique affective qui favorise le maintien de l’intérêt et de la motivation.
Plusieurs mesures ont été prises pour répondre aux critères de scientificité garants de
la validité des résultats obtenus.
Les étudiantes ont été vues dans les cinq jours suivant la fin d’un tutorial afin
qu’elles puissent se souvenir de leurs actions d’apprentissage. Les chercheuses avaient en
main les documents associés au tutorial de façon à favoriser un meilleur rappel. Lors des
entrevues de 3e session, la chercheuse pouvait consulter les réponses de l’élève aux entrevues
précédentes. Même si la restitution du passé n’est jamais le passé lui-même, nous avons
essayé de nous en approcher en réduisant les délais de restitution et en recourant à du matériel
pour soutenir cette restitution.
66
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
V ALIDITÉ
Avant de recueillir les données, les instruments de mesure ont été validés auprès de
quatre étudiantes. Cette pré expérimentation a permis à l’intervieweuse d’ajuster ses
méthodes d’intervention en entrevue ainsi que la précision et la pertinence des questions
posées en vue d’accéder aux informations. La deuxième chercheuse, quant à elle, s’est
familiarisée avec la technique d’entrevue adoptée par sa collègue en transcrivant le verbatim
des entrevues de la 2e session. De plus, les deux chercheuses ont une connaissance prolongée
du terrain, ce qui soutient la crédibilité des données (Boutin, 1997, Karsenti et Savoie-Zajc,
2000).
Pour nous assurer que le codage des données recueillies lors de l’entretien donne un
portrait fidèle et crédible de la réalité (Van der Maren, 1995, 1999; Karsenti et Savoie-Zajc,
2000), nous avons soumis l’analyse des données à un contrôle en double insu, un contrôle
intra-codeur et interjuges sur le codage des entrevues de 1re session, ainsi qu’un contrôle
inter-codeurs sur le codage des entrevues de 1re, 2e et 3e sessions.
En première session, la grille de codage des données a été validée par trois juges,
incluant la chercheuse qui a conduit les premières entrevues. Les juges sont enseignantes
dans le programme de soins infirmiers en APP. La grille d’analyse construite à la fois par
déduction et induction a été expliquée aux juges lors de deux rencontres. À la première
rencontre, les juges avaient en main un des 31 verbatims de la 1re session. Leurs tâches
consistaient à en faire la lecture individuelle, à souligner les unités de sens qu’elles
repéraient, à associer ces unités de sens à une catégorie de stratégies, puis à indiquer, à côté
de l’unité de sens, le numéro correspondant à l’action stratégique en cause. Cette première
rencontre a fait ressortir des désaccords dans le codage. Le pourcentage d’accord interjuges
s’élevait à 80,9 % (195 accords/241accords plus désaccords). Les 46 unités de sens qui n’ont
pas été codées de la même façon par toutes les juges ont obligé la chercheuse à définir plus
précisément les actions stratégiques afin que les unités de sens ne puissent être associées à
plus d’une catégorie. Lors de la deuxième rencontre, les juges ont répété l’exercice de
codification à partir d’un autre verbatim. Les modifications apportées à la grille d’analyse à la
suite de cette validation ont permis d’arrêter la version finale. Les juges ont de nouveau
rempli la grille de codage pour trois autres entretiens afin d’évaluer la validité du codage.
L’accord interjuges sur l’identification des unités de sens a atteint 80 % (206 accords / 256
accords plus désaccords x 100). L’accord par consensus est de 100 %. Finalement les juges
ont refait le codage de ces trois entrevues dix jours plus tard. Cette fois, l’accord interjuges
67
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Une fois que le codage des 28 autres verbatims a été terminé, la chercheuse a
procédé à un contrôle intra-codeur en recodant à nouveau, au hasard, les données de trois
entrevues ne portant aucune trace du premier codage. Le pourcentage d’accord entre le
premier codage des unités de sens et le deuxième s’élève à 95 %.
Nous avons aussi établi certaines conditions pour favoriser la possibilité que d’autres
chercheurs, en reproduisant une étude semblable, puissent discuter de leurs résultats en
expliquant les écarts. D’emblée, les chercheuses ont tenté d’identifier avec rigueur toutes les
limites à la généralisation de leur étude, concédant volontiers que le but de l’étude était
l’approfondissement du phénomène et non sa généralisation. De plus, la définition
opérationnelle des stratégies et des actions stratégiques ainsi que les instruments qui ont servi
à l’analyse des données sont accessibles aux futurs chercheurs.
68
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les précautions d’usage ont été appliquées afin de protéger les droits des
participantes. Le consentement des élèves a été obtenu par écrit. Ce formulaire, qui peut être
consulté à l’annexe 3, donnait toutes les informations nécessaires pour permettre de faire un
choix libre et éclairé. Le formulaire ainsi que tous les documents requis pour la demande de
certificats éthiques ont été soumis à l’évaluation du Comité d’éthique de la Faculté des
sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. L’élève pouvait à tout moment, et sans
qu’aucune pression ni représailles ne soient exercées, se retirer de l’étude. La confidentialité
et l’anonymat ont été garantis en retirant tout élément nominatif des entrevues et en
remplaçant ces éléments par un numéro. À aucun moment, les auxiliaires de recherche, les
juges ou les consultants n’ont eu accès aux données nominatives. Enfin, aucune rémunération
ni aucune promesse n’a été associée à la participation à la recherche. À la fin de la dernière
entrevue, les élèves ont reçu un montant de 30 dollars en guise de remerciement pour leur
participation mais ce montant n’avait pas été annoncé avant que le rendez-vous pour le
dernier entretien n’ait été pris.
Cette étude présente des limites méthodologiques et conceptuelles, ainsi que les
limites associées à la taille de l’échantillon.
Les limites méthodologiques sont liées à la méthode de cueillette des données. Les
chercheuses sont partie prenante de cette collecte. Certes, cela constitue un avantage puisque
l’interaction avec le sujet permet d’accéder aux processus d’apprentissage rapportés par les
étudiantes, de les approfondir et de les clarifier. En revanche, ce choix méthodologique
présente des risques dans la mesure où les chercheuses sont habitées par leur subjectivité et
risquent inconsciemment de donner des indices d’encouragement lorsque les propos de
l’élève confirment leurs attentes. Conscientes de cette limite, elles ont été attentives à leur
posture et à leur langage non verbal de façon à accueillir les propos des élèves dans leur
intégrité. Une autre limite méthodologique tient au fait que les données recueillies lors des
entrevues sont subjectives. Les étudiantes ne rapportent que ce dont elles se souviennent et
dont elles ont pris conscience au moment de l’entrevue. Pour améliorer la restitution, les
chercheuses ont eu recours à plusieurs instruments de rappel (énoncé du problème, schéma,
69
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
notes de l’élève, etc.). Aussi, les données peuvent être censurées ou inventées, au sens où la
répondante, par conformité sociale, dira ce qu’elle croit que la chercheuse veut entendre. En
ce sens, le fait que les participantes ne connaissent pas les chercheuses, qui ne leur ont pas
enseigné et ne leur enseigneront pas dans les prochaines sessions, diminue les risques
d’obtenir des réponses complaisantes.
70
Chapitre 4
Quelles sont les stratégies d’apprentissage utilisées par des élèves en soins infirmiers
formées en apprentissage par problèmes ?
Quelle est l’évolution de ces stratégies au cours des trois premières sessions de la
formation ?
Les résultats sont présentés pour chaque catégorie de stratégies retenue, soit les stratégies
cognitives, les stratégies de gestion des ressources, les stratégies affectives et les stratégies
métacognitives. Pour chacune, les actions stratégiques répertoriées lors du travail de groupe
et du travail individuel sont d’abord décrites. Ces actions sont ensuite quantifiées selon leur
occurrence à chaque session. Ces résultats permettront de répondre aux questions sous-
jacentes :
S TRATÉGIES COGNITIVES
Lors des entrevues de la 1re session, les données relatives à la phase 1 ont mis en
lumière trois actions stratégiques faisant appel à une stratégie de mémorisation. Ces actions
sont la sélection d’indices, l’énonciation des indices et la prise de notes. Nous avons aussi
repéré trois actions relevant de la stratégie d’élaboration des connaissances, soit l’énonciation
d’une expérience ou d’une connaissance antérieure, la formulation de questions et la
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Lors des entrevues de deuxième session, l’évolution des stratégies a fait émerger
d’autres actions. Ainsi, il est devenu évident que le fait de sélectionner les indices pouvait être
considéré comme une action de mémorisation autant que comme une action d’élaboration des
connaissances, selon l’intention de l’élève. Nous avons donc distingué la sélection mécanique
d’indices, qui demeure une action de mémorisation, de la sélection intentionnelle d’indices,
laquelle est plus justement classée parmi les actions d’élaboration des connaissances. Les
entrevues de 2e session ont aussi fait ressortir que les élèves témoignaient d’une conscience
plus aiguë de l’importance d’une participation délibérée à l’élaboration collective des
connaissances. Nous avons donc introduit cette action dans la catégorie des stratégies
d’élaboration des connaissances. Le tableau 4-1 présente la liste des actions cognitives
répertoriées à la suite de l’analyse des données.
Tableau 4-1 Répertoire des actions stratégiques cognitives recensées lors de la première phase du
tutorial
74
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Après avoir lu le problème et identifié les indices qu’elle juge pertinents, l’élève est
invitée à partager ses trouvailles avec le groupe. L’énonciation d’indices est une action qui
consiste à communiquer aux autres les indices soulignés dans le but d’identifier les
phénomènes à expliquer. Il s’agit aussi d’une action attendue de l’élève. Essentiellement, elle
consiste à répéter une information déjà sélectionnée.
Je suis très bonne pour sortir les indices (Florence, 1re session).
Je vais souvent intervenir pour dire des indices (Valérie, 1e session).
Plusieurs étudiantes déclarent prendre des notes en phase 1, enfreignant ainsi une
consigne. En effet, une élève, la scribe, assume la responsabilité de prendre en note le résultat
de la démarche collective et de faire parvenir son résumé à ses pairs, de façon à dégager le
groupe des fonctions cléricales et à maximiser la participation à la discussion. Les élèves qui
prennent des notes en phase 1 se justifient en disant que cela les aide à se rappeler.
Je réécris les indices à mesure parce que souvent on ne les a pas tout de
suite et je retiens plus quand je prends des notes (Jacinthe, 1re session)
Si quelque chose que je me dis c’est important, je vais me l’écrire pour être
sûre de pas l’oublier. Le scribe est là, mais c’est mieux quand on se l’écrit
nous-mêmes (Valérie, 1re session).
75
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Pour expliciter les indices et les phénomènes, les élèves puisent dans leur bagage
antérieur. L’énonciation d’expériences ou de connaissances antérieures est une action qui
témoigne de la réactivation d’expériences qui peuvent aider à comprendre le problème ou de
connaissances qui se rapportent au problème. L’élève qui réactive ses connaissances tente
d’établir des liens entre les connaissances nouvelles à acquérir et les connaissances déjà
acquises.
J’aime ça dire ce que je sais. Je dois avouer que j’ai pas mal de
connaissances antérieures qui ont de l’allure (Eve, 2e session).
J’utilise beaucoup mon expérience, mon vécu (Sonia, 1re session).
76
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Je fais des hypothèses, je suis capable. C’est important d’en faire parce
qu’on essaie d’avoir notre logique professionnelle assez vite (Florence, 3e
session).
C’est le fun de faire des hypothèses parce que, même si c’est pas vrai, ça fait
sortir les fausses croyances ; ça suscite des discussions (Sophie, 3e session).
Une fois les actions stratégiques de la phase 1 identifiées, nous allons suivre leur
récurrence au cours des sessions.
Le tableau 4-2 présente le nombre d’élèves qui ont déclaré chacune des actions
cognitives recensées en phase 1 à chaque session.
Tableau 4-2 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives répertoriées en phase 1 à
chaque session.
77
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
En ce qui concerne les actions d’élaboration des connaissances, le tableau 4-1 fait
voir que leur incidence augmente entre la 1re et la 3e session, à l’exception de la formulation
de questions. Le pourcentage d’évocation de la sélection intentionnelle d’indices, qui se
situait à 28 % (5/18) en 1re session s’établit à 78 % (14/18) en 3e session. Dans la même
période, le pourcentage d’énonciation d’expériences ou de connaissances antérieures passe
de 39 % (7/18) à 56 % (10/18), celui de la participation délibérée à l’élaboration collective
des connaissances de 28 % (5/18) à 67 % (12/18) et celui de la formulation d’hypothèses, de
0 % à 67 % (12/18). L’augmentation de ces actions démontre que les élèves,
individuellement et collectivement, font davantage de liens entre leurs connaissances
antérieures et les nouvelles de sorte qu’elles deviennent plus habiles à formuler des
hypothèses. À cet égard, il est intéressant de noter qu’aucune des répondantes ne s’approprie
la formulation d’hypothèses en 1re session, en dépit du fait que des hypothèses sont toujours
formulées à cette étape. Il est probable que, se sentant peu habiles face à cette action en
début de formation, les élèves aient davantage l’impression que l’hypothèse est la résultante
du travail collectif. En 2e et 3e sessions, elles sont plus nombreuses à s’approprier
individuellement cette action. La baisse du recours à l’action formulation de
questions manifeste une perte d’intérêt des élèves à poser des questions devant l’absence de
renforcements positifs de la part de certaines tutrices. Celles-ci, qui ont reçu comme consigne
de laisser la place aux élèves et de ne pas donner les réponses, se réfugient dans une
78
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
discrétion qui confine parfois au mutisme. Le rôle plus passif des tutrices lors de cette phase
est d’ailleurs un objet d’insatisfaction chez les élèves. En revanche, plus d’élèves se tournent
vers le groupe et augmentent leur participation délibérée à l’élaboration collective des
connaissances.
Tableau 4-3 Répertoire des actions stratégiques cognitives recensées lors de la troisième phase du
tutorial
Un premier constat qui se dégage de la lecture de cette liste d’action est que les
élèves déclarent peu d’actions dans les catégories élaboration, organisation et généralisation.
L’analyse de contenu a fait ressortir deux actions de mémorisation et trois actions
d’élaboration. Le fait qu’aucune action d’organisation n’ait été répertoriée en phase 3 peut
paraître encore surprenant mais il faut se rappeler que les élèves s’y présentent avec leur
schéma de concepts en main et que les connaissances y sont déjà organisées. On peut
présumer que dans l’action de compléter ou de corriger le schéma, se glisse une part de
réorganisation des concepts, comme en fait foi le témoignage d’Anne, en 1re session :
«J’arrange mes choses que j’avais pas mises à la bonne place». Toutefois, comme peu de
déclarations ont été assez précises pour confirmer cette impression, nous n’avons pas classé
cette action dans la catégorie des stratégies d’organisation. Quant à l’absence d’actions de
généralisation, elle s’explique par l’interprétation prudente que nous avons faite de l’action
79
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Le partage des connaissances s’accompagne d’une prise de notes, soit pour compléter
l’information, soit pour corriger des informations erronées sur le schéma. Comme c’est le cas
dans un cours théorique traditionnel, cette action vise la rétention de l’information.
Je rajoute des choses sur mon schéma parce qu’y’est jamais complet ou, des
fois, des petits mots clés qui fait que je comprends plus (Isabelle, 1re session).
Je prends beaucoup de notes... Toute ce qu’elle (la tutrice) parle, j’essaie de
l’écrire (Nicolas, 1re session).
Au cours de l’étude, certains concepts ont été plus difficiles à comprendre, laissant
des zones d’incertitudes qui donnent lieu à une clarification des informations. Cette action
s’exprime le plus souvent par la formulation de questions, mais aussi, par une attention plus
particulière lorsque la discussion est dirigée par d’autres sur les aspects incompris.
80
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Je donne toutes mes informations parce que je veux être certaine que si je dis
quelque chose qui tient pas debout, c’est important de le savoir (Karine, 1re
session).
Y faut le dire si tu as écrit quelque chose que les autres ont pas dit…Si c’est
pas bon, tu as la correction et tu feras pas l’erreur (Mélanie, 2e session).
Le tableau 4-4 présente l’utilisation pour l’ensemble des élèves de chacune des
actions cognitives retenues pour la phase 3.
Tableau 4-4 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives répertoriées en phase 3 à
chaque session
81
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
cette augmentation s’explique par un meilleur contrôle de la timidité, plus d’élèves devenant
à l’aise pour répondre aux questions de la tutrice. La prise de notes ou la correction du
schéma demeure une action déclarée encore par 89 % des élèves en 3e session (16/18), ce qui
était également prévisible étant donné que le but de cette phase est la validation des
connaissances.
Je trouve que c’est vite fait, on explique pas assez (Béatrice, 2e session).
Ça va vite pis des fois, quand y sont éparpillées, pis qu’y se promènent d’un
objectif à l’autre, on a vraiment de la difficulté à suivre (Nadia, 3e session).
Ça va trop vite, on passe en survol (Magalie, 3e session).
J’ai de la misère à suivre (Nicolas, 2e session).
Ces réflexions interpellent les enseignantes. Nous y reviendrons dans le bilan des
retombées de la recherche.
Dans l’intervalle entre la phase 1 et la phase 3, chaque élève fait une recherche en
vue de répondre aux objectifs d’apprentissage. Elle a en main le problème à résoudre, la
82
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
feuille des indices et des hypothèses que l’élève scribe lui a remise, la liste des références
dans lesquelles elles doivent chercher les informations ainsi qu’un test formatif qui leur
permettra de vérifier si elles possèdent les connaissances attendues. Au terme de la recherche,
elles doivent produire un schéma des concepts à l’étude.
Il faut préciser que nous n’avons pas procédé à une analyse fine des différentes
stratégies de lecture et de production du schéma, ces deux domaines de stratégies constituant
en soi un objet d’étude vaste et complexe. Aussi, pour la lecture, n’avons-nous retenu que les
étapes concourant à la collecte de l’information, sans insister sur les stratégies spécifiques de
lecture, telles la lecture en diagonale ou la lecture mot à mot, et sans chercher à connaître les
intentions de lecture. En ce qui concerne la production du schéma, nous avons ciblé les
actions générales d’organisation des connaissances, comme la catégorisation des données ou
la visualisation de la structure du schéma ; nous n’avons pas étudié chacun des schémas pour
porter un jugement sur la pertinence ou la présence des liens entre les concepts ou sur la
justesse de leur hiérarchisation.
Le tableau 4-5 présente les actions recensées lors du travail individuel, soit trois
actions de mémorisation, deux d’élaboration et quatre d’organisation des connaissances.
Tableau 4-5 Répertoire des actions stratégiques cognitives recensées lors de la deuxième phase du
tutorial
Encore là, aucune action de généralisation des connaissances n’a été répertoriée.
Nous aurions pu classer l’action de répondre au test formatif immédiatement après l’étude
dans cette catégorie puisque le but du test est de vérifier l’intégration des connaissances et
83
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
ouvre à l’occasion à leur application dans d’autres contextes. Toutefois, comme les tests
diffèrent quant à leur propension à atteindre ce niveau d’approfondissement et que nous
n’avons pas étudié les réponses des participantes, nous avons choisi de considérer cette action
dans la stratégie de gestion des ressources matérielles, les entrevues ayant fait ressortir que
les élèves géraient différemment l’utilisation du test. Nous y reviendrons plus loin.
Je prends des notes sur tout ce que je lis pour chaque objectif…Je fais des
phrases complètes parce que c’est avec ça que je vais étudier (Karine, 2e
session).
84
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Après la lecture, j’écris chaque objectif sur une page différente. Je prends
une référence et je note tout ce qu’il y a pour chaque objectif pis je prends
une autre référence (Isabelle, 3e session).
Quelques élèves ne se contentent pas d’extraire des parties du texte et vont préférer
s’approprier davantage le contenu en élaborant un résumé ou une synthèse pour chacun des
objectifs. L’annotation sous forme de résumés selon les objectifs est une action stratégique
qui consiste à formuler dans ses propres mots les idées du texte en les classant sous chaque
objectif..
Une fois les informations sélectionnées, l’élève entreprend les étapes de production
du schéma. Celui-ci doit relier ensemble les concepts à l’étude en un réseau hiérarchique et
logique. L’élagage des données pour chacun des concepts est la première étape et la plus
difficile à accomplir. Elle consiste à choisir parmi l’ensemble des données retenues celles qui
devront apparaître dans le schéma, c’est-à-dire celles qui sont essentielles pour expliquer
chacun des concepts.
85
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Certaines, dès la lecture des objectifs, vont élaborer un canevas de schéma dans
lequel elles vont inscrire, au fur et à mesure des lectures, les données qu’elles jugent
pertinentes ou encore, après avoir repéré rapidement l’information, elles vont dessiner un
canevas de schéma et y insérer directement les données retenues. Ces élèves éliminent
l’étape de l’élagage des données et identifient les données essentielles en même temps
qu’elles lisent. Avec ces annotations schématisées, le schéma se construit sans notes
préalables.
Mais la plupart des élèves préfèrent procéder par étapes successives : sélection de
l’information à la lecture, prise de notes et élagage des données. Une fois les données
sélectionnées, les élèves s’attaquent à la production du schéma. La majorité d’entre elles
déterminent les catégories en se fiant aux concepts délimités dans les objectifs. D’autres vont
cependant vouloir insérer des concepts qui leur apparaissent significatifs même s’ils ne sont
pas explicitement mentionnés dans les objectifs. La catégorisation selon son propre
jugement décrit cette préoccupation des élèves d’ajouter des connaissances qui leur semblent
pertinentes.
Si je trouve une information pertinente qui n’est pas dans les objectifs, je vais
lui faire une petite place sur mon schéma (Béatrice, 1re session).
J’ai mis le PQRST sur mon schéma et aussi les conséquences biologiques et
psychologiques mais c’était pas obligatoire. (Sonia 1re session).
86
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
« ça, ça va aller là, pis ça, là ». Je fais un ménage pis quand je vois que ça a
de l’allure, je retourne à l’ordi (Isabelle, 2e session).
Je place dans ma tête les catégories. Je vois à peu près de quoi ça va avoir
l’air et je l’écris (Valérie, 2e session).
Tableau 4-6 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives répertoriées en phase 2 à
chaque session
En ce qui a trait aux actions d’organisation, le tableau 4-6 fait voir que l’élagage des
données est de plus en plus fréquemment évoquée de la 1re à la 3e session. Plus de 83 %
(15/18) des élèves déclarent cette action en 3e session. Néanmoins, les entrevues ont révélé un
malaise persistant chez plusieurs d’entre elles à l’égard de cette habileté. La sélection des
87
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
informations essentielles pour chaque concept demeure la bête noire, même en 3e session, et
crée de l’insécurité, comme l’exprime Sonia : Les prof veulent qu’on mette l’essentiel mais, à
l’examen, y demandent « à part les symptômes essentiels, nommez deux autres
symptômes… », donc y veulent qu’on apprenne les détails ! Sonia a réglé ce dilemme en
créant deux schémas : l’un, contenant plus de détails, répond à ses besoins et l’autre, plus
élagué, est destiné à la tutrice. Ce commentaire explique peut être que la catégorisation selon
son propre jugement soit une action qui semble avoir définitivement été éliminée des
stratégies adoptées par les élèves. Il semble que le mode de correction des schémas
n’encourage pas les initiatives en ce sens. Les élèves comme Sonia ont trouvé d’autres
moyens de retenir des informations qu’elles jugent pertinentes sans risquer de recevoir des
commentaires négatifs de la part des tutrices. Par ailleurs, 12 élèves, soit 67 % de
l’échantillon, déclarent recourir à une forme de visualisation du schéma avant d’en produire
la structure. Ici encore, la tâche de structurer le schéma présente un défi de taille. Certaines
résistent à respecter les consignes de hiérarchisation et ne voient pas la nécessité de consacrer
du temps à placer les concepts en un réseau logique ayant des liens signifiants. Pour ces
élèves, l’important est d’acquérir les connaissances et elles ne comprennent pas l’insistance
des tutrices à mettre l’accent sur l’organisation.
En somme, nous observons des différences dans l’évolution des actions stratégiques
d’ordre cognitif selon chacune des phases de travail. Pour les deux phases du travail en
groupe, les actions de mémorisation qui persistent sont des actions attendues. En ce sens, le
fait que presque toutes les élèves posent ces actions en 3e session est positif. Toutefois, le
progrès dans les actions d’élaboration est inégal. En 3e session, entre la moitié et les deux
tiers des élèves effectuent les actions d’élaboration répertoriées en phase 1, ce qui démontre
88
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
une évolution importante par rapport aux actions rapportées en 1re session. Le portrait est
moins reluisant pour la phase 3, alors que peu d’actions d’élaboration ont été recensées,
qu’elles sont encore utilisées chacune par la moitié ou moins des élèves en 3e session et
qu’une certaine stagnation dans les progrès semble se manifester. En ce qui concerne les
stratégies utilisées au moment du travail personnel, on observe une diminution de l’utilisation
des actions de mémorisation en 3e session en même temps qu’une progression intéressante,
quoique encore insatisfaisante, des actions d’élaboration ainsi qu’une évolution notable des
actions d’organisation des connaissances, si l’on excepte l’abandon de l’action catégorisation
selon son propre jugement. Par ailleurs, quelle que soit la phase de travail, aucune action de
généralisation n’a été relevée.
Le tableau 4-7 énumère les actions stratégiques recensées pour les différents types de
stratégies de gestion des ressources au moment des phases 1 et 3 du travail de groupe. Lors de
ces étapes, les conditions d’apprentissage sont pour la plupart déterminées, ce qui réduit
considérablement la marge de manœuvre pour l’utilisation de stratégies autonomes de gestion
des ressources personnelles. Nous n’avons retenu que les actions sur lesquelles l’élève
exerçait un contrôle. Comme l’environnement d’étude est imposé, aucune action n’a été
relevée pour cette catégorie de stratégies de gestion des ressources.
89
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-7 Répertoire des actions stratégiques de gestion des ressources recensées lors du travail
de groupe
Moi, je connaissais rien du diabète pis y’ avait des diabétiques dans mon
groupe. Alors j’ai profité de leurs connaissances (Karine, 3e session).
Y en a qui sont préposés ou infirmières auxiliaires. Eux parlent, moi
j’apprends. (Sophie, 2e session).
90
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
En phase 3, les élèves comptent surtout sur la tutrice pour répondre aux questions,
valider les connaissances, compléter les informations ou tirer profit de son expérience
d’infirmière.
Outre du papier et des crayons, le seul matériel requis en phase 1 est un dictionnaire
de termes médicaux, dans lequel les élèves cherchent la définition des termes nouveaux
insérés dans le problème. Au début de cette phase, elles reçoivent le matériel nécessaire pour
l’étude du problème. En phase 3, les élèves se présentent avec leur schéma de concepts, les
documents qui leur avaient été remis en phase 1, parfois les notes qu’elles ont prises lors du
travail personnel ou tout autre matériel qu’elles jugent utile.
J’apporte mes crayons, mon agenda mon horaire un cartable avec des
feuilles pour écrire mais pas nécessairement tous les livres. On ira pas
vraiment fouiller dans nos livres (Isabelle, 1re session).
L’évolution du recours aux actions stratégiques de gestion des ressources fait l’objet
du tableau 4-8.
Tableau 4-8 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques de gestion des ressources
répertoriées lors travail de groupe à chaque session
Les données recueillies à l’égard des ressources matérielles pour cette partie du
travail étant sensiblement les mêmes pour toutes les élèves, et peu révélatrices de stratégies
particulières, il ne nous a pas semblé utile d’en présenter la fréquence à chaque session. Le
tableau met en évidence que la majorité des élèves font preuve de ponctualité même en 3e
91
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
session. Pour ce qui est de la gestion des ressources humaines, on note une incidence plus
élevée de l’utilisation intentionnelle des ressources du groupe à partir de la 2e session,
puisque que cette action est déclarée par 56 % (10/18) des répondantes comparativement à
28 % (5/18) en 1re session. Cette augmentation laisse deviner une amélioration des habiletés
de travail en équipe, ce qui est un des objectifs poursuivis par la méthode APP.
Les actions stratégiques de gestion des ressources recensées au moment où les élèves
sont en phase 2 apparaissent au tableau 4-9. D’entrée de jeu, on note une prédominance des
actions d’organisation du temps. Aussi, les élèves recourent à une plus grande diversité de
stratégies qu’en travail de groupe parce qu’elles contrôlent davantage les ressources.
Tableau 4-9 Répertoire des actions stratégiques de gestion des ressources recensées lors du travail
individuel
Stratégies de gestion des ressources Actions stratégiques issues de l’analyse des données
Les entrevues ont révélé que les élèves formées en APP sont très préoccupées par la
recherche de stratégies efficaces de gestion du temps. « Gagner du temps », « sauver du
temps », « prendre trop de temps » sont des expressions qui parsèment leurs témoignages.
Après la phase 1, plusieurs effectuent une planification intentionnelle du moment d’étude,
92
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
c’est-à-dire qu’elles identifient dans un agenda, ou dans leur tête, le ou les moments qui
seront consacrés à l’étude du problème. À cet égard, nous avons constaté, non sans
étonnement, que les répondantes faisaient une différence entre le fait de planifier le moment
d’étude et le fait de respecter une routine de travail. Par exemple, à la question « est-ce que
tu savais d’avance à quel moment tu allais travailler », Stéphanie répondra « Ben, tsé, ça
s’en vient une habitude quasiment : mercredi, à 8h00, j’étudie ça. J’ai pas d’horaire planifié.
J’aime pas ça les horaires planifiés ». Ainsi, pour les élèves, l’acte de planifier suppose une
latitude. Celles qui ont le sentiment de ne pas avoir d’autre choix que de travailler à des
moments qui sont toujours les mêmes ne perçoivent pas qu’elles ont planifié ces temps
d’étude. Par ailleurs, les critères de priorité établis pour déterminer le choix du moment et de
la matière à étudier sont, sans grande surprise, l’horaire des cours et l’échéance des travaux à
remettre. L’imposition de la remise hebdomadaire d’un schéma de concepts fait souvent
accorder la préséance aux cours en APP. Nicolas avoue candidement que cette obligation
l’astreint à une discipline d’étude qu’il ne s’imposerait pas autrement.
Les tuto, c’est un bonne méthode pour moi, parce que les devoirs je les fais
toujours, donc ça m’oblige à travailler ; sinon, c’est sûr que j’étudierais pas
au fur et à mesure (Nicolas, 3e session).
Plusieurs élèves identifient des repères à l’aide desquels elles peuvent faire une
prédiction du temps d’étude. Ces repères sont en relation avec les particularités de la
méthode. Pour certaines, l’estimation du temps d’étude s’effectuera en considérant le nombre
d’objectifs à l’étude et, pour d’autres, ce sera la quantité de références et de pages à lire.
Quelques-unes calculent le temps moyen qu’elles consacrent à l’étude des problèmes et
prévoient leur temps d’étude en conséquence. Ici, on perçoit la parenté entre cette stratégie de
gestion du temps et la stratégie métacognitive de planification. Par contre, des participantes
ont trouvé un peu saugrenue l’idée qu’on puisse savoir à l’avance le temps qui serait consacré
à l’étude du problème.
Dans les premières sessions, les phases 1 et 3 d’un tutorial se déroulent à une semaine
d’intervalle. Nous avons donc considéré que lorsque l’élève amorçait le travail personnel
93
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
dans les quatre jours qui suivent la phase 1, elle commençait son étude d’avance et qu’en
contrepartie, lorsque le travail débutait dans les deux jours précédant la phase 3, elle s’y
prenait à la dernière minute.
Habituellement, je suis pas mal vite sur mes devoirs. J’aime mieux pas
perdre de matière fa que j’aime mieux commencer la journée même
(Patricia, 1re session).
Je fais un peu de procrastination. Je suis pas mal à la dernière minute
(Magalie, 2e session).
Cette décision se base sur une estimation du temps requis pour faire la lecture des
références, prendre les notes, produire le schéma et répondre aux questions formatives. Nous
avons estimé qu’en commençant le travail l’avant-veille, ou la veille de la phase 3, l’élève se
réservait peu de temps pour les imprévus et risquait d’escamoter certaines étapes.
Incidemment, toutes celles dont c’est la pratique ont déclaré ne pas répondre au test formatif
ou le remplir plus tard. Par ailleurs, les élèves ont des pratiques qui varient sensiblement en
ce qui a trait à l’étalement de la période d’étude. Certaines privilégient la répartition du
travail en étapes, en se donnant des périodes d’arrêt, alors que d’autres préfèrent concentrer
la période d’étude et travailler intensément sans interruption.
J’essaie de faire ça d’un bloc, c’est la meilleure méthode pour moi (Sonia, 3e
session).
Je répartis ça sur plusieurs soirs (Stéphanie, 1re session).
Une raison invoquée pour répartir le travail en étapes est le désir de se donner un
temps de réflexion pour visualiser l’organisation du schéma. Une autre justification est la
limite de la capacité de concentration pour une lecture efficace. Quant à la préférence pour
concentrer la période d’étude, elle favoriserait, chez certaines, une étude plus efficace
puisqu’il n’y a pas de perte de temps à se remémorer les étapes accomplies. Pour quelques-
unes, le travail intensif s’impose parce qu’elles s’y prennent à la dernière minute alors que,
pour d’autres, travailler intensément la veille du tutorial est un moyen de se remémorer les
connaissances acquises au moment du retour en groupe.
94
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
partir de différentes parties du texte. La relecture en cas de difficultés décrit cette action des
élèves qui vont tenter de résoudre les difficultés en faisant d’abord un effort pour trouver une
information moins évidente.
Je relis les objectifs et je cherche ; c’est un défi pour moi d’aller au bout de
ma logique avant de demander de l’aide (Magalie, 1re session).
Je relis et à force de relire, je finis par trouver une réponse (Patricia, 1re
session).
Au terme de la période d’étude, l’élève doit répondre aux questions d’un test
formatif dont le but est de vérifier la compréhension des concepts étudiés et d’identifier, le
cas échéant, les connaissances à compléter. Les questions ouvertes requérant de courtes
réponses y sont privilégiées. La réponse immédiate au test formatif est une action déclarée
par l’élève qui se conforme à la consigne et répond systématiquement au questionnaire après
avoir produit son schéma.
Toutefois, plusieurs élèves préfèrent reporter cette action à plus tard. La réponse
différée au test formatif est l’option choisie par celles qui considèrent que l’utilité première
de ce questionnaire est de les préparer à l’examen. Elles répondent aux différents
questionnaires dans la semaine précédant l’examen.
Les formatifs, c’est une excellente révision pour l’examen. Donc je m’assure
de les faire pendant la semaine de relâche (Mélanie, 2e session).
Avant l’examen de soins, je les ai toutes regardées (les évaluations
formatives). Ça m’a aidée, ça a pas de bon sens. Je trouve que c’est
vraiment ça qui a fait que mon examen s’est bien passé parce que mes
évaluations formatives, je les fais pas au moment que je fais mon schéma
(Valérie, 1re session).
Quelques participantes ont avoué ignorer complètement les tests dans les premières
sessions. Elles ont déploré que ceux-ci ne fassent pas l’objet d’une correction systématique
et ne voyaient pas l’utilité de les remplir sans ce renforcement.
95
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Le tableau 4-10 fait voir que la majorité des élèves mettent en œuvre une série
d’actions pour gérer le temps d’étude et que ces stratégies sont utilisées par de plus en plus
d’élèves au cours de la formation. Déjà, en 1re session, en excluant la concentration de la
période d’étude, chacune des actions d’organisation du temps recensées est utilisée par plus
de 56 % des élèves (10/18). En 3e session, près de 78 % (14/18) des répondantes déclarent
prédire le temps d’étude et elles sont plus de 88 % (16/18) à planifier intentionnellement le
96
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-10 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques de gestion des ressources
répertoriées lors du travail individuel à chaque session
97
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Dans l’ensemble, les données obtenues pour la catégorie des stratégies de gestion des
ressources révèlent que les élèves sont actives et préoccupées de gérer plus efficacement les
ressources sur lesquelles elles exercent un contrôle. Sur le plan de l’organisation du temps, en
groupe, le taux de ponctualité demeure élevé en 3e session, et au moment du travail personnel
au moins 13 élèves sur 18 répartissent le travail en étapes, planifient intentionnellement le
moment d’étude, prédisent le temps qui sera consacré à l’étude et étudient d’avance. En ce
qui a trait à la gestion des ressources humaines, lors du travail de groupe, de plus en plus
d’élèves, soit 56 % en 3e session, utilisent intentionnellement les ressources du groupe, alors
qu’au moment du travail personnel, il n’y pas de progrès dans l’évolution du recours aux
autres, qui demeure évoqué par la moitié des élèves. En ce qui concerne la gestion des
ressources matérielles, les élèves renoncent progressivement à produire un effort pour trouver
une information manquante. En revanche, elles en mettent davantage à remplir le test
formatif ; en 3e session, toutes les élèves utilisent cet outil, que ce soit immédiatement après
l’étude ou avant l’examen. Enfin, au chapitre de la gestion de l’environnement, une majorité
d’élèves préfèrent étudier en silence.
S TRATÉGIES AFFECTIVES
Trois types de stratégies affectives ont été retenues : les stratégies qui visent le
maintien de l’intérêt, celles qui ont pour but de soutenir l’attention et celles dont l’objet est la
maîtrise des émotions. Pour explorer ces stratégies, nous avons demandé aux étudiantes de
donner leur appréciation des thèmes abordés dans les tutoriaux ainsi que du climat de travail
en groupe, présumant que l’insatisfaction à l’égard de l’un ou l’autre aspect susciterait le
recours à des stratégies affectives. La majorité des élèves ont déclaré être intéressées ou très
intéressées par le sujet abordé lors du tutorial et satisfaites du climat de travail en groupe. Ce
taux élevé d’intérêt pour les thèmes à l’étude fait en sorte que peu d’élèves rapportent des
98
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Dans leurs propos, les élèves ont employé indifféremment les mots intérêt et
motivation de même qu’attention et concentration, même si chacun renvoie à un concept
distinct. Qui plus est, il a été difficile de tracer la frontière entre les actions de maintien de
l’intérêt ou de la motivation et de soutien de l’attention ou de la concentration, les élèves
déclarant parfois intervenir pour maintenir l’intérêt en soutenant l’attention et inversement.
Par exemple, lorsque le thème à l’étude ne l’intéresse pas, l’élève dira qu’elle maintient son
attention en s’intéressant à la discussion. Aussi, pour la présentation des résultats, avons-nous
retenu les termes intérêt et attention et regroupé les deux types de stratégies.
Tableau 4-11 Répertoire des actions stratégiques affectives recensées lors du travail de groupe
• Participation active
Maintien de l’intérêt et • Entretien d’un intérêt pour la discussion
soutien de l’attention • Écoute active
• Recours au langage interne
Maîtrise des émotions • Contrôle de la timidité
99
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Plusieurs élèves ont déclaré nourrir leur intérêt en participant activement aux
activités de groupe. Cette action n’a été enregistrée que lorsque les élèves qualifiaient leur
participation, par exemple « je m’implique beaucoup » ou « je participe activement »,
considérant que la seule mention d’une participation pouvait être interprétée comme une
action posée par obligation, compte tenu des pressions exercées en ce sens par les tutrices.
L’élève impliquée en groupe s’impose de participer pour maximiser l’apprentissage et
accepte volontiers d’assumer les rôles de secrétaire ou de scribe.
Par contre, pour certaines, l’intérêt varie selon la dynamique du groupe ou le thème à
l’étude. Lorsque les conditions favorables ne sont pas réunies, elles ont plus de difficulté à
maintenir une disposition affective favorisant l’apprentissage.
Les quelques insatisfactions à l’égard du groupe viennent soit d’élèves plus âgées
qui se plaignent parfois du manque de sérieux de leurs camarades, soit du fait que des élèves
arrivent insuffisamment préparées en phase 3, ce qui rend les échanges moins profitables,
soit encore d’élèves plus timides déplorant que leurs pairs ne les aident pas à prendre leur
place.
100
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Afin de maintenir leur attention, les élèves se mettent en mode d’écoute active. Pour
certaines, cette écoute est indissociable de l’interaction avec les pairs…
….alors que d’autres peuvent être activement à l’écoute sans être nécessairement au
centre de l’action, en autant qu’il y ait de l’action autour d’elles. Ces élèves se maintiennent
alertes en s’intéressant aux propos de leurs pairs.
Je sens pas le besoin de prouver à personne que je le sais. Moi, je sais que je
le sais. J’écoute attentivement. On a pas le choix d’écouter parce qu’on
profiterait moins des connaissances qui se disent (Florence, 3e session).
C’est pas difficile de maintenir mon attention en tuto, ça bouge
assez (Sophie, 2e session).
Les élèves qui ont signalé des épisodes de distraction ont précisé que ces moments
étaient de courte durée. Les raisons avancées pour expliquer la courte durée des périodes
d’inattention sont que l’activité ambiante, par exemple des rires ou la formulation d’une
question, ravive l’attention et que les élèves ont conscience de ne pouvoir se soustraire à
l’observation de la tutrice. Lorsque l’intérêt pour le thème à l’étude n’est pas au rendez-vous,
certaines recourent au langage interne pour maintenir leur intérêt ou soutenir leur attention.
101
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Je me suis dégêné. Je parle plus. En première session, j’étais dans les plus
jeunes pis y’avait beaucoup de filles. Les filles ça parle plus fa qu’y disaient
tout avant moi. Là, je le dis plus vite qu’elles (Hugo, 3e session).
Le tableau 4-12 semble indiquer que l’apprentissage en petits groupes est une
formule propice au maintien de l’intérêt et au soutien de l’attention.
Tableau 4-12 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques affectives répertoriées lors du travail
de groupe à chaque session.
• Participation active 7 8 12
MAINTIEN DE L’INTÉRÊT ET • Entretien d’un intérêt pour la discussion 9 9 12
SOUTIEN DE L’ATTENTION • Écoute active 13 14 14
• Recours au langage interne 6 3 1
102
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-13 Répertoire des actions stratégiques affectives recensées lors du travail individuel
• Engagement élevé
• Entretien de l’intérêt pour les thèmes
Maintien de l’intérêt et • Établissement de limites à l’investissement
soutien de l’attention • Élimination des facteurs de distractions lors de l’étude
• Identification des limites de sa capacité de concentration lors de l’étude
• Interruption ou changement d’activité lors de l’étude
• Recours aux renforcements lors de l’étude
Les entrevues ont fait ressortir un engagement élevé chez plusieurs élèves. Cette
disposition affective positive se traduit par un intérêt marqué pour approfondir les
connaissances en vue de satisfaire aux exigences personnelles.
C’est beau l’école mais quand on veut apprendre des choses par nous-
mêmes, il faut aller plus loin…(Anne, 1re session).
C’est jamais assez (Isabelle, 1re session)
L’entretien de l’intérêt pour les thèmes est une autre disposition affective positive
que les entrevues ont fait ressortir. Elle se concrétise par un engouement pour les sujets à
l’étude. Nous n’avons relevé cette action que lorsque l’élève manifestait un intérêt pour tous
les thèmes de recherche.
Je m’en viens passionnée, tout m’intéresse. Chez nous, j’en parle à tout le
monde. Sont écoeurés de m’entendre. J’suis vraiment tombée dedans
(Florence, 1re session).
Les sujets sont de plus en plus intéressants. Tout m’intéresse. (Valérie, 3e
session).
D’autres répondantes croient, au contraire, qu’il est préférable d’établir des limites à
l’investissement afin de préserver un équilibre affectif et de maintenir la motivation.
103
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Je vois beaucoup de monde qui disent « j'ai passé la semaine à étudier », ç’a
pas de bon sens pi ça vit plus pi là y arrivent dans les cours pi tu vois que y
ont pas de l'air de savoir tant que ça de quoi qu’y parlent. Pis moi, ben
j’étudie la veille pis je fais pas nécessairement mes formatifs mais quand
j’arrive au cours, je les sais mes affaires (Valérie, 1re session)
Durant les temps d’étude et de recherche, les élèves exécutent plusieurs actions pour
soutenir l’attention. Ainsi, la majorité d’entre elles se préoccupent d’abord d’éliminer les
facteurs de distraction.
Je me mets des bouchons dans les oreilles parce que ça bouge trop autour
de moi (Claudine, 1re session).
C’est préférable pour moi de travailler au cégep parce je suis plus
concentrée. À la maison, c’est plus difficile, y’a toujours quelque chose
d’autre à faire (Sophie, 3e session).
Quand je vois que je dois relire deux ou trois fois la même chose, je prends
une pause ; j’essaie de choisir des activités qui vont pas trop me prendre
pour que je ne casse pas mon « beat » de travail (Magalie, 3e session).
L’intérêt élevé pour les thèmes peut expliquer que peu élèves ont rapporté des
situations générant des émotions suffisamment négatives pour qu’elles incitent à développer
des stratégies de contrôle. Toutefois, les élèves sont attentives à leur état affectif et vont
intervenir rapidement pour maintenir la motivation ou prévenir un épuisement. Le contrôle
du stress et la prévention de l’épuisement sont des domaines affectifs qui sont souvent en
étroite relation, ce qui a conduit à les considérer en un tout pour les fins de l’analyse. Les
actions préventives sont soit temporaires (interrompre le travail ou sortir), soit permanentes
(développer de nouvelles habitudes de vie ou une nouvelle manière de penser).
104
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les données qui apparaissent au tableau 4-14 dressent le portrait de l’évolution des
actions stratégiques affectives en phase 2. En premier, on note un déclin significatif des
déclarations d’un engagement élevé en 2e session. Signalons qu’à cette session, les élèves ont
été contraintes de se conformer à certains aspects de la méthode pour lesquels il y avait eu
plus de tolérance en 1re session, par exemple l’insertion des données de contextualisation
dans le schéma, l’identification des liens sur le schéma, l’obligation de tenir compte des
hypothèses émises en phase 1, ou encore l’obligation de respecter les principes de
schématisation. Les écrits théoriques avancent que le fait de comprendre l’utilité ou le sens de
la tâche est une action affective qui soutient la motivation. Considérant les irritants rapportés
par les élèves lors des entrevues de 2e session, on peut supposer que la contestation de l’utilité
de ces tâches a eu un effet négatif sur l’engagement, ou tout au moins sur le désir d’exprimer
l’engagement. En 3e session, la moitié des participantes déclarent de nouveau un engagement
élevé, ce qui étonne si l’on considère que la charge de travail est reconnue pour être plus
élevée à cette session. On s’attendrait plutôt à ce que plus d’élèves abaissent leurs exigences
et fixent des limites à leur investissement pour préserver un équilibre affectif. Or peu d’élèves
font appel à cette action, même en 3e session. Au contraire, le nombre d’élèves déclarant un
intérêt pour tous les thèmes à l’étude augmente encore en 3e session et représente 61 % des
élèves (11/18).
Presque toutes les actions de soutien de l’attention, qu’il s’agisse de l’élimination des
facteurs de distraction, de l’identification des limites de sa capacité de concentration ou de
l’interruption ou du changement d’activité, sont rapportées par plus de 14 élèves en 3e
session, à l’exception du recours aux renforcements. Le fait que moins d’élèves recourent
aux renforcements en 2e et 3e sessions pourrait peut-être s’expliquer par le fait qu’elles sont
davantage rompues au rythme de travail en APP et qu’elles ont moins besoin de
renforcements positifs pour maintenir leur motivation. L’habitude régulière de travail peut
aussi être le facteur qui explique que plus d’élèves deviennent attentives aux limites de leur
capacité de concentration en 2e et 3e sessions (67 % et 78 % des répondants contre 33 % en
105
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
1re session) et prévoient des pauses avant de perdre leur concentration, ce qui rend la période
d’étude plus efficace.
Tableau 4-14 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques affectives répertoriées lors du travail
individuel à chaque session.
• Engagement élevé 10 4 9
• Entretien de l’intérêt lors de l’étude 6 8 11
• Établissement de limites à l’investissement 3 2 4
MAINTIEN DE L’INTÉRÊT ET • Élimination des facteurs de distraction 14 16 16
SOUTIEN DE L’ATTENTION • Identification des limites de sa capacité de 6 12 14
concentration
• Interruption ou changement d’activité 18 14 15
• Recours aux renforcements lors de l’étude 9 7 5
Les résultats du tableau 4-14 font aussi voir une diminution importante des actions de
contrôle du stress et de prévention de l’épuisement entre la 1re et la 2e session, qui pourrait
être attribuable à la familiarisation avec la méthode et au fait qu’il y a moins de problèmes à
résoudre en 2e session. En 3e session, l’ajout d’une journée de stage et un nombre plus élevé
de problèmes à résoudre augmentent le stress et la fatigue mais pas autant qu’on pourrait le
croire vu la faible augmentation des actions de gestion du stress.
En résumé, les données obtenues à l’égard des stratégies affectives attestent que
l’APP est propice à l’entretien de dispositions affectives positives qui maintiennent l’intérêt
et soutiennent la motivation. En groupe, à chaque session, plus de 70 % des élèves déclarent
être toujours attentives, tandis que la participation active et l’intérêt constant pour la
discussion est déclaré plus fréquemment à chaque session et concerne les deux tiers des
élèves en 3e session. Lors du travail personnel, la moitié des élèves déclarent un engagement
élevé en 3e session et plus de 60 % affirment s’intéresser à tous les thèmes. L’identification
des limites de la capacité de concentration s’accroît considérablement au fil des sessions
tandis que la préoccupation d’éliminer les facteurs de distraction demeure élevée. Enfin,
presque toutes les élèves qui ont signalé un problème de timidité en 1re session maîtrisent
cette émotion en 3e session, et moins de la moitié des élèves posent des actions pour gérer le
stress au-delà de la 1re session.
106
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
S TRATÉGIES MÉTACOGNITIVES
Les entrevues ont montré que les élèves s’évaluaient fréquemment, en se comparant
aux autres, évidemment, mais aussi au regard de leur performance antérieure, et qu’elles
avaient à cœur d’améliorer leurs stratégies. L’analyse des données a fait ressortir quatre
actions d’autoévaluation. Nous les présentons au tableau 4-15.
Tableau 4-15 Répertoire des actions stratégiques métacognitives d’autoévaluation recensées lors du
travail de groupe et du travail individuel
L’énonciation d’un jugement sur soi comme apprenante est une action qui consiste à
exprimer une opinion, positive ou négative, sur des attributs d’ordre cognitif, affectif ou de
gestion qui influencent ses comportements d’apprentissage. En travail de groupe, les
jugements sur soi comme apprenante se rapportent souvent à des attributs positifs ou négatifs
d’ordre affectif, tels la confiance en soi et la timidité, ou encore à une comparaison avec les
autres.
107
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Je suis moins forte que mon groupe ; je me sens moins bonne (Stéphanie, 2e
session)
Le travail individuel, quant à lui, fait surtout surgir des réflexions sur les attributs
intellectuels, l’organisation du travail et l’engagement dans les études.
Je parle tout le temps ; en général, c’est pas pour rien dire (Eve, 1re
session).
Chu très bonne pour sortir les indices (Florence 1re session).
Lors du travail individuel, les tâches à accomplir sont d’effectuer la recherche dans
les références indiquées, de sélectionner l’information pertinente pour répondre aux objectifs,
de répondre au test formatif et de produire le schéma. Les élèves sont déjà familières avec la
lecture, la prise de notes et la réponse à des tests mais se sentent peu habiles dans l’élagage
des données et la production du schéma. Ces dernières tâches sont celles qui ont le plus
provoqué de commentaires et de jugements d’autoévaluation.
108
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
En travail individuel, les jugements ont porté principalement sur les stratégies cognitives et les
stratégies de gestion des ressources.
Enfin, une dernière action stratégique répertoriée dans la catégorie des actions
d’autoévaluation est l’évaluation de son travail à partir de son propre jugement. À la
question : « Comment fais-tu pour savoir si tu as bien travaillé ? », plusieurs élèves ont
répondu qu’elles étaient incapables de se faire une idée à ce sujet. C’est seulement lors de la
mise en commun des connaissances en phase 3 qu’elles peuvent évaluer leur travail, ou encore
lorsqu’elles reçoivent la correction de la tutrice. D’autres élèves, par contre, se réfèrent à des
critères personnels qui démontrent une compréhension des attentes et le souci d’avoir acquis
les connaissances nécessaires.
Je regarde les objectifs et je vois si j’ai répondu à tout sur mon schéma
(Jacinthe, 1re session).
L’évaluation formative met un point à mon étude ; ça me dit si j’ai bien
travaillé (Isabelle, 3e session).
Le tableau 4-16 présente l’évolution des actions d’autoévaluation. Les chiffres entre
parenthèses indiquent le nombre de jugements posés selon l’aspect évalué dans la mesure où
une même élève peut avoir prononcé plus d’un jugement.
109
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les données pour le travail de groupe en 1re session révèlent que plus d’élèves ont
émis des jugements négatifs que des jugements positifs sur elles-mêmes comme apprenantes
et qu’il y a autant d’élèves qui jugent positivement ou négativement leur habileté à réaliser la
tâche. Étonnamment, les autoévaluations négatives ne remettent pas en question les manières
d’apprendre, lesquelles sont jugées plutôt positivement. Les entrevues indiquent que, pour cet
aspect, les élèves s’évaluent en se référant à leurs manières d’apprendre antérieures alors que,
pour les autres aspects de l’évaluation, elles se situent davantage dans le contexte de l’APP. Il
est probable que la comparaison avec la performance des pairs et l’immersion dans une
nouvelle méthode d’apprentissage soient propices à l’énonciation de jugements négatifs sur
soi et sur son habileté à réaliser les tâches en groupe.
Tableau 4-16 Nombre d’élèves déclarant des actions stratégiques d’autoévaluation à chaque session
lors du travail de groupe et du travail individuel
Il faut attendre la 3e session pour que la balance des évaluations sur soi comme
apprenante penche en faveur des jugements positifs. À ce stade, le nombre d’élèves formulant
110
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
des jugements positifs est supérieur à celui des élèves énonçant des jugements négatifs pour
chacun des aspects évalués. On constate que l’habileté à réaliser les tâches demeure la
préoccupation majeure des élèves, si on en juge par le nombre de jugements formulés. Au
total, à partir de la 2e session, les jugements positifs dépassent les négatifs dans une
proportion de 73 % en 2e session (47/64) et en 3e session (58/79).
Un coup d’œil aux données du tableau 4-16 pour le travail individuel fait voir que,
contrairement à ce qui a été observé en groupe, les élèves sont plus nombreuses à exprimer
une perception positive d’elles-mêmes comme apprenantes en 1re session. Quant aux
jugements sur les manières d’apprendre, ils font autant l’objet de commentaires positifs que
négatifs. En revanche, quand il s’agit de considérer l’habileté à réaliser la tâche, ce portrait
s’inverse puisque le nombre d’élèves portant un jugement négatif excède celui des élèves
s’évaluant positivement. On peut présumer que la perception positive de soi comme
apprenante s’enracine dans la perception de compétence acquise au cours de la scolarité
antérieure. Il était aussi prévisible que la perception de l’habileté dans les tâches à accomplir
soit plus négative, la production d’un schéma de concepts étant une activité d’apprentissage
nouvelle. En 3e session, la perception de compétence dans les trois aspects de l’évaluation est
plus positive que négative. Si on observe l’évolution de la proportion des jugements positifs
émis à chaque session, qui s’établit respectivement à 54 % (75/138), 68 % (65/95) et 73 %
(109/150) en 1re, 2e et 3e sessions, on constate que les élèves ont une perception plus positive
à mesure qu’elles avancent dans leur formation. Le tableau 4-16 montre que la stratégie
d’autoévaluation est davantage utilisée lors du travail individuel. Cette différence ne doit pas
surprendre, considérant qu’à cette phase, l’élève est plus familière avec certaines tâches,
telles la lecture et la recherche d’informations, et qu’elle peut prononcer des jugements en se
comparant à sa performance antérieure. Par ailleurs, ce qui est nouveau, c’est la régularité du
travail à accomplir et la production d’un schéma de concepts. Ces obligations la contraignent
à faire davantage appel à sa capacité d’apprentissage autonome en développant des stratégies
d’apprentissage efficaces. Les propos tenus lors des entrevues confirment que cette
responsabilisation de l’apprentissage est difficile. Plusieurs élèves réclament d’être davantage
encadrées dans les tâches à accomplir durant le travail individuel et souhaiteraient que la
phase de mise en commun des connaissances prenne davantage l’allure de cours théoriques.
Les tableaux suivants livrent les données détaillées en ce qui a trait aux deux aspects
qui ont le plus suscité l’autoévaluation négative au moment du travail de groupe ou du travail
individuel, soit les jugements sur soi comme apprenante et les jugements sur son habileté à
réaliser la tâche.
111
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-17 Nombre de jugements positifs et négatifs émis à chaque session sur les attributs d’ordre
cognitif, affectif et de gestion lors du travail de groupe.
Travail Énonciation d’un jugement sur soi comme apprenante 1re 2e 3e
de groupe session session session
Attributs d’ordre cognitif :
Avoir de bonnes connaissances, une bonne mémoire, émettre 3 6 3
des propos pertinents
Attributs d’ordre affectif :
JUGEMENT Être impliquée, intéressée, passionnée, sérieuse 3 4 2
POSITIF Avoir confiance en soi, être plus sûre de soi, prendre sa place 1 5 10
Attributs de l’ordre de la gestion des ressources
Être plus organisée, ponctuelle, disciplinée 3
Total 7 15 18
Attributs d’ordre cognitif :
En connaître moins ou réussir moins bien que ses pairs 4 2 2
Attributs d’ordre affectif :
Souffrir de timidité, avoir de la difficulté à prendre sa place, 9 5 2
JUGEMENT manquer de confiance en soi
NÉGATIF Attributs de l’ordre de la gestion des ressources
Manquer de discipline pour être ponctuelle 1
Total 14 7 4
Au moment du travail personnel, les élèves ont une perception plus positive d’elles-
mêmes comme apprenantes que lors du travail de groupe. On constate dans le tableau 4-18
que les jugements positifs surpassent les jugements négatifs à chaque session, avec des
pourcentages respectifs de 68 %, 87 % et 82 % en 1re, 2e et 3e sessions. En 1re session, les
jugements positifs portent davantage sur les attributs d’ordre cognitif et affectif. Les élèves
considèrent qu’elles ont le potentiel cognitif et l’engagement nécessaire pour mener à bien les
tâches. En contrepartie, d’un point de vue négatif, elles vivent une insécurité à l’égard des
choix à faire pour s’assurer d’avoir acquis les connaissances nécessaires et éprouvent un
sentiment d’incompétence sur le plan de la méthode et de la discipline de travail. En 2e
session, le regard des élèves est surtout positif et se pose avant tout sur leurs attributs
112
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
cognitifs. En 3e session, les jugements positifs sont émis autant au regard des attributs
cognitifs qu’affectifs et de gestion des ressources. À cet égard, les données font voir que plus
d’élèves considèrent avoir acquis une bonne organisation du travail. Ce tableau révèle que la
perception de compétence devient manifestement plus positive en 3e session.
Tableau 4-18 Nombre de jugements positifs et négatifs émis à chaque session sur les attributs
d’ordre cognitif, affectif et de gestion lors du travail individuel.
Travail Énonciation d’un jugement sur soi comme apprenante 1re 2e 3e
individuel session session session
Attributs d’ordre cognitif :
Comprendre, apprendre, discriminer facilement 4 3 3
Avoir une bonne mémoire 5 2 3
Avoir une bonne capacité de concentration 1 4
Avoir de bonnes connaissances, en connaître plus que ses pairs 2 6 1
Attributs d’ordre affectif :
JUGEMENT Être engagée dans ses études, avoir le souci du travail bien fait 10 2 11
POSITIF Être confiante, satisfaite de soi, se trouver bonne 1 1 4
Attributs de l’ordre de la gestion des ressources :
Être organisée ou plus organisée qu’au début 4 2 9
Être disciplinée ou plus disciplinée qu’au début 1 4 7
Total 28 20 42
Attributs d’ordre cognitif :
Se sentir moins bonne, n’avoir jamais bien réussi à l’école 3 1 1
Ne pas avoir une bonne mémoire 2
Attributs d’ordre affectif :
Manquer de confiance, n’être jamais certaine d’avoir choisi ce qu’il 5 1 1
faut
JUGEMENT Être stressée, ne pas vouloir déranger les autres 1 2
NÉGATIF Ne pas accepter facilement la critique 1
Attributs de l’ordre de la gestion des ressources :
Manquer de discipline, être à la dernière minute 4 1 1
Avoir une organisation inefficace, être submergée 3 1
Total 16 3 9
Les tableaux suivants donnent le détail des jugements portés à l’endroit des habiletés
à réaliser les tâches d’apprentissage demandées.
Les données concernant le travail de groupe figurent au tableau 4-19. Ces résultats
font apparaître une perception à prédominance négative lors de la 1re session. Comme il
fallait s’y attendre, les élèves ont surtout jaugé leur habileté dans les tâches associées à la
participation : s’exprimer, écouter, respecter le droit de parole des autres, assumer les rôles de
scribe ou de secrétaire. Les données présentées au tableau 4-9 ont mis en évidence une
perception négative de soi comme apprenante, en raison de la timidité ou du manque de
confiance, qui rejaillit nécessairement sur la perception de l’habilité dans l’accomplissement
des tâches associées à la participation. En 2e session, les élèves développent plus d’assurance
113
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
et se perçoivent comme plus habiles dans les tâches de participation et dans les tâches
cognitives. À ce stade, elles énoncent beaucoup plus de jugements positifs que négatifs et
cette prédominance des jugements positifs persiste en 3e session, quoique le niveau de
complexité plus élevé des problèmes fasse augmenter le nombre de jugements négatifs,
notamment à l’égard des tâches cognitives.
Tableau 4-19 Nombre de jugements positifs et négatifs émis à chaque session sur l’habileté à réaliser
les tâches lors du travail de groupe
Travail de Énonciation d’un jugement 1re 2e 3e
groupe sur son habileté à réaliser la tâche session session session
Habiletés reliées à la participation
Avoir de la facilité à s’exprimer, s’exprimer davantage 4 9 9
Avoir une bonne qualité d’écoute, écouter davantage 1 3 5
Avoir un bon équilibre entre l’expression et l’écoute 1 2 2
Accepter volontiers d’être secrétaire ou scribe 1 1
Habiletés reliées aux tâches cognitives
Faire avancer la discussion, poser des questions pertinentes, 1 3 3
ÉVALUATION répondre aux questions
POSITIVE Faire des hypothèses, en faire davantage 4
Recourir à ses connaissances antérieures, faire des liens 1 2 1
Identifier et énoncer facilement des indices 1 1
Corriger le schéma sans perdre le fil de la discussion 1
Total 10 21 25
Habiletés reliées à la participation
Avoir de la difficulté à s’exprimer 7 4 6
Prendre trop de place 1
Être distraite 1
Habiletés reliées aux tâches cognitives
Être moins rapide que les autres à énoncer les indices 1 2
ÉVALUATION Avoir de la difficulté à suivre (trop de corrections, scribe) 2 1 2
NÉGATIVE Produire un schéma incomplet 3 1
Avoir de la difficulté à faire des hypothèses 1 3
Faire trop de fautes d’orthographe pour être secrétaire 1
Total 15 7 14
Lorsqu’on examine à l’aide du tableau 4-20, les jugements sur l’habileté à réaliser les
tâches au moment du travail personnel, on note que l’autoévaluation des élèves en 1re session
est sévère, autant en ce qui a trait aux tâches cognitives associées à la recherche de
l’information qu’aux tâches cognitives associées à la production du schéma. En 3e session, la
proportion s’inverse en faveur des jugements positifs. L’augmentation la plus significative de
jugements positifs s’observe à l’égard de l’évaluation des habiletés reliées à la production du
schéma.
114
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-20 Nombre de jugements positifs et négatifs émis à chaque session sur l’habileté à réaliser
les tâches lors du travail individuel
Travail Énonciation d’un jugement 1re 2e 3e
individuel sur son habileté à réaliser la tâche session session session
Habiletés dans les tâches reliées à la collecte d’informations
Trouver l’information 1 3 5
Prendre des notes pertinentes, faire une bonne recherche 4 7 5
Lire rapidement, efficacement 2 2
Trouver les idées principales, les mots-clés, synthétiser 7 3 7
JUGEMENT Habiletés dans les tâches reliées à la production du schéma
POSITIF Avoir globalement de la facilité à faire le schéma 3 5 2
Déterminer la structure du schéma 5 3 8
Placer le contenu, regrouper 1 1 6
Faire les liens, les nommer 3
Total 22 21 40
Difficulté dans les tâches reliées à la collecte d’informations
Lire 3 1
Prendre des notes 1
Trouver les informations, faire une bonne recherche 4 2
Cibler les informations pertinentes, synthétiser 10 8 5
JUGEMENT Difficulté dans les tâches reliées à la production du schéma
NÉGATIF Avoir globalement de la difficulté à faire le schéma 2 1 1
Déterminer la structure du schéma 7 5 7
Faire les liens, comprendre les liens, nommer les liens 11 8 5
Placer le contenu 3 3 1
Total 40 25 22
Somme toute, les élèves évaluent leurs attributs affectifs, cognitifs et de gestion des
ressources ainsi que leurs habiletés à réaliser les tâches demandées. La perception de sa
propre compétence comme apprenante et de son habileté à réaliser les tâches augmente de
façon significative en 3e session en travail de groupe comme en travail individuel. Une telle
activité d’autoévaluation devrait se répercuter sur les stratégies d’autorégulation et
d’autocontrôle.
En réponse aux questions : « y a-t-il quelque chose que tu voudrais améliorer dans ta
façon de te comporter en phase 1 ? », « y a-t-il quelque chose que tu voudrais améliorer dans
ta façon de te comporter en phase 3? » et « y a-t-il quelque chose que tu voudrais améliorer
dans ta manière d’étudier? », les élèves ont manifesté l’intention soit de maintenir leurs
stratégies, soit de les modifier. Les actions relevées pour la catégorie des actions
d’autorégulation sont présentées au tableau 4-21.
115
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
116
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Mettre les informations sur le schéma sans mettre de texte, là je me suis bien
améliorée ; ça facilite mon apprentissage (Patricia, 2e session).
Tableau 4-22 Nombre d’élèves déclarant des actions stratégiques d’autorégulation et d’autocontrôle à
chaque session lors du travail de groupe et du travail individuel
AUTO
• Anticipation d’un - groupe 8 ( 9) 9 (17) 7 (13)
RÉGULATION changement de stratégies - individuel 15 (19) 14 (18) 10 (15)
• Changement de stratégies - groupe 3 ( 3) 6 (13) 11 (26)
- individuel 11 (14) 15 (30) 14 (47)
AUTO • Évaluation d’un changement - groupe 2 ( 2) 6 ( 9) 10 (21)
CONTRÔLE
de stratégie - individuel 9 ( 9) 13 (23) 11 (28)
117
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
chaque session. Par ailleurs, on constate que les élèves réalisent davantage de changements
qu’elles n’en avaient anticipés la session précédente. En effet, en 2e et 3e session, le total des
changements rapportés en travail de groupe ou individuel excède le total des changements
anticipés en 1re et 2e sessions. Ce constat semble indiquer que l’activité métacognitive n’a pas
été seulement stimulée par les entrevues mais qu’elle s’est exercée en dehors de ce contexte.
En somme, l’évolution des actions d’apprentissage utilisées par les élèves au cours
des trois premières sessions de la formation en soins infirmiers montre que, dans un contexte
d’APP, en raison de l’obligation de s’exposer au jugement de leurs pairs et de remettre un
travail de recherche à chaque tutorial, les élèves n’ont d’autre choix que de revoir l’efficacité
118
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
de leurs stratégies. À chaque session, elles évaluent leurs progrès et modifient plusieurs
stratégies cognitives, affectives et de gestion des ressources. Cependant, parmi les actions
qu’elles privilégient, quelle est la part respective des actions qui indiquent une approche en
surface ou une approche en profondeur de l’apprentissage? C’est à cette question que nous
tenterons de répondre dans la prochaine section.
S TRATÉGIES COGNITIVES
Les résultats du tableau 4-2 ont été répliqués dans le tableau 4-23 en considérant la
distribution des actions qui suggèrent un traitement plus passif ou en surface de l’information
et celles qui contribuent à un traitement plus actif ou plus en profondeur de l’information.
119
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-23 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives de traitement en surface
ou en profondeur de l’information en phase 1 à chaque session
Le tableau confirme que, si l’on additionne le nombre d’actions pour l’ensemble des
actions de surface et le nombre total d’actions en profondeur, les élèves posent de moins en
moins d’actions cognitives de traitement en surface de l’information de la 1re à la 3e session et
de plus en plus d’actions de traitement en profondeur. Les actions cognitives de mémorisation
qui persistent en 3e session, la sélection mécanique des mots inconnus et l’énonciation des
indices, sont nécessaires pour amorcer la démarche d’exploration, qui doit conduire au
développement des actions d’élaboration des connaissances. Les résultats soulignent qu’il
faut attendre à la 3e session pour voir véritablement émerger les stratégies de traitement en
profondeur de l’information, notamment la sélection intentionnelle d’indices, la participation
délibérée à l’élaboration collective des connaissances et la formulation d’hypothèses.
120
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
dominance 14 1 6 5 2 12
Les données affichées au tableau 4-4 pour les actions cognitives déclarées en phase 3
sont reproduites pour déterminer la part de l’apprentissage en surface et de l’apprentissage en
profondeur. Le tableau 4-25 indique que le recours aux stratégies de traitement superficiel de
121
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-25 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives de traitement en surface
ou en profondeur de l’information en phase 3 à chaque session
Sur le plan individuel, la prédominance d’une approche en surface perdure chez plus
de 60 % des élèves (11/18) en 3e session, tel que l’illustre le tableau 4-26. S’il n’y a pas lieu
de se préoccuper de cette persistance des actions de mémorisation, lesquelles, nous l’avons
vu, sont des comportements attendus en phase 3, il conviendra, par contre, de se pencher sur
les facteurs qui nuisent à l’émergence d’actions d’élaboration et au recours à celles qui ont
été évoquées. Certes, on observe une légère progression dans le recours aux actions
cognitives de traitement en profondeur de l’information mais certainement pas à la hauteur
des attentes des comportements d’apprentissage que la méthode devrait susciter. De plus, le
tableau de la 3e session diffère peu de celui de la 2e session, ce qui semble indiquer une
stagnation dans le recours à de telles stratégies. Seulement 39 % des élèves (7/18) font appel
à deux des trois actions en profondeur en 3e session. Qui plus est, le tiers des élèves ne
rapportent aucune action de traitement en profondeur à cette session. Nul doute que le
déroulement de la phase 3 devra faire l’objet d’une analyse approfondie.
122
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
dominance 15 1 11 6 11 7
Lors du travail personnel, le tableau 4-27 met en évidence une diminution du recours
aux actions de traitement en surface de l’information, notamment en ce qui a trait à la prise de
notes textuelles. Les autres catégories d’actions apparaissant dans ce tableau, à savoir les
actions relevant d’une stratégie d’élaboration ou d’organisation, associées à des stratégies de
traitement en profondeur de l’information, enregistrent dans l’ensemble une augmentation,
plus évidente en 3e session. Il faut signaler que, n’eût été de la disparition de l’action de
catégorisation selon son propre jugement, cette augmentation aurait été plus significative.
123
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
deux sessions avant d’observer des changements vraiment significatifs dans les manières
d’étudier des élèves. C’est à la 3e session que celles-ci ont déclaré davantage de modifications
dans leurs stratégies d’apprentissage tant pour les actions de traitement en surface que pour
les actions de traitement en profondeur de l’information. Cependant, même si dans
l’ensemble les répondantes affichent un progrès significatif à l’égard des actions
d’élaboration, force est d’admettre que seulement le tiers d’entre elles élaborent des résumés
en 3e session et que seulement la moitié ont appris à repérer rapidement les éléments
essentiels en survolant les textes.
Tableau 4-27 Nombre d’élèves déclarant les actions stratégiques cognitives de traitement en surface
ou en profondeur de l’information en phase 2 à chaque session
124
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
les documents d’orientation, implique quand même une action d’élaboration, dans la mesure
où l’élève fait un traitement actif de l’information en la classant selon les objectifs.
dominance 3 6 7 7 0 9
125
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Dans cette perspective, nous avons postulé que plus l’élève posait d’actions de
gestion des ressources, plus elle créait les conditions favorables à une étude en profondeur.
En ce qui concerne l’organisation du temps, prenant en compte que le temps de présence en
classe est diminué en APP afin d’augmenter le temps disponible pour l’étude, nous avons
considéré que les actions étude d’avance, planification intentionnelle du temps d’étude et
prédiction du temps d’étude créaient les conditions favorables à une utilisation maximale du
temps mis à la disposition de l’élève. En ce qui a trait à l’utilisation des ressources humaines,
les deux actions recensées, soit l’utilisation intentionnelle des ressources du groupe et le
recours aux autres en cas de difficultés, ont été retenues comme indicateurs d’une utilisation
judicieuse des formes d’aide accessibles. Dans la catégorie des ressources matérielles, nous
avons ciblé la relecture en cas de difficultés et la réponse immédiate au test formatif,
considérant que ces actions indiquaient une volonté d’utiliser les ressources disponibles pour
maximiser les apprentissages. La réponse immédiate au test a été préférée à la réponse
différée parce qu’en utilisant le test selon l’usage qui en est prévu, l’élève augmente ses
chances d’apprendre en profondeur. En effet, certaines questions du test obligent à élaborer
davantage les connaissances et à compléter le schéma. Aussi, en cherchant les réponses aux
questions, l’élève traite à nouveau, et différemment, les informations qu’elle vient d’acquérir,
de sorte qu’en phase 3 elle maîtrise mieux le contenu de son schéma. De ce fait, elle profite
davantage de l’échange car son attention n’est pas occupée à rechercher l’information sur le
schéma. Enfin, nous n’avons pas sélectionné d’actions relatives à l’organisation du temps
d’étude, faute d’appuis théoriques ou empiriques spécifiant qu’un environnement silencieux
ou musical favorise l’une ou l’autre des approches de l’apprentissage. Le tableau 4-29
présente la liste des actions ciblées pour déterminer la part des actions favorisant un
traitement en surface ou en profondeur de l’information. Pour juger de l’évolution des
actions, nous avons établi que lorsque l’élève recourait à trois actions ou moins, elle
n’exploitait pas suffisamment les ressources disponibles et que lorsqu’elle en déclarait de
quatre à sept, elle se plaçait dans de meilleures conditions pour apprendre en profondeur.
126
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-29 Actions stratégiques de gestion des ressources favorisant un apprentissage en surface
ou en profondeur
Le tableau 4-30 fait voir que les élèves modifient favorablement leur pratique entre la
1 et la 3e session à l’égard des actions retenues. Le nombre d’élèves qui recourent à plus de
re
trois actions de gestion des ressources augmente progressivement pour atteindre près de 78 %
de l’échantillon (14/18) en 3e session, comparativement à 44 % en 1re session, ce qui plaide
en faveur de pratiques qui favorisent un traitement en profondeur de l’information.
Tableau 4-30 Nombre d’actions stratégiques de gestion des ressources déclarées par chacune des
élèves à chaque session
dominance 10 8 7 11 4 14
127
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
S TRATÉGIES AFFECTIVES
Selon les écrits théoriques (Biggs, 1988 ; Entwistle, 1988 ; Frenay, Noël, Parmentier,
Romainville, 1994 ; Wolfs, 1998), les actions indiquant une motivation intrinsèque et une
forte implication favoriseraient un apprentissage en profondeur. Dans cet esprit, la
participation active ainsi que l’entretien d’un intérêt pour la discussion sont les dispositions
affectives retenues comme indicateurs de comportements favorisant un apprentissage en
profondeur lors du travail de groupe alors que, pour le travail individuel, ce sont
l’engagement élevé et l’entretien d’un intérêt pour les thèmes qui illustrent le mieux une
motivation intrinsèque et une forte implication. En contrepartie, l’établissement de limites à
l’investissement ainsi que l’évocation d’un intérêt conditionnel selon le groupe ou le thème
sont des dispositions affectives moins garantes d’un apprentissage en profondeur. Le tableau
4-31 rappelle les actions retenues pour porter un jugement sur l’approche d’apprentissage
privilégiée par les élèves dans le choix de leurs stratégies affectives.
128
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
dominance 5 10 5 9 2 16
S TRATÉGIES MÉTACOGNITIVES
Les théoriciens (Biggs, 1988 ; Entwistle, 1988 ; Ramsden, 1988 ; Frenay, Noël,
Parmentier, Romainville, 1994) avancent que les actions métacognitives orientées vers la
compréhension du sens de la tâche et un investissement cognitif favoriseraient un
apprentissage en profondeur. Parmi les actions répertoriées, celles qui reflètent ces conditions
sont l’évaluation du travail à partir de son propre jugement et la concrétisation d’un
changement de stratégies.
Nous avons choisi l’évaluation de son travail à partir de son propre jugement en
postulant que, pour porter un jugement sur la qualité de son travail à partir de ses propres
critères d’évaluation, l’élève devait démontrer sa compréhension du sens et des buts visés par
129
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
l’activité. À l’inverse, l’incapacité de porter un jugement sur la qualité de son travail avant de
le comparer à celui des pairs ou de recevoir le jugement de la tutrice manifestait soit une
difficulté à saisir les objectifs du travail, soit un manque d’intérêt à vouloir comprendre le but
de la tâche en se contentant de l’accomplir mécaniquement.
L’évolution dans le choix des actions métacognitives reflétant l’une ou l’autre des
approches de l’apprentissage apparaît au tableau 4-34. Les données révèlent que 56 % (10/18)
des élèves recourent davantage aux stratégies favorisant un apprentissage en profondeur en
1re et en 2e sessions tandis que 22 et 28 % des élèves optent respectivement pour les stratégies
qui favorisent surtout un apprentissage en surface. En 3e session, les pourcentages respectifs
pour chacune des approches sont de 67 % et 11 %. Compte tenu du peu d’actions en cause, et
considérant que les actions de surface et de profondeur sont mutuellement exclusives, nous
130
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
n’avons appliqué la règle du 50 % d’actions en profondeur que lorsqu’il n’y avait pas
d’actions en surface. En effet, en présence d’une action en surface et d’une action en
profondeur, nous ne pouvions conclure que l’élève adoptait une approche en profondeur. Le
tableau 4-34 indique qu’en 1re session, aucune élève ne fait appel aux deux indicateurs
retenus alors qu’en 3e session, elles sont 9 à présenter les deux comportements. La 3e session
apparaît comme une session cruciale pour le développement d’actions métacognitives
favorisant un traitement en profondeur de l’information.
dominance 6 10 4 10 2 12
Dans l’ensemble, l’analyse des données à l’égard du recours aux actions indiquant
une prédominance de l’approche en surface ou en profondeur de l’apprentissage tend à
confirmer une progression vers l’adoption de comportements favorisant un apprentissage en
profondeur pour l’ensemble des stratégies indirectes, soit les stratégies de gestion des
ressources, les stratégies affectives et les stratégies métacognitives, progression qui devient
131
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Cela dit, nous allons maintenant nous demander si les choix stratégiques diffèrent
selon la performance académique affichée.
Afin d’interpréter les résultats présentés dans cette section, rappelons que la
performance académique a été estimée en divisant l’échantillon en deux sur la base de la
moyenne des résultats dans les cours en APP pour les trois premières sessions. Cette division
a généré un groupe de neuf élèves dont les résultats se situent à 78 % ou plus et un groupe de
neuf élèves dont les résultats sont de 77 % ou moins. Avant le début de la formation, les deux
groupes ne se distinguaient pas au regard de la moyenne pondérée au secondaire. Le groupe
des élèves plus performantes est composé majoritairement d’élèves de la population B, soit
sept élèves sur neuf. Ces élèves avaient donc déjà une expérience des études collégiales avant
de s’inscrire en soins infirmiers. Le groupe d’élèves dont les résultats sont moins élevés est
composé de cinq élèves de la population B et de quatre élèves de la population A. Les
différences dans le choix des actions stratégiques selon le type de population sont
présentées à l’annexe 6 pour chacune des catégorie de stratégies d’apprentissage.
132
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
S TRATÉGIES COGNITIVES
L’évolution des actions cognitives répertoriées pour chacune des phases du tutorial,
en considérant leur occurrence selon la performance dans les résultats scolaires, fait l’objet
des trois prochains tableaux.
Les actions cognitives selon la performance académique lors de la première phase du tutorial
Le tableau 4-35 présente les différences dans le recours aux actions stratégiques en
phase 1 selon la réussite. Pour simplifier la présentation des résultats, nous avons additionné
le total des actions déclarées dans chaque groupe pour l’ensemble des actions de
mémorisation (trois actions en phase 1) et d’élaboration (cinq actions). On observe que la
différence entre les groupes en ce qui concerne les actions de mémorisation s’atténue au fil
des sessions. En 3e session, les deux groupes se distinguent peu à cet égard comme d’ailleurs
sur le plan des actions d’élaboration. En somme, les deux groupes se conforment aux actions
de mémorisation attendues et recourent davantage aux actions de traitement en profondeur de
l’information.
Tableau 4-35 Nombre d’actions cognitives déclarées en phase 1 à chaque session selon la performance
académique
Groupe sous la Groupe au-dessus de
STRATÉGIES COGNITIVES
moyenne la moyenne
session 1 2 3 1 2 3
MÉMORISATION OU RÉPÉTITION 24 21 18 20 17 16
ÉLABORATION 12 19 25 12 18 27
Les actions cognitives selon la performance académique lors de la troisième phase du tutorial
Le tableau 4-36 fait voir que les groupes se comportent sensiblement de la même
façon à l’égard des actions de mémorisation en phase 3 (deux actions). Par contre, les élèves
performantes sont plus nombreuses à déclarer des actions d’élaboration (trois actions
possibles) à partir de la 2e session. Les entrevues ont fait ressortir la préoccupation plus
marquée chez ces élèves de tirer profit de la phase 3 pour s’assurer d’avoir fait les acquis
nécessaires et d’obtenir de bons résultats aux examens.
133
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-36 Nombre d’actions stratégiques cognitives déclarées en phase 3 à chaque session selon la
performance académique
Groupe sous la Groupe au-dessus de
STRATÉGIES COGNITIVES
moyenne la moyenne
session 1 2 3 1 2 3
MÉMORISATION OU RÉPÉTITION 15 15 16 16 15 17
ÉLABORATION 7 6 7 7 12 13
De prime abord, les données qui figurent au tableau 4-37 révèlent que les élèves
performantes déclarent moins d’actions de mémorisation en phase 2 (trois actions
répertoriées) en 1re et 2e session. Le tableau fait aussi voir que ces élèves sont plus
nombreuses en 3e session à recourir aux actions d’élaboration (deux actions).
Tableau 4-37 Nombre d’actions stratégiques cognitives déclarées en phase 2 à chaque session selon la
performance académique
Groupe sous la Groupe au-dessus de
STRATÉGIES COGNITIVES
moyenne la moyenne
session 1 2 3 1 2 3
MÉMORISATION OU RÉPÉTITION 17 15 12 11 12 8
ÉLABORATION 2 4 5 0 3 11
ORGANISATION 16 13 16 11 13 14
Dans la catégorie des actions d’organisation (quatre actions), la différence est cette
fois en faveur des élèves moins performantes. Cependant, cette différence est attribuable à
l’annotation schématisée, action pratiquement inutilisée par les élèves performantes. Si on
excepte cette action, les deux groupes ont des comportements semblables à l’égard des
actions d’organisation. Il est possible que l’annotation schématisée, lorsqu’elle conduit à
réduire la manipulation de l’information inhérente à une prise de notes plus traditionnelle, ne
favorise pas la rétention de l’information au moment des examens. Cette inférence, si elle
s’avérait juste, viendrait démontrer que, pour favoriser la compréhension, une action
d’organisation des connaissances doit être précédée d’une collecte suffisamment exhaustive
d’information. Au total, les deux groupes déclarent moins d’actions de mémorisation et
davantage d’actions d’élaboration.
134
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
En résumé, l’analyse des données quant aux différences dans le choix des actions
cognitives selon le niveau de performance confirme que les élèves performantes posent
davantage d’actions d’élaboration des connaissances à chaque phase du tutorial en 3e session.
En ce qui a trait aux actions d’organisation en phase 2, ces élèves en déclarent moins
que leurs collègues si on tient compte de l’annotation schématisée. Sans cette action, les deux
groupes ne se distinguent pas à l’égard des actions d’organisation.
Comme plusieurs actions de gestion des ressources sont des choix stratégiques qui
s’éliminent l’un l’autre, comme le fait de répartir le travail en étapes ou de concentrer la
période d’étude, d’étudier en musique ou en silence, nous n’avons pu en faire une somme. Au
tableau 4-38, nous présentons l’ensemble des actions pour examiner les différences dans les
choix selon la performance.
À l’égard de l’utilisation des ressources humaines, le tableau 4-38 fait voir que les
élèves performantes, à partir de la 2e session, recourent davantage à l’utilisation
intentionnelle des ressources du groupe alors que dans les deux premières sessions elles
recouraient plus fréquemment aux autres en cas de difficultés au moment du travail
individuel. Globalement, les élèves performantes modifient davantage leurs stratégies de
gestion des ressources humaines.
135
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-38 Nombre d’actions stratégiques de gestion des ressources déclarées à chaque session
lors du travail de groupe et du travail individuel selon la performance académique
• Moyenne heures de cours/ semaine 26,9 26,4 27,3 25,3 24,2 25,9
• Moyenne heures d’étude/ problème 6,2 5,7 5,5 8,2 8,3 7,7
• Moyenne heures emploi/ semaine 9,3 9,2 9,8 3,9 7,6 13,3
En ce qui a trait à l’utilisation des ressources matérielles, on note dans les deux
groupes un déclin de la relecture en cas de difficultés. Il faudra certainement se questionner
sur les facteurs qui conduisent les élèves à renoncer à faire un effort face aux difficultés et à
attendre passivement que l’information soit donnée en phase 3. En contrepartie,
l’augmentation du recours au test formatif est également manifeste dans les deux groupes. En
dernière session, il y a peu de différence entre les groupes quant au nombre d’élèves qui
choisissent d’y répondre immédiatement après l’étude ou qui diffèrent cette action. Enfin, au
regard de l’organisation de l’environnement d’étude, les élèves plus performantes choisissent
très majoritairement d’étudier en silence à chaque session alors que leurs vis-à-vis optent
davantage pour la musique à compter de la 2e session.
136
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
S TRATÉGIES AFFECTIVES
Le recours aux actions de type affectif présente aussi des particularités selon la
performance de l’élève. On remarque d’abord, à l’aide du tableau 4-39, que les élèves moins
performantes sont plus nombreuses à déclarer s’impliquer dans les activités de groupe et que
la discussion de groupe suscite légèrement plus leur intérêt dans les premières sessions. Ces
données laissent présager que l’apprentissage en petits groupes conviendrait davantage aux
élèves moins performantes. Certains témoignages font d’ailleurs état de la difficulté que ces
élèves éprouvent à maintenir leur intérêt dans les cours plus traditionnels. À partir de la 2e
session, les élèves performantes sont plus nombreuses à s’intéresser à tous les thèmes à
l’étude et aucune ne recourt à l’établissement de limites à l’investissement.
137
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 4-39 Nombre d’actions stratégiques affectives déclarées à chaque session lors du travail de
groupe et du travail individuel selon la performance
En somme, les dispositions affectives positives sont élevées dans les deux groupes.
Les élèves moins performantes apprécient davantage les activités de groupe et affichent
moins d’engagement lors du travail personnel alors que c’est l’inverse pour leurs camarades.
L’écoute active et le recours à des actions de soutien de la concentration sont élevés dans les
deux groupes. Les élèves performantes posent moins d’actions pour soutenir la motivation et
l’intérêt, tels l’établissement de limites à l’investissement, le recours au langage interne et le
recours aux renforcements, mais sont plus nombreuses à poser des actions pour contrôler les
émotions en 3e session.
138
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
S TRATÉGIES MÉTACOGNITIVES
En ce qui concerne le recours aux actions métacognitives lors du travail en groupe, les
données du tableau 4-40 font voir qu’en 1re session les élèves performantes s’évaluent plus
sévèrement que leurs pairs. Plusieurs des jugements négatifs de ces élèves concernent la
timidité, le manque de confiance en soi et l’inhibition causée par la crainte du ridicule. Dès la
2e session, les jugements négatifs des élèves performantes diminuent considérablement au
profit des jugements positifs. Quand on les compare à leurs pairs moins performantes, il y a
peu de différence. Les élèves des deux groupes ont une perception de soi, de leurs habilités à
réaliser la tâche et de leurs manières d’apprendre plus positive que négative.
Tableau 4-40 Nombre d’actions stratégiques métacognitives déclarées à chaque session lors du travail
de groupe selon la performance académique
Il faut attendre la 3e session pour que les autoévaluations des élèves soient
concordantes avec leur niveau de performance. À ce stade, les élèves performantes émettent
plus de jugements positifs et moins de jugements négatifs que leurs vis-à-vis. Les entrevues
ont révélé qu’en 3e session, les lacunes dans l’acquisition des connaissances antérieures
deviennent plus évidentes, ce qui diminue le sentiment de compétence des élèves moins
performantes. L’amélioration de la perception de compétence que l’on a observée pour
l’ensemble du groupe en 3e session est donc surtout attribuable aux jugements des élèves
performantes. Par ailleurs, ces dernières prévoient opérer davantage de changements que leurs
collègues en 1re session, ce qui est compatible avec leur autoévaluation plus négative. À la 3e
session, elles se distinguent de leurs pairs moins performantes par le nombre de changements
139
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Les données du tableau 4-41 portant sur les actions métacognitives en travail
individuel révèlent que, quel que soit le niveau de performance, les jugements positifs sont
toujours plus fréquents que les négatifs et que l’écart en faveur des jugements positifs
s’accroît à chaque session. De plus, la fréquence des jugements négatifs est sensiblement la
même dans les deux groupes à chaque session. Si elles ne se déprécient pas plus que leurs
consoeurs, les élèves performantes sont, par ailleurs, moins enclines à voir ou à faire part de
leurs progrès à partir de la 2e session. À cette étape, les élèves moins performantes émettent
davantage de jugements positifs que leurs collègues et cette différence est encore plus
apparente en 3e session. Le fait que les élèves performantes recourent davantage à leur propre
jugement pour évaluer la qualité de leur travail dans les premières sessions les rend peut-être
plus critiques à l’égard de leurs habiletés à réaliser la tâche. Aussi, ces élèves ont exprimé des
attentes plus élevées lors des entrevues, ce qui peut les rendre plus exigeantes dans la
reconnaissance de leurs forces. Leurs collègues qui éprouvent plus de difficultés sont peut-
être plus portées à noter leur progrès et à les rapporter.
Tableau 4-41 Nombre d’actions stratégiques métacognitives déclarées à chaque session lors du travail
individuel selon la performance académique
Actions stratégiques métacognitives Groupe 77 % Groupe 79 %
STRATÉGIES
MÉTACOGNITIVES
ou moins ou moins
session 1 2 3 1 2 3
• Énonciation d’un jugement positif 35 36 64 40 29 45
• Énonciation d’un jugement négatif 32 15 20 31 15 21
AUTO ÉVALUATION
• Évaluation du travail à partir de son 4 3 7 7 7 7
propre jugement
Au chapitre des actions d’autorégulation, les résultats du tableau 4-41 laissent voir
que les élèves qui obtiennent de moins bons résultats académiques anticipent moins de
140
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
changements de stratégies que leurs consoeurs mais en concrétisent davantage dans la session
qui suit. Encore ici, ces données renforcent l’hypothèse que ces élèves sont moins conscientes
de leur faiblesse, donc qu’elles anticipent moins de changements. Il est également possible
que les changements qu’elles concrétisent soient davantage opérés en réponse à une
évaluation externe, comme les rétroactions des tutrices et les notes obtenues, qu’au regard de
leur propre évaluation. Enfin, à l’égard de l’autocontrôle, plusieurs des changements réalisés
n’ont pas fait l’objet d’une évaluation dans les deux groupes. Cet écart entre les changements
rapportés et leur évaluation est plus important dans le groupe des élèves moins performantes.
Globalement, les résultats scolaires des élèves performantes s’expliquent par des
choix différents dans les actions stratégiques d’apprentissage. Ces élèves se préoccupent
davantage de comprendre le sens des tâches demandées, s’évaluent avec plus de sévérité et
recourent à plus de ressources de gestion. De telles actions portent fruit à la longue, et se
soldent en 3e session par la mise en œuvre d’un arsenal plus varié d’actions cognitives
d’élaboration. En revanche, même chez les élèves moins performantes, la méthode APP est
propice au développement de dispositions affectives positives sur lesquelles pourront
s’appuyer les interventions futures en vue d’améliorer leur performance.
141
Chapitre 5
Tableau 5-1 Actions stratégiques répertoriées à chaque phase du tutorial selon les types de
stratégies cognitives
Synthèse des résultats pour l’évolution des stratégies cognitives lors du travail en groupe
• En phase 1 et en phase 3, les actions de mémorisation qui persistent sont celles qui sont
attendues.
• En phase 1, toutes les actions d’élaboration augmentent au fil des sessions. En 3e
session, chacune de ces actions est déclarée par plus de la moitié des élèves et le plus
souvent par les 2/3 d’entre elles. Par contre, le recours à la formulation de questions
décroît de la 1re à la 3e session.
Synthèse des résultats pour l’évolution des stratégies cognitives lors du travail individuel
• Sur le plan des stratégies de mémorisation, l’annotation textuelle est moins fréquemment
évoquée en cours de formation.
• Les actions d’élaboration, pratiquement inutilisées en 1re session, sont de plus en plus
rapportées en cours de formation, mais encore insuffisamment en 3e session alors que la
moitié ou moins des élèves disent y recourir.
• Les actions d’organisation, élagage des données et visualisation du schéma, sont de plus
en plus fréquemment déclarées entre la 1re et la 3e session ; en 3e session plus des 2/3 des
élèves y font appel. Par contre, la catégorisation selon son propre jugement disparaît
complètement à partir de la 2e session.
Synthèse des résultats sur la part des stratégies cognitives de traitement en profondeur de l’information
• En phase 1, les 2/3 des élèves affichent une approche prédominante d’apprentissage en
profondeur en 3e session comparativement à une seule élève en 1re session.
• En phase 3, 7 élèves posent plus d’actions en profondeur que d’actions en surface,
contrairement à une seule en 1re session, mais il y a peu de progrès entre la 2e et la 3e
session. De plus, le tiers des élèves en 3e session ne rapportent aucune action de
traitement en profondeur.
• En phase 2, 9 élèves rapportent une approche prédominante de traitement en profondeur
en 3e session comparativement à 6 en 1re session. En 3e session, les élèves utilisent une
plus grande variété d’actions mais ont renoncé à catégoriser selon leur propre jugement.
146
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Des élèves qui profitent de l’apprentissage en groupe pour construire et valider leurs
connaissances…
En premier lieu, l’étude met en évidence la reconnaissance par les élèves de stratégies
cognitives propres aux étapes d’apprentissage en groupe. Deux actions soutiennent cette
affirmation : la participation délibérée à l’élaboration collective des connaissances et la
validation intentionnelle des connaissances. Il n’était pas évident, quand nous avons
commencé cette étude, que les élèves seraient sensibles à cette construction collective d’un
bagage de connaissances. En effet, les commentaires qu’elles formulent le plus souvent à
l’égard de l’expérience d’apprendre en groupe, quand ils sont positifs, concernent surtout
l’aspect interactif et animé et, quand ils sont négatifs, portent sur l’obligation de s’exprimer.
Ces actions n’étaient pas attendues par les chercheuses. D’ailleurs, elles ont été identifiées
seulement en 2e session, après que la récurrence des données eut fait voir qu’il s’agissait
d’activités cognitives délibérément mises en œuvre. Outre le fait qu’elles n’étaient pas
attendues, ces actions avaient échappé à la chercheuse en 1re session parce que la conscience
de ce qui se vivait en groupe était beaucoup plus floue chez les participantes.
147
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
En second lieu, nous retenons que les retombées de l’APP sur le développement des
stratégies cognitives réputées favoriser un apprentissage durable prennent un certain temps
avant d’émerger. La lenteur dans la progression du recours à des actions d’élaboration des
connaissances a été rapportée par Barrow, Lyte et Butterworth (2002) dans le cadre de
l’évaluation des effets d’un cours en APP. Les 33 étudiantes en sciences infirmières, réparties
en cinq groupes, ont été observées pendant les tutoriaux et ont participé à des focus groups.
Les observations ont révélé que les actions d’élaboration impliquant l’évaluation, la réflexion
et le raisonnement clinique commencent à être plus apparentes à la fin du cours. Dans notre
programme, peut-être en raison de failles dans l’application de la méthode ou dans la
préparation des élèves, il faut attendre souvent deux sessions avant d’observer des
modifications de stratégies chez une majorité d’élèves. À cet égard, il est intéressant de
souligner l’apport du devis longitudinal pour porter un jugement sur le choix des stratégies
adoptées dans un contexte d’APP. Ainsi, Larue (2004), dans le cadre de ses études doctorales,
a analysé les données pour les 31 élèves formant l’échantillon de 1re session de la présente
étude. Ces données ont été collectées après que les élèves eurent été exposées à quelques
tutoriaux. Les résultats obtenus lui font conclure que les élèves recourent davantage aux
stratégies de mémorisation qu’aux stratégies d’élaboration et d’organisation, autant en travail
de groupe qu’en travail individuel. Deux sessions plus tard, les données collectées auprès de
18 de ces élèves permettent d’observer une diminution du recours aux actions de
mémorisation au profit du développement d’actions visant la compréhension.
148
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
toutes les disciplines, explique peut-être qu’à mi-parcours de leur formation, elles semblent
développer davantage leurs stratégies d’élaboration et d’organisation. Ces étudiantes
continueront-elles à progresser dans le choix d’activités cognitives induisant une meilleure
compréhension ? Cela reste à démontrer.
Par ailleurs, l’analyse des données a permis de répertorier une action stratégique que
nous n’avons pas relevée dans les écrits : la sélection intentionnelle d’indices en phase 1. Là
encore, il a fallu attendre une session avant de repérer cette action, qui se distinguait de la
sélection mécanique d’indices observée en 1re session. Le fait que cette action n’ait pas été
recensée dans les études précédentes tient peut-être à la spécificité de la population collégiale.
Il est possible que, pour des populations universitaires, ce soit plutôt la sélection mécanique
d’indices qui soit incongrue. Il semble aller de soi que les indices sont placés dans le texte en
vue d’amorcer une démarche de résolution de problèmes et que l’étudiant devrait d’emblée
chercher à établir des liens avec ses connaissances antérieures lorsqu’il souligne les mots-
clés. Chez une étudiante de niveau collégial en début de formation, pour qui la méthode
d’APP est complexe et qui ne dispose pas du bagage de connaissances antérieures des
étudiants qui amorcent des études universitaires, il est compréhensible que la sélection
d’indices se fasse un peu à l’aveuglette.
Aucune étude, à notre connaissance, n’a exploré les stratégies cognitives dans les
trois phases du tutorial. Les rares études qui ont examiné spécifiquement les processus
cognitifs lors du travail de groupe ont surtout considéré la phase 1 (De Grave, Boshuizen et
Schmidt ; 1996) et ont adopté un devis transversal. D’autres se sont centrées sur le travail
individuel (Cartier, 1997 ; Evensen, 2000 ; Hmelo et Lin), sans non plus adopter une
perspective longitudinale. Dans les revues critiques d’écrits ou dans les méta-analyses, les
149
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Lors du travail individuel, Hmelo et Lin (2000) ont comparé les processus
d’apprentissage d’étudiants en médecine formés soit en APP, soit traditionnellement. Sur le
plan des stratégies de traitement en profondeur de l’information, l’analyse des données
montre que les étudiants formés en APP intègrent davantage les nouvelles informations tirées
de leurs lectures dans la résolution du problème et que ces nouvelles informations sont
davantage utilisées pour former des hypothèses. Indépendamment de toute forme de
comparaison avec des élèves recevant une formation traditionnelle, nous pouvons présumer
qu’en raison de l’obligation de produire un schéma des concepts, nos élèves intègrent
davantage les lectures dans la résolution du problème à mesure qu’elles avancent dans leur
formation, si l’on en juge par l’augmentation de la fréquence des actions d’organisation des
connaissances. Cartier (1997), quant à elle, a obtenu des résultats contraires, du moins en ce
qui concerne la lecture de la documentation, puisque la majorité des étudiants en médecine de
son étude (quatre sur six) adoptent plus de stratégies de traitement en surface que de
stratégies de traitement en profondeur de l’information. Au collégial, Cossette, McClish et
Ostiguy (2004) ont obtenu une différence significative en faveur des élèves vivant une
immersion en APP en ce qui a trait au recours à des stratégies de traitement en profondeur de
l’information. Après deux sessions, la courbe d’interaction fait aussi voir une différence
significative, toujours en faveur du groupe exposé à l’APP, qui démontre que l’écart entre les
groupes s’accroît. Dans l’instrument qu’elles ont utilisé, les chercheuses ont inventorié les
stratégies en travail individuel. Aussi, elles n’ont pas étudié le recours aux stratégies de
150
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
surface, de sorte qu’on ne peut conclure à une part plus grande de stratégies en profondeur
que de stratégies en surface.
Enfin, en troisième lieu, nous observons que des élèves renoncent à certaines
stratégies qui pourraient favoriser un approfondissement des connaissances parce que le
recours à ces stratégies n’est pas encouragé par les tutrices. Ainsi s’explique la diminution de
la formulation de questions en phase 1 et de la catégorisation selon son propre jugement en
phase 2. Ce constat corrobore les conclusions de plusieurs chercheurs. Evensen (2000) a
souligné l’impact significatif des évaluations des tuteurs sur le choix des stratégies adoptées
par les élèves. De même, Savin-Baden (2000) a mis en lumière la pédagogie stratégique
comme un des thèmes associés au point de vue pédagogique dans son étude. Les élèves qui
adoptent une telle approche pédagogique utilisent les stratégies qui semblent les plus
acceptables pour les autorités et pour eux-mêmes. Ce thème fait référence à une des
orientations envers l’apprentissage décrites par Entwistle et Ramsden (Entwistle, 1988),
l’orientation centrée sur la réussite, dans laquelle les élèves privilégient des stratégies de
mémorisation et cherchent avant tout à reproduire les comportements prisés par les
évaluateurs.
Dans le même esprit, nous avons pu observé que la faible progression des stratégies
d’élaboration en phase 3 était liée au déroulement de cette phase du tutorial qui ne favorise
pas l’argumentation. Barrow, Lyte et Butterworth (2002) et Savin-Baden (2003) ont fait
ressortir l’importance des interventions des tuteurs pour stimuler la réactivation des
connaissances et le raisonnement clinique. Selon le style d’enseignement de la tutrice, il y a
fort à parier que certaines phases 3 ressemblent davantage à un exposé qu’à une discussion
autour des connaissances acquises. De même, le fait que la phase 1 se termine sans que les
élèves soient invitées à établir une priorité dans les hypothèses et à ébaucher une
hiérarchisation des concepts ne favorise pas le développement de la stratégie d’organisation
des connaissances. En faisant plus de place à cette tâche, on obtiendrait sans doute des
retombées positives sur l’arborescence des connaissances produite dans le schéma. Rappelons
que le contenu des schémas n’a pas été analysé dans le cadre de la présente étude et que les
pratiques pédagogiques des tutrices n’ont pas été observées. Le fait que nos élèves déclarent
recourir davantage à des stratégies d’organisation ne démontre pas que la hiérarchisation et
les liens produits dans le schéma soient en progression. À l’instar de Berkson (1993), de
Cartier (1997), d’Evensen (2000) et de Schmidt et Moust (2000), nous pensons que l’APP en
soi n’est pas garant du développement de stratégies cognitives plus efficaces pour favoriser la
151
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
compréhension. Plusieurs autres variables entrent en jeu pour que cette promesse soit
réalisée. Dans le cas présent, il faudra réexaminer le rôle de la tutrice durant les tutoriaux, le
temps accordé aux deux phases du travail en groupe, les consignes pour la correction des
schémas et la préparation des élèves aux différentes tâches spécifiques de la méthode. Les
réajustements qui suivent une période d’implantation, notamment à l’égard de la préparation
des tuteurs et des élèves, sont fréquemment rapportés dans les écrits (Barrow, Lyte et
Butterworth, 2002 ; DesMarchais, 1996 ; Morales-Mann et Kaitell, 2001).
Les actions de gestion des ressources répertoriées sont regroupées au tableau 5-2. Par
la suite, les résultats obtenus tant en travail de groupe qu’en travail individuel sont synthétisés
puis examinés selon qu’ils soutiennent ou non un apprentissage en profondeur des
connaissances.
Tableau 5-2 Actions stratégiques répertoriées en travail de groupe et en travail individuel selon les
types de stratégies de gestion des ressources
• Groupe ¾ Ponctualité
152
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Synthèse des résultats pour l’évolution des stratégies de gestion des ressources lors du travail de groupe
• La grande majorité des élèves font preuve de ponctualité pour les étapes de travail en
groupe même en 3e session.
• L’utilisation intentionnelle des ressources du groupe devient plus fréquente au cours des
sessions et est évoquée par la moitié des élèves en 3e session
Synthèse des résultats pour l’évolution des stratégies de gestion des ressources lors du travail individuel
Synthèse des résultats sur la part des stratégies de gestion des ressources favorisant un apprentissage
en profondeur
• Entre la 1re et la 3e session, les élèves sont toujours plus nombreuses à exécuter plus de
trois actions, sur une possibilité de sept, démontrant une utilisation judicieuse des
ressources dont elles disposent.
• En 3e session, 78 % d’entre elles déclarent quatre actions ou plus de gestion des
ressources, contre 57 % en 1re session.
L’immersion dans une méthode d’apprentissage qui exige une part imposante de
travail individuel à chaque semaine ne se fait pas sans heurts pour des élèves de niveau
collégial. Devenir des apprenants autonomes ne faisait pas partie de leur vision de la
formation infirmière, particulièrement pour les élèves plus âgées, très disposées à recevoir la
synthèse des connaissances des expertes. Certains résultats sont encourageants, d’autres
préoccupants.
153
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
154
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
…mais qui manquent de temps pour utiliser plus judicieusement les ressources humaines et
matérielles
Ces résultats ne concordent pas avec ceux présentés par Blumberg (2000), qui
rapporte des études évaluant la propension de l’APP à favoriser les comportements
d’apprenants autonomes. Selon les conclusions de la chercheuse, les étudiants exposés à
l’APP font davantage de lectures complémentaires ou de recherches sur le réseau Internet, ils
utilisent plus efficacement et consultent davantage la documentation et les services de la
bibliothèque que ceux inscrits dans des programmes plus traditionnels. Blumberg souligne,
par contre, que dans les curriculums en APP qui sont plus directifs, là où les objectifs sont
déterminés par les enseignants, ces comportements sont moins susceptibles d’émerger. Il y a
peut-être là une piste féconde pour comprendre les résultats que nous avons obtenus. En effet,
au moment de l’implantation de la méthode, les appréhensions étaient grandes concernant le
comportement d’élèves plus jeunes devant l’autonomie qu’exige la méthode. Aussi les
155
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
enseignantes ont-elles privilégié un encadrement étroit, laissant peu de place aux initiatives
personnelles. Ce choix donne des résultats positifs, notamment en diminuant le stress des
élèves, mais s’accompagne vraisemblablement d’effets indésirables qui mériteront d’être
étudiés dans l’avenir. Cette tendance des enseignantes à vouloir orienter les étudiantes avec
rigidité et autorité semble être un des pièges que les enseignants qui amorcent un virage en
APP ont peine à éviter (Des Marchais, 1996b). Un autre aspect à considérer sera la charge de
travail demandée à chaque tutorial. Plusieurs auteurs (Ramsden, 1988 ; Romano, 1991), sans
égard à la méthode APP, ont mis en garde contre les effets délétères d’une charge de travail
excessive sur l’approfondissement des connaissances. Il faudra vérifier si la charge de travail
demandée aux étudiantes est excessive ou si la préparation des élèves aux méthodes de travail
en APP est insuffisante.
Quoi qu’il en soit, les récriminations concernant la charge de travail ne semblent pas
avoir eu d’incidence sur l’intérêt et la motivation, comme le font voir les résultats obtenus
pour la catégorie des stratégies affectives.
Tableau 5-3 Actions stratégiques répertoriées en travail de groupe et en travail individuel selon les
types de stratégies affectives
¾ Participation active
¾ Entretien d’un intérêt pour la discussion
• Groupe ¾ Écoute active
¾ Recours au langage interne
Maintien de l’intérêt et
soutien de l’attention ¾ Engagement élevé
¾ Entretien de l’intérêt pour tous les thèmes
¾ Établissement de limites à l’investissement
• Individuel ¾ Élimination des facteurs de distraction lors de l’étude
¾ Identification des limites de sa capacité de concentration
¾ Interruption ou changement d’activité lors de l’étude
¾ Recours aux renforcements lors de l’étude
156
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Synthèse des résultats pour l’évolution des stratégies affectives lors du travail de groupe
Synthèse des résultats pour l’évolution des stratégies affectives lors du travail individuel
• La mention d’un engagement élevé est stable en 1re et en 3e sessions et concerne plus de
la moitié des élèves.
• De plus en plus d’élèves déclarent un intérêt pour tous les thèmes à l’étude de la 1re à la
3e session. À la 3e session, 78 % des élèves affichent un tel intérêt.
• Une minorité d’élèves, soit moins de 22 % à chaque session, disent établir des limites à
leur investissement.
• L’élimination des facteurs de distraction est une action posée par 78 % des élèves dès la
1re session. Ce pourcentage atteint 89 % en 3e session.
• De plus en plus d’élèves apprennent à identifier les limites de leur capacité de
concentration. Elles sont 33 % à déclarer cette action en 1re session, comparativement à
78 % en 3e session.
Synthèse des résultats sur la part des stratégies affectives favorisant un apprentissage en profondeur
• À chaque session, le nombre d’actions ou de dispositions déclarées favorisant un
apprentissage en profondeur, soit la participation active, l’engagement élevé, l’intérêt
constant pour la discussion et l’intérêt pour tous les thèmes, surpasse celui des actions
favorisant un apprentissage en surface.
• Sur un plan individuel, la 3e session semble exercer un effet positif sur l’activation des
dispositions affectives favorisant un apprentissage en profondeur. À ce stade, 89 % des
élèves déclarent présenter plus de dispositions ou de comportements favorisant un
apprentissage en profondeur, comparativement à 55 % en 1re session.
157
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Enstwistle (1988), suivi par plusieurs autres (Barbeau, 1993 ; Romano, 1991 ; Ruph,
1999 ; Wolfs, 1998), affirme que lorsque l’élève est motivé intrinsèquement, c’est-à-dire
par un intérêt pour la matière à apprendre, il adopte plus naturellement des stratégies qui
favorisent un apprentissage durable. Nul doute que les actions affectives rapportées par nos
élèves sont des indicateurs d’une telle motivation intrinsèque.
158
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Tableau 5-4 Actions stratégiques répertoriées en travail de groupe ou individuel selon les types de
stratégies métacognitives
Synthèse des résultats pour l’évolution des stratégies métacognitives lors du travail de groupe
• En 1re session, le nombre d’élèves qui portent un jugement négatif sur elles-mêmes
comme apprenantes excède celui des élèves dont l’autoévaluation est positive. Ce n’est
qu’en 3e session que la perception de soi devient plus positive que négative.
• Sur le plan de l’autorégulation, plus de la moitié des élèves souhaitent maintenir leurs
stratégies lors du travail de groupe à chaque session. Pourtant, elles sont de plus en plus
nombreuses à partir de la 2e session à rapporter des changements et à en évaluer l’effet
sur leur apprentissage.
• Les données collectées concernant l’autocontrôle permettent d’avancer que les élèves
sont davantage conscientes des retombées des changements de stratégies lors du travail
de groupe qu’en travail individuel
159
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Synthèse des résultats pour l’évolution des stratégies métacognitives lors du travail individuel
• Au moment du travail individuel, plus d’élèves énoncent des jugements positifs sur
elles-mêmes comme apprenantes qu’il n’y en a qui portent des jugements négatifs. En
revanche, les perceptions négatives prédominent quant il s’agit d’évaluer l’habileté à
réaliser la tâche. En 3e session, tous les aspects de l’autoévaluation sont évalués plus
positivement que négativement. Dans l’ensemble, plus de jugements concernent le
travail individuel que le travail de groupe.
• En ce qui concerne l’évaluation de la qualité de son travail, plus de 60 % des élèves
déclarent évaluer par elles-mêmes la qualité de leur travail sans attendre le jugement
des pairs ou de la tutrice. En 3e session, ce pourcentage s’élève à 78 %.
• Au chapitre de l’autorégulation, on observe à chaque session une fréquence plus élevée
de l’anticipation d’un changement de stratégies lors du travail individuel, ce qui
concorde avec l’activité plus intense d’autoévaluation observée pour cette étape du
tutorial.
• Les élèves opèrent davantage de changements à chaque session que ce qu’elles avaient
prévu la session précédente.
• En général, l’activité d’autorégulation et d’autocontrôle est plus faible que l’activité
d’autoévaluation, particulièrement dans les deux premières sessions. En 3e session, les
élèves modifient davantage leurs stratégies.
Synthèse des résultats sur la part des stratégies métacognitives favorisant un apprentissage en
profondeur
• La 3e session apparaît comme une session cruciale pour que les activités métacognitives
d’autoévaluation et d’autorégulation favorisent un approfondissement des
apprentissages. À l’égard des comportements déclarés en 1re session, on observe une
augmentation notable du nombre d’élèves qui démontrent à la fois un effort de
compréhension du sens des tâches et plus d’investissement cognitif. En 3e session, les
comportements qui favorisent un apprentissage en profondeur prédominent chez les 2/3
des élèves.
Savin-Baden (2000) affirme qu’un des défis de l’éducation supérieure est de former
des praticiens réflexifs qui peuvent faire face aux incertitudes et aux défis de leur profession.
L’intense activité d’autoévaluation, observée lors du travail de groupe et du travail individuel,
confirme que les élèves formées en APP vivent une période de déstabilisation en raison de
l’incertitude ressentie devant la responsabilité de déterminer ce qui doit être appris, la
réalisation de nouvelles tâches et l’exposition aux jugements des autres. Les résultats que
nous avons mis au jour font voir que les évaluations négatives en travail de groupe excèdent
les évaluations positives au regard de la perception de soi comme apprenante et que les
jugements favorables et défavorables se partagent également quand il s’agit d’évaluer
160
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
l’habileté à réaliser la tâche. Lors du travail personnel, c’est à l’égard des habiletés à réaliser
la tâche que les évaluations négatives dominent. Le regard critique porté sur soi, ses habiletés
à réaliser la tâche et ses manières d’apprendre ne laisse rien au hasard, scrutant l’efficacité
des stratégies cognitives, affectives et de gestion. La critique ne se limite pas à soi mais se
tourne aussi vers les choix des enseignants. Les élèves remettent en question l’utilité de
certaines tâches, comme celles qui consistent à contextualiser les données du problème sur le
schéma ou à répondre aux hypothèses émises en phase 1 lors de l’étude, et ne les
accomplissent que lorsqu’elles en voient la pertinence. Elles questionnent aussi le rôle trop
passif de la tutrice en phase 1 et le déroulement de la phase 3. Bref, nous croyons avoir planté
un des jalons qui permettront aux élèves de faire face aux incertitudes et de poser un regard
critique sur leur pratique et sur les valeurs ayant cours dans le milieu professionnel.
Par ailleurs, il est reconnu que deux conditions doivent être réunies pour que
l’activité métacognitive soit au service d’un meilleur apprentissage : une compréhension de
ses manières d’apprendre et la capacité de les ajuster (Boulet, Savoie-Zacj et Chevrier, 1996;
Frenay, Noël, Parmentier et Romainville; 1998 ; Lafortune et Deaudelin, 1999 ; Saint-Pierre,
1991; Tardif, 1997). Les trois composantes de la métacognition identifiées par Lafortune et
Deaudelin (1999), à savoir les connaissances métacognitives, la gestion de son activité
mentale et la prise de conscience de ses processus mentaux, sont mises à contribution dans les
actions rapportées par les élèves. La 1re session est davantage caractérisée par l’expression
des connaissances métacognitives, sur soi, son habileté à réaliser la tâche et ses manières
d’apprendre. À partir de la 2e session, les résultats démontrent que les connaissances
métacognitives sont prises en compte dans la gestion de l’activité mentale, laquelle se
manifeste par des stratégies d’autorégulation et d’autocontrôle. Pour Evensen (2000),
l’autorégulation est inextricablement liée à la perception de compétence, dans la mesure où
pour prévoir des modifications de stratégies, il faut croire en son potentiel d’apprenant. Or,
les résultats que nous avons obtenus font voir que la perception de soi comme apprenante et
de son habileté à réaliser la tâche devient plus positive à partir de la 2e session. Enfin,
161
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Dans cette section, nous discutons des stratégies utilisées par les étudiantes
performantes, celles dont la moyenne des résultats scolaires dans les cours en APP s’établit à
79 % et plus, et par les étudiantes moins performantes, qui affichent une moyenne de 77 %
ou moins. La discussion des différences observées dans les choix stratégiques de ces deux
groupes d’élèves est précédée d’un rappel des principaux résultats.
Synthèse des résultats sur les choix stratégiques selon le niveau de performance des élèves
• Les élèves performantes recourent plus fréquemment que leurs pairs aux actions
d’élaboration, à toutes les phases du tutorial, et plus notablement en 3e session.
162
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
• Les élèves performantes posent plus d’actions de gestion des ressources en 3e session. À
cette étape, elles sont plus nombreuses à prédire le temps d’étude, à étudier d’avance, à
répartir le travail en étapes, à utiliser intentionnellement les ressources du groupe et à
étudier en silence.
• Les élèves moins performantes apprécient davantage les activités de groupe mais
manifestent moins d’intérêt pour tous les thèmes. Pour maintenir leur intérêt, ces élèves
recourent davantage à l’établissement de limites à l’investissement, au langage interne et
aux renforcements.
• Les élèves performantes consacrent en moyenne deux heures de plus que leurs
camarades à l’étude des problèmes.
• L’écoute active est plus fréquemment évoquée par les élèves performantes en 2e et 3e
sessions de même que l’élimination des distractions en 1re et 2e sessions.
• Les élèves performantes s’évaluent plus sévèrement que leurs pairs lors du travail de
groupe dans les deux premières sessions ; en travail personnel, hormis à la 1re session,
elles expriment moins de jugements positifs que leurs camarades.
• Les élèves plus performantes évaluent davantage la qualité de leur travail à partir de
critères personnels.
• Au chapitre de l’autorégulation, les élèves performantes prévoient opérer davantage de
changements que leurs pairs dans les premières sessions, tant en travail de groupe qu’en
travail individuel. En revanche, elles opèrent moins de changements que ces dernières
lors du travail personnel à toutes les sessions. En 3e session, ces élèves se démarquent de
leurs consoeurs en opérant plus de changements en travail de groupe.
• À l’égard de l’autocontrôle, les élèves performantes évaluent plus que leurs pairs l’effet
d’un changement de stratégies sur leur performance.
Des élèves qui font des choix stratégiques différents selon leur performance académique
Les résultats à l’égard des stratégies cognitives confirment ce que d’autres études ont
déjà démontré, que ce soit dans le contexte de l’APP (Cartier, Plante et Tardif, 2001) ou de
l’étude des stratégies d’apprentissage en général (Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996 ;
Romainville, 1993 ; Schmeck, 1988 ; Wolfs, 1998), à savoir que les élèves qui réussissent
mieux utilisent davantage de stratégies de traitement en profondeur de l’information qui
favorisent un apprentissage durable. Dans une étude visant à connaître les stratégies
d’apprentissage d’étudiants universitaires au Québec, Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier (1996)
identifient les stratégies qui distinguent les étudiants forts des étudiants faibles. Parmi les
stratégies cognitives associées à une meilleure réussite, les chercheurs recensent l’utilisation
de titres pour s’aider à reconnaître les points importants, l’identification des idées
principales, la formation d’un ensemble cohérent et logique avec les éléments se rapportant
à un thème, l’organisation de la matière en faisant des regroupements et des classifications.
163
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
De son côté, Wolfs (1998), adoptant un devis longitudinal, a étudié l’évolution des stratégies
d’apprentissage d’étudiants au niveau secondaire supérieur en France, soit entre la 4e et la 6e
année, et après le passage au niveau universitaire, en 2e année du 1er cycle, ainsi que le lien
entre les stratégies et la réussite. Parmi les stratégies cognitives associées significativement à
la réussite, Wolfs rapporte : chercher à comprendre un mot (par soi-même ou en demandant
une explication), reformuler en ses propres mots, chercher à comprendre avant de
mémoriser, utiliser des exemples, rechercher l’idée maîtresse d’un texte, établir des liens,
faire des comparaisons, établir un plan ou un schéma de la matière, etc. Ces études
confirment que les stratégies cognitives associées à la réussite impliquent un traitement actif
de l’information. Des stratégies semblables sont explicitement ou implicitement évoquées
par les élèves qui ont participé à notre étude lors du travail individuel, et elles sont davantage
utilisées par celles qui réussissent mieux.
En ce qui concerne les stratégies de gestion des ressources, nous obtenons tantôt des
résultats qui convergent avec ceux rapportés dans d’autres études, tantôt des résultats
divergents. En ce qui a trait aux aspects convergents, en général nous relevons que les élèves
performantes recourent à une plus grande variété de stratégies de gestion que leurs pairs, ce
que plusieurs autres chercheurs ont associé à une meilleure réussite (Barbeau, Montini et
Roy, 1997 ; Blumberg, 2000 ; Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier, 1996 ; Romainville, 1993).
Parmi les actions spécifiques, la planification de l’étude est signalée comme une stratégie
favorisant une meilleure réussite par Wolfs (1998) et par Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier.
Ces derniers ont aussi associé à une meilleure réussite le fait de travailler en silence et
d’étudier d’avance. Par contre, nous notons des divergences au chapitre de la répartition du
travail en étapes et de l’utilisation des ressources humaines. En ce qui a trait à la répartition
du travail, les élèves forts qui ont participé à l’étude de Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier
préfèrent étudier pendant des périodes plus longues mais moins fréquentes. Nos données ne
nous permettent pas de préciser qu’en répartissant le travail en étapes, les élèves performantes
optent pour des périodes plus courtes. Les commentaires recueillis indiqueraient que ce choix
stratégique est plutôt motivé par la volonté de se donner du temps de réflexion entre la
période de collecte des informations et la production du schéma. En ce qui concerne
l’utilisation intentionnelle des ressources du groupe, nous n’avons pas trouvé de résultats
comparables dans d’autres études. Par contre, Boulet, Savoie-Zajc et Chevrier établissent une
relation négative entre la recherche d’aide en cas de difficultés et la réussite. Selon leur
analyse, les étudiants forts comptent davantage sur eux-mêmes que sur les autres. Dans la
présente étude, nous observons ce qui semble être un effet propre à l’apprentissage en groupe.
Dans les premières sessions, les élèves performantes sont plus nombreuses que leurs pairs à
164
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
recourir aux autres, peut-être parce que le travail en groupe favorise la coopération. Par la
suite, elles apprennent à reconnaître qu’elles peuvent obtenir ce soutien à l’intérieur même
des périodes de travail en groupe. L’effet positif de l’APP sur les habilités de coopération est
un gain fréquemment identifié par les étudiantes en sciences infirmières inscrites dans un
curriculum en APP (Cooke et Moyle, 2002 ; Morales-Mann et Kaitell, 2002 ; White, Amos et
Kousekanani, 1999).
Enfin, l’étude a révélé que les élèves performantes s’évaluent moins positivement que
leurs pairs lors du travail individuel et plus sévèrement lors du travail en groupe dans les
premières sessions. Tout au contraire, Wolfs (1998) rapporte une association positive entre la
réussite et la confiance en soi. Une telle association est aussi implicite dans le modèle de
motivation scolaire de Barbeau (Barbeau, Montini et Roy, 1997). En effet, selon cette
auteure, la perception de compétence est un des déterminants de la motivation qui aura un
effet sur la persistance dans les tâches et, conséquemment sur la réussite. Cette plus faible
perception de compétence chez les élèves performantes est d’autant plus surprenante qu’elles
font preuve de plus de persistance dans l’étude, si on en juge par le temps qu’elles y
consacrent. On peut inférer que les attentes de performance plus élevées chez les élèves
performantes les rendent plus critiques à l’égard de leurs points forts. On peut aussi avancer
que ces données ne reflètent pas tant une faible perception de compétence chez les élèves
plus fortes qu’une plus grande difficulté des élèves faibles à s’autoévaluer justement. Le fait
que les élèves performantes soient plus nombreuses à évaluer la qualité de leur travail à partir
de leur propre jugement appuie l’hypothèse voulant qu’elles aient des repères pour faire une
165
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
évaluation plus juste. Dans cette ligne de pensée, Wolfs (1998) a trouvé une association entre
la difficulté à s’autoévaluer et l’échec scolaire. Autre donnée étonnante, au chapitre de
l’autorégulation : les élèves performantes opèrent moins de changements lors du travail
personnel. Comme par ailleurs elles se démarquent par un arsenal plus varié de stratégies
favorisant la réussite, il est probable qu’elles opèrent moins de changements parce que leurs
stratégies portent fruit.
166
Conclusion
Cette étude avait pour but de décrire les stratégies d’apprentissage utilisées par des
étudiantes en soins infirmiers engagées au niveau collégial dans un curriculum en APP et de
suivre l’évolution des choix stratégiques au cours des trois premières sessions de la
formation.
L’analyse des actions posées par les élèves dans les quatre catégories de stratégies
étudiées, à savoir les stratégies cognitives, les stratégies métacognitives, les stratégies
affectives et les stratégies de gestion des ressources, révèle une progression constante dans le
choix d’actions stratégiques favorisant un apprentissage durable, du moins en ce qui concerne
les stratégies affectives, de gestion des ressources et métacognitives. Le portrait est toutefois
moins concluant en ce qui a trait aux retombées de ces choix positifs sur le recours direct à
des actions stratégiques d’ordre cognitif favorisant un traitement en profondeur de
l’information. À cet égard, les résultats font voir un progrès notable des actions visant
l’élaboration des connaissances lors de la découverte du problème en groupe et des actions
d’organisation lors du travail individuel. Les actions d’élaboration au moment du travail
personnel sont également davantage utilisées entre la 1re et la 3e session mais encore trop peu
d’élèves y recourent en 3e session. À l’étape de la mise en commun des apprentissages
individuels, les résultats de la recherche suggèrent que le contexte d’apprentissage pourrait
nuire à l’émergence des stratégies d’élaboration et de généralisation des connaissances qui
sont attendues, en raison notamment du déroulement trop rapide des tâches à accomplir en
groupe et du rôle plus directif adopté par les tutrices. Par ailleurs, la recherche confirme que
les élèves qui réussissent mieux recourent davantage aux actions favorisant un apprentissage
en profondeur.
Dans l’ensemble, les résultats montrent que les élèves exposées à l’apprentissage par
problèmes à l’ordre d’enseignement collégial développent leur métacognition en cours de
formation et manifestent de plus en plus d’autonomie face à l’apprentissage. Sans le devis
longitudinal, ces progrès n’auraient pas été perceptibles dans la majorité des cas, puisqu’il
faut souvent attendre la 3e session avant d’observer des changements significatifs. Les
résultats témoignent aussi de l’importance d’associer une meilleure cohérence entre les
intentions visées par le changement de curriculum et les pratiques mises en place pour les
réaliser. L’étude invite les enseignantes et les enseignants du programme de soins infirmiers à
revoir certaines de ces pratiques et identifie de nouvelles pistes de recherche.
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
Sur le plan pédagogique, les données livrées par la recherche arrivent à point nommé
au moment où le programme de soins infirmiers est engagé dans le bilan d’implantation du
nouveau programme. Le regard évaluatif qui sera porté sur l’acquisition des compétences ne
pourra pas éviter de scruter l’efficacité du véhicule pédagogique qu’est l’apprentissage par
problèmes. Les pistes identifiées par la recherche sont nombreuses. À première vue, il
apparaît nécessaire de revoir la préparation des élèves aux tâches impliquées dans la
recherche individuelle et la production du schéma. La nécessité de débattre du rôle des
tutrices dans la direction des groupes s’impose aussi. Par ailleurs, les stratégies utilisées pas
les étudiantes sont largement tributaires de leur perception de la tâche, laquelle est influencée
par la facture du problème à l’étude, les lectures demandées et les exigences de l’évaluation.
Aussi, l’énoncé de problèmes susceptibles de favoriser le déploiement de stratégies
d’élaboration et de généralisation et de soulever des hypothèses stimulantes en concordance
avec les objectifs définis devrait être à l’ordre du jour du plan de développement pédagogique
de même que la révision de la formulation des objectifs en vue de faire une plus large place à
l’autodétermination De plus, il faudra se demander si les objectifs d’étude et les lectures
suggérées conduisent à établir un réseau hiérarchique de concepts reliés par des liens
logiques. Il ne faudra pas négliger non plus la formulation des questions d’évaluation
formative et sommative, afin de vérifier leur potentiel à faire appel à l’élaboration ou à la
généralisation des connaissances. Sur le plan de la logistique, il faudra envisager la possibilité
d’augmenter le temps alloué au tutorial. Déjà, à partir des données révélées, des mesures
correctives ont été mises en place. Ainsi, des ententes interdisciplinaires ont permis
d’amorcer une organisation des connaissances à la fin de la première phase en groupe, de
prévenir la perte de temps qu’entraînent des objectifs mal définis, de favoriser un retour sur
les réponses au test formatif au moment du retour en groupe et d’accorder au moins une
importance égale au contenu et à la forme dans la correction des schémas. De plus, une
expérience pilote est en cours pour évaluer l’effet de l’augmentation du temps consacré au
tutorial sur les actions d’approfondissement durant les phases de travail en groupe. Enfin, un
guide destiné à soutenir l’intervention des tutrices-pairs, dans le cadre du programme de
tutorat par les pairs, a été conçu en s’inspirant des actions privilégiées par les élèves
performantes.
Sur le plan de la recherche, les avenues sont multiples. Dans la présente étude, nous
avons opté pour une restitution, au moyen d’une entrevue semi-dirigée, des actions utilisées
dans les trois phases du travail. Des études ciblées pour chacune des phases livreraient un
portrait plus fin des processus cognitifs et des actions stratégiques de toutes catégories qui y
sont mises en œuvre. Dans cet esprit, le recours à des instruments de collecte de données que
168
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES
d’autres chercheurs ont utilisés avec succès, tels le journal de bord, l’observation directe, des
élèves aussi bien que des tutrices, la restitution des pensées à l’aide d’enregistrements vidéo
des séances de discussion et l’étude des schémas, seraient à considérer. Il serait aussi du plus
grand intérêt de conduire des études qualitatives comparatives avec des populations recevant
une autre forme d’enseignement afin de déterminer l’apport spécifique de la méthode APP
dans le développement des stratégies d’apprentissage. Aussi, comme l’objectif ultime est de
former des professionnelles autonomes, autant pour la résolution de problèmes que pour
l’actualisation des connaissances, des études comparatives d’infirmières ayant reçu une
formation en APP et de collègues formées plus traditionnellement permettrait d’évaluer les
retombées à long terme de l’APP.
169
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Définitions opérationnelles des concepts
Annexe 1
Catégorie des stratégies cognitives Tout énoncé qui décrit ce que pense et fait l’élève pour
traiter l’information.
Énonce des activités ayant pour but de connaître
Mémorisation
l’information, de la répéter ou d’en faire un rappel.
Énonce des actions qui indiquent la préoccupation
Élaboration d’établir des liens entre les connaissances antérieures et
les nouvelles.
Énonce des actions qui visent à structurer les
Organisation
connaissances sous une forme schématique.
Mentionne le recours à des connaissances ou
Généralisation
expériences antérieures dans un contexte différent.
Catégorie des stratégies métacognitives Tout énoncé qui démontre que l’élève évalue ses capacités
d’apprenante et ses manières d’apprendre en relation avec
la tâche d’apprentissage à accomplir et ajuste ses stratégies
en conséquence.
Énonce un jugement sur elle comme apprenante ou sur
Autoévaluation
l’efficacité et la qualité de ses activités cognitives.
Fait part de son intention de maintenir ou de modifier
Autorégulation ses activités cognitives ou confirme la concrétisation
d’un changement.
Catégorie des stratégies affectives Tout énoncé qui se rapporte au maintien ou au contrôle d’un
affect positif ou négatif relié à une tâche d’apprentissage.
Fait part d’une disposition affective relative à l’intérêt
Maintien de l’intérêt et de la motivation ou à la motivation ainsi que des moyens pour les
maintenir.
Fait part d’une disposition affective relative à
Soutien de l’attention et de la concentration l’attention ou à la concentration ainsi que des moyens
pour les soutenir.
Maîtrise des émotions Énonce une action pour gérer ses émotions négatives.
Catégorie des stratégies de gestion des ressources Tout énoncé dans lequel l’étudiante identifie des conditions
d’utilisation de ses stratégies de traitement de l’information.
Énonce des actions relatives à la gestion du temps en
Organisation du temps
relation avec les exigences de la tâche.
Utilisation des ressources matérielles Énonce des actions relatives aux modalités d’utilisation
du matériel disponible.
Utilisation des ressources humaines Énonce des actions relatives au recours à des personnes
pour faciliter son apprentissage.
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
STRATÉGIES COGNITIVES : tout énoncé qui décrit ce que pense et fait l’élève pour traiter l’information.
Annotation sous forme de résumés selon les L’élève résume en ses propres mots les idées principales
objectifs des livres de référence.
182
Stratégies d’organisation (en P2) Tout énoncé d’une activité qui vise à structurer les
connaissances sous une forme schématique.
Catégorisation des données en fonction L’élève classe ses notes en se référant aux catégories
d’objectifs prédéterminés en P2 prévues dans l’étude du problème
L’élève dit explicitement avoir discriminé les données
Élagage des données en P2
essentielles ou avoir évité les répétitions.
L’élève recourt à une technique pour voir comment
Visualisation de la structure du schéma en P2
organiser le schéma.
L’élève produit un canevas de schéma sur lequel elle
Annotations schématisées en P2 inscrit les données essentielles pour chaque concept à
l’étude au fur et à mesure.
L’élève inclut dans son schéma des catégories non
Catégorisation selon son propre jugement
identifiées dans les objectifs.
Tout énoncé qui fait référence au recours à des connaissances
Stratégies de généralisation (P2-P3) ou expériences antérieures dans un contexte différent.
Application des connaissances générales au L’élève déclare appliquer les connaissances acquises à
problème d’autres contextes.
STRATÉGIES MÉTACOGNITIVES : tout énoncé qui démontre que l’élève évalue ses capacités d’apprenante et ses manières
d’apprendre en relation avec la tâche d’apprentissage à accomplir et ajuste ses stratégies en conséquence.
Énonciation d’un jugement sur la perception de L’élève s’évalue sur ses attributs d’apprenante.
soi comme apprenant (+, -, 0)
Énonciation d’un jugement sur ses manières L’élève fait un lien entre les stratégies utilisées et leur
d’apprendre (+, -, 0) impact sur l’apprentissage.
Évaluation de son étude et de son schéma à L’élève exprime un ou des critères à partir desquels
partir de son propre jugement en P2 elle peut évaluer son travail durant la phase 2.
183
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
Évaluation d’un changement de stratégie L’élève déclare avoir modifié une stratégie lors des
différentes phases du tutorial et en mesure l’impact sur
son apprentissage.
STRATÉGIES AFFECTIVES : tout énoncé rapportant une action de maintien ou de contrôle d’un affect positif ou négatif relié à
une tâche d’apprentissage
Identification des limites de sa capacité de L’élève établit la période de temps où elle peut jouir
concentration d’une bonne concentration.
L’élève dit recourir aux pauses ou aux changements
Interruption temporaire ou permanente de
d’activités pour maintenir sa concentration ou cesse
l’activité en P2
l’activité en présence de difficulté.
L’élève dit recourir à des récompenses pour se féliciter
Recours aux renforcements en P2 du travail accompli et s’encourager à poursuivre.
Gestion du stress et prévention de l’épuisement L’élève déclare poser des actions en vue de maîtriser le
en P2 stress et prévenir l’épuisement.
184
STRATÉGIES DE GESTION DES RESSOURCES : tout énoncé dans lequel l’élève évoque une action visant à agir sur les conditions
d’utilisation des stratégies cognitives (temps, espace de travail, ressources humaines et matérielles).
185
Questionnaire de pré sélection
Annexe 2
QUESTIONNAIRE DE PRÉ SÉLECTION DES ÉTUDIANTES DE PREMIÈRE
SESSION EN SOINS INFIRMIERS, AUTOMNE 2003
Nom_____________________________ Prénom______________________________
CODE PERMANENT_________________________________________
1. Âge __________
4. Dans quelle langue avez-vous fait vos études primaires ? (cochez) Français ___
Anglais ___
Autres ___
5. Dans quelle langue avez-vous fait vos études secondaires ? (cochez) Français ___
Anglais ___
Autres ___
6. Aviez-vous fait des études collégiales avant de vous inscrire en soins Oui ___
infirmiers ? Non ___
10. Depuis les deux derniers mois, en moyenne, combien d’heures par semaine consacrez-
vous à un travail rémunéré? _____
11. Vous connaissant, quelle note prévoyez-vous obtenir en soins Moins de 60 % ___
infirmiers à la fin de la session? (cochez) Entre 60 à 69 % ___
70 à 79 % ___
80 à 89 % ___
Plus de 90 % ___
Formulaires de consentement
Annexe 3
1er FORMULAIRE DE CONSENTEMENT
Objectif de la recherche
J’ai besoin de ton consentement écrit pour t’interviewer sur tes manières d’apprendre.
Je (nom et prénom)
consens par la présente à participer au projet de recherche les stratégies d’apprentissage des
étudiantes dans un programme de soins infirmiers en apprentissage par problèmes
Signature de l’étudiant-e_________________________________
Date_______________
Engagement de la chercheuse
Moi, Caroline Larue, je m’engage à prendre tous les moyens pour protéger la confidentialité
des données obtenues dans le cadre de cette recherche. Dans l’utilisation que je ferai des données
recueillies, je m’engage à respecter la confidentialité et l’anonymat de manière à ce que d’aucune
façon ces données ne puissent être associées à un individu. Ces renseignements seront utilisés
strictement aux fins de la recherche. Les données ne seront communiquées à personne et leur
présentation sera toujours faite de manière anonyme.
Signature de la chercheuse________________________________
Date_____________
193
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
2e FORMULAIRE DE CONSENTEMENT
Objectifs de la recherche
Je (nom et prénom)__________________________________________
consens par la présente à participer au projet de recherche les stratégies d’apprentissage des
étudiantes dans un programme de soins infirmiers en apprentissage par problème
Nous, Caroline Larue et Raymonde Cossette, ainsi que les assistants à la recherche, nous
engageons à prendre tous les moyens pour protéger la confidentialité des données obtenues dans le
cadre de cette recherche. Dans l’utilisation que nous ferons des données recueillies, nous nous
engageons à respecter la confidentialité et l’anonymat de manière à ce que d’aucune façon ces données
ne puissent être associées à un individu. Ces renseignements seront utilisés strictement aux fins de
la recherche. Les données ne seront communiquées à quiconque et leur présentation sera toujours
faite de manière anonyme.
2
Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage
194
Guide d’entrevue et justification des questions
Annexe 4
Introduction
Je conduis une recherche sur les manières d’apprendre des étudiantes en soins infirmiers. Je
veux connaître les méthodes que tu utilises durant les tutoriaux. J’aimerais savoir comment toi, tu
apprends. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Tout ce que tu me dis m’intéresse. On va
échanger pendant environ 45 minutes. Si tu ne comprends pas le sens de mes questions, n’hésite pas à
le dire pour que je puisse te donner les précisions nécessaires.
Je veux aussi t’assurer que cet entretien sert exclusivement aux fins de la recherche et que tout
ce que tu vas dire ici est strictement confidentiel et anonyme et ne sera communiqué à personne
d’autre. J’enregistre l’entretien pour les fins de la recherche seulement. Si j’ai besoin de revenir sur
une information que tu auras transmise, ce sera plus facile pour moi.
1. Dis-moi, comment ça va dans tes cours de manière générale ? (laisser le temps d’établir le climat
de confiance)
2.1 Le tuteur a demandé de lire et d’identifier des indices dans le texte. Comment as-tu fait pour
trouver ces indices ? (physiquement : surligner, souligner, encercler etc.)
2.2 Est-ce qu’il y a des critères qui t’ont aidé pour identifier les indices dans le texte ?
2.4 Explique-moi ce que tu as fait par la suite dans la phase 1 de ce tutorial ? (poser des questions,
pris des notes, écouter, risquer, formuler, élaborer des hypothèses, penser à autre chose)
2.5 Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais améliorer dans ta participation à la phase 1 du
tutorial parce que ça t’aiderait à apprendre?
2.6 Si tu aidais une nouvelle étudiante, qu’est ce que tu lui conseillerais de faire à la phase 1 et que
tu fais toi-même pour apprendre ?
3. Maintenant, j’aimerais t’entendre sur la phase 2 du tutorial… (nom du problème) (période d’études
personnelles et production d’un schéma de concept)
3.1 Parle-moi de ton étude personnelle pour le tutorial de… (nom du problème). Quel était le jour
de la phase 1 ?
Lundi Mardi Mercredi
Jeudi Vendredi
3.1.2 Est-ce que tu savais à l’avance à quels jours tu allais étudier ? (écris dans l’agenda, de
mémoire, etc.)
Oui Non
3.1.3 Est-ce que tu savais à l’avance combien de temps tu allais étudier ? (écris dans
l’agenda, de mémoire, etc.)
Oui Non
3.1.4 Si non, qu’est-ce qui t’as amené à décider d’étudier pour ce tutorial plutôt que pour une
autre matière ?
3.1.6 Décris-moi comment tu t’es installée (à terre, sur le lit, bureau, table de cuisine, une
pièce à part)
3.1.7 Dans quelle ambiance as-tu étudié ? (silence, musique, TV, autres personnes dans la
maison)
3.1.8 Combien d’heures as-tu étudié entre la phase 1 et la phase 3 pour le problème de Mme
Urina? (lecture et schéma)
3.2 Décris moi, en ordre chronologique, comment tu as procédé pour étudier le problème de …?
(se servir des livres, du problème, des notes de cours pour reconstituer les étapes de l’étude,
suivre le cheminement de l’étudiante, reformuler quand ce n’est pas clair)
198
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
3.3 As-tu utilisé l’évaluation formative jointe à la fin du problème ? (pour étudier, après pour
vérification, non utilisé).
3.4 Maintenant, explique moi comment tu as fait ton schéma ? (l’étudiante a son schéma devant
elle, suivre le cheminement et clarifier les points obscurs à mesure)
3.5 Qu’est-ce qui a été le plus facile à faire dans l’élaboration de ce schéma ?
3.6 Qu’est-ce qui a été le plus difficile à faire dans l’élaboration de ce schéma ?
3.7 Est-ce que les corrections que tu as reçues sur les schémas de …et de …(nommer deux
problèmes résolus en début de session) t’ont aidé à faire celui-ci ?
3.8 Quand tu es bloquée dans ton étude, qu’est-ce que tu fais ? (ne comprends pas, ne peut
avancer ou résoudre un problème ou utilise des ressources)
3.10 Quels sont tes points forts dans tes manières d’étudier ?
3.11 Pourquoi ?
Oui Non
4.4 Indique-moi ce que tu as fait dans la phase 3 du tutorial ? (synthèse et validation des
hypothèses, poser des questions, prendre des notes, écouter, corriger schéma, argumenter,
penser à autre chose)
4.5 Est-ce qu’il y a un élément que tu voudrais améliorer dans ta participation à la phase 3 de ce
tutorial?
4.6 Si tu aidais une nouvelle étudiante dans sa participation à la phase 3, qu’est ce que tu lui
conseillerais de faire et que tu fais toi-même pour apprendre ?
199
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
Oui Non
Oui Non
4.9 Si non à 4.5 et/ou à 4.6, comment fais-tu pour maintenir ton intérêt durant le tutorial ?
5. En général, est-ce que ta façon d’étudier cette session ressemble à la façon dont tu apprenais
auparavant ?
NB La section 6 n’est pas présentée puisque les données recueillies pour la pratique personnelle
ne sont pas présentées dans le rapport, tel que nous l’avons annoncé dans la section
méthode
7.2 Depuis les deux dernières semaines, quelle somme totale d’heures par semaine as-tu
consacrée au travail rémunéré __________________
7.3 Quelle note moyenne prévois-tu obtenir en soins infirmiers d’ici la fin de la session ?
Moins de 60 % 60 à 69 % 70 à 79 %
80 à 89 % Plus de 90 %
8. J’ai probablement oublié des points importants dans ta manière d’apprendre. As-tu quelque chose
à ajouter à ce sujet ?
200
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
Hormis les questions d’accueil qui visent à créer la relation, chaque question veut
explorer une stratégie associée aux catégories retenues dans le cadre théorique, soit les
stratégies cognitives, les stratégies métacognitives, les stratégies affectives et les stratégies de
gestion des ressources.
1. Dis-moi comment ça va dans tes cours de manière générale ? Développer une relation de
confiance avec le sujet
2. J’aimerais maintenant qu’on aborde ta manière d’apprendre en Situer l’étudiante en regard
tutorial et qu’on se réfère au problème de …. Je vais d’abord te des différentes phases du
poser des questions sur la phase 1 tutorial
3. Maintenant, j’aimerais t’entendre sur la phase 2 du tutorial … Référer l’étudiante à un
tutorial
4. Nous abordons maintenant la phase 3 du tutorial et on se réfère
toujours au problème de …
2.1 Le tuteur a demandé de lire et d’identifier des indices dans le Connaître et comprendre les
texte. Comment as-tu fait pour trouver ces indices ? stratégies surtout cognitives
utilisées par l’étudiante
2.2 Est-ce qu’il y a des critères qui t’ont aidé pour identifier les
indices dans le texte?
2.3 Si oui, quels sont ces critères ?
2.4 Explique-moi ce que tu as fait par la suite dans la phase 1 de ce
tutorial
2.5 + 4.6 Si tu aidais une nouvelle étudiante, qu’est-ce que tu lui
conseillerais de faire et que tu fais toi-même pour apprendre ?
3.2 Décris-moi, en ordre chronologique, comment tu as procédé pour
étudier le problème de … ?
3.3 As-tu utilisé l’évaluation formative incluse à la fin du problème ?
3.4 Explique-moi comment tu as fait ton schéma ?
4.4 Explique-moi ce que tu as fait dans la phase 3 du tutorial
2.10 Quel était ton rôle dans le tutorial ? Révéler surtout les stratégies
affectives (image de soi,
3.1.9 Comment fais-tu pour maintenir ton attention durant l’étude ?
implication, participation
4.7 Le climat de travail dans le groupe était-il bon ? motivation, concentration,
attention)
4.8 Toi, étais-tu intéressée par ce tutorial de… ?
4.8 Si non, comment fais-tu pour maintenir ton intérêt durant le
tutorial ?
201
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
2.6 + 4.5 Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais améliorer Révéler surtout les stratégies
dans ta participation parce que ça t’aiderait à apprendre ? métacognitives d’auto-
évaluation, d’autorégulation
2.7 + 4.6 Si tu aidais une nouvelle étudiante, qu’est-ce que tu lui
et d’autocontrôle de
conseillerais de faire et que tu fais toi-même pour apprendre ?
l’étudiante
3.5 Qu’est-ce qui a été le plus facile à faire dans l’élaboration du
schéma de … ?
3.6 Qu’est-ce qui a été le plus difficile à faire dans l’élaboration de ce
schéma ?
3.7 Est-ce que les corrections que tu as reçues sur les schémas de …
et de …. t’ont aidé à faire celui-ci ?
3.9 Quelles difficultés as-tu rencontrées en étudiant le problème de
…?
3.10 Quels sont tes points forts dans tes manières d’étudier ?
3.12 Qu’est-ce que tu voudrais améliorer dans tes manières d’étudier
3.13 Comment as-tu fait pour savoir que tu as bien étudié ?
5. En général, est-ce que ta façon d’étudier cette session ressemble à
la façon dont tu apprenais auparavant?
202
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
7 Avant de quitter, je voudrais vérifier certaines informations avec Connaître les changements
toi : survenus depuis le
questionnaire de présélection
7.1 Nombre de cours durant la session
Prendre en considération des
7.2 Heures de travail rémunérées par semaine
variables qui interviennent
7.3 Prédiction du résultat scolaire en soins infirmiers dans la réussite scolaire des
élèves
3.1.1 Heures consacrées à l’étude
8 J’ai probablement oublié des points importants dans ta manière Permettre à l’étudiante
d’apprendre. As-tu quelque chose à ajouter à ce sujet ? d’ajouter des éléments
nouveaux ou de préciser
certains aspects abordés dans
l’entrevue
203
Exemple d’une grille de codage
Annexe 5
Dans cette annexe, la grille de codage des données qualitatives des stratégies
cognitives de la première phase du tutorial, pour les entrevues de la 1re session, est présentée.
Par la suite, nous avons joint la version quantitative de cette grille. C’est à partir de
l’ensemble des grilles quantitatives pour les trois sessions que nous avons pu suivre
l’évolution dans la fréquence déclarée des actions à chaque session, déterminer la part des
actions favorisant un apprentissage en surface ou en profondeur et identifier les différences
dans les choix stratégiques selon la performance académique.
Grille de codage des stratégies cognitives- Phase 1- 1re session
sance ou d’une
d’une connais-
Application à
connaissances
intentionnelle
Participation
collective des
d’hypothèses
l’élaboration
Formulation
Formulation
de questions
Annotations
Énonciation
Énonciation
délibérée à
Sujet
mécanique
expérience
antérieure
situations
Sélection
d’indices
Sélection
d’indices
d’indices
d’autres
Mots que Je parle Si quelque Je parle pour Tu risques
comprend pour dire chose est dire mes de rester
pas mes indices important, expériences pogner
je l’écris avec ce que
tu com-
prends pas
si tu le dis
pas
Mots que je J’aime Faut que Poser
comprends mieux j’écrive, souvent des
pas, utiles, participer que j’aie questions
ce qui des notes
caractérise devant moi
Mots Je parle, je Je réécris T’obstiner avec
médicaux, dis ce que les indices le monde, ça te
inconnus ce pense, p fait comprendre
Ce qui est
important,
AVQ
Mots Je parle Si je ne Je parle
inconnus pour dire comprends quand je
indices pas, je le comprends
marque pas quelque
chose
Mots Je parle Je cherche pose des
inconnus, tout le dans ce que je questions
âge temps connais déjà
208
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
Formulation de
ou expériences
connaissances
connaissances
intentionnelle
collective des
Formulation
Annotations
d’hypothèse
Énonciation
Énonciation
Élaboration
mécanique
questions.
Sélection
Sélection
d’indices
d’indices
d’indices
Total
Total
7 X X X 3 x X 2
10 X X X 3 X 1
15 X X X 3 X 1
27 X X X 3 X 1
29 X X 2 X X 2
54 X X X 3 X 1
83 X X 2 X X 2
92 X X X 3 X 1
98 X X 2 X 1
total 9 6 9 24 1 5 4 2 0 12
24 X X 2 X X 2
26 X X 2 X 1
46 X X X 3 X X 2
47 X X 2 X X X 3
53 X X 2 X 1
56 X X X 3 0
75 X X 2 X 1
82 X X 2 X 1
91 X X 2 X 1
total 9 3 8 20 4 2 3 3 0 12
Total 18 9 17 44 5 7 7 5 0 24
groupe
209
Évolution des stratégies d’apprentissage
selon le type de population
Annexe 6
Avant de présenter les résultats selon le type de population, rappelons que les élèves
qui appartiennent à la population A sont celles qui n’ont aucune expérience des études
collégiales et que leurs vis-à-vis de la population B ont soit amorcé des études dans un autre
programme, soit obtenu un diplôme collégial dans un autre programme. Aucune des élèves de
la population B de notre échantillon n’avait débuté des études en soins infirmiers, chez nous
ou ailleurs. La répartition des élèves de l’échantillon selon le type de population donne deux
groupes inégaux constitués de 6 élèves provenant de la population A et de 12 élèves
appartenant à la population B. Pour faciliter l’interprétation des résultats, nous avons choisi
un mode de présentation basé sur la moyenne des actions par élève. De cette façon, nous
tenons compte de la disparité dans le nombre d’élèves attachés à chacune des populations.
Nous ne commenterons que les différences qui perdurent au travers des sessions et pour
lesquelles un écart de plus de 0,2 est observé entre les groupes en 3e session.
Stratégies cognitives selon le type de population
L’incidence du recours aux actions cognitives évoquées par les élèves de chaque
population est présentée pour les étapes de travail en groupe puis pour le travail personnel.
Les résultats du tableau A-1 montrent que les élèves des deux populations utilisent de
moins en moins d’actions de mémorisation au cours des sessions. Par contre, il appert que les
élèves de la population B font plus de progrès dans le recours aux actions d’élaboration.
Tableau A 1 Moyenne d’actions stratégiques cognitives par élève en phase 1 à chaque session selon le
type de population.
Tableau A 2 Moyenne d’actions stratégiques cognitives déclarées en phase 3 à chaque session selon
le type de population.
Les données du tableau A-3 révèlent que les élèves de la population B misent moins
sur les stratégies de mémorisation et développent davantage que leurs consoeurs des
stratégies d’élaboration. Par ailleurs, les deux groupes se distinguent à l’égard des stratégies
d’organisation. Les élèves moins performantes utilisent davantage d’actions d’organisation,
notamment parce qu’elles privilégient plus que leurs vis-à-vis les annotations schématisées,
mais cette différence disparaît en 3e session
Tableau A 3 Moyenne d’actions stratégiques cognitives déclarées en phase 2 à chaque session selon
le type de population
214
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
Tableau A 4 Moyenne des actions stratégiques de gestion des ressources par élève à chaque session
selon le type de population lors du travail de groupe et du travail individuel
STRATÉGIES Actions de gestion Population A Population B
DE GESTION
session 1 2 3 1 2 3
ORGANISATION DU
• Étude d’avance 0,7 0,8 0,7 0,7 0,8 1,0
TEMPS
215
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
vis-à-vis préfèrent différer cette action. L’explication de cette prédilection se trouve peut-être
aussi dans la charge de travail plus élevée des élèves de la population A, laquelle laisse moins
de temps pour se tenir à jour dans la réponse immédiate aux questionnaires. Enfin, au plan
des stratégies d’organisation de l’environnement d’étude, les données révèlent que les élèves
de la population B sont plus nombreuses à préférer étudier en silence.
216
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
Tableau A 5 Moyenne des actions stratégiques affectives déclarées à chaque session selon le type
de population lors du travail de groupe et individuel
Actions de gestion Population A Population B
STRATÉGIES
AFFECTIVES session 1 2 3 1 2 3
Enfin, dans le domaine de la maîtrise des émotions, le tableau A-5 fait voir qu’en 3e
session, les élèves de la population A évoquent plus fréquemment que leurs collègues le
recours à des stratégies de gestion du stress pour faire face aux nouveaux défis de cette
session (horaire plus chargé, complexification des problèmes, exposition clinique plus
intense, etc.).
217
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
après un détour dans d’autres programmes d’étude ou une incursion sur le marché du travail,
ont une motivation plus forte envers les études et plus de maturité vocationnelle ce qui peut
aussi influer sur le choix des actions stratégiques.
Lors du travail de groupe, le tableau A-6 révèle que les élèves de la population B
s’évaluent plus négativement que leurs collègues en 1re session. En revanche, à partir de la 2e
session, ces élèves ont acquis plus d’assurance que leurs camarades à l’égard de la perception
de soi comme apprenante, des habiletés à réaliser la tâche et de leurs manières d’apprendre.
Les élèves de la population B, exposées depuis plus longtemps à un enseignement
traditionnel, semblent avoir eu de la difficulté à s’adapter au mode d’apprentissage plus actif
en petits groupes. Les élèves de la population A, quant à elles, s’évaluent toujours plus
positivement que négativement à chaque session sans qu’il n’y ait de progression
significative dans le nombre de jugements émis. De fait, l’activité d’autoévaluation demeure
assez faible à toutes les sessions pour les élèves de cette population.
Tableau A 6 Moyenne des actions métacognitives déclarées à chaque session selon le type de
population lors du travail de groupe
STRATÉGIES MÉTACOGNITIVES Population A Population B
session 1 2 3 1 2 3
• Énonciation d’un jugement positif 2,2 1,7 2,0 1,25 3,1 4,1
AUTOÉVALUATION
• Énonciation d’un jugement négatif 1,7 0,7 1,2 2,2 1,0 1,3
218
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
Tableau A 7 Moyenne des actions métacognitives déclarées à chaque session selon le type de
population lors du travail individuel
STRATÉGIES MÉTACOGNITIVES Population A Population B
session 1 2 3 1 2 3
• Énonciation d’un jugement positif 4,2 3,7 7,2 3,6 2,0 5,5
AUTOÉVALUATION
• Énonciation d’un jugement négatif 4,2 1,2 2,3 1,9 1,0 2,3
• Évaluation du travail à partir de son
propre jugement 0,5 0,5 0,7 0,8 0,6 0,8
• Anticipation du maintien des
stratégies 0,2 0,2 0,3 0,1 0,3 0,4
AUTORÉGULATION
• Anticipation d’un changement de
stratégies 0,7 0,8 0,7 0,4 1,1 0,9
• Concrétisation d’un changement de
stratégies 1,0 1,5 3,3 0,7 1,7 2,3
AUTOCONTRÔLE
• Évaluation d’un changement de
stratégie 0,7 1,0 1,8 0,5 1,5 1,7
219
STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE ET APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES EN SOINS INFIRMIERS
Somme toute, l’analyse des données révèle que les populations A et B se distinguent
dans les choix stratégiques qu’elles privilégient. Plusieurs des choix rapportés par les élèves
de la population A, qui peuvent s’expliquer par la charge d’étude et de travaux scolaires plus
lourde que doivent assumer ces élèves ou encore une immaturité vocationnelle, ne sont pas
garants d’une meilleure réussite, selon les résultats que nous avons mis au jour à l’égard de la
performance. Il faudra se préoccuper de mettre en œuvre des moyens spécifiques pour venir
en aide aux élèves de cette population.
220
S T R AT É G I E S D ’ A P P R E N T I S S AG E E T A P P R E N T I S S AG E PA R P RO B L È M E S
S T R AT É G I E S
D’APPRENTISSAGE
ET APPRENTISSAGE
PA R P RO B L È M E S
Depuis l’automne 2001, les enseignantes et e nseignants rattachés au programme de soins
infirmiers au cégep du Vieux Montréal ont choisi l’apprentissage par problèmes comme Description et évolution des
véhicule pédagogique pour l’enseignement de s connaissances déclaratives. Cette méthode
est réputée pour sa propension à stimuler le développement des stratégies favorisant un stratégies utilisées par des
a p p r e n t i s s a ge e n p r o f o n d e u r. L e s c h e r c h e u s e s , C a r o l i n e L a r u e e t R a y m o n d e C o s s e t t e ,
enseignantes au Département de soins infirmiers, ont voulu mettre à l’épreuve cette hypothèse étudiantes en soins infirmiers
en explorant les stratégies d’apprentissage utilisées par 18 étudiantes du programme au
cours des trois premières sessions de leur formation, tant au moment du travail en groupe
au niveau collégial
que lors du travail individuel. Les résultats montrent un progrès notable dans le recours aux
stratégies métacog nitives, aux stratégies affectives et aux stratégies de gestion ressources
qui favorisent un apprentissage en profondeur. Toutefois, les répercussions de ces choix
s t r a t é g i q u e s p o s i t i f s s u r l e re c o u r s e f f e c t i f a u x s t r a t é g i e s c og n i t i ve s d e t r a i t e m e n t e n RAPPORT DE RECHERCHE
profondeur de l’information sont variables sel on les phases de la méthode.
Raymonde Cossette
Caroline Larue •
Caroline LARUE
Raymonde COSSETTE