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Croissance Agricole en

Afrique de l’Ouest
Facteurs déterminants de marché et de politique

Frank Hollinger
(Organisation des Nations Unies pour l’alimentation
et l’agriculture)

John M. Staatz
(Michigan State University)
Editeurs

Publié conjointement par la Banque africaine de développement


et
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation
et l’agriculture

Rome, 2015


Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation des données qui y figurent
n’impliquent de la part de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
ou de la Banque africaine de développement (BAD) aucune prise de position quant au statut juridique
ou au stade de développement des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé
de leurs frontières ou limites. La mention de sociétés déterminées ou de produits de fabricants, qu’ils
soient ou non brevetés, n’entraîne, de la part de la FAO ou de la BAD, aucune approbation ou recom-
mandation desdits produits de préférence à d’autres de nature analogue qui ne sont pas cités.

Les opinions exprimées dans ce produit d’information sont celles du/des auteur(s) et ne reflètent pas
nécessairement les vues ou les politiques de la FAO ou de la BAD.

FAO ISBN 978-92-5-208700-7

© FAO et BAD, 2015

La FAO et la BAD encouragent l’utilisation, la reproduction et la diffusion des informations figurant


dans ce produit d’information. Sauf indication contraire, le contenu peut être copié, téléchargé et impri-
mé aux fins d’étude privée, de recherches ou d’enseignement, ainsi que pour utilisation dans des produits
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publications) et peuvent être achetés par courriel adressé à publications-sales@[Link].

Crédits photos : couverture avant – de droite à gauche, du haut en bas :


© FAO/Frank Hollinger; © FAO/David Youngs; © FAO/Frank Hollinger; © FAO/Olivier Asselin,
© FAO/Guilio Napoletano, © FAO/Olivier Asselin, © FAO/Desmond Kwande, © Andrew Murray

Crédit photos : couverture arrière – de gauche à droite :


© Ryan Vroegindewey, © Ryan Vroegindewey

II
Avant-propos

Avant-propos
L ’Agriculture ouest-africaine est à un tournant.
Après de longues périodes pendant lesquelles ce
secteur a bénéficié d’une attention limitée, les pays
agricoles plus performants et inclusifs. Au fur et à
mesure que l’Agriculture de l’Afrique de l’Ouest ré-
agit aux transformations démographiques, sociales
d’Afrique de l’Ouest et leurs partenaires de dévelop- et économiques de la région, la formulation des po-
pement reconnaissent son importance décisive pour litiques devient plus complexe. L’éventail des parties
une croissance diversifiée, la sécurité alimentaire, la prenantes s’est élargi avec la participation accrue des
nutrition et la réduction de la pauvreté. L’attention organisations du secteur privé et de la société civile à la
renouvelée portée à l’Agriculture s’est cristallisée autour formulation et à la mise en œuvre des politiques. Par
du Programme détaillé de développement de l’agricul- conséquent, la coordination intersectorielle devient
ture africaine (PDDAA) du NEPAD mis en œuvre en encore plus importante. Répondre aux pressions mul-
Afrique de l’Ouest par la Communauté économique tiples exercées sur le secteur agricole exige des mesures
des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et qui dépassent les missions classiques des ministères
ses Etats-membres dans le cadre de la politique de l’agriculture. L’élaboration des politiques agricoles
agricole régionale de la CEDEAO (ECOWAP). doit désormais tenir compte des interdépendances
La reconnaissance du rôle essentiel de l’agricul- existant entre des problématiques aussi diverses que
ture coïncide avec des mutations fondamentales la recherche, les investissements dans les transports,
du contexte régional et mondial pour la croissance les politiques monétaires et la sensibilisation à la nu-
agricole, suscitant des opportunités sans précédent trition. Ce document est une riche compilation de
ainsi que de nouveaux défis. Les effets conjugués données empiriques, de connaissances et d’analyses
d’une forte hausse de la demande, de prix agricoles qui mettent en lumière ces interdépendances.
plus élevés et d’une conjoncture macroéconomique
et de politiques plus propices engendre les conditions Conscientes des nombreuses opportunités et
les plus favorables à la croissance agricole rencontrées menaces suscitées par l’évolution du contexte de
depuis plus d’une trentaine d’années. Parallèlement, l’Agriculture en Afrique de l’Ouest, la Banque afri-
de nouveaux défis allant du changement climatique caine de développement (BAD), la CEDEAO et
à une volatilité accrue des prix menacent la capacité l’Organisation des Nations Unies pour l’alimenta-
des Africains de l’Ouest à saisir ces opportunités. tion et l’agriculture (FAO) ont décidé d’unir leurs
efforts pour mener ce travail d’analyse. Cette étude
Cette étude sur la Croissance agricole en Afrique vise à offrir un fondement empirique plus solide
de l’Ouest (AGWA) vient à point nommé. Elle exa- destiné à éclairer les réformes politiques en cours et
mine l’Agriculture dans le cadre élargi de la trans- les choix d’investissements à l’échelle nationale et
formation des systèmes agroalimentaires, depuis la régionale, mais aussi à servir de source d’information
fourniture d’intrants jusqu’au consommateur, dans et d’analyse pour toute une série de parties prenantes
les 15 pays de la CEDEAO en employant le terme s’efforçant de construire une Agriculture ouest-afri-
Agriculture (avec un « A » majuscule) pour désigner caine plus robuste, durable et inclusive. La lecture de
l’ensemble du système. L’étude se base sur une analyse cette étude, qui tient compte des perspectives d’ave-
des facteurs de croissance passés et des potentialités nir, est essentielle pour les décideurs, partenaires de
futures pour tirer des conclusions sur la conception développement, scientifiques, exploitants agricoles
et la mise en œuvre de politiques et investissements et autres acteurs du secteur de l’agroalimentaire.

Donald Kaberuka José Graziano da Silva Kadré Désiré Ouédraogo


Président Directeur Général Président
Banque africaine de développement Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture Commission de la CEDEAO

III
Remerciements

Remerciements
L ’étude sur la croissance agricole en Afrique de
l’Ouest (AGWA)1 est une entreprise commune
de la Banque africaine de développement (BAD),
Accra et Lagos et sur les industries agroalimentaires
au Nigeria. Il s’agit de Anthony Akunzule, Stephan
Frimpong, Joan Nimarkoh, James Tefft, Adeniyi
l’Organisation des Nations Unies pour l’alimen- Ologunleko, Bolarin Omonona et Andrea Wool-
tation et l’agriculture (FAO) et la Communau- verton. L’équipe de l’étude AGWA s’est entretenue
té économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest avec des
(CEDEAO). Le présent rapport est le fruit d’une agriculteurs, transformateurs agricoles, détaillants,
initiative collective résultant des contributions de consommateurs et autres informateurs clés du sec-
nombreuses organisations et personnes. La mise teur agroalimentaire. L’équipe leur est reconnais-
en œuvre de l’ étude a reposé sur le Centre d’in- sante d’avoir partagé leur savoir, leur expertise et
vestissement de la FAO et a été menée par Frank leur savoir-faire et les remercie.
Hollinger, en étroite collaboration avec le Bureau
régional de la FAO pour l’Afrique et les Divisions En outre, le Réseau des Organisations Paysannes
techniques de la FAO. Les principaux auteurs et de Producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROP-
de l’ étude sont Frank Hollinger (FAO) et John PA) a participé à plusieurs étapes de l’étude et
Staatz (Université d’Etat du Michigan, MSU). apporté des contributions précieuses. Il s’agit des
James Tefft, Mohamed Manssouri, Henri Josse- documents de référence concernant les rôles et les
rand, Abdoulaye Mbaye (tous de la FAO), Nango prises de position des organisations d’agriculteurs
Dembélé, Boubacar Diallo et Steven Haggblade dans l’ élaboration des politiques ouest-africaines
(tous de MSU), et Panos Konandreas (consultant) et les expériences pratiques sur la contribution des
ont apporté des contributions intellectuelles et des agriculteurs à l’essor de filières alimentaires dyna-
commentaires de grande valeur. miques. Nos remerciements s’adressent tout par-
ticulièrement à Mamadou Cissokho et à Jacques
En outre, les personnes suivantes ont joué un rôle Strebelle qui ont facilité ces contributions et au
essentiel de mobilisation et de soutien continu de Collectif de Stratégies Alimentaires de Belgique
l’étude au sein de trois organisations partenaires : pour leur soutien technique.
Dougou Keita, Nejib Kacem et Jonas Chianu à la
BAD, Ernest Aubee, Rui da Silva et Alain Sy Trao- De nombreux experts de la FAO ont aussi
ré à la CEDEAO et Guy Evers, Alberta Mascaret- contribué à cette étude. Il s’agit de Michael
ti, James Tefft et Mohamed Manssouri à la FAO. Marx, Giorgia Nicoló, Mohamed Ag Bendech,
Julia Seevinck, Hélène Coulibaly et Catherine
Pour renforcer le fondement empirique de l’étude, Bessy. Les auteurs ont aussi bénéficié des dis-
l’équipe chargée de cette étude a commandé plu- cussions utiles qu’ils ont eues avec les membres
sieurs documents de référence et notes qui ont ali- de l’ équipe du Suivi des politiques agricoles et
menté ce rapport. Les auteurs de ces documents alimentaires en Afrique de la FAO (SPAAA).
d’information sont Arlène Alpha (politique com- L’analyse du bilan alimentaire du Chapitre 5
merciale), Denis Drechsler (filières), Andrew Lam- se fonde sur les travaux de Nathalie Me-Nsope
bert (secteur agroalimentaire), Panos Konandreas de Université d’Etat du Michigan (MSU), avec
(volatilité des prix, commerce), Maurice Taondyandé l’appui de la Fondation Syngenta pour une agri-
and Mbaye Yade (enquêtes budget-consommation) culture durable. Holger Matthey et Merrit Cluff
et Andrea Woolverton (consommation alimentaire du Département des perspectives économiques
et études de cas au niveau de la vente au détail). Plu- de la FAO/OCDE ont procuré des analyses de
sieurs personnes ont contribué au travail de terrain données spéciales qui se sont avérées très utiles
sur la consommation alimentaire et les tendances à pour l’analyse de l’ évolution future potentielle
de l’offre et de demande en Afrique de l’Ouest.
1 Agricultural Growth in West Africa en anglais Un soutien administratif précieux a été apporté

IV
Remerciements

par Mirella Bonacci et Patrizia Veroli du Centre La version définitive du rapport a été corri-
d’investissement de la FAO. gée par Miriam Sohlberg et relu par Julie See-
vinck. Steve Longabaugh de l’Université d’Etat
Le rapport définitif a été fortement amélio- du Michigan a fourni une aide de grande valeur
ré par les commentaires d’Ernest Aubee, Astrid en préparant plusieurs cartes et graphiques pour
Agostini, Arlène Alpha, Jean Balie, Jesus Barrei- la publication.
ro Hurle, Nicolas Bricas, Jonas Chainu, Nango
Dembélé, Boubacar Diallo, Stephanie Gallatova, La traduction française de l’étude a été assurée
Hélène Gourichon, Steve Haggblade, Peter Hart- par Julie Porter (USA) et son équipe de traducteurs
mann, Edward Heineman, Najib Kacem, Dougou professionnels : Manon King (USA), Dominic
Keita, Siobhan Kelly, Panos Konandreas, Patrick Michelin (France), Bougouma Mbaye Fall (Sé-
Kormawa, Alban Mas Aparisi, Mohamed Mans- négal) et Ousmane Traoré Diagne (Sénégal). La
souri, Alberta Mascaretti, Nomathemba Mhlan- traduction de l’étude a également bénéficié des
ga, Jamie Morrison, David Neven, Alain Onibon, commentaires et corrections de Ramziath Adjao.
Hermann Pfeiffer, Philippe Rémy, Adeleki Sala- Des remerciements spéciaux sont dus à Thorsten
mi, Saifullah Syed et James Tefft, ainsi que par les Hallscheidt pour la conception graphique.
participants d’un atelier de révision qui s’est tenu
à la BAD en juillet 2013. Nous avons également Bien qu’ils reconnaissent avec gratitude les
bénéficié des commentaires des participants à contributions de toutes les personnes et organisa-
une séance de discussion sur l’ ébauche du présent tions mentionnées plus haut, les auteurs endossent
rapport, lors de la 4è conférence annuelle interna- seuls la responsabilité de tout fait ou interprétation
tionale de l’Association africaine des agroécono- erronée qui serait resté dans ce rapport.
mistes, qui s’est tenue à Hammamet, en Tunisie,
au mois de septembre 2013.

V
Table des matières

Table des matières


Avant-propos. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . III

Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . IV

Table des matières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . VI

Liste des tableaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . IX

Liste des figures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XI

Liste des encadrés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XII

Liste des acronymes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XIII

Principaux résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XVII

Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
I. Contexte et motivation de l’ étude. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
II. Principales tendances et facteurs de changement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
III. Implications de ces tendances et facteurs de changement pour la croissance et les politiques agricoles. . . . . . . . . . . . . 6
IV. Comment le système agroalimentaire a-t-il réagi à l’évolution de la demande et des tendances du marché ?. . . . . . . . 10
V. Pourquoi la réponse de l’offre est-elle en retard sur la hausse de la demande ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
VI. Evolution des politiques Agricoles nationales et régionales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
VII. Evolution des politiques commerciales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.1 Pourquoi une étude de la politique Agricole en Afrique de l’Ouest ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.2 Contexte, objectif et portée de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.3 Le rapport définitif AGWA : un guide de lecture. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

Partie I
Transformation des systeme agroalimantaires en Afrique de l’Ouest : facteurs et tendances 51

2. Les facteurs des changements structurels de l’Agriculture ouest-africaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53


2.1 Tendances démographiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
2.2 Une transformation structurelle en retard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.4​ Des progrès économiques et politiques encore fragiles dans l’ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
2.5 Mondialisation et changements technologiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
2.6​ Synthèse des principales conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

VI
Table des matières

3. Réponse de la production. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.1​ Une base de production agricole très diversifiée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.2​ Tendances de la production agricole régionale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
3.3 ​ Tendances de la productivité agricole . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
3.4 Pourquoi la réponse de l’offre est-elle en retard sur l la croissance de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.5 Conclusions sur la réponse de l’offre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104

4. Réponse du commerce. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107


4.1 Le rôle de l’agriculture dans le commerce de marchandises de l’Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
4.2 Balances commerciales cumulées : marchandises, agriculture et alimentation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4.3 Importations : composition, tendances et dépendance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
4.4 Exportations : composition, tendances et compétitivité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.5​ Commerce intra-régional . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
4.6 Les exigences de qualité sur les marchés régionaux et internationaux à l’exportation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
4.7 Synthèse des principales conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
Annexe au Chapitre 4. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126

Section thématique A: La volatilité des prix alimentaires en Afrique de l’Ouest :


impacts, causes et options politiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131

Partie II
Tendences de la demande et de la consommation en Afrique de l´Ouest 141

5. Tendances de la consommation alimentaire apparente par habitant : enseignements tirés de l’analyse


des bilans alimentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
5.1 Résultats portant sur la disponibilité accrue de macronutriments. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
5.2 Féculents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
5.3 Sources de protéines de haute qualité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
5.4 Fruits et légumes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
5.5 Huile végétale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
5.6 Sucre et édulcorants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
5.7 Boissons alcoolisées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
5.8 Synthèse : Principales conclusions et implications politiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
Annexe au Chapitre 5. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158

6. Comment l’urbanisation influence-t-elle la consommation alimentaire ? Enseignements dégagés des


enquêtes budgetconsommation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
6.1 Problèmes méthodologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
6.2 L’importance des dépenses alimentaires dans les budgets des ménages. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
6.3 Structure des dépenses alimentaires selon les principaux groupes d’aliments. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
6.4 Quantification de la relation entre la hausse des revenus et la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
6.5 Synthèse : Principales conclusions et implications politiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 181
Annexe au Chapitre 6. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183

VII
Table des matières

7. L’ essor des classes moyennes et l’ évolution de la demande des produits


alimentaires au Ghana et au Nigeria . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187
7.1 Contexte : principales caractéristiques de la transformation structurelle au Ghana et au Nigeria . . . . . . . . . . . . . . . . . 187
7.2 Principaux résultats des entretiens avec des consommateurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190
7.3 Synthèse : principales conclusions et implications politiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200

Partie III
Comment les systèmes agroaliment aires en l´Afrique de l´Ouest réagissent-ils aux tendances
actuelles du marché 203

8. Commerce de détail moderne des produits alimentaires en Afrique de l’Ouest :


nouvelles tendances et perspectives. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
8.1​ Contexte : évidence de la « révolution des supermarchés » dans le monde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
8.2​ Evidence en Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
8.3​ Commerce de détail moderne de produits alimentaires en Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
8.4​ Perspectives. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220
8.5​ Principales conclusions et implications politiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222

9. Le secteur agroalimentaire et les industries agroalimentaires :


situation actuelle, opportunités et défis. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225
9.1​ Contexte : secteur agroalimentaire et industries agroalimentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225
9.2​ Principales caractéristiques du secteur agroalimentaire en Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226
9.3​ Performance générale du secteur et tendances. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231
9.4​ Opportunités et contraintes pour le développement du secteur agroalimentaire en Afrique de l’Ouest . . . . . . . . . . . . 235
9.5​ Principales conclusions et incidences sur les politiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 242

10. Réponse de quelques chaînes de valeur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247


10.1​ Chaînes de valeur axées sur les consommateurs ouest-africains. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 248
10.2 ​ Chaînes de valeur axées sur l’exportation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270
10.3​ Autres chaînes de valeur à fort potentiel de croissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 283
10.4​ Synthèse des points clés et conclusions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 288

Partie IV
Politiques de développement des systèmes agroalimentaires en Afrique de l´Ouest 293

11. Politiques agricoles nationales et régionales: Evolution et défis actuels. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 295


11.1 ​ Les politiques agricoles depuis les indépendances jusqu’au milieu des années 1980 : une approche du . . . . . . . . . . . . .
développement menée par l’ état. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 295
11.2​ Ajustement structurel et désintérêt pour l’agriculture. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 303
11.3​ Réponse politique initiale à l’ajustement structurel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 306
11.4​ Emergence de l’ECOWAP/PDDAA. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 310
11.5 ​Impacts de la « redécouverte de l’Agriculture », notamment ECOWAP/PDDAA. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 319
11.6​ Les politiques et investissements du PDDAA répondent-ils aux attentes et aux enjeux structurels
de l’Agriculture ouest-africaine ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 328
11.7​ Politiques ignorées ou sous-estimées et absence de liens avec d’autres politiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 331

VIII
Liste des tableaux

11.8​ Mise en œuvre des politiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 333


11.9​ Synthèse des principales conclusions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 335
Annexe au Chapitre 11. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337

Section thématique B : Participation des intervenants dans l’ élaboration et la mise en


œuvre des politiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 345

Section thématique C : Amélioration de l’accès aux engrais, aux semences améliorées,


aux pesticides et aux intrants vétérinaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 349

Section thématique D : Politiques relatives au régime foncier et aux droits d’usage de l’eau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 355

12. Politique commerciale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 359


12.1​ L’objectif politique : créer un marché ouest-africain unifié. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 359
12.2​ Le programme d’intégration commerciale : progrès et défis restants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 362
12.3​ Renforcement de la cohérence des politiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 378
12.4​ Prendre en charge la volatilité des prix. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 381
12.5​ Autres domaines à prendre en charge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 383
12.6​ Conclusions et questions en suspens sur l’avenir des politiques commerciales régionales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 385

13. Principales conclusions, implications politiques et la voie à suivre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 389


13.1​ Principales conclusions et implications politique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 389
13.2 ​ L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 396
13.3 L’avenir : principes directeurs pour des politiques plus performantes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 405

Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 416

Crédits photos. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 426

Liste des tableaux


2.1 Estimations passées et projections pour les pays membres de la CEDEAO. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
2.2 Taux d’urbanisation estimés, 1990 - 2050. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.3 Parts moyennes des secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services dans le PIB global . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.4 Taux de croissance du PIB et part du PIB sur la région, Pays de la CEDEAO. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
2.5 Taux individuels de pauvreté et coefficients Gini pour les pays d’Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.6 La classe moyenne ouest-africaine en 2008. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
2.7 La sous-nutrition dans la zone CEDEAO, 1992-2008 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
3.1 Production agricole CEDEAO par valeur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
3.2 Volume et taux de croissance des principales cultures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
3.3 Volume et taux de croissance des principaux produits de l’ élevage, en moyenne triennale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
3.4 Rendements moyens pour les denrées sélectionnées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.5 Rendements moyens par pays pour les cultures sélectionnées en Afrique de l’Ouest, 2008-2010. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.6 Taux de croissance annuel moyen de la productivité de la terre et du travail pour l’Afrique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.7 Evolution du pourcentage de productivité totale des facteurs, de l’efficacité et du changement technique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.8 Consommation de nutriments d’engrais, kg/ha, 2003-09 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

IX
Liste des tableaux

4.1 Parts des pays dans le total des importations (%) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
A4.1 Evolution des TAS pour les denrées céréalières par pays. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
A4.2 Evolution des TAS pour les denrées non-céréalières par pays. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
5.1 Consommation apparente de céréalesa par habitant et TCAMb. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .146
5.2 Consommation apparente de racines et tuberculesa par habitant et TCAMb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
5.3 Part de certains féculents dans la disponibilité en calories provenant de féculents. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
5.4 Disponibilité par habitant en sources de protéines de haute qualité Disponibilité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
5.5 Disponibilité en légumineuses par habitant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
5.6 Consommation apparente de fruits et légumes par habitant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
A5.1 Disponibilité journalière en énergie alimentaire par pays . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
A5.2 Pays du Sahel, non côtiers : disponibilité journalière en protéines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
A5.3 Pays du Sahel, côtiers : disponibilité journalière en protéines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
A5.4 Pays hors Sahel, côtiers : disponibilité journalière en protéines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
A5.5 Disponibilité journalière en lipides par pays. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
6.1 Enquêtes budget-consommation analysées par ReSAKSS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
6.2 Pourcentage des dépenses totales des ménages consacré à l’alimentation, selon le quintile de revenus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
6.3 Part des zones urbaines dans les dépenses alimentaires totales pour les principaux groupes d’aliments (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
6.4 Evolution de la composition du budget alimentaire en milieu urbain (%) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
6.5 Structure des dépenses alimentaires selon les principaux groupes d’aliments (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
6.6 Part des dépenses totales consacrées aux féculents non transformé et transformés dans divers pays. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
6.7 Elasticités-revenu de la demande de produits alimentaires, par pays et lieu de résidence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177
A6.1 Pourcentage du budget alimentaire consacré à différents aliments. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
A6.2 Pourcentage du budget alimentaire consacré aux différents aliments. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
A6.3 Evolution des dépenses alimentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
A6.4 Evolution des dépenses alimentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 185
7.1 Caractéristiques des échantillons représentés dans les groupes de réflexion, Accra et Lagos, 2011-12 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191
7.2 Importance du marché et part des produits alimentaires emballés au Nigeria, 2011 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192
7.3 Croissance passée et projetée des ventes d’aliments emballés au Nigeriaa . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192
9.1 Classification des pays selon la taille de leurs secteurs agroalimentaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227
9.2 Classements des Etats membres de la CEDEAO sur l’indice de la facilité de faire des affaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240
10.1 Nombre de volailles en Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 261
10.2 Prix du poulet à Accra au début de 2012. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263
11.1 Changements dans les incitations Agricoles : taux nets de soutien et taux relatifs de soutien à l’Agriculture (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . 298
11.2 Taux nets de soutien (%) pour les producteurs de coton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 299
11.3 Valeur manufacturière ajoutée en pourcentage du PIB. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 299
11.4 Taux de croissance du PIB par habitant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 302
11.5 Affectations en pourcentage des budgets de PNIA par activité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 316
11.6 Taux de protection nominale observé au niveau de l’exploitation, 2005-10. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 325
11.7 Taux de croissance annuels moyens du PIB par habitant, 2008-11. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327
A11.1 Eléments de coût du plan d’investissement du PDDAA du Sénégal, 2011-2015 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337
A11.2 Répartition des coûts du PNIP-SA du PDDAA du Mali, 2011-2015 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 339
A11.3 Budget du PNIA du Ghana (METASIP), 2011-2015. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 342
A11.4 Part des dépenses publiques totales affectées à l’agriculture, 1990-2009 (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 343
12.1 Bandes tarifaires du TEC de la CEDEAO. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 370
12.2 Modifications prévues de la protection des échanges avec l’adoption du TEC de la CEDEAO. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .371
12.3 Structure de la 5e bande du TEC CEDEAO . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 372

X
Liste des figures

Liste des figures


2.1 Schémas de croissance de la population ouest-africaine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.2 Taux de croissance urbaine prévus en Afrique de l’Ouest, 2010-2020. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
2.3 Nombre d’individus affectés par les catastrophes naturelles en Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
3.1 Contribution de la superficie et du rendement à la croissance de production . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3.2 Tendances des rendements de céréales (t/ha). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
4.1 Part des produits agricoles dans le total des importations de marchandises (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
4.2 Part des produits agricoles dans la totalité des importations de marchandises (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
4.3 Commerce total des marchandises . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
4.4 Balance commerciale alimentaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
4.5 Balances commerciales de l’Afrique de l’Ouest avec le reste du monde sur le long terme (exportations nettes) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
4.6 Balance commerciale alimentaire (exportations nettes), 2006 - 2010 (en milliers de $EU). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
4.7 Composition des importations alimentaires en Afrique de l’Ouest sur la durée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
4.8 Parts des cinq plus gros importateurs a dans les importations régionales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.9 Taux d’autosuffisance par céréale en Afrique de l’Ouest (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
4.10 Taux d’autosuffisance du des céréales totales par pays (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
4.11 TAS des denrées non céréalières en Afrique de l’Ouest (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
4.12 Composition des exportations agricoles et piscicoles sur la durée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.13 Cartographie des taux de croissance des principales denrées ouest-africaines exportées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
4.14 Flux commerciaux du bétail ruminant dans la région, 2010. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
A4.1 Balances commerciales cumulées d’Afrique de l’Ouest avec le reste du monde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
A.1 Exemples de volatilité des prix importée et générée en interne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
5.1 Part de l’huile de palme et de palmiste dans la disponibilité totale en huile végétale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
6.1 Parts marginales des aliments de base dans le budget alimentaire en zones urbaines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
6.2 Parts marginales de budget alimentaire pour les aliments de base en zones rurales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
6.3 Parts marginales des produits d’origine animale dans le budget alimentaire en zones urbaines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
6.4 Parts marginales des produits d’origine animale dans le budget alimentaire en zones rurales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
10.1 Bassins de production du riz en Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 249
10.2 Structure de la chaîne de valeur du manioc au Nigeria. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257
10.3 Production de fèves de cacao en Afrique de l’Ouest, 2012 (en tonnes) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271
10.4 Production et flux commerciaux du niébé en Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 286
11.1 Taux de croissance annuelle de la production pour certaines denrées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 301
11.2 Part du budget de l’ état affectée à l’agriculture (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 322
11.3 Taux de croissance agricole en 2008-2010 dans les pays de la CEDEAO (%). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 327
12.1 Droits consolidés et tarifs appliqués des céréales en Afrique de l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361
12.2 Obstacles routiers au commerce en Afrique de l’Ouest, avril-juin, 2010 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 367
12.3 Changement au niveau du nombre de contrôles routiers tous les 100 km par pays, 2009-2012. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 367

XI
Liste des encadrés

Liste des encadrés


Encadré 2.1 Le double fardeau de la malnutrition en Afrique de l’Ouest . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Encadré 2.2 De la dégradation des ressources à une intensification de l’agriculture durable. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
Encadré 6.1 Elasticité-revenu de la demande et parts marginales de budget . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
Encadré 9.1 Raisons de l’accès limité au financement des entreprises agroalimentaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
Encadré 10.1 L’histoire du riz à l’Office du Niger au Mali. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 252
Encadré 11.1 De nouvelles institutions de la CEDEAO pour la mise en œuvre de l’ECOWAP. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 320
Encadré 11.2 Instruments politiques de l’ECOWAP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 320
Encadré C.1 Recommandations pour renforcer l’efficacité des programmes de subvention aux engrais en Afrique. . . . . . . . . . . . 353
Encadré 12.1 Etudes de l’impact d’un APE UE-CEDEAO sur l’agriculture et l’agro-industrie ouest-africaines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 376

XII
Liste des acronymes

Liste des acronymes


ADO Aide au développement officielle
AGWA Croissance agricole en Afrique de l’Ouest [Agricultural Growth in West Africa]
AMIS Système d’informations sur le marché agricole
APE Accord de partenariat économique
BA Bilan alimentaire
BAD/AFDB Banque africaine de développement
BCEAO Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest
BT Bacillus thuringensis
CAF Coût, assurance et fret
CCC Conseil du Café-Cacao (Côte d’Ivoire)
CEA Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies
CEDEAO Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest [ECOWAS en anglais]
CER Communauté économique régionale
CFDT Compagnie Française de Développement des Textiles
CI Comité interprofessionnel
CITI Classification internationale type, par industrie
CILSS Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel
CIRAD Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement
CMDT Compagnie Malienne de Développement des Textiles
CNO Compagnies de négoce officielles
COFOG Classification de l’ONU des fonctions de gouvernement
CORAF Conseil Ouest et Centre Africaine pour la Recherche et le Développement
CRE Communauté régionale économique
CSSPPA Caisse de Stabilisation et de Soutien des Prix des Produits Agricoles (Côte d’Ivoire)
DAERE Département de l’agriculture, de l’environnement et des ressources en eau (CEDEAO)
DCC Droit compensateur de la CEDEAO
ECOWADF Fonds de développement agricole de la CEDEAO
ECOWAP Politique agricole régionale de la CEDEAO
ECOWAS Economic Community of West African States [CEDEAO en français]
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FIDA Fonds international de développement agricole
FIFA Facilité de financement pour les importations alimentaires
FMHQ Farine de manioc de haute qualité
FMI Fond monétaire international
FOB Franco à bord
GAFSP Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire
GAMA Greater Accra Metropolitan Area
GATT Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce
GIEC Groupe d’experts intergouvernemental sur l’ évolution du climat
GOANA Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance (Sénégal)
HPLE Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition
ID3A Initiative pour le développement de l’agrobusiness et des agro-industries en Afrique
IED Investissement étranger direct
IFDC Centre international de développement des engrais
IFPRI International Food Policy Research Institute
IITA Institut international pour l’agriculture tropicale
INRA Instituts national de recherche agricole

XIII
Liste des acronymes

INSAH Institut du Sahel


IRCT Institut de Recherche Cotonnière et des Fibres Textiles Exotiques
ISF Taxe de sauvegarde inversée
LBC Licensed Buying Company (Ghana)
LDN Loi sur le Domaine National (Sénégal)
LOA Loi d’Orientation Agricole (Mali)
LOASP Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (Sénégal)
MEGC Modèle d’équilibre général calculable
MIR Commercialisation régional des intrants (Marketing Inputs Regionally—projet conjoint de l’IFDC et de la CEDEAO)
MSS Mécanisme de sauvegarde spéciale
MTBF Cadre budgétaire de moyen terme (Nigeria)
MTF Stratégie sectorielle à moyen terme (Nigeria)
NBS Nigerian Bureau of Statistics
NCB Nigerian Cocoa Board
NEPAD Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique
NPF Nation la plus favorisée
OCDE/OECD Organisation de coopération et de développement économique
OGM Organisme génétiquement modifié
OMC/WTO Organisation mondiale du commerce
OMD Objectif du Millénaire pour le développement
ON Office du Niger (Mali)
ONG Organisation non-gouvernementale
OTC Obstacles techniques au commerce
PAPED Programme APE pour le Développement de l’Union européenne
PAS Programme d’ajustement structurel
PAU Politique Agricole de l’UEMOA
Pays ACP Pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
PDDAA Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine
PIB Produit intérieur brut
PMA Pays moins avancés
PMB Part marginale du budget
PMBA Part marginale du budget alimentaire
PME Petites et moyennes entreprises
PNIA Plan national d’investissement agricole
PNIP-SA Plan National d’Investissement Prioritaire dans le Secteur Agricole (Mali)
PNISA Plan National d’Investissement du Secteur Agricole (Mali)
PQAO Programme Qualité Afrique de l’Ouest
PRIA Plan régional d’investissement agricole
PTF Productivite totale des facteurs
ReSAKSS Système d’analyse stratégique régionale et d’appui à la connaissance
RESOGEST Réseau des Structures Publiques en charge de la Gestion des stocks nationaux de sécurité alimentaire au Sahel et en
Afrique de l’Ouest
ROPPA Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de l’Afrique de l’Ouest
RSR Restaurant à service rapide
SLEC Le Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO
SOFI L’état de l insecurité alimentaire dans le monde
SOFITX Société Burkinabé des Fibres Textiles (Burkina Faso)
SPG Système de préférences généralisées de l’Union européenne
SPG + Système amélioré de préférences généralisées de l’Union européenne
SWAC Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE (CSAO)

XIV
Liste des acronymes

Système HACCP Système d’analyse des dangers - points critiques pour leur maîtrise (méthode pour concevoir des systèmes de
sécurité sanitaire des aliments)
TAS Taux d’autosuffisance
TDP Taxe dégressive de protection
TEC Tarif extérieur commun
TNS Taux nominal de soutien
TRS Taux relatif de soutien
TSA Accord commercial Tout Sauf les Armes de l’Union Européenne
TSI Taxe de Sauvegarde à l’Importation
TVA Taxe sur la valeur ajoutée
UA Union africaine
UE Union Européenne
UEMOA Union Economique et Monétaire Ouest Africaine
UNCTAD Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED)
UNDESA Département des affaires économiques et sociales de l’ONU [ONU – DAES]
UNFPA Fonds des Nations Unies pour la population
UNIDO/ONUDI Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel
USAID United States Agency for International Development
USD Dollar américain
USDA United States Department of Agriculture
VAM Valeur ajouté du secteur manufacturier
WECARD West and Central African Council for Agricultural Research and Development
ZMOA Zone monétaire ouest-africaine

XV
XVI
P rincipaux résultats

L’ étude AGWA examine, pour la région de la CEDEAO, les opportunités et les défis auxquels est confronté le système
agroalimentaire (que nous désignons dans l’ étude par Agriculture, avec un A majuscule). Elle analyse de plus près
les facteurs déterminants et les tendances qui affectent la demande et l’offre de produits agroalimentaires, la perfor-
mance du secteur Agricole et les politiques y afférentes, et les implications pour l’orientation de futures politiques.
Les principales conclusions et messages clés sur la voie à suivre sont les suivantes:

Principaux résultats
Les opportunités de croissance Agricole en Afrique diale, plus récemment, à travers le processus
de l’Ouest sont sans précédent ECOWAP / PDDAA.

》》 Les opportunités de marché pour les produc- 》》 L’émergence d’organisations de parties pre-
teurs de denrées alimentaires en Afrique de nantes plus indépendantes et dynamiques ren-
l’Ouest sont de plus en plus dynamiques en rai- force les perspectives de croissance.
son de l’essor démographique, l’urbanisation,
la croissance des revenus, la diversification des Mais ces opportunités s’accompagnent de nouveaux
régimes alimentaires et la hausse des prix à la défis pour les systèmes agroalimentaires en Afrique
production. Le meilleur potentiel de croissance de l’Ouest qui rendent les décisions politiques plus
du marché existe pour les produits d’origine complexes
animale, suivi du riz, du poisson, et des fruits
et légumes. La production et la commercialisa- 》》 Le marché international est de plus en plus
tion de tes produits exigent une main-d’œuvre volatile, et faire des projections à long terme
nombreuse et représente donc un fort potentiel s’avère de plus en plus difficile.
de création d’emplois.
》》 L’agriculture en Afrique de l’Ouest fait face
》》 La demande alimentaire se transforme, pas- à une concurrence accrue sur deux fronts : le
sant de produits en vrac non différenciés à des marché et les ressources naturelles, notam-
aliments caractérisés par différents attributs ment la terre et l’eau.
de qualité tels que les caractéristiques nutri-
tionnelles et de santé, l’emballage, et la faci- 》》 L’élaboration et la mise en œuvre des poli-
lité de préparation, offrant des opportunités tiques Agricoles est plus complexe en raison
importantes pour la valeur ajoutée. du plus grand nombre de parties prenantes
et les multiples demandes placées sur la poli-
》》 La demande mondiale pour les produits agri- tique Agricole, allant de la croissance élargie
coles est également en hausse, en particulier des revenus, à la fourniture d’aliments possé-
dans les économies émergentes à croissance dant des attributs de santé et de sécurité sa-
rapide, ce qui ouvre des perspectives pour nitaires et à la protection de l’environnement,
les exportations agricoles traditionnelles et en passant par la création d’emplois.
non-traditionnelles de l’Afrique de l’Ouest.
》》 Réduire les importations alimentaires pour
》》 La politique Agricole et le cadre incitatif augmenter les prix afin de stimuler la pro-
se sont améliorés ces vingt dernières an- duction régionale deviendra plus difficile sur
nées et ont rehaussé l’image de l’Agricul- le plan politique en raison du nombre crois-
ture à l’échelle nationale, régionale et mon- sant et du poids politique des consommateurs

XVII
P rincipaux résultats

pauvres des zones urbaines et parce que la l’Agriculture doit être très étroitement lié au
majorité des africains de l’Ouest dépense une programme de résilience.
grande partie de leurs revenus dans l’alimen-
tation. A ce jour, la réponse de l’Afrique de l’Ouest face à ces
opportunités et ces défis a été mitigée
》》 L’importance croissante d’intégration régio-
nale nécessite une coordination accrue des 》》 Bien que la production ait enregistré une
politiques entre les Etats-membres de la CE- forte croissance ces trente dernières années,
DEAO. notamment pour de nombreuses denrées es-
sentielles, l’offre sur les marchés les plus dy-
》》 La réalisation du large ensemble d’objectifs namiques n’a pas pu satisfaire l’augmentation
que les africains de l’Ouest se sont fixés pour de la demande (par exemple, pour le riz, les
leur système agroalimentaire requière des me- produits d’origine animale et les produits
sures qui transcendent le cadre traditionnel transformés). Qui plus est, le bilan des gains
des ministères de l’agriculture et nécessite de productivité et donc la baisse des coûts
une meilleure coordination entre plusieurs de production unitaires, n’est pas constant
ministères (par exemple, agriculture, santé, car l’expansion de la production a été sou-
transports, énergie, éducation) et entre les vent basée sur une extensification qui n’est
différents niveaux de gouvernement (national, pas écologiquement durable. Il en résulte
provincial et local). un recul de la compétitivité de nombreux
produits agricoles échangeables originaires
》》 La transition alimentaire en cours, en parti- d’Afrique de l’Ouest, comme en témoignent
culier dans les zones urbaines, se traduit par l’augmentation des importations de produits
un double fardeau de la malnutrition, où la alimentaires et l’érosion de la part de la ré-
sous-alimentation coexiste avec des niveaux gion dans plusieurs de ses marchés d’expor-
croissants de surpoids et d’obésité et les pro- tation traditionnels.
blèmes qui en découlent telles que les mala-
dies cardiaques, l’hypertension et le diabète. 》》 Si l’on compte un certain nombre d’expériences
Agricoles réussies, la plupart des chaînes de va-
La croissance Ouest Africaine reste très vulnérable leur Agricoles souffrent de problèmes de mau-
aux chocs vaise coordination et de manque de confiance
entres les acteurs, liés à des coûts élevés, une
》》 La forte croissance économique de l’Afrique insuffisance de la transmission de l’informa-
de l’Ouest a été alimentée dans une large tion et des mesures incitatives. En raison de
mesure par un boom des ressources naturelles la faiblesse des chaînes d’approvisionnement
et les industries extractives. Puisque beaucoup nationales, un grand nombre de segments de
de ces ressources ne sont pas renouvelables, marché dynamiques pour les produits alimen-
les politiques doivent donc mettre l’accent taires transformés s’approvisionnent en ma-
sur l’investissement productif des revenus qui tières premières importées. Les exemples de
en sont issus pour accroitre la productivité réussite illustre le potentiel de ce qui pourrait
globale de l’économie, notamment du sec- être réalisé. Les défis cruciaux sont donc de
teur agroalimentaire, au lieu de simplement tirer des enseignements du passé, en adaptant
les utiliser pour financer des importations les importantes leçons à d’autres contextes et
alimentaires croissantes. de les étendre.

》》 La région reste vulnérable aux catastrophes


d’origine naturelle et humaine dont la crise
récente d’Ebola en est une illustration frap-
pante. Ainsi, le programme de croissance de

XVIII
P rincipaux résultats

La mise en œuvre des politiques est plus difficile que 2. Les interventions dans les systèmes agroali-
leur formulation. Les problèmes de mise en œuvre mentaires doivent se fonder sur une conscience
sont souvent liés à trois facteurs : aiguë de l’évolution rapide de la demande des
consommateurs afin d’identifier les oppor-
》》 Une tendance à proposer des solutions qui tunités d’investissement pour les différents
dépassent de loin les ressources financières et intervenants du système alimentaire et de gui-
humaines dont disposent les entités chargées der les priorités pour soutenir les politiques et
de la mise en œuvre. investissements publics.

》》 Renversements fréquents de politique et in- 3. Les gains de productivité dans l’ensemble du


terventions ad hoc du gouvernement créant système agroalimentaire sont le seul moyen
une méfiance entre les acteurs privés et le durable de satisfaire simultanément les besoins
gouvernement, sapant ainsi l’efficacité et la des consommateurs et des producteurs. Plutôt
politique et les incitations à investir. qu’une simple réplication d’une « révolution
verte », il est nécessaire de favoriser une combi-
》》 Les incitations à mettre en œuvre les me- naison de l’intensification durable, l’agriculture
sures proposées sont mal harmonisées, que intelligente face au climat et le développement
ce soit à l’échelle nationale ou individuelle. des chaînes de valeur inclusives.
Des intérêts nationaux divergents expliquent
certaines difficultés à conclure un accord sur 4. Renforcer la création de valeur ajoutée sous
les réglementations des échanges régionaux et ses diverses formes est indispensable pour
leur mise en œuvre peu brillante une fois ces conquérir des marchés plus lucratifs et re-
dernières adoptées. Le manque d’alignement lever les revenus dans le système agroali-
des incitations individuelles sur les intérêts mentaire. Cela nécessite un environnement
régionaux et nationaux est au cœur de nom- propice à l’investissement, l’amélioration
breux problèmes de recherche de rente qui des marchés et les infrastructures de trans-
entravent toujours les échanges régionaux. port, et le renforcement des organisations
des parties prenantes, allant des agriculteurs
jusqu’aux consommateurs.
La voie à suivre : Messages clés
5. Pour être compétitive dans une large gamme
Six principes doivent guider les politiques Agricoles de produits face aux grands acteurs mondiaux
dans la région : tels que le Brésil, la Chine et l’Inde, l’Agri-
culture ouest-africaine doit réaliser certaines
1. La diversité des systèmes agroalimentaires économies d’échelle dont ces pays bénéfi-
ouest-africains exige un ensemble de me- cient. Cela n’est possible que si l’intégration
sures différenciées. Une approche politique régionale est plus avancée. Toutefois, l’avenir
passe-partout est probablement vouée à de l’intégration régionale dépend surtout du
l’échec. Uniformiser les règles du jeu entre comportement des grands acteurs, en parti-
tous les acteurs dans le système agroalimen- culier le Nigeria. Dans le passé, le Nigeria et
taire et un soutien particulier aux femmes d’autres grands acteurs, tels que le Ghana,
et aux jeunes sont des priorités transversales la Côte d’Ivoire et le Sénégal, ont souvent
pour les politiques. En même temps, il est pris des mesures politiques qui ont entravé
important de ne pas rejeter à priori les possi- l’intégration régionale.
bilités de renforcer des liens avec des acteurs
plus grands ayant un potentiel de transfor- 6. Les gains de productivité agricole doivent
mation du système agroalimentaire. être complétés par des mesures de renforce-
ment de la résilience.

XIX
P rincipaux résultats

Atteindre une croissance agricole plus rapide, tables et favorables à une croissance généra-
plus diversifiée et plus durable en Afrique de lisée à long terme et dans lesquels le secteur
l’Ouest exige un meilleur environnement poli- privé est peu apte ou incité à investir. Les
tique, des investissements publics indispensables, points clés comprennent:
et une mise en œuvre renforcée des politiques.
• La recherche agricole, la vulgarisation et
》》 Un meilleur environnement politique incite le développement et le développement du
les acteurs du secteur privé (y compris des capital humain connexe.
agriculteurs) à investir dans des technologies
d’amélioration de la productivité Agricole ; • Les infrastructures, notamment les routes
renforce la qualité et la gestion des risques rurales, les infrastructures de marché, l’ir-
tout au long du système agroalimentaire ; et rigation et la fourniture d’électricité fiable.
fournit un ensemble d’outils plus prévisibles et
performants pour faciliter l’accès des pauvres • Construire la base des compétences pour
à la nourriture. Les éléments clés d’un envi- l’Agriculture du vingt-et-unième siècle, par
ronnement politique efficace sont la prévisi- une transformation des systèmes d’ensei-
bilité, les axes prioritaires, la participation et gnement agricole, de l’ école primaire à
l’inclusion (y compris de l’aspect genre), la l’université. La transformation de l’Agri-
cohérence et la capacité de progresser avec le culture ouest-africaine exigera un ensemble
temps au fur et à mesure que l’ économie et la de compétences bien différentes à tous les
société dans son ensemble évoluent. niveaux de la chaîne agroalimentaire que
celles actuellement présentes dans la plu-
》》 Les investissements publics indispensables de- part des pays de la CEDEAO.
vraient compléter et attirer des investisse-
ments privés supplémentaires et répondre aux • Soutenir l’action collective et les innova-
objectifs essentiels de la politique alimen- tions institutionnelles pour la gestion des
taire, tels que l’amélioration de la gestion des risques et la réduction des coûts de tran-
risques. saction.

L’augmentation du niveau des investisse- • Travailler avec le secteur privé pour amélio-
ments publics dans et pour l’Agriculture est rer la sécurité sanitaire et la qualité.
important (par exemple, jusqu’ à la cible du
PDDAA, établie à 10% du budget natio- 》》 Les investissements en infrastructure (« hard-
nal), mais un meilleur assortiment d’inves- ware ») doivent être complétés par des réformes
tissements l’est encore plus. La plupart des politiques et réglementaires. Par exemple, les
hausses récentes de dépenses agricoles ont réformes des règles qui restreignent la concur-
servir à subventionner des biens privés, sur- rence dans le transport routier et réduisent
tout des engrais et autres intrants, ainsi que donc les rendements à l’amélioration des routes
du matériel agricole. Le danger, c’est que sont nécessaires, de même que les réformes
des subventions très coûteuses pourraient politiques dans le financement agricole pour
évincer les autres investissements dans des inciter le secteur privé à investir plus dans
biens publics, qui sont déterminants pour la le stockage des céréales et augmenter donc
croissance à long terme, et décourager dans les rendements à l’investissement dans l’in-
la foulée les investissements privés dans la frastructure de stockage.
fourniture de biens actuellement subven-
tionnés. 》》 Pour tirer pleinement parti des investisse-
ments publics dans les infrastructures et le
Le secteur public devrait concentrer ses in- développement des capacités et l’action col-
vestissements dans les domaines les plus ren- lective en termes de stimulation des inves-

XX
tissements privés complémentaires, d’autres organisations qui en sont chargées (2) l’amé-
améliorations sont requises pour faciliter les lioration des bases de données à partir des-
activités commerciales. Les pays de la CE- quelles les décisions politiques sont prises et
DEAO se classent généralement dans le tiers (3) des efforts d’harmonisation plus étroits
inférieur de tous les pays du monde, selon entre les intérêts des divers pays, les acteurs
les indicateurs de la Banque mondiale sur individuels et l’ensemble de la région. Les plus
« la facilité de faire des affaires » (exigences fortes mesures incitatives pour une mise en
d’octroi de licences, temps pour enregistrer œuvre efficace et transparente des politiques
une entreprise, corruption, etc.). viendront peut-être du fait de la promotion
de solides groupes de parties prenantes natio-
》》 L’amélioration de la mise en œuvre des me- nales et régionales du secteur privé et d’une
sures politiques exige (1) le renforcement des presse libre, susceptibles de contrebalancer
capacités de mise en œuvre, d’analyse et de l’inefficacité et/ou la corruption.
suivi-évaluation des principales agences et

XXI
XXII
Synthèse / I. Contexte et motivation de l’ étude

Synthèse
I. Contexte et motivation de l’ étude qui accroit à la fois ses sources d’approvisionnement
et ses ventes dans les pays en développement ;
Après avoir été longtemps négligée, l’Agriculture (3) les marchés agricoles mondiaux qui passent
de l’Afrique de l’Ouest retrouve une place de choix d’une période de surproduction structurelle et de
dans les programmes politiques. Les gouverne- chute des prix à une époque de prix plus élevés et
ments de la région et leurs partenaires de déve- volatiles; (4) des prix énergétiques plus élevés et une
loppement reconnaissent désormais clairement le intégration accrue des marchés agricole et éner-
rôle essentiel de ce secteur pour la croissance éco- gétique mondiaux et (5) l’ érosion de la confiance
nomique et la réduction de la pauvreté. Parallèle- dans la sécurité alimentaire fondée sur les échanges
ment, le contexte dans laquelle se trouve le secteur suite aux interdictions d’exporter qui ont frappé les
a radicalement changé au cours des trente dernières fournisseurs d’aliments de base lors de la flambée
années. Les sociétés ouest-africaines connaissent des prix alimentaires de 2008, alliée à l’impasse,
de rapides transformations démographiques et jusqu’à une période récente, des négociations sur
socioéconomiques, avec une démographie et une le commerce international lors du cycle de Doha.
urbanisation croissantes, des revenus en hausse et la
mondialisation agissant comme facteurs de chan- Ces changements sont porteurs d’opportuni-
gement. Le cadre des politiques Agricoles a aussi tés prometteuses mais aussi de défis inquiétants
évolué de façon spectaculaire ; la démocratisation, pour les systèmes agroalimentaires de l’Afrique de
la décentralisation et la libéralisation ont aussi l’Ouest et complexifient la formulation des poli-
accru le nombre d’acteurs qui participent à l’ éla- tiques Agricoles. Outre la production agricole et
boration des mesures ainsi que le nombre d’enjeux la sécurité alimentaire, les problématiques liées à la
dans les concertations politiques. Parallèlement, le gestion durable des ressources, l’inclusivité genre, la
secteur agroalimentaire en Afrique de l’Ouest doit nutrition, la compétitivité, la création d’emplois et
faire face au déclin des ressources naturelles, à des les interdépendances avec d’autres secteurs écono-
catastrophes récurrentes, qu’elles soient naturelles miques sont des aspects de plus en plus détermi-
ou causées par l’homme, au changement climatique nants de la politique agricole. Il est clair que pour
et à l’instabilité politique. Qui plus est, l’intégration orienter la transformation du secteur agroalimen-
régionale s’intensifiant, le rôle des organisations taire, l’ élaboration des politiques Agricoles doit
régionales dans l’ élaboration des politiques Agri- transcender le cadre traditionnel des institutions
coles s’est accru. du secteur agricole traitant principalement de la
production au niveau l’exploitation agricole. Les
Ces transformations en Afrique de l’Ouest se décideurs politique de la région doivent relever le
produisent dans un contexte international en mu- défi consistant à coordonner et mettre en œuvre les
tation, caractérisé par des conditions climatiques et politiques agricoles et non-agricoles afin d’orienter
un marché plus volatiles et des pressions croissantes la transformation structurelle de la région, contri-
exercées par la concurrence. Plusieurs tendances buant ainsi fortement à plusieurs objectifs clés si-
internationales se dégagent : (1) l’importance crois- multanément. Il s’agit de la croissance économique
sante des économies émergentes, en tant que mar- inclusive, de la création d’emplois, de la réduction
chés pour les exportations agricoles de l’Afrique de de la pauvreté, de la sécurité alimentaire, et de la
l’Ouest et sources d’importations alimentaires, de satisfaction d’une demande accrue des consom-
technologies et d’investissements ; (2) un secteur mateurs pour des aliments pratiques et sains, dans
agroalimentaire et de distribution de produits ali- un contexte qui soit écologiquement, économique-
mentaires de plus en plus mondialisé et concentré, ment et socialement durable. Relever de tels enjeux

1
Synthèse / I. Contexte et motivation de l’ étude

exige de s’attaquer aux obstacles qui s’opposent agroalimentaire ouest-africaine (à savoir produc-
à l’amélioration de la performance des systèmes tion, consommation, flux commerciaux, chaînes de
agroalimentaires, de la fourniture d’intrants à la valeur, agro-industrie et commerce de détail) en un
livraison du produit final au consommateur. Par seul volume et de mettre celui-ci à disposition d’un
conséquent, nous nous référons dans cette étude vaste public intéressé par les politiques agricoles et
à l’Agriculture avec un « A » majuscule comme les investissements dans la région. Une telle com-
étant l’ensemble du système agroalimentaire, de la pilation facilite non seulement l’accès, pour toute
fourniture des intrants à la table du consommateur. une gamme de parties prenantes, à cet ensemble de
(L’agriculture avec un petit « a » dans cette étude faits et d’analyses sur le sujet, mais souligne aussi
se réfère à la production au niveau de l’exploitation les interdépendances, synergies et compromis diffi-
agricole réunissant à la fois les cultures et la pro- ciles entre les divers domaines politiques, condition
duction animale.) préalable à l’ élaboration de politiques fondées sur
les faits et à la coordination au-delà du strict do-
Au regard des enjeux et potentialités de l’Agri- maine des politiques sectorielles classiques. Cette
culture ouest-africaine, la Banque africaine de dé- étude cible donc un vaste public, notamment les
veloppement (BAD), avec l’appui du gouvernement décideurs et praticiens des gouvernements natio-
français, s’est adressée à l’Organisation des Nations naux, les organisations régionales et les partenaires
Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et à de développement, ainsi que les organisations de
la CEDEAO en vue de mener une étude analytique la société civile et du secteur privé impliqués dans
conjointe. Cette étude sur la croissance agricole en les domaines politiques liés au système agroalimen-
Afrique de l’Ouest a pour objet : (1) de contribuer taire. Les étudiants et les experts de la région et
à une meilleure compréhension du contexte en mu- d’ailleurs qui étudient le développement agricole de
tation de la croissance de l’Agriculture en Afrique l’Afrique de l’Ouest pourraient aussi trouver cette
de l’Ouest en examinant de plus près les facteurs étude utile. Vu l’ampleur de son champ d’applica-
et tendances qui affectent la demande et l’offre de tion et de son thème, elle s’appuie surtout sur des
produits agroalimentaires (2) d’analyser l’apti- données secondaires et une quantité considérable
tude du secteur Agricole à réagir à ces tendances de documentation spécialisée. Pour procéder à un
(3) d’examiner l’ évolution et la pertinence du cadre premier examen de cette documentation et à une
politique à répondre à ces transformations et (4) analyse de données pour combler les lacunes d’in-
d’en déduire les principales implications sur les formation, l’ équipe AGWA a aussi commandé
orientations futures des politiques. Bien qu’une certains documents de référence et réalisé un petit
analyse complète du système agroalimentaire dans nombre d’études de terrain pour lesquelles l’in-
sa totalité, « des semences aux déchets » dépasse le formation secondaire était fortement insuffisante.
champ d’une seule étude, l’ étude AGWA2 porte Ce travail de terrain a essentiellement porté sur
une attention particulière à certains segments en l’ évolution des comportements des consomma-
aval, notamment le secteur agroalimentaire, le com- teurs, en tant que facteurs de l’ évolution rapide de
merce, la consommation alimentaire et la vente au la consommation alimentaire dans les mégapoles
détail, ainsi qu’à certaines chaînes de valeur qui émergentes de l’Afrique de l’Ouest, et sur les ré-
revêtent une importance cruciale pour la région. ponses des entreprises agroalimentaires, supermar-
chés et restaurants de restauration rapide face à ces
L’ étude AGWA examine ces questions sous changements.
l’angle régional des 15 Etats membres de la CE-
DEAO. Elle complète ainsi de précédentes études Dans les sections suivantes de cette synthèse sont
de développement agricole à l’ échelle nationale, tout d’abord présentées les principales conclusions
continentale et mondiale. Elle a pour but de réunir de l’ étude sur les grandes tendances et facteurs de
des faits avérés et des analyses dispersées et frag- changement de l’Agriculture en Afrique de l’Ouest.
mentées sur les divers aspects de la transformation Sont ensuite abordées les réponses du secteur
agroalimentaire et des politiques agricoles à ces
2 Agricultural Growth in West Africa en anglais. facteurs et tendances. La synthèse se termine par

2
Synthèse / II. Principales tendances et facteurs de changement

une présentation des grandes politiques prioritaires loin des grandes villes et le long des grandes routes
et des principes d’orientation visant à renforcer principales et des couloirs de transport.
l’efficacité des politiques Agricoles et aider ainsi
l’Afrique de l’Ouest à saisir les opportunités et rele- De forts flux migratoires continuent à l’intérieur
ver les enjeux mis en lumière dans l’ étude AGWA3. des frontières et d’un pays à l’autre, poussés par
l’urbanisation, la croissance démographique et la
diversité des opportunités économiques à travers la
II. Principales tendances et facteurs de région. La migration intra-régionale se caractérise
changement par des taux élevés de migration des zones ru-
rales vers les villes, des mouvements de population
Les pays d’Afrique de l’Ouest connaissent une des zones sahéliennes vers les zones soudano-gui-
évolution démographique et socioéconomique néennes et en provenance des pays de l’intérieur, en
rapide qui a d’importantes répercussions sur la direction notamment des pays côtiers plus riches.
demande et l’offre de produits agroalimentaires.
En dépit de variations à travers la région, les En dépit de la migration, les populations rurales
grandes tendances sont claires. continuent de s’accroitre en termes absolus. Qui plus
est, la population rurale est concentrée : 16 % de
Grandes tendances démographiques la population rurale vit sur 1 % de l’espace rural et
51 % sur 10 % de l’espace rural. Par conséquent, la
La population de l’Afrique de l’Ouest est en rapide croissance démographique rurale exerce des pres-
expansion. Au cours des trente dernières années, sions encore plus fortes sur les terres et les res-
elle a plus que doublé, son taux de croissance an- sources naturelles et contribue à la fragmentation
nuel étant de 2,7 %. Les taux de croissance dé- des terres, particulièrement dans les zones très peu-
mographique varient d’un pays à l’autre, les pays plées et à fort potentiel qui ont facilement accès au
les plus pauvres connaissant la croissance la plus marché. Puisque les réserves de terres non utilisées
rapide. Seuls quelques pays ont commencé leur et appropriées à la production agricole sont limitées
transition vers des taux de natalité moins élevés. en Afrique de l’Ouest, la conversion des forêts ou
Estimée actuellement à 300 millions, la population pâturages est une source d’augmentation des coûts
de la région devrait donc atteindre 388 millions environnementaux et de conflits supplémentaires.
d’ici à 2020 et 490 millions d’ici à 2030.
Grandes tendances socio-économiques
La population ouest-africaine est principalement
jeune, 44 % ayant moins de 15 ans. Par conséquent, La performance économique globale s’est nettement
80 millions de jeunes âgés actuellement de 5 à améliorée. À partir de la fin des années 1990, la
14 ans entreront sur le marché du travail dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest sont entrés
prochaine décennie. dans une période prolongée de forte croissance
économique, avec toutefois, des niveaux et qualités
L’Afrique de l’Ouest s’urbanise rapidement. La ré- de croissance variant fortement d’un pays à l’autre.
gion est déjà la plus urbanisée de l’Afrique subsaha- Tandis que le Cap-Vert, le Ghana, le Burkina Faso,
rienne, presque la moitié de la population vivant en le Nigeria et le Mali ont connu une forte croissance
logement urbain en 2013, comparé à 33 % en 1990. du PIB par habitant, soit entre 2 % et 3 % par an
Deux grandes tendances se dessinent : (1) la rapide ces vingt dernières années, d’autres pays ont stagné
expansion des zones métropolitaines nationales, ou enregistré une croissance négative en termes de
qui comptent pour 40% de la population urbaine, et croissance par habitant en raison de conflits, de po-
leur primauté par rapport aux villes et petites villes litiques moins efficace et de mauvaise gouvernance.
secondaires et (2) la prolifération des petites villes Qui plus est, la répartition de cette croissance a
en zone rurale, en périphérie de l’urbanisation, non été inégale. La croissance au Ghana et au Burkina
Faso a été diversifiée tandis qu’au Nigeria et au
3 Agricultural Growth in West Africa en anglais. Mali, elle s’est accompagnée d’une répartition des

3
Synthèse / II. Principales tendances et facteurs de changement

revenus plus inégale. En outre, ces quatre pays décideurs et du secteur privé. Puisque le terme de
ont tous connu une croissance inégale en termes « classe moyenne » est pluridimensionnel, les dé-
géographiques, l’ écart se creusant entre le nord finitions varient et rares sont les statistiques com-
et le sud, ce qui devient une source constante de parables d’un pays à l’autre. Pour simplifier, si l’on
tensions et de préoccupations. prend une somme de dépenses totale de 2 $EU par
jour par habitant comme plancher, 25 % des Afri-
Les niveaux de pauvreté sont en recul, mais à cains de l’Ouest (environ 70 millions d’habitants)
des degrés divers. Sur les onze pays pour lesquels appartenaient à la classe moyenne en 20086. Cette
des données sont accessibles sur plusieurs années moyenne régionale est fortement influencée par le
entre 1985 et 2008, la pauvreté mesurée par la Nigeria où la classe moyenne compte seulement
proportion de la population vivant sous le seuil de 23 % de la population. La proportion de la classe
pauvreté calculé à 1,25 $EU4 par jour a été réduite moyenne était plus élevée au Cap Vert et au Ghana
dans huit 5 d’entre eux, est restée la même dans un (46 % dans chaque pays), en Côte d’Ivoire (37 %)
pays (la Guinée Bissau) et a augmenté dans deux et au Sénégal (35 %).
(au Nigeria et en Côte d’Ivoire). Toutefois, pendant
la deuxième moitié des années 2000, plus de la Une ventilation supplémentaire des populations
moitié de la population totale de la région vivait non-pauvres montre que le segment le plus im-
encore avec moins de 1,25 $EU par jour. Les taux portant, qui est de 16% (40,9 millions d’habi-
de pauvreté sont les plus bas au Cap-Vert, suivi tants), appartenait à la dite « classe flottante »,
de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Sénégal. Les juste au-dessus du seuil de pauvreté, avec des dé-
données se rapportant à la répartition nationale penses par habitant et par jour entre 2 et 4 $EU 7.
de la pauvreté montrent que la pauvreté reste for- Au-dessus de cette classe flottante, 8 % (soit 19,2
tement concentrée dans les zones rurales, les taux millions d’habitants) tombent dans la catégorie de
de pauvreté y étant deux à trois fois plus élevés que la classe moyenne inférieure, avec des dépenses
dans les zones urbaines. de 4 à 10 $EU par jour et par personne, et 4 %
supplémentaires (soit 10,9 millions d’habitants)
Malgré les crises récurrentes, les niveaux d’insé- appartenaient à la classe moyenne supérieure, avec
curité alimentaire ont aussi reculé dans la région, des dépenses quotidiennes par personne de 10 à
à la fois en chiffres absolus et en pourcentage de 20 $EU.
personnes sous-nourries, et les taux de sous-nutri-
tion sont généralement plus bas que dans d’autres La transformation structurelle reste incomplète.
parties de l’Afrique subsaharienne. La proportion L’évolution démographique et socioéconomique
de personnes souffrant de sous-nutrition par rap- que nous venons de décrire s’inscrit dans une trans-
port à l’ensemble de la population a diminué de formation structurelle plus large, caractéristique du
moitié, pour passer de 20% en 1990 à 10% en processus de développement, qui se définit géné-
2006-2008, le nombre de personnes malnutries ralement par quatre phénomènes reliés entre eux :
passant de 37,3 millions à 28,5 millions pendant (1) la baisse de la part de l’agriculture dans le PIB,
la même période. Simultanément, les problèmes de (2) l’ émergence d’une économie industrielle et de
surnutrition (obésité et surpoids) commencent à services moderne, (3) l’urbanisation rapide au fur
créer de graves problèmes dans certaines zones ur- et à mesure que les populations migrent des zones
baines, avec des maladies non contagieuses comme rurales vers les zones urbaines et (4) une transition
le diabète et les maladies cardiaques. démographique, avec des taux de natalité et de
mortalités en baisse.
Les classes moyennes sont en plein essor. Du fait
de la croissance économique et démographique, les La transformation structurelle en Afrique de
classes moyennes de la région sont en expansion l’Ouest est incomplète, les quatre phénomènes
et bénéficient de plus en plus de l’attention des
6 Se basant sur la parité de pouvoir d’achat en 2005.
4 $EU = dollar des Etats-Unis. 7 Le terme de « classe flottante » se réfère à la vulnérabilité de ce segment démo-
5 Burkina Faso, Gambie, Ghana, Guinée, Mali, Niger, Sénégal et Sierra Leone. graphique qui peut facilement retomber dans la pauvreté.

4
Synthèse / II. Principales tendances et facteurs de changement

reliés entre eux progressant à des vitesses inégales : Les conditions de la production agricole sont très
l’urbanisation avance rapidement, mais la com- diverses et le changement climatique exacerbera ces
position sectorielle de l’ économie change peu, et différences. L’Afrique de l’Ouest comprend une
seuls trois pays (Cap-Vert, Côte d’Ivoire et Ghana) grande diversité d’écosystèmes et un nombre tout
progressent rapidement vers des taux de natalité aussi élevé de systèmes de production. Les activités
nettement plus bas. Le secteur des services domine agricoles vont du pastoralisme dans l’extrême nord
l’ économie, contribuant à hauteur de 42 % au aux cultures racines et cultures arbustives dans le sud.
PIB en moyenne ces dix dernières années, suivi Lorsque l’on passe des systèmes agropastoraux du
de l’agriculture (35 %) et de l’industrie (23 %). La Sahel (environ 240 $EU/ha) aux cultures arbustives
part du secteur des services est plus élevée que du sud (1 125 $EU/ha), on constate une multiplica-
dans d’autres régions en développement et celle tion par 5 de la valeur de la production par hectare.
de l’agriculture est plus réduite, compte tenu des
différences de revenu par habitant. La contribu- La population ouest-africaine est inégalement
tion de l’industrie au PIB n’a augmenté que dans répartie et la migration accentue cette tendance. Du
sept des quinze pays entre les années 1980 et la point de vue démographique, la région est com-
première décennie du 21e siècle. Qui plus est, la posée d’un pays gigantesque, de six pays de taille
croissance industrielle s’est surtout produite dans moyenne et de huit petits pays. La répartition dé-
les industries extractives (les mines et le pétrole) mographique et les flux migratoires sont fortement
qui sont à forte intensité de capital et créent peu influencés par les conditions agro-climatiques,
d’emplois. La performance du secteur manufac- l’accès aux terres et les opportunités économiques
turier, traditionnellement le principal facteur de des pays de la région. Les trois-quarts de la po-
croissance et de transformation structurelle dans pulation d’Afrique de l’Ouest habitent dans les
le reste du monde, est inférieure à la moyenne zones humides et subhumides, 20 % dans les zones
mondiale en Afrique de l’Ouest. semi-arides (Sahel) et 5 % en zone aride. En 2006,
les villes côtières rassemblaient déjà presque 38 %
Une importante caractéristique de la transfor- de la population totale de la région, contre 28 % en
mation structurelle en Afrique de l’Ouest est le 1950. Vu les flux migratoires actuels, d’ici à 2020
déplacement de la main d’œuvre de l’agriculture une zone urbaine à forte densité de population se
dont les performances sont insuffisantes vers l’ sera formée le long de la bande côtière du Golfe
économie informelle des services en zone rurale de Guinée.
et urbaine, caractérisée par de faibles producti-
vité et niveaux de revenus. Les estimations de la L’hétérogénéité de la région est encore plus forte en
contribution de l’ économie informelle au PIB termes économiques. À lui seul, le Nigeria représen-
varient de 43 % (Côte d’Ivoire) à 77 % (Niger). tait presque les deux tiers du PIB régional en 2009.
Une grande partie de l’ économie rurale non agri- La contribution des trois plus grosses économies
cole relève du secteur informel et n’est que par- (Nigeria, Ghana et Côte d’Ivoire) au PIB régional
tiellement prise en compte dans les statistiques est de 81 %, tandis que leur part de la population
officielles. régionale totale n’est que de 67 %. Mesurés en
termes de PIB par habitant, les niveaux de revenus
Des différences marquées persistent varient aussi grandement à travers la zone puisque
dans la région le Cap-Vert, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Sénégal
et le Ghana jouissent des niveaux de revenus par
Ces vastes tendances masquent des différences habitant les plus élevés.
considérables entre pays et sous-régions. L’Afrique
de l’Ouest est une région très diversifiée en termes Les pays sont à des étapes de transformation struc-
de conditions agro-écologiques, répartition de po- turelle différentes. C’est le Cap-Vert qui a le plus
pulations et dimension des économies nationales, progressé ; le pays est fortement urbanisé et la
et cette diversité a d’importantes répercussions sur structure de la consommation alimentaire a évolué
la dynamique de l’intégration régionale. dans le sens d’un régime alimentaire se rapprochant

5
Synthèse / III. Implications de ces tendances et facteurs de changement pour la croissance et les politiques agricoles

du style européen. À l’autre extrême, le Niger vient dans la plupart des pays continueront à alimenter
à peine de commencer sa transformation vers une la simple demande de calories, notamment pour
société plus urbaine, diversifiée et à revenus plus les 75 % de la population qui vivent encore avec
élevés. Les pays côtiers sont plus urbanisés et la moins de 2 $EU par jour. Parallèlement, l’essor
contribution de l’agriculture à l’ économie y est de la classe moyenne accentuera la demande
inférieure à celle des pays de l’intérieur. Au regard d’aliments de plus grande valeur et à valeur
de ces différences, la transformation structurelle a ajoutée. La demande alimentaire se transforme,
été plus rapide et prononcée dans les grands pays passant de produits en vrac non différenciés à
côtiers qui abritent la majorité de la classe moyenne des aliments caractérisés par leurs différentes
urbaine de la région. qualités. Bien que le prix reste un facteur déter-
minant de la demande, d’autres attributs de ces
produits, tels que les caractéristiques nutritives
III. Implications de ces tendances et facteurs et sanitaires, la présentation et l’emballage, la
de changement pour la croissance durée de conservation, la facilité de préparation
et les politiques agricoles et la commodité pèsent de plus en plus sur les
préférences des consommateurs et les décisions
Ces facteurs et tendances créent des opportunités d’achat. Ces tendances sont alimentées par un
sans précédent mais aussi de nouveaux défis pour accès élargi aux médias, aux aliments importés
l’Agriculture ouest-africaine et les politiques qui et à l’arrivée des chaînes internationales de res-
s’y rapportent. tauration rapide et de supermarchés.

Les opportunités sans précédent pour la 》》 Urbanisation rapide et liens entre zones rurales
croissance de l’Agriculture ont et urbaines. Bien que ces changements se pro-
pour origine : duisent plus rapidement dans les vastes zones
métropolitaines qui regroupent 40 % de la
》》 Un marché alimentaire ouest-africain de plus population urbaine, des tendances similaires
en plus dynamique, en raison d’un cumul de suivent progressivement dans les villes intermé-
croissance démographique, de l’urbanisation diaires et les petites villes. L’analyse des enquêtes
et des prix à la production plus élevés qui s’est budget-consommation révèle que l’ élasticité
soldé par une expansion rapide des marchés de nombreux produits alimentaires par rap-
alimentaires nationaux et régionaux. Cette port aux revenus est même plus élevée dans
croissance des marchés devrait se poursuivre les zones rurales que dans les zones urbaines.
et s’accélérer dans un avenir proche en rai- Cela laisse à penser qu’une demande alimentaire
son de la forte élasticité de la plupart des supplémentaire suit l’augmentation des reve-
produits alimentaires par rapport aux reve- nus ruraux. Néanmoins, l’essentiel du pouvoir
nus. Le plus gros potentiel de croissance de d’achat, notamment pour les produits de plus
marché concerne les produits animaux, suivis grande valeur, se situe actuellement dans les
du riz, du poisson et des fruits et légumes. zones urbaines. Cibler ces marchés présente de
La production et la commercialisation de vastes possibilités de hausse de revenus pour les
tels produits exigent une main d’œuvre nom- producteurs ruraux, ce qui stimulerait ensuite la
breuse et représentent donc un fort potentiel demande rurale de produits et services locaux.
de création d’emplois, à condition de pouvoir
satisfaire la demande par la production locale 》》 Une hausse mondiale de la demande de produits
et non par les importations. Agricoles, particulièrement dans les économies
émergentes à croissance rapide, qui offre des
》》 Une demande alimentaire de plus en plus diversi- opportunités accrues pour les exportations agri-
fiée, poussée par la différentiation socioéconomique, coles traditionnelles et non traditionnelles de
le besoin de commodité et la mondialisation. Des l’Afrique de l’Ouest. Les prix des exportations
taux de croissance démographique de 2 à 3 % agricoles sont élevés, et l’Afrique de l’Ouest

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Synthèse / III. Implications de ces tendances et facteurs de changement pour la croissance et les politiques agricoles

a le potentiel d’accroitre son volume d’expor- l’achat d’intrants, et dispensent des services
tations et de diversifier la composition de ces consultatifs. Dans le même temps, elles tirent
exportations, notamment en Europe de l’Est, parti des économies d’échelle au profit des
en Inde et en Chine. Bien que les barrières membres de plus petite taille. Deuxièmement,
à l’entrée sur ces marchés soient plus élevées elles participent de plus en plus aux concerta-
que sur les marchés intérieurs, les exportations tions et conception des politiques, apportant
offrent l’avantage que les prix plus élevés des d’utiles contributions sur la nature des op-
cultures d’exportation ne se traduisent pas né- portunités et des contraintes qui se présentent
cessairement par des coûts plus élevés pour les aux acteurs de l’Agriculture ouest-africaine.
consommateurs nationaux. Plutôt, le revenu gé- Troisièmement, par le truchement de leurs or-
néré par les exportations agricoles se traduit par ganisations nationales et fédérations régionales,
une demande accrue de services et de produits elles servent de contrepoids aux gouvernements
locaux agricoles et non agricoles, consolidant en défendant les intérêts de leurs membres
ainsi les liens favorable à la croissance entre les et font pression pour que soient appliquées
activités agricoles et non agricoles 8. comme convenu les mesures annoncées visant
à dynamiser la croissance Agricole.
》》 Une meilleure politique agricole et un cadre plus Mais ces perspectives s’accompagnent de nou-
incitatif. Le niveau de taxation des produits
agricoles a baissé et la transmission des prix veaux enjeux pour les systèmes agroalimentaires
des consommateurs aux producteurs s’est amé- de l’Afrique de l’Ouest ayant pour origine :
liorée aux cours des vingt dernières années. En 》》 Un marché international dans un climat de plus
outre, la « redécouverte de l’Agriculture » par les en plus volatile, rendant les projections à long
gouvernements nationaux et leurs partenaires terme de plus en plus difficiles. Des facteurs tels
de développement au début des années 2000 que le changement climatique et les liens de
ainsi que le processus du PDDAA ont renforcé plus en plus étroits entre les marchés financier,
les cadres et mécanismes politiques et rehaussé énergétique et agricole ajoutent aux incerti-
le profil de l’Agriculture à l’ échelle nationale, tudes des tendances des marchés. Bien que la
régionale et mondiale. plupart des analystes s’attendent à une hausse à
moyen terme des prix agricoles dans le monde,
》》 L’ émergence d’organisations de parties prenantes les perspectives à plus long terme restent in-
plus indépendantes et dynamiques qui renforcent certaines. Parmi d’autres facteurs, l’orientation
les perspectives de croissance. La démocratisation future dépendra de la question suivante : la
croissante qui a débuté dans les années 1990 s’est production et la dissémination de technolo-
traduite par l’ émergence d’organisations Agri- gies d’accroissement de la productivité et de
coles plus indépendantes, plus proches de la pratiques de gestion durable des ressources
base, y compris les organisations de producteurs naturelles gagneront-elles la course contre les
et de négociants. Ces organisations contribuent effets négatifs du changement climatique et la
à accélérer la croissance de l’Agriculture au détérioration des ressources naturelles ?
moins de trois façons. Tout d’abord, elles élar-
gissent le champ d’une action collective ; elles 》》 Concurrence accrue sur les marchés de produc-
offrent des biens et services essentiels à leurs tion. Un certain nombre de grandes économies
membres tels que le regroupement de produits émergentes comme celle du Brésil ont développé
primaires et les commandes groupées pour des secteurs Agricoles fortement compétitifs qui
interviennent de plus en plus sur les marchés
8 Bien que la diversification sur les marchés à l’exportation puisse avoir des effets à Agricoles mondiaux et de l’Afrique de l’Ouest.
court terme sur les prix nationaux des denrées alimentaires lorsque les ressources pro-
ductives passent de la production alimentaire nationale à des sous-secteurs destinés à
Les prix plus élevés des produits agricoles, conju-
l’exportation, il arrive aussi fréquemment que la production de cultures d’exportation
ait des effets positifs sur la production alimentaire intérieure. Ces effets comprennent
gués à la pénurie attendue de produits alimen-
un meilleur accès des agriculteurs aux intrants essentiels, tels que les engrais et le taires et de ressources naturelles, ont contribué
matériel agricole, qui peuvent servir à produire des aliments pour la consommation
intérieure et l’exportation. à la mobilisation d’importants capitaux par des

7
Synthèse / III. Implications de ces tendances et facteurs de changement pour la croissance et les politiques agricoles

acteurs traditionnels et non traditionnels et à une 》》 L’alimentation occupe une part constamment éle-
augmentation des investissements mondiaux à vée des dépenses totales des ménages, ce qui rend
tous les niveaux du système agroalimentaire. À la majorité des Africains de l’Ouest très vulné-
moyen terme, ces investissements mèneront à rables aux augmentations des prix des denrées
une production et à une productivité accrues, alimentaires. Par conséquent, le secteur agroa-
renforçant ainsi la concurrence sur les marchés limentaire national et les politiques qui s’y rat-
agroalimentaires et pour l’accès aux ressources tachent sont confrontés à un double défi : saisir
naturelles. Par conséquent, l’Afrique de l’Ouest les opportunités offertes par la croissance des
doit saisir cette occasion historique de prix élevés marchés alimentaires urbains pour favoriser une
et de forte demande de la croissance en faisant croissance plus large, tout en maintenant des
les investissements nécessaires pour répondre au prix peu élevés par des coûts de production et
manque de productivité et aux autres contraintes de commercialisation réduits, surtout pour les
structurelles qui affaiblissement actuellement denrées de base.
sa compétitivité. Les écarts de rendement et
l’utilisation limitée de intrants et technologies 》》 Un changement dans l’ équation politico-écono-
améliorés témoignent à la fois de la position mique en faveur des consommateurs, notamment
de faiblesse de la compétitivité de l’Agriculture des zones urbaines, en raison des transformations
ouest-africaine mais aussi de l’ énorme potentiel économiques et démographiques. Conjugué à la
d’amélioration de celle-ci. part élevée de l’alimentation dans les dépenses
des ménages, ce changement implique que ré-
》》 Une concurrence croissante parmi divers acteurs duire les importations alimentaires pour stimuler
et secteurs pour un ensemble de ressources natu- la production régionale deviendra probablement
relles de plus en plus sollicitées, ce qui augmente plus difficile à l’avenir sur le plan politique. Bien
la pression sur le régime foncier et les droits à que la possible surévaluation du franc CFA
l’usage de l’ eau. Cette concurrence entraîne puisse justifier quelques protections tarifaires
des conflits plus fréquents, souvent violents, et de l’Agriculture dans les pays de l’UEMOA, les
décourage les investissements Agricoles dans négociations prolongées de la CEDEAO sur
l’amélioration de la productivité. La concur- le Tarif extérieur commun (TEC) ont montré
rence pour les terres agricoles et l’ eau se ren- la difficulté de renforcer une telle protection.
force aussi vu le tout nouvel intérêt que de Puisque les pays d’Afrique de l’Ouest n’ont pas
nouveaux acteurs du secteur privé, notamment les moyens financiers de subventionner simul-
des investisseurs nationaux, des membres de la tanément les consommateurs et les producteurs,
diaspora et des entreprises étrangères, mani- les mesures commerciales qui favorisent une
festent pour des investissements dans l’Agri- moindre volatilité des prix via des mesures de
culture ouest-africaine. L’intérêt croissant du sauvegarde au lieu de protéger en permanence
secteur privé pour les investissements dans les producteurs par un recours à des tarifs fixes
l’Agriculture ouest-africaine a le potentiel risquent aussi d’être plus faisbles.
d’apporter de nouveaux capitaux, technologies
et compétences humaines au système agroa- 》》 Une augmentation du nombre de jeunes entrant
limentaire de la région. Toutefois, il soulève sur le marché du travail chaque année. À l’ère
aussi des problèmes politiques délicats sur la de la mondialisation, les jeunes ruraux sont de
propriété et le contrôle dans le secteur et sur plus en plus exposés aux médias numériques ;
l’accès aux ressources naturelles, notamment ils sont plus ambitieux et mobiles, ce qui a
les terres (souvent qualifié de « accaparement d’importantes répercussions sur la création
des terres »). Ce problème peut menacer les d’emplois et l’offre de main d’œuvre agricole.
moyens de subsistance des populations lo- Vu l’idée répandue que l’agriculture est pé-
cales et exacerber les conflits à moins que des nible et offre peu de possibilités de sortir de
mécanismes de gouvernance transparents et la pauvreté, un pourcentage plus important de
des garde-fous adaptés ne soient mis en place. jeunes ruraux préfère migrer dans les grandes

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Synthèse / III. Implications de ces tendances et facteurs de changement pour la croissance et les politiques agricoles

et petites villes à la recherche d’emplois dans concernant l’intégration régionale) prend une
le secteur informel des services. Bien que le importance grandissante.
développement du secteur agroalimentaire dans
son ensemble offre de réelles possibilités de 》》 Un schéma de croissance économique surtout mû
création d’emplois productifs, tirer parti de ce par les ressources naturelles et les industries extrac-
potentiel ne se réalisera qu’avec une réforme tives rend la région vulnérable aux fluctuations
des systèmes éducatifs qui doteront les jeunes internationales des prix des denrées alimentaires.
des compétences nécessaires à réussir dans une Ces dernières années, la capacité fortement
économie agricole dynamique, moderne et mue renforcée de la région à compter sur les impor-
par le secteur privé. En conséquence, les poli- tations pour répondre à - demande alimentaire
tiques agricoles doivent être étroitement coor- régionale en plein essor repose dans une grande
données avec celles qui affectent l’ éducation et mesure sur l’exploitation de ressources non re-
l’acquisition de compétences, mais aussi avec nouvelables et pourrait donc ne pas être durable
des politiques économiques plus larges compre- si les prix mondiaux de ces matières premières
nant l’industrialisation et le développement des chutaient. Les politiques doivent donc trou-
petites et moyennes entreprises (PME). ver les moyens d’investir les revenus issus de
ces ressources non renouvelables pour accroitre
》》 Une agglomération de population et de pouvoir la productivité de l’ économie, notamment du
d’achat le long des côtes qui exacerbe les déséqui- secteur agroalimentaire, au lieu de simplement
libres intra-régionaux et éloigne les consomma- les utiliser pour financer des importations ali-
teurs encore plus loin des aliments traditionnels mentaires [Link] vulnerability to
de base et des bassins de production de bétail natural and human-made disasters.
dans l’arrière-pays Tandis que cette dynamique
de la demande a entrainé une intensification 》》 Vulnérabilité persistante aux catastrophes natu-
de l’agriculture et l’augmentation du nombre relles et causées par l’homme. Au cours des cin-
de PME dans la transformation, le stockage, quante dernières années, l’Afrique de l’Ouest a
le commerce et la logistique dans les zones été déchirée par des catastrophes naturelles et
périurbaines et urbaines, les agriculteurs des des crises causées par l’homme qui ont entrainé
zones rurales et des régions de l’intérieur sont de graves pénuries alimentaires et la destruction
moins à même de répondre à cette demande de la capacité de production dans divers pays. A
accrue, notamment pour les produits en vrac et titre d’exemple, la guerre civile en Côte d’Ivoire
périssables, vu l’insuffisance des infrastructures a détruit une grande partie des infrastructures
et des réseaux de transport, et une information de production de bétail du pays et fortement
inadaptée. De même, la proximité des ports perturbé les économies du Burkina Faso et du
et des grandes plaques tournantes de trans- Mali, qui dépendaient beaucoup du marché ivoi-
port international donne aux importations un rien pour leurs exportations régionales et du
avantage concurrentiel par rapport aux pro- port d’Abidjan pour leur commerce extérieur.
ductions nationales de l’intérieur. Ainsi, l’ état Plus récemment, les attentats terroristes au Mali
des infrastructures de liaisons (routes, réseaux et au Nord du Nigeria et l’ épidimie d’Ebola
de transport, installations de commercialisa- dans quelques pays ont de même perturbé la
tion et information), conjugué à une meilleur production agricole et les échanges régionaux.
gouvernance routière et à la levée des barrières Ces risques et incertitudes sont exacerbés par
non tarifaires pour le commerce intra-régional, le changement climatique, la volatilité des prix
devient décisif pour la compétitivité de la pro- et l’instabilité politique. Ainsi, le programme
duction nationale face aux importations. Par de croissance de l’Agriculture doit être très
conséquent, le lien entre politiques agricoles, étroitement lié au programme de résilience. La
politiques des infrastructures et de transport, CEDEAO et l’Union africaine pourraient oc-
politiques d’aménagement des surfaces et po- cuper une place importante dans la création d’un
litiques commerciales (tout particulièrement environnement plus stable pour la croissance

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Synthèse / IV. Comment le système agroalimentaire a-t-il réagi à l’ évolution de la demande et des tendances du marché ?

agricole de la région, non seulement par leur Le besoin de commodité dans la préparation et la
appui du PDDAA mais aussi par leurs rôles consommation des aliments est un facteur essentiel
dans l’instauration et le maintien de la paix et qui sous-tend l’ évolution des tendances de consom-
dans l’aide d’urgence. mation des aliments. Le besoin de commodité est
alimenté par la congestion urbaine et les longs
trajets ainsi que par l’ emploi accru des femmes à
IV. Comment le système agroalimentaire l’ extérieur du foyer, ce qui réduit le temps dispo-
a-t-il réagi à l’ évolution de la demande et nible pour l’achat, la préparation et la consom-
des tendances du marché ? mation des aliments. Ce besoin de commodité se
manifeste par une demande accrue de repas pris
à l’ extérieur du foyer sous diverses formes allant
La réponse des consommateurs des aliments achetés dans la rue à la fréquentation
de petits restaurants informels (les « gargotes ») et
Dans l’ ensemble, les régimes alimentaires des consom- de restaurants modernes de restauration rapide.
mateurs sont de plus en plus diversifiés à l’ échelle Bien que les plats préparés soient à base de pro-
nationale mais ils convergent dans l’ ensemble de duits importés (nouilles, pâtes, pain et biscuits et
la région. L’analyse des données issues des bi- surtout riz), il existe aussi des plats préparés à base
lans alimentaires de ces trente dernières années de manioc tels que le gari et l’attiéké. Toutefois, la
montre que si les différences persistent entre les rapide expansion d’aliments frits et préparés dans
modèles de consommation par pays, les modèles les grandes villes côtières comme Accra et Lagos
de consommation alimentaire à l’ échelle nationale posent des problèmes de nutrition et de santé.
sont de plus en plus diversifiés. La tendance à
la diversification du régime alimentaire est par- Une seconde grande tendance est la demande de
ticulièrement marquée dans les pays côtiers et plus en forte d’aliments de qualité. Cette tendance
les zones urbaines mais s’étend aussi aux pays s’explique par la hausse des salaires, des niveaux
enclavés, aux petites villes et aux zones rurales. d’instruction accrus et un meilleur accès à l’infor-
Les facteurs qui déterminent cette tendance com- mation. La qualité revêt plusieurs formes :
prennent la migration, l’ essor du commerce in-
ternational et régional, les transformations des 》》 Qualité nutritionnelle et diversité du régime
modèles de production locale dus au changement alimentaire. Avec la hausse des salaires, la de-
climatique et les investissements directs étrangers mande de produits alimentaires de plus grande
dans l’agroalimentaire et le commerce de détail, valeur comme la viande, les produits laitiers,
qui ont pour effet d’améliorer l’accès à une plus le poisson et les jus de fruit progresse. La de-
grande gamme de produits alimentaires. Les ten- mande de produits sains s’accroit également,
dances convergentes dans la région comprennent : comme par exemple les fruits, les légumes et
(1) une consommation accrue de riz et de produits les huiles végétales aux acides gras insaturés.
à base de blé se substituant aux céréales tradition-
nelles comme le mil et le sorgho ; (2) une forte 》》 Homogénéité des produits, fraîcheur, durée de
augmentation de consommation de racines et tu- conservation, emballage et présentation. Dans
bercules qui s’étend progressivement aux pays du le cas du riz par exemple, l’homogénéité du pro-
Sahel ; (3) une consommation accrue de légumi- duit et l’absence de matières étrangères sont des
neuses, particulièrement de niébé, dans plusieurs caractéristiques essentielles de qualité. Dans le
pays dont le Nigeria ; (4) une forte augmentation cas de la volaille, le goût et la fraîcheur sont des
de la consommation d’huile végétale par habitant critères importants qui différencient la volaille
et (5) la hausse de la consommation de fruits et produite sur place des produits importés surge-
de légumes. Des tendances à la hausse similaires lés. Dans chaque cas, certains consommateurs
s’appliquent à la consommation de poisson, de sont prêts à payer plus cher pour des produits
volaille, de produits laitiers, de viande rouge et de qualité.
de boissons.

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Synthèse / IV. Comment le système agroalimentaire a-t-il réagi à l’ évolution de la demande et des tendances du marché ?

》》 Sécurité sanitaire des aliments, souvent associée particulier sur sa structure, la façon dont il a ré-
à la qualité nutritive dans l’esprit des consom- agi à la structure changeante de la demande, ses
mateurs. Comme pour les autres formes de perspectives de croissance et leurs implications
qualité, la demande solvable de sécurité sanitaire pour l’ ensemble du système agroalimentaire.
des aliments s’accroit avec le revenu disponible
mais aussi avec des niveaux d’instruction plus Le secteur traditionnel du commerce de détail a
élevés et un meilleur accès à l’information sur réagi à l’ évolution de la demande en augmentant le
les problèmes de sécurité sanitaire des aliments. nombre de détaillants et l’ étendue de leurs activités.
Les consommateurs se préoccupent de plus en Plus frappante encore est l’expansion rapide des
plus de la sécurité sanitaire des aliments qu’ils vendeurs de nourriture dans la rue qui satisfait la
consomment mais disposent de peu d’informa- demande de repas rapides et pratiques émanant des
tion à ce sujet. Les normes publiques de sécurité travailleurs urbains à bas revenus. Les détaillants
sanitaire des produits alimentaires sont à peine ont aussi élargi la vente d’aliments transformés et
en train d’émerger et leur application est iné- de produits alimentaires importés en conserve et
gale, les consommateurs ne s’y fient donc pas séchées. Les marchés en plein air traditionnels
beaucoup. Les produits de marque étrangère peinent à rivaliser avec ce nouvel essor de la de-
sont souvent perçus comme étant plus sûrs, ce mande et se caractérisent souvent par leur encom-
qui leur confère un avantage par rapport aux brement et leur manque d’hygiène. La congestion
produits locaux. urbaine, la faiblesse des réseaux de transport publics
et l’irrégularité des services d’électricité (qui em-
La demande d’aliments sains et nourrissants pêche l’usage répandu des réfrigérateurs et force
est souvent surpassée par le besoin de commodité donc les consommateurs à acheter fréquemment
et l’attirance pour le mode de vie moderne ou à des produits périssables) ont aidé les commerces
l’occidentale. Pour preuve, surtout chez les jeunes traditionnels de quartier à garder une part impor-
de la classe moyenne urbaine et aspirant-consom- tante du marché.
mateurs, la préférence va aux produits alimen-
taires de marque en emballage et aux restaurants Des signes d’accélération de la croissance des ma-
de restauration rapide à l’occidentale servant du gasins d’alimentation modernes sont visibles, mais
poulet frit, des frites et des hamburgers. Le budget son rythme est difficile à prévoir. Malgré le récent
publicitaire conséquent des grands fabricants de essor des supermarchés et des chaînes et points de
produits alimentaires et des chaînes de restauration vente de restauration rapide dans les grandes zones
rapide renforce ces tendances et place les petits urbaines, le secteur du commerce moderne de détail
producteurs locaux en situation désavantageuse. des produits alimentaires reste sous-développé par
rapport à la dimension du marché, au niveau d’urba-
La réponse du secteur du commerce de détail nisation et au dynamisme économique de ces pays.
Les acteurs nationaux, régionaux et internationaux
La réponse des détaillants à l’ évolution de la sont de plus en plus sensibles à ces marchés poten-
demande varie selon les segments du secteur du tiels et peuvent avoir des projets de croissance ambi-
commerce de détail des produits alimentaires. Le tieux. Certains signes indiquent que l’expansion des
commerce de détail en Afrique de l’Ouest est en- points de vente modernes de produits alimentaires
core dominé par les moyens de commercialisation pourrait s’accélérer considérablement au regard des
traditionnels, notamment les marchés en plein dynamiques accrues du secteur ces cinq dernières
air, les grossistes traditionnels, les magasins de années et de l’arrivée récente d’acteurs régionaux
quartier et les vendeurs d’aliments du secteur in- et internationaux dans les secteurs de l’ épicerie
formel. Mais ces dernières années, les commerces moderne et des services d’alimentation, particuliè-
modernes (supermarchés et détaillants modernes rement au Nigeria, au Ghana, en Côte d’Ivoire et
de restauration rapide) se sont développés en zone au Sénégal. Le rythme de croissance et d’expansion
urbaine. Vu que le secteur moderne du détail dépendra du dynamisme économique global de la
est mal connu, l’ étude AGWA a mis un accent région mais aussi de l’aptitude des investisseurs à

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Synthèse / IV. Comment le système agroalimentaire a-t-il réagi à l’ évolution de la demande et des tendances du marché ?

surmonter les difficultés liées au climat des affaires toute une série de produits emballés et prêts à consom-
et à l’environnement opérationnel, tel que l’accès mer, comme par exemple les nouilles instantanées
au financement et à l’immobilier, le manque de et les céréales pour le petit déjeuner, qui attirent
fiabilité de l’ électricité et le développement insuf- une population manquant de temps et mobile.
fisant des chaînes d’approvisionnement nationales. Elles répondent aussi à la demande grandissante de
Même dans le cas d’une croissance modeste, le produits alimentaires de plus grande qualité et plus
développement des chaînes d’approvisionnement variés, comme les yaourts aux fruits, les jus de fruit
nationales pourrait permettre aux producteurs na- et les boissons non-alcoolisées. Vu leur réputation
tionaux d’accéder aux segments du marché de plus et l’utilisation de marques connues, les grandes
grande valeur. entreprises agroalimentaires nationales et inter-
nationales sont mieux positionnées pour inspirer
La réponse des entreprises agroalimentaires la confiance des consommateurs dans la qualité et
la sécurité sanitaire de leurs produits. Tandis qu’au
En raison de leur diverses dimensions et structures départ elles se sont surtout intéressées aux seg-
organisationnelles, les entreprises agroalimentaires ments moyen et supérieur du marché, la situation
ont réagi de diverses façons à l’ évolution de la consom- a progressivement évolué et l’utilisation d’embal-
mation et aux tendances du marché. La région reste lages de plus petite taille et de vastes réseaux de
caractérisée par une dichotomie entre un grand distribution a mis leurs produits à la disposition
nombre d’entreprises agroalimentaires artisanales des marchés de masse à plus bas revenus.
et informelles et un plus petit nombre d’entreprises
agroalimentaires de taille industrielle. Le secteur Le secteur artisanal et des petites entreprises agroa-
artisanal fait partie d’une économie de réseau social limentaires s’est montré dynamique car il a produit
qui facilite l’entrée dans le secteur et renforce sa ré- une vaste gamme de produits peu cher de quali-
silience, mais il fait aussi obstacle à la croissance et à tés et niveaux de sécurité sanitaire divers pour les
la formalisation des entreprises. Toutefois, le secteur populations à faibles revenus. Il s’agit d’aliments
représente une partie importante de l’ économie préparés tels que le gari et l’attiéké. Les PME de
rurale non agricole, crée des emplois et engendre des l’agro-industrie du secteur formel ciblent princi-
revenus, notamment pour les femmes. Il est aussi un palement les clients à revenus faibles et moyens.
important utilisateur de produits agricoles locaux et Certaines ont réussi à créer de nouveaux produits
produit des aliments bon marché pour le segment alimentaires répondant à la demande grandissante
des revenus les plus modestes. À l’autre extrême, le de commodité, de meilleure hygiène et de santé.
secteur formel à grande échelle, souvent constitué Un grand nombre de ces produits, notamment le
d’entreprises qui appartiennent à des multinationales gari en paquet, les farines de haricot et de maïs,
ou à des conglomérats nationaux, s’appuie souvent les ignames écrasées et le foufou instantané, sont
sur des intrants importés tels que le blé et la poudre à base de matières premières provenant du marché
de lait pour fabriquer toute une série de produits intérieur. Toutefois, comparées aux grandes entre-
pour le marché de masse et la classe moyenne gran- prises agroalimentaires, les PME sont confrontées
dissante. Il existe également quelques entreprises à des difficultés plus sérieuses d’accès au finan-
agroalimentaires à grande échelle qui transforment cement, à la technologie, à la commercialisation,
les cultures d’exportation et industrielles, surtout aux réseaux de distribution et aux compétences
le cacao. À l’instar de la majorité des industries en en gestion. Leur principal avantage comparatif est
Afrique subsaharienne, les petites et moyennes en- leur meilleure connaissance des marchés locaux et
treprises agroalimentaires sont peu nombreuses dans des cultures alimentaires, et leur grande souplesse
le secteur formel, un phénomène auquel on se réfère et aptitude à créer des marchés de niche localisés.
par le terme de « chaînon manquant ». Toutefois, pour consolider et étendre leurs posi-
tions sur le marché, elles doivent absolument amé-
Les grosses entreprises agroalimentaires ciblant le liorer la présentation et l’emballage des produits
marché national ont réagi à la demande croissante de et inspirer la confiance du consommateur dans la
produits alimentaires plus commodes en développant qualité et la sécurité sanitaire des produits.

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Synthèse / IV. Comment le système agroalimentaire a-t-il réagi à l’ évolution de la demande et des tendances du marché ?

Réponse de la production et La productivité s’est accrue faiblement et de façon


des chaînes de valeur peu régulière. La croissance agricole dans la région
est essentiellement mue par l’expansion des super-
La performance de la production agricole de l’Afrique ficies cultivées, tandis que les hausses de producti-
de l’Ouest ces trente dernières années est mitigée. vité des terres et de main d’œuvre sont modestes,
En général, la production d’aliments de base est les rendements restant bien en-deçà des seuils de
celle qui s’est le plus accrue par habitant. Certaines références mondiales. C’est là un contraste marqué
cultures et produits de l’ élevage dont les marchés par rapport aux autres régions du monde où les
sont les plus dynamiques, comme la viande, les augmentations de rendement sont les principaux
produits laitiers, le riz et les huiles végétales, se déterminants des gains de production. Par exemple,
sont beaucoup moins développés et n’ont pas réussi la superficie plantée en céréales s’est étendue de
à satisfaire une demande grandissante. Le maïs, 3,9 % par an tandis que le rendement n’a augmenté
les ignames, le manioc et le niébé ont enregistré la que de moins de 1 % par an entre 1980 et 2009.
plus forte croissance (3 % par an par habitant et A l’exception du maïs pour lequel les rendements
plus), suivis des cultures d’oléagineux et de légumes annuels ont progressé de 2, 2 % entre 1980 et
à des taux de croissance annuels par habitant de 1 2009, les rendements des autres cultures n’ont que
à 2 %. La production de mil, sorgho, riz et fruits a modestement augmenté ou ont même stagné. Les
augmenté de moins de 1 % par an dans l’ensemble performances des sous-secteurs des bovins et des
de la région, tandis que celle de la viande, du lait volailles sont encore pire ces dernières trente an-
et de la canne à sucre a en fait reculé ces trente nées, la production moyenne par animale reculant
dernières années. En ce qui concerne les produits pour le bœuf (-0,9 % par an) et stagnant pour
de l’ élevage, la viande de porc est celle qui connait les secteurs de la volaille et des produits laitiers.
la plus forte croissance annuelle par habitant avec Néanmoins, au cours de la période la plus récente
2 %, suivie de la viande de mouton et de chèvre (2008-2012), de modestes hausses de rendement
dont la moyenne est de 1,6 % d’augmentation. ont été constatées dans l’ensemble de la région,
Par contre, la production de bœuf et de lait par notamment pour certaines cultures de base. Ces
habitant a baissé. hausses peuvent être le reflet d’un accès accru des
agriculteurs aux engrais et semences améliorées,
La croissance du secteur agricole se situait géné- résultat des grandes initiatives d’intensification
ralement bien en-dessous de la cible du PDDAA, agricole lancées en réponse à la montée en flèche
établie à 6 %. Malgré une forte augmentation de des prix alimentaires mondiaux et des incitations
la production, les taux de croissance du secteur de prix plus favorables pendant cette période.
agricole n’ont pas été suffisamment rapides pour
permettre aux pays d’Afrique de l’Ouest d’at- Ces moyennes régionales masquent de vastes écarts
teindre leurs objectifs de réduction de la pauvreté. entre les pays. Cela est vrai des niveaux comme des
La valeur ajoutée de l’agriculture n’a augmenté tendances de productivité. Pour certaines cultures,
que de 3 % par an en moyenne de 1990 à 1995, les rendements moyens peuvent varier d’un pays
suivie depuis lors d’un taux de croissance moyen à l’autre par un facteur allant jusqu’à 5, reflet des
annuel de 4 à 5 %. Bien que 7 des 15 pays de grandes différences dans les systèmes de produc-
la CEDEAO aient atteint la cible du PDDAA tion, l’accès aux intrants, les variétés et les incita-
de 6 % de taux de croissance agricole en 2009, tions aux agriculteurs. Ces disparités entre pays
seuls quatre ont pu maintenir ce taux en 2010. laissent à penser qu’il existe toute une gamme de
Et pourtant, pour atteindre les objectifs de ré- possibilités d’amélioration des rendements dans
duction de la pauvreté du PDDAA, le taux de les zones peu performantes en s’informant sur les
croissance agricole doit dépasser 6 % chaque an- approches réussies des pays avoisinants. D’impor-
née, tandis que la plupart des pays ouest-africains tantes différences en termes de tendances de pro-
se caractérisent par de fortes variations du taux ductivité peuvent être observées d’un pays à l’autre.
de croissance d’une année à l’autre, en partie en À titre d’exemple, tandis que les rendements du riz
raison des aléas climatiques. ont reculé au Nigeria et en Guinée entre 1980 et

13
Synthèse / IV. Comment le système agroalimentaire a-t-il réagi à l’ évolution de la demande et des tendances du marché ?

2009, les rendements moyens du riz paddy dans est de loin l’exportateur agricole net le plus im-
les autres grands pays producteurs de riz (Côte portant de la région. Le déficit commercial net du
d’Ivoire, Mali, Sénégal et Sierra Leone) ont tous secteur alimentaire de toute la région s’est établi
fortement augmenté. Ces chiffres sont peu révé- en moyenne à 4 milliards de $EU en 2006-10,
lateurs des réussites encore plus prononcées dans comparé au déficit commercial net de tous les pro-
certaines zones irriguées de ces pays (par exemple duits agricoles de 2,7 milliards de $EU. Le Nigeria
l’Office du Niger au Mali et la vallée du fleuve accusait le plus gros déficit commercial agricole
Sénégal au Sénégal). De même, les rendements et alimentaire, devant le Sénégal. Cette tendance
de manioc ont progressé bien plus fortement au à l’augmentation des importations alimentaires a
Nigeria et au Ghana ces vingt dernières années (en coïncidé avec une période de forte croissance des
réponse à la diffusion de variétés améliorées déve- exportations de marchandises, ce qui a renforcé la
loppées par IITA) que dans d’autres pays côtiers capacité d’importation de nombreux pays. Néan-
comme la Sierra Leone et le Liberia. Et jusque moins, certains s’inquiètent de la pérennité de cette
vers les années 2005, la performance du secteur du capacité d’importation car elle s’appuie fortement
coton en Afrique de l’Ouest francophone était bien sur l’exportation de ressources non renouvelables.
meilleure que dans les pays anglophones.
Un nombre limité d’aliments de base contribue à
Malgré des performances globalement modestes, on l’ essentiel de l’aggravation du déficit commercial de
constate aussi quelques excellentes réussites de produc- produits alimentaires. Les céréales, notamment le
tion et de réponses des chaînes de valeur. Les exemples riz et le blé, sont de loin les produits les plus im-
portent sur le secteur ghanéen du cacao, la perfor- portants, car ils représentent 41 % de la valeur
mance du secteur du coton dans les pays franco- des importations alimentaires lors de la période
phones des années 1950 aux années 1990, et les 2006-10, suivis par les huiles végétales (13 %),
fortes hausses de productivité dans les racines et le poisson (11 %), les produits laitiers (9 %) et le
tubercules, notamment le manioc. Qui plus est, de sucre (9 %). Ensemble, ces cinq groupes de den-
récentes initiatives d’amélioration des chaînes de va- rées alimentaires représentent 83 % de la valeur
leur nationales du riz au Sénégal grâce aux initiatives des produits alimentaires importées par la région.
coordonnées d’organisations agricoles, du secteur Les importations d’huile végétale ont connu une
privé et des gouvernements sont aussi prometteuses. augmentation particulièrement rapide, s’élevant de
la 7e place en 1986-1990 (4 % des importations
Réponses du commerce international alimentaires) à la 2e place en 2006-2010 (13 % des
et régional importations alimentaires).

Les tendances de production sont également Malgré la hausse des importations, les taux
confirmées par les données commerciales qui re- d’autosuffisance de nombreux aliments de base
flétent la compétitivité de l’Agriculture ouest-afri- n’ont accusé qu’un modeste recul. En dépit de la
caine et de son aptitude à réagir aux tendances de progression rapide des importations de céréales, la
la demande sur le marché intérieur comme sur les dépendance de la région vis à vis du marché mon-
marchés à l’exportation. dial de céréales n’est passée que de 12 % pendant la
seconde moitié des années 1980 à 20 % pendant la
Les balances commerciales agricoles et alimentaires période 2006-2010. Cette dépendance accrue vis à
de la région de la CEDEAO sont devenues néga- vis des importations est surtout due à la demande
tives depuis le début du millénaire. Tandis que les croissante de riz et de blé, tandis que la région est
exportations agricoles et alimentaires ont rapide- resté autosuffisante en céréales sèches (mil, sorgho
ment progressé, les importations ont enregistré une et maïs). Le taux d’autosuffisance a reculé pour
hausse encore plus rapide. En conséquence, seuls d’autres denrées alimentaires de base, notamment
cinq pays ouest-africains sont restés exportateurs le lait, l’huile de palme, la viande de volaille et le
agricoles nets et/ou exportateurs alimentaires nets sucre. Concernant le blé, le lait et le sucre, la région
pendant la période 2006-2010. La Côte d’Ivoire a toujours dépendu des importations pour satisfaire

14
Synthèse / V. Pourquoi la réponse de l’offre est-elle en retard sur la hausse de la demande ?

une grande partie de ses besoins, mais ces dernières les produits du cacao, le caoutchouc naturel, le café,
années les taux d’autosuffisance ont encore baissé les noix de cajou, l’huile de palme et les bananes.
avec la hausse de consommation de ces denrées Là encore, on constate une légère tendance à la
par habitant. Comme dans le cas des céréales, le diversification géographique des exportations, les
degré de dépendance vis à vis des importations de plantations de cacao et de caoutchouc étant ac-
ces autres aliments de base varie beaucoup d’un tuellement en expansion dans un certain nombre
pays à l’autre. de pays côtiers. Les grandes exportations produites
par un plus grand nombre de pays sont la fibre de
Les exportations agricoles de l’Afrique de l’Ouest coton, le poisson et le tabac. La région bénéficie
ont fortement progressé mais moins que celles du également de quelques remarquables réussites, ayant
reste du monde. Les exportations agricoles de la fait son entrée sur des marchés de niche à plus forte
région ont progressé de 6,2 % par an en moyenne valeur, comme par exemple les haricots verts, le
pendant la période 1996-2000 à 2006-10, soit en- karité, les noix de cajou et les fruits.
viron 20 % de moins que le taux de croissance des
exportations dans le monde (7,7 %). Pour un cer- Malgré des barrières persistantes, les flux des échanges
tain nombre de denrées, les exportations ouest-afri- intra-régionaux se sont accrus. Les flux commerciaux
caines ont progressé plus rapidement que celles du sur de longues distances, comme par exemple entre
reste du monde9, tandis que celles d’autres produits les pays du Sahel et les pays côtiers, existent depuis
importants comme le poisson et la fibre de coton bien longtemps et prennent souvent leur origine
ont chuté ou stagné pendant cette période. Le dans des réseaux sociaux et ethniques. Le bétail, les
cacao est un exemple de réussite remarquable, et la céréales et le niébé sont exportés du Sahel vers la
région a gardé sa part dominante du marché mon- côte ; certaines céréales vont aussi des pays côtiers
dial. Par contre, un grand défi consistera à tenter de vers le nord ; et les tubercules, fruits et légumes de la
relancer certaines chaînes de valeur d’exportation savane guinéenne sont acheminés vers les villes du
de la région dont les performances sont poussives littoral et des pays du Sahel. Ces flux commerciaux
depuis quelques années, comme le coton et le café. se sont beaucoup accrus ces dernières décennies,
Intégrer une plus grande valeur ajoutée aux ex- poussés par l’urbanisation et la migration. Cepen-
portations est aussi un défi. Si cela a réussi pour dant, la véritable ampleur de ces échanges est incon-
le cacao, ce n’est pas le cas de nombreuses autres nue, puisque les données commerciales officielles ne
exportations, à l’exception de quelques cultures représentent qu’une partie des flux commerciaux
horticoles à plus forte valeur. réels. Les principaux obstacles à une expansion ac-
crue sont les suivants : insuffisance des infrastruc-
Les exportations agricoles restent fortement concen- tures routières, règles qui freinent la concurrence
trées dans un petit nombre de pays et de produits. Les dans les transports routiers, obstacles administratifs,
produits d’exportation liés au cacao constituent à difficultés et risque de transfert de fonds d’un pays
eux seuls plus de la moitié des exportations agri- à l’autre avec des systèmes monétaires différents,
coles de la région en termes de valeur et, si on y insécurité croissante et recherche de rente par les
ajoute les fibres textiles et le caoutchouc naturel, la policiers et agents aux frontières.
part progresse pour atteindre plus des deux-tiers.
Toutefois, la concentration des exportations dans
ces trois groupes de denrées était encore plus pro- V. Pourquoi la réponse de l’offre est-elle en
noncée dans le passé, car au fil du temps, la région retard sur la hausse de la demande ?
s’est légèrement diversifiée. Une poignée de pays
représente presque l’ensemble des principales ex- La performance mitigée de l’Agriculture ouest-afri-
portations, la Côte d’Ivoire étant de loin le chef de caine en termes de production et de producti-
file des exportateurs avec plusieurs denrées comme vité et la perte de compétitivité sont dues à une
série de problèmes structurels, dont beaucoup
9 Citons par exemple la pâte de cacao, la poudre et le tourteau de cacao, la noix de sont encore aggravés par des politiques inadap-
cajou, les graines de sésame, les noix de le karité, le caoutchouc naturel, les mangues,
les bananes, les papayes, le sorgho et les produits du manioc. tées. Outre les effets dissuasifs des politiques et

15
Synthèse / V. Pourquoi la réponse de l’offre est-elle en retard sur la hausse de la demande ?

interventions gouvernementales incohérentes, les Accès au marché et difficultés liées


problèmes structurels liés à l’accès aux marchés, aux aux infrastructures
risques et incertitudes et à l’accès aux intrants, aux
services et technologies, n’incitent pas vraiment à Les réseaux routiers et de transport sous-développés
faire des investissements susceptibles d’augmenter restent un obstacle majeur à l’accès au marché. Les
la productivité de l’agriculture et des segments producteurs sont aussi dissuadés d’augmenter leur
correspondants, en amont et en aval. Bien que production et d’adopter des technologies entrai-
de nombreuses difficultés et solutions éventuelles nant des gains de productivité car les prix élevés des
soient spécifiques par chaînes de valeur, des obsta- transports affectent directement le prix auquel ils
cles génériques existent dans la plupart des chaînes vendent leur production et achètent leurs intrants.
de valeur agricoles. Les coûts d’accès au marché sont élevés en raison
des distances géographiques, de la dispersion ter-
Instabilité des politiques et absence d’investis- ritoriale des producteurs, des volumes réduits d’ex-
sement dans les biens cédents commercialisables et du mauvais état des
collectifs essentiels routes en zone rurale. Les politiques qui freinent
la concurrence dans les transports routiers font
Bien que les réformes macro et sectorielles mises que les prix des transports en Afrique de l’Ouest
en œuvre lors de l’ajustement structurel se soient en sont bien plus élevés que dans d’autres régions en
général traduites par une hausse des prix agricoles développement et limitent considérablement la
à la production, ces réformes se sont accompagnées compétitivité Agricole. Ces contraintes affectent
d’un recul des investissements dans les biens collec- les agriculteurs et les négociants mais aussi les
tifs essentiels (recherche, enseignement en milieu entreprises agroalimentaires (en augmentant les
rural et formation professionnelle) et d’un recul de coûts de regroupement des matières premières)
l’Agriculture par la communauté des donateurs. Vu et les prestataires de services comme la finance, la
l’ état de délabrement des infrastructures rurales, un vulgarisation et la médecine vétérinaire. En zone
climat d’affaires généralement peu porteur et une urbaine, la congestion et le développement insuffi-
rentabilité incertaine, le secteur privé a souvent tardé sant des transports publics limitent l’expansion des
à reprendre les services de soutien tels que la com- détaillants modernes à grande échelle.
mercialisation, la fourniture d’intrants et le finan-
cement dont le secteur public s’était désengagé lors Malgré les améliorations apportées aux grands axes
de l’ajustement structurel. En outre, les politiques routiers, les communautés rurales sont celles qui, de loin,
des gouvernements ont souvent été imprévisibles, ont encore l’accès le plus réduit aux routes praticables
caractérisées par des interventions ponctuelles sur le en toutes saisons dans le monde en développement.
marché via des restrictions commerciales, des sub- La qualité des services de transport en Afrique de
ventions ou des Initiatives présidentielles de courte l’Ouest, mesurée par l’Indice de performance logis-
durée visant certaines chaînes de valeur particulières. tique, est inférieure à celle d’autres régions africaines
Cette volatilité politique, conjuguée à une mise en et au reste du monde. Bien que des investissements
œuvre insatisfaisante des politiques et programmes majeurs aient été faits ces dernières années, notam-
annoncés et à de fréquents revirements de politiques, ment dans les grands couloirs routiers internatio-
exacerbée par un ensemble de réglementations peu naux et les principaux axes routiers, la densité des
favorables aux affaires, a renforcé les incertitudes routes en Afrique de l’Ouest reste basse comparée
du marché et découragé les investissements du sec- à celle d’autres régions en développement.
teur privé, y compris les agriculteurs. En retour, la
réponse lente et inégale du secteur privé a nourri la L’infrastructure du marché et la vente en gros ont
méfiance latente des pouvoir publics à l’ égard de la du mal à faire face à la hausse de la demande. L’ état
volonté et de la capacité du secteur privé de s’enga- de l’infrastructure physique du marché réduit l’ ef-
ger, suscitant ainsi de nouvelles séries d’interventions ficience des principales fonctions du système de
gouvernementales. commercialisation, à savoir regroupement des pro-
duits, stockage, tri et classification des produits

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Synthèse / V. Pourquoi la réponse de l’offre est-elle en retard sur la hausse de la demande ?

agricoles en fonction des divers segments de mar- De nombreuses chaînes de valeur sont fragmentées,
ché, ainsi que l’ élimination des eaux usées et des avec une coordination verticale et horizontale limitée
déchets. Ce constat s’applique à l’infrastructure parmi les divers acteurs, y compris des liens peu so-
du marché de gros et de détail, aux abattoirs, au lides avec les prestataires de service. Des chaînes de
stockage (notamment les chaînes de froids) et au valeur mal coordonnées se caractérisent souvent
matériel utilisé dans d’autres opérations post-ré- par une mauvaise communication des incitatifs
coltes telles que nettoyage, séchage et condition- des consommateurs et industriels agroalimentaires
nement, au sein de l’ exploitation et en dehors. aux agriculteurs concernant l’exigence de qualités
La détérioration de la qualité et des aliments particulières de produits, notamment la propreté,
le long du système de commercialisation est un la sécurité sanitaire et la constance de l’offre. La
grave problème supplémentaire, notamment des mauvaise transmission de l’information concernant
produits périssables tels que les fruits, les légumes la volonté des consommateurs et des industriels de
et les produits d’origine animale. Qui plus est, les payer pour différents niveaux de qualité de produit
mauvaises conditions d’hygiène sur les marchés est due à :
peuvent mettre en danger la santé humaine et
l’ environnement. Cette insuffisance d’infrastruc- 》》 Un manque de normes et de standards reflétant
ture et le sous-développement que cela implique la nature de la demande sur le marché.
dans le secteur de la vente en gros présentent
une difficulté majeure pour les entreprises agroa- 》》 Un bas volume d’excédents commercialisés par
limentaires et les détaillants. Ces derniers sont exploitation, ce qui rend le tri des produits
confrontés à des coûts de transaction élevés pour par qualité coûteux pour les négociants ; en
le regroupement des produits, le contrôle qualité conséquence, les produits de qualités diverses
et le tri en lots de qualité homogène. En fait, le sont souvent regroupés dans le système de com-
plus gros problème des entreprises agroalimen- mercialisation, ce qui réduit toute incitation à
taires est de s’assurer d’une offre fiable de produits récompenser les producteurs de produits de
agricoles locaux, notamment les denrées de base, qualité supérieure.
de qualité et de quantité constantes. Les indus-
triels de l’agroalimentaire qui ciblent le marché 》》 Satisfaire les attentes du marché en termes de
national et ayant le mieux réussi sont ceux qui se qualité, de quantité et de constance de l’offre
sont approvisionnés en intrants importés, comme exige souvent des investissements spécialisés
le blé, la poudre de lait et les concentrés de fruits et des compétences qui ne sont pas à la portée
utilisés pour produire des jus. des petits agriculteurs et négociants.

Un approvisionnement en électricité peu fiable (pro- Risques élevés et incertitudes


blème particulièrement grave au Nigeria) empêche
les entreprises agroalimentaires de faire fonction- L’ ensemble des acteurs du système agroalimentaire
ner leurs usines à pleine capacité, les obligeant ouest-africain sont confrontés à des risques élevés de
souvent à investir dans des groupes électrogènes production et de marché. Ces risques viennent des
très coûteux qui augmentent leurs coûts de pro- aléas climatiques, des ravageurs et des maladies
duction. De même, les petites entreprises agroali- ainsi que de la volatilité des prix et des politiques.
mentaires doivent utiliser des décortiqueuses fonc- Les fortes fluctuations de production, conjuguées à
tionnant au diésel ou à l’essence qui coûtent plus une faible intégration géographique des marchés et
cher que les décortiqueuses électriques. Un réseau de faibles volumes de production commercialisée
électrique peu fiable freine aussi le développement contribuent à la forte fluctuation des prix selon les
des chaînes de froid, limitant ainsi la commercia- saisons et les années. Les interventions imprévisibles
lisation des produits périssables. La demande de des gouvernements et les retombées de la fluctuation
ces produits augmentant rapidement, leurs chaînes internationale des prix compliquent encore la situa-
de valeur ont le potentiel de générer un nombre tion. L’incertitude des disponibilités, la rapidité d’ob-
d’emplois conséquent. tention et la qualité des intrants, les services-conseil

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Synthèse / V. Pourquoi la réponse de l’offre est-elle en retard sur la hausse de la demande ?

et le financement ajoutent des risques supplémen- ment dans les zones où existe le plus fort potentiel
taires. Ensemble, ces risques et incertitudes décou- de production et de débouchés. La croissance dé-
ragent fortement les agriculteurs d’investir dans des mographique entraîne la fragmentation des terres
technologies génératrices de gains de productivité et la prolifération de fermes minuscules, incapables
et dissuadent les autres acteurs privés à investir dans de nourrir les familles qui les exploitent, a fortiori
la fourniture d’intrants, les services de soutien, la de commercialiser leurs produits. De plus, l’absence
commercialisation et l’agroalimentaire. de titres fonciers fiables empêche les autorités lo-
cales d’instaurer les impôts fonciers susceptibles de
Les agriculteurs ouest-africains et les autres ac- fournir l’assiette fiscale nécessaire à la prestation
teurs des chaînes de valeur manquent généralement des nombreux services de soutien essentiels dont
d’accès aux produits et aux services de gestion des ont besoin les communautés rurales, tels que l’en-
risques. Citons par exemple l’assurance agricole, seignement primaire, la santé et la vulgarisation
les contrats à terme et la couverture des risques. agricole. En zone urbaine, l’agro-industrie et les
Même des technologies plus simples de stabilisa- détaillants modernes indiquent que les difficultés
tion des rendements, comme par exemple l’amé- à se procurer un titre foncier explicite ont souvent
lioration du sol et la gestion de l’ eau, l’irrigation, freiné leur expansion.
les semences améliorées, les phytoprotecteurs et
les médicaments vétérinaires, ne sont à la portée Faible accès aux intrants améliorés, technolo-
que d’une minorité d’exploitants. En l’absence gies et services de soutien
de tels produits et services, la principale réponse
des agriculteurs au regard des divers risques et L’inégal accès aux intrants, technologies et services
incertitudes consiste à diversifier leurs ressources de soutien qui existe entre les hommes et les femmes
limitées dans des activités variées et nombreuses. freine la croissance de la productivité. L’aspect genre
En conséquence, les exploitations sont souvent est un facteur transversal qui touche tous les élé-
trop petites pour adopter des technologies amé- ments discutés ci-dessous qui limitent la crois-
liorées et les coûts unitaires de commercialisation sance de la productivité Agricole ouest-africaine.
s’accroissent. En réponse à l’irrégularité de l’offre Les conventions sociales dans de nombreux pays
intérieure, les entreprises agroalimentaires et les restreignent l’accès des femmes aux facteurs de
détaillants recourent à nouveau aux importations. production et des services tels que les terres aména-
gées et le crédit qui sont essentiels pour accroitre la
Les programmes de sous-traitance avec des pe- productivité. Les services de vulgarisation sont sou-
tits agriculteurs peuvent atténuer certains risques vent occupés majoritairement par des hommes, et
cités plus haut au niveau de l’ exploitation agricole, les messages de vulgarisation ne sont pas toujours
mais le secteur des entreprises agroalimentaire a orientés vers les préoccupations des femmes. Ces
besoin de meilleurs outils pour gérer les risques restrictions non seulement éloignent les bénéfices
liées aux fluctuations des prix et des rendements. de la croissance des femmes; elles diminuent aussi
En outre, les risques associés à l’ exécution des la croissance globale de la productivité en limitant
contrats limitent la volonté des entreprises agroa- aux femmes, qui représentent une grande partie des
limentaires et leur aptitude à développer des pro- acteurs du système agroalimentaire, la disponibilité
grammes de sous-traitance avec des petits agri- des ressources favorisant cette croissance.
culteurs, surtout des programmes fournissant des
intrants. Une utilisation peu importante et irrégulière d’in-
trants améliorés tels que les semences, engrais, pesti-
La propriété foncière et les droits à l’usage de l’ eau cides et médicaments vétérinaires restent la cause la
non sécurisés nuisent aux incitations à investir dans plus directe de la basse productivité en Afrique de
l’amélioration de la terre et l’irrigation et à attirer les l’Ouest. Dans l’ensemble, l’utilisation de semences
capitaux extérieurs dans l’agriculture. Qui plus est, améliorées reste marginale, l’emploi moyen d’en-
les conflits liés à la terre et l’eau détruisent le capital grais par hectare est extrêmement faible, même
social et peuvent empirer l’inégalité genre, notam- comparé à d’autres régions d’Afrique, et l’utilisation

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Synthèse / V. Pourquoi la réponse de l’offre est-elle en retard sur la hausse de la demande ?

de la puissance agricole, notamment la mécanisa- la diversité des systèmes agricoles et la dimension


tion, en agriculture et dans les activités post-ré- réduite des marchés nationaux rendent le déve-
coltes, est très limitée. loppement technologique plus difficile en Afrique
de l’Ouest que dans d’autres régions. Bien que de
Les contraintes du côté de la demande comme de l’offre nombreuses études aient apporté la preuve du ren-
entravent le développement des marchés d’intrants. La dement élevé des investissements dans la recherche
demande est limitée par l’incertitude sur la rentabi- et développement agricole (R & D), en Afrique
lité due aux risques de production et de marché, aux de l’Ouest la R & D est gravement sous-financée
soucis de qualité et de prix élevés des intrants et au depuis des décennies et les niveaux de finance-
manque de financement. En outre, les connaissances ment ne redémarrent que lentement. De plus, les
insuffisantes des agriculteurs concernant l’utilisation systèmes de recherche d’Afrique de l’Ouest sont
correcte des intrants tels que les engrais, les pes- limités par un certain nombre de contraintes struc-
ticides et les médicaments vétérinaires, réduisent turelles, notamment un ensemble de chercheurs
l’efficacité de ces derniers. Une demande faible et vieillissants et des difficultés à attirer de nouvelles
irrégulière ralentit le développement des chaînes ressources humaines de qualité et à les garder. Qui
d’approvisionnement d’intrants du secteur privé qui plus est, les économies d’échelle sont importantes
sont encore plus limitées par les coûts de distri- dans la recherche et développement, ce qui limite
bution, l’accès insuffisant au financement et dans l’efficacité de systèmes de recherche fragmentés et
certains cas, les interventions des gouvernements. de taille réduite, notamment dans les petits pays.

Les engrais et les équipements sont surtout importés Les systèmes de vulgarisation et les services de
et les prix à la production sont élevés en raison des coûts conseils techniques sont fréquemment inopérants.
de transport et de distribution élevés, des petits volumes La vulgarisation et les conseils aux entreprises
et parfois des politiques d’appel d’offres inefficaces. Les constituent un lien essentiel entre les concepteurs
économies d’échelle dans la production et l’approvi- et les utilisateurs de recherche et de technologie.
sionnement de ces intrants sont énormes ce qui, vu Suite à l’ajustement structurel et aux désillusions
la dimension réduite des marchés dans la plupart des suscitées par l’approche de Vulgarisation de For-
pays membres de la CEDEAO, a limité le nombre mation et Visite, le financement de la vulgarisation
d’importateurs sur chaque marché, freinant de fait la a reculé dans la région. Depuis lors, les pays ont
concurrence. Une harmonisation régionale effective fait l’ expérience d’approches diverses, mais aucun
des réglementations pourrait renforcer la concur- large consensus ne s’est dégagé quant à la méthode
rence et réduire les coûts. Bien que les subventions la plus performante. Outres les systèmes publics
d’intrants puissent offrir une aide temporaire, les de vulgarisation sous-financés, les services-conseils
coûts fiscaux se sont avérés élevés, et les dispositifs sont offerts par un certain nombre d’acteurs, ONG
ont connu d’importantes fuites et des coûts d’exploi- comprises, des projets financés par des donateurs
tation élevés et ont parfois nuit aux réseaux privés et, dans certains cas, des entreprises agroalimen-
d’approvisionnement en intrants. taires et de fournisseurs d’intrants du secteur privé.
La coordination des programmes parmi les acteurs
Les systèmes de recherche agricole sont souvent frag- est rare. L’ampleur des activités des divers pres-
mentés. La recherche agricole est déterminante tataires de services-conseils varie énormément.
pour la production de nouvelles technologies qui Les prestataires non-étatiques ont en général un
améliorent et stabilisent les rendements tout en petit nombre d’agents mais disposent de fonds
utilisant un minimum d’intrants et de ressources de fonctionnement par agent plus importants,
naturelles avec la plus grande efficacité et durabilité tandis que les services publics sont plus vastes
possibles. Vu le besoin d’adaptation aux conditions mais disposent souvent de peu de ressources de
locales agro-écologiques et du sol, l’importation de fonctionnement. L’ efficacité du système de vul-
technologies fonctionne moins bien en agriculture garisation est de plus réduite par le nombre limité
que dans de nombreux autres secteurs. Le nombre des activités de recherche dans la région (et donc,
comparativement important de cultures de base, un nombre limité de nouvelles technologies à

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Synthèse / VI. Evolution des politiques Agricoles nationales et régionales

vulgariser), la médiocrité des infrastructures ru- octroyant des financements directement aux agri-
rales et le faible niveau de formation d’un grand culteurs ou aux agents chargés des achats, soit en
nombre d’agents. Les services de conseil aux en- facilitant les prêts bancaires via l’ établissement de
treprises et les formations sur la maîtrise des fi- contrats fermes d’achat. Dans le passé, le finance-
nancements sont encore plus rares. ment de l’agriculture a eu plus de succès dans les
chaînes de valeur d’exportation organisées comme
La faiblesse des systèmes d’enseignement Agricole le coton. Dans un environnement libéralisé, la vente
handicape aussi fortement tout le système agroali- hors contrat est une menace constante et plus facile
mentaire. Ces systèmes affaiblis affectent l’aptitude à contrôler lorsque les caractéristiques du produit,
des agriculteurs et des PME à adopter des tech- comme par exemple pour les denrées volumineuses
nologies, innover et saisir les opportunités du ou périssables, réduisent les options de vente hors
marché. Ils sapent également les performances et contrat ou lorsque les acheteurs desservent des mar-
l’ efficacité des services et organismes de soutien, chés de niche. D’autres instruments de financement
qu’ils soient publics, privés ou de la société civile. des chaînes de valeur tels que le nantissement des
La faiblesse du capital humain va du bas niveau stocks, le financement par créances clients et le
d’alphabétisation des agriculteurs à l’insuffisance crédit-bail prennent une importance grandissante.
d’effectifs bien formés et compétents dans des Des services financiers supplémentaires comme les
domaines tels que la science et la technologie services d’épargne et de règlement sont d’une im-
alimentaire, l’ emballage et la commercialisation. portance décisive, et leur croissance future pourrait
La rareté des employés dotés de ces compétences être facilitée par le potentiel d’expansion rapide
a été une contrainte importante à l’ expansion du de services bancaires et de virement basés sur la
secteur agroalimentaire. téléphonie mobile dans la région.

L’accès limité aux financements et leurs coûts éle-


vés ralentissent les investissements et l’adoption de VI. Evolution des politiques Agricoles
la technologie. Les contraintes ci-dessus liées à l’ac- nationales et régionales
cès au marché et aux infrastructures, aux risques
de production et de prix, aux technologies et aux De l’ extraction des ressources au
compétences rendent l’offre de services financiers moteur de croissance
aux agriculteurs et autres acteurs des chaînes de
valeur agricoles risquée et coûteuse. La disponi- Les politiques agricoles ont radicalement changé ces
bilité limitée d’instruments de gestion des risques, cinquante dernières années. En réponse à l’ évolution
les vastes contraintes collatérales, les problèmes des circonstances rencontrées par ce secteur et des
d’exécution des contrats et une culture de rembour- objectifs politiques des pays ouest-africains, les
sement de prêts peu développée réduisent encore politiques agricoles ont radicalement changé. Les
l’envie du secteur financier de s’aventurer dans le politiques immédiatement après l’indépendance
financement de l’agriculture. Les initiatives visant ont surtout porté sur l’extraction des ressources
à contourner les problèmes structurels sous-jacents du secteur agricole (notamment l’agriculture d’ex-
par l’intermédiaire des banques publiques de déve- portation) pour financer les investissements dans
loppement agricole et d’emprunts subventionnés d’autres secteurs. À partir de la moitié des années
se sont avérées trop coûteuses sur la durée et inef- 1980 jusqu’à la fin des années 1990, lorsque les pays
ficaces. Certains réseaux financiers décentralisés sont passés par l’ajustement structurel, la taxation
et dynamiques de la région ont réussi à octroyer explicite et implicite de l’agriculture a été généra-
des financements aux agriculteurs et autres parties lement réduite et une politique commerciale plus
prenantes des chaînes de valeur, bien qu’ils n’aient neutre a été adoptée à l’ égard des cultures d’ex-
satisfait qu’une fraction de la demande. Les en- portation par rapport aux aliments de substitution
treprises agroalimentaires, les commerçants et les des importations. Par contre, l’austérité budgétaire
fournisseurs d’intrants jouent aussi un rôle croissant qui a accompagné les programmes d’ajustement
dans le financement des chaînes de valeur, soit en structurel a réduit les investissements dans les biens

20
Synthèse / VI. Evolution des politiques Agricoles nationales et régionales

publics essentiels comme les infrastructures rurales céréalière, notamment le riz, contrairement à l’ob-
et la recherche agricole. jectif de la CEDEAO promouvant la souveraineté
alimentaire à l’ échelle régionale. Les interdictions
La « redécouverte » de l’Agriculture et l’ émergence d’exporter et les exemptions temporaires de tarifs
du PDDAA depuis le début des années 2000 ont douaniers et de taxes à l’importation, destinées à
rehaussé l’importance des politiques Agricoles sur les protéger les consommateurs urbains, ont nui aux
plans national comme régional. Ce n’est qu’au début mesures incitatives dont bénéficiaient les produc-
du 21e siècle que les gouvernements africains et teurs et aux efforts d’intégration du commerce
leurs partenaires de développement ont « redé- régional et de coordination des politiques. Coté
couvert » l’agriculture, ce qu’illustrent parfaite- production, les gouvernements ont conçu des pro-
ment le lancement en 2003 du Programme dé- grammes d’urgence pour relever rapidement la
taillé de développement de l’agriculture africaine production des céréales et les niveaux d’autosuf-
(PDDAA) et la reprise progressive d’affectations fisance nationale. Ces programmes ont fortement
de fonds publics et d’aide officielle au déve- porté sur la production au niveau de l’ exploita-
loppement au bénéfice de l’agriculture. Plusieurs tion, avec une faible intégration des segments de
pays ont préparé de nouvelles stratégies ou lois chaînes de valeur en aval et en amont et une forte
d’orientation agricoles et, pour la première fois, dépendance vis-à-vis des subventions aux intrants.
des politiques agricoles régionales ont été pré-
parées par l’UEMOA (en 2001) et la CEDEAO Le processus du PDDAA a eu plusieurs résultats
(en 2005). La tendance générale a été de favoriser positifs et apporté d’importantes contributions à
les approches sectorielles visant une planification des mécanismes politiques améliorés, plus cohérents
et mise en œuvre des politiques agricoles et des et inclusifs.
investissements plus cohérentes.
》》 Elles sont parvenues à donner au développe-
Conception et mise en œuvre du PDDAA ment agricole une plus grande visibilité sur le
calendrier politique de nombre de pays et ont
La crise alimentaire de 2008 a fortement influen- amené ces derniers à adopter des politiques
cé la conception des programmes de la CEDEAO/ agricoles et des programmes de développement
PDDAA. Bien que lancé en Afrique de l’Ouest en plus cohérents sur les plans sectoriel et régional.
2005, le processus du PDDAA n’a pris son essor
dans la région qu’après la flambée des prix des ali- 》》 Elles ont contribué à mobiliser et à coor-
ments de 2008. Cette crise a eu des répercussions donner le soutien de nombreux donateurs
positives et négatives sur le programme politique autour d’un ensemble d’objectifs communs
agricole. Du côté positif, elle a été un puissant tels qu’ils figurent dans les plans nationaux
rappel de l’importance des investissements dans d’investissement agricole (PNIA) et le Plan
l’Agriculture et a mené à l’ élaboration rapide des régional d’investissement agricole de la CE-
programmes nationaux du PDDAA. En consé- DEAO. Le programme régional de la CE-
quence, les 15 pays de la CEDEAO ont signé leur DEAO (ECOWAP) et la Politique agricole
accord avec le PDDAA entre 2009 et 2011 et deux de l’Union (PAU) de l’UEMOA illustrent aussi
tiers d’entre eux avait préparé leur Plan national les importants efforts déployés à l’ égard de
d’investissement agricole (PNIA) dès la fin 2011. problèmes susceptibles d’être réglés plus effi-
cacement à l’ échelle régionale que nationale.
Du côté négatif, de nombreux gouvernements
ont réagi de façon ponctuelle et non coordonnée 》》 L’ECOWAP constitue aussi une étape im-
à la flambée des prix alimentaires et certaines me- portante dans l’harmonisation des actions de
sures adoptées ne cadraient pas avec les objectifs à diverses organisations intergouvernementales
plus long terme d’avancement de l’intégration ré- de la région caractérisées par une prolifération
gionale et de résolution des problèmes structurels de politiques et de programmes faisant double
sur la durée. Plusieurs pays visaient l’autosuffisance emploi.

21
Synthèse / VI. Evolution des politiques Agricoles nationales et régionales

》》 Dans de nombreux cas, les activités PDDAA/ commercialisation (particulièrement le développe-


CEDEAO réunissaient des groupes de par- ment de meilleurs systèmes de vente en gros) et la
ties prenantes plus vastes que ceux qui avaient transformation, la sécurité sanitaire des aliments,
participé auparavant à la formulation des poli- la recherche, la vulgarisation et le développement
tiques et programmes agricoles. du capital humain, tous devenant de plus en plus
décisifs pour la transformation structurelle réussie
》》 En réunissant fréquemment les équipes natio- du système alimentaire, sont relativement peu mis
nales du PDDAA dans des ateliers conjoints à en avant. De nombreux PNIA mettent l’accent sur
l’occasion de l’ élaboration des PNIA, la Com- le besoin de développement des capacités, et tout
mission de la CEDEAO a contribué à créer particulièrement sur les organisations d’agricul-
une communauté de pratiques dans les pays teurs et les interprofessions, mais consacrent moins
qui ont partagé cette expérience et fait un ap- de ressources aux besoins de renforcement des
prentissage mutuel. Cela a permis d’améliorer capacités d’autres parties prenantes des systèmes
la conception de chaque PNIA et de jeter les agroalimentaires tels que les PME agroalimentaire
bases d’un constant apprentissage mutuel lors et les petits commerces. La même chose s’applique,
de la mise en œuvre des programmes nationaux à quelques exceptions près, aux institutions gouver-
et régionaux. nementales chargées de la coordination, de la mise
en œuvre et du suivi de programme. Il y a aussi
Le processus du PDDAA a aussi été confronté à relativement peu d’articulation explicite, à l’ échelle
des contraintes et à des difficultés majeures. nationale comme régionale, entre les programmes
d’investissement agricole et les programmes d’in-
De nombreux PNIA ont été construits autour de vestissement industriel, qui donnent généralement
programmes de production alimentaire d’urgence. un place importante à l’agro-industrie, ou encore
Les PNIA sont hétérogènes vu les priorités re- avec les programmes d’amélioration de l’ électri-
latives données aux divers sous-secteurs, activités fication rurale. Tandis que la plupart des PNIA
et segments de chaînes de valeur. En général, ils reconnaissent aussi que procurer un régime foncier
concernent principalement les produits pour les- et des droits à l’usage de l’eau plus fiables stimule
quels la demande progresse rapidement, même si la croissance durable et équitable de l’Agriculture,
le bétail reçoit comparativement des ressources dans la plupart des cas les liens entre programmes
moins importantes. Toutefois, le choix du moment d’investissement et initiatives de renforcement du
où ils ont été conçus, juste après la flambée des prix régime foncier et des droits à l’usage de l’eau ne
alimentaires, se manifeste dans leur structure et sont pas clairement expliqués.
dans l’importance relative des différents volets de
programme. Dans plusieurs cas, les PNIA ont donc La plupart des PNIA fixent des objectifs de pro-
dû être élaborés autour de programmes d’urgence duction extrêmement ambitieux. Bien que les taux
lancés en réponse à la flambée des prix alimentaires de croissance agricole aient clairement progressé
qui a absorbé d’importantes ressources financières, ces dernières années, les cibles de taux de crois-
institutionnelles et humaines, devenues par consé- sance moyens du PDDAA se démarquent très
quent indisponibles pour des investissements et des fortement des modèles historiques. Fixer des cibles
réformes politiques à plus long terme. ambitieuses peut faire partie d’une stratégie de
mobilisation d’efforts supplémentaires en vue de
Les PNIA concernent surtout la production au ni- stimuler la production mais procéder ainsi est
veau de l’ exploitation. Bien que la plupart des PNIA risqué et peut créer des attentes irréalistes parmi
mentionnent qu’il faut développer la chaîne de les gouvernements africains, les donateurs et le
valeur entière, la plupart d’entre eux consacrent la grand public. Lorsqu’elles ne sont pas satisfaites,
grande majorité de leur financement aux activités les attentes peuvent à leur tour faire douter d’un
au niveau de l’exploitation, surtout au travers de programme de développement mû par l’agricultu-
subventions d’intrants et du développement de re, et engendrer encore une autre série de mesures
l’irrigation. Les investissements engagés dans la contraires. Qui plus est, la détermination de ces

22
Synthèse / VI. Evolution des politiques Agricoles nationales et régionales

cibles de production extrêmement ambitieuses a budget à l’agriculture avant le PDDAA qu’après ce


eu d’importantes répercussions sur la structure dernier. Donc, l’attention théorique portée à l’Agri-
des dépenses agricoles publiques, donnant la pré- culture après 2000, période du PDDAA comprise,
férence à des mesures de stimulation rapide de la ne s’est traduite par une progression de la part
production aux dépends d’investissements à plus relative de budget allouée à l’agriculture que dans
long terme portant sur des problèmes structurels. une minorité de pays de la CEDEAO.

Les grands déficits de financement du PDDAA Améliorer la qualité des dépenses est primordial.
posent la question de savoir à qui est le maître Souvent, la répartition réelle des dépenses dans
d’ouvrage de ces programmes. Bien que le PD- les sous-programmes et par objectif est bien diffé-
DAA soit présenté comme une initiative dirigée rente des affectations de fonds réservés aux budgets
par les Africains et aux mains des Africains, les sectoriels et aux PNIA. Malheureusement, pour
plans d’investissement proposés pour l’Afrique de évaluer les dépenses réelles, seuls quelques pays
l’Ouest accusent tous de grands déficits de finan- disposent d’études des dépenses publiques dans
cement que les pays et la CEDEAO demandent l’agriculture. Par exemple, tandis que le Burkina
aux donateurs extérieurs de combler. Il faut alors Faso et le Mali ont généralement dépassé la cible
se demander si les programmes proposés ont une de 10 % du budget pendant toute la durée des
chance d’être mis en œuvre à l’ échelle où ils ont années 2000, ils n’ont alloué au maximum que 5 %
été planifiés et si cela est réaliste. Même financé, de la totalité de leurs dépenses publiques agricoles
lorsque de 60 à 90 % d’un programme est financé à la recherche agricole et moins de 2 % à la vulga-
par des non-Africains, il est raisonnable de se de- risation en 2009. Les versements aux producteurs
mander qui est le véritablement maître d’ouvrage (essentiellement des subventions en capitaux et
de ce programme. Le ROPPA s’est plaint que le subventions des intrants saisonniers) ont absorbé la
programme du PDDAA était de plus en plus sous plus grosse partie des postes budgétaires agricoles
l’emprise des étrangers, mais c’est peut-être là une (33 % au Mali et 27 % au Burkina Faso). Bien que
conséquence inévitable de propositions de pro- les investissements en capitaux au niveau des ex-
grammes trop ambitieux dépendant fortement de ploitations contribuent assurément à la croissance,
financements extérieurs. on peut se demander si l’affectation relative de
ressources et de subventions aux agriculteurs plutôt
La mise en œuvre des politiques et des programmes qu’à la recherche et à la vulgarisation est susceptible
reste le principal enjeu. En fin de compte, les poli- de mener aux taux de croissance agricole durables
tiques Agricoles ne sont efficaces que lorsqu’elles à long terme et à la transformation structurelle du
peuvent être mises en œuvre et l’Afrique de l’Ouest système agroalimentaire préconisés par les PNIA.
éprouve d’énormes difficultés à renforcer les capa-
cités et les incitations des personnes et des institu- L’importance de la coordination des politiques in-
tions chargées de mettre ces politiques en œuvre. tra-sectorielles et intersectorielles est reconnue mais la
Les données disponibles sur le niveau des dépenses mise en œuvre reste difficile. Le Plan régional d’in-
agricoles laissent à penser que seule une minorité vestissement agricole (PRIA) et certains PNIA re-
de pays atteint la cible de 10 % du budget figurant connaissent que le développement Agricole trans-
dans la Déclaration de Maputo. En outre, pour de cende le domaine des ministères de l’agriculture et
nombreux pays, il n’y a pas de preuve concrète que exige donc une coordination des politiques et des
la part du budget consacrée à l’agriculture aug- investissements entre les secteurs. Les mécanismes
mente progressivement avec le temps. Pour ce qui de coordination auxquels participent divers organes
est des 12 pays de la CEDEAO pour lesquels des gouvernementaux et acteurs non gouvernemen-
données de la période de 2003 à 2009 sont dispo- taux font en général partie de la structure de mise
nibles, la part du budget consacrée à l’agriculture a en œuvre des plans. Dans la pratique, l’efficacité
augmenté dans cinq pays et chuté dans sept pen- de ces mécanismes reste à prouver. Parallèlement,
dant cette période. De plus, certains pays du Sahel outre le PDDAA, la crise des prix des denrées
consacraient des parts bien plus élevées de leur alimentaires a entrainé la prolifération d’initiatives

23
Synthèse / VII. Evolution des politiques commerciales

supplémentaires visant des domaines considérés culteurs, des entreprises agroalimentaires et des
comme sous-estimés ou manquant dans les accords consommateurs. En fin de compte, la 5e bande
du PDDAA et les PNIA, comme la nutrition, le couvre 2 % de la totalité des lignes tarifaires et
secteur agroalimentaire et la résilience. L’impulsion se concentre fortement sur les viandes (volaille
qui sous-tend la plupart de ces initiatives provient comprise), quelques produits horticoles frais et
de parties prenantes extérieures ayant leurs propres transformés, les produits transformés de cacao,
objectifs, leurs partisans et leurs sources de finan- les principales huiles végétales et produits dérivés
cement. Bien qu’elles soient en principe alignées (surtout les savons) et les tissus. A l’instar de la
sur le PDDAA, en pratique la coordination et plupart des barèmes de tarifs, le TEC offre géné-
l’alignement s’avèrent difficiles, vu les ressources ralement une plus grande protection aux produits
humaines et institutionnelles et la capacité de mise semi-transformés et transformés qu’aux matières
en œuvre limitées. premières, à l’ exception de quelques produits sen-
sibles comme les viandes.

VII. Evolution des politiques commerciales L’impact d’un Accord de partenariat économique
(APE) avec l’Union européenne est incertain. En
L’UEMOA et la CEDEAO ont déployé d’importants 2014, après 12 ans de négociations, la CEDEAO
efforts de promotion d’une plus grande intégration et l’Union Européenne ont signé un APE cou-
régionale de l’Agriculture. Le programme d’intégra- vrant toute l’Afrique de l’Ouest. L’accord ouvrira,
tion de la CEDEAO privilégie la création d’une sur une période de 20 années, 75 % du marché de
union douanière, ce qui implique (1) la création l’Afrique de l’Ouest à l’importation en franchise
d’une zone de libre-échange au sein de la Commu- de droits des biens et services d’origine euro-
nauté (via le Schéma de libéralisation des échanges péenne. En contrepartie, il permet immédiate-
de la CEDEAO, ou SLEC) et (2) une interface ment à 100 % l’accès en franchise de droits des
commerciale commune avec le reste du monde à biens et services ouest africains aux marchés de
travers un tarif extérieur commun (TEC) et les l’UE s’ils répondent aux normes de qualité de
mesures de sauvegarde qui l’accompagnent. La l’Union. L’impact de cet accord sur l’agriculture
CEDEAO envisage aussi de devenir une union ouest-africaine dépendra, entre autres : (a) de
économique à part entière dotée d’une monnaie la façon dont les produits ouest-africains seront
ouest-africaine commune d’ici à 2020. en mesure de répondre aux normes de qualité
de l’UE ; (b) dans quelle mesure les produits
L’adoption du tarif agricole commun de la CE- agricoles de l’UE bénéficiant de subventions à la
DEAO est une avancée importante. L’adoption du production obtiendront un accès en franchise de
TEC en 2013 est une réussite importante même droits au marché ouest africain ; et (c) de la struc-
s’il ne doit pas entrer en vigueur avant 2015. Le ture des coûts de agroindustriels ouest africains
TEC de la CEDEAO représente une expansion par rapport à leurs homologues de l’UE.
du TEC de l’UEMOA devant inclure une cin-
quième bande tarifaire (à 35 %), comparée au Les mesures approuvées par l’ état, la recherche de
tarif douanier plafonné à 20 % dans la structure rentes et les contraintes structurelles entravent encore
de l’UEMOA. Parvenir à un accord sur le TEC la concrétisation de l’intégration régionale. Malgré
a été long et litigieux car certains Etats membres des avancées importantes sur la voie d’une meil-
comme le Nigeria voulaient que la 5è bande soit leure intégration régionale depuis 1975, la mise en
à un taux plus élevé (50 %) et inclue un plus œuvre réelle des politiques commerciales agricoles
grand nombre de produits (comme le riz). Les régionales reste encore un grand défi. A ce jour, les
taux tarifaires du riz, du sucre et de l’huile de avancées sur le SLEC sont lentes et incomplètes
palme ont fait l’objet de débats particulièrement et le TEC a été adopté en octobre 2013 seulement,
intenses, reflet des points de vue divergents parmi 17 ans après que les Etats membres ont décidé
les Etats membres et les autres parties prenantes de l’instaurer. Parmi les contraintes de mise en
quant au moyen de concilier les intérêts des agri- œuvre du SLEC, citons des mesures approuvées par

24
Synthèse / VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes

quelques gouvernements (par exemple, interdictions commerciales de la CEDEAO. Comme avec d’autres
á l’exportation ou à l’importation), la recherche de mesures, l’efficacité des politiques commerciales
rente (par exemple, barrages sur les routes) et les régionales dépend de leur bonne mise en œuvre.
caractéristiques structurelles de l’ économie telles Le bilan inégal de l’application des dispositions et
que les règlementations du transport routier qui protocoles clés de la Communauté fait douter de
freinent la concurrence. la capacité de mise en œuvre mais aussi du degré
d’engagement politique des divers Etats membres
Le manque d’harmonisation des normes et stan- envers ces accords régionaux. Dans la pratique, de tels
dards, les mesures concernant la TVA et les taux de accords régionaux ont été appliqués dans la mesure
change limitent également le commerce régional. Les où ils étaient alignés sur les priorités nationales et
avancées quant à l’harmonisation dans ces domaines les impératifs politiques à court terme. Notamment
(étapes importantes pour la création d’un marché depuis 2008, les réponses des pays à la crise des prix
régional bien organisé) sont lentes, particulière- alimentaires ne sont pas coordonnées et sont surtout
ment entre les pays de l’UEMOA et ceux hors de mues par des objectifs nationaux à court terme.
l’UEMOA. Le cheminement envisagé vers une
union monétaire de la CEDEAO a été bloqué par
le manque de progrès des pays hors de l’UEMOA VIII. L’avenir : de grands principes
qui ne sont pas parvenus au moindre alignement directeurs pour des politiques Agricoles plus
des taux de change. La persistance dans la région de performantes
multiples taux de change fluctuant de façon indé-
pendante complique la mise en œuvre de quelques Six principes doivent guider la conception des
mesures de protection planifiées. Toutefois, une politiques agricoles de la région :
monnaie unique ouest-africaine ne serait sans doute
pas liée à l’euro, et un tel découplage des pays de 1. La diversité des systèmes agroalimentaires
l’UEMOA exigerait un ajustement macroécono- ouest-africains exige un ensemble de me-
mique substantiel de leur part. sures différenciées. Une approche politique
passe-partout échouera probablement. Uni-
Mettre en œuvre les mesures de protection pro- formiser les règles du jeu entre tous les acteurs
posées par la CEDEAO ne sera pas tâche aisée. Le dans le système agroalimentaire et un soutien
TEC doit s’accompagner de mesures de sauve- particulier aux femmes et aux jeunes sont des
garde contre la volatilité des prix et les afflux priorités transversales pour les politiques. En
massifs d’importations. Toutes ces mesures sont même temps, il est important de ne pas rejeter
assorties de mécanismes de déclenchement au- à priori les possibilités de renforcer des liens
tomatiques fondés sur des mesures objectives ; avec des acteurs plus grands ayant un potentiel
elles sont destinées à éviter la nature ponctuelle de transformation du système agroalimentaire.
et imprévisible des nombreuses mesures de poli-
tique commerciale adoptées par le passé par les 2. Les interventions des systèmes agroalimen-
pays d’Afrique de l’Ouest. Mais ces mécanismes taires doivent se fonder sur une conscience
sont complexes et une telle complexité met en aiguë de l’ évolution rapide de la demande
danger l’application de ce programme. Qui plus des consommateurs afin d’identifier les op-
est, la TEC devrait s’appliquer à la région mais portunités d’investissement pour les différents
les mesures de protection seront déclenchées par intervenants du système alimentaire et de gui-
les conditions spécifiques à chaque pays, ce qui der les priorités pour soutenir les politiques et
pourrait entraîner des niveaux de protection dif- investissements publics.
férents parmi les Etats membres et inciterait donc
à la contrebande. 3. Les gains de productivité dans l’ensemble du
système agroalimentaire sont le seul moyen
Harmoniser les incitations parmi les Etats membres durable de satisfaire simultanément les besoins
sera décisif pour la mise en œuvre réelle des mesures des consommateurs et des producteurs. Plutôt

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Synthèse / VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes

qu’une simple réplication d’une « révolution conséquence. En général, soutenir les entrepreneurs
verte », il est nécessaire de favoriser une combi- micro, petits et moyens le long de la chaîne de valeur
naison de l’intensification durable, l’agriculture pour égaliser les chances devrait être la principale
intelligente face au climat et le développement priorité politique, mais il ne faut pas ignorer le po-
des chaînes de valeur inclusives. tentiel de relations positives et de retombées venant
des grosses entreprises. Un soutien particulier aux
4. Renforcer la création de valeur ajoutée sous ses femmes et aux jeunes est une priorité transversale.
diverses formes est indispensable pour conqué-
rir des marchés plus lucratifs et relever les Dans le cas du secteur agroalimentaire, une ap-
revenus dans le système agroalimentaire. Cela proche politique différenciée devrait partir des
nécessite un environnement propice à l’inves- considérations suivantes :
tissement, l’amélioration des marchés et les
infrastructures de transport, et le renforcement 》》 Bien qu’elles puissent fortement contribuer à
des organisations des parties prenantes, allant la création de valeur ajoutée et d’emplois, les
des agriculteurs jusqu’aux consommateurs. petites et moyennes entreprises agroalimen-
taires du secteur formel ont de plus grosses
5. L’Agriculture ouest-africaine ne peut être com- difficultés que leurs homologues de plus grande
pétitive sur le marché mondial dans toute une taille à accéder aux réseaux de financement,
gamme de produits que si l’intégration régio- technologie, commercialisation et distribution,
nale est plus avancée. aux compétences techniques et de gestion, et à
garder une main d’œuvre qualifiée. Les PME
6. Les gains de productivité agricole doivent être sont aussi plus vulnérables à un mauvais climat
complétés par des mesures de renforcement de des affaires et éprouvent plus de difficultés à
la résilience vu l’environnement à haut risque constamment améliorer la qualité, la sécurité
de l’Afrique de l’Ouest. sanitaire et la présentation des produits pour
gagner la confiance des consommateurs, no-
1) Elaboration de mesures différenciés tamment dans les segments de marché des
pour un secteur diversifié revenus moyens et supérieurs. D’autre part,
vu leurs obligations fiscales et diverses obli-
À presque tous les niveaux, le système agroalimen- gations liées à leur appartenance au secteur
taire ouest-africaine présente une grande diversité. formel, elles ont des coûts plus élevés que leurs
Pour ce qui est des consommateurs, les trois quarts concurrents du secteur informel. Les politiques
de la population gagne moins de 2 $EU par jour et et programmes destinés à ce segment devraient
se soucie principalement d’avoir un meilleur accès se concentrer sur le développement des com-
à des calories et à des protéines bon marché, tandis pétences commerciales et techniques, renforcer
que le quart restant de la population représente la sécurité sanitaire et l’hygiène, améliorer la
une classe moyenne en expansion qui améliore et qualité des produits et de la commercialisation
diversifie la qualité de son régime alimentaire. et faciliter l’accès au financement, à l’ électricité
et aux matières premières.
Une diversification du même ordre existe dans
l’agroalimentaire et, dans une moindre mesure, chez 》》 Bien que seule une minorité d’entreprises du
les détaillants, avec un mélange d’unités d’exploita- secteur artisanal soit capable de se moderniser
tion de grande et petite dimension, souvent avec un et de faire la transition vers des entreprises
petit nombre d’entreprises de taille moyenne dans formelles, il est possible d’améliorer la produc-
le secteur formel. Même les exploitations agricoles tivité ainsi que la qualité et la sécurité sanitaire
se diversifient de plus en plus. Les politiques et les des produits. Elles représentent un ensemble
investissements doivent réagir et tenir compte de de microentreprises dont certaines pourraient
la diversité de chaque segment du système agroali- se moderniser et cibler des segments de marché
mentaire, et les interventions doivent s’adapter en de plus grande valeur, notamment les mar-

26
Synthèse / VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes

chés d’exportation de produits du commerce des organisations d’agriculteurs, l’innovation ins-


équitable. Les appuis à ce segment devraient titutionnelle dans la prestation de services sont
comporter des mesures semblables à celles du tous nécessaires pour compenser dans une cer-
segment des PME mais être adapté aux condi- taine mesure cette absence d’économies d’échelle
tions particulières et aux capacités des petites et devraient constituer une orientation politique
entreprises informelles. Parmi ces entreprises, majeure.
celles qui sont plus orientées sur la croissance
ont aussi besoin d’assistance pour faire la tran- Bien que l’ évolution des structures agricoles ne
sition vers le secteur formel. soit pas le principal objet de l’ étude AGWA, de
nombreuses autres études ont montré que même
》》 Les grosses entreprises agroalimentaires contri- parmi les petits agriculteurs qui dominent l’agri-
buent à la transformation du système alimen- culture ouest-africaine, la diversité est extraor-
taire car elles introduisent des compétences, dinaire, et un tiers d’entre eux produit le gros
des technologies et des produits nouveaux, de l’ excédent commercialisé. Un second tiers est
ouvrent de nouveaux segments de marché de constitué de ménages acheteurs nets de denrées
consommateurs et créent éventuellement de qui, en général, ne disposent pas des ressources
nouveaux débouchés sur le marché pour les suffisantes pour sortir de la pauvreté grâce à l’agri-
agriculteurs locaux et les entreprises primaires culture, tandis que le dernier tiers pourrait aller
de l’agroalimentaire. Ces avantages directs et dans un sens ou dans l’autre, tout dépend de son
indirects des investissements des grosses entre- accès aux marchés, aux services de soutien et de
prises agroalimentaires devraient être exploités, la politique agricole ambiante. Au-dessus de cette
par exemple en soutenant la modernisation de strate de petits agriculteurs, on trouve un groupe
la vente en gros et sous-traiter pour s’attaquer restreint, mais susceptible de s’agrandir, d’exploi-
aux problèmes d’agrégation des matières pre- tations agricoles de plus grande envergure souvent
mières qui sont le fléau des grosses entreprises liées aux entreprises agroalimentaires.
agroalimentaire et des détaillants modernes.
Permettre au plus grand nombre d’exploitations
À l’ échelle de la production primaire les petites familiales d’accroitre et de stabiliser leurs rende-
exploitations familiales ont une importance éco- ments et revenus devrait être une mesure priori-
nomique et sociale primordiale dans la région et taire vu les divers effets multiplicateurs de l’ essor
naturellement, elles sont le groupe ciblé en pre- des petits exploitants. Parallèlement, puisque les
mier par les politiques agricoles. L’ efficacité des agriculteurs actuels ne seront pas tous capables
exploitations familiales et leur aptitude à réagir ou désireux de sortir de la pauvreté en pratiquant
à la demande du marché et à adopter de nou- cette activité, il est possible d’envisager des me-
velles techniques sont amplement documentées sures offrant différentes voies menant à la prospé-
dans la région et ailleurs. Bien que pour la plu- rité pour les trois sous-groupes décrits plus haut :
part des cultures il n’y ait pas clairement d’éco-
nomie d’échelle dans la production, les petites 》》 Une voie commerciale pour les petits exploitants,
exploitations sont fortement désavantagées par construite sur des entreprises agricoles fami-
leur taille pour ce qui est de leur accès au marché, liales compétitives et orientées sur le marché
aux intrants et aux services de soutien en raison et les chaînes de valeur associées. Cette voie,
des coûts de transactions élevés. En outre, l’agri- ouverte principalement aux petits agricul-
culture commerciale est de plus en plus mue par la teurs mieux lotis, situés dans des zones à fort
connaissance, à l’instar des techniques d’intensifi- potentiel et bénéficiant d’un bon accès au
cation plus durables pour l’ environnement, tandis marché, privilégie l’amélioration de l’activité
que la majorité des micro-agriculteurs ont des commerciale agricole grâce à une hausse de
niveaux peu élevés d’alphabétisation fonctionnelle productivité totale des facteurs en agricul-
et de connaissances techniques. Le renforcement ture, un meilleur accès aux marchés de pro-
des capacités, l’action collective, le renforcement duits de plus grande valeur et aux marchés de

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Synthèse / VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes

facteurs et une meilleure gestion des ressources Aucune de ces solutions ne peut être adoptée in-
naturelles. Les petits exploitants pratiquant dépendamment des autres. À titre d’exemple, les
l’agriculture commerciale sont aussi plus sus- actions déterminantes de la voie de transition ren-
ceptibles de conclure avec succès des accords forcée, tel que le fait d’investir dans l’ éducation et
de sous-traitance avec des entreprises agroali- d’apporter des améliorations au marché du travail,
mentaires et des commerces de détail. dépendent de l’obtention et du réinvestissement
d’une partie des excédents agricoles générés par le
》》 Une voie de transition renforcée, qui se concentre biais d’une voie commerciale au petit exploitant.
sur (1) la stabilisation de la production des mé- Une agriculture commerciale productive et crois-
nages agricoles plus marginaux réservée à leur sante s’avère indispensable au développement de
propre consommation via des technologies de l’assiette fiscale des administrations locales, à qui
stabilisation de rendement, une meilleure pro- l’on demande de plus en plus de prendre en charge
ductivité (particulièrement de leur petit bétail), l’ éducation et les services de santé qui permettront
la diversification pour renforcer la disponibilité à la génération suivante de sortir de l’agriculture
d’aliments nutritifs et une meilleure gestion des de pauvreté.
ressources naturelles ; (2) assistance aux plus
aisés d’entre eux pour accroitre les excédents 2) Au sein de chaînes de valeur de plus en plus
commercialisables et faire la transition vers une influencées par les acheteurs, les interventions
production plus commerciale et (3) accès plus dans le système alimentaire devraient
facile aux marchés du travail et aux opportu- partir du consommateur
nités non agricoles pour ceux qui ont besoin
de compléter leurs revenus agricoles et, avec le Mieux comprendre les forces motrices de la demande
temps, de faire la transition en vue d’abandon- des consommateurs est indispensable si l’on veut que
ner l’agriculture. Cette solution privilégie aussi le système alimentaire réagisse et soit compétitif face
un plus grand accès à l’ éducation (qui facilite aux importations. Les consommateurs sont les
la transition de la génération suivante hors de ultimes agents de financement du système agroa-
l’activité agricole) et des filets de sécurité proté- limentaire ; ainsi, mieux comprendre leurs préfé-
geant contre les pertes de biens dus à des chocs rences et ce qui motive leurs décisions d’achats est
comme la sécheresse, la maladie ou le décès primordial pour les parties prenantes du système
d’un membre de la famille. Pour les ménages agroalimentaire, des détaillants aux agriculteurs
sans terres, l’accent est mis sur l’accès au marché en passant par les entreprises agroalimentaires.
du travail, migration comprise. Comme nous l’avons préalablement souligné, la
demande alimentaire évolue, des denrées en vrac
》》 Une voie des avantages indirects largement parta- non différenciés aux produits dotés d’attributs
gés, qui touche tous les groupes mais est surtout spécifiques. Tout producteur capable de com-
importante pour les agriculteurs marginaux, mercialiser un produit doté d’un certain nombre
les sans-terres et les consommateurs urbains. d’attributs répondant à l’ évolution des besoins
Cette solution exploite les opportunités ayant changeants des consommateurs (niveau de re-
pour origine : (1) l’ emploi induit par la de- venu, temps disponible, meilleure connaissance
mande, stimulé par la croissance dans le sec- de la santé et de la nutrition, etc.) disposera d’un
teur des petites exploitations et la baisse des avantage compétitif. Ce fait est d’une grande im-
prix alimentaires qui augmentent les revenus portance car les denrées importées et les produits
réels et créent des emplois dans les secteurs des multinationales présentes dans la région sont
non-agricoles et (2) la demande grandissante en train de servir de référence pour ce qui est
d’aliments transformés et plus pratiques par la des prix, de la régularité de l’offre et des divers
population urbaine qui s’accroit et d’exporta- attributs de qualité des produits.
tions à valeur ajoutée qui améliorent les pos-
sibilités d’emploi dans les segments non-agri- Ce besoin d’être à l’ écoute des exigences des
coles du système agroalimentaire. consommateurs s’applique particulièrement aux

28
Synthèse / VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes

segments de marché des revenus supérieurs plus aliments moins chers pour les consommateurs.
dynamiques et où les consommateurs sont plus Une utilisation plus productive de la terre, de l’eau
conscients de la qualité, mais ceci est également et autres ressources naturelles réduit également les
vrai des segments de marché des revenus inférieurs pressions exercées sur l’environnement par l’expan-
pour des attributs tels que la commodité. Pour sion de la production dans des zones fragiles. Les
preuve, nous constatons la forte hausse de consom- gains de productivité de la main d’œuvre accrois-
mation du riz et des produits à base de blé, quel que sent les revenus des travailleurs, ce qui rend l’agri-
soit le segment de revenu, en zone urbaine comme culture plus attirante pour les jeunes et contribue
rurale, mais aussi la pénétration sur les marchés à éviter la pénurie de main d’œuvre dans les étapes
des revenus inférieurs de produits alimentaires cruciales du cycle de culture. L’efficacité accrue du
secs et transformés dans des emballages de petite marché et la coordination des chaînes de valeur
dimension que même les consommateurs pauvres font baisser les coûts de commercialisation, ce qui
ont les moyens d’acheter. est bénéfique pour les agriculteurs aussi bien que
pour les consommateurs.
Les données fiables sur les tendances de la
consommation alimentaire sont très restreintes Les gains de productivité demandent un ensemble
et ne concernent généralement que les denrées de nouvelles technologies, d’intrants et de services
de base en vrac. Réaliser des études de marché de soutien et l’amélioration de l’accès à ceux-ci par
coûte cher et les PME agricoles et du secteur les femmes ainsi que les hommes ; de meilleures
agroalimentaire n’en ont généralement pas les infrastructures et un accès élargi au marché ; des
moyens. Une fonction utile de soutien du sec- systèmes de commercialisation plus compétitifs et
teur public consisterait à mettre à la disposition des innovations institutionnelles qui réduisent les
des parties prenantes du système agroalimentaire risques et les coûts de transaction de la spécialisation
une meilleure information et une analyse des et du commerce.
tendances de consommation alimentaire et de
commercialisation. Cela éclairerait la conception À l’ échelle des exploitations agricoles, l’intensifica-
des stratégies des sous-secteurs et des chaînes de tion durable devrait être la principale voie menant à
valeur et aiderait les agriculteurs et les entreprises une productivité accrue. S’attaquer aux problèmes de
agroalimentaires dans leurs décisions d’investisse- la dégradation des ressources agricoles et du recul
ment. De plus, le secteur public pourrait aider des de productivité des terres en Afrique de l’Ouest
associations de petits exploitants ou des PME du demande une approche plus sophistiquée que celle
secteur agroalimentaire, les conseils des chaînes qui consisterait simplement à s’efforcer de repro-
de valeur et les organes interprofessionnels à ré- duire le modèle de la Révolution verte en Asie,
aliser des études de marché, tester des produits et fondée sur les semences améliorées, l’expansion
élaborer des stratégies de marque sur la base d’un de l’irrigation et l’utilisation fortement accrue des
partage des coûts. engrais minéraux. Il faudra adapter des solutions
aux systèmes agricoles locaux, mettre l’accent non
3) Accroitre la productivité et l’ efficacité sur l’utilisation accrue des engrais minéraux mais
du marché est primordial plutôt sur la santé des sols, accorder une plus grande
priorité à la gestion des sols et de l’eau qu’à l’ex-
Saisir les opportunités offertes par le marché et faire pansion seule de l’irrigation. Il faudra développer
face à une plus grande concurrence exigent des gains des variétés améliorées et adaptées aux conditions
de productivité dans l’ ensemble du système agroali- locales par diverses techniques de sélection et enfin,
mentaire, un marché plus efficace et la coordination des méthodes intégrées de lutte contre les ravageurs.
des chaînes de valeur. Renforcer la productivité pour Ces méthodes exigent une gestion et des connais-
faire baisser les coûts unitaires dans tout le système sances plus intensives que les techniques agricoles
agroalimentaire est le seul moyen économiquement classiques, ce qui implique la nécessité de leur intro-
viable de relever les revenus des producteurs et duction progressive, conjuguée à un investissement
renforcer la compétitivité tout en favorisant des substantiel dans le renforcement de compétences

29
Synthèse / VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes

des agriculteurs, négociants en intrants, personnel fonction des ressources existantes, de la capaci-
de vulgarisation et personnel de recherche. té de production et autres facteurs spécifiques au
lieu, face aux débouchés commerciaux identifiés
Dans les maillons en aval de la chaîne de valeur, et aux conditions d’accès au marché. Exemples de
accroitre la productivité des activités post-récoltes, possibilités :
de transformation et de commercialisation exige
(1) des investissements dans des infrastructures et 》》 Expansion de la production et de la com-
des équipements (transport, stockage, électricité mercialisation de catégories d’aliments de
et communications), (2) des réformes des règles plus grande valeur, avec la perspective d’une
qui freinent la concurrence (exemple, le secteur forte demande sur les marchés nationaux,
des transports routiers), et (3) des systèmes de comme les produits animaux, les fruits et les
commercialisation et des chaînes de valeur mieux légumes, les graisses et les huiles. Sur les mar-
gérés et plus efficaces. Ces mesures nécessaires per- chés d’exportation, la demande de produits
mettront aux producteurs ouest-africains de mieux comme les noix de cajou, la poudre de cacao
répondre aux exigences croissantes de qualité, de et le beurre de karité augmente rapidement
compétitivité des coûts et de régularité de l’offre, lorsqu’ils répondent aux normes de qualité,
et d’éviter d’être évincés de marchés en expansion, traçabilité et respect des bonnes pratiques
notamment des segments les plus lucratifs. environnementales et de travail.

En amont, un cadre juridique, réglementaire et 》》 Rendre les produits offerts aux consomma-
politique favorable est essentiel au développement teurs plus pratiques, en termes de temps,
des chaînes de valeur d’intrants dans le secteur privé. d’espace et d’utilité de forme – par exemple,
Un tel environnement favorable devrait encourager produits tels que les nouilles instantanées ou
l’innovation et la réduction des coûts via la concur- le gari pouvant être préparés par ceux qui
rence et les économies d’échelle dans les achats et la n’ont pas accès aux installations requises pour
distribution (par exemple, par la création de marchés cuisiner. L’aspect pratique peut se décliner de
régionaux d’intrants efficaces), tout en assurant la façons diverses, comme placer les produits
qualité et la protection des consommateurs. dans des lieux plus commodes (par exemple
le long des trajets maison-travail), avec toute
Partout, le développement des capacités par l’ une gamme de portions diverses et des ins-
éducation, la formation professionnelle, la recherche tructions claires de préparation, et sous forme
et le renforcement institutionnel est essentiel. d’aliments prêts à consommer.

4) Renforcer la création de valeur ajoutée pour 》》 Développer des produits plus différenciés dans
saisir de plus grosses parts de marché une catégorie d’aliments donnée – par exemple,
un ensemble de riz et de viandes de qualités
L’analyse des données relatives à la production et plus différenciées et une plus grande sélection
aux échanges montre que les producteurs natio- de fruits et de légumes, des jus de fruits conte-
naux perdent des parts de marché sur les marchés nant des proportions diverses de fruit naturel
des produits alimentaires de plus grande valeur et (sur le marché d’exportation) des dérivés
et à valeur ajoutée, marchés qui connaissent une du cacao produits et commercialisés avec des
expansion rapide. En conséquence, les occasions attributs plus variés que la seule poudre de
de mieux pénétrer ces segments de marchés en ex- cacao en vrac (biologique, commerce équitable,
pansion devraient être recherchées plus activement. etc.). L’emballage, la préservation, la fraîcheur
et la durée de conservation sont des moyens
La création de valeur ajoutée peut prendre des supplémentaires de valoriser le produit en dif-
formes diverses, notamment la transformation, le férenciant les qualités.
tri, le classement, le nettoyage, le stockage, l’em-
ballage et la présentation. La stratégie adaptée est

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Synthèse / VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes

Toutefois, avant d’investir dans une quelconque alimentaire qui, en Asie, a joué un rôle essentiel
stratégie de création de valeur ajoutée, il faut ab- en mettant en contact les petits producteurs
solument s’assurer que cela répond à une demande avec les entreprises agroalimentaires et les dé-
réelle sur le marché et que les acheteurs sont prêts taillants via la différenciation de qualité et la
à payer un prix suffisamment élevé qui compensera transformation des volumes.
les coûts supplémentaires et générera un bénéfice.
Sinon, créer de la valeur ajoutée pour les consom- 5) Une intégration régionale efficace est
mateurs peut se traduire par une perte de revenu essentielle pour atteinte les nombreux gains de
pour les producteurs. productivité nécessaires

Le secteur public pourrait jouer un rôle impor- Pour être compétitive face aux grands acteurs mon-
tant en soutenant cette évolution vers une plus diaux tels que le Brésil, la Chine et l’Inde, l’Agriculture
grande création de valeur ajoutée tout en équi- en l’Afrique de l’Ouest doit réaliser certaines économies
librant les intérêts et des producteurs et ceux des d’échelle dont ces pays bénéficient. Pour y parvenir,
consommateurs. Il pourrait : l’Afrique de l’Ouest a besoin de normes et de stan-
dards d’intrants et de produits agricoles mieux har-
》》 Renforcer la sensibilisation sur la valeur nutri- monisées, de procédures communes d’approbation
tive, les incidences sur la santé et les problèmes et de mise sur le marché de variétés de semences
de sécurité sanitaire des divers produits frais et améliorées, de systèmes de recherche agricole et
préparés pour permettre aux consommateurs d’enseignement supérieur coordonnés à l’ échelle
de tous niveaux de revenus de prendre des dé- régionale, de réformes des règles qui freinent la
cisions d’achat plus éclairées. concurrence dans les services de transport de la
région et de lever les restrictions qui empêchent les
》》 Renforcer les systèmes nationaux de sécurité sa- entreprises agroalimentaires de s’approvisionner en
nitaire des aliments pour les rendre plus fiables produits agricoles au-delà de leurs frontières. De
et renforcer la confiance des consommateurs telles mesures sont aussi capitales pour une augmen-
dans ces systèmes ; ces derniers n’auraient plus tation des investissements privés, car vendre sur un
à se fier à des normes privées ou à des marques marché régional de plus de 300 millions de clients
internationales perçues comme garantes de ni- est infiniment plus attirant que d’essayer de monter
veaux de sécurité sanitaire plus élevés. des entreprises dans quinze pays différents qui, pour
la plupart ont une clientèle réduite.
》》 Appuyer les producteurs nationaux le long de
la chaîne de valeur pour qu’ils adoptent de Toutefois, l’avenir de l’intégration régionale dépend
meilleures normes d’hygiène et sanitaires en surtout du comportement des grands acteurs, notamment
organisant des campagnes de sensibilisation le Nigeria. En termes de production, d’exportations,
et de développement des capacités et en facili- d’importations et de demande solvable, le marché
tant l’accès aux technologies de transformation de l’Agriculture ouest-africaine est dominée par
améliorées. Améliorer la commercialisation des quatre grands acteurs – le Nigeria, le Ghana, la
produits frais, notamment les fruits et légumes, Côte d’Ivoire et le Sénégal. Ces pays représentent
la viande et le poisson à travers les infrastruc- deux tiers de la population, plus de 80 % du PIB,
tures du marché, les transports et les chaînes trois quarts des importations agricoles et plus de
de froid ; réduire ainsi la détérioration et les 80 % des exportations agricoles. Ces pays servent
pertes et augmenter la disponibilité, la sécurité aussi de grandes sources de demande pour leurs
sanitaire et la qualité de ces produits dans les voisins et sont bénéficiaires de grands flux de main-
zones urbaines et donc contribuer à un régime d’œuvre intra-régionale. Les décisions politiques de
alimentaire plus équilibré. ces quatre pays – et notamment le Nigeria – condi-
tionneront l’avenir de l’ECOWAP. Toutefois le
》》 Encourager le développement et la moderni- Nigeria, comme la plupart des pays de la région, a
sation du secteur des grossistes de l’industrie adopté dans le passé des politiques agricoles pour

31
Synthèse / VIII. L’avenir : de grands principes directeurs pour des politiques Agricoles plus performantes

la plupart indépendamment de ses voisins – par connaissances et de la gestion que les tech-
exemple, en imposant l’interdiction du commerce niques agricoles classiques, ce qui implique
de certains produits, même avec les pays voisins de de relever les compétences dans l’ensemble du
la CEDEAO. Sa participation à la conception de système agroalimentaire.
la CEDEAO a été réduite, ce qui est surprenant
vu l’importance du Nigeria sur le marché régional, 》》 Renforcer les systèmes de recherche agricole
et le Programme de transformation agricole du développant des variétés de plantes et des races
pays semble avoir été conçu sans grande référence animales plus résistantes à la sécheresse, au
à l’ECOWAP. De même, les décisions du Ghana ravageurs et aux maladies.
et de la Côte d’Ivoire de parapher des APE pro-
visoires avec l’Union européenne en 2007, bien 》》 Améliorer la gestion de l’eau et du sol, y com-
que nécessaires pour conserver leur accès préfé- pris mais non exclusivement, l’accès à l’irri-
rentiel au marché de l’UE en tant que non PMA, gation. Les initiatives d’irrigation devraient
compliquait l’achèvement d’un APE pour toute inclure des expérimentations avec une série
l’Afrique de l’Ouest. Un enjeu décisif pour l’avenir d’échelles et divers arrangements institution-
de la CEDEAO consistera à mettre l’accent sur les nels pour identifier les modèles les plus écono-
domaines de grand intérêt mutuel parmi, d’une miques. Dans les zones pluviales, le programme
part, les « quatre grands » – particulièrement le comprend des techniques améliorées de gestion
Nigeria – et d’autre part, les autres membres de la et de conservation de l’eau et de l’humidité du
Communauté. Sans ce genre d’alignement, la po- sol, notamment par une meilleure gestion du
litique régionale pourrait bien finir par être surtout sol. Un accès plus sûr à une source fiable d’eau
un outil aidant les plus petits pays à s’adapter aux réduit les risques de production, ce qui en retour
politiques élaborées de façon indépendante par le accroit la volonté des banques et d’autres orga-
Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. nismes d’octroyer des crédits aux agriculteurs,
ce qui renforce encore leur résilience.
6) La hausse de productivité agricole doit être
complétée par des mesures qui renforcent la 》》 Appuyer les mesures visant à atténuer et faire
résilience dans un environnement à haut risque face à la fluctuation des prix, telles qu’un meil-
leur stockage, l’expansion de l’intégration ré-
La volonté des acteurs d’adopter des innovations gionale et les systèmes de récépissés d’entrepôt.
améliorant la productivité dans l’ensemble du sys-
tème agroalimentaire dépend de leur aptitude à 》》 Renforcer la sécurité des droits à la terre et l’eau
gérer les risques dans un environnement sujet à pour réduire les risques de perte de moyens de
des chocs récurrents. En l’absence de meilleurs production, inciter les investissements visant
outils de gestion de ces risques, les investissements à l’amélioration de productivité et faciliter la
visant à améliorer la productivité ne se réaliseront mobilité de la main d’œuvre et donc la diversi-
pas ou seront dirigés vers les acteurs les plus aisés, fication des sources de revenus.
plus aptes à supporter les risques, avec pour résultat
une croissance qui bénéficiera principalement aux 》》 Introduire des assurances-cultures contre les
riches. Les principaux éléments du programme aléas météorologiques. Les coûts sont fortement
de résilience venant compléter un programme de réduits lorsqu’elles sont liées à des systèmes de
croissance de l’Agriculture sont les suivants : règlements et de surveillance du climat basés sur
les téléphones cellulaires. En Afrique de l’Est,
》》 Introduire ou intensifier les pratiques agricoles une telle assurance semble de plus en plus pro-
intelligentes qui optimisent l’utilisation effi- metteuse sur le plan de sa viabilité commerciale.
ciente des ressources mais aussi améliorent la
résilience aux aléas climatiques et réduisent 》》 Soutenir la diversification de revenu au travers
les émissions de gaz à effet de serre. Ces pra- d’activités agricoles et non-agricoles liées aux
tiques sont bien plus intensives sur le plan des demandes croissantes du marché.

32
Synthèse / IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces

IX. L’avenir : des éléments clés pour des rence et la capacité d’évoluer avec le temps au fur et
politiques plus efficaces à mesure que l’ économie et la société dans son
ensemble évoluent.
Atteindre une croissance agricole plus rapide, plus
diversifiée et plus durable en Afrique de l’Ouest Stabilité et prévisibilité politique
et mettre en place les mesures prioritaires dis- Pour inspirer la confiance des opérateurs de l’agroa-
cutés dans la section précédente repose sur trois limentaire de toutes tailles à faire d’importants in-
conditions : vestissements à long-terme, un ensemble de mesures
stables et prévisibles est essentiel. Un élément clé
》》 Une meilleur cadre politique qui incite : (i) les d’un cadre politique stable et prévisible repose sur
acteurs du secteur privé (y compris des agricul- les interventions des gouvernements sur le marché
teurs) à investir dans des technologies d’amélio- des intrants et de la production qui s’appuient sur
ration de la productivité Agricole, (ii) améliore des règles au lieu d’être ponctuels.
la qualité et la gestion des risques dans tout
le système agroalimentaire et (iii) procure un D’importantes mesures qui renforcent la prévi-
ensemble d’outils plus prévisibles et efficace sibilité politique consistent, par exemple, à énoncer
facilitant l’accès des pauvres à la nourriture ; clairement les règles de l’ état sur les restrictions
d’exportations ou d’importations adoptées pour
》》 Des investissements publics indispensables qui la protection des producteurs ou des consom-
complètent et attirent les investissements privés mateurs du pays, et à annoncer les conditions
supplémentaires et répondent aux grands ob- dans lesquelles les stocks nationaux de sécurité
jectifs de la politique alimentaire, comme par alimentaire seront mis sur le marché. Des actions
exemple la gestion des risques ; et précises nécessaires à une plus grande prévisibilité
des politiques sont, par exemple, l’ élaboration de
》》 Une mise en œuvre renforcée de la politique. codes transparents de gestion des réserves alimen-
taires nationales et régionales et des règles claires
Amélioration du cadre et du climat sur les périodes d’intervention commerciale des
d’investissement plus favorable pouvoirs publics. La CEDEAO pourrait jouer
un rôle déterminant si elle mettait en lumière les
Relever les défis de productivité auxquels est pratiques exemplaires et élaborait des modèles de
confrontée l’Agriculture ouest-africaine en vue textes législatifs et de codes de gestion dans ces
d’atteindre une croissance durable et générali- domaines. Une autre mesure importante consis-
sée exige des investissements. Etant donné que terait à améliorer les données et l’information
l’Agriculture est une activité du secteur privé, relatives aux indicateurs de performance critiques
le gros de ces investissements doit provenir des du système agroalimentaire. Les problèmes de
acteurs privés situés aux divers échelons de la données sont particulièrement graves dans des
chaîne agroalimentaire : agriculteurs, fournisseurs domaines comme celui des volumes d’échanges
d’intrants, agro-industrie, transports et presta- intra-régionaux et des stocks de denrées de base,
taires de service de soutien. Néanmoins, l’aptitude notamment les céréales, aux niveaux des exploi-
et l’incitation du secteur privé à investir dans tations et des commerçants. Le manque de don-
l’amélioration de la productivité de manière du- nées fiables sur ces paramètres essentiels incitent
rable dépend en grande partie de l’ existence d’un souvent les gouvernements – qui craignent les
climat d’investissement favorable. Mettre sur pied pénuries – à imposer des interdictions d’exporter
ces mesures incitatives est l’une des principales ou à débloquer des stocks.
fonctions des politiques publiques.
Un cadre politique prévisible exige un large consen-
Les éléments déterminants d’un cadre politique sus sur les rôles du secteur public et les priorités dans
efficace sont la stabilité et la prévisibilité, les axes l’Agriculture. Malgré les discours récents sur le
prioritaires, la participation et l’inclusion, la cohé- besoin de partenariats public-privé, la méfiance

33
Synthèse / IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces

reste profonde entre les secteurs public et pri- peut contribuer à former cette vision commune
vé. Souvent, la méfiance surgit en raison de re- des rôles des secteurs public et privé.
virements politiques récurrents. Ces revirements
sapent la confiance que le secteur privé place dans Priorités politiques
les annonces politiques de l’ état. Le secteur privé Donner la priorité aux grands piliers plutôt que
est donc réticent, ce qui se comprend, à faire les simplement aux gains rapides. Il faut du temps
investissements à long terme nécessaire aux gains pour se défaire des grandes contraintes qui nuisent
de productivité du système alimentaire. L’état, en à la croissance généralisée de l’Agriculture. La re-
revanche, considère souvent une telle réticence cherche agricole, bien public essentiel à fort re-
comme une preuve de l’incapacité d’agir ou de l’ab- tour sur investissement, exige un horizon sur la
sence de volonté du secteur privé, ce qui entraîne durée pour la création de meilleures technologies
un autre train de mesures et engendre un cercle adaptées à la diversité des conditions locales. Cela
vicieux d’instabilité politique. s’applique aussi au développement des marchés
financiers ruraux et des intrants qui exige de ré-
Ces cercles vicieux sont constatés sur divers duire les problèmes d’infrastructure et renforcer
marchés d’intrants et de production ainsi que dans le capital humain et institutionnel, par exemple
le financement rural et agricole. Citons quelques en formant des organisations interprofessionnelles
exemples : plus efficaces. Les pays qui ont réussi à développer
des secteurs Agricoles et agroalimentaires concur-
》》 Des stocks régulateurs assortis de règles obs- rentiels tels que le Brésil, la Thaïlande et le Chili ont
cures concernant les niveaux de stock et les prix renforcé leurs infrastructures, investi dans un flux
de déclenchement des achats, des ventes et des constant de technologies et construit sur plusieurs
échanges, qui découragent les investissements décennies des institutions fortes à partir d’une vi-
dans le stockage privé et le développement sion précise de l’avenir. Les sous-secteurs agricoles
de systèmes de récépissés d’entrepôts et de porteurs en Afrique de l’Ouest, comme celui du
financement. coton dans les pays francophones (jusqu’au début
des années 2000) et celui du cacao au Ghana et en
》》 Des subventions sur les intrants agricoles et le Côte d’Ivoire, revêtent les mêmes caractéristiques.
crédit, qui sapent le développement durable des Bien que le rôle du secteur public et la structure du
chaînes d’approvisionnement et des prestataires secteur privé diffèrent dans ces exemples, ils ont
de service privés. pour dénominateur commun la progression de po-
litiques soutenues par de constants investissements
》》 Les programmes d’effacement de la dette avant à très long terme dans les biens publics. D’autre
les élections qui nuisent à la culture de rem- part, les programmes d’urgence assortis de cibles à
boursement, entraînent la hausse des taux d’in- court terme trop ambitieuses et fortement dépen-
térêt et renforcent la réticence des banques à dants de subventions ont peu de chance de mener
financer l’Agriculture. à une croissance autonome sur la durée. Bien que
les documents stratégiques et politiques identifient
Pour rompre ces cercles vicieux, les princi- clairement les contraintes structurelles à long-terme
pales parties prenantes doivent parvenir à un et les réformes réglementaires et priorités d’inves-
large consensus concernant le rôle et les priorités tissement liées à celles-ci, dans la pratique, les pays
des politiques publiques et des investissements d’Afrique de l’Ouest ont trop mis l’accent sur les
dans l’Agriculture, mais aussi des gouvernements mesures à court terme et les subventions.
disciplinés qui n’outrepassent pas le cadre de
leurs fonctions malgré les pressions des groupes Participation
d’intérêt et les priorités politiques à court-terme. L’amélioration des politiques et des processus
Promouvoir de grandes concertations de parties décisionnels nécessite obligatoirement une large
prenantes et faciliter leur participation dès les participation et une adhésion des parties prenantes.
toutes premières étapes d’élaboration des mesures Le processus du PDDAA appelle à renforcer la

34
Synthèse / IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces

vaste participation de multiples parties prenantes Cohérence politique :


à la formulation, la mise en œuvre, le suivi et l’ les politiques agricoles ne suffisent pas
évaluation des politiques publiques pour les rendre Nombre de composantes essentielles à la création
plus efficaces et responsables et pousser les gou- d’un environnement favorable à une croissance
vernements à continuer leurs bonnes politiques agricole rapide et inclusive comprennent des élé-
une fois les élections terminées. À ce jour, les ré- ments qui dépassent les missions traditionnelles
sultats concrets d’une telle inclusion sont mitigés. des ministères de l’agriculture. Les politiques se
Les grandes difficultés consistent à organiser et rapportant au commerce, au secteur des transports,
à promouvoir la collaboration parmi les parties au développement industriel, au secteur financier,
prenantes très diverses des systèmes agroalimen- à l’ éducation et à la santé sont toutes détermi-
taires, notamment dans le secteur privé au-delà nantes. Une meilleure coordination et une bonne
de l’exploitation, qui comprennent les entreprises cohérence politique entre les ministères sont donc
agroalimentaires allant des transformateurs artisa- primordiales. Il importera de renforcer les accords
naux aux multinationales en passant par les petits pour améliorer la coordination interministérielle,
négociants. Parmi les actions essentielles requises, telle que les commissions de coordination intersec-
citons le renforcement de capacités de diverses torielle au Ghana et, à l’ échelle régionale, la Com-
organisations professionnelles et interprofession- mission interdépartementale sur l’alimentation et
nelles et le renforcement des plateformes pour l’Agriculture de la CEDEAO pour rendre la poli-
qu’elles puissent participer à la formulation, à la tique intersectorielle plus cohérente. Ce qui est es-
mise en œuvre, au suivi et à l’ évaluation des poli- sentiel à la réussite de telles initiatives, c’est l’appui
tiques publiques. La clé de la réussite est de faire d’un défenseur haut placé d’une telle coordination
participer ces acteurs aux phases initiales de la (par exemple le premier ministre ou le président)
formulation, de leur attribuer des responsabilités et investir les structures de coordination de suffi-
précises tout au long de ces processus et de leur samment de pouvoir pour susciter la coopération
demander de rendre compte de leur performance. entre ministères et agences concernées. Réserver
des lignes budgétaires spécifiques ne pouvant être
Inclusion investies que dans de telles initiatives interminis-
Bien qu’une vaste participation des parties pre- térielles pourrait aussi contribuer à encourager une
nantes importe pour la cohérence et la redevabilité, meilleur coordination.
des efforts spécifiques sont requis pour égaliser les
chances et donner aux acteurs plus petits et moins Capacité d’évolution des politiques
organisés la possibilité d’être actifs sur les scènes Le besoin de stabilité ne signifie pas que les po-
politique et économique (par exemple, petits agri- litiques ne doivent pas évoluer. En fait, dans un
culteurs, commerçants, transformateurs artisanaux contexte d’évolution constante de la demande des
et prestataires de services dans l’alimentation et, consommateurs, les conditions du marché, les
notamment les femmes et les jeunes). La démar- technologies et les conditions agro-écologiques,
ginalisation économique comprend des mesures la stagnation est vouée à l’ échec. Les politiques
précises qui visent à (1) faciliter l’accès aux moyens doivent s’adapter à l’ évolution de la conjoncture,
de production, intrants et services de soutien, for- mais de brusques et grands changements comme
mations et acquisition de compétences (2) appuyer ceux qui se sont produits au Nigeria dans le passé
l’action collective pour des relations plus actives peuvent faire plus de mal que de bien. Elabo-
avec d’autres parties prenantes du système alimen- rer une approche continue de politique évolutive
taire et (3) renforcer la résilience et la capacité de exige un suivi régulier de la mise en œuvre des
gérer les risques. La démarginalisation politique mesures, de solides systèmes d’information sur les
comprend la reconnaissance juridique (civile) des marchés et des unités d’analyse politique capables.
citoyens et des agents économiques, ainsi que le Ce processus devrait être renforcé en nouant des
développement de capacités et le renforcement liens forts entre les organes chargés d’adopter les
organisationnel pour une participation plus efficace politiques et de vastes groupes de parties prenantes
aux processus politiques. (par exemple, au travers des plateformes évoquées

35
Synthèse / IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces

plus haut). Il importe également que les princi- dimension modeste de la plupart des systèmes
pales mesures politiques ne soient pas établies par nationaux de recherche de la région et étant
des lois ou des décrets administratifs difficiles à donné que les grands bassins de production
amender si la situation l’exige. des principales denrées dépassent souvent les
frontières nationales, de grandes économies
Investissements publics indispensables d’échelle pourraient aussi être réalisées grâce
à une coordination régionale plus efficace de
Augmenter le niveau des investissements publics dans la recherche nationale et des initiatives de vul-
et pour l’Agriculture est important, mais un meilleur garisation.
assortiment d’investissements l’ est encore plus. La
plupart des hausses récentes de dépenses agricoles 》》 Infrastructure, notamment les routes rurales,
ont servir à subventionner des biens privés, surtout l’infrastructure des marchés, l’irrigation et une
des engrais et autres intrants, ainsi que des équipe- fourniture d’ électricité fiable, pour les raisons
ments. Pour ce qui est des infrastructures, le gros citées plus haut.
des ressources est consacré à l’irrigation qui, bien
que cela soit compréhensible au regard des défis 》》 Construire la base de compétences pour l’Agri-
que pose le changement climatique, appelle des culture du vingt-et-unième siècle. La transfor-
questions sur le coût et la gestion à long-terme de mation de l’Agriculture ouest-africaine en un
telles installations. Par contre, les routes rurales ou moteur moderne de croissance économique
les infrastructures de marchés reçoivent compara- exigera un ensemble de compétences bien dif-
tivement peu de financement. Le danger, c’est que férentes à tous les niveaux du système agroa-
de lourdes dépenses de subventions pourraient limentaire que celles actuellement présentes
écarter d’autres investissements publics dans des dans la plupart des pays de la CEDEAO. Des
biens publics clés essentiels pour la croissance à actions doivent être entreprises, telles que ren-
long terme, et en même temps décourager les in- forcer l’alphabétisation de base, notamment au
vestissements privés dans la fourniture de biens niveaux des exploitations, lier les programmes
actuellement subventionnés. d’enseignement (par exemple en mathéma-
tiques et biologie) du primaire et du secon-
Les fonds publics étant limités, le secteur public de- daire aux applications dans l’agriculture et
vrait concentrer ses investissements dans les domaines l’agro-industrie, étendre les programmes d’en-
les plus rentables et favorables à une croissance géné- seignement professionnel aux diverses com-
ralisée à long terme, et dans lesquels le secteur privé est pétences techniques requises des travailleurs
peu apte ou incité à investir. Bien que tous les gou- dans les systèmes modernes de l’agroalimen-
vernements aient besoin de mesures à court-terme, taire, attirer un plus grand nombre de filles
aux résultats rapides et aux avantages palpables, un dans les filières scientifiques vu l’important
meilleur équilibre doit être trouvé entre de telles rôle des femmes dans l’Agriculture ouest-afri-
mesures et des investissements et réformes à long caine, et élargir l’ enseignement universitaire
terme qui portent sur les contraintes transversales du premier cycle des facultés d’agriculture
et forment les bases solides d’une croissance sou- pour inclure des domaines cruciaux en aval du
tenue. L’analyse de l’ étude AGWA, en phase avec système agroalimentaire, comme par exemple
une bonne partie de la documentation spécialisée, la science de l’alimentation, l’ emballage et la
propose à cet égard les points clés suivants : logistique.

》》 Recherche agricole, vulgarisation et développe- 》》 Soutenir l’action collective et les innovations ins-
ment du capital humain connexe. La recherche titutionnelles pour la gestion des risques et la ré-
et la vulgarisation dans la région ont géné- duction des coûts de transaction. De nombreuses
ralement été sous-financées et sont confron- chaînes de valeur ouest-africaines ont des pro-
tées au vieillissement de leurs effectifs dont un blèmes récurrents de coordination verticale, no-
grand nombre vont partir à la retraite. Vu la tamment des coûts élevés de regroupement des

36
Synthèse / IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces

produits au niveau de l’exploitation et des dif- structure du secteur des transports routiers.
ficultés à fournir régulièrement des produits de À moins que des réformes ne soient mises en
qualité constante aux entreprises agroalimen- œuvre dans ces domaines déterminants, les
taires et aux détaillants. Une action collective avantages éventuels des investissements en
renforcée, à la fois au niveau des exploitations infrastructures dans de grandes routes ne se
(via des organisations de producteur) et parmi matérialiseront pas.
les divers acteurs des chaînes de valeur (via les
conseils de chaînes de valeur ou les organisa- 》》 Pour complémenter et inciter le secteur privé
tions interprofessionnelles), est une nécessité à investir plus dans le stockage et le maté-
pour que la croissance de l’Agriculture dans la riel à travers tout le système agroalimentaire,
région soit généralisée. Une alternative à une des cadres juridiques et réglementaires sont
telle action collective serait que les grandes nécessaires pour un meilleur financement de
entreprises individuelles procèdent à une inté- l’agriculture, comme par exemple pour le cré-
gration verticale et gèrent ces tâches en interne, dit-bail, le financement sur stocks, les registres
mais un tel modèle empêche la participation au de garanties et les bureaux de crédit.
système de nombreux plus petits acteurs dans
un rôle quelconque autre que celui de main 》》 Pour tirer pleinement parti des investissements
d’œuvre salariée. publics dans les infrastructures, le développe-
ment des capacités et l’action collective en
》》 Initiatives d’amélioration de la sécurité sani- termes de stimulation des investissements pri-
taire et de la qualité des aliments. Améliorer vés, d’autres améliorations seront requises pour
la sécurité sanitaire des aliments se justifie faciliter les activités commerciales. Les pays de
clairement sur le plan de la santé publique. la CEDEAO se classent généralement dans
Toutefois, des améliorations sur le plan de la le tiers inférieur de tous les pays du monde,
sécurité sanitaire et de la qualité sont aussi des selon les indicateurs de la Banque mondiale
attributs de plus en plus importants aux yeux sur « la facilité à faire des affaires » (exigences
des consommateurs ouest-africains, notam- de permis, temps d’inscription de l’entreprise,
ment la classe moyenne urbaine en expansion. corruption, etc.). En l’absence de meilleures
Les entreprises qui ne les offrent pas sont conditions, il est peu probable que l’Agriculture
désavantagées par rapport aux importations ouest-africaine puisse devenir mondialement
concurrentes. compétitive, à l’exception de quelques produits
tropicaux pour lesquels la région jouit d’un fort
Les investissements en infrastructures (« hardware ») avantage géographique.
doivent être complétés par des réformes politiques et
réglementaires. Dans la plupart des cas, les investis- 》》 Un élément essentiel d’amélioration du cadre
sements en « hardware » comme les infrastructures réglementaire consiste à renforcer les systèmes
seules ne suffisent pas et doivent être complétés d’exécution des contrats, par exemple par la
par des réformes politiques et réglementaires et création et le renforcement des tribunaux com-
des investissements en « software », telles que les merciaux et des systèmes d’arbitrage. En l’ab-
capacités en ressources institutionnelles et hu- sence de système fiable d’exécution des contrats
maines. Par exemple : et de dispositifs de résolution des différends
commerciaux, les coûts de transaction et les
》》 D’importants investissements ont servi ces risques associés à une quelconque activité de
dernières années à améliorer la qualité des spécialisation et d’échange commercial montent
routes sur les grands axes de transport. Pour- en flèche et font que les entreprises agroalimen-
tant, la région est confrontée aux coûts de taires et les détaillants modernes ont beaucoup
transport les plus élevés du monde. Les prin- de mal à assurer une offre fiable de produits
cipales raisons qui l’ expliquent sont les pro- agricoles à un niveau de qualité constante.
blèmes liés à la gouvernance des routes et la L’ exécution des contrats doit toutefois être

37
Synthèse / IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces

associée à de meilleurs arrangements pour le Renforcement de la mise en œuvre


partage des risques et la résilience dans le sys- des politiques
tème agroalimentaire. Dans un environnement
risqué, tel que celui qui caractérise l’Agricul- Améliorer la mise en œuvre des politiques exige
ture ouest-africaine, privilégier l’exécution des (1) le renforcement des capacités de mise en œuvre,
contrats sans se soucier de partager les risques d’analyse et de suivi-évaluation des principales
entre les acteurs des chaînes de valeur est la agences et organisations qui en sont chargées
recette idéale pour la concentration des res- (2) l’amélioration des bases de données à partir
sources, car seuls les plus aisés seront capables desquelles les décisions politiques sont prises et
d’absorber les risques inhérents aux passations (3) des efforts d’alignement plus étroit entre les
de contrats. Le programme d’exécution des intérêts des divers pays, les acteurs individuels et
contrats doit donc aller de pair avec un pro- l’ ensemble de la région.
gramme favorisant la résilience de l’ensemble
du système agroalimentaire au moyen des me- Renforcement des capacités de mise en œuvre,
sures citées plus tôt. d’analyse et de suivi-évaluation
Vu l’ambition des programmes nationaux et régio-
》》 Renforcer l’accès au financement est un autre naux des programmes du PDDAA, il est nécessaire
domaine politique qui exige des investisse- de grandement améliorer la capacité de mise en
ments dans les infrastructures conjugués à un œuvre, d’analyse et de suivi-évaluation des minis-
climat d’affaires et à un cadre réglementaire tères de l’agriculture et du commerce ainsi que des
favorables. Investir dans les routes, l’ électricité, parties prenantes privées sur lesquelles reposera la
l’infrastructure de commercialisation et l’irri- mise en œuvre de ces programmes. Une telle mise
gation réduit les risques et coûts de transaction à niveau comporte plusieurs aspects :
des institutions financières aussi bien que de
leurs clients. L’infrastructure des télécommu- 》》 À l’ échelle des gouvernements nationaux et
nications facilite l’utilisation de dispositifs dans locaux, un grand nombre de ceux qui sont
les points de vente et de la banque en ligne chargés de la mise en œuvre des politiques
pour accroitre l’accès aux services financiers (par exemple, agents des douanes à la frontière)
dans les zones reculées. La stabilité politique manquent souvent d’information sur le contenu
et économique est déterminante pour l’ expan- des politiques régionales et nationales, comme
sion du crédit mais également la mobilisation le SLEC. Qui plus est, même s’ils connaissent
de l’ épargne qui tend à revêtir même plus ces politiques, ils n’ont souvent ni les budgets de
d’importance pour la majorité des ménages fonctionnement ni les installations physiques
ruraux que les services de prêts. Les chaînes de pour traduire ces règles dans la réalité, comme
valeur fonctionnelles réduisent certains risques c’est le cas des réglementations sur la sécurité
et coûts de transaction dans le financement de sanitaire des aliments abordée plus haut.
l’agriculture et pourraient éventuellement se
substituer aux garanties de prêt classiques. Un 》》 Les autorités locales, notamment dans les dis-
cadre juridique, réglementaire et institution- tricts et sous-districts, doivent de plus en plus
nel favorable au crédit-bail, au financement mettre en œuvre des politiques de gestion des
sur stocks et à l’ établissement de registres de ressources naturelles et des services locaux de
garanties et de bureaux de crédit peuvent dé- soutien agricole mais connaissent très mal ces
bloquer encore plus le financement de l’agricul- politiques et manquent de capacités de gestion,
ture. Pour finir, les instruments de gestion des de budgets de fonctionnement pour les mettre
risques sont déterminants car ils permettent en œuvre et de la formation en suivi-évaluation
aux institutions financières d’investir une plus pour en évaluer l’impact.
grande proportion de leur portefeuille de prêts
dans le secteur. 》》 Les programmes du PDDAA appellent à une
mise en œuvre commune des programmes par

38
Synthèse / IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces

les pouvoirs publics et les parties prenantes, telles 》》 Au sein de la Commission de la CEDEAO, il
que les organisations de producteurs. Améliorer faut renforcer les capacités du Département de
la capacité de gestion et d’organisation des agri- l’Agriculture, de l’Environnement et des Res-
culteurs, des organisations interprofessionnelles sources en Eau (DAERE) chargé de la ges-
et des négociants d’intrants agricoles est un tion d’ensemble de l’ECOWAP, de la nouvelle
volet important des plans régionaux et de la plu- Agence régionale pour l’agriculture et l’alimen-
part des plans nationaux ECOWAP/ PDDAA. tation, du Fonds de développement agricole de
De telles initiatives doivent être élargies afin la CEDEAO et de l’Unité de suivi-évaluation
d’inclure les organisations de consommateurs (S & E) de la CEDEAO, qui est chargée de
et les gouvernements locaux, également parties coordonner le S & E du programme régional
prenantes du développement de l’Agriculture, et d’aider à formuler une approche commune
et de renforcer leurs compétences analytiques de S & E pour les programmes nationaux. Le
(par exemple en suivi-évaluation) ainsi que les plan d’investissement régional de la CEDEAO
aptitudes à la gestion et à l’organisation. reconnait les besoins de renforcement des capa-
cités du DAERE mais, vu l’envergure des pro-
》》 De meilleures capacités analytiques chez un grammes proposés, ces initiatives doivent mettre
plus grand nombre de parties prenantes ren- l’accent non seulement sur le renforcement des
forceront et démocratiseront aussi l’ élaboration capacités internes mais aussi sur la capacité ac-
des politiques et leur application, ce qui permet- crue de mobiliser les compétences régionales des
tra aux parties prenantes d’exiger plus qu’une agences spécialisées d’Afrique de l’Ouest (par
simple place d’observateur au moment de for- exemple au sein du CILSS), des universités et
muler les politiques agricoles ; ils pourront ainsi des groupes de réflexion indépendants.
faire peser leur analyse dans la formulation, la
mise en œuvre et le suivi-évaluation. 》》 Outre le renforcement de capacité au sein des
agences nationales et régionales chargées de
》》 Que toutes ces organisations développent en in- concevoir, mettre en œuvre et assurer le S & E
terne leur propre capacité de suivi-évaluation et des politiques, il faut créer des centres d’excel-
d’analyse n’est pas réaliste. La CEDEAO et les lence régionaux dans les universités ouest-afri-
gouvernements nationaux pourraient toutefois, caines et les groupes de réflexion qui soient sus-
au travers de programmes de co-financement, ceptibles de se lancer dans une analyse politique
faciliter le développement de formules de mo- plus large et à plus long terme que ne peuvent
bilisation d’experts techniques ouest-africains le faire les services relevant des ministères de
(par exemple, parmi les universités de la région, l’agriculture et de la CEDEAO. Au sein de la
cabinets conseils et ONG) qui les aideraient à CEDEAO actuellement, ce rôle d’analyse est
mieux comprendre les grandes problématiques surtout assumé par ReSAKSS, mais il faudrait
et à renforcer des compétences utiles à la mise élargir le nombre de centres pour exploiter
en œuvre et au suivi-évaluation de celles-ci. les compétences de diverses institutions de
recherche et d’enseignement de la région.
》》 En termes de renforcement des capacités d’ana- Besoins de données
lyse politique dans les ministères, il serait très
utile que la CEDEAO continue à parrainer au L’absence de données exhaustives et fiables, par-
sein des équipes de conception des PDDAA ticulièrement concernant les segments en aval du
nationaux le genre de programmes de forma- système agroalimentaire, tels que les entreprises
tion et de réseautage démarrés sous l’ égide de agroalimentaires, le commerce de gros, la logistique
l’ECOWAP, ce qui contribuerait à mettre sur et le commerce de détail, empêchent l’ élaboration
pied une meilleure communauté de pratiques de politiques fondées sur des faits empiriques en
parmi ces analystes. Cela favoriserait l’appren- Afrique de l’Ouest. Cette absence de données aug-
tissage transversal entre les pays lors de la mise mente la probabilité de mauvaise affectation des
en œuvre de l’ECOWAP, ce qui serait très utile. investissements publics dans le secteur agricole.

39
Synthèse / IX. L’avenir : des éléments clés pour des politiques plus efficaces

Harmonisation des incitations modeste, se concentrer tout d’abord sur ce qui est
En dernière analyse, le principal enjeu de mise en plus facile, là où les intérêts nationaux convergent
œuvre des politiques est l’harmonisation des incita- largement, car le travail à faire dans ces domaines
tions individuelles et de celles des groupes. Dans la politiques ne manque pas.
CEDEAO, cela concerne deux niveaux : (1) harmo-
nisation des incitations auxquelles sont confrontés La mise en équation des intérêts individuels et
les Etats membres individuels et celles de la région des intérêts des groupes dans la mise en œuvre des
dans son ensemble et (2) incitations auxquelles sont politiques est particulièrement liée aux problèmes
confrontés les agents individuels pour l’application de tracasseries administratives et de recherche de
des politiques régionales ou nationales. rente par les responsables de cette mise en œuvre.
À cet égard, augmenter les salaires des agents de la
Pour ce qui est de l’harmonisation des incita- fonction publique comme les douaniers et les poli-
tions nationales et régionales, la décision conte- ciers pourrait contribuer à réduire de tels compor-
nue dans le programme régional du PDDAA de tements, tout comme le fait de lier le financement
subordonner certains financements du programme de leurs services aux performances d’indicateurs,
régional à l’harmonisation par les gouvernements contrôlés par des entités indépendantes, sur la
des politiques nationales et au respect de leur en- facilité de faire affaires. Peut-être les plus fortes
gagement envers le libre-échange est une avancée incitations de mise en œuvre des politiques effi-
importante. Il faut reconnaitre toutefois que dans cace et transparente viendront du fait d’encourager
certains domaines, les intérêts économiques des l’existence de solides groupes de parties prenantes
Etats membres de la CEDEAO seront si différents nationales et régionales du secteur privé et d’une
qu’il sera très difficile de parvenir à un consen- presse libre, qui sont susceptibles de contrebalancer
sus régional. La politique régionale doit donc être l’inefficacité et/ou la corruption.

40
Chapitre 1 / 1.1 Pourquoi une étude de la politique Agricole en Afrique de l’Ouest ?

Chapitre 1
Introduction

1.1 Pourquoi une étude de la politique urbains, comparés à un tiers seulement en 1990.
Agricole en Afrique de l’Ouest ? D’ici à 2018, la population des pays de la CE-
DEAO vivra en plus grand nombre dans les villes
Après avoir été longtemps négligée, l’agriculture que dans les zones rurales et cette population ur-
de l’Afrique de l’Ouest retrouve une place de choix baine, qu’elle soit pauvre ou de classe moyenne, a
dans les programmes politiques. Les gouverne- de nouvelles et étonnantes exigences par rapport
ments de la région et leurs partenaires de déve- au système alimentaire. Elle exige de plus en plus
loppement reconnaissent désormais clairement des aliments diversifiés et pratiques et des pro-
le rôle essentiel de ce secteur pour la croissance duits prêts à consommer, ouvrant ainsi éventuel-
économique, la création d’emplois et la réduction lement de nouveaux débouchés aux producteurs
de la pauvreté. L’adoption par l’Union africaine du ouest-africains et à l’agro-industrie, à condition
Programme détaillé de développement de l’agricul- qu’ils réussissent à concurrencer les importations.
ture africaine (PDDAA) et la Déclaration de Ma- Un très grand nombre de jeunes entrent chaque an-
puto de 2003 ont marqué un nouvel engagement née sur le marché du travail, et une agriculture qui
de l’Afrique dans ce secteur. Elles ont été suivies se modernise et un système agroalimentaire plus
en 2005 par l’adoption par la CEDEAO de la développé ont le potentiel de créer les nombreux
Politique agricole régionale de l’Afrique de l’Ouest emplois dont ces jeunes ont désespérément besoin.
(ECOWAP), puis le développement et l’adoption Bien que l’agriculture soit encore le secteur le plus
d’accords ECOWAP/PDDAA par la CEDEAO important en termes d’emplois et qu’elle contribue
et ses 15 Etats membres et l’ élaboration de plans fortement au PIB de la plupart des pays, les éco-
d’investissement pour exécuter ces accords. La crise nomies se diversifient et les autres secteurs, y com-
des prix alimentaires de 2008 est une étape im- pris l’agroalimentaire, prennent de l’importance et
portante car elle a remis l’agriculture sous les feux pourraient contribuer à relever le défi de l’emploi.
de la rampe, et l’intérêt croissant des investisseurs
privés extérieurs pour l’agriculture ouest-africaine Le cadre des politiques agricoles a aussi évolué
a encore accentué cette attention10. de façon spectaculaire ; la démocratisation, la dé-
centralisation et la libéralisation ont aussi accru le
Parallèlement, le contexte dans lequel se trouve le nombre d’acteurs participant à l’ élaboration des po-
secteur a radicalement changé au cours des trente litiques et la gamme des problématiques abordées
dernières années. Les sociétés ouest-africaines dans les concertations politiques. Un exemple des
connaissent de rapides mutations démographiques nouvelles problématiques que doivent affronter les
et socioéconomiques, avec une démographie et une décideurs est celui du « double fardeau de malnu-
urbanisation croissantes, des revenus en hausse et trition » car les problèmes de surnutrition (surpoids
la mondialisation qui sont source de changements et obésité) commencent à émerger, notamment
extraordinaires. Quarante-cinq pour cent des ha- chez les femmes dans les villes, parallèlement aux
bitants des pays de la CEDEAO sont désormais problèmes récurrents de sous-nutrition. Qui plus
10 L’intérêt accru pour la politique agricole se reflète dans un certain nombre
est, l’intégration régionale s’intensifiant, le rôle des
d’études récentes des politiques et de documents de stratégie (par exemple, An- organisations régionales dans l’ élaboration des
gelucci et al., 2013; Elbehri, 2013, Kanu et al., 2014 et West African Sub-Regional Office
UNECA, 2012). politiques agricoles s’est accru. Avec ces nouvelles

41
Chapitre 1 / 1.1 Pourquoi une étude de la politique Agricole en Afrique de l’Ouest ?

dimensions politiques, le secteur agroalimentaire veau de l’ exploitation agricole. Les décideurs


en Afrique de l’Ouest doit faire face au déclin des politiques de la région doivent relever le défi
ressources naturelles, à des calamités récurrentes, consistant à coordonner et mettre en œuvre les
qu’elles soient naturelles ou causées par l’homme, au politiques agricoles et non-agricoles afin d’orien-
changement climatique et à l’instabilité politique. ter la transformation structurelle de la région,
contribuant ainsi avec force à plusieurs objectifs
Ces mutations en Afrique de l’Ouest se pro- clés. Elles comprennent la croissance économique
duisent dans un contexte international en évolution, inclusive, la création d’emplois, la réduction de la
caractérisé par des conditions climatiques et un pauvreté, de la sécurité alimentaire et la satisfac-
marché plus volatiles et des pressions croissantes tion de la demande accrue des consommateurs
exercées par la concurrence. Plusieurs tendances qui exigent des aliments pratiques et sains, et de
internationales se dégagent : (1) l’importance crois- simultanément procéder de façon durable pour
sante des économies émergentes, en tant que dé- l’ environnement, l’ économie et la société.
bouchés pour les exportations agricoles de l’Afrique
de l’Ouest et sources d’importations alimentaires, La plus grande ouverture des marchés régionaux
de technologies et d’investissements (2) un secteur et internationaux ces dernières années offrent de
agroalimentaire et de distribution de produits ali- nouvelles opportunités de croissance et d’inves-
mentaires de plus en plus mondialisé et concentré tissement, mais suscitent aussi de graves préoc-
qui augmente à la fois ses sources d’approvisionne- cupations quant à l’organisation et le contrôle des
ment et ses ventes dans les pays en développement systèmes agroalimentaires ouest-africains. Les dé-
(3) les marchés agricoles mondiaux qui passent cideurs politiques et la population s’inquiètent non
d’une période de surproduction structurelle et de seulement de savoir si l’agriculture et l’ensemble de
chute des prix à une époque de prix plus élevés et la chaîne alimentaire peuvent connaitre une crois-
volatiles (4) des prix énergétiques plus élevés et une sance suffisamment rapide pour satisfaire les mul-
intégration accrue des marchés agricole et éner- tiples demandes, mais aussi quelle forme prendra
gétique mondiaux et (5) l’ érosion de la confiance cette croissance – dans quelle mesure sera-t-elle
dans la sécurité alimentaire basée sur les échanges inclusive et dans quelle mesure les Africains de
suite aux interdictions d’exporter imposées par les l’Ouest auront-ils voix au chapitre concernant sa
fournisseurs d’aliments de base lors de la crise des direction (Kanu et al., 2013). Parmi les nombreux
prix alimentaires de 2008, conjuguée à l’impasse, défis que les décideurs doivent relever, deux se
jusqu’à une période récente, des négociations sur le trouvent au cœur des nombreuses concertations
commerce international du cycle de Doha. politiques en Afrique de l’Ouest :

Ces changements sont porteurs d’opportunités 》》 Le dilemme des prix-alimentaires. Les prix ali-
prometteuses mais aussi de défis inquiétants pour mentaires jouent deux rôles essentiels dans les
les systèmes agroalimentaires de l’Afrique de économies en développement (Timmer et al.,
l’Ouest et rendent la formulation des politiques 1983). D’une part, ils servent d’incitatifs à la pro-
agricoles de plus en plus complexe. Outre la pro- duction pour les agriculteurs, les commerçants
duction agricole et la sécurité alimentaire, les et les entreprises agroalimentaires ; les prix plus
questions liées à la gestion durable des ressources, élevés stimulent donc la production Agricole.
à la nutrition, à la compétitivité, à la création D’autre part, les prix alimentaires sont aussi
d’emplois, et les interdépendances avec d’autres un déterminant majeur des revenus réels des
secteurs économiques sont des composantes de la pauvres qui consacrent une grande proportion de
politique agricole de plus en plus déterminantes. leurs revenus à l’alimentation. En conséquence,
Il est clair que pour orienter la transformation des prix plus élevés appauvrissent les pauvres qui
du secteur agroalimentaire, la formulation des dépendent du marché pour l’essentiel de leur
politiques agricoles doit transcender le cadre alimentation. Ainsi, « fixer des prix justes » pour
traditionnel des institutions du secteur agricole l’Agriculture est un exercice d’équilibre délicat
traitant principalement de la production au ni- consistant à mesurer les intérêts des producteurs

42
Chapitre 1 / 1.2 Contexte, objectif et portée de l’ étude

et des consommateurs. À long terme, la solution trants à la livraison du produit final au consom-
à ce dilemme est de stimuler la productivité à mateur. Par conséquent, nous nous référons
tous les stades du système agroalimentaire à dans cette étude à l’Agriculture avec un « A »
travers des innovations technologiques et insti- majuscule comme étant l’ ensemble du système
tutionnelles qui font que la production alimen- agroalimentaire, de la fourniture des intrants à
taire reste rentable à un coût à l’unité moins élevé la table du consommateur. (L’agriculture avec
pour les consommateurs. Mais de tels gains de un petit « a » dans cette étude se réfère à l’ac-
productivité prennent du temps ; donc, à court tivité agricole réunissant à la fois les cultures
et moyen terme, le dilemme reste entier. Ce di- et la production animale.)
lemme est particulièrement évident en Afrique
de l’Ouest depuis 2008, les décideurs se débat-
tant pour trouver des moyens d’équilibrer des 1.2 Contexte, objectif et portée de l’ étude
exigences de prix alimentaires plus bas formulées
par les consommateurs et le désir d’inciter encore Au regard des défis et des opportunités auxquels
plus les agriculteurs à produire plus. est confrontée l’Agriculture ouest-africaine, la
Banque africaine de développement (BAD), avec
》》 Débat sur la taille et la propriété des exploitations l’appui du gouvernement français, a approché
et des entreprises agroalimentaires. Bien que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimen-
les politiques de la plupart des pays de la CE- tation et l’agriculture (FAO) et la CEDEAO
DEAO adoptent la notion de « l’exploitation sur la possibilité de mener une étude analytique
familiale » comme fondement de la stratégie conjointe. Cette étude sur la croissance agricole
de développement agricole, en pratique, le dé- en Afrique de l’Ouest a pour objet : (1) de contri-
bat s’amplifie dans la région sur la question du buer à une meilleure compréhension du contexte
bon équilibre entre exploitations commerciales en mutation de la croissance de l’Agriculture en
à grande échelle (y compris étrangères) et plus Afrique de l’Ouest en examinant de plus près les
petites entreprises agricoles. Un débat simi- facteurs et tendances qui affectent la demande et
laire concerne les mesures envers les entreprises l’offre de produits agroalimentaires (2) d’analyser
agroalimentaires. Le débat revêt plusieurs di- l’aptitude du secteur Agricole à réagir à ces ten-
mensions, notamment des questions empiriques dances (3) d’examiner l’ évolution et la pertinence
sur les économies d’échelle possibles dans di- du cadre politique à répondre à ces transforma-
verses catégories d’opérations, l’impact de la taille tions et (4) d’en déduire les principales implica-
de l’entreprise et de l’intensité de capital sur la tions sur les futures priorités des politiques. En
création d’emplois, le rôle de la propriété et du raison de l’importance grandissante de la création
contrôle étranger, les impacts environnementaux de valeur ajoutée, l’Agriculture est étudiée dans
des exploitations de diverses tailles et la vision le contexte plus large du système agroalimen-
plus vaste du rôle de l’agriculture dans la société. taire. Bien qu’une analyse complète du système
Il est aussi fortement lié aux concertations po- agroalimentaire dans sa totalité « des semences
litico-économiques en cours sur les acquisitions aux déchets » dépasse le champ d’une seule étude,
de terre à grande échelle par des investisseurs l’ étude AGWA porte une attention particulière à
étrangers et nationaux (surnommées « accapa- certains segments en aval, notamment le secteur
rement de terres ») 11. agroalimentaire, le commerce, la consommation
alimentaire et la vente des aliments au détail, ainsi
》》 Relever de tels défis exige de s’attaquer aux qu’à certaines chaînes de valeur qui revêtent une
obstacles qui entravent la performance du sys- importance décisive pour la région.
tème agroalimentaire, de la fourniture d’in-
11 À compter de la mi-2012, le Land Portal (Portail des terres), initiative conjointe
L’ étude AGWA examine ces questions sous
de la FAO et de plusieurs autres organisations visant à élaborer et mettre à jour une
base de données mondiale sur les transactions internationales de terres, a établi la
l’angle régional des 15 Etats membres de la CE-
liste de 98 grandes acquisitions de terres agricoles par des entités étrangères pour DEAO. Elle complète ainsi de précédentes études
une superficie totale de 3,8 millions d’hectares dans la zone de la CEDEAO (http://
[Link]/landmatrix/get-the-detail/by-target-region). de développement agricole à l’ échelle nationale,

43
Chapitre 1 / 1.2 Contexte, objectif et portée de l’ étude

continentale et mondiale. Elle a pour but de réunir tial de la documentation spécialisée existante, les
des faits avérés et des analyses dispersées et frag- sources de données et les initiatives de recherche
mentées sur les divers aspects de la transformation en cours par les partenaires de développement et
agroalimentaire ouest-africaine (à savoir produc- les institutions de recherche. Cette recherche a
tion, consommation, flux commerciaux, chaînes de identifié : (1) les principaux facteurs structurels
valeur, agro-industrie et distribution) en un seul et tendances de l’offre et de la demande dans les
volume et de mettre celui-ci à disposition d’un systèmes agroalimentaires en Afrique de l’Ouest
vaste public intéressé par les politiques agricoles et (2) les enjeux politiques et les opportunités que
les investissements dans la région. Une telle com- ces dynamiques de l’offres et de la demande im-
pilation facilite non seulement l’accès, pour toute pliquent (3) la mesure dans laquelle les diverses
une gamme de parties prenantes, à cet ensemble de problématiques mentionnées sont traitées par la
faits et d’analyses sur le sujet, mais souligne aussi documentation spécialisée et les analyses existantes
les interdépendances, synergies et compromis diffi- et (4) les lacunes fondamentales devant être com-
ciles entre les divers domaines politiques, condition blées pour la création d’une base empirique bien
préalable à l’ élaboration de politiques fondées sur informée d’élaboration des politiques.
les faits et à la coordination au-delà des politiques
sectorielles classiques. Cette étude cible donc un S’appuyant sur l’analyse initiale de l’ étude préli-
vaste public, notamment les décideurs et praticiens minaire et les commentaires et suggestions obtenus
des gouvernements nationaux, les organisations ré- lors d’un atelier de parties prenantes tenu à Rome
gionales et les partenaires de développement, ainsi en fin de phase préliminaire, la BAD, la FAO et la
que les organisations de la société civile et du sec- CEDEAO ont conclu que les prochaines phases
teur privé impliqués dans les domaines politiques de l’ étude devraient se pencher sur toute une série
liés au système agroalimentaire. Les étudiants et de tendances et de problèmes politiques affectant
les experts de la région et d’ailleurs qui étudient la transformation du système agroalimentaire à l’
le développement agricole de l’Afrique de l’Ouest échelle nationale et régionale, plutôt que de s’inté-
pourraient aussi trouver cette étude utile. Vu l’am- resser aux chaînes de valeur individuelles ou à des
pleur de son champ d’application et de son thème, politiques spécifiques. Le but d’une étude aussi vaste
elle s’appuie surtout sur des données secondaires était de mettre en lumière les synergies et les liens
et sur une quantité considérable de documentation entre les divers domaines politiques, de dégager les
spécialisée. Pour procéder à un premier examen de implications politiques pertinentes et de s’appuyer
cette documentation et à une analyse de données sur d’autres études plus précises et de les compléter
pour combler les lacunes d’information, l’ équipe au lieu de refaire leurs travaux. L’étude complète la
AGWA a aussi commandé certains documents de discussion des tendances génériques, problématiques
référence et réalisé un petit nombre d’études de et les implications politiques mais avec des exemples
terrain pour lesquelles l’information secondaire précis à l’ échelle des pays et des chaînes de valeur.
était fortement insuffisante. Ce travail de terrain a
essentiellement porté sur l’ évolution des compor- Lors de la seconde phase de l’ étude, un examen
tements des consommateurs, en tant que facteurs en profondeur de la documentation spécialisée a
de l’ évolution rapide de la consommation alimen- été réalisé sur divers thèmes et la FAO a comman-
taire dans les mégapoles émergentes de l’Afrique de dé des documents de référence en vue d’examiner
l’Ouest, et sur les réponses des entreprises agroali- et d’analyser les études existantes et l’informa-
mentaires, supermarchés et restaurants de restau- tion secondaire, et de combler certaines lacunes
ration rapide face à ces changements. analytiques et de connaissances. Ce vaste examen
et la synthèse de l’information existante ont été
La FAO a dirigé l’exécution de l’ étude, en étroite complétés par quelques travaux de terrain por-
collaboration avec la BAD et la CEDEAO. L’exé- tant sur des questions particulières pour lesquelles
cution s’est déroulée en trois étapes. Lors de la l’information secondaire et l’analyse étaient parti-
première étape, le personnel de la FAO a mené culièrement peu solides ou insuffisantes. Le travail
une étude préliminaire basée sur un examen ini- de terrain a permis d’examiner certains problèmes

44
Chapitre 1 / 1.3 Le rapport définitif AGWA : un guide de lecture

de façon plus approfondie et d’en discuter avec abordent de façon plus détaillée les principales pro-
les parties prenantes du système agroalimentaire. blématiques, comme les défis que la région doit rele-
Le travail de terrain a été mené dans la région ver face à la volatilité des prix et le rôle des groupes
métropolitaine d’Accra et sa banlieue au Gha- de producteurs dans l’ élaboration des politiques
na et dans le corridor Lagos-Ibadan au Nigeria. agricoles. Pour finir, une synthèse résume l’essentiel
Ces deux régions ont été choisies car elles sont à des divers chapitres et parties de cet ouvrage.
l’avant-garde de la transformation des systèmes
agroalimentaires en termes d’urbanisation, d’essor Pour aider le lecteur à s’orienter dans cette étude,
de la classe moyenne, d’évolution des habitudes les paragraphes suivants offrent un bref aperçu du
de consommation alimentaires et d’expansion des contenu des diverses parties, chapitres et sections
systèmes de distribution des produits alimentaires thématiques. Une introduction plus détaillée figure
modernes et des agro-industries. L’accent a été mis en début de chaque Partie, et les grands points
sur l’exploration des attitudes des consommateurs saillants et conclusions sont brièvement résumés à
urbains à Accra et Lagos face aux divers produits la fin de chaque chapitre.
alimentaires et aux divers points de vente des pro-
duits alimentaires. L’équipe AGWA a aussi discuté Partie I
avec des directeurs et des fournisseurs des divers La Partie I (chapitres 2-4) examine (1) les forces
points de vente des produits alimentaires, des en- économiques, technologiques et sociales motrices
treprises agroalimentaires du couloir Lagos-Ibadan de la croissance et du changement dans le système
et des producteurs de volaille au Ghana. agroalimentaire en Afrique de l’Ouest (2) examine
la réponse de la production agricole à ces facteurs et
Outre les consultations des parties prenantes lors (3) le rôle que le commerce international et régio-
du travail de terrain, l’ équipe de l’ étude AGWA nal ont joué dans la performance de l’Agriculture
a invité le Réseau des Organisations Paysannes et de la région, à la fois en termes d’exportations et
de Producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) de dépendance croissante de la région vis à vis
à produire des documents de référence mettant en des importations alimentaires. Le Chapitre 2 en
lumière ses perspectives sur l’ évolution du contexte début de la Partie I décrit cinq forces motrices
politique de la région, ainsi que les expériences et principales qui agissent sur l’ évolution structurelle
opportunités de participation des familles d’agri- du système agroalimentaire en Afrique de l’Ouest,
culteurs dans les chaînes de valeur Agricoles. allant des transformations démographiques à la
mondialisation et aux révolutions technologiques.
Les documents de référence, l’ étude préliminaire Ce chapitre analyse l’ évolution de ces mutations
et autres informations empiriques ont servi de dans l’ensemble de la région de la CEDEAO et
base à la troisième étape, l’ élaboration du rapport traite des grandes variations d’un pays à l’autre. La
définitif. Section thématique A, qui suit le chapitre 2, se
penche en détail sur l’enjeu de la volatilité des prix,
une préoccupation désormais plus grave depuis la
1.3 Le rapport définitif AGWA : montée en flèche des prix mondiaux de 2008 mais
un guide de lecture qui en réalité pèse sur les marchés de l’Afrique de
l’Ouest depuis longtemps.
Après un chapitre introductif, le texte principal de
ce rapport est structuré en quatre parties. Chaque Le Chapitre 3 examine ensuite la réponse de
partie contient deux ou trois chapitres consacrés aux l’Agriculture ouest-africaine, en termes de pro-
grands thèmes de l’ étude. Après ces quatre parties, duction accrue et de gains de productivité, aux
un dernier chapitre présente les principales conclu- dynamiques évoquées dans le Chapitre 2. Après
sions, les implications politiques et les éléments clés avoir brièvement décrit la diversité du tissu pro-
pour l’avenir. Les chapitres sont complétés, dans les ductif de la région, le chapitre décrit les tendances
Parties I et IV, par des sections thématiques, en fait de la production agricole dans l’ ensemble de la
des mini-chapitres de quelques pages chacun qui région au cours des trente dernières années, ainsi

45
C hapitre 1 / 1.3 Le rapport définitif AGWA : un guide de lecture

que ses variations d’un pays à l’autre. Il analyse à 2009, l’ évolution de la disponibilité de macro-
ensuite dans quelle mesure la croissance a été nutriments (calories, protéines et lipides) et de
déterminée par les gains de productivité ou s’il celle de divers groupes d’aliments (féculents, pro-
s’agit simplement d’une expansion de la produc- duits animaux, fruits et légumes, etc.). Les chiffres
tion avec l’utilisation des technologies existantes. disponibles par habitant (mesure approximative
Le chapitre documente une réponse très mitigée de la consommation par habitant) révèlent une
de la production face à la hausse de la demande de évolution frappante des régimes alimentaires dans
produits agricoles ouest-africains décrite dans le la région sur cette longue période, évolution mar-
Chapitre 2. Ce chapitre continue par une analyse quée par une amélioration générale de la dispo-
des grandes raisons de cette réponse mitigée, al- nibilité des aliments et de la qualité du régime
lant de l’accès limité de nombreux agriculteurs de alimentaire, mais variant énormément d’un pays à
la région au marché, à des systèmes de recherche l’autre. L’impact négatif des guerres et troubles ci-
et de vulgarisation sous-financés et à un cadre vils sur la disponibilité par habitant et la diversité
politique peu porteur. du régime alimentaire est clair, tout comme l’ est
l’ effet positif de la forte croissance économique de
Les pays d’Afrique de l’Ouest participent depuis pays tels que le Ghana et le Cap-Vert.
longtemps aux échanges internationaux, que ce
soit avec leurs partenaires d’outre-mer ou leurs Dans le Chapitre 6, l’analyse des moyennes
voisins. Le Chapitre 4 analyse les performances nationales de disponibilité alimentaire par ha-
du commerce agricole ouest-africain ces trente bitant contenue dans les BA laisse la place à un
dernières années, à la fois avec les pays d’outre- examen de la variation des dépenses alimentaires
mer et à l’intérieur de la région. Dans ce chapitre entre zones rurales et zones urbaines et entre
sont examinées les tendances des importations différentes catégories de revenus. Pour ce faire,
alimentaires croissantes de l’Afrique de l’Ouest les résultats des études de budget-consommation
et ses performances d’exportation agricole à la lu- réalisées dans 9 des 15 pays de la CEDEAO sont
mière des déterminants décrits dans le Chapitre 2 analysés. Ces études permettent d’enquêter sur la
et de la réponse mitigée de l’offre abordée dans le façon dont la hausse des revenus et l’urbanisation
Chapitre 3. Ce chapitre traite aussi de l’ évolution ont affecté et sont susceptibles d’affecter à l’avenir
de la composition des importations et des expor- la demande d’aliments essentiels parmi divers
tations Agricoles de la région ainsi que de leur groupes démographiques. Plusieurs de ces études
concentration géographique, mettant l’accent sur présentent des estimations de l’ élasticité-revenu
la prédominance du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, de la demande et des parts marginales de budget
du Ghana et du Sénégal dans le commerce de la consacrées à divers aliments dans ces différents
région avec les pays d’outre-mer. Pour conclure, pays, paramètres qui permettent de mieux saisir
ce chapitre décrit le rôle important et néanmoins l’ampleur de l’ évolution probable de la demande
peu documenté du commerce Agricole intra-ré- d’aliments variés dans ces pays.
gional qui offre des débouchés rémunérateurs aux
producteurs ouest-africains et améliore la sécurité Le Chapitre 7 complète les analyses quantitatives
alimentaire chez les consommateurs. des Chapitres 5 et 6 par des résultats quantitatifs
de groupes de réflexion avec des consommateurs et
Partie II des détaillants d’Accra et Lagos sur les principaux
La Partie II (Chapitres 5-7) examine l’ évolu- facteurs, notamment les changements de mode de
tion de la demande à laquelle sont confrontés vie, les prix et la commodité, qui déterminent les
les systèmes agroalimentaires ouest-africains sur choix alimentaires dans les mégapoles d’Afrique de
les marchés intérieurs et régionaux. Cet examen l’Ouest. Ces résultats donnent un aperçu des enjeux
se fait à trois niveaux d’analyse. Le Chapitre 5 que les producteurs, entreprises agroalimentaires et
prend les données des bilans alimentaires (BA) détaillants doivent relever s’ils veulent concurrencer
de chacun des quinze pays de la CEDEAO sur les produits alimentaires importés.
une période de trente ans et documente, de 1980

46
Chapitre 1 / 1.3 Le rapport définitif AGWA : un guide de lecture

Partie III à s’approvisionner en matières premières de qualité


La Partie III (Chapitres 8-10) analyse comment le constante aux difficultés des plus petits exploitants
système de distribution alimentaire dans les points à améliorer la qualité et la présentation de leurs
de vente au détail, les industries agroalimentaires et produits finis.
les chaînes de valeur agricoles de la zone de la CE-
DEAO réagissent aux forces du changement struc- Le Chapitre 10, le plus détaillé de la Partie IV,
turel décrit dans la Partie I et à l’ évolution rapide de analyse comment les chaînes de valeur s’adaptent
la demande décrite en Partie II. En commençant par aux diverses forces de changement structurel et à la
le consommateur en bout de chaîne, le Chapitre  8 demande, et détermine en quoi les caractéristiques
analyse la situation et l’ évolution probable de la de diverses chaînes de valeur affectent leur aptitude
vente au détail des produits alimentaires en Afrique à devenir compétitifs dans le nouveau contexte
de l’Ouest en mettant plus particulièrement l’accent mondial dans lequel évolue l’Agriculture ouest
sur les modèles de points de vente plus modernes. africaine. Le chapitre développe ces points en se
Le rôle des supermarchés et des restaurants de res- focalisant en détail sur les six chaînes de valeur qui
tauration rapide dans la transformation des chaînes illustrent les nombreux enjeux et potentialités de
d’approvisionnement et du commerce de détail des l’Afrique de l’Ouest : riz, manioc, volaille, produits
produits alimentaires en Asie, en Amérique Latine laitiers, cacao et coton. Ensuite, une analyse plus
et en Afrique Australe ont été largement étudiés ces brève est consacrée à d’autres chaînes de valeurs
dernières années, suscitant de fortes inquiétudes pour lesquelles les perspectives de demande sont
quant à l’exclusion possible des petits exploitants prometteuses. Il s’agit de l’huile végétale, du bétail
agricoles de ces segments de marché. Toutefois les de ruminants, du maïs, du niébé, des fruits destinés
perspectives de croissance du commerce moderne à la transformation et des noix de cajou.
de détail de produits alimentaires en Afrique de
l’Ouest n’étant pas bien connues, il a été demandé Partie IV
aux chercheurs AGWA d’enquêter sur la question. La Partie IV (Chapitres 11 et 12) analyse les ré-
Le Chapitre 8 débute par un examen des preuves percussions des questions abordées dans les cha-
de l’ émergence et de l’expansion du commerce mo- pitres précédents sur les investissements publics et
derne de détail des produits alimentaires dans toute les politiques nationales et régionales, notamment
l’Afrique, puis de leur expansion au Nigeria et au les politiques commerciales. Ces investissements
Ghana. Ce chapitre met en lumière les enjeux et et politiques visent à stimuler la croissance agri-
potentialités que la modernisation du commerce cole, à créer des emplois et à faciliter l’intégration
de détail des produits alimentaires représente pour régionale. Trois sections thématiques approfon-
les divers acteurs du système agroalimentaire de dissent des questions politiques spécifiques large-
l’Afrique de l’Ouest, ainsi que la persistance des ment débattues ces dernières années en Afrique
petits commerces traditionnels dans l’avenir. de l’Ouest (participation des parties prenantes à la
formulation des politiques, accès des agriculteurs
Le Chapitre 9 analyse la structure et la per- aux intrants améliorés, et droits fonciers et droits
formance de l’agrotransformation dans la région à l’usage de l’eau).
et met particulièrement l’accent sur l’hétérogé-
néité de ce segment du système agroalimentaire. Le Chapitre 11 commence par une brève analyse
L’agrotransformation en Afrique de l’Ouest se de l’ évolution des politiques agricoles dans la région,
caractérise par une dichotomie entre le nombre de l’indépendance jusqu’à la période de l’ajustement
relativement restreint d’entreprises d’échelle in- structurel des années 1980 et 1990, et à la « redé-
dustrielle (dont un grand nombre transforme des couverte de l’agriculture » par les gouvernements
produits importés, comme le blé et la poudre de africains et leurs partenaires de développement, aux
lait) et le grand nombre d’entreprises de petite environs des années 2000. Sont abordés ensuite plus
taille, fréquemment exploitées dans le secteur in- en détail les politiques agricoles actuelles et les plans
formel. Le chapitre souligne les enjeux de chaque d’investissement dans la région, au niveau national
segment, allant des difficultés des gros exploitants comme régional. À cela s’ajoute une analyse des

47
C hapitre 1 / 1.3 Le rapport définitif AGWA : un guide de lecture

politiques économiques régionales de l’UEMOA et développement pour le marché intérieur, le Cha-


de la CEDEAO, respectivement Politique Agricole pitre 12 analyse les politiques qui affectent le
de l’UEMOA (PAU) et Politique agricole de la CE- commerce de la région, à la fois entre les pays
DEAO (ECOWAP). La procédure de l’ECOWAP membres de la CEDEAO et avec le monde exté-
a été fusionnée avec le PDDAA en 2005, et ce pro- rieur. Il relate les progrès à ce jour de la promo-
gramme conjoint (connu sous le nom ECOWAP/ tion de l’intégration économique régionale dans
PDDAA) a contribué à réorienter les politiques le contexte de la CEDEAO et de l’UEMOA,
agricoles et les programmes d’investissement aux notamment la promotion du libre-échange au
niveaux national et régional. Le Chapitre 11 analyse sein de ces communautés économiques, et la
ces politiques et programmes d’investissement à l’ création d’un Tarif Extérieur Commun et des
échelle nationale – soulignant les éléments com- mécanismes de sauvegarde qui l’accompagnent
muns ainsi que les approches divergentes dans les pour négocier leurs échanges avec le reste du
15 Etats membres de la CEDEAO – et à l’ échelle monde. Ce chapitre examine aussi les enjeux de
régionale, examinant s’ils répondent bien ou non la CEDEAO dans l’ élaboration d’un Accord de
aux enjeux identifiés plus haut dans ce rapport. Ce partenariat économique régional avec l’Union
faisant, ce chapitre examine également la cohérence Européenne et en quoi les initiatives d’intégra-
des politiques nationales et régionales, identifiant tion régionale ont interagi avec les obligations de
ainsi les « lacunes politiques ». ses Etats membres envers l’Organisation mon-
diale du commerce. Le Chapitre 12 analyse aussi
Suite au Chapitre 11, les Sections thématiques les outils accessibles à la région, au-delà des
B, C et D abordent les questions politiques devenues mécanismes de protection proposés, pour s’armer
de plus en plus décisives ces dernières années : (1) le contre la volatilité des prix qu’elle rencontre en
rôle des groupes de parties prenantes, notamment Afrique de l’Ouest ainsi que sur les marchés
du ROPPA, le Réseau des Organisations Paysannes mondiaux. Pour finir, le chapitre examine la co-
et de Producteurs de l’Afrique de l’Ouest, dans hérence entre les politiques Agricoles et com-
la conception et la mise en œuvre des politiques merciales à la lumière des évolutions structurelles
(2) les solutions politiques pour améliorer l’accès en cours dans les économies ouest-africaines.
des agriculteurs aux intrants comme les engrais, les
semences améliorées, les pesticides et les produits Principales conclusions et implications politiques
vétérinaires et (3) les politiques affectant les droits Le dernier chapitre (Chapitre 13) présente les
fonciers et les droits à l’usage de l’eau. principales conclusions et implications politiques
de l’ étude AGWA et propose une approche pour
Bien que le Chapitre 11 soit surtout consacré relever les enjeux et saisir les potentialités de
aux investissements agricoles et aux stratégies de l’Agriculture ouest-africaine.

48
Source: Mali Commissariat à la sécurité alimentaire

Le large éventail des zones agro-climatiques de l’Afrique de l’Ouest crée de nombreuses possibilités
d’expansion de la disponibilité de la nourriture pour les consommateurs et de l’accès aux marchés
rentables pour les agriculteurs grâce au commerce régional.

Source: FAO
Source: Mali Commissariat à la sécurité alimentaire

Source: Mali Commissariat à la sécurité alimentaire


La croissance rapide de la population et l’urbanisation exercent une énorme pression sur les
infrastructures de marché et de transport dont dépend le système agroalimentaire en Afrique
de l’Ouest.
Source: Mali Commissariat à la sécurité alimentaire

Source: Abdramane Traoré

Le commerce international et régional des denrées alimentaires de l’Afrique de l’Ouest est en


pleine expansion pour aider à répondre à sa demande croissante de nourriture.
Partie I / Transformation des systeme agroalimantaires en Afrique de l’Ouest : facteurs et tendances

Partie I Transformation des systeme agroalimantaires en Afrique de l’Ouest :


facteurs et tendances

Cette partie du rapport met en exergue les forces économiques, technologiques et sociales génératrices de croissance
agricole et de changements structurels dans le système agroalimentaire en Afrique de l’Ouest. Il examine quel a été
l’impact de ces forces motrices dans la production Agricole et l’approvisionnement alimentaire de la région, et quel
rôle le commerce Agricole joue depuis 30 ans en termes de performance à l’export et de fiabilité croissante de la
région sur les importations alimentaires.

Le Chapitre 2, dans la Partie I, décrit dans un des denrées agricoles sur les trente dernières années,
premier temps les cinq forces motrices majeures avant d’analyser si l’augmentation de la production
génératrices de changements structurels dans l’Agri- a été déclenchée principalement par la croissance
culture ouest-africaine : (1) les changements dé- de la productivité des ressources ou simplement
mographiques, (2) la transformation structurelle grâce au développement de la production utilisant
inégale mais continue de l’ économie de la région, les technologies existantes. Cette analyse révèle une
(3) les variations de la croissance du revenu et sa réponse mitigée à la demande croissante de produits
répartition (notamment les évolutions du taux de issus de l’Agriculture ouest-africaine décrite dans
pauvreté, l’ émergence de la classe moyenne et la le Chapitre 2. Sont ensuite traités les principaux
nature évolutive de l’insécurité alimentaire dans la facteurs, allant de l’accès limité au marché pour
région), (4) la vulnérabilité économique et politique de nombreux agriculteurs de la région à un cadre
persistante due aux catastrophes d’origine natu- politique peu porteur, qui ont contribué à cette
relle et humaine, les pressions environnementales réponse mitigée.
y compris le changement climatique, et la volatilité
des prix, et (5) la mondialisation et les change- Le Chapitre 4 analyse sur les trente dernières
ments technologiques. Le chapitre souligne à la fois années, et en fonction des facteurs présentés dans le
les tendances régionales de ces forces motrices et Chapitre 2, la performance des échanges Agricoles
leur grande variation parmi les 15 pays de la CE- en Afrique de l’Ouest, tant sur le plan international
DEAO. L’enjeu de la volatilité des prix, inhérente que dans la zone de la CEDEAO. Ce quatrième
à l’Agriculture ouest-africaine et particulièrement chapitre souligne le degré variable de dépendance
prégnante depuis 2008, fait l’objet d’une discussion aux produits d’importation et d’exportation aux-
plus approfondie dans la partie Section thématique quels font face les différents pays composant la
A qui suit immédiatement le Chapitre 2. CEDEAO. Si l’on prend la région dans son inté-
gralité, les denrées Agricoles constituent moins de
Le Chapitre 3 analyse ensuite les effets de ces 20 % du commerce total de marchandises. Cette
forces motrices décrites dans le Chapitre 2 sur la faible proportion s’explique par l’importance d’ex-
croissance de la production et de la productivité de portations de minéraux et de pétrole de la part de
l’Agriculture ouest-africaine. Il décrit tout d’abord pays comme le Nigeria et leur capacité à importer
la base de production diversifiée de la région, puis en conséquence un éventail élargi de produits Agri-
examine les tendances régionales de la production coles et non-Agricoles, même si pour certains pays,

51
Partie I / Transformation des systeme agroalimantaires en Afrique de l’Ouest : facteurs et tendances

les exportations et importations Agricoles consti- intra-régional, en valorisant mettant l’accent sur
tuent l’essentiel de leur balance commerciale. Ce les produits clés échangés au sein de la région
chapitre souligne tout d’abord le contenu évolutif ainsi que le potentiel et les contraintes liés à son
des importations alimentaires vers la région et la développement.
dépendance croissante de celle-ci aux importations
de certaines denrées clés comme le riz, le blé, les La Partie I présente donc un aperçu des diffé-
produits laitiers et la volaille. Vient ensuite une rents facteurs contribuant à la performance Agri-
analyse sur la performance des exportations agri- coles de la région et de la réponse de l’Agricultu-
coles sur les trente dernières années, notamment re ouest-africaine à ces forces. Elle ouvre la voie
sur le contenu évolutif des exportations, exami- à des analyses plus détaillées de la Partie II sur
nant aussi bien denrées pour lesquelles l’avantage l’ évolution des demandes des produits agricoles
comparatif de l’Afrique de l’Ouest semble s’être dans la région, et Pour la Partie III, sur la réponse
améliorer que celles qui sont en déclin. Enfin, le des détaillants, des entreprises agroalimentaires et
chapitre conclut en présentant le rôle stratégique des chaînes de valeur spécifiques face à l’ évolution
mais trop peu documenté du commerce Agricole de ces demandes.

52
Partie I / Chapitre 2 / 2.1 Tendances démographiques

Chapitre 2
Les facteurs des changements structurels de
l’Agriculture ouest-africaine

Ce chapitre plante le décor des chapitres suivants en décrivant les principaux facteurs et tendances qui constituent et
constitueront l’ évolution de la demande et de la consommation alimentaire ainsi que la structure et la prospérité de
l’Agriculture ouest-africaine. De prime abord, certains de ces facteurs semblent être en mesure d’affecter principale-
ment la demande de produits agricoles, alors que d’autres influencent l’offre. En y regardant de plus près, pourtant, la
plupart des facteurs influent des deux côtés. C’est le cas de l’augmentation de la population et des revenus qui stimule
manifestement la demande alimentaire dans la région, mais qui influence aussi considérablement la demande de
main d’œuvre et de capital pour l’agriculture et l’industrie alimentaire.

Ce chapitre traite de cinq facteurs principaux :

》》 les changements démographiques, notamment la croissance rapide de la population, l’urbanisation


et la répartition géographique évolutive des individus dans la région ;

》》 la transformation structurelle continue bien qu’inégale de l’ économie régionale ;


》》 l’augmentation des revenus et leur répartition évolutive, englobant une analyse des taux de pauvreté,
de la sécurité alimentaire et de l’ élargissement de la classe moyenne ;

》》 la vulnérabilité persistante des progrès économiques et politiques dans leur ensemble due à la
récurrence des catastrophes d’origine naturelle et humaine dans la région, la pression constante
sur les ressources naturelles de la région, le changement climatique et la volatilité des prix (voir
Section thématique A) ; et

》》 la mondialisation et les changements technologiques, notamment l’implication de nouveaux ac-


teurs mondiaux dans l’Agriculture ouest-africaine, la révolution de l’information et la révolution
des biotechnologies.

Ce chapitre est consacré aux grandes tendances ré- 2.1 Tendances démographiques
gionales de ces différents facteurs et met en exergue
l’extrême disparité de la plupart des 15 pays de la Les changements démographiques se caractérisent
CEDEAO. par une croissance de population rapide, des taux
d’urbanisation élevés et une répartition démogra-
phique de plus en plus inégale12.

12 Bien que ce chapitre analyse les tendances de ces facteurs clés, il n’en fait pas
usage dans la construction des possibles scénarios de trajectoires de croissance alter-
natives pour les économies ouest-africaines. Pour une telle analyse, voir AfDB, 2011.

53
Partie I / Chapitre 2 / 2.1 Tendances démographiques

Tableau 2.1 Estimations passées et projections pour les pays membres de la CEDEAO
Proportion 2005-2010
CEDEAO Total Taux de
Pays 1950 1990 2010 2020 2030 2050 en 2010 croissance
(millions d’habitants) (%)
Bénin 2,3 4,8 8,8 11,5 14,6 21,7 2,9 3,0
Burkina Faso 4,3 9,3 16,5 22,1 29,1 46,7 5,5 3,0
Cap-Vert 0,2 0,3 0,5 0,5 0,6 0,6 0,2 1,0
Côte d’Ivoire 2,6 12,5 19,7 24,5 29,8 40,7 6,6 1,8
Gambie 0,3 1,0 1,7 2,2 2,8 4,0 0,6 2,8
Ghana 5,0 14,8 24,4 30,3 36,5 49,1 8,1 2,4
Guinée 3,1 5,8 10,0 12,8 15,9 23,0 3,3 2,0
Guinée-Bissau 0,5 1,0 1,5 1,9 2,3 3,2 0,5 2,0
Liberia 0,9 2,1 4,0 5,2 6,5 9,7 1,3 4,5
Mali 4,6 8,7 15,4 20,5 26,8 42,1 5,1 3,1
Niger 2,5 7,8 15,5 22,1 30,8 55,4 5,2 3,5
Nigeria 37,9 97,6 158,4 203,9 257,8 389,6 52,7 2,5
Sénégal 2,4 7,2 12,4 16,0 20,0 28,6 4,1 2,7
Sierra Leone 1,9 4,0 5,9 7,2 8,5 11,1 2,0 2,6
Togo 1,4 3,7 6,0 7,3 8,7 11,1 2,0 2,2

Total CEDEAO 69,8 180,5 300,8 388,1 490,9 736,8 100,0 2,6

Source: UNDESA, 2011.

2.1.1 Une démographie galopante La population ouest-africaine est majoritairement


jeune avec 44 % d’individus de moins de 15 ans.
La démographie ouest-africaine est en perpé- Cette situation impose un besoin considérable de
tuelle augmentation et cette tendance devrait création d’emplois pour les années à venir, étant
durer jusqu’au milieu du siècle. Sur les trente der- donné que les 80 millions de jeunes gens entre 5 et
nières années, la population d’Afrique de l’Ouest 14 ans arriveront sur le marché du travail lors de la
a plus que doublé, avec un taux d’augmentation prochaine décennie 13. À l’ère de la mondialisation
annuel de 2,7 %. Traduit en termes absolus, cela et d’une exposition accrue aux médias numériques, la
représente une progression de 139 millions d’ha- jeunesse rurale nourrit d’autres ambitions et estime
bitants en 1980 à 301 millions en 2010. Cette l’agriculture traditionnelle moins attrayante, car trop
croissance, bien qu’en recul, devrait se prolonger pénible, peu rentable et très risquée à leurs yeux. Ils
jusqu’au cours milieu du siècle. Quant à la popu- affluent dans les villes à la recherche d’emplois dans
lation régionale, elle atteindra selon les prévisions le secteur informel des services. Parallèlement à cela,
388 millions en 2020, 490 millions en 2030 et une population essentiellement jeune est en train
736 millions en 2050 (UNDESA, 2011). Les taux d’accélérer le développement de nouveaux styles de
d’augmentation sont très variables selon les pays, vie et les modes de consommation, les propageant
allant de 1 % par an pour le Cap-Vert, bien engagé des zones métropolitaines dans l’arrière-pays.
dans sa transition démographique et sujet à une
émigration massive, à 4,5 % au Liberia, en proie 2.1.2 Urbanisation
au retour de populations ayant fui la guerre civile.
Le Tableau 2.1 expose les tendances par pays et La population ouest-africaine est en pleine urba-
la prééminence démographique du Nigeria en nisation. Entre 1980 et 2010, le nombre de citadins
Afrique de l’Ouest.
13 Les données démographiques proviennent de l’UNFPA (2013).

54
Partie I / Chapitre 2 / 2.1 Tendances démographiques

Tableau 2.2 Taux d’urbanisation estimés, 1990 - 2050


1990 2010 2020 2030 2050
Pays (%)
Bénin 34,5 44,3 50,7 56,5 66,7
Burkina Faso 13,8 25,7 34,0 41,5 55,2
Cap-Vert 44,1 61,8 68,7 73,4 79,5
Côte d’Ivoire 39,3 50,6 57,5 63,1 72,1
Gambie 38,3 56,7 61,6 65,8 73,3
Ghana 36,4 51,2 57,5 62,8 72,3
Guinée 28,0 35,0 40,2 46,2 58,4
Guinée-Bissau 28,1 43,2 49,7 54,7 63,1
Liberia 40,9 47,8 51,8 56,4 66,1
Mali 23,3 34,3 40,8 47,1 59,2
Niger 15,4 17,6 20,6 25,3 37,1
Nigeria 35,3 49,0 55,0 60,8 71,3
Sénégal 38,9 42,3 45,7 50,8 61,4
Sierra Leone 33,0 38,9 43,0 48,2 59,5
Togo 28,6 37,5 42,5 47,9 59,3
CEDEAOa 31,9 42,4 47,9 53,4 63,6
Afrique de l’Ouestb 33,2 44,3 49,9 55,4 65,7

Source: UNDESA, 2011.


a Moyenne simple, CEDEAO.
b Moyenne pondérée, Afrique de l’Ouest (y compris Mauritanie et Sainte-Hélène).

a augmenté de 4,5 % par an contre 1,8 % pour les Africapolis de l’OCDE, qui présente une approche
ruraux. Cette tendance devrait se prolonger entre différente de celle des Nations-Unies sur l’ esti-
2011 et 2050, avec des prévisions d’augmentation mation de la population urbaine en Afrique de
de 3,7 % par an contre 0,5 % seulement dans les l’Ouest en combinant les données du recensement
zones rurales (UNDESA, 2011). Dès 2020, sur de la population aux images satellites. En prenant
les 388 millions d’individus résidant en Afrique comme base un seuil de 10 000 habitants comme
de l’Ouest, la moitié habitera en zone urbaine, et limite inférieure des agglomérations urbaines, l’
selon les prévisions, le taux d’urbanisation attein- étude a estimé l’ensemble de la population urbaine
dra 65 % en 2050 (UNFPA, 2010). d’Afrique de l’Ouest en 2000 à 74,5 millions, soit
18,4 millions de moins que les données des Na-
Alors que l’urbanisation s’étend à un rythme tions-Unies basées sur les statistiques nationales.
effréné dans la région, des disparités conséquentes
en termes de degré d’urbanisation entre les pays Nonobstant les données incohérentes, deux sché-
surgissent, allant de 61 % au Cap-Vert à 17 % au mas classiques d’urbanisation se détachent dans la
Niger (Tableau 2.2). région. Tout d’abord, la prépondérance des zones
métropolitaines nationales sur les villes secondaires
Plusieurs auteurs ont remis en cause l’exactitude se dessine. Environ 40 % de la population urbaine
des statistiques officielles de la démographie et de réside dans les principales zones métropolitaines,
l’urbanisation (Hitimana et al., 2009b; Hitimana qui mesurent en moyenne 6,3 fois la taille de la
et al., 2009c; Denis et Moriconi-Ebrard, 2008). deuxième plus grande ville en 2000 (Denis et Mori-
En outre, l’absence d’une définition uniforme des coni-Ebrard, 2008, Hitimana, et al., 2009c). Vient
populations urbaines rendent les comparaisons ensuite la prolifération des petites villes en zone
croisées et le cumul régional complexes (ibid.). rurale, en périphérie de l’urbanisation,, dont le sta-
Ces disparités sont mises en évidence dans l’ étude tut urbain n’est pas toujours reconnu politiquement

55
Partie I / Chapitre 2 / 2.1 Tendances démographiques

Figure 2.1 Schémas de croissance de la population ouest-africaine

Source: Longabaugh, 2012; Données : FAOSTAT.

et statistiquement. Environ deux tiers de toutes Les disparités de répartition de la population


les agglomérations se situent dans la fourchette urbaine s’observent aussi entre les grands et les
de 10 000 à 50 000 habitants, totalisant un cin- petits pays. Les petits pays semblent afficher la
quième de la population urbaine. De nouveaux dichotomie plus accentuée entre les zones métro-
foyers de population urbaine émergent dans les politaines et les petites agglomérations. Les grands
zones rurales à proximité de grandes villes et le pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et surtout
long des principaux axes routiers et de transport. Il le Nigeria possèdent plusieurs grandes aggloméra-
en résulte que la distance moyenne entre les centres tions secondaires et des villes de taille intermédiaire.
urbains de plus de 10 000 habitants est passée de
111 km en 1950 à 33 km en 2010. Si les petites villes Les taux d’urbanisation tendent à s’élever dans les
constituent la principale interface avec l’ économie pays qui ont connu une croissance économique plus
rurale, les zones métropolitaines incarnent celle forte, corrélation qui se retrouve dans le Rapport sur
des marchés mondiaux. Ainsi que nous le verrons le développement dans le monde de 2009 (World
dans le Chapitre 6, les dernières années ont vu les Bank, 2009b). Le lien de causalité n’est toutefois
habitudes alimentaires urbaines prospérer dans les pas évident. L’urbanisation peut être vue autant
zones rurales (augmentation de la consommation comme une conséquence que comme un moteur
des produits à base de blé et de riz), et les villes de la croissance économique (Allen et al., 2009)14.
secondaires représentent a priori une source im-
portante de nouvelles denrées alimentaires pour les 14 Seuls trois pays affichent des taux d’urbanisation à croissance rapide en dépit
d’une croissance molle ou négative entre 1970 et 2000 : le Liberia, la Sierra Leone et le
résidents des zones rurales. Niger. Pour les deux premiers pays, l’explication en est le conflit armé, et pour le Niger,
une urbanisation bien moindre à la fin de la période coloniale que pour les autres pays
de la région (Allen, et al., 2009).

56
Partie I / Chapitre 2 / 2.1 Tendances démographiques

De plus, le type d’urbanisation peut affecter les moteurs les plus efficaces en termes d’emploi non
résultats en termes de croissance globale et de ré- agricole pour les pauvres (Haggblade et al., 2007;
duction de la pauvreté. Les éléments récents basées Lanjouw et Murgai, 2009).
sur l’analyse de l’ensemble des données croisées
et les données recueillies depuis longtemps sur 2.1.3 Répartition régionale et
la Tanzanie induisent que la migration vers les densités de population
villes secondaires a un impact bien plus grand sur
la réduction de la pauvreté que la migration vers D’un point de vue démographique, l’Afrique de
les zones métropolitaines, quoique moindre sur la l’Ouest se compose d’un pays immense, de six
croissance économique globale (Christiaensen et pays de taille modérée et de huit petits pays. Avec
al., 2013). Plusieurs facteurs expliquent le degré 158 millions d’habitants, le Nigeria constitue à
d’incidence plus élevé de l’urbanisation dans les lui tout seul 53 % du total, et deux autres pays,
villes secondaires et rurales sur la réduction de le Ghana et la Côte d’ivoire, 15 % de plus. Ces
la pauvreté, comme la plus grande probabilité de trois pays non-PMA représentent donc les deux
trouver un emploi (en fonction de la demande en tiers de la population de la région, essentiellement
hausse de main d’œuvre qualifiée et semi-quali- concentrée le long de la côte humide, avec une
fiée), des coûts de migration plus bas et la capacité croissance, en termes absolus, centralisée dans les
de maintenir et d’exploiter des liens sociaux plus Etats côtiers. La répartition démographique et les
forts avec les régions d’origine. Cette situation flux migratoires sont fortement influencés par les
reflète bien le rôle positif des activités rurales non conditions agro-climatiques, l’accès à la terre et les
agricoles sur la réduction de la pauvreté tel que opportunités économiques des pays de la région.
présenté dans la documentation spécialisée. Les Les trois quarts de la population ouest-africaine
villes rurales, qui pondèrent le flux d’intrants, de vivent en zones humides et subhumides, 20 %
biens et de services entre l’arrière-pays rural et les en zone semi-aride (Sahel) et 5 % en zone aride
grands centres urbains, sont perçues comme les (ECOWAS et al., 2007). Les densités de popu-

Figure 2.2 Taux de croissance urbaine prévus en Afrique de l’Ouest, 2010-2020

Taux de variation annuel


de la population urbaine
38.43
4.01
3.19
2.34
0

Population urbaine 2000


7 219 626

3 153 077

10 001

Source: Hitimana, et al., 2009b.

57
Partie I / Chapitre 2 / 2.2 Une transformation structurelle en retard

lation dans les pays côtiers sont 6 à 15 fois plus 2.2 Une transformation
élevées que dans les pays du Sahel, ce qui réduit structurelle en retard
considérablement les coûts par utilisateur de déve-
loppement d’infrastructures liées aux transports, Les changements démographiques décrits plus haut
à la communication et à la commercialisation par font partie d’une transformation structurelle élargie
rapport aux régions plus au nord. des économies ouest-africaines progressant à un
rythme irrégulier. La transformation structurelle
La migration intra-régionale se caractérise par est une caractéristique distinctive du processus de
des taux élevés de migration des zones rurales vers développement. Généralement, elle se compose de
les villes, par des mouvements de population du quatre processus interdépendants : (1) la part décli-
Sahel vers les régions soudano-sahéliennes puis nante de l’agriculture dans le PIB (bien que la taille
de ces régions vers les zones rurales et urbaines de absolue du secteur agricole continue de croître),
pays côtiers plus riches (c’est le cas des migrations (2) l’ émergence d’une économie moderne basée
maliennes et burkinabé vers la Côte d’Ivoire). Au sur l’industrie et les services, (3) une urbanisation
vu des schémas de migration actuels, 2020 verra rapide due à la migration des zones rurales vers les
se dessiner une bande urbaine à densité élevée zones urbaines et (4) la transition démographique
sur toute la largeur de la zone côtière du golfe de caractérisée par le passage de taux élevés à des taux
Guinée (Figure 2.2). En 2005, les villes côtières faibles de natalité et de mortalité (Timmer, 2012).
rassemblaient déjà presque 38 % de la population
totale de la région, contre 28 % en 1950 (Denis et 2.2.1 Une transformation sectorielle lente
Moriconi-Ebrard, 2008).
En Afrique de l’Ouest, la transformation structurelle
demeure incomplète, au vu des quatre processus

Tableau 2.3 Parts moyennes des secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services dans le PIB global
1980-1989 et 2000-2009 (%)
Agriculture Industrie Services
Pays 1980-89 2000-09 1980-89 2000-09 1980-89 2000-09
Bénin 33,8 33,7 14,0 13,7 52,2 52,6
Burkina Faso 29,8 33,8 21,0 22,1 49,2 44,1
Cap-Vert 16,6 9,0 19,0 17,5 64,4 73,6
Côte d’Ivoire 27,1 24,2 20,8 24,5 52,0 51,3
Gambie 34,0 31,1 13,7 14,1 52,3 54,8
Ghana 52,5 36,3 13,8 24,8 33,6 38,9
Guinée 24,0 22,8 33,6 39,1 42,3 38,1
Guinée-Bissau 48,6 55,0 15,7 13,0 35,7 32,0
Liberia 35,8 66,6 27,8 13,5 36,4 19,8
Mali 44,4 37,4 14,8 24,3 40,8 38,1
Niger 38,6 39,3 19,8 17,2 41,6 43,5
Nigeria — 37,2 — 39,2 — 23,6
Sénégal 22,0 16,4 20,7 33,6 57,3 60,0
Sierra Leone 40,0 49,9 15,9 24,4 44,2 25,7
Togo 31,8 39,3 22,0 20,4 46,2 40,3

CEDEAOa — 35,5 — 22,8 — 42,4

Source: World Bank (2011a) Africa Development Indicators.


a Moyenne simple ; les données de la première période pour le Nigéria n’étant pas disponibles, pas de moyenne CEDEAO pour cette période.

58
Partie I / Chapitre 2 / 2.2 Une transformation structurelle en retard

interdépendants qui évoluent à différents rythmes : le PIB est à peine supérieure à celle de l’Asie de
si l’urbanisation progresse à grands pas, en revanche l’Est, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord,
peu de changement se sont produits dans la réparti- même si ces dernières régions ont des revenus par
tion sectorielle de l’ économie, et seuls trois pays habitant trois fois plus élevés que celle des pays
(Cap-Vert, Côte d’Ivoire et Ghana) sont bien d’Afrique subsaharienne (Badiane, 2012).
engagés dans leurs transitions démographiques
visant à réduire la natalité. Malgré une croissance 2.2.2 Croissance de l’ économie informelle
économique forte sur les vingt dernières années,
les statistiques officielles de la répartition secto- Si la croissance du secteur des services a été dopée
rielle du PIB révèlent une très faible variation dans une certaine mesure par un dynamisme récent
depuis les années 1980 (Tableau 2.3). La part dans la finance, la télécommunication et le tou-
de l’agriculture dans le PIB a chuté dans les risme, la tendance dominante demeure la croissance
pays avec un PIB par habitant et des taux de de l’ économie informelle. Une part importante de
croissance élevés (Cap-Vert, Ghana et Nigeria). la transformation structurelle ouest-africaine est le
Or, dans un grand nombre de pays, la part de passage du travail agricole à l’ économie de services
l’agriculture dans le PIB a même augmenté de- informels en milieu rural et urbain. En outre, le
puis les années 1980. Toutefois, hormis le cas du resserrement des institutions gouvernementales et
Burkina Faso, ces pays étaient peu peuplés, ont la privatisation des institutions paraétatiques lors
eu une croissance lente et ont été touchés par des de l’ajustement structurel dans les années 1980 et
conflits (Guinée-Bissau, Liberia, Sierra Leone et 1990 a contribué à réduire le secteur des services
Niger). Plus important, la part du secteur indus- formels. De la même façon, la libéralisation du
triel dans le PIB n’a augmenté que pour 7 des 15 marché a entraîné la faillite de quelques entreprises
pays entre les années 1980 et les années 2000 et manufacturières ayant bénéficié des stratégies d’in-
se maintient, en moyenne, à 23 %. Au sein du dustrialisation des années 1960 et 1970. La plupart
secteur, les facteurs principaux de la croissance des employés licenciés ont retrouvé un moyen de
sont les industries extractives (mines, pétrole), subsistance grâce à l’ économie informelle, y in-
à forte intensité de capital mais peu généra- cluant dans l’agriculture.
trices d’emploi. Le secteur manufacturier, qui
représente le facteur principal de la croissance Les chiffres indiqués dans le Tableau 2.3 doivent
et de la transformation structurelle en Asie, n’a être interprétés avec précaution du fait que la crois-
pas eu la même efficacité en Afrique de l’Ouest. sance de l’ économie informelle et les transforma-
Selon l’ONUDI et la CNUCED (UNIDO and tions sectorielles associées ne sont pas totalement
UNCTAD, 2011), la part du secteur manufac- comptabilisées dans les statistiques officielles. Si la
turier dans le PIB de la région a chuté de 13 % production agricole qui comprend la production de
en 1972 à 5 % en 2008. subsistance apparaît en général sur les comptes na-
tionaux, ce n’est pas le cas des activités informelles
Selon les statistiques officielles, le secteur ter- d’autres secteurs. En conséquence, la part de l’agri-
tiaire continue de dominer l’ économie, avec 42 % culture dans le PIB global tend à être surestimée,
du PIB en moyenne sur la période 2000-2009 pour alors que des parts importantes de l’ économie
les pays de la CEDEAO, suivi par l’agriculture rurale et urbaine non agricole ne sont pas suffi-
(36 %) et l’industrie (23 %). La part du secteur samment prises en compte. Celles-ci comprennent
des services est plus importante que dans d’autres le commerce agricole informel, la transformation
régions en développement, si l’on prend en compte des produits locaux et les services alimentaires qui
les différences de revenu par tête, tandis que la sont le plus souvent essentiellement tenus par les
part de l’agriculture y est moindre. Ainsi, la part femmes (voir Chapitre 9). Si le secteur informel
moyenne du tertiaire en Afrique de l’Ouest est à se caractérise par les activités économiques ne se
peine moins élevée qu’en Amérique latine, qui af- conformant pas aux obligations de s’enregistrer
fiche une moyenne de revenu par habitant presque auprès des autorités publiques, tenir des comptes
huit fois plus élevée. La part de l’agriculture dans et payer des impôts (Hitimana et al., 2009a), le

59
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

gros de l’Agriculture ouest-africaine fait partie de zones rurales sont le théâtre d’une diversification
l’ économie informelle. La contribution estimée de en plein essor. Si les données ne sont pas dispo-
l’ économie informelle (Agriculture comprise) au nibles pour tous les pays de la CEDEAO, un
PIB va de 43 % en Côte d’Ivoire à 77 % au Niger modèle générique semble émerger dans de nom-
(Hitimana et al., 2011). breux pays africains selon lequel à peine moins de
la moitié des petits exploitants sont des vendeurs
Les statistiques officielles de l’emploi ne prennent nets de féculents (céréales, racines et tubercules).
pas non plus en compte l’ économie informelle et Ainsi, des études menées en Ethiopie, au Kenya,
prêtent donc à confusion. La part du secteur agri- au Mali, au Mozambique, au Rwanda, au Sénégal,
cole dans l’emploi total apparaît ainsi surestimée, et en Somalie, en Tanzanie, en Zambie et au Zim-
s’explique en partie par la saisonnalité de la plupart babwe entre le milieu des années 1980 et 2002
des activités agricoles, a fortiori sous régime pluvial, ont révélé que, quel que soit le pays, les vendeurs
qui oblige les ménages agricoles à s’engager dans nets de féculents ne dépassent jamais la moitié
des activités multiples, et quelquefois aussi sur une des petits exploitants. La proportion habituelle
base saisonnière. L’incapacité à comptabiliser pro- est d’environ un tiers. Selon le pays, 5 à 40 %
prement cet emploi saisonnier surévalue l’emploi des petits exploitants n’achètent ni ne vendent
généré par l’agriculture tout en sous-estimant la des féculents (Christiaensen et Demery, 2006 ;
productivité du travail agricole dans ce secteur15. Jayne et al., 2006 ; UNDESA, 2011 ; Weber et
En outre, la plupart des activités non agricoles en al., 1988)16. Les données tirées des enquêtes sur
zone rurale, notamment la transformation des ali- les ménages au Ghana, au Nigeria, au Mali et à
ments, le négoce et la restauration, sont gérées par Madagascar ont révélé des schémas semblables,
des femmes. Pourtant, les membres des ménages la superficie de terres détenue étant le lien le plus
ruraux se classent eux-mêmes dans la catégorie des fort pour une fonction de vendeur net (Zezza et
agriculteurs et apparaissent en tant que tels dans les al., 2006).
enquêtes et les recensements (Allen, et al., 2009;
Broutin et Bricas, 2006). Il en résulte deux conséquences : (1) l’amé-
lioration des systèmes de commercialisation des
De même, tous les producteurs agricoles ne sont denrées alimentaires passe non seulement par le
pas ruraux, puisque de nombreux ménages urbains renforcement des liens entre les zones rurales et
sont impliqués dans l’agriculture, notamment les urbaines mais également par la commercialisa-
jardins potagers et l’ élevage en périphérie des villes tion intra-rurale, car de nombreux acheteurs nets
et des agglomérations. Pour un certain nombre de de féculents vivent en zone rurale ; (2) des prix
pays d’Afrique de l’Ouest, les statistiques officielles de produits alimentaires plus élevés ne profitent
révèlent une population agricole bien supérieure à pas systématiquement aux individus vivant en
la population rurale. milieu rural, en tout cas sur le court terme, car
nombre d’entre eux sont des acheteurs nets de
2.2.3 Une part croissante d’acheteurs nets denrées alimentaires.
du secteur alimentaire

L’ évolution des relations entre acheteurs nets et 2.3 Tendances de la croissance et de la


vendeurs nets de produits alimentaires constitue répartition des revenus
l’une des répercussions majeures de cette trans-
formation économique et démographique. Peu ou La croissance économique, les niveaux de revenus
prou, la population urbaine se compose d’ache- et la répartition du pouvoir d’achat sont de puis-
teurs nets de produits alimentaires alors que les sants facteurs qui influent sur la demande des pro-
16 Les chiffres affichant les plus forts pourcentages de vendeurs nets proviennent
15 Ainsi, dans son rapport de 2009 sur les tendances agricoles et les conditions de d’enquêtes menées dans les années 1980 en zones où les céréales sont en surplus,
vie des ménages, le ministre sénégalais de l’Agriculture a estimé l’ équivalent en plein alors que les chiffres affichant des pourcentages plus faibles proviennent d’enquêtes
emploi dans le secteur agricole à 1,6 million d’emplois à plein temps, soit moins de la nationales plus récentes. Il est donc plus que probable que dans la plupart de ces pays,
moitié des estimations officielles précédentes de la population agricole comptant 3,4 seul un tiers environ des petits exploitants sont des vendeurs nets d’aliments de base.
millions d’individus (Hitimana, et al., 2009b). Voir détails dans Staatz et Dembélé, 2007.

60
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

Tableau 2.4 Taux de croissance du PIB et part du PIB sur la région, Pays de la CEDEAO
1980-2009 (%)
PIB Part du PIB
2010/ha- PIB réel PIB réel/habitant sous-régional
bitanta Taux de croissance annuel moyen Taux de croissance annuel moyen total en
Pays 1980-89 1990-99 2000-09 1980-89 1990-99 2000-09 2009
Bénin 1 576 2,7 4,7 4,0 –0,4 1,3 0,6 2,2%
Burkina Faso 1 247 4,0 5,5 5,4 1,4 2,8 1,9 2,9%
Cap-Vert 3 954 6,3 5,9 6,4 — 3,4 4,8 0,5%
Côte d’Ivoire 1 885 0,7 3,5 0,8 –3,2 –0,3 –1,3 7,5%
Gambie 1 400 3,5 2,7 5,2 –0,2 –0,8 2,1 0,3%
Ghana 1 625 2,6 4,3 5,8 –1,1 1,6 3,5 10,3%
Guinée 1 083 — 4,4 3,0 — 1,0 1,0 1,5%
Guinée-Bissau 1 177 3,8 1,4 1,0 2,8 –1,6 –1,4 0,3%
Liberia 416 –3,3 0,2 0,0 –6,7 –1,9 –3,5 0,3%
Mali 1 057 0,5 3,9 5,3 –1,0 2,1 2,8 3,0%
Niger 723 –0,4 2,4 4,3 –2,8 –1,2 0,5 1,8%
Nigeria 2 363 0,8 2,4 6,6 –2,4 0,0 4,0 63,5%
Sénégal 1 917 2,7 2,8 4,3 0,0 0,3 1,6 4,2%
Sierra Leone 821 0,5 –5,3 9,5 –1,7 –5,7 5,8 0,6%
Togo 991 1,5 3,6 2,5 –2,3 –0,4 –0,1 1,0%

Source: World Bank (2011a) - Africa Development Indicators.


a PIB par habitant en 2013 $EU (PPP).

duits et sur l’ évolution du système agroalimentaire. par habitant. Tandis que 2 des 13 pays de la CE-
Malgré une croissance et des progrès économiques DEAO dont nous possédons les données pour la
avérés dans la réduction de la pauvreté et de la période 1980-1989 ont connu une croissance du
sécurité alimentaire sur les vingt dernières années, PIB par tête, en 2000-2009, 11 sur 15 ont affiché
d’importantes disparités entre et au sein des pays une tendance positive, et 14 sur 15 de meilleurs
demeurent. résultats que dans les années 1980. Les cham-
pions de la dernière décennie sont le Cap-Vert,
2.3.1 Augmentation globale de la croissance le Burkina Faso, le Ghana, le Mali, le Nigeria et
économique et des revenus la Sierra Leone (qui s’est vite remise de la guerre
des années 1990). L’impact des conflits civils est
Globalement, la croissance économique a aug- clairement identifiable sur de nombreuses années
menté de façon notable sur les vingt dernières dans les chiffres pour le Liberia, la Sierra Leone,
années. Comme l’indique le Tableau 2.4, dix pays la Côte d’Ivoire et la Guinée-Bissau.
sur quatorze pour qui les données sont disponibles
ont enregistré des taux de croissance améliorés La forte croissance économique récente tire son
du PIB au cours des années 1990, comparé à la dynamisme du secteur primaire (industries extrac-
décennie précédente. Durant les années 2000, tives et agriculture) et de l’amélioration des prix
tous les pays à l’ exception du Liberia ont connu des denrées de base. Cela étant, les réformes éco-
une croissance économique, et sept d’entre eux un nomiques et politiques mises en œuvre sur les 25
taux moyen de croissance du PIB d’environ 5 %. dernières années sont également en train de porter
Même rapportée par tête, la croissance a mani- leurs fruits dans les secteurs des services. Grâce
festement progressé, à en juger par une majorité aux progrès dans la gestion économique, la gou-
de pays affichant un taux de croissance positif vernance et les politiques macro-économiques et

61
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

sectorielles (examinées au Chapitre 11), d’autres 2.3.2 ​Chute de la pauvreté à


sous-secteurs tels que les services financiers, les différents niveaux
télécommunications et le tourisme commencent
à apporter une contribution importante à la crois- Dans l’ensemble, la croissance économique conti-
sance. Ce dynamisme retrouvé est aussi à mettre nue de ces dernières années a entraîné dans la
à l’actif des rentrées de capital en hausse, notam- plupart des pays ouest-africains une réduction des
ment l’investissement direct étranger, l’assistance niveaux de pauvreté. Il existe généralement un
et l’allègement de la dette (UNECA, 2012). Les lien élargi entre la croissance économique et la
économies ouest-africaines révèlent aussi une ré- réduction de la pauvreté, et les pays affichant une
silience notable face à la récession mondiale qui croissance faible ou négative du PIB par habi-
a suivi la crise financière de 2008. La croissance tant sont aussi sujets à une pauvreté aggravée. Des
annuelle réelle du PIB a atteint un creux de 2,8 % pays comme le Ghana, le Burkina Faso et le Cap-
en 2009 mais est remonté à 6,1 % en 2011 et Vert affichant une croissance continue sur une plus
6 % en 2012 et 2013 (West African Sub-regional longue période sont ceux qui ont connu les réduc-
Office UNECA, 2013). tions les plus significatives en matière de pauvreté.

À l’image de la population, le rendement éco- Or, la qualité de la croissance a son importance.


nomique de la région se concentre fortement dans L’impact de la croissance économique dans son en-
quelques pays (Tableau 2.4). Malgré les chiffres semble pour un pays donné sur la réduction de
globalement positifs de l’ économie, les niveaux la pauvreté peut être entravé par les disparités de
de revenus, calculés en PIB par habitant, fluctuent revenus, attribuables en partie aux potentiels écono-
considérablement sur la région, avec les plus hauts miques variables des différentes zones du pays. Les
niveaux de pouvoir d’achat par habitant pour le estimations basées sur le coefficient Gini disponibles
Cap-Vert, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Sénégal pour les pays de la CEDEAO entre 2003 et 2008
et le Ghana. Le Nigeria à lui seul représentait (Tableau 2.5) vont de 0,36 (répartition relative-
les deux tiers du PIB régional en 2009. Les trois ment équilibrée des revenus) pour la Guinée-Bissau
économies les plus importantes (Nigeria, Ghana, jusqu’à 0,53 (répartition relativement concentrée)
Côte d’Ivoire) représentent plus de 81 % du PIB pour le Liberia17. Ces chiffres sont comparables aux
total de la CEDEAO. Leur santé économique est scores internationaux allant de 0,23 pour la Suède
donc cruciale pour la région. Leur poids écono- à 0,70 pour la Namibie, avec une moyenne de 0,31
mique excède même leur équivalent en population pour l’Union européenne, environ 0,45 pour les
dans la région, qui représentait 67 % en 2010 Etats-Unis et un score entre 0,30 et 0,40 pour deux
(voir Tableau 2.1). Le Sénégal, le Mali, le Burki- tiers des pays d’Asie du Sud-Est (ASEAN).
na Faso, le Bénin, le Niger, la Guinée et le Togo
constituent un autre groupe de pays contribuant Les tendances de la répartition des revenus varient
chacun au PIB régional à hauteur de 1 à 5 %. d’un pays à l’autre. Présentée en détail dans le Cha-
La contribution des pays restants (Sierra Leone, pitre 7, la pauvreté au Nigeria a considérablement
Gambie, Cap-Vert, Liberia et Guinée-Bissau) fluctué au cours des 30 dernières années, et l’indice
au PIB régional est insignifiante, inférieure à 1 % Gini est passé de 0,43 à 0,45 en 2010 (NBS, 2012b).
par pays. Les changements d’indices Gini ont été calculés
par ReSAKSS (Taondyandé et Yade, 2012b) pour
Cette extrême diversité d’un point de vue éco- quatre pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana et
nomique et démographique implique des enjeux Mali) pour lesquels les études budget-consomma-
importants dans le cadre du processus d’intégra- tion sont disponibles sur différentes périodes entre
tion régionale. Si l’intégration économique est 1989 et 2009. La répartition des revenus (basée sur
cruciale pour les pays enclavés qui bénéficieraient
d’une économie d’échelle, elle constitue une ur- 17 Un coefficient Gini de 0 signifie que 20 % de ménages les plus pauvres gagnent
20 % du revenu national, les 50 % les plus pauvres gagnant 50 %, et ainsi de suite. Un
gence moindre pour les grosses économies comme Gini de 1,00 signifie qu’un ménage gagne 100 % du revenu national. La précision des
calculs Gini dépend de la fiabilité des données fiscales, et l’interprétation des chiffres
le Nigeria. d’autant plus soignée.

62
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

Tableau 2.5 Taux individuels de pauvreté et coefficients Gini pour les pays d’Afrique de l’Ouest
Pourcentage de population sous le seuil national Coefficient
Taux individuel de pauvreté a de pauvreté b Gini
2,00 $EU
Pays Annéec 1,25 $EU jour jour Annéec % rural % urbain % national
Bénin 2003 47,3 75,3 2002 46,0 29,0 39,0 38,6
Burkina Faso 2003 56,5 81,2 2002 52,4 19,2 46,4 39,6
Cap-Vert 2001 20,6 57,7 2006 44,3 13,2 26,6 50,4
Côte d’Ivoire 2008 23,8 46,3 2007 54,2 29,4 42,7 41,5
Gambie 2003 34,3 56,7 2002 67,8 39,6 58,0 47,3
Ghana 2006 30,0 53,6 2005 39,2 10,8 28,5 42,8
Guinée 2007 43,3 69,6 2006 63,0 30,5 53,0 39,4
Guinée-Bissau 2002 48,8 77,9 2001 69,1 51,6 64,7 35,5
Liberia 2007 83,7 94,8 2006 67,7 55,1 63,8 52,6
Mali 2006 51,4 77,1 2005 57,6 25,5 47,4 39,0
Niger 2007 43,1 75,9 2006 63,9 36,7 59,5 34,0
Nigeria 2004 64,4 83,9 2003 63,8 43,1 54,7 42,9
Sénégal 2005 33,5 60,3 2004 61,9 35,1 50,8 39,2
Sierra Leone 2003 53,4 76,1 2002 78,5 47,0 66,4 42,5
Togo 2006 38,7 69,3 2005 74,3 36,8 61,7 34,4
CEDEAO 53,8 75,4 42,7
Source : World Bank (2011a) - Africa Development Indicators.
a Parité du pouvoir d’achat (PPA), pourcentage de population.
b Seuils de pauvreté nationaux pour les populations rurales, urbaines, et dans leur ensemble tel que défini dans les Documents nationaux de
Stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP).
c Années sélectionnées entre 2003 et 2008.

les dépenses de consommation par personne) s’est sur les types de demande auxquels est confronté le
équilibrée au Burkina Faso (entre 1994 et 2009), est système agroalimentaire dans chaque pays.
restée la même en Côte d’Ivoire (entre 1993 et 2008)
et s’est déséquilibrée au Ghana (entre 1992 et 2006) Les données disponibles présentent une grande
et au Mali (entre 1989 et 2006). Au Burkina Faso, la variation des niveaux de pauvreté parmi les pays
réduction des inégalités en matière de revenus s’est (Tableau 2.5), avec des taux de pauvreté bien plus
surtout révélée par la réduction du fossé entre les re- bas au Cap-Vert, en Côte d’Ivoire, au Ghana et
venus urbains et ruraux, du fait que l’inégalité urbaine au Sénégal que dans les autres pays de la région.
a vraiment augmenté à cette période. Au Ghana et Le Tableau 2.5 révèle les mesures de pauvreté par
au Mali, cette augmentation à l’ échelle nationale a habitant calculées selon deux critères distincts : (1)
été stimulée par l’inégalité croissante des revenus le pourcentage de population ayant une parité de
dans les zones urbaines et entre les zones urbaines pouvoir d’achat inférieure à 1,25 et 2 $EU, ce qui
et rurales pour les deux pays et par l’augmentation permet de comparer les pays ; (2) le pourcentage de
de cette inégalité en zone rurale pour le Ghana. Ces population dans les zones rurales et urbaines dans
schémas divergents de la répartition des revenus chaque pays tombant en dessous du seuil national
mettent en évidence la différence de perception des de pauvreté tel que défini dans le plan stratégique
gains de la croissance économique selon les segments de réduction de la pauvreté du pays en question.
de population par pays ; celui qui y gagne est, semble- Selon les estimations des taux de pauvreté indi-
t-il, lié en partie aux choix de la politique nationale. viduels exprimés en termes de parité du pouvoir
Ces disparités dans la répartition des revenus auront, d’achat, plus de la moitié de la population régionale
comme nous le verrons, d’importantes conséquences vit avec moins de 1,25 $EU par habitant par jour, et

63
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

trois quarts avec moins de 2 $EU par habitant par Les chiffres illustrant les seuils de pauvreté na-
jour. Les taux de pauvreté extrême (tels qu’évalués tionaux indiquent que la pauvreté demeure essen-
par le seuil de pauvreté par habitant de 1,25 $EU) tiellement concentrée dans les zones rurales, avec
sont en diminution dans presque tous les pays de la des taux de pauvreté deux à trois fois plus élevés
CEDEAO. Sur les 11 pays dont les données sont par rapport aux zones urbaines. Les études bud-
disponibles sur de longues périodes entre 1985 et get-consommation menées pour sept pays (Burkina
2008, le taux individuel de pauvreté de 1,25 $EU a Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Niger, Sénégal
baissé dans huit pays (Burkina Faso, Gambie, Gha- et Togo) entre 2006 et 2009 ont révélé que les
na, Guinée, Mali, Niger, Sénégal et Sierra Leone), dépenses totales moyennes par habitant (une ap-
est resté le même dans un pays (Guinée-Bissau) et proximation du revenu par tête) dans les zones
a augmenté dans deux (Nigeria, Côte d’Ivoire)18. urbaines sont supérieures de 78 % à celles des
Pour la Côte d’Ivoire, l’augmentation du taux de zones rurales – au Burkina Faso – jusqu’à 148 % au
pauvreté a eu lieu lorsque les revenus par habitant Mali (Taondyandé et Yade, 2012b). Certains pays
chutaient dans tout le pays, alors que le taux de dont la croissance économique a été la plus rapide
pauvreté au Nigeria a augmenté pendant les années ces dernières années (Cap-Vert, Ghana et Burki-
1990 (période de stagnation économique en termes na Faso) affichent des taux de pauvreté bien plus
de croissance moyenne du PIB par tête), et a depuis faibles en milieu urbain qu’en milieu rural, laissant
légèrement reculé. supposer qu’un pourcentage plus élevé des pauvres
en ville qu’en milieu rural a été sorti de la pauvre-
18 Calculs effectués à partir des données de la World Bank, 2011a, Africa Develop-
ment Indicators. té grâce à cette croissance. En revanche, les pays

Tableau 2.6 La classe moyenne ouest-africaine en 2008


Classe moyenne Classe moyenne
Classe flottantea inférieureb supérieurec Total
Population Population Population Population

Pays (%) (millions) (%) (millions) (%) (millions) (%) (millions)


Bénin 6,9 0,6 5,9 0,5 4,8 0,4 17,7 1,5
Burkina Faso 10,2 1,6 2,3 0,3 0,9 0,1 13,3 2
Cap-Vert 29,7 0,1 11,7 0,1 5 0 46,4 0,2
Côte d’Ivoire 18,2 3,8 11,8 2,4 7,1 1,5 37,1 7,7
Gambie 22 0,4 12,3 0,2 3,7 0,1 37,9 0,6
Ghana 26,8 6,3 13,5 3,2 6,2 1,5 46,6 10,9
Guinée 6,3 0,6 2,8 0,3 1,5 0,1 10,6 1,0
Guinée-Bissau 10,2 0,2 6,4 0,1 1,2 0 17,8 0,3
Liberia 2,9 0,1 1,2 0 0,7 0 4,8 0,2
Mali 17 2,2 4,9 0,6 3,2 0,4 25,1 3,2
Niger 8,7 1,3 3,3 0,5 2 0,3 14 2,1
Nigeria 12,9 19,5 6,2 9,3 3,8 5,7 22,8 34,5
Sénégal 23,9 2,9 7,3 0,9 4,5 0,6 35,7 4,4
Sierra Leone 11,4 0,6 4,6 0,3 2,6 0,1 18,6 1,0
Togo 11,6 0,7 7,3 0,5 1,6 0,1 20,4 1,3
CEDEAO 14,3 40,9 6,7 19,2 3,8 10,9 24,7 70,9
Source : Adapté de l’AfDB, 2011a.
a Classe flottante définie selon une dépense quotidienne par tête, en parité de pouvoir d’achat (PPA) évaluée sur la base des prix de 2005 (année de
référence), située entre 2 et 4 $EU.
b Classe moyenne inférieure définie selon une dépense quotidienne par tête, en parité de pouvoir d’achat (PPA) évaluée la base des prix de 2005
(année de référence), située entre 4 et 10 $EU.
c Classe moyenne supérieure définie selon une dépense quotidienne par tête, en parité de pouvoir d’achat (PPA) évaluée la base des prix de 2005
(année de référence), située entre 10 et 20 $EU.

64
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

Tableau 2.7 La sous-nutrition dans la zone CEDEAO, 1992-2008


Progrès Progrès
vers vers
Nombre de personnes souffrant Objectifb Objectifb
Pays Population de sous-nutrition ODMc Proportion souffrant de sous-nutrition ODMc
1990- 1995- 2000- 2006- Change- 1990- 1995- 2000- Change-
2006-08 92 97 02 08 ment 92 97 02 2006-08 ment
(millions) (millions) (%) (%) (%)
Bénin 8,1 1,0 1,0 1,0 1,0 –0,3 ■ (rd) 20 18 15 12 –41 ■ (gr)
Burkina Faso 15,1 1,2 1,2 1,4 1,2 –3,0 ■ (yl) 14 12 12 8 –40 ■ (gr)
Côte d’Ivoire 18,7 1,9 2,6 2,9 2,9 50,9 ■ (rd) 15 17 17 14 –2 ■ (rd)
Gambie 1,6 0,1 0,3 0,3 0,3 143,9 ■ (rd) 14 23 21 19 41 ■ (rd)
Ghana 22,7 4,3 2,3 1,9 1,1 –74,0 ■ (yl) 28 13 9 5 –83 ■ (gr)
Guinée 9,4 1,3 1,5 1,7 1,6 23,5 ■ (rd) 20 19 20 16 –18 ■ (rd)
Liberia 3,5 0,6 0,7 1,1 1,1 85,0 ■ (rd) 30 32 36 32 7 ■ (rd)
Mali 14,0 2,4 2,5 1,9 1,5 –38,1 ■ (gr) 27 25 18 12 –56 ■ (gr)
Niger 14,0 3,0 3,5 3,1 2,3 –22,2 ■ (yl) 37 37 27 16 –55 ■ (gr)
Nigeria 147,0 16,3 10,9 11,9 9,4 –42,3 ■ (gr) 16 10 9 6 –61 ■ (gr)
Sénégal 11,5 1,7 2,3 2,6 2,3 32,4 ■ (rd) 22 26 26 19 –14 ■ (yl)
Sierra Leone 5,5 1,8 1,6 1,9 1,9 3,6 ■ (rd) 45 39 43 35 –22 ■ (yl)
Togo 5,7 1,7 1,7 1,9 1,9 7,6 ■ (rd) 43 36 36 30 –31 ■ (rd)
CEDEAOd 276,6 37,3 32,1 33,6 28,5 -23,6 20,3 15,3 14,2 10,3 –49,2

Sources: FAO, State of Food Insecurity 2011, [Link] Données de population UN World Population Prospects 2010,
[Link]
a objectif Sommet mondial de l’alimentation (SMA) : entre 1990 et 2015 diviser par deux le nombre de personnes malnutries dans la population
b objectif du millénaire pour le développement (ODM) : entre 1990 et 2015 diviser par deux la part des personnes souffrant de malnutrition
c Clé du progrès vers SAM et ODM :

■ (gr) Objectif déjà atteint ou prévu pour 2015.


■ (yl) Progrès insuffisant pour atteindre l’objectif si les tendances dominantes persistent.
■ (rd) Aucun progrès, ou aggravation.

d Totaux CEDEAO moins Cap-Vert et Guinée-Bissau.

confrontés à une croissance molle et aux conflits taires et non alimentaires. Comprendre les spécifi-
civils (Sierra Leone, Liberia et Guinée-Bissau) af- cités des classes moyennes ouest-africaines et leur
fichent des taux de pauvreté élevés en ville comme comportement d’acheteurs de produits alimen-
en campagne. taires devient donc essentiel pour les perspectives
de développement du marché visant à permettre
2.3.3 Une classe moyenne émergente aux producteurs nationaux et régionaux de s’em-
parer d’une part importante de ce marché et de
Dans un contexte économique africain en regain, devenir plus concurrentiels à l’import.
l’augmentation de la classe moyenne a déclenché
l’intérêt des décideurs politiques et du secteur Donner une représentation précise des carac-
privé, y compris les investisseurs étrangers. Entre téristiques essentielles et de la taille de la classe
les élites traditionnelles et la grande majorité des moyenne s’avère ambitieux. À l’instar de la pau-
pauvres, arrive une classe moyenne émergente, vreté, la « classe moyenne » est un terme multi-
notamment dans les zones urbaines. Cette classe dimensionnel qui peut se définir en fonction de
moyenne est de plus en plus perçue par les en- différentes variables comme le revenu, les dépenses,
treprises internationales et nationales comme un la propriété des biens, le niveau d’éducation et l’affi-
marché en expansion pour les produits alimen- liation professionnelle et de caractéristiques moins

65
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

tangibles comme l’attitude, les aspirations et les ber dans la pauvreté suite à un choc économique.
modes de vie. Les ménages des classes moyennes Pourtant, en tant que classe émergente, ce groupe
sont en général constitués de salariés et de petits est à même de commencer à améliorer et diversifier
entrepreneurs et ils possèdent réfrigérateurs et té- son régime alimentaire, en imposant au système
léphones mobiles. Ils valorisent l’ éducation, ont agroalimentaire de nouvelles et diverses demandes.
moins d’enfants et accordent plus de temps à la En se basant sur un ménage moyen composé de
nutrition et à la scolarité des enfants. Les valeurs cinq personnes, les dépenses mensuelles de la classe
de la classe moyenne correspondent généralement flottante seraient comprises entre 300 et 600 $EU ;
à un souhait de rendre le marché plus concurren- celles de la tranche haute des ménages de la classe
tiel, une meilleure gouvernance, l’ égalité des sexes moyenne inférieure et supérieure seraient respecti-
et un investissement accru dans l’ éducation, les vement dans les 1500 $EU à 3000 $EU mensuels.
sciences et les technologies dans leurs pays respec-
tifs (AfDB, 2011b). Le Tableau 2.6 indique qu’en 2008, un peu
plus que 70 millions d’Ouest-Africains, presque
Définir la classe moyenne et évaluer sa taille en un quart de la population totale, appartenait à la
fonction de différents critères est remis en cause classe moyenne. Toutefois, la plus grande partie,
par l’absence de données démographiques et so- soit 40 millions (58 % du total), constitue la
cio-économiques approfondies 19. Cette section classe flottante, des individus dont les revenus
apporte des révélations sur la taille des classes sont à peine supérieurs au seuil de pauvreté, avec
moyennes en Afrique de l’Ouest selon une étude 30 millions restant dans les classes moyennes et
menée par la Banque de développement en Afrique moyenne-supérieure. Ces dernières catégories,
s’appuyant sur des chiffres de la base de données dont la dépense quotidienne dépasse les 4 $EU
de la Banque mondiale ([Link]). Cette section par jour, si rassemblées dans un seul pays, repré-
synthétise aussi les informations sur la taille et senteraient en termes de population le second
l’ évolution des classes moyennes dans cinq pays plus grand pays de la CEDEAO.
ouest-africains pour lesquels les données d’en-
quêtes ont été analysées par le ReSAKSS (Taon- La classe moyenne ouest-africaine est essen-
dyandé et Yade, 2012a). Le Chapitre 7 présente tiellement concentrée dans les trois pays les plus
des informations complémentaires concernant grands : la moitié vit au Nigeria, et 27 % au Ghana
des classes moyennes urbaines au Ghana et au et en Côte d’Ivoire. Toutefois, si on la classifie par
Nigeria afin de jeter les bases d’une discussion la part de la classe moyenne dans la population
de l’ évolution de la demande alimentaire et de la nationale, la répartition diffère. Le Ghana dé-
consommation à Accra et à Lagos. tient la plus grande part des individus de la classe
moyenne en pourcentage de population (47 %),
La BAD détermine trois sous-groupes au sein de suivie par le Cap-Vert (46 %), la Côte d’Ivoire (37
la classe moyenne africaine : (1) la « classe flottante », %), le Sénégal (36 %) et le Nigeria (22 %). La part
désignant les individus dépensant au quotidien, en combinée des classes moyennes inférieure et supé-
parité de pouvoir d’achat (PPA) évaluée sur la base rieure représente t 20 % de la population au Ghana
des prix de 2005 (année de référence), un montant et 19 % en Côte d’Ivoire, puis viennent le Cap-
de 2 à 4 $EU, (2) la classe moyenne inférieure, dont Vert (17 %), la Gambie (16 %), le Sénégal (12 %)
la dépense per capita au quotidien est comprise et le Nigeria (10 %). En fait, si le Nigeria détient
entre 4 et 10 $EU et (3) la classe moyenne supé- de loin la classe moyenne la plus importante dans
rieure, dont la dépense quotidienne se situe entre la région, celle-ci ne représente qu’une petite part
10 et 20 $EU (AfDB, 2011b). La classe flottante de sa population, reflétant ainsi la répartition très
est un groupe fragile positionné juste au-dessus inégale des revenus dans le pays.
du seuil de pauvreté et qui peut facilement retom-
L’analyse des études budget-consommation par
19 Les études sur les foyers tendent à sous-estimer les niveaux de dépenses et ReSAKSS (Taondyandé and Yade, 2012b) a aussi
d’actifs en raison de données insuffisantes. Cette tendance biaisée s’accentue quand
les revenus augmentent. pris en compte les changements de la répartition

66
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

Encadré 2.1 Le double fardeau de la malnutrition en Afrique de l’Ouest


Malgré les chiffres préoccupants de la sous-nutri- durée de vie des aliments. Il en résulte un régime
tion du Tableau 2.7, les problèmes de surnutrition alimentaire de plus en plus calorique mais de
(obésité et surpoids) s’étendent en Afrique de moins en moins nutritif (« calories vides »).
l’Ouest et sont progressivement reconnus comme
menaces à la santé publique1. La nécessité de trai- Conséquence de ces changements, l’Afrique
ter simultanément les questions de sous-nutrition de l’Ouest fait face à une épidémie croissante
et de surnutrition, liées toutes deux à l’ évolution de maladies non transmissibles liées au régime
des modes alimentaires de la région, est généra- alimentaire, telles que diabète, hypertension et
lement désignée comme le « double fardeau de maladies cardio-vasculaires. La prévalence glo-
la malnutrition » en Afrique de l’Ouest. bale du diabète dans les pays ouest-africains a
enregistré sur les dernières décennies une hausse
La prévalence de l’obésité dans la région est estimée à 30 %. Les chiffres sont encore plus
aujourd’hui estimée entre 6,6 % et 10 % de la frappants dans les agglomérations du Nigeria
population totale, avec des taux plus que doubles et du Cameroun, où la prévalence du diabète
dans les zones urbaines par rapport aux zones a grimpé de plus de 300 % entre 1985 et 2000
rurales et bien plus élevés chez les femmes que (Abubakari et al., 2008).
chez les hommes. Entre 2000 et 2004, presque
50 % de la population urbaine d’Afrique de Les coûts potentiels de ces différentes formes
l’Ouest était obèse ou en surpoids (Abuba- de malnutrition pour l’Afrique de l’Ouest, en
kari, et al., 2008 ; FAO, 2013b). Les données termes de morts précoces, handicaps et perte de
de l’OMS indiquent le nombre stupéfiant de productivité, sont immenses. L’un des modes
44 % de femmes sierra-léonaises (en milieu ru- de calcul des coûts économiques et sociaux de
ral comme urbain) en situation de surpoids ou ces fléaux s’établit grâce à une mesure appelée
d’obésité (WHO, 2008-2013). DALY (Disability Adjusted Life Years, année
de vie corrigée du facteur invalidité). Un DALY
Cette tendance s’explique notamment par des représente l’ équivalent de la perte d’une année
modes de vie plus sédentaires en milieu urbain entière de vie saine en comparaison d’une si-
et des régimes alimentaires malsains composés tuation idéale où chacun vieillit, sans maladie
essentiellement de formes variées de restaura- ni incapacité. Les coûts de la sous-nutrition de-
tion rapide basées sur les produits indigènes meurent de loin le premier des problèmes de
aussi bien qu’ occidentalisés du fait que les ci- nutrition qui touche l’Afrique de l’Ouest, avec
tadins manquent de plus en plus de temps et une perte de 383 DALY pour 1000 personnes en
recherchent des solutions rapides de repas (voir 2010, comparé à 14 pour 1000 en termes d’obési-
Chapitre 7). Ces aliments à la densité énergé- té et de surpoids. Pourtant, la tendance des coûts
tique élevée et moins diversifiés que les produits sociaux dus à la sous-nutrition est manifestement
traditionnels ouest-africains sont pour la plu- en baisse, avec une chute de 60 % depuis 1990
part des produits transformés à haute teneur en (947 DALY pour 1000 personnes pour cette
sucre, en sel et en graisse. Si l’un des objectifs année-là). En revanche, le coût de l’obésité et
de la transformation des produits alimentaires du surpoids est en augmentation, ayant plus que
est d’étendre leur durée de conservation, cela doublé (de 6 DALY pour 1000 en 1990) (FAO,
implique souvent de supprimer des nutriments 2013b). En outre, les maladies liées à la surnu-
tels que les acides gras essentiels qui limitent la trition sont chroniques et longues à s’installer, et
alors que la population continue de s’urbaniser et
1 L’obésité et le surpoids sont mesurés par l’indice de masse corporelle (IMC),
défini comme le poids d’une personne en kilogrammes divisé par le carré de sa vieillit, les coûts augmentent a priori rapidement.
taille (en mètres). L’obésité est définie par un IMC> 30, alors qu’une personne est
en surpoids si l’IMC est supérieur à 25. Les gouvernements ouest-africains devraient

67
Partie I / Chapitre 2 / 2.3 Tendances de la croissance et de la répartition des revenus

bientôt avoir à rediriger leurs ressources humaines Les consommateurs urbains d’Afrique de
et financières dédiées à la lutte contre la sous-nu- l’Ouest sont de plus en plus conscients de ces
trition et le retard de croissance moins visible en problèmes de sous-nutrition. Le Chapitre 7
apparence car confinée aux zones rurales essen- examine ces questions et les options politiques
tiellement, pour combattre les conséquences de la prises pour répondre à cet enjeu.
surnutrition, notamment dans les zones urbaines.

de population dans la classe moyenne au Burkina 2.3.4​Augmentation progressive de la


Faso, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Mali. Dans sécurité alimentaire
deux pays, le Burkina Faso et le Ghana, la part de
la population dans la classe moyenne a explosé sur Les statistiques sur la sécurité alimentaire montrent
les 15 dernières années, avec une taille , en termes une chute des niveaux d’insécurité alimentaire dans
absolus, croissant à un taux annuel moyen de 10 % la région, tant en nombre absolu qu’en pourcentage
(bien qu’à partir d’une petite base) au Burkina Faso de population souffrant de sous-nutrition (Tableau
entre 1994 et 2009 et de presque 7 % par année au 2.7). Selon le rapport sur l’ état de l’insécurité ali-
Ghana entre 1992 et 2006. En revanche, pour le mentaire dans le monde (SOFI) de 2012 publié
Mali entre 1989 et 2006, la proportion de la classe par la FAO (FAO, 2012b), la part des individus
moyenne est demeurée quasi-inchangée (en crois- sous-nourris dans la population totale a été réduite
sance de 2,5 % par année dans les zones urbaines de moitié, passant de 20 à 10 % entre 1990 et
mais en baisse de 2,4 % par année dans les zones 2006-2008, avec un nombre de personnes souf-
rurales). En Côte d’Ivoire, la classe moyenne a chuté frant de sous-nutrition chutant de 37,3 millions
de 0,4 % par année entre 1992 et 2006. À l’instar du à 28,5 millions sur la même période20. Les taux de
Mali, il s’est produit une augmentation de la classe sous-nutrition en Afrique de l’Ouest sont générale-
moyenne dans les zones urbaines (0,8 % par année), ment plus bas qu’en Afrique de l’Est, du Sud et du
compensée par une réduction plus grande en taille Centre. Toutefois, le Tableau 2.7 dévoile également
de la classe moyenne dans les zones rurales (2,0 % des progrès très inégaux dans les pays ouest-afri-
par année). cains dans la réduction de la sous-nutrition, avec
de fortes progressions pour le Ghana, le Nigeria, le
Les différences de trajectoires selon les pays et Mali et le Niger tandis que le Liberia, la Gambie,
la grande proportion de la classe flottante à peine le Sénégal et la Sierra Leone affichent des chiffres
supérieure au seuil de pauvreté montrent que la bien plus mauvais. Par ailleurs, bien que le taux de
taille de la classe moyenne et son augmentation sous-nutrition ait chuté dans 11 des 13 pays pour
demeurent fragiles. Elles dépendent essentielle- lesquels la SOFI a collecté des données (seuls la
ment du niveau et de la qualité de la croissance Gambie et le Liberia sont en hausse), en raison de
économique et de l’absence de conflits civils. Le l’augmentation de la population, le nombre absolu
Nigeria est un exemple de la fragilité de la crois- d’individus sous-nourris a augmenté dans sept pays
sance de la classe moyenne. Bien que les données (Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Liberia, Sénégal,
chronologiques n’aient pas été disponibles pour Sierra Leone et Togo). Bien que la disponibilité
cette étude, les données en l’ état révèlent qu’une moyenne par personne des aliments ait augmenté
population de classe moyenne plus nombreuse a durant cette période, les dimensions d’accès et de
existé pendant les années 1970 à la suite du premier qualité demeurent des enjeux majeurs.
choc pétrolier. Si la récente période de croissance
économique soutenue a développé a priori la classe
moyenne en termes absolus, sa taille relative a di- 20 Il est important de noter que ces chiffres de la sous-nutrition s’appuient essentiel-
lement sur la disponibilité de la nourriture dans la région et ne prennent donc pas en
minué, comme l’atteste les dernières études sur la compte les questions liées à l’accès aux denrées alimentaires, tant à l’intérieur du pays
qu’au sein des ménages. L’insécurité alimentaire pourrait ainsi être dans les faits bien
pauvreté nationale (voir Chapitre 7). supérieure. Ces chiffres, en outre, ne reflètent pas le statut nutritionnel des individus,
notamment la prévalence élevée des enfants en retard de croissance dans toute la
région.

68
Partie I / Chapitre 2 / 2.4 Des progrès économiques et politiques encore fragiles dans l’ ensemble

Au-delà d’un manque de calories de base, des dants au Nigeria et au Mali. La combinaison de
millions souffrent également de carences en mi- la pression démographique, de la détérioration de
cronutriments (appelée « faim insoupçonnée ») l’environnement et d’un aménagement territorial
en fer, vitamine A, en iode et en zinc. Ces ca- déséquilibré risque fort d’entretenir la vulnérabilité
rences, en particulier chez les femmes et les enfants, de la région aux conflits et aux catastrophes.
sont particulièrement présentes en milieu rural
et sont en partie liées aux habitudes alimentaires La Figure 2.3 indique le nombre d’individus tou-
qui orientent la plupart des aliments riches en chés par les catastrophes naturelles en Afrique de
nutriments vers les hommes. En milieu urbain, l’Ouest entre 1965 et 2010. Ces catastrophes étaient
toutefois, elles sont aussi en partie dynamisées par à l’origine des sécheresses (essentiellement dans les
un changement de régime alimentaire si l’on en pays du Sahel) et des inondations (dans les pays du
juge par la transition des citadins vers un régime littoral pour la plupart), sachant que les premières
plus riche en sucre, en graisse et en glucides (voir s’avèrent plus dévastatrices. Comme le montre la
Partie II). Alors que les taux de sous-nutrition ont Figure 2.3, les catastrophes naturelles surviennent
chuté sur les trente dernières années, des problèmes irrégulièrement et à des magnitudes extrêmement
d’obésité et de surpoids commencent à émerger au variables. Les pays d’Afrique de l’Ouest, notam-
cœur de la santé publique, particulièrement dans ment les Etats membres du CILSS, ont appris à
les zones urbaines (Encadré 2.1). gérer et atténuer les catastrophes naturelles locali-
sées grâce aux systèmes d’information du marché
et d’alerte précoce ainsi qu’au développement de
2.4​Des progrès économiques et politiques différents types de filets de protection sociale. Ces
encore fragiles dans l’ ensemble outils se sont toutefois révélés moins adaptés aux
périodes de pénurie alimentaire mondiale et aux
pics de prix comme ce fut le cas en 2007-2008, 2010
2.4.1 ​Crises récurrentes et 2012 (voir Section thématique A).

Malgré la tendance positive en termes de revenu par Depuis les années 1980, la fréquence des catas-
habitant et d’accessibilité alimentaire en Afrique de trophes naturelles a chuté par rapport aux crises
l’Ouest ainsi qu’une perspective d’une démocrati- d’origine humaine liées principalement aux conflits
sation et d’une ouverture des systèmes politiques civils (Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire et Mali
depuis les années 1990, la région est confrontée à plus récemment). Certaines de ces crises se sont
de nombreuses catastrophes naturelles et d’origine prolongées. Ainsi, sur les 30 années allant de 1981
humaine depuis un demi-siècle. Cette situation a à 2010, FAO/GIEWS a enregistré 23 années d’ur-
généré de graves pénuries alimentaires et mis à mal gence pour la Sierra Leone et 22 ans pour le Liberia
la capacité productive de plusieurs pays 21. L’instabi- ( Josserand, 2011). En prenant en compte le nombre
lité traverse souvent les frontières, perturbe le com- d’individus touchés et la gravité des pénuries, les
merce régional et élève les risques d’investissement pays les plus durement affectés par ce type de crise
dans les pays limitrophes (les coûts imposés au Mali générée par des conflits ont été par ordre de taille,
et au Burkina Faso du fait de la perte d’accès au le Nigeria (en raison de la guerre civile des années
port d’Abidjan pendant le conflit ivoirien en sont 1960), le Liberia, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire
la preuve). La vulnérabilité persistante face aux ca- et la Guinée-Bissau (ibid.)
tastrophes naturelles et d’origine humaine est mise
en évidence par les crises alimentaires récurrentes Les catastrophes naturelles et d’origine humaine
survenant au Sahel, par les guerres civiles en Sierra récurrentes ont sérieusement affecté le développe-
Leone, en Côte d’Ivoire et au Liberia, et par les ment des systèmes agroalimentaires en Afrique
attaques terroristes de la part de groupes indépen- de l’Ouest :

》》 En l’absence d’outils de gestion des risques


21 Comme le note Josserand (2011), la distinction claire entre les catastrophes natu-
relles et d’origine humaine est souvent complexe, car les facteurs naturels et humains
interviennent souvent indifféremment dans la création ou l’aggravation d’une crise
alimentaire. comme l’assurance-récolte, les sècheresses et

69
Partie I / Chapitre 2 / 2.4 Des progrès économiques et politiques encore fragiles dans l’ ensemble

Figure 2.3 Nombre d’individus affectés par les catastrophes naturelles en Afrique de l’Ouest a

En millions, 1965 - 2010


20

18

16

14

12

10

0
68

74

80

86

92

98

04

10
65

71

77

83

89

95

01

07
19

19

19

19

19

19

20

20
19

19

19

19

19

19

20

20
Source : base de données OFDA/CRED sur les catastrophes naturelles, université de Louvain, tel que présenté dans Josserand, 2011.
a Les figures intégrant les pays de la CEDEAO ainsi que le Tchad et la Mauritanie.

les récoltes perdues obligent fréquemment du capital humain et la fuite des ressources fi-
les agriculteurs à vendre leurs biens pour sur- nancières et humaines au-delà des frontières. En
vivre. Résultat, même quand les conditions de raison de l’interdépendance des états ouest-afri-
production reprennent leur état « normal », cains, une même crise touche fréquemment les
la production ne repart en général que très pays limitrophes.
lentement.
》》 Les catastrophes, qu’elles soient naturelles ou
》》 Face au risque de catastrophe naturelle, les agri- d’origine humaine impliquent des interven-
culteurs privilégient la résilience et la gestion tions d’urgence nécessitant des efforts tels que
des risques au niveau de l’exploitation, sou- la distribution la plus large possible d’aide ali-
vent en diversifiant leurs activités agricoles et mentaire. En cas d’inorganisation, ces efforts
non-agricoles. La stabilité obtenue grâce à la sécurisés peuvent mettre à mal les initiatives
diversification s’acquiert aux dépens de l’effi- locales de production alimentaire et de com-
cacité, tant au niveau de l’exploitation que du merce.
système de commercialisation, qui aurait pu
être atteinte avec une spécialisation plus accrue Etant donné le caractère inévitable des catas-
au sein de l’exploitation. trophes naturelles à venir et le nombre croissant de
conflits qu’elles peuvent générer autours d’accès aux
》》 L’instabilité de la production alimentaire locale ressources agricoles de plus en plus rares (notam-
due au climat augmente l’intérêt des transfor- ment dans un contexte de changement climatique),
mateurs de produits alimentaires et des détail- le renforcement des modalités de résolution de
lants à se tourner vers les produits importés plu- ces conflits devront être un élément essentiel des
tôt que vers la production locale pour s’assurer stratégies de développement Agricole. Il s’avère
un approvisionnement régulier. également impératif de concevoir dispositifs de
protection sociale qui renforcent les initiatives d’in-
》》 Les guerres et les troubles civils entraînent la vestissement dans l’ensemble du système agroali-
disparition de biens et d’infrastructures pro- mentaire plutôt que les contrer. Ces deux impéra-
ductifs, l’absence de cadre légal, la destruction tifs sont examinés en Partie IV.

70
Partie I / Chapitre 2 / 2.4 Des progrès économiques et politiques encore fragiles dans l’ ensemble

Encadré 2.2 De la dégradation des ressources à une intensification de


l’agriculture durable
S’attaquer aux problèmes de la dégradation des Ce passage du « plus plausible» au « plus
ressources agricoles et du recul de productivité adapté » (Fairhurst 2012) implique de s’éloi-
des terres en Afrique de l’Ouest demande une gner des recommandations d’ordre général
approche plus sophistiquée que celle qui consis- telles que l’augmentation de l’usage des en-
terait simplement à s’efforcer de reproduire le grais minéraux dans la région à hauteur de
modèle de la Révolution verte en Asie, fondée 50 kg/ha jusqu’à des solutions plus ciblées
sur les semences améliorées, l’expansion de l’ir- pour des systèmes agricoles différents qui
rigation et l’utilisation fortement accrue des en- couvrent une palette d’avantages produc-
grais minéraux. Au vu de la diversité agro-écolo- tifs, socio-économiques et environnemen-
gique ouest-africaine, les faibles infrastructures taux pour les producteurs et pour le grand
de base (y compris pour l’irrigation) et les enjeux public. Ces approches nécessitent souvent
du changement climatique, de nombreux ap- une intégration améliorée de l’ élevage et
pels ont été lancés en faveur d’approches plus des cultures au sein des systèmes agricoles.
adaptées localement pour une intensification de
l’agriculture durable. Bien qu’il n’existe pas une 3. Se recentrer sur une approche de production
définition unanime de l’« intensification du- des cultures non limitée aux pesticides et herbi-
rable », plusieurs éléments communs ressortent cides mais orientée vers la lutte intégrée. Cette
de la plupart des débats sur ce thème1: approche privilégie un agroécosystème sain
(dont le maintien des populations d’insectes
1. Passer d’une généralisation de l’utilisation en utiles et de prédateurs naturels des parasites
hausse des engrais minéraux à un recentrage agricoles) constituant le front de défense des
sur l’amélioration de la santé des sols. Les élé- agriculteurs face aux récoltes endommagées.
ments essentiels à une approche favorisant
la bonne santé des sols sont constitués par 4. Augmenter la productivité et la solidité des
une combinaison d’engrais minéraux, de récoltes face aux chocs environnementaux en
matière organique et des techniques cultu- adaptant le germoplasme à l’environnement
rales telles que le labourage minimum et et aux conditions spécifiques des sols grâce à
les cultures intercalaires qui améliorent la un programme de sélection visant à exploi-
rétention d’eau et les biotes des sols. Cette ter et entretenir la diversité génétique des
approche vise également à augmenter l’effi- cultures africaines. Ce programme prévoit
cacité de l’engrais utilisé via une combinai- de s’appuyer sur un éventail de techniques
son plus harmonieuse de la composition des de sélection, y compris la sélection agricole
engrais adaptée aux besoins nutritifs spé- traditionnelle, la culture de cellules et de
cifiques des sols et des cultures de chaque tissus, la sélection assistée par marqueur et
agriculteur et en améliorant la planification l’ingénierie génétique (bien que celle-ci ne
et la mise en place des applications via des fasse pas l’unanimité parmi les adeptes de
techniques comme le microdosage. l’intensification durable).

2. Passer d’une approche basée sur des recom- 5. Passer d’une approche favorisant unique-
mandations de vulgarisation unique à des ment l’expansion de l’irrigation à une meil-
approches différentiées adaptées aux divers leure gestion des sols et de l’eau, notamment
systèmes agricoles en Afrique de l’Ouest. dans les zones pluviales grâce à des tech-
niques de culture destinées à conserver, à
1 Voir FAO (2011b) ; The Montpellier Panel (2013) ; Garnett and Godfray (2012) ;
et Fairhurst (2012). stocker et à retenir l’eau. Dans les systèmes

71
Partie I / Chapitre 2 / 2.4 Des progrès économiques et politiques encore fragiles dans l’ ensemble

irrigués, l’accent est de plus en plus mis sur durable adaptée localement nécessitera un
l’amélioration de l’efficacité d’utilisation de investissement conséquent dans le renfor-
l’eau, comme c’est le cas de la réduction de cement des connaissances et des capacités
déperdition d’eau. dans tout le système agroalimentaire. Les
systèmes de recherche agricole doivent col-
6. Développer un cadre politique solidaire in- laborer avec les agriculteurs et les autres
citant les acteurs à adopter des pratiques acteurs comme les distributeurs d’intrants
durables d’intensification. Parmi celles-ci, pour développer les solutions durables, les
établir une cotation plus réaliste de l’eau organisations des producteurs et les agents
d’irrigation afin de décourager sa dilapida- de vulgarisation doivent promouvoir ces
tion, améliorer l’accès au crédit aux agricul- approches et intégrer les connaissances
teurs afin d’acquérir du matériel agricole empiriques des agriculteurs qui peuvent
pouvant être utilisé pour construire des bil- contribuer à l’amélioration des solutions
lons cloisonnés pour conserver l’eau et de proposées, et les agriculteurs doivent ap-
petites barrières de rétention, et s’affranchir prendre le mode d’utilisation des nouvelles
des subventions pour les engrais non ciblés technologies et des outils de gestion.
pour aller vers des approches de « subven-
tion intelligente » plus ciblées, basées sur 8. Les possibilités d’apprentissage dans la
des avoirs (voir Section thématique C en région, de partage des succès et d’ensei-
Partie IV ). gnements tirés des échecs se font légion au
fur et à mesure des approches d’intensifi-
L’Afrique de l’Ouest peut se vanter de quelques cation adaptées aux différentes agro-éco-
modèles de succès locaux grâce à une approche logies régionales. En même temps, le be-
d’intensification durable, notamment dans le soin d’une meilleure coordination parmi
Sahel où des terres très dégradées ont été restau- les nombreuses organisations encourageant
rées, en privilégiant le reboisement et en remon- les différentes versions de l’intensification
tant le niveau des nappes phréatiques épuisées durable existe dans toute la région. Actuel-
(Botoni and Reij, 2009 ; Kabore and Reij, 2004). lement, 40 organisations locales œuvrent
D’autres approches, telles que les cultures inter- dans le domaine de la gestion des ressources
calaires de maïs et de légumineuses (ces dernières naturelles et du développement rural. Les
fixant l’azote et contribuant à la suppression des initiatives sont généralement peu reliées les
mauvaises herbes au début de la croissance du unes aux autres, chaque organisation visant
maïs), s’avèrent très prometteuses, tout autant à garantir sa propre survie et sa légitimité à
que les avancées dans les variétés de maïs résis- développer ses propres programmes plutôt
tant à la sécheresse grâce à la génétique. que d’inventer des modes complémentaires
vers les autres (ECOWAS et al., 2012). La
Favoriser l’adoption approfondie de l’inten- CEDEAO, grâce à son programme régio-
sification durable en Afrique de l’Ouest néces- nal PDDAA et à sa collaboration avec le
sitera de relever deux défis : CILSS et le CORAF, qui sont les premiers
à encourager la collaboration régionale sur
7. Le développement, la diffusion et l’utilisa- les questions de gestion des ressources na-
tion de ces techniques exigent une connais- turelles et de la recherche agricole, ont un
sance et une gestion bien supérieures aux rôle évident à jouer dans la promotion d’une
approches universelles. Le développement cohérence et d’une collaboration accrues
et la diffusion d’une intensification agricole dans ce domaine.

72
Partie I / Chapitre 2 / 2.4 Des progrès économiques et politiques encore fragiles dans l’ ensemble

2.4.2​Une pression croissante sur sont généralement plus anciens que dans d’autres
les ressources naturelles parties du monde (les régions à l’activité volcanique
plus récente par exemple) et sont bien plus épuisés
La croissance démographique peut provoquer une en nutriments. Dans 14 pays de la CEDEAO sur
intensification agricole en consolidant les liens 15 dont les données sont disponibles, les pertes
entre les milieux rural et urbain, en générant une nettes en nutriments allaient de 41 kg/ha/an pour
demande alimentaire supplémentaire et en dimi- le Sénégal à 73 kg/ha/an pour la Guinée-Bissau
nuant les coûts de transaction de l’approvisionne- en 2002-2004 (Morris et al., 2007b). À l’instar
ment des intrants et des services de soutien. Or, du reste du continent, l’Afrique de l’Ouest perd
dans la pratique, l’augmentation des ratios tra- de sa couverture forestière à cause de l’expansion
vail- terre et animaux-terre en Afrique de l’Ouest agricole, de l’abattage du bois de chauffage et du
accroissent souvent la pression sur le fonds de res- développement de l’industrie forestière. Le taux de
sources naturelles. Pour l’ensemble de la région, déforestation de l’Afrique est deux fois plus élevé
la superficie moyenne de terre arable par résident que dans le reste du monde (ibid.).
rural est d’à peine 0,5 hectare. Environ 20 % de la
population rurale habite dans un lieu où la den- La pression sur les systèmes de gestion des terres
sité est encore plus élevée ( Johnson et al., 2008). est accentuée par l’insécurité du régime foncier dans
Ces densités de population plus élevées, surtout la quasi-totalité de l’Afrique de l’Ouest, ce qui limite
en zones non irriguées, contribuent à réduire les les tentatives d’investissements visant à améliorer
jachères et à fragmenter la taille des exploitations la terre et entrave le remembrement des toutes pe-
agricoles au point où elles ne permettent pas de tites parcelles. La hausse globale des prix du secteur
subvenir à l’existence, à moins de produire un ex- agricole depuis 2008 ne cesse d’aviver l’intérêt des
cédent commercialisable. La pression démogra- investisseurs étrangers dans les terres ouest-afri-
phique est particulièrement élevée dans les zones caines, et l’ambigüité dans le choix et l’application
à fort potentiel de production et le long des princi- des droits fonciers font que les agriculteurs peuvent
paux cours d’eau et des voies de communication. Il être privés de leurs terres sans aucune compensation
peut en résulter des morcèlements de terrain dans en retour (voir Section thématique D sur le régime
les zones les plus peuplées ayant facilement accès foncier et les droits à l’eau en Partie IV). Les conflits
au marché et une expansion des frontières agricoles sur l’utilisation des terres sont en augmentation
ainsi qu’une surutilisation des ressources naturelles (entre agriculteurs et éleveurs entre autres), et à
dans les zones moins peuplées. Dans des systèmes moins que la situation ne s’améliore, ne sont pas près
agro-écologiques plus fragiles comme les zones de cesser du fait que la dégradation des ressources
soudano-sahéliennes, la pression démographique, provoque un exode massif (y compris au-delà des
en réduisant les périodes de jachère, contribue à la frontières) car les réfugiés environnementaux sont à
surutilisation des ressources naturelles, à la dévalo- la recherche de zones plus productives pour assurer
risation des zones de production agricole extensive leur subsistance. L’enjeu majeur auquel fait donc
et à l’accroissement de l’ élevage. Cette expansion, face la région est d’assurer la transition entre la
touchant essentiellement l’agriculture et de fait dégradation de ressources et une intensification de
l’ élevage, tend à perturber de plus en plus les sys- l’agriculture durable (Encadré 2.2).
tèmes traditionnels de gestion des terres, et crée des
conflits entre agriculteurs et éleveurs. Erosion du 2.4.3​Changement climatique
sol, disparition de la couverture végétale protégeant
des dégâts causés par le vent et de l’envasement des La vulnérabilité des systèmes agricoles et de l’
lacs et des cours d’eau, déforestation et perte de élevage ouest-africains aux conditions météorolo-
biodiversité sont quelques-unes des conséquences giques est accentuée par le changement climatique,
de cette expansion22. En Afrique de l’Ouest, les sols susceptible d’affecter de la pire des façons les ré-
22 En Afrique de l’Ouest, ces différents phénomènes se traitent souvent comme
gions arides et semi-arides du Sahel.
différentes composantes de la « désertification », terme désignant dans la région la
dégradation des ressources naturelles et les effets du changement climatique dans
leur ensemble, et pas uniquement le déplacement du désert du Sahara vers le sud. Pour toute information, voir ECOWAS, et al. (2012).

73
Partie I / Chapitre 2 / 2.5 Mondialisation et changements technologiques

La période allant des années 1930 aux années GIEC prévoit une réduction de la pluviométrie
1950 s’est caractérisée par des précipitations ex- annuelle moyenne de l’ordre de 10 à 20 %. Bien
ceptionnellement intenses suivies d’une séche- que les modèles climatiques régionaux ne soient
resse qui s’est prolongée quasiment sans disconti- pas parvenus à un consensus quant aux évolutions
nuer entre les années 1960 et 1990. Au cours des précipitations moyennes dans la région, il est
de cette période, les températures sont montées admis que la variabilité du climat (en température
d’environ 1 degré Celsius ( Jalloh et al., 2013). Les et en précipitations) devrait s’accentuer.
taux moyens annuels de précipitations et de ruis-
sellement ont chuté de près de 30 %, avec comme Au-delà des baisses de précipitations, le rapport
conséquences des effets dévastateurs sur les po- du GIEC (Pachauri et Reisinger, 2007) prévoit
pulations locales et leurs moyens de subsistance. une baisse du niveau des eaux souterraines du
Depuis le milieu des années 1990, les conditions fait de leur faible recharge et de la diminution du
pluviométriques se sont améliorées, notamment nombre et de la taille de points d’eau et d’étangs,
dans le Sahel continental (Niger, nord du Nigeria ainsi qu’au rendement décroissant des principales
et Tchad), bien qu’elles aient été accompagnées récoltes (maïs, sorgo, riz et niébé) et de la produc-
d’une plus grande variabilité interannuelle des tion de céréales notamment. Brown et Crawford
précipitations. (2008) estiment que les températures devraient
augmenter de 2,5 à 3° C d’ici à 2100 et les rende-
Les projections climatiques liées aux précipi- ments de maïs baisser de 6,9 % d’ici à 2020, même
tations en Afrique de l’Ouest entretiennent une si le rendement du mil, culture résistant mieux à
grande incertitude. Les analyses pour cette région, la sécheresse, ne devrait pas en pâtir.
sans doute plus qu’ailleurs, restent aléatoires et les
conclusions tirées de ces projections climatiques Une autre conséquence attendue du change-
et de leurs conséquences demeurent trop incer- ment climatique consiste à l’augmentation des
taines pour anticiper comme il se doit les risques flux migratoires de la région, tant à l’intérieur qu’à
et les opportunités relatives au changement cli- l’ extérieur des frontières nationales, du fait que
matique (SWAC, 2009). L’ évaluation complexe les populations dans les zones particulièrement
et approximative des futurs impacts du climat sur affectées cherchent d’autres sites pour assurer leur
la région exige une analyse prudente (CILSS et subsistance. Dans un contexte d’insécurité des
al., 2008). Le GIEC prévoit qu’au cours du XXIe droits fonciers et des ressources en eau (comme
siècle, le réchauffement planétaire devrait s’inten- la pêche), cette migration éventuelle de réfugiés
sifier plus en Afrique que dans le reste du monde. environnementaux ne peut que contribuer aux
La hausse moyenne de température entre 1980/99 crises récurrentes précédemment examinées dans
et 2080/99 est évaluée à 3 à 4° C pour l’ ensemble ce chapitre.
du continent, soit une fois et demie supérieure au
niveau mondial. Cette augmentation serait moins
marquée dans les zones littorales et équatoriales 2.5 Mondialisation et changements
(+3° C) et la plus haute augmentation concernerait technologiques
la région du Sahara occidental (+4° C) (Pachauri
et Reisinger, 2007). Un consensus global semble Les différentes forces motrices liées à la mondiali-
se dégager sur les augmentations des températures sation de l’ économie et la rapidité des changements
moyennes annuelles, même si les changements technologiques façonnent l’ évolution structurelle
peuvent être inégalement répartis sur la région. de l’Agriculture ouest-africaine. Même si la liste
Les hausses de températures n’ont pas été obser- n’est pas exhaustive, trois des forces les plus puis-
vées sur toute l’Afrique de l’Ouest au cours des santes sont l’ engagement des nouveaux acteurs
dernières décennies. Malgré l’incertitude pesant mondiaux dans l’Agriculture ouest-africaine, la
sur les modèles climatiques ouest-africains et l’ab- révolution de l’information et la révolution bio-
sence de consensus sur les différents scénarios technologique.
climatiques sur la variabilité des précipitations, le

74
Partie I / Chapitre 2 / 2.5 Mondialisation et changements technologiques

2.5.1​Mondialisation et engagement de (Broadman et al., 2007), mais aussi le Brésil et la


noveaux acteurs internationaux diaspora africaine, constitue une source majeure
pour la demande d’exportations africaines et pour
Les réformes économiques entreprises depuis l’investissement et l’assistance technique dans les
le milieu des années 1980, associées à d’autres domaines de l’agriculture et de l’agroalimentaire
réformes sectorielles (traitées dans le Chapitre (parfois liés à l’exportation). L’expansion des re-
11), ont conduit à une plus grande ouverture de lations entre l’Afrique de l’Ouest et ces nouveaux
l’Afrique de l’Ouest aux marchés internationaux, acteurs offre de nouvelles opportunités d’augmen-
à une époque où le processus de mondialisation tation et de diversification de la production et
s’est accéléré dans le monde entier. Le dévelop- des marchés agricoles d’Afrique de l’Ouest, mais
pement de chaînes de valeur plus sophistiquées soulève aussi des inquiétudes dans la région quant
impliquées dans l’approvisionnement mondial de à la concurrence (c’est le cas entre les entreprises
produits pour des marchés haut de gamme offre asiatiques et ouest-africaines) et au contrôle des
de nouvelles opportunités aux agriculteurs et aux ressources au sein même du secteur.
transformateurs ouest-africains, mais ce unique-
ment s’ils sont capables de respecter les quantités Les nouveaux acteurs sont aussi devenus d’im-
minimales de commandes et les normes de qualité portants fournisseurs d’importations de machines
strictes des entreprises23. Les préoccupations des agricoles et de produits manufacturés. Si la plus
consommateurs des pays importateurs du Nord grande disponibilité de produits manufacturés lé-
au sujet de la sécurité des produits, de la qualité gers bon marché (textiles synthétiques, sandales en
écologique et des conditions de travail ont généré plastique bas de gamme) peut être une aubaine pour
de fortes exigences de traçabilité et de respect des les consommateurs ouest-africains, elle étouffe la
normes de production (comme garantir que le production locale de biens concurrents et remet en
cacao n’a pas été produit en ayant recours au tra- cause la stratégie d’expansion axée sur l’Agriculture
vail des enfants). Parallèlement, la classe moyenne en Afrique de l’Ouest et sa croissance (résultant
ouest-africaine en augmentation commence aussi à d’une demande pour des produits manufacturés
faire part d’exigences semblables (voir Chapitre 7). locaux), à l’instar de la Révolution verte en Asie.

L’ouverture accrue des marchés de la région aux 2.5.2 La révolution des technologies
importations d’aliments transformés en provenance de l’information
de l’ étranger (morceaux de poulets surgelés, lait
en poudre), souvent à très bas prix, menace aussi La diffusion rapide des technologies modernes
la compétitivité de certaines industries nationales, de l’information et de la communication, et des
comme le présente la Partie III. Cette concurrence téléphones portables en particulier, a eu un effet
engendre des pressions de la part de groupements considérable sur le développement Agricole dans
d’agriculteurs et de certains transformateurs exi- la région. L’utilisation de téléphones portables par
geant plus de protectionnisme, au nom de la sou- les négociants a amélioré l’intégration du marché
veraineté alimentaire. (Aker, 2010 ; Aker et Mbiti, 2010), et leur acces-
sibilité accrue dans les zones rurales leur offre de
Depuis le début des années 2000, un nombre nouvelles opportunités en tant qu’outil intégré aux
croissant d’acteurs, en particulier la Chine et l’Inde programmes de vulgarisation agricole. Grâce à l’ex-
pansion de services de transfert de fonds s’appuyant
23 « Qualité@quantité » (Quality@quantity en anglais) est une expression utilisée sur les télécommunications modernes, le potentiel
dans l’agro-industrie désignant le besoin des grands acheteurs de produits agricoles
d’obtenir une qualité de produit constante et en volume suffisant pour permettre à de diffusion des services bancaires mobiles par le
l’acheteur de réaliser des économies d’échelle (Perakis, 2009). Comme exposé dans la
Partie III, assurer la qualité@quantité est un défi permanent pour les producteurs et biais de téléphones portables ainsi que la plus grande
grossistes d’Afrique de l’Ouest qui vendent à la fois à l’export et aux transformateurs
nationaux. L’incapacité de garantir la qualité@quantité sur les marchés de l’ exporta-
simplicité des versements d’argent par les immigrés
tion fait se détourner les acheteurs extérieurs des produits d’Afrique de l’Ouest ou les
conduit à proposer de fortes remises. L’incapacité de garantir la qualité@quantité aux
à leurs familles habitant dans des zones rurales pour-
transformateurs de la région (par exemple les industriels de l’alimentation du bétail) raient développer les services financiers et la capa-
les conduit souvent à se tourner vers des matières premières importées, faisant aug-
menter par là même la dépendance de l’Afrique de l’Ouest aux importations. cité des ménages en milieu rural à faire face à des

75
Partie I / Chapitre 2 / 2.6 Synthèse des principales conclusions

situations de crise alimentaire. Cependant, comme naturelles et le changement climatique, cette trans-
l’illustre l’expérience des Printemps arabes, la diffu- formation entraîne d’énormes répercussions sur
sion de ces technologies facilite aussi la mobilisation l’Agriculture ouest-africaine. Les moyennes ré-
collective contestant les décisions gouvernementales gionales concernant ces changements masquent
du moment, notamment les politiques alimentaires. cependant les différences importantes qui existent
entre les 15 pays de la zone CEDEAO. Les taux de
2.5.3 La révolution des biotechnologies croissance agricole et économique dans la région
varient considérablement. L’impact des troubles
La révolution des biotechnologies, y compris le civils dans des pays comme le Liberia, la Sierra
développement des variétés transgéniques, laisse Leone et la Côte d’Ivoire transparaît dans leurs
entrevoir de meilleurs rendements (en élaborant performances moindres, comparés à celles des
du maïs résistant à la sécheresse par exemple), une « stars » économiques que sont le Ghana et le Cap-
teneur en nutriments accrue et une réduction de Vert. Trois pays, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le
l’utilisation de pesticides. Un vif débat agite tou- Ghana, représentent, à eux seuls, les trois quarts de
tefois de nombreux pays ouest-africains quant à la population d’Afrique de l’Ouest et 80 % de son
la tentation d’adopter les OGM (relayé par des PIB. La santé de ces économies influe donc consi-
groupes extérieurs à la région, opposants comme dérablement sur le reste de la région. L’intégration
partisans). Les préoccupations soulevées concernent régionale accrue permet aux économies moins
entre autres la sécurité des hommes et de l’envi- importantes des autres pays de la CEDEAO de
ronnement, le risque de voir les droits locaux de profiter de la croissance des « trois grands », mais
la propriété intellectuelle s’appliquant aux variétés elle les rend aussi vulnérables aux perturbations
indigènes transférés au profit d’entreprises inter- que peuvent connaître ces économies, comme l’a
nationales, et la crainte de voir les marchés d’in- montré l’impact de la crise ivoirienne sur les voi-
trants passer aux mains des multinationales. Les sins de la Côte d’Ivoire.
Etats-membres de la CEDEAO et les partenaires
au développement de la région ont des politiques De par leurs effets sur les demandes auxquelles
différentes en ce qui concerne les organismes gé- doivent faire face les producteurs de la région et la
nétiquement modifiés (OGM). Les gouvernements capacité du système agroalimentaire à répondre à
de Burkina Faso et le Nigeria, par exemple, ont ces demandes, divers facteurs influencent la trans-
sollicité que les OGM fassent partie d’une stratégie formation de l’Agriculture ouest-africaine. En voici
diversifiée pour accroître la production agricole, les principaux :
tout comme la Banque africaine de développement.
D’autres pays de la région, cependant, se sont soit 》》 Croissance rapide de la population, prévue se-
opposés à l’introduction des OGM ou n’ont pas pris lon les projections, de plus que doubler entre
de position officielle sur la question. 2010 et 2050, passant de 301 à 734 millions.

》》 Urbanisation rapide, tant dans les grandes villes


2.6​Synthèse des principales conclusions (en particulier le long de la côte) que dans
les villes secondaires émergentes de toute la
L’Afrique de l’Ouest est au cœur d’une trans- région, associée à des changements de style de
formation structurelle de sa société, de son éco- vie y compris dans les habitudes de consom-
nomie et de son environnement. Dynamisée par mation alimentaire analysées dans la Partie II
une croissance démographique de 2,6 %, par une de ce rapport.
urbanisation rapide (plus de la moitié des habi-
tants d’Afrique de l’Ouest vivront dans des villes 》》 Transformation structurelle très irrégulière des
en 2050), par une augmentation et une répartition économies ouest-africaines en cours, avec une
évolutive des revenus, par l’ expansion des secteurs part importante de la population occupant des
non agricoles de l’ économie, par la mondialisation, emplois peu productifs dans le secteur des ser-
par la pression accrue sur le fonds de ressources vices informels.

76
Partie I / Chapitre 2 / 2.6 Synthèse des principales conclusions

》》 Croissance du revenu par habitant et les chan- 》》 Pression grandissante sur le fonds de ressources
gements dans sa répartition, notamment le dé- naturelles due au changement climatique et à
veloppement de la classe moyenne ouest-afri- la pression démographique.
caine évalué aujourd’hui à un quart de la
population totale. Cette proportion diffère 》》 Nouvelles opportunités et menaces résultant de
selon les pays car le rythme de croissance éco- la mondialisation, dont de nouvelles possibilités
nomique et sa répartition entre les différents d’exportation mais aussi une concurrence for-
segments de la population varient considéra- tement accrue de fournisseurs étrangers dans
blement d’un pays à l’autre. certains marchés ouest-africains. La mondia-
lisation a aussi mené à l’ émergence de nou-
》》 En sus de l’ émergence de la classe moyenne, un veaux acteurs internationaux (originaires d’Asie,
marché de masse important et croissant d’indi- d’Amérique Latine et des diasporas africaines),
vidus vivant toujours sous le seuil de pauvreté comme investisseurs potentiels et sources de
et pour qui le prix des denrées alimentaires est demande de produits d’Afrique de l’Ouest, et
un facteur déterminant de leurs revenus réels. à la nécessité de faire face à une volatilité des
prix internationaux des matières premières de
》》 Catastrophes naturelles et d’origine humaine plus en plus accrue ces dernières années.
entraînant des perturbations sérieuses dans plu-
sieurs pays, malgré une tendance à l’augmen- 》》 Nouvelles opportunités, issues des révolutions
tation globale des revenus dans la région. Ces des biotechnologies et de l’information, vi-
catastrophes vont des sécheresses et inondations sant à établir des liens entre les producteurs
aux guerres civiles et attaques terroristes, et leurs ouest-africains et de nouvelles sources de de-
effets dépassent souvent les frontières. De telles mande (et de possibilités de financement via
catastrophes exigent souvent des opérations les services bancaires mobiles) et à répondre
d’interventions d’urgence et sont à même de à l’ évolution de la demande avec de nouveaux
détourner les ressources d’un développement produits plus adaptés.
agricole sur le plus long terme. Si elles ne sont
pas soigneusement coordonnées avec les poli- Les chapitres suivants de ce rapport analysent
tiques agricoles, ces opérations (comme la dis- l’impact de ces facteurs sur l’Agriculture ouest-afri-
tribution non ciblée d’aide alimentaire) peuvent caine et leurs répercussions sur les politiques agri-
aussi saper les mesures favorisant une croissance coles de la région.
agricole à plus long terme.

77
Partie I / Chapitre 3 / 3.1 Une base de production agricole très diversifiée

Chapitre 3
Réponse de la production

Ce chapitre présente brièvement la façon dont l’Agriculture ouest-africaine a répondu aux facteurs présentés dans le
Chapitre 2 en termes d’accroissement de production et de croissance de productivité. Il décrit dans un premier temps
la base de production agricole diversifiée de la région, moteur de la capacité locale à répondre aux demandes crois-
santes de ses produits Agricoles. Le chapitre passe ensuite en revue les tendances de la région sur la production des
denrées agricoles des trente dernières années, tel que présentées par FAOSTAT. Afin de vérifier si les augmentations
de production sont le résultat d’une simple affectation accrue des ressources à la production agricole en utilisant les
technologies existantes ou d’une plus forte productivité, le chapitre analyse ensuite les tendances de la productivité
de la terre, du travail et de la totalité des facteurs de production engagés dans l’Agriculture ouest-africaine sur les
30 à 40 dernières années.

Cette analyse dans les trois premières sections du chapitre montre que la réponse de la production en Afrique de
l’Ouest, quoique dynamique pour certains produits et pays, demeure faible et irrégulière pour d’autres. Le chapitre
traite ensuite des principales causes de cette réponse mitigée de l’offre, allant de l’accès limité au marché dans de
nombreux domaines à une recherche agricole et à des systèmes de vulgarisation timides dans plusieurs pays. La
réponse limitée de l’offre de l’Agriculture ouest-africaine contribue à l’accroissement des importations alimentaires
dans la région, tels que décrits dans le Chapitre 4. Le chapitre actuel pose ainsi les bases d’une analyse détaillée
s’appuyant sur les données commerciales du Chapitre 4 et sur l’analyse donnée par les chaînes de valeur spécifiques
et les industries agroalimentaires de la Partie III.

3.1​Une base de production agricole vont du pastoralisme nomade dans l’extrême nord
très diversifiée via les systèmes agropastoraux du Sahel, à un sys-
tème de cultures mixtes de céréales et de tubercules
La réponse aux forces présentées dans le Chapitre dans les savanes soudanaises (surnommé « Middle
2 en termes de production de la région est forte- Belt », centre du Nigeria), les cultures de tubercules
ment tributaire des conditions agro-écologiques et l’arboriculture dans les zones plus pluvieuses plus
très diversifiées propres à l’Afrique de l’Ouest et à au sud, au système de pêche subhumide et artisanal
sa vulnérabilité aux chocs climatiques. côtier le long de l’Atlantique. L’augmentation de la
production des cultures est quintuplée à l’hectare en
3.1.1​Diversité des conditions agro-écologiques passant des systèmes agro-pastoraux du Sahel (soit
240 $EU/ha) aux systèmes de culture de plantes
L’Afrique de l’Ouest est une région diversifiée, ca- pérennes du sud (1 125 $EU/ha) (Bénin et al.,
ractérisée par une large palette d’écosystèmes et de 2011). En fait, un tiers environ des terres d’Afrique
systèmes de production. La région s’étend du désert de l’Ouest est consacré à l’agriculture, dont un tiers
du Sahara au nord, affichant une pluviométrie de seulement est utilisé pour la production de cultures
moins de 100 mm par an, via les zones de transition et le reste comme pâturages.
sahéliennes (200 à 600 mm par an) et les savanes
soudanaises aux forêts tropicales du littoral du golfe La production agricole est concentrée dans des
de Guinée et du Nigeria méridional, et comptabili- zones où s’opère une combinaison avantageuse
sant plus de 2000 mm par an. Les activités agricoles des conditions agro-écologiques, des densités de

79
Partie I / Chapitre 3 / 3.1 Une base de production agricole très diversifiée

population, des infrastructures et de l’accès au mar- que représentent notamment la sécheresse et les
ché. La disponibilité de l’eau joue un rôle préémi- inondations. La production agricole en Afrique de
nent dans l’ évaluation du potentiel de production. l’Ouest est essentiellement pluviale, ce qui explique
La production provient essentiellement des zones que les niveaux de production et les conditions de
humides et semi-humides. Les zones humides du pâturage sont sensibles aux fluctuations des préci-
littoral sont adaptées à la production de racines, de pitations, en particulier au Sahel. Seules 10 % des
tubercules, de plantes pérennes, de café, de cacao terres cultivées de la CEDEAO et 2 % des terres
et de palmiers à huile, mais également de légumi- cultivées au Sahel sont irrigués. De plus, la moitié
neuses, de maïs et d’ananas. Les maladies trans- ou presque de la population vit dans des zones où
mises par les tiques et la trypanosomiase limitent la période de croissance est inférieure à six mois.
toutefois sérieusement la production de bétail le Ces zones constituent à peine plus de la moitié des
long du littoral humide. La Middle Belt génère un terres cultivées ( Johnson, et al., 2008). L’Agricultu-
potentiel plus diversifié en raison des conditions re ouest-africaine continue donc de se caractériser
climatiques et du sol. Les cultures se composent de par une variabilité de production interannuelle
mil, de sorgho, de maïs, d’oléagineux (sésame, karité élevée et un niveau faible d’intensification. Entre
et arachides), de noix de cajou, de coton, de manioc, 1965 et 2012, on a constaté neuf cas de figures où la
d’agrumes et de haricots. Ses ressources abondantes production annuelle de céréales sèches a chuté puis
en pâturages permettent une production élargie immédiatement augmenté d’une croissance à deux
d’élevage incluant bovins, caprins et ovins. chiffres l’année suivante ; trois de ces cas se sont
produits entre 2007 et 2012 (FAOSTAT, 2013).
Dans les zones arides et semi-arides du Sahel,
la production de bétail est plus importante que la Le potentiel en irrigation de la région varie
production agricole, limitée par la disponibilité énormément entre zones agro-écologiques en rai-
de l’eau et concentrée le long des cours d’eau, des son du taux de précipitation très inégal. La zone
zones irriguées et des plaines. La zone sahélienne sèche d’Everett (Burkina Faso, Cap-Vert, Mali,
entretient une longue tradition d’élevage basée sur Niger et Sénégal) reçoit moins d’un quart des pré-
les systèmes extensifs de transhumance adaptés cipitations totales d’Afrique de l’Ouest pour une
aux saisons des pluies. Les cultures se composent superficie équivalant à environ 60 % de l’ ensemble
de millet, de sorgho, de riz irrigué et pluvial, de de la région. Le potentiel en irrigation de cette
légumineuses (notamment le niébé), d’oignons et zone représente quelque 16 % du potentiel régio-
d’arachides (Blein et al., 2008). La production ne nal. Plus des trois quarts des précipitations totales
cesse d’augmenter dans la zone soudanaise avec les (77 %) vont aux zones humides et semi-humides,
racines, tubercules et le maïs gagnant du terrain au et le Nigeria et le Ghana détiennent le potentiel
nord de leurs zones traditionnelles de production, d’irrigation le plus élevé, avec respectivement 26
et les produits sahéliens comme les légumineuses, et 21 % (Blein, et al., 2008).
le sorgho, le millet et le bétail se retrouvent de
plus en plus au sud de leur zones traditionnelles Seuls 10 % des terres potentiellement irrigables
de production. sont équipés pour l’irrigation, avec une surface
agricole pour l’ évacuation de l’ eau allant de 29 %
3.1.2 Une vulnérabilité élevée aux des terres cultivées en Sierra Leone à moins de
conditions climatiques 1 % au Bénin, au Ghana et au Togo (Sirte, 2008).
Par ailleurs, 86 % des prélèvements d’eau24 inven-
L’Afrique de l’Ouest en général, et la région du toriés sont utilisés pour l’agriculture, un chiffre
Sahel en particulier, se caractérise par quelques-uns plus élevé que le prélèvement d’eau agricole dans
des climats les plus variables de la planète, et cette le monde (70 %). L’utilisation de l’ eau agricole va
variabilité augmente au fur et à mesure que l’on de 71 % dans le golfe de Guinée à 95 % en zone
avance vers le nord à travers les zones subhumides soudano-sahélienne. L’urbanisation croissante et
et semi-arides. Les régions semi-arides sont par-
24 Le prélèvement d’eau désigne la quantité brute d’eau prélevée annuellement
ticulièrement vulnérables à la variabilité climatique pour un usage donné.

80
Partie I / Chapitre 3 / 3.2 Tendances de la production agricole régionale

la diversification économique vont entraîner une ignames et le manioc, suivie par le riz paddy, les
concurrence accrue quant à l’utilisation des res- arachides, la viande bovine et les fèves de cacao
sources disponibles en eau pour l’agriculture et (Tableau 3.1). Ces produits sont suivis par quatre
les autres secteurs. denrées de base (mil, maïs, niébé et sorgho). Ainsi,
à l’exception du cacao, les meilleurs articles en
termes de valeur de production sont tous des den-
3.2​Tendances de la production agricole rées alimentaires, destinés quasi-exclusivement à
régionale la consommation locale et régionale.

Les performances du secteur agricole en Afrique Le Tableau 3.2 à la page 82 montre les taux de
de l’Ouest sur les trente dernières années se carac- croissance des cultures principales entre 1980 et la
térisent par une forte croissance de la production. première décennie du XXIe siècle et les volumes
Les rendements de la plupart des cultures, tant de production sur une moyenne de trois ans de-
sur les marchés nationaux qu’internationaux, ont puis 1987-1989 jusqu’à 2007-2009. Les noix de
considérablement progressé depuis 1980, dépassant cajou affichent a priori le taux de croissance annuel
souvent la croissance démographique. En termes moyen le plus élevé sur toute la période (16 %) –
de valeurs (basés sur la production de 2012), la bien qu’à des niveaux initiaux bas – suivies par les
production agricole cumulée est dominée par les racines et les tubercules (6,4 %), le niébé (6,3 %)

Tableau 3.1 Production agricole CEDEAO par valeur


En millions de $EU, 2007-2011
Denrée 2007 2009 2011
Ignames 11 147 11 081 13 332
Manioc 6 529 6 104 7 952
Riz, paddy 2 202 2 910 3 282
Arachides, avec coque 2 202 2 802 2 551
Viande bovine autochtone 2 413 2 439 2 503
Fèves de cacao 2 400 2 525 2 901
Mil 2 544 2 096 2 383a
Maïs 1 681 2 085 2 337
Niébé sec 1 468 1 287 1 336
Sorgho 2 028 1 555 1 741
Agrume, nda 1 661 1 887 1 891
Bananes plantain 1 713 1 729 1 750
Légumes frais nda 1 196 1 127 1 443
Noix de cajou avec coque 1 015 1 238 1 359
Viande caprine autochtone 1 087 1 185 1 260
Fibre de coton 897 827 924
Viande ovine autochtone 794 869 962
Taro (cocoyam) 1 450 994 1 000
Viande de poulet autochtone 690 754 845
Viande porcine autochtone 836 835 716
Viande ovine autochtone 497 526 562
Café, vert 253 226 196

Source: FAOSTAT.
a Les chiffres se réfèrent à 2010.

81
Partie I / Chapitre 3 / 3.2 Tendances de la production agricole régionale

Tableau 3.2 Volume et taux de croissance des principales cultures


En moyennes triennales, 1987-2009
Taux de croissance annuel moyen TCAM par
Volume
(TCAM) personne
1987-89 1997-99 2007-09 1980-89 1990-99 2000-09 1980-09 1980-09
Cultures (1 000 tonnes) (%) (%)
Total céréales 29 137 37 642 54 875 8,2 2,7 5,6 3,9 1,2
Mil 8 212 10 549 15 897 6,0 2,8 5,7 3,5 0,8
Riz, paddy 5 310 6 959 10 091 6,5 2,1 5,7 3,7 1,0
Sorgho 7 919 10 517 14 363 5,6 4,5 4,3 3,4 0,7
Maïs 7 417 9 259 13 986 18,4 1,1 7,0 5,7 2,9
Racines et tubercules 38 349 88 140 124 495 4,8 6,0 3,9 6,4 3,6
Ignames 13 470 34 287 47 862 4,7 5,6 3,8 6,9 4,1
Manioc 22 521 46 207 64 387 4,7 5,1 4,1 5,7 2,9
Fruit palmier à huile 9 358 11 758 13 449 1,0 2,2 1,3 1,9 -0,8
Arachides en coque 2 628 4 588 6 633 4,3 7,8 4,0 5,0 2,3
Fruit (sauf Melons) 10 536 15 500 18 803 2,1 4,2 2,1 2,9 0,2
Canne à sucre 4 347 4 449 5 816 0,5 -0,2 2,2 1,0 -1,6
Café (vert) 291 371 192 -1,4 2,1 -7,3 -1,1 -3,6
Niébé, sec 1 480 2 964 4 728 6,2 5,9 6,5 6,3 3,6
Fèves de cacao 1 262 1 883 2 604 5,8 5,0 3,3 4,6 1,9
Noix de cajou en
coque 59 394 1 137 9,0 22,9 7,0 16,0 13,0

Légumes et melons 7 208 11 804 15 779 4,2 5,2 3,3 4,2 1,5
Fibre de coton 415 872 650 12,5 7,0 -3,6 5,7 2,9

Source: FAOSTAT.

Tableau 3.3 Volume et taux de croissance des principaux produits de l’ élevage, en moyenne triennale
Taux de croissance annuel moyen TCAM par
Volume
(TCAM) personne
1987-89 1997-99 2007-09 1980-89 1990-99 2000-09 1980-09 1980-09
Produit d’élevage (tonnes) (%) (%)
Total viande 1 740 2 254 3 166 1,3 3,0 3,4 2,6 -0,1
Viande bovine 540 727 989 -2,3 3,9 3,8 1,7 -0,9
Viande caprine 207 321 462 3,5 5,0 3,0 4,3 1,6
Viande ovine 133 215 322 1,6 5,7 3,2 4,3 1,6
Viande de gibier 303 325 392 1,5 0,4 1,3 1,3 -1,3
Viande de poulet 295 338 513 4,1 1,3 4,9 2,8 0,1
Viande porcine 165 222 338 9,0 3,1 3,9 4,8 2,0
Œufs (primaire) 366 542 776 3,4 1,6 3,4 3,7 1,0
Total lait 1 575 2 070 2 971 -0,4 2,5 3,8 2,5 -0,2

Source: FAOSTAT.

et le coton (5,7 %). La production de céréales a de céréales est principalement due au maïs qui a
augmenté de 3,9 % par an, dépassant la croissance connu une augmentation annuelle de 5,8 %, soit
démographique de la région pendant la période un accroissement cumulé quintuplé. De plus, la
1980-2009. Cette augmentation de production part moyenne annuelle du maïs dans la production

82
Partie I / Chapitre 3 / 3.3 Tendances de la productivité agricole

totale de céréales a grimpé d’environ 14 % dans les à répondre à la demande croissante. Comme nous
années 1980 à 26 % en 2000-2009. Les niveaux de le verrons dans le Chapitre 4, l’ écart a été comblé
production du riz, du sorgho et du mil ont connu par les importations croissantes de ces denrées.
une croissance plus lente et sont environ deux fois
et demie supérieurs à ceux du début des années Malgré la croissance indiquée par le Tableau
1980. La production de légumes a augmenté de 3.2, celle-ci n’est pourtant pas assez rapide pour
4,2 % par an. La croissance de la production de permettre à l’ ensemble des pays d’Afrique de
légumes a été particulièrement forte en périphérie l’Ouest d’atteindre leurs objectifs de réduction
des petites villes et dans les périmètres irrigués du de la pauvreté. Une analyse basée sur le modèle
Sahel (Blein, et al., 2008). multi-marchés de l’IFPRI a révélé que l’Agricul-
ture ouest-africaine devrait générer et maintenir
La production de bétail a connu une croissance un taux de croissance annuel du PIB de 6,8 %
plus lente. La production de viande et de lait n’a entre 2004 et 2015 afin d’atteindre l’Objectif
pas augmenté parallèlement à la demande, avec des du millénaire pour le développement (OMD) 1
taux de croissance annuelle avoisinant 2,6 et 2,5 % visant à réduire l’ extrême pauvreté de 50 % entre
pendant la période 1980-2009, bien qu’avec des 2000 et 2015 ( Johnson, et al., 2008).
fluctuations interannuelles marquées (Tableau 3.3).
Même si les troupeaux dans les pays du Sahel ont
été reconstitués après les sècheresses des années 3.3 ​Tendances de la productivité agricole
1970 et 1980, l’augmentation globale des têtes de
bovins demeure modeste. En revanche, le nombre La productivité agricole désigne la production agri-
de petits ruminants, aux cycles de production plus cole générée par un niveau d’intrants donné. Si les
courts, a connu une augmentation plus rapide. La niveaux de production peuvent être généralement
production de viande porcine a augmenté de 4,8 % relevés en augmentant les quantités d’intrants uti-
annuellement, suivi par les viandes ovine et caprine. lisés, la baisse des coûts unitaires de production,
La production de volaille a augmenté de seulement entraînant une compétitivité économique accrue,
2,8 %, alors que la production d’œufs a avoisiné une nécessite d’améliorer la productivité. Deux types
augmentation de 3,7 % par an. d’indicateurs de productivité existent : les indica-
teurs de la productivité partielle des facteurs, qui
Sur une base par habitant, le maïs, les racines de mesurent la production unitaire d’un intrant donné
féculents et le niébé ont affiché une forte croissance (terre, travail), et les indicateurs de la productivité
(3 % par an voire plus) alors que les cultures des totale des facteurs, qui visent à mesurer la valeur de
oléagineux et des légumes ont montré un taux de la production divisée par la valeur de tous les intrants
croissance annuel plus modéré allant de 1 à 2 %. utilisés dans la production. En raison de données
La production par tête de mil, de sorgho, de riz et limitées, la plupart des études en Afrique de l’Ouest
de fruits a augmenté annuellement de moins d’1 % sont axées sur des mesures de productivité partielle
tandis que la viande, le lait et la canne à sucre ont des facteurs, en particulier le rendement à l’hectare.
subi une chute par tête tous les ans depuis trente Toutefois, comme précisé ci-dessous, des études
ans. En ce qui concerne les produits de l’ élevage, plus récentes (ReSAKSS notamment) s’efforcent de
sur une base par habitant, la viande porcine, ovine mesurer la productivité totale des facteurs.
et caprine ont connu des taux de croissance annuels
moyens de 2 et 1,6 %, alors que la viande bovine et 3.3.1​Rendements à l’hectare
la production de lait ont chuté. En conséquence,
si la production par tête de denrées alimentaires Alors que l’accroissement de la productivité
de base affiche la plus forte hausse, les produits des terres reste faible, la croissance agricole de la
agricoles et l’ élevage dont les marchés sont les région provient essentiellement de l’ expansion
plus dynamiques, tels que la viande, les produits des terres cultivables avec des rendements de-
laitiers, le riz et les huiles végétales, indiquent quant meurant bien inférieurs aux références mondiales
à eux une moindre performance et une incapacité (Tableau 3.4). Cela étant, quelques faibles aug-

83
Partie I / Chapitre 3 / 3.3 Tendances de la productivité agricole

Tableau 3.4 Rendements moyens pour les denrées sélectionnées


Afrique de l’Ouest et autres régions, 1990-2012
Afrique de l’Ouest Afrique subsaharienne Asie du Sud-Est
1990-99 2000-09 2008-12 1990-99 2000-09 2008-12 1990-99 2000-09 2008-12
Denrée Rendement (kg/ha) Rendement (kg/ha) Rendement (kg/ha)
Blé 1 902 1 359 1 699 1 781 2 176 20.405 940 1 411 1 776
Riz, paddy 1 640 1 672 2 009 2 153 2 372 2 523 3 242 3 836 4 136
Maïs 1 258 1 556 1 175 1 543 1 744 1 983 2 119 3 086 3 813
Mil 700 845 736 651 763 690 668 812 913
Sorgho 838 938 980 808 910 952 1 266 976 1 065
Total Céréales 954 1 102 1 186 1 199 1 372 1 517 3 013 3 677 4 045
Viande de bœuf et de
bufflea, c 128 123 123 143 151 158 185 197 196

Viande de volaillea, c 0,9 0,9 0,9 1,1 1,2 1,2