Guide Protocole VSS
Guide Protocole VSS
CONSTRUIRE
UN PROTOCOLE
DE LUTTE CONTRE
LES VIOLENCES
SEXISTES ET
SEXUELLES
EN MILIEU FESTIF
Guide pratique
1
Construire un protocole de lutte contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif
Remerciements : Emilie Angénieux (Hadra Trance Festival), Inès Ayyadi (Plan Sacha)
Barbara Ben Nacer (Nous Toutes 29), Céline Binet-Bos (Le Pôle de coopération pour les musiques
actuelles en Pays de la Loire - Campagne Ici C’est Cool), Juliette Bonhème (les Catherinette),
Laure Ignace, Juliette Josselin (Le Jardin Moderne), Safiatou Mendy (Consentis), Mathilde Mur-
Baquer (Art Rock), Marion Paci (Serein.e.s), Domitille Raveau (Consentis), Cécile Roche (Plan
Sacha).
MARS 2023
2
Sommaire
Introduction 4
CONSTRUIRE LE PROTOCOLE 12
ANNEXES 30
Ressources 31
Bibliographie 34
3
Introduction
Cet outil présente les grandes lignes et points de vigilance dans la construction d’un protocole de
signalement et traitement des situations de violences en milieu festif, dans le cadre d’un évène-
ment culturel accueillant du public.
Il s’adresse à toute personne impliquée dans l’organisation d’un évènement culturel ou festif,
mais se fonde plus spécifiquement sur les réalités de festivals et salles de concert. Le guide
pose des questions et propose des pistes d’action générales, qui devront être adaptées en fonc-
tion des réalités de chacun·e. Il peut être utilisé comme support de travail, mais ne présente pas
de solutions « clés en main » : il n’existe pas de protocole-type qui puisse être transposable dans
tous les évènements.
Ce guide est également amené à être modifié en fonction des retours des organisateur· rices et
associations, et des évolutions dans la connaissance et les outils sur le sujet.
Un protocole est un dispositif de terrain qui doit en premier lieu permettre aux personnes du
public, mais aussi aux bénévoles et éventuellement à des membres de l’équipe de signaler des
situations de violences dont elles sont victimes et/ou témoin. Le protocole doit ensuite guider
l’action pour mettre un terme à ces violences, accueillir les victimes et sanctionner les auteurs. Le
protocole comprend à la fois l’ensemble des actions à mettre en œuvre pour réagir face à une
situation de violences, et les grands principes qui doivent guider cette action, c’est-à-dire les
choix politiques de la structure qui le porte.
Le protocole ne sera jamais parfait dès le départ, il y aura forcément des angles morts, des er-
reurs, et c’est normal. Vous pouvez commencer par mettre en place des actions fondamentales
et approfondir le dispositif au fil du temps. La construction d’un protocole est aussi un processus,
d’où l’importance de définir des indicateurs pour évaluer le dispositif mis en place.
La mise en œuvre d’un protocole s’inscrit dans une politique globale de lutte contre les discri-
minations au sein de votre structure, et de prévention des risques en milieu festif, et doit donc
être porté et promu par les responsables de structure. Il est complémentaire d’autres dispositifs
comme un stand de sensibilisation au sexisme et/ou de réduction des risques, des actions de
formation, des ateliers auprès des publics, des actions de prévention à l’année, etc.
4
Les objectifs stratégiques d’un protocole
A chaque structure de se fixer des objectifs en cohérence avec les réalités de ses évènements et
la dimension qu’elle souhaite donner à ce protocole.
Ce guide ne se substitue pas à une formation, indispensable afin de bien comprendre les réalités
et mécanismes des VSS, et ainsi mettre en œuvre un protocole le plus efficace possible. Réfléchir
à un protocole peut également être un bon point de départ pour identifier les personnes à former
dans sa structure, ainsi que les thématiques de formation nécessaires.
5
1.
CADRE
THÉORIQUE
ET LÉGAL
6
Cette partie permet de poser un cadre de compréhension commun autour des situations traitées
dans ce guide.
Les violences sexistes et sexuelles en espace festif sont des agressions physiques, verbales, psy-
chologiques qui portent atteinte à la dignité et l’autonomie de celles et ceux qui les subissent. Elles
sont également des outils de contrôle et d’exclusion (de l’espace public, de l’accès à la culture et
aux loisirs, au bien-être) des personnes appartenant à des groupes socialement opprimés.
Elles sont le résultat, et reproduisent, plusieurs systèmes de domination qui s’articulent et s’ali-
mentent mutuellement. Aucun des groupes subissant les oppressions, discriminations qui vont
brièvement être définis n’est homogène, ils sont chacun traversés par d’autres rapports de domi-
nations. Pour comprendre différents phénomènes sociaux, et en particulier celui des violences
sexistes et sexuelles, il est nécessaire de les regarder à travers ces différents rapports de pou-
voir de manière concomitante.
Par ailleurs, le rôle des organisateur·ices dans la protection des publics ne se limite pas aux
violences sexistes et sexuelles. Toute personne qui saisit le dispositif contre les violences
sexistes et sexuelles doit être accueillie et accompagnée, peu importe la violence ou discrimi-
nation dont elle a été victime.
Le sexisme est une « idéologie qui repose sur le postulat de l’infériorité des femmes par rapport
aux hommes »1 , et par extension de tout ce qui est associé au féminin. Le sexisme va se traduire
à la fois par des représentations, des croyances, des valeurs (individuelles et collectives, que l’on
retrouve dans le langage, les images du quotidien, les arts et la culture, etc) et des pratiques (in-
ter-individuelles mais aussi sociales/institutionnelles). Ces représentations et comportements,
quotidiens pour les femmes et donc normalisés, ont pour fonction de maintenir le système pa-
triarcal, ils en sont le noyau dur.
7
La transphobie est quant à elle l’oppression subie par les personnes trans (personnes qui ne
vivent pas le genre qu’on leur a assigné à la naissance, ou ne s’identifient pas à la binarité de
genre).
Le concept de transmisogynie est également conceptualisé et revendiqué par les femmes
trans : il désigne l’oppression spécifique qu’elles vivent du fait de l’articulation du sexisme et de la
transphobie.
Ex. en milieu festif : insultes, violences physiques, commentaires sur l’apparence, questionnements
sur leur vie sexuelle, mais aussi fétichisation, regards insistants, harcèlement sexuel et transphobe,
mégenrage1, outing, problèmes à la fouille, discriminations à l’accès…
Le racisme Selon Saïd Bouamama, les discriminations racistes, qui visent les personnes non-
blanches sont « à la fois une pratique concrète, celle du traitement inégal, et une doctrine, c’est-
à-dire une stratégie discursive de justification », qui hiérarchise des groupes sociaux. Le racisme
suppose aussi la « fabrique d’un système de privilèges, quand bien même ceux-ci seraient
non-désirés par les bénéficiaires » (les personnes blanches). Le racisme est un système, “c’est-
à-dire l’idée selon laquelle c’est l’organisation et les règles mêmes d’une société qui font système
en contribuant à légitimer les inégalités raciales et les violences” (Rachida Brahim).
Ex. en milieu festif : propos, insultes racistes, commentaires sur l’apparence, agressions ou har-
cèlement sexuel et raciste (car fondé sur des stéréotypes sexuels), mais aussi contacts phy-
siques non désirées, par exemple se faire toucher les cheveux lorsqu’ils sont bouclés/frisés/cré-
pus ; discriminations à l’entrée des lieux de fête, ou contrôles au faciès si des forces de l’ordre sont
présentes ; pratiques d’appropriation culturelle.
Lutter contre le validisme en milieu festif implique également de réfléchir à l’accessibilité des
outils et dispositifs de lutte contre les VSS.
Le concept de continuum de la violence sexuelle a été développé par la sociologue Liz Kelly,
pour décrire “l’étendue et la variété de la violence sexuelle” dans la vie des femmes, afin de mieux
comprendre les manifestations de ces violences, et les expériences de victimes.
Il met en lumière :
• L’omniprésence des violences tout au long de la vie des femmes, dans tous les espaces sociaux
qu’elles fréquentent, et dès le plus jeune âge. Mais aussi que les formes prises par ces violences
varient selon les personnes, tout comme “la façon dont les intéressées définissent les faits »
• L’interconnexion entre les différents actes de violence sexuelle, y compris les plus banalisés : le
dénominateur commun entre toutes ces formes de violences est leur caractère patriarcal.
Liz Kelly met en garde contre la tentation de classer les violences sur une échelle de “gravité” :
toutes les violences sont graves, ce qui les distingue entre elles c’est plutôt leur fréquence dans
la vie des femmes. Et les violences les plus fréquentes sont les plus à même d’être considérées
comme « normales » : les faits de sexisme quotidiens.
1 Désigner, attribuer à une personne trans un genre qui n’est pas le sien.
2 L. Albrecht sem-linkJean-François Ravaud sem-linkHenri-Jacques Stiker
3 Voir à la fin du document les ressources et les liens vers des structures expertes sur ces théma-
tiques,
8
Les violences sexistes et sexuelles sont également appréhendées comme une forme de contrôle
social par Jalna Hanmer , et visent à maintenir en place des rapports de dominations. Selon elle,
« une définition sociologique de la violence envers les femmes doit tenir compte de l’usage de la
force et de la menace comme moyen d’obliger les femmes à se comporter ou à ne pas se com-
porter de telle ou telle façon. […] Notre définition de la violence comprend les catégories légales
mais les dépasse en incluant tous les comportements qui visent à obtenir de la soumission. ».
Cette menace oblige les femmes, ou personnes identifiées comme telles, à développer des stra-
tégies d’évitement qui vont notamment impacter leur quotidien, et dans le cas qui nous intéresse
leur expérience du milieu festif.
Kimberley Crenshaw souligne quant à elle que « les formes de cette violence sont fréquem-
ment déterminées par d’autres dimensions de l’identité des femmes — la race et la classe par
exemple », en s’attachant à repérer « les points d’intersection du racisme et du patriarcat ».
FOCUS
Consommation de substances psychoactives et violences
sexuelles en milieu festif
Les espaces festifs sont souvent représentés comme des lieux de «lâcher prise» voire
de transgression. C’est pour partie la consommation de substances psychoac-
tives (de manière “inhabituelle”) qui sous-tend ces représentations. Les enjeux de
consommation de substances psychoactives et de violences sexistes et sexuelles se
croisent de multiples manières. Les violences peuvent notamment être facilitées par
la consommation de substances psychoactives par la victime (illicites mais aussi
licites comme l’alcool), qu’elle soit volontaire ou non. L’éventualité de cette situa-
tion doit être prise en compte dans la construction d’un protocole, afin d’orienter au
mieux les victimes, notamment pour une prise en charge médicale.
9
1.2 Cadre légal
Harcèlement sexuel : le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon ré-
pétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui, soit portent atteinte
à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une
situation intimidante, hostile ou offensante. [...]
[Article 222-33 du Code pénal]
Agression sexuelle : constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec
violence, contrainte, menace ou surprise [...] [Article 222-22 du Code pénal]
L’agression suppose un contact physique intentionnel. La jurisprudence définit 5 zones qui per-
mettent de caractériser la dimension sexuelle de l’agression : les seins, les fesses, l’intérieur des
cuisses, le sexe, la bouche. Néanmoins des évolutions sont en cours, en vertu d’une jurisprudence
récente de la Cour de cassation, ce n’est plus seulement le contact avec ces 5 zones qui peut dé-
terminer le caractère sexuel de l’agression mais le contexte dans lequel se sont déroulés les faits3.
En milieu festif : Les “frotteurs” sont donc des agresseurs sexuels, un “baiser volé” est une agres-
sion sexuelle.
Viol : tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital
commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace
ou surprise est un viol. [Article 222-23 du Code pénal]
Injures racistes, sexistes, homophobes : la loi sanctionne les injures publiques et non-pu-
bliques, avec des circonstances aggravantes et un allongement du délai de prescription si ces
injures sont proférées « envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine
ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une
religion déterminée », « à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre ou
de leur handicap. ».
[Articles 29 et 33 de la loi du 29 juillet 1882 sur la liberté de la presse.]
10
2. …en lien avec un critère interdit par la loi : [article 225-1 du Code Pénal]
3. …se traduisant par un acte, une pratique, une règle :
- dans le cadre professionnel […]
- dans l’accès à un bien ou à un service public ou privé […]
Dans le cadre du travail, tout propos raciste, LGBTIphobe, ou lié à un des critères de discrimina-
tion définit par la loi, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité de la personne
ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant, constitue du
harcèlement moral discriminatoire. Les employeur·ses ont obligation de prévenir et faire cesser
ces comportements, au même titre que le harcèlement sexuel.1
Les propos racistes sont considérés comme fautes graves, passibles de licenciement, qu’ils soient
répétés ou non2.
Par ailleurs, en matière de harcèlement sexuel, d’agression sexuelle et de viol, plusieurs situations
constituent des circonstances aggravantes, notamment lorsque l’infraction est commise :
- Sur une personne « dont la situation de particulière vulnérabilité est […] est apparente ou connue
de leur auteur »
- Par une personne « qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions »
- « Par une personne agissant en état d’ivresse manifeste ou sous l’emprise manifeste de produits
stupéfiants » ou « lorsqu’une substance a été administrée à la victime, à son insu, afin d’altérer
son discernement ou le contrôle de ses actes » [Articles 222-24, 222-28, 222-30, 222-33 du Code
pénal].
1 Fiche pratique du défenseur des droits “Le harcèlement discriminatoire au travail”, 2018.
2 Arrêts de la Cours de Cassation, Chambre sociale, 3 décembre 2014 et 5 décembre 2018
11
2.
CONSTRUIRE
LE PROTOCOLE
12
2.1 Principes d’action
Les principes d’action préalablement définis sont des fils conducteurs pour la construction du
protocole et doivent orienter les interventions. Ils sont bien évidemment non-exhaustifs, à vous
d’imaginer et d’acter les principes et valeurs que vous souhaitez promouvoir par le biais de ce
protocole.
Avoir identifié en avance ces comportements et mettre les équipes au même niveau de compré-
hension et de connaissance vous évite de faire du cas par cas ou de devoir gérer un débat dès
qu’une situation de violence est rapportée.
!
La compréhension, la définition qu’ont les personnes des violences peut énormément va-
rier, et va être influencée par des mécanismes sociaux qui tendent justement à la minimi-
sation des violences.
Ce sont généralement les violences qui sont les plus répandues qui sont les plus à même
d’être considérées comme “normales”, et donc tolérées. Il est donc plus difficile de consi-
dérer certains faits que l’on subit comme des violences, et de se sentir légitime à en parler.
Pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, il est nécessaire de prendre en compte
la diversité des expériences des victimes, c’est-à-dire le continuum des violences dans son
intégralité et pas seulement les violences les plus «visibles» (qui sont souvent celles com-
portant une dimension physique). Les festivals, salles de concerts peuvent ainsi jouer un
rôle dans la baisse du seuil de tolérance aux violences dans la société en général.
Consentis forme les professionnel·les des milieux festifs et sensibilise le public aux questions
liées au consentement sexuel, à la prévention contre les discriminations et violences sexuelles et
à la réduction des risques liée à la consommation des produits psychoactifs. Consentis intervient
sur tout le territoire français métropolitain.
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Les Catherinettes luttent contre les violences sexistes et sexuelles. Iels accompagnent les
structures culturelles dans la mise en place d’un dispositif global de prévention. Ses membres
agissent pour prévenir ces violences par la formation, la sensibilisation et l’accompagnement
des publics en milieux festifs.
Les Impudentes est une association bretonne qui “lutte contre les violences sexistes et sexuelles
en milieu festif en proposant des interventions en milieu festif, des formations des orga, tout en
informant et sensibilisant les publics usagers”.
Serein·e·s est une association grenobloise, ayant pour but de faire de la sensibilisation, de la
prévention et de lutter contre les violences et discriminations sexistes, sexuelles et de genre dans
les milieux festifs et culturels. Serein·e·s propose également des formations, pour les associations
et les différents acteurs des événements.
La Petite, association engagée pour l’égalité de genre dans la culture, s’implique sur les vio-
lences sexuelles en milieu festif : formations à destination des organisateur·ices d’évènement et
mise en place du dispositif Main Forte (équipe d’intervention contre les violences de genre en
milieu festif à Toulouse).
Des associations de lutte contre les violences faites aux femmes peuvent également vous ac-
compagner sur ces enjeux (formations, sensibilisation, tenue de stand, etc) :
- Le Planning Familial.
- Nous Toutes.
- Le CIDFF.
- En avant toutes.
- Des associations LGBTI et antiracistes locales.
Pour prendre en charge au mieux les victimes de différentes violences, des formations spéci-
fiques doivent être suivies avec des associations ou structures spécialisées (des associations
LGBTI, antiracistes, de personnes en situation de handicap notamment).
Les associations de réduction des risques, la sécurité civile, les sociétés de sécurité sont des
acteur·ices clés pour assurer la protection et le bien-être des publics, et doivent logiquement
être intégrées à un dispositif de lutte contre les VSS. Elles disposent de compétences et moyens
spécifiques qui peuvent être mis au service d’un tel dispositif.
Par ailleurs, tous·tes les professionnel·les et bénévoles intervenant sur des questions de préven-
tion, santé et sécurité pendant l’événement peuvent être identifié·es comme des personnes res-
sources par les victimes et donc sollicité·es par elles, elles doivent donc détenir les informations
nécessaires pour les prendre en charge et les rediriger le cas échéant.
Il est donc important d’assurer la coordination entre ces acteur·ices dans la construction des
différentes étapes du protocole : Quel est le rôle de chacun·e ? Comment harmoniser les ap-
proches et procédures ? Comment rediriger les victimes vers les personnes compétentes en
fonction des situations ? Comment mobiliser les compétences de chacun·e dans le dispositif ?
14
Votre intervention doit avant tout viser à protéger les victimes et les autres personnes présentes,
limiter les conséquences négatives pour leur santé (physique et psychologique). Il est important
de s’assurer en priorité que la victime est bien prise en charge avant de chercher à retrouver un
agresseur par exemple.
Un bon accueil des victimes est un élément clé dans leur reconstruction, et doit éviter une vic-
timisation secondaire1.
Le dispositif de prise en charge des situations de violence doit permettre de protéger l’ensemble
des publics. Cela implique notamment de mettre en place des mesures afin de garantir qu’une
personne mise en cause pour des faits de violence ne pourra pas recommencer. Le plus simple
est d’appliquer une politique de tolérance zéro(notamment en excluant les personnes du lieu ou
de l’évènement.
Il est notamment important de réfléchir en amont à la question des sanctions. Tout le sens du
protocole est d’avoir une procédure qui permette cette prise de décision sans la faire peser sur
les épaules d’une (ou plusieurs) personne, et de l’assumer en tant que structure.
D’autre part, veiller à garantir la confidentialité, le droit à l’intimité et la protection de la dignité des
personnes accueillies.
Il s’agit d’être transparent·es sur les mesures que vous mettez en place, et éventuellement sur le
bilan du dispositif après le festival, toujours dans le respect de la confidentialité.
1 Réactions négatives envers la victime d’une agression de la part des personnes à qui elle se
confie ou demande de l’aide. Même si elles ne visent pas toujours à blesser la victime, ces réac-
tions peuvent avoir des effets dévastateurs et constituent un obstacle à la reconstruction.
15
2.2 Méthodologie de travail
♦ Étapes de travail
1 2 3 4 5 6
FOCUS
Constituer un groupe de travail
Un aspect essentiel du bon fonctionnement du dispositif est sa crédibilité, sa légiti-
mité auprès des acteur·ices concerné·es. Il doit s’appuyer sur des bases solides au
sein de la structure.
Il est préférable que ce groupe de travail intègre des personnes intervenant à dif-
férents endroits lors de l’évènement, avec des statuts différents pour une diversité
de points de vue (impliquer des bénévoles par exemple). Il faut néanmoins veiller à
assurer la présence de membres permanant·es de la structure (s’il y en a) et de la
gouvernance, afin de garantir la pérennité du groupe et l’inscription des décisions
prises dans une politique de structure.
Au-delà de la construction du protocole, ce groupe de travail peut définir les lignes
stratégiques, rechercher et diffuser de l’information, faire un diagnostic.
Réfléchir à partir des obstacles qui peuvent être rencontrés par les victimes ou les témoins
potentiel·les pour dénoncer et être entendu·es peut servir de fil conducteur pour penser votre
dispositif.
Quels sont les obstacles à la dénonciation des VSS sur votre évènement ?
A partir de l’expérience empirique des différent·es personnes du groupe de travail (d’où l’intérêt
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d’avoir des personnes avec des postes différents pour multiplier les points de vue et expériences),
et des connaissances que vous avez pu acquérir en formation ou par vos recherches, identifiez
les obstacles que peuvent rencontrer les personnes souhaitant dénoncer des VSS. Vous pourrez
ensuite travailler sur chacun des obstacles identifiés en réfléchissant à tout ce qui peut être mis
en œuvre pour les réduire voire les éliminer.
Vous pouvez également enquêter auprès des festivalier·es pour déterminer les obstacles qu’iels
identifient.
Certains obstacles sociétaux, s’ils ne seront malheureusement pas résolus sur un évènement,
peuvent être abordés dans le cadre d’actions de sensibilisation, de campagnes de communica-
tion, affichage, stands…
Les messages de communication peuvent être pensés afin d’anticiper ces obstacles : expliciter
les comportements interdits sans les hiérarchiser ou en minimiser certains, promouvoir et appli-
quer une politique de tolérance zéro, communiquer sur la formation des équipes, être transpa-
rent·es sur les différentes étapes du dispositif…
!
Les obstacles varient en fonction des personnes, et des discriminations parfois multi-
ples qu’elles subissent au quotidien : quels seraient les obstacles pour une personne qui
parle mal français, pour une personne handicapée, et comment les lever ? Vous pouvez
par exemple produire des éléments de communication en FALC (Français facile à lire
et à comprendre), en plusieurs langues, orienter vers des structures spécialisées (voire
prendre contact avec elles en amont), etc.
17
2.3 Cadre et périmètre
d’application du protocole
♦ La forme du protocole
Concrètement, le protocole doit vous permettre de définir et expliciter les étapes à suivre si
vous êtes sollicité·es ou témoins de faits de violences, et de répartir les rôles et tâches de cha-
cun.e.
• Les étapes du protocole (de la détection/saisie du dispositif à l’orientation des victimes, les
suites données en interne, l’évaluation et la communication a posteriori)
• Les principes d’action : tout ce qui aura été défini en amont par le groupe de travail et qui per-
mettra de donner des clés aux bénévoles, équipes, prestataires pour appliquer le protocole du
mieux possible et dans le respect des victimes.
• Les personnes impliquées à chaque étape.
• Leur rôle et les missions de chacun·e.
• Les personnes référentes et leur contact.
• Les documents, éléments de communications et signalétique associés à chaque étape
Le protocole désigne donc ici le circuit de signalement et de traitement des situations de vio-
lences, qui peut évidemment être complété par des actions de prévention ou sensibilisations
annexes, à déterminer avec des associations.
♦ Les cibles
• A qui s’adresse ce protocole ? Quels sont les différents publics qu’il est susceptible de toucher ?
• Est-il utile de créer des protocoles différenciés pour les publics et les membres de l’organisa-
tion ? Comment les articuler ?
• Comment prendre en compte les différentes situations que peuvent rencontrer les publics ?
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FOCUS
Lorsque les violences sexuelles sont subies par un·e sala-
rié·e ou un·e bénévole
Des obligations spécifiques pèsent sur les employeur·ses : à partir du moment où
une personne est victime dans le cadre de son travail et que l’employeur·se en est
informé·e iel doit prendre des mesures pour faire cesser les violences et protéger le·a
salarié·e victime [articles L1153-1 à L1153-6 du Code du travail].
Même si un·e salarié·e est victime de VSS, durant un événement, de la part d’une
personne du public ou hors de ses heures de travail, la responsabilité de l’em-
ployeur de la protéger est engagée.
Plus largement, les responsables doivent prévenir les violences que pourraient su-
bir leurs salarié·es, or les évènements festifs sont des espaces “à risque” pour les
violences sexistes et sexuelles. Il est donc nécessaire de réfléchir en amont et avant
qu’une situation ne se présente aux moyens qui peuvent être mis en œuvre pour li-
miter ce risque [Article L. 1153-5 du Code du travail]
De même, les associations sont responsables de leurs bénévoles et peuvent avoir
à répondre des dommages qu’iels dans le cadre de leurs missions [Article 1242 du
Code civil et existence d’un lien de préposition entre association et bénévole]. Elles
peuvent aussi être tenues responsables si des bénévoles sont victimes de violences
dans le cadre de leurs missions.
• Dans quelle temporalité s’applique ce protocole ? Est-il créé pour un événement spécifique ?
Applicable à l’année pour tous les évènements ?
• Est-il utile de réaliser des protocoles différenciés si vous organisez des évènements d’ampleurs
différentes, dans des lieux différents, avec des acteurices différent·es ?
• Quels sont les différents espaces sur lesquels le protocole doit être opérationnel ? Comment
adapter le protocole si besoin ?
Par exemple, dans le cadre d’un festival, les campings sont des espaces à risque en matière de
violences sexuelles.
• Comment adapter le protocole pour les périodes de montage et démontage d’un festival ?
• Qui sont les personnes responsables du dispositif de prévention ? Combien sont-elles ? Sont-
elles disponibles pendant le temps de l’événement ?
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2.4 Construction du protocole
A chaque étape, des conseils et questionnements sont proposés afin de vous orienter dans la
construction de vos choix et méthodes d’action.
Cependant, il est important de garder en tête que les victimes ne passeront pas nécessaire-
ment par les voies de saisie du dispositif prévues par le protocole. Elles ne s’adresseront pas
forcément aux personnes dédiées, ou au stand s’il y en a un. ll faut donc faire en sorte que toutes
les personnes de l’organisation (y compris les bénévoles) soient informées et aient bien compris
le protocole. Elles doivent savoir comment réagir si une personne victime ou témoin s’adresse à
elle, solliciter des responsables ou rediriger vers des personnes désignées qui seront elles char-
gées d’intervenir, en fonction de ce que vous avez déterminé
Vous pouvez identifier plusieurs éventualités, plusieurs « scénarios » possibles, afin de prévoir
les actions à mettre en œuvre selon les situations, tout en gardant à l’esprit que l’on ne peut pas
tout prévoir.
• Qui sont les personnes référentes au sein de l’équipe ? Quels sont leurs rôles ?
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courant du protocole, en capacité de contacter rapidement une personne responsable, de-
mander à la victime des informations essentielles et la conseiller. A vous de définir un processus
de signalement : est-ce que la régie contacte directement la sécurité pour faire un signale-
ment ? Passe-t-elle par une autre personne ?
• Les procédures sont-elles les mêmes en cas de sollicitation par une victime ou un témoin ?
• Y-a-t-il une équipe de bénévoles en maraude ? Si oui, Quel est leur rôle ? Comment sont-iels
formé·es et identifié·es ? Quel lien avec l’organisation, avec les stands de prévention, la safe
zone ? Comment articuler leurs missions avec celles de la sécurité ?
• Quels autres canaux de signalement peuvent-ils être mis en place pour les publics, les béné-
voles (ligne téléphonique, adresse mail…) ? Sur quelle période (sur une durée déterminée après
l’évènement, indéfiniment ?) Qui sera chargé·e de réceptionner ces signalements et comment
les traiter ?
♦ Modalités d’intervention
Intervenir sur une situation de violence est complexe, c’est pourquoi il est important d’avoir dé-
fini des procédures en amont, et de se coordonner avec les personnes compétentes (personnel
de sécurité, associations de prévention des violences, protection civile, etc). A ce stade, l’objectif
principal est de faire cesser la situation de violence et de mettre en sécurité les victimes et les
témoins éventuels,
Néanmoins, cette étape n’a pas toujours lieu : le plus souvent, les victimes ou témoins vous solli-
citent a posteriori.
• Qui est chargé d’intervenir ? Selon quels principes d’intervention ? Quel sont les objectifs et les
priorité ?
• Quelles limites fixer afin de ne pas se mettre, ou mettre les victimes, en difficulté ?
• Qui contacter avant d’intervenir ? Comment faire passer l’information de manière discrète et
efficace ?
• A quel moment, dans quel contexte prévenir la sécurité ? Est-ce que c’est systématique ?
• Que faire si une personne de l’organisation est témoin de violences mais est occupé·e, dans un
moment de rush, qu’il ne lui est pas possible de quitter son poste de travail ?
21
FOCUS
Pour réagir face à une situation de violences : La méthode
des 5D
Méthode développée par l’ONG américaine Hollaback, afin de réagir notamment
dans les situations de harcèlement de rue.
Les 5 points de cette méthode :
1. Distraire
2. Déléguer
3. Documenter
4. Diriger
5. Dialoguer
♦ Accueillir et informer
Il s’agit d’assurer un premier contact avec la personne victime, et l’informer des procédures et
espaces/personnes ressources disponibles sur l’évènement.
• Demander à la victime comment elle se sent, lui présenter votre rôle, les opportunités qui
s’offrent à elle et décider avec elle de la suite sans la forcer à quoi que ce soit. Le respect de sa
parole et de sa volonté est crucial : l’agression est une atteinte à l’autonomie d’une personne,
il est important de la restaurer dans son autonomie, la personne est experte pour elle-même.
• S’assurer de la confidentialité des échanges avec les personnes (ne pas exposer la situation).
• Lui proposer de l’accompagner vers un espace d’accueil dédié sur le site de l’évènement.
• Veiller à ce que la victime ne se retrouve pas au contact de l’agresseur, ne pas les confronter
directement.
• Voir avec la personne ce qu’elle souhaite faire :
- Y a-t-il des proches qu’elle souhaite contacter ?
- Est-ce que la personne souhaite rentrer chez elle ? si oui faire en sorte qu’elle soit accompa-
gnée, l’aider à appeler un.e proche, voire un taxi si elle est vraiment isolée. Prévoir un espace
où elle peut attendre
- Que faire si la victime est isolée ?
- Comment faire le lien avec les autorités le cas échéant ?
22
FOCUS
L’espace d’accueil
Le stand de réduction des risques, de sensibilisation sur les questions de sexisme et
espace d’accueil des victimes/témoins sont différenciés : ils n’ont pas le même ob-
jectif et peuvent exister indépendamment l’un de l’autre.
L’espace d’accueil des victimes, parfois appelé « safe zone », « espace safe », est un
lieu d’accueil dédié à l’écoute, l’information et l’orientation des personnes victimes
ou témoins de violences. Le contenu, les objectifs de cet espace peuvent varier d’un
évènement à l’autre.
• Cela peut être un espace à part lié à un stand de sensibilisation sur le sexisme,
coordonné par une association. Dans ce cas, c’est en partenariat avec cette asso-
ciation que seront déterminées les circuits de signalement, les conditions d’accueil
des victimes etc. L’espace peut également être rattaché au stand de secours si du
personnel formé est présent (par exemple, au festival des Vieilles Charrues, au Hadra
Trance festival ou au festival de Cinéma de Douarnenez).
• Cela peut-être tout autre espace calme et à accès réservé sur le site. Dans ce cas,
l’espace d’accueil ne doit pas forcément être visible des publics, il peut être un es-
pace identifié uniquement en interne par les équipes, afin de rediriger les victimes et
avoir un endroit où les accueillir (par exemple au festival Art Rock).
Attention, il est crucial qu’une personne formée soit présente afin d’accueillir la
parole des victimes, psychologue ou travailleur·se social·e. Il est également pos-
sible de prévoir un système d’astreinte, avec une personne joignable par téléphone
pendant la durée de l’évènement.
Voir la fiche pratique pour la mise en place d’un « espace safe » proposée par Ici c’est
cool sur leur site internet.
Points de vigilance :
• Le stand de réduction des risques et l’espace d’accueil doivent être 2 endroits bien
distincts : le public d’un stand de réduction des risques ne sera pas forcément com-
patible avec l’accueil d’une victime ayant besoin d’un lieu plus calme.
• si deux associations interviennent (réduction des risques et lutte contre le sexisme), il
est préférable qu’elles disposent de stands séparés, afin de ne pas créer de confusion.
• Faire attention à l’emplacement des stands sur le site.
23
FOCUS
Des clés pour accueillir des victimes en milieu festif
Lors des premiers échanges avec les personnes victimes qui vous sollicitent, il est
nécessaire de garder en tête certains réflexes :
• Écouter les victimes, faire attention à mettre leurs besoins et leur volonté au centre
de l’échange, à aller à leur rythme sans leur imposer de décision.
• Ne pas remettre en question la parole des victimes, ne pas leur demander de se
justifier sur ce qu’elles ont fait/dit ou pas.
• Ne pas remettre en question leur qualification des faits, ne pas minimiser ou relati-
viser la gravité de ce qu’elles ont vécu et de la souffrance provoquée.
• Renverser la culpabilité, souligner que les faits sont des infractions, ne sont pas to-
lérés dans votre évènement/lieu et qu’elle n’avait pas à les subir.
> Comment se comporter avec une personne ayant consommé des substances
psychoactives ?
Dans certains cas, les personnes rencontrées peuvent être en situation d’angoisse et/
ou d’anxiété. Pour ce type de situations, les notions de base en réassurance peuvent
vous aider à apaiser la personne :
• Veiller aux conditions d’accueil : lieu isolé, éclairage, bruit, hauteur de siège…
• Adopter une posture de réassurance : attitude bienveillante, voix douce, tutoiement,
usage des prénoms.
• Se présenter et présenter le contexte de l’échange.
• Ramener la personne au contexte réel peut l’aider à s’ancrer.
• Être dans une démarche d’écoute active (reformuler des éléments, poser des ques-
tions ouvertes…) rassurera la personne.
• Penser à un temps de “débrief” (en équipe) à la fin de chaque entretien.
Tout accueil sous un stand de prévention et de réduction des risques doit être :
• adapté à l’interlocuteur·rice : son état général au moment de la rencontre (effets
de produits, anxiété…), sa demande et ses besoins (un échange simple, un accom-
pagnement vers les secours/sécurité…). L’intervenant·e en prévention doit ajuster sa
posture, ses propos et son comportement à chaque personne qui vient le·la rencon-
trer ;
1 https://cfcv.asso.fr/professionnel-les-et-militantes/breves-consignes/
2 http://www.lechappee-lille.fr/wp-content/uploads/2018/07/soutenir_unE_survi-
vantE_d_agression_sexuelle_16p_A5-fil.pdf
24
• inconditionnel et non-jugeant : toute personne demandant une mise à l’abri mérite
d’être accueillie, de manière anonyme et gratuite. L’intervenant·e en prévention n’a
pas à donner d’opinion personnelle sur la situation vécue par la personne ;
• conscient du rôle limité de l’accueil en milieu festif : l’intervenant·e doit rappeler
au public qu’il s’agit d’une rencontre ponctuelle. Il·Elle peut également questionner
la pertinence de l’échange si la personne n’est pas dans un contexte propice à des
sujets pouvant être traumatiques
Les rôles de l’intervenant·e sont d’écouter et d’appuyer la personne dans ce qu’elle
souhaite faire, mais en aucun cas de faire à sa place et/ou d’orienter sa réaction.
• l’occasion de faire le point sur les structures disponibles en dehors du milieu festif.
L’intervenant·e doit orienter la personne vers les structures qui pourront l’accompa-
gner selon la démarche souhaitée (dépistage, structure d’accueil, structures juri-
diques, structures sanitaires…).
Vous pouvez prévoir un moyen de saisie du dispositif après l’événement, par exemple par le
biais d’une adresse mail dédiée (ou tout autre moyen qui vous semble pertinent). Dans ce cas,
il est nécessaire de définir ce qui sera fait du signalement, les suites qui seront données et la ré-
ponse apportée à la victime : recueillir les témoignages ne peut pas être fait sans contrepartie. Il
faut pouvoir assurer une réponse, une orientation adéquate et de la transparence sur l’utilisation
du témoignage, les mesures qui pourront être prises, mais aussi les limites dans la capacité d’ac-
tion des organisateur·ices.
Cette adresse mail peut également être destinée aux équipes, bénévoles et professionnel·les,
ce qui suppose de réfléchir de manière spécifique aux mesures qui peuvent être prises dans ce
cadre.
Il est également possible de solliciter une structure extérieure afin de gérer ces témoignages.
Le rôle des organisateur·ices n’est pas d’accompagner les victimes, et le milieu festif n’est
pas le plus adéquat pour une vraie prise en charge (notamment psychologique). L’objectif est
donc de les rediriger vers les professionnel·les compétent·es , même s’il est nécessaire que les
personnes présentes (notamment sur l’espace d’accueil) soient en capacité d’écouter, identi-
fier les besoins et conseiller les personnes qui les sollicitent. Vous pouvez néanmoins, si la per-
sonne le souhaite, garder contact avec elle par la suite, notamment en lien avec d’éventuelles
procédures judiciaires.
• Laisser un contact, si possible nominatif (c’est rassurant pour la victime d’avoir une personne à
qui s’adresser) si la victime souhaite vous recontacter.
• Donner des contacts d’associations, de professionnel·les,
• Dans la mesure du possible, vous pouvez contacter ces associations en amont pour être sûre
des services qu’elles proposent, de leur disponibilité, des procédures d’accueil, etc afin de trans-
mettre des informations exactes et précises aux victimes.
• Informer les personnes sur leurs droits, notamment par le biais de brochures, livrets ou autres
guides pratiques.
• N’hésitez pas à souligner que le dépôt de plainte n’est pas obligatoire ni même nécessaire, mais
que c’est un droit, et si elle décide de le faire, les organisateur·ices pourront témoigner à partir
de ce qui a été observé et des propos recueillis.
25
♦ Documenter
Il est important de mettre en place des procédures afin de documenter de manière systéma-
tique les situations : les faits, ce dont vous avez été témoin, les propos rapportés par la victime et
les témoins potentiels, toutes les informations relatives au contexte de l’agression, etc. Ces élé-
ments seront nécessaires au bilan et à l’évaluation du dispositif, à l’auto-diagnostic des risques
sur votre évènement, et dans l’éventualité de poursuites judiciaires.
Lors des interactions avec les victimes, il faut donc veiller à mettre par écrit un maximum d’in-
formations. Cela permet également de ne pas faire répéter la victime. Attention, ne demandez
pas à la victime de vous raconter des détails si elle ne le souhaite pas, faites attention à respecter
son rythme sans conduire un interrogatoire.
FOCUS
L’attestation de témoin
Même si vous n’avez pas été témoins directs de l’agression, vous pouvez fournir un
témoignage indirect à la victime. Cela constitue un élément de preuve du faisceau
d’indices, et peut être très utile dans le cadre d’une procédure pénale.
Un petit guide sur les témoignages indirect est accessible sur le site de l’Association
européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT).
26
♦ Prendre en charge et sanctionner l’agresseur
La sanction des personnes mises en cause pour des violences est avant tout la mise en œuvre
d’un principe de précaution. Même dans le doute, cela permet de garantir la sécurité des publics
et d’éviter que des violences ne se reproduisent.
Comme expliqué dans les principes d’actions, définir en amont un cadre de sanctions, en fonc-
tion des différents cas de figure, permet de faciliter l’action.
27
2.5. Communiquer le protocole
♦ En interne
Ce protocole doit absolument être porté et assumé par la direction et/ou la gouvernance de la
structure, et communiqué en interne.
Dans l’idéal, il est nécessaire d’organiser une ou plusieurs réunions de transmission/briefing entre
le groupe de travail et les responsables des différents pôles, ainsi qu’à la sécurité, aux secours et
aux associations de prévention (si elles n’étaient pas déjà intégrées au groupe de travail, ce qui
serait l’idéal).
La bonne communication du protocole aux équipes, du rôle que chacun·e y joue, des personnes
référentes est essentielle au bon fonctionnement du dispositif. Même des personnes qui ne sont
pas formées ou en situation de responsabilité (les bénévoles temporaires notamment) doivent
au moins être capables de réorienter les victimes/témoins vers les personnes compétentes.
Pensez également à le communiquer aux artistes, aux technicien·nes, aux prestataires, à la régie
camping, aux bénévoles, etc.
Pensez à identifier les canaux de communication les plus pertinents pour diffuser ces informa-
tions, ainsi que la bonne temporalité.
La signalétique sur site est également un point clé de la communication sur les différents es-
paces ressources à solliciter si l’on est victime ou témoin.
La transparence est importante, ne communiquez que sur les actions effectivement mises en
œuvre (par ex : ne pas communiquer « en avance » sur la formation de ses équipes si l’on n’est
pas sûr de pouvoir le faire à temps).
Si les mesures annoncées ne sont pas mises en œuvre, le dispositif ne sera pas crédible aux yeux
des publics, et donc des potentielles victimes, qui ne seront pas en confiance pour dénoncer les
violences qu’elles ont vécues.
28
2.6 Faire le bilan
Le bilan et l’évaluation du protocole permettent d’une part d’identifier et analyser les situations
qui ont été signalées, et d’autre part d’évaluer le fonctionnement du protocole en tant que tel
(attention, les éléments proposés ici ne permettent pas l’évaluation globale des actions de pré-
vention).
Il est nécessaire d’anticiper la phase de bilan ou évaluation en intégrant au dispositif des dé-
marches permettant de créer ou rassembler des éléments factuels sur le protocole, sa mise en
œuvre, les situations traitées, afin de pouvoir prendre du recul a posteriori.
Il est aussi possible d’interroger les bénévoles/équipes engagées sur le dispositif pour obtenir
leurs retours et pistes d’amélioration.
Quantitatifs : Qualitatifs :
• Nombre de réunions pour la construction du • Niveau de coordination entre les acteur·ices
protocole, nombre de réunions de suivi et impliqué·es*.
personnes/organisations présentes*. • Connaissance du protocole et satisfaction
• Nombre de sessions de formations, per- des publics*.
sonnes formées*. • Sentiment de sécurité des publics avant et
• Nombre de fois que le protocole a été activé*. après la mise en œuvre du protocole*.
• Nombre et typologie des situations de vio- • Satisfaction des personnes prises en charges,
lences détectées*. orientées dans le cadre du disConnaissance
• Nombre et typologies de situations où la vic- du protocole par les équipes, évaluation/sa-
time a été prise en charge*. tisfaction des équipes sur la mise en oeuvre
du protocole (est-ce qu’il est adapté à leurs
activités, etc.)
Les éléments marqués d’une étoile (*) sont issus du guide Guía para la elaboración de Protocolos
en el abordaje de las violencias sexuales y la LGTBIfobia en los espacios públicos de ocio de l’as-
sociation Creacion Positiva, accessible sur leur site.
29
ANNEXES
30
Ressources
♦ Pour aller plus loin sur différentes oppressions
31
• Table ronde organisée par le Beursschouwburg à Bruxelles : Comment
naviguer les espaces de nightlife et les festivals en tant que personnes
Noir.e.s et afrodescendant.e.s?
https://www.beursschouwburg.be/fr/events/on-navigating-nightlife-and-
festivals-as-black-people/
• Femmes pour le dire femmes pour agir, association de lutte contre les vio-
lences faites aux femmes handicapées
https://fdfa.fr/
• Violences à l’égard de femmes handicapées, rapport de Perséphone Asbl,
association belge de lutte contre les violences faites aux femmes handi-
capées, 2002
https://www.persephonevzw.org/wp-content/uploads/Geweld_def_F_
vertaling-1.pdf
32
♦ Guides sur les violences sexistes et sexuelles
• Brochure du Collectif féministe contre le viol : « Victimes de viols ou d’agressions sexuelles,
faire valoir vos droits »
https://cfcv.asso.fr/wp-content/uploads/2022/11/livret-CFCV-web-2022-def2-OK.pdf
• Kit de prévention «Violences, harcèlement sexuel, sexisme », CCHSCT audiovisuel & cinéma,
Collectif 50/50, 2022
https://www.cchscinema.org/wordpress/wp-content/uploads/2022/04/Kit-VHSS-220404.pdf
• Fiche pratique du défenseur des droits “Le harcèlement discriminatoire au travail”, 2018
https://juridique.defenseurdesdroits.fr/doc_num.php?explnum_id=17945
• “Accompagner une victime de viols ou d’agressions sexuelles, Brèves consignes pour guider
l’accueil et l’écoute des femmes victimes de violences”, CFCV
https://cfcv.asso.fr/professionnel-les-et-militantes/breves-consignes/
• Guide « Soutenir un·e survivant·e d’aggression sexuelle », UBUNTU et Men Against Rape Culture
https://infokiosques.net/IMG/pdf/soutenir_unE_survivantE_d_agression_sexuelle_16p_A5-fil.
pdf
33
Bibliographie
♦ Guides ayant inspiré cette publication
• « Protocolo de actuación y prevención frente a la violencia sexual en entornos de ocio y es-
pacios públicos : Cáceres segura y libre de machismo ». Oficina de Igualdad y violencia de
Género del Ayuntamiento de Caceres. 2020
https://www.ayto-caceres.es/wp-content/uploads/2021/05/PROTOCOLO-ACO-
SO-SEXUAL-EN-ESPACIOS-DE-OCIO-PUBLICOS.pdf
• Calling all crows (2017), Here For The Music - Festival Guide to Improving Sexual Violence Pre-
vention and Response
https://www.callingallcrows.org/_files/ugd/898146_17b350f215d84a1397d723c4beedfc3d.pdf
♦ Etudes et enquêtes
• Conseil des Montréalaises. (2017). Montréal, une ville festive pour toutes - Avis sur la sécurité
des femmes et des jeunes femmes cisgenres et trans lors des événements extérieurs à Mon-
tréal.
http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/cons_montrealaises_fr/media/documents/
avis_securite.pdf
• Fileborn B, Wadds P and Tomsen S (2019) Safety, Sexual Harassment and Assault at Australian
Music Festivals: Final Report. UNSW, Sydney
https://australianfestivalassociation.com/wp-content/uploads/2022/02/Safety-Sexual-Har-
rassment-and-Assault-at-Australian-Music-Festivals-2017-18.pdf
♦ Références scientifiques
• Albrecht Gary L., Ravaud J.-F., Stiker Henri-Jacques. (2001). L’émergence des disability studies :
état des lieux et perspectives. Sciences sociales et santé.
• Bouamama, S. (2011). Les discriminations racistes : une arme de division massive, L’Harmattan.
• Bows, H., Day, A., & Dhir, A. (2022). “It’s Like a Drive by Misogyny”: Sexual Violence at UK Music Fes-
tivals. Violence against women
• Brahim, Rachida (2021). La race tue deux fois : Une histoire des crimes racistes en France, Édi-
tions Syllepse.
• Chamberland, L. & Lebreton, C. (2012). Réflexions autour de la notion d’homophobie : succès po-
litique, malaises conceptuels et application empirique. Nouvelles Questions Féministes
34
• Fileborn, B., Wadds, P., & Tomsen, S. (2020). Sexual harassment and violence at Australian music
festivals: Reporting practices and experiences of festival attendees. Australian & New Zealand
Journal of Criminology, 53(2), 194-212.
• Hanmer, J., & E. L. (1977). « Violence et contrôle social des femmes ». Questions Féministes, 1,
68–88.
• Hill, Rosemary Lucy; Hesmondhalgh, David; Megson, Molly (2019). Sexual violence at live music
events: Experiences, responses and prevention. International Journal of Cultural Studies,
• Kelly L, Radford J. (1990) “Nothing really happened”: the invalidation of women’s experiences of
sexual violence. Critical Social Policy.
• Kelly, L. & Tillous, M. (2019). Le continuum de la violence sexuelle. Cahiers du Genre, 66, 17-36.
• Khemilat, F. (2018). Le corps des femmes : une assignation à (par)être. Les Cahiers du Dévelop-
pement Social Urbain
35
La construction d’un protocole de lutte contre les violences sexistes et
sexuelles est un élément clé pour assurer la protection des victimes,
des témoins et des publics lors d’un évènement festif. Ce dispositif
de signalement et de traitement de ces violences formalise les
principes d’action de la structure organisatrice, ainsi que les tâches
et rôle de chacun·e.
Ce guide propose des principes d’action et méthodologies de travail,
des questionnements et conseils pour orienter dans la construction
d’un tel protocole, propre à chaque structure. Il invite également les
équipes organisatrices à mener une réflexion de fond sur le sujet, et
à agir en partenariat avec des collectifs ou associations expertes.
36 MARS 2023