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Chrino Texte 8 Eme

Texte 8

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AMOUR MATERNEL PREMIERE SEPARATION

J’avais quinze ans quand je partis pour Conakry. J’allais y


A la mort de mon père, j’étais âgé de quelques années suivre l’enseignement technique au collège Georges-Poiret. Depuis une
seulement. Ma mère entreprit donc de m’élever. Elle y a apporté une semaine, ma mère accumulait les provisions. Conakry est à quelques
sollicitude extrême. Elle a fait tout, m’entends-tu ? Tout ce qu’elle six cent kilomètres de Kouroussa et, pour ma mère, c’était une terre
croyait faire pour mon bien. Elle me gavait de nourriture, de bonne inconnue, où Dieu seul savait si l’on y mange à sa faim. Et c’est pourquoi
nourriture. Chaque soir, elle me plongeait dans une énorme marmite les couscous, les viandes, les poissons, les ignames, les riz, les patates
pleine d’eau tiède et me frottait longuement tout le corps. Trois fois par s’entassaient.
semaine, elle m’envoyait écouter les leçons du catéchiste … J’étais La dernière nuit fut triste. J’étais très énervé, un peu angoissé
mieux habillé que les gosses de mon âge qui avaient leur père. aussi, et je me réveillai plusieurs fois.
Ma mère me réveilla à l’aube. Je vis qu’elle avait les traits tirés,
Nous dormions sur des lits de bambou des deux côtés du feu
lais elle prenait sur elle, et je ne dis rien ; je fis comme si son calme
que ma mère ne cessait d’attiser la nuit tandis qu’elle me racontait des
apparent me donnait réellement le change sur sa peine. Mes bagages
fables ou me parlait de mon père, de son enfance à elle, du pays où elle
étaient soigneusement rangés dans la case.
était née, de ma grand-mère morte peu avant ma naissance…
J’allais dire au revoir aux vieilles gens de notre concession et
Certaines nuit, nous entendions hululer in hibou ou hurler un des concessions voisines, et j’avais le cœur gros.
chimpanzé : je me faisais tout petit dans mon lit, et ma mère en riant Quand je revins près de ma mère et que je l’aperçus en larmes
me disait : « n’aie donc pas peur, fils ; il ne viendra tout de même pas te devant mes bagages, je me mis à pleurer à mon tour. Je me jetai dans
chercher là, devant moi… » ses bras.
D’autres nuits, la pluie crépitait sur le toit, tandis que de « Mère ! Criais-je »
violentes rafales balayaient la cour, agitaient les arbres là-bas derrière Je l’entendais sangloter, je sentais sa poitrine
le village ; alors ma mère me disait : « Mon Dieu ! Écoute les mangues douloureusement se soulever.
tomber. Un qui va être content demain, c’est toi. Pas vrais ? » Oh ! Elle « Mère, ne pleure pas ! Dis-je. Ne pleure pas ! »
me corrigeait souvent et sans ménagement. Mais le souvenir même de Mais je n’arrivais pas moi-même à réfréner mes larmes, et je la
ces punitions me la rend plus chère. suppliai de ne pas m’accrocher à la gare, car il me semblait qu’alors je
ne pourrais jamais m’arracher à ses bras. Elle me fit signe qu’elle y
Tout ce qu’elle était pour moi, je ne l’ai deviné que ce jour où consentait. Nous nous étreignîmes une dernière fois, et je m’éloignai
j’ai souffert pour la première fois de ma vie : ma mère était allée presque en courant. Mes sœurs, mes frères se chargèrent des bagages.
m’inscrire à l’école de la ville. Désormais, cinq jours sur sept, je serai Mon père m’avait rapidement rejoint et il m’avait pris par la
séparé d’elle. J’ai pleuré ce jour-là comme jamais plus je ne pourrai le main, comme du temps où j’étais encore enfant. Je ralentis le pas :
faire. J’ai bien fini par ma faire à cette nouvelle existence ; mais, au j’étais sans courage, je sanglotais éperdument.
début, ce fut très difficile : ma mère, jalouse, ne m’avait pas habitué à « Père, fis-je.
fréquenter les enfants de mon âge. - Je t’écoute, dit-il.
Eza Boto, Ville cruelle (Présence Africaine). - Est-il vrai que je pars ?
- Que ferais-tu d’autre ? Tu sais bien que tu dois partir.
- Oui, dis-je.
- Allons ! Allons, petit, dit-il. N’es-tu pas un grand garçon ? »
Et je me mis à sangloter. CONAKRY
Mais sa présence, sa tendresse même, et davantage encore
maintenant qu’il me tenait la main, m’enlevait le peu de courage qui me
restait, et il le comprit. Je visitai la ville… Les avenues y étaient tirées au cordeau et se
« Je n’irai pas plus loin, dit-il. Nous allons nous dire adieu ici, il coupaient à angle droit. Des manguiers bordaient les avenues et par
ne convient pas que nous fondions en larmes à la gare, en présence de endroits formaient charmille, leur ombre épaisse était partout la
tes amis ; puis je ne veux pas laisser ta mère seule en ce moment : ta bienvenue, car la chaleur était accablante, non qu’elle fût beaucoup
mère a beaucoup de peine. Sois courageux ! Mes frères, là-bas, plus forte qu’à Kouroussa, mais elle était saturée de vapeur d’eau à un
s’occuperont de toi. Mais travaille bien ! Travaille comme tu travaillais point inimaginable. Les maisons s’entouraient toutes de fleurs et de
ici. Nous avons consenti pour toi des sacrifices, il ne faut as qu’ils feuillage ; beaucoup étaient comme verdure, noyées dans la verdure.
demeurent sans résultat. Tu m’entends ?
Et puis, je vis la mer. Je la vis brusquement au bout d’une avenue
- Oui, fis-je.
et je demeurai un long moment à regarder son étendue, à regarder les
Il demeura silencieux un moment, puis il reprit :
vagues se suivre et se poursuivre, et finalement se briser contre les
- Vois-tu, je n’ai pas eu comme toi un père qui veillait sur moi, à douze
rochers rouges du rivage. Au loin, des îles apparaissaient, très vertes
ans j’étais orphelin, et j’ai dû faire seul mon chemin. Ce n’était pas un
en dépit de la buée qui les environnait. Il me sembla que c’était le
chemin facile ! J’ai dû beaucoup me contraindre et beaucoup travailler
spectacle le plus étonnant qu’on pût voir ; du train et de la nuit, je
pour me faire ma situation. Toi … Mais en voilà assez. Saisis ta chance !
n’avais fait que l’entrevoir ; je ne m’étais pas fait une notion juste de
Et fais-moi honneur ! Je ne te demande rien de plus. Le feras-tu ?
l’immensité de la mer, et moins encore de son mouvement, à présent
- Je le ferai, père.
j’avais le spectacle sous mes yeux et je m’en arrachai difficilement.
- Bien ! bien … Allons ! Sois brave, petit. Va ! … »
- Eh bien, comment as-tu trouvé la ville ? me demande mon oncle à mon
Il me serra contre lui. Puis brusquement, il desserra son étreinte et
retour.
partit très vite. Sans doute ne voulait-il point me montrer ses larmes.
- Superbe ! Dis-je.
- Oui, dit-il, bien qu’un peu chaude si je n’en juge pas l’état de te
Camara Laye, L’enfant noir(Plon). vêtements. Va te changer. Il faudra te changer ici plusieurs fois par jour.
Mais ne traîne pas : le repas doit être prêt, et tes tantes seront
certainement impatientes de le servir.
Camara Laye, L’enfant noir(Plon)
LES AMIS INSÉPARABLES AMITIE D’ENFANTS
« Bonjour, Peter.
Il était une fois deux jeunes garçons qui s’aimaient comme des - Salut, Ellen.
frères. Depuis leur enfance, ils passaient tout leur temps ensemble : à - Tu viens te promener avec moi au bout du terrain de jeux ?
l’école, au jeu, à la chasse et même aux champs. On disait d’eux qu’ils - Je ne peux pas : tu sais bien que je dois faire la queue à la cantine.
étaient inséparables, car partout où l’on voyait l’un, l’autre n’était - Tu n’as pas besoin de faire la queue aujourd’hui.
jamais loin. - Moi, je veux manger
- Tu sais, j’ai apporté deux déjeuners.
Un jour, ils décidèrent de partir en voyage pour découvrir de - Et il y en a un pour moi ?
nouvelles terres et chercher du travail. Avant de partir, ils se promirent - Oui.
fidélité et soutien : - Mais pourquoi ? Je croyais que tu étais plus pauvre que moi, comme
tu es plus maigre.
— « Quoi qu’il arrive, dit l’un, nous resterons toujours ensemble. » - Nous sommes très pauvre pour tout mais pas pour la nourriture. Là
— « Oui, répondit l’autre, car les vrais amis ne s’abandonnent jamais. » où ma mère travaille, ils gaspillent beaucoup de choses, alors, elle
rapporte tout ce qu’elle peut chez nous. Il y a du poulet dans tes
Ils prirent la route et marchèrent longtemps, heureux de sandwiches. Moi, j’ai beau manger, je ne deviens pas plus grosse !
partager ce moment. Mais soudain, au détour d’un sentier, surgit un Maintenant il vaut mieux que je te dise quelque chose : je suis faible de
énorme ours. Effrayés, les deux amis ne surent que faire. la poitrine.
- Ca, ça m’est égal !
Le premier, agile et rapide, grimpa aussitôt à un arbre pour se - On est loin maintenant : tiens, prends tes sandwiches. Si on s’asseyait
mettre à l’abri. Le second, moins habile, resta seul face au danger. sous cet arbre …? C’est bon ? …
Voyant que la fuite était impossible, il se coucha par terre, retint son - Mmmmmm.
souffle et fit semblant d’être mort. - Je suis tellement contente !... Je t’apporterai toutes sortes de bonnes
choses. J’ai aussi des bonbons pour après.
L’ours s’approcha lentement de lui, renifla son corps et sa tête,
- Je ne peux rien te donner, moi.
puis, croyant qu’il avait affaire à un cadavre, s’éloigna et disparut dans
- Ne me donne rien du tout. Je veux seulement que tu sois mon ami, si
la forêt.
cela te va. C’est pour cela que je t’ai expliqué pour ma poitrine ; ma
Quand tout fut redevenu calme, l’ami qui s’était réfugié sur grand-mère m’a dit qu’il ne faut jamais cacher la vérité. D’ailleurs,
l’arbre descendit et dit en riant : même si tu ne m’aimes pas, je t’apporterai à déjeuner tous les
jours…enfin, tous les jours, tant que maman restera avec nous ! Si elle
— « Alors, mon frère, que t’a donc soufflé l’ours à l’oreille ? » s’en va, il n’y aura plus rien à manger… Tu m’aimes bien ?
- Oui.
Le second répondit avec sérieux : - Vrai ? Crache par terre …
— « Il m’a conseillé de ne plus faire route avec quelqu’un qui - J’ai craché.
abandonne son ami dans le danger. » - Je pensais bien que oui, mais je n’étais pas sûre… Mais ça alors, j’étais
sûre que tu ne le dirais jamais, si je ne te le demandais pas la première !
Tu sais, ce n’est pas commode pour une fille de dire à un garçon qu’elle
le trouve gentil !
- Ce n’est pas pour un garçon, non plus ! TANTE BELLA
- Bien sûr s’il est comme toi… Prends un peu du mien, veux-tu ? Je ne
veux pas tout manger et un homme, ça mange plus qu’une femme… J’ai Les femmes, insouciantes et joyeuses le matin, quand elles
tant parlé de toi à grand-mère qu’elle me permet de t’amener à la partaient aux champs, en revenaient maintenant, non plus en file, mais
maison, mais si ça t’ennuie, ne viens pas. une à une et muettes de fatigue.
- Mais non, cela ne m’ennuie pas du tout ! Je te porterai tes livres, ce Toutes étaient rentrées depuis longtemps, lorsque, au bout du
soir, après l’école. village, apparut, enfin, la silhouette familière de notre tante, de tante
- Bon… Je suis si contente que tu ne fasses plus la queue… Cela me Bella, la grande-sœur de notre père.
donnait envie de pleurer lorsque je les entendais faire leurs réflexions.
- Si seulement je pouvais te donner quelque chose… Dis donc, j’ai une Lourdement bâtie, elle ployait pourtant sous le poids de
toupie. Ou tu veux des billes ? l’immense panier de rotin qu’elle portait sur son dos. Ce panier
- Garde-les, sois mon ami seulement. contenait un peu de tout : des morceaux de bois de chauffage, des
- Je suis ton ami et je pense que tu es la fille la plus gentille de toute moreaux de cannes à sucre, un régime de plantain, des courges, des
l’école ». bottes de feuilles de manioc et une diversité de fruits comestibles,
juteux, farineux, doux, un tas de bonnes choses dont elle nous savait
friands et qu’elle seule nous offrait. En retour, tous les enfants, petits
Peter Abraham, Je ne suis pas un homme libre. garçons et petites filles, ses neveux et ses nièces, nous lui faisions fête
quand elle rentrait des champs, presque toujours la dernière.
Nous guettions son retour, et nous nous placions à proximité du
chemin par lequel elle devait arriver. Elle donnait toujours plus, et le
meilleur fruit à celui qui, le premier, parvenait jusqu’à elle, et lui
prenait la main.
Aussi, quand elle apparut, toute la marmaille se précipitait à sa
rencontre.
« Sono a soaaaaah », criaient les petites voix. Notre tante est venue !
On se frayait un passage pour aller jusqu’à elle, et celui qui tenait
sa main s’y cramponnait solidement pour ne pas perdre sa
récompense. Tante Bella, elle, sans arrêter sa lente progression,
touchait à la ronde, de petites têtes, de petites mains, et lorsqu’on lui
marchait sur les pieds ou qu’on entravait sa marche, elle tentait de
nous écarter, et proférait des menaces qui ne trompaient personne, et
n’écartaient personne. Elle nous aimait tant.
Aussi, entourée de cette bande sautillante et jacassante, elle nous
pilotait vers sa case, d’où nous ressortions bientôt, mangeant,
croquant, suçant toutes sortes de choses.
D’après Joseph Owono, Tante Bella (Librairie Au Messager).
SCENE DE MARCHANDAGE LA CAMPAGNE

Une gourde, travaillée au fer chaud, a attiré l’attention d’Isabelle, une Maïmouna a quitté sa mère, Yaye Daro, et son village ; déçue par
blanche. Elle a décidé de l’acheter. Aussitôt sa belle-sœur Seynabou, la ville, elle regrette son pays natal.
une noire, a entrepris de marchander.
- Bonne dame, combien vas-tu cette gourde ? Son pays natal… un vieux point du Sénégal où l’on pouvait suivre
- Oh ! La fille, ce chef-d’œuvre là, cette mignonne petite calebasse, je te le soleil depuis son lever jusqu’à son coucher.
la donne à cent francs. Là-bas, les campagnes étaient vastes, il y avait des boqueteaux et
- Ah ! Là là ! C’est trop cher, bien trop cher. Et disant cela, Seynabou a des clairières, et les fillettes du bourg allaient cueillir des jujubes ridés
pris la gourde des mains de sa belle-sœur et l’a rendue. et des cerises roses gonflées de jus.
- Ecoute, ma fille, ce n’est pas pour toi, c’est pour ta patronne. Alors, si
Elles envahissaient des villages paisibles qu’elles remplissaient
on se fait d tort entre nous, que nous restera-t-il ? Demande-lui cent
un moment de gaieté et de leurs cris, allant chez l’un, chez l’autre,
cinquante francs, donne-moi cent et les cinquante seront pour toi.
demander à boire ; puis, de nouveau, elles s’égaillaient dans la brousse
- Ce n’est pas ma patronne, c’est ma belle-sœur.
à la recherche de fruits mûrs et de bois morts.
- Alors, pardon, et fais ton prix. Isabelle voyait la gourde aller des mains
de la marchande à celles de Seynabou et suivait des yeux la longue Le soir, on rentrait avec de gros fagots, le pagne relevé, la
palabre des deux femmes. démarche vive et régulière, en chantant des mélopées. Leurs mamans
- Cinquante francs, et je paye comptant. La marchande a pris un air les entendaient, anxieuses. Plus tard, au clair de lune, crépitaient des
fâché : touques sonores ; on s’attroupait, nombreux et bruyants, dans les
- Alors non, mon enfant laisse-là ; c’est que tu ne veux pas acheter. Ce ruelles et sur les places sableuses jusqu’à ce que la terre fût devenue
matin, j’ai refusé de la vendre pour soixante-quinze francs. Elles s’en « froide », vraiment « froide ». On rentrait dans sa case déjà assoupie,
allaient, la marchande a craché sur leurs pas, mais elle les a rappelées. et l’on dormait d’une seule traite.
- Allons, prends-la et donne-moi quatre-vingt-cinq francs. Pendant l’hivernage, les cours des concessions se couvraient de
- Cinquante ! La marchande a réfléchi, a compté sur ses doigts en gazon, des petites mares s’y creusaient, où les grenouilles coassaient et
faisant la moue, puis a fini par céder. où il était passionnant de suivre les évolutions si drôles des têtards.
- Donne-moi soixante-cinq francs. Je pourrais être ta mère, c’est pour Puis, quand le tonnerre grondait un peu trop fort et que la pluie
ça que je consens à faire cette perte. Peut-être me porteras-tu chance, tombait à verse, on restait chez soi, blottie dans des pagnes, à coté de
car je n’ai rien vendu depuis que je suis ici. sa mère.
D’après S. Ousmane, O Pays, mon beau peuple. Abdoulaye Sadji, Maïmouna (Présence africaine)
TENTATIVE DE CORRUPTION TENTATIVE DE CORRUPTION
ACTE II. SCENE 2
ACTE I. SCENE 1 Mapera : Bonjour, Citoyen Professeur.
Kakule : Bonjour. Le professeur n’est pas là ?
Kakule : Bonjour, Citoyen Professeur.
Mapera : Il est allé prendre un verre à Njapanda. Vous êtes devenu
Mapera : Bonjour, Mapera. Tu tombes bien, mais je suis très occupé.
invisible, citoyen professeur.
Kakule : Occupé à quoi ?
Kakule : C’est que nous avons du pain sur la planche, mon ami, avec
Mapera : Aux corrections. J’ai plus de six cent cinquante copies à
toutes les corrections que vous devez imaginer.
corriger. Imagine un peu : une classe de soixante-dix élèves ! Il faut
Mapera : Certainement avec treize classes, vous devez corriger au
corriger, inscrire les points, calculer les pourcentages, tout transcrire
moins 650 copies.
dans les registres… C’est un vrai travail d’esclave.
Kakule : 67 exactement. Mais le comble, c’est qu’en plus de tout ça, je
Mapera : Citoyen Professeur, je ne veux pas vous déranger longtemps.
suis titulaire d’une classe de 70 élèves. Il y a des points à totaliser et à
C’est juste un petit problème.
transcrire, des pourcentages à calculer, des places à classer… un tas de
Kakule : Un problème ? Je ne comprends pas.
choses à faire…
Mapera : Si vous voulez, je peux passer demain chez vous, à l’heure que
Mapera : Si bien que je ne pourrais pas essayer de vous exposer un
vous fixerez, et nous discuterons tranquillement autour d’une tasse de
petit problème, très petit, pendant deux secondes, Citoyen.
thé.
Kakule : Passez chez moi demain à seize heures trente (il a consulté
Kakule : Soit ! Demain à seize heures.
un muni-agenda avant de dire l’heure).
Mapera : Bien. Mais je voulais d’abord savoir : avez-vous déjà corrigé
Mapera : Il me semble, Citoyen, qu’il pourrait être trop tard.
l’examen de philosophie ?
Kakule : Il n’est Jamais trop tard pour causer et demain, pour bavarder
Kakule : Pas encore, pourquoi ?
autour d’une tasse de thé, je serai très libre.
Mapera : Parce que, voyez-vous, j’ai remis une feuille blanche. Votre
Mapera : Parce que, Citoyen, c’est-à-dire que je voulais tout
question était trop compliquée… trop métaphysique ! Je ne sais pas si
simplement vous supplier de bien vouloir être gentil pour avoir
c’était vraiment la question prévue.
l’amabilité de me dire si notre examen est déjà corrigé, Citoyen
Kakule : Je ne vois pas où tu veux en venir, Mapera.
professeur.
Kakule : Si j’ai bonne souvenance, vous avez remis une feuille toute
blanche. N’est-ce pas ? (Il l’exhibe).
Mapera : C’est que, Citoyen, la question était supermétaphysique,
Citoyen, et je vous prie, Citoyen, de trouver, Citoyen, une solution, à ce
problème, Citoyen. Et puis, je me demande si c’était la question prévue.
Kakule : Je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire.
VOL DES QUESTIONS D’EXAMEN (1re partie) VOL DES QUESTIONS D’EXAMEN (2e partie)

Mapera (découvrant une autre question au verso) :


Mapera (entrant) : Victoire ! Victoire, mon ami. Nous sommes sauvés ! Ah ! il y a deux questions au choix.
Tsongo : Nous sommes sauvés ? Tsongo : Lis un peu l’autre. Elle doit être moins imperméable.
Mapera : Oui, mon cher ; je suis parvenu à dérober le questionnaire de Mapera : Première série. Répondez à une seule question. Un. Localisez
géographie ! sur un croquis les principaux gisements cuprifères en Afrique et
Tsongo : Le questionnaire ? Ce n’est pas possible. brossez succinctement l’évolution de la commercialisation du cuivre
Mapera : J’étais allé chercher la petite-sœur du géographe. En entrant dans le monde.
dans la maison, je ne trouve personne. Sur la table, les fiches de Tsongo : Localisez quoi ?
préparation de monsieur Climat ainsi que ce questionnaire. Mapera : Sur un croquis, les principaux gisements cuprifères.
Tsongo ; Montre-le donc ! Tsongo : Mais localiser, c’est quoi et cuprifères, c’est quoi ?
Mapera : (exhibe un papier et lit) : la question est unique : établissez Mapera : Moi je n’ai jamais entendu ces mots. Cuprifères ! Ah ! (rires)
un parallélisme entre climatb et végétation des Monts bleus des Tsongo :La deuxième partie de la question demande de brosser quoi ?
Mitumba. Mapera : De brosser succinctement. (Rires) Ah ! (rires).
Tsongo : Etablissez quoi ? Mapera : L’examen commence dans quinze minutes. Fais rapidement
Mapera : Un pararér…pararél…pa-ral-lé-lisme. deux copies de la réponse que je t’ai dictée tantôt. Tu as du cirage ?
Tsongo : Il est fou : ce mot n’existe pas en français. Tsongo : Bien sûr. Pourquoi ?
Mapera : Je connais le palarélogramme, les droites palarères, le Mapera : Puisque je ne sais pas brosser succinctement (consultant le
palaroropipède, mais le palarolisme… Ah non ! Je n’y pige rien. questionnaire) l’évolution de la commercialisation du cuivre alors je
Tsongo : Consulte un peu tes bras. vais brosser succinctement mes souliers. (Il le fait).
Mapera (consultant) : Climat et végétation des Monts Bleus des
Mitumba. Mais le pararolisme n’y est pas ?
Tsongo : Et c’est là le nœud de la question.
Mapera : Monsieur Climat est fou, mais je sais le tromper à ma façon.
Tsongo : On ne peut ps tromper Monsieur Climat. Un philosophe !

Mumbere Mujomba, Le Philosophe.


PREMIER VOYAGE EN AVION

LA MOISSON DU RIZ (1re partie) L’avion atterrit dans un bruit infernal.


Croyant qu’on prendre place dans un avion comme dans un bus ou
Parvenus au champ, les hommes s’alignaient sur la lisière le torse dans un « Fula-fula », Zoao se précipite et s’introduit dans la cabine de
nu et la faucille prête. Mon oncle Lansana invitait alors à se mettre au l’équipage. On l’en refoule puis il finit par prendre une place ailleurs.
travail. Aussitôt les torses noirs se courbaient sur la grande aire dorée,
et les faucilles entamaient la moisson. « C’est ma place, » lui dit un Blanc, « regarde ma carte de bord. »
Ces faucilles allaient et revenaient avec une rapidité qui Zoao se met debout. «Ça commence mal, se dit-il, on me refoule
surprenait. Elles devaient couper la tige de l’épi entre le dernier nœud partout. On ne veut certainement pas du noir ». Une hôtesse vient le
et la dernière feuille tout en emportant cette dernière. Eh bien ! Elles chercher :
n’y manquaient jamais. « Montrez votre carte de bord, s’il vous plaît. »
Les moissonneurs maintenaient l’épi avec la main et l’offraient au « C.38. »
fil de la faucille, ils cueillaient un épi après l’autre et la vitesse avec
laquelle la faucille aillait et venait était surprenante. « Voici votre place. Juste à côté de la fenêtre ».

Chaque moissonneur mettait son honneur à faucher avec sûreté Il est plus ou moins midi. Zoao a faim. Il donne raison à son père qui
et avec la plus grande adresse ; il avançait un bouquet d’épis à la main, avait prévu un pique-nique pour lui. Il ouvre son sac, prend sa
et c’était au nombre et à l’importance des bouquets que les autres chikwangue et un peu de makayabu « capitaine ». L’odeur de la
l’appréciaient. chikwangue ainsi que celle du makayabu et surtout le gaz dégagé par
le pili-pili, font éternuer les voisins, tous les Blancs s’écrient :
Mon jeune oncle était merveilleux dans cette cueillette du riz : il
y devançait les meilleurs. Je le suivais pas à pas, fièrement, et je « Ça ne va pas ! »
recevais de ses mains les botes d’épis. « Qu’est-ce que c’est ? »…
Quand j’avais à mon tour la botte dans la main, je débarrassais les « Où sommes-nous ? »…
tiges de leurs feuilles et les égalisais, puis je mettais les épis en tas ; et
Une hôtesse se précipite vers Zoao et lui demande de donner tout son
je prenais grande attention à ne pas trop les secouer, car le riz se
paquet. Ce dernier proteste et s’exclame :
récolte très mûr et, étourdiment secoué, l’épi aurait abandonné une
partie de ses grains. Je ne liais pas les gerbes que je formais ainsi : « Jai faim, je dois manger. »
c’était là déjà du travail d’homme ; mais j’avais permission, la gerbe « Non, monsieur ; bientôt tout le monde va manger, nous sommes en
liée, de la porter au milieu du champ pour la dresser. train de préparer le dîner. Vous mangerez à votre faim. »
Camara Laye, L’Enfant noir « Dans ce cas, dit Zoao, vous pouvez prendre tout le paquet ; cependant,
mademoiselle, pourriez-vous m’assurer que là où je vais on ma
donnera à manger ? »
« N’ayez crainte, monsieur. »
UN COMMERCANT HABILE
Adieu chikwangue et makayabu. On les jette dans la poubelle, sans
plus. A Dakar pour les dames deux pôles d’attraction : chez Jim et la
L’hôtesse annonce qua dans quelques instants on sera en plein désert rue Vincent. Jim était un Sénégalais très au courant des goûts et de la
du Sahara. Soudain l’avion commence à faire des hauts et des bas. mode de son pays. Il tenait un superbe magasin de nouveautés où
toutes les femmes indigènes pouvaient satisfaire leurs rêves de
Zoao regarde à travers la fenêtre. Très loin en bas, il aperçoit des amas
toilettes : tissus de soie aux couleurs de l’arc-en-ciel, mousselines e
de sable, des montagnes, etc. « Si l’avion tombe, se dit le jeune homme,
gazes légères comme une toile d’araignée, babouches brodées
on ne retrouvera certainement pas un seul gramme de ma chair ». En
chargées de dorures, pagnes rayés, bijoux en or, colliers de verroterie.
entrant dans les nuages il espère voir le Bon Dieu dont on lui disait,
D’un bout à l’autre du magasin, ce n’étaient que merveilles et, dans les
dans les leçons de religion, qu’il était au ciel…
vitrines, des objets rares d’un luxe inutile mais combien fascinants.
« Nous sommes en plein Sahara », dit l’hôtesse. Les montées et les
Jim se tenait derrière son immense comptoir, le sourire aux
descentes de l’avion commencent.
lèvres, la main habile à faire valoir sa marchandise. Nul ne savait
C’est l’heure du plus grand drame ; l’avion monte d’abord puis descend comme lui donner du « chic » aux pièces de tissus et de pagnes. Il les
brusquement. soulevait comme gros bébés, les posait avantageusement sur le
« Au secours ! » s’écrie Zoao. comptoir lisse et brillant et se mettait à les caresser avant de
commencer le vrai travail d’exhibition. Puis il les crevait du doigt, les
D’après Zamenga Batukezanga, Carte postale. étalait, vantant la beauté du tissu, sa solidité, la qualité de ses couleurs,
etc. ses mains palpaient l’étoffe, la pressaient doucement, l’étendaient,
la froissaient. Elles dépliaient un mouchoir de tête à contre-jour pour
mettre en relief les dessins. C’étaient des vraies mains de magicien,
petites, effilées, souples comme une paire de gants. Jim savait encore
persuader les femmes, que tel ou tel coloris, telle mosaïque de dessins,
telles arabesques se mariaient admirablement avec les peaux claires
ou chocolat, ou noir terreux, noir d’ébène. Il savait enfin décider les
clients à l’achat en invoquant la vogue d’un tissu nouveau : on n’en
aurait bientôt plus, « ce sont mes derniers mètres ». Aidé de deux
employés, il menait comme il l’entendait le peuple naïf des femmes
coquettes et rendait en somme un immense service à la société en
comblant quelques-uns et les moins dangereux de leurs désirs.
D’après Sadji, Maïmouna (Présence africaine)
UNE USINE MODERNE LA VENDEUSE DES JOURNAUX

De nos jours, les usines modernes jouent un rôle très important dans Maman ! Maman !
Elle me jetait dehors, me claquait la porte sur le dos… Combien de fois
la vie de l’homme. Elles transforment les matières premières en
avais-je reçu cet accueil quand je revenais avec mes journaux invendus
produits finis que nous utilisons chaque jour : les habits, les ? Mon cœur, pourtant courageux, se serrait. Moi, j’avais honte…
chaussures, le pain, les médicaments, les voitures et bien d’autres
choses encore. Je me souviens d’un soir où je rentrai à la maison avec presque tous
Une usine moderne est un grand bâtiment bien organisé. Elle est mes journaux. Il avait plu dessus. Ils étaient détrempés et en bouillie.
divisée en plusieurs parties. À l’entrée se trouve l’aire de réception où Je montais l’escalier, priant pour ne pas subir de colère.
l’on dépose les matières premières. Celles-ci arrivent des champs, des
Ma mère vit immédiatement ma gibecière pleine.
mines, des forêts ou même de l’étranger. Après avoir été pesées et « Et les journaux ? » demanda-t-elle.
classées, elles sont envoyées dans les ateliers de production. « Je n’ai pas su vendre beaucoup… » répondis-je timidement.
Dans ces ateliers, les ouvriers travaillent avec des machines puissantes « Combien ? »
et rapides. Ces machines, commandées par l’électricité ou par des « Trois ou quatre francs seulement… »
ordinateurs, découpent, broient, mélangent, assemblent et fabriquent Elle me lança un regard sévère, mais ne me frappa pas.
toutes sortes d’objets. L’homme reste indispensable : il règle les « Va vendre tes journaux ! » ordonna-t-elle.
« Maman ! » m’écriai-je, la voix tremblante.
appareils, surveille la production, vérifie la sécurité et entretient les
machines. Elle m’ouvrit la porte grande, et je descendis à nouveau dans Paris,
Une usine moderne possède aussi des laboratoires. Là, les ingénieurs seule sous la pluie fine. Ce qui m’effrayait le plus, c’était l’immensité de
et les techniciens contrôlent la qualité des produits fabriqués. Ils la ville et le silence qui pesait dans mon cœur.
s’assurent que les articles sont solides, propres et sans danger pour les
consommateurs. Ils cherchent aussi de nouvelles méthodes pour Il était dix heures du soir. Je marchai sans direction précise : par le
améliorer la production. boulevard Rochechouart, la rue des Martyrs, la rue Laffitte… Je traînais
la jambe, sous une pluie légère. Paris vivait autour de moi : les vitrines
Lorsque les objets sont prêts, ils passent à l’emballage. Ils sont rangés
des cafés brillaient, les lampadaires éclairaient les rues, et l’asphalte
dans des boîtes, des sacs ou des caisses, puis transportés par camions, humide reflétait toutes ces lumières.
trains ou bateaux vers les marchés, les magasins et les familles.
J’offrais mes journaux aux passants, mais peu s’arrêtaient. Déçue, je
Les usines modernes apportent beaucoup d’avantages : elles finis par me résigner. Je suivis le boulevard des Italiens jusqu’à l’Opéra
produisent rapidement et en grande quantité. Elles créent aussi du et m’assis sur une marche, trempée et frigorifiée. Ma robe trop courte
laissait le vent mordre mes jambes, mes souliers trempés laissaient
travail pour de nombreux ouvriers et techniciens. Mais elles exigent
l’eau bouillonner entre mes orteils à chaque pas.
discipline, propreté et respect des règles de sécurité, car les machines
peuvent être dangereuses si l’on n’y prend pas garde. Assise là, je regardais défiler les taxis et les passants, perdue dans la
nuit et la pluie, rêvant d’un monde plus doux et plus juste.
LA PART DU LION LE BOUC ET L’ANGLAIS

Un jour le lion, le loup et le renard s’en allèrent chasser ensemble. Ils Un Anglais dessinait un charmant paysage. Il s’était assis sur un tronc
attrapèrent un âne sauvage, une gazelle et un lièvre. Le lion dit alors au d’arbre abattu, et avait déployé le gigantesque parasol gris des
loup : « Loup, c’est toi, aujourd’hui, qui feras le partage. » Le loup dit : touristes peintres… Le sommeil le tenta et alourdit ses paupières… Il
« Il me semble équitable, sire, que vous receviez l’âne sauvage et que referma son carton, et, les bras appuyés sur sa canne, le parasol lui
mon ami le renard prenne le lièvre. Quant à moi, je me contenterai de faisant ombre et fond, il s’endormit.
la gazelle. » Un bouc vint à passer en tour de promenade. Ce spectacle le surprit. Il
A ces mots, le lion se mit en rage. Il souleva sa grosse patte puissante s’arrêta et contempla l’Anglais… Le brave homme dormait de tout son
et l’abattit sur la tête du loup. Le loup eut le crâne brisé et mourut cœur. Sa tête lentement s’inclinait et tombait sur sa poitrine ; puis,
presque aussitôt. brusquement se relevait, pour s’incliner encore et retomber… Ce
manège involontaire fut mal compris du bouc… Il recula, pencha lui
Alors le lion s’adressa au renard :
« A ton tour, maintenant, d’effectuer le partage ; et tâcher de mieux t’y aussi sa tête sur la poitrine et… attendit de pied ferme…
prendre. » L’Anglais restant en place, le bouc après quelques temps leva les yeux
et le regarda de nouveau… le front de l’Anglais pendait toujours…
Le renard dit solennellement :
Alors, décidément froissé, mon bouc se remet en garde et, avec un
« L’âne sera pour votre déjeuner, Sire, la gazelle sera pour le souper de
grand élan, fond sur l’Anglais ! Le malheureux tourna comme une aile
Votre Majesté et le lièvre vous revient, pour votre petit déjeuner de
de moulin autour de son arbre, et la tête en bas, les jambes en haut,
demain. »
pêle-mêle avec le parasol, les cartons et les pinceaux, roula dans l’eau
Le lion, surpris, lui demanda : du fossé… Je vous laisse à deviner les cris, la colère, la honte, l’embarras
« Et depuis quand es-tu aussi sage ? » du pauvre homme se débattant dans la vase. Le bouc, lui, les pattes de
Le renard répondit : devant sur le tronc, contemplait d’en haut sa victime empêtrée, il bêlait,
« Depuis que j’ai entendu craquer le crâne du loup, Majesté. » et son bêlement faisait rire tous les échos de la montagne.

Fable du Soudan. D’après Van Tricht, Les familiers de l’étable.

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