Sujet de séminaire :
MERCENARIAT ET
PRIVATISATION DE
GUERRE
Soutenu par :
Seif Ben Youssef
Souhir Harrabi
Mehrez Bousselmi
2019 ~ 2020
BIBLIOGRAPHIE :
Ouvrages généraux :
Dictionnaire De Droit International Public, sous la direction de Jean Salmon, Bruylant, Bruxelle, 2001,
p.696
Articles :
Le régime juridique spécifique de certaines catégories de << combattants >>: les mercenaires et les
enfants-soldats, pp. 198, 227
Lapointe Marie-Ève, Le droit international humanitaire, à la merci des compagnies militaires privées,
RQDI, volume 24-1, 2011, pp 69-104
Lilly, Damian, La privatisation du maintien de la paix, forum du désarmement, volume 3, 2006, pp 57-67
Delas, Olivier, Tougas, Marie-Louise, Quelques réflexions entourant la participation des compagnies
militaires privées aux conflits armés, RQDI, hors-série avril 2007, 2007, pp 49-61
Treves, Tullio. La Convention de 1989 sur les mercenaires, AFDI, volume 36, 1990, pp 520-535
Haupais, Nicolas, Les enjeux juridiques de la « privatisation de la guerre », AFDI, volume 55, 2009, pp87-
110
Les sociétés militaires privées : acteurs controversés dela sécurité internationale, Ilyasse Rassouli,
Science politique. 2014. dumas, https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01111109/document
Droit international humanitaire et entreprises militaires et de sécurité privées - FAQ
Article publié le10 DÉCEMBRE 2013, https://www.icrc.org/fr/document/dih-et-entreprises-militaires-et-
securite-privees-faq
https://journals.openedition.org/aspd/354?
fbclid=IwAR0kUXvKYeJUmc7xshslvHoxD4uMdOeaF_imdNUf217VTESTaLOtpbKqH9o
https://www.icrc.org/fr/document/dih-et-entreprises-militaires-et-securite-privees-faq?
fbclid=IwAR235bSkULRv5yzSCwmBBXGG-lzFy7Uavrzy9839-VOZG9C6yE2FVAwRSc0
Thèses et mémoires :
UNIVERSITÉ DE GRENOBLE, Institut d’Études Politiques de Grenoble, Ilyasse RASSOULI, Master 2
Intégration et Mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient, LES SOCIÉTÉS MILITAIRES PRIVÉES
ACTEURS CONTROVERSÉS DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALE, Sous la direction de Jean MARCOU, Année
2013-2014, Mémoire, p. 15)
Documents officiels :
document de Montreux
Nations Unies,« Rapport du Groupe de travail sur l'utilisation de mercenaires comme moyen de violer
les droits de l'homme et d'empêcher l'exercice du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Assemblé générale du conseil des droits de l'homme. Quinzième session », 2010 en ligne:
ohchr.org/engJish/issues/mercenaries/docs/A.H RC .15.' 5 fl·.pdf
INTRODUCTION :
Le mercenariat dans les conflits armés n'est pas nouveau, il remonte à l'Antiquité où
personnes civiles et soldats professionnels vendent leurs services aux Royaumes, puis aux
Etats1.
Il convient de mentionner que "le mercenaire fait référence au mercenariat. C’est un
aventurier en quête d’action qui souhaite partir dans un pays étranger pour combattre.
Ce qui lui importe, c’est de recevoir la somme importante d’argent en échange de ses
services"2.
En effet, il convient de se référer à la définition donnée par le dictionnaire de droit
international public qui définit le mercenaire comme un "Individu qui s'enrôle
volontairement dans des forces armées combattantes d'un Etat belligérant dont il n'est
pas le ressortissant afin d'obtenir un profit personnel, notamment d'ordre financier" 3.
A l'instar du mercenariat, depuis les années 1990, un phénomène important prend de
plus en plus d'ampleur, à savoir, la privatisation de la guerre, autrement dit, faire engager
des entreprises militaires et de sécurité privées pour effectuer des tâches
traditionnellement accomplies par les forces armées.
Aujourd'hui dans plusieurs zones de guerre ou d'insécurité, opèrent à travers le monde
des sociétés privées fournissant sur des bases contractuelles des prestations de sécurité.
« Privatisation », « externalisation » de la guerre, des expressions qui font référence aux
sociétés militaires privées ou ce qu'on appelle les entreprises militaires et de sécurité
privées.
L'avènement des SMP est dû à l'éclatement de l'Ex-URSS (Union des républiques
socialistes soviétiques) et à la fin de la guerre froide qui ont eu pour conséquence la
réduction des effectifs des forces armées nationales, la domination de la pensée libérale
et la libéralisation ou la privatisation de la gestion des affaires publiques, y compris dans
1
Le régime juridique spécifique de certaines catégories de << combattants >>: les mercenaires et les enfants-soldats, pp. 198,
199
2
UNIVERSITÉ DE GRENOBLE, Institut d’Études Politiques de Grenoble, Ilyasse RASSOULI, Master 2 Intégration et Mutations en
Méditerranée et au Moyen-Orient, LES SOCIÉTÉS MILITAIRES PRIVÉES ACTEURS CONTROVERSÉS DE LA SÉCURITÉ
INTERNATIONALE, Sous la direction de Jean MARCOU, Année 2013-2014, Mémoire, p. 15)
3
Dictionnaire De Droit International Public, sous la direction de Jean Salmon, Bruylant, Bruxelle, 2001, p.696
le domaine militaire. Le développement rapide de ces sociétés militaires privées est dû à
un besoin réel des États dans un environnement sécuritaire mondiale en pleine mutation
: réduire le coût des interventions armées, ne pas engager excessivement son armée
dans un conflit jugé complexe et risqué, limiter le nombre de morts des soldats de
l'armée officielle.4
Concernant le recours aux SMP, les États sont les premiers clients des sociétés militaires
privées. Les États-Unis sont le pays qui a de loin le plus utilisé les services des sociétés
militaires privées. La SMP Blackwater (Blackwater a été fondée par un ancien Navy Seal,
Erik Prince, en 1997. Blackwater a été rebaptisée Xe Services en 2009 puis Académie en
2011.) s’est vu confiée de la part de la CIA la traque et l’assassinat des membres du
réseau terroriste Al-Qaïda.
En Libye, le département d’État américain a employé la société Stirling pour la recherche
et la destruction de mines antipersonnel.
L’Union européenne, qui ne dispose pas de force armée ni de police propre, fait
régulièrement appel à des sociétés militaires privées pour assurer la sécurité de ses
employés et de ses locaux à l’étranger. Elle a, par exemple, fait appel à la société
hongroise Argus pour assurer la sécurité de ses employés et de ses locaux en Libye.
La Commission Européenne avait pour sa part fait appel à la société britannique Page
Protective Services Ltd pour la protection de l’ancien chef de la délégation de la
Commission Européenne en Afghanistan.
Les Nations Unies ont également recours aux services des sociétés militaires privées dans
leurs opérations de maintien de la paix – principalement pour le conseil et le déminage –
quand les casques bleus ne sont pas mobilisés en nombre suffisant pour remplir une
mission. En 2007 au Sud-Soudan, l’ONU a passé un contrat avec la société ArmorGroup
International Inc. pour déminer des territoires.
Après les États et les organisations internationales, les sociétés commerciales sont un
autre client important des SMP. Ces dernières peuvent fournir des services pour la
sécurisation des activités stratégiques généralement liées à des ressources rares comme
l’extraction d’or ou de pétrole. Elles peuvent fournir des informations importantes au
personnel et aux familles installées dans un pays à risque.5
4
article mme.abir
5
UNIVERSITÉ DE GRENOBLE, Institut d’Études Politiques de Grenoble, Ilyasse RASSOULI, Master 2 Intégration et Mutations en
Méditerranée et au Moyen-Orient, LES SOCIÉTÉS MILITAIRES PRIVÉES, ACTEURS CONTROVERSÉS DE LA SÉCURITÉ
INTERNATIONALE, Année 2013-2014, mémoire Sous la direction de Jean MARCOU, pp. 19,20
Mercenariat et privatisation de la guerre, ces deux phénomènes posent la
problématique suivante:
Peut-on considérer les sociétés militaires privées comme étant des "Néo-
mercenaires"?
Pour répondre à cette problématique, il faut d'abord analyser le statut controversé des
sociétés militaires privées (I) et puis discuter la soumission de ces sociétés à l’ordre
juridique international (II).
I- Un statut controversé des sociétés militaires privées :
Cette controverse est dûe à l'absence des critères de qualification déterminants (A) ainsi
qu'à l'absence d'un régime juridique spécifique aux Sociétés Militaires Privées (B).
A- L'absence des critères de qualification déterminants :
L'émergence des sociétés militaires privées est plus fréquentable, mais ceci n'a pas
empêché l'absence des critères précises pour les identifier.
Une idée a déjà été proposée semble d'accord pour dire que la qualification des
mercenaires en vertu de l'article 47 du protocole I de 1977, compte parfaitement de la
nature et des caractéristiques des sociétés militaires privées.
Il convient de déterminer si les membres des sociétés militaires privées peuvent être
considérés comme des mercenaires.
Tout d’abord, revenons à l'article 47 précité qui définit dans son deuxième paragraphe le
mercenaire comme toute personne:
"a) qui est spécialement recrutée dans le pays ou à l’étranger pour combattre dans un
conflit armé
b) qui en fait prend une part directe aux hostilités
c) qui prend part aux hostilités essentiellement en vue d’obtenir un avantage personnel
et à laquelle est effectivement promise, par une Partie au conflit ou en son nom, une
rémunération matérielle nettement supérieure à celle qui est promise ou payée à des
combattants ayant un rang et une fonction analogues dans les forces armées de cette
Partie
d) qui n’est ni ressortissant d’une Partie au conflit, ni résident du territoire contrôlé par
une Partie au conflit
e) qui n’est pas membre des forces armées d’une Partie au conflit
f) qui n’a pas été envoyée par un état autre qu’une Partie au conflit en mission officielle
en tant que membre des forces armées dudit état."
Ces définitions ont établi trois caractéristiques du mercenaire à savoir le mobile
financier, le caractère privé et personnel de son engagement et l'absence de lien de
nationalité avec les parties au conflit.
On entend par le mobile financier, la motivation financière de l'engagement du
mercenaire. Et dans ce cadre, les SMP ne se diffèrent pas des mercenaires, elles vendent
aussi "leur savoir-faire aux prix forts"6 en prenant comme exemple la société Executive
Outcomes qui a signé un contrat en 1995 avec le gouvernement de Sierra Leone dans le
but de repousser les rebelles, pour un million de dollars par mois.
Concernant l'absence du lien de nationalité avec les parties au conflit, aucun ressortissant
d’une partie au conflit ne peut être mercenaire. En outre, pour correspondre à la
définition de mercenaire, une personne doit être spécialement recrutée pour participer
de manière directe et effective aux hostilités n'ayant pas de lien de nationalité avec l'une
des parties belligérantes. Or, la plupart des employés des EMSP ne tombent pas sous
cette définition7. Il arrive souvent que certains des agents de ces sociétés participant aux
hostilités soient des ressortissants ou des résidents d'une partie au conflit, comme ce fut
le cas dans le conflit Irakien où certains agents étaient des ressortissants américains ou
britanniques, Etats parties au conflit.8
Finalement, le critère de l'engagement personnel et privé signifie que le mercenaire
s'enrôle volontairement dans des troupes étrangères pour son compte et son propre
profit, ce qui correspond aux SMP car ces dernières ont "des contrat de travail en bonne
et due forme pour une mission bien définie à l'avance avec le contractant" 9.
Au regard de l'analyse qui précède, il apparaît que le statut juridique des agents de
sociétés militaires privées ne peut pas faire l'objet d'une qualification générale de
mercenaire fondée uniquement sur leur appartenance à de telles sociétés.
Et comme on ne peut pas considérer les sociétés militaires privées comme des groupes
armés puisqu'ils poursuivent des objectifs économiques et commerciaux et non pas
politiques, donc leur statut doit plutôt être déterminé individuellement et au cas par cas,
6
article mme.abir
7
Droit international humanitaire et entreprises militaires et de sécurité privées - FAQ
Article publié le10 DÉCEMBRE 2013, https://www.icrc.org/fr/document/dih-et-entreprises-militaires-et-
securite-privees-faq
8
article mme.abir
9
article.Abir
afin de les classer dans des catégories juridiques pertinentes: combattants, civils
combattants ou civils protégés.
B- L'absence d'un régime juridique spécifique aux Sociétés
Militaires Privées :
En s'attardant aux instruments juridiques, on s'aperçoit qu'il manque d'outils spécifiques
afin d'encadrer les actions des SMP et de leur personnel tant au niveau national
qu'international.
Face à la présence accrue des entreprises militaires et de sécurité privées, plusieurs
initiatives internationales ont été prises en vue de clarifier, de réaffirmer ou d'élaborer
des normes juridiques internationales réglementant leurs activités et, plus
particulièrement, de veiller à ce qu'elles respectent les règles de conduite énoncées dans
le droit international humanitaire et le droit des droits de l'homme.
Plus récemment, un nouveau texte a vu le jour, il s’agit du Document de Montreux du 17
septembre 2008, fruit d’une initiative diplomatique conjointe de la Suisse et du CICR qui
est un acteur phare dans le paysage des conflits armés. Ce document est un outil qui
recommande les bonnes pratiques à suivre pour les États qui font appel aux services des
SMP.
La nouveauté du Document de Montreux est qu’il parvient à définir les sociétés militaires
privées modernes – qu’il nomme entreprises militaires et de sécurité privée (EMSP) – et il
affirme que les EMSP modernes doivent être pleinement soumises au respect du droit de
la guerre, au droit humanitaire et aux droits de l’homme. Si les EMSP ne respectent pas
leurs obligations juridiques, le Document de Montreux encourage les États à ne pas
autoriser leurs activités.
Cela suppose la mise en place d’un mécanisme de contrôle a priori et a posteriori de la
part des États10.
Mais, il convient de signaler que ce document "n’est pas un instrument juridiquement
contraignant et n’affecte pas les obligations existantes des États au regard du droit
international coutumier ou des accords internationaux auxquels ils sont parties, en
particulier leurs obligations au regard de la Charte des Nations Unies 11.
10
Les sociétés militaires privées : acteurs controversés dela sécurité internationale, Ilyasse Rassouli, Science
politique. 2014. dumas, https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01111109/document
11
Le point 2 de la préface du document de Montreux, p.9
Même le groupe de travail d'experts des Nations Unies relève des lacunes de ce
Document et de son catalogue de bonnes pratiques. Entre autres, il critique le fait
qu'aucune mention n'est faite dans le document par rapport à l'interdiction de la torture,
de traitements cruels, inhumains ou dégradants12.
En outre, une autre tentative a été entreprise par le rapporteur spécial sur le
mercenariat, organe créé par la résolution n° 16 de la Commission des droits de l’homme
du 9 mars 1987.
Le rapporteur spécial a ainsi intégré dans ses travaux et ses préoccupations la question
des sociétés militaires privées, dans la mesure où leur développement pouvait apparaître
comme une nouvelle forme de mercenariat.
En 1999, le rapporteur spécial a examiné la situation au Royaume-Uni et a marqué sa
préoccupation sur le développement du phénomène de privatisation. L’activité de
sociétés privées, ayant sans ambiguïté une dimension mercenariale, telles qu’Executive
Outcomes ou Sandline, ont été spécialement examinées.
La Commission des droits de l’homme a remplacé l’institution du rapporteur spécial par
la création d’un « Groupe de travail sur l’utilisation de mercenaires comme moyens de
violer les droits humains et mettre en cause l’exercice du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes », par une résolution 2005/2 de juillet 2005.
Il est intéressant de noter que le mandat incluait non seulement l’étude de la question du
mercenariat, mais aussi des activités qui lui sont reliées, ce qui a permis au groupe de
travail de se saisir de la question des SMP.
Le Comité des droits de l’homme a d’ailleurs demandé au groupe spécial de préparer un
projet de convention sur les SMP.
Plusieurs versions du projet ont été élaborées et discutées. Les travaux ont abouti à un
texte adopté le 13 juillet 2009, intitulé Draft International Convention on the Regulation,
Oversight and Monitoring of Private Military and Security Companies » 13.
Cependant, tous ces textes ne permettent pas de déterminer un statut juridique
particulier aux SMP aussi bien dans les CAI que les CANI.
Nations Unies,« Rapport du Groupe de travail sur l'utilisation de mercenaires comme moyen de violer les droits
12
de l'homme et d'empêcher l'exercice du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Assemblé générale du conseil des droits de l'homme. Quinzième session », 2010 en ligne:
ohchr.org/engJish/issues/mercenaries/docs/A.H RC .15.' 5 fl·.pdf
13
Haupais, Nicolas, Les enjeux juridiques de la « privatisation de la guerre », AFDI, volume 55, 2009, page 106
II- Soumission discutable des mercenaires et des entreprises
militaires et de sécurité privées à l’ordre juridique international :
Les instruments internationaux traitant des mercenaires portent, comme précédemment
analysés, une ambigüité fatale. Et c’est plus flagrant lorsqu’on parle des EMSP et de leurs
employés, récemment infiltré les champs de batailles. Mais cela ne signifie guère que les
activités de ces entreprises se retrouvent hors du champ d’application de toute norme
juridique. Certaines règles de droit international peuvent, en effet, être appliquées aux
dirigeants et employés des EMSP et aux entités qui font appel à leurs services. Mais
comme nous le verrons, ces règles peu nombreuses ne visent pas précisément les EMSP
et ne permettent pas de dissiper le flou juridique entourant leurs activités. Un de ces
règles est la responsabilité des Etats (A), plus ou moins évoluée quant aux activités des
mercenaires, mais elle reste timide quant aux activités des EMSP.
En essayant de combler le vide, plusieurs auteurs et juristes ont tenté appelé la société
internationale à agir et relever les défis nécessaires (B) pour lutter contre ce fléau qui
menace l’ordre juridique international, notamment le droit humanitaire.
A : Mercenaires et EMSP : Responsabilité Etatique mise en
question :
A premier regard, on va se demander comment un Etat peut-il être responsable des
activités d’une entreprise dite privée. Cela ne paraitra pas tout à fait logique. Comme son
statut, la relation entre une entreprise militaire et de sécurité privée et l’Etat demeure
controversée. Ce controverse ne nous laisse le choix que d’analyser les différentes
raisons qui met en question la responsabilité d’un Etat envers les activités des EMSP et le
refléter sur le cas des activités des mercenaires.
En premier lieu, peut, de facto, être cocontractante d’une EMSP. Ce contrat peut faire
l’objet d’un appui à une opération du maintien de la paix soit en remplissant des services
d’appui et de logistique, ou des fonctions de sécurité et de surveillance ou d’appui
militaire14. Comme exemple, on cite l’appui de la société privée DynCorp au
gouvernement Américain prenant comme mission de vérifier le retrait des forces Serbes
du Kosovo avant l’intervenant de l’OTAN en 1998.
14
Lilly, Damian, La privatisation du maintien de la paix, forum du désarmement, volume 3, 2006, page 59
Ce contrat peut aussi prendre l’objet d’un appui militaire d’un groupe armé bien formé et
rémunéré lors d’un conflit armé. Ce contrat admet pour raison principale de garder les
troupes militaires de l’Etat et les protéger des effets des hostilités. Cette forme de contrat
existe, notamment, au recrutement des mercenaires. D’ailleurs, C’est la raison même de
l’existence du phénomène du mercenariat. On peut même affirmer que, dans plusieurs
cas, les EMSP étaient nées comme un regroupement de mercenaires qui leur garantir
plus d’assurance et d’organisation.
Etre cocontractant de l’Etat signifiera que ces entreprises agiront pour le compte de cet
État et seront contrôlées par ce dernier, elles peuvent être considérées, alors, comme
des agents de cet État et ainsi engager sa responsabilité internationale si leur
comportement est contraire au droit international15. De plus, toujours suivant les règles
de la responsabilité internationale des États, les activités des EMSP illicites en droit
international pourraient tout de même être imputées à l’État, même lorsque celles-ci
agissent pour le compte de leurs sociétés, dans la mesure où ces activités peuvent être
considérées comme une prérogative de la puissance publique que les EMSP sont
habilitées, par la législation nationale, à exercer ou qu’elles exercent en cas de carence
des autorités16. A titre d’exemple, on note le contrat avec des EMSP pour les charger
d’assurer des fonctions de gardien de prison comme a fait les Etats-Unis lorsqu’ils ont
embauché l’entreprise CACI International qui était impliquée dans le scandale de la
prison Irakienne d’Abu Gharib.
Cette responsabilité de l’Etat cocontractant d’une EMSP est confirmée aussi en ce qui
concerne les mercenaires17 par les dispositions de l’article 2 de la convention de 1989 sur
les mercenaires indiquant que « Quiconque recrute, utilise, finance ou instruit des
mercenaires… commet une infraction... ». et réaffirmée à l’article 5 « Les Etats parties
s'engagent à ne pas recruter, utiliser, financer ou instruire de mercenaires et à interdire
les activités de cette nature conformément aux dispositions de la présente Convention. »
En second lieu, on peut évoquer la responsabilité d’un manquement à un devoir de
diligence18. Lorsqu’il s’agit surtout du Droit international humanitaire et des droits de
l’Homme, on ne peut pas se contenter d’évoquer la responsabilité de l’Etat pour un fait
15
https://www.icrc.org/fr/document/dih-et-entreprises-militaires-et-securite-privees-faq?
fbclid=IwAR235bSkULRv5yzSCwmBBXGG-lzFy7Uavrzy9839-VOZG9C6yE2FVAwRSc0
16
Delas, Olivier, Tougas, Marie-Louise, Quelques réflexions entourant la participation des compagnies militaires privées aux
conflits armés, RQDI, hors-série avril 2007, 2007, page 54
17
Treves, Tullio. La Convention de 1989 sur les mercenaires, AFDI, volume 36, 1990,page 531
18
Haupais, Nicolas, Les enjeux juridiques de la « privatisation de la guerre », AFDI, volume 55, 2009, page 103
illicite commis par le même Etat. Mais, cela dépasse le sphère des comportements de ses
propres organes en franchissant le sphère de ses autres obligations en matière de
prévention, contrôle et de répression des entités agissant indépendamment de lui.
Cela est affirmé explicitement en ce qui concerne les activités des mercenaires en
observant la convention de 1989 sur les mercenaires, mais cela reste encore insaisissable
en ce qui concerne les EMSP. En fait, les articles 6 et suivants de la dite convention
affirme que les Etats parties s’engagent à prévenir, connaitre, réprimer les infractions et
poursuivre en justice leurs auteurs.
B- Soumission à l’ordre juridique international : défis à relever :
A cause du statut controversé des EMSP et de son faible corpus juridique, le Droit
international humanitaire risque d’être dépassé par les rapides mutations de la société
internationale. En d’autres termes, l’absence actuelle d’outils internationaux
contraignants traitant explicitement des EMSP peut être qualifiée d’un défi lequel le
droit international et, plus particulièrement, le DIH, devrait relever.
Certes, il faut mettre à nu le flou juridique qui entoure les activités des EMSP et les
difficultés relatives à l’attribution d’un statut juridique à leurs employés, toutefois cela ne
signifie pas que les activités de ces compagnies se retrouvent hors du champ
d’application de toute norme juridique.
Le droit international humanitaire est aussi susceptible d’encadrer certaines des activités
des CMP et de leurs employés. En effet, celui-ci lie les individus, qu’ils soient agents de
l’État ou simples particuliers. En efffet, Les employés de CMP qui participent à des conflits
armés ne peuvent donc pas se soustraire aux exigences du droit humanitaire et
pourraient se voir reprocher, à titre personnel, des infractions à ce dernier. Ici encore la
question de leur statut soulève de nombreuses interrogations et il sera essentiel de
déterminer, cas par cas, comme précédemment analysé si ces employés seront
considérés comme des combattants ou des non-combattants19.
En outre, Lors de conflits non internationaux, les règles du droit international
humanitaire applicables ne prévoient pas de statut de combattant et encore moins de
statut particulier pour les employés de CMP. Or, une EMSP pourrait être considérée
comme une partie à un conflit ou comme une groupe armé organisé dans le cadre d’un
19
Delas, Olivier, Tougas, Marie-Louise, Quelques réflexions entourant la participation des compagnies militaires privées aux
conflits armés, RQDI, hors-série avril 2007, 2007, page 55
conflit armé non international. De plus, le Protocole II s’applique à toutes les personnes
affectées par un conflit armé non international et, à l’instar des conventions de Genève, il
protège les civils, ce qui peut inclure les employés de CMP, contre les attaques à
condition que ceux-ci ne participent pas directement aux hostilités.
Du fait que les employés de compagnies militaires privées sont réputés être des civils
tant et aussi longtemps qu’ils ne sont pas intégrés dans les forces armées d’une partie au
conflit, il existe un risque réel de voir la multiplication des contractants privés de sécurité
sur le terrain renforcer les difficultés relatives à la distinction effective entre civils et
combattants dans la conduite des hostilités. La conséquence en serait un affaiblissement
de la protection dont bénéficient les personnes civiles dans la pratique.
Ainsi, l’émergence de ces nouveaux acteurs suppose une préoccupation additionnelle
pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) celle de s’assurer que cette
privatisation de guerre n’a pas d’effets négatifs sur les populations civiles touchées par
les conflits armés20. Aussi, et pour rebondir sur la responsabilité des Etats, faut-il rappeler
que les Etats assument leur responsabilité de faire respecter le DIH, y compris par les
contractants privés de sécurité qui opèrent sur leur territoire ou qu’ils contractent pour
des opérations à l’étranger. A ce titre, l’article 1 commun aux Conventions de Genève de
1949 stipule que les Etats signataires s’engagent non seulement à respecter eux-mêmes,
mais aussi à faire respecter ces conventions.
En essayant de combler le vide ou l’ambiguïté juridique entourant les activités des EMSP,
le Groupe de travail sur l’utilisation de mercenaires travaille d’ailleurs à l’élaboration d’un
projet de convention sur les entreprises militaires et de sécurité privées, qui a été
présenté au Conseil des droits de l’homme en septembre 2010. Ce projet de convention
souligne, dans son préambule, que malgré l’adoption de codes de conduite, «
l’autorégulation des sociétés militaires et de sécurité privées ne suffit pas à assurer le
respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme par le personnel de
ces sociétés » et que « d’importantes lacunes demeurent dans les régimes juridiques
internationaux et nationaux applicables aux SMSP ».
Pas très loin du DIH, les EMSP et leurs employés pourraient également être soumis aux
règles du droit pénal international. Il a été établi que les individus pouvaient être tenus
responsables de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de crimes de génocide.
20
https://journals.openedition.org/aspd/354?
fbclid=IwAR0kUXvKYeJUmc7xshslvHoxD4uMdOeaF_imdNUf217VTESTaLOtpbKqH9o
Cela inclut assurément les employés de EMSP et leurs dirigeants. De plus, à l’occasion des
procès de dirigeants d’entreprises ayant soutenu le régime nazi, il a été incidemment
mentionné que la responsabilité dépassait le strict cadre individuel et mettait aussi en
cause l’agissement de l’entreprise à des fins criminelles. À titre d’exemple, mentionnons
les douze dirigeants de l’entreprise Krupp qui ont été accusés de crimes contre la paix,
d’avoir imposé le travail forcé et de pillage.
Bien qu’à ce jour aucune instance internationale n’ait eu compétence pour juger les
personnes morales et que la compétence des tribunaux pénaux internationaux se
restreigne aux personnes physiques, ceci ne signifie pas que, par nature, les compagnies
ne puissent se voir reprocher des crimes internationaux.
Tout en rappelant que face à la privatisation croissante des fonctions militaires, le DIH
n’offre pas de réponse juridique qui soit entièrement satisfaisante. D’où la multiplication
des initiatives de règlementation volontaires, qui rivalisent de souplesse (ou de laxisme)
avec le DIH21. Ces développements correspondent à la diffusion d’une logique
néolibérale, voulant qu’à travers l’autorégulation, les mécanismes de l’offre et de la
demande se chargent d’éliminer progressivement toute EMSP possédant un mauvais
historique de respect du droit international. Il semble toutefois qu’une telle observation
ne tienne pas toujours la route face aux aléas de la réalité. C’est ainsi que, à titre
d’exemple, malgré l’implication marquée de Dyncorp dans le scandale du trafic sexuel en
Bosnie et le scandale de la prison d’Abu Gharib en Iraq, le Pentagone lui attribuait,
quelques années plus tard, le mandat de former les forces policières iraquiennes.
En outre, certains auteurs pensent que le Soft Law ou le développement d’outils
contractuels visant à faire respecter le DIH et les droits humains dans le cadre de conflits
armés serait peut-être une solution. En fait, En incluant les normes et valeurs diffusées
par le DIH et les droits humains dans les contrats, cela favoriserait, selon ces mêmes
auteurs, non seulement le respect de ces normes mais aussi la mise en justice de ces
droits puisque ces acteurs privés et leurs contrats seraient plus aisément à la portée des
juridictions locales et des organes d’arbitrage privés, ce qui apportera de l’aide aux
juridictions pénales internationales ou régionales.
21
Lapointe Marie-Ève, Le droit international humanitaire, à la merci des compagnies militaires privées, RQDI, volume 24-1,
2011, page 98