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Formulation Variationnelle

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Chapitre 2

FORMULATION
VARIATIONNELLE DES
PROBLÈMES ELLIPTIQUES

I Généralités
L’approximation par éléments finis de certaines équations aux dérivées partielles pose naturellement
plusieurs questions. La première est celle de l’existence de solution à l’équation que l’on souhaite
résoudre. En effet, si l’équation n’a pas de solution, que calcule-t-on numériquement ? Néanmoins,
même si le problème que l’on étudie possède une solution, ce n’est pas suffisant. Il faut également
que cette solution varie continûment (dans un sens à préciser) en fonction des données. En effet,
en pratique, les données du problème ne sont connues qu’approximativement et on ne souhaite pas
que la solution que l’on calcule numériquement soit trop éloignée de la solution exacte. Enfin, on
souhaiterait pouvoir quantifier l’erreur commise par la méthode en fonction des éléments à notre
disposition (typiquement le maillage, le second memebre de l’équation, la donnée au bord, etc.).
Dans ce chapitre nous nous intéressons à l’analyse mathématique des équations aux dérivées par-
tielles de type elliptique qui correspondent à des modèles physiques stationnaires, c’est-à-dire in-
dépendants du temps. Nous allons montrer que les problèmes aux limites sont bien posés pour ces
e.d.p. elliptiques, c’est-à-dire qu’elles admettent une solution, unique, et dépendant continûment
des données. L’approche que nous allons suivre est appelée approche variationnelle. Elle généralise
en dimension infinie l’approche effectuée dans le premier chapitre. Disons tout de suite que l’inté-
rêt de cette approche dépasse, et de loin, le cadre des e.d.p. elliptiques et même le cadre d’analyse
mathématique “pure” auquel nous nous restreignons pour l’instant. En effet, elle sera cruciale pour
comprendre la méthode numérique des éléments finis que nous avons vu. Par ailleurs, cette approche
admet une interprétation physique ou mécanique très naturelle. Autant dire que le lecteur ne peut
pas faire l’économie de la présentation qui suit de cette approche variationnelle !
Au cours de ce chapitre, nous utiliserons l’exemple déjà vu du Laplacien (1.10), qui est le prototype
d’équation aux dérivées partielles de type elliptique que nous rappellons ci-dessous
(
−∆u = f dans Ω
(2.1)
u=0 sur ∂Ω
où nous imposons des conditions aux limites de Dirichlet. Dans (2.1), Ω est un ouvert de l’espace
RN , ∂Ω est son bord (ou frontière), f est un second membre (une donnée du problème), et u est
l’inconnue. Bien sûr, nous donnerons au Chapitre 4 de nombreux autres exemples d’équations aux
dérivées partielles de type elliptique qui peuvent s’étudier grâce à l’approche variationnelle.

Définition 2.1.
Soit Ω un ouvert de RN , Ω sa fermeture. On note C(Ω) (respectivement, C(Ω)) l’espace des fonctions
continues dans Ω (respectivement, dans Ω). Soit un entier k ≥ 0. On note C k (Ω) (respectivement,
C k (Ω)) l’espace des fonctions k fois continûment dérivables dans Ω (respectivement, dans Ω).

20
20
Une solution classique (on parle aussi de solution forte) de (2.1) est une solution u ∈ C 2 (Ω) ∩ C(Ω),
ce qui implique que le second membre f doit appartenir à C(Ω). Cette formulation classique pose
malheureusement un certain nombre de problèmes pour démontrer l’existence d’une solution. C’est
pourquoi nous remplacerons la formulation classique de (2.1) par une formulation, dite variation-
nelle, beaucoup plus avantageuse que nous avons déjà croisée, au moins dans des cas particuliers au
chapitre précédent.

Le plan de ce chapitre est le suivant. Dans la Section II nous rappelons quelques formules d’intégra-
tion par parties, dites formules de Green, puis nous définissons ce qu’est une formulation variation-
nelle. La Section III est consacrée au théorème de Lax-Milgram qui sera l’outil essentiel permettant
de démontrer des résultats d’existence et d’unicité de solutions de formulation variationnelle. Nous
verrons que pour pouvoir appliquer ce théorème il est inéluctable de devoir abandonner l’espace
C 1 (Ω) des fonctions continûment différentiables au profit de sa “généralisation”, l’espace de Sobolev
H 1 (Ω).

II Approche variationnelle

Le principe de l’approche variationnelle pour la résolution des équations aux dérivées partielles est
de remplacer l’équation par une formulation équivalente, dite variationnelle, obtenue en intégrant
l’équation multipliée par une fonction quelconque, dite test. Comme il est nécessaire de procéder à
des intégrations par parties dans l’établissement de la formulation variationnelle, nous commençons
par donner quelques résultats essentiels à ce sujet.

II.1 Formules de Green

Dans toute cette sous-section Ω est un ouvert de l’espace RN (borné ou non), dont le bord (ou la
frontière) est noté ∂Ω. Nous supposons aussi que Ω est un ouvert régulier de classe C 1 . La définition
précise d’un ouvert régulier est donné plus bas dans la Définition 2.14 au paragraphe IV.1, mais sa
connaissance n’est absolument pas nécessaire pour la bonne compréhension de la suite de ce cours. Il
suffit juste de savoir qu’un ouvert régulier est grosso modo un ouvert dont le bord est une hypersurface
(une variété de dimension N − 1) régulière, et que cet ouvert est localement situé d’un seul coté
de sa frontière. On définit alors la normale extérieure au bord ∂Ω comme étant le vecteur unité
n = (ni )1≤i≤N normal en tout point au plan tangent de Ω et pointant vers l’extérieur de Ω. Dans
Ω ⊂ RN on note dx la mesure volumique, ou mesure de Lebesgue de dimension N . Sur ∂Ω, on note
ds la mesure surfacique, ou mesure de Lebesgue de dimension N − 1 sur la variété ∂Ω. Le résultat
principal de cette sous-section est le théorème suivant que nous admettrons (voir le théorème 5.4.9

21
21
dans [7]).

Théorème 2.2.
[Formule de Green] Soit Ω un ouvert régulier de classe C 1 . Soit w une fonction de C 1 (Ω) à support
borné dans le fermé Ω. Alors elle vérifie la formule de Green
Z Z
∂w
(x) dx = w(x)ni (x) ds, (2.2)
Ω ∂xi ∂Ω

où ni est la i-ème composante de la normale extérieure unité de Ω.

Remarque 2.3.
Dire qu’une fonction régulière w a son support borné dans le fermé Ω veut dire qu’elle s’annule
à l’infini si le fermé n’est pas borné. On dit aussi que la fonction w a un support compact dans
Ω (attention : cela n’implique pas que w s’annule sur le bord ∂Ω). En particulier, l’hypothèse du
Théorème 2.2 à propos du support borné de la fonction w dans Ω est inutile si l’ouvert Ω est borné.
Si Ω n’est pas borné, cette hypothèse assure que les intégrales dans (2.2) sont finies.

Le Théorème 2.2 a de nombreux corollaires qui sont tous des conséquences immédiates de la formule
de Green (2.2). Le lecteur qui voudra économiser sa mémoire ne retiendra donc que la formule de
Green (2.2) ! Toutefois, nous ne saurions trop conseiller d’apprendre (par cœur) la formule de Green
du Corollaire 2.5 ci-dessous.

Corollaire 2.4.
[Formule d’intégration par parties] Soit Ω un ouvert régulier de classe C 1 . Soit u et v deux fonctions
de C 1 (Ω) à support borné dans le fermé Ω. Alors elles vérifient la formule d’intégration par parties
Z Z Z
∂v ∂u
u(x) (x) dx = − v(x) (x) dx + u(x)v(x)ni (x) ds. (2.3)
Ω ∂xi Ω ∂xi ∂Ω

Démonstration. Il suffit de prendre w = uv dans le Théorème 2.2. 

Corollaire 2.5.
Soit Ω un ouvert régulier de classe C 1 . Soit u une fonction de C 2 (Ω) et v une fonction de C 1 (Ω), toutes
deux à support borné dans le fermé Ω. Alors elles vérifient la formule d’intégration par parties
Z Z Z
∂u
∆u(x)v(x) dx = − ∇u(x) · ∇v(x) dx + (x)v(x) ds, (2.4)
Ω Ω ∂Ω ∂n
 
∂u
où ∇u = ∂x est le vecteur gradient de u, et ∂u ∂n
= ∇u · n.
i 1≤i≤N

∂u
Démonstration. On applique le Corollaire 2.4 à v et ∂xi
et on somme en i. 

II.2 Formulation variationnelle

Pour simplifier la présentation, nous supposons que l’ouvert Ω est borné et régulier, et que le second
membre f de (2.1) est continu sur Ω. Le résultat principal de cette sous-section est la proposition

22
22
suivante.

Proposition 2.6.

Soit u une fonction de C 2 (Ω). Soit X l’espace défini par


n o
X = φ ∈ C 1 (Ω) tel que φ = 0 sur ∂Ω .

Alors u est une solution du problème aux limites (2.1) si et seulement si u appartient à X et vérifie
l’égalité Z Z
∇u(x) · ∇v(x) dx = f (x)v(x) dx pour toute fonction v ∈ X. (2.5)
Ω Ω
L’égalité (2.5) est appelée la formulation variationnelle du problème aux limites (2.1).

Remarque 2.7.
Un intérêt immédiat de la formulation variationnelle (2.5) est qu’elle a un sens si la solution u est
seulement une fonction de C 1 (Ω), contrairement à la formulation “classique” (2.1) qui requiert que
u appartienne à C 2 (Ω). On pressent donc déjà qu’il est plus simple de résoudre (2.5) que (2.1) puis-
qu’on est moins exigeant sur la régularité de la solution.
Dans la formulation variationnelle (2.5), la fonction v est appelée fonction test. La formulation va-
riationnelle est aussi parfois appelée formulation faible du problème aux limites (2.1). En mécanique,
la formulation variationnelle est connue sous le nom de “principe des travaux virtuels”. En physique,
on parle aussi d’équation de bilan ou de formule de réciprocité.
Lorsqu’on prend v = u dans (2.5), on obtient ce qu’il est convenu d’appeler une égalité d’énergie,
qui exprime généralement l’égalité entre une énergie stockée dans le domaine Ω (le terme de gauche
de (2.5)) et une énergie potentielle associée à f (le terme de droite de (2.5)).

Démonstration. Si u est solution du problème aux limites (2.1), on multiplie l’équation par v ∈ X et
on utilise la formule d’intégration par parties du Corollaire 2.5
Z Z Z
∂u
∆u(x)v(x) dx = − ∇u(x) · ∇v(x) dx + (x)v(x) ds.
Ω Ω ∂Ω ∂n
Or v = 0 sur ∂Ω puisque v ∈ X, donc
Z Z
f (x)v(x) dx = ∇u(x) · ∇v(x) dx,
Ω Ω
qui n’est rien d’autre que la formule (2.5). Réciproquement, si u ∈ X vérifie (2.5), en utilisant “à
l’envers” la formule d’intégration par parties précédente on obtient
Z  
∆u(x) + f (x) v(x) dx = 0 pour toute fonction v ∈ X.

Comme (∆u + f ) est une fonction continue, grâce au Lemme 2.8 on conclut que −∆u(x) = f (x) pour
tout x ∈ Ω. Par ailleurs, comme u ∈ X, on retrouve la condition aux limites u = 0 sur ∂Ω, c’est-à-dire
que u est solution du problème aux limites (2.1). 

Lemme 2.8.
Soit Ω un ouvert de RN . Soit g(x) une fonction continue dans Ω. Si pour toute fonction φ de C ∞ (Ω)
à support compact dans Ω, on a Z
g(x)φ(x) dx = 0,

alors la fonction g est nulle dans Ω.

23
23
Démonstration. Supposons qu’il existe un point x0 ∈ Ω tel que g(x0 ) , 0. Sans perte de généralité, on
peut supposer que g(x0 ) > 0 (sinon on prend −g). Par continuité, il existe un petit voisinage ouvert
ω ⊂ Ω de x0 tel que g(x) > 0 pour tout x ∈ ω. Soit alors une fonction test positive, non nulle, φ à
support inclus dans ω. On a
Z Z
g(x)φ(x) dx = g(x)φ(x) dx = 0,
Ω ω

qui est une contradiction avec l’hypothèse sur g. Donc g(x) = 0 pour tout x ∈ Ω. 

Remarque 2.9.
En notation compacte on peut réécrire la formulation variationnelle (2.5) sous la forme : trouver
u ∈ X tel que
a(u, v) = L(v) pour toute fonction v ∈ X,
avec Z
a(u, v) = ∇u(x) · ∇v(x) dx

et Z
L(v) = f (x)v(x) dx,

où a(·, ·) est une forme bilinéaire sur X et L(·) est une forme linéaire sur X. C’est sous cette forme
abstraite que nous résoudrons (avec quelques hypothèses) la formulation variationnelle dans la pro-
chaine section.

L’idée principale de l’approche variationnelle est de montrer l’existence et l’unicité de la solution


de la formulation variationnelle (2.5), ce qui entraînera le même résultat pour l’équation (2.1) à
cause de la Proposition 2.6. En effet, nous allons voir qu’il existe une théorie à la fois simple et
puissante pour analyser les formulations variationnelles. Néanmoins cette théorie ne fonctionne que
si l’espace dans lequel on cherche la solution et dans lequel on prend les fonctions tests (dans les
notations précédentes, l’espace X) est un espace de Hilbert, ce qui n’est pas le cas pour X = {v ∈
C 1 (Ω), v = 0 sur ∂Ω} muni du produit scalaire “naturel” pour ce problème. La principale difficulté
dans l’application de l’approche variationnelle sera donc qu’il faudra utiliser un autre espace que X,
à savoir l’espace de Sobolev H01 (Ω) qui est bien un espace de Hilbert (voir le Chapitre 3).

III Théorie de Lax-Milgram

III.1 Cadre abstrait


Nous décrivons une théorie abstraite pour obtenir l’existence et l’unicité de la solution d’une formu-
lation variationnelle dans un espace de Hilbert réel V . Rappelons qu’un espace de Hilbert réel est
un espace vectoriel sur R, muni d’un produit
√ scalaire, noté hx, yi, qui est complet pour la norme as-
sociée à ce produit scalaire, notée kxk = hx, xi. (Un espace vectoriel normé est complet si toute suite
de Cauchy est une suite convergente dont la limite appartient à cet espace.) Suivant la Remarque 2.9
nous considérons une formulation variationnelle du type :

trouver u ∈ V tel que a(u, v) = L(v) pour toute fonction v ∈ V . (2.6)

Les hypothèses sur a et L sont


1 L(·) est une forme linéaire continue sur V , c’est-à-dire que v → L(v) est linéaire de V dans R et
il existe C > 0 tel que
|L(v)| ≤ Ckvk pour tout v ∈ V ;

24
24
2 a(·, ·) est une forme bilinéaire sur V , c’est-à-dire que w → a(w, v) est une forme linéaire de V
dans R pour tout v ∈ V , et v → a(w, v) est une forme linéaire de V dans R pour tout w ∈ V ;

3 a(·, ·) est continue, c’est-à-dire qu’il existe M > 0 tel que

|a(w, v)| ≤ Mkwk kvk pour tout w, v ∈ V ; (2.7)

4 a(·, ·) est coercive (ou elliptique), c’est-à-dire qu’il existe ν > 0 tel que

a(v, v) ≥ νkvk2 pour tout v ∈ V . (2.8)

Comme nous le verrons au cours de cette sous-section, toutes les hypothèses ci-dessus sont néces-
saires pour pouvoir résoudre (2.6). En particulier, la coercivité de a(·, ·) est essentielle.

Théorème 2.10.
[Lax-Milgram] Soit V un espace de Hilbert réel, L(·) une forme linéaire continue sur V , a(·, ·) une
forme bilinéaire continue coercive sur V . Alors la formulation variationnelle (2.6) admet une unique
solution. De plus cette solution dépend continûment de la forme linéaire L.

Démonstration. Pour tout w ∈ V , l’application v → a(w, v) et une forme linéaire continue sur V : par
conséquent, le théorème de représentation de Riesz entraîne qu’il existe un élément de V , noté A(w),
tel que
a(w, v) = hA(w), vi pour tout v ∈ V .
Par ailleurs, la bilinéarité de a(w, v) implique évidemment la linéarité de l’application w → A(w). De
plus, en prenant v = A(w), la continuité (2.7) de a(w, v) montre que

kA(w)k2 = a(w, A(w)) ≤ MkwkkA(w)k,

c’est-à-dire que kA(w)k ≤ Mkwk et donc w → A(w) est continue. Une autre application du Théorème
de représentation de Riesz implique qu’il existe un élément de V , noté f , tel que kf kV = kLkV 0 et

L(v) = hf , vi pour tout v ∈ V .

Finalement, le problème variationnel (2.6) est équivalent à :

trouver u ∈ V tel que A(u) = f . (2.9)

Pour démontrer le théorème il nous faut donc montrer que l’opérateur A est bijectif de V dans V (ce
qui implique l’existence et l’unicité de u) et que son inverse est continu (ce qui prouve la dépendance
continue de u par rapport à L).
La coercivité (2.8) de a(w, v) montre que

νkwk2 ≤ a(w, w) = hA(w), wi ≤ kA(w)kkwk,

ce qui donne
νkwk ≤ kA(w)k pour tout w ∈ V , (2.10)
c’est-à-dire que A est injectif. Pour montrer que A est surjectif, c’est-à-dire que Im(A) = V (ce qui
n’est pas évident si V est de dimension infinie), il suffit de montrer que Im(A) est fermé dans V et
que Im(A)⊥ = {0}. En effet, dans ce cas on voit que V = {0}⊥ = ( Im(A)⊥ )⊥ = Im(A) = Im(A), ce qui
prouve bien que A est surjectif. Soit A(wn ) une suite dans Im(A) qui converge vers b dans V . En vertu
de (2.10) on a
νkwn − wp k ≤ kA(wn ) − A(wp )k
qui tend vers zéro quand n et p tendent vers l’infini. Donc wn est une suite de Cauchy dans l’espace
de Hilbert V , c’est-à-dire qu’elle converge vers une limite w ∈ V . Alors, par continuité de A on en

25
25
déduit que A(wn ) converge vers A(w) = b, c’est-à-dire que b ∈ Im(A) et Im(A) est donc fermé. D’autre
part, soit v ∈ Im(A)⊥ ; la coercivité (2.8) de a(w, v) implique que
νkvk2 ≤ a(v, v) = hA(v), vi = 0,
c’est-à-dire que v = 0 et Im(A)⊥ = {0}, ce qui prouve que A est bijectif. Soit A−1 son inverse : l’inégalité
(2.10) avec w = A−1 (v) prouve que A−1 est continu, donc la solution u dépend continûment de f . 

Remarque 2.11.
Si l’espace de Hilbert V est de dimension finie (ce qui n’est cependant jamais le cas pour les appli-
cations que nous visons), la démonstration du Théorème 2.10 de Lax-Milgram se simplifie considé-
rablement. En effet, en dimension finie toutes les applications linéaires sont continues et l’injectivité
(2.10) de A est équivalent à son inversibilité. On voit bien dans ce cas (comme dans le cas général)
que l’hypothèse de coercivité de la forme bilinéaire a(w, v) est essentielle puisque c’est elle qui donne
l’injectivité de A. Remarquons pour finir que, si V = RN , une formulation variationnelle n’est que
l’écriture, hAu, vi = hf , vi pour tout v ∈ RN , d’un simple système linéaire Au = f .

Une formulation variationnelle possède souvent une interprétation physique, en particulier si la


forme bilinéaire est symétrique. En effet dans ce cas, la solution de la formulation variationnelle
(2.6) réalise le minimum d’une énergie (très naturelle en physique ou en mécanique).

Proposition 2.12.
On se place sous les hypothèses du Théorème 2.10 de Lax-Milgram. On suppose en plus que la forme
bilinéaire est symétrique a(w, v) = a(v, w) pour tout v, w ∈ V . Soit J(v) l’énergie définie pour v ∈ V par
1
J(v) = a(v, v) − L(v). (2.11)
2
Soit u ∈ V la solution unique de la formulation variationnelle (2.6). Alors u est aussi l’unique point
de minimum de l’énergie, c’est-à-dire que

J(u) = min J(v).


v∈V

Réciproquement, si u ∈ V est un point de minimum de l’énergie J(v), alors u est la solution unique
de la formulation variationnelle (2.6).

Démonstration. Si u est solution de la formulation variationnelle (2.6), on développe (grâce à la


symétrie de a)
1 1
J(u + v) = J(u) + a(v, v) + a(u, v) − L(v) = J(u) + a(v, v) ≥ J(u).
2 2
Comme u +v est quelconque dans V , u minimise bien l’énergie J dans V . Réciproquement, soit u ∈ V
tel que
J(u) = min J(v).
v∈V
Pour v ∈ V on définit une fonction j(t) = J(u + tv) de R dans R (il s’agit d’un polynôme du deuxième
degré en t). Comme t = 0 est un minimum de j, on en déduit que j 0 (0) = 0 qui, par un calcul simple,
est exactement la formulation variationnelle (2.6). 

III.2 Application au Laplacien


Essayons d’appliquer le Théorème 2.10 de Lax-Milgram à la formulation variationnelle (2.5) du La-
placien avec conditions aux limites de Dirichlet. Celle-ci s’écrit bien sous la forme (2.6) avec
Z
a(u, v) = ∇u(x) · ∇v(x) dx

26
26
et Z
L(v) = f (x)v(x) dx,

où clairement a(·, ·) est une forme bilinéaire, et L(·) une forme linéaire. L’espace V (noté précédem-
ment X) est n o
V = v ∈ C 1 (Ω), v = 0 sur ∂Ω . (2.12)
Comme produit scalaire sur V nous choisissons
Z
hw, vi = ∇w(x) · ∇v(x) dx, (2.13)

qui a pour norme associée


Z !1/2
2
kvk = |∇v(x)| dx .

On vérifie aisément que (2.13) définit un produit scalaire sur V : le seul point qui mérite de s’y
attarder est la propriété kvk = 0 ⇒ v = 0. En effet, de l’égalité
Z
|∇v(x)|2 dx = 0

on déduit que v est une constante dans Ω, et comme v = 0 sur ∂Ω on a bien v = 0. La motivation du
choix de (2.13) comme produit scalaire est bien sûr le fait que la forme bilinéaire a(·, ·) est automati-
quement coercive pour (2.13). On vérifie par ailleurs aisément que a est continue. Pour montrer que
L est continue, il faut faire appel à l’inégalité de Poincaré du Lemme 2.13 : on a alors
Z Z !1/2 Z !1/2
2 2
f (x)v(x) dx ≤ |f (x)| dx |v(x)| dx ≤ Ckvk,
Ω Ω Ω

où C est une constante qui dépend de f mais pas de v. Donc L est continue sur V . Toutes les hy-
pothèses du Théorème 2.10 de Lax-Milgram semblent vérifiées, et pourtant il en manque une qui
empêche son application : l’espace V n’est pas un espace de Hilbert car il n’est pas complet pour la
norme induite par (2.13) ! L’obstruction ne vient pas tant du choix du produit scalaire que de l’exi-
gence de régularité C 1 des fonctions de l’espace V . Une façon immédiate, quoique peu explicite, de
résoudre la difficulté est de remplacer V par V , sa fermeture pour le produit scalaire (2.13). Évidem-
ment, on n’a fait que déplacer la difficulté : à quoi peut bien ressembler l’espace V ? La réponse sera
apporté au Chapitre 3 : V est l’espace de Sobolev H01 (Ω) dont les éléments ne sont plus des fonctions
régulières mais seulement mesurables. Une autre difficulté sera de voir en quel sens la Proposition
2.6 (qui exprime l’équivalence entre le problème aux limites (2.1) et sa formulation variationnelle
(2.5)) reste vrai lorsque on remplace l’espace V par V .
Nous espérons avoir ainsi convaincu le lecteur du caractère naturel et inéluctable des espaces de
Sobolev dans la résolution des formulations variationnelles d’équations aux dérivées partielles
elliptiques. Terminons ce chapitre par un lemme technique, appelé inégalité de Poincaré, que nous
avons utilisé un peu plus haut.

Lemme 2.13.
Soit Ω un ouvert de RN borné dans au moins une direction de l’espace. Il existe une constante C > 0
telle que, pour toute fonction v ∈ C 1 (Ω) qui s’annule sur le bord ∂Ω,
Z Z
2
|v(x)| dx ≤ C |∇v(x)|2 dx.
Ω Ω

Démonstration. L’hypothèse sur le caractère borné de Ω dit (après une éventuelle rotation) que pour
tout x ∈ Ω la première composante x1 est bornée, −∞ < a ≤ x1 ≤ b < +∞. Soit v une fonction de C 1 (Ω)

27
27
qui est nulle sur ∂Ω. On peut l’étendre par continuité par zéro en dehors de Ω (v est alors une
fonction continue de classe C 1 par morceaux dans RN ) et écrire, pour x ∈ Ω,

Z x1
∂v
v(x) = (t, x2 , ..., xN ) dt,
a ∂x1

d’où l’on déduit par l’inégalité de Cauchy-Schwarz

Z x1 2 Z b 2
∂v ∂v
|v(x)|2 ≤ (x1 − a) (t, x2 , ..., xN ) dt ≤ (b − a) (t, x2 , ..., xN ) dt.
a ∂x1 a ∂x1

Intégrant sur Ω on obtient

Z Z Z b 2
2 ∂v
|v(x)| dx ≤ (b − a) (t, x2 , ..., xN ) dt dx,
Ω Ω a ∂x1

et permutant les deux intégrations par rapport à t et x1 , on conclut

Z Z 2 Z
2 2 ∂v
|v(x)| dx ≤ (b − a) (x) dx ≤ (b − a)2 |∇v(x)|2 dx.
Ω Ω ∂x1 Ω

IV Pour aller plus loin...

IV.1 Régularité des ouverts

Nous avons abondamment parlé de formules de Green et d’intégration sur des ouverts qui font in-
tervenir des termes où l’on doit intégrer sur le bord de l’ouvert. Si ce bord n’est pas assez régulier (on
peut penser à des bords fractals par exemple) les formules ne trouvent pas de sens direct. Dans tout
ce cours, les ouverts considérés seront suffisamment réguliers de sorte que les formules d’intégration
par parties de Green seront licites. Pour que le lecteur intéressé puisse comprendre les difficultés
inhérentes à ces questions, nous donnons ci-après les définitions correspondantes.

∂Ω

yN
Q+
ω0
φi
y0
ωi+1
Q
ωi
ωi−1
Figure 2.1 – Définition de la régularité d’un ouvert.

28
28
Définition 2.14.
On dit qu’un ouvert Ω de RN est régulier de classe C k (avec un entier k ≥ 1) s’il existe un nombre fini
d’ouverts (ωi )0≤i≤I tels que

ω0 ⊂ Ω, Ω ⊂ ∪Ii=0 ωi , ∂Ω ⊂ ∪Ii=1 ωi ,

et que, pour chaque i ∈ {1, ..., I} (voir la Figure 2.1), il existe une application bijective φi de classe C k ,
de ωi dans l’ensemble n o
Q = y = (y 0 , yN ) ∈ RN −1 × R, |y 0 | < 1, |yN | < 1 ,

dont l’inverse est aussi de classe C k , et telle que


n o
φi (ωi ∩ Ω) = Q ∩ y = (y 0 , yN ) ∈ RN −1 × R, yN > 0 = Q+ ,
n o
φi (ωi ∩ ∂Ω) = Q ∩ y = (y 0 , yN ) ∈ RN −1 × R, yN = 0 .

Ω Ω

Figure 2.2 – Deux exemples d’ouvert non régulier : ouvert fissuré à gauche, ouvert avec un point de
rebroussement à droite.

Remarque 2.15.
Bien que la Figure 2.1 représente un ouvert régulier qui est borné, la Définition 2.14 s’applique aussi
à des ouverts non bornés. La Définition 2.14 n’exclut pas seulement les ouverts dont le bord n’est
pas une surface régulière, mais elle exclut aussi les ouverts qui ne sont pas localement situé d’un
seul coté de leur frontière. La Figure 2.2 contient deux exemples typiques d’ouverts non réguliers
qui présentent une singularité irrémédiable, soit le long de la fissure, soit en un point de rebrousse-
ment. Ces exemples ne sont pas des “inventions mathématiques” : l’ouvert fissuré est typiquement
utilisé pour étudier les problèmes de fissures en mécanique des structures. On peut néanmoins gé-
néraliser un peu la classe des ouverts réguliers aux ouverts “réguliers par morceaux”, à condition
que ces morceaux de frontières se “recollent” en formant des angles différents de 0 (cas d’un point
de rebroussement) ou de 2π (cas d’une fissure).

IV.2 Notes historiques


Le théorème de Lax-Milgram est exactement une extension du théorème de représentation de Riesz,
dans lequel on a “remplacé” le produit scalaire par la forme bilinéaire a(·, ·). Il est facile de voir que
dans le cas où la forme bilinéaire a est symétrique, le théorème de Lax-Milgram se réduit au théo-
rème de représentation de Riesz. Toutefois, on constatera, par exemple en explorant les documents
disponibles sur internet en partant des pages Wikipedia consacrées aux deux théorèmes
• https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorème_de_représentation_de_Riesz_(Fréchet-Riesz)
• https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorème_de_Lax-Milgram
que le théorème de représentation de Riesz date de 1907 alors que celui de Lax-Milgram date de
1954 et est ainsi beaucoup plus contemporain.

29
29
Une version plus générale du théorème de Lax-Milgram appelée quelquefois le théorème de Lions-
Lax-Milgram, et qui date de 1971, permet de remplacer l’hypothèse de coercivité par la condition,
dite inf sup
a(u, v)
∃α > 0, inf∗ sup ≥ α.
u∈H v∈H ∗ kuk kvk

on laisse la preuve de ce théorème (qui suit les mêmes lignes que celles du théorème de Lax-Milgram
classique) au lecteur.
Pour information, Peter Lax, mathématicien hongrois, né en 1926, est toujours vivant à l’écriture de
ces lignes. Il a reçu le prix Abel, qui est une des plus hautes distinctions mathématiques, en 2005.

30
30
Exercices
01 Déduire de la formule de Green (2.2) les formules
Z Z Z Z
∇φ(x) dx = φ(x)n(x) ds , divσ (x) dx = σ (x) · n(x) ds
Ω ∂Ω Ω ∂Ω

puis la formule de Stokes


Z Z Z
divσ (x)φ(x) dx = − σ (x) · ∇φ(x) dx + σ (x) · n(x) φ(x) ds,
Ω Ω ∂Ω

où φ est une fonction scalaire de C 1 (Ω) et σ une fonction à valeurs vectorielles de C 1 (Ω), à
supports bornés dans le fermé Ω.

02 En dimension N = 3 on définit le rotationnel d’une fonction de Ω dans R3 , φ = (φ1 , φ2 , φ3 ),


comme la fonction de Ω dans R3 définie par
!
∂φ3 ∂φ2 ∂φ1 ∂φ3 ∂φ2 ∂φ1
rotφ = − , − , − .
∂x2 ∂x3 ∂x3 ∂x1 ∂x1 ∂x2

Pour φ et ψ, fonctions à valeurs vectorielles de C 1 (Ω), à supports bornés dans le fermé Ω,


déduire de la formule de Green (2.2)
Z Z Z
rotφ · ψ dx − φ · rotψ dx = − (φ × n) · ψ ds.
Ω Ω ∂Ω

03 On considère le Laplacien avec condition aux limites de Neumann


(
−∆u = f dans Ω
∂u (2.14)
∂n
=0 sur ∂Ω.

Soit u une fonction de C 2 (Ω). Montrer que u est une solution du problème aux limites (2.14)
si et seulement si u appartient à C 1 (Ω) et vérifie l’égalité
Z Z
∇u(x) · ∇v(x) dx = f (x)v(x) dx pour toute fonction v ∈ C 1 (Ω). (2.15)
Ω Ω

En déduire
R qu’une condition nécessaire d’existence d’une solution dans C 2 (Ω) de (2.14) est
que Ω f (x)dx = 0.

04 On considère l’équation des plaques





 ∆ (∆u) = f dans Ω
 u=0 sur ∂Ω

 (2.16)
 ∂u = 0

sur ∂Ω
∂n

∂v
On note X l’espace des fonctions v de C 2 (Ω) telles que v et ∂n s’annulent sur ∂Ω. Soit u une
4
fonction de C (Ω). Montrer que u vérifie (2.16) si et seulement si u appartient à X et
Z Z
∆u(x)∆v(x) dx = f (x)v(x) dx pour toute fonction v ∈ X. (2.17)
Ω Ω

31
31
05 Le but de cet exercice est de montrer que l’espace V , défini par (2.12) et muni du produit
scalaire (2.13), n’est pas complet. Soit Ω la boule unité ouverte de RN . Si N = 1, on définit
la suite
si − 1 < x < −n−1 ,


 −x − 1
2
(n/2)x − 1 + 1/(2n) si − n−1 ≤ x ≤ n−1 ,

un (x) = 


 x−1 si n−1 < x < 1.

Si N = 2, pour 0 < α < 1/2, on définit la suite

un (x) = | log(|x|2 + n−1 )|α/2 − | log(1 + n−1 )|α/2 .

Si N ≥ 3, pour 0 < β < (N − 2)/2, on définit la suite

1 1
un (x) = − .
(|x|2 + n−1 )β/2 (1 + n−1 )β/2

Montrer que la suite (un )n∈N est de Cauchy dans V mais qu’elle ne converge pas dans V
lorsque n tend vers l’infini.

32
32
Chapitre 3

ESPACES DE SOBOLEV

I Introduction et avertissement
Dans ce chapitre nous définissons les espaces de Sobolev qui sont les espaces “naturels” de fonc-
tions permettant de résoudre les formulations variationnelles d’équations aux dérivées partielles.
Physiquement, les espaces de Sobolev s’interprètent comme des espaces de fonctions d’énergie finie.
Ce chapitre est le plus “technique” de cet ouvrage et relève en partie d’un cours de mathématiques
“pures”. Il n’est pas nécessaire de connaître les démonstrations de tous les résultats de ce chapitre
(sauf pour les plus simples et les plus utiles) : ce qui importe ici, c’est l’esprit des résultats plus que
la lettre de leurs démonstrations.
Le plan de ce chapitre est le suivant. Comme les espaces de Sobolev se construisent à partir de
la notion de fonction mesurable et de l’espace L2 des fonctions de carrés sommables, la Section II
donne quelques rappels à ce sujet. On y introduit aussi la notion de dérivation faible. La Section
III contient toutes les définitions et les résultats qu’il faut absolument connaître sur les espaces de
Sobolev pour suivre le reste du cours. A la fin du chapitre le Tableau 3.1 récapitule tous les résultats
nécessaires pour la suite.

II Fonctions de carré sommable et dérivation faible

II.1 Quelques rappels d’intégration


Tous les résultats de cette sous-section sont détaillés dans le cours de mathématiques [7]. Soit Ω un
ouvert de RN muni de la mesure de Lebesgue. On définit l’espace L2 (Ω) des fonctions mesurables de
carré sommable dans Ω. Muni du produit scalaire
Z
hf , gi = f (x)g(x) dx,

L2 (Ω) est un espace de Hilbert (voir le théorème 3.3.2 de [7]). On note


Z !1/2
2
kf kL2 (Ω) = |f (x)| dx

la norme correspondante. Rappelons que les fonctions mesurables dans Ω sont définies presque
partout dans Ω : si on change les valeurs d’une fonction mesurable f sur un sous-ensemble de Ω de
mesure nulle, on ne change pas la fonction mesurable f . Autrement dit, deux fonctions mesurables
f et g seront dites égales si f (x) = g(x) presque partout dans Ω, c’est-à-dire s’il existe E ⊂ Ω tel que
la mesure de Lebesgue de E est nulle et f (x) = g(x) pour tout x ∈ (Ω \ E).
On note Cc∞ (Ω) (ou D(Ω)) l’espace des fonctions de classe C ∞ à support compact dans Ω. Remar-
quons que l’espace Cc∞ (Ω) n’est pas réduit à la seule fonction nulle partout (ce qui n’est pas évident !
Voir le corollaire 3.2.6 dans [7]). Notons aussi que les fonctions de Cc∞ (Ω) s’annulent, ainsi que toutes
leurs dérivées, sur le bord de Ω. Nous rappelons le résultat de densité suivant (voir le théorème 3.4.3

33
33
de [7])

Théorème 3.1.
L’espace Cc∞ (Ω) est dense dans L2 (Ω), c’est-à-dire que pour tout f ∈ L2 (Ω) il existe une suite fn ∈
Cc∞ (Ω) telle que
lim kf − fn kL2 (Ω) = 0.
n→+∞

Comme corollaire nous obtenons la généralisation immédiate du Lemme 2.8.

Corollaire 3.2.
Soit f ∈ L2 (Ω). Si pour toute fonction φ ∈ Cc∞ (Ω) on a
Z
f (x)φ(x) dx = 0,

alors f (x) = 0 presque partout dans Ω.

II.2 Dérivation faible


On définit tout d’abord le concept de dérivée faible dans L2 (Ω). Cette notion généralise la dérivation
usuelle (parfois appelée, par opposition, dérivation forte) et est un cas particulier de la dérivation au
sens des distributions (voir [7]).

Définition 3.3.
Soit v une fonction de L2 (Ω). On dit que v est dérivable au sens faible dans L2 (Ω) s’il existe des
fonctions wi ∈ L2 (Ω), pour i ∈ {1, ..., N }, telles que, pour toute fonction φ ∈ Cc∞ (Ω), on a
Z Z
∂φ
v(x) (x) dx = − wi (x)φ(x) dx.
Ω ∂xi Ω

∂v
Chaque wi est appelée la i-ème dérivée partielle faible de v et notée désormais ∂xi
.

∂v
La Définition 3.3 a bien un sens : en particulier, la notation wi = ∂x est univoque car, en vertu du
i
Corollaire 3.2, les fonctions wi sont uniques (si elles existent). Bien sûr, si v est dérivable au sens
usuel et que ses dérivées partielles appartiennent à L2 (Ω), alors les dérivées usuelle et faible de
v coïncident (utiliser le Corollaire 2.4). Donnons tout de suite un critère simple et pratique pour
déterminer si une fonction est dérivable au sens faible.

Lemme 3.4.
Soit v une fonction de L2 (Ω). S’il existe une constante C > 0 telle que, pour toute fonction φ ∈ Cc∞ (Ω)
et pour tout indice i ∈ {1, ..., N }, on a
Z
∂φ
v(x) (x) dx ≤ CkφkL2 (Ω) , (3.1)
Ω ∂xi

alors v est dérivable au sens faible.

Démonstration. Soit L la forme linéaire définie par


Z
∂φ
L(φ) = v(x) (x) dx.
Ω ∂xi

34
34
A priori L(φ) n’est définie que pour φ ∈ Cc∞ (Ω), mais grâce à l’inégalité (3.1), on peut étendre L par
continuité à toutes les fonctions de L2 (Ω) car Cc∞ (Ω) est dense dans L2 (Ω) d’après le Théorème 3.1.
En fait, l’inégalité (3.1) prouve que la forme linéaire L est continue sur L2 (Ω). En vertu du théorème
de représentation de Riesz, il existe une fonction (−wi ) ∈ L2 (Ω) telle que

Z
L(φ) = − wi (x)φ(x) dx,

ce qui prouve que v est dérivable au sens faible dans L2 (Ω). 


On retrouve un résultat bien connu pour la dérivée usuelle.

Proposition 3.5.
Soit v une fonction de L2 (Ω) dérivable au sens faible et telle que toutes ses dérivées partielles faibles
∂v
∂xi
, pour 1 ≤ i ≤ N , sont nulles. Alors, pour chaque composante connexe de Ω, il existe une constante
C telle que v(x) = C presque partout dans cette composante connexe.

On peut facilement généraliser la Définition 3.3 de la dérivée faible à certains opérateurs différentiels
qui ne font intervenir que certaines combinaisons de dérivées partielles (et non pas toutes). C’est par
exemple le cas de la divergence d’une fonction à valeurs vectorielles qui nous sera utile par la suite.

Définition 3.6.
Soit σ une fonction de Ω dans RN dont toutes les composantes appartiennent à L2 (Ω) (on note
σ ∈ L2 (Ω)N ). On dit que σ admet une divergence au sens faible dans L2 (Ω) s’il existe une fonction
w ∈ L2 (Ω) telle que, pour toute fonction φ ∈ Cc∞ (Ω), on a
Z Z
σ (x) · ∇φ(x) dx = − w(x)φ(x) dx.
Ω Ω

La fonction w est appelée la divergence faible de σ et notée désormais divσ .

La justification de la Définition 3.6 est que, si σ est une fonction régulière, alors une simple intégra-
tion par parties (voir le Corollaire 2.4) montre que l’on a bien w = divσ . Une généralisation facile du
critère de dérivation faible du Lemme 3.4 est donnée par le résultat suivant (dont nous laissons la
démonstration au lecteur en guise d’exercice).

Lemme 3.7.
Soit σ une fonction de L2 (Ω)N . S’il existe une constante C > 0 telle que, pour toute fonction φ ∈
Cc∞ (Ω), on a Z
σ (x) · ∇φ(x) dx ≤ CkφkL2 (Ω) ,

alors σ admet une divergence au sens faible.

35
35
III Définition et principales propriétés

III.1 Espace H 1 (Ω)

Définition 3.8.
Soit Ω un ouvert de RN . L’espace de Sobolev H 1 (Ω) est défini par
( )
1 2 ∂v 2
H (Ω) = v ∈ L (Ω) tel que ∀ i ∈ {1, ..., N } ∈ L (Ω) , (3.2)
∂xi

∂v
où ∂xi
est la dérivée partielle faible de v au sens de la Définition 3.3.

En physique ou en mécanique l’espace de Sobolev est souvent appelé espace d’énergie au sens où il
est constitué des fonctions d’énergie finie (c’est-à-dire de norme kukH 1 (Ω) finie). Les fonctions d’éner-
gie finie peuvent éventuellement être “singulières” ce qui a un sens physique possible (concentration
ou explosion locale de certaines grandeurs). On consultera avec intérêt les exemples explicites de
l’Exercice 6 et du Lemme 4.20.

Proposition 3.9.
Muni du produit scalaire Z  
hu, vi = u(x)v(x) + ∇u(x) · ∇v(x) dx (3.3)

et de la norme Z  !1/2

2 2
kukH 1 (Ω) = |u(x)| + |∇u(x)| dx

l’espace de Sobolev H 1 (Ω) est un espace de Hilbert.

Démonstration. Il est évident que (3.3) est bien un produit scalaire dans H 1 (Ω). Il reste donc à
montrer que H 1 (Ω) est complet pour la norme associée. Soit (un )n≥1 une suite de Cauchy dans H 1 (Ω).
Par définition de la norme de H 1 (Ω), (un )n≥1 ainsi que ( ∂un
)
∂x n≥1
pour i ∈ {1, ..., N } sont des suites de
i
Cauchy dans L2 (Ω). Comme L2 (Ω) est complet, il existe des limites u et wi telles que un converge
vers u et ∂u
∂xi
n
converge vers wi dans L2 (Ω). Or, par définition de la dérivée faible de un , pour toute
fonction φ ∈ Cc∞ (Ω), on a

Z Z
∂φ ∂un
un (x) (x) dx = − (x)φ(x) dx. (3.4)
Ω ∂xi Ω ∂xi

Passant à la limite n → +∞ dans (3.4), on obtient

Z Z
∂φ
u(x) (x) dx = − wi (x)φ(x) dx,
Ω ∂xi Ω

ce qui prouve que u est dérivable au sens faible et que wi est la i-ème dérivée partielle faible de u,
∂u
∂x
. Donc, u appartient bien à H 1 (Ω) et (un )n≥1 converge vers u dans H 1 (Ω). 
i

En dimension N ≥ 2, les fonctions de H 1 (Ω) ne sont en général ni continues ni bornées, comme le


montre l’exercice 6. La dimension N = 1 fait “exception” à la non-continuité des fonctions de H 1 (Ω)

36
36
comme l’affirme le lemme suivant où, sans perte de généralité, on prend Ω = (0, 1).

Lemme 3.10.
Pour toute fonction v ∈ H 1 (0, 1) et pour tout x, y ∈ [0, 1], on a
Zy
v(y) = v(x) + v 0 (s) ds. (3.5)
x

Plus généralement, pour tout x ∈ [0, 1], l’application v → v(x), définie de H 1 (0, 1) dans R, est une
forme linéaire continue sur H 1 (0, 1). En particulier, toute fonction v ∈ H 1 (0, 1) est continue sur [0, 1].

Il est très important en pratique de savoir si les fonctions régulières sont denses dans l’espace
de Sobolev H 1 (Ω). Cela justifie en partie la notion d’espace de Sobolev qui apparaît ainsi très sim-
plement comme l’ensemble des fonctions régulières complété par les limites de suites de fonctions
régulières dans la norme de l’énergie kukH 1 (Ω) . Cela permet de démontrer facilement de nombreuses
propriétés en les établissant d’abord sur les fonctions régulières puis en utilisant un argument de
“densité”.

Théorème 3.11.
[de densité] Si Ω est un ouvert borné régulier de classe C 1 , ou bien si Ω = RN N
+ , ou encore si Ω = R ,
∞ 1
alors Cc (Ω) est dense dans H (Ω).

Rappelons que la notation RN N


+ désigne le demi-espace {x ∈ R tel que xN > 0}.

Remarque 3.12.
L’espace Cc∞ (Ω) qui est dense dans H 1 (Ω) est constitué des fonctions régulières de classe C ∞ à sup-
port borné (ou compact) dans le fermé Ω. En particulier, si Ω est borné, toutes les fonctions de C ∞ (Ω)
ont nécessairement un support borné, et donc Cc∞ (Ω) = C ∞ (Ω). Précisons que les fonctions de Cc∞ (Ω)
ne s’annulent pas nécessairement sur le bord de l’ouvert Ω, ce qui différencie cet espace de Cc∞ (Ω)
(voir la Remarque 2.3). Par contre, si Ω n’est pas borné, les fonctions de Cc∞ (Ω) s’annulent “à l’infini”.

Remarque 3.13.
La notion de régularité d’un ouvert a été introduite dans la Définition 2.14. Il n’est pas nécessaire de
connaître précisément cette définition de la régularité d’un ouvert. Il suffit de savoir grosso modo que
l’on demande que le bord de l’ouvert soit une surface régulière et que l’on exclut certaines “patholo-
gies” (voir la Remarque 2.15).

III.2 Espace H01 (Ω)


Définissons maintenant un autre espace de Sobolev qui est un sous-espace de H 1 (Ω) et qui nous sera
très utile pour les problèmes avec conditions aux limites de Dirichlet.

Définition 3.14.
Soit Cc∞ (Ω) l’espace des fonctions de classe C ∞ à support compact dans Ω. L’espace de Sobolev H01 (Ω)
est défini comme l’adhérence de Cc∞ (Ω) dans H 1 (Ω).

On verra un peu plus loin (voir le Corollaire 3.21) que H01 (Ω) est en fait le sous-espace de H 1 (Ω)

37
37
constitué des fonctions qui s’annulent sur le bord ∂Ω puisque tel est le cas des fonctions de Cc∞ (Ω).
En général, H01 (Ω) est strictement plus petit que H 1 (Ω) car Cc∞ (Ω) est un sous-espace strict de
Cc∞ (Ω) (voir le Théorème 3.11 et la Remarque 3.12). Une exception importante est le cas où Ω = RN :
en effet, dans ce cas Ω = RN = Ω et le Théorème 3.11 affirme que Cc∞ (RN ) est dense dans H 1 (RN ),
donc on a H01 (RN ) = H 1 (RN ). Cette exception se comprend aisément puisque l’espace entier RN n’a
pas de bord.

Proposition 3.15.
Muni du produit scalaire (3.3) de H 1 (Ω), l’espace de Sobolev H01 (Ω) est un espace de Hilbert.

Démonstration. Par définition H01 (Ω) est un sous-espace fermé de H 1 (Ω) (qui est un espace de Hil-
bert), donc c’est aussi un espace de Hilbert. 

Un résultat essentiel pour les applications du prochain chapitre est l’inégalité suivante.

Proposition 3.16.
[Inégalité de Poincaré] Soit Ω un ouvert de RN borné dans au moins une direction de l’espace. Il
existe une constante C > 0 telle que, pour toute fonction v ∈ H01 (Ω),
Z Z
2
|v(x)| dx ≤ C |∇v(x)|2 dx. (3.6)
Ω Ω

Démonstration. Pour les fonctions v ∈ Cc∞ (Ω) on a déjà démontré l’inégalité de Poincaré (3.6) dans
le Lemme 2.13. Par un argument de densité le résultat reste vrai pour toute fonction v ∈ H01 (Ω). En
effet, comme Cc∞ (Ω) est dense dans H01 (Ω) (par sa Définition 3.14), il existe une suite vn ∈ Cc∞ (Ω)
telle que
Z  
2
lim kv − vn kH 1 (Ω) = lim |v − vn |2 + |∇(v − vn )|2 dx = 0.
n→+∞ n→+∞ Ω

En particulier, on en déduit que


Z Z Z Z
2 2 2
lim |vn | dx = |v| dx et lim |∇vn | dx = |∇v|2 dx.
n→+∞ Ω Ω n→+∞ Ω Ω

Par application du Lemme 2.13, on a


Z Z
2
|vn (x)| dx ≤ C |∇vn (x)|2 dx. (3.7)
Ω Ω

On passe alors à la limite n → +∞ dans chacun des deux termes de l’inégalité (3.7) pour obtenir le
résultat recherché. Ce type d’argument “par densité” sera très souvent repris par la suite. 

Remarque 3.17.
L’inégalité de Poincaré (3.6) n’est pas vraie pour les fonctions de H 1 (Ω). En effet, les fonctions
constantes (non nulles) annulent le terme de droite dans (3.6) mais pas le terme de gauche. L’hypo-
thèse sous-jacente essentielle dans l’inégalité de Poincaré est que les fonctions de H01 (Ω) s’annulent
sur le bord ∂Ω de l’ouvert Ω (voir la Remarque 3.22 pour des variantes de cette hypothèse).

Un corollaire important de l’inégalité de Poincaré est le résultat suivant qui fournit une norme équi-

38
38
valente plus simple dans H01 (Ω).

Corollaire 3.18.
Soit Ω un ouvert de RN borné dans au moins une direction de l’espace. Alors la semi-norme
Z !1/2
2
|v|H01 (Ω) = |∇v(x)| dx

est une norme sur H01 (Ω) équivalente à la norme usuelle induite par celle de H 1 (Ω).

Démonstration. Soit v ∈ H01 (Ω). La première inégalité


Z  !1/2

2 2
|v|H01 (Ω) ≤ kvkH 1 (Ω) = |v| + |∇v| dx

est évidente. D’autre part, l’inégalité de Poincaré du Lemme 2.13 conduit à


Z
2
kvkH 1 (Ω) ≤ (C + 1) |∇v|2 dx = (C + 1)|v|2H 1 (Ω) ,
Ω 0

ce qui prouve que |v|H01 (Ω) est une norme équivalente à kvkH 1 (Ω) . 

III.3 Traces et formules de Green


Nous avons vu qu’en dimension N ≥ 2 les fonctions de H 1 (Ω) ne sont pas continues (voir le contre-
exemple de l’Exercice 6). Comme pour toute fonction mesurable, on ne peut donc parler de la valeur
ponctuelle d’une fonction v ∈ H 1 (Ω) que “presque partout” dans Ω. En particulier, il n’est pas clair
de savoir si on peut définir la “valeur au bord”, ou “trace” de v sur le bord ∂Ω car ∂Ω est un en-
semble négligeable ou de mesure nulle. Fort heureusement pour les problèmes aux limites que nous
étudions, il y a tout de même un moyen pour définir la trace v|∂Ω d’une fonction de H 1 (Ω). Ce résul-
tat essentiel, appelé théorème de trace, est le suivant.

Théorème 3.19.
[de trace] Soit Ω un ouvert borné régulier de classe C 1 , ou bien Ω = RN
+ . On définit l’application trace
γ0
H 1 (Ω) ∩ C(Ω) → L2 (∂Ω) ∩ C(∂Ω)
(3.8)
v → γ0 (v) = v|∂Ω .
Cette application γ0 se prolonge par continuité en une application linéaire continue de H 1 (Ω) dans
L2 (∂Ω), notée encore γ0 . En particulier, il existe une constante C > 0 telle que, pour toute fonction
v ∈ H 1 (Ω), on a
kvkL2 (∂Ω) ≤ CkvkH 1 (Ω) . (3.9)

Remarque 3.20.
Grâce au Théorème de trace 3.19 on peut donc parler de la valeur d’une fonction de H 1 (Ω) sur le
bord ∂Ω. Ce résultat est remarquable car il n’est pas vrai pour une fonction de L2 (Ω).

Démonstration. Démontrons le résultat pour le demi-espace Ω = RN N


+ = {x ∈ R , xN > 0}. Soit v ∈
N
Cc∞ (R+ ). Avec la notation x = (x0 , xN ), on a
Z +∞
0 2 ∂v 0
|v(x , 0)| = −2 v(x0 , xN ) (x , xN ) dxN ,
0 ∂xN

39
39
et, en utilisant l’inégalité 2ab ≤ a2 + b2 ,
Z +∞ 2!
0 2 0 2 ∂v 0
|v(x , 0)| ≤ |v(x , xN )| + (x , xN ) dxN .
0 ∂xN

Par intégration en x0 , on en déduit


Z Z 2!
∂v
|v(x0 , 0)|2 dx0 ≤ 2
|v(x)| + (x) dx,
RN −1 RN
+
∂xN

c’est-à-dire kvkL2 (∂RN+ ) ≤ kvkH 1 (RN+ ) . Par densité de Cc∞ (RN 1 N


+ ) dans H (R+ ), on obtient ainsi le résultat.
Pour un ouvert borné régulier de classe C 1 , on utilise un argument de cartes locales du bord qui
permet de se ramener au cas de Ω = RN + . Nous ne détaillons pas cet argument de cartes locales (assez
technique) et nous renvoyons le lecteur curieux à [1]. 
Le Théorème de trace 3.19 permet de généraliser aux fonctions de H 1 (Ω) la formule de Green précé-
demment établie pour des fonctions de classe C 1 au Corollaire 2.4.

Théorème III.1 (Formule de Green) Soit Ω un ouvert borné régulier de classe C 1 . Si u et v sont des
fonctions de H 1 (Ω), elles vérifient
Z Z Z
∂v ∂u
u(x) (x) dx = − v(x) (x) dx + u(x)v(x)ni (x) ds, (3.10)
Ω ∂xi Ω ∂xi ∂Ω

où n = (ni )1≤i≤N est la normale unité extérieure à ∂Ω.

Démonstration. Rappelons que la formule (3.10) a été établie pour des fonctions de classe C 1 dans
le Corollaire 2.4. On utilise à nouveau un argument de densité. Par densité de Cc∞ (Ω) dans H 1 (Ω)
(voir le Théorème 3.11), il existe des suites (un )n≥1 et (vn )n≥1 dans Cc∞ (Ω) qui convergent dans H 1 (Ω)
vers u et v, respectivement. En vertu du Corollaire 2.4 on a
Z Z Z
∂vn ∂un
un dx = − vn dx + un vn ni ds. (3.11)
Ω ∂xi Ω ∂xi ∂Ω

∂un
On peut passer à la limite n → +∞ dans les deux premiers termes de (3.11) car un et ∂xi
(respec-
tivement, vn et ∂v n
∂xi
∂u
) convergent vers u et ∂x ∂v
(respectivement, v et ∂x ) dans L2 (Ω). Pour passer à la
i i
limite dans la dernière intégrale de (3.11), on utilise la continuité de l’application trace γ0 , c’est-à-
dire l’inégalité (3.9), qui permet d’affirmer que γ0 (un ) (respectivement, γ0 (vn )) converge vers γ0 (u)
(respectivement, γ0 (v)) dans L2 (∂Ω). On obtient ainsi la formule (3.10) pour des fonctions u et v de
H 1 (Ω). 
Comme conséquence du Théorème de trace 3.19 on obtient une caractérisation très simple de l’espace
H01 (Ω).

Corollaire 3.21.
Soit Ω un ouvert borné régulier de classe C 1 . L’espace H01 (Ω) coïncide avec le sous-espace de H 1 (Ω)
constitué des fonctions qui s’annulent sur le bord ∂Ω.
Démonstration. Comme toute fonction de H01 (Ω) est limite d’une suite de fonctions appartenant à
Cc∞ (Ω) qui ont bien sûr une trace nulle, la continuité de l’application trace γ0 implique que la trace
de la limite est aussi nulle. On en déduit que H01 (Ω) est contenu dans le sous-espace de H 1 (Ω) des
fonctions qui s’annulent sur le bord ∂Ω. La réciproque est plus technique et découle d’un double
procédé de cartes locales puis de régularisation et de translation. Nous renvoyons à [1], [8], [28] pour
plus de détails. 
Grâce au Corollaire 3.21 nous pouvons donner une autre démonstration de la Proposition 3.16 à
propos de l’inégalité de Poincaré. Cette nouvelle démonstration n’est plus “constructive” mais est

40
40
basée sur un argument de contradiction qui possède le mérite de se généraliser très facilement. En
effet, il existe de nombreuses variantes de l’inégalité de Poincaré, adaptées aux différents modèles
d’équations aux dérivées partielles. Au vu de l’importance de cette inégalité pour la suite, il n’est
donc pas inutile d’en donner une démonstration aisément adaptable à tous les cas de figure.

 Autre démonstration de la Proposition 3.16. On procède par contradiction. S’il n’existe pas de
constante C > 0 telle que, pour toute fonction v ∈ H01 (Ω),
Z Z
2
|v(x)| dx ≤ C |∇v(x)|2 dx,
Ω Ω

cela veut dire qu’il existe une suite vn ∈ H01 (Ω) telle que
Z Z
2
1= |vn (x)| dx > n |∇vn (x)|2 dx. (3.12)
Ω Ω

En particulier, (3.12) implique que la suite vn est bornée dans H01 (Ω). Par application du Théorème
de Rellich 3.23 ci-dessous, il existe une sous-suite vn0 qui converge dans L2 (Ω). De plus, (3.12) montre
que la suite ∇vn0 converge vers zéro dans L2 (Ω) (composante par composante). Par conséquent, vn0
est une suite de Cauchy dans H01 (Ω), qui est un espace de Hilbert, donc elle converge dans H01 (Ω)
vers une limite v. Comme on a
Z Z
2 1
|∇v(x)| dx = lim |∇vn (x)|2 dx ≤ lim = 0,
Ω n→+∞ Ω n→+∞ n

on en déduit, en vertu du Lemme 3.5, que v est une constante dans chaque composante connexe de
Ω. Mais comme v est nulle sur le bord ∂Ω (en vertu du Corollaire 3.21), v est identiquement nulle
dans tout Ω. Par ailleurs,
Z Z
2
|v(x)| dx = lim |vn (x)|2 dx = 1,
Ω n→+∞ Ω

ce qui est une contradiction avec le fait que v = 0. 




Remarque 3.22.
La démonstration par contradiction de la Proposition 3.16 se généralise facilement. Prenons par
exemple, le cas d’un ouvert Ω, borné connexe et régulier de classe C 1 , dont le bord ∂Ω se décompose
en deux parties disjointes régulières ∂ΩN et ∂ΩD dont les mesures superficielles sont non nulles. On
définit un espace V par
V = {v ∈ H 1 (Ω) tel que v = 0 sur ∂ΩD }.
Par application du Théorème de trace 3.19, il est facile de voir que V est un sous-espace fermé
de H 1 (Ω), donc est un espace de Hilbert pour le produit scalaire de H 1 (Ω). Comme pour H01 (Ω),
l’argument de contradiction permet de démontrer l’existence d’une constante C > 0 telle que toute
fonction v ∈ V vérifie l’inégalité de Poincaré (3.6).

III.4 Un résultat de compacité


Nous consacrons cette sous-section à l’étude d’une propriété de compacité connue sous le nom de
théorème de Rellich qui jouera un rôle essentiel dans la théorie spectrale des problèmes aux limites
(voir le Chapitre 7) que nous utiliserons pour résoudre les problèmes d’évolution en temps. Rap-
pelons tout d’abord que, dans un espace de Hilbert de dimension infinie, il n’est pas vrai que, de

41
41
toute suite bornée, on puisse extraire une sous-suite convergente (au contraire de ce qui se passe en
dimension finie, voir l’Exercice 7).

Théorème 3.23.
[Théorème de Rellich] Si Ω est un ouvert borné régulier de classe C 1 , alors de toute suite bornée de
H 1 (Ω) on peut extraire une sous-suite convergente dans L2 (Ω) (on dit que l’injection canonique de
H 1 (Ω) dans L2 (Ω) est compacte).

Le Théorème 3.23 peut être faux si l’ouvert Ω n’est pas borné. Par exemple, si Ω = RN , l’injection
canonique de H 1 (RN ) dans L2 (RN ) n’est pas compacte. Pour s’en convaincre il suffit de considérer la
suite un (x) = u(x + ne) où e est un vecteur non nul et u une fonction de H 1 (RN ) (on translate u dans
la direction e). Il est clair qu’aucune sous-suite de un ne converge dans L2 (RN ).

Remarque 3.24.
Si l’on remplace H 1 (Ω) par H01 (Ω), alors non seulement le Théorème 3.23 de Rellich reste vrai, mais
en plus il n’est pas nécessaire de supposer que l’ouvert Ω est régulier.

III.5 Espaces H m (Ω)


On peut aisément généraliser la Définition 3.8 de l’espace de Sobolev H 1 (Ω) aux fonctions qui sont
m ≥ 0 fois dérivables au sens faible. Commençons par donner une convention d’écriture bien utile.
Soit α = (α1 , ..., αN ) un multi-incide, c’est-à-dire un vecteur à N composantes entières positives αi ≥
0. On note |α| = N
P
i=1 αi et, pour une fonction v,

∂|α| v
∂α v(x) = α α (x).
∂x1 1 · · · ∂xNN
A partir de la Définition 3.3 de la dérivée première faible, on définit par récurrence sur m la dérivée
d’ordre m faible : on dit qu’une fonction v ∈ L2 (Ω) est m fois dérivable au sens faible si toutes ses
dérivées partielles faibles d’ordre m − 1 sont dérivables faiblement au sens de la Définition 3.3. Re-
marquons que, dans la définition d’une dérivée croisée, l’ordre de dérivation n’est pas important, à
2 2
cause du théorème de Schwarz ∂x∂ ∂x v
= ∂x∂ ∂xv
, ce qui justifie la notation ∂α v où l’ordre de dérivation
i j j i
n’est pas indiqué.

Définition 3.25.
Pour un entier m ≥ 0, l’espace de Sobolev H m (Ω) est défini par
n o
H m (Ω) = v ∈ L2 (Ω) tel que, ∀ α avec |α| ≤ m, ∂α v ∈ L2 (Ω) , (3.13)

où la dérivée partielle ∂α v est à prendre au sens faible.

Nous laissons au lecteur le soin de vérifier le résultat facile suivant.

Proposition 3.26.
Muni du produit scalaire Z X
hu, vi = ∂α u(x)∂α v(x) dx (3.14)
Ω |α|≤m

et de la norme kukH m (Ω) = hu, ui, l’espace de Sobolev H m (Ω) est un espace de Hilbert.

42
42
Les fonctions de H m (Ω) ne sont pas toujours continues ou régulières (cela dépend de m et de la
dimension N ), mais si m est suffisamment grand alors toute fonction de H m (Ω) est continue. Rappe-
lons qu’en vertu du Lemme 3.10, en dimension d’espace N = 1, les fonctions de H 1 (Ω) sont continues.
Nous admettrons le résultat suivant qui généralise le Lemme 3.10 aux dimensions supérieures.

Théorème 3.27.
Si Ω est un ouvert borné régulier de classe C 1 , et si m > N /2, alors H m (Ω) est un sous-espace de
l’ensemble C(Ω) des fonctions continues sur Ω.

Remarque 3.28.
Par application réitérée du Théorème 3.27 à une fonction et à ses dérivées, on peut en fait améliorer
sa conclusion. S’il existe un entier k ≥ 0 tel que m − N /2 > k, alors H m (Ω) est un sous-espace de
l’ensemble C k (Ω) des fonctions k fois différentiables sur Ω.

La “morale” du Théorème 3.27 est que plus m est grand, plus les fonctions de H m (Ω) sont régulières,
c’est-à-dire dérivables au sens usuel (il suffit d’appliquer successivement le Théorème 3.27 à une
fonction v ∈ H m (Ω) et à ses dérivées ∂α v ∈ H m−|α| (Ω)).
Comme pour H 1 (Ω), les fonctions régulières sont denses dans H m (Ω) (si du moins l’ouvert Ω est
régulier ; voir la Définition 2.14). La démonstration du Théorème de densité 3.11 se généralise très
facilement à H m (Ω). Nous ne la répéterons pas et nous énonçons seulement le résultat de densité
suivant.

Théorème 3.29.
Si Ω est un ouvert borné régulier de classe C m , ou bien si Ω = RN ∞ m
+ , alors Cc (Ω) est dense dans H (Ω).

On peut aussi obtenir des résultats de trace et des formules de Green d’ordre plus élevés pour l’espace
H m (Ω). Par souci de simplicité, nous nous contentons de traiter le cas m = 2 (qui est le seul que nous
utiliserons par la suite).

Théorème 3.30.
Soit Ω un ouvert borné régulier de classe C 1 . On définit l’application trace γ1

H 2 (Ω) ∩ C 1 (Ω) → L2 (∂Ω) ∩ C(∂Ω)


∂v (3.15)
v → γ1 (v) = ,
∂n ∂Ω
∂v
avec ∂n = ∇u · n. Cette application γ1 se prolonge par continuité en une application linéaire continue
de H (Ω) dans L2 (∂Ω). En particulier, il existe une constante C > 0 telle que, pour toute fonction
2

v ∈ H 2 (Ω), on a
∂v
≤ CkvkH 2 (Ω) . (3.16)
∂n L2 (∂Ω)

Démonstration. L’existence de l’application trace γ1 (et ses propriétés) est une simple conséquence
du précédent Théorème de trace 3.19 pour les fonctions de H 1 (Ω). En effet, si v ∈ H 2 (Ω), alors
∇v ∈ H 1 (Ω)N et on peut donc définir la trace de ∇v sur ∂Ω comme une fonction de L2 (∂Ω)N . Comme
∂v
la normale est une fonction continue bornée sur ∂Ω, on en déduit bien que ∂n ∈ L2 (∂Ω). 

Le Théorème de trace 3.30 permet de généraliser aux fonctions de H 2 (Ω) une formule de Green

43
43
précédemment établie pour des fonctions de classe C 2 au Corollaire 2.5.

Théorème 3.31.
Soit Ω un ouvert borné régulier de classe C 2 . Si u ∈ H 2 (Ω) et v ∈ H 1 (Ω), on a
Z Z Z
∂u
∆u(x)v(x) dx = − ∇u(x) · ∇v(x) dx + (x)v(x) ds. (3.17)
Ω Ω ∂Ω ∂n

Démonstration. Comme (3.17) est vraie pour des fonctions de classe C 2 et que les fonctions régu-
lières sont denses dans H 2 (Ω) et H 1 (Ω), on utilise un argument de densité. Nous renvoyons à la
démonstration du Théorème III.1 pour plus de détails. Le seul argument nouveau ici est qu’il faut
utiliser la continuité de l’application trace γ1 , c’est-à-dire l’inégalité (3.16). 

44
44
Lemme 3.4 uZ∈ L2 (Ω) est dérivable au sens faible si, ∀ i,
∂φ
(dérivation faible) u dx ≤ CkφkL2 (Ω) ∀ φ ∈ Cc∞ (Ω)
Ω ∂xi

Proposition 3.9 H 1 (Ω) est un espace


Z de Hilbert pour le produit
scalaire hu, vi = (∇u · ∇v + uv) dx

Théorème 3.11 Cc∞ (Ω) est dense dans H 1 (Ω)


(théorème de densité)

Proposition 3.16 ∀ u ∈ H01 (Ω) (Ω borné)


(inégalité de Poincaré) kukL2 (Ω) ≤ Ck∇ukL2 (Ω)

Théorème 3.19 u → u|∂Ω application continue


(théorème de trace) de H 1 (Ω) dans L2 (∂Ω)

Théorème III.1 1
Z u, v ∈ H (Ω) Z
∀ Z
∂v ∂u
(formule de Green) u dx = − v dx + uv ni ds
Ω ∂xi Ω ∂xi ∂Ω

Corollaire 3.21 H01 (Ω) est le sous-espace des fonctions de H 1 (Ω)


(caractérisation de H01 (Ω)) qui s’annulent sur ∂Ω

Théorème 3.23 l’injection de H 1 (Ω) dans L2 (Ω) est compacte


(théorème de Rellich) (Ω borné régulier)

Théorème 3.31 2 1
Z u ∈ H (Ω), v ∈
∀ Z H (Ω) Z
∂u
(formule de Green) v∆u dx = − ∇u · ∇v dx + v ds
Ω Ω ∂Ω ∂n

Table 3.1 – Principaux résultats sur les espaces de Sobolev qu’il faut absolument connaître.

IV Pour aller plus loin...


La notion de dérivée faible apparaît pour la première fois dans l’article célèbre de J. Leray sur la
construction de solutions aux équations de Navier-Stokes [23] qui est un sinon le papier fondateur
de toute l’analyse fonctionnelle et la résolution d’équations aux dérivées partielles par ces méthodes.
La dérivée faible a été généralisée dans la théorie des Distributions de L. Schwartz [30] peu de temps
après, en 1937, qui lui vaudra la médaille Fields en 1950.
La questions des traces et de la régularité sous-jacente, en particulier la description de l’image de
l’application trace de H 1 (Ω) et donc de sa potentielle surjectivité, a étonné les mathématiciens re-
lativement tôt. Le lecteur intéressé pourra lire l’article de Hadamard, dont le niveau mathématique
est largement accessible [22]. En effet, Hadamard montre que le principe de minimisation de Diri-
chlet n’est pas valide lorsque l’on souhaite résoudre un problème de Laplace sur un disque dont la
condition au bord n’est pas assez régulière. On sait depuis que pour trouver une solution H 1 (Ω) il
1
faut que la donnée au bord soit dans H 2 (∂Ω), c’est-à-dire que les données au bord doivent être 12 fois
dérivable...

45
45
Exercices
01 Soit Ω = (0, 1). Montrer que la fonction xα est dérivable au sens faible dans L2 (Ω) si et
seulement si α > 1/2.

02 Soit Ω un ouvert borné. Montrer qu’une fonction continue sur Ω, et C 1 par morceaux est
dérivable au sens faible dans L2 (Ω).

03 Soit Ω un ouvert borné. Montrer qu’une fonction C 1 par morceaux mais pas continue n’est
pas dérivable au sens faible dans L2 (Ω).

04 Soit Ω un ouvert borné constitué de deux ouverts Ω1 et Ω2 séparés par une surface Γ =
∂Ω1 ∩ ∂Ω2 . Montrer qu’une fonction vectorielle de classe C 1 sur chaque morceau Ω1 et
Ω2 admet une divergence faible dans L2 (Ω) si et seulement si sa composante normale est
continue à travers la surface Γ .

05 Montrer que les fonctions continues, C 1 par morceaux et à support borné dans Ω, appar-
tiennent à H 1 (Ω).

06 Soit B la boule unité ouverte de RN . Si N = 2, montrer que la fonction u(x) = | log(|x|)|α


appartient à H 1 (B) pour 0 < α < 1/2, mais n’est pas bornée au voisinage de l’origine. Si
N ≥ 3, montrer que la fonction u(x) = |x|−β appartient à H 1 (B) pour 0 < β < (N − 2)/2, mais
n’est pas bornée au voisinage de l’origine.

07 Soit Ω = (0, 1) et un (x) = sin(2πnx). Montrer que la suite un est uniformément bornée dans
L2 (Ω), mais qu’il n’existe aucune sous-suite convergente. Pour cela on montrera, grâce à une
intégration par parties, que, pour toute fonction φ ∈ Cc∞ (Ω), on a
Z 1
lim un (x)φ(x) dx = 0,
n→+∞ 0

et on en déduira une contradiction si une sous-suite de un converge dans L2 (Ω). Généraliser


ce contre exemple à H 1 (Ω) en considérant une primitive de un .

46
46
Chapitre 4

ÉTUDE MATHÉMATIQUE DES


PROBLÈMES ELLIPTIQUES

I Introduction
Dans ce chapitre nous terminons l’analyse mathématique des équations aux dérivées partielles de
type elliptique commencée au Chapitre 2. Pour montrer que les problèmes aux limites sont bien
posés pour ces e.d.p. elliptiques, c’est-à-dire qu’elles admettent une solution, unique, et dépendant
continûment des données, nous suivons l’approche variationnelle présentée au Chapitre 2 et nous
utilisons les espaces de Sobolev introduits au Chapitre 3.
Le plan de ce chapitre est le suivant. Dans la Section II nous expliquons en détail le fonctionnement
de l’approche variationnelle pour le Laplacien avec divers types de conditions aux limites. Nous
démontrons des résultats d’existence et d’unicité des solutions. Nous montrons aussi que ces solu-
tions minimisent une énergie et qu’elles vérifient un certain nombre de propriétés qualitatives très
naturelles et importantes du point de vue des applications (principe du maximum, régularité).

II Étude du Laplacien

II.1 Conditions aux limites de Dirichlet


Nous considérons le problème aux limites suivant
(
−∆u = f dans Ω
(4.1)
u=0 sur ∂Ω
où Ω est un ouvert borné de l’espace RN , et f est un second membre qui appartient à l’espace L2 (Ω).
L’approche variationnelle pour étudier (4.1) est constituée de trois étapes que nous détaillons.
Étape 1 : Établissement d’une formulation variationnelle.
Dans une première étape il faut proposer une formulation variationnelle du problème aux limites
(4.1). Cette formulation variationnelle du problème va encoder à elle seule, à la fois l’équation et les
conditions aux limites. De manière conceptuelle, il s’agit de trouver une forme bilinéaire a(·, ·), une
forme linéaire L(·), et un espace de Hilbert V tels que (4.1) soit équivalent à :
Trouver u ∈ V tel que a(u, v) = L(v) pour tout v ∈ V . (4.2)
Le but de cette première étape est seulement de trouver la formulation variationnelle (4.2). Il ne s’agit
pas de démontrer quoi que ce soit et les calculs effectués pour le moement peuvent rester à un niveau
formel. On vérifiera l’équivalence précise avec (4.1) plus tard au cours de la troisième étape.
Pour trouver la formulation variationnelle, on multiplie l’équation (4.1) par une fonction test régu-
lière v et on intègre par parties. Comme nous l’avons dit, ce calcul est principalement formel au sens
où l’on suppose l’existence et la régularité de la solution u afin que tous les calculs effectués soient
licites. A l’aide de la formule de Green (3.17) (voir aussi (2.4)) on trouve
Z Z Z Z
∂u
f v dx = − ∆uv dx = ∇u · ∇v dx − v ds. (4.3)
Ω Ω Ω ∂Ω ∂n

47
47
Comme u doit satisfaire une condition aux limites de Dirichlet, u = 0 sur ∂Ω, on choisit un espace de
Hilbert V tel que toute fonction v ∈ V vérifie aussi v = 0 sur ∂Ω. Dans ce cas, l’égalité (4.3) devient
Z Z
∇u(x) · ∇v(x) dx = f (x)v(x) dx. (4.4)
Ω Ω

Pour que le terme de gauche de (4.4) ait un sens il suffit que ∇u et ∇v appartiennent à L2 (Ω) (com-
posante par composante), et pour que le terme de droite de (4.4) ait aussi un sens il suffit que v
appartienne à L2 (Ω) (on a supposé que f ∈ L2 (Ω)). Par conséquent, un choix raisonnable pour l’es-
pace de Hilbert est V = H01 (Ω), le sous-espace de H 1 (Ω) dont les éléments s’annulent sur le bord
∂Ω.
En conclusion, la formulation variationnelle proposée pour (4.1) est :
Z Z
1
Trouver u ∈ H0 (Ω) tel que ∇u · ∇v dx = f v dx ∀ v ∈ H01 (Ω). (4.5)
Ω Ω

Évidemment, nous avons fait un certain nombre de choix pour arriver à (4.5) ; d’autres choix nous
auraient conduits à d’autres formulations variationnelles possibles. La justification de (4.5) s’effec-
tuera donc a posteriori : tout d’abord, la deuxième étape consiste à vérifier que (4.5) admet bien une
unique solution, puis la troisième étape que la solution de (4.5) est aussi une solution du problème
aux limites (4.1) (dans un sens à préciser).
Étape 2 : Résolution de la formulation variationnelle.
Dans cette deuxième étape nous vérifions que la formulation variationnelle (4.5) admet une solution
unique. Pour cela nous utilisons le Théorème de Lax-Milgram 2.10 dont nous vérifions les hypothèses
avec les notations Z Z
a(u, v) = ∇u(x) · ∇v(x) dx et L(v) = f (x)v(x) dx.
Ω Ω

On voit facilement en utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz que a est une forme bilinéaire continue
sur H01 (Ω) et que L est une forme linéaire continue sur H01 (Ω). De plus, en vertu de l’inégalité de
Poincaré (voir le Corollaire 3.18 ; on utilise ici le caractère borné de l’ouvert Ω), la forme bilinéaire a
est coercive, c’est-à-dire qu’il existe ν > 0 tel que
Z
a(v, v) = |∇v(x)|2 dx ≥ νkvk2H 1 (Ω) ∀ v ∈ H01 (Ω).
Ω 0

Comme H01 (Ω) est un espace de Hilbert (voir la Proposition 3.15), toutes les hypothèses du Théorème
de Lax-Milgram 2.10 sont satisfaites et on peut donc conclure qu’il existe une unique solution u ∈
H01 (Ω) de la formulation variationnelle (4.5).
Étape 3 : Équivalence avec l’équation.
La troisième étape (la dernière et la plus délicate) consiste à vérifier qu’en résolvant la formulation
variationnelle (4.5) on a bien résolu le problème aux limites (4.1), et à préciser dans quel sens la so-
lution de (4.5) est aussi une solution de (4.1). En d’autres termes, il s’agit d’interpréter la formulation
variationnelle et de retourner à l’équation. Pour cela on procède aux mêmes intégrations par parties
qui ont conduit à la formulation variationnelle, mais en sens inverse, et en les justifiant soigneuse-
ment, cette fois.
Cette justification est très facile si l’on suppose que la solution u de la formulation variationnelle
(4.5) est régulière (précisément si u ∈ H 2 (Ω)) et que l’ouvert Ω est aussi régulier, ce que nous faisons
dans un premier temps. En effet, il suffit d’invoquer la formule de Green (3.17) qui nous donne, pour
v ∈ H01 (Ω),
Z Z
∇u · ∇v dx = − v∆u dx
Ω Ω

48
48
puisque v = 0 sur le bord ∂Ω. On en déduit alors
Z
(∆u + f ) v dx = 0 ∀ v ∈ Cc∞ (Ω),

ce qui implique, en vertu du Corollaire 3.2, que −∆u = f dans L2 (Ω), et on a l’égalité

−∆u = f presque partout dans Ω. (4.6)

De plus, si Ω est un ouvert borné régulier de classe C 1 , alors le Théorème de trace 3.19 (ou plus
précisément son Corollaire 3.21) affirme que toute fonction de H01 (Ω) a une trace sur ∂Ω nulle dans
L2 (Ω). On en déduit, en particulier, que

u = 0 presque partout sur ∂Ω (4.7)

(ou plus précisément, la trace de u sur ∂Ω est nulle presque partout). On a donc bien retrouvé
l’équation et la condition aux limites de (4.1).
 Si l’on ne suppose plus que la solution u de (4.5) et l’ouvert Ω sont réguliers, il faut travailler
davantage (on ne peut plus utiliser la formule de Green (3.17) qui nécessite que u ∈ H 2 (Ω)). On note
σ = ∇u qui est une fonction à valeurs vectorielles dans L2 (Ω)N . Par l’inégalité de Cauchy-Schwarz,
on déduit de la formulation variationnelle (4.5) que, pour tout v ∈ H01 (Ω),
Z Z
σ · ∇v dx = f v dx ≤ CkvkL2 (Ω) . (4.8)
Ω Ω

Comme Cc∞ (Ω) ⊂ H01 (Ω), (4.8) n’est rien d’autre que le critère d’existence d’une divergence faible de
σ dans L2 (Ω) (voir la Définition 3.6 et le Lemme 3.7) qui vérifie, pour tout v ∈ Cc∞ (Ω),
Z Z
σ · ∇v dx = − divσ v dx.
Ω Ω

On en déduit donc que Z


(divσ + f ) v dx = 0 ∀ v ∈ Cc∞ (Ω),

ce qui implique, en vertu du Corollaire 3.2, que −divσ = f dans L2 (Ω). Par conséquent divσ = ∆u
appartient à L2 (Ω) (rappelons que div∇ = ∆), et on retrouve l’équation (4.6). On retrouve la condition
aux limites (4.7) comme précédemment si l’ouvert Ω est régulier de classe C 1 . Si Ω n’est pas régulier,
alors on ne peut pas invoquer le Théorème de trace 3.19 pour obtenir (4.7). Néanmoins, le simple fait
d’appartenir à H01 (Ω) est une généralisation de la condition aux limites de Dirichlet pour un ouvert
non régulier, et on continuera à écrire formellement que u = 0 sur ∂Ω.
En conclusion nous avons démontré le résultat suivant.

Théorème 4.1.
Soit Ω un ouvert borné de RN . Soit f ∈ L2 (Ω). Il existe une unique solution u ∈ H01 (Ω) de la formula-
tion variationnelle (4.5). De plus, u vérifie

−∆u = f presque partout dans Ω, et u ∈ H01 (Ω). (4.9)

Si on suppose en plus que Ω est régulier de classe C 1 , alors u est solution du problème aux limites
(4.1) au sens où

−∆u = f presque partout dans Ω, u = 0 presque partout sur ∂Ω.

On appelle la solution u ∈ H01 (Ω) de la formulation variationnelle (4.5) solution variationnelle du


problème aux limites (4.1). Par un raccourci de langage bien commode, on dira que l’unique solution

49
49
u ∈ H01 (Ω) de la formulation variationnelle (4.5) est l’unique solution du problème aux limites
(4.1). Cette appellation est bien sûr justifiée par le Théorème 4.1.
La solution de (4.1), que nous venons d’obtenir, ne vérifie a priori l’équation et la condition aux
limites que dans un sens “faible”, c’est-à-dire presque partout (ou même pire pour la condition aux
limites si l’ouvert n’est pas régulier). On parle alors de solution faible par opposition aux solutions
fortes qu’on aurait pu espérer obtenir dans une formulation classique de (4.1). De même, on appelle
parfois la formulation variationnelle formulation faible de l’équation.

Remarque 4.2.
En fait, la solution faible peut être une solution forte si le second membre f est plus régulier. Autre-
ment dit, l’équation et la condition aux limites de (4.1) peuvent être vérifiées en un sens classique,
c’est-à-dire pour tout x ∈ Ω, et tout x ∈ ∂Ω, respectivement. C’est ce qu’on appelle un résultat de
régularité pour la solution (voir plus loin le Corollaire 4.18).

Pour que le problème aux limites (4.1) soit bien posé (au sens de Hadamard, il faut en plus de l’exis-
tence et de l’unicité de sa solution, montrer que la solution dépend continûment des données. C’est
une conséquence immédiate du Théorème de Lax-Milgram 2.10 mais nous en donnons un nouvel
énoncé et une nouvelle démonstration.

Proposition 4.3.
Soit Ω un ouvert borné de RN , et soit f ∈ L2 (Ω). L’application qui à f ∈ L2 (Ω) fait correspondre la
solution unique u ∈ H01 (Ω) de la formulation variationnelle de (4.1) est linéaire et continue de L2 (Ω)
dans H 1 (Ω). En particulier, il existe une constante C > 0 telle que, pour tout f ∈ L2 (Ω), on a

kukH 1 (Ω) ≤ Ckf kL2 (Ω) . (4.10)

Démonstration. La linéarité de f → u est évidente. Pour obtenir la continuité on prend v = u dans


la formulation variationnelle (4.5)
Z Z
2
|∇u| dx = f u dx.
Ω Ω

On majore le terme de droite à l’aide de l’inégalité de Cauchy-Schwarz, et on minore celui de gauche


par la coercivité de la forme bilinéaire

νkuk2H 1 (Ω) ≤ kf kL2 (Ω) kukL2 (Ω) ≤ kf kL2 (Ω) kukH 1 (Ω) ,

d’où l’on déduit le résultat. 

Remarque 4.4.
L’inégalité (4.10) est ce qu’on appelle une estimation d’énergie. Elle garantit que l’énergie de la
solution est contrôlée par celle de la donnée. Les estimations d’énergie sont très naturelles d’un
point de vue physique et très utiles d’un point de vue mathématique.

Nous avons déjà dit que la formulation variationnelle possède souvent une interprétation physique
(c’est, par exemple, le principe des travaux virtuels en mécanique). En fait, la solution de la for-
mulation variationnelle (4.5) réalise le minimum d’une énergie (très naturelle en physique ou en

50
50
mécanique). Le résultat suivant est une application immédiate de la Proposition 2.12.

Proposition 4.5.
Soit J(v) l’énergie définie pour v ∈ H01 (Ω) par
Z Z
1 2
J(v) = |∇v| dx − f v dx. (4.11)
2 Ω Ω

Soit u ∈ H01 (Ω) la solution unique de la formulation variationnelle (4.5). Alors u est aussi l’unique
point de minimum de l’énergie, c’est-à-dire que

J(u) = min J(v).


v∈H01 (Ω)

Réciproquement, si u ∈ H01 (Ω) est un point de minimum de l’énergie J(v), alors u est la solution
unique de la formulation variationnelle (4.5).

Remarque 4.6.
La Proposition 4.5 repose de manière cruciale sur le fait que la forme bilinéaire de la formulation
variationnelle est symétrique. Si cela n’est pas le cas, la solution de la formulation variationnelle ne
minimise pas l’énergie (voir le contre-exemple de l’Exercice 3).
Souvent l’origine physique du Laplacien est en fait la recherche des minima de l’énergie J(v). Il
est remarquable que ce problème de minimisation nécessite de la part de la solution u moins de
régularité que l’équation aux dérivées partielles (une seule dérivée permet de définir J(u) tandis
qu’il en faut deux pour ∆u). Cette constatation confirme le caractère “naturel” de la formulation
variationnelle pour analyser une équation aux dérivées partielles.

II.2 Conditions de Dirichlet non homogènes


Nous considérons maintenant le même problèmes mais où l’on ne suppose plus que la donnée au
bord est nulle : (
−∆u = f dans Ω
(4.12)
u=h sur ∂Ω
où Ω est un ouvert borné de l’espace RN , et f est un second membre qui appartient à l’espace L2 (Ω).
Comme l’on va chercher une solution u ∈ H 1 (Ω) on suppose qu’il existe au moins une fonction
u0 ∈ H 1 (Ω) telle que h soit la trace de u0 sur ∂Ω (sinon la condition au bord ne pourra pas avoir de
sens pour les solutions recherchées). On sait par définition de la trace que h ∈ L2 (∂Ω), mais il est utile
de se souvenir que toutes les fonctions de L2 (∂Ω) ne sont pas des traces de fonctions de H 1 (Ω) (voir
le commentaire de la section IV). Nous procédons ensuite comme dans le paragraphe précédent.
Étape 1 : Établissement d’une formulation variationnelle.
Dans cette première étape, nous proposons une formulation variationnelle. Comme l’inconnue et la
fonction test doivent appartenir au même espace, nous commençons par relever la condition au bord,
en écrivant u = u0 + ũ où ũ ∈ H01 (Ω). Ensuite, on multiplie l’équation par v ∈ H01 (Ω) et on intègre par
parties de façon à trouver Z Z
∇(u0 + ũ) · ∇v(x) dx = f (x)v(x) dx .
Ω ω
(Comme précédemment, le terme de bord disparaît.) En passant le terme en u0 à droite de l’égalité,
on obtient la formulation variationnelle
Z Z Z
1
Trouver u ∈ H0 (Ω) tel que ∇ũ · ∇v dx = f v dx − ∇u0 · ∇v dx ∀ v ∈ H01 (Ω). (4.13)
Ω Ω Ω

51
51
Étape 2 : Résolution de la formulation variationnelle.

Nous vérifions maintenant que la formulation variationnelle (4.5) admet une solution unique. Pour
cela nous utilisons le Théorème de Lax-Milgram 2.10 dont nous vérifions les hypothèses avec les
notations
Z Z Z
a(u, v) = ∇u(x) · ∇v(x) dx et L(v) = f (x)v(x) dx − ∇u0 · ∇v dx.
Ω Ω Ω

Le lecteur vérifiera aisément, en utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz et l’inégalité de Poincaré,


que a est une forme bilinéaire continue coercive sur H01 (Ω) et que L est une forme linéaire continue
sur H01 (Ω).
Comme H01 (Ω) est un espace de Hilbert, toutes les hypothèses du Théorème de Lax-Milgram 2.10
sont satisfaites et on peut donc conclure qu’il existe une unique solution ũ ∈ H01 (Ω) de la formulation
variationnelle (4.14).
Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que la solution ũ est unique, mais dépend, a priori, du
choix de u0 . Pour démontrer l’unicité de la solution au problème intial, il convient donc de montrer
que u = u0 + ũ est unique. On considère donc un autre relèvement u00 et la solution ũ 0 du problème

Z Z Z
Trouver u ∈ H01 (Ω) tel que 0
∇ũ · ∇v dx = f v dx − ∇u00 · ∇v dx ∀ v ∈ H01 (Ω). (4.14)
Ω Ω Ω

On a alors pour tout v ∈ H01 (Ω)

Z Z
∇(u0 + ũ) · ∇v dx = f v dx
Ω ZΩ
= ∇(u00 + ũ 0 ) · ∇v dx

De sorte que u = u0 ± ũ et u 0 = u00 + ũ 0 vérifient

Z
∇(u − u 0 ) · ∇v dx = 0 .

En prenant dans cette dernière égalité v = u − u 0 , ce qui est licite car u et u 0 on la même trace h sur
∂Ω, de sorte que u − u 0 ∈ H01 (Ω), on obtient

u − u 0 = Cte

et la constante est nulle parce que sa trace sur le bord ∂Ω est nulle.

Étape 3 : Équivalence avec l’équation.

52
52
Cette étape se fait de la même façon que précédemment.

Remarque 4.7.
Point de vue énergétique. En utilisant le même calcul que précédemment, on voit que ũ réalise le
minimum sur H01 (Ω) de l’énergie J(v) définie par
Z Z Z
1
J(v) = |∇v|2 dx − f v dx + ∇u0 · ∇v dx . (4.15)
2 Ω Ω Ω

En remarquant que
Z Z Z
1 2 1
J(v) = |∇(u0 + v)| dx − f v dx − |∇u0 |2 dx
2 Ω Ω 2 Ω

on s’aperçoit alors que u = u0 + ũ est l’unique point de minimum de


Z Z
0 1 2
J (v) = |∇v| dx − f v dx
2 Ω Ω

sur l’espace affine n o


u0 + H01 (Ω) = v ∈ H 1 (Ω) tel que v = h sur ∂Ω

II.3 Conditions aux limites de Neumann


Nous considérons le problème aux limites suivant
(
−∆u + u = f dans Ω
∂u (4.16)
∂n
=g sur ∂Ω

où Ω est un ouvert (non nécessairement borné) de l’espace RN , f ∈ L2 (Ω) et g ∈ L2 (∂Ω). L’équation de


(4.16) est une variante du Laplacien où nous avons ajouté un terme d’ordre zéro afin d’éviter (en pre-
mier abord) une difficulté que nous réglerons plus loin au Théorème 4.13. L’approche variationnelle
pour étudier (4.16) est sensiblement différente de celle présentée à la sous-section précédente dans
le traitement des conditions aux limites. C’est pourquoi nous détaillons à nouveau les trois étapes de
l’approche.
Étape 1 : Établissement d’une formulation variationnelle.
Pour trouver la formulation variationnelle on multiplie l’équation (4.16) par une fonction test régu-
lière v et on intègre par parties en admettant que la solution u est suffisamment régulière afin que
tous les calculs effectués soient licites. La formule de Green (3.17) (voir aussi (2.4)) donne
Z Z
f (x)v(x) dx = (−∆u(x) + u(x)) v(x) dx
Ω Ω
Z Z
∂u
= (∇u(x) · ∇v(x) + u(x)v(x)) dx − (x)v(x) ds (4.17)
Ω ∂Ω ∂n
Z Z
= (∇u(x) · ∇v(x) + u(x)v(x)) dx − g(x)v(x) ds.
Ω ∂Ω

Nous avons utilisé la condition aux limites de Neumann dans (4.17) et il n’est pas nécessaire de
l’inscrire dans le choix de l’espace de Hilbert V . Pour que le premier et les deux derniers termes de
(4.17) aient un sens il suffit de prendre V = H 1 (Ω) (on utilise le Théorème de trace 3.19 pour justifier
l’intégrale de bord).

53
53
En conclusion, la formulation variationnelle proposée pour (4.16) est : trouver u ∈ H 1 (Ω) tel que
Z Z Z
(∇u · ∇v + uv) dx = gv ds + f v dx ∀ v ∈ H 1 (Ω). (4.18)
Ω ∂Ω Ω

Les étapes suivantes justifieront le choix de (4.18).

Remarque 4.8.
La principale différence entre la formulation variationnelle (4.18) pour une condition aux limites de
Neumann et celle (4.5) pour une condition aux limites de Dirichlet vient de ce que la condition de
Dirichlet est inscrite dans le choix de l’espace alors que la condition de Neumann apparaît dans la
forme linéaire mais pas dans l’espace. La condition de Dirichlet est dite essentielle (ou explicite) car
elle est forcée par l’appartenance à un espace, tandis que la condition de Neumann est dite naturelle
(ou implicite) car elle découle de l’intégration par parties qui conduit à la formulation variationnelle.

Étape 2 : Résolution de la formulation variationnelle.


Dans cette deuxième étape nous vérifions que la formulation variationnelle (4.18) admet une solution
unique. Pour cela nous utilisons le Théorème de Lax-Milgram 2.10 dont nous vérifions les hypothèses
avec les notations
Z Z Z
a(u, v) = (∇u · ∇v + uv) dx et L(v) = gv ds + f v dx.
Ω ∂Ω Ω
En utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz et à l’aide du Théorème de trace 3.19, on voit clairement
que a est une forme bilinéaire continue sur H 1 (Ω) et que L est une forme linéaire continue sur H 1 (Ω).
Par ailleurs, la forme bilinéaire a est manifestement coercive (c’est pour cela qu’on a ajouté un terme
d’ordre zéro au Laplacien) car
a(v, v) = kvk2H 1 (Ω) ∀ v ∈ H 1 (Ω).
Comme H 1 (Ω) est un espace de Hilbert (voir la Proposition 3.9), toutes les hypothèses du Théorème
de Lax-Milgram 2.10 sont satisfaites et on peut donc conclure qu’il existe une unique solution u ∈
H 1 (Ω) de la formulation variationnelle (4.18).
Étape 3 : Équivalence avec l’équation.
Nous interprétons maintenant la formulation variationnelle (4.18) pour vérifier qu’on a bien résolu
le problème aux limites (4.16), dans un sens à préciser. Nous allons supposer que les données sont
régulières. Plus précisément nous allons supposer que nous sommes dans les conditions d’applica-
tion du lemme suivant de régularité que nous admettrons (voir la sous-section III pour des résultats
similaires).

Lemme 4.9.
Soit Ω un ouvert régulier de classe C 1 de RN . Soit f ∈ L2 (Ω) et g la trace sur ∂Ω d’une fonction de
H 1 (Ω). Alors la solution u de la formulation variationnelle (4.18) appartient à H 2 (Ω).

Grâce au Lemme 4.9 on peut utiliser la formule de Green du Théorème 3.31


Z Z Z
∂u
∆u(x)v(x) dx = − ∇u(x) · ∇v(x) dx + (x)v(x) ds. (4.19)
Ω Ω ∂Ω ∂n

qui est valable pour u ∈ H 2 (Ω) et v ∈ H 1 (Ω). Rappelons que l’intégrale de bord dans (4.19) a bien un
sens à cause du Théorème de trace 3.30 qui affirme que pour u ∈ H 2 (Ω) la dérivée normale ∂u ∂n
a un
2 1
sens dans L (∂Ω). On déduit alors de (4.18) et (4.19) que, pour tout v ∈ H (Ω),
Z Z !
∂u
(∆u − u + f )v dx = − g v ds. (4.20)
Ω ∂Ω ∂n

54
54
Si l’on prend v ∈ Cc∞ (Ω) ⊂ H 1 (Ω) dans (4.20), le terme de bord disparaît et l’on déduit, en vertu
du Corollaire 3.2, que ∆u − u + f = 0 dans L2 (Ω), donc presque partout dans Ω. Par conséquent, le
membre de gauche de (4.20) est nul, donc
Z !
∂u
− g v ds = 0 ∀ v ∈ H 1 (Ω).
∂Ω ∂n

D’après le Théorème 3.11 les fonctions régulières sont denses dans H 1 (Ω). Par conséquent, l’égalité
ci-dessus est vraie pour toute fonction v régulière sur ∂Ω, et on déduit d’une version du Corollaire
3.2, adaptée au bord ∂Ω, que ∂u
∂n
− g = 0 dans L2 (∂Ω), et donc presque partout sur ∂Ω. En conclusion
nous avons démontré le résultat suivant.

Théorème 4.10.
Soit Ω un ouvert régulier de classe C 1 de RN . Soit f ∈ L2 (Ω) et g la trace sur ∂Ω d’une fonction de
H 1 (Ω). Il existe une unique solution u ∈ H 1 (Ω) de la formulation variationnelle (4.18). De plus, u
appartient à H 2 (Ω) et est solution de (4.16) au sens où

∂u
−∆u + u = f presque partout dans Ω, = g presque partout sur ∂Ω.
∂n

Comme dans la sous-section précédente, on peut montrer que la solution de (4.16) minimise une
énergie. Remarquons que, si g = 0, alors l’énergie (4.21) est la même que celle (4.11) définie pour le
Laplacien avec conditions aux limites de Dirichlet (modulo le terme d’ordre zéro). Néanmoins, leurs
minima ne sont en général pas les mêmes car on minimise sur deux espaces différents, à savoir H01 (Ω)
et H 1 (Ω). La Proposition suivante est une application immédiate de la Proposition 2.12.

Proposition 4.11.
Soit J(v) l’énergie définie pour v ∈ H 1 (Ω) par
Z  Z Z
1 2 2

J(v) = |∇v| + |v| dx − f v dx − gv ds. (4.21)
2 Ω Ω ∂Ω

Soit u ∈ H 1 (Ω) la solution unique de la formulation variationnelle (4.18). Alors u est aussi l’unique
point de minimum de l’énergie, c’est-à-dire que

J(u) = min J(v).


v∈H 1 (Ω)

Réciproquement, si u ∈ H 1 (Ω) est un point de minimum de l’énergie J(v), alors u est la solution
unique de la formulation variationnelle (4.18).

Nous revenons maintenant au véritable opérateur Laplacien (sans ajout d’un terme d’ordre zéro
comme dans (4.16)) et nous considérons le problème aux limites
(
−∆u = f dans Ω
∂u (4.22)
∂n
=g sur ∂Ω

où Ω est un ouvert borné connexe de l’espace RN , f ∈ L2 (Ω) et g ∈ L2 (∂Ω). La difficulté nouvelle


dans (4.22) par rapport à (4.16) est qu’il n’existe une solution que si les données f et g vérifient une
condition de compatibilité. En effet, il est facile de voir que s’il existe une solution u ∈ H 2 (Ω), alors
intégrant l’équation sur Ω (ou bien utilisant la formule de Green (3.17)) on a nécessairement
Z Z
f (x) dx + g(x) ds = 0. (4.23)
Ω ∂Ω

55
55
Remarquons aussi que si u est solution alors u + C, avec C ∈ R, est aussi solution. En fait, (4.23)
est une condition nécessaire et suffisante d’existence d’une solution dans H 1 (Ω), unique à l’addition
d’une constante près. Remarquons que, si l’ouvert Ω n’est pas connexe, alors il faut écrire (4.23) pour
chaque composante connexe de Ω et l’unicité de la solution vaudra à l’addition près d’une constante
par composante connexe (avec ces modifications tous les résultats qui suivent restent valables).

Remarque 4.12.
Physiquement, la condition de compatibilité (4.23) s’interprète comme une condition d’équilibre :
f correspond à une source volumique, et g à un flux entrant au bord. Pour qu’il existe un état sta-
tionnaire ou d’équilibre (c’est-à-dire une solution de (4.22)), il faut que ces deux termes se balancent
parfaitement. De même, l’unicité “à une constante additive près” correspond à l’absence d’origine de
référence sur l’échelle qui mesure les valeurs de u (comme pour la température, par exemple).

Théorème 4.13.
Soit Ω un ouvert borné connexe régulier de classe C 1 de RN . Soit f ∈ L2 (Ω) et g ∈ L2 (∂Ω) qui véri-
fient la condition de compatibilité (4.23). Il existe une solution faible u ∈ H 1 (Ω) de (4.22), unique à
l’addition d’une constante près.

Démonstration. Pour trouver la formulation variationnelle on procède comme pour l’équation (4.16).
Un calcul similaire conduit à
Z Z Z
∇u · ∇v dx = gv ds + f v dx
Ω ∂Ω Ω
pour toute fonction test régulière v. Pour donner un sens à tous les termes de cette égalité, on pourrait
choisir H 1 (Ω) comme espace de Hilbert V , mais nous ne pourrions montrer la coercivité de la forme
bilinéaire. Cette difficulté est intimement liée au fait que, si u est solution, alors u + C est aussi
solution. Pour éviter cet inconvénient, on lève l’indétermination de cette constante additive en ne
travaillant qu’avec des fonctions de moyenne nulle. Autrement dit, on pose
( Z )
1
V = v ∈ H (Ω), v(x) dx = 0

et la formulation variationnelle de (4.22) est :


Z Z Z
trouver u ∈ V tel que ∇u · ∇v dx = gv ds + f v dx ∀ v ∈ V . (4.24)
Ω ∂Ω Ω
Pour pouvoir appliquer le Théorème de Lax-Milgram à la formulation variationnelle (4.24), la seule
hypothèse délicate à vérifier est la coercivité de la forme bilinéaire. Celle-ci s’obtient grâce à une
généralisation de l’inégalité de Poincaré, connue sous le nom d’inégalité de Poincaré-Wirtinger : si Ω
est borné et connexe, il existe une constante C > 0 telle que, pour tout v ∈ H 1 (Ω),
R
v dx
kv − m(v)kL2 (Ω) ≤ Ck∇vkL2 (Ω) avec m(v) = RΩ . (4.25)

dx
L’inégalité (4.25) se démontre par contradiction comme dans la deuxième démonstration de la Pro-
position 3.16 (nous laissons cela au lecteur en exercice). Comme m(v) = 0 pour tout v ∈ V , (4.25)
prouve que k∇vkL2 (Ω) est une norme dans V , équivalente à la norme usuelle kvkH 1 (Ω) , et donc que
la forme bilinéaire est coercive sur V . Finalement, pour montrer que la solution unique de (4.24)
est bien une solution du problème aux limites (4.22), on procède comme précédemment lors de la
démonstration du Théorème 4.10. On obtient ainsi pour tout v ∈ V ,
Z Z !
∂u
(∆u + f )v dx = − g v ds. (4.26)
Ω ∂Ω ∂n

56
56
Or, quelque soit w ∈ H 1 (Ω), la fonction v = w − m(w) appartient à V . En choisissant une telle fonction
dans (4.26), en regroupant les termes en R facteur de
R la constante m(w) et en utilisant la condition de
compatibilité (4.23) ainsi que l’égalité Ω ∆u dx = ∂Ω ∂u∂n
ds, on déduit donc de (4.26)
Z Z !
∂u
(∆u + f )w dx = − g w ds ∀w ∈ H 1 (Ω).
Ω ∂Ω ∂n

On peut donc conclure comme d’habitude que u vérifie bien le problème aux limites (4.22). 

III Pour aller plus loin...


Dans cette partie nous étudions quelques propriétés qualitatives des solutions du Laplacien avec
conditions aux limites de Dirichlet. Dans toute cette sous-section, Ω est un ouvert borné de RN et
f ∈ L2 (Ω).

III.1 Principe du maximum

Théorème 4.14.
[Principe du maximum] Si f ≥ 0 presque partout dans Ω, alors la solution de (4.1) vérifie u ≥ 0 presque
partout dans Ω.

Remarque 4.15.
Le principe du maximum ne fait que traduire une propriété parfaitement naturelle du point de
vue physique : par exemple dans le contexte de l’équation stationnaire de la chaleur, si on chauffe
(f ≥ 0), la température intérieure est toujours plus grande que la température au bord (u ≥ 0). Le
principe du maximum reste valable si on remplace le Laplacien par l’opérateur plus général (6.1)
à coefficients variables dans L∞ (Ω) ou bien si l’on considère le problème (4.16) avec condition aux
limites de Neumann. La validité du principe du maximum est fondamentalement liée au caractère
“scalaire” de l’équation (c’est-à-dire que l’inconnue u est à valeurs dans R). Ce principe du maximum
tombe généralement en défaut si l’inconnue u est à valeurs vectorielles (par exemple pour le système
(6.8) de l’élasticité).

Démonstration. On utilise la formulation variationnelle (4.5) de (4.1) avec v = u − = min(u, 0) qui


appartient bien à H01 (Ω) en vertu du Lemme 4.16 (car u = u + + u − ). On a
Z Z Z Z

f u dx = −
∇u · ∇u dx = 1u<0 ∇u · ∇u dx = |∇u − |2 dx ≥ 0. (4.27)
Ω Ω Ω Ω

Mais u − ≤ 0 et f ≥ 0 presque partout dans Ω. Par conséquent, tous les termes de (4.27) sont nuls, et
comme u − ∈ H01 (Ω) on en déduit que u − = 0, c’est-à-dire que u ≥ 0 presque partout dans Ω. 

Lemme 4.16.
Si v ∈ H01 (Ω), alors v + = max(v, 0) appartient à H01 (Ω) et

∇v + = 1v>0 ∇v presque partout dans Ω,

où 1v>0 (x) est la fonction qui vaut 1 là où v(x) > 0 et 0 ailleurs.

57
57
III.2 Régularité

Théorème 4.17.
[Théorème de régularité] Soit un entier m ≥ 0. Soit Ω un ouvert borné de RN de classe C m+2 . Soit
f ∈ H m (Ω). Alors, l’unique solution u ∈ H01 (Ω) de (4.1) appartient à H m+2 (Ω). De plus, l’application
f → u est linéaire continue de H m (Ω) dans H m+2 (Ω), c’est-à-dire qu’il existe une constante C > 0
telle que
kukH m+2 (Ω) ≤ Ckf kH m (Ω) .

Par application immédiate du Théorème de régularité 4.17 et du Théorème 3.27 (sur la continuité
des fonctions de H m (Ω)), on montre que les solutions faibles d’équations aux dérivées partielles
elliptiques sont en fait des solutions fortes, ou classiques, si les données sont régulières (comme
annoncé dans la Remarque 4.2).

Corollaire 4.18.
Si Ω est un ouvert borné de RN de classe C m+2 , si f ∈ H m (Ω), et si m > N /2, alors la solution varia-
tionnelle u ∈ H01 (Ω) de (4.1) est une solution forte car elle appartient à C 2 (Ω).
En particulier, si Ω est un ouvert borné de RN de classe C ∞ , et si f ∈ C ∞ (Ω), alors la solution u ∈
H01 (Ω) de (4.1) est aussi dans C ∞ (Ω).

Remarque 4.19.
Le Théorème de régularité 4.17 et son Corollaire 4.18 restent valables pour des conditions aux li-
mites de Neumann. Ils se généralisent aussi au cas des opérateurs elliptiques à coefficients variables
(comme dans la Sous-section II). Dans ce dernier cas, il faut ajouter à l’hypothèse habituelle de coer-
civité des coefficients, l’hypothèse que les coefficients sont de classe C m+1 dans Ω (tandis que Ω est
borné régulier de classe C m+2 et que f ∈ H m (Ω)).

III.3 Exemple de singularité


Voyons maintenant un exemple de solutions singulières, c’est-à-dire non régulières. Il s’agit d’un
problème posé dans un ouvert non régulier pour lequel le Théorème de régularité 4.17 et son Corol-
laire 4.18 sont faux. En particulier, bien qu’il existe des solutions faibles (c’est-à-dire appartenant à
l’espace de Sobolev H 1 (Ω)) il n’y a pas de solutions fortes (c’est-à-dire deux fois dérivables) pour ce
problème. Nous nous plaçons en dimension N = 2 d’espace, et nous considérons un secteur angulaire
Ω défini en coordonnées radiales par (voir la Figure 4.1)

Ω = {(r, θ) tel que 0 ≤ r < R et 0 < θ < Θ}

avec 0 < R < +∞ et 0 < Θ ≤ 2π (rappelons que x1 = r cos θ et x2 = r sin θ). On note Γ0 la partie du bord
de Ω où r = R, Γ1 celle où θ = 0 et Γ2 celle où θ = Θ. Cet ouvert Ω présente trois “coins”, mais seule
l’origine (le coin entre les bords Γ1 et Γ2 ) peut poser problème pour la régularité dans les exemples
ci-dessous. Physiquement, le cas d’un angle Θ < π est représentatif d’un effet de pointe, tandis que
le cas Θ > π correspond à une encoche (ou même à une fissure si Θ = 2π).
Pour un entier k ≥ 1, on étudie le problème aux limites suivant



 −∆u = 0 dans Ω
 u = cos  kπθ 

sur Γ0

 Θ (4.28)
 ∂u = 0


∂n
sur Γ1 ∪ Γ2

58
58
Γ0

Γ0


Γ2
Θ
Γ2 Θ
Γ1

Γ1

Figure 4.1 – Secteur angulaire Ω d’angle Θ (plus petit ou plus grand que π).

Lemme 4.20.
Il existe une unique solution faible de (4.28) dans H 1 (Ω), donnée par la formule
  kπ !
r Θ kπθ
u(r, θ) = cos . (4.29)
R Θ

Si k = 1 et π < Θ, alors le gradient ∇u n’est pas borné à l’origine, tandis que si k ≥ 2 ou π ≥ Θ, alors le
gradient ∇u est continu à l’origine.

Démonstration. On commence par “relever” la condition aux limites non-homogéne en définissant


une fonction u0 ∈ H 1 (Ω) dont la trace sur le bord coïncide avec cette condition aux limites. On vérifie
aisément que
r2
!
kπθ
u0 (r, θ) = 2 cos
R Θ
répond à la question, c’est-à-dire que u = u0 + v où v est la solution d’un problème homogène



 −∆v = ∆u0 dans Ω
 v=0 sur Γ0

 (4.30)
 ∂v = 0

sur Γ ∪ Γ .
∂n 1 2

Remarquons que ce relèvement est possible car la donnée sur Γ0 est compatible avec les conditions
aux limites sur Γ1 et Γ2 , c’est-à-dire dans le cas présent que sa dérivée en θ (i.e. sa dérivée normale)
s’annule en θ = 0, ou Θ. Comme ∆u0 appartient à L2 (Ω), il existe une unique solution de (4.30) dans
H 1 (Ω), et par conséquent (4.28) admet aussi une unique solution dans H 1 (Ω). Vérifions que (4.29)
est précisément cette unique solution. Rappelons que

∂2 φ 1 ∂φ 1 ∂2 φ
∆φ(r, θ) = + + .
∂r 2 r ∂r r 2 ∂θ 2
Un calcul simple montre que
!   kπ !2   kπ
∂2 1 ∂ r Θ kπ 1 r Θ
+ = ,
∂r 2 r ∂r R Θ r2 R

donc (4.29) est bien solution de (4.28). On vérifie aussi facilement que (4.29) appartient à H 1 (Ω).
Finalement, la formule du gradient en coordonnées radiales dans la base (er , eθ )

∂φ 1 ∂φ
∇φ(r, θ) = er + e
∂r r ∂θ θ

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nous donne
  kπ ! ! !
r Θ −1 kπ kπθ kπθ
∇u = cos er − sin eθ
R RΘ Θ Θ
qui, clairement, n’est pas borné à l’origine si 0 < kπ < Θ et est continu à l’origine si kπ > Θ. Le cas
limite kπ = Θ correspond aussi à un gradient continu car en fait u = x1 /R ! 

Remarque 4.21.
Puisque le gradient n’est pas borné, la solution de (4.28) ne peut pas être régulière au sens du Corol-
laire 4.18. D’un point de vue physique ou mécanique, ce gradient correspond à un flux de chaleur,
au champ électrique, ou à un champ de contraintes : il importe de savoir si cette quantité est bornée
continue ou non à l’origine. Physiquement, on interprète ce résultat de régularité en disant qu’une
encoche (Θ > π) engendre une singularité, au contraire d’une pointe (Θ ≤ π).
Dans le cas où Θ = 2π, l’ouvert Ω est un domaine fissuré et le Lemme 4.20 a une interprétation
mécanique très importante car le problème (4.28) modélise le cisaillement anti-plan d’un cylindre
de base Ω et sa solution permet de calculer le facteur d’intensité des contraintes qui est souvent
utilisé dans des modèles de propagation de fissures ou de rupture (voir par exemple [21]).

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Exercices
01 A l’aide de l’approche variationnelle démontrer l’existence et l’unicité de la solution de
(
−∆u + u = f dans Ω
(4.31)
u=0 sur ∂Ω

où Ω est un ouvert quelconque de l’espace RN , et f ∈ L2 (Ω). Montrer en particulier que


l’ajout d’un terme d’ordre zéro au Laplacien permet de ne pas avoir besoin de l’hypothèse
que Ω est borné.

02 Soit Ω un ouvert borné de RN . A l’aide de l’approche variationnelle démontrer l’existence


et l’unicité de la solution du problème suivant de convection-diffusion
(
V · ∇u − ∆u = f dans Ω
(4.32)
u=0 sur ∂Ω

où f ∈ L2 (Ω) et V est une fonction régulière à valeurs vectorielles telle que divV = 0 dans
Ω.

03 On reprend les notations et hypothèses de l’Exercice 2. Montrer que tout v ∈ H01 (Ω) vérifie
Z
vV · ∇v dx = 0.

Montrer que la solution de la formulation variationnelle du problème de convection-


diffusion ne minimise pas dans H01 (Ω) l’énergie
Z  Z
1 2

J(v) = |∇v| + vV · ∇v dx − f v dx.
2 Ω Ω

04 Démontrer que l’unique solution u ∈ H 1 (Ω) de la formulation variationnelle (4.18) vérifie


l’estimation d’énergie suivante
 
kukH 1 (Ω) ≤ C kf kL2 (Ω) + kgkL2 (∂Ω) ,

où C > 0 est une constante qui ne dépend pas de u, f et g.

05 On suppose que Ω est un ouvert borné régulier de classe C 1 . A l’aide de l’approche varia-
tionnelle démontrer l’existence et l’unicité de la solution du Laplacien avec une condition
aux limites de Fourier (
−∆u = f dans Ω
∂u (4.33)
∂n
+ u = g sur ∂Ω
où f ∈ L2 (Ω) et g est la trace sur ∂Ω d’une fonction de H 1 (Ω). On démontrera l’inégalité
suivante (qui généralise celle de Poincaré)
 
kvkL2 (Ω) ≤ C kvkL2 (∂Ω) + k∇vkL2 (Ω) ∀ v ∈ H 1 (Ω).

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06 On suppose que Ω est un ouvert borné connexe. A l’aide de l’approche variationnelle dé-
montrer l’existence et l’unicité de la solution du Laplacien avec des conditions aux limites
mêlées 

 −∆u = f dans Ω
 ∂u

=0 sur ∂ΩN (4.34)
 u∂n= 0



sur ∂Ω D

où f ∈ L2 (Ω), et (∂ΩN , ∂ΩD ) est une partition de ∂Ω telle que les mesures superficielles de
∂ΩN et ∂ΩD sont non nulles. (Utiliser la Remarque 3.22.)

07 Démontrer l’inégalité de Poincaré-Wirtinger (4.25).

08 On suppose que Ω est un ouvert borné connexe régulier. Soit f ∈ L2 (Ω). On considère la
formulation variationnelle suivante : trouver u ∈ H 1 (Ω) tel que
Z Z ! Z ! Z
∇u · ∇v dx + u dx v dx = f v dx ∀ v ∈ H 1 (Ω).
Ω Ω Ω Ω

Démontrer l’existence et l’unicité de la solution de cette formulation variationnelle.


R Quel
problème aux limites a-t-on ainsi résolu ? En particulier, si on suppose que Ω f dx = 0, quel
problème déjà étudié retrouve-t-on ?

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