l'allemand[6], l'irlandais et le tibétain[4].
Vu ces faits, selon certains linguistes, l'orthographe ne
saurait être considérée comme scientifique, puisqu'elle ne peut avoir la rigueur de la science,
d'autant plus qu'elle est marquée par la subjectivité de ceux de ses créateurs qui réussissent à
imposer leurs propres solutions[5].
Principes de l'orthographe
Les orthographes de toutes les langues sont fondées sur plusieurs principes. Tels sont le
principe phonologique (ou phonémique), le principe morphologique, les principes historique
et étymologique, les principes syntaxique et lexico-grammatical, le principe d'économie (ou
de simplicité), le principe discriminatif (ou homonymique), le principe symbolique, etc.
Lequel ou lesquels de ces principes est/sont prépondérant(s) et dans quelle mesure ils se
manifestent, est en fonction de la langue considérée.
Principe phonologique
L'orthographe ne saurait être phonétique, c'est-à-dire faire correspondre chaque phone (son) à
un certain signe graphique (ex. : c) ou groupe de signes graphiques (ex. : ch). En effet, les
sons de la parole se caractérisent par une grande diversité de réalisations. Elles diffèrent en
fonction de leur contexte phonétique, des conditions générales de leur émission, du locuteur,
voire chez un même locuteur, d’une occurrence à l’autre[8]. Les locuteurs d’une langue donnée
font abstraction des traits phonétiques qui n’ont pas d’importance dans leur langue. Ils ne
perçoivent comme différents que les sons qui distinguent des sens lexicaux et grammaticaux.
Un tel son, appelé phonème, constitue une unité linguistique abstraite représentant toutes ses
réalisations concrètes, ses variantes phoniques qui ne distinguent pas des sens[9]. En français,
par exemple, dans un mot comme rare, on peut entendre une roulée alvéolaire [r] dite « r
bourguignon », une roulée uvulaire [ʀ] dite « r grasseyé » ou une fricative uvulaire [ʁ] dite « r
⟨r⟩[10]. C'est pourquoi, l'un des principes appliquables dans l'orthographe peut être le principe
parisien », mais toutes sont des réalisations d'un seul phonème /r/, rendu par un seul graphème
phonologique. Selon ce principe, à chaque phonème il devrait correspondre à l'écrit un seul
graphème, et à chaque graphème un seul phonème. Il peut être dominant par rapport à d'autres
principes, et il l'est dans certaines langues, comme le biélorusse, le BCMS (bosnien, croate,
monténégrin et serbe)[11] ,[7], le roumain, l'italien[4], le hongrois, le finnois, le tchèque, le
turc[12], etc., mais non dans la même mesure. Parmi les langues qui lui sont le plus fidèles il y
a le BCMS, le finnois et le turc, et parmi les moins fidèles le hongrois[12].
Le principe phonologique est parfois appliqué aux dépens d'autres principes, d'une application
plus limitée dans ces langues, surtout aux dépens du principe morphologique. En BCMS, par
exemple, sont systématiquement rendues par écrit les assimilations de consonnes au contact
des morphèmes dans les mots, ex. : (sr) težak « lourd » → teška « lourde », bez kuće « sans
maison » → beskućnik « un sans-abri »[13]. La forme des morphèmes est donc altérée.
En russe aussi on trouve l'application du principe phonologique aux dépens du morphologique
lors de la préfixation, ex. : бесполезный bespolezny « inutile » vs безболезненный
bezboleznenny « non douloureux »[11].
Un exemple en hongrois est l'assimilation rendue par écrit de la marque j [j] de l'impératif par
certaines consonnes finales de radical : kér « il/elle demande » → kérj! « demande ! » (sans