ECOLE NORMALE SUPERIEURE
UFR/Faculté/Ecole/Institut : IFR-LSHS
Section/département : Lettres et sciences humaines
Domaine : Science de l’éducation et de la formation Année académique2022-
2023
Intitulé de l’EU : Technique d’analyse du texte littéraire
Spécialité : CAPES DIRECT FRANCAIS
EVALUATION
Texte :
Quel âge avais-je en ce temps-là ? Je ne me rappelle pas exactement. Je devais être
très jeune encore : cinq, six ans peut-être. Ma mère était dans l’atelier, près de mon père et
leurs voix me parvenaient, rassurantes, tranquilles, mêlées à celles des clients de la forge et au
bruit de l’enclume.
Brusquement j’avais interrompu de jouer, l’attention, toute mon attention, captée par
un serpent qui rampait autour de la case, qui vraiment paraissait se promener autour de la
case ; et je m’étais bientôt approché.
J’avais ramassé un roseau qui traînait dans la cours_ il en traînait toujours, qui se
détachaient de la palissade de roseaux tressés qui enclot notre concession_ et, à présent,
j’enfonçais ce roseau dans la gueule de la bête. Le serpent ne se dérobait pas : il prenait goût
au jeu ; il avalait lentement le roseau, il l’avalait comme une proie, avec la même volupté, me
semblait-il, les yeux brillants de bonheur, et sa tête, petit à petit, se rapprochait de ma main…
Je crois bien que le serpent n’eût plus beaucoup tardé à m’enfoncer ses crochets dans
les doigts si, à l’instant, Damany, l’un des apprentis, ne fût sorti de l’atelier. L’apprenti fit
signe à mon père, et presque aussitôt je me sentis soulevé de terre :
J’étais dans les bras d’un ami de mon père !
Camara Laye, (1953), L’Enfant noir, Paris, édition
Plon, p.1.
SUJET : Faîtes ressortir tous les traits qui caractérisent le texte ci-dessus, dites à
quelle typologie de texte il appartient puis identifiez son schéma actantiel tout en commentant
chacun de ces éléments, (NB : prenez le soin d’introduire et de conclure votre travail)
Depuis longtemps la littérature a été un moyen d’expression des individus de la
société. Elle se définit comme l’ensemble des œuvres écrites et/ ou orales à visée esthétique et
comportant une dimension fictionnelle. Ainsi, plusieurs auteurs se sont illustrés, abordant
diverses thématiques, où les traits caractéristiques de leurs textes constituent une principale
importance. C’est justement dans ce sens que ce texte de Camara Laye, tiré de l’œuvre
L’Enfant noir, nous est soumis à l’analyse. Dès lors, quels sont les traits caractéristiques de ce
texte ?
A quelle typologie appartient-il ?
Quel est son schéma actantiel ?
Un certain nombre d’éléments caractéristiques du texte littéraire, s’ils sont agencés,
permettent de coller une typologie au texte. Ils sont essentiellement variés et s’enchaînent
suivant des principes. Leur présence sont entre autres dans ce texte :
- La situation initiale : elle est perceptible à travers le passage suivant : « quel âge
avais-je en ce temps-là ? […] au bruit de l’enclume »;
- L’élément perturbateur : il déclenche : « brusquement j’avais interrompu le jeu, […]
et je m’étais approché » ;
- Les péripéties : elles s’illustrent par ces lignes du texte : « j’avais ramassé un roseau
qui traînait dans la cours […] se trouva terriblement proche de mes mains » ;
- L’élément de résolution : il prend position à : « je riais, je n’avais pas peur du
tout […] je me sentis soulevé de terre » ;
- La situation finale : « j’étais dans les bras d’un ami de mon père ! ».
Au-delà de cette énumération, que peut-on dire de l’espace-temps-acteurs ?
L’espace : il renvoie à l’environnement des personnages. Dans ce texte, il est arrimé à
ces éléments comme la case de mon père, l’atelier et la forge. Ces éléments confèrent à la
concession un cadre ambiant, quelquefois dangereux où l’auteur tire du plaisir en jouant avec
un serpent mystérieux. Nous avons à ce niveau la présence de plusieurs personnages, qui nous
permet de dire que les faits s’enchaînent.
Le temps : l’emploi du temps permet de situer des événements selon qu’ils
appartiennent au passé, au présent et au futur. Ainsi, dans ce texte une prédominance est
accordée à l’imparfait de l’indicatif, temps exprimant une valeur d’action passée
prolongée/durable. C’est le temps du récit. Aussi, découvre-t-on que le récit est relaté à la
première personne du singulier « je », impliquant le narrateur dans le récit. En plus l’emploi
des adjectifs montrent que les faits sont réels. Et enfin, les adverbes, quant à eux, montrent
une chronologie dans le récit.
Les acteurs ou le schéma actantiel : c’est la manifestation des acteurs. Le schéma
actantiel est le suivant :
Destinateur Objet Destinataire
(émetteur) (objectif)
( récepteur)
Adjuvant Sujet
Opposant
(aidant) (héros)
( adversaire)
*Le sujet : l’auteur, il était jeune à l’époque (cinq, six ans) et jouait avec un serpent
mystérieux sans avoir peur ;
*Objet : le serpent, il rodait autour de la case et se lovait par moment. C’est l’objet qui
procurait plus de plaisir à l’auteur ;
*Le destinateur : l’auteur lui-même, qui est attiré par le serpent et décide de jouer avec
lui ;
*Adjuvant : c’est le roseau que l’auteur utilise pour interagir avec le serpent ;
*Opposant : le serpent qui devient de plus en plus proche de l’auteur ;
*Le destinataire : Damany, l’apprenti qui intervient pour sauver l’auteur ;
*Adversaire : le danger éventuel qui se présente pour le serpent morde l’auteur.
Tout compte fait, la coordination de l’ensemble de ces éléments nous permet
de dire que la typologie de ce texte est bien narrative.
En définitive, nous pouvons retenir que ce passage du roman L’Enfant noir de Camara
Laye est un récit autobiographique qui relate un souvenir d’enfance de l’auteur. L’espace, le
temps et surtout le schéma actantiel met en évidence les différents éléments de l’histoire et le
rôle dans le déroulement de l’événement.