06-Paupières Et Sourcils
06-Paupières Et Sourcils
21-004-A-10
Introduction
La région palpébrale est située dans l’étage moyen de la face. Elle entre en
relation étroite avec la région frontale en haut (par l’intermédiaire des 1
sourcils), la région nasale médialement, la région jugale en bas et la région
temporale latéralement. Les paupières (au nombre de quatre) ont une fonction
importante tant physiologique, dans la protection du globe oculaire
(étalement du film lacrymal sur la cornée, excrétion des larmes),
qu’esthétique où elles participent, avec les sourcils, à l’expressivité du regard. 4
Des récents travaux anatomiques ainsi que l’apport de l’imagerie par 3
résonance magnétique (IRM) sont venus enrichir nos connaissances.
Paupières
5
2
Embryologie
1 Anatomie descriptive des paupières : limites de la région palpébrale. 1. Bord inférieur
du sourcil ; 2. sillon palpébrogénien ; 3. commissure médiale ; 4. commissure latérale ;
Le développement embryologique des paupières débute à la quatrième ou 5. bord libre.
cinquième semaine de gestation, à partir d’une condensation du mésoblaste
avec l’ectoderme [5]. Elles apparaissent à la septième semaine de la vie Anatomie descriptive
embryonnaire sous forme de deux bourrelets circulaires qui fusionnent à la
neuvième ou dixième semaine de gestation, délimitant ainsi la future fente Limites de la région palpébrale
palpébrale. Se développent alors progressivement les muscles, les glandes et
La région palpébrale est une zone grossièrement ovalaire. Ses limites
les follicules pileux. Après kératinisation des bords libres, se produit alors la
anatomiques sont mal définies puisqu’elle se continue directement avec les
séparation des deux paupières (septième mois de gestation). Plusieurs
téguments de la face. Cependant, il est classique de retenir les limites
phénomènes seraient intriqués dans la maturation palpébrale : les
suivantes (fig 1) :
mouvements palpébraux, la production de sécrétions méibomiennes et la
kératinisation des bords libres [5]. – en haut, le bord inférieur du sourcil (à convexité supérieure) qui constitue
la limite avec la région frontale ;
– en bas, le sillon palpébrogénien de Charpy (à convexité inférieure)
constitué du sillon nasojugal dans sa portion médiane (oblique en bas et en
dehors) et du sillon zygomatique dans sa portion latérale (oblique en bas et en
Éric Baggio : Chef de clinique-assistant, hôpital Édouard-Herriot, clinique ophtalmologique du dedans). Il constitue la frontière avec la région jugale ;
pavillon C, service des professeurs Trepsat et Denis, place d’Arsonval, 69003 Lyon, France.
Jean-Marc Ruban : Ancien chef de clinique-assistant, attaché-consultant des Hôpitaux, 31, – en dedans, la commissure médiale des paupières qui se continue en dedans
rue Ferrandière, 69002 Lyon, France. avec la région nasale ;
© Elsevier, Paris
Paupière inférieure
1
Sa face antérieure est également divisée en deux par un repli cutané : le pli ou
2 4 sillon palpébral inférieur. Ce pli est moins marqué qu’en paupière supérieure,
il est concave vers le haut et situé à environ 4 mm sous le bord libre
2 Anatomie descriptive des paupières : portions tarsale et septale des paupières. 1. inférieur [10]. Il sépare donc cette paupière inférieure en deux parties, une
Peau prétarsale ; 2. peau préseptale ; 3. pli palpébral supérieur ; 4. pli palpébral inférieur. partie centrale (ou tarsale), située entre le bord libre et le pli palpébral inférieur
et une partie périphérique (ou septale) localisée entre ce pli et le pli
Pour des raisons de commodité, nous décrirons ici certains éléments palpébrogénien.
anatomiques orbitaires en raison de leur étroite relation avec la région Sa face postérieure est formée par la conjonctive palpébrale et se moule à la
palpébrale proprement dite. face antérieure du globe oculaire.
Son bord périphérique correspond au sillon palpébrogénien. D’après
Description des paupières Kikkawa [27], ce sillon serait la conséquence des insertions superficielles d’un
La région palpébrale est constituée de deux paupières (une supérieure et une ligament, le ligament orbitozygomatique. Ce ligament serait inséré sur le
inférieure), deux commissures (médiale et latérale), et délimite ainsi la fente périoste tout le long du rebord orbitaire inférieur et traverserait vers l’avant le
palpébrale. Chaque paupière présente deux faces (antérieure et postérieure) muscle orbiculaire (dans sa partie orbitaire) et le système
et deux bords (périphérique et central, ou bord libre). musculoaponévrotique superficiel (SMAS) avant de s’insérer sous la peau. Il
aurait comme fonction de soutenir le SMAS et de participer à l’insertion du
muscle orbiculaire au périoste orbitaire. Sa dégénérescence aurait pour
Paupière supérieure conséquence un prolapsus de la graisse orbitaire et sa lésion peropératoire
La hauteur de la paupière supérieure chez le sujet de race caucasienne pourrait être à l’origine de rétraction postopératoire de la paupière inférieure.
(mesurée en position primaire) varie de 5,8 à 7,1 mm en fonction de l’âge et Son bord central (ou bord libre) délimite le bord inférieur de la fente
du sexe. Elle est plus importante chez la femme que chez l’homme (mais non palpébrale lors de l’ouverture des paupières. Il est tangent au limbe et mesure
statistiquement significative avec p = 0,76) [4] . Cette hauteur est plus environ 25 mm. Ses caractéristiques sont les mêmes que celles de son
importante chez le sujet de race noire (de 10,72 à 11,87 mm) où elle est homologue supérieur avec les quelques différences notifiées au chapitre
également plus élevée chez la femme [25]. précédent.
Sa face antérieure (ou cutanée) est divisée en deux parties par le pli ou sillon
palpébral supérieur (fig 2). Il est parallèle au rebord orbitaire supérieur. Sa Fente palpébrale
situation varie de 3,5 à 7,5 mm du bord libre en fonction de l’âge et du sexe La fente palpébrale est délimitée en haut et en bas par les bords libres des
chez le sujet de race blanche [4]. En principe, il se situe à 7 mm du bord libre paupières supérieures et inférieures qui se réunissent médialement et
chez l’adulte. Ces valeurs sont très proches chez le sujet de race noire [25]. latéralement pour former les régions canthales médiales et latérales. Lors de
D’après Zamora [55], la position normale du pli de la paupière supérieure chez l’ouverture palpébrale, cette fente palpébrale découvre la partie antérieure du
l’enfant, quel que soit l’âge, serait située à la jonction un tiers inférieur/deux globe oculaire qu’elle recouvre et protège lors de la fermeture palpébrale. Elle
tiers supérieurs de la paupière supérieure. Ceci permettrait de mieux est de forme elliptique avec un angle latéral aigu, un angle médial arrondi. Sa
déterminer l’emplacement chirurgical lors de la réfection de ce pli pendant la hauteur moyenne, en position primaire, est de 11,83 ± 1,61 mm chez les sujets
cure chirurgicale de ptôsis congénital. Ce pli est formé par les insertions de race blanche [28], et de 8,86 à 10 mm chez les sujets de race noire où il
superficielles du muscle releveur de la paupière supérieure. Il est situé plus n’existe pas de différence significative selon le côté ou le sexe [25]. Il existe
bas, voire inexistant chez les sujets asiatiques en raison de l’insertion basse malgré tout des asymétries fréquentes chez le même individu de race blanche
du septum sur le muscle releveur. Il faut en tenir compte lors de chirurgies puisqu’une différence supérieure à 1 mm a été notée chez 5,7 % des sujets en
effectuées chez ces patients. Le pli palpébral supérieur sépare donc la face position primaire, chez 18,2 % lors du regard à droite et 14,8 % lors du regard
antérieure de la paupière en deux parties. Une partie centrale ou tarsale limitée à gauche. Sa longueur moyenne est de 28 à 30 mm [26]. L’euryblépharon se
en bas par le bord libre et qui épouse la forme du globe, et une partie définit par une augmentation horizontale des fentes palpébrales avec
périphérique ou septale qui est plus lâche et limitée en haut par le bord déplacement en dehors des canthi externes, une augmentation de la longueur
inférieur du sourcil. Parfois un repli cutané, nommé épicanthus, unit le pli des bords libres et un ectropion de la partie externe des paupières.
palpébral supérieur au pli palpébral inférieur (physiologique chez le nouveau-
né, ethnique ou pathologique dans certaines malformations). L’angle médial de la fente palpébrale est occupé par deux reliefs : la caroncule
et le repli semi-lunaire. La caroncule occupe le fond du lac lacrymal. C’est
Sa face postérieure (ou conjonctivale) constituée de la conjonctive palpébrale une saillie arrondie, rosée, de 5 mm de diamètre, de surface irrégulière,
est lisse, rosée, et se moule sur la face antérieure du globe oculaire. recouverte de muqueuse et de quelques formations pilaires, contenant des
Son bord périphérique correspond au bord inférieur du sourcil. glandes sébacées et, éventuellement, une glande lacrymale accessoire [19].
Son bord central (ou bord libre) délimite le bord supérieur de la fente Plus en dehors se trouve le repli semi-lunaire. On peut le considérer comme
palpébrale lors de l’ouverture des paupières. Il se situe au niveau du limbe un reliquat de la troisième paupière de certains mammifères. C’est un repli
cornéen supérieur chez l’enfant, et à 1 à 2 mm sous ce limbe chez l’adulte (on falciforme à grand axe vertical et dont le bord latéral concave en dehors, bien
parle de ptôsis lors de la chute de ce bord libre). D’après Stoller [47], la position délimité en son milieu, forme avec la conjonctive bulbaire le cul-de-sac ou
de ce bord libre en position primaire chute progressivement avec l’âge fornix conjonctival médial d’environ 2 mm de profondeur. Ce fornix est mis
(0,4 mm par décade de 20 à 80 ans). Sa longueur varie de 25 à 30 mm et son en tension par l’expansion conjonctivale du muscle droit médial. De même,
épaisseur de 2 à 3 mm. Il est divisé en deux dans le plan sagittal par la présence au niveau de l’angle externe de la fente palpébrale, se situe le fornix
du tubercule (ou papille) lacrymal. Ce tubercule lacrymal est situé à 5-7 mm conjonctival latéral qui est mis en tension par l’expansion conjonctivale du
de l’angle interne de l’œil (discrètement décalé médialement d’environ muscle droit latéral.
0,5 mm par rapport à son homologue inférieur) et divise donc le bord libre en
une portion lacrymale (1/6e ou 1/5e médial) dépourvue de cils et une portion Commissures
ciliaire (5/6e ou 4/5e latéral). Cette papille est percée en son sommet par un
orifice, le méat ou point lacrymal, d’environ 0,3 mm de diamètre [26], point de Comme l’a récemment rappelé Ritleng [40], sur le plan purement anatomique,
départ du système d’excrétion des larmes. Cet orifice est ovalaire, cerclé d’un il est d’usage de respecter la nomenclature anatomique française [46] et
anneau avasculaire, et est plaqué contre le globe oculaire afin d’y puiser les d’utiliser les termes de commissure médiale et latérale des paupières choisis
larmes dans le lac lacrymal. Ce bord libre est également divisé en deux dans par le collège des anatomistes français pour désigner :
le plan frontal par la ligne grise qui est un repère anatomique important en – les régions de jonction entre la paupière inférieure et la paupière
chirurgie palpébrale. En effet, elle sépare la lamelle antérieure supérieure ;
(cutanéomusculaire) de la lamelle postérieure (tarsoconjonctivale). Cette – les sites d’insertion des paupières sur l’orbite ;
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Ophtalmologie PAUPIÈRES ET SOURCILS : ANATOMIE CHIRURGICALE 21-004-A-10
– des zones anatomiques de transition entre les paupières, la région nasale en bord supérieur du tarse supérieur. Pour la paupière inférieure, elle est
dedans et la région temporale en dehors. délimitée en haut par le bord libre et en bas par une ligne convexe vers le bas
Le terme d’angle est réservé pour définir les points où les bords libres des deux et passant par le bord inférieur du tarse inférieur. Par souci de simplification
paupières se réunissent. L’angle (ou canthus) médial est formé par la réunion est incluse dans ce chapitre la portion médiale des paupières dans sa totalité,
des portions lacrymales des bords libres des deux paupières. Il est arrondi, même si l’on sait que sa portion lacrymale est dépourvue de tarse. Cette
situé en regard du rebord orbitaire, et circonscrit en dedans le lac lacrymal. paupière tarsale est donc constituée de deux lamelles. Nous étudierons
On appelle « télécanthus » un déplacement en dehors du canthus interne. successivement la lamelle antérieure formée de la peau et d’une portion du
L’angle (ou canthus) latéral est formé par la réunion des extrémités des muscle orbiculaire, puis la lamelle postérieure formée du tarse et de la
portions ciliées des deux paupières. Il est aigu et répond à l’équateur du globe. conjonctive.
La forme et la position de ces angles varient selon des facteurs raciaux et
familiaux. Ritleng [40] nous rappelle la définition d’un positionnement Lamelle antérieure
harmonieux des angles palpébraux par rapport à d’autres structures de la
face : • Peau
– l’angle médial se situe à l’intersection d’une ligne horizontale passant par La peau palpébrale est la plus fine de l’organisme. Elle est souple et semée de
la racine antérosupérieure du pavillon de l’oreille et d’une ligne verticale fins duvets (atrophie des poils développés pendant la vie intra-utérine). Cette
passant par le milieu de chaque hémilèvre ; peau est dépourvue de graisse (ce qui la distingue nettement de la peau de la
– la distance entre les deux angles médiaux équivaut à la moitié de la distance région jugale et temporale). Elle contient des glandes, comme tout revêtement
interpupillaire (25 à 35 mm) ; cutané. Certaines de ces glandes sont typiques de la région palpébrale. Les
– l’angle latéral se situe à 5 mm du rebord orbitaire latéral, 2 ou 3 mm plus glandes de Moll sont des glandes sudoripares annexées aux cils. Ces glandes
haut que l’angle médial, ce qui donne à la fente palpébrale son obliquité sont disposées entre les bulbes pileux des cils et leur orifice débouche entre
légèrement mongoloïde habituelle. deux cils au niveau du bord libre. L’hidrocystome est une lésion kystique
développée aux dépens des canaux excrétoires de ces glandes. Les glandes de
Parfois, l’angle latéral est plus bas que l’angle médial et l’on parle alors de Zeiss sont des glandes sébacées annexées aux cils et aux poils des paupières.
fente palpébrale antimongoloïde. Elle peut être d’origine constitutionnelle ou Elles débouchent dans la gaine épithéliale du cil et des poils. Ce sont elles qui
faire partie de syndromes polymalformatifs. sont à l’origine des orgelets.
La commissure médiale débute au niveau de l’angle médial. Celui-ci n’est pas
au contact du globe oculaire et l’espace les séparant contribue à former le lac • Muscle orbiculaire prétarsal
lacrymal. On décrit, de la superficie à la profondeur, la peau, l’espace sous- Le muscle orbiculaire est un muscle strié complexe innervé par le nerf facial
cutané (dépourvu de graisse), le tendon canthal médial, le muscle orbiculaire (VII). Il est séparé de la peau par le tissu cellulaire sous-cutané dont
(orbitaire, préseptal et muscle de Duverney-Horner), les voies lacrymales et l’épaisseur est inférieure à 0,1 mm dans sa portion prétarsale. Il est
le septum orbitaire. Nous détaillerons certains de ces éléments (cf infra). responsable de la fermeture palpébrale (volontaire et automatique), et
La commissure latérale débute au niveau de l’angle latéral. Celui-ci est au participe ainsi à la protection du globe oculaire et à l’étalement des larmes à
contact du globe sauf dans des conditions pathologiques (malformative ou sa surface. Nous verrons qu’il participe également à la statique palpébrale
acquise) où l’on parle alors de diastasis oculopalpébral latéral. On décrit, de ainsi qu’à l’excrétion active des larmes. Il est classiquement divisé en deux
la superficie à la profondeur, la peau, l’espace sous-cutané, le tendon canthal portions : orbitaire et palpébrale. Cette dernière est également subdivisée en
latéral (dont une partie est rétroseptale), le muscle orbiculaire (orbitaire et deux portions septale et tarsale, et sa description actuelle repose sur les
préseptal) et le septum orbitaire. Nous détaillerons certains de ces éléments travaux de Jones [21]. Nous ne décrirons ici que la portion prétarsale du muscle
(cf infra). orbiculaire. Ses rapports sont les suivants :
– en avant : la peau dont il est séparé par un tissu sous-cutané cellulaire ;
Anatomie chirurgicale – en arrière : le tarse et des terminaisons du releveur de la paupière supérieure
(RPS) pour la paupière supérieure.
Sur le plan chirurgical, il est classique de séparer les paupières en deux
lamelles. La lamelle antérieure (ou cutanéomusculaire) et la lamelle Le muscle orbiculaire prétarsal est subdivisé en plusieurs faisceaux :
postérieure (ou tarsoconjonctivale). Ainsi, il nous a semblé logique de – la portion prétarsale proprement dite est constituée de fibres circulaires qui
présenter ce chapitre de la façon suivante : recouvrent le tarse inférieur et supérieur. Elle présente deux chefs d’insertion
– paupière tarsale où seront étudiés successivement les éléments formant le tendon canthal médian : un chef profond, ou muscle de Duverney-
anatomiques constituant la lamelle antérieure, puis les éléments constituant Horner, inséré au niveau de la crête lacrymale postérieure, et un chef
la lamelle postérieure ; superficiel inséré sur la crête lacrymale antérieure. Ils circonscrivent donc la
loge lacrymale ou se trouve le sac lacrymal. Ils se réunissent pour recouvrir le
– paupière septale (ou orbitaire) où seront étudiés successivement le muscle
tarse. Chaque paupière présente cette portion musculaire et la réunion de ces
orbiculaire, le septum et les muscles profonds (muscle releveur de la paupière
deux parties, supérieure et inférieure, forme le tendon canthal latéral à environ
supérieure, muscle de Müller, rétracteurs des paupières inférieures) ;
7 mm du tubercule orbitaire externe où il s’insère [21]. Le muscle de Duverney-
– tendons canthaux (médial et latéral). Horner est donc formé de l’association de ces deux chefs profonds, s’étend
Avant de définir tous ces éléments, il faut rappeler que pour les anatomistes, sur une hauteur de 5 à 7 mm en arrière de la loge lacrymale et contient, dans
la structure des paupières est composée classiquement de huit plans son épaisseur, les canalicules lacrymaux [20] . Il participe à la statique
superposés comprenant d’avant en arrière : la peau, un tissu cellulaire sous- palpébrale (risque de survenue de diastasis oculopalpébral en cas de lésion)
cutané lâche, le muscle orbiculaire, les muscles rétracteurs, un tissu cellulaire, et à l’excrétion active des larmes par le mécanisme de pompe lacrymale. Une
un plan fibroélastique (tarse, tendons palpébraux, septum), un plan paralysie du nerf facial est donc à l’origine d’un larmoiement par paralysie de
musculaire lisse et la conjonctive [56]. Récemment, des études de dissections la pompe lacrymale, dont l’action est sous la dépendance de la contraction du
sur cadavres ainsi que des études par résonance magnétique nucléaire (RMN) muscle de Duverney-Horner ;
(dont l’apport pour les connaissances anatomophysiologiques palpébrales est – la portion marginale préciliaire est constituée de fibres musculaires situées
grandissant) sont venues encore enrichir nos connaissances anatomiques. En dans le bord libre des paupières. Elle présente également deux chefs
effet, les travaux de Kikkawa et al [27] semblent mieux définir la présence du d’insertion. Un chef profond qui prend son origine au-dessus du muscle de
SMAS au niveau des paupières. Il est situé au niveau du tissu sous-cutané Duverney-Horner pour la paupière supérieure et en dessous de ce muscle pour
lâche. En avant du septum, il divise la graisse sous-cutanée en deux couches : la paupière inférieure. Le chef superficiel naît plus en avant au niveau du
une couche directement sous-cutanée entre la peau et le SMAS, et une couche tendon canthal médial. Ces fibres s’unissent et passent en avant du canalicule
sous-musculaire, ou sous-SMAS, entre le muscle orbiculaire et le septum. Il lacrymal correspondant, et longent le bord libre en avant des bulbes pileux
faut souligner qu’il n’existe pas de graisse sous-cutanée dans la région des cils. Latéralement, les fibres issues des deux paupières s’unissent avant
prétarsale et que cette graisse est peu abondante dans la région préseptale. de s’insérer sur la face antérieure du tendon canthal latéral. Certaines fibres
Rappelons que le SMAS est constitué de deux couches de tissu musculaire et ne gagnent pas l’angle latéral et se perdent au niveau du bord libre ;
fibreux bien distinctes, qu’il se prolonge par le fascia temporopariétal en haut
et par le muscle platysma en bas (au tiers inférieur de la face) et qu’il présente – la portion marginale rétrociliaire, ou muscle de Riolan, est haute de
de nombreuses adhérences périostées et cutanées [27]. Il participe ainsi 1,5 mm et épaisse de 1 mm [43]. Son insertion au niveau de la commissure
médiale se mêle à celle des chefs profonds des portions prétarsale et marginale
activement aux mimiques de la face et sa dégénérescence participerait au
préciliaires. Ce muscle se dirige vers le bord libre en se dédoublant autour des
vieillissement du regard [27].
canalicules correspondants et longe le bord libre en arrière des bulbes pileux
Portion tarsale des cils. À ce niveau, les faisceaux musculaires sont perforés par les canaux
excréteurs des glandes de Meibomius. Latéralement, les fibres issues des deux
Cette portion palpébrale est constituée de la partie centrale de la paupière paupières s’unissent avant de s’insérer sur le tendon canthal latéral. C’est la
supérieure et inférieure. Elle est délimitée pour la paupière supérieure en bas projection de ce muscle qui, vu par transparence, est à l’origine de la ligne
par le bord libre et en haut par une ligne convexe vers le haut et passant par le grise au niveau du bord libre [54].
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1 8 Anatomie chirurgicale de la paupière supérieure : tunnellisation de l’aponévrose du
4 releveur de la paupière. 1. Lamelle antérieure (cutanéomusculaire) de la portion tarsale de
la paupière supérieure ; 2. lamelle antérieure (cutanéomusculaire) de la portion septale de
la paupière supérieure ; 3. aponévrose du muscle releveur de la paupière supérieure ; 4.
ligament de Whitnall.
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6 Apport de la résonance magnétique nucléaire dans l’étude de l’anatomie orbitopalpé-
brale : mise en évidence des différentes structures de l’appareil releveur de la paupière 4
supérieure. 1. Paupière supérieure ; 2. paupière inférieure ; 3. peau ; 4. graisse sous-
cutanée ; 5. muscle orbiculaire ; 6. panicule adipeux du sourcil ; 7. septum ; 8. périorbite ; 9.
panicule adipeux préaponévrotique ; 10. muscle releveur de la paupière supérieure ; 11.
aponévrose du releveur de la paupière supérieure ; 12. muscle de Müller ; 13. muscle droit 3
supérieur ; 14. muscle oblique inférieur.
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Vascularisation veineuse parfaitement adhérent au plan cutané, permet une bonne mobilité du sourcil
par rapport au plan profond grâce au coussinet adipeux.
Il existe deux réseaux veineux, le réseau superficiel ou prétarsal et le réseau
profond.
Peau
Le réseau superficiel se situe entre la peau et le muscle orbiculaire. En
paupière supérieure, il est drainé en dedans par la veine angulaire puis la veine Elle est épaisse et adhère aux plans sous-jacents. Elle est recouverte de poils
ophtalmique supérieure, puis en dehors à la veine temporale superficielle. En résistants et assez longs (5 à 20 mm). De nombreuses glandes sudoripares et
paupière inférieure, à la veine faciale en dedans et à la veine temporale sébacées y sont annexées.
superficielle en dehors.
Le réseau profond est constitué de deux arcades périphériques et marginales. Espace celluleux sous-cutané
En paupière supérieure, il est drainé par la veine palpébrale supérieure puis la
veine ophtalmique supérieure en dedans, par la veine lacrymale en dehors. C’est un tissu conjonctif dense dont les fibres vont du derme aux aponévroses
Pour la paupière inférieure, il est drainé par la veine palpébrale inférieure en musculaires. Il est parcouru d’éléments vasculonerveux et lymphatiques.
dedans et par la veine temporale superficielle en dehors.
Plan musculaire
Vascularisation lymphatique Il est assez complexe puisque cinq muscles peauciers y participent et que leurs
Il coexiste également deux réseaux, l’un superficiel entre la peau et le tarse, et fibres y sont souvent entremêlées. Ils sont tous innervés par le nerf facial
l’autre profond sous la conjonctive. Ces deux réseaux communiquent entre (VII). Ces muscles sont : le frontal, l’orbiculaire (cf supra), le muscle procerus
eux à travers le tarse et sont drainés selon deux voies : une voie médiale vers (ou pyramidal), le corrugator supercilii (ou muscle sourcilier) et le depressor
les ganglions sous-maxillaires en suivant la veine faciale et une voie latérale supercilii (ou muscle abaisseur du sourcil).
vers les ganglions parotidiens. Le muscle frontal constitue la partie antérieure du muscle occipitofrontal. Ce
dernier est un muscle digastrique, mince et aplati, constitué en arrière du
muscle occipital et en avant du muscle frontal. Ces deux corps musculaires
Sourcils sont réunis par la galéa aponévrotique, aponévrose épicrânienne recouvrant
la convexité du crâne et qui se dédouble au contact des muscles occipital et
frontal en deux feuillets superficiel et profond pour les entourer. Le muscle
Anatomie descriptive frontal est dépourvu d’insertion osseuse et se termine à la face profonde de la
Les sourcils sont étendus en regard du bord supraorbitaire médialement et peau des deux tiers internes des sourcils et de la région intersourcilière. Son
s’en éloignent latéralement. Ils sont symétriques par rapport à la ligne médiale faisceau latéral surcroise la portion orbitaire du muscle orbiculaire des
et sont séparés par l’espace intersourcilier répondant à la glabelle frontale. Ils paupières. Son faisceau médial se mêle aux fibres musculaires du muscle
constituent la limite supérieure de la région palpébrale et la séparent ainsi de procerus. Il est élévateur du sourcil et antagoniste du muscle corrugator, du
la région frontale. On décrit classiquement à chaque sourcil une tête médiale, muscle procerus et du muscle orbiculaire. Certains ptôsis majeurs nécessitent
un corps central et une queue latérale. La tête est assez proche de la ligne une suspension au muscle frontal pour leur correction.
médiane verticale de la face. En général, il existe sur cette ligne une zone libre. Le muscle procerus est un muscle pair, situé à la partie supérieure du dos du
Parfois, les poils des sourcils peuvent se rejoindre et former une ligne nez. Il naît à la face antérolatérale de l’os nasal, se dirige en haut et en dehors,
continue que l’on nomme alors « synophridie ». À son niveau, les poils sont passe au-dessus du nasion et recouvre les fibres du muscle corrugator au
nombreux, sur plusieurs rangées, et ont une direction verticale. La tête se niveau du sourcil. Il recouvre les os propres du nez et s’insère à leur partie
prolonge latéralement par le corps où les poils sont souvent plus nombreux. distale et sur les cartilages triangulaires. Pour certains, il s’agit d’une
Ils sont orientés alors obliquement en dehors, vers le haut pour les poils des expansion médiale du muscle frontal. Quoi qu’il en soit, il est antagoniste à
rangées supérieures et vers le bas pour les poils des rangées inférieures. Enfin, ce muscle et attire le sourcil vers le bas.
le sourcil se termine latéralement par la queue où les poils sont beaucoup plus Le muscle corrugator est situé plus profondément que le frontal et
rares. Ils sont alors orientés obliquement en dehors et tendent de plus en plus l’orbiculaire. Son insertion médiale se fait sur l’éminence glabellaire sous les
vers une ligne horizontale. Latéralement, le sourcil se termine sur une zone se muscles frontal et orbiculaire qu’il traverse lors de son trajet latéral ; il mesure
projetant à peu près 1 cm au-dessus de la suture frontozygomatique. environ 4 cm de long et se termine à la face profonde de la peau de la partie
Les sourcils, par leur forme et leur situation, jouent un rôle important dans moyenne du sourcil. Sa contraction fronce les sourcils et les rapproche en bas
l’expression et dans l’esthétique du visage. Récemment Gunter [17], lors d’une et en dedans (ride « du lion »). Il est antagonite du muscle frontal.
revue esthétique sur le sourcil, a rappelé que les critères de référence du Le muscle abaisseur du sourcil s’insère médialement sur la région
« sourcil idéal » n’existaient pas, mais qu’ils devaient être adaptés à chaque intercanthale et reste en dedans du corrugator. Sa contraction abaisse la tête
visage. La première description esthétique du sourcil date du milieu du XVIIIe du sourcil.
siècle par Johann Winckenmann. C’est à Westmore que l’on doit la première
conception plus moderne du « sourcil idéal » dont les critères étaient les
Espace celluleux sous-cutané
suivants [51] :
– l’extrémité médiale du sourcil doit se trouver sur une ligne verticale passant Il sépare le plan musculaire du plan profond et est constitué d’une importante
par le point le plus latéral du cartilage alaire et le canthus médian ; couche de tissu conjonctif lâche. Il y chemine d’importants paquets
– l’extrémité latérale du sourcil doit se trouver sur une ligne oblique passant vasculonerveux destinés aux muscles et téguments : nerf moteur du
par le point le plus latéral du cartilage alaire et le canthus latéral ; corrugator, paquet vasculonerveux sus-orbitaire et supratrochléaire, artère
– les extrémités médiale et latérale du sourcil sont approximativement sur temporale superficielle, veines frontale et angulaire.
une même ligne horizontale ;
Coussinet adipeux du sourcil
– l’apex du sourcil se situe sur une ligne verticale passant par le limbe latéral.
La plupart des auteurs reconnaissent ces critères, mais certains déterminent Le feuillet postérieur de la galéa se dédouble pour limiter le coussinet adipeux
l’apex du sourcil plus latéralement [9, 52], à la jonction tiers médial et deux tiers du sourcil. Il est constitué d’une masse graisseuse molle, située sous la couche
latéraux ou au niveau du canthus latéral. musculaire de l’orbiculaire et en avant du septum. Il a la forme d’un croissant
La distance séparant le pli de la paupière supérieure et le bord inférieur du et son importance est très variable selon les individus. Sous ce coussinet se
sourcil est de 15 à 16 mm [8, 34], du sourcil au milieu de la pupille de 25 mm trouve le périoste orbitaire qui constitue la couche la plus profonde. Il est assez
[34, 35], du sourcil à la ligne des cheveux d’environ 50 mm [34, 35], et du sourcil à mince et se continue avec la périorbite au niveau de la ligne d’insertion du
l’anneau supraorbitaire de 10 mm [34]. septum (l’arcus marginalis).
Ainsi, même s’il n’existe pas de « position idéale du sourcil », les critères
décrits précédemment constituent des critères de bon résultat esthétique. •
• •
Enfin, il faut noter qu’il existe une différence de l’apparence du sourcil selon
le sexe. En effet, celui-ci est positionné plus bas chez l’homme (où il se trouve La pratique de la chirurgie des paupières (qui se développe
au niveau de l’anneau supraorbitaire) que chez la femme. Il est également plus régulièrement ces dernières années) nécessite de la part de
plat chez l’homme, et plus galbé dans son tiers latéral [17]. l’ophtalmologiste une bonne connaissance de l’anatomie palpébrale.
Les descriptions anatomiques classiques ont bénéficié des récents
Structure travaux anatomiques et de l’apport grandissant de l’IRM dont les
progrès laissent encore envisager le développement de nos
On décrit à ce niveau cinq plans, de la superficie à la profondeur : la peau, connaissances. C’est grâce à ce développement que de nouvelles
l’espace celluleux sous-cutané, le plan musculaire, l’espace celluleux sous- techniques chirurgicales pourront être mises au point et permettre ainsi
musculaire et le coussinet adipeux. Le plan musculaire superficiel, aux patients de bénéficier de ces progrès.
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21-004-A-10 PAUPIÈRES ET SOURCILS : ANATOMIE CHIRURGICALE Ophtalmologie
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