Doukhan Actes
Doukhan Actes
Résumé
Dans cet article, nous présentons une vue d’ensemble sur notre travail de thèse (Doukhan,
2021) portant sur la transition secondaire-supérieur en probabilités pour les étudiants non-
spécialistes en filière de biologie. Dans l’objectif de caractériser cette transition en
considérant les évolutions institutionnelles mais également le point de vue des sujets, nous
articulons la Théorie de l’Activité adaptée à la Didactique des Mathématiques (Vandebrouck,
2008) avec la Théorie Anthropologique du Didactique (Chevallard, 2003). L’articulation de
ces deux cadres, avec au cœur le concept de variation de type de tâches, nous permet
d’analyser les attentes institutionnelles et de décrire les praxéologies enseignées au lycée et à
l’université, tout en considérant les dimensions cognitives et médiatives de l’activité
mathématique des élèves et des étudiants. Nos analyses mettent en lumière les spécificités des
étudiants non-spécialistes dans l’apprentissage des probabilités ainsi que les difficultés qu’ils
rencontrent à l’entrée à l’université. Afin de mieux comprendre la transition secondaire-
supérieur, ses continuités et ses ruptures, nous avons alors élaboré un outil théorique et
méthodologique appelé Modèle Praxéologique de Référence Étendu par la théorie de
l’activité et adapté pour la Transition secondaire-supérieur (MPR-ET), pour le cas ici des
probabilités pour les non-spécialistes. Cet outil met en évidence les évolutions entre le lycée
et l’université, tout en faisant des propositions pour pallier les difficultés rencontrées par les
étudiants lors de cette transition.
Mots clés
Transition secondaire-supérieur, Activité, TAD, Modèle praxéologique, Mathématiques pour
les non-spécialistes, Probabilités.
1
1. Le contexte de la transition secondaire-supérieur
La transition secondaire-supérieur constitue généralement un défi pour les étudiants
débutants. Gueudet et Vandebrouck (2022) indiquent dans leur synthèse que les difficultés
rencontrées en mathématique lors de cette transition sont multifactorielles, nous allons
décliner quelques exemples dans ce qui suit. Selon Artigue (2004) ces difficultés proviennent
en partie d’un changement de cultures et d’organisation, mais également des nouvelles
attentes de l’institution universitaire, par exemple concernant l’autonomie ou le travail
personnel. Les enseignants dans le supérieur peuvent également avoir des attentes différentes
de celles des enseignants du secondaire. Ces nouvelles attentes, qui peuvent déstabiliser les
étudiants, sont influencées par les pratiques expertes du mathématicien (Robert, 1998). Dans
le cas de notre étude, les enseignants de probabilités en première année de biologie sont
justement des enseignants-chercheurs en mathématiques. Les difficultés rencontrées lors de la
transition peuvent également venir des contenus, généralement plus avancés ou plus abstraits
que dans le secondaire. Au lycée, les connaissances à mettre en jeu sont généralement
explicitées et donc mobilisables, tandis qu’à l’université les connaissances doivent être
disponibles et sont mises en fonctionnement de façon plus complexe (Gueudet et
Vandebrouck, 2022). Mais alors, qu’en est-il concernant les probabilités enseignées en
première année de biologie ? Comme le montrent ces recherches, les niveaux de mises en
fonctionnement des connaissances, décrits par Robert (1998), permettent d’étudier la
complexité de la tâche. De manière plus générale, les outils développés en théorie de l’activité
à la suite du travail de Robert (1998) nous permettront d’analyser l’activité mathématique des
élèves et des étudiants.
2
3. L’enseignement et l’apprentissage des probabilités
Comme nous l’avons mentionné les probabilités sont fortement utiles à la modélisation de
processus biologiques. Par ailleurs, elles constituent un fondement aux cours de statistiques et
de biostatistiques généralement dispensés en deuxième et troisième année de filière de
biologie à l’université1. De plus, les probabilités sont largement enseignées au niveau du lycée
et font partie des contenus mathématiques présents dès la première année du supérieur dans
un grand nombre de filières de non-spécialistes, y compris en biologie. Pour l’ensemble de
ces raisons nous faisons le choix, dans ce travail, de nous concentrer sur l’enseignement des
probabilités dans le contexte de la transition secondaire-supérieur pour les étudiants en
biologie. Cette recherche s’inscrit dans le contexte institutionnel des anciens programmes du
secondaire en vigueur jusqu’en 2020. Après une analyse curriculaire nous avons retenu pour
notre étude le thème des probabilités conditionnelles ainsi que celui des variables aléatoires à
densité. En effet, il s’agit des deux seuls thèmes communs au programme de la classe de
terminale série scientifique2 et à la première année de biologie.
Pour terminer cette brève revue de littérature, nous présentons quelques résultats de la
recherche concernant l’enseignement des probabilités et plus particulièrement des probabilités
conditionnelles et à densité. Pour Amrani et Zaki (2015), les difficultés des étudiants en
probabilités peuvent provenir d’un enseignement trop formel, basé sur des techniques de
dénombrement, où les concepts abordés ne sont pas adaptés à la compréhension des
phénomènes aléatoires associés. Parzysz (2011) indique que les registres de représentations,
tels que les arbres et les tableaux ont une place très importante dans le domaine des
probabilités, à la fois comme moyens d’illustration mais également comme outils de
résolution. Diaz et De la Fuente (2007) recommandent leur utilisation et expliquent que
disposer de telles représentations constitue une aide efficace pour la résolution de problèmes
en probabilité. Ces mêmes auteurs relèvent des difficultés chez les élèves, comme interpréter
correctement les quantités numériques, distinguer la probabilité conditionnelle de la
probabilité de l’intersection ou encore inverser le conditionnement au moyen de l’utilisation
de la formule de Bayes. Pour Parzysz (2011) la conception « cardinaliste » de la probabilité
conditionnelle causerait des difficultés aux élèves mais Diaz et De la Fuente (2007)
expliquent qu’inversement, une conception « temporelle » est également un frein à la bonne
compréhension du conditionnement.
Concernant les variables aléatoires à densité, Girard (2005) explique que les lois à densité
sont introduites dans l’enseignement secondaire de façon analytique, ce qui constitue un
obstacle épistémologique qui ne permet pas d’y percevoir le caractère approximatif. Pour
Henry (2003) c’est à travers la simulation informatique qu’il est possible d’enseigner la
modélisation probabiliste avec des lois à densité mais également de mettre en évidence les
liens avec les lois discrètes (par exemple loi géométrique vers loi exponentielle, loi binomiale
vers loi normale). Dans son travail, Derouet (2019) a mis en évidence l’intérêt des activités de
modélisation intégrant la statistique descriptive, les probabilités à densité et le calcul intégral.
4. Présentation du plan
C’est dans ce contexte scientifique et institutionnel que s’inscrit notre travail de thèse, débuté
en 2018 et soutenu en 2021. A travers cette recherche nous mettons en évidence les
continuités et les ruptures dans l’enseignement et l’apprentissage des probabilités à la
transition lycée-université, ainsi que les difficultés rencontrées par les étudiants en biologie
pour ces enseignements de probabilités.
1
C’est cette organisation qui est choisie dans l’université où se déroulent nos observations.
2
Notre récolte de données se déroule entre 2018 et 2020, avant la disparition des filières générales.
3
Dans cet article, nous commençons par présenter la construction de notre cadre théorique qui
a servi à répondre aux besoins de l’étude. Par la suite, nous décrivons nos outils d’analyse et,
plus généralement, la méthodologie de recherche suivie dans ce travail. Nous revenons, dans
une quatrième partie, sur les résultats majeurs de cette étude. Enfin, dans une dernière partie,
nous présentons l’outil théorique développé dans cette thèse (Doukhan, 2021). Il s’agit du
Modèle Praxéologique de Référence Étendu par la théorie de l’activité et adapté pour la
Transition secondaire-supérieur (MPR-ET), dans le cas des probabilités pour les étudiants
non-spécialistes.
4
interne. Une tâche est alors définie comme complexe lorsqu’elle combine plusieurs de ces
sous-activités. Le sujet agit dans une situation3 qui lui fournit des contraintes et des
ressources. En ce sens, le rôle du professeur nous intéresse particulièrement, en tant que
médiateur de l’activité du sujet. En effet, à travers les aides qu’il peut apporter, l’activité
attendue des élèves sur les tâches prescrites peut alors être modifiée. En conclusion, les outils
de la TADM, vont nous permettre de comprendre l’activité des élèves et des étudiants dans sa
dimension cognitive et médiative.
3
Il s’agit du cadre scolaire : contexte, temporalité de la séance, scénario de la séquence, etc. (Vandebrouck,
2008)
5
tâches (Doukhan, 2022). Il s’agit de toutes modifications dans les énoncés des tâches
prescrites qui appellent des adaptations de connaissances. Ces variations vont donc impacter
les sous-activités mathématiques à la charge des sujets et par la même occasion les conditions
de mise en œuvre des techniques (composée d’ingrédients) permettant d’accomplir la tâche
(figure 2).
Figure 2. Impact des variations sur les sous-activités mathématiques et les techniques
Pour faciliter la compréhension des analyses qui vont suivre, illustrons le concept de variation
de types de tâches à travers l’exemple suivant (figure 3).
4
On s’écarte ici très légèrement de la définition de sous-activité de reconnaissance d’objets ou d’outils à mettre
en fonctionnement telle que définie par Robert (1998).
6
considérant les sujets apprenants en contexte. Nous pourrions ainsi construire un MPR Étendu
par la Théorie de l’activité pour la première année de biologie et un second pour la classe de
terminale, qui sont deux institutions distinctes, puis analyser les séances à partir de ces
modèles. Cependant, pour répondre à un besoin qui se présentait, nous proposons de
construire un outil théorique et méthodologique permettant de mieux comprendre la transition
et que l’on puisse appliquer au cas des probabilités pour les étudiants non-spécialistes. Nous
l’appelons Modèle Praxéologique de Référence Étendu par la théorie de l’activité et adapté
pour la Transition secondaire-supérieur (MPR-ET). Cet outil ne vise pas l’exhaustivité des
organisations mathématiques à enseigner ou enseignées dans l’une ou l’autre des institutions
mais permet de synthétiser et d’articuler les résultats de l’étude. Il intègre les éléments de
continuités et de ruptures lors de la transition ainsi que les attentes institutionnelles envers les
étudiants à l’université en tenant compte de ce qui est fait au secondaire. Cet MPR-ET permet
d’accompagner la transition en proposant des pistes pour l’enseignement des contenus, pallier
les manques et en formulant des propositions pour réduire les difficultés des étudiants lors de
la transition. La présentation et la construction de cet outil font l’objet de la partie V.
Ces choix théoriques et les besoins de notre étude nous amènent à adopter une méthodologie
spécifique que nous présentons dans la suite de cet article et qui est résumée sur la figure 4.
7
1. Analyse historique et épistémologique du savoir
Pour répondre à notre première question de recherche (QR1), nous avons commencé par un
éclairage historique et épistémologique des savoirs en jeu. De manière générale, l’analyse
historique permet de comprendre à quels problèmes est associée l’émergence des notions et
de situer leur position relative dans un champ de savoir plus large (Dorier, 2000). Dans le
cadre de cette étude, nous avons réalisé une revue de littérature permettant d’identifier
comment historiquement les différents courants et approches probabilistes sont apparus et
quelles définitions ont émergé de ces différentes approches. Cette analyse servira d’appui
pour comprendre les enjeux didactiques associés aux notions et concepts probabilistes
enseignés mais également à repérer les difficultés et les obstacles épistémologiques qui leur
sont inhérents.
5
Programmes du lycée en vigueur en France entre 2011 et 2021.
8
enseigné repose principalement sur l'analyse praxéologique des supports de cours
(identification des types de tâches). Le repérage des techniques et éléments de technologie se
fait, elle, à partir de l’analyse des séances de classe. A partir des supports de cours, nous
identifions également les variations de types de tâches, les registres de représentation ainsi
que les activités cognitives attendues qui leur sont associées (formation, traitement,
conversion). Pour analyser l’activité des élèves et des étudiants, nous complétons ces analyses
par celles des vidéos de classe et des synopsis, en portant une attention particulière aux
variations et à leur prise en charge dans la classe, à leurs impacts sur les techniques et sur
l’activité mathématique des élèves et des étudiants. Nous nous intéressons également à la
dimension médiative de l’activité des sujets et au rôle de l’enseignant en tant que médiateur
de l’activité. Les interactions dans la classe permettent-elles de prendre en charge les
variations de type de tâches ? Quelles aides sont proposées par l’enseignant ?
Nous présentons dans cette partie les principaux résultats de notre étude (Doukhan, 2021) qui
apportent des éléments de réponse aux questions de recherche précédemment formulées.
9
L’approche classique (ou laplacienne) et l’approche fréquentiste relèvent toutes les deux du
courant objectiviste, tandis que l'approche bayésienne relève du courant subjectiviste. Pour
compléter, mentionnons l’approche formelle, plus théorique, basée sur la théorie moderne des
probabilités et l'axiomatique de Kolmogorov. Selon l’approche considérée, l’interprétation
des situations probabilistes étudiées sera différente (Eichler, 2007) mais généralement c’est le
contexte des exercices qui détermine le sens à utiliser. Pour Henry (2010) il est important que
les différentes approches des probabilités soient enseignées et articulées entre elles dès
l’enseignement secondaire.
10
3. Eléments caractéristiques de la transition secondaire-supérieur en
probabilités
L’étude comparative de l’activité mathématique des élèves et des étudiants ainsi que celle des
supports de cours nous permettent de présenter dans cette partie des éléments caractéristiques
de la transition secondaire-supérieur en probabilités, fournissant des éléments de réponse à
notre seconde question de recherche (QR2).
11
Le cas des lois à densités
En ce qui concerne les lois continues, désormais les fonctions de densité peuvent être
continues par morceaux ce qui est une nouveauté pour les étudiants sortant du lycée puisque
dans le secondaire seules les fonctions de densité continues sont au programme. Dans ce cas-
là ces fonctions sont exprimées au moyen d’une fonction indicatrice. Cela induit de nouvelles
techniques, à la fois pour déterminer l’espérance ou pour calculer des valeurs de probabilités.
L’enseignant en charge du cours prend le temps de détailler auprès des étudiants la technique
de calcul de probabilité adaptée à ce type de fonction : « Vous allez utiliser des primitives,
donc l’intégrale va d’abord devoir être découpée sur chaque intervalle où on va pouvoir
utiliser une formule. »
Nous identifions quelques nouveaux types de tâches : calculer la variance ou l’écart-type
d’une variable aléatoire continue (T-CalcVar), démontrer que la fonction de densité d’une loi
exponentielle est bien une densité de probabilité (T-VérifF), déterminer les valeurs possibles
d'une constante présente dans l'expression algébrique d’une fonction de densité (T-Det(cf)). A
ces nouveaux types de tâches sont associés de nouvelles techniques qui sont travaillées lors
des séances de TD. Parmi les autres nouveautés, citons les propriétés de transfert et de
linéarité de l’espérance ainsi que la propriété de la variance sous transformation linéaire. Dans
le cas d’une variable aléatoire de loi exponentielle, la démonstration de la valeur de son
espérance est au programme de terminale scientifique, mais nous avons pu observer que cette
formule est directement utilisée dans les exercices au lycée. Il en va de même pour la formule
exprimant P(a<x<b). A l’université, ces formules sont démontrées à chaque utilisation.
Une autre caractéristique de la transition nous semble être la disparition totale de la technique
instrumentée utilisant la calculatrice. Cette technique avait une place centrale en terminale,
présentée avec un savoir procédural (comment on s’en sert, quelles sont les fonctionnalités,
etc.) écrit par l'enseignante au tableau et dont il était attendu une justification (logos) lors de
son utilisation. La disparation de cette technique se fait au profit de l’utilisation de la table de
la loi normale centrée réduite ou de techniques d'intégration parfois expertes s’appuyant sur
l'intégration par parties ou le changement de variables. Ces techniques d’intégration ne sont
pas au programme de la classe de terminale scientifique. L’utilisation de la table de loi
normale centrée réduite est caractéristique de cet enseignement à l’université. La plupart des
étudiants n’en n’ont jamais utilisé, et ils rencontrent des difficultés à s’en servir correctement
d’autant plus que cela nécessite souvent la transformation des expressions6. Autrement dit, les
techniques attendues et présentées sont très différentes de celles du secondaire.
Durant le cours, l’enseignant fait de nombreuses références à des situations de modélisation et
présente le lien entre statistiques, données réelles et variables aléatoires continues. Il explique
que les lois exponentielles modélisent des phénomènes de durée de vie sans usure et que les
lois normales apparaissent lors de la moyennisation de phénomènes. Ces liens ne sont pas
travaillés en TD où les exercices sont plutôt théoriques. Lors de ces séances, l’enseignant
prend très souvent en charge la reconnaissance de l’évènement dont on cherche à déterminer
la mesure de probabilité ainsi que du type de tâches. L’organisation du raisonnement et le
choix de la méthode sont partiellement à la charge des étudiants. Cependant, il s’agit le plus
souvent d’appliquer des techniques d’intégration, auquel cas l’enseignant fournit
généralement une aide procédurale pour le choix de la méthode d’intégration, par exemple :
« cette quantité que l’on va calculer, c’est toujours avec une intégration par parties ».
6
Il faut centrer et réduire la variable aléatoire X pour utiliser la table de loi normale centrée réduite. La table ne
donne les valeurs que des expressions de la forme P(X<a), pour calculer la valeur d’une probabilité de la forme
P(a<X<b) quelques transformations sont nécessaires usant de la propriété de symétrie de la loi.
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Concernant les pratiques enseignantes et les déroulements
Pour terminer cette partie, revenons sur quelques éléments transversaux à ces deux thèmes de
probabilités. Nous constatons qu’en classe de terminale, les pratiques de l’enseignante sont
largement guidées par les attendus du baccalauréat (nombreux extraits de sujets de
baccalauréat traités), ce qui est spécifique au secondaire, étant donné qu’à l'université, les
enseignants conçoivent le sujet d’examen et l’adaptent selon ce qu’ils ont pu faire en classe.
Une plus grande liberté sur l’organisation des TD et le choix des exemples et exercices est
donc permise dans le supérieur.
Certaines modalités de déroulement nous semblent caractéristiques de la transition. Il n’y a
plus d’alternance au sein d'une même séance entre moments de cours et exercices en
autonomie. Désormais à l’université, le cours est présenté lors des séances de cours
magistraux sous forme d’un seul bloc à travers des diapositives projetées au tableau, et non de
polycopiés à trous comme ce qu’utilise l’enseignante de la classe de terminale observée. Il
s’agit sans doute d’une nouveauté pour la plupart des étudiants.
Lors des séances de CM, les calculs ne sont pas systématiquement détaillés par l’enseignant.
Il laisse ces tâches à la charge des étudiants lorsqu’ils considèrent qu’elles ont déjà été
rencontrées lors du premier semestre ou dans le secondaire. Il s’agit notamment de tâches de
calcul numérique, comme des réductions de fractions (probabilités conditionnelles), mais
également des tâches de calcul d’intégrales (lois à densité). Cependant, d'après nos
observations en terminale, les techniques d'intégration ont très peu été mises en œuvre par les
élèves dans le cas des lois à densité, au profit de techniques instrumentées. Nous pouvons
donc émettre des doutes quant à la disponibilité de ces techniques chez ces étudiants
débutants.
Le test proposé aux élèves de terminale et aux étudiants de première année de biologie avant
qu’ils débutent le module de probabilités, est composé de trois exercices avec une focale sur
l’utilisation des représentations. L’analyse des productions a permis d’identifier si les élèves
et étudiants sont capables d’associer à la tâche prescrite un type de tâches dont ils connaissent
une technique. Nous cherchons à repérer s’ils savent mettre en œuvre une technique adaptée
et prendre en charge l’organisation du raisonnement, qui était largement à la charge de
l’enseignante au lycée. Enfin, cette analyse nous permet également de savoir dans quelle
mesure les élèves et étudiants sont capables de passer du registre de la langue naturelle au
registre symbolique probabiliste (conversions faites par l’enseignant de TD), par
l’intermédiaire ou non de l’utilisation d’un arbre pondéré. Nous revenons ci-après sur les deux
premiers exercices du test.
Le premier exercice (figure 5) est issu de la feuille de TD du cours de probabilités de
première année de biologie mais il est réalisable avec des techniques rencontrées au lycée.
13
Figure 5. Enoncé du premier exercice du test
Cet exercice présente de nouvelles variations de types de tâches vis-à-vis du savoir enseigné
dans le secondaire. Par exemple la seconde question relève du type de tâches calculer la
probabilité d’une union de deux évènements (T-CalcUnion) et n’a été rencontré dans le
secondaire que pour deux évènements disjoints. Les évènements n’étant pas disjoints dans le
cas présent, la technique à utiliser repose sur la formule de Poincaré. Ils sont 63% à
reconnaitre qu’il s’agit d’une union de deux évènements mais plus que 48% à mettre en
œuvre correctement la technique. La quatrième question relève du type de tâche calculer une
probabilité conditionnelle (T-CalcProbaCond), et présente également une nouvelle variation :
l’évènement conditionnel est une union de deux évènements (la même union qu’à la question
2). Nous ne relevons aucune réponse correcte à cette question. Pourtant ils sont 59% à
identifier qu’il s’agit bien d’une probabilité conditionnelle et parmi eux, plus de la moitié
repèrent que la condition est une union de deux évènements. C’est ensuite dans le traitement
de la tâche qu’ils rencontrent des difficultés. Voici un extrait de copie d’un étudiant (figure 6).
année antérieure.
Figure 7. Enoncé du second exercice du test
Cet exercice est lié à un contexte de biologie plutôt familier aux étudiants : l’étude de
l’efficacité de tests sur des populations malades et non malades. Il s’agit d’une application
classique du théorème de Bayes avec un certain travail de modélisation laissé à la charge du
sujet : identifier et nommer les évènements en jeu, associer les valeurs numériques de
l’énoncé à des probabilités d’évènements, interpréter la question et formuler la tâche. D’après
les résultats de nos observations dans le secondaire, ces actions successives représentent les
ingrédients d’une technique associée au type de tâches modéliser une situation aléatoire (T-
14
Modé) et sont généralement pris en charge dans les déroulements par l’enseignante
(organisation du raisonnement ou aide procédurale). Cette activité de modélisation est
présente dans une forme incomplète, il n’est pas question de choisir ou de valider un modèle.
Lors du test, les élèves et étudiants ont rencontré des difficultés et ont dans l’ensemble
proposé des réponses erronées (une seule réponse correcte). Ce qui nous intéresse plus
particulièrement c’est de savoir à quelles étapes ils ont eu des difficultés et quelles étapes du
raisonnement ils ont pris en charge. La probabilité la plus souvent calculée est P(M∩T).
Environ 65% d’entre eux identifient correctement les événements en jeu, tandis que 53%
représentent spontanément la situation par un arbre pondéré. Aucune autre représentation
n’est proposée. Tous ceux qui utilisent un arbre réussissent les premières étapes de la
mathématisation : identification des événements et des valeurs numériques présentes dans
l’énoncé. L’arbre est donc un soutien à l’activité de modélisation : il permet la traduction de
l’énoncé et des relations entre les objets (ici les évènements) qui y sont décrits. L’énoncé étant
complétement formulé en langage naturel, 84% ont proposé une réponse en langage naturel.
Parmi eux, près de la moitié (46%) se sont appuyés sur leurs calculs, 20% ont répondu en se
basant uniquement sur leur représentation par un arbre et 40% ont répondu sans utiliser ni
calcul ni arbre. Ces élèves et étudiants n’ont pas été en mesure d’associer à la tâche prescrite
un type de tâches (calculer une probabilité conditionnelle) dont une certaine technique
(composée d’ingrédients) leur est pourtant connue.
L’analyse du test nous a permis de recueillir des éléments sur les variations qu’ils sont
capables de prendre en charge, ainsi que sur les techniques qu'ils savent mettre en œuvre suite
à l'enseignement de probabilités reçu au secondaire. Concernant les changements de registres,
ils représentent très largement les situations aléatoires par des arbres pondérés lorsque cela est
pertinent. A partir d’un énoncé en langage naturel, ils arrivent généralement à identifier la
présence d’intersections d’évènements ou de probabilités conditionnelles (reconnaissance de
"et" ou "sachant que" dans les exercices du test). En revanche, ils rencontrent des difficultés à
reconnaître le type de tâche (identifier la probabilité recherchée) et à mobiliser les
connaissances supposées disponibles dans de nouvelles tâches, comme à la question 4 de
l’exercice 1 (l’évènement conditionnel est une union, ce qui est une nouveauté).
Le questionnaire proposé aux étudiants en biologie à la fin du semestre nous a permis de faire
un état des lieux de leur ressenti et de leurs difficultés concernant les contenus et le
déroulement du module de probabilités. Premièrement, 74% des répondants à ce
questionnaire proviennent de terminale série scientifique, ce qui conforte notre choix
d’analyse comparative entre la première année de biologie et cette filière en terminale. Une
échelle de Likert leur a été proposée pour évaluer le niveau de difficulté du module (figure 8).
A 46% ils trouvent les probabilités enseignées dans ce module difficiles ou très difficiles.
Figure 8. Extrait du questionnaire en ligne
Pour compléter les résultats du test et approfondir les éléments de réponse au questionnaire,
nous avons réalisé quatre entretiens avec des étudiants primo-arrivants issus de terminale série
scientifique. Nous avons également pu recueillir leurs notes ainsi que leurs copies d’examen.
Nous présentons dans ce qui suit l’analyse relative à ces données. Avant toute chose, nous
15
constatons une baisse significative de leur note entre le module de probabilité et le
baccalauréat obtenu l’année précédente (figure 9).
7
Nous avons simplement fait la moyenne de la note au contrôle continu et de la note à l’examen final, mais il est
possible qu’une pondération ait été ajoutée dans le réel calcul à l’université.
8
idem.
16
nouvelles attentes et nouvelles modalités de déroulement. Ils éprouvent également des
difficultés à mettre en œuvre de nouvelles techniques pour des types de tâches déjà rencontrés
dans le secondaire (utilisation de table de loi normale, de techniques d’intégration, non-
utilisation des arbres pondérés, etc.).
En conclusion à ces résultats, nous présentons dans cette dernière partie, notre Modèle
Praxéologique de Référence Étendu par la théorie de l’activité et adapté pour la Transition
secondaire-supérieur (MPR-ET), dans le cas ici des probabilités pour les étudiants non-
spécialistes de biologie. Cet outil synthétise les principaux résultats de cette étude tout en
faisant des propositions en vue de palier aux difficultés rencontrées par les étudiants lors de la
transition. Le MPR-ET met en évidence les évolutions entre la dernière année de lycée et la
première année d’université par l’analyse comparative des complexes praxéologiques mis en
œuvre dans les deux institutions, mais également par la prise en compte des sujets et de leurs
spécificités dans le contexte de la transition.
17
2. Présentation du MPR-ET dans le cas des probabilités pour les étudiants
de première année de biologie
Figure 10 : MPR-ET dans le cas des probabilités pour les étudiants de biologie
Le MPR-ET présenté ci-dessus (figure 10), met en lumière de nombreux résultats de notre
recherche (Doukhan, 2021) dont la plupart ont été exposé dans la partie IV. Nous ne
reprenons ci-dessous que quelques résultats clés facilitant la compréhension du schéma
exposé.
Concernant le thème des probabilités conditionnelles, la majorité des types de tâches présents
à l’université ne sont pas nouveaux, il s’agit de : T-CalcBar, T-Interp, T-CalcInter, T-Assoc,
T-CalcSimple, T-EtudInd et T-CalcProbaCond. Ces tâches s’accomplissent au moyen de
techniques déjà rencontrées et routinisées dans le secondaire, hormis pour T-CalcProbaCond
où une nouvelle technique utilisant la formule de Bayes est désormais proposée. Le
changement (en orange sur le schéma) concerne les techniques utilisant un arbre pondéré, qui
ne font plus partie du savoir enseigné ni des attentes en termes de procédures dans le cours de
probabilité de première année.
Pour le thème des lois continues, on retrouve majoritairement des types de tâches déjà
rencontrés dans le secondaire. Cependant, les techniques attendues et présentées sont très
différentes de celles du secondaire. La technique instrumentée est remplacée par l’utilisation
de tables de loi normales ou par des techniques d’intégration expertes (changement de
variables, intégration par parties). Plusieurs nouveaux types de tâches pour les lois à densité
sont proposés à l’université. Les analyses menées mettent en évidence de nouveaux types de
tâches comme T-CalcVar, T-Det(cf), et T-Det(médiane) pour les lois quelconques et T-VerifF
pour la loi exponentielle. Ces types de tâches nécessitent la mise en œuvre de techniques
18
d’intégration nouvelles, d’autant plus lorsque la fonction de densité est exprimée à travers une
fonction indicatrice. Il s’agit là aussi d’une nouveauté vis-à-vis du lycée.
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