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Revue Rjpa Afrique 1759261054

L’objectif de la Revue est de promouvoir la production scientifique de qualité des chercheurs.

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ISSN : 1987 – 1686

Vol 1 n°6 / 2025

SEPTEMBRE 2025
COMITE SCIENTIFIQUE
Coordinateur Scientifique : Pr DIARRA Eloi
MEMBRES
DELEBECQUE Philippe
Agrégé des facultés de droit, Professeur Emérite, Professeur à l'École de droit de la
Sorbonne (Université Paris I Panthéon-Sorbonne)
DIARRA Eloi
Agrégé des facultés de droit, Professeur Emérite, Université de Rouen (France)
CAMARA Bakary
Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire des Universités, Université Kurukanfuga de
Bamako (Mali)
DIOUF Abdoul Aziz
Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire des Universités, Université Cheikh Anta
Diop de Dakar (Sénégal)
KENMOGNE SIMO Alain
Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire des Universités, Université de Yaoundé II
(Cameroun)
NGOM Mbissane
Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire des Universités, Université Gaston
berger de Saint Louis (UGB) (Sénégal)
SERAPHIN Nene Bi Boti
Agrégée des facultés de droit, Professeur Titulaire des Universités, Université Alassane
Ouattara de Bouaké (Côte d’Ivoire)
THEOUA N'DRI Pélagie
Agrégée des facultés de droit, Professeure Titulaire des Universités, Vice-Présidente de
l’Université Alassane Ouattara de Bouaké (Cote d’Ivoire)
THIOYE Moussa

Professeur Titulaire des Universités, Université Toulouse Capitole, Doyen de la Faculté


d'Administration et Communication (France)

DEMBÉLÉ Mamadou Lamine

I
Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire à l’Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
AGOSSOU Clautaire
Agrégé des facultés de droit, Vice-Doyen de Faculté des droits et de Sciences Politiques de
Parakou (Benin)
KAMENA Brehima
Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire à l’Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
KANSAYE Bouréma
Professeur Titulaire, à l’Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)

KEITA Mamadou
Professeur Titulaire à l’Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
TOURE Cheick Amala
Professeur Titulaire, Doyen de la Faculté des Sciences Administratives et Politiques de
Bamako (Mali)
AKONO Ramsès Adam
Maître de conférences, Agrégé des facultés de droit, Université de Bertoua (Cameroun)
BADJI Patrice Aristide
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit Université Cheikh Anta Diop de Dakar
(Sénégal)
BODIAN Yaya
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Cheikh Anta Diop de
Dakar (Sénégal)
DEMBELE Mamadou Bakaye
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université des Sciences Juridiques et
Politiques de Bamako (Mali)
DIAGNE Ndeye Sophie
Agrégé des facultés de droit, Maitre de Conférences, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
(Sénégal)
DIONE Maurice SOUDIECK
Maître de conférences, Agrégé des facultés en Science Politique, Université Gaston Berger de
Saint Louis (Sénégal)

II
HOUNBARA KAOSSIRI Léon
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université de Garoua (Cameroun)
JOSSE Léon
Maître de conférences Cames, doyen de la Faculté de Droit et de Sciences Politiques
(FADESP) de l’université d’Abomey-Calavi
KEITA Boubou
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université des Sciences Juridiques et
Politiques de Bamako (Mali)
NDIAYE Sidy Alpha
Maître de conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Cheikh Anta Diop, Directeur
de l’Institut des droits l’Homme de l’UCAD (Sénégal)
NKOULOU Yannick Serge
Maître de conférences, Agrégé des facultés de droit, Université de Ngaoundere (Cameroun)
TALFI IDRISSA Bachir
Maître de conférences, Agrégé des Facultés de Droit, Faculté des Sciences Juridiques et
Politiques (FSJP), Université Abdou Moumouni de Niamey (Niger)
TOURE Issouf
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
TANDINA Nouhoum
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
TOE Souleymane
Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire des Universités, Université Thomas
Sankara
(Burkina-Faso)
THIAM MBALLO
Agrégé des facultés de droit, Maître de Conférences Université Alioune DIOP de Bambey
(Sénégal)

III
COMITE DE LECTURE

AKONO Ramsès Adam


Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université de Bertoua (Cameroun)
BADJI Patrice Aristide
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
(Sénégal)
DEMBELE Mamadou Lamine
Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire à l’Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
DEMBELE Mamadou Bakaye
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
KEITA Boubou
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
TANDINA Nouhoum
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
TOURE Issouf
Maître de Conférences, Agrégé des facultés de droit, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
AGUISSA Aboubacrine
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
BENGALY Abraham
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
CAMARA Yamadou
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)

CISSE Issiaka
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)

COULIBALY Jérmie

IV
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
DIALLO Issouf
Maitre-Assistant CAMES Maître de Conférences à l’Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
Mory DIALLO
Maître-Assistant CAMES, Maitre de conférences à l’Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
DIALLO Harouna
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
DIALLO Oumar T
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
DIARRA Souleymane
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
DOUMBIA Fousseyni
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
DOLO Yamalou
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
GAKOU Kissima
Maître de conférences, Ancien Doyen de la faculté de droit privé, Université Kurukanfuga de
Bamako (Mali)
KEITA Issa Makan
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
KOITA Aly Kola
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
MAIGA Almoustapha
Maitre-Assistant CAMES, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
NIANGALY Allaye
Maitre-Assistant CAMES, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
SAMAKE Awa
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
SANGARE Moussa Moise
Maitre-Assistant CAMES, Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)

V
SIDIBE Diakalia Siaka
Maitre-Assistant CAMES, Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
SOGODOGO Abdoul
Maitre-Assistant CAMES, Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
SOW Djibril
Maitre-Assistant CAMES, Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako
(Mali)
SOW Ibrahim
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)

TOUNKARA Dianguina
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
TRAORE Paul
Maître de Conférences, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
Recteur par intérim
ABENG François Messi
Maître-assistant CAMES, Université de Yaoundé II (Cameroun)
SIDIBE Mariam
Maître-assistant CAMES, Université Kurukanfuga de Bamako (Mali)
AHUI BROU Miano Ange Hervé
Maître-assistant CAMES, Université Alassane Ouattara de Bouaké (Cote d’ivoire)
Francis NKEA NZIGUE
Maître-assistant CAMES, Université Omar Bongo de Libreville (Gabon )
DIAWARA Boubacar
Maître-assistant à Université Kurukanfuga de Bamako (Mali), Secrétaire Général de la Cour
Constitutionnelle du Mali
KPOLO Christian
Docteur en droit, Avocat inscrit au Barreau de Paris
Gilbert Coumah FAYE
Maître-assistant, Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)
TANO-BIAN Jeanine

VI
COMITÉ DE RÉDACTION

Directeur de Publication Rédacteur en Chef


Dr Amadou SOW Dr Mamadou DIAWARA

Responsable en charge de la propriété intellectuelle : Pr Boubou KEITA

Coordonnateurs des rubriques


Coordonnatrice rubrique Science Politique
Dr Mariam SIDIBE
Coordonnateur rubrique Sciences Juridiques Coordonnatrice rubrique English Law
Pr Issiaka CISSE Dr Pascale DUFOUR

VII
PRÉSENTATION DE LA REVUE

La Revue Juridique et Politique en Afrique, éditée par le Centre d’Etudes de Recherche et de


Prospective en Afrique, arrive à point nommée, pour remplir un vide, au regard de sa
préoccupation majeure en matière d’avenir et de ‘prospective de l’Afrique.

L’objectif de la Revue est de promouvoir la production scientifique de qualité des chercheurs,


notamment les jeunes chercheurs africains, animés d’une vision prédictive du futur juridique
de l’Afrique.

La Revue Juridique et Politique en Afrique comporte une version électronique et une version
physique. Elle a une dimension pluridisciplinaire et interdisciplinaire. A ce titre, elle participe
à la diffusion des réflexions académiques de juristes et politistes de tous les horizons, de toutes
les spécialités (droit public, droit privé, science politique, histoire du droit, théorie du droit,
droit comparé, Common law, etc.). Elle accueille les articles, les commentaires des
jurisprudences éclairants les problématiques nouvelles, en science juridique et politique
en Afrique.

Dédiée à l’étude de la vie juridique et politique en Afrique, la Revue veut saisir les
méandres
des évolutions contemporaines du continent, afin d’en prédire les configurations futures.

La Revue souhaite à tous et toutes une bonne lecture. Puisse-t-elle être un


moment
d’enrichissement intellectuel pour tous ceux et celles qui la pratiqueront de façon assidue.

Président du Comité Scientifique

Pr Eloi DIARRA

Rédacteur en Chef Rédacteur en chef Adjoint

Dr Mamadou DIAWARA M. Samba DIAMBOU

Directeur de Publication

Dr Amadou SOW

VIII
DIRECTIVES DE REDACTION EN VUE DE PUBLICATION DANS LA REVUE
JURIDIQUE ET POLIQUE EN AFRIQUE DU CERPA

La Revue Juridique et Politique en Afrique est publiée par une équipe dynamique et
professionnelle en la matière. Les articles sont disponibles sur le site internet de la Revue :
[Link]

DIRECTIVES AUX AUTEURS

La Revue Juridique et Politique en Afrique reçoit des textes en permanence pour publication
dans l’un de ses numéros trimestriels. Les auteurs qui soumettent leurs contributions doivent se
conformer aux directives suivantes :

◄ Toute proposition d’article doit être rédigée en format Microsoft Word, en police Times
New Roman, caractère 12, et en interligne 1,5.

Elle comportera un résumé en français et en anglais, des mots clés en français et en anglais,
une introduction, un développement contenant un plan à deux parties (I- II- pour les
parties ; A- B- pour les sous-parties, et éventuellement des petits 1 et 2), une conclusion.

L’ensemble de la contribution doit tenir sur quinze (15) pages au minimum et trente-cinq
(35) pages au maximum.

◄ Chaque proposition d’article doit débuter, juste après l’intitulé de la contribution qui
doit être en français et en anglais, par une brève notice biographique précisant l’identité
du (des) auteur(s) : Noms et Prénoms, titre ou grade universitaire ou profession pour les
praticiens non

Références (sources) : Les références (sources) sont obligatoires dans une proposition d’article.
Elles doivent être présentées sur la base du modèle infrapaginal.

Dès lors les références (sources) doivent être présentées en bas de page (notes) selon le style
suivant :

◄ Pour un ouvrage : Nom en lettres majuscules, Prénom(s) du(es) auteur(s) en entier, en lettres
minuscules, l’intitulé de l’ouvrage en italique, Ville d’édition, Maison d’Edition, nombre
d’édition Année, page(s). Exemples : Un auteur : DIAWARA Mamadou, La citoyenneté dans
l'intégration des Etats en Afrique : Réflexions sur la construction de la citoyenneté

IX
démocratique dans la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, Sénégal,
l’Harmattan, 2022, p. 6.

◄ Deux auteurs : OST François, VAN DE KERSHOVE Michel, De la pyramide au réseau.


Pour une théorie dialectique du Droit, Bruxelles, Presses de l’Université Saint Louis, 2010, p.
103.

◄ Trois auteurs : GRYNBAUM Luc & al., Droits des activités numériques, Paris, LGDJ, 2ème
éd., 2014, p. 6.

◄ Pour un article publié dans une revue : Nom(s) en majuscule, Prénom(s) en minuscule,
intitulé de l’article entre guillemets, nom de la revue ou de l’ouvrage collectif dans lequel il est
publié en italique, numéro de la revue, Année de parution, pages ;

Exemple : DIARRA Eloi, « Le juge des droits de l’homme en Afrique noire francophone, la
Revue ivoirienne de droit (RID), n° 40, 2009, CIREJ, p. 9.

◄ Pour un chapitre d’ouvrage : LEVÊQUE Audrey, « Chapitre 2 : La sociologie de


l’action publique », in JACQUEMAIN Marc & FRERE Bruna, Epistémologie de la
Sociologie. Paradigmes pour le XXIe siècle, De Boeck Supérieur, Collection «
Ouvertures sociologiques
», 2008, p. 6.

◄ Pour un document internet : Exemple : Organisation Mondiale de la Santé, Global


status report on violence prévention, 2014, disponible en ligne sur :
[Link]

◄ Pour tout document non publié (mémoire, thèse…) :

de Doctorat, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, 2021, p. 10.

Langue et style de rédaction :

◄ Chaque proposition d’article doit être rédigée en français ou en anglais ;

◄ L’usage des transitions et chapeaux est impératif ;

Soumission, examen des propositions et responsabilités :

Les propositions d’articles doivent être soumises par courrier électronique à l’adresse
électronique suivante : contact@[Link]

X
Tout texte soumis à la Revue Juridique et Politique en Afrique fait l’objet d’une double
évaluation aveugle (sous anonymat) et soumis au test plagiat.

◄ Les opinions exprimées dans les contributions sont propres à leurs auteurs et n’engagent
aucunement la Revue Juridique et Politique en Afrique.

Les auteurs s’engagent, toutefois, à céder leurs droits à la Revue Juridique et Politique en
Afrique.

REVUE PARTENAIRES

Revue Communitas : [Link]

La Revue Communitas est une revue scientifique évaluée par les pairs, qui est rattachée
au Département des sciences juridiques et à la Faculté de science politique et de droit de
l’Université du Québec à Montréal.

La revue communitas s'est engagée à travers un partenariat a accompagné la revue


juridique et politique en Afrique pour lui permettre de se renforcer et de s'imposer dans le
monde scientifique.

XI
SOMMAIRE

DOCTRINE

EDITORIAL ................................................................................................................ pp . 1 à 5

Bakary CAMARA, Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire des Universités, Chevalier
de l’Ordre International des Palmes Académiques, OIPA-CAMES, Université Kurukanfuga de
Bamako (UKB)

La protection des parties dans un contrat de crédit-bail au Bénin……...………..pp. 6 à 35

Moktar ADAMOU, Agrégé des Facultés de droit, Université de Parakou (Bénin)


Eudes Fiacre HOUNNOU, Docteur en droit privé, FDSP, Université de Parakou (Bénin).
Vers une suppression du droit du sol au Cameroun comme en France et aux Etats-
Unis ..................................................................................................................... pp. 36 à 63
Zakari NJUTAPVOUI, Maître de Conférences, Université de Douala (Cameroun)

L’interprétation du silence dans les contrats spéciaux…………………………pp. 64 à


103
Fossar Badara SALL, Docteur en droit privé, Enseignant chercheur à l’Université Alioune
Diop de Bambey, Sénégal
Pouvoir politique et sécurisation foncière rurale en Côte d’Ivoire ...........pp. 104 à 125
TRA BI Zaé Fidèle, Docteur en droit Enseignant-chercheur à l’université Jean
Lorougnon
Guédé de Daloa
Le juge malien face aux conflits fonciers : entre arbitrage juridique et
médiation
Salif SACKO, Magistrat, Docteur en droit public, Université Cheikh Anta DIOP de DAKAR

L’influence des technologies de l’information et de la communication sur les relations


individuelles de travail : approche comparative des lois sénégalaises et
françaises ............................................................................................................... pp. 154 à 190

Pape Laity FAYE, Docteur en droit, Enseignant-chercheur, Chargé d’enseignement à l’Ecole


Supérieure Polytechnique de Dakar (UCAD), Département de Gestion

XII
Le contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral .................................... pp. 191 à 223

Dr. Nestor A. Kouami, Chargé de cours à l'Ecole de Droit Paris 1 Panthéon Sorbonne/
Chercheur associé à CUREJ/ Habilitationsschrift (Franckfurt)/ Expert auprès des projets de
l'UE.

L’action en revendication, une arme du créancier réservataire confrontée aux procédures


collectives……………………………………………………………………….pp. 224 à 245

Ndeye Fatou BA, Docteur en droit, Assistante de recherche Université Numérique Cheikh
Hamidou KANE (UNCHK) (Sénégal)

Reformes des lois sur la famille en Côte d’Ivoire : Impacts sur la cellule
familiale…………………………………………………………………………..pp. 246 à 272

Netton Prince TAWA, Docteur en Science Politique, Assistant en Science politique, Université
Alassane Ouattara, Bouaké, (Côte d’Ivoire)

Le retrait des Etats membres de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) de la CEDEAO
: quels enjeux pour l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest ? ...... pp. 273 à 291

Papa Magan SANOU, docteur en droit Public, Université Thomas SANKARA (Burkina
Faso)

La protection des savoirs traditionnels dans l’espace OAPI : enjeux et défis du


protocole
de NAGOYA…………………………………………………………………….pp. 292 à
319

Alain KEITA, Doctorant en droit public, histoire du droit et des institutions à


l’EDDESSLA
(Mali)
criminelle .............................................................................................................. pp. 319 à 327
Yaya KONE ML, Docteur en droit privé et sciences criminelles Enseignant contractuel en
droit privé à l’Université Sorbonne Paris Nord
Commentaire combiné des arrêts n°469 et n°174 de la Cour Supreme du Mali, Section
administrative
Réservation des droits acquis : la protection de mandat des membres des autorités
administratives indépendantes……………………………………………….…pp. 328 à 341

Assim KONATE, Doctorant en Droit Public à l’ED-DESSLA-Mali

XIII
DOCTRI
NE

XIV
ÉDITORIAL

Bakary CAMARA

Agrégé des facultés de droit, Professeur Titulaire des Universités,

Chevalier de l’Ordre International des Palmes Académiques, OIPA-CAMES,

Université Kurukanfuga de Bamako (UKB)

Chères lectrices,
chers lecteurs,

Dans un système international en pleine mutation où l’ordre économique, juridique et politique


mondial établie après la deuxième guerre mondiale s’effrite, les systèmes juridiques africains
font toujours face à des enjeux de modernisation, d’inclusion et de justice sociale. Le présent
numéro de la Revue Juridique et Politique en Afrique propose une série d’articles
particulièrement pertinents et éclairants. Cette édition se distingue par son approche à la fois
critique et constructive, en abordant des problématiques juridiques et politiques fondamentales,
tant sur le plan national qu’international. Elle incite à une réflexion profonde sur les enjeux et
les défis actuels des pays africains et ouvre des pistes de solutions concrètes pour répondre aux
exigences du droit hérité de l’extérieur tout en respectant les spécificités locales. Ce numéro six
(06) de la RJPA est composé d’une rubrique doctrine de treize (13) articles et d’une rubrique
chronique de jurisprudences de deux (02) commentaires de textes.

La rubrique doctrine commence par l’article de messieurs Moktar ADAMOU et Eudes Fiacre
HOUNNOU sur « la protection des parties dans un contrat de crédit-bail au Bénin : Une justice
contractuelle à repenser. » Cette contribution interroge de manière rigoureuse les déséquilibres
contractuels qui favorisent systématiquement le crédit-bailleur au détriment du crédit-preneur.
En analysant les réformes législatives récentes, les auteurs mettent en exergue que, malgré
certaines avancées, les pratiques restent largement biaisées. Ils appellent à une réforme
équilibrée, permettant de rétablir des garanties plus solides pour le crédit-preneur. Ce texte
soulève une question fondamentale pour l’avenir du droit commercial africain : jusqu’où les
réformes doivent-elles aller pour garantir une justice contractuelle équitable ?

1
Cette contribution scientifique est suivie de celui de Zakari NJUTAPUOUI intitulé « Vers une
suppression du droit du sol au Cameroun comme en France et aux Etats-Unis. » Dans un
contexte mondial marqué par l’endurcissement des politiques migratoires, l’auteur fait une
analyse comparative saisissante entre les réformes du droit du sol au Cameroun, en France et
aux États-Unis. À travers ces réflexions, l’auteur souligne les risques sociaux et politiques de
l'abandon du jus soli, notamment pour les générations nées sur le territoire. L’étude pousse à
réfléchir sur les implications profondes de telles réformes, qui pourraient fragiliser l’inclusion
sociale et aggraver les tensions internes en Afrique. Le débat qu’il soulève s'inscrit dans un
questionnement global sur l’équilibre entre souveraineté et droits humains.

En ce qui concerne l’article de Fossar Badara SALL, il analyse le « Silence dans les contrats
spéciaux : Quand l’interprétation juridique devient essentielle. » Dans ce travail, SALL
examine le rôle du silence des parties dans l’exécution des contrats spéciaux. En Afrique, où
les relations commerciales peuvent souvent se caractériser par un pragmatisme flexible,
l’auteur met en évidence les tensions existantes entre l’interprétation stricte du silence
comme absence de consentement et sa lecture plus souple comme acceptation tacite. Cette
réflexion est d’une grande portée, car elle souligne l’importance d’adapter le droit aux
réalités économiques, tout

Quant à TRA BI ZAE Fidèle, il traite de la « Sécurisation foncière en Côte d’Ivoire :


Entre pouvoir politique et contrôle social. » Dans son étude, TRA BI ZAE démontre
comment la sécurisation foncière, cet outil de gouvernance est utilisé par les autorités
politiques pour renforcer leur contrôle social et leur légitimité. De ce constat, il met en
garde contre des risques
démocratisation de la gestion foncière afin de garantir une répartition équitable des terres et
d’assurer la justice sociale dans les zones rurales. Ce qui constitue un enjeu fondamental pour
l’avenir des relations entre les populations et l’État en Afrique.

Salif SACKO analyse les « Conflits fonciers au Mali : Une justice hybride entre arbitrage et
médiation. » et propose une réflexion sur le rôle des juges dans la gestion des conflits fonciers,
entre droit écrit et coutumes locales. Il souligne les défis auquels sont confrontés les magistrats
maliens, qui doivent jongler entre les normes juridiques modernes et les pratiques
traditionnelles de médiation. L’article met en lumière la nécessité de trouver un équilibre entre

2
l’application stricte du droit et la reconnaissance des réalités culturelles locales, une question
d’autant plus cruciale dans un pays, où les conflits fonciers demeurent une source importante
de tensions sociales.

L’article de Pape Laity FAYE étudie « Le droit du travail face aux TIC : Une analyse comparée
entre le Sénégal et la France. » Il compare l’impact des technologies de l’information et de la
communication (TIC) sur les relations de travail en France et au Sénégal. Pendant que la
législation française semble mieux adaptée pour encadrer les nouvelles formes de travail
numériques, le cadre juridique sénégalais apparaît insuffisant, surtout en ce qui concerne la
protection des données des salariés et la régulation du télétravail. L’auteur propose une
adaptation des règles sénégalaises aux meilleures pratiques internationales, une démarche
nécessaire pour protéger les droits des travailleurs face à l’essor des technologies numériques.

Nestor A. KOUAMI traite des « mécanismes complexes qui encadrent le contrôle


judiciaire du droit appliqué au fond du litige arbitral. » Monsieur KOUAMI nous rappelle
l'importance pour le juge judiciaire de tenir compte d’un équilibre proportionnel dans le
cadre de son office en matière du contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral. Tout
en défendant l’autonomie de l’arbitrage, l’auteur plaide en faveur d’une intervention
limitée mais essentielle des juridictions nationales pour préserver l’ordre public afin de
garantir l’efficacité de l’arbitrage. Un texte éclairant

La contribution de Ndeye Fatou BA analyse l’« Action en revendication dans les


procédures collectives : Le créancier à l’épreuve de la faillite. » Dans un contexte
économique en mutation, l’auteure étudie l’action en revendication dans les
procédures collectives. Ce recours,
pratiques dans l’espace OHADA, où la protection des créanciers reste inégale. Cette étude
souligne l’impérieuse nécessité d’une réforme pour garantir une meilleure application des droits
des créanciers et assurer une protection équitable dans le cadre des procédures de liquidation.

Le texte de Netton Prince TAWA aborde un sujet sensible et important : « Réformes du droit de
la famille en Côte d’Ivoire : Une révolution sociale en cours. » L’auteur trouve que ces réformes
qui visent à renforcer l’égalité entre les époux, remettent en cause des pratiques coutumières
profondément enracinées. Il plaide pour « un dialogue ouvert » entre les législations modernes

3
et les traditions locales afin de garantir une transition harmonieuse vers une société plus
égalitaire et plus respectueuse des droits des individus.

Le « Retrait des États de la CEDEAO : Une nouvelle dynamique pour l’intégration régionale
? » est analysé par Papa Magan SANOU. L’auteur questionne les implications du retrait de
certains États de la CEDEAO, notamment le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Il soulève la
question de l’avenir de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest, soulignant que ce retrait
pourrait redéfinir les relations économiques et politiques entre ces pays et leurs voisins. Un
sujet d’actualité qui touche aux fondements mêmes de la coopération régionale en Afrique.

Enfin, la réflexion de Alain KEITA porte sur la « Protection des savoirs traditionnels : un défi
pour l’espace OAPI. » en lien avec le Protocole de Nagoya. Il aborde les défis de la mise en
œuvre de ce protocole qui vise à garantir un partage équitable des bénéfices issus des ressources
biologiques. Le travail de KEITA est essentiel pour comprendre les enjeux de la
biodiversité en Afrique et la nécessité de respecter les droits des communautés locales
tout en favorisant le

Dans la rubrique « Chroniques de Jurisprudence », le premier auteur Yaya KONE a


commenté l’arrêt n°80 du 18 octobre 2021 de la Cour suprême du Mali (chambre
criminelle). Cette décision aborde l’interprétation des infractions criminelles et met en
lumière la rigueur du juge dans l’application de la procédure pénale. Dans son travail,
l’auteur s’intéresse à l’importance de cette jurisprudence dans le contexte de la protection
des droits des accusés et

Le deuxième auteur est Assim KONATE qui a fait un commentaire combiné des arrêts n°469
et n°174 de la Cour suprême du Mali (section administrative). Ces décisions traitent de la
protection du mandat des autorités administratives indépendantes et du principe de la
réservation des droits acquis. L’auteur souligne l’importance de cette jurisprudence dans le
renforcement de la sécurité juridique et administrative, essentielle à la bonne gouvernance du
pays.

Ainsi, nous voyons que le numéro six (06) de la Revue Juridique et Politique en Afrique nous
propose un éventail de travaux sur des sujets d’importance capitale pour nos États et pour nos

4
populations. Chaque contribution apporte une analyse pertinente, ancrée dans la réalité
africaine, et propose des solutions adaptées aux défis contemporains. Ces articles témoignent
de l’engagement des chercheurs africains à repenser le droit dans son contexte local, tout en
intégrant les meilleures pratiques mondiales. Il est crucial de continuer à nourrir ce dialogue et
à promouvoir des réformes qui répondent aux aspirations des peuples africains.

Professeur Bakary CAMARA

5
Le contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral

Dr. Nestor A. Kouami


Chargé de cours à l'Ecole de Droit Paris 1 Panthéon Sorbonne, Chercheur associé à CUREJ
(Rouen), Habilitationsschrift (Franckfurt) et Expert auprès des projets de l'UE.

RÉSUMÉ
L’article analyse, en droit comparé, le contrôle exercé par le juge étatique sur le droit appliqué
au fond d’un litige arbitral. Si l’autonomie des parties ou des arbitres prévaut en principe, elle
se heurte aux exigences de l’ordre public, des lois de police ou des règles impératives du siège.
Lors de l’exequatur, l’ampleur du contrôle varie selon les traditions juridiques : limité en droit
civil (France, Suisse), plus étendu en Common Law (Royaume-Uni, États-Unis), strict dans
plusieurs pays arabes (Égypte, Qatar, Arabie saoudite, Émirats), et réduit en droit OHADA à la
seule atteinte à l’ordre public. Au stade de l’annulation, le contrôle s’accroît : vérification de la
mission arbitrale et de l’ordre public en France et en Suisse, encadrement précis en droit
OHADA, révision possible sur un point de droit en Common Law, et approches divergentes
dans le monde arabe, parfois marquées par la conformité stricte à la Charia. Les instruments
internationaux (Convention de New York, Convention CIRDI, droit OHADA) cherchent à
harmoniser et limiter l’ingérence des juges, afin de préserver le principe compétence-
compétence et l’efficacité de l’arbitrage. Toutefois, la diversité nationale atténue leur portée.
En définitive, le contrôle du droit appliqué reste une exception nécessaire mais hétérogène, et
l’harmonisation par le droit uniforme apparaît comme la meilleure garantie de sécurité juridique
et de stabilité de l’arbitrage international.

Mots clés : Contrôle judiciaire – Droit comparé – Autonomie des parties – Ordre public
international – Révision de fond – Compétence-compétence.

191
ABSTRACT
The article examines, from a comparative law perspective, the control exercised by state courts over
the law applied to the substance of an arbitral dispute. While party autonomy or, failing that, the
arbitrators’ discretion generally prevails, it is constrained by the requirements of international public
policy, mandatory rules, or the overriding provisions of the seat of arbitration. At the enforcement stage
(exequatur), the scope of judicial review varies across legal traditions : it is limited in civil law
systems (France, Switzerland), broader in common law jurisdictions (United Kingdom, United
States), stricter in several Arab countries (Egypt, Qatar, Saudi Arabia, United Arab Emirates), and
confined under OHADA law to violations of public policy. At the annulment stage, judicial scrutiny
intensifies: in France and Switzerland, courts may verify compliance with the arbitral mandate and
public policy; in OHADA, the uniform law provides a detailed framework including misapplication of
law; in common law systems, review may extend to points of law; while in Arab jurisdictions,
approaches differ, with some restricting review to public policy violations and others, such as Saudi
Arabia, requiring strict compliance with Sharia. International and regional instruments (the New York
Convention, the ICSID Convention, OHADA law) aim to harmonize and limit judicial intervention
in order to uphold the principle of competence-competence and safeguard the effectiveness of arbitral
awards. However, their impact is mitigated by the continuing diversity of national laws. Ultimately,
judicial review of the applicable law remains a necessary but unevenly applied exception, and
harmonization through uniform law emerges as the most reliable means of ensuring legal certainty
and the stability of international arbitration.

Keywords: Judicial control – Comparative law – Party autonomy – International public policy
– Substantive review – Competence-competence.

192
Introduction
La désignation du droit applicable au fond du litige relève en principe de la volonté des parties.
Au cas où les parties se seraient abstenues de désigner le droit applicable au litige, les arbitres
peuvent désigner le droit approprié. Le droit applicable à la procédure d’arbitrage n'est pas à
confondre avec celui appliqué au fond du litige1. Cependant, les parties ont la faculté d’opter pour
l’application du même droit à la procédure et au fond du litige.

Cette liberté de choix des parties portant sur le droit applicable au litige est encadrée par les règles
impératives. Il s’agit à titre d’exemple, des règles impératives en vigueur au siège de l’arbitrage
; des règles anticorruptions ou du droit de la concurrence ; des règles d’ordre public international
ou des lois de police2. En cas de risque de violation de ces normes impératives, le juge pourrait
procéder à un contrôle élargi. Ainsi, dans le cadre de l’exécution forcée de la sentence arbitrale,
le juge judiciaire pourrait être amené à procéder à titre exceptionnel au contrôle du droit appliqué
au fond du litige arbitrale3. Ce contrôle peut être réalisé au niveau de chaque degré de juridiction.
Les contours procéduraux de ce contrôle varient d’un système juridique à un autre et d’un degré
de juridiction à un autre.

Le contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral ne devrait pas être automatique mais une
faculté pour le juge judiciaire4. A titre d’exemple, le juge d’exequatur ne contrôle pas au principal
le droit appliqué au fond du litige5. Il pourrait procéder à ce contrôle en cas de risques de violation
des règles d’ordre public international mais à deux conditions6. La première porte sur la
vérification de la validité de la sentence arbitrale7. La seconde porte sur le risque de violation de
l’ordre public international8. Ce n’est que lorsque ces deux conditions sont réunies que le juge
d’exequatur peut prétendre procéder au contrôle du droit appliqué au fond du litige.

1J-C. Fernández Rozas, « Le rôle des juridictions étatiques devant l’arbitrage commercial international », Cours de l’Académie du
droit de La Haye, 1977, p. 52.
[Link]
MMERCIAL_INTERNATIONAL.pdf
2 Sentence arbitrale.

3 Seraglini C., Ortscheidt J., Droit de l'arbitrage interne et international, LGDJ, 2019, p. 5-1056.
4 Le principe de compétence-compétence ne permet donc pas un contrôle direct du droit appliqué au fond du litige arbitral.
5 Articles 1514 et 1515 du Code de procédure civile ; Paris, 23 oct. 1997, Rev. arb. 1998. p. 143.
6 Article 1492, alinéa 5, du Code de procédure civile ; CA, Paris, 6 mai 2003, Rev. arb. 2004. p. 720 ; Ph. Fouchard, E. Gaillard et
B. Goldman, Traité de l'arbitrage commercial international, Litec, 1996, nos 1646 s.
7 Jourdan-Marques J., Le contrôle étatique des sentences arbitrales internationales, LGDJ, 2017, p.10-576.

8 Ibid.

190
De même, le contrôle du droit appliqué au fond du litige n’est pas d’office devant les juges de fond
des Cours d’appel et de cassation à part quelques exceptions. Il s’agit des situations dans lesquelles,
les règles d’ordre public et la mission du tribunal arbitral sont en jeu. Il peut aussi effectuer ce
contrôle lorsqu’il est saisi sur la validité de la convention d’arbitrage et sur l’arbitrabilité du litige9.
Quant au juge de cassation ou de la Cour Suprême, il peut être sollicité par les parties pour confirmer
ou infirmer le contrôle effectué par les juges de l’annulation10.
Il faut toutefois noter que le champ de contrôle du juge judiciaire, quel que soit le degré de la juridiction
sollicitée n’est pas le même en Civil Law, en droit OHADA, en Common Law ou en droit Musulman.

Il se pose alors un problème d’harmonisation des limites du pouvoir de contrôle dont dispose le juge
judiciaire lorsqu’il s’agit du droit appliqué au fond du litige arbitral.

Le caractère variable des normes qui encadrent le pouvoir de contrôle des juges judiciaires
ne constitue -t-il pas un risque de révision des sentences arbitrales ?

En s’inscrivant dans une démarche de droit comparé, existe-t-il des systèmes juridiques qui encadrent
mieux le pouvoir de contrôle du juge judiciaire par rapport à d’autres ? Autrement dit, le principe de
compétence du tribunal arbitral serait mieux protégé par le droit uniforme régional contrairement au
droit interne de certains États qui accorde un pouvoir plus étendu aux juges. Le caractère fédérateur
du droit uniforme régional serait donc un début de piste de solution aux risques de révisions
inopportunes des sentences arbitrales. A titre d’exemple, le droit uniforme régional supranational à
l’image du droit OHADA permettrait de centraliser le champ de contrôle du juge judiciaire sous l’égide
d’une seule norme juridique dans plusieurs États.

Pour répondre à ces différentes questions, une analyse approfondie mérite d’être construite sous le
prisme de droit comparé pour traiter les hypothèses avancées. Il sera utile d’analyser les enjeux et les
mécanismes liés au choix du droit applicable au fond du litige arbitral

puis le champ de contrôle du juge d’exequatur (I). Par la suite, un second niveau d’analyse permettra
de cerner le niveau du pouvoir de contrôle des juridictions supérieurs11 puis d’identifier des limites
éventuelles du droit uniforme régional (II).

9 A. Pinnar & A. Barrier, « L’arbitre et le recours en annulation contre la sentence arbitrale », le Cahier de l’arbitrage, 2012, p. 295-308.
10 Ibid.
11 Il s’agit des juges des Cours d’appel et de cassation ou des Cour suprêmes (selon les systèmes juridiques).

191
I.- L’influence du droit applicable au fond du litige sur l’office du juge d’exequatur

Pour traiter la question relative au contrôle du droit appliqué au fond du litige, il y a deux
questions préalables à résoudre. Il s’agit de présenter dans un premier temps le processus adapté
au choix du droit applicable au fond du litige arbitral pour une efficacité de la sentence arbitrale
(I) . En second lieu, nous analyserons les variantes relatives au champ de contrôle du juge
d’exequatur et les risques de remise en cause de l’efficacité de la sentence arbitrale (II). Enfin,
nous présenterons l’utilité et les limites du droit uniforme en termes d’encadrement de l’office
du juge d’exequatur.

A.- L’utilité d’un choix judicieux du droit applicable au fond du litige arbitral
Il n’est pas évident de tracer les frontières du champ de contrôle du juge judiciaire lorsqu’il
effectue le contrôle du droit appliqué au fond du litige sur une base légale et légitime. Même
si ce contrôle doit être considéré comme une exception, les parties doivent œuvrer en amont
pour entretenir la nature exceptionnelle de ce contrôle. Le choix du droit applicable au fond
du litige doit être opéré avec la prise en compte de certaines règles générales (Paragraphe 1er)
et spécifiques (Paragraphe 2). Lorsque les parties prennent suffisamment de précautions pour
désigner le droit applicable au fond du litige, le contrôle de ce dernier par le juge étatique ne
pourra être justifié qu’en cas de nécessité.

1. Les enjeux classiques liés au choix du droit applicable


En Common Law et en Civil Law, le principe de la liberté contractuelle autorise les parties à
choisir le droit applicable au fond du litige12. Les arbitres sont tenus de prendre en compte le
choix des parties, sauf si son application pourrait mettre en cause l’ordre public
international13. Une erreur de droit de la part du tribunal arbitral ne saurait constituer un motif
de refus de la sentence arbitrale par le juge judiciaire si le contenu de la règle applicable au
fond du litige n’est pas précis.

12 Art. 28(1) de la Loi type CNUDCI ; art. VII Convention européenne sur l'arbitrage commercial international
(Convention de Genève) ; Art. 42 de la Convention CIRDI ; Art. 33(1) du Règlement d'arbitrage CNUDCI ; Art. 17(1) du
Règlement d'arbitrage de la CCI ; Art. 15(1) de l’Acte Uniforme OHADA relatif au droit de l'arbitrage ; Principes
UNIDROIT relatif aux contrats commerciaux international 2004.
13 F. Perret, « Resolving Conflict between Contractual Clauses and Specific Rules of the Governing Law », in the Application
1 92
of Substantive Law by international Arbitrators, F. B o r t o l o t t i et P. Mayer (dir.), ICC, 2014, p. 109; S. Bollée,
« L’impérativité du droit choisi par les parties devant l’arbitre international », Rev. arb.2016, p. 675.
L’autonomie des arbitres en matière de désignation du droit applicable au litige ne peut
être sanctionnée par le juge lorsque les parties s’abstiennent de choisir le droit applicable
au fond du litige14. La désignation du droit applicable au fond du litige peut se faire
lorsque les parties font recours à la méthode classique du droit international privé à
condition que le siège du tribunal arbitral soit fixé au préalable15. L’arbitre peut aussi
opter pour le système de l’autonomie de choix du droit applicable au fond du litige. Dans
ce cas, l’arbitre peut être amené à appliquer cumulativement les règles de conflit pour
rechercher la convergence des solutions selon divers rattachements possibles de lois16.

En appliquant la règle de conflit des lois basée sur la fixation au préalable du siège du
tribunal arbitral, il peut y avoir un risque de désignation arbitraire de ce dernier. Ainsi,
pour assurer l’efficacité de la sentence arbitrale, les parties peuvent faire référence au
système de la localisation du rapport litigieux pour appliquer la règle de conflit des
lois17. Il s’agit de la prise en compte du caractère objectif de la localisation du rapport
litigieux18. Certaines sources de droit international favorisent l’application de cette
méthode. Il s'agit de la Convention de La Haye de 1955 sur la loi applicableà la vente
internationale d’objets mobiliers corporels ; la Convention de Rome de 1980 sur la loi
applicable aux obligations contractuelles ou désormais le règlement Rome I19. Dans une
logique d’efficacité de la sentence arbitrale internationale, certains arbitres choisissent le
droit applicable à l’établissement du débiteur ou du lieu de l’exécution du contrat20.

Dans le cadre d’une procédure arbitrale amiable-composition, les arbitres s’orientent


principalement dans une démarche d’équité. Ainsi, l’arbitre peut modérer les dispositions
contractuelles en les adaptant au contexte ou aux circonstances dans lesquels le contrat

14 CA. Paris, 6 avril 1990, Rev. arb. 1990, obs. P. de Boisséson, p. 880.; TGI Paris, Rev. arb. 2000, obs. E. Loquin,
p.116. ; Kommmission zur Neuordnung des Schiedsverfahrensrechts, Bericht mit einem Diskussionsentwurf zur
Neufassungdes Zehnten Buchs der ZPO JDI 1992, obs. Jarrosson, p. 707.
15 CA. Paris, 24 novembre 2005, Rev. arb. 2006, obs. Sylvain Bollée, p. 717.
16 É. LOQUIN, « Les pouvoirs des arbitres internationaux à la lumière de l'évolution récente du droit de

l'arbitrage international », JDI, 1983. p. 293.


17 E. JOLIVET, « Chronique de Jurisprudence arbitrale de la CCI : la détermination du droit applicable au fond du litige »,

Cah. arb., volume V, éd. Pedone, 2011, p. 515. ; Cass. civ. 1re, 25 mars 1980, no 78-15.862, JDI, 1980., obs. P. Kahn, p. 650.
18 J. Robert, L'arbitrage. Nature juridique, droit interne et droit international privé, 6e éd., 1993, Dalloz, p. 412.
19 Ibid.
20 Ibid. ; Article 1511 du Code de procédure français ; Article 21.1 règlement CCI de 2017.

193
devrait s’appliquer. Ce pouvoir modérateur dont dispose l’arbitre a une limite, il ne peut
modifier l’économie du contrat. L’arbitre prend en compte la volonté des parties dans
l’exercice de son pouvoir de modération par rapport au choix de la règle d’équité
applicable au fond du litige.

La règle de la volonté des parties permet à ces dernières de choisir en toute liberté le droit
applicable au fond du litige. Cette liberté de choix est encadrée par les règles d’ordre
public et la nécessité pour les parties de s'assurer de la clarté du contenu du droit
applicable. À l’instar des règles générales qui encadrent ce choix, des règles spécifiques
sont à prendre en compte dans deux situations. La première est l’appréciation du choix du
droit appliqué au fond du litige par rapport au droit communautaire. La seconde porte sur
l’usage du droit étatique pour apprécier le choix du droit appliqué au fond du litige.

2. Les enjeux spécifiques liés au choix du droit applicable


Les cadres spécifiques dont il s’agit sont régies par le droit communautaire, par les traités
multilatéraux et par le droit étatique. Les règles générales constituent la base en la matière.
Ensuite, le choix du droit appliqué au fond du litige est apprécié en fonction du droit
communautaire ou étatique applicable pour la circonstance.

En droit OHADA, en cas de silence des parties sur la loi applicable au litige, les arbitres
sont habilités à choisir des règles adaptées aux besoins du litige. Ainsi, ils peuvent choisir
en cas de nécessité une loi étatique21. Les arbitres peuvent déterminer les règles
appropriées aux besoins du litige à deux conditions22. En premier lieu, la volonté des
parties et en second lieu, les limites du contrat d'arbitre et du procès-verbal qui fixent les
étapes du déroulement de la procédure au fond du litige23. L’article 15 de l’Acte uniforme
sur l’arbitrage permet au tribunal arbitral de faire le choix du droit applicable au fond du
litige en cas de nécessité.

Dans le cadre d’un arbitrage institutionnel CCJA, en cas de silence des parties sur le droit
applicable au litige, le tribunal arbitral applique les règles appropriées en tenant compte
des usages du commerce international24. En arbitrage CIRDI l’article 42 de la Convention

21 Art. 16 du règlement d’arbitrage de la CCJA.


22 Art. 14, al. 2 de l’Acte uniforme de l’OHADA sur l’arbitrage.
23 Art. 16 du règlement d’arbitrage de la CCJA.
24 Article 15 alinéa 1er de l’Acte Uniforme sur l’Arbitrage.

194
portant sur les moyens alternatifs de règlement des différends confère aux États parties la
liberté de choisir le droit applicable au fond du litige. En cas de silence des parties, le
tribunal arbitral peut désigner le droit approprié. Cependant, dans le cadre d’un arbitrage
commercial ou d’investissement, les arbitres peuvent appliquer les règles impératives ou
des règles d’ordre public. Ces règles impératives ou d’ordre public doivent être en
cohérence avec le droit applicable désigné par les parties. Dans la célèbre affaire Aramco,
il avait été admis que le tribunal arbitral puisse appliquer les règles transnationales
comme règles impératives à titre complémentaire pour cause de carence du droit
initiale choisie par les parties25.

Lorsque le droit appliqué au fond du litige devrait être appréciée par rapport au droit positif
d’un État, les parties devraient s’en tenir à cette obligation. À titre d’exemple, en Grande-
Bretagne, la section 46 de « l’Arbitration Act de 1996 » confirme la liberté des parties
dans le choix du droit applicable au fond du litige. Ainsi dans l’affaire Jivraj c/ Hachwani
la Cour suprême a précisé que le droit applicable au fond du litige peut avoir un lien avec
la nationalité ou à la religion à condition du respect des dispositions anti-discrimination26.
En cas de carence du droit choisie par les parties, le tribunal arbitral est habilité à choisir
d’autres règles de droit appropriées aux besoins du litige. La convention d’arbitrage ou le
contrat d’arbitre peut autoriser le tribunal arbitral à appliquer les règles et pratiques
contractuelles, notamment les usages du commerce27.

Aux États-Unis, le « Federal Arbitraction Act » et principalement la jurisprudence


concèdent aux parties, la liberté de choisir le droit applicable au fond du litige28. Le
principe de l’autonomie de la clause compromissoire permet aux parties de choisir un droit
différent de celui qui régit le contrat principal29. L'arbitrage institutionnel sous l’égide de
« International Center For Dispute Resolution », impose au tribunal arbitral de se
conformer à la volonté des parties dans le cadre de la désignation du droit applicable au
fond du litige. En cas de silence des parties, le tribunal arbitral est habilité à choisir le

25 Affaire CIRDI, SPP c République arabe d’Égypte (20 mai 1992, JDI (1994) p.229. ; Arabie Saoudite vs
Arabian American Oil (23 août 1958), international Law Report n°117 (1963) Rev. crit. DIP (1963) p. 272.
26 [2011] UKSC 40, 27 juill. 2011, Jivraj v. Hashwani.

27 Article 46, al. 1er de l’Arbitration Act de 1996.


28Arbitrationbetween US Turnkey Exploration, Inc and PSI, Inc, 577 So. 2d 1131, La. App., 1991. Karaha BodasCo,
364 F 3d at 292-94 ; Int’l Standard Elec Corp c/ Bridas Sociedad Anonoma Petrolera, 745 F Supp 172, 177 (US Dist Ct
SDNY, 1990).
29
Gary B. Born, International commercial Arbitration, Kluwer Law International, 2014, p. 53.; Aff. Coenen c/
R. W. Pressprich & Co., 453 F. 2d1209, 1211 (2d Cir. 1972).

195
droit approprié aux besoins du litige30. Le tribunal arbitral peut se référer aux dispositions
du Second Restatement (Law of Contracts) pour justifier le choix de la méthode de conflit
des lois31. Le Second Restatement prévoit une liste de facteurs particuliers qui permet au
tribunal arbitral de déterminer le droit qui présente la relation la plus significative avec le
litige32.

En France, l’article 1511 du Code de procédure civile reconnaît aux parties l’autonomie
du choix du droit applicable au fond du litige quel que soit la nature de celle sous réserve
de sa conformité à l’ordre public33. Lorsque les parties n’ont pas choisi le droit applicable
au fond du litige, le tribunal arbitral peut faire le choix du droit approprié34. Le tribunal
arbitral peut aussi faire référence au droit du contrat principal et l’appliquer au fond du
litige arbitral35. L’alinéa 2 de l’article 1511 du Code de Procédure civile permet aux
arbitres d’appliquer en cas de nécessité d’autres règles complémentaires, notamment les
usages du commerce. Les parties au litige peuvent aussi adopter la même démarche. Il
faut retenir à titre d’exemple que les usages du commerce constituent dans le cas d’espace
un complément au droit appliqué au fond du litige.

La liberté des parties de choisir le droit applicable au fond du litige est une réalité, quelle
que soit la nature du cadre juridique qui encadre le choix. Cependant, il existe des
spécificités liées aux droits régionaux, aux traités multilatéraux et aux droits positifs des
États qu’il faut prendre en compte. Anticiper sur ces questions dans le choix du droit
applicable au fond du litige en présence des scénarios plausibles d’exécution de la
sentence arbitrale est un gage d’efficacité de celle-ci.

Ainsi, dans le cadre d’une procédure d’exequatur, le juge judiciaire peut être amené à
effectuer dans des cas très limités le contrôle du droit appliqué au fond du litige. Mais le
champ de contrôle du juge d’exequatur varie d’un système juridique à un autre.

30 Art. 31, al. 1er du règlement de « l’International Center For Dispute Resolution », 2014
31 Article 188 (1) Law Contracts, Second Restatement.
32 J.-G. Frick, Arbitration and Complex International Contract, Kluwer Law International, 2001, p. 130-136.
33 C.A, Paris, 7 avr. 2015, no 13-24.165, Cah. arb. 2015, p. 379. ; Y. Derains, L'ordre public et le droit applicable
au fond du litige dans l'arbitrage international, Rev. arb. 1986, p. 315.
34
C.A, Paris, 11 déc. 1997, Rev. arb. 1999, obs. D. Bureau, p. 124.
35 C.A, Paris, 10 juin 2004, Rev. arb. 2006. p. 154.

196
B.- Le pouvoir de contrôle du juge d’exequatur : une controverse ?

La procédure d’exequatur varie d’un pays à un autre. Elle peut être contradictoire ou non
selon le système judiciaire du pays. Ainsi, dans le cadre d’une procédure d’exequatur
non contradictoire, le contrôle du droit appliqué aufond du litige ne constitue pas la
principale fonction du juge judiciaire36. Le juge d’exequatur décide dans ce cas de
l’opportunité du contrôle du droit appliqué au fond du litige surtout en cas de risque de
violation de l’ordre public37. Lorsque la procédure d’exequatur est contradictoire, la partie
défenderesse pourrait demander au juge de procéder au contrôle du droit appliqué au fond
du litige38. Dans les deux cas, l’étendue du pouvoir de contrôle du juge d’exequatur est
limitée. Il faut préciser que le contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral
n’est autorisé qu’en cas de risque de violation de l’ordre public international.

Quatre systèmes juridiques seront au centre de notre analyse. Il s’agit du Civil Law, du
Common Law, du droit OHADA (Paragraphe 1er) et du droit musulman (Paragraphe 2).

1. Le contrôle des juridictions de traditions de Civil Law et Common Law

A la phase de la procédure d’exequatur, le contrôle du droit appliqué au fond est


conditionné par la recevabilité de la demande. Une fois que la demande est considérée
comme recevable, le juge pourra en cas de nécessité procéder au contrôle du droit appliqué
au fond du litige. La nature de la procédure varie d’un État à un autre.

En France, le juge d’exequatur vérifie principalement deux choses. En premier lieu, il


vérifieque l’existence de la sentence arbitrale est établie par celui qui s’en prévaut 39. En
second lieu, il s’assure que la sentence n’est pas contraire à l’ordre public international40.
Dans ce cadre, le tribunal judiciaire statut à juge unique sur la base d'une procédure
d’exequatur non contradictoire41. Le juge d’exequatur vérifie principalement la
conformité du droit appliqué au fond du litige par rapport à l’ordre public
international42.

36 En droit français, les dispositions des articles 1514 et 1516 du Code de procédure civile confirme ce cadre de contrôle.
37 Ibid.
38 Manijeh Danay Elmi (...), La sentence arbitrale et le juge étatique : approche comparative des systèmes
français et iranien, Thèse de Doctorat, Ecole de Droit Paris 1, Panthéon Sorbonne 2016. p. 10-378.
39 Ibid.
40 Cass. 1re civ. 14 décembre 1983, Rev. arb., 1984.483, obs. M-C. Rondeau Rivier.
41 Article 1487, alinéa 2 du Code de procédure civile français.
42 Article 1488, alinéa 2 du Code de procédure civile du Code de procédure civile français.

197
Dans le cadre de son office, le juge d’exequatur peut contrôler l’existence matérielle de la
sentence arbitrale ; la validité de la convention d’arbitrage ou de la clause
compromissoire et la traduction certifiée des pièces si elles ne sont pas rédigées en
français43.

À la différence du droit français en Suisse, la reconnaissance et l’exécution de la sentence


arbitrale internationale sont régies par la Convention de New York de 195844. La
juridiction compétente pour l’exequatur est le tribunal cantonal du lieu de l’exécution de
la sentence. Le champ de contrôle du juge d’exequatur suisse est plus élargi que celui du
juge français. La procédure devant le juge d’exequatur suisse est contradictoire45. Il ne
s’agit pas d’un simple contrôle de conformité comme en France. Le juge cantonal suisse
fait un contrôle prima facie plus avancé, ce qui vient élargir son champ de contrôle46.

En droit anglais, les conditions de recevabilité de la demande d’exequatur ne sont pas les
mêmes en France et en Suisse. La demande d’exequatur est faite « ex parte » avec à
l’appui, l’affidavit c’est-à-dire une déclaration sous serment, la convention d’arbitrage et
la sentence arbitrale authentique47. La convention d’arbitrage doit présenter une forme
écrite contrairement au droit français en matière d’arbitrage international48.

Les moyens de contrôle du juge d’exequatur anglais ne sont pas les mêmes que celui du
juge français. En application de l’article 58 de l’Arbitration Act de 1996, le requérant doit
plaider et prouver devant le juge d’exequatur les éléments suivants : « The validity of the
arbitration agreement ; that a dispute has arisen which falls within that arbitration
agreement ; the appointment of a tribunal in accordance with the arbitration agreement ;
failure to perform the award »49. Le juge britannique procède ensuite au contrôle de la
sentence arbitrale internationale par rapport à l’ordre public international. Une fois ces
étapes du contrôle sont franchies, il peut procéder en cas de nécessité au contrôle du droit

43 Articles 1514 et 1520 du Code civil français ; CA, Paris, 27 septembre 2016 ; CA, Paris 15 novembre 2016.
44 Article 194 de LDIP (Suisse).
45 Articles 25 et suivants de la LDIP.
46 Arrêt du TF Suisse (IIe Cour de droit civil), 5A_355/2012 du 21 décembre 2012.
47 [Link]

3808?originationContext=knowHow&transitionType=KnowHowItem&contextData=([Link])&comp=pluk
48 La section 5 de l’Arbitration Act de 1996
49 « La validité de la convention d'arbitrage ; la survenance d'un litige relevant de cette convention d'arbitrage ;
la désignation d'un tribunal conformément à la convention d'arbitrage ; l'inexécution de la sentence. »

198
appliqué au fond du litige arbitral50. Le contrôle du droit appliqué au fond du litige est
donc conditionné par des contours procéduraux rigides en Grande-Bretagne.

Aux USA, la procédure d’exequatur se déroule à deux niveaux en termes de compétence


ratione loci des juridictions. Le premier niveau concerne la reconnaissance et l’exécution
d’une sentence arbitrale rendue dans un État fédéré et destinée à être exécutée dans un
autre État fédéré du pays. Le second niveau concerne la reconnaissance des sentences
arbitrales étrangères aux États-Unis. Une sentence arbitrale rendue dans un État fédéré
pour être exécuté dans un autre État fédéré doit être reconnue par le juge du siège de
l’arbitrage. Cette conditionnalité est déduite de la Constitution américaine qui prévoit le
mécanisme de « full faith and credit clause » pour faciliter l’exécution des décisions
judiciaires entre les États fédérés51. Lorsque la sentence arbitrale est reconnue par le juge
de l’État fédéré du siège du tribunal arbitral, la décision de reconnaissance doit être sans
préjudice et sans fraude52. Par la suite, cette décision doit être conforme à l’ordre public
international américain53. A partir du moment où toutes ces conditions antérieures sont
réunies, le juge d’exequatur peut en cas de nécessité procéder au contrôle du droit appliqué
au fond du litige54.

En ce qui concerne la reconnaissance l’obtention de l’exequatur pour l’exécution des


sentences arbitrales internationales aux États Unis, deux situations sont à prendre en
compte. La première concerne les sentences arbitrales reconnues ou non au siège du
tribunal arbitral. Dans ce cas, la demande de l’exequatur aux USA est encadrée deux
mécanismes. Il s’agit d’une part, du mécanisme de «enforcement of a foreign judgment»
lorsque la sentence est reconnue au siège du tribunal arbitral55. D’autre part, il s’agit du
mécanisme de « recognition to a foreign judgement» lorsque la sentence arbitrale n’est
pas au siège du tribunal arbitral56.

50 C. Kassedjian, « Procédures judiciaires versus arbitrage au regard de la reconnaissance et de l’exécution des jugements
et des sentences étrangères sur le territoire des États-Unis », Perséé, 2018, p. 1-12.
51 J.-H. Carter & John Fellas, Arbitrage international à New York, Oxford University Press, 2016, p. 10-378.
52 Ibid.
53 Aff. Indocomex Fibres Pte. Ltd. v. Cotton Co. Intern., 916 F. Supp. 721 (W.D. Tenn. 1996) ; American
Construction Machinery, 659 F. Supp.426 (S.D.N.Y. 1987) ; Karppinen v. Karl Kiefer Machine Co., 187 F.2d 32
(2nd Cir. 1951).
54 Ibid.

55 William F. Fox, International Commercial Agreements: A Primer on Drafting, Negotiating and Resolving Disputes,
Wolters Kluwer, 2009, p. 436.
56 Ibid.

199
Le juge d’exequatur américain en présence de ces deux catégories de sentences arbitrales
applique les mêmes règles de contrôles. Il s’agit du respect du droit de la défense des
parties et la compétence du tribunal arbitral57. La compétence de la juridiction du siège
de l’arbitrage qui a reconnu ou non la sentence arbitrale internationale est aussi prise en
compte58. Le juge américain contrôle aussi les règles de procédures appliquées devant le
tribunal arbitral et devant la juridiction du siège qui a reconnu la sentence arbitrale
étrangère ; le respect du contradictoire et de l’égalité des moyens des parties59. En outre,
la sentence arbitrale étrangère ou la décision judiciaire qui reconnaît la sentence doit être
rendue sans préjudice60. Le droit de l’une des parties ne doit pas être lésé pendant la
procédure d’exequatur, la sentence arbitrale doit être rendue sans fraude61. Elle doit être
aussi conforme à l’ordre public américain62.

La seconde situation de contrôle qui peut se présenter devant le juge d’exequatur


américain concerne l’application explicite de la Convention de New York de 1958. Dans
ce cas, le juge d’exequatur américain applique la règle ou la doctrine de « Comity of
Nations ». Les sentences arbitrales internationales ne sont reconnues que si les États
d’origine traitent les sentences américaines sur la base des règles équivalentes63. À titre
illustratif, dans les affaires Hilton contre Guyot, la Cour suprême des États-Unis a refusé
d'accorder l’exequatur au niveau fédéral pour défaut de réciprocité de la part de la partie
française64. L’application de cette doctrine est très critiquée par les avocats et les
responsables des juridictions des États fédérés65.

Pour encadrer les contours de la doctrine de « Comity of Nations », certains Etats fédérés
américains ont adoptés une loi dénommée « Foreign Money Judgment Recognition Act »
en 1962. Cette même loi a été adopté par d’autres Etats fédérés en 2015. Cette loi permet
aux juges des États fédérés de juger de l’opportunité d’appliquer ou non le principe de

57 Ibid.
58 Op. cit.
59 Ibid.
60 Ibid.
61 Ibid.
62 Ibid.
63 G. Cuniberti, Le fondement de l’effet des jugements étrangers, Brill, 2019, pp. 131-132.
64 Cour suprême des États-Unis, 3 juin 1895, 159 US. 113 : C’est un ancien arrêt de la Cour suprême qui continue à
inspirer les juges d’exequatur aux USA).
65 Ibid.

200
réciprocité aux sentences arbitrales internationales au niveau fédéré. Cependant, au niveau
fédéral, la Cour suprême peut toujours refuser l’exequatur pour absence de réciprocité, et
les États n’ayant pas adopté « Forgien Money Judgment Recognition Act » ne peuvent
pas écarter au niveau fédéré la jurisprudence de la Cour suprême66. Il n’existe donc pas
une norme uniforme qui régit le pouvoir de contrôle du juge d’exequatur aux USA. Le
risque d’un contrôle inadapté de la sentence arbitrale ne doit pas être écarté.

Le droit procédural des pays de traditions de Civil Law n’autorise pas un contrôle direct
du droit appliqué au fond du litige arbitral. Mais ce contrôle n’est pas exclu en cas de
risques de violation de l’ordre public. La crainte d’une révision de la sentence arbitrale
dans ce cas serait fondée même si les conditions qui encadrent ce contrôle sont connues et
consacrées par la loi et la jurisprudence67. Les juges judiciaires opérant dans ces deux
systèmes juridiques ont des marges de manœuvres d’appréciations en cas de contrôle de
la sentence arbitrale par rapport à l’ordre public international68.

En Common Law, notamment en Grande Bretagne et aux États Unis, le pouvoir de


contrôle du juge d’exequatur n’est pas précis. Il est variable selon les particularités qui se
présentent au juge judiciaire. Le cadre de contrôle est beaucoup plus élargi ce qui n’exclut
pas une facilité pour le juge judiciaire de contrôler le droit applicable au fond du litige
sans motif particulier. Ce constat n’exclut pas un grand risque de révision de la sentence
arbitrale par les juges judiciaires de UK et des USA. Il faut tout de même préciser que

66 Ibid.
67 P. Meyer, « La sentence contraire à l’ordre public au fond », Rev. arb. 1994, p. 619. ; Ph. Fouchard, E. Gaillard et
B. Goldman, Traité de l'arbitrage commercial international, 1996, Litec, nos 1646 s. ; C.A Paris, 29 mars 1991,
C. Sté Ganz et autres c/SNCFT, Rev. arb. 1991, obs. L. Idot, p. 478.
68 Cass. 1er civ., 29 sept. 2021, n°19-19769, Sté Alexandre Brothers Ltd c/ Alstom, F-D, GPL 2022, Lilian

Larribère, p. 12. ; CAPJIA, 2022, A. Mourre, p. 875. ; Cass. 1er civ., 23 mars 2022, n° 17-17981, Belokon, D.
Actualité, 2022, obs. V. Chantebout.; C.A., Paris, 05 octobre 2021 Aff. DNO et autres c/ Ministère du pétrole et
des minéraux du Yémen et autres.; C.A. Paris, 28 mai 2019, n° 16/11182, Dalloz actualité, obs. J. Jourdan-Marques ;
D. 2019, obs. L. d’Avout, S. Bollée et E. Farnoux, p. 1956; Rev. arb. 2019, obs. E. Gaillard, p. 850.; Article 2
E. alinéa 2 de l’Acte Uniforme de l’OHADA sur l’Arbitrage ; G. Kenfack Douajni, « La notion d’ordre public dans
F. l’arbitrage OHADA », Revue camerounaise de l'arbitrage n° 29, Avril-Mai-Juin 2005, p.3.; J.-L. Delvolvé « Essai
sur la motivation des sentences », Rev. arb., 1989, pp. 149-165. ; Cass. 1re civ., 11 mai 1999, n°95- 18.190, RTD com.,
2000, p. 336, obs. E. Loquin, p. 336 ; CA. Paris, 26 octobre 1999, Rev. arb. 1999, obs. E. Gaillard, p. 811 ;
Cass. 1re civ., 14 juin 2000, n° 98-12.053, aff. Inter arab investment Guarantee Corporation c/ E. Banque
arabe et internationale d’investissements, D., 2000, p. 195.; CCJA, 27 avril 2017, arrêt n°094/2017, E. Société Hotel
Eda Oba SA c/ Société Xoelevator. 58 Aff. Sarhank Group v. Oracle Corp., 01 Civ. 1285, 2020 E. WL 31268635,
(S.D.N.Y. Oct. 9, 2002).; Indocomex Fibres Pte. Ltd. v. Cotton Co. Intern., 916 F. Supp. 721 (W.D. Tenn. 1996);
American Construction Machinery, 659 F. Supp.426 (S.D.N.Y.1987); Karppinen v. Karl Kiefer Machine Co.,
187 F.2d 32 (2nd Cir. 1951).

201
contrairement au système de Civil Law, les juges judiciaires anglais et américains ont une
lecture stricte de la notion de l’ordre public69. Cette précision porte à la fois sur le contenu
de la notion d’ordre public et sur la marge d’appréciation dont dispose les juges
judiciaires70.

Au regard de ce qui précède, nous pouvons préciser que le contrôle du droit appliqué au
fond du litige arbitral effectué par le juge judiciaire sans un encadrement stricte et précis
de l’office de ce dernier pourrait être préjudiciable à l’efficacité de la sentence arbitrale.
Il s’agit des risques de révision de la sentence arbitrale et de la violation du principe de
compétence-compétence du tribunal arbitral.

A l’instar des traditions juridiques de Common Law et de Civil Law, les pays qui
appliquent le droit religieux, notamment le droit musulman disposent des règles
procédurales particulières en la matière qu’ils conviennent d’explorer.

2. L’office du juge d’exequatur dans les pays arabes


Les procédures de reconnaissance de la sentence arbitrale devant les juges d’exequatur de
certains pays arabes sont plus rigides que celles des pays de Common Law, de Civil Law
et du droit OHADA. Cette rigidité procédurale permet au juge judiciaire de procéder au
contrôle du droit appliqué au fond du litige sans justification précise. Ainsi, en Égypte, le
juge d’exequatur v é r i f i e si la condition du principe de réciprocité est remplie71. Le
contenu de ce principe varie selon les traités en jeux. Le pouvoir de contrôle du juge
judiciaire est encadré dans ce cas par les conditions de réciprocité prévues par les traités.
A titre d’exemple, la Convention de Riyad de 1983 prévoit une reconnaissance obligatoire
de la sentence au siège du tribunal arbitral comme une condition de recevabilité de la

69 En droit américain, il est qualifié de «due process of law» au stade de l’exequatur par le Cour Suprême fédérale ;
En droit anglais, il est qualifié de « Rule of Law » (la légalité, l’égalité et le droit de contrôle des décisions des
autorités publiques par un organe judiciaire indépendant). ; T. Carothers, "Promoting the Rule of Law Abroad",
Carnegie Endowment for International Peace, Rule of Law Series, n° 34, 2003, p. 3.
70 Aff. Europcar Italia, S. p. A. v. Maiellano Tours, Inc., 156 F.3d 310, 313 (2d Cir. 1998) ; Aff. Afmed Alghanim &

Sons v. Toys « R » Us Inc., 126 F.3d 15, 20 5Ed Cir. 1997.


71 Art. 296 du Code de procédure promulgué par la loi n°13 et ses amendements ; B. Amrallah « Les tendances de
la jurisprudence égyptienne concernant l’exécution des sentences arbitrales étrangères à la lumière de la Convention
de New York de 1958 », Microsoft Word - Alloc [Link] ([Link]), 2007, p.15.

202
demande d’exequatur dans le pays d’exécution72. Les demandes d’exequatur concernant
les sentences arbitrales rendues contre le gouvernement d’un État membre à la Convention
ne sont pas recevables73. Les demandes d’exequatur des sentences arbitrales partielles ne
sont pas recevables74. Seules les sentences arbitrales définitives sont considérées75. Le
juge d’exequatur peut contrôler le droit appliqué au fond du litige par rapport la
constitution et aux bonnes mœurs76. Ces règles procédurales permettent aux juges
judiciaires de procéder directement au contrôle du droit appliqué au fond du litige sans
motif particulier. Il s’agit des normes qui favorisent le risque de la révision de la sentence
arbitrale et la violation du principe de compétence-compétence du tribunal arbitral.

Aux Émirats arabes unis, la procédure d’exequatur est particulière et se déroule au niveau
de deux juridictions. Il s’agit des juridictions nationales de droit commun et les tribunaux
du Dubaï International Financial Center (DIFC).

Les juridictions nationales de droit commun appliquent la loi fédérale dans le cadre d’une
procédure d’exequatur. Les tribunaux du DIFC appliquent la législation de Dubaï
International Financial Center. Pour être recevable par le juge d’exequatur, la sentence
arbitrale doit être traduite en Arabe, elle doit être définitive et non partielle77.

Une sentence arbitrale ayant fait l’objet de contrôle sous l’égide du droit fédéral de
l’Emirat peut être exécutée dans tous les autres émirats. Cependant, lorsqu’il est appliqué
à la procédure d’exequatur la législation de DIFC, la sentence ne peut être directement
exécutée dans les autres émirats. Le droit appliqué au fond du litige arbitral peut être
contrôlé lorsque la sentence arbitrale est confrontée aux règles d’ordre public de la loi

72 Article 31 de la Convention de Riyad de 1983.; K. Bälz, Aouni et Sh. Almousa, « La reconnaissance et l'exécution
des jugements étrangers et des sentences arbitrales en vertu de la Convention de Riyad (1983) : trente ans de
coopération judiciaire arabe », Revue international du droit procédurale, 2014, p. 273-288.
73 Article 25 de la Convention de Riyad de 1983.

74 Articles 30 et 37 de la Convention de Riyad de 1983.


75 Ibid.
76 Ibid.
77 Le défendeur doit dans son argumentaire invoquer les cinq griefs prévus par la nouvelle loi n°16 de 2011 : incapacité
des parties à compromettre ou l’invalidité de la convention d’arbitrage ; désignation des arbitres à l’insu de la partie
qui a succombé devant le tribunal arbitral ; manque d’information à l’égard du débiteur par rapport à la procédure arbitrale
ou encore si ce dernier n’a pas pu faire valoir ses moyens devant le tribunal arbitral ; lorsque les arbitres n’ont pas
respecté leurs missions ; irrégularité dans la constitution du tribunal arbitral en contrariété avec la loi du siège de
l’arbitrage ; la sentence ne bénéficie pas d’autorité de la chose jugée ou a été annulée ou suspendue par le pays d’origine
de la sentence. Ces griefs sont les mêmes prévus à l’art. V, al. 1er de la Convention de New York de 1958.

203
fédérale ou à celles de la loi du district de Dubaï. En présence de deux cadres de contrôles
différents, le juge judiciaire va pouvoir appliquer deux catégories d’ordres publics
différentes. Il s’agit d’une configuration qui ne fixe pas clairement le cadre du contrôle du
droit applicable au fond du litige arbitral d’où des risques de révision de la sentence
arbitrale.

Au Qatar, dans le cadre d'une procédure d’exequatur, la juridiction compétente est le


tribunal de grande instance78. Les règles procédurales qui encadrent le contrôle de la
sentence semblent être plus rigides que les prescriptions des articles II ; IV et V de la
Convention de New York de 1958. Le juge qatari de l’exequatur exige une sentence
arbitrale définitive et revêtue de formule exécutoire dans son pays d’origine.

Il vérifie a priori si la condition de réciprocité est remplie et si la sentence n’est pas


contraire à l’ordre public79. A ce stade, le juge d’exequatur peut donc procéder au contrôle
du droit appliqué au fond du litige même déjà au niveau de la vérification des conditions
de réciprocités80. Le risque de révision de la sentence arbitrale ou de la violation du
principe de compétence-compétence du tribunal arbitral n’est pas moindre. La procédure
d’exequatur au Qatar est contentieuse, contradictoire et se déroule au cours d’une audience
sous la présidence du juge de l’exécution81. Il s’agit des conditions qui favorisent
facilement le contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral sans justification
préalable.

De même, en Arabie Saoudite, les conditions de contrôle du droit appliqué au fond du


litige sont encore plus rigides par rapport à celles du Qatar. Pour que le juge d’exequatur
procède à ce contrôle, la sentence arbitrale étrangère doit être validée par une décision de
justice au siège de l’arbitrage et doit être exécutoire82. La sentence arbitrale doit être
définitive et non partielle. Cette décision de justice doit être assortie d’une formule
exécutoire83. La procédure d’exequatur est contradictoire84.

78 Article 379 du CPCC du Qatar.


79 M. Hwang SC DCI, « The Courts of the Dubai International Financial Centre -. A Common Law Island in
a Civil Law Ocean », Law Asia, 2008.
80 L’étendue de ce contrôles est définie par les accords ou traités qui fondent la règle de réciprocité en jeux.
81 Ibid.
82 Le règlement régissant la procédure d’exequatur en Arabie Saoudite modifié en 2007, en 2012 et en 2013.
83 Ibid.
84 Ibid.

204
En deuxième lieu, le juge d’exequatur applique les règles de réciprocités conformément
aux conditions prévues par les traités ou conventions85. La procédure d’exequatur devant
le l’autorité compétente « Diwan el- Mazalem » est contradictoire86. Dans le cadre de ce
contrôle, la partie défenderesse peut évoquer l’un des griefs prévus à l’article V de la
Convention de New York de 1958 pour demander le refus de l’exequatur87.

Le cadre de contrôle en vigueur en Arabie Saoudite autorise sans restriction aucune le juge
d’exequatur à contrôler directement le droit appliqué au fond du litige arbitral. Au stade
de l’exequatur, la procédure est contradictoire et le débiteur peut opposer à la demande
des griefs en lien avec le droit appliqué au fond du litige arbitral. Il s’agit de l’incapacité
des parties à participer à une procédure arbitrale ; La composition irrégulière du tribunal
arbitral ; Lorsque le tribunal arbitral statut ultra pétita; la violation du principe du
contradictoire ; L’inarbitrabilité du litige et la violation de l’ordre public. En plus de ces
différents éléments, le juge d’exequatur est tenu de contrôler le caractère exécutoire de la
sentence conformément au droit procédural du siège du tribunal arbitral88. Dans ces
conditions, le risque de la révision de la sentence arbitrale et de la violation du principe de
compétence-compétence du tribunal arbitral est très élevé.

Les conclusions tirées des différentes analyses réalisées permettent de constater que le
droit appliqué au fond du litige arbitral qui devrait être «la chose » du tribunal arbitral
sous le couvert du principe de compétence-compétence est vulnérable. En ce droit ne
devrait pas faire l’objet d’un contrôle approfondi au stade de la procédure d’exequatur.
Cependant, c’est le cas dans certains pays, notamment dans les pays de la Ligue Arabe et
aux États Unis dans une certaines mesures. De même, certains pays, notamment la France
et la Grande Bretagne présentent des procédures de contrôle plus ou moins rassurants avec
des points de faiblesses spécifiques.

85 Le principe de réciprocité pour les juridictions saoudiennes se rapporte à : l’existence d’un document officiel émanant
du pays tiers qui confirme que les jugements provenant de l’Arabie Saoudite peuvent être exécutés sur son territoire.
Le demandeur doit si possible apporter la preuve qu’un jugement saoudien a été déjà exécuté par le pays tiers d’où la
sentence provient. Cette preuve est matérialisée par une déclaration officielle du Ministre de la Justice du pays du siège
de l'arbitrage. L'objectif est de s'assurer qu’il existe une réciprocité entre l’Arabie Saoudite et le pays du siège de l’arbitra-
ge en matière d’exécution des décisions de justice en lien avec les sentences arbitrales.
86 Instauré par le Décret Royal n°51 du 25 avril 1953.

87 A. Baamir, I. Bentekas, « Saudi Law as Lex Arbitri : Evaluation of Saoudi Arbitration Law and Judicial Practice »,

Arbitration international, 2009, vol. 25, n°2, p. 239-269. ; M. Akbik, « L’arbitrage dans la charia islamiya », Rev. mond.
arb., 2012, p. 145 et ss.
88 Ibid.

205
Un premier niveau d’analyse du droit OHADA, nous permet d’envisager que le droit
uniforme pourrait représenter une source de solution pour limiter les contrôles
opportunistes du droit appliqué au fond du litige arbitral.

Le contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral ne se limite pas seulement au niveau du
juge d’exequatur. Les juges de l’annulation peuvent aussi être sollicités dans des cas spécifiques
à se prononcer sur cette question. Il sera aussi utile d’analyser l’impact du droit uniforme dans
la fixation des contours du pouvoir de contrôle du juge judiciaire.

II.- Le cadre du juge de l’annulation et du droit uniforme

Le pouvoir de contrôle du juge de l’annulation est plus élargi que celui du juge d’exequatur.
Deux raisons justifient cette réalité. La première porte sur la liste des cas de contrôle plus
exhaustive en comparaison à l’exequatur. La deuxième raison est qu’en cas de formation de
pourvoi en cassation, la Cour de cassation peut confirmer ou non l’arrêt du juge de l’annulation.
Lorsque l’arrêt n’est pas confirmé, l’affaire est renvoyée devant la même juridiction
d’annulation mais composée autrement.

Les contours du champ de contrôle du juge de l’annulation sont définis selon le droit procédural
des systèmes juridiques. La diversité des traditions judiciaires des différents systèmes
juridiques rend encore plus complexe l’appréhension et l’identification des limites du champ
de contrôle du juge de l’annulation dans les systèmes juridiques de Common Law, Civil Law
(A), et Musulman (le point 1. du B). La plupart des États concernés par ces systèmes juridiques
ont ratifié des traités internationaux et régionaux en matière d’arbitrage. Il s’agit de la
Convention de New York de 1958, la Convention de Washington de 1965 (CIRDI) et les Actes
Uniformes du droit OHADA. Dans certaines situations particulières, ces normes internationales
et régionales qualifiées de droit uniforme peuvent régirent les aspects procéduraux de l’office
du juge de l’annulation. L’utilité de ces normes est double. Elles centralisent d’une part, le cadre
de contrôle du juge (CCJA) ou de l’organe spécialisé (cas de CIRDI). D’autre part elles fixent
clairement l’étendue et les limites du pouvoir de contrôle du juge ou de l’organe de contrôle.
Cependant, elles présentent aussi des limites (le point 2 du B).

206
A.- Le pouvoir de contrôle élargi du juge d’annulation

L’étendue du pouvoir de contrôle des juges de fond de la Cour d’appel dans les systèmes
juridiques de Civil Law (1) et de Common Law (2) présente des particularités procédurales
susceptibles de favoriser le contrôle du droit appliqué au fond du litige dans des conditions
discutables.

1. Le cas des juridictions françaises, suisses (Civil Law) et de la CCJA (OHADA)

Les juridictions de fond et de cassation de la France, de la Suisse et de l’espace OHADA


seront au centre de notre analyse. Ainsi, en France, les parties au litige d’arbitrage peuvent
saisir la Cour d’appel par recours en annulation de la sentence arbitrale international. Dans
ce cas, le juge unique du tribunal judiciaire est dessaisi et n’a plus compétence pour se
prononcer sur l’exequatur de la sentence arbitrale lorsqu’il est saisi en parallèle. En cas de
rejet du recours en annulation par le juge d’appel, la sentence arbitrale se voit conférer
l’exequatur89. Au cas où la sentence arbitrale est rendue en France, elle peut faire l’objet
d’un recours en annulation devant la Cour d’appel du lieu où elle a été rendue90.

Le délai de recours en annulation contre l’ordonnance d’exequatur rendue en France est


d’un (01) mois à la suite de la réception de celle-ci par voie de signification. Les parties
peuvent aussi convenir que la sentence arbitrale soit communiquée par voie de
notification91. Dans le cadre de son office, le juge d’annulation vérifie si le tribunal
arbitral a statué en conformité de la mission qui lui a été confiée92. Il s’agit d’un contrôle
qui permet au juge de fond d’identifier si le tribunal arbitral a statué « ultra petita ou infra
petita ». Ce type de contrôle favorise la vérification de la bonne application du droit
appliqué au fond du litige arbitral sans d’autres restrictions. Le contrôle du droit applicable
au fond du litige dans ce cas précis sans justification pourrait constituer un risque de la
révision de la sentence arbitrale ou de la violation du principe de compétence
compétence93.

89 Art. 1527 du CPC français


90 Art, 1486, alinéa 1er du CPC français.
91 Art. 1522, al. 3 du CPC français.
92 Art. 1520 du CPC français.
93 A. Alain, La distinction entre recours en annulation et exequatur en droit français de l'arbitrage
international, Thèse de Doctorat soutenu en 2023, Ecole de Droit Paris 1 Panthéon Soirbonne, p. 20-502.

207
Quant aux sentences arbitrales rendues par un tribunal arbitral ayant statué amiable
compositeur, elles ne sont pas susceptibles d’appel à moins que les parties en disposent
autrement par convention d’arbitrage94. Cependant, la sentence rendue par un tribunal
amiable compositeur est susceptible de recours en annulation à partir du moment où
elle répond aux conditions prévues par les dispositions des alinéas 1er et 2 de
l’article 1484 du Code de procédure civile95. En droit français, le juge de la Cour d’appel
procède à un contrôle limité de cette catégorie de sentence lorsqu’il est saisi par un recours
en annulation96. Le contrôle du juge judiciaire est formel et se limite à deux points
essentiels prévus par les dispositions des deniers alinéas des articles 1520 et 1492 du
Code de Procédure Civile. Il s’agit du respect par les arbitres de la mission qui leur a été
confiée et le respect de l’ordre public97. Pour la première condition, la jurisprudence
impose aux juges d’être formel dans le cadre de son office98. Il s’agit d’un respect strict
du principe de compétence-compétence du tribunal arbitral.

Cependant, la sentence arbitrale rendue par un tribunal amiable compositeur n’est pas à
l’abri d’une confrontation par rapport à l’ordre public. Dans cette situation particulière, le
juge de l’annulation pourrait procéder au contrôle du droit appliqué au fond du litige. C’est
justement à partir de ce moment que le juge judiciaire pourrait violer le principe de
compétence-compétence du tribunal arbitral ayant statuer amiable compositeur.

En suisse, c’est le Tribunal fédéral qui est compétent pour les recours en annulation contre
une sentence arbitrale99. La procédure devant le Tribunal fédéral est contradictoire, il peut
relever d’office la contrariété de la sentence arbitrale à l’ordre public suisse. La sentence
arbitrale internationale doit être en conformité avec les dispositions de l’article V de la
Convention de New York de 1958. Les cas de contrôle qui relèvent de la compétence du
juge fédéral, juge d’annulation en Suisse sont les mêmes en France. Il en résulte que le
juge fédéral Suisse dispose aussi d’un pouvoir de contrôle plus approfondie au stade d’un

94 Ibid.
95 Art. 1484 du CPC français.
96 Ph. Fouchard, E. Gaillard et B. Goldman, Traité de l'Arbitrage commercial international, n° 660, p. 229 et ss.
97 P. Giraud, Le devoir de l’arbitre de se conformer à sa mission, Bruylant, 2017, p. 15-442.
98 C.A. Paris, POLE 5 - CHAMBRE 16,16 mai 2023, n° RG 21/21189., Aff. Sté Société IMAGINE c/ Société GROUPE
[F] [S] (GRG); Cass. 1re civ., , 24 mai 2018, 17-18.796, Inédit; C.A, POLE 5 CHAMBRE 16, 08 avril 2025,
[G] Aff. Société VALENZO c/ Mr. K. O.
99Art.190, al. b et e de la LDIP.; Cass., Arrêt Sté Exportles c/ Sté Rusbois, Rev. Arb. 2000, n°1, p. 99-100.;
Tribunal fédéral suisse, 19 décembre 1997, ATF 124 III 83. ; tribunal fédéral suisse, 19 avril 1994, ATF 120 II 155.

208
recours en annulation. A partir de ce moment, une possibilité de contrôle du droit appliqué
au fond du litige arbitral n’est pas à écarter100. Même si les conditions qui justifient le
risque de violation de l’ordre public sont précises en France et en Suisse, le pouvoir
d’appréciation du juge lorsque la violation est établie présente des contours variables101.
Il s’agit d’un risque qu’il faut prendre en compte car le juge pourra évoquer la nécessité
de contrôler le droit appliqué au fond du litige arbitral dans ce cas. Lorsque ce contrôle
ne serait pas mesuré et encadré, le respect du principe de compétence-compétence du
tribunal arbitral pourrait être mis en cause102.

Dans l’espace OHADA, le recours en annulation contre la sentence arbitrale est ouvert
dès le prononcé de la sentence par le tribunal arbitral d la CCJA ou par le tribunal arbitral
ad hoc103. Lorsque la sentence arbitrale provient d’un tribunal arbitral ad hoc avec pour
siège un des États membres de l’OHADA, le recours en annulation est admis dans un délai
d’un mois après la signification de la sentence arbitrale104. Dans le cadre de ce recours, le
juge judiciaire communautaire (CCJA) ou étatique d’un État membre OHADA effectuent
le contrôle sur la base de deux catégories de motifs. Le premier motif est similaire de cas
de contrôle en vigueur en Suisse et en France. Il s’agit des cas portant sur la validité de la
convention d’arbitrage, l’arbitrabilité du litige et la conformité du tribunal arbitral à sa
mission105. Le second motif est spécifique en droit OHADA. Il s’agit de la possibilité
offerte aux parties de formuler la demande d’annulation de la sentence arbitrale pour cause
d’une application erronée du droit appliqué au fond du litige arbitral ou pour cause de
violation de l’ordre public communautaire106. Les parties sont autorisées par le droit
communautaire de formuler ce recours spécial dans les deux mois qui suivent la

100 A. Pinna, «Les approches suisse et française du contrôle de la conformité à l’ordre public international »,
Cahier de l’arbitrage, 2018, p. 3-21.
101 Ibid.
102 Tribunal Fédéral Suisse, Arrêt 4A_136/2016 du 3novembre 2016, Alstom Transport SA et Alstom Network

LTD c/ Alexander Brothers LTD.; C.A., Paris, Pôle 1, Chambre 1, 10 avril 2018, n° RG 16/11182, Alstom
Transport SA et Alstom Network UK LTD c/ Alexander Brothers LTD.
103 Art. 27 de l’AUA OHADA et l’art. 29.3 du règlement d’arbitrage de la CCJA.

104 Article 27 alinéa 1er de l’Acte uniforme sur Arbitrage OHADA.


105 O. Bah, L’efficacité de l’arbitrage OHADA : le rôle du juge étatique, Bruylant, 2020, p. 422
106 CCJA, 7 juin 2012, arrêt n°049/2021, Société PRO-PME Finance SA c/ M. Tanko Jean et Mme Tanko née

Ndouhe Madeleine, RTD com., 2017, p. 753, obs. R. Nemedeu.

209
notification de la sentence arbitrale107.

Contrairement en droit français et Suisse où le contrôle du droit appliqué au fond du litige


peut être réalisé sur des fondements implicites, le droit communautaire OHADA a voulu
être clair et formel une fois pour de bon sur le sujet. La jurisprudence OHADA a posé
clairement les situations pratiques dans lesquelles les parties sont autorisés à formuler une
telle demande devant le juge de l’annulation. Il s’agit des situations dans lesquelles le droit
appliqué au fond du litige écarte certaines obligations à la charge du tribunal arbitral. Ces
cas portent sur l’absence de motivation de la sentence arbitrale et le non-respect des règles
communautaires qui encadrent la délibération et à la signature de la sentence arbitrale108.
Cette clarification du droit OHADA permet donc de poser clairement dans une certaines
mesures le cadre de contrôle du droit appliqué au fond du litige109.

Les méthodes de contrôle des juges d’annulation ne sont donc pas les mêmes lorsqu’on
prend le droit français et le droit Suisse d’un côté puis d’un autre coté le droit OHADA. Il
existe certes des points de convergences entre ces différents droits mais il est fondamental
de tenir compte de leur spécificité. C’est ce qui fait la richesse et l’originalité des analyses
basées sur des méthodologies approfondies du droit comparé. La protection du principe
de compétence-compétence et de la sentence arbitrale des risques de révisions est possible.
Cette protection peut être renforcée lorsque les législations et la jurisprudence posent
clairement les situations exceptionnelles dans lesquelles le droit appliqué au fond du litige
peut être contrôlé. Cela permet de lever les doutes et d‘écarter les zones d’ombres qui
peuvent entourer les justifications d’un contrôle indirect et le pouvoir d’appréciation du
juge de l’annulation.

Qu’en est-il dans les pays, ayant pour tradition juridique le Common Law (USA et UK) ?

107Article
26, alinéas a ; c ; e de l’Acte uniforme sur l’Arbitrage OHADA ; CCJA, 17 avril 2014, arrêt n°039/2014,
État du Mali c/CFAO, Cah. arb., 2015, n°3, p. 158 ; CCJA (ass. Plén.), 11 mai 2017, n°111/2017, National
Financial Credit Bank (NFC) c/ M. N., LEDAF, n°01, p. 2, obs. R. Akono- Adam.
108 CCJA, 02 mars 2017, arrêt n°027/2017, État du Mali et Société des télécommunications du Mali SA (SOTELMA) c/
Seaquest-Infotel Mali SA (SQIM SA) ; D. MOTTE-SURANITI, « L’exécution des sentences arbitrales de la CCJA »,
RTDJA, juillet-septembre 2009, n°002, p. 99 ; Art.s 15 et suivants de l’Acte uniforme sur le droit d’Arbitrage ; Art.s
3 ; 16 ; 17 ; 26 du Règlement d’Arbitrage de la CCJA, CCJA (Ass. Plén.), 1 er décembre 2016, arrêt n°160/2016,
Compagnie malienne pour le Développement des Textiles (CMDT), Groupement des syndicats de producteurs de coton
et vivriers du Mali (GSCVM) c/ Société interafricaine de distribution (IAD), cah. arb., 2013, n°4, p. 118 ; CCJA,
27 avril 2017, arrêt n°094/2017, Société Hotel Eda Oba c/Société Xoelevator.
109 Ibid.

210
2. Le cas des juridictions de Common Law
A l’instar de certaines particularités liées aux conditions de saisine du juge de l’annulation
en Common Law, les cas classiques de contrôle en France, en Suisse ou en droit OHADA
sont les mêmes. Ces cas classiques portent sur la validité de la convention d’arbitrage,
l’arbitrabilité du litige, la mission des arbitres et les règles d’ordre public. Nous allons
donc orienter notre analyse sur des particularités qui encadrent la saisine, certains cas
exceptionnels de contrôle et l’office du juge de l’annulation ou d’appel en UK et aux
USA.

Ainsi, en Grande-Bretagne, les parties à l’arbitrage ne peuvent ni exclure ou renoncer à


l’appel ou au recours en annulation par voie conventionnelle. Les deux recours relèvent
de l’ordre public procédural anglais110. Cependant, l’épuisement des voies de recours
liés à la reformation ou la rectification de la sentence ou encore à l’obtention d’une
sentence arbitrale additionnelle est requis pour saisir le juge de l’annulation anglais111. Ces
différentes exigences procédurales confirment le respect du principe de compétence-
compétence du tribunal arbitral.

Toutefois, il y a des limites à ce constat car dans le cadre de son office, le juge de
l’annulation peut identifier lui-même ou sur la demande des parties une mauvaise
application du droit applicable au fond du litige112. Lorsque cette violation est avérée, il
peut effectuer la reformation de la sentence arbitrale113. Cette situation peut conduire à
une révision de la sentence arbitrale114.

Quant au juge d'appel anglais, il peut être saisi lorsqu’un point de droit pose grief aux
parties, sauf existence convention contraire115. Lorsque le juge britannique (Commercial
court) déclare recevable ou irrecevable un recours en appel, sa décision n’est pas
susceptible de recours116. Le point de droit qui cause grief aux parties doit porter

110 Ibid.
111 Sections 67, 68 et 69 de l’Arbitration Act de 1996.
112 Sections 67 et ss., et Art. 70, paragraphe 2 de l’Arbitration Act de 1996 ; M. Boucaron-Nardetto, Le principe de
compétence-compétence en droit de l’arbitrage, Archives ouvertes, Université de Nice Sophia Antipolis, LGDJ,
2012, p. 17.
113 Section 71 de l’Arbitration Act de 1996.
114 Amérique du Sud CIA National Insurance S.A c/ Enesa Engenharia S.A, 2012 EWCA, Civ. 638.; 20 July 2021

judgment in a batch of appeals, with the lead appeal being The Project Director, National Highways 45E
and 220 c/ M Hakeem SLP (Civil) 13020 of 2020; Section 34 Arbitraction Act de 1996.
115 Art. 69, paragraphe 1er de l’arbitration Act de 1996.

116Art. 69 de l’Arbitration Act de 1996.

211
sur une question d’intérêt général117. En cas de nécessité, le juge d’appel peut transférer
la question de droit qui fait grief aux parties à la Cour d’appel118. Il en résulte que dans le
cadre d’un appel, les parties peuvent formellement contester devant le juge anglais le droit
appliqué au fond du litige arbitral119. Comme préciser dans notre analyse du droit
communautaire OHADA, poser un cadre limité du contrôle du droit appliqué au fond du
litige arbitral est utile. Cependant, il faut préciser qu’en droit anglais, toute la procédure
d’arbitrage peut être remise en cause lorsque le juge d’appel estime que le tribunal arbitral
a mal appliqué le droit au fond du litige. L’office du juge d’appel n’est pas limité et encadré
en la matière contrairement en droit communautaire OHADA. Il s’agit donc d’un risque
qui peut conduire à la violation du principe de compétence-compétence et à une révision
de la sentence arbitrale.

Aux États-Unis, Le Federal Arbitration Act (FAA) de 1925 dont la dernière révision date
du 15 Août 1990 constitue la base du régime américain de contrôle des sentences
arbitrales. Dans l’affaire Beckley Oncology v. Abumasmah, la Cour d'appel du quatrième
circuit des États-Unis a jugé le 21 avril 2021 qu’une clause excluant tout appel est
valable120. Cependant, aucun contrat ne peut empêcher l’application des motifs de contrôle
en annulation prévus par la FAA121.

La section 9 impose aux juridictions fédérales de confirmer la sentence lorsqu’elle est


régulière. Néanmoins, le juge de l’annulation peut être saisi sur la base des cas
d’annulation, de modification ou de correction de la sentence arbitrale prévus au point 5
(a et b) de la section 9 puis aux sections 10 et 11. La section 10 limite strictement les
motifs d’annulation. Il s’agit des cas de fraude ou corruption, partialité manifeste de
l’arbitre, manquements procéduraux graves tels que le refus d’entendre des preuves
essentielles, ou dépassement des pouvoirs accordés. La section 11 encadre les corrections,
notamment en cas d’erreur matérielle ou de décision partielle hors mandat n’affectant pas
le fond du litige. [Link], Q. Rosher & Stephens-Chu, La réforme du droit anglais de
l’arbitrage, Revue de l’arbitrage n°3, 2024, p. 802-835.

117 [Link], Q. Rosher & Stephens-Chu, « La réforme du droit anglais de l’arbitrage », Revue de l’arbitrage n°3,
2024, p. 802-835.
118 Art. 69, paragraphe 8 de l’Arbitraction Act de 1996.

119 Art. 68, paragraphe 2 de l’Arbitraction Act de 1996.


120
Case Beckley Oncology Assocs., Inc. v. Abumasmah, n°5:18-CV-01549, 2019 WL 2721146, (S.D. W. Va. June 28, 2019).
121 Ibid.

212
La jurisprudence de la Cour suprême encadre strictement l’office du juge de l’annulation.
Ainsi, dans l’affaire Hall Street Associates v. Mattel en 2008, elle a jugé que les motifs
d’annulation ou de modification sont limités à ceux prévus par la FAA122. Dans l’affaire
Oxford Health Plans v. Sutter en 2013, elle précise que le juge de l’annulation peut
contrôler le droit appliqué au fond du litige en cas d’une mauvaise application par le
tribunal arbitral123. Dans les affaires Rent-A-Center v. Jackson en 2010 et Henry Schein
v. Archer & White Sales en 2019 la Cour Suprême fait défense à la violation du principe
de compétence-compétence. La condition posée par la Cour suprême est le fait qu’à partir
du moment où le contrat d’arbitre délègue à ce dernier la décision sur l’arbitrabilité, les
juridictions n’ont pas compétence à se prononcer sur cette question124.

Dans l’affaire Southland Corp. v. Keating en 1984 la Cour Suprême étend les conditions
d’annulation prévues par la FAA aux contrats soumis au droit des États fédérés125. Dans
l’affaire American Express v. Italian Colors Restaurant en 2013, la Cour Suprême précise
que seul le coût prohibitif de l’arbitrage ne suffit pas pour invalider la clause d’arbitrage.
L’objectif de la Cour est de sauvegarder les voies de recours en annulation prévus par le
loi fédérale (FAA)126. Enfin, dans l’affaire Badgerow v. Walters en 2025, la Cour Suprême
a exclu l’application de la règle du look-through127 pour les actions de confirmation ou
d’annulation d’une sentence arbitrale prévues par les dispositions des sections 9 et 10 de
la FAA.

En référence aux dispositions des Sections 9 et 10, la compétence fédérale ne peut être
fondée que sur un critère autonome128. Il en résulte que les litiges post-arbitrage relevant
des Sections 9 et 10 resteront majoritairement devant les juges d’annulation des États
fédérés, sauf compétence fédérale clairement établie.

122 US. Suprême Court, Hall Street Associates, LLC v. Mattel, Inc., 552 US 576 (2008).
123 US. Suprême Court, Oxford Health Plans, LLC v. Sutter, 569 U.S. 564. (2013).
124 US. Suprême Court, Rent-A-Center, West, Inc. v. Jackson, 561 U.S. 63 (2010).; US. Supreme Court,
Henry Schein, Inc. v. Archer & White Sales, Inc., 586 U.S. (2019).
125 US. Suprême Court, Southland Corp. v. Keating, 465 U.S. 1 (1984).

126 US. Suprême Court, American Express Co. v. Italian Colors Restaurant, 570 U.S. 228 (2013).
127 Elle est issue d’un précédent (Cf. Aff. Vaden v. Discover Bank, en 2009). Elle permet au juge de regarder au

delà de la demande procédurale pour voir s’il existe, dans le litige sous-jacent, une question de droit fédéral

donnant compétence au tribunal fédéral conformément aux dispositions de la Section 4 de la FAA.


128 Exemple: la diversité de citoyenneté ou la présence directe d’une question fédérale dans la demande.

213
La jurisprudence des juridictions d’appel confirme la rareté du motif de «manifest
disregard of the law». En Ce motif est évoqué rarement pour contrôler le droit appliqué
au fond du litige depuis les affaires Encyclopedia Universalis S.A. v. Encyclopedia
Britanica, Inc. en, 2005129 et Hall Street Associates v. Mattel. Mais ce contrôle n’est pas
à exclure dans d’autres situations, notamment en cas de corruption ou de fraude130.

La FAA et la jurisprudence américaine posent clairement des cas qui peuvent conduire à
un contrôle expresse du droit appliqué au fond du litige arbitral. Cependant, la liste des
cas de contrôle est exhaustive. De même, le juge de l’annulation peut reformer ou réviser
la sentence arbitrale. Il s’agit d’une violation du principe de compétence érigée en règle.
Même si le droit américain et la jurisprudence encadrent strictement ces différents cas de
contrôle. Cette situation est un risque pour l’efficacité de la sentence arbitrale lorsqu’on
autoriser la révision de celle-ci contrairement aux mécanismes de contrôle du droit
OHADA en la matière.

Quels sont donc les contours du pouvoir de contrôle des juges de l’annulation de certains
pays arabes ? En présence des différentes interrogations qui entourent le pouvoir de
contrôle du juge étatique, le recours au droit uniforme ne serait-il pas une référence
adéquate ?

B.- LE JUGE DE L’ANNULATION EN DROIT MUSULMAN ET L’UTILITÉ


FEDERATRICE DU DROIT UNIFORME

Les motifs classiques de contrôle en vigueurs dans les pays déjà étudiés sont aussi valables
dans les pays arabes. La seule différence avec les pays déjà étudiés est l’étendue du
pouvoir du juge de l’annulation et le champ large de la définition de l’ordre public. Les
conditions des contrôles qui impliquent les règles d’ordre public ne sont pas clairement
définies pour limiter les contours de l’office du juge de l’annulation (paragraphe 1er).

Il sera tout de même utile de présenter et d’analyser les atouts du droit uniforme lorsqu’il
s’agit de cerner la clarté du cadre de contrôle du juge de l’annulation (paragraphe 2).

129Aff. Encyclopedia Universalis S.A. v. Encyclopedia Britanica, Inc., 403 F.3d 85, 90 (2d cir. 2005) ; E. Ordway et
B. Drains, « Panorama de jurisprudence américaine », Gaz. Pal., Cah. Arb., 2005/2, p. 48.
130 La Corruption et la fraude sont considérées comme des faits qui conduisent à la violation de l’ordre public
international américain.; Art. 68, paragraphe 2 de l’Arbitraction Act de 1996 ; V-D. Do, « Le rôle de la volonté
des parties dans les recours à l’encontre des sentences arbitrales, RIDE, 2019, p. 141-164.

214
1. Le juge de l’annulation dans les pays arabes
Plusieurs pays arabes ont modernisé leur droit judiciaire privé et leur cadre juridique en
arbitrage pour être plus compétitive. Cependant, il existe certains aspects procéduraux qui
semblent élargir le pouvoir de contrôle du juge de l’annulation au risque de l’efficacité de
l’arbitrage.

En Égypte, le régime de l’annulation se caractérise par une approche restrictive. La loi


n°27/1994 ne prévoit qu’une liste fermée de motifs, centrés sur les garanties procédurales
et l’ordre public131. La jurisprudence confirme cette orientation dans l’affaire Al-Kharafi
c. Libye. Ainsi, dans un arrêt du 05 février 2014 la Cour d’appel précise que le droit
appliqué au fond du litige peut faire l’objet de contrôle en une seule condition132. Il faut
qu’il y a risque de violation des règles d’ordre public. Dans un arrêt du 04 novembre
2015, la Cour de cassation égyptienne confirme cette décision et précise clairement que
le contrôle ne doit conduire à une révision de la sentence arbitrale133. Dans un arrête du
13 mars 2018, la Cour de cassation précise aussi qu’en cas d’absence de motivation de la
sentence arbitrale, le droit appliqué au fond du litige ne peut faire l’objet de contrôle qu’à
une seule condition134. Il faut que l’exécution de la sentence soit contraire aux règles
d’ordre public égyptien135.

En Égypte, la jurisprudence définit l’ordre public comme : « comprenant des règles qui
ont pour objectif de réaliser l’intérêt public de l’État au niveau politique, social ou
économique »136. Il s’agit des règles, dont la violation, par le droit appliqué au fond du
litige, pourrait conduire à la nullité absolue de la sentence arbitrale137. Ainsi, dans un arrêt
du 10 décembre 2013, du la Cour de cassation égyptienne précise qu’une mauvaise
appréciation des faits n’est pas équivaut à une mauvaise application du droit au fond du
litige arbitral138. Cependant, la Cour d’appel de Caire dans un autre arrêt de principe du

131 Art. 53 de la loi n°27/1994 en matière civile et commerciale (Egypte).


132 Caire, Cour d’appel, 5 févr. 2014 (Al-Kharafi c. Libye).; Cass. n°10132/78 du 11 mai 2010
133 Ibid.; Cass. n° 6065/84 du 4 Novembre 2015, obs. Maḥkamat al-Naqḍ (Egypt).
134 Cass. n°2698/86 du 13 mars 2018.
135 Ibid.
136 C.A., Caire, 5 décembre 1995, Aff. Ministère de la Défense de la République d’Égypte c/ Chromaloy Aeroservices
Inc., Van den berg (Albert), Yearbook Commercial Arbitration, Kluwer Law International, 1999, vol. XXIV, vol. XXIV,
p. 265-268.; CA. Caire, ch. commercial n°8, 08 mars 2005, Aff. Abdallah Sleiman El-Rajhi c/ Société Mac Beverage
limited.
137 C.A., Caire, 7 septembre 1999, Aff. PDG de l’établissement des transports c/ Société Douwitch Papkouk et autres.

138 Cass. Égypte, n° 731, 10 décembre 2013, Journal of Arab Arbitration, juin 2014, vol.22, p.100.

215
15 décembre 1995 précise que l’annulation d’une sentence arbitrale peut être motivée par
une mauvaise application du droit applicable au fond du litige139.

Aux Émirats arabes unis, le droit onshore issu de la loi fédérale n°6/2018 révisée en 2023
s’inscrit dans une logique similaire qu’en Égypte, en excluant tout contrôle du droit
appliqué au fond du litige si les règles d’ordre public ne sont pas en jeu140. La
jurisprudence de la Cour de cassation de Dubaï a clairement posé le cadre de l’office du
juge de l’annulation lorsqu’il s’agit de contrôler le droit appliqué au fond du litige
arbitral141. Le contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral ne peut intervenir
uniquement que si le recours en annulation porte sur trois points142. Il s’agit de la
compétence et les pouvoirs du tribunal arbitral, la validité de la convention d’arbitrage,
l’arbitrabilité du litige et la contrariété à l’ordre public143.

Dans deux arrêts rendus en 2020 et en 2021, la Cour de cassation précise que le droit
matériel appliqué au fond du litige arbitral peut être contrôlé uniquement en cas de risque
de violation de l’ordre public144. Elle précise aussi dans un arrêt récent du 3 juillet 2025
que les mesures conservatoires ou d’anti-suit injonction ne constituent pas des motifs
suffisants pour un contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitrale145. Les mêmes
règles procédurales sont appliquées dans les juridictions de Common law locales (DIFC,
ADGM), lorsqu’il s’agit du contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral 146. Aux
Émirats arabes unis l’ordre public désigne les : « règles qui régissent l’état des personnes
; la gouvernance, la liberté du commerce ; la propriété privée ; la liberté du commerce ; le
transfert des richesses ; les principes de la Charia islamique et les règles impératives qui
forment le fondement de la société147». Lorsque le droit appliqué au fond du litige est
contraire à l’un de ces principes, la conséquence serait l’annulation de la sentence
arbitrale148.

139 C.A., Caire, 5 décembre 1995, Aff. Ministère de la Défense de la République d’Égypte c/ Chromaloy Aeroservices Inc.
140 Art. 53; 54 et 56 de loi fédérale n°6/2018 (telle que modifiée en 2023).
141 Ibid., Dubai Cass., 6 févr. 2019, n°417 & 427/2018 – Rappelle la fermeture des moyens de nullité.
142 Ibid.
143 Ibid.
144 Dubai Cass., 2020–2021 (ex. n°1132/2020).
145 Dubai Cass., 3 juillet 2025 (Commercial Appeal No. 657 of 2025) et Art. 21 de la Federal Law n°6 of 2018.
146 Z. Obeid, Recours en annulation des sentences arbitrales dans les pays arabes, Pedone, 2017, p. 10-662.
147 Article 3 du Code civil des Émirats arabes unis.
148 Ibid.

216
Le Qatar, avec la loi n°2/2017 inspirée de la Loi-type CNUDCI adopte lui aussi un
schéma fermé de motifs de contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral 149.
L’annulation est confiée directement à la Cour d’appel, sans recours ultérieur, ce qui
renforce la finalité des sentences. Le contrôle du droit appliqué au fond du litige peut
intervenir dans les conditions énumérées pour les cas de Égypte et des Émirats Arabes
Unis. Mais au Qatar, il y a une particularité qui fait bémol. Il est réservé aux tribunaux
étatiques la décision sur la validité du contrat dans lequel la convention d’arbitrage est
inclue150. Le tribunal arbitral n’est donc pas compétent sur cette matière et cela pourrait
constituer « un cheval de Troie » pour les juridictions étatiques de statuer indirectement
sur le droit appliqué au fond du litige arbitral.

Enfin, l’Arabie saoudite occupe une position singulière. Bien que la loi de 2012 ait
modernisé le système en l’alignant sur le modèle CNUDCI et en rompant avec l’ancien
régime intrusif151, la conformité à la Charia demeure une exigence incontournable.
L’article 50(2) impose même au juge d’annulation de vérifier d’office l’absence de
violation de la Charia ou de l’ordre public152. Ce contrôle, bien que plus ciblé qu’une
révision intégrale du fond, reste substantiel puisqu’il peut impliquer l’examen de la règle
de droit appliquée au fond du litige arbitral. La pratique saoudienne est ainsi plus intrusive
que dans les autres pays de la région, où le contrôle du droit appliqué au fond du litige
arbitral est encadré.

En résumé, si l’Égypte, les EAU et le Qatar convergent vers une philosophie pro-arbitrage
et un contrôle limité du droit appliqué au fond du litige arbitral, l’Arabie saoudite conserve
une spécificité liée à l’exigence de conformité à la Charia, qui autorise un examen plus
substantiel en la matière.

Au regard de ce qui précède, quel est l’apport du droit uniforme pour un contrôle maîtrisé
du droit appliqué au fond du litige arbitral ?

2. Effets utiles et limites du droit uniforme


Il s’agit de présenter le rôle du droit uniforme dans le cadre de l’office du juge d’exequatur
et de l’annulation. Les droits uniformes concernés sont : la Convention de New York, le
droit uniforme OHADA, la Convention CIRDI et la Convention de Panama de 1975.

149 la loi n°2/2017 du 16 février 2017.


150 Cass. (Doha), ch. civ. n°65/2017, du 18 avr. 2017.
151 Légalisation du contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitrale sans restriction particulière et risques élevés de
révision de la sentence arbitrale.
152 Al. 2 de l’article 5 de la loi de 2012 sur l’arbitrage.

217
En présence des différents systèmes juridiques étatiques évoqués ci-dessus, l’encadrement

du champ de contrôle du juge d’exequatur et de l’annulation peut être aussi réalisé à travers

l’application du droit uniforme.

S’agissant du juge d’exequatur, l’application sans ambiguïté des dispositions des articles
III et suivants de la Convention de New York par le juge d’exequatur est la condition de
l’effectivité de sa portée juridique uniforme. L’interprétation uniforme de ces dispositions
de la Convention de New York permet de circonscrire le champ de contrôle du juge
d’exequatur lorsqu’il s’agit du droit appliqué au fond du litige. Les dispositions de l’article
4 et le point b de l’alinéa 2 de l’article 5 de la Convention constituent des illustrations
parfaites.

Un autre exemple d’instrument juridique de droit uniforme est la Convention CIRDI. Les
alinéas 1 et 3 de l’article 53 de cette Convention donnent une force obligatoire à la
sentence arbitrale. Ils enjoignent le juge de l’exécution des États parties à la Convention
CIRDI à appliquer à la sentence arbitrale les mêmes lois réservées à l’exécution des
jugements nationaux. L’article 42.b de la Convention CIRDI habilite le centre d’arbitrage
CIRDI à trancher les questions relatives au droit applicable au fond du litige dans le cadre
d’un arbitrage CIRDI.

Lorsque les parties ne désignent pas expressément le droit applicable au fond du litige, le
Centre d’arbitrage CIRDI peut trancher la question conformément au droit étatique. Dans
ce cas précis, il se réfère à la loi de l’État contractant, mais aussi, aux principes du droit
international en la matière pour trancher la question153. L’application de la Convention
CIRDI en tant que droit uniforme permet de réduire le champ de contrôle du juge de
l’exécution lorsqu’il s’agit des questions relatives au droit appliqué au fond du litige
arbitral. Dans le cadre de l’exécution d’une sentence arbitrale CIRDI, le juge étatique peut
uniquement contrôler le droit applicable au fond du litige lorsque l’ordre public est remis
en cause.

153 Cf. les dispositions de l’article 42. b. de la Convention CIRDI.

218
La Convention de Panama de 1975 va dans le même sens que la Convention CIRDI. Elle
prévoit en son article 4 que les sentences arbitrales rendues sous son égide ont une valeur
d’une décision définitive et sont exécutées dans les États parties sans possibilité d’appel.
Le fait que la sentence arbitrale soit considérée comme une décision définitive donne peu
de possibilités au juge de l’exécution de contrôler le droit applicable au fond du litige lors
de la procédure d’exécution. Une seule exception peut être évoquée, le risque de violation
de l’ordre public.

Enfin, En droit OHADA la procédure d’exequatur se déroule à deux niveaux différents.


En premier lieu, lorsque la sentence arbitrale est rendue par un tribunal arbitral ad hoc,
c’est le juge judiciaire national qui accorde l’exequatur154. Le juge d’exequatur peut
procéder au contrôle du droit appliqué au fond du litige uniquement en cas de risque de
violation de l’ordre public international155. Le contentieux relatif à la procédure
d’exequatur devant le juge national à la suite d’un arbitrage ad hoc peut conduire à la
saisine du juge communautaire de la CCJA156. Lorsque la sentence arbitrale est rendue par
le tribunal arbitral de la CCJA, la demande de l’exequatur peut être faite par requête à
l’endroit du Secrétaire général de la CCJA157. Le Secrétaire général transmet la demande
au président de la CCJA ou au juge délégué qui peut en cas de nécessité contrôler le droit
appliqué au fond du litige158. Ce contrôle est conditionné par le risque de violation de
l’ordre public communautaire159.

L’application du droit uniforme par les juridictions spécialisées, étatiques ou régionales


serait un remède pour encadrer l’office du juge d’exequatur. L’objectif est d’éviter les
contrôles opportunistes et non justifiés du droit appliqué au fond du litige arbitral afin
d’assurer l’efficacité de l’arbitrage et de la sentence arbitrale.

154 F. Ahoukaha, « La délimitation de la compétence de la CCJA et les Cours suprêmes nationales en matière de
recouvrement de créances », juris-périodique, juillet-décembre 2004, n°59, p. 45-118.
155 Ibid.

156 Ibid.
157 A. Fénéon, J.-M. Tchakoua, N. Aka, Le nouveau droit de l'arbitrage et de la médiation en Afrique (Ohada),
LGDJ, 2018, p. 372.
158 G. Kenfack douajni, « La notion d’ordre public international dans l’arbitrage OHADA », Revue camerounaise

de l'arbitrage n° 29, Avril-Mai-Juin 2005, p. 3.


159 Ibid.

219
L’application du droit uniforme par le juge de l’annulation présente des spécificités
procédurales utile pour la préservation de l’efficacité de l’arbitrage.

S’agissant de la Convention de New York de 1958, le juge de l’annulation peut être saisi par
un recours en annulation e la sentence arbitrale sur la base de l’un des griefs énumérés au niveau
de l’article V de la Convention de New York. Dans le cadre de ce contrôle, le juge de
l’annulation est habilité à contrôler le droit appliqué au fond du litige arbitral. L’application de
la Convention de New York en tant que droit uniforme restreint le pouvoir de contrôle du juge
de l’annulation aux cas prévus par les articles III et V de la Convention160. L’application de ces
dispositions permet d’éviter un contrôle inopportun et injustifié du droit appliqué au fond du
litige arbitrale. L’objectif est d’éviter des risques de violation du principe de compétence-
compétence et de révision de la sentence arbitrale. La faiblesse notoire de cette convention est
que les États parties disposent de leurs propres procédures nationales, parfois aux contours flous
qui délimitent le champ de contrôle du juge de l’annulation161.

S’agissant de la Convention CIRDI, elle ne permet aux parties de saisir le juge étatique en
recours en annulation de la sentence arbitrale CIRDI. Cependant, l’article 52 a instauré un
régime d'annulation propre au centre d’arbitrage CIRDI. Ce régime permet aux parties de
demander l'annulation d'une sentence arbitrale CIRDI devant un comité d'annulation pour des
motifs limités162. Il s’agit des cas qui portent sur la constitution irrégulière du tribunal arbitral
ou lorsque les arbitres statuent ultra-petita ou encore en cas de corruption d'un membre du
tribunal, ou en cas de non-respect d’une règle fondamentale de procédure, ou lorsque la
sentence n'a pas été motivée. Ce dispositif mis en place au niveau de l’arbitrage CIRDI est
appliqué de manière uniforme dans les États parties et permet d’éviter de solliciter le juge
étatique (annulation). L’objectif est d’éliminer les risques de contrôle inopportun du droit
appliqué au fond du litige arbitral et de révision de la sentence arbitrale. Il faut tout de même
préciser que dans le cadre de l’exécution d’une sentence arbitrale CIRDI, le juge d’exécution
de l’État hôte peut effectuer un contrôle par rapport à l’ordre public163. Il s’agit d’une faiblesse
du droit uniforme consacrée par la Convention CIRDI. Le juge étatique pourrait à cette occasion

160 Convention de New York de 1958.


161 Article 5 de la Convention de New York de 1958.
162 R. Djolgou, «Le droit applicable au différend dans l’arbitrage d’investissement: entre volonté des parties et office de
l’arbitre», Revue internationale du droit économique, 2022, p. 103-131.
163 Ibid.

220
procéder au contrôle du droit appliqué au fond du litige selon les règles procédurales de son
pays.

S’agissant du Droit OHADA, le juge communautaire est compétent pour recevoir les recours
en annulation portant sur les ordonnances de l’exequatur ou les sentences arbitrales rendues par
un tribunal arbitral de la CCJA ou ad hoc164. Le juge de la CCJA peut être aussi saisi en
cassation contre un arrêt de confirmation ou d’annulation d'une sentence arbitrale CCJA165.
Lorsqu’un tribunal arbitral ad hoc applique le droit OHADA au fond du litige, le juge de fond
des États parties est compétent pour recevoir un recours en annulation de la sentence arbitrale.
Mais cette compétence du juge national est limitée par le droit uniforme OHADA166. La CCJA
dans ce cas joue le rôle du juge de cassation lorsque la sentence arbitrale est rendue par un
tribunal arbitral adhoc ayant son siège dans l’un des États parties à l’OHADA167. Finalement,
l’interprétation du droit uniforme OHADA revient en dernier ressort à la CCJA. Il s’agit d’un
cadre de contrôle qui fixe clairement le champ de contrôle du juge d’annulation aux niveaux
étatique et régional. Mais il y a une limite à prendre en compte. Même en présence d’un
exequatur régional obtenu dans le cadre d’un recours en annulation, l’autorité de l’Etat membre
en charge de poser la formule exécutoire peut évoquer des risques d’ordre public. Il ne peut ni
annuler ou réviser la sentence arbitrale mais peut effectuer un contrôle indirect du droit appliqué
au fond du litige arbitral pour refuser la formule exécutoire à la sentence arbitrale168.

164 Article 25 du traité OHADA. ; B. Diallo, « Réflexion sur le pouvoir d’évocation de la Cour Commune de
Justice et d’Arbitrage dans le cadre du Traité de l’OHADA », Penant n° 858/2007, pp. 40-59.
165 Ibid.

166 Article 28 bis du Règlement de procédure de la CCJA.


167 CCJA, 02 mars 2017, n°027/2017, État Malien & Société des Télécommunications de Mali SA (SOTELMA SA) c/
Seaquest- infotel Mali SA (SQIM SA)., in Legal News n° 3, 2017, p. 6-9.
168 R. Davakan, « L’exécution des décisions de la CCJA dans les droits internes », éd. RDAA, 2014, p. 11 et ss.

221
Conclusion
Le contrôle du droit appliqué au fond du litige arbitral illustre la tension persistante entre
autonomie de la volonté des parties, compétence du tribunal arbitral et intervention du
juge étatique. L’étude comparée démontre que, si certains systèmes (OHADA, France,
Suisse) encadrent strictement ce contrôle, d’autres (Common Law, pays arabes) laissent
subsister des marges d’appréciation élargies, sources d’incertitudes et de risques de
révision des sentences. Ces disparités fragilisent la sécurité juridique de l’arbitrage
international et limitent son attractivité.

Afin de renforcer l’efficacité et l’harmonisation de ce contrôle, plusieurs pistes de


réforme peuvent être envisagées :
En premier lieu, il sera utile d’envisager l’encadrement uniforme du contrôle de
l’ordre public. Il s’agira d’une part, de limiter le pouvoir de contrôle du juge d’exequatur
et du juge de l’annulation aux cas strictement définis de violation manifeste de l’ordre
public international, en écartant les interprétations extensives ou subjectives.
D’autre part, il faut travailler sur la possibilité de favoriser une définition harmonisée de
« l’ordre public international » dans les conventions multilatérales.
En second lieu, une clarification de la mission des arbitres et du contrôle judiciaire
au niveau des États serait bénéfique. Il s’agit d’une part, de généraliser, à l’instar du
droit OHADA, une liste exhaustive de motifs d’annulation, incluant uniquement des
manquements procéduraux et non des erreurs d’interprétation du droit matériel par le
tribunal arbitral.
D’autre part, les États doivent reconnaître expressément la prééminence du principe de
compétence-compétence, en faisant défense au juge de substituer sa propre appréciation
au droit choisi par les parties ou appliqué par le tribunal arbitral.

En troisième lieu, la promotion du droit uniforme régional et international serait


utile pour l’efficacité de l’arbitrage. Ainsi, envisager d’étendre l’application des
instruments existants (OHADA, CIRDI, Convention de Panama) à d’autres régions, afin
de réduire les disparités entre droits nationaux serait bénéfique pour maîtriser et encadrer
le pouvoir de contrôle du juge judiciaire.

En quatrième lieu, le renforcement de la prévisibilité pour les parties répond aux


intérêts du secteur de l’arbitrage. Il serait utile d’une part d’envisager au niveau des
arbitres une motivation renforcée des sentences sur le choix et l’application du droit au

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au fond, afin de limiter les contestations ultérieures.
D’autre part, il sera utile de favoriser la transparence par l’élaboration de lignes directrices
internationales sur la désignation du droit applicable au fond du litige et ses interactions
avec l’ordre public.

En somme, la consolidation du rôle du droit uniforme, la réduction des marges


d’appréciation des juges nationaux et l’instauration de mécanismes de contrôle centralisés
constituent des points clefs pour préserver l’efficacité et l’autorité des sentences arbitrales.
L’arbitrage international ne peut pleinement jouer son rôle de justice consensuelle et
efficace que si le contrôle du droit appliqué reste exceptionnel, prévisible et limité.

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