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17 Rapport Final Foncier Antemoro

Document historique, Madagascar

Transféré par

Tombo Christian Eric
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17 Rapport Final Foncier Antemoro

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RÉGULATIONS COUTUMIÈRES

DU FONCIER
CHEZ LES ANTEMORO

QUELLE PLACE POUR


LES GUICHETS FONCIERS ?

Beby Seheno Andriamanalina


Rivo Andrianirina – Ratsialonana
Perrine Burnod
RÉGULATIONS COUTUMIÈRES
DU FONCIER
CHEZ LES ANTEMORO

QUELLE PLACE POUR


LES GUICHETS FONCIERS ?

Par :
Beby Seheno Andriamanalina1
Rivo Andrianirina – Ratsialonana2
Perrine Burnod3

Cartographie et base des données :


Rado Rabeantoandro

Compilé à partir des travaux de :


SAMISOA, RANAIVOSON Socrate
RAHARINJANAHARY Lala & RANDRIAMAHALEO Tsilavina

DÉCEMBRE 2014

1. Responsable des études et de la capitalisation à l’Observatoire du Foncier


2. Directeur de l’Observatoire du Foncier
3. Chercheur du CIRAD – UMR TETIS, en appui à l’Observatoire du Foncier
Comprendre les droits fonciers
traditionnels à Madagascar

L
es droits traditionnels ou coutumiers sont définis foncière, ou de la certification foncière et ses impacts,
comme l’ensemble des règles juridiques nées de plusieurs questions demeurent ouvertes concernant
l’usage dans une région ou un pays (CALSAT, les logiques et les pratiques des sociétés, ainsi que
1993), établies par la coutume locale. La coutume la pertinence et les modalités pour la sécurisation
représente ainsi une norme de droit objectif, fondée des droits exercés sur les espaces concernés par les
sur une tradition populaire qui prête à une pratique tenures communautaires traditionnelles (pâturage,
constante, un caractère juridiquement contraignant et forestier, agricole).
qui devient une véritable règle de droit mais d’origine non
– étatique (et en général non écrite) que la collectivité Aussi, l’Observatoire du Foncier, dans sa mission de
a fait sienne par habitude, dans la conviction de son production de connaissance et d’informations afin
caractère obligatoire (Thésaurus multilingue du foncier, d’appuyer le pilotage de la réforme foncière, a mené
FAO, 1999). Généralement, les droits sont initialement cette étude au niveau de la société Antemoro. Elle
conférés par les principes du droit d’usage par le premier voudrait contribuer à la réflexion générale sur la
venu ou le premier occupant sur un territoire. Le premier sécurisation des droits traditionnels sur les espaces
défricheur, l’ancêtre fondateur du groupe, de par à emprise collective, une réalité présente non –
l’aménagement et la mise en valeur de l’espace colonisé seulement dans le Sud – Est mais dans la plupart des
(droit de feu ou droit par la hache/la bêche), acquiert régions de Madagascar.
la « maîtrise foncière » et transmet le droit légitimé au
lignage qui se transforme en « maitrise territoriale » au Cet ouvrage a notamment bénéficié des apports
cours de son installation. La maîtrise territoriale confère des consultants socio – anthropologues Samisoa,
un pouvoir politique au lignage, conditionnant sa relation Socrate Ranaivoson, Lala Raharinjanahary et Tsilavina
avec les autres groupes lignagers (pouvoir d’installer ou Randriamahaleo, qui ont réalisé les travaux de terrain
d’exclure, de déléguer des droits, d’intégrer en tant que à Ambila et Ivato, auxquels nous adressons nos
nouveaux membres à part entière). Certains auteurs sincères remerciements pour leurs collaborations
préfèrent parler de « systèmes fonciers locaux » à la place incontournables. Par ailleurs, les rapports originaux
de droits coutumiers ou traditionnels qui pourraient qu’ils ont produits sont disponibles à la demande,
sous – entendre une nature « ancienne » des droits. Ces en envoyant la requête par courrier électronique à
auteurs ont davantage soulevé le caractère non – figé l’adresse [email protected].
des droits, mais qu’ils subissent des transformations et
sont évolutifs avec les contextes historiques, politiques Le contenu de l’ouvrage a été largement amélioré
et socio – culturels (Chauveau, 1998 ; Bouju, 1998 ; Le par les commentaires, remarques, suggestions, et
Roy, 1998b ; Lavigne – Delville, 1998). réflexions émis par les participants locaux (Ampanjaka,
notables, élus et agents de l’administration étatique,
En 2005, en reconnaissant d’une part les droits, président du Tribunal de Première Instance, ONG et
essentiellement individuels, exercés sur les espaces à projets d’appui, paysans et association des femmes)
tenure coutumière, et d’autre part en transférant aux lors du forum foncier régional tenu à Manakara le
Communes la compétence pour gérer et formaliser 09 et 10 avril 2014, pendant lequel les résultats des
ces droits, Madagascar a réalisé un grand saut dans la travaux ont été publiquement restitués et débattus.
promotion d’une gouvernance foncière de proximité,
plus démocratique, et conciliatrice avec le légitime.
Si plusieurs ouvrages ont débattu des questions de Rivo Andrianirina – Ratsialonana
la formalisation, de la décentralisation de la gestion Directeur de l’Observatoire du Foncier

4
Acronymes

AFD Agence Française pour le Développement

BVPI (Programme National) Bassins Versants et Périmètres Irrigués

CF : Certificat Foncier

CR Commune Rurale

CRL Commission de Reconnaissance Locale

DGSF Direction Générale des Services Fonciers

FIDA Fonds International pour le Développement Agricole

GF Guichet Foncier

ICCO Interchurch Cooperative for Development Cooperation

IFT Impôt Foncier sur le Terrain

LPF Lettre de Politique Foncière

MAP Madagascar Action Plan

OF Observatoire du Foncier

ONG Organisation Non Gouvernementale

PNF Programme National Foncier

PPNT Propriété Privée Non Titrée

PROSPERER Programme de Soutien aux Pôles de Micro-entreprises Rurales et aux Economies


Régionales

SEHP (projet BVPI dans le) Sud–Est et les Hauts Plateaux

TAZ Trano Aro Zo (clinique juridique)

TPI Tribunal de Première Instance

5
SOMMAIRE
Résumé exécutif 8
1. Présentation de l’étude 11
1.1. Objectifs de l’étude 12
1.2. Sites d’étude 12
1.3. Méthodologie 13
2. La société Antemoro 17
2.1. Un bref historique 18
2.2. La structuration des Antemoro 18
a. Les groupes sociaux 18
b. L’organisation sociale traditionnelle 20
2.3. Articulations entre pouvoirs traditionnel et administratif 26
3. Le système foncier chez les Antemoro 27
3.1. Les modes d’accès à la terre 28
a. Héritage 28
b. Donation 28
c. Défriche ou aménagement 28
d. Transactions foncières 30
3.2. Gestion traditionnelle et conflits fonciers 30
a. Une hiérarchie des instances de gestion 30
b. Un système qui n’est pas à l’abri des conflits 31
c. Des modes traditionnels de résolution de conflits fonciers au système judiciaire 31
4. Systèmes coutumiers et perceptions de sécurité foncière 35
4.1. Une sécurisation largement basée sur la reconnaissance sociale 36
4.2. Des sources d’insécurité foncière 36
4.3. Un faible recours à la documentation des droits fonciers 38
5. Trajectoire, activités, et appropriation du guichet foncier 41
5.1. Historique du développement des GF 42
5.2. Logiques de certification et profil des détenteurs 43
5.3. Appropriation du dispositif par la population 43
a. Un recours parallèle au système coutumier pour les minorités 43
b. Une concurrence au système traditionnel pour les autochtones 44
c. La certification collective : une option inadaptée 46
d. L’impôt foncier, une démotivation à la certification 46
e. Le Guichet foncier, un instrument au service du maire 47
f. Une crédibilité et une légitimité encore à asseoir 47
6. Discussions et recommandations 49
6.1. La civilisation Antemoro fortement enracinée mais en évolution. 50
6.2. La dynamique de certification conditionnée par la prégnance des règles coutumières. 50
6.3. L’individualisation, une menace aux valeurs communautaires. 50
6.4. L’émergence de demandes de certification par des minorités. 50
6.5. Faut – il renforcer la sécurité des fatrange par des dispositions légales ? 51
6.6. Sécuriser les espaces à tenure communautaire coutumière. 51
6.7. Quel rôle du Guichet foncier dans le contexte Antemoro ? 51
6.8. Les modalités d’opération du Guichet foncier conditionnent leur intégration. 52
7. Références bibliographiques 53
Résumé exécutif

Résumé exécutif

L
a nouvelle politique de réforme foncière développement. Dans une perspective d’approche –
lancée en 2005 s’est fixée comme objectif projet visant à une « sécurisation foncière massive »,
de répondre à la demande massive en la capacité à générer des demandes et à produire
sécurisation foncière, dans des délais moindres des CF en grand nombre constituait un critère pour
et à des coûts abordables, par la formalisation l’évaluation de la performance des GF6.
des droits non – écrits. Dans cette optique, des
innovations majeures juridiques, institutionnelles, Jusqu’en fin 2013, 471 Communes sur les 1.549
et techniques ont été introduites. D’abord, un que compte l’île ont bénéficié de la mise en place
des piliers de la réforme porte sur la limitation d’un GF, avec des dynamiques de fonctionnement
du principe de présomption de la domanialité, en et de « performance » contrastées. Si les moyennes
reconnaissant un nouveau statut juridique appelé nationales en demande en CF se situent autour
Propriété Privée Non – Titrée ou PPNT, constitué de 330 par an par Commune, quelques GF parmi
par les terrains occupés de fait et qui n’ont pas lesquels ceux de la région Vatovavy Fitovinany,
encore été formalisés par un titre foncier ou dans la partie Sud – est de l’île, font exception.
enregistré dans le système cadastre4. Ensuite, une En effet, avec 34 GF communaux créés, le rythme
des innovations la décentralisation de la gestion de demande ne dépasse pas 68 par an, soit le
de ces terrains relevant du statut de PPNT aux cinquième de la moyenne nationale.
Communes à travers la création des Guichets
Fonciers communaux. Ces administrations D’une part, ces contrastes régionaux questionnent
foncières rattachées à la Commune ont la les postulats initiaux de la réforme sur l’insécurité
compétence de formaliser les PPNT par le biais généralisée et le besoin systématique de
d’une procédure faisant intervenir les institutions formalisation des droits de propriété (Lettre de
locales, et qui aboutit au final à la délivrance d’un Politique Foncière de 2005). D’autre part, des
document de reconnaissance des droits signé par interrogations portent sur l’intégration et le rôle de
le maire, le certificat foncier ou CF. tels dispositifs de formalisation, assimilés comme
L’appui pour l’implantation massive des Guichets vecteurs du droit moderne, dans certaines régions
fonciers (GF) communaux, soutenu par le comme le Vatovavy Fitovinany, réputée pour la
financement extérieur, constituait une des prégnance des institutions locales traditionnelles
principales composantes du Programme National ou coutumières dans la gestion de la vie sociale et
Foncier5. Dans sa conception initiale, le choix des en particulier le foncier.
Communes d’implantation était censé résulter d’un
processus de sensibilisation qui aboutirait à une L’objectif de cette étude était d’analyser la place et
manifestation d’intérêt des Communes, lesquelles le rôle du GF dans la société Antemoro, marquée par
seraient sélectionnées à la suite de la conduite la pluralité des instances d’autorités sur le foncier.
de diagnostic socio – foncier. Dans la pratique, Les questions qui sont posées sont les suivantes :
l’implantation d’un guichet découle de multiples − comment est structurée la société Antemoro
facteurs, essentiellement du choix délibéré des et comment fonctionnent les systèmes de
Communes d’intervention par les projets de droits locaux ?
− le GF vient-il en complémentarité ou en
concurrence avec le système local de gestion
4. Avant 2005, tout terrain non titré ou cadastré, même occupé et
mis en valeur, appartenait de fait au domaine privé national.
5. 93 % des Guichets fonciers ont bénéficié de l’appui extérieur, et 6. En 2007, dans la programmation du MAP (Madagascar Action
7 % ont été créés par initiative et moyens propres des Communes. Plan), document stratégique pour le développement économique
Si le rythme de création était exponentiel avant 2009, il a connu un de Madagascar, la production de plus d’un million de CF en cinq
ralentissement durant la crise politique. ans a été prévu dans le secteur agricole.

8
Résumé exécutif

foncière ? comment s’articulent et comment La faible demande de certification ne devrait pas être
pourront s’articuler au niveau local les le critère central pour l’étude de la pertinence de la
différentes instances d’autorité et les divers mise en place ou non des Guichets fonciers dans
processus de sécurisation ? la zone Sud – Est de l’île. D’une manière générale,
− quelles sont les caractéristiques de la il faudrait cerner le rôle du dispositif communal
gouvernance foncière locale et la place du GF dans son sens large d’information des usagers, de
dans celle-ci ? gestionnaire de la fiscalité et de l’aménagement
du territoire, et la sécurisation des tany ambadika.
L’étude conclut que la civilisation et les règles sociales Le PLOF est aussi l’outil par excellence pour
Antemoro restent encore fortement enracinées mais l’établissement du Schéma d’Aménagement
connaissent une évolution avec l’émergence de la Communal et d’une manière élargie, il peut
nouvelle génération. Si la hiérarchie reste encore contribuer à la sécurisation des espaces à tenure
respectée, la gestion lignagère ou clanique des communautaire coutumière en enregistrant leur
terres tend petit à petit vers la fragmentation du délimitation.
patrimoine vers une gestion davantage au niveau
familial. Les dynamiques en matière de formalisation Pour ces espaces tenus et appropriés de façon
des droits fonciers (par le titre et le certificat coutumière, des formes adaptées de protection
fonciers) ou de documentation par les petits papiers par le droit positif seraient à concevoir en
sont très faibles, surtout à Ivato, et s’expliquent en respectant la flexibilité conférée par les modalités
grande partie par la présence d’un environnement de gestion traditionnelle des fatrange, autorisant
institutionnel, juridique, social, et culturel fortement l’appropriation collective, et l’accès ou l’usage
édifié sur les valeurs locales. Dans ce système, familial d’un bout de parcelle pour tout ayant –
l’individualisation est perçue comme une menace droit revendiquant un lopin sans forcément passer
aux valeurs et à la cohésion communautaires. par un morcellement ni par une inscription. La
formalisation par un certificat ou un titre foncier
Implantés dans ce contexte de forte prégnance collectif ne serait donc pas à priori une option,
du système coutumier (fatrange inaliénable et mais il faudrait basculer ces terrains dans les
ne pouvant être individualisé), avec la conduite statuts spécifiques, dont la sécurisation serait basé
d’un diagnostic socio – foncier peu approfondi, sur deux dimensions : la reconnaissance des règles
la faible implication des instances coutumières coutumières existantes, sans que le droit moderne
dans les différentes démarches, le Guichet foncier n’interfère avec elles (au mieux, le droit moderne
et le certificat foncier ont rencontré une faible pourrait les entériner) et la délimitation de manière
appropriation et une résistance par la population. participative et consensuelle. Cette délimitation
La certification d’un terrain traduirait le manque de serait à répertorier dans le Plan local d’occupation
confiance vis-à-vis des instances coutumières, mais foncière et le Schéma d’Aménagement Communal.
aussi la désolidarisation vis-à-vis des membres de la
famille par la création de droits opposables au reste De façon générale, les modalités d’implantation
de la famille, et le morcellement du patrimoine. La et d’opération du Guichet foncier conditionnent
formalisation de la propriété individuelle est aussi leur intégration. La consultation préalable des
perçue comme un risque pour la marchandisation autorités coutumières dès la phase de création
et l’accès des individus étrangers à la communauté. du Guichet foncier, la conduite d’un diagnostic
Des demandes de certification existent toutefois, socio – foncier préalable approfondi, l’instauration
de façon minoritaire, faites généralement sur les de formes d’implication des représentants des
nouveaux terrains acquis hors des fatrange (pour autorités coutumières dans les Commissions de
les terres ambadika). Sans aller à l’encontre des Reconnaissance Locale, seraient des facteurs qui
règles locales existantes, ces demandes traduisent conforteraient l’intégration du GF.
la recherche d’une forme de sécurisation parallèle
aux systèmes coutumiers, par les femmes, les
migrants, et les jeunes.

9
1
PRÉSENTATION DE L’ÉTUDE
Présentation de l’étude

1.1. Objectifs de l’étude Namorona au Nord et le fleuve Matitànana au Sud,


dans les districts de Manakara et de Vohipeno. Sur
les 64 Communes que comptent les deux districts,

L
35 disposent de Guichets fonciers communaux. Le
es objectifs de l’étude sont focalisés autour choix des sites pour l’étude s’est concentré sur deux
de quatre points : Communes sélectionnées, la Commune Rurale (CR)
− décrire dans sa généralité la structuration d’Ivato et celle d’Ambila. Cet échantillonnage a tenu
sociale et politique de la société Antemoro, afin compte de quelques critères, notamment la présence
de comprendre les mécanismes et le rôle des de GF, le nombre de CF produits par les GF dans
acteurs en présence, la zone, mais aussi des critères liés aux dynamiques
− comprendre l’articulation de cette structuration historique, socioculturelle, et démographique dans la
avec la gestion du foncier au niveau local, cette zone.
description et cette analyse apparaissant moins
dans la littérature existante, La CR d’Ivato, dans le District de Vohipeno, est un
− caractériser le système foncier concernant les des principaux berceaux de la civilisation Antemoro.
modes d’accès à la terre, les types de tenure, et Ancienne capitale du royaume des Anteony (Beaujard,
les modes de régulation qui y sont associées. Ces 2006), elle est encore très marquée actuellement
éléments permettront d’aborder les logiques et par un fort ancrage du système traditionnel et une
les perceptions de sécurité foncière, proportion importante d’Antemoro dans la population
− décrire les perceptions locales concernant communale. Cette particularité permettrait de
le GF et son rôle pour tirer des éléments comparer le niveau d’intégration des activités de
d’analyse sur les logiques de recours (ou non) certification foncière par rapport aux Communes
à la certification foncière et, plus largement, moins exposées, socialement et géographiquement,
expliquer son appropriation et son dynamisme aux autorités traditionnelles. La commune, composée
dans les Communes étudiées. de trois Fokontany, s’étend sur une superficie de 27
Km². La création du GF en 2010 s’inscrit dans le cadre
La finalité de la démarche est de produire de la du programme de protection des Bassins – Versants
connaissance afin de contribuer aux réflexions et des Périmètres Irrigués (BVPI) du ministère de
générales concernant la pertinence, les conditions, et l’Agriculture, appuyé par l’Agence Française de
les modalités de la mise en place d’un GF dans les Développement (AFD). Depuis sa création, le GF a
régions à forte prégnance du système traditionnel. reçu en tout 28 demandes et a délivré 23 CF sur une
Elle voudrait par ailleurs se placer en amont des superficie totale de 8 ha.
débats sur la sécurisation des espaces à tenure
communautaire – pastoral, agricole, forestier – qui La Commune Rurale d’Ambila, dans le District de
sera intégré dans la prochaine politique foncière Manakara, est caractérisée par une population
Malagasy. mixte composée de migrants Antemoro (venant de
la région de Vohipeno au sud) auxquels s’ajoutent
Enfin, dans une optique plus pratique, l’étude d’autres groupes ethniques venus du Nord. Il s’agit
voudrait alimenter les réflexions conceptuelles notamment d’agriculteurs Betsileo et Tanala, de
des structures de décision et d’opération (Région, commerçants originaires des hautes – terres mais
partenaires techniques et financiers, projets, ONG,…) aussi des mains d’œuvre amenées pour le travail des
dans la poursuite de la création de GF dans la zone anciennes concessions coloniales, et plus récemment
étudiée. des sociétés d’Etat (Somapalm). Onze Fokontany
constituent la Commune qui s’étend sur 183 km². Le
GF a été créé en 2008, dans le cadre de l’appui par
1.2 Sites d’étude l’ONG Fiantso, financée par ICCO et le projet FIDA
dans la cadre du projet PROSPERER. Depuis sa mise
Le territoire occupé par le peuple Antemoro en activité, le GF a délivré 277 CF sur 486 demandes
s’étend sur une vaste zone délimitée par le fleuve reçues, pour une superficie totale de 678 ha.

12
Présentation de l’étude

Le choix d’Ivato et d’Ambila permettrait de considérer restitués et débattus avec les représentants des
l’influence des dynamiques variées présentes dans Communes d’étude, ainsi qu’au niveau d’une
les deux Communes : audience plus large (Cellule de Coordination du
PNF, Direction Générale des Services Fonciers,
− la proximité géographique et culturelle par autorités étatiques régionales, président du TPI,
rapport au centre de la civilisation Antemoro, ONG Fiantso, Trano Aro Zo,…), au cours du forum
dans la zone de Vohipeno, foncier régional tenu à Manakara le 08 et 09 avril
− la composition sociale et démographique, l’une 2014.
– Ambila – étant caractérisée par une plus forte
mosaïque d’acteurs et de ce fait, une emprise des
autorités traditionnelles éventuellement moins
systématique sur l’ensemble des acteurs,
− les tailles des Communes, pouvant interagir
avec les logiques d’occupation et de sécurisation
de l’espace,
− les modalités institutionnelles, concernant le
développement du guichet foncier (contexte
de création, institution d’appui, conduite de
diagnostic préalable). Ces modalités peuvent
expliquer en amont la performance et
l’appropriation actuelle du GF.

1.3. Méthodologie
L’étude a été menée de manière qualitative avec
l’appui de deux équipes de socio – anthropologues.
Elle consistait à l’organisation et à l’animation
de groupes de discussion, complétés avec des
interviews individuelles semi – structurées. Elle
a essayé d’intégrer des représentants de tous les
acteurs en présence et concernés par les enjeux
sociaux et fonciers dans la zone :

- Les différentes hiérarchies de dirigeants


traditionnels,
- Les autorités communales,
- Les associations de femmes,
- Les bénéficiaires de CF ou ménages en cours
de demande,
- Des ménages qui ne voudraient pas demander
un CF,
- Les animateurs de projets,
- Les groupes sociaux dans la société Antemoro,
ainsi que des communautés Antevolo,

L’étude a été menée aux mois de novembre et


décembre 2013. Les premiers résultats ont été

13
Présentation de l’étude

14
Présentation de l’étude

15
2
LA SOCIÉTÉ ANTEMORO
La société Antemoro

2.1. Un bref historique du roi Andrianampoinimerina qui a fait venir


cinq devins, parmi lesquels le prince Anakara
Andriamahazonoro, pour officier en tant que

L
es Antemoro (littéralement, ceux du rivage conseillers et devins (ombiasa). Ce dernier a
ou du littoral) sont classés comme un des continué à servir le roi Radama I (Randriamamonjy).
dix – huit groupes ethniques officiels qui
composent la population Malagasy. Selon les Vers la moitié et la fin du XVIIIème, des conflits
différentes recherches réalisées dans plusieurs internes entre les Anteony et les roturiers
disciplines, il est rapporté que les ancêtres des Ampanabaka ont conduit à des guerres auxquelles
Antemoro sont des peuplades originaires de a été mise à contribution la garnison Merina. Les
la péninsule arabique (principalement de La guerres ainsi que l’extension du royaume ont plus
Mecque), conduit par leurs chefs Ramakararo ou moins façonné le territoire actuel des Antemoro.
et Ralaivoaziry, ayant fui les guerres entre On leur attribue comme territoire une vaste étendue
communautés musulmanes1. Leurs migrations dans le Sud – Est de Madagascar, délimitée par les
vers le XVème les ont conduits d’abord vers les fleuves Namorona au nord et Matitanana au sud,
côtes du Zanzibar, puis les Comores, pour échouer par le pays Tanala à l’ouest et l’Océan Indien à l’est
finalement au Nord de Madagascar dans la région (Beaujard, 1992 & 2006). Ce territoire couvre les
de Vohémar. De là, ils longèrent la côte Est pour Districts de Manakara et de Vohipeno, dans la région
s’installer à l’embouchure du fleuve Matitànana. Vatovavy – Fitovinany (fig. 1).
Les Zafiraminia (descendants d’Ismaéliens) et
les Onjatsy (descendants de Zaydites)2, arrivés Les pratiques actuelles traduisent encore l’influence
sur l’île vers le Xème, constituent les premiers de l’islam : interdits liés à la consommation de la
autochtones installés dans la région3. Le sultan viande de porc, conservation et l’exploitation de
Ramakararo, ancêtre des Anteony, réussit à manuscrits arabico – malgaches à des fins magico
conquérir le territoire aux dépens des Zafiraminia – religieux (Beaujard, 1994 & 2006 ; Blanchy,
et en s’alliant avec les Onjatsy. Les Anakara, un 2007). Le pouvoir des Ampanjaka reste reconnu
clan particulier parmi les Antemoro, se déclarent par le monde politique malagasy, et il n’est
être descendants d’un migrant musulman – Ali pas rare de rapporter des cas de candidats aux
Tawarath ou Ralitavaratra – qui apporta avec différentes élections demander leur bénédiction.
lui les livres sacrés écrits en arabe, le sorabe.
Andriantomambe, arrière – arrière petit – fils de
Ramakararo, fit d’Ivato la capitale du royaume 2.2. La structuration des
Antemoro. Les historiens rapportent aussi le Antemoro
rôle des descendants des rois Antemoro dans la
formation de plusieurs royaumes dans le pays
Betsileo et dans la région d’Ikongo. a. Les groupes sociaux
Vers le début des années 1800, l’histoire
retiendra particulièrement les relations Trois groupes sociaux constituent la société
politiques et diplomatiques qu’entretenait Antemoro : le groupe nobiliaire, les roturiers,
les royaumes Antemoro et Merina du temps et les autres groupes comprenant les parias4.

1. D’autres auteurs évoquent la possibilité d’une origine juive ara-


bisée des Antemoro ou du moins des Anakara (Rombaka, 1963 ;
Kasanga, 1970). Origine qui aurait par ailleurs expliquée leur fuite.
2. Les Ismaéliens et les Zaydites (originaires du Yémen) sont des
branches de la religion musulmane chiite.
3. Le territoire des Zafiraminia s’étendait depuis Mananjary
(groupes des Antambahoaka) jusqu’à l’Anosy (Roandriana). Leur
migration vers les hautes terres et l’Ouest seront par ailleurs à 4. Recueil des ouvrages de Poirier, 1938 ; Faublée, 1968 ; Beaujard,
l’origine d’autres ethnies. 1994 ; Tsaboto, 2006 ; Blanchy, 2007 ; Tsimahaketraka, 2008

18
encadré n° 1 : La révolte des Ampanabaka
Deux guerres (1883 et 1894) ont opposé les nobles Anteony aux roturiers. Les motifs sont liés au
soulèvement des roturiers contre le contrôle abusif exercé par les nobles : économique, foncier,
impôts et corvées, droit de cuissage, les règles de mariage interdisant aux roturiers de prendre des
femmes nobles pour épouses alors que l’inverse était possible. La dimension religieuse du conflit se
rapporte au droit de sacrifier des animaux (sombily), privilège que détenaient les nobles. La garni-
son Merina a appuyé les Anteony dans les deux guerres. A la fin du deuxième conflit, les roturiers
prirent le nom d’Ampanabaka, ce qui signifie « trompeurs ». Vaincus par les Anteony appuyés par
les Merina, ils ont toutefois acquis leur indépendance. Ils parviennent à gagner le contrôle sur le
foncier et deviennent de grands propriétaires terriens. Ils acquièrent le droit d’avoir leurs propres
institutions et mettent en place une dynastie roturière. En 1937, les autorités administratives recon-
naissent publiquement le roi des Ampanabaka.
La société Antemoro

Le groupe nobiliaire les Antevolo auraient subi un déclassement social,


attribué selon les uns à des pratiques taboues, et selon
Il est composé des Anteony « les gens du fleuve » les autres à leur défaite suite à des rivalités et à la
qui occupent le sommet de l’échelle sociale. Ce convoitise suscitée envers leurs rizières. Les Antevolo
sont des aristocrates descendants de Ramarohala, occupent actuellement des villages marginalisés au
fils de Ramakararo, et sont détenteurs du pouvoir Sud du fleuve Matitànana, en l’occurrence Tànantsara
politique. Ils sont suivis par les Antalaotra « les et Nohona. Si chaque groupe était par le passé plus
gens de la mer », aristocrates détenteurs du pouvoir ou moins fermé et endogame, des mariages peuvent
magico – religieux, descendants de Ralitavaratra actuellement avoir lieu entre groupes sociaux, sauf
et Andriantsimeto Ranaha. Parmi eux figurent les avec le groupe Antevolo (Poirier, 1938 ; Faublée,
clans Anakara, Antetsimeto, Zafimbolapa desquels 1968 ; Beaujard, 1994 & 2006 ; Tsaboto, 2006 ;
viennent les katibo, et Anterotry. Les katibo sont à la Blanchy, 2007 ; Tsimahaketraka, 2008 ; Griffin, 2009).
fois des chefs religieux, des scribes, des astrologues,
des devins, des prêtres et les gardiens du sorabe. b. L
 ’organisation sociale traditionnelle
Conseillers des rois, leurs pouvoirs sont à l’origine
de l’autorité des rois Anteony. Viennent ensuite les L’organisation familiale, lignagère et clanique
Onjatsy, premiers occupants du territoire, qui se
sont établis au Sud du fleuve Matitànana. Autrefois L’organisation sociale chez les Antemoro est
assujettis aux Anteony, les Onjatsy sont devenus un fortement structurée. L’appartenance au lignage est
groupe social indépendant à l’issue de trois années l’élément de base de l’identité sociale (Chandon – Moët,
de révolte (1881 – 1883) contre ces premiers. 1969 ; Tsaboto, 1994).

Les roturiers - Chaque groupe social est subdivisé en troky (« ventre »)


ou clans qui sont des descendants d’un ancêtre
Les Ampanabaka « ceux qui trompent » constituent commun5. Dans les sites d’études, les trois groupes
les groupes roturiers, ainsi que la grande majorité de Anteony, Antalaotra et Ampanabaka sont présents.
la population Antemoro. Ils ont été autrefois appelés
Fanarivoana, « pourvoyeurs de richesse ». Leurs - Chaque troky est ensuite réparti en traˇnobe
ancêtres, menés par Mosalanary, auraient accompagné (« grande maison ») ou lignage. Dans certains cas,
Ramakararo dans son périple. Ils étaient les gardiens des le troky peut ne comprendre qu’une seule tranobe et
tombeaux royaux des rois Anteony, les combattants lors est dans ce cas assimilé à celle – ci.
des guerres et conquêtes, et les cultivateurs des rizières
royales. Suite à une révolte contre les Anteony en 1894, - Enfin, la plus petite unité sociale est la traˇnoraiky
ils ont acquis un statut social à part (cf. encadré 1). ou « la famille – le ménage ». A chaque la traˇnoraiky
est attribuée une maison, propriété de l’homme qui
A part les grandes lignées, les Antemoro s’identifient la construit dès les premiers jours de son mariage s’il
aussi par rapport à des dénominations qui annoncent n’en a pas hérité d’une. Sa maison trouve place dans
leurs villages d’origine ou leurs ancêtres : Antesira, l’espace alloué à son lignage patrilinéaire dans le village.
Antevandrika, Antelohony, Antesongo, Antekonda,… Cependant, chez les Antemoro, le terme traˇnoraiky
couvre souvent plus d’une famille nucléaire. Les grands
Les autres groupes – parents, les enfants et/ou les petits – enfants peuvent
s’y trouver tout comme d’autres membres de la famille
Ils sont constitués par les descendants d’esclaves et peuvent vivre au sein d’un ménage, tels que les fils de
d’anciens prisonniers de guerre. Enfin, les Antevolo, frères, un parent âgé, etc.
qui sont exclus de la société, sont considérés
comme des parias. Les Antevolo ne sont parfois pas
5. L’expression troky iraiky ou « d’un seul ventre », se dit de
considérés comme Antemoro et ne se considèrent pas plusieurs personnes qui sont frères et sœurs car issues du même
comme tels. Autrefois riches propriétaires fonciers, ventre, ou de personnes qui sont parentes car descendants d’un
même ancêtre dont la tranobe porte le nom.

20
encadré n° 2 : Fatrange et traŇobe
Le terme fatrange désigne le regroupement de familles (lignage), dirigé par un Loholona. Dans le
lignage se trouvent les descendants en ligne masculine d’un ancêtre commun. Une traňobe, case
commune aux membres d’un lignage, symbolise physiquement le siège du pouvoir politique tradi-
tionnel. Les membres d’un même lignage habitent côte à côte autour de la traňobe. Pour différentes
raisons – différends ou conflits entre membres d’un lignage, forte extension des familles – un
lignage fatrange peut se scinder en plusieurs traňobe.

La traňobe est une propriété collective mais elle est habitée et gardée par le chef de lignage ou
Mpanjaka. Les cérémonies traditionnelles (circoncision, mariage, etc.), les réunions, les prises de
décision, la médiation de conflits y sont organisées.

A l’est de la traňobe se trouve un vaste espace libre, au milieu duquel se dresse une pierre sacrée,
avec des poteaux de fondation, plantée dans le sol. Cette place publique est réservée aux rites
d’offrande, et représente le symbole de prise de possession du sol par les ancêtres venus construire
leur traňobe et les maisons autour.

Le terme fatrange renvoie aux patrimoines et biens ancestraux, comme le tombeau ancestral, les
rizières ancestrales, les terres ancestrales où sont construites les maisons des descendants du
lignage, et par extension les troupeaux de zébus et les bijoux.

(Rombaka, 1970 ; Chandon-Moët, 1972 ; Tsaboto, 1994 ; Tsimahaketraka, 2008)


La société Antemoro

Le système des classes d’âge

Dans chaque groupe social, les Antemoro sont aussi (Chandon – Moët, 1969 & 1972 ; Beaujard, 1992 ;
hiérarchisés selon leurs groupes ou classes d’âges. Blanchy, 2007 ; Tsimahaketraka, 2008).
Il n’existe pas de véritable rituel de passage d’une Selon les auteurs, les tranches d’âge diffèrent mais les
classe à l’autre, l’appartenance à une classe d’âge appellations sont plus ou moins les mêmes. Dans une
correspond surtout au rôle qui leur est attribué classification selon l’âge croissant, on distingue :

Zazakely, Mavotroky ou Mavotakibo.

Beminono (10 – 15 ans, 15 – 18 ans ou 15 – 21 ans)


Assignés au ramassage du bois ou à la cuisine. Le
passage à la classe supérieure se fait lors d’un décès
dans le village.

Zazalahy (15 – 23 ans ou 18 – 35 ans) S’occupent des


morts dans le village. Jeunes non mariés. Le mariage
constitue un rite de passage dans la classe suivante.

Mpanompo (23 – 50 ans ou 35 – 50 ans) Sont


assujettis aux impôts. Responsables des travaux
de champs, des corvées collectives, et servent les
Mpanjaka.

Garagea, Randriambe ou Andriambaventy


(Plus de 50 ans) - Personnes écoutées et influentes
(to teny). Ne travaillent plus dans les champs. Parmi
eux sont élus les Mpanjaka en fonction notamment de Faravelona ou kisatra (plus de 80 ans) Des doyens
leur compétence en art oratoire et de leurs richesses du village, gardiens des traditions orales et des
coutumes

22
La société Antemoro

Une hiérarchie politique structurée paroles »6. C’est dans le palais que se tiennent les
grandes cérémonies coutumières et les palabres
réunissant les trois troky : Anteogny, Antalaotra et
Ampanabaka.

Si le Ndriagnony est élu dans la lignée royale des


Anteony, parmi les descendants d’Andriantomambe,
le palais appartient aux trois groupes sociaux. Le
Ndriagnony n’est remplacé qu’à sa mort ou à un
stade avancé de la vieillesse mais il arrive qu’un
Ndriagnony abdique plus tôt. Le Ndriagnony est
chargé de préserver l’unité du groupe et de garantir
l’ordre social. Il intervient dans la médiation et le
jugement de conflits tels que les vols de zébus ou les
conflits fonciers.
Le Ndriagnony (« Grand Roi » ou « Roi Suprême »),
autorité traditionnelle suprême, siège au palais royal Le Ndriagnony est appuyé par des Vice – rois,
à Ivato, berceau de la culture Antemoro. Le palais jouant le rôle de conseillers et de porte-paroles, les
royal est appelé « lapa Fenovola » ou « maison pleine Satanagnaomby (« épaules de zébu »). Ils peuvent
d’argent » mais aussi appelée « maison pleine de convoquer des réunions et arbitrer des litiges.

Les Ampanjaka ou Randriambe (« grands princes »)


sont présents dans chaque village. Ils sont
normalement désignés dans la classe des plus âgés
(Garagea) et sont les gardiens des traditions. La règle
de succession est tournante. Chaque fatrange ou
lignée accède dans le temps au pouvoir. Le règne dure
plus ou moins trois ans. L’Ampanjaka ne gouverne
pas seul, il est appuyé par des tovoho (conseillers),
des loholona (notables) et des raiamandreny ou
garagea (doyens du village). Ils arbitrent également
des conflits et la décision est généralement acceptée
socialement car le jugement est issu d’un pouvoir
collectif de décision.

Les Lohatragno ou Mpitagnatragnobe (Chefs des


tragnobe) sont les représentants nommés à vie par
tragnobe. Ils s’occupent des affaires internes de la
tragnobe (hébergement de cérémonies, de décès, de
réunions concernant la tragnobe, etc.). Dans la gestion
de conflits, ils ne procèdent pas à un jugement à la
différence des Ndriagnony et Ampanjaka. Ils tentent
de régler les conflits à l’amiable.

6. Le nom du palais aurait pour origine la présence de sommes


d’argent collectées lors des réunions à titre de cotisations (Tsi-
mahaketraka, 2008), destinées aux organisations des cérémonies
coutumières et travaux communautaires (entretien des tombeaux,
réhabilitation de la tragnobe, etc.)

23
La société Antemoro

Le pouvoir politique traditionnel Le bako et le consensus

Héritage probablement des systèmes politiques Le bako ou bakon – drazana est un outil de régulation
originels islamisés, notamment le système de califat, sociale dont les autorités coutumières veillent à son
la hiérarchie politique Antemoro reste encore très application. Il s’agit des règles d’origine coutumières
structurée(Rombaka, 1970; Tsaboto, 1994 ; Beaujard, ancestrales, non codifiées mais connues de tous. Parmi
2006 ; Chandon – Moët, 1972; Tsimahaketraka, 2008). ces règles figurent le respect du créateur Zanahary, des
ancêtres, des anciens, de l’autorité des Chefs coutumiers,
A Ambila, le pouvoir politique est organisé les règles de gestion foncière, les fady ou interdits/
différemment mais reste une variante de la tabous, les fomba (règles de morale et de conduite),
structure traditionnelle. Sur ce territoire, ce sont les règles en matière de succession, de mariage, les
les Ampanabaka qui y ont aménagé les rizières obligations sociales, etc. Dans le bako, une place de choix
et détiennent le pouvoir contrairement à Ivato. est accordée à la recherche du consensus notamment
Libérés du joug des Anteony au XIXème siècle, à travers le milanona (réunions de concertation sous
ilsy sont devenus les plus grands propriétaires l’égide des autorités coutumières), afin d’assurer une vie
terriens. Ils y ont instauré un système de pouvoir harmonieuse et une paix sociale.
semblable à celui des Anteony contre qui ils se
sont révoltés(Althabé, 1968 ; Tsaboto, 1994 ; La peur du tsigny – blâme sociale – ou du loza –
Chandon – Moët, 1972). malédiction – frappant toute la famille oblige la
communauté à respecter les règles traditionnelles de
− Au sommet se trouvent les qui sont les gestion communautaire. La violence des châtiments
rois des rois. En effet, ils se drapent de toges contre les transgresseurs s’est toutefois atténuée
rouges lors des grandes occasions ; le rouge avec le temps. L’épreuve du tangena (autrefois
étant la couleur de la royauté. Chaque année, ordalie par le tanguin – un poison végétal) est de
une rotation par village donne le droit à l’un moins en moins pratiquée. Elle a donné place à des
des villages de choisir en son sein le grand roi. sanctions moindres consistant à être humiliés en
En principe, ils ne quittent pas leur résidence public comme le mitatao fotaky, consistant à mettre
mais y demeurent pour attendre que les de la terre ou de la boue provenant de la rizière
autres viennent à eux, par respect pour leur sur la tête, ou le milomagno ragno – bain dans
fonction. Mais de plus en plus, leur présence l’eau de jugement. D’autres contrevenants peuvent
est sollicitée par le fanjakana (Etat et ses être maudits (miozona) ou payer une amende, par
représentants locaux) pour régler par exemple exemple sacrifier un zébu pour la communauté.
des différends, ce qui les amène à se déplacer.
La fragilisation du système traditionnel
− A l’échelon en-dessous viennent les
Mpanjaka « rois » qui assument des tâches, L’étude a révélé que le pouvoir coutumier
comme celle de représenter les Mpanjaka reste encore prégnant aussi bien à Ivato, berceau
Menalamba. Ces Mpanjaka sont de plus en historique de la royauté Anteony, qu’à Ambila.
plus jeunes et sont des irakiraka (messagers) Chez les Antemoro, du moins au niveau des deux
du Mpanjaka Menalamba. Un Mpanjaka, en Communes, la structure traditionnelle demeure et le
dehors de ces fonctions, est aussi lohatragno et système de classes d’âge est maintenu. Les autorités
dirige une tragnobe. Il a à ses côtés un tovoho, coutumières restent respectées et écoutées. Les
l’adjoint du Lohatragno. Mais au sein d’une entretiens conduits dans le cadre de cette étude ont
localité donnée, il existe un tompon’entso – révélé que des projets de développement qui n’ont
responsable des appels – au niveau duquel pas reçu la bénédiction des autorités coutumières
transitent les informations et les invitations n’ont pu être déployés, à l’exemple de la mise en
qui viennent de l’extérieur. Ce tompon’entso place d’installations sanitaires et d’assainissement au
s’adjoint également d’un tovoho. cœur d’Ivato.

24
encadré n° 3 :
l’intronisation perçue comme une charge
Le fibezana (l’exercice du pouvoir) implique d’assumer des charges financièrement lourdes, qui ap-
pauvrissent les tenants du titre. Certains Ampanjaka se retrouvent même parfois endettés. Les dé-
penses sont inhérentes aux fastes et aux cérémonies d’intronisation du roi, aux diverses cérémonies
coutumières (circoncision, mariage, funérailles, nahandrobe1 , etc.) pendant l’exercice du pouvoir,
aux obligations liées à la tragnobe comme les alcools à offrir aux hôtes. De plus, les Ampanjaka
sont obligés d’être présents presque en permanence dans la tragnobe, ce qui ne leur permet pas
d’exercer des activités économiques.

Dans la société Antemoro, les cérémonies lignagères sont des occasions pour honorer les ancêtres
lignagers et pour demander leur bénédiction mais elles permettent aussi d’actualiser l’unité et
la solidarité interne du lignage. Elles servent aussi à montrer aux autres lignages et aux autres
habitants la bonne santé sociale du groupe et sa prospérité. De même, de la réussite des cérémo-
nies lignagères et de l’ostentation montrée lors de ces cérémonies dépend l’influence, la force du
lignage. Ces cérémonies onéreuses fragilisent les rois qui se succèdent. Certains deviennent moins
influents économiquement au cours du temps et tendent à l’être aussi socialement du fait de la
diminution de leur prestige.

1. Littéralement « grande cuisson du repas » : cérémonie qui a lieu tous les cinq ans pendant laquelle les Chefs
traditionnels suprêmes offrent un banquet, des zébus sont abattus et une importante quantité d’alcool offerte
aux villageois.
La société Antemoro

Cependant, le système semble plus fragile à Ambila, plus Au – delà des liens familiaux qui peuvent exister, le
ouverte vers l’extérieur. La proximité de cette dernière pouvoir traditionnel et le pouvoir étatique cherchent
avec Manakara, la mixité de sa population née des réciproquement à consolider leur légitimité. Les
importants flux humains et des activités économiques Menalamba rappellent la séniorité de l’Etat et le
grâce aux infrastructures routières et ferroviaires, ont confirment sur la base d’un adage bien connu : « ny
dilué l’emprise de la culture Antemoro. Les rois sont an’ny Fanjakana lolohavina fa ny an’ny tena vimbinina »
de plus en plus jeunes. Ils font partie de la classe d’âge (nous portons les affaires de l’Etat sur la tête, et les
des Mpanompo. Des interlocuteurs originaires de cette nôtres sous les bras). Parallèlement, l’Etat malagasy
commune estiment qu’ils sont moins respectés et qu’ils ne fait pas l’impasse sur ces autorités traditionnelles.
font simplement figure de représentation d’un système Les chefs de région, des Maires, ou des chefs de
en dérive. D’autres pensent que le système politique fokontany, pour de nombreux projets, consultent les
traditionnel s’affaiblira après la génération des autorités Mpanjaka et les sollicitent comme alliés pour rendre
Menalamba actuels. plus facile l’exercice du pouvoir (lors des crises
politiques, lors des campagnes pour les élections
Toutefois, certains auteurs semblent optimistes en communales voire présidentielles ou dans le cadre
analysant que malgré plusieurs crises du système du d’une opération de développement). Vice – versa, lors
pouvoir traditionnel Antemoro ont eu lieu dans le passé, de l’intronisation des chefs coutumiers, les autorités
notamment en raison de conflits entre lignées d’aînés et étatiques sont invitées aux cérémonies.
de cadets, le système est toujours arrivé à se réorganiser
et même à se renforcer (Althabé, 1968). Dans le cadre particulier du foncier, le consensus
pour la prise de décision, les influences, ou les
oppositions d’avis entre les deux instances ne sont
2.3. Articulations entre pouvoirs pas systématiques. Il apparaît davantage que chacune
traditionnel et administratif s’efforce à respecter les prérogatives de l’autre. A
Ambila, lors d’une séance d’arbitrage communal
relative à un litige foncier associé à un debaka7, les
Malgré les discours généralisés sur la distance Menalamba étaient invités par la Mairie pour assister
entre l’Etat et les autorités traditionnelles, des aux séances en tant que représentant du pouvoir
articulations existent. Il se peut que certaines traditionnel. Ces derniers ne sont pas intervenus
personnes exercent à la fois des fonctions liées dans l’arbitrage et n’ont pas participé à l’énoncé
aux instances traditionnelles et aux institutions de la décision communale. A Ivato, les autorités
publiques. A Ambila par exemple, le Président du traditionnelles sollicitées par la partie perdante au
Conseil communal est aussi un Lohatragno et un niveau du tribunal ont prononcé une autre sentence
futur Menalamba. Par ailleurs, des liens de parenté qui a été finalement acceptée par les deux parties, en
peuvent lier ou rapprocher des représentants des partie sous l’effet de la pression sociale.
autorités coutumières et étatiques. Dans les deux
communes, cela est souvent le cas des présidents Dans le cadre de la mise en place des GF dans les
du fokontany. De même, à Ivato, le roi du village de deux Communes, il apparaît que les promoteurs n’ont
Voasary est à la fois Chef de Fokontany. pas cherché à considérer les articulations possibles
ou existantes entre les différentes instances autorités
Ces proximités sont communes à de nombreux locales.
territoires et résultent de plusieurs logiques. Selon
un Lohatragno, les titulaires du pouvoir traditionnel
ont pour stratégie d’occuper les postes administratifs
clés au sein de la société pour renforcer leur autorité 7. Debaka : pratique locale dans la région du sud – est consistant à
au – delà de la tragnobe. Cette même logique les hypothéquer ou à mettre en gage un patrimoine (généralement une
amène parfois à présenter leurs candidatures à rizière) en cas d’emprunt. Le créancier peut disposer de l’usage
des fonctions administratives ou politiques afin de (sans pouvoir le céder en vente) du gage jusqu’à ce que le débiteur
se soit entièrement acquitté de sa dette, situation qui pourrait du-
soutenir le développement de la Commune. rer plusieurs années.

26
3
LE SYSTÈME FONCIER
CHEZ LES ANTEMORO
LE SYSTEME FONCIER CHEZ LES ANTEMORO

3.1. L
 es modes d’accès à la La répartition des terres du fatrange est décidée par
le Lohatragno, l’aîné du lignage. Elle est procédée de
terre manière à ce que tous les descendants de la lignée
masculine qui sont présents au village puissent

D
avoir accès à une fraction du fatrange. Lorsque des
ans la culture Antemoro, les terres sont
parents partis en migration « mamanga » reviennent
réparties en deux grandes catégories :
au village, le Lohatragno se doit de leur octroyer un
les « fatrange » ou patrimoines lignagers,
lopin de terre du fatrange et procède pour cela à une
claniques ou familiaux hérités des ancêtres, et
redistribution des terres.
les tany « ambadika », terrains nouvellement
défrichés, mis en valeur, ou achetés par le ménage
en dehors des espaces concernés par les fatrange. b. Donation
Au fil du temps et des générations, les terres
ambadika peuvent devenir des fatrange pour la Les donations sont des pratiques destinées
descendance. généralement à favoriser l’accès des femmes
L’accès au foncier peut se faire de diverses à une parcelle pour leur survie, ces dernières
manières, permanente (par héritage, donation, étant désavantagées par la tradition concernant
défriche, achat) ou temporaire (métayage, location, l’héritage. Deux grands cas de donation peuvent
etc.). Ces modes d’accès sont tous retrouvés dans exister :
les deux Communes d’étude. Ces modes d’accès
concernent aussi bien les rizières de bas fond - La pratique appelée ondana, consistant
(hosy), les rizières ou terrain de cultures pluviales au mari d’allouer des parcelles à sa femme
(tamboho), que les terres situées sur les collines légitime pour qu’elle puisse subvenir à ses
(vohitra ou tanety). besoins et à celui de ses enfants, lorsque le
mari a pris une seconde femme ;
- Le tandra, don de terrains par les pères
a. Héritage de famille à leurs filles, ou par les frères à
leurs sœurs. Les terres cédées se situent
Le fatrange est un patrimoine ancestral délimité,
généralement en dehors du fatrange. L’intention
collectif, indivisible, dont les droits d’usage sont
est de sécuriser les filles ou les sœurs à l’abri
transmissibles. Chaque lignée masculine1 issue
en cas d’éventuels séparation ou veuvage. Ce
du lignage jouit du droit d’hériter du fatrange. Il
don peut être définitif mais peut être retiré en
s’agit d’un droit d’usage (zara fihinanana) portant
cas de différend ou de transgression de fady
sur un lot défini, plutôt qu’un droit de propriété.
(mariage interdit avec un membre de la famille
Le patrimoine demeure ainsi indivis et disponible
proche ou avec un clan fady).
pour les générations à venir. Généralement, les
descendants féminins n’ont pas de droit sur les
fatrange. De nouveaux terrains aménagés par les c. Défriche ou aménagement
parents ou les grands – parents, n’appartenant pas
à « l’ancien » fatrange collectif au lignage, peuvent Si des terres sont encore non appropriées, un
devenir un « nouveau » fatrange ou tanindraza2 individu ou un ménage peut en devenir propriétaire
de la famille. Ils ne sont pas fusionnés avec les en les travaillant. Cette pratique est appelée
anciens fatrange qui ne sont donc pas extensibles. « mamolaka tany » et les terres acquises par la
défriche sont appelées tany ambadika. Courante
dans le passé, et probablement à l’origine de la
constitution des fatrange, elle est devenue rare
1. Descendants mâles reconnus comme légitimes par la commu- actuellement, faute de terres arables encore
nauté. disponibles. Pour les ménages dans la Commune
2. Le tanindraza inclut toutes les terres de la famille élargie, terres d’Ivato, les terres ambadika sont généralement
inclues ou non dans le fatrange mais généralement dans la famille
depuis plus de deux générations. localisées en dehors de la Commune.

28
encadré n° 4 : Accès des femmes, des jeunes
et des migrants à la terre
Un possible accès mais une sécurité précaire des femmes
Dans le concept culturel et traditionnel Antemoro, les femmes héritent peu du patrimoine foncier
de la grande famille et du lignage. Celles qui se marient s’occupent des parcelles de leurs époux.
En cas de divorce ou de décès du conjoint, les femmes ont leur part sur le mobilier du ménage
et les ustensiles de cuisine. Des pratiques tendent toutefois à être de moins en moins exclues de
l’accès à la terre. D’une manière générale, elles peuvent bénéficier du « tandra », don fait par les
pères ou frères, ou par le « ondana », donation réalisée par le conjoint. Ainsi, les femmes divorcées
pourraient avoir un droit d’usage sur les parcelles de leur famille conformément au zara fihinanana.
Actuellement, de plus en plus de parents optent pour le partage à part égale entre fils et filles. Les
filles peuvent hériter des terres ambadika, en dehors du fatrange, en particulier lorsque les parents
n’ont pas eu de fils. D’une manière générale, la sécurité de leurs droits demeure précaire car les
terrains peuvent leur être repris.

L’exo – inaliénabilité des terres en toile de fond


Fortement marqué par le principe d’exo – inaliénabilité des terres, le système de gestion tradition-
nel du foncier chez les Antemoro affiche toutefois une ouverture pour l’accès des migrants. La
notion d’autochtonie (« tompontany ») et d’allochtonie est encore prégnante au niveau des terri-
toires claniques ou lignagers. Pour les individus considérés comme allochtones, on peut distinguer
les « mpiavy » (migrants) qui comprennent les Antemoro originaires des localités voisines, et les
« vahiny » (étrangers) incluant les autres groupes ethniques : Antefasy, Betsileo, Merina, Tanala,
Antandroy, …. Leurs migrations peuvent être anciennes ou récentes. Pour les migrants récents, ils
sont considérés comme parents ou amis une fois intégrés. Pour les migrants datant de plusieurs
décennies, lorsqu’ils sont reconnus comme propriétaires de terrains, ils sont perçus comme des
tompontany. Dans l’ensemble, les liens entre autochtones et migrants sont présentés comme pai-
sibles. Les migrants peuvent accéder au foncier en achetant, en louant ou en empruntant des terres
(hors fatrange). Cependant, la priorité pour les transactions foncières n’est pas accordée aux mi-
grants. Elle l’est avant tout aux membres de la famille, du lignage, du clan ou aux voisins. Ensuite,
une préférence est accordée aux migrants Antemoro et à ceux ayant créé des alliances avec des
autochtones (alliance matrimoniale ou alliance par le sang). L’attribution de la terre aux migrants
peut être soumise dans certains cas à une cérémonie de sacrifice de quelques zébus, que l’alliance
soit ancienne ou récente.

Jeunes et micro – parcellisation des fatrange


Le principe des fatrange a été conçu de manière à ce que les descendants d’un lignage puissent
d’une part accéder à un capital foncier pour leur subsistance, et d’autre part pour maintenir les
descendants groupés autour du patrimoine ancestral et minimiser ainsi l’éclatement. Le travail du
fatrange permet ainsi de perpétuer l’identité communautaire. Seuls les descendants mâles reconnus
par la communauté ont droit au fatrange. Les relais sur plusieurs générations ont fait que mainte-
nant les parts disponibles sur les patrimoines ancestraux communs se sont considérablement ré-
duites. Cette situation renvoie beaucoup de jeunes à travailler les terres aménagées par les parents
jusqu’à leur mariage. Après le mariage, les parents lèguent certaines parcelles à leurs fils. Certains
jeunes, pour plus d’autonomie, préfèrent acheter ou louer des terres ambadika, si leur situation le
permet.

L’accès aux terres est difficile pour les jeunes à Ivato car le fermage et le métayage sont peu prati-
qués en raison d’une pression foncière élevée, les nouvelles terres aménageables sont inexistantes
et le fatrange ancestral est saturé et non extensible. Le plus souvent, l’aîné de la fratrie reste au
village pour garder le patrimoine familial tandis que les cadets migrent. A leur retour de migration,
en principe, ils récupèrent leur droit sur le patrimoine familial gardé par l’aîné et, selon le principe
du zara fihinanana, ils bénéficient d’un droit d’usage, ne serait-ce que sur un petit lopin de terre,
sur les terres du fatrange.
LE SYSTEME FONCIER CHEZ LES ANTEMORO

d. Transactions foncières Le créancier a le droit d’utiliser la terre mais pas


de la vendre. Lorsque le prêt est intégralement
Achat – Vente remboursé (en moyenne sur trois ou quatre ans,
mais peut aller jusqu’à dix ans), l’emprunteur peut
Le marché de l’achat – vente est peu développé récupérer ses terres. L’entente est généralement
mais il existe. Le principe d’exo – inaliénabilité verbale, avec ou sans témoins. La rédaction d’actes
de la terre prévaut dans la société Antemoro. Les non – formalisés d’hypothèque est aussi observée,
terres incluses dans les fatrange, matérialisant avec le montant de la créance, la localisation et la
l’histoire et l’identité du lignage, ne peuvent pas superficie de la parcelle. Le debaka se pratique de
en général être vendues. Le Lohatragno, bien préférence entre membres de même famille ou de
que gestionnaire désigné des fatrange, n’est que même lignage, et porte aussi bien sur les terres
le gardien du patrimoine et n’a pas le pouvoir de ambadika que le fatrange. Les tamboho – rizières
vendre ces biens collectifs. Les allocataires ne pluviales – sont cédées en priorité par rapport aux
peuvent pas non plus vendre la part qui leur a été hosy (rizière de bas – fond).
mise à disposition. Toutefois, des cas de vente de
fatrange ont été rapportés3 et auraient été tolérés Métayage et fermage
au vu de certaines conditions : le consentement
du Mpanjaka, cession intra – lignagère ou Le métayage est peu pratiqué et le cas échéant
intrafamiliale avec l’accord de tous les membres. intrafamilial. Il peut porter sur tous les types de
parcelles ou de statut (fatrange, tany ambadika,).
Les terres ambadika peuvent faire l’objet de L’arrangement consiste pour une famille ayant
vente. Le choix de l’acquéreur est codé : il porte émigré de négocier avec un membre proche
d’abord sur la famille proche (frères ou sœurs), de travailler sa part de terre. Les produits sont
pour ensuite être étendu vers la famille élargie, partagés à chaque période de récolte ou suivant
les membres du lignage et du clan, et les habitants une rotation périodique selon les négociations.
des villages voisins. A défaut de preneur, la vente
pourrait finalement être ouverte aux mpiavy Le fermage n’est pas pratiqué à Ivato. Il l’est par
ou vahiny « étrangers », avec une préférence contre à Ambila, de façon récente et sous la forme
pour ceux qui sont présents depuis plusieurs nouvelle du fondro, notamment par les ménages en
générations. A Ivato, la vente aux vahiny, surtout difficulté financière. Il s’agit de mettre en location
si elles concernent les « hosy » – rizières, est les tany ambadika moyennant un versement
explicitement non acceptée. annuel sur une période deux à trois ans. Le fondro
remplace peu à peu le debaka, ce dernier étant
Debaka selon les interlocuteurs sur le terrain devenu de
plus en plus sources de conflit.
Le debaka ou vangavelona est une pratique
consistant à hypothéquer une ou des parcelles 3.2. G
 estion traditionnelle
de terrain4. Il s’agit d’une pratique courante
utilisée par les détenteurs d’un terrain en cas de et conflits fonciers
besoins urgents de trésorerie (maladie, accident,
obligations sociales).
a. U
 ne hiérarchie des instances
de gestion
3. Les exceptions portent davantage sur les fatrange familiaux
que ceux ancestraux. Lors de la restitution des résultats de l’étude Le niveau de gestion des patrimoines fonciers
en plénière à Manakara, le Président du TPI a signalé des cas de
litige opposant les membres du lignage au Lohatrano, ce dernier dans le système traditionnel Antemoro est
aurait cédé une partie du fatrange à des tiers sans informer et sans aligné aux catégories de terres. On distingue
l’autorisation des membres. généralement trois catégories de patrimoines,
4. Parfois des zébus ou du riz

30
LE SYSTEME FONCIER CHEZ LES ANTEMORO

selon l’organisation des ayants – droits et les inexistants, et ne sont pas sérieux s’ils existent.
modalités d’accès aux terres : La persistance de certains types de conflits a été
quand même soulignée. Ils sont dans la plupart des
- le patrimoine propre du ménage « tragnoraiky », cas réglés au niveau des instances traditionnelles
généralement acquis par héritage, aménagement mais parfois le recours aux instances judiciaires
ou achat (tany ambadika). L’homme, en tant que est nécessaire.
chef de ménage, reste le principal décideur. Si
cette situation a évolué vers quelques variantes Les conflits peuvent se manifester entre les
de co – décision pour les transactions – achat, membres d’une famille ou d’un lignage, entre
vente, location – de terrains situés en colline voisins, ou encore entre autochtones et migrants.
« vohitra » ou « tanety », la prérogative du mari Les causes des différends peuvent être liées aux
demeure exclusive sur les rizières « hosy » de droits de propriété, d’usage, ou à la délimitation
bas – fonds. des parcelles (encadré 5).
- le tanindraza ou fatrange récent, bien indivis
appartenant par la famille élargie (fratrie ou c. Des modes traditionnels de
cousins). La gestion peut être collégiale par
le comité des ainés, qui décide de l’allocation résolution de conflits fonciers au
aux cadets. A Ambila, des contestations sur système judiciaire
certaines décisions du comité et des cas de
conflits ont été rapportés. Les processus de règlement des conflits dépendent
- Le fatrange ancestral, bien indivis appartenant de la gravité et de la nature du conflit en question.
au lignage « tragnobe ». C’est le lohatragno Dans l’ensemble, certaines constantes sont
ou mpitondra tragnobe, l’aîné dans le lignage retrouvées :
qui décide de la gestion des terres et de leur
attribution aux membres du lignage. Les
tovoho, futurs candidats lohatragno présentés
par les familles et assistant ce dernier, ne
détiennent pas encore de prérogative dans les
affaires foncières.

b. U
 n système qui n’est pas à l’abri
des conflits
Au sein de la société Antemoro, les autorités
coutumières sont garantes de la paix sociale.
Les mécanismes locaux pour la prévention et la
gestion des conflits sont basés en premier lieu
sur le principe de médiation et de recherche de
consensus. Dans les cas sérieux, la résolution
fait intervenir le bako, un ensemble de règles
coutumières respectées par les lignages. D’une
manière générale, la cohésion et la solidarité de la
communauté sont entretenues par l’organisation
fréquente de cérémonies. Fondés sur la perception
de la solidité des systèmes et institutions en
place, les avis des interlocuteurs convergent
généralement vers un ressenti que les conflits,
particulièrement fonciers, sont faibles voire

31
LE SYSTEME FONCIER CHEZ LES ANTEMORO

Les conflits intrafamiliaux se règlent avant tout au niveau de la famille.

Les différends au niveau d’une même tragnobe, et qui tragnobe, entre deux villages ou entre la population et
dépassent le cadre de la famille nucléaire, font appel des étrangers 5). Les Randriambe ou les Mpanjaka se
aux instances d’autorité traditionnelle. L’arbitrage des renseignent au préalable sur le fond du conflit et en
Lohatragno, avec l’assistance du Mpanjaka et de ses informe le Ndriagnony qui convoque les deux parties
conseillers, ainsi que des raiamandreny, est sollicité pour établir son verdict. Généralement, les conflits
pour les différends liés à l’utilisation du fatrange. sont réglés à l’amiable à travers un consensus.
A Ambila, les Menalamba sont de moins en moins Certains cas, rares, peuvent aboutir à l’épreuve du
sollicités pour le règlement de conflits fonciers suite tangena, qui devient de moins en moins pratiquée à
à des antécédents dans lesquels ils ont été accusés de Ambila si elle reste encore ancrée à Ivato.
partialité. A Ivato, en principe, le Ndriagnony ne règle
pas un conflit entre deux individus mais s’occupe
5. Cas de litiges fonciers entre la communauté et la société minière
plutôt des conflits plus importants (entre deux chinoise Mainland en 2013

32
LE SYSTEME FONCIER CHEZ LES ANTEMORO

En dehors des litiges intrafamiliaux et intra – A défaut de compétence ou de confiance vis-à-


lignagers, le conflit est porté au niveau du fokontany. vis du fokontany, les parties peuvent faire appel à
Le chef de fokontany dispose d’une double légitimité la Commune, soit en sollicitant le maire pour un
coutumière et administrative, d’autant plus que le règlement à l’amiable, ou le conseil communal pour
processus est rendu démocratique par la présence un arbitrage public. Ces conflits portent souvent sur
du fokonolona qui agit en tant que témoin ou partie les terrains ambadika, des différends opposant un
civile. autochtone à un extérieur ou des terrains titrés.

Les autorités judiciaires (police, gendarme, tribunal6) Dans les conflits fonciers évoqués, la documentation
sont sollicités lorsque les instances locales n’ont pas pu et les preuves des droits sont souvent inexistantes. Les
régler ou n’ont pas donné satisfaction à l’une des parties, autorités traditionnelles et les raiamandreny arbitrent
ou lorsque des faits à caractère pénal accompagnent les les conflits en se basant sur leurs connaissances de
conflits : coups et blessures, faux et usage de faux. l’histoire foncière du terroir et des témoignages
de la communauté. Au tribunal, en l’absence de
Il peut arriver de manière exceptionnelle que l’une des documents écrits, le jugement d’une affaire se
parties porte l’affaire en recours ultime aux autorités base principalement sur les faits avancés par les
suprêmes traditionnelles, en l’occurrence le Ndriañony témoins issus du fokonolona ou de la famille. Des
d’Ivato, qui peut corroborer les décisions de justice sensibilisations sont faites par plusieurs institutions
ou rendre une décision plus consensuelle visant à une dont l’ONG Fiantso pour encourager les villageois
acceptation sociale garant d’une paix durable. à établir au moins des petits papiers, à défaut du
certificat, qui constituent un commencement de
6. Les litiges fonciers enregistrés auprès du Tribunal de Première preuve.
Instance (TPI) de Manakara représentent 2,4 % des affaires civiles
entre 2005 et 2011 (Andrianirina-Ratsialonana et al., 2012).

33
encadré n° 5 :
Conflits fonciers, causes et acteurs
Limites et héritage
Avec des incidences mineures, des conflits entre voisins peuvent porter sur le déplacement des
limites des terrains : les « fotatra » ou haies vives et les « totahitry » ou diguettes des rizières.
Les conflits les plus fréquents sont intrafamiliaux ou intra – claniques et sont liés à la gestion
du fatrange ou au partage de l’héritage : contestation d’un partage jugé inéquitable, vente d’une
partie du patrimoine à l’insu des cohéritiers, contestation par des demi – frères issus d’un mariage
multiple.

Debaka
Une pratique courante dans la région consiste pour les personnes qui doivent honorer certaines
obligations sociales à emprunter de l’argent ou des zébus en hypothéquant leurs parcelles en ga-
rantie. Il arrive dans certains cas que lorsque l’emprunteur souhaite rembourser, le créancier (ou
ses descendants si celui – ci est décédé) refuse de restituer les terres. Les conflits liés au debaka
peuvent concerner des particuliers, des aînés hypothéquant les terres familiales en cachette, mais
aussi des Mpanjaka sur une partie du fatrange sur lequel ils sont censés être les gardiens. En cas
d’incapacité de remboursement de l’emprunteur, conformément à la règle traditionnelle de « l’avo-
tra » - signifiant sauver ou racheter – la communauté (dans le cas des fatrange clanique) ou les
frères (dans le cas des farange familiaux) devraient aider pour rembourser la dette et récupérer
les terres.

Conflits entre autochtones et migrants


Les migrants ont rarement accès à la propriété, et le cas échéant, c’est seulement après plusieurs
années d’installation qu’ils sont reconnus comme tompon – tany. Généralement, au nom du « fiara-
ha – monina » (bon voisinage), les autochtones leurs concèdent des droits d’usage sur une parcelle.
Il arrive qu’après plusieurs années, le migrant, ou ses descendants en cas de décès, revendique la
propriété du terrain en justifiant par la construction, les cultures, ou l’aménagement réalisé dessus.
Conflits liés à l’occupation de terrains au nom d’anciens colons, à l’exemple d’un conflit opposant :
(1) les descendants de familles ayant occupé la propriété et planté des caféiers depuis 1950 avec(2)
les descendants des personnes ayant reçu une autorisation d’exploiter par les anciens colons. Se-
lon la Présidente du Tribunal de Première Instance (TPI) de Manakara, la procuration autorisant
les personnes à exploiter les terres n’est pas transmissible. Au décès des parents, les descendants
devraient avoir une autorisation des propriétaires à leurs noms.
4
SYSTÈMES COUTUMIERS
ET PERCEPTIONS
DE SÉCURITÉ FONCIÈRE
Systèmes coutumiers et perceptions de sécurité foncière

4.1. U
 ne sécurisation largement des diguettes et des haies vives et s’engager
dans des conflits sévères pouvant aller jusqu’au
basée sur la reconnaissance tribunal.
sociale
4.2. Des sources d’insécurité

D
ans l’ensemble, les communautés foncière
villageoises reconnaissent la force du bako
et jugent dans de nombreux cas que les
structures et l’organisation locales sont encore en Les systèmes traditionnels sont perçus comme
mesure de le rendre effectif. Les villageois jugent des remparts pour lesquels les autochtones
donc qu’en cas de contestation de leurs droits connaissent le système de fonctionnement.
fonciers par un tiers, les proches, voisins, familles Ils dictent les comportements des individus et
et les représentants des autorités traditionnelles fonctionnent à la manière d’un code non – écrit.
pourront confirmer leurs droits fonciers. Première instance d’arbitrage sollicitée en cas de
En cas de conflits sur les terres comprises dans le conflits, leur présence n’est pas toujours pas une
fatrange, les parties en litige se réfèrent aux avis garantie pour induire une grande sécurité foncière
des autorités coutumières et de leurs conseillers. au niveau des ménages. Ces derniers ont déclaré
En effet, ces derniers estiment être les acteurs et que des facteurs internes ou externes aux groupes
les témoins de l’histoire foncière du terroir. Ils ont peuvent toujours être sources d’insécurité.
en mémoire les rapports de force entre familles,
entre lignages et entre groupes ethniques, les D’une façon générale, les interlocuteurs
conflits antérieurs, la manière dont ils ont été reconnaissent que le système traditionnel
résolus, la manière dont ces solutions anciennes fonctionne tant que les terres sont disponibles.
pèsent encore sur les réalités actuelles locales La précarité économique associée à la raréfaction
ainsi que les droits acquis. Ils sont ainsi à même en superficie agricole et en qualité des sols
d’arbitrer les conflits et leurs décisions sont affectent progressivement le respect des règles et
respectées. Pour les conflits au niveau des terres la solidarité entre les groupes. Certains ménages
ambadika, le fokontany et le fokonolona arbitrent ont soulevé le constat de l’effritement de la force
les conflits. Les voisins, la famille, le Chef du des règles coutumières et le rejet du bako par des
fokontany, voire même le fokonolona sont pris à jeunes influencés par la civilisation des villes. Les
témoins. Ainsi, de manière générale, la population menaces sont d’abord intrafamiliaux et intra –
se sent sécurisé. Peu de conflits franchissent lignagers, se manifestant par des ventes secrètes
l’étape de recours à la justice et aux forces de du patrimoine ou d’une partie par l’ainé ou le
l’ordre. La reconnaissance sociale prime encore. lohatrano, qui sont supposés être les gardiens.
Entre Antemoro, l’abus de confiance, pourtant
Les communautés villageoises accordent une valeur fondamentale dans les normes
également beaucoup de valeur aux marques de sociales traditionnelles, peut se manifester dans
délimitation locale que sont les haies vives et les l’usurpation de la propriété ou l’accaparement,
diguettes. Ces délimitations étant d’ailleurs peu notamment dans le cas des debaka. Le créancier
coûteuses et faciles à réaliser. Dans l’ensemble, peut profiter de l’absence de contrat écrit pour
les conflits sont toujours résolus au niveau des inscrire le terrain en son nom.
parties en opposition mais comme le soulignent
les ménages rencontrés ainsi que les responsables Les sources d’insécurité extérieures émanant des
communaux, ces marqueurs locaux n’annulent pas mpiavy sont plus évoquées dans la Commune
tous les litiges sur les limites. Les descendants d’Ambila que d’Ivato, essentiellement pour deux
des propriétaires peuvent remettre en cause raisons : l’affaiblissement de l’emprise des règles
ultérieurement le bien-fondé de l’emplacement coutumières (associé au brassage important avec
les autres cultures et à l’éloignement des berceaux

36
encadré n° 6 : l’insécurité liée à l’ancienne
Aire de Mise en Valeur Rurale d’Ambila
Plusieurs terrains occupés par la population dans la commune d’Ambila font partie de l’ancienne
Aire de Mise en Valeur (AMVR) de Manakara. Les AMVR sont des aménagements fonciers et agri-
coles régis par un statut spécial créé par l’Etat en 1961 – 62 dans le cadre de la politique de
développement agricole et de réforme agraire au lendemain de l’indépendance (Ordonnance 62 –
042). Plusieurs régions de Madagascar dotées de vastes plaines irriguées ont été concernées (Itasy,
Manakara, Alaotra, etc.). Pour la zone de Manakara, le Décret 62 – 115 du 07 Mars 1962 délimitant
l’AMVR a concerné six Communes couvertes par le marais d’Ambila, une vaste plaine de 16.000 ha :
Ambila, Marofarihy, Mizilo, Amboanjo, Nosiala, et Sorombo. Parmi les six, sont dotées de GF les
Communes de Mizilo Gare et Ambila depuis juin 2008 (avec l’appui de Fiantso), Sorombo depuis
mai 2010 (avec l’appui de BVPI SEHP). Le guichet foncier de Marofarihy n’est pas fonctionnel,
la Commune étant entièrement couverte par l’AMVR. Les Communes d’Amboanjo et Nosiala ne
disposent pas de GF.

A part une grande superficie destinée à la riziculture, quelques parcelles ont été réservées à des
projets d’Etat : centre pénitencier, Centre multiplicateur de Sémences, lycée technique agricole,
SOMAPALM. En tout, 64 titres fonciers sont recensés dans la délimitation de l’AMVR, dont 10
au nom de l’Etat Malagasy. La mise en place de l’AMVR d’Ambila a connu plusieurs flous portant
sur la délimitation exacte (à part les terrains de 1400 Ha alloués à Somapalm), la disparition des
documents originaux notamment l’exemplaire du cahier de charges, ainsi que les modalités de
sécurisation des occupants.

Le statut d’AMVR dans la zone de Manakara a été officiellement levé en 2010 (Décret ministériel
n° 2010 – 0130 du 11 mars 2010). Selon les lois foncières en vigueur, les terres reviennent à leur
statut d’origine (c’est-à-dire le statut existant avant la mise en place de l’AMVR). Cette disposition
prête à confusion puisque les terrains occupés mais non titrés relèvent donc des PPNT et peuvent
être inscrits légalement au nom de leurs occupants alors que leurs statuts d’origine avant la Loi
de 2005 relèvent du domaine privé de l’Etat. Au flou lié aux statuts juridiques actuels se rajoutent
des revendications provenant d’anciens occupants avant que l’AMVR ne soit établi, qui voudraient
récupérer leurs terrains. Le statut de cette dernière ayant été abrogée, les anciens titres fonciers
avant le classement en AMVR ont été restaurés. En 2010, l’Etat a décidé de mener une Opération
Domaniale Concertée (ODOC) pour régulariser les occupations sur les 10 titres fonciers au nom
de l’Etat. Environ 2.000 TF sont prévus être délivrés dans les Communes de Marofarihy, Ambila et
Nosiala. Pour les parcelles non – titrées, des opérations d’inventaire et d’identification des proprié-
taires légitimes sont en cours, afin d’aboutir à leur certification foncière.
Systèmes coutumiers et perceptions de sécurité foncière

de la civilisation Antemoro) et les grands potentiels l’Etat, prouvées par les demandes de bénédiction
économiques présents dans la zone, notamment par les politiciens aux Ampanjaka lors des
agricoles, miniers, et touristiques1. Ces dernières élections. Ils voudraient plutôt voir dans les cas
années, des investisseurs nationaux (notamment d’expropriation des incidents de parcours isolés.
des riches originaires de Manakara) et étrangers
sont déclarés prospecter ou même démarrer
des activités dans la caféiculture, l’hôtellerie, la
4.3. U
 n faible recours à la
plantation de ravintsara pour l’huile essentielle, documentation des droits
ainsi que l’extraction de l’ilménite.
fonciers
Généralement dans la région autour d’Ambila,
ancienne concession coloniale spécialisée dans la Une perception générale de peur et de méfiance vis-
culture de café, la présence d’étrangers « vazaha » à-vis du Fanjakana (« l’Etat » incluant les services
est systématiquement associée à des descendants déconcentrés et les collectivités décentralisées)
d’anciens colons revenus pour exploiter les émane de la discussion avec les villageois. Elle
terrains de leurs familles. n’est pas spécifique seulement de la société
Antemoro mais est aussi constatée dans toutes
L’Etat et ses services figurent parmi les instances les contrées rurales malagasy dans lesquelles les
envers lesquelles les communautés Antemoro façons de faire des administrations successives (la
affichent une certaine méfiance. Des précédents pacification Merina, la colonisation) ont laissé des
liés à l’expropriation de villageois ayant occupé séquelles3.
les domaines privés de l’Etat, ou ayant délimité
des parcelles agricoles pour des fonctionnaires Cette méfiance est aussi nourrie par la perception
ont contribué à entretenir ces craintes. Cette que les bureaux administratifs sont uniquement
perception s’est encore renforcée davantage dans au service des riches, des instruits et des mpiavy
des cas précis où l’Etat affiche un positionnement (étrangers). Son accès est alors intentionnellement
du côté des opérateurs privés, notamment dans le rendu difficile, et il est même suspecté que les
cas de la délivrance d’un permis minier en 2010 par fonctionnaires usent généralement de la ruse pour
le Bureau du Cadastre Minier de Madagascar à la tromper les pauvres et les analphabètes. Et même si
société Mainland2 et les menaces d’expropriation des autorités traditionnelles en font partie (cas des
qui en découlent. De même, à proximité d’Ivato, chefs de Fokontany ou des maires), ils demeurent
un bloc forestier exploité par la communauté, des élites qui, de toute façon, seront absorbés
malgré les promesses d’un octroi définitif par les par le système. Il en résulte un phénomène de
gouvernements successifs, a été finalement cédé quasi – rejet des projets apportés par l’Etat s’ils
à un particulier. n’ont pas reçu l’aval des autorités coutumières.
Cette défiance s’applique particulièrement aux
Au final, la perception d’insécurité est variable documents de propriété, inventés par le Fanjakana
et complexe selon les zones et les ménages. pour accaparer des terres aux villageois. Adhérer
D’une part, les communautés comprennent que au système formel reviendrait à abandonner l’abri
les menaces sont d’abord intrinsèques à leurs juridique conféré par le système coutumier, et de
groupes, et elles affirment se fier à la solidité des confier ses droits à un système administratif dont
liens familiaux et à la force des règles coutumières. les représentants semblent éloignés des villages et
D’autre part, les dirigeants traditionnels les dans lequel les règles de jeu ne sont pas toujours
communautés croient toujours à la bonne entente claires, surtout pour des paysans illettrés.
et la considération sans faille de leur pouvoir par
3. Les cas des travaux forcés, de l’imposition per capita (« kara-
1. Précisément dans les Fokontany Andriana, Beretra, et Loharano. tra isan – dahy ») et de l’accaparement des terres agricoles par
2. Société à capitaux chinois ayant pour projet d’exploiter de l’il- l’administration coloniale tendent à être repris pour caractériser
ménite et du zircon sur le littoral Est de Madagascar. l’administration étatique contemporaine.

38
encadré n° 7 : rareté des titres fonciers
et des petits papiers
Les terrains immatriculés sont très peu présents à Ivato : on a recensé dans le PLOF une quaran-
taine de terrains immatriculés avec une superficie totale de 41 Ha représentant le 5% de la surface
de la commune. La forte prégnance du système coutumier de reconnaissance, d’attribution, et de
validation des droits, explique en grande partie ce constat. L’immatriculation foncière apparaît donc
comme un concept extérieur en rupture avec les pratiques locales. Les rares terrains titrés sont
localisés en périphérie et appartiennent à l’Etat et à des particuliers, notamment des originaires de
la Commune qui ont exercé des fonctions dans l’administration publique et la politique. Ce sont
généralement des plantations de café et de litchis. Des terrains immatriculés au nom de personnes
non – originaires de la Commune, venant notamment de Manakara, ont été répertoriés au niveau
des tany ambadika n’appartenant pas au fatrange. Et, contre toute attente, le palais royal et les
terrains associés sont également titrés. Les autorités traditionnelles ne sont ainsi pas totalement
déconnectées de ces processus de formalisation bien que certaines s’y opposent.

A Ambila, de grandes superficies – en dehors du fatrange – sont immatriculés (une vingtaine de


terrains immatriculés avec une superficie totale de 865 Ha, soit 5 % de la surface de la commune).
Les détenteurs de titre sont des descendants des colons, des natifs de la zone qui sont rentrés après
plusieurs années, d’anciens cadres de l’administration, des commerçants, des associations et les
anciens occupants des parcelles situées dans l’AMVR. Les superficies de ces anciens titres vont de
0,04 ha jusqu’à 640 Ha.

Le recours aux petits papiers pour documenter les contrats de vente ou de prêt, fréquent dans
les autres régions de Madagascar, est très rare en pays Antemoro. D’une part, il est avancé que
l’usage des petits papiers est un corollaire de la culture de la formalisation des droits héritée de
la colonisation, mais que la complexité de l’accès au titre foncier a entraîné l’apparition d’une
forme d’adaptation locale. Le faible recours au titre foncier (et à la formalisation des droits) dans
l’ensemble du territoire Antemoro explique donc la faible présence des petits papiers. D’autre part,
la vente de terrains n’est pas une pratique courante au sein des fatrange, et même si des cessions
ont lieu entre les membres de la famille, elles sont témoignées par les lohatrano ou les ainés. Les
debaka sont généralement établis de façon verbale, l’établissement d’un papier entre proches étant
interprété comme un manque de confiance. De plus, la faible scolarisation des chefs de ménage
rend cette disposition moins pratique. Ce sont les allochtones qui y ont le plus recours.
5
TRAJECTOIRE, ACTIVITÉS,
ET APPROPRIATION
DU GUICHET FONCIER
TRAJECTOIRE, ACTIVITÉS, ET APPROPRIATION DU GUICHET FONCIER

5.1. Historique du L’appui de BVPI – SEHP consiste à mettre en


place des animateurs communaux….(expliquer
développement des GF la modalité d’appui dans la mise en place et le
fonctionnement du GF : est – ce que ce sont les

L
Communes qui ont demandé ? est – ce Fiantso qui
a mise en place du GF d’Ambila rentre dans
les a choisies ? sur quelle bases ? y a-t-il eu des
le cadre du « projet d’amélioration des
diagnostics socio – fonciers menés ? quels sont les
systèmes agricoles et du niveau de vie de la
principaux résultats ? comment se déroule dans
population » dont ICCO est le maître d’ouvrage
la pratique l’accompagnement ? des animateurs
et l’ONG Fiantso le maître d’œuvre. Le projet, qui
communaux : combien ? quels sont leurs rôles ?
s’étend sur un ensemble de 13 Communes dans le
etc.).
District de Manakara, vise notamment à assurer la
sécurisation foncière à travers la mise en place des
Guichets fonciers communaux. Particulièrement, Superficies CF au
Nombre Nombre
certifiées nom de
Ambila dispose d’une vaste zone aménageable demandes CF
(en Ha) femmes
pour la riziculture. Le GF d’Ambila a été ouvert en
2008 135 118 313 2
juin 2008 et fait figure de pionnier dans la zone.
Les diagnostics socio – fonciers menés au niveau 2009 6 8 4 2
de la Commune ont ressorti la faible formalisation 2010 79 31 4 9
des droits due notamment à l’ignorance ou au 2011 52 85 195 21
désintérêt que présente la population vis-à-vis
2012 16 0 0 0
des textes fonciers, ainsi qu’à la complexité
des procédures d’immatriculation. L’occupation 2013 198 35 122 17
des terres se fait généralement de manière Total 486 277 678 51
traditionnelle. Le projet, constatant que de
vastes surfaces cultivables pourraient encore être Commentaires Ambila
sécurisées avec un document formel, a inséré
parmi ses interventions la mise en place d’un
CF au
Guichet foncier. Nombre Nombre Superficies
nom de
demandes CF certifiées
femmes
Le GF d’Ivato fait partie du projet BVPI Sud – 2010 10 10 1 1
Est et Hauts Plateaux (SEHP), qui porte sur 22
2011 12 12 6,5 3
Communes du District de Vohipeno et Farafangana,
dont l’objectif est pour des investissements en 2012 0 0 0 0
infrastructures, de l’appui-conseil aux producteurs, 2013 6 1 1 0
des actions de recherche appliquée/formation et Total 28 23 8,5 4
l’appui à la réforme foncière.
Il apparaît nettement que la certification à Ivato
d’apporter un appui en matière foncière aux est très faible par rapport à Ambila, tant par le
acteurs régionaux et locaux, ainsi qu’aux différents nombre que par la superficie. D’une manière
opérateurs intervenant sur la zone. Cet appui générale, les dynamismes de certification pour
s’inscrit dans le double cadre du suivi des guichets les GF dans la Région autour de Manakara et
fonciers dans la région et plus généralement du de Vohipeno restent en dessous de la moyenne
renforcement des compétences locales en matière nationale qui (37 CF contre 76 CF émis par an par
de gestion foncière.Le GF a reçu les premières Commune).
demandes de certification foncière en octobre
2010. L’appui de BVPI a cessé en 2012.

42
Trajectoire, activités, et appropriation du guichet foncier

5.2. Logiques de certification migrants – Antemoro allochtone ou mpiavy – qui


ne se sentent pas protégés (ou même menacés)
et profil des détenteurs par le système traditionnel en place. Certains
interlocuteurs annoncent le prix du certificat
foncier et le niveau d’instruction du chef de
D’une manière générale, une constante est
ménage comme des facteurs entrant en jeu. Selon
observée au niveau des deux Communes, et
leur opinion, les détenteurs de certificat sont
probablement au niveau des Communes en
souvent les ménages aisés ou dirigés par un chef
territoire Antemoro : aucun cas de certification
de ménage scolarisé : commerçants, fonctionnaires
des fatrange n’a été observé dans les deux
en activité ou retraités.
Communes. En effet, elle est confrontée à une
double objection : celle de la famille ou du lignage
A Ivato, ce sont des autochtones qui souhaitent
d’abord qui y voit une tentative d’individualisation
délimiter et individualiser leur propriété sur des
de la parcelle et donc de désolidarisation vis-à-
terres ambadika par rapport au fatrange de la
vis du groupe et de son identité, mais aussi de
famille. Les possesseurs qui n’ont pas demandé
distraction du patrimoine collectif indivis. Ensuite,
de certifier leurs terrains avancent parmi les
les autorités traditionnelles y trouvent une
principales raisons une question de priorité des
manifestation de rejet des valeurs traditionnelles,
dépenses, ainsi qu’une perception de sécurité
ou de marginalisation vis-à-vis de leur pouvoir.
foncière conférée par la confiance vis-à-vis de la
reconnaissance des voisions et la protection par
Les terres certifiées sont des terres ambadika
les autorités coutumières.
qui ont été achetées, héritées, appropriées par le
travail et la mise en valeur, et dans une mesure
Dans l’ensemble, les certificats fonciers sont
moindre les parcelles acquises dans le cadre
établis au nom des hommes, avec une proportion
d’une donation (spécifiquement en faveur des
faible mais signifiante pour les femmes : 4
femmes).
certificats sur les 28 délivrés à Ivato (14 %), et 51
certificats sur les 277 délivrés à Ambila (18 %).
A Ivato, la faible dynamique de certification liée
à la rareté des terres ambadika a été mise en
évidence. A Ambila, les fatrange ne sont pas aussi 5.3. Appropriation du dispositif
important par rapport à la taille de la Commune.
Les demandes de formalisation de la propriété par la population
privée non – titrée portent majoritairement dans
la zone de colline, notamment dans la partie
nord, défrichée et aménagée par les migrants
a. U
 n recours parallèle au système
pour la riziculture sur tanety. Les rizières de bas coutumier pour les minorités
– fonds relèvent pour la plupart de la propriété
des groupes autochtones en tant que fatrange. A Ambila, le dispositif du guichet foncier est
La certification est rare le long de la zone favorablement approprié comme un système de
littorale qui est généralement occupée par les sécurisation en parallèle au système coutumier,
ménages pêcheurs. D’une part, leurs activités essentiellement par les groupes qui se sentent
sont très peu associées à la production agricole, pas ou peu protégés par ce dernier. Il s’agit en
d’autre part, leur possession est souvent particulier des migrants et des femmes. Celles –ci
réduite à des minuscules parcelles – appelées voudraient disposer d’une preuve écrite de leurs
lelandrakaky – exploitées occasionnellement droits afin qu’on ne puisse plus leur retirer les
pour le maraîchage. terres offertes en donation par les parents ou les
frères.
A Ambila, les demandeurs et détenteurs de
certificat foncier sont majoritairement les

43
Trajectoire, activités, et appropriation du guichet foncier

Outre les groupes minoritaires, certains ménages aux systèmes coutumiers, l’ensemble des groupes
autochtones Antemoro commencent à adopter le autochtones Antemoro perçoit l’existence
certificat foncier dans des cas particuliers où du Guichet foncier comme une source de
ils se sentent lésés par les décisions des ainés fragilisation des valeurs traditionnelles, pouvant
pour les partages d’héritage, même à Ivato. Il éventuellement entraîner des conflits au sein des
s’agit davantage d’une démarche de prévention communautés.
des conflits entre cohéritiers que d’une
contestation ouverte du pouvoir des autorités. L’individualisation et la formalisation de la
Dans cette Commune, un jeune enquêté a propriété sont jugées par beaucoup contraires
déclaré que l’individualisation de la propriété et aux règles locales pour les terres du fatrange ou
sa formalisation permettraient d’éviter que les plus largement pour les terres indivises. Selon le
Mpanjaka et les aînés de la famille n’étendent bako, la terre doit être gérée par la communauté
leur mainmise même sur les terrains acquis et les instances traditionnelles. Dans la lignée
hors fatrange, et que ceux – ci n’abusent de philosophique des ancêtres, les terres nouvellement
leur prérogative de gestionnaire du patrimoine acquises, même hors fatrange sont destinées aux
ancestral ou familial, entre autres pour décider descendants pour maintenir la cohésion familiale
de mettre ces parcelles en debaka. et ne devront pas faire l’objet d’une appropriation
individuelle, source de l’éclatement de la cohésion
Ces stratégies ou échappatoires ne semblent pas familiale. Par ailleurs, la certification remettrait en
générer des conflits palpables ou de réactions question à leur opinion la prérogative et le pouvoir
frontales de la part des ainés ou notables. des dirigeants traditionnels puisqu’elle est basée
Certains déclaré comprendre l’attrait que les sur la reconnaissance et la formalisation par le
jeunes pourraient manifester vis-à-vis de la fanjakana, l’Etat central ou la Commune.
certification compte tenu de la raréfaction
des terres et de la prévalence des conflits qui Malgré la vision de la réforme foncière de faire
pourraient en découler. Par ailleurs, certains des Commissions de Reconnaissance Locale des
ménages commencent à réaliser que face aux liens évidents dans l’articulation du légitime et
opérateurs privés extérieurs aux communautés, du légal, plusieurs interlocuteurs ont pointé la
les seuls outils et institutions locaux ne suffisent déconnexion du processus de certification vis-à-
plus pour assurer une sécurité optimale. Pour vis des instances coutumières. Cette commission
eux, la certification n’est pas une substitution est généralement vue comme une tentative de
mais une stratégie de consolidation des droits. légitimation de la démarche de reconnaissance,
En général, une perception reste partagée par par l’intégration de pseudo-représentants de
la plupart des parties prenantes : le pouvoir la communauté. A Ivato, il est particulièrement
et le respect des autorités coutumières mal vu de ne pas avoir nommé les raiamandreny
restent entièrement légitimes pour les affaires to teny, ou consulté le mpitatranobe, dont la
intrafamiliales, intra – lignagères ou entre hiérarchie sociale, l’autorité, et les avis sont
groupes autochtones et allochtones Antemoro. respectés dans le système traditionnel. Le gage de
Cette assise est moins légitimée lorsque les fiabilité des procédures ainsi que la probité des
enjeux font intervenir des entités extérieures aux témoignages des membres des commissions sont
communautés (opérateurs privés, étrangers). aussi questionnés par beaucoup. Ces membres
ne peuvent pas toujours s’exprimer librement,
b. U
 ne concurrence au système certains préfèrent même rester silencieux, en cas
de litiges avec les voisins de la parcelle ou en face
traditionnel pour les autochtones d’autorités respectées, de crainte d’altérer les
liens sociaux.
Si les groupes minoritaires (migrants, femmes,
jeunes) voient en la certification foncière une
voie de sécurisation alternative ou additionnelle

44
encadré n° 8 : le Guichet foncier fragilise
les valeurs coutumières
Extraits de l’entretien avec le Ndrianony d’Ivato (traduction libre)
« …Ni moi, ni les autorités coutumières n’avons été consultés lors de la mise en place du Guichet
foncier d’Ivato. Ce manquement protocolaire est à l’origine notre indifférence et notre réticence
vis-à-vis de la certification foncière. Ensuite, les notables ne font pas partie des Commissions de
Reconnaissance Locale alors que celles-ci peuvent intégrer des personnes locales reconnues pour
leur savoir et leur autorité quant à la gestion foncière locale. C’est vrai que nous ne sommes pas
toujours disponibles au vu de nos différentes obligations et priorités, mais la désignation de re-
présentants appropriés au regard de l’organisation sociale Antemoro aurait été tout à fait faisable.
Les personnes qui représentent le pouvoir traditionnel doivent être, selon la hiérarchie et les règles
locales, désignées par leurs pairs et non par des personnes extérieures … ».

« … La mise en place du Guichet foncier [dans ces conditions] apparaît comme une intention de
concurrencer le pouvoir traditionnel et de fragiliser le bakon-drazana. La validation par la loi [de
l’Etat] de la propriété individuelle risquerait aussi de renforcer [cette fragilisation]. L’appropriation
individuelle du foncier est contraire aux valeurs ancestrales. Je reconnais qu’il y a eu des mutations
et que les ménages acquièrent aujourd’hui leurs propres parcelles et peuvent les enregistrer léga-
lement. De même, le patrimoine de la royauté (y compris le palais royal et les terres) fait partie des
rares terres titrées au niveau de la Commune d’Ivato. Mais les terres du fatrange ne devraient pas
faire l’objet de certification. La certification, en validant les droits à des individus, casse la flexibilité
du fatrange qui permet une redistribution des droits en fonction de l’arrivée de nouveaux membres
des lignages et, par conséquent, un maintien de la solidarité et de l’identité du groupe ».

« … le rôle des instances légales dans la médiation des conflits se développe au détriment de celui
des autorités coutumières. Toutes les réunions portant sur le foncier, qu’elles soient organisées par
la mairie ou par les opérateurs de développement, devraient consulter en amont et associer les
autorités traditionnelles. La force du bakon-drazana réside dans la réduction des conflits fonciers et
la préservation des biens de la population. L’élaboration du Dinan’i Matatàgna (« pacte de Matatà-
gna»), par les autorités traditionnelles, à la suite des prospections minières du Projet Mainland en
est une illustration. Cette convention définit que « quiconque vend ou cède des terrains collectifs,
de façon non concertée, directement ou indirectement à des personnes extérieures sera exclu de
la société Antemoro ».
Trajectoire, activités, et appropriation du guichet foncier

c. La certification collective : une temps de la colonisation imposable à tout individu


de plus de dix – huit ans. Ceux qui ne pouvaient
option inadaptée pas s’acquitter ont été sanctionnés par de corvées
lourdes et dégradantes, une des séquelles morales de
La certification collective des terres n’apparaît
la colonisation. L’imposition a été maintenue après
pas comme une option pratique pour ceux qui
la déclaration d’indépendance et supprimée en 1973
connaissent cette possibilité. D’abord, faute d’espace
sous le Gouvernement Ramanantsoa. Toutefois,
prévu à cet effet, il n’est pas possible d’inscrire de
son souvenir est resté dans la mémoire collective,
manière exhaustive tous les noms des ayants – droits
surtout parmi les plus âgés. Aussi, l’implantation
actuels ni dans le certificat foncier ni dans le registre
du guichet foncier a été précédée ou suivie par
parcellaire. Et même si ça aurait été possible par une
des rumeurs circulées par certains sur le retour de
adaptation quelconque des outils, il sera difficile de
l’imposition per capita et que la certification foncière
ressembler les noms de la diaspora dans la région,
est une démarche pour recenser les contribuables1.
dans les autres villes malagasy, ou à l’étranger.
L’amalgame entre les deux formes d’impôt, qui
L’omission d’un ou de plusieurs noms d’ayants –
sont très différentes dans leurs natures et fonds,
droits pourrait être interprété comme une intention
résulte d’une combinaison entre le manque de
d’exclusion des droits vis-à-vis du patrimoine
communication de la part du guichet foncier
commun, et donc source de conflits. Dans une
(notamment sur les notions de certificat foncier, impôt
moindre mesure, la modalité de rajout des nouveaux
foncier sur les terrains, et impôt per capita) et des
noms de fils ayant atteint l’âge d’hériter (zazalahy) a
manœuvres d’incompréhension ou de dénigrement
été soulevée.
intentionnel du dispositif. Particulièrement à Ivato,
l’arrivée du Guichet foncier a coïncidé avec la prise
L’option de n’inscrire que les noms des patriarches
en main de la Commune de la gestion de la fiscalité
familiaux ou lignagers (lohatrano) se heurte à deux
foncière. La Commune a engagé un vaste chantier
questions : d’abord, celle de la mise à jour des droits
de recensement des biens immobiliers bâtis et non
en cas de leur décès et de nomination de nouveau
– bâtis.
chef parmi la génération suivante (tovoho). Ensuite,
plusieurs craignent la tentation d’accaparement
Les questions de l’imposition foncière associée à la
du terrain par celui qui sera inscrit sur le certificat,
détention du certificat foncier est un vrai sujet de
comme il est donc le seul à être reconnu par la loi
débat aussi bien à Ambila qu’à Ivato. Après la question
comme propriétaire.
des interactions avec les systèmes coutumiers, elles
conditionnent les logiques de certification au niveau
D’une manière générale, une appréhension partagée
des ménages. La mission initiale du guichet foncier
apparaissait lors des interviews : la certification
est perçue par de nombreux habitants, non pas
et l’inscription des terrains familiaux à un seul
comme un dispositif de sécurisation, mais davantage
individu est un passage vers l’individualisation de la
comme un outil de collecte des impôts pour accroître
propriété. D’une part, elle pourrait fragiliser les liens
les ressources propres de la commune. Parmi les
familiaux, et d’autre part, elle pourrait inciter à la
personnes interviewées, certaines ont déclaré
marchandisation du patrimoine.
qu’elles seraient prêtes à certifier leurs terres et à
en supporter les coûts mais elles ne veulent pas que
d. L’impôt foncier, une démotivation leurs parcelles soient objets d’impôt. De même, la
à la certification discussion sur la certification collective se heurte à la
question de la part que chaque ayant – droit aurait à
Outre les raisons et appréhensions liées au respect
des règles coutumières, la méfiance de la population
vis-à-vis du certificat foncier trouve une autre 1. L’impôt per capita, destiné d’une part à encourager les jeunes
explication : la confusion avec l’impôt per capita. Le à travailler très tôt, et d’autre part à alimenter le budget des pro-
hetra isan – dahy était un impôt annuel instituée du vinces dans le temps, n’avait aucun lien avec la propriété foncière
des imposables ou avec l’impôt foncier sur les terrains.

46
Trajectoire, activités, et appropriation du guichet foncier

payer pour l’impôt foncier, et si certains seront plus auxquels font face le Guichet foncier2 appréhendent
chargés que d’autres. leur cessation d’activité imminente. Au final, ils se
méfient de ces dispositifs qu’ils assimilent à une
e. Le Guichet foncier, un instrument composante d’un projet de développement qui serait
amené à se retirer un jour.
au service du maire
Le « marketing institutionnel » du Guichet foncier accuse
Dans un contexte socio – culturel marqué par la aussi une lacune considérable. Peu de ménages sont bien
méfiance vis-à-vis du Fanjakana symbolisé par l’Etat informés sur le rôle du Guichet foncier, les procédures
et l’administration publique, le maire et l’exécutif de demande et de certification, la valeur juridique du
communal sont souvent considérés dans la région certificat foncier, etc. Cette situation est observée dans
Antemoro comme des représentants locaux de les deux Communes d’étude, mais surtout à Ivato. Selon
l’Etat central. Cette perception peut – être plus le maire, ce manque de communication est lié à la courte
accentuée lorsque le maire est actif dans la politique, durée d’accompagnement par le projet BVPI. Il affirme
particulièrement s’il est membre du courant politique que les actions de sensibilisation menées par la Commune
majoritaire du pouvoir. font face à des manœuvres de contre – communication
par les autorités coutumières. Il estime qu’il serait
Ce « paradigme » fait qu’une partie de la population peut – être plus efficace que les sensibilisations soient
perçoit le Guichet foncier comme un instrument menées par des personnes qui ne soient pas originaires
politique manipulé par le maire. Etant le seul signataire d’Ivato afin de s’affranchir des pressions sociales et de la
reconnu du certificat foncier, il est suspecté d’abuser résistance des autorités coutumières.
de son privilège pour influencer les demandeurs
pour adhérer à ses idéologies ou à son parti, ainsi L’affichage des prix fixes et leur mise en transparence
que pour favoriser sa famille et son entourage en leur contribuent aussi à la crédibilité du Guichet
facilitant l’accès à des terres et à leur formalisation. foncier. Certains usagers se plaignent qu’ils ont
A Ivato, le prix arbitraire appliqué et le manque de l’impression de payer davantage qu’ils ne devraient,
transparence sur les procédures de certification ont et que la certification de petites parcelles éparpillées
découragé plusieurs demandeurs pour poursuivre n’apparaissent pas au final rentable par rapport à
leur démarche. leur valeur marchande ou à la production agricole
récoltée. Les prix du certificat foncier ne semblent
Pour une frange des interviewés, le Guichet foncier toutefois pas au final être un facteur explicatif de
est perçu comme un mécanisme mis en place la faible popularité du Guichet foncier. En effet,
par l’Etat pour céder des terres à des personnes un rapport du cabinet BRL en 2013 a ressorti
étrangères aux communautés, ou pour légaliser que « la subvention des certificats n’entraîne pas
des spoliations de terres faites sur la terre de leurs systématiquement un plus grand nombre de demandes,
ancêtres. Des antécédents que ce soit à Ambila ou à tel que l’a prouvé les actions du projet BVPI dans douze
Ivato d’octroi de titres fonciers par l’administration communes du Sud – Est ».
à des étrangers proches des politiques renforcent
leurs appréhensions.

f. Une crédibilité et une légitimité


encore à asseoir 2. A Ivato, le Guichet foncier ne reçoit pratiquement pas de de-
mandes et les seuls certificats fonciers délivrés appartiennent aux
La faible fréquentation du Guichet foncier apparaît membres du personnel communal et à des proches du maire. Par
à la fois comme conséquence et cause de sa faible ailleurs, faute de salaire, l’Agent du guichet foncier a démissionné
et a été remplacé dans ses fonctions par le Secrétaire Trésorier
crédibilité, et crée un cercle vicieux. Les usagers Comptable. A Ambila, les difficultés financières font que les maté-
potentiels, en constatant les dysfonctionnements riels détériorés ne sont plus remplacés, les Agents perçoivent leur
salaire de manière irrégulière, et les indemnités des membres de la
Commission de Reconnaissance Locale ne sont pas payées.

47
6 DISCUSSIONS ET
RECOMMANDATIONS
Discussions et recommandations

6.1. L
 a civilisation Antemoro culturel fortement édifié sur les valeurs locales. A
Ivato, principal berceau de la civilisation Antemoro,
fortement enracinée mais et où les systèmes traditionnels sont encore très
ancrés, les statistiques sur la certification sont
en évolution. particulièrement faibles. Dans la Commune rurale
d’Ambila, connaissant un brassage social et

L
e respect des autorités coutumières et du culturel important, et situé assez loin du « noyau »
bako est encore fort au niveau des familles, géographique, la dynamique est plus marquée. En
des lignages, ou entre communautés général, les Guichets fonciers implantées dans
autochtones Antemoro et étrangers. La forte le territoire Antemoro connaissent les mêmes
hiérarchisation, la désignation de gardiens de trajectoires.
la tradition à chaque niveau hiérarchique du
groupe, et l’existence de systèmes de relève ou de
rotation sont autant d’éléments qui renforcent et
6.3. L
 ’individualisation, une
qui perpétuent les systèmes en place. Le ressenti menace aux valeurs
général annonce toutefois une certaine évolution
et une fragilisation liée à l’émergence de la communautaires.
nouvelle génération. D’une part, conscients de la
diminution de la taille des parcelles cultivables La faible appropriation du Guichet foncier et de la
inhérente à l’augmentation des dénominateurs, certification foncière trouverait quatre principales
les jeunes commencent à revendiquer des raisons relevant de dimensions institutionnelle,
parcelles individualisées et ont tendance à ne plus sociale, et foncière. D’abord, la faible culture de
« mettre en communauté » les terres acquises par la documentation des droits (petits papiers, titres
vente (tany ambadika). D’autre part, les ainés ou fonciers) qui prévaut dans la zone. Ensuite, la
les doyens chargés de veiller sur le patrimoine fréquentation du Guichet foncier et l’engagement
familial ou lignager sont suspectés de plus en plus d’une demande de formalisation des droits
de vendre ou de céder en hypothèque (debaka) des fonciers est assimilée à une forme de méfiance par
parcelles à des acquéreurs extérieurs à la famille rapport aux instances coutumières, à leur pouvoir,
sans aviser l’ensemble des ayants – droits. Ce et à la protection qu’elles confèrent. Après, les
constat a été confirmé par le Président du tribunal règles de gestion des fatrange, patrimoine indivis
de première instance de Manakara qui rapporte du lignage ou de la famille, ne prévoient pas leur
plusieurs conflits intra-lignagers liés à la cession individualisation qui induirait deux dimensions :
de terres par les lohatragno. les droits opposables au reste de la famille, et le
morcellement du patrimoine. Enfin, la volonté de
6.2. La dynamique de certifier son terrain est perçue comme une volonté
de se désolidariser ou même de porter atteinte à
certification conditionnée l’identité lignagère ou familiale. Outre les risques
ouverts à la marchandisation, elle peut entraîner
par la prégnance des règles l’accès des individus étrangers à la communauté.
coutumières.
6.4. L
 ’émergence de demandes
La forte emprise des règles coutumières transparaît
dans les systèmes de gestion locale du foncier. Il
de certification par des
apparaît à la lumière de l’étude que les faibles minorités.
dynamiques en matière de formalisation des
droits fonciers (par le titre et le certificat fonciers)
s’expliquent en grande partie par la présence d’un La solidité et la durabilité des systèmes en place se
environnement institutionnel, juridique, social, et trouvent confrontées à des paramètres intrinsèques

50
Discussions et recommandations

et extrinsèques : la réduction des superficies forcément passer par un morcellement ni par une
attribuables aux membres de la communauté au inscription, devrait être préservée. La formalisation
fil des générations, la crainte de la mainmise ou par un certificat ou un titre foncier collectif ne
des décisions d’attribution des droits d’usage par serait donc pas une option, car (i) elle suppose
les ainés jugées arbitraires ou inéquitables, le la reconnaissance des ayants – droits comme
souhait de se doter d’une sécurisation parallèle personne de droit moral, (ii) juridiquement, elle est
aux systèmes coutumiers dans certains contextes trop figée pour identifier et sécuriser l’ensemble des
(pour les terres ambadika, les femmes, les ayants – droits actuels et futurs. Il est proposée de
migrants, les jeunes). Ces paramètres incitent créer dans les aires à statuts spécifiques un statut
les ménages vers la certification des parcelles qui sécurise les espaces à tenure communautaire
acquises hors fatrange. coutumière (agricole comme les fatrange,
pastoral, ou forestier). Le principe serait basé
sur deux dimensions : d’abord, la reconnaissance
6.5. Faut – il renforcer la des règles coutumières existantes, sans que le
sécurité des fatrange par droit moderne n’interfère avec elles. Au mieux,
le droit moderne pourrait les entériner. Ensuite, il
des dispositions légales ? faudrait établir leur délimitation de manière claire,
participative et consensuelle. Cette délimitation
L’entretien avec les différentes parties prenantes serait à répertorier dans le Plan local d’occupation
a fait ressortir une perception générale de foncière et le Schéma d’Aménagement Communal.
confiance concernant la protection des fatrange Connaître la délimitation des fatrange servirait
contre les menaces extérieures. L’institution du d’une part à les protéger en cas d’immatriculation
Dinan’i Matatana dans le cadre de l’implantation ou de certification des terrains juxtaposés. D’autre
du projet Mainland en est une bonne illustration. part, la notion de superficie établie à partir de la
Les nécessités d’une sécurisation sont plutôt délimitation permettrait à la Commune d’asseoir
argumentées par d’autres paramètres : la crainte une base fiscale pour les impôts fonciers.
des ayants – droits d’une cession non – concertée La démarcation précise servirait notamment
par les chefs traditionnels ou les ainés (vente pour l’établissement de l’état des lieux en
ou debaka), les visées de délimitation dans le cas d’élaboration de Schéma d’Aménagement
cadre d’un aménagement communal (notamment Communal.
lorsque les fatrange sont adjacentes au domaine
forestier national ou à des zones de pâturage), 6.7. Quel rôle du Guichet
la clarification des « limites de compétence »
du Guichet foncier en matière de certification foncier dans le contexte
foncière des terres ambadika.
Antemoro ?
6.6. Sécuriser les espaces à Le rôle du Guichet foncier ne devrait pas être
tenure communautaire restreint à la seule mission d’instruction des
demandes de certification. Dans une perspective
coutumière. plus large, le Guichet foncier devrait être assimilé
à un service foncier communal avec un rôle plus
La flexibilité conférée par les modalités de étendu :
gestion traditionnelle des fatrange, autorisant (i)
la propriété collective « à la fois tout le monde - d’information des usagers sur la législation
et personne n’est propriétaire », et (ii) l’accès foncière, les statuts des terres, les procédures,
ou l’usage familial d’un bout de parcelle pour les instances traditionnelles et formelles de
tout ayant – droit revendiquant un lopin sans gestion des conflits fonciers ;

51
Discussions et recommandations

- de gestion de l’application et du respect Au vu de l’extension de la mission du Guichet foncier


du Schéma d’Aménagement Communal ; discutée au paragraphe précédent (élaboration du
de gestion de la fiscalité foncière, avec tout SAC, fiscalité foncière, délimitation des espaces à
l’accompagnement nécessaire discuté au tenure communautaire), le maire – actuel ou futur
paragraphe [h]; – sera toujours amené à solliciter la participation
- de sécurisation des espaces à tenure et l’appui des autorités traditionnelles. De même,
communautaire coutumière par rapport à des les projets ou ONG d’appui à la mise en place des
menaces émanant de l’administration, d’autres (futurs) Guichets fonciers dans la zone devraient
communautés, ou de tiers privés. appuyer les initiatives d’engagement du dialogue
avec les autorités coutumières dans tout le
processus.
Il serait donc réducteur de discuter de la faisabilité
et de la pertinence de la mise en place du Guichet
foncier sur les seuls arguments de l’importance des
superficies pouvant être certifiées. L’implantation
du Guichet foncier peut très bien s’articuler avec
les droits traditionnels dans la délimitation des
espaces à tenure communautaire coutumière.

6.8. Les modalités d’opération du


Guichet foncier conditionnent
leur intégration.
La consultation préalable des autorités
coutumières dès la phase de création du Guichet
foncier serait un facteur dans le sens de conforter
son intégration. Le diagnostic socio – foncier
préalable pourrait dans ce sens considérer le
diagramme des acteurs, le rapport des pouvoirs en
présence, et éventuellement la cartographie des
fatrange. Dans la phase d’opération du Guichet, des
formes d’association telle l’information préalable
de souhait de certification ou l’implication des
représentants des autorités coutumières dans
les Commissions de Reconnaissance Locale,
pourraient maintenir les liens entre les deux
systèmes. La collaboration avec les raiamandreny
to teny dans les séances d’information de la
population est essentielle à tous les stades de
mise en place du Guichet foncier, notamment sur
des thématiques sensibles : la fiscalité foncière, la
certification des terres ambadika, les niveaux de
résolution de conflits, etc.

Dans ce sens, l’intégration initiale du Guichet


foncier d’Ivato semble ratée mais pas irréversible.

52
7 RÉFÉRENCES
BIBLIOGRAPHIQUES
Références bibliographiques

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