XI
MALACOLOGIE.
MOLLUSQUES VIVANTS ET FOSSILES,
par M. H. NYST,
Conser\'lltcur au Mu~éc roy;tl tl'histoirè nntul'elli•, membre de lu t•lauc des scit>nc~s dl! I'A,•t'Hl~mie
L'embt·anchement des animaux à coquilles est un des plus consi-
dérables du règne animal. La variété des fot·mes spécifiques qu'il
pt·ésente à l'observateul' se caractét·ise pat· ce seul fait que la science
reconnaît actuellement 30,000 de ces formes, dont '16,000 sont
vivantes et '14,000 fossiles. Ot·, les poissons, qui sont les plus nom-
breux des animaux invertébrés, n'en comptent que 6,000.
Les mollusques se rencontrent dans tous les milieux. Il en est de
tetTes tres : ce sont les Pulmonés inoperculés (limaces, hélices, etc.) et
les Pulmonés operculés (cyclostomes, etc.). D'autres vivent dans l'eau
douce: ce sont les Inopercttléspulmobranches (limnées, planorbes, etc.),
les Operculés pectinibranches (paludines, valvées, etc.) et les Lamel-
libranches dimyaires (mulettes, anodontes, etc.). D'autt·es enfin vivent
dans la mer; ils ont également une t·espiration branchiale. Ces der-
niers se distinguent pat· une élégatice et des couleurs qui les font
pm·fois rechet'cher comme ornements.
Parmi les mollusques terrestt·es, ce sont les hélices qui ont les
formes les plus belles ct les plus nombreuses. On n'en compte pas
moins de '1 ,600 espèces, en y compt•enant une foul e de sous-genres;
3!)0 BELGIQUE PIIYSJQUE.
plusieurs de ces espèces vivent à une tl'ès-grande nlti1 ude, qui
dépasse même 3,300 mètres; quelques-unes sont comestibles.
Les coquilles te nes tres sont toujours univalves; elles sont géné-
ralement emoulées sur elles-mêmes. Les coquilles fluviatiles sont
unh·alves, et ces dernières sont constl'uites sur un plan bien distinct.
Le test de ces coquilles est ordinairement mince, tandis que, dans
les coquilles marines qui sont uniyalœs, biYalvcs ou multivah·es, il
est le plus souvent assez épais. Du reste, ces trois geoupes ont
ent1·e eux des différences génériques fondamentales qui dominent
l'espèce.
Il en est des mollusques comme de tous les autres animaux : leul'
répa1·tition sur le globe est loin d'êtl·e uniforme. L'ai1·e géographique
de chaque espèce, te1·restre, fluviatile ou mat·ine, est limitée de
telle sorte que souvent la fau.ne conchyliologique d'une région pré-
sente un cont1·aste marqué avec celle des régions voisines et qu'elle
n'a plus que de simples analogies avec celle des régions éloignées. On
conçoit., dès lors, l'importance de la malacologie dans l'histoire natu-
relle en général et celle qu'elle peut avoir pou1' l'étude de la géo-
logie en particulier.
En effet, comme les mollusques se développent dans tous les
milieux, souvent avec une extt·ême abondance, et que les coquilles
se composent principalement de carbonate de chaux qui en assure
la conservation lorsqu'elles sont enfouies dans les sédiments, on a
pu les rett·ouver intactes dans les dépôts qui les ont recouvertes à
toutes les époques. Or, la science a démontré, au commencement de
ce siècle, ce fait remarquable que les coquilles fossiles varient d'un
te1·rain à un autre et qu'elles sont d'autant plus différentes de celles
de notre temps qu'elles sont enfouies dans des couches plus an-
ciennes. On constata en même temps que les coquilles d'un même
teJTain présentent une association uniforme : d'où l'on déduisit
que les terrains contenant les mêmes espèces étaient de la même
époque.
Ainsi la paléontologie des mollusques, venant se joindre aux
c::u·actères fournis pat· la superposition des couches et par la miné-
ralogie, devint l'un des moyens les plus précieux et les plus effi-
caces pour déterminer à la fois i'ordre de succession des terrains et
leur raccordement avec dès terrains éloignés les uns des autres.
La Belgique, baignée par la mer du Nord, sillonnée par des
fleuves, présentant des rég·ions montagneuses et des marécages
éiE'ndus, nous fournit naturellement des re1)1'ésentants de chacun
}1.\L.\ COLOGIE. 3H l
tlcs trois gt·oupes désigné::> plus haut sous les nom::> de terrestre·,
fluviatiles et marins. Nous chercheron s à en appréciet· le cm·acl.èt·e
pt·opre, el nous comparerons l'association des espèces qu'on y ren-
contre à la faune actuelle des régions voisines.
D'autt·e part, les terrains qui composent notre sol sont de dates
géologiques variées. Quelques-uns sont d'ot·igine fluviale et même
terrestre, mais la plupat·t sont des dépôts mal'ins. Nous caractérise-
t'ons également chacun de · ces terrains au poiut de vue malacolo-
gique, et, par leur comparaison avec la-faune fossile des terrain s
semblables dans les autt·es pays, pal' des inductions tirées des cit·-
constances qui président actuellement ü la constitution des faunes
de mollusques, nous parviendrons ü connaîtl'e les circonstances
spéciales dans lesquelles se tl'Ouvait notre pays pendant ln vie de
ces mollusques fossiles.
NornE FAUl'\E MALACOLOGtQUE ACTUELLE . - Les coquilles terl'estt·es et
fluviatiles ne sont pas tt·ès-variécs; notre faune ue compl'end que
142 espèces (84 tcrrestt·es et 58 fluviatiles) l'épat'ties dans 30 genl'es
( t 7 tencstres ct 13 fluviatiles), tandis qu'on en compte déjà plus de
6,869 espèces sur tout le globe.
Pal'mi les espèces tetTestres, le genre Helix, clans lequel sont
eomprises celles du sous-genre Zonites, est le mieux représenté.
L'Helix pomatia (la caracole des vignes), l'Helix nemoralis (la cam-
cole des forêts) et quelques autres sont les plus abondantes et se
rencontt·ent dans pt'esque tous les pays. D'autres espèces ne sc trou -
vent que dans la région montagneuse : ce sont les Helix ntpestris
et JI. obvoluta, Bulinws montanus, Azeca Menkeana, Pupa seca/e,
P. avenacea, etc. Le littoral contient aussi quelques tonnes spéciales,
telles que les Helix canliana, H. cartlwsiana, etc., tandis que la régiou
intermédiaire ne renferme guèl'e que celles qui sont communes
aux deux autres. Envisagés dans !eue rapport avec la faune eu t·o-
péenne, nos mollusques tenestres font parti e de la faune de l'Eu t'Ope
centt·ale qu'on trouve presque uniforme depuis la Baltique jusqu'aux
Alpes; elle semble élre limitée à l'est pat' les monts Ourals et la mer
Caspienne, ou même se pt·olonger jusqu'en Perse dans !"Afghanistan .
Cependant l'Helix pttlchella, teès-petite espèce de notre faune, se t'C-
tl'ouve au Caucase, ü Madère, au Cap (où elle a été inteoduite) et dans
l'Amérique du Not·d jusqu'au }Iissouri; l'Helix aspersa, espèce très-
J commune au pied des vieux .mut·s, :t été natuealiséc en Algérie,
aux A('Ot'I'S rt au P.t·ésil; Ir lo11ilt's cellaria sc t·rtrou,·r ég-a lr n1C11L
'
392 BELGIQUE PHYSIQUE.
dans l'Amét·ique du Not·ù et a été natur·alisé au Cap c t ~~ la Nouvellc-
Zélaude.
Nos mollusques fluviatiles, de même que nos mollusques tet·t·es-
u·es, font partie de la faune de l'Eu l'Ope centrale. On cite, néanmoins,
le Physa hypnorum dans la Sibérie ·arctique. Les Limnœa palu.stris,
Physa fontinalis, P!tysa hypnnorum et Succinea pu tris sont les espèces
les plu s septentrionales.
Il est à remat·quct· que, suiranl que nos mollusques fluviatiles se
tt·ouvent dans les eaux co.urantcs, stagnantes ou mat·écageuses, ils
sont représentés par des espèces particulièt·cs. Ainsi, dans l'Ardenne
et dans le Condroz, on ne rencontre guère dans les cours d'eau
11u'une trentaine d'espèces, notamment les Limnœa peregra, Bithyn'ia
viridis et les Unio crassus et U. margariti{'em, spéciales à cette région.
La néritinefluviatile, qui sc tt·ouve dans la moyenne et dans la basse
Belgique, y est plus abondante qu'ailleurs. Daus la basse Belgique
(Flandt·es et Campine), les eaux fluviales et mat·écageuses sont priu-
cipalcment caractérisées pat· les Paludines, les Limnées et les Pla-
nOJ·bes, etc. , les Anodontes et les Cyclas, qui sont représentées par
43 espèces. Dans la moyenne Belgique, on rencontre une faune
intermédiaire, due probablement à la stagnation plu s ou moin s
gt·ande des_ea ux.
li est bon de rappeler ici qu'une espèce bivalve, Dl'iessen.sia (et
non Dreissena) ]JOlymo17Jha, a été introduite, dans les cours d'eau et
dans les divers canaux de la basse Belgique, pat· le canal Guillaume
ù Macstricht, et s'est répandue ensuite dans les eaux de la Meuse,
de la Sambre et de l'Escaut. Arrirée il n'y a pas un demi-siècle,
elle a déjà pris un développement très-considéeable en Eueope. La
p~trie de cette espèce est le Volga.
Notre taune conchyliologique marine semble peu diversifiée, mais
les études ont jusqu'ici été peu suivies et les dragages insuffisants .
Nous ne connaissons guère que les espèces rejetées pat· les hautes
mat·ées. L'absence de rochers et la nature sablonneuse de nott'e
côte sont aussi les principales causes de la pauvreté de cette faune.
Sut' environ 9,000 espèces connues, on n'eu constate encore sut·
nos côtes que 158, qui se répartissent comme suit: 8 céphalopodes,
69 gastét·opodes, 1 brachiopode et 57 lamellibranches. Ces espèces
sont celles de la mer du Not·d, de la Baltique. de la Manche et des
côtes de Fl'ance jusqu'au golfe de Gascogne. On y trouve plusieurs
espèces qui s'étendent même jusqu'à la Méditel'l·anée. Les Pa-
telles, etc., et généralement les espèces sédentait·es, y manquent, à
MALACO LOGIE. 393
cause de l'absence de rochet·s. :\lais, par compensation, on •·ecueille
souvent sur l'estt·an les espèces pélagiques, c'est-à-dire qui vivent
en pleine mer, ainsi que celles qui vivent sut' les côtes sablonneuses:
les Solen( ou couteaux), les Venus, les Tellina, les JJfactra, et, sur les
pilotis et les pierres, les Littorina, conn ues vulgairement sous le
nom de Vignots.
Si maintenant l'on réfléchit que pour les moll usques, comme pout'
le •·este du règne animal, la plus grande diversité spécifique
s'observe dans les. régions équatoriales et que les régions polaires,
au contt·aire, en offrent très-peu, mais que le nombre d'in dividus de
chaque espèce y est plus grand, on verra clairement, pat' ce qui
précède, que notœ faune malacologique est celle d'une t·ég·ion tem-
pérée touchant à la région pob.it·e.
NomE FAUl'Œ MALACOLOG IOŒ FOSSILE. - Ainsi la faune conchyliolo-
gique belge, composée de ses espèces terrestt·es, fluviatiles et ma-
rines, ne compte que 300 espèces sut' les •l6,000 aujourd'hui
connues. Nos mollusques fossiles s'élèvent, au contrait·e, au total
ù'envit·on 4,000 espèces, soit 13 fois plus qu e celui des coquilles
virantes et le qual't de toute la faune malacologique actuelle. .
Ce fait nous indique qu'une semblable accumulation d'espèces
dans une région aussi limitée que la Belgique n'a pu avoir lieu que
par une succession de temps très-considérable, dm·a nt laquelle les
ta unes différentes se sont suivies et, nous, pouvons même dit·e, plu-
sieut·s fois renouvelées. La faune silurienne est tt·ès-différente des
faunes dévonienne et carbonifère, et celles-ci diffèrent plus ~n core
de celles des terrains secondaires et tertiaiJ·es, qui ne présentent
entre elles, à cet égard, pt·esque aucun point de commun . Ainsi enri-
sagée dans son ensemble, notre faune malacologique fossi le nous
appat·aît avec une diversité de fm·mes due à la longucul' de la
pél'iode géologique, laquelle présente dans le temps le •·ôle que
joue dans l'espace un tiers de la surface du globe, comprenant à la
fois les régions équatot·iales et tempérées. li y a donc analogie entre
le développement de la nature dans l'espace et son développement
dans le temps.
Faune silurienne. Les dépôts belges les plus anciens que Dumont
a appelés terrain ardennais, et que l'on considère quelquefois comme
cambriens, ne contiennent pas de coquilles, quoique ce soient des
dépôts sédimentait·es.
Mais il n'en est pas ain si des schistes, sa ns dout e un peu moin s
BELGIQUE PHYSIQUE.
anciens, qui sc tt·ouvenl so us les sables du Dt·ahanl . On y rencontre,
notamment à Grand-Manil , pri's do Gembl oux, de n ombre u~ fossiles
se rapportant à 6 espèces de céphalopodes, 6 espèces de gastéro-
podes, 9 espèces de lwachiopodes et '1 espèce de lamellibranches.
Cette tàune caractérise le terrain silurien moyen (faune seconde
de l\I. de Barrande) et semble avoir des affinités intimes avec celle de
Hoff en Bavière. Or, le terrain silurien de Iloff fait partie d'un bassiu
géologique bien distinct du célèbre bassin de la Bohême, et il existe
pcul-êtl'e entre eux une séparation physique révélant l'existence
en Europe de deux mers distinctes ü l'époque silurienne.
Le tenain silurien supérieur manque en Belgique; mais, tandis que
les terrains cambrien et silurien do l'ensemble du globe ont fourni
679 espèces, nous n'e11 comptons encore que 22 pour la Belgique.
Faune dévonienne . Le terrain dévonien est très-développé en Bel-
gique. Il compte plusieurs milliers de mètres d'épaisseur, ct, dans ce
vaste amas de couches, une succession se constate, taut pal' les
:;u"perpositions de ces couches et les variations du cal'actère miné-
ralogique que par les divet·ses modifications qu'ont subies les restes
des êtres ot·ganisés.
Beaucoup de cos couches sont extrêmement riches en fossiles.
Les calcaires et les schistes de Couvin et de Cir et ct le calcai1·e ü
chaux hydraulique de Rhisnes, so nt surtout tt•ès-connus par les
nombreux spécimens qu'on y recueille et ü cause do leur degt·é de
conservation souvent remarquable.
La faune dévonienne a fou mi jusqu'à présent : céphalopodes,
16 espèces ; gastéropodes, 4t>; ))l'achiopodes, ·W 1 ; lamellibran-
ches , 40 ; total, 2t>2 espèces.
La faune dévonienne générale se compose de '1,035 espèces, dans
l'élat actuel de nos connaissances.
Mais il est bon de rappeler que l'explot·ation de nos tel'l'ains de
cet âge est loin d'être sufiisante. Elle n'a été réellement qu'ébauchée,
et des recherches persévérantes y set'ont couronnées de succès.
Le terrain dévonien inférieur a fourni jusqu'à ce jour : céphalo-
podes, H espèces; gastéropodes, 39 ; brach~opodes, 81; l::nnelli-
bt·anches, 21 : total, H52 espèces, parmi lesquelles les Spiri{er cul-
trijugatus et S. speciosus, oLe., les Leptœna Murchisoni, etc. , sont les
plus abondants.
Le ten ain dévonien moyen, qui comprend le calcait·e de Civet, a
fourni : céphalopodes , 2 espèces ; gastéropodes , -17 ; bt·achio-
podes, 10; lnmellibl'anche:>, 0 : total , 34_.esprces, pm·mi lcsquellrs
~L\LAf.O L OG I E. 395
les llfarrocheilus arculatus, !11urrhisonia bilinea/u el le Slryngocephalus
Bttrtiui sont les types les plus caractéeisliques.
Le te•·•·ain dévonien supét·ieur a, de son côté, fourni: céphalopodes,
3 espèces ; gastél'Opodes, 0; brachiopodes, 50; lamellibl'anches, 7:
total, 60 espèces. Les Spiri{er Verneuilli, Productus subaculeatus et
Terebratula cuboïdes en sont les espèces les plus communes.
Faune carbonifère. Le calcaire carbonifèt·e est un des tenains
belges les plus riches en fossiles. Les gîtes de Toul'nai, de Waul-
sot't el de Visé ont fourni un nomùœ con sidét•able d'échantillons se
•·épmti ssant en 690 espèces, et beaucoup de types, yui ne sont pas
enCOI'e déCI'ÎtS, Sel'ont à y ajouter.
Les catalogues de la faune carbonifère génét·:ile enregistrent
835 espèces. Nos 690 types belges se g•·oupent ainsi : céphalo-
podes, 79 espèces ; gastéropodes, 220; brachiopodes, '143 ; lamel-
libt·anches, 248 : total, 690 espèces.
Le Spiri(er JJiosquensis cal'actérise la pm·tie infél'iem·e de notl'e
étage cat·bonitët·e; le S. cuspidatus, la partie moyenne, et le Productus
giganteus, la pat·tie supérieure.
Notre faune caebonifère présente des dilféeences assez notables
avec la faune de cet âge en Russie. Toutefois les espèces paraissent
avoit• peu varié à cette époque sur le globe. Les mollusques cat·bo-
nifères d'Australie et de l'Amérique du Sud sont sensiblement les
mêmes que ceux des calcaiees carbonifères de l'hémisphère boréal.
L'ampélite de Chokier, avec sa Goniatites diadema, fournit un nou-
veau terme d'évolution dans la faune des mollusques de notre pays.
Ell e a donné 11 espèces qui lui sont propres.
Le terrain houiller proprement dit renferme, dans ses grès et ses
schistes, tantôt des coquilles marines, tantôt des coquilles fluvia-
tiles. Les premières se rapportent à 4 espèces, les autres à 20.
Faune permienne. Le poudingue de Malmédy ne renferme de fos-
siles que dans ses cailloux roulés qui ont été anacbés au tenain
dévonien de l'Eifel. Ce dépôt n'a donc pas de faune spéciale chez
nous.
Faune jurassique. Le terrain jurassique de la Belgique n'est, comme
on le sait, que l'extrémité de la bordure des tenains secondaires
ùu bassin de Paris qui viennent afflem·ee au contact du terrain de
l'At·denne dans la partie méridionale du Luxemboul'g. Aussi ce lam-
beau, enclavé dans notre pays par des limites politiques, ne pré-
sente-t-il pas toute la série des couches appartenant au terrain
jura~si q u e elu gr·and bassi n géologique qui s'élr ncl depuis la Lor-
396 BELGIQUE PIIYSIQUE.
raine, le g•·and plateau central de la F1·ance et le Calvados, jusque
dans le pays de Galles. Il n'offi·e, à proprement pal'le1·, que la partie
inférieure du terrain jurassique, c'est-à-dire l'étage liasique. Il a
cependant foUJ·ni une faune de 436 espèces de mollusques parmi les-
quels on remm·que la grande abondance des ammonites (t>3 espèces)
et des bélemnites (13 espèces). En voici, du reste, la répartition :
céphalopodes, 69 espèces; gastéropodes, 101 ; b1·achiopodes, 30;
lamellibranches, 236: total, 436 espèces.
Les Ammonites planorbis, A. angulatus et A. bisulcatus, la Belem-
uites brevis et l'Ostrea arcuata sont les pl us abondantes.
La faune jurassique générale accuse 3,ooo espèces.
Faune crétacée. Des solutions de continuité dans la série de nos
fossiles se sont déjà montrées entl'e les faunes silurienne et dévo-
nienne et entre les faunes carbonifère et jUJ·assique; une troisième
lacune s'aécentue entre notre faune jurassique et notre faune
' crétacée.
Le terrain crétacé n'affieUI·e en Belgique que su1· la boedu1·e
septenteionale de notre bassin primaire. Les co uches moyennes et
supé1·ieu•·es de ce terrain y sont seulement représentées. Mais, pa1·
compensation, elles y contiennent de •·iches gîtes de fossiles.
Les amas d'argiles du Hainaut, connus sous le nom de tenain
aachénien, ont fourni deux coquilles d'eau douce appartenant aux
genres Planorbis et Unio.
La meule de Bracquegnies a fourni : céphalopodes, 0 espèce;
gasté1·opodes, 39; brachiopodes, '1; lamellibranches, M : total,
94 espèces.
Les Cardiun hillanum, Ostrea conica, Pectunculus sublœvis, Tri-
gonia dœdalœ, Turritelta granulata, Phasianella formosa, Tornatella
alflnis et Rostellaria Parkinsoni en sont les espèces caeacté1·istiques
pal' leur abondance. Cette faune a beaucoup d'analogie avec celle
ùe Blackdom1 en Angletene et semble inte1·médiai•·e entre le gault
et le g1·ès ve1·t.
Le te1'1·ain appelé tourtia, et dont les célèbres localités de Monti-
gnies-sur-Roc, près de Quiévrain et de Toul'11ai, ont foumi les nom-
breux fossiles, repose tantôt sut· le terrain dévonien et houiller,
tantôt sur le te1·rain aachénien, avec lequel il n'a cependant aucun
rapport. Sa faune conchyliologique présente non moins de 460 es-
pèces ainsi réparties : céphalopodes, 2 espèces; gasté1·opodes, 324;
b1·achiopodes, 11; lamellibl·anches, 123: total, 460.
La Terebratula Nerviensis y est t1·ès-abondante et, pa•·mi les espèces
~lALACOLOGlE.
les plus ~arnctéristiqucs, l'on peut encore ~ite r les 1'. biplicala et
capillata, Rhynchonella Lama1·ckiana, Astarle striata, Spondylus stria-
tus. Nous remal'quons aussi que, pat•mi les céphalopodes, les espèces
qui ont été découvertes sont spéciales à ce terrain; que, parmi les
gastéropodes, deux espèces seulement pat·aissent identiques; que,
pat·mi les lamellibeanches, tt'ois espèces semblent exister déjü dans
'la meule de Bt·acqucgnies; enfin , que les nombeeux brachiopodes
qui s'y rencontrent indiquent que celte mer devait être profonde,
tandis que l'absence de ceux-ci, dans le tet·t·ain qui précède, indique
au contraire, une faune côtièl'e.
Les couches marneuses appelées tourlia de Mons, fortes-toises et
les couches siliceuses appelées mbots contiennent : céphalopodes,
2 espèces; gastét·opodes, 'l ; bt·achiopodes, 1'1 ; lamellibranches, 21):
total, 39 espèces.
Les 2 céphalopodes sont spéciaux à ce terrain ; les H bt·achio-
podes se répattissent comme suit : 3 sont spéciaux à ce termin,
4 ont survécu à l'époque du tourtia el 4 se retrouvent cncot·e dans
les assises supérieures de 1a faune crétacée. Les 20 lamelJibranches
offrent seulement 6 espèces spéciales, 3 identiques avec des espèces
du tourtia et n qui ont continué à vivre dans les assises supéeieures
de la faune. Cette faune indique que ces tet·t·ains sont contemporains
du dépôt appelé en France craie cltlorilée.
La cmie blanche, si bien développée dans le Hainaut et dans le
Limbomg, contient : céphalopodes, '13 espèces; gastéropodes, 8;
brachiopodes, 32; lamellibranches, o9 : total, 112 espèces, dont la
Belemnitella quadmta, le Magas pumilus et I'Ananchites gibba sont
les espèces caractéristiques de plusieurs zonès distinctes.
Enfin le célèbre tuffeau de l\Jaestricht et celui de Ciply, près de
~Ions, qui terminent notl'e série crétacée, ont fourni : céphalopodes,
26 espèces ; gastéropodes, 98; bl'achiopodes, 47; lamellibt·anches, 96:
total, 267 espèces, parmi lesquell es dominent les Belemnitella mucro-
nata, Baculites Faujasi, Terebratula cam ea, Thecidea papillata, Crania
Jchnabergensis, Ostrea vesicttlaris, Ostrea hippopodium, Ostrea lunata,
Pecten Jntlchetlus, Lima semisutcata et Arca rhombea.
On peut apprécier l'évolution de la faune crétacée en Belgique, si
l'on remarque que les '1, 143 espèces qui ont été recueillies sont loin
de se trouver toutes dans les divers étages dont le terrain est com-
posé; nous appt·écions ainsi d'une manière plus ou moins précise la
durée de cette époque, et l'on peut clit·e qu'aucune espèce ne traverse
tout l'ensemble des couches.
BELGIQUE PliYSlQIJE.
On connaît, dans le terrain crétacé de la :5urf'a<:e du globe,
2,931 espèces, dont nos dépôts de cet ùge n'ont fourni qu'un tiers
jusqu'ici.
On se demandenl peut-être si, du cal'actère des faunes primaires
ct secondaires que nous venons de passer en revue, il n'y a pas
lieu de déduire la disposition des mers dans lesquelles elle~
vivaient.
L'abondance des brachiopodes au milieu des nombreux polypiers,
la rareté des autres gl'oupes de mollusques parmi les faunes silu-
rienne et dévonienne dénotent que ces mers étaient profondes.
L'abondance des céphalopodes dans les gites de Tournai, de Waul-
sort et de Visé, mélangés aux coquilles des autres classes, montre
que ces localités, à cette époque, étaient des points littoraux où les
dépouilles des populations testacées de ces mers venaient s'accu-
mulet'.
l\Iais la faune de beaucoup de couches de notre calcaire carboni-
fèee ne l'enfel'lne que des brachiopodes, principalement des Prorluctus,
souvent agglomérés par bancs, ainsi que des polypiers. On remar-
quera encore que beaucoup de ces couches, surtout dans la partie
moyenne et supérieul'e de l'étage, ne renferment ni coquilles ni
polypiers. .
Nous pouvons donc en conclure qu'un chenal placé entre les
roches dévoniennes et silul'iennes de la Hesbaye et de l'Ardenne exis-
tait déjà et produisait cetle exubérance de vie que les trois gîtes
précités nous révèlent; que les côtes étaient très-escat·pées, tandis
que le lit du chenal a tteignait à des profondeurs considérables, où
la vie des mollusques· n'était même plus possible .
Un autt'e horizon de cet étage doit fixer notre attention, car il nous
permettra de reconstituer plus complétemcnt le régime de ces met·s .
Le calcaire des Écaussinnes, à Soignies, s ur l'Ou l'the, etc ., carac-
térise la hase du calcaire carbonifère en Belgique, et constitue un
des termes les plus constants de la série. Jl est formé par une quan-
tité innombrable d'articles de tiges de crinoïdes, a u milieu desquels
on trouve des spirifères, des productus, des tél'ébratules et autres
brachiopodes : ces êtres vivent s urtout dans les mers profondes.
La séparation des tiges de crinoïdes en articles isolés est l'indice
que notre mer carbonifère é tait alors sillonnée par des coul'ants qui
atTachaient ces tiges et les l'éduisaient en petits fragments. Ces
couches de crinoïdes sc reproduisaient, du reste, avec les mêmes
caractères, ü plusieurs uireaux dans la série des couches de l'étage :
)1.\ L.\COLOGI E. :·1!)9
il en résulte que ::;i la population du fond de notre dwnal carboni-
fèr·e a val'ié, elle a été néanmoins par·cour·ue, pendant cette période,
par ces courants marins, cause incontestable de la destruction des
crinoïdes.
La faune jurassique du Luxembour·g, au contr·aire, n'indique
g uèr·e que des points littoraux; mais notre faune crétacée du Hainaut,
de la Hesbaye, du Limbourg et de Maestl'icht trahit d'assez grandes
profondeues maritimes.
Faune éocène. L'examen analytique de nos tenains tertiaires dé-
moutrc cc fait important que, comme le prévoyait la stratigraphie
par la superposition des couches, la haute Belgique était, il l'époque
teetiair·e, le rivage d'un golfe qui , pm· son enYasemenl progressif,
r·ecula· ses limites jusqu'aux côtes actuelles de la Belgiq uc et de la
Hollande. Ces thunes, quand elles ne sont pas exclusivement litto-
r·ales, dénotent, en effet, que notre me1· tertiait·c n'avait pas une
grande profondeur . Les bancs de col'aux et de mollusques des
zones profondes y font défaut, tandis que les gt·oupes littoraux et
suhliltor·aux y sont largement r·eprésentés.
En suiYant de bas en haut la séeie de nos couches teetiaires, nous
observons d'abor·d le calcaire grossier de llfous. Il est très-riche en
fossiles, dont une parlie des gastéropodes seuls, au nombre de '1 30,
ont été jusqu'ici décrits. Ce nombre sera, sans aucun doute, élevé
il 22o au moins ; celui des lamellibranches, ü 125; ct celui des bryo-
zoait·as, à 00. Cette faune devait être sublittornle et les eaux, jusqu'à
un cet·tain point, saum~ttres .
Quand on la compare aux f~wnes des Lel'l'ains qui lui sont super-
posés, on constate le phénomène étl'ange qu'elle a plus d'analogie
avec la faune éocène moyenne de la Belgique el de la France qu'avec
la faune de l'éocène inférieur, puisque ce calcait·e gl'ossier est re-
couvert, néanmoins, par les couches de l'éocène inférieur, lesquelles
le sont ü lem· toul' pat les couches bien car·actétisées de l'éocène
moyen. II suit de là qu'une faune qui, en France et en Belgique, a
succédé à une autre, suivant les lois classiques de la paléontologie,
a pt·écédé, à Mons, celle à laquelle elle devait succéder.
Cette apparition anormale et anticipée d'une faune est un phéno-
mène obsel'vé et longuement discuté par l'II. de Barrande dans le
terrain silut·ien de la Bohême. Ce paléontologiste estime que ces
iulet·versions clans l'ordl'e d'apparition des faunes est un phéno-
mène non pa::; apparent, mais réel, el la science paraît avoir· accepté
::;es conclusions, bien qu'elles soient encore difticilcmenl explicables.
l
1
400 BELGIQUE PHYSIQUE.
On peut citer, comme espèces communes au calcaire grossier de
Mons et à la faune de notre éocène moyen du tenain bruxellien, les
espèces suivantes, parmi celles qui ont été décrites dans la pre-
mièee et la deuxième pat·tie de l'ouvrage de MM. Briat·t et Cornet :
Buccium stromboïdes, Voluta spinosa, Turbonilla honleola, Cerithium
unisulcatum et Tun·itella multisulcata.
D'autre part, cette faune est complétement différente de celle de
nos couches landéniennes de l'éocène inférieur·, si l'on en excepte les
espèces des eaux saumùtrcs, telles que les Melanopsis buccinoùles, etc.
Ces couches landéniennes sont pauvres en fossiles, et ont été, du
reste, peu étudiées. Elles ne renferment à la pal'tie inférieul'e que des
coquilles marines, telles que Scalaria Angresiana, Pholadomya J(o-
nincki, Esmarki, Panopœa intennedia, Crassa tel/a Landinensis; Leda
substl'iata, A1·ca Heberf'i, etc. Mais les couches supérieures sont
caractérisées par des coquilles d'eau saumâtre appartenant aux
genl'es Melanict, Melanopsis et Cyrena.
Notre étage éocène moyen est divisé en assises pauisélienne,
bruxellienne et laekénienne. Dans les localités indiquées par ces
noms, les faunes sont côLières ; mais à Aeltre, peès de Bruges,
qui est un peu distant de la côte de ces anciennes mers, la faune est
sublittorale, comme le témoignent ses nombreux Cantium, Cardita
et Venus.
Comme les espèces de l'assise panisélienne ne sont pas encore assez
connues, il est difficile d'indiquer le caractère génét'al et les rela-
tions mutuelles de ces subdivisions éocènes infél'ieures; nous elirons
cependant que, parmi les céphalopodes, une espèce sur '10 passe
dans les trois assises; que H> gastéropodes se sont retl'Ouvés dans
les trois assises et ~ dans celle qui lui est superposée; qu'aucun
brachiopode n'y a été recueilli et que, pour les lamellibranches,
9 espèces passent dans les trois assises et 3 dans celle qui les suit.
Ainsi le dépôt bruxellien pourrait être considéré comme étant la
suite non interrompue du panisélien. Mais l'interruption se montre
entre le laekénien et le bruxellien, et la stratigraphie nous l'indique
du r~ste, puisque entre ces deux subdivisions, au lieu d'une forma-
tion de dépôt, il s'est produit des enlèvements de couches. C'est ce
qui explique la solution de continuité observée entre leUl's faunes
et la dispat·ition des couches à Ce1'ithium giganteurn qui semblent
faire détaut en Belgique et qui, dans le bassin de Paris, se trouvent
entre le calcaire gwssier moyen et les sables moyens.
Notre faune éocène a fourni : céphalopodes, '10 espèces; gastéro-
~1.\L.\CULU(;I E. 4tJI
poùes, 3H; bnwhidpotles, G; lamcllihr~lllche:-;, 2.H : total, 0::.1 l es-
pèces; tandis que les catalogues de la faune éocène générale enre-
gistt·ent 2,636 espèces, el ce nombt·e doit même avoir sensiblement
augmenté.
Faune miocène. La compat·aison de la t~wne de notre terrain mioeène
intërieur avec celle cle notre éocène•moyen, qui vientd'ètre examiuée,
démontt·e suffisamment qu'une lacune importante existe entre ces
deux tet·t·ains, puisque leur faune diffère complétement. .\us::.i
voyons-nous, dans le bassin de Paris, les couches de l'ëocène
supét·ie~Jr séparet· ces deux groupes.
· Le gile de Vliennael, entl'e Tongt·es et Hasselt, qui a tûut'tli les
espèces cat·actéristiques de notre ton grien infërieut·, est assez distant
des affleurements de ce dépôt sut· le8 couches du Çondroz. Aussi sa
faune est-elle sublittot·ale.
L.e tongrien supét·iem· reitferme une thune très-t·emarquable. Elle
sc compose à la tois d'espèces ten·estres (ùes g·en rcs Cyclostoma ct
Succinea), d'espèces fluviatiles (des geu t·es Lynwœa, Planorbis ct
NerltiM), et d'espèces d'estuaires (des genees Cerithium, seclion ùc:s
Potamides, Melania, Bithynia et Cyrena), qui sont mêlées à des
espèces marines, tandis que la faune tongrienne infërieure, de même
que celle du rupélicn supét·ieur, qui sera examinée plus loin, sout
exclusivement marines.
Le rupélien inférieut· pt·ésentc un ccrtaiu uombre d'espèces du
tong1·ien infét·iem· : ce qui mont1'e ses attaches avec ce dépôt et
semble incliqùer que la formation de cette -pat·tic de ùott·e miocèue
infé1·ieur a été continue, ne subissant que les modifications néces-
saires pour le dépôt des couches d'eaux fluviales et saumàtt·es que
nous retrouvons, avec les mêmes caractèt·es, dans le groupe qui ·nous
occupe, notamment à Klein-Spauwen, llel'g, Vieux-Joncs, ete.
La faune du rupélien supét·iew· a été recu.eillie dans les at·gilcs
de Boom, Basel, Niel , Schelle, Edeghem, etc., local ités qui longent
les rives de l'Escaut, pt·ès d'Anvers, et qui sont si importantes pat·
leut·s nombreuses bl'iqueteries. L'association de ces espèces annoncc:
qu'elles vivaient dans une mer peu profonde.
Nos couches tongt·iennes et t·upéliennes fournissent un total de
2!>7 espèces réparties comme suit :
Tungricn i nfél'icu1·
Id. supérieur
llupélicn inférieur. liS
Id. snpérieur 42
26
402 11F:LGJQUE PHYSIQUE.
Sur ces 2:>7 espèces de uotre miocène infë1·ieur, o9 se retrouvent
dans les couches correspondantes du falunien inférieur du bassin
de Paris.
La faune de notre terrain miocène supérieur· provient des couches
si riches en fossiles du Boldcrberg, d'Edeghem et d'Anvers (sous
les sables g1·is et jaunes). Cette faane est caractérisée, au Bolderberg
près de Hasselt, par les Oliva Du{resnei, Ancillaria obsoleta, Tun·i-
teJla attrita, C01·bula striata, Venus multilamella et A1'ca latesulcata,
qui y sont les espèces les plus abondantes, ainsi que pm· de nom-
breux pleurotomes et des cancellaircs; à Edeghem, près d'Anvers,
ce sont les Ancillaria obsoleta, Murex Nysli, Fu sus cl'ispus, Conus
Dujardini, Pleurotoma interntpta, P. intorta, Borsonia uniplicata,
Turritella subangufata, Dentalium costatum, Panopea Menardi, Scro-
bicularia prismatica, Sa:ricava arctica, Venus multilamella, Canlium
subturgillum, Isocardia lumûata, Lucina borealis, Astarte radiata, A1·ca
latesulcata, Ledapygmœa, NuculaHaesendnncki et Pecten tigel'inus, etc.,
qui y abondent; tandis qu'à Deurne, à Berchem et à Borgerhout,
conti'C la ville d'Anvers, ce sont les Ficula condita, Pleurotoma cata-
phmcta, P. flexiplicata, Voluta Bol/ii, Ringicula buccinea et A1·ca
diluvii.
C'est aussi dans ces deux dépôts que l'on l'encontre de nombreux
pi'Otozoaü·es, ainsi que des anthozoaires.
Aucune espèce n'est commune entt·e la faune de ce terrain ct
les faunes tongriennes et mpéliennes : ce qui indique encore qu'une
lacune importante existe en cc point dans la série de nos tenains
tertiaires.
On pom'l'a se faire un~ idée de l'importance de cette lacune en se
rappelant que l'on cite, dans notre terrain laekénien et notre terrain
tongrien, ~inq ou six espèoes communes, quoique ces deux terrains
soient séparés normalement par l'éocène supérieur.
Voici les relations qu'on peut constater entre la faune du Bolder-
bei'g et celles d'Edeghem et d'Anvers. (sables noirs ou diestiens).
•
· .
BoldcJ·herg (boldéncn de Dumont).
~ Céphalopodes,
Gastéro odes
, , .p d '
oraCt110p0 CS,
Lamellibmnchcs.
.
~
!
l .
71> i'iomhrc de•
t•Spt-ces l'Ommunes
ou x d•ux:
l
Céphalopodes, 32
~:rleghcrn G~stéropodrs,
el sables noirs d'AnveJ•s
(diesticns de Ournont). Urachiopodes. 2~
J.arnelli branches.
Ces faunes sont donc également suhlittorales et indiquent que les
)IAL.\COLOGIE. -10:~
couches boldél'iennes el diestiennes se s.uivent sans interruption
dans notre pays.
Ces tenains sc retrouvent aussi 'dans le nord de l'Allemagne, de
la Touraine, en Autriche, en Italie, etc.
Les faluns ayant servi de types paléontologiques à Sir C. Lyell
pour établir son terrain miocène, il y a lieu de placer nos dépôts
boldériens et diestiens dans ce gt'Oupe, malgré les différences con-
sidél'ables reconnues entre les faunes de ces dépôts et celles des
couches rupéliennes et tongriennes.
Comme ces gl'oupes d'ordre supérieur, appelés éocène, miocène et
pliocène, sont de convention, il est pl'éférable, puisqu'on maintient
ces appellations, de conservet' les limites qu'a tracées leur créateur,
toute modification à ces limites n'appot·tant que des pet'tu•·bations
inutiles dans la nomenclature géologique.
l\Iais, tandis qu'il n'existait aucune espèce vivante dans notre
faune miocène inférieure, nous constatons au contraire, parmi nos
fossiles boldériens et diest,iens, un grand nombre d'espèces (70) qui
vivent encore dans les mers européennes. On peut cite•· notamment:
Cassis saburon, Cyprœa Europœa, Erato lœvis, Turritella incmssata,
Calyptrœa sinensis, C1·epidula ungui{onnis, Tornatella tornatilis, Ano-
mia ephippium, Pecten Danicus, Pecten tigerinus, Pectunculus pilosus,
Nucula nucleus, Led(t pygmœa, Cm·diwn hians, Lucina borealis, C01·bula
striata (ou gibba) et' Saxicava arctica, etc. , comme vivant encore
aujourd'hui sur nos côtes, alors qu'elles se développaient déjà dans
notre terrain miocène.
Faune plio~ène. Les sables gris et jaunes d'Anvers désignés sous
le nom de crag sont célèbres tant par leur richesse en coquilles
que par l'abondance des ossements de cétacés qui y ont été re-
cueillis.
Les mollusques dénotent encore une faune sublittorale et celle
d'un golfe profond. Les térébratules y sont abondantes et ne vivent
aujourd'hui qu'à des profondeurs assez grandes. Les polypiers y
sont également nombreux et. donnent la même conclusion.
Du reste, la grande quantité d'ossements de cétacés et de dents
de squales et ùe requins que les travaux de fortifications d'Anvet'S
ont mis à découYert témoigne assez que les environs de celle ville
étaient alors un golfe où Yenaient s'échouer ces géants marins. Les
limites de ce golfe sont tt·acées sur la cm·te géologif!ne de Dumout.
Le crag geis, qui est inférieur au c1~ag jaune et dont ln faune est
pt·esqu~ idenLÎf!Lte h celle rle ce dernier, s'en rapproche, pat· consé~
lt!l4 IIEL(.;II_)t;E I'IIYS]lll'E.
tjueut, beaucoup plus q~:~e des sables d'Edeghem ct du Bolder-
berg.
Le tableau suivant fet·a connaître les relations de notre crag avec
la thune miocène el la faune at:tuelle de nos mers.
l
Nomhrt No1ubre
d't•spi.·('CS ci'cs l)l.'CC'S COlllOIUIIt"~
dans chncu 11. dans chl:lt..'un.
Sables noirs d'A m ers cl d'Edeghcm.
248
Céphalopodes . 0 !,7
!l~ 1
~
Crau gl'is . Gastéropodes .
':lO:l
p
) Bt·achiopodes .
Terrain pliocène infé- Lamellibranches 10!1 \
riéur. . . . . . ) 1
Céphalopodes . 0 ( l?.i.i
\ (' . ) Gast~rllpodcs .
.raf! Jaune . Brachiopodes .
<JO:~ ~1
n;; (
1( - •
Lamellibranches 107 J. 166 ~ \
Cùles actuelles de Belgique . .... \ -114(118
Océan Atlantique el mer du l\'ol'(l .
~l éditcrran ée . . . . . . . .
.. .. ~
Ainsi une· nouvelle lacune se prononce dans la sene entre le
diestien et le ct·ag, et elle est plus marquée qu'entre la faune du
crag et la faune de nos mers, quoique l'époque quateenaire sépare,
les époques d'existence de ces faunes. C'est que les argiles bleues
subapennines de l'Italie paraissent faire défaut chez nous.
Voici, d'après M. Prestwich, quels sont les t•·aits communs entre
la faune pliocène belge et la faune pliocène anglaise :
SABLES GIll S. 1 SAilL~S JA UN ES .
SAULES NOIIIS
(dicstiens).
Total.
Crag de l\'orwich 11% 60 68 '24
Co-ag rouge de Su1Tolk. 273 1•N 138 61
Crag c01·a ll in 316 ta3 ·1:-15 !lS
Nous avons passé en revue J'évolution de la faune conchyliolo-
giquebelge depuis l'époque silurienne, c'est-à-dire à peu près depuis
l'aui'OI'e de la vie sm· Je globe. Nous )' avons constaté le développe-
ment de cette partie du règne animal à toutes les époques, mais ce
développement est souvent interrompu : on peut diœ, en réalité,
que nous ne possédons que ùes tronçons de l'innombt·able quantité
d'espèces associées qui ont vécu dans les mers boréales, à travers
l'immensité des temps géologiques. C'est ce que nous avons cherché
à taire apprécier.
Mais il est un autre point non moius important pour la reconsti-
~1.\ LAf.OJ.O(;IE, 40.1
tutiou de notre passé géologique. Des données que nous aYons
1 analysées, il semble t•essortir clait'ement que la configuration des mers
t{Ui ont con tt'ihué à la formation du sol a éprouvé nu moins deux
changements fot~dnmcut::wx pendant les époques dévoniennes et cat·-
bonifères. Le Brabant et une partie de l'Ardenne étaient émergés, et
une mer étroite, OLI se développait une vic exubérante, s'étendait
entt'e ces côtes. Elle abandonna cette région à la Hn de l'époque pri-
mai re pout' ne plus y l'Cparaitt·e. Ma is, tlès l'époque ct·étacée, ln con-
fi guration des me1·s fut différente, et les contoms tle la met' du Nol'd
qui baigne aujourd'hui nos côtes commencèrent ü se dessinet'. La
moyenne et 1~1 basse Belgique, qui étaient émet·gées pendant la pé-
t·iode pl'imaÏI'e, fu rent recouvertes par les flots qu i y déposèren t, ü
travet·s l'époque ct·étacée, toute la pét·iode tettiaiee et même l'époque
actuelle, des couches variées en t'éU'ogradant lentement vers notre
li ttol'al. Les flots envasèt·ent progœssiYement ces régions belges et
amenèrent l'émel'gement, nous laissant, dans le sein de leurs couches,
les témoins de l'c\volution de 1:1 vio au mi lieu clf' leurs eaux.
BIRLIOGRAPIIIE. - J. A.-J. Colbeau, !llatt!rùw.r pour la.fiwue malacologitJIIC belgr, 181>9,
2 pl.; J . Kickx, Synopsis molluscorum Brabcmtiœ, iu-lt•, 1 pl. 1830. .
J. Colbeau et Lanszwcrt, .1/ol/usques 11wrins IIOUt•eau.r pour la faune belye, recueillis en 186(i
sur la plage d'Osteude (Bull. de la Soc. rnalac. de Bclg., vol. X.l, 1868); Malzine (F. de), Essai
sur lafaane malacnloyique de Belgique, -tn-8•, BI'Uxcllcs, 98 p., 3 pl., 1867.
L. De Koninck, fJescripli011 des animaux jossiles qui se trouvent dnns le terrain carboui-
(i:re de Belgique, vol. &l'CC atlas et suppl., in-~•, Liége, 18-H il 185·1, 00 pl.; le même, Jlecher-
ches sur les animaux jossiles, 1re pat·tie, monographie des genres Pt·oductus et t.:honetes,
Liége, ·1847, in-4•, 20 pl. ; C. Malaise, Descripli011 du terrain silurien du ceutre de la
Belgique (Mém cour Acad. royale des sciences, etc, de Belgique, t. XXXVIII , in-4•, pl.) (à
l'i mpression : M. Malaise a eu J'extrême obligeance de me communiquer la pa•'tie paléontolo-
gique de son tl'avail); le même, Sw·les corps organisés, trouvé., daus le terrain ardennais ile
Oamout (Bull., L c , n• 6, J866J; G. Dewalque, P1·odrome cl" une description giologique de la
Belgique, in-8•, ·1868; d'Omalius d'Halloy, Précis de géologie, Bruxelles, in·8•, 1868,
Sm• éd ition
J .-T. Binkhorst van den Binkhorst, Esquisse géoloyique et paléontologique des coaches cré-
tacées du Limbourg, 1 re partie, in-8•, pl. et cartes, Maestricht, 185(); le mème, .llonographie
des gastél·opodes et des céphalopodes de la craie Sttpt!!·ieu re du Limbom·g, in-!;•, 2 parties,
t! pl. ; Archiac, RappO!'t sur les fossiles du tourlia des environs de 1llo>1s (Mém Soc. géol. de
Franèc, \!m• >érie, t. 11, in-4• , 13 pl., 1847); Bosquet, .llo nographie des brachiopodes f ossiles
du terrain crétacé supérieur du duché de /,imbourg, in-4•, t8il9, 5 pl., ·1•• partie (Mém . de
J'Acarl. royale d'Amsterdam, vol. Ill) ; llrial't ct Cornet, Description udnémlogique, géologique
et paleontologique de la 111e1tle de Bracquegnies. in-4•, 8 pl. Plém. cour. des membres ct
savants étrangers de l'Arad. royale des >Ciences, etc., de Belgique, t. XXli.IV, 1867- 1870);
t:hapuis et ))cwalquc, Descnptio11 des fossiles des terrains secondaires du Lu.rembou1·g, 38 pl .
t ~l é m. com-. des membres ct des sa,-ants étrang. ..Acatl. roy. des sc., etc., de llclg., t. XXV,
1~'<, cl supp. par M. Chapuis) P lém . L. c, l. Xli.XIll, 1861) ; Terqucm ct Piettc, Le lias
ill/erieur de la Meurthe et tle la .1/oselle, du g1·rwd-duché de Luxembourg, tle la Belgiqae, de
la .lieuse et des Artleuues (~l ém. de la Soc. géol. de F•·anr·c, t. \"I ll, 1865 iJ 18ü8, tB pl. de
fossiles)
Burt in (chevalier de), OrycwyratJhie de B ru.-ul/e.~. in-fulio, a2 pl. , 1781; Bl'iart ct COJ'llct,
1
-lOU BE LGIQUE PIIYSII)UE.
/Je."·l'iJilivu de fv.,.i/c.• liu wlcuire grossier de ]lons, 1,.,. l"ll'lic (Gu;!éroputles pars), in '•• .
~;pL. 18ï;~ 1)lém. des mcmbt·cs Cl savants élranget•s de I'Acad. roy de. sc ., Cie, de Bcll:(iqne,
t. XXXV I) , une 2mc punie de cc travail ,·icnt d'être pt•ésrntéc celle année; H. Gnlcolti, Jlé
1110irl' sur la CO>Willltio>l yéogno.~tiquc de la Jn·ovmcc de Bl'((bant. in.!,o, pl, 1837 (Mém. cour.
des sa,·ants ét1·angcrs: Acad. roy de llelg., ·18.'\7, 1. XII) ; li Nyst, Oesc>·iption des coqtâlle• Pt
polg]Jiers fossilrs tertiaires de Belgique, etc. 1Mém. cour. de I'Acad. t•oy tics sc. de Bclft.),
in-4•, ·18'.8- 1!!'.4, 14 pl. (tirage à part, 19 pl.); le mèmc, Rechercl1es sm· les coquilles fo ...,iles
de lit proviuce · d'A>H•ers, ili-8°, 5 pl., 1835; le même, Recherches sm· les coquilles fossile.~
de 1/oesselt. et de Klein-Spmw•e11, prot•iuce de Limbourg, in-8•, 4 pl , IS.'l6 (Jicssuger des ans
et des sciences de Gand); le même, .Yot1ce sw· 1t11 IIOll!'eau gite de fossiles se rapportant atu
espi:ces jiliii!IÎelll/eS dtt il/idi tle r gu,·ope, découvert à T;'deqhem' près d'A lll•ers, in-8•, '27 p..
1 pl., 186'2 (BulL de I'Acad . roy. des sc. de Bel:;.: '2mc séri~, vol. Xli); Joseph Prcstwich, On
the .~/t'IICIIIre oj tllecmy-becls o{.Ymfolkaud Su.lfolk, etc , P rocecdings of the geological society,
187 1.