L'histoire de la comptabilité bancaire est intimement liée à celle de la
comptabilité en partie double, introduite par Luca Pacioli au XVe siècle et qui a
rendu possible le développement du compte à vue. Les banquiers lombards ont
joué un rôle clé en diffusant ces innovations financières. Au cours des siècles
suivants, la comptabilité bancaire a évolué avec l'essor du commerce,
l'encadrement législatif (notamment le Code de commerce de 1807) et, plus
récemment, l'avènement de l'informatique et des normes comptables
internationales.
Les origines de la comptabilité en partie double
Le rôle de Luca Pacioli :
En 1494, le moine vénitien Luca Pacioli a publié un traité qui a révolutionné la
discipline en introduisant la comptabilité en partie double, séparant ainsi les
comptes créditeurs et débiteurs.
Les banquiers lombards :
Cette méthode a été largement diffusée par les banquiers italiens, notamment
les Lombards, et a permis le développement du compte à vue.
L'encadrement législatif et l'évolution de la pratique
Le rôle du législateur :
Dès le XVIIe siècle, l'ordonnance de Colbert (1673) a imposé aux commerçants
de tenir des livres de comptes. Le Code de commerce de 1807 a ensuite renforcé
ces obligations.
La naissance du système bancaire :
La famille Médicis, au XVe siècle, est considérée comme une pionnière dans la
création du système bancaire, avec l'invention de pratiques telles que la
comptabilité double et les lettres de change.
L'ère moderne et l'informatique
La normalisation comptable :
Après la Seconde Guerre mondiale, la comptabilité a été normalisée en France
avec la création du Plan Comptable Général en 1947.
L'informatique et les normes internationales :
Dans les années 1960, l'informatique a commencé à être utilisée pour
automatiser les processus comptables. La création du Comité des normes
comptables internationales en 1973 a également marqué l'évolution vers des
normes comptables mondiales.
Comptabilité - Wikipédia
1494 : Le moine italien Luca Pacioli édite à Venise son traité sur la comptabilité
en « partie double » ; 1581 : En Italie, le col...
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[DCG UE 9] Chap 1 : Histoire et définition de la comptabilité 1/4
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Histoire de la comptabilité
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les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références ».
En pratique : Quelles sources sont attendues ? Comment ajouter mes sources ?
Il est d’usage de faire remonter l'histoire de la comptabilité à 1494 le premier écrit
théorique sur la comptabilité. Dans son ouvrage de mathématiques, Summa de
arithmetica, geometria, de proportioni et de proportionalita publié à Venise, le moine
Luca Pacioli décrit le mécanisme de l’enregistrement en partie double.
Jusqu’au XXe siècle, les écrits comptables sont restés essentiellement des ouvrages
techniques ou pédagogiques. L’avènement de la société industrielle et le
développement des sociétés par action à la fin du XIXe siècle ont conduit les outils
comptables à évoluer.
En France, la publication du premier plan comptable général, en 1942, est inspirée
des nombreux travaux et expériences menés durant les décennies précédentes,
notamment ceux d’Émile Rimailho (1928). Elle marque le premier pas de la
normalisation comptable française.
À la même époque, ce phénomène de normalisation se manifeste également dans
les autres pays industrialisés.
Chronologie
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Préhistoire
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Le besoin d'inventaire précède l'invention de la comptabilité. On ne peut que
supposer l'existence d'une "proto-comptabilité".
Sumer
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Les premières traces d'écritures ont été découvertes dans les fouilles archéologiques
menées en Mésopotamie. Ces fouilles ont conduit également à découvrir des traces
d'inventaires comptables sous forme d'encoches réalisées sur des supports d'argile.
Les origines de la comptabilité se confondent donc avec les origines de l'écriture (et
de la cartographie) ce qui peut conduire à penser que l'histoire de la comptabilité est
aussi ancienne que l'histoire de l'humanité elle-même 1. [ ]
Antiquité
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L'histoire de la comptabilité remonte à l’Antiquité. L’activité comptable (au sens de
"décompte des valeurs") ne se limitait pas seulement au fait d’enregistrer des actes
commerciaux. Les ancêtres des comptables se rencontraient déjà dans les
anciennes civilisations, chez les riches marchands et chez les banquiers. Ils
remplissaient alors les fonctions d’intendants. Ces intendants prenaient en charge
la comptabilité de la maison. C’étaient souvent des esclaves érudits. Ce furent les
ancêtres des comptables en entreprise.
Moyen Âge
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Les pratiques comptables évoluent, accompagnant les pratiques commerciales.
L'invention de l'imprimerie et l'utilisation du papier sont des facteurs importants
permettant de comprendre la généralisation de techniques d'enregistrement
comptable durant la fin du Moyen Âge.
En 1493, le moine Luca Pacioli édite, en italien, le premier ouvrage qui traite de
comptabilité. Il vulgarise ainsi les pratiques commerciales utilisées par les
commerçants du nord de l'Italie, et la technique de tenue de compte "en partie
double". Celle-ci consiste à enregistrer toute opération dans deux comptes
simultanément. Lorsque les deux comptes utilisés sont des comptes de patrimoine,
l'écriture traduit un changement de la structure du patrimoine (le commerçant paye
des marchandises, l'augmentation de la valeur du stock de marchandises compense
la diminution du compte de caisse).
Du XVIe au XVIIIe siècle
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Les techniques comptables évoluent progressivement. Des obligations comptables
apparaissent comme l'obligation faite aux manufactures françaises au XVIIe siècle
de tenir un inventaire bi-annuel des stocks.
XIXe siècle
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Jusqu’au XXe siècle, les écrits comptables sont restés essentiellement des ouvrages
techniques ou pédagogiques. Les réflexions théoriques étaient relativement réduites
et portaient essentiellement sur les mécanismes comptables d’enregistrement ou sur
les concepts et les définitions. À titre d’exemple, on peut citer l’ouvrage de Charles
Penglaou Introduction à la technique comptable édité en 1929.
L’avènement de la société industrielle et le développement des sociétés par action à
la fin du XIXe siècle ont conduit les outils comptables à évoluer. La réflexion
comptable s’est alors portée aussi bien sur les améliorations des techniques de
tenue des comptes que sur les problématiques de calcul de coûts. La comptabilité de
gestion notamment doit beaucoup aux ouvrages précurseurs de Frederick W.
Taylor (1902) ou d’Henri Fayol (1916).
XXe siècle
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DévelopperCette section peut contenir un travail inédit ou des déclarations non
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Ce qui caractérise le développement de la comptabilité au XXe siècle et le
phénomène d'harmonisation des pratiques (on parle de "normalisation").
Harmonisations nationales dans un premier temps, puis harmonisation
internationale qui va s'accélérer durant la deuxième moitié du siècle.
En France, la publication du premier plan comptable général, en 1942, est
inspirée des nombreux travaux et expériences menés durant les décennies
précédentes, notamment ceux d’Émile Rimailho (1928). Elle marque le
premier pas de la normalisation comptable française.
Ce phénomène de normalisation se manifeste également dans les autres
pays industrialisés, même s’il ne porte pas toujours autant qu’en France sur
la comptabilité analytique.
Aux États-Unis, un double mouvement est à souligner. Tout d’abord, dès la fin
du XIXe siècle, les universités américaines ont créé des départements
d’enseignement de gestion dans lesquels exerçaient des professeurs de
comptabilité. Ceux-ci ont produit les premiers ouvrages théoriques
comptables. Par ailleurs, la crise de 1929 a conduit le législateur américain à
renforcer la réglementation comptable. Le FASB, comité américain des
normes comptables et financières, se dote alors d’un « cadre conceptuel »,
cadre théorique général permettant de définir les objectifs et les grands
principes comptables servant de guide au travail des normalisateurs.
Systèmes comptables
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L'invention du lettrage conversationnel 1962, a permis à la mécanographie et
aux gros ensembles d'ordinateurs à faire de la comptabilité générale en
grandes entreprises et d'effacer l'image caricaturale de la profession
comptable. L'informatisation de la comptabilité générale dans les grandes
entreprises qui permet la présentation des résultats mensuels à j+5 après la
fin du mois a chassé l'image du comptable "rond-de-cuir".
En ce qui concerne les ancêtres des comptables libéraux, on en trouve des
traces assez nettes dans le cadre de la fonction publique, c’est-à-dire dans
l’Administration où ils jouaient dans ce domaine un rôle moyen selon page 15
de "Histoire de la profession comptable" (libérale) parue, à la suite
du 47e congrès de l'Ordre des experts-comptables en octobre 1993. Ils firent
leur apparition tout d’abord dans l’administration militaire. Ils étaient chargés
de relater les péripéties militaires mais aussi de tenir l’inventaire des
marchandises soumis aux fluctuations de la consommation par les troupes et
l’accumulation du butin au fil des victoires. Les chefs militaires savaient ainsi
combien de temps pouvait encore durer la campagne en cours. En bons
gestionnaires, ils devaient prendre en ligne de compte les denrées qui
devaient nécessairement êtres trouvées sur place. Ils devaient en plus
connaître le rendement de la guerre entreprise, et par conséquent évaluer le
solde que la troupe pourrait percevoir après que l’État et les seigneurs de
guerre se seraient partagé les richesses les plus remarquables. Comme
la monnaie a été longtemps inconnue, l'impôt était payé en nature, les scribes
réalisaient en plus des travaux d’arpentage pour pouvoir fixer le montant de
l’impôt à payer. Cet éventail de fonctions réalisées par les scribes suscite
plusieurs remarques. Tout d’abord il est logique de voir ainsi les professions
de comptable et de géomètre se confondre. Pour les deux activités, il
s’agissait d’utiliser les chiffres de l’arithmétique élémentaire, le calcul des
surfaces comme assiette de l’impôt qui se basait sur l'espace exploité. Les
études qui menaient à ces professions étaient longues et coûteuses, en partie
alignées sur celles qui menaient à la prêtrise. Souvent dans les sociétés
anciennes les chiffres avaient un caractère sacré. Ils étaient souvent liés aux
calculs astronomiques pour savoir quand se produiraient certains
phénomènes naturels et pour calculer le retour des saisons et aussi pour
mesurer le temps. Les cultures avancées et même les plus primitives
utilisaient et utilisent toujours des systèmes numériques qui se sont
maintenus jusqu’à nos jours. Le cycle des études d'un expert-comptable est
comparable en durée à celui d'un chirurgien.
Avant l'invention de la comptabilité conversationnelle par lettrage
informatique, l'organisation de la comptabilité a connu cinq systèmes
comptables en dehors de ce dernier :
la comptabilité à l'italienne,
le journal américain,
le système par décalque
la comptabilité mécanisée sur positionneuses comptables à
introduction frontale,
la comptabilité informatique selon le CdC standard des
constructeurs de matériel informatique,
la comptabilité conversationnelle par lettrages informatiques qui a
révolutionné à la fois la gestion des grandes entreprises et le
monde des ordinateurs. Ce que les gros ensembles savaient
subitement faire, les minis ordinateurs sans usage depuis 1952
sauraient le faire à la place des ateliers de machines comptables,
toutes obsolètes du jour au lendemain.
La comptabilité à l'italienne
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Présentation
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C'était jusque dans les années 1950 le système pratiqué en grandes
entreprises, ainsi que le système académique d'enseignement de
la comptabilité universellement adopté. La didactique de la méthode se limitait
à la saisie des écritures au journal unique. En pratique, les journaux étaient
créés et utilisés par nature, achats, banques, clients etc. L'organisation
scientifique du travail exigeait en plus qu'ils fussent subdivisés en journaux
"jours pairs" et "jours impairs". Les journaux étaient tenus par les aides-
comptables. En fin de journée ouvrable, ils étaient remis au comptable
"Teneur de Livres". Cinq journaux auxiliaires étaient tenus par service
comptable. C'était à eux qu'il incombait d'alimenter les cinq Grand livres, à
savoir : - Le grand livre des " Comptes Généraux " - Le grand livre des
comptes individuels " Fournisseurs ". - Le grand livre des comptes individuels
" Clients " - Le grand livre des "Banques " - Le grand livre des " Frais
Généraux "
Le grand livre
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Ce terme éponyme propre à ce registre du système comptable centralisateur
à l'italienne ne correspond plus pour ce même grand livre encore utilisé de
nos jours. Ce terme lui venait éventuellement du fait que pour une écriture
passée au journal, il fallait en passer deux au grand livre, soit l'une au débit et
l’autre au crédit, ce qui multipliait son volume par rapport au journal. De l’un
comme de l’autre côté, on devait passer un article indépendant. Le compte
individuel au grand livre prenait déjà la forme d’un T. L’écriture enregistrée au
côté gauche du compte T provoquait une écriture au côté droit sur un autre
compte… Au libellé de l'écriture du débit on rappelait la date du journal et la
page ou se trouvait le crédit de l'écriture correspondante, on en rappelait les
mêmes au crédit. Cette technique caractérisait sa stipulation de comptabilité à
partie double. Le grand livre était utilisé sous forme de reliures de feuilles de
comptes sous couvertures cartonnées ; le dos renforcé de garnitures en tôle
de zinc. Il est possible que la dénomination lui vint du fait de sa dimension de
50 cm sur 40 cm, ils pouvaient atteindre le poids respectable de 10 à 15 kg.
Le grand livre présentait deux comptes par page. Les reports des journaux
aux Grands Livres devaient se faire le lendemain de manière qu'il y ait tous
les matins des journaux reportés de disponibles. Sauf épidémie ou effet de
force majeure, il n'y avait pas d'absent dans ces services à cette époque. En
règle générale, le comptable qui tenait le grand livre des comptes généraux
était le mieux payé en dehors du chef du service comptable. Il coiffait ses
autres collègues. C'était lui qui tenait en plus les comptes centralisateurs des
autres comptabilités auxiliaires Clients, Fournisseurs et des Débiteurs
Créditeurs Divers, Banques et Frais Généraux. C'était lui qui dressait les
différentes balances d'arrêtés de fin de périodes trimestrielles et d'inventaire
en fin d'exercices.
Les journaux par nature se présentèrent sous forme de registres reliés, dont
les pages étaient foliotés et paraphés par le greffe du tribunal de commerce.
Les écritures des journaux par nature étaient fidèlement reportées aux grands
livres correspondants. Les postes de travail des comptables se présentaient
sous forme de pupitres avec des plateaux en pentes placées à hauteur
d'homme. Ainsi, le grand livre reposait incliné pour faciliter l'écriture, bloqué
par un arrêt pour ne pas tomber du pupitre. Le comptable se tenait debout ou
assis sur un haut tabouret de bar pour passer les écritures. Les grands livres
ne devaient comporter ni ratures, ni surcharges, ni vides. En cas de report,
les lignes non utilisées d'un côté ou de l'autre du T, étaient à barrer d'une
tangente reliée par un petit trait horizontal en haut et en bas au cadre réservé
à la zone des libelles des écritures. Les Allemands avaient trouvé une
dénomination mnémonique à ces traits de protection contre l'écriture en
nommant cette figure obligatoire "Buchhalternase ", le nez du comptable.
Les qualités premières exigées du professionnel attaché à ce système étaient
la calligraphie et l'aptitude au calcul rapide. Aussi ces deux matières figuraient
aux programmes académiques et des instituts de formation comptable. La
mention, zéro en calcul rapide aux examens de CAP et de teneur de livre était
éliminatoire. Les machines à calculer, bien qu'elles existassent sur le marché,
n'avaient pas droit de cité à l'époque de la glorification du travail manuel et
mental. Cette interdiction devait durer jusqu'aux années 1950 dans les
services comptables du secteur privé.
Effectifs
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L'effectif d'une comptabilité générale en grandes entreprises comportait en
moyenne une quinzaine de personnes. Il se répartissait en gros de la manière
suivante :
Le chef comptable et son adjoint.
1 Comptable qui était chargé du groupe auxiliaire des comptes généraux. Il
s'occupait des classes ; 1-2-3 du plan comptable. Il passait les écritures de
centralisations mensuelles des autres groupes de comptabilités auxiliaires. La
gestion des DcD de la classe 4 lui incombait également. C'était lui qui
présentait les balances générales avant bilan. Il passait aussi les écritures
réfléchies de la comptabilité analytique. 1 Teneur de livres chargé du groupe
6 du plan comptable. Il tenait le journal et le grand livre du groupe auxiliaire
des frais généraux. La gestion délicate des voyages et missions était de son
ressort. 1 comptable chargés de la tenue du compte des banques et
du compte courant postal. 4 à 5 personnes chargées du groupe auxiliaire des
fournisseurs.
5 à 6 personnes chargées de la gestion du groupe auxiliaire des clientes.
Comptabilités auxiliaires de la classe 4 du PCG (Plan comptable général)
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Les comptes de la classe 4 (Tiers) étaient subdivisés par des comptes
divisionnaires. Obligatoirement pour une gestion rationnelle et selon le plan
comptable le compte divisionnaire 0 spécifie qu'il s'agit des Fournisseurs 40.
Dans la même optique le compte 1 de subdivision caractérise les comptes
Clients 41. Les comptes divisionnaires 3 à 9 complètent la classe 4 alors que
seuls les comptes 46 s'intitulent Débiteurs divers et Créditeurs divers. La série
des comptes et des sous-comptes de la classe 4 monopolisent 80 % des
écritures comptables en grandes entreprises. Ceci explique le pourquoi de la
fonction en groupes de ces comptabilités auxiliaires. Cette quantité
considérable de documents à traiter, explique finalement le pourquoi de
l'incapacité des grandes entreprises de s'accommoder à faire de la
comptabilité à la mode des comptables libéraux.
Savoir que le montant des achats de la taille de la SACM, Entreprise
industrielle de transformation au CA mensuel de 100 000 KF représentait en
moyenne 40 % du chiffre d'affaires, donne déjà une idée du volume en
factures, règlements, relances et de comptes que le groupe auxiliaire des
fournisseurs se devait de générer.
Les effectifs
Tâches aux Groupes auxiliaires des tiers
En moyenne, quatre employés assuraient le fonctionnement du groupe de
la comptabilité auxiliaire des fournisseurs. Ils se partageaient le travail de la
façon suivante :
Le chef de groupe, un comptable expérimenté. Il était chargé du contrôle des
paiements Fournisseurs. Les nombreuses conditions de règlements en
vigueur compliquaient considérablement cette opération. Les conditions
générales qui concernent les paiements au comptant s'échelonnaient et
s'échelonnent toujours et encore comme règlements par chèques avec
escomptes de 3 % sous 8 jours, de 2 % sous 15 jours et à 1 % sous 3
semaines. Dans ce cas, l'initiative du règlement incombait au groupe
fournisseurs. Avant l'établissement du chèque et avant de le transmettre à
son chef de groupe pour contrôle, le teneur de livres chargé de la préparation
des règlements, devait rédiger la pièce comptable concernant le montant du
produit financier à réaliser. Selon la situation de trésorerie de l'entreprise, ce
type de règlement pouvait changer la fréquence des traitements ainsi que le
résultat des produits financiers. Non sans raison, les calculs commerciaux et
les mathématiques financières ne figurent qu'aux programmes des examens
de comptabilité. Ils exigent une certaine logique pour en comprendre l'intérêt
profond. Par exemple un escompte de 2 % en quinze jours correspond au
Teg de 48 %. Il n'existe pas de meilleur placement que de régler ses
fournisseurs au comptant. De toute manière l'escompte représente un
élément de prix de revient, alors quitte à lancer un emprunt obligataire à
3,5 % du montant des achats mensuels et à nous les produits financiers.
Les chèques émis fin de mois, net de tout escompte, soldaient en affaire tout
paiement au comptant. Sauf les entreprises publiques et semi-publiques,
en 1962 les autres fournisseurs ont tous accepté nos règlements comptants
que la prise de l'initiative des règlements nous facilitait de pratiquer sur une
grande échelle. Les règlements par CCP étaient basés sur le principe du
chèque sauf qu'il fallait utiliser le document imposé par l'administration
postale.
L'usage de la traite est le mode de règlements le plus fréquent. C'est aussi
celui qui dans une grande entreprise est à même de poser le plus de
difficultés. Dans ce cas de paiement, l'initiative du paiement provient de la
part des fournisseurs qui envoient les extraits mensuels des factures
accompagnés des traites à l'acceptation. Celles-ci peuvent être à 30, 60, 90
et même à 120 jours, le 5 ou le 10 fin du mois suivant. Le délai de 120 jours
ne s'utilise pratiquement pas, il perd la faculté du réescompte du portefeuille
des titres de la part de la Banque de France. Dans une grande entreprise, ce
mode de paiement est à même de poser de sérieux problèmes. Un relevé de
factures accompagné de sa lettre de change comporte souvent plusieurs
factures. L'acceptation de la traite implique la griffe " bon à payer " sur les
factures de la part du destinataire de la marchandise. Pour des raisons
comme ; quantités de pièces non conformes, pièces refusées au contrôle,
erreur sur factures, grèves de toutes sortes, font que les factures composant
un relevé n'arrivent pas à la comptabilité dans les délais. Dans ce cas le
comptable, pour ne pas bloquer le règlement doit corriger le montant de la
traite qui comporte des obligations légales à observer sans compter le
règlement après litiges toujours délicats à mener à bien.
- 1 teneur de livre chargé de l'attribution des N° de pièces comptables, du N°
des comptes fournisseurs, du classement des factures par échéances et par
fournisseurs, du rattachement des factures avec le relevé fournisseur
correspondant.
- 1 teneur de livre chargé de la tenue du journal des achats aux fournisseurs
français. Il tenait aussi le grand livre correspondant à ses fournisseurs. Il
s'occupait du lettrage des factures payées, de la détermination des soldes
ainsi que de l'établissement de la balance des montants et des soldes, de
l'archivage.
- 1 teneur de livre qui s'occupait des mêmes en ce qui concerne les
fournisseurs étrangers. Les délicats problèmes causés par les frais de
douane, de licences et de conversions des devises en monnaie nationale
étaient de son ressort.
Groupe auxiliaire clients
- Trois comptables étaient attachés en moyenne au groupe des comptes
ordinaires. Ils s'occupaient respectivement, l'un de la gestion des clients
français, l'autre des clients étrangers et le troisième, le chef du groupe,
s'occupait de la tenue du Grand livre des comptes ordinaires, du suivi des
comptes et de la correspondance avec les clients. - Deux autres comptables
étaient chargés du suivi des commandes inscrites. Sous cette dénomination
s'entend le suivi des commandes de machines complètes ou de grosses
commandes passées avec des conditions de paiements et de livraison
spéciales comprenant les payements d'avances et du suivi de règlements à
terme. Chacun devait passer ses écritures au grand livre. Ils s'occupaient
tous de la surveillance des créances par l'émission manuelle des "relevés
mensuels" des factures impayées.
Le Système du Journal Américain
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Ce système avait sa place au programme de l'enseignement technique
comptable. Ce journal comportait un nombre important, environ une douzaine
de colonnes débits crédits. Du fait de sa technique d'utilisation très pratique,
ce journal trouvait sa place pour la gestion des petits commerces comme
dans les petites entreprises artisanales non intéressées au régime forfaitaire
vis-à-vis du fisc. Ce type de comptabilité était souvent assuré par des
étudiants ou des aides-comptables pour arrondir les fins de mois.
Sa capacité de faire à la fois office de journal et de grand livre présentait un
avantage appréciable. Pour son bon fonctionnement, il était équipé des
colonnes dates et libellés, la dernière des douze colonnes débits crédits était
réservée au regroupement de divers comptes pour lesquels l'utilisateur ne
jugeait pas utile de réserver une colonne individuelle.
Les colonnes étaient additionnées pour changer de page et pour fournir les
montants des balances intermédiaires. Les reports à nouveau sur de
nouvelles pages de journaux fournissaient les enchaînements pour les arrêtés
mensuels que ce type de comptabilité facilitait de pratiquer. D'arrêté
périodique en arrêté périodique, ce système, automatiquement aboutissait
aux écritures d'inventaire et à la fin de l'exercice.
Le système Obbo ou comptabilité par décalque
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La Maison Obbo, « organisation de bureau et bureau d’organisation », slogan
qui figure sur le Plan Comptable Type des années 1950, a son siège social à
Strasbourg et une succursale à Mulhouse. Obbo commercialisait un astucieux
système comptable par décalque. Il permettait la tenue de la comptabilité par
le système centralisateur au même titre que le permettaient les machines
comptables. Le système Obbo se singularisait du système centralisateur
manuel par le fait que les comptes du grand livre étaient constitués de feuilles
volantes. Ce système comptable était de la famille du système centralisateur
avec comptabilités auxiliaires. Ces dernières comprenaient le journal et les
comptes individuels des Fournisseurs, des Clients, des Banques, des Frais
Généraux et des Comptes Généraux. Ce système comptable fonctionnait à
l'aide d'un mécanisme qui servait à fixer le journal, le papier-carbone ainsi
que le compte individuel mis à contribution pour passer les écritures. La
superposition du compte en alignement de la première ligne disponible sur le
journal avec son équivalent du compte permettait d’obtenir par décalque la
copie des écritures pour constituer à la fois le compte individuel ainsi que le
journal. La saisie des écritures par décalque évitait les reports au grand livre.
Cette méthode donnait entière satisfaction aux artisans, aux commerçants,
aux PMI comme aux PME. Ce système excluait toute erreur de report des
écritures autrement toujours possibles. Ce système innovateur, inventé par M.
Camille MANNE et commercialisé par la Sté Obbo, n'apportait aucune
amélioration quant à l'élaboration des relevés de relances mensuelles. Les
écritures étaient passées à la main dans les différents groupes des
comptabilités auxiliaires du système comptable centralisateur. Pour l'époque,
il était remarquable de constater que ce système fonctionnait à base d'un plan
comptable de type Obbo. Il faut noter que le système RUF inventé par un
comptable suisse, Alphone RUF, en 1917 est antérieur à OBBO. Il consistait
en une plaque de métal munie d'une réglette sur laquelle on faisait descendre
un onglet métallique qui évitait d'écrire sur le ligne précédente, la feuille de
carbone cachant le journal et les lignes d'écritures. Comptabilité RUF était
installée à Paris, 48, rue de Dunkerque 9ème arrondissement. Ensuite les
système passa sur une machine à écrire avec un introducteur de compte, le
Placeur.
D'autres marques de comptabilité par décalque ont été très présentes jusque
dans les années 1970 : CSM, RUFF, KALAMAZOO, EXACOMPTA,
DECKEKER, DAUPHIN, etc.
Système comptable centralisateur mécanisé sur
positionneuses comptables à double introduction
frontale
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Présentation
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L'Américain W. Burroughs attacha son nom à la première machine comptable
qui vit le jour en 1885. Elle déjà engageait la comptabilité dans des voies
nouvelles…
À partir des années 1950 jusqu'au début des années 1980, malgré
l'implantation des traitements mécanographiques dans les grandes
entreprises et les administrations, la comptabilité générale était exclusivement
assurée par des machines comptables à introduction frontale de ce type.
Elles étaient davantage connues sous le terme de positionneuses comptables
à double entrée. Les premières étaient même à triples entrées. Il fallait
introduire le papier-carbone avant la mise sur le marché du dispositif des
doubles rubans encreurs.
Ce qualificatif d'entrées multiples, elles le devaient à la conception spéciale
du chariot. Ces introductions frontales multiples de prime abord laissaient
présager des complications, rien que par la polyvalence dont elles étaient
affublées. Pour elles aussi se vérifiaient le dicton ; qui trop embrasse mal
étreint.
Le traitement de la comptabilité générale en grandes entreprises était donc
uniquement réservé aux positionneuses comptables à introductions frontales,
qui évoluaient, il faut bien le dire, à l'ombre de la mécanographie d'abord, et
des ordinateurs ensuite.
Il y avait en 1965, cinq vieilles NCR à la SACM de Mulhouse. Malgré tout le
bien que l'on pouvait en dire, elles avaient le lourd handicap de présenter
jusqu'au dernier jour de leurs mises en service des comptes qui étaient loin
de fournir une situation immédiatement exploitable dans le domaine de la
gestion des tiers. Les détails du solde restaient à extrapoler manuellement de
la masse des écritures enregistrées chronologiquement par le comptable pour
obtenir l'extrait de compte des créances dues ou à recevoir. Elles restèrent,
toute la durée de leur mise en application un moyen de gestion très lourd et
très coûteux.
Elles étaient prévues pour imprimer à la fois les journaux et les comptes
individuels des différentes comptabilités auxiliaires. Dans ce dessein, elles
étaient équipées de grands chariots qui pouvaient recevoir à la fois le journal,
le papier-carbone ainsi que le compte individuel. La passation des écritures
s'opérait de la manière suivante : L'opérateur introduisait dans un premier
temps le papier-carbone et le journal auxiliaire à traiter pour la durée de la
saisie de la nature des écritures préparées. Il prenait ensuite le paquet des
comptes individuels assortis aux pièces comptables correspondantes
préparées et codifiées à l'avance. Lors de chaque changement de compte, il
fallait desserrer le compte traité pour le sortir de la machine avant d'introduire
le suivant tout en conservant le journal en place.
Ainsi, il y avait souvent surimpression d'écritures. Ce défaut était préjudiciable
lors de l'opération du lettrage et par suite à la lecture du compte lors du relevé
des écritures non lettrées.
Rôle attribué à ces machines
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Ces machines comptables mécanisaient simplement le système
centralisateur à l'italienne ainsi que le système Obbo. L'avantage de ces
machines par rapport au système italien n'était que dans l'ordre des choses à
attendre d'une simple mécanisation. Elles évitaient le report manuel du
journal au grand livre ainsi que les erreurs de reports toujours possibles. Ce
simple pas en avant mit fin également à l'ère du calcul rapide dans les
Grandes Entreprises. Elles apportaient en plus le calcul des montants débits,
crédits et soldes par comptes et les totaux pour les journaux que leur
permettait de produire en fin de saisie les 120 compteurs électromécaniques
dont elles étaient équipées.
Ces positioneuses avaient leurs avantages et leurs inconvénients. D'abord
elles étaient redondantes dès leur origine dans les entreprises ou les
organismes équipés en mécanographie. Elles firent leurs apparitions en
France dans les années 1940. Par rapport au système Obbo, à l'origine, ces
machines avaient surtout l'inconvénient de ne disposer d'aucun repère qui
permettait de bien situer la première ligne libre du compte au-dessus de la
ligne du journal, qui lui restait engagé en permanence.
Mais la comptabilité de papa comme l'annonçait les promoteurs de ces
machines était loin d'avoir fait son temps. Elle n'avait changé ni dans la forme
ni dans le fond. Cette mécanisation n'avait en rien amélioré la cadence ni les
délais de présentations des résultats (Compte de pertes et profits et bilans).
Comme lors de la comptabilité de papa (Comptabilité à l'italienne) les
résultats semestriels tombaient toujours à, j + 45.
Les comptes individuels étaient devenus flottants, classés dans des caisses.
Le gain en maniabilité et le progrès nul en délais par rapport aux comptes
fixes du grand livre se payait très cher en matériel et en personnel.
En outre, elles n'ont, comme toute simple mécanisation de tâches manuelles
en rien amélioré la clarté de la tenue des comptes ni les performances
comptables dans le domaine de la périodicité de la présentation des résultats
intermédiaires ni des résultats de fins d'exercices.
Inconvénients du système
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Le reproche que les décideurs impuissants pouvaient formuler envers ces
machines onéreuses était celui de n'avoir contribué ; ni à l'amélioration de la
gestion comptable des entreprises et de n'avoir en rien modernisé le suivi ni
la surveillance des comptes de tiers. Comme pour tous les systèmes
analysés ci-dessus, l'utilisation de ces machines malgré tous les
perfectionnements qu'elles avaient subis, même arrivée au niveau
d'ordinateurs de comptabilité, elles ne furent pas en mesure de sortir le relevé
des détails du solde précédent. Comme au bon vieux temps silencieux et
discret du grand livre tenu manuellement, les comptables se devaient dans le
bruit ambiant de l'atelier des machines comptables, comme auparavant,
éplucher manuellement, compte par compte les écritures non lettrées pour
mener à bien avec les mêmes difficultés les opérations de suivi des créances
mensuelles.
Nombreux étaient les constructeurs de ces machines comptables à travers le
monde, comme : - Addo - Adler - Triumph - Burroughs - CSM, Ascota,
torpédo à introduction électrique - Facit - Hermès-Paillard - Hewlett-
Packard - Honeywell-Bull ; - IBM - Kienzle - LogAbax - NCR, avec une
positionneuse programmable ;
- Nixdorf - Olivetti - Olympia - Philips - Remington Rand - Ruff - Wang - Rank
Xerox.
L'effectif.
L'introduction de ces machines n'a en rien amélioré l'effectif des services
comptables, au contraire. Les comptables des groupes auxiliaires des
comptes généraux, de banques et des frais généraux devaient suivre des
cours de formation d'opérateurs sur machines comptables, s'ils voulaient
garder leur emploi. Les groupes auxiliaires clients et fournisseurs ne
pouvaient se passer d'un opérateur attaché à temps plein à la machine
comptable attribuée au groupe.
Évolution technique des machines comptables.
Les constructeurs de ces machines n'ignoraient pas que les services de
traitements mécanographiques et les ordinateurs par la suite, savaient tout
faire sauf de la comptabilité dans les Grandes Entreprises. Nulle menace ne
planait sur l'existence et l'avenir de l'industrialisation des machines
comptables. Elles pouvaient poursuivre tranquillement leur évolution à l'ombre
des ordinateurs. Très primitives à l'origine, elles ne donnaient même pas
l'aperçu de ce qui était frappé par l'opérateur. Le métier exigeait des
champions du clavier. L'apparition de la deuxième génération palliait
largement ce manque de convivialité. Comme on n'arrête pas le progrès, elles
furent par la suite dotées de lecteurs de cartes ou de bandes perforées pour
devenir de rentables utilisatrices des sous-produits des statistiques de ventes,
d'achats, etc., élaborées en ordinateur ou par des facturières munies de
perforateurs de bandes. Pour en assurer la pérennité, elles suivaient
fidèlement l'évolution technique de l'informatique. Finalement, elles se
trouvèrent munies de lecteurs de cassettes, de disques durs et d'écrans de
consoles. Avant de disparaître elles faisaient figure d'ordinateurs comptables
en gardant les inconvénients des positionneuses comptables à double
introduction qu'elles n'avaient jamais cessé d'être. La mise au point des
comptes à bande magnétique qui permettait l'introduction mécanique ainsi
que le positionnement électrique de la prochaine ligne vierge du compte à
utiliser, palliait lors du déclin, non seulement au manque de précision lors de
l'introduction du compte, mais encore elle gardait en mémoire le dernier
solde, ce qui évitait sa reprise manuelle par l'opérateur. Un oubli grave serait
de négliger l'appréciation du coût d'un atelier de machines comptables. Son
installation en grande entreprise se composait de 5 machines au minimum. Il
fallait compter 400.000 FF l'unité, valeur 1965.
Inconvénients en gestion de l’usage des machines comptables
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L’utilisation des positionneuses comptables à introduction frontale par du
personnel spécialement formée, était la seule machine sur le marché qui
permettait d’éditer des comptes individuels classiques des tiers en
comptabilité générale. Ils devaient comporter la raison sociale de l’entreprise
et les éléments exigés par le code du commerce. Ces indications
permettaient aux comptes de présenter la forme des comptes de tiers sans en
apporter automatiquement le fond. Du fait de l’enregistrement chronologique
des événements comptables par comptes individuels, ces comptes
présentaient l’avantage d’en révéler en continu le nouveau solde, sans que
les détails qui le composaient soit mis automatiquement en évidence.
Difficultés des relevés mensuels
La détermination du détail des nouveaux soldes à traiter en guise de relevés
mensuels incombait aux comptables. La connaissance de ces détails résultait
du relevé des écritures non soldées à extraire du volume des fichiers volants
qui composaient le compte dans son intégralité. Les écritures soldées se
reconnaissaient au pointage alphabétique effectué par écriture à l’aide des
paiements utilisés pour l’extraction des comptes mouvementés à
repositionner en machine.
Le lettrage comptable.
Dans la foulée, le comptable relevait les écritures non lettrées qui finalement
constituaient les détails des relevés mensuels des comptes ouverts dans le
fichier des comptes volants. Les brouillons ainsi rédigés restaient à
dactylographier par les comptables ou par des secrétaires. Même en raison
de tous les efforts déployés, ce système présentait l’inconvénient de ne pas
permettre de relancer mensuellement la totalité des comptes et ceci malgré la
subdivision du travail mis en application dans ce sens. Alors que les
comptables des comptabilités auxiliaires, chargés de la tenue des comptes
généraux, des comptes de frais généraux et des banques tenaient à la fois le
rôle de préparateurs et d’opérateurs sur machines comptables, ceux des
comptabilités de tiers, ne s’occupaient que de la gestion des comptes.
Lorsque le volume des affaires l’exigeait, la saisie des écritures se faisait par
des opérateurs affectés de manière permanente au maniement d’une
machine comptable. Ils n’exerçaient alors que cette fonction. Le décret 73374
du 28.03.1973 a été mis en application pour l’attribution d’une prime de
technicité aux opérateurs sur machines comptables. Ceci démontre bien
l’étendue de cette fonction et la force de la corporation.
Bénéficiaires : Agents affectés de manière permanente au maniement d’une
machine comptable, et exerçant réellement ces fonctions.
Description du compte : Papier carton de 180 gr. Recto-verso 40 ligne
d’écritures par face.
Lourdeurs du compte dans le système.
Tant qu’il restait une écriture recto ou verso non soldée par compte, ce
dernier ne pouvait pas être archivé. Pour cette raison, les détails du solde
d’un compte pouvaient s’étaler sur une dizaine de cartes pour un ensemble
de 3 000 comptes par exemple. Pour cette raison, il était pratiquement
impossible de relancer mensuellement la totalité des comptes. On se notait le
dernier compte relancé pour en reprendre la suite le mois suivant et ainsi en
assurer le roulement, mois par mois. Finalement, un même compte était au
mieux relancé deux fois par an, dans un lot de 3 000 comptes. Il est clair que
malgré l’usage de ces machines coûteuses, la gestion des comptes de tiers
laissait beaucoup à désirer.
Ce qui précède met bien en évidence la complexité de la gestion des comptes
de tiers par machines comptables dans les Grandes Entreprises. Aussi ces
difficultés justifient largement la volonté ainsi que les efforts déployés dans le
domaine de la recherche sur machines à cartes perforées pour trouver une
solution mécanographique en mesure de libérer les comptables de
l'exploration sempiternelle d'un fichier immense ouvert à la chasse des
écritures non lettrées. Ces recherches systématiques préalables à la frappe
des relevés des comptes se faisaient juste pour répondre à la mode.
L'absence d'échéances dont souffraient les enregistrements ne permettait pas
d'en tirer un autre usage. Ce travail de Romains abattu en totale absence de
suivi et sans méthode n'était finalement qu'un énorme gâchis juste bon à la
ventilation et à l'aération des comptes volants.
Comptabilité informatique en Grandes entreprises selon CdC
du Constructeur
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Après bien des échecs enregistrés en mécanographie et une longue accalmie
dans le domaine qui nous préoccupe, il y eut une nouvelle vague de
propositions d'applications comptables suscitées par l'apparition sur le
marché d'une nouvelle génération d'ordinateurs. En 1964 IBM lançait en
France la génération des ordinateurs de la série des 360, il était clair que pour
ce type de machine, avec un pedigree qui se référait à la perfection,
au 360° du cercle, qu'il se devait de savoir tout faire. Dans cette optique, IBM
se devait de leur trouver le moyen de faire aussi de la comptabilité afin de
démontrer la véracité de son image de marque. Effectivement les ingénieurs
avaient mis au point un CdC type qu'ils adaptaient pour répondre à des
questions de détails selon les problèmes particuliers posés par le client. Tout
devenait possible grâce aux mémoires dans lesquelles les choses se
passeraient sur un 360/40 par exemple. Malgré cette considérable avancée
technique les lacunes du CdC élaboré et présenté, ces merveilleuses
machines n'avaient pas libéré les décideurs des Grandes Entreprises
conscients de la carence du système, du carcan qui les enchaînait aux
machines comptables à introduction frontale. Par rapport à tous les systèmes
de comptabilité approfondis ci-dessus, celui-ci se distinguait singulièrement
des autres par l'absence totale de comptes lors du traitement principal. Par
ailleurs, il ne s'en cachait pas, au contraire. Dès la première page, le CdC
(voir documents en annexe) annonçait ce détail au chapitre des États, par un
laconique :
1°) Par compte : Difficulté de conserver la présentation actuelle. Ce défaut
capital en gestion de la classe des Tiers était minimisé par ce que permettra
la solution de rechange sur disques. Elle permettait sur demande : De justifier
le solde de chaque compte. De pouvoir en reconstituer l'historique.
La page 2 du CdC absolument révoltant ne fournit pas davantage de
stimulants à l'adresse d'un chef de projet apôtre comptable formé par M.
Pouchot et doté d'une sérieuse conscience professionnelle pour mettre en
route pour son entreprise une telle absurdité. Il offrait : (Répétition pour la
clarté de l'usage)
2°) Impression périodique : (période à définir)
Extrait de compte
ancien solde (montant)
mouvements
nouveau solde
Examinée de plus près, cette possibilité n'offrait aucun élément valable pour
gérer des comptes de Tiers. Au contraire, à partir du moment où ces données
se retrouvent sous forme d'enregistrements sur disques, ils devenaient
inaccessibles par le comptable. Rien ne lui permettait plus d'accéder aux
données pour déterminer les éléments impayés en plus il perdait la faculté de
péniblement reconstituer sur demande le solde d'un comptes que lui offraient
les cartes perforées auparavant.
Ce système comptable se rapprochait à quelques détails près de la
comptabilité pratiquée par les professions libérales. La différence voulait que
ce qui était négligeable chez ces derniers devînt prioritaire en Grandes
Entreprises. À ce niveau, les consultants étaient conscients qu'ils ne
pouvaient pas se permettre de faire l'impasse pour ne pas offrir aux Grandes
Entreprises une solution en ce qui concernait la gestion des comptes de tiers.
La proposition du recours aux chemises ou aux dossiers pour la gestion de
ces comptes, comme pouvaient le proposer les comptables libéraux à leurs
clients, n'était ici pas à l'ordre du jour. Les consultants étaient confrontés à
des milliers de comptes clients et de fournisseurs qui génèrent toujours 80 %
des milliers de factures, de pièces comptables, de règlements et de fiches de
caisses à propos desquels il était incontournable de proposer une probable
méthode de gestion globale par ordinateur. Les inconvénients des anciens
systèmes qui entassaient chronologiquement les écritures à travers un grand
livre manuel ou par Ateliers de machines comptables sur des comptes volants
étaient connus par les chefs comptables utilisateurs. Ces traitements avaient
au moins l'avantage de générer des comptes. Mais hélas, des comptes
tellement lourds à exploiter, d'une nature si touffue à interpréter et si prompte
à générer de nouveaux comptes sans que les anciens soient soldés, que
nulle ne s'accrochait pour le conserver. Pour cette raison, il tombait sous le
sens que les consultants n'avaient pas trop de peines à faire passer en
douceur "la difficulté en informatique de ne pas pouvoir conserver la
présentation actuelle" de ces comptes. À défaut de la possibilité de présenter
des comptes de tiers, le système proposait des accommodements négociés
avec les chefs comptables pour se sortir de ce handicap. Les consultants
faisaient miroiter des succédanées de techniques informatiques basées sur
des mémoires informatiques, des fichiers sous forme de cartes perforées qui
constituaient des historiques éblouissants qui laissaient dans l'ombre les
détails du guet-apens vers lequel s'orientaient les comptabilités auxiliaires
ainsi mécanisées. Nonobstant tout le pouvoir de conviction appuyé par la
présentation d'un bouquet florissant de nouvelles technologies, les
propositions faites à un chef de projets à double casquettes, ne pouvaient
selon ce qui était proposé, que mener à l'abandon de toutes comptabilités de
tiers et par conséquent entraîner sa comptabilité dans une impasse.
Ce qui dans ce système, se rapprochait le plus à un semblant de compte
n'était en réalité comme nous allons le voir plus loin, que le relevé mensuel
des factures. Cet état, perturbé par le complément de quelques pièces
comptables antérieures, qui pouvaient toujours traîner dans un système
complètement désorganisé, n'avait aucune difficulté à donner à n'importe qui,
l'illusion d'un extrait des détails du solde d'un compte. À l'absence de compte,
pour faire passer la pilule, le système proposé y remédiait par des
échappatoires que seul excusera le manque de déontologie comptable de la
part des Ingénieurs consultants qui proposaient ce genre de CdC. Malgré la
puissance électromécanique des ateliers mécanographiques d'une part et
d'autre part le recours aux transistors, aux mémoires à ferrites et
magnétiques, les mémoires virtuelles sur disques durs et aux mémoires vives
par centaines de KO et aux bandes magnétiques, les gros ensembles
d'ordinateurs n'étaient pas en mesure de réaliser un autre type de
comptabilité, car le problème se situait ailleurs. Pourtant, c'est en
mécanographie que ce système offrait encore le plus de "convivialité", parce
que les données restaient sous forme de cartes perforées à la portée des
comptables. Quelques entreprises qui s'étaient laissé convaincre, avaient
donné dans le panneau et persistaient à leur détriment dans ce mode de
gestion. C'état mondialement connu, qu'il était très difficile de revenir en
arrière.
Fonctionnement du système par fichier à cartes perforées
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Pour la durée de l'exercice, après la reprise à nouveau, les écritures
comptables des mois antérieures étaient fusionnées d'avec les mouvements
du mois pour former une énorme mémoire de masse qui constituait le fichier
historique. Sauf la classe 4 du plan comptable, aucune autre n'exige la mise
en évidence périodique des détails du solde précédent. En raison de cette
nécessité, le fichier historique était scindé en deux. À savoir : D'une part le
fichier des tiers qui restait à la fois à la disposition des comptables comme à
celle des informaticiens en vue de la gestion particulière des comptes de tiers.
D'autre part, le CdC prévoyait l'obtention d'une carte récapitulative périodique
qui résumait les montants débits et crédits ainsi que les soldes par comptes
des mois précédents. Ces cartes récapitulatives servaient : - À tirer les
balances mensuelles. - À effectuer les reports à nouveau ou pour servir
d'anciens soldes pour les traitements de la nouvelle période.
Selon le CdC, l'impression périodique des extraits de comptes présentait :
ancien solde (le total de la carte récapitulative.)
mouvements de la période
nouveau solde
La valeur d'exploitation et l'utilité comptable d'un tel état est laissée à
l'appréciation du connaisseur…
D'autre part, les mouvements des autres classes du plan comptable étaient,
après obtention de la carte récapitulative par comptes, fusionnés pour former
le fichier historique de l'exercice. Les cartes récapitulatives restaient en
attente des mouvements de la période suivante. La perforation de cartes
récapitulatives de la période précédente par l'intermédiaire
des perforatrices connectées aux calculatrices 604 ou aux ordinateurs évitait
lors des traitements effectués en batch (par lots) de remettre en ligne le fichier
historique qui au fur et à mesure du cumul des travaux mensuels prenait des
volumes monstrueux et par conséquent des temps de passage en machine
très onéreux et préjudiciable à la disponibilité des ordinateurs. Temps CPU. À
ce niveau, il est important de savoir que les équipements classiques ne
disposaient que de mémoires volatiles électromécaniques (compteurs) et
de cartes perforées comme seules mémoires périphériques. Les données
saisies par conséquent formaient d'énormes mémoires de masses rangées
dans des bacs à cartes stockés dans des meubles spéciaux. Il est capital de
savoir qu'en comptabilité mécanographique, après la saisie des factures
clients, fournisseurs et des règlements, il s'avérait indispensable de procéder
à l'épuration des écritures soldées afin de garder les détails du solde par
compte à toutes fins utiles. Les Chefs de Projets, qui avaient essayé,
n'avaient pas trouvé le moyen d'opérer l'épuration mécanographique.
L'épuration manuelle prônée par contre s'avérait pour des raisons de fiabilité
irréalisable dans le temps. Cette extraction était pour la plupart confiée à de
petites mains, car trouvée à juste titre rebutant par les comptables. La
complexité des techniques comptables évidentes pour le professionnel ne
l'était plus pour des non initiés. Ce qui était plus grave encore, 10 % des
règlements enregistrés ne correspondaient à aucune facture à éjecter. Dans
certains cas, il s'agissait d'avances sur factures dans d'autres cas, de
règlements qui tenaient compte de litiges sur factures ou d'escomptes pour
règlement comptant, ce qui excluait l'extraction des écritures tout en exigeant
la maintenance du règlement litigieux dans le fichier. En outre, souvent il était
procédé à des extractions qui ne correspondaient pas à la facture payée, cas
des factures à montants répétitifs dans le cas de transporteurs par exemple. Il
arrivait toujours dans ces cas ce qui devait arriver, à l'issue de quelques mois
de ce traitement, il ne restait que des fouillis de comptes souvent erronés qui
rendaient tout rapprochement impossible.
L'arrivée des ordinateurs sur le marché rendit de l'espoir à quelques
téméraires, ils durent vite déchanter. Le fond du problème, c'est-à-dire
l'extraction automatique des enregistrements en mémoires correspondant aux
règlements, n'était pas résolu. La disponibilité de mémoires sur tambours, sur
disques durs, sur bandes magnétiques et autres périphériques auraient
permis l'archivage immédiat des cartes perforées, réduit dans ce cas à
l'usage de simples supports d'entrée de données. Malgré la présence des
ordinateurs, il fallait garder les fichiers de cartes perforées. Ils restaient
indispensables aux utilisateurs malgré la négation par le système prôné par
les constructeurs.
Contrairement aux espoirs, les enregistrements magnétiques devenaient
franchement inaccessibles aux comptables comme à l'informaticien. Il existait
bien des boutons sur certains ordinateurs qui permettaient de changer des
données en mémoire. Cette manipulation était valable en calcul scientifiques
où il était possible de changer un paramètre dans une mémoire et de
poursuivre des calculs d'itération par exemple. Une telle manipulation était à
exclure en comptabilité en raison du nombre d'écritures à traiter. Laisser
tomber les fichiers de cartes perforés ? Oui, il faut le dire à condition de
conserver à côté les machines comptables, solution que les plus sages des
chefs comptables ont conservée de leur propre initiative.
En raison de cette situation confuse, les comptables en entreprises opérant
sur machines comptables ainsi que les constructeurs de ces machines
pouvaient dormir tranquille. Ce ne sera pas demain la veille que ces
machines redoutables mettraient en danger la sécurité de l'emploi des
opérateurs sur machines comptables en particulier et celui des comptables en
général. Telle était à l'époque, non sans raison l'état d'esprit de la majorité du
personnel administratif confronté à cette informatique qui faisait tout bien
mieux, et surtout beaucoup plus vite que l'homme.
Par conséquent, les constructeurs de matériels informatiques informés des
déboires des utilisateurs ne pouvaient en attendant mieux, que mettre en
sourdine sinon au pilori toutes nouvelles velléités à vouloir braver les limites
fixées au matériel informatique sur le marché, tout en affirmant pourvoir
résoudre des problèmes de comptabilité aux cas où les clients insistaient. La
Manurhin, l'autre Grande entreprise mulhousienne, après avoir examiné les
propositions du CdC, ne l'a finalement pas appliquée. Elle a opté pour la
rénovation de son parc de machines comptables de marque Nationale.
Bien que les CdC laissassent miroiter la tenue des fichiers en mémoires des
ordinateurs, en pratique les utilisateurs de ce système ne pouvaient se passer
du fichier historique sous forme de cartes perforées pour la classe des tiers.
Grâce à ce fichier, le comptable gardait au moins un semblant
d'indépendance. En cas de litige ou de demande d'extrait ponctuel de
compte, il gardait la possibilité physique de le recomposer par extraction des
détails d'un solde de compte. Pourtant, le comptable n'était pas au bout de
ses peines. Pour la matérialisation de son extrait de compte, il devait se
présenter au chef de l'exploitation de l'ordinateur qui selon sa charge de
travail effectuait le tirage demandé. Selon la capacité du chef de projet de
l'application, le comptable devait se contenter d'une liste d'analyse de créance
arrangée par ses soins à la machine à écrire pour la circonstance. (Voir plus
bas un cas de ce genre) Série de documents à l'appui du côté négatif du
système.
Les affaires Enron et Vivendi
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Article détaillé : Scandale Enron.
Lors de l'éclatement de la bulle financière en 2002, plusieurs grands groupes
de télécoms ou de médias ont été critiqués pour la faible transparence de leur
comptabilité et le recours à des sociétés partiellement externes qui portaient
l'essentiel de la dette. L'Américain Enron et le Français Vivendi Universal ont
ainsi multiplié les acquisitions à l'insu des actionnaires, ce qui les a amené à
la cessation de paiement pour le premier et à l'obligation de vendre des
filiales dans la précipitation pour le second.
XXIe siècle
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Les comptes des entreprises ne reflètent pas forcément leur véritable état de
santé, en raison des opérations complexes hors-bilan, pour lesquelles il faut
recourir à de très bons analystes financiers, selon Colette Neuville, la
présidente de l'Adam (Association de défense des actionnaires minoritaires) 2. [ ]
Discipline universitaire
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Institutions et publications
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L'histoire de la comptabilité, ou accounting history en anglais, constitue une
sous-discipline académique à part entière. Elle se décline en plusieurs sous-
spécialités, selon les objets (comptabilité de gestion, comptabilité financière,
etc.), les approches théoriques (marxiste, foucaldienne ou rationaliste), les
proximités avec d'autres disciplines (histoire, économie, sciences politiques,
sociologie), les sources (orales ou archivistiques), les périodes et les aires
géographiques explorées3. [ ]
La plupart des chercheurs dans ce domaine — majoritairement des hommes
— viennent nom pas du champ de l'histoire mais de celui de la comptabilité.
Ils exercent principalement dans les business schools ou les départements
d'économie-gestion des universités, où ils enseignent à des futurs comptables
plutôt qu’à des historiens. En l’absence de département universitaire qui leur
soit propre, leur cohésion repose avant tout sur des conférences de
recherche et d’associations scientifiques. Les échanges avec la discipline
historique sont limités, ou plutôt unilatéraux : les historiens de la comptabilité
s’approprient les outils, les méthodes et les problématiques des historiens,
sans que la réciproque soit fréquente3.[ ]
L'association savante la plus influente dans le domaine est l'Academy of
Accounting Historians, fondée en 1973 aux États-Unis, à la suite d'un
colloque organisé à Québec en août de la même année. Très américaine à
l'origine, elle s'ouvre de plus en plus aux chercheurs du reste du monde. Son
rôle a été central dans le développement de la discipline : création d’un
journal spécialisé, publication de monographies, animation de groupes de
travail, repérage d’archives, soutien à des centres de recherche, et intégration
de l’histoire de la comptabilité dans les cursus universitaires en comptabilité.
En Europe, l'International Committee of Accounting Historians joue également
un rôle important. Il a tenu son premier symposium en octobre 1970 à
Bruxelles. Dans de nombreux pays, il existe des comités nationaux ou des
associations dédiées à cette spécialité : Écosse, Grande-Bretagne, Nouvelle-
Zélande, Japon, Italie, France ainsi qu'une association qui regroupe les pays
hispanophones3. [ ]
Les années 1990 marquent un âge d'or pour la discipline, avec une forte
hausse du nombre de publications (articles, livres...). De nombreux journaux
académiques (anglophones) généralistes en comptabilité publient
régulièrement des travaux en histoire de la comptabilité
(Abacus ; Accounting, Auditing & Accountability Journal ; Accounting and
Business Research ; Accounting, Organizations and Society ; et Critical
Perspectives on Accounting). Il existe aussi des journaux spécialisés
(Accounting Historians Journal ; Accounting, Business & Financial History ;
sans compter des publications en italien, espagnol, japonais...) 3. [ ]
Le principal congrès scientifique des historiens de la comptabiltié est le World
Congresses of Accounting Historians3. [ ]
Historiographie
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Dans l'historiographie, on distingue généralement deux courants principaux,
parfois en opposition frontale, parfois considérés comme complémentaires :
l'histoire de la comptabilité traditionnelle et la new history. La première est
plus proche des archives et consacrée à l'histoire des techniques et des
facteurs internes et externes qui ont contribué à leur développement quand la
seconde porte une ambition théorique et critique plus forte et essaye de saisir
le rôle social de la comptabilité4.[ ]
Les premières contributions importantes sont réalisées à la fin du 19e siècle
en langues italienne et, dans une moindre mesure, allemande. L'école
italienne a recours à l'histoire pour fonder sa théorisation très poussée de la
comptabilité, comme chez Giovanni Cerboni5. En Allemagne, des
[ ]
contributeurs importants sont Ernst Jäger6, Balduin Penndorf7 ou encore Karl
[ ] [ ]
Kheil8 qui concentre ses recherches sur l'histoire intellectuelle précoce de la
[ ]
comptabilité. En langue anglaise, dans The Origin and Progress of Book-
keeping publié en 1852, Benjamin Foster commente les livres sur la
comptabilité parus jusque là. Éloigné d'une histoire intellectuelle à la Foster,
Richard Brown se concentre lui sur les pratiques et le développement de la
profession. En 1905, il publie A History of Accounting and Accountants où il
célèbre la profession comptable qui devrait, selon lui, être considérée à l'égal
de la médecine et du droit4.
[ ]
Aux États-Unis, les premières recherches se concentrent sur la comptabilité
en partie double, au détriment d'autres formes de comptabilité comme le cost
accounting ou le comptabilité de gestion, comme par exemple chez Ananias
Charles Littleton9. Dans les années 1930 et 1940, les économistes et les
[ ]
historiens du social commencent à s'intéresser au sujet. Il le font en
commentant les travaux de Max Weber et surtout de Werner Sombart sur le
sujet. L'économiste Basil Yamey, qui travail avec Littleton, publie une critique
de la thèse de Sombart sur l'importance de la comptabilité dans le
développement du capitalisme10. Ces travaux, notamment quand ils traitent de
[ ]
périodes après 1600, sont centrés sur les pays anglo-saxons4. [ ]
Dans les années 1950 et 1960, on compile de vastes bibliographies et on
écrit des premières synthèses, avec les mêmes biais, c'est-à-dire en se
focalisant quasi-exclusivement sur la comptabilité en partie double et sur le
monde anglo-saxon. La sous-discipline commence à s'institutionnaliser. Elle
atteint sa maturité dans les années 1970. Une base théorique reprise par
certains chercheurs est empruntée à l'économie, et notamment la théorie des
coûts de transaction. À cet égard, la comptabilité est primordiale parce que
(1) en interne de l'entreprise, elle permet la coordination hors-marché et (2) à
l’extérieur de la firme, elle permet le contrôle des managers par les
actionnaires et banquiers. D'autres chercheurs, plus critiques, adoptent une
perspective marxiste en critiquant le focus de leurs collègues sur l'efficience
économique qui est, selon eux, idéologique et tautologique. Ils préfèrent
mettre l'accent sur les conflits comme celui entre le Capital et le Travail (la
comptabilité sert à contrôler le processus de travail et à décider de la
répartition des profits), entre Blancs et Noirs, etc. L'autre grand auteur
mobilisé par les courants critiques est Michel Foucault et son analyse critique
des discours4.
[ ]
Plusieurs questionnements travaillent l'histoire la comptabilité comme la
question de savoir si la comptabilité a une essence (« non » disent les uns,
« oui, c'est à la base de la construction de la valeur économique » disent les
autres). Les approches socio-historiques tendent à adopter une approche
plus large du sujet et traitent, au-delà du monde des affaires, la comptabilité
du gouvernement, des ménages, des syndicats, etc. dans des situations très
variées et parfois extrêmes (comme par exemple la comptabilité nazie
pendant la Shoah)4. [ ]
Bibliographie générale
[modifier | modifier le code]
(en) John Richard Edwards et Stephen Walker (dir.), The
Routledge Companion to Accounting History, Routledge, 15 avril
2020 (ISBN 978-1-351-23886-1, lire en ligne [archive])
Notes et références
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1. ↑ Denise Schmandt-Besserat (trad. de l'anglais), La genèse de l’écriture,
Paris/37-Monts, Les belles lettres, 2022, 287 p. (ISBN 2-251-45293-1 et 978-2-251-
45293-7, OCLC 1319650824).
2. ↑ Les Echos - Colette Neuville : les entreprises doivent jouer la
transparence - Archives [archive]
3. ↑ Revenir plus haut en :a b c d et e Stephen P. Walker, « Structures, territories and
tribes » dans Edwards et Walker 2020, Chapitre 1.
4. ↑ Revenir plus haut en :a b c d et e Christopher J. Napier, « Historiography »
dans Edwards et Walker 2020, Chapitre 2.
5. ↑ (it) G. Cerboni, Elenco Cronologico delle Opere di Computisteria e
Ragioneria Venute alla Luce in Italia dal 1202 al 1888, Rome, Tipografia
Nazionale, 1889
6. ↑ (de) E. L. Jäger, Beiträge zur Geschichte der Doppelbuchhaltung,
Stuttgart, Kröner, 1874
7. ↑ (de) Balduin Penndorf, Geschichte der Buchhaltung in Deutschland,
Leipzig, Gloeckner, 1913
8. ↑ (de) K. P. Kheil, Über einige ältere Bearbeitungen zur Geschichte des
Buchhaltungs von Luca Pacioli – Ein Beitrage zur Geschichte der
Buchhaltung, Prague, Bursik & Kohout, 1896
9. ↑ (en) A.C. Littleton, Accounting Evolution to 1900, New York, American
Institute Publishing Co., 1933
10. ↑ (en) B.S. Yamey, « Scientific bookkeeping and the rise of
capitalism », Economic History Review, 1949, p. 99–113
Voir aussi
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Articles connexes
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Comptabilité générale
Liens externes
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(fr) Fonds spécialisé "Histoire de la comptabilité [archive]" de la
Bibliothèque universitaire de droit, d'économie et de gestion à
Nantes (France)
Revues spécialisées :
(fr) Comptabilité(s), revue d'histoire des comptabilité,
disponible ici [archive].
(en) Accounting Historians Journal, disponible ici [archive].
(en) Accounting History, disponible ici [archive].
(en) Accounting History Review (ex-Accounting, Business and
Financial History), disponible ici [archive].
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L'histoire de la
comptabilité : ses
origines et son évolution
Temps de lecture : 11 min
L'article en bref
La comptabilité trouve ses origines au 4ème millénaire avant J.-C. en
Égypte, bien avant l'invention de l'écriture.
Au XVIème siècle, Luca Pacioli introduit la méthode vénitienne en partie
double, révolutionnant la comptabilité avec trois livres : le Journal, le
Grand Livre et la Balance.
Cette période marque également l'émergence du Compte de Résultat,
fondement des principes comptables actuels.
L'ère moderne a vu l'émergence de la comptabilité analytique, qui utilise
des "codes affaires" spécifiques à chaque entreprise.
Les avancées technologiques ont permis l'automatisation des processus
comptables, favorisant l'externalisation et la dématérialisation des
factures.
La comptabilité continue d'évoluer, s'adaptant aux nouvelles réalités
économiques et technologiques.
£
Quelle est l'origine de la comptabilité ?
On retrouve dans l’histoire égyptienne au 4ᵉ millénaire avant J.-C. des
traces de comptabilité.
Dès l’aube des premières civilisations structurées, la nécessité de tenir un
registre des ressources, des échanges et des productions s’est imposée
comme une évidence. Les sociétés agricoles naissantes, en particulier
dans les régions fertiles du Croissant fertile et de la vallée du Nil, ont très
tôt été confrontées à la complexité de la gestion des surplus, des
impôts en nature et de la répartition des ressources. En Égypte, dès le 4ᵉ
millénaire avant J.-C., des témoignages archéologiques attestent d’une
activité comptable avancée. Les Égyptiens utilisaient des papyrus et
des tablettes sur lesquels étaient inscrits, à l’aide
de hiéroglyphes ou de symboles, des comptes détaillés de récoltes, de
distributions de nourriture ou encore d’offrandes religieuses.
Les temples et les entrepôts royaux, véritables centres névralgiques de
l’activité économique, fonctionnaient selon des mécanismes de
collecte, de stockage et de redistribution qui ne pouvaient exister sans
un système de traçabilité. Les scribes égyptiens, formés dans des écoles
spécialisées, tenaient à jour les mouvements de biens, établissaient des
inventaires et planifiaient les besoins. Ces pratiques révèlent une logique
de gestion centralisée, dans laquelle la comptabilité avait pour rôle de
soutenir le pouvoir politique et de garantir l’équilibre social et
économique de la nation.
La comptabilité, souvent perçue aujourd’hui comme une discipline
technique au service des entreprises, puise pourtant ses racines dans les
fondements mêmes des premières civilisations humaines.
L’image contemporaine de la comptabilité : réduite à une série de
tableaux Excel ou de logiciels de gestion, qui masque souvent
l’importance capitale que cette discipline a eue dans l’histoire humaine.
Ce n’est pas une simple affaire de chiffres ou de fiscalité : la
comptabilité a toujours été, fondamentalement, un outil au service de la
mémoire collective, de la planification et de la justice économique. Dans
les sociétés anciennes, elle constituait un langage structurant les relations
entre les hommes, les institutions et les ressources naturelles.
Les premières civilisations, telles que celles de Mésopotamie, d’Égypte,
d’Inde ou de Chine, ont toutes développé indépendamment des formes de
comptabilisation. Ces systèmes ne se limitaient pas aux échanges
commerciaux : ils permettaient de gérer les travaux publics, de répartir
les tâches au sein des communautés, d’organiser les rites religieux, ou
encore de calculer les dotations aux fonctionnaires. Ainsi, la
comptabilité était un instrument au cœur même du développement de la
société humaine, contribuant à sa structuration, à sa cohérence et à sa
pérennité.
Quel est l'histoire de la comptabilité ?
Bien avant l’apparition des chiffres modernes ou des logiciels de gestion,
les sociétés antiques avaient déjà mis en place des systèmes de
comptabilisation pour gérer leurs ressources, organiser leurs échanges et
assurer la pérennité de leur économie.
Dans un monde sans chiffre zéro, sans tableur électronique, et
même sans papier, les anciens peuples ont pourtant su concevoir des
systèmes ingénieux pour comptabiliser, enregistrer et anticiper. Avant
même que ne soient inventés les chiffres indo-arabes, des méthodes de
comptage se développaient autour de symboles, de jetons ou
de bâtonnets. Ces dispositifs primitifs répondaient à une logique
pragmatique : ils permettaient de s’assurer qu’un échange avait bien eu
lieu, que des quantités avaient été livrées, ou que des dettes étaient
honorées.
En Mésopotamie, les Sumériens utilisaient des tablettes d’argile
gravées de signes cunéiformes pour enregistrer les rations de bière, les
têtes de bétail, ou les quantités d’orge allouées à chaque ouvrier. Ces
pratiques n’étaient pas marginales : elles faisaient partie intégrante de la
gestion étatique. Chaque temple ou palais disposait
d’une administration capable de collecter, compiler et analyser les
données économiques essentielles à la survie de la communauté.
Le développement de la comptabilité fut donc le fruit de contraintes
économiques très concrètes : la nécessité de nourrir la population, de
planifier les grands travaux, de réguler les échanges, et d’éviter les
conflits liés à une mauvaise répartition des ressources. La comptabilité a
joué un rôle de stabilisateur, en garantissant la transparence,
en instaurant la confiance, et en permettant aux sociétés de dépasser
une organisation informelle pour entrer dans une logique institutionnelle.
Des origines millénaires
Les premières traces de comptabilité remontent au 4ᵉ millénaire avant
Jésus-Christ, en Égypte ancienne.
À cette époque, l’économie égyptienne reposait essentiellement sur
l’agriculture et les échanges en nature. Les crues du Nil rythmaient la vie
et les récoltes, mais il fallait pouvoir en tirer le meilleur parti. Le stockage
du grain, le calcul des impôts dus par les paysans, ou encore l’évaluation
des besoins pour les chantiers royaux (comme les pyramides ou les
temples) nécessitaient un suivi précis. Ainsi, les scribes prenaient note des
quantités semées, récoltées, stockées ou distribuées. Le papyrus
devenait alors un outil de gestion central, où se dessinaient les premières
logiques comptables, comme les soldes, les flux entrants et sortants, ou
encore les inventaires.
Avant même l’écriture
Bien avant que les premiers alphabets ne soient gravés sur pierre
ou notés sur papyrus, les sociétés du Proche-Orient utilisaient des
petits objets en argile cuite, appelés tokens. Ces jetons, de
différentes formes et tailles, représentaient des biens ou des quantités
spécifiques. Ils servaient à enregistrer une promesse, une livraison ou une
dette. Pour éviter toute altération de l’information, les jetons étaient
parfois enfermés dans des bulles d’argile (bulla), sur lesquelles on
imprimait un sceau ou un résumé des contenus. Lors d’une vérification, la
bulle était cassée, et les jetons comptés pour valider la transaction.
Cette méthode, bien que rudimentaire, est à l’origine de
l’invention de l’écriture. C’est parce qu’il fallait résumer ces
opérations de manière plus pratique que les premiers
pictogrammes virent le jour. On passa alors de la comptabilité
matérielle à la comptabilité symbolique. La nécessité de rendre
compte, de conserver une mémoire économique collective, fut
donc l’un des moteurs de la création de l’écriture.
Paradoxalement, ce n’est pas la poésie, la religion ou la
philosophie qui ont conduit à écrire, mais le besoin de gérer les
stocks de grain et les troupeaux.
Fait étonnant mais révélateur : la comptabilité serait née avant même
l’invention de l’écriture.
Un outil fondamental de l’organisation sociale
La comptabilité ne se résumait pas à une simple tenue de registre : elle
jouait un rôle central dans l’organisation de la société.
Dans l’Antiquité, les temples, palais et grandes institutions politiques
utilisaient la comptabilité comme un véritable instrument de régulation. En
Égypte, les temples fonctionnaient comme des centres de redistribution :
ils recevaient les offrandes, collectaient les impôts, et finançaient les
travaux publics. Sans un système comptable fiable, cette gestion aurait
été impossible. Les scribes étaient donc des figures de pouvoir, presque
sacrées, dont la mission n’était pas seulement d’écrire, mais de
garantir la vérité des comptes.
Cette fonction allait bien au-delà du monde égyptien. En Grèce antique, à
Athènes, les magistrats appelés logistai étaient chargés de vérifier les
comptes des dépenses publiques. À Rome, des systèmes élaborés de
reddition de comptes étaient exigés des gouverneurs provinciaux. En
Chine, dès les premières dynasties impériales, des rapports comptables
détaillés sur les stocks, les terres cultivées ou les soldats enrôlés
étaient envoyés à la cour centrale.
La comptabilité permettait donc aux dirigeants d’avoir une vue
d’ensemble de leur territoire, de planifier l’avenir, et de répartir les
ressources selon les besoins collectifs. Elle introduisait également un
principe de responsabilité individuelle, car chaque comptable, chaque
scribe, engageait sa réputation dans l’exactitude des chiffres qu’il
consignait. Ainsi, elle servait non seulement à organiser la société, mais
aussi à en garantir l’équité.
Un héritage durable
Loin d’être une invention moderne, la comptabilité est donc l’un des plus
anciens outils de gestion que l’humanité ait créés.
De tous les outils développés par l’homme pour structurer ses activités
économiques, la comptabilité est sans doute l’un des plus anciens et des
plus constants. Malgré les révolutions culturelles, politiques ou
technologiques, elle a conservé une logique de base : enregistrer les faits
économiques pour mieux les comprendre, les contrôler et les transmettre.
Des premières marques gravées dans l’argile aux interfaces numériques
des logiciels de comptabilité modernes, cette discipline n’a cessé de se
transformer tout en préservant ses fonctions essentielles.
Elle témoigne de l’ingéniosité des premières civilisations et de leur
capacité à structurer leur environnement économique et social.
Cette histoire longue et fascinante rappelle que la comptabilité n’est pas
une simple technique de gestion réservée aux experts. Elle est un
langage, une culture, un héritage. C’est grâce à elle que les civilisations
ont pu s’élever, construire des villes, entretenir des armées, bâtir des
empires. Aujourd’hui encore, ses principes fondateurs :la
traçabilité, la transparence et l’équilibre demeurent les piliers de
la gouvernance économique moderne.
Encore aujourd’hui, les principes fondamentaux posés il y a des
milliers d’années restent au cœur des pratiques comptables
modernes : enregistrer, classer, contrôler et interpréter les flux
économiques.
Malgré la sophistication des outils numériques actuels, la logique reste
inchangée. Un comptable contemporain suit toujours les mêmes étapes
qu’un scribe de l’Antiquité : constater une opération, en garder une
trace fidèle, en tirer des conclusions utiles à la prise de décision.
C’est dans cette continuité millénaire que se révèle la vraie
nature de la comptabilité : une science humaine, sociale et
évolutive, au service du bien commun.
Luca Pacioli entre dans l'histoire de la
comptabilité
Qui est le père fondateur de la comptabilité ?
Lorsqu’on évoque les grandes figures de la Renaissance, les noms de
Léonard de Vinci, Michel-Ange ou Raphaël viennent immédiatement à
l’esprit. Leurs œuvres ont marqué à jamais l’histoire de l’art et de la
pensée. Pourtant, dans l’ombre de ces génies, un autre homme a
révolutionné un domaine tout aussi fondamental pour le développement
des sociétés modernes : Luca Pacioli, souvent considéré comme le père
de la comptabilité moderne. Si la peinture et la sculpture ont offert à la
Renaissance ses chefs-d'œuvre les plus visibles, c’est bien dans les
chiffres, les bilans et les registres que s’est opérée une transformation
intellectuelle tout aussi profonde.
Un moine mathématicien au cœur de la Renaissance
Né vers 1445 à Sansepolcro, en Italie, Luca Pacioli était à la fois moine
franciscain, mathématicien, enseignant et humaniste. Profondément
influencé par l’esprit de la Renaissance, il enseignait les mathématiques
dans plusieurs grandes villes italiennes, notamment à Florence, Milan et
Venise, au sein d’écoles de commerce et d’universités. Sa mission :
transmettre les savoirs mathématiques au service de la science, du
commerce et de la vie quotidienne.
C’est en 1494, à Venise qu’il publie son œuvre majeure : Summa de
Arithmetica, Geometria, Proportioni et Proportionalità . Ce traité
encyclopédique de plus de 600 pages rassemble l’ensemble des
connaissances mathématiques de son temps. Mais c’est dans l’un de ses
chapitres : intitulé Particularis de Computis et Scripturis, que se cache la
véritable révolution : la première codification écrite de la
comptabilité en partie double, une méthode que les marchands
vénitiens utilisaient déjà, mais sans cadre théorique clairement établi.
La révolution de la partie double
La méthode dite de la partie double repose sur un principe
fondamental : toute opération comptable implique au moins deux
comptes, l’un débité, l’autre crédité, de manière à toujours conserver
un équilibre. Une règle simple en apparence, mais d’une puissance
redoutable : elle permet de représenter fidèlement toutes les transactions
économiques, en garantissant la cohérence des comptes et la traçabilité
des mouvements.
Ce système, appelé aussi "méthode vénitienne", permet de suivre les
flux financiers avec une précision inégalée pour l’époque. Chaque
dépense trouve son financement, chaque produit sa contrepartie.
Les erreurs comptables sont plus facilement repérables, les oublis
plus rares, et surtout, le bilan devient un outil fiable pour évaluer
la santé financière d’une activité.
Luca Pacioli ne se contente pas de décrire cette méthode, il en souligne
l’importance stratégique pour les marchands, les banquiers et les
gestionnaires. Selon lui, aucun commerce ne peut prospérer sans
une bonne tenue des comptes, et aucun dirigeant ne peut prendre
de décision éclairée sans comprendre les chiffres qui traduisent la
réalité de son entreprise.
Une organisation des livres comptables
Au-delà de la méthode, Luca Pacioli propose une structure complète
du système comptable, articulée autour de trois grands livres
fondamentaux :
Le Journal (Giornale) : C’est le point de départ. Chaque opération y est
inscrite dans l’ordre chronologique, avec une description précise de la
transaction, la date, les montants concernés et les comptes impactés. Le
journal permet ainsi de reconstituer le déroulé quotidien de l’activité
économique.
Le Grand Livre (Libro Mastro) : Ici, les écritures du journal sont
transférées et classées par compte. Cette organisation analytique permet
une lecture transversale des comptes, essentielle pour évaluer l’évolution
des stocks, des créances, des dettes ou encore des capitaux.
La Balance : Cet outil de contrôle, appelé aujourd’hui « balance des
comptes », consiste à vérifier que la somme des débits est égale à celle
des crédits. En cas d’écart, une erreur s’est glissée quelque part. Ce
mécanisme simple constitue une première forme de contrôle interne,
garantissant la fiabilité du système.
Cette rigueur dans la présentation et la structuration des livres
comptables constitue l’une des grandes innovations de Pacioli. Elle rend la
méthode non seulement efficace, mais aussi reproductible et
transmissible, ce qui facilitera son adoption rapide dans les grandes
villes marchandes d’Europe.
Les prémices du compte de résultat
Dans les écrits de Pacioli, on perçoit également les germes d’une
réflexion plus large sur la performance économique. Il évoque, en
effet, la nécessité d’évaluer le résultat d’une activité à la fin d’un cycle
comptable, en comparant les revenus et les dépenses. Ce que nous
appelons aujourd’hui compte de résultat ou compte de profits et
pertes trouve ici une forme embryonnaire. Même si le concept reste
rudimentaire à l’époque, il marque une transition importante vers une
gestion plus analytique et prospective de l’activité commerciale.
Cette logique annonce déjà l’orientation future de la comptabilité : non
plus seulement un outil de mémoire ou de constat, mais un instrument
d’analyse, d’anticipation et de pilotage stratégique.
Un héritage encore vivant
Les principes exposés par Luca Pacioli dans son traité de 1494 ont
traversé les siècles sans perdre de leur pertinence. La comptabilité en
partie double est toujours la base des systèmes comptables
modernes, qu’ils soient utilisés par des PME, des multinationales ou des
administrations publiques. Bien que les outils aient évolué, du papier au
numérique, du crayon à l’intelligence artificielle, le socle posé par Pacioli
demeure inchangé.
Son influence est telle qu’on le considère souvent comme le Newton de
la comptabilité. Il n’a pas inventé la gravité comptable, mais il en a
formalisé les lois. Et comme Newton, il a permis à ceux qui lui ont succédé
de bâtir des systèmes plus complexes, plus puissants, mais toujours
fondés sur ses principes.
Dans un monde où les décisions économiques reposent sur des données
chiffrées, où la transparence financière est devenue un impératif éthique
et légal, le legs de Luca Pacioli est plus vivant que jamais. Il a
transformé une pratique empirique en une science, et une science en un
langage universel.
Un humaniste parmi les artistes
Luca Pacioli n’était pas seulement un homme de chiffres. Son amitié
avec Léonard de Vinci, qu’il côtoya à Milan, témoigne de son
appartenance au monde des humanistes de la Renaissance. Ensemble, ils
échangèrent sur les proportions, les mathématiques et l’esthétique. On
attribue même à Pacioli une influence sur certains travaux géométriques
de Léonard.
Ironie du sort : alors que les œuvres de Vinci et de Michel-Ange ornent
aujourd’hui les plus grands musées du monde, l’apport de Pacioli, bien
que moins visible, continue de structurer silencieusement la
gestion de milliards d’organisations à travers la planète. Son nom,
moins connu du grand public, devrait pourtant figurer au panthéon des
grands penseurs qui ont façonné notre modernité.
A lire aussi : 10 points clef pour tenir sa comptabilité
L'histoire de la comptabilité moderne
Depuis les premières traces de calculs gravés sur des tablettes d’argile
jusqu’aux logiciels de gestion automatisés de notre ère numérique, la
comptabilité a constamment évolué pour répondre aux besoins des
sociétés humaines. Si ses fondements ont été solidement posés dès la
Renaissance, notamment par Luca Pacioli avec la méthode de la partie
double, la comptabilité moderne est le fruit d’une adaptation progressive
aux exigences croissantes du monde économique, à la complexité des
organisations et aux avancées technologiques. Elle se trouve aujourd’hui à
la jonction de plusieurs dynamiques : tradition, innovation et stratégie.
Une évolution portée par les besoins de gestion
Au fil du temps, la comptabilité a dépassé son rôle initial de simple
enregistrement des transactions. Dans un environnement de plus en plus
concurrentiel, les entreprises ont dû affiner leurs outils de gestion pour
mieux comprendre leur fonctionnement interne. C’est dans ce contexte
qu’est apparue la comptabilité analytique, également appelée
comptabilité de gestion.
Contrairement à la comptabilité générale, qui vise
essentiellement à produire des états financiers conformes aux
obligations légales et fiscales, la comptabilité analytique permet
d’évaluer les performances internes : elle mesure les coûts par
activité, par produit, par projet ou encore par centre de responsabilité. Elle
offre ainsi une lecture plus fine de la rentabilité et devient un outil d’aide à
la décision. Ce changement de paradigme s’est opéré notamment au XXᵉ
siècle, en parallèle avec l’essor du contrôle de gestion, discipline
complémentaire qui analyse les écarts, propose des actions correctives et
soutient la planification stratégique.
Dans ce cadre, les entreprises adoptent des systèmes de codification
spécifiques, qui traduisent leur propre organisation : codes affaires,
centres de coûts, unités de production... Cette souplesse, bien qu’efficace,
impose un niveau élevé de structuration et repose sur des systèmes
d'information puissants capables de traiter un volume croissant de
données.
La révolution numérique en marche
Depuis les années 2000, l’explosion des technologies de l’information
et de la communication (NTIC) a bouleversé le monde de la
comptabilité. La digitalisation des processus a non seulement transformé
les outils, mais aussi les pratiques et les métiers. Parmi les évolutions
majeures, on peut citer :
L’automatisation des écritures comptables, qui réduit les tâches
répétitives ;
La dématérialisation des factures, qui accélère le traitement et la
conservation des documents ;
L’intégration dans des ERP (Enterprise Resource Planning),
systèmes capables de gérer de manière centralisée la comptabilité, la
logistique, les ressources humaines ou encore la production ;
La généralisation des échanges numériques, permettant
l’externalisation voire la délocalisation de certains services comptables.
Ces changements ont apporté une efficacité accrue : les délais de
traitement ont été réduits, la traçabilité renforcée, et les erreurs
humaines diminuées. Les professionnels de la comptabilité ont ainsi vu
leur rôle évoluer : de techniciens du chiffre, ils deviennent analystes de
données, interprètes de la performance et conseillers
stratégiques.
Une comptabilité à l’ère du changement permanent
La comptabilité contemporaine ne se limite plus à la production annuelle
d’états financiers. Elle tend désormais vers une logique de pilotage
continu, capable de fournir des indicateurs en temps réel pour
éclairer les choix managériaux. Cette évolution ne remet pas en cause
l’importance des normes comptables traditionnelles – toujours
nécessaires pour garantir la transparence financière, la
comparabilité et la conformité réglementaire – mais elle élargit
considérablement le champ d’action du comptable.
Aujourd’hui, les professionnels doivent non seulement maîtriser les règles
comptables classiques, mais aussi comprendre les outils numériques,
manipuler les données massives, et dialoguer avec les directions
stratégiques. Ce nouveau profil hybride, à la croisée de la technique et
de l’analyse, est au cœur des entreprises modernes.
Vers un avenir toujours plus connecté
L’histoire de la comptabilité moderne est loin d’être
achevée. L’intelligence artificielle, le machine learning, la
blockchain, l’analyse prédictive ou encore la décentralisation des
données via le cloud sont autant de pistes qui dessinent le futur de la
profession. Ces innovations ouvrent la voie à une comptabilité plus
rapide, plus transparente, plus sécurisée, mais également plus
exigeante sur le plan éthique et technique.
La comptabilité de demain pourrait être en partie auto-alimentée par des
flux de données interconnectés, réduisant la saisie manuelle à néant. Les
audits pourraient être réalisés en temps réel grâce à des algorithmes, et
les écarts détectés automatiquement. La blockchain, quant à elle, promet
une fiabilité accrue des enregistrements comptables, en garantissant leur
intégrité dans des registres infalsifiables.
Une discipline en constante réinvention
De ses origines millénaires à sa modernité algorithmique, la comptabilité
n’a jamais cessé de s’adapter, de se perfectionner, de se
réinventer. Elle a toujours accompagné les grandes transformations du
monde, en les rendant mesurables, compréhensibles et gérables. Plus
qu’un outil technique, elle est aujourd’hui un véritable levier de
pilotage, de performance et de durabilité.
Dans un environnement globalisé et en perpétuelle mutation, où les
exigences de transparence, de responsabilité et d’efficacité sont plus
fortes que jamais, la comptabilité demeure un pilier fondamental du
fonctionnement des organisations. Son avenir sera sans doute de plus
en plus numérique, mais son rôle restera profondément humain : éclairer
les décisions par la clarté des chiffres.
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