Manuel Pour Le Suivi de La Résistance Aux Insecticides Chez Les Moustiques Vecteurs Et La Sélection D'interventions Appropriées
Manuel Pour Le Suivi de La Résistance Aux Insecticides Chez Les Moustiques Vecteurs Et La Sélection D'interventions Appropriées
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Citation suggérée. Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection
d’interventions appropriées [Manual for monitoring insecticide resistance in mosquito vectors and selecting appropriate
interventions]. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2023. Licence : CC BY-NC-SA 3.0 IGO.
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Table des matières
Remerciements v
Abréviations vi
Glossaire vii
1. Introduction 1
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées iii
6. Bioessais standard 25
6.1 Bioessais de l’OMS pour l’évaluation de la sensibilité 25
6.2 Bioessais de l’OMS évaluant l’intensité de la résistance 35
6.3 Bioessais de l’OMS couplant synergiste et insecticide 35
6.4 Remarque concernant le bioessai en bouteilles des CDC 36
6.5 Aspects à prendre en considération pour la réalisation des tests biologiques 38
6.5.1 Nombre de répétitions 38
6.5.2 Nombre de moustiques à tester 38
6.5.3 Conditions ambiantes pendant les tests 40
6.5.4 Équipements et matériel 41
6.5.5 Nombre d’utilisations des papiers imprégnés d’insecticide et
des bouteilles imprégnées 41
6.5.6 Conservation des papiers imprégnés 42
6.5.7 Conservation des bouteilles imprégnées 43
6.6 Calcul et ajustement de la mortalité 44
6.7 Calcul de l’inhibition de l’oviposition 45
6.8 Interprétation des résultats des bioessais 46
6.8.1 Interprétation des bioessais évaluant la sensibilité 48
6.8.2 Interprétation des bioessais évaluant l’intensité de la résistance
(concentrations discriminantes multipliées par 5 et par 10) 49
6.8.3 Interprétation des bioessais synergiste-insecticide 50
iv Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
Remerciements
Ce document a été élaboré sous la direction de Lucia Fernandez Montoya, Programme
mondial de lutte contre le paludisme de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et de
Rajpal S Yadav, Département de lutte contre les maladies tropicales négligées de l’OMS. Les
membres du personnel de l’OMS Samira Al-Eryani, Lauren Carrington, Emmanuel Chanda,
Dennis Navarro Costa, Tessa Knox, Jan Kolaczinski, Prabhjot Singh, Jennifer Stevenson et
Raman Velayudhan ont apporté leur contribution. Des personnes externes ont révisé le
présent document, et le Programme mondial de lutte contre le paludisme et le Département
de lutte contre les maladies tropicales négligées souhaitent les remercier (elles sont citées par
ordre alphabétique de pays et de nom d’institution) : Basil Brooke (Vector Control Reference
Laboratory, National Institute for Communicable Diseases, Johannesburg, Afrique du Sud),
Charles Wondji (Centre of Research in Infectious Diseases, Yaoundé, Cameroun et Liverpool
School of Tropical Medicine, Liverpool, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du
Nord), Silvie Huijben (Arizona State University, États-Unis d’Amérique), John Gimnig et Audrey
Lenhart (Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta, États-Unis), Seth Irish (U.S.
President’s Malaria Initiative, Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta, États-Unis),
Jennifer Armistead (U.S. President’s Malaria Initiative, USAID, Washington D.C., États-Unis),
Vincent Corbel (Institut de Recherche pour le Développement, Montpellier, France et
Worldwide Insecticide resistance Network [WIN]), Ahmad Ali Enayati (Mazandaran University
of Medical Sciences, Sari, République islamique d’Iran), Thomas Churcher (Imperial College,
London, Royaume-Uni), Geraldine Foster, Rosemary Lees, Philip McCall et David Weetman
(Liverpool School of Tropical Medicine, Liverpool, Royaume-Uni), Ben Lambert (University of
Exeter, Exeter, Royaume-Uni) et Catherine Moyes (Université of Oxford, Oxford, Royaume-Uni).
Remarque importante
Ce document remplace la publication de l’OMS Procédures pour tester la
résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs du paludisme, seconde
édition, et les instructions pour suivre la résistance aux insecticides présentées
dans la publication Monitoring and managing insecticide resistance in Aedes
mosquito populations: interim guidance for entomologists. À compter de la
date de publication du présent document, la résistance aux insecticides chez
les moustiques vecteurs adultes doit être suivie conformément aux orientations
présentées ici.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées v
Abréviations
CDC Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis d’Amérique
DDT dichlorodiphényltrichloroéthane
h heure
min minute
vi Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
Glossaire
ace-1 Gène cible des insecticides carbamates et organophosphorés.
La mutation, G119S, dans le gène ace-1 entraîne une
résistance (autrefois connue sous le nom d’insensibilité de
l’acétylcholinestérase). Le niveau de résistance dépend du
nombre de copies de ce gène.
dose diagnostique Quantité de principe actif insecticide que les moustiques sont
d’insecticide censés absorber lorsqu’ils sont exposés à la concentration
discriminante d’un insecticide pendant une période déterminée
et qui, après absorption, tue efficacement tous les moustiques
sensibles de sorte que tous les moustiques survivants peuvent
être considérés comme résistants.
gestion des gîtes Gestion des habitats aquatiques (plans d’eau) qui peuvent
larvaires potentiellement abriter des larves de moustiques, afin
d’empêcher les stades immatures de se développer et de
parvenir à maturité.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées vii
insecticide Produit chimique (naturel ou synthétique) qui tue les insectes.
Les ovicides tuent les œufs ; les larvicides tuent les larves ;
les nymphicides tuent les nymphes ; les adulticides tuent les
moustiques adultes. Les insecticides à effet rémanent restent
actifs longtemps.
Note : Les insecticides utilisés pour la lutte antivectorielle sont
approuvés par l’équipe OMS de préqualification des produits
de lutte antivectorielle (https:// extranet.who.int/pqweb/vector-
control-products).
lutte antivectorielle Ensemble des mesures prises contre les moustiques vecteurs de
maladies afin de limiter leur capacité à transmettre les maladies.
mode d’action d’un Processus par lequel un insecticide agit sur un insecte au niveau
insecticide moléculaire. Le mode d’action se rapporte au changement
fonctionnel qui se produit au niveau d’un site cible spécifique en
raison de l’exposition des insectes à un principe actif insecticide.
viii Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
moustiquaire Moustiquaire qui repousse, neutralise ou tue les moustiques
imprégnée entrant en contact avec l’insecticide présent sur le tissu
d’insecticide constituant la moustiquaire. Les moustiquaires imprégnées
d’insecticide comprennent les moustiquaires qui doivent être
traitées et retraitées (souvent appelées moustiquaires classiques)
et les moustiquaires à « imprégnation durable » (voir la définition
de ce terme).
Note : Les moustiquaires non traitées peuvent également
apporter une protection non négligeable vis-à-vis des piqûres
de moustique, mais elles ont moins d’effet contre la capacité
vectorielle et les taux de transmission.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées ix
résistance à un Capacité des moustiques à survivre après avoir été exposés
insecticide à une dose standard d’insecticide ; peut être le résultat d’une
adaptation physiologique ou comportementale.
Note : L’apparition d’une résistance à un insecticide dans une
population de vecteurs est un phénomène évolutif résultant soit
d’un comportement d’évitement (par exemple exophilie au lieu
d’endophilie), soit de facteurs physiologiques grâce auxquels
l’insecticide est métabolisé, non potentialisé ou moins absorbé
par rapport aux moustiques sensibles.
utilité en matière de Un produit est utile pour la santé publique si son efficacité
santé publique pour réduire ou prévenir les infections et/ou les maladies chez
l’homme a été démontrée à l’échelle individuelle, à l’échelle
communautaire, ou les deux.
x Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
1. Introduction
Les maladies à transmission vectorielle sont les principales causes de maladie, d’invalidité
et de décès dans le monde. Plus de 80 % de la population mondiale vit dans des zones où
la transmission d’une ou plusieurs de ces maladies est observée. Les principales maladies
à transmission vectorielle sont le paludisme, la dengue, le chikungunya, les leishmanioses,
la maladie de Chagas, la trypanosomiase humaine africaine, la filariose lymphatique,
l’onchocercose, la maladie à virus Zika, la fièvre jaune, l’encéphalite japonaise et la
schistosomiase. Ces maladies sont dues à des parasites, des bactéries ou des virus qui sont
transmis à l’homme par divers vecteurs – moustiques, phlébotomes, puces, tiques, poux,
triatomes, simulies, mouches tsé-tsé et mollusques (1).
La lutte antivectorielle joue un rôle essentiel dans la réduction de la charge représentée par
ces maladies. La prévention des maladies pour lesquelles il n’existe pas de vaccins ou de
traitements (prophylactiques ou curatifs) repose en grande partie sur la lutte antivectorielle.
Dans le cas des maladies pour lesquelles des traitements sont disponibles, comme le
paludisme, la lutte antivectorielle reste la stratégie de prévention la plus largement utilisée
et a conduit, dans le passé, aux plus grandes réductions de charge de morbidité.
Les néonicotinoïdes et les buténolides sont présents dans les produits de lutte antivectorielle
préqualifiés par l’OMS depuis 2017. Cela concerne des produits destinés à la pulvérisation
d’insecticide à effet rémanent à l’intérieur des habitations contenant un néonicotinoïde
(clothianidine seule ou mélangée avec un pyréthrinoïde) et des produits de pulvérisation
spatiale contenant un pyréthrinoïde mélangé à un néonicotinoïde (imidaclopride) ou un
buténolide (flupyradifurone). Des moustiquaires imprégnées d’un pyrrole (chlorfénapyr) ou
d’un analogue de l’hormone juvénile (pyriproxyfène) en association avec un pyréthrinoïde
ont été préqualifiées en 2018 et 2019, respectivement, même si l’OMS attend que leurs
retombées sur le plan épidémiologique soient établies avant d’en recommander le
déploiement dans la lutte antivectorielle.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 1
vecteurs de maladies et s’est propagée dans toutes les régions du monde (3–6). Le statut
des vecteurs en matière de résistance aux nouveaux insecticides contenus dans les produits
de lutte antivectorielle préqualifiés par l’OMS – néonicotinoïdes, pyrroles, buténolides
et spinosynes – n’est pas connu, car aucune procédure de test standardisée ni aucune
concentration discriminante n’ont encore été établies pour suivre la résistance à ces
composés. Cela étant, plus leur utilisation s’intensifie, plus une résistance à ces composés
est susceptible d’apparaître. Elle existe même peut-être déjà en raison de la pression de
sélection due à leur usage dans l’agriculture ou du fait d’une résistance croisée avec des
insecticides appartenant à d’autres classes.
Il est essentiel de connaître le statut de résistance des vecteurs aux insecticides, les
mécanismes moléculaires associés et l’évolution de la résistance au fil du temps si l’on veut
concevoir des interventions de lutte antivectorielle qui soient efficaces. Plus précisément,
les données de résistance aux insecticides sont indispensables pour sélectionner les
interventions de lutte antivectorielle appropriées, pour servir de base aux stratégies de
prévention de la résistance ou pour initier des changements dans les stratégies de lutte
antivectorielle lorsqu’une résistance apparaît. Produire des données pour être en mesure
de prendre des décisions nécessite de surveiller la résistance chez les espèces vectrices
locales avant et pendant la mise en œuvre des interventions de lutte antivectorielle, de
collecter et d’analyser les données, et d’interpréter les résultats.
Pour assurer un bon suivi et une bonne gestion de la résistance aux insecticides,
notamment obtenir le financement nécessaire, des plans de suivi et de gestion de la
résistance aux insecticides doivent être élaborés au niveau national dans le cadre des
programmes de lutte. Le Cadre conceptuel d’un plan national de suivi et de gestion de la
résistance aux insecticides chez les vecteurs du paludisme (9) publié par l’OMS fournit des
orientations sur la manière de concevoir ce type de plans. Ces plans doivent tenir compte
de tous les vecteurs de maladies et s’inscrire dans l’ensemble des stratégies de lutte
antivectorielle nationales. Dans la mesure du possible, ils doivent être incorporés aux autres
secteurs dont les activités sont susceptibles d’influer sur l’apparition d’une résistance, tels
que le secteur agricole.
2 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
Depuis les années 1950, l’OMS coordonne les efforts déployés pour fournir des procédures
de test standardisées et des orientations afin d’aider les pays à suivre et à gérer la
résistance aux insecticides chez plusieurs vecteurs de maladies (10-19). Ces procédures et
ces orientations ont évolué au fil du temps. La révision actuelle des orientations de l’OMS
est motivée par :
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 3
• de nouvelles concentrations pour suivre la résistance des moustiques Aedes
à la transfluthrine, à la métofluthrine, à la pralléthrine, au bendiocarbe, au
chlorpyriphos-éthyl, à la clothianidine et à la flupyradifurone ;
• l’actualisation des concentrations pour suivre la résistance des moustiques Aedes
à l’alphacyperméthrine, à la deltaméthrine, à la lambda-cyhalothrine, à la
perméthrine, au malathion et au pyrimiphos-méthyl ;
• des orientations sur la façon de planifier le suivi de la résistance et de hiérarchiser
les bioessais qui soient mieux adaptées à un contexte de ressources limitées ou de
nombre restreint de moustiques ; et
• l’affinement des orientations sur la façon d’utiliser les données issues du suivi
de la résistance aux insecticides pour éclairer le choix des interventions de lutte
antivectorielle.
Le document est destiné aux entomologistes et biologistes de terrain au sein des ministères
de la santé ou des institutions partenaires chargées de suivre la résistance des vecteurs
aux insecticides. Il s’adresse également aux administrateurs de programme et aux
autres personnes chargées de concevoir et de mettre en œuvre les stratégies de lutte
antivectorielle devant s’appuyer sur les données de résistance pour éclairer leurs décisions.
Enfin, il peut aider les chercheurs et l’industrie des pesticides à évaluer de manière
standardisée la résistance des vecteurs aux composés utilisés dans les produits de lutte
antivectorielle (insecticides déjà en usage et nouveaux insecticides).
4 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
2. Évaluation de la résistance aux
insecticides
Il est primordial de connaître le type et le niveau de résistance des populations de vecteurs
locales par rapport aux insecticides actuellement en usage ou dont l’utilisation est prévue
afin de pouvoir sélectionner des interventions de lutte antivectorielle qui soient efficaces et
préserver leur efficacité le plus longtemps possible.
Des procédures de test existent pour caractériser les aspects suivants de la résistance des
vecteurs aux insecticides :
On trouvera dans le présent document des indications détaillées sur la façon d’évaluer
la présence et l’intensité d’un phénotype résistant, ainsi que l’effet d’un synergiste dans
la restauration de la sensibilité des vecteurs à un insecticide. Ce document présente
également une vue d’ensemble des principaux mécanismes à l’origine de l’expression
phénotypique de la résistance chez les vecteurs de maladies et sur la façon d’utiliser les
données relatives à ces mécanismes pour orienter les décisions (section 7), mais il ne
présente pas précisément les techniques disponibles pour identifier chaque mécanisme.
Au lieu de cela, les lecteurs sont dirigés vers d’autres ressources où ces techniques sont
décrites de façon détaillée.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 5
Le test en tubes de l’OMS et le bioessai en bouteilles de l’OMS sont décrits en détail à la
section 6 ; les procédures opératoires standard pour ces bioessais se trouvent à part, sur le
site Web de l’OMS (22). Des indications pour réaliser le bioessai en bouteilles des CDC sont
données sur le site Web des CDC (23). Le bioessai en bouteilles de l’OMS est une nouvelle
méthode qui a été mise au point pour déterminer le statut de résistance des moustiques
vis-à-vis de certains insecticides qui ne se prêtent pas à l’imprégnation de papier filtre. Il
s’appuie sur le bioessai en bouteilles des CDC, mais utilise différents paramètres de tests
qui sont calqués sur ceux du test en tubes de l’OMS. Les différences entre le bioessai en
bouteilles des CDC et le bioessai en bouteilles de l’OMS sont davantage détaillées à la
section 6.
Avec ces méthodes, la présence d’une résistance aux insecticides dans les populations
de vecteurs n’est donnée qu’à titre indicatif : on ne connaît pas la véritable efficacité des
insecticides testés lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre d’interventions de lutte antivectorielle
en situation réelle. En effet, la concentration et la formulation des insecticides utilisés dans
les produits de lutte antivectorielle sont différentes de celles utilisées dans les bioessais
d’analyse de la résistance, et l’exposition des vecteurs aux insecticides n’est pas la même
lors d’un essai biologique et en situation réelle. Si une résistance à un insecticide est
détectée, des investigations supplémentaires, y compris une évaluation épidémiologique,
seront nécessaires pour déterminer l’impact de la résistance sur l’efficacité des
interventions de lutte antivectorielle sur le terrain. En d’autres termes, les procédures de
test décrites ici et les données qu’elles génèrent fournissent une première indication d’une
menace pour la lutte contre une maladie à transmission vectorielle ; elles doivent être
considérées comme le point de départ d’une investigation plus poussée et plus complexe si
les signes d’une résistance à un insecticide sont détectés.
6 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
Aspect de la
Résultat du
résistance Type de test Description du test Procédures de test
test
étudié
Intensité Bioessais Comparaison de la mortalité Intensité • Test en tubes de l’OMS
pour chez les moustiques faible, en utilisant 5 × et
l’évaluation exposés à différentes modérée ou 10 × la concentration
de l’intensité concentrations d’un forte discriminante de
l’insecticide
de la insecticide (normalement la
résistance concentration discriminante, • Bioessai en bouteilles
ainsi que 5 × et 10 × la des CDC en utilisant des
doses diagnostiques
concentration discriminante)
croissantesa
pour évaluer l’intensité de la
résistance
Effet d’un Bioessais Comparaison de la mortalité Pas de • Test en tubes de l’OMS
synergiste synergiste- de moustiques qui sont restauration, avec préexposition au
dans la insecticide exposés à la concentration restauration PBO puis exposition
restauration discriminante d’un partielle ou à un insecticide
pyréthrinoïde
du insecticide et de la mortalité restauration
phénotype de moustiques qui sont totale de la • Bioessai en bouteilles
de sensibilité pré-exposés à un synergiste sensibilité des CDC avec
préexposition à
à un avant l’exposition à la
un synergiste puis
insecticide concentration discriminante exposition à un
de l’insecticide pour évaluer insecticidea
le rôle du synergiste dans la
restauration de la sensibilité
à l’insecticide
Mécanisme Tests Analyse de mutations Présence ou • Tests moléculaires et
(moléculaire moléculaires génétiques ou de absence du biochimiques pour
et et l’expression d’enzymes chez mécanisme chaque mécanisme
biochimique) biochimiques les moustiques pour détecter testé
les anomalies qui pourraient
être à l’origine du phénotype
résistant
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 7
3. Établissement des priorités
et planification du suivi de la
résistance
Chacune des procédures de test mentionnées précédemment nécessite un personnel
qualifié, un nombre minimum de moustiques, un équipement et des consommables
appropriés, ainsi que des installations d’élevage de moustiques offrant des conditions
de température et d’humidité optimales. Le suivi de la résistance qui peut être réalisé est
souvent limité par le manque de ressources ou un nombre insuffisant de moustiques. Il est
donc important de planifier convenablement le suivi de la résistance aux insecticides et de
privilégier les bioessais en fonction de leur importance pour la prise de décision. Ce faisant,
les données recueillies peuvent servir de base aux décisions programmatiques les plus
importantes, qui concernent le plus souvent la mise en œuvre immédiate et à moyen terme
des interventions. Les priorités en matière de suivi de la résistance sont résumées dans
l’encadré 1.
8 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
3.1 Critères à évaluer en priorité
Avant le déploiement de toute intervention de lutte antivectorielle basée sur l’usage
d’insecticides, les programmes doivent s’assurer que les vecteurs locaux sont sensibles
aux insecticides de la classe concernée. Une fois l’intervention en place, la sensibilité des
vecteurs locaux aux insecticides de la ou des classe(s) d’insecticides utilisée(s) doit être
évaluée au moins une fois par an afin de détecter rapidement l’apparition d’une résistance
et de prendre les mesures qui s’imposent pour y faire face.
La priorité doit donc être de déterminer si les populations de vecteurs locales présentent,
ou non, une résistance à un insecticide appartenant à la (ou aux) classe(s) d’insecticides
en usage ou dont l’utilisation est prévue pour la lutte antivectorielle dans la zone. Si la
population de vecteurs locale s’avère sensible à un insecticide, il n’est pas nécessaire
d’évaluer l’intensité de la résistance ni les mécanismes de résistance pour les insecticides
de la classe concernée. Lorsqu’une résistance à un insecticide est détectée dans une
population de vecteurs, ce seront les options dont on dispose au sein du programme
pour gérer cette résistance qui détermineront la nécessité d’évaluer l’intensité de la
résistance, ses mécanismes ou le rôle d’un synergiste dans la restauration de la sensibilité à
l’insecticide (voir la section 2).
« En faire moins, c’est en faire plus » doit être le principe à suivre pour définir les sites
sentinelles – autrement dit, il faut privilégier la production de données de qualité (en suivant
scrupuleusement les procédures opératoires standard) sur un nombre limité de sites, plutôt
que chercher à générer une plus grande quantité de données provenant d’un plus grand
nombre de sites, au détriment de la qualité. Par exemple, un pays pourrait commencer
avec un site par province dans lequel des interventions de lutte antivectorielle basées sur
l’usage d’insecticides sont ou seront déployées, en donnant la priorité aux provinces où la
pression de sélection est susceptible d’être la plus élevée vis-à-vis de la résistance. D’autres
sites pourraient ensuite être mis en place à des niveaux administratifs inférieurs (district, par
exemple) à mesure que les capacités de test se développent, en particulier si une résistance
est détectée et que des informations plus détaillées sont nécessaires.
La résistance aux insecticides peut également être évaluée dans le cadre d’une enquête
sur une flambée épidémique ou lors de l’étude des raisons pour lesquelles l’incidence d’une
maladie augmente de manière inattendue. Dans ces cas-là, les tests de résistance peuvent
être effectués ponctuellement, sans qu’il soit nécessaire de définir un site pour des activités
de suivi régulier.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 9
3.3 Espèces de moustiques vecteurs à suivre
Les différentes espèces de moustiques n’ont pas toutes la même capacité à transmettre les
agents pathogènes aux humains. Il convient de suivre en priorité la résistance de celles qui
jouent le plus grand rôle dans la transmission des agents pathogènes. Ces espèces doivent
dans un premier temps être identifiées grâce à la surveillance entomologique. Le suivi de
la résistance implique que les espèces testées soient clairement identifiées et enregistrées.
Des informations détaillées sur l’échantillonnage des moustiques et l’identification des
espèces sont fournies à la section 5.
La résistance peut être surveillée tant chez les moustiques adultes que chez les larves.
Les programmes doivent utiliser de préférence des vecteurs au stade de développement
qui est ciblé par les insecticides déployés ou prévus pour le déploiement – à savoir
des moustiques adultes pour les interventions basées sur les adulticides (comme les
moustiquaires imprégnées d’insecticide et la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent
à l’intérieur des habitations) et des larves pour les interventions basées sur les larvicides.
Les procédures pour tester la résistance des moustiques adultes aux insecticides ont été
considérablement améliorées depuis leur élaboration et ont fait l’objet d’une validation
approfondie dans une récente étude multicentrique menée par l’OMS (20). En revanche,
pour les larves de moustiques, l’OMS a défini des procédures de test en 1958 (24) et des
orientations supplémentaires ont été publiées en 1981 (25), mais ces procédures n’ont pas
été validées depuis.
10 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
3.6 Détermination du moment où tester la résistance
L’abondance des vecteurs et les espèces qui composent la population de vecteurs dans
une zone géographique donnée peuvent fluctuer au cours de l’année en fonction des
variations climatiques ou d’autres facteurs. Le suivi de la résistance aux insecticides doit
être programmé pour coïncider avec la densité maximale des vecteurs afin d’augmenter la
probabilité d’obtenir un échantillon suffisamment grand de moustiques pour pouvoir tester
la résistance à tous les insecticides dont il y a lieu de tenir compte.
Le moment où l’abondance des moustiques est maximale varie d’un pays à l’autre et selon
les sites à l’intérieur d’un même pays. Il est possible de repérer ce moment grâce à une
surveillance entomologique régulière et systématique. Pour les vecteurs du paludisme qui
se reproduisent dans les zones rurales, c’est souvent après le début de la saison des pluies
que l’abondance des vecteurs est à son plus haut niveau, ce qui n’est pas nécessairement
le cas dans les zones artificiellement irriguées ou en milieu urbain. Aedes spp. se reproduit
plutôt dans les retenues d’eau, y compris les réservoirs artificiels près des habitations
humaines, qui sont souvent permanentes ou semi-permanentes. Par conséquent, le pic
de densité que l’on peut observer est en général moins prononcé que pour Anopheles
spp. et ne suit pas nécessairement le régime des précipitations. Culex quinquefasciatus
se reproduit tout au long de l’année, mais les précipitations augmentent généralement la
densité de sa population en raison de la multiplication du nombre de gîtes larvaires.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 11
4. Utilisation des données issues
du suivi de la résistance aux
insecticides pour éclairer les
décisions programmatiques
Pour obtenir le plus d’effets possible à partir de ressources limitées, les programmes
de lutte contre les maladies doivent choisir des interventions de lutte antivectorielle qui
présentent un bon rapport coût/efficacité et prévenir l’émergence d’une résistance aux
insecticides utilisés chez les vecteurs. Outre la résistance des vecteurs aux insecticides,
plusieurs facteurs viendront guider le choix des interventions de lutte antivectorielle – par
exemple, la possibilité de se procurer et de faire homologuer les produits dans le pays
où ils seront utilisés, l’existence d’infrastructures et la mise à disposition de ressources
humaines, et les contraintes budgétaires. Cela étant, les données du suivi de la résistance
aux insecticides peuvent s’avérer fort utiles pour aider à choisir des interventions de lutte
antivectorielle efficaces, élaborer des stratégies de mise en œuvre permettant de retarder
l’apparition d’une résistance et sélectionner des interventions de remplacement lorsqu’une
résistance est détectée.
Les usages que l’on peut faire des données du suivi de la résistance aux insecticides sont
résumés dans l’encadré 2.
Encadré 2. Les différents usages des données issues du suivi de la résistance aux
insecticides
• Servir de base à la sélection d’interventions de lutte antivectorielle qui soient
appropriées.
• Amorcer un changement dans l’intervention de lutte antivectorielle ou
l’insecticide utilisé(e) lorsqu’une résistance est détectée.
• Guider la mise en place d’interventions de lutte antivectorielle nouvelles ou
supplémentaires.
• Servir de base à l’élaboration de stratégies de gestion de la résistance dans
les zones où la lutte antivectorielle en cours repose sur l’usage d’insecticides.
• Servir aux enquêtes menées sur les changements inattendus qui sont observés
dans la circulation des maladies à transmission vectorielle et la charge de
morbidité associée.
12 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
pas les autres vecteurs de maladies tels que les phlébotomes et les triatomes ; des
orientations seront ajoutées pour ces vecteurs à mesure que des procédures pour suivre la
résistance aux insecticides seront mises au point les concernant.
Zones où les vecteurs locaux du paludisme ont développé une résistance aux
pyréthrinoïdes
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 13
Zones où les vecteurs locaux du paludisme sont résistants à d’autres classes
d’insecticides que les pyréthrinoïdes
• Les programmes de lutte contre les maladies doivent éviter de déployer des
interventions qui font appel à des insecticides appartenant à ces classes.
Modifier les interventions de lutte contre les vecteurs du paludisme lorsqu’une résistance
à l’insecticide utilisé est détectée
4.1.2 Lutte contre les maladies transmises par les moustiques Aedes
Dans l’ensemble, il existe très peu de données scientifiques sur l’utilité des différentes
interventions de lutte antivectorielle contre la dengue, le chikungunya et la maladie à
virus Zika en matière de santé publique. Les approches doivent cibler les populations de
vecteurs à la fois immatures et adultes, et ne pas reposer sur une seule intervention. En plus
des zones d’habitation, les efforts de lutte doivent également cibler les lieux de travail et les
lieux d’étude étant donné que les vecteurs piquent habituellement pendant la journée.
14 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
d’une résistance aux insecticides chez les populations locales de moustiques Aedes n’a
donc pas d’incidence dans ce cas. L’aménagement de l’environnement vise à prévenir et à
contrôler la reproduction des moustiques, et à empêcher les contacts entre les personnes et
les vecteurs. Lorsqu’il s’avère possible de le mettre en place, il pourrait s’inscrire davantage
dans la durée que l’utilisation des insecticides, en particulier si les communautés et les
différents secteurs participent. La réduction des gîtes larvaires, avec le soutien actif de la
communauté, doit être l’élément central de la lutte contre les populations de moustiques.
Zones où les espèces vectrices locales de moustiques Aedes sont sensibles aux
pyréthrinoïdes
Zones où les espèces vectrices locales de moustiques Aedes adultes sont résistants aux
pyréthrinoïdes
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 15
Zones où les vecteurs locaux Aedes sont sensibles aux insecticides non-pyréthrinoïdes
• Dans cette situation, il convient d’appliquer des larvicides chimiques ne faisant pas
partie de la classe des pyréthrinoïdes aux gîtes larvaires connus des moustiques
Aedes. Plusieurs larvicides autres que des pyréthrinoïdes (larvicides bactériens,
benzoylurées, analogues de l’hormone juvénile, organophosphorés, spinosynes, par
exemple) et un produit qui entraîne la formation d’une pellicule monomoléculaire à
la surface de l’eau ont été préqualifiés par l’OMS, ce qui offre un choix de produits
issus d’autres classes chimiques et microbiennes sans lien avec les pyréthrinoïdes
ou créant une barrière physique, et dont les durées de rémanence dans les milieux
aquatiques sont variables (2). On y trouve notamment des produits destinés à
être utilisés dans les contenants servant au stockage de l’eau non potable et de
l’eau potable.
Zones où les espèces vectrices de moustiques Aedes sont résistantes à des insecticides
non-pyréthrinoïdes
• Dans ce cas, les programmes de lutte contre les maladies doivent éviter d’utiliser
des insecticides appartenant à ces classes pour toute intervention de lutte. Au lieu
de cela, il convient d’avoir recours à un produit qui fait partie d’une classe dont le
mode d’action est totalement différent et vis-à-vis de laquelle on ne connait pas de
résistance croisée au niveau local.
4.1.3 Lutte contre les maladies transmises par les moustiques Culex
Certaines espèces de moustiques Culex sont d’importants vecteurs de maladies
– à savoir, Culex quinquefasciatus, Cx. pipiens, Cx. tarsalis, Cx. tritaeniorhynchus et
Cx. annulirostris. Les principales maladies transmises par les moustiques Culex sont la
filariose de Bancroft, l’infection à West-Nile virus, la fièvre de la vallée du Rift, l’encéphalite
japonaise, l’encéphalite de Saint-Louis, l’encéphalite de la Murray Valley et la maladie
de Ross River. La lutte antivectorielle, qui doit venir en complément ou en remplacement
de l’administration de masse de médicaments dans certaines situations, peut jouer un
rôle important dans l’élimination de la filariose lymphatique. Les options de lutte dont on
dispose contre les moustiques Culex et leur rapport avec la résistance aux insecticides sont
les suivants.
16 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
être envisagée pour endiguer les épidémies d’arboviroses, telles que l’infection à
West-Nile virus, en utilisant un insecticide auquel les moustiques Culex spp. sont
sensibles.
• Dans des situations exceptionnelles, comme pour endiguer une flambée
épidémique d’encéphalite japonaise, la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent
dans les principaux abris de Cx. tritaeniorhynchus peut être envisagée, avec un
insecticide auquel les moustiques Culex spp. sont sensibles. Un certain nombre
de pyréthrinoïdes préqualifiés par l’OMS peuvent ainsi être utilisés. Lorsque les
moustiques Culex spp. sont résistant aux pyréthrinoïdes, il conviendra d’avoir recours
à un insecticide préqualifié par l’OMS qui appartient à une classe d’insecticides dont
le mode d’action est complètement différent.
• Une protection individuelle avec des répulsifs à appliquer sur la peau (topiques)
peut être envisagée pour prévenir l’infection à West-Nile virus.
Dans ces circonstances, les données du suivi de la résistance aux insecticides peuvent
également aider à choisir les interventions de lutte antivectorielle à mettre en place pour
réduire la transmission de la maladie ou arrêter des flambées épidémiques.
Le tableau 2 résume les aspects qu’il convient de prendre en considération pour différentes
configurations programmatiques.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 17
Tableau 2. Aspects de la résistance à suivre en priorité dans les configurations programmatiques
courantes
Mise en place d’une Sélectionner Avant toute mise Selon l’intervention envisagée, il
intervention de lutte une intervention en œuvre, évaluer peut s’avérer utile d’évaluer d’autres
antivectorielle basée qui soit efficace la présence d’une aspects, notamment :
sur l’utilisation contre la résistance dans la
d’insecticide pour population de population de vecteurs • la contribution du PBO à la
la première fois, ou vecteurs locale locale vis-à-vis des restauration de la sensibilité aux
pyréthrinoïdes – peut aider à
modification des insecticides que l’on
identifier les zones qui se prêtent
interventions de souhaite utiliser dans au déploiement de produits
lutte antivectorielle les interventions contenant du PBO ;
ou de l’insecticide envisagées
• l’analyse des mécanismes de
après la détection résistance – peut aider à choisir un
d’une résistance insecticide avec un mode d’action
différent ; et
• l’intensité de la résistance
– pourrait aider à hiérarchiser les
zones où modifier les interventions
de lutte antivectorielle lorsque les
ressources ne sont pas suffisantes
pour mettre en œuvre un
changement dans toutes les zones
où une résistance a été détectée.
Lutte antivectorielle Détecter la Évaluer la présence La surveillance des mécanismes
basée sur l’utilisation résistance dès d’une résistance dans moléculaires qui sont connus pour
d’insecticides déjà qu’elle apparaît la population de être liés au phénotype de résistance
en cours pour modifier les vecteurs locale vis- à l’insecticide utilisé peut aider
interventions au à-vis des insecticides à détecter de manière précoce
plus vite utilisés l’apparition d’une résistance.
18 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
5. Analyse d’un échantillon
de moustiques pertinent
et représentatif
Les résultats du suivi de la résistance aux insecticides présenteront un intérêt si les tests
sont effectués sur des moustiques vecteurs qui revêtent de l’importance sur le plan
épidémiologique ; ils seront fiables si les tests sont effectués sur un échantillon représentatif
de moustiques locaux (c’est-à-dire en évitant d’utiliser un trop grand nombre de moustiques
apparentés dans le même bioessai) ; et ils seront comparables dans le temps si les tests sont
toujours effectués selon les mêmes procédures avec des moustiques sains du même sexe, du
même stade de développement, du même âge et qui sont capturés au même endroit (voir
l’encadré 3).
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 19
effectués avec des adultes. On dispose de procédures de test standardisées bien
validées pour les adultes – à savoir le test en tubes de l’OMS et le bioessai en
bouteilles de l’OMS.
• Si l’intervention de lutte antivectorielle envisagée cible des stades larvaires
(comme les larvicides chimiques), les tests de résistance aux insecticides doivent
de préférence être effectués sur des larves. Cependant, les procédures des tests de
sensibilité pour les larves n’ont pas été revalidées ou mises à jour depuis qu’elles
ont été établies en 1981. Pour l’heure, elles sont donc moins standardisées que les
procédures des tests de sensibilité chez les adultes.
Lorsque la résistance est évaluée chez des individus adultes, il est recommandé de prélever
les moustiques en utilisant l’une des trois méthodes décrites dans le tableau 3 où l’on
trouvera également les avantages et les inconvénients de chacune d’elles.
Tableau 3. Stade de développement et origine des moustiques pour les tests de résistance
Adultes élevés Il s’agit de la méthode Augmente les chances • Peut ne pas être réalisable
à partir de de choix, qui est que le test soit effectué dans les milieux à faible
moustiques particulièrement avec un échantillon densité de moustiques.
femelles appropriée lorsque représentatif de la • Peut prendre beaucoup
gorgées de l’on ne connaît pas principale espèce vectrice. de temps pour avoir
sang capturées la principale espèce un nombre suffisant de
à l’état sauvage, vectrice d’une zone, ou Les espèces peuvent être moustiques femelles.
de préférence que cette information identifiées avant les tests • Nécessite un insectarium ou
à l’intérieur des n’est pas à jour. pour éviter de gaspiller une installation d’élevage de
des ressources en testant moustiques.
habitations (F1)
des vecteurs qui ne sont
pas importants sur le plan
épidémiologique.
Adultes élevés à À utiliser lorsqu’il Plus facile d’obtenir le • Si les gîtes larvaires des
partir de larves n’est pas possible nombre recommandé principales espèces
de moustiques de capturer des de moustiques et peut vectrices ne sont pas connus
collectées sur le moustiques adultes prendre moins de temps. et restent introuvables,
l’échantillonnage dans
terrain (F1) sauvages, par exemple
des gîtes larvaires pris au
lorsqu’ils ne sont pas hasard peut mener à tester
présents en nombre des espèces qui ne sont pas
suffisant, mais que les principaux vecteurs de
les gîtes larvaires des transmission (par exemple,
principales espèces des espèces zoophiles).
de vecteurs sont • Nécessite un insectarium ou
repérables. une installation d’élevage de
moustiques.
• Il est possible que les larves
aient déjà été exposées à des
insecticides à un niveau non
létal, ce qui pourrait avoir une
incidence sur les résultats des
bioessais.
20 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
Stade et origine Justification Avantages Inconvénients
Femelles adultes Pratique en l’absence Il est possible que • L’âge, l’état physiologique
capturées à d’infrastructure pour l’échantillon représente et le statut infectieux des
l’état sauvage, élever les moustiques mieux la population de vecteurs ne peuvent pas
de préférence dans les conditions vecteurs sauvages qui être contrôlés, ce qui
réduit la comparabilité des
à l’intérieur des voulues. transmet la maladie à
résultats entre les sites et au
habitations (F0) un moment et un endroit fil du temps.
À utiliser dans les donnés.
• Il est possible que les
situations d’urgence
moustiques aient déjà été
lorsque la collecte Ne nécessite pas exposés à des insecticides
de larves sauvages d’installation d’élevage. à un niveau non létal, ce qui
n’est matériellement pourrait avoir une incidence
pas possible et que sur les résultats des bioessais.
l’on ne dispose pas • Les femelles capturées à l’état
d’installation d’élevage sauvage sont susceptibles
(par exemple, dans de transmettre un agent
des camps de pathogène et devront être
réfugiés). manipulées avec soin.
• Capturer les moustiques femelles adultes dans les pièces où les habitants ont
dormi la nuit précédente ou dans les lieux de repos préférés des principales
espèces vectrices que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur.
• Si l’objectif est d’utiliser la génération F1 pour les tests de sensibilité, il faut
capturer au moins 30 moustiques femelles adultes gorgées de sang dans un
certain nombre de maisons différentes au sein d’une zone d’échantillonnage,
et leur progéniture doit être mélangée avant d’effectuer le test. Ceci afin
d’éviter d’inclure un grand nombre d’individus apparentés ou issus de la
même souche dans l’échantillon testé.
• Si les adultes F0 sont capturés pour être utilisés immédiatement dans des
bioessais, ils doivent être collectés à plusieurs endroits géographiquement
séparés dans le village, en prenant soin de ne pas capturer des moustiques
dans des maisons adjacentes. Ceci afin d’éviter d’avoir trop de moustiques
apparentés dans le même échantillon.
• Les caractéristiques de la localité où les moustiques adultes sont capturés
(s’agissant par exemple des interventions de lutte antivectorielle mises en
œuvre et des pratiques agricoles) doivent être consignées parce qu’une
exposition préalable des moustiques à l’insecticide peut avoir une incidence
sur les résultats des tests.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 21
Collecte de larves de moustiques sauvages
• Collecter les larves dans les gîtes larvaires préférés des principaux vecteurs de
transmission.
• Le mieux est de collecter les larves dans autant de gîtes larvaires différents et
géographiquement distincts que possible.
• Les larves doivent être regroupées et élevées ensemble afin d’éviter d’avoir
une forte proportion de moustiques apparentés dans l’échantillon testé.
• Les caractéristiques de la localité où les larves sont collectées (s’agissant
par exemple des interventions de lutte antivectorielle mises en œuvre et des
pratiques agricoles) doivent être consignées parce qu’une exposition préalable
des larves aux insecticides peut avoir une incidence sur les résultats des tests.
Les moustiques adultes et/ou les larves doivent être collectées dans les mêmes
maisons/gîtes larvaires au cours du temps, et tout changement apporté au site de
capture qui pourrait avoir modifié l’exposition des vecteurs aux insecticides (s’agissant
par exemple des interventions de lutte antivectorielle mises en œuvre et de nouvelles
pratiques agricoles) doit être bien enregistré.
Les moustiques doivent toujours être manipulés avec précaution, et d’autant plus pendant
les tests et pendant l’élevage lorsqu’ils sont dans les premiers stades larvaires. Dans les
installations d’élevage, les stades larvaires immatures doivent être conservés dans des
plateaux qui ne sont pas trop remplis et la température de l’eau doit être de 25 °C ±5 °C.
Les moustiques adultes doivent être maintenus dans des cages non surchargées, à une
température de 27 °C ±2 °C et une humidité relative de 75 % ±10 %.
22 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
5.4 État physiologique, sexe et âge des moustiques adultes
Ce sont les moustiques femelles qu’il faut utiliser pour le suivi de la résistance. L’utilisation
de mâles n’est pas recommandée, car il n’y a pas lieu d’en tenir compte sur le plan
épidémiologique (en ce sens qu’ils ne transmettent pas les agents pathogènes), ils sont plus
sensibles aux insecticides que les femelles (31) et les interventions de lutte antivectorielle
ciblent toujours les moustiques femelles. Pour tester le pyriproxyfène, les mâles ne peuvent
pas être utilisés, car le critère évalué par le test est l’inhibition de l’oviposition par les
moustiques femelles.
Les études menées à partir de moustiques femelles adultes ont souvent montré que l’âge et
l’état physiologique (c’est-à-dire le fait qu’elles soient non gorgées de sang, semi-gravides
ou gravides) ont tous deux un effet marqué sur la sensibilité aux insecticides. La sensibilité
aux insecticides est accrue chez les moustiques plus âgés par rapport aux plus jeunes
(32-37), en particulier lorsque la résistance est conférée par la présence d’une enzyme de
détoxication dont l’activité peut diminuer avec l’âge (44). La résistance s’est avérée plus
importante chez les moustiques gorgés de sang que chez leurs homologues à jeun (36,
38). Par voie de conséquence, pour pouvoir comparer les résultats des tests au fil du temps,
il est important que l’âge et l’état d’alimentation des moustiques soient standardisés. Pour
tous les insecticides, hormis le pyriproxyfène, les moustiques femelles testées doivent être
âgées de 3 à 5 jours, et ne pas être gorgées de sang. Pour le pyriproxyfène, les moustiques
femelles testées doivent être âgées de 5 à 7 jours afin de leur laisser suffisamment de
temps pour s’accoupler avant le test, et nourries de sang 1 heure avant l’exposition de sorte
qu’elles puissent pondre des œufs pendant le test.
Les bioessais pour l’analyse de la résistance doivent de préférence être effectués avec des
moustiques de la même espèce. Cela étant, il n’est généralement possible de connaître
les espèces de moustiques utilisées dans un test que lorsque l’on utilise la descendance
de femelles capturées dans leur milieu naturel ou les adultes issus des larves sauvages
collectées dans la nature. Dans le premier cas, il est possible de déterminer l’espèce de la
génération F1 en identifiant l’espèce de la mère, tel que cela est décrit dans le tableau 4.
Dans le second cas, l’inspection visuelle des larves permet de caractériser l’espèce,
mais cela nécessite une grande expérience dans l’identification des larves et est source
d’erreurs. Ces deux situations nécessitent des capacités d’élevage et de laboratoire
appropriées, et des moyens humains adéquats. Lorsqu’il n’est matériellement pas possible
d’identifier les espèces avant le bioessai, les moustiques doivent être collectés dans
les gîtes larvaires et les lieux de repos des principaux vecteurs de la maladie afin que
l’échantillon testé contienne essentiellement les principaux vecteurs. Par exemple, pour
le paludisme et la dengue, les moustiques qui se reposent à l’intérieur des habitations
constitueront probablement un échantillon des vecteurs qui présentent un intérêt sur le plan
épidémiologique.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 23
Lorsque les espèces ne sont pas identifiées avant un bioessai, elles doivent l’être après, si
les ressources le permettent. Afin d’estimer la mortalité des moustiques par espèce, tous
les moustiques inclus dans un test doivent être identifiés. Lorsque les ressources ne sont
pas suffisantes, l’analyse de tous les moustiques ayant survécu ou d’un sous-ensemble de
survivants peut aider à détecter une résistance possible chez certaines espèces. Toutefois, il
sera nécessaire d’effectuer des bioessais complets avec un nombre suffisant de moustiques
des espèces concernées pour confirmer la résistance.
Tableau 4. Processus permettant d’effectuer des bioessais avec une seule espèce vectrice
(si l’on utilise la génération F1 adulte) ou d’identifier les espèces après le test (si l’on utilise des
adultes F0)
Descendance F1 de femelles Les espèces peuvent être identifiées avant de commencer un test,
adultes capturées à l’état comme suit.
sauvage
• Maintenir les femelles dans des cages ou des gobelets individuels,
les laisser pondre leurs œufs séparément des autres femelles.
• Une fois les œufs pondus, tuer les femelles et identifier leur espèce.
• Regrouper la progéniture des femelles de la même espèce pour
faire un test de sensibilité. Cela sera l’assurance que tous les
moustiques utilisés dans le test sont de la même espèce.
Adultes F0 élevés à partir de Les espèces doivent être identifiées comme suit après le test.
larves collectées dans le milieu
naturel ou femelles capturées • À la fin du test, séparer les moustiques en quatre groupes :
à l’état sauvage utilisées – les moustiques qui sont morts après l’exposition à l’insecticide ;
directement
– les moustiques qui ont survécu après l’exposition à l’insecticide ;
– les moustiques témoins qui sont morts ; et
– les moustiques témoins qui sont toujours vivants.
• Conserver chaque individu séparément dans des tubes de
microcentrifugeuse de 0,5 mL avec du gel de silice ou dans de
l’éthanol à 70 %. Chaque moustique doit être clairement étiqueté
comme « mort » ou « vivant », et « exposé » ou « témoin ».
• Identifier chaque moustique par amplification en chaîne par
polymérase en utilisant des méthodes standard.
• Calculer la mortalité (ou l’inhibition de l’oviposition dans le cas
du pyriproxyfène) pour chaque espèce, en tenant compte de la
mortalité des témoins respectifs (c’est-à-dire en corrigeant la
mortalité avec la formule d’Abbott, s’il y a lieu).
24 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
6. Bioessais standard
Des bioessais standard ont été mis au point pour générer des données sur la résistance
aux insecticides pouvant être comparées au fil du temps et d’un endroit à l’autre. Il s’agit
notamment de deux bioessais complémentaires développés par l’OMS – le test en tubes
de l’OMS et le bioessai en bouteilles de l’OMS – et d’un bioessai en bouteilles développé
par les CDC.
Les bioessais standard sont des tests directs de réponse à une exposition qui mesurent
l’effet de l’exposition à un insecticide ou à un synergiste sur un échantillon de moustiques.
Ils peuvent être utilisés pour évaluer les aspects suivants de la résistance dans un
échantillon de moustiques :
Des procédures opératoires standard pour évaluer la présence d’une résistance avec le test
en tubes de l’OMS et le bioessai en bouteilles de l’OMS, et pour évaluer la capacité du PBO
à restaurer la sensibilité des moustiques aux pyréthrinoïdes avec le test en tubes de l’OMS
ont été mis au point dans le cadre d’une étude multicentrique de l’OMS en 2021 (20) et sont
mis à disposition sur le site Web de l’OMS (22). Les procédures pour évaluer la présence et
l’intensité de la résistance, et la capacité d’un synergiste à rétablir la sensibilité des vecteurs
aux insecticides à partir du bioessai en bouteilles des CDC sont disponibles sur le site Web
des CDC (23).
Dans ces bioessais, les moustiques sont exposés pendant 1 heure à des papiers-filtres
ou à des flacons traités avec la concentration discriminante d’un insecticide. L’effet de
l’insecticide que l’on souhaite évaluer – tel que la mortalité des moustiques (pour les
adulticides) ou l’inhibition de l’oviposition (pour le pyriproxyfène) – est mesuré après un
temps d’observation post-exposition déterminé. Les concentrations discriminantes sont
établies de manière à différencier les moustiques sensibles des moustiques résistants en
fonction des résultats observés à la fin du temps d’observation. Les moustiques qui sont
encore en vie, ou qui présentent peu ou pas de changements vis-à-vis de la ponte (pour
le pyriproxyfène), à la fin du temps d’observation sont considérés comme résistants à
l’insecticide. Les tests permettent d’estimer le pourcentage de moustiques résistants dans
une population. La méthode de classification présentée dans la figure 4 (section 6.3) peut
être utilisée pour déterminer si la population de moustiques est résistante ou sensible à
l’insecticide, ou si une résistance est possible et doit être confirmée par d’autres bioessais.
Jusqu’à récemment, la seule procédure de test standardisée de l’OMS qui était disponible
pour évaluer la sensibilité était celle pour le test en tubes de l’OMS. Ce test consiste
à exposer des moustiques adultes à des papiers imprégnés d’un insecticide à sa
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 25
concentration discriminante dans des tubes en plastique spécialement conçus. Cependant,
du fait de leurs propriétés chimiques, certains insecticides ne s’imprègnent pas sur les
papiers-filtres. Pour permettre de surveiller la résistance des vecteurs à ces insecticides, un
nouveau test de sensibilité, le bioessai en bouteilles de l’OMS, a été mis au point entre 2017
et 2021 dans le cadre d’une étude multicentrique coordonnée par l’OMS (20).
Tableau 5. Différences entre le bioessai en bouteilles de l’OMS et le bioessai en bouteilles des CDC
pour évaluer la sensibilité des vecteurs aux insecticides autres que le pyriproxyfène
Sur la base des éléments qui ont été générés dans l’étude multicentrique de l’OMS et
en tenant compte de certaines données historiques, l’OMS recommande dorénavant
d’utiliser les concentrations discriminantes d’insecticides qui sont présentées dans les
tableaux 6, 7 et 8 pour les adultes des espèces Anopheles, Aedes et Culex respectivement.
Ces concentrations discriminantes standard concernent un certain nombre d’insecticides
importants pour la santé publique et plusieurs espèces vectrices principales de maladies.
Il est primordial d’utiliser systématiquement la même concentration discriminante si l’on
veut détecter l’émergence d’une résistance à un insecticide et en suivre la propagation
dans le temps.
Pour suivre la résistance chez une espèce vectrice qui n’est pas répertoriée
dans ces tableaux ou pour laquelle aucune concentration discriminante
standard n’a été établie par l’OMS, les pays peuvent utiliser la concentration
discriminante la plus élevée qui soit recommandée pour l’insecticide parmi les
espèces appartenant au même genre, jusqu’à ce que des concentrations
discriminantes spécifiques à l’espèce soient définies.
26 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
La figure 1 est la représentation schématique d’un test de sensibilité de l’OMS effectué à
l’aide de la procédure du test en tubes de l’OMS.
Fig. 1. Étapes du test en tubes de l’OMS réalisé sur des moustiques adultes avec des insecticides
dont l’effet est létal
Il est possible que ces conditions spécifiques soient retirées après que l’OMS aura reçu et
évalué davantage de données de terrain sur les tests de sensibilité au chlorfénapyr.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 27
Fig. 2. Étapes du bioessai en bouteilles de l’OMS et particularités du test effectué avec le
chlorfénapyr
28 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
Le test a été mis au point à partir de souches de laboratoire et on ne connaît pas la
capacité des moustiques femelles capturées à l’état sauvage (ou de leur descendance) à
pondre des œufs au cours de ces procédures de laboratoire. Si les taux d’oviposition sont
faibles, une autre méthode peut être envisagée, car il est aussi possible de quantifier le
taux d’oviposition en procédant à une dissection des ovaires. Lorsque des tests auront été
effectués sur des populations de moustiques sauvages et que les données générées auront
été communiquées à l’OMS, les procédures seront révisées.
Fig. 3. Étapes du bioessai en bouteilles de l’OMS effectué sur des moustiques adultes avec des
analogues de l’hormone juvénile
3 Exposer les
moustiques au
pyriproxyfène dans
les bouteilles en verre
pendant 1 h et les
transférer dans des
gobelets en papier
2h 1h 24 h 48 h 72 h 24 h 48 h 72 h 96 h
Période d’exposition (1 h)
: Introduire 25 moustiques
dans chaque bouteille
« traitement » et « témoin »
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 29
30
Tableau 6. Concentrations discriminantes d’insecticides pour les bioessais de l’OMS évaluant la sensibilité des moustiques Anopheles
Classe d’insecticide/ Méthode Insecticide Espèces pour lesquelles Concentration Concentrations Durée de Temps Huile de
synergiste de test les concentrations discriminantea disponibles pour l’exposition d’observation support/
discriminantes sont validées l’évaluation de l’intensité solvant/agent
de la résistance sur tensio-actif
papier-filtreb
Pyréthrinoïdes Test en Alpha- An. funestus s.s., An. 0,05 % × 5 et × 10 1h 24 h Huile de
tubes de cyperméthrine gambiae s.s., An. minimus silicone
l’OMS An. albimanus, An. stephensi 0,30 %c 1h 24 h Huile de
silicone
Cyfluthrine An. aconitus, An. albimanus, 0,15 % × 5 et × 10 1h 24 h Huile de
An. arabiensis, An. dirus, silicone
An. freeborni, An. gambiae
s.s., An maculatus,
An. minimus, An. stephensi
Deltaméthrine An. aconitus, An. albimanus, 0,05 % × 5 et × 10 1h 24 h Huile de
An. arabiensis, An. dirus, silicone
An. freeborni, An. gambiae
s.s., An. maculatus,
An. minimus, An. stephensi
Étofenprox An. aconitus, An. albimanus, 0,50 % × 5 et × 10 1h 24 h Huile de
An. arabiensis, An. dirus, silicone
An. freeborni, An. gambiae
s.s., An. maculatus,
An. stephensi
Lambda- An. aconitus, An. albimanus, 0,05 % × 5 et × 10 1h 24 h Huile de
cyhalothrine An. arabiensis, An. dirus, silicone
An. freeborni, An. gambiae
s.s., An. maculatus,
An. minimus, An. stephensi
An. sacharovi 0,10 % 1h 24 h Huile de
silicone
Perméthrine An. aconitus, An. albimanus, 0,75 % × 5 et × 10 1h 24 h Huile de
(rapport des An. arabiensis, An. dirus, silicone
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isomères An. freeborni, An. gambiae
cis:trans de s.s., An. maculatus,
40:60) An. minimus, An. stephensi
Classe d’insecticide/ Méthode Insecticide Espèces pour lesquelles Concentration Concentrations Durée de Temps Huile de
synergiste de test les concentrations discriminantea disponibles pour l’exposition d’observation support/
discriminantes sont validées l’évaluation de l’intensité solvant/
de la résistance sur agent tensio-
papier-filtreb actif
Bioessai en Transfluthrine An. albimanus, An. stephensi, 2 µg/flacon – 1h 24 h Acétone
bouteilles An. funestus, An. minimus, uniquement
de l’OMS An. gambiae s.s.
Carbamates Test en Bendiocarbe n.d. 0,10 % × 5 et × 10 1h 24 h Huile d’olive
tubes de d,e
Carbosulfan n.d. 0,40 % – 1h 24 h Huile d’olive
l’OMS e
Propoxur n.d. 0,10 % – 1h 24 h Huile d’olive
Organochlorés DDT n.d. 4,00 % – 1h 24 h Huile Risella
e,f
Dieldrine n.d. 4,00 % / 0,4 % – 1h 24 h Huile Risella
Organophosphorés Fénitrothion n.d. 1,00 %e – 2h 24 h Huile d’olive
Malathion n.d. 5,00 % – 1h 24 h Huile d’olive
c
Pyrimiphos- An. albimanus, An. stephensi, 100 mg/m² – 1h 24 h Acétone
méthyl An. minimus, An. funestus s.s. uniquement
An. gambiae s.s 170 mg/m² c – 1h 24 h Acétone
uniquement
Synergiste Butoxyde de n.d. 4,00 % – 1h 24 h Huile de
pipéronyle silicone
Néonicotinoïdes Bioessai en Clothianidine An. albinamus, An. stephensi 10 µg/flacon – 1h 24 h Acétone +
bouteilles MERO
de l’OMS 800 ppm
An. funestus s.s., 4 µg/flacon – 1h 24 h Acétone +
An. gambiae s.s. MERO
800 ppm
An. minimus 6 µg/flacon – 1h 24 h Acétone +
MERO
800 ppm
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
31
32
Classe d’insecticide/ Méthode Insecticide Espèces pour lesquelles les Concentration Concentrations Durée de Temps Huile de
synergiste de test concentrations discriminantes discriminantea disponibles pour l’exposition d’observation support/
sont validées l’évaluation de l’intensité solvant/agent
de la résistance sur tensio-actif
papier-filtreb
Buténolides Bioessai en Flupyradifurone An. albimanus 500 µg/flacon – 1h 24 h Acétone +
bouteilles MERO
de l’OMS 200 ppm
An. funestus s.s., 60 µg/flacon – 1h 24 h Acétone +
An. gambiae s.s. MERO
200 ppm
An. funestus s.s., An. minimus 100 µg/flacon – 1h 24 h Acétone +
MERO
200 ppm
Pyrroles Chlorfénapyr An. gambiae s.s., An. 100 µg/flacon – 1h 72 h Acétone
stephensi, An. funestus s.s., uniquement
An. albimanus
Analogues de Pyriproxyfène An. gambiae s.s., An. 100 µg/flacon – 1h 72 h pour la Acétone
l’hormone juvénile stephensi, An. funestus s.s. mortalité, uniquement
7 j pour
l’inhibition de
l’oviposition
– : non disponible ; MERO : huile de colza – sous forme d’ester méthylique – à 81 % (fabriqué par Bayer CropScience) ; n.d. : données spécifiques aux espèces non disponibles ; ppm : parties par million.
a
Test en tubes : concentration discriminante exprimée en pourcentage ; pour le pyrimiphos-méthyl, en mg/m2. Bioessai en bouteilles : concentration discriminante exprimée en µg/flacon (250 mL).
b
Ces concentrations pour l’évaluation de l’intensité de la résistance n’ont pas été validées par l’OMS, mais il est possible de se procurer, à des fins de recherche, des papiers imprégnés de
pyréthrinoïdes à ces concentrations auprès de l’Universiti Sains Malaysia.
c
Ces concentrations discriminantes remplacent les concentrations provisoires qui avaient été indiquées dans les Procédures pour tester la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs du
paludisme (Seconde édition) (18). Les résultats obtenus à partir des concentrations provisoires doivent être validés par rapport à ces nouvelles concentrations discriminantes.
d
Provisoire, nécessite une confirmation ; d’après les données publiées par N’Guessan et al. (2003) (40) et Ahoua Alou et al. (2010) (41).
e
Papiers imprégnés qui ne sont plus fournis par l’Universiti Sains Malaysia.
f
L’exposition à la dieldrine à 0,4 % tue les moustiques sensibles (SS), mais pas les hétérozygotes résistants (RS) ; l’exposition à la dieldrine à 4 % tue les individus résistants hétérozygotes (RS), mais pas
les homozygotes (RR) (16).
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Tableau 7. Concentrations discriminantes d’insecticides pour les bioessais de l’OMS évaluant la sensibilité des moustiques Aedes
Classe d’insecticide Méthode de test Insecticide Espèces pour lesquelles les Concentration Durée de Temps Huile de
concentrations discriminantes discriminantea l’exposition d’observation support/
sont validées solvant/agent
tensio-actif
Pyréthrinoïdes Test en tubes de Alpha- Ae. aegypti 0,05 %b 1h 24 h Huile
l’OMS cyperméthrine de silicone
Ae. albopictus 0,08 %b 1h 24 h Huile
de silicone
Deltaméthrine Ae. aegypti, Ae. albopictus 0,03 %b 1h 24 h Huile
de silicone
Lambda- Ae. aegypti 0,05 %b 1h 24 h Huile
cyhalothrine de silicone
Ae. albopictus 0,08 %b 1h 24 h Huile
de silicone
Perméthrine Ae. aegypti, Ae. albopictus 0,40 %b 1h 24 h Huile
(rapport des de silicone
isomères cis:trans
de 40:60)
Bioessai en Transfluthrine Ae. aegypti, Ae. albopictus 3 µg/flacon 1h 24 h Acétone
bouteilles de uniquement
l’OMS Métofluthrine Ae. aegypti, Ae. albopictus 1 µg/flacon 1h 24 h Acétone
uniquement
Pralléthrine Ae. aegypti, Ae. albopictus 30 µg/flacon 1h 24 h Acétone
uniquement
Carbamates Test en tubes de Bendiocarbe Ae. aegypti, Ae. albopictus 0,20 % 1h 24 h Huile d’olive
l’OMS Propoxur Ae. aegypti 0,10 %c 1h 24 h Huile d’olive
Organophosphorés Chlorpyrifos-éthyl Ae. aegypti, Ae. albopictus 1,00 % 1h 24 h Huile d’olive
2b
Pyrimiphos-méthyl Ae. aegypti, Ae. albopictus 60 mg/m 1h 24 h Acétone
uniquement
Malathion Ae. aegypti 1,50 %b 1h 24 h Huile d’olive
b
Ae. albopictus 5,00 % 1h 24 h Huile d’olive
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
33
34
Classe Méthode de Insecticide Espèces pour lesquelles les Concentration Durée de Temps Huile de
d’insecticide test concentrations discriminantes discriminantea l’exposition d’observation support/solvant/
sont validées agent tensio-
actif
Néonicotinoïdes Bioessai en Clothianidine Ae. aegypti 20 µg/flacon 1h 24 h Acétone + MERO
bouteilles de 1500 ppm
l’OMS
Ae. albopictus 10 µg/flacon 1h 24 h Acétone + MERO
1500 ppm
Buténolides Flupyradifurone Ae. aegypti, Ae. albopictus 80 µg/flacon 1h 24 h Acétone + MERO
1500 ppm
MERO : huile de colza – sous forme d’ester méthylique – à 81 % (fabriqué par Bayer CropScience) ; ppm : parties par million.
a
Test en tubes : concentration discriminante exprimée en pourcentage. Bioessai en bouteilles : concentration discriminante exprimée en μg/flacon (250 mL).
b
Ces concentrations discriminantes remplacent les concentrations provisoires qui avaient été indiquées dans les Procédures pour tester la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs
du paludisme (Seconde édition) (18). Les résultats obtenus à partir des concentrations provisoires doivent être validés par rapport à ces nouvelles concentrations discriminantes.
c
Papier imprégné qui n’est plus fourni par l’Universiti Sains Malaysia.
Tableau 8. Concentrations discriminantes d’insecticides pour les bioessais de l’OMS évaluant la sensibilité des moustiques Culex quinquefasciatusa
Classe Méthode de Insecticide Espèces pour lesquelles les Concentration Durée de Temps Huile de support
d’insecticide test concentrations discriminantes discriminante l’exposition d’observation
sont validées
Organochlorés Test en tubes DDT Cx. quinquefasciatus 0,04 % 4h 24 h Huile Risella
de l’OMS a
Pyréthrinoïdes Deltaméthrine 0,025 % 1h 24 h Huile de silicone
Lambda- 0,025 % 1h 24 h Huile de silicone
cyhalothrine
Perméthrine 0,25 % 3h 24 h Huile de silicone
(rapport des
isomères cis:trans
de 40:60)
Carbamates Propoxurb 0,10 % 1h 24 h Huile d’olive
b
Organochlorés Fénitrothion 1% 2h 24 h Huile d’olive
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
a
Malathion 5% 1h 24 h Huile d’olive
a
Ces concentrations sont actuellement réévaluées par l’OMS.
b
Papiers imprégnés qui ne sont plus fournis par l’Universiti Sains Malaysia.
6.2 Bioessais de l’OMS évaluant l’intensité de la résistance
Dès lors qu’une résistance à un insecticide a été mise en évidence au sein d’une population
de vecteurs, d’autres bioessais permettent d’évaluer l’intensité de la résistance.
Le PBO est actuellement utilisé comme synergiste dans certains produits de lutte
antivectorielle préqualifiés par l’OMS – à savoir les moustiquaires imprégnées d’un
pyréthrinoïde et de PBO, et certains produits de pulvérisation spatiale. Par voie de
conséquence, les bioessais faisant appel à un mélange synergiste-insecticide peuvent
fournir des informations utiles pour le déploiement de ces produits.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 35
• quatre tubes (au lieu de six) sont utilisés dans chaque test – un pour l’exposition
au synergiste seulement, un pour l’exposition à l’insecticide seulement, un pour
l’exposition au synergiste puis à l’insecticide et un servant de témoin ; et
• la procédure doit être répétée quatre fois jusqu’à ce que, pour chaque condition
testée, 100 moustiques aient été exposés.
Une procédure opératoire standard complète pour réaliser le bioessai de l’OMS avec
synergiste et insecticide afin de tester la capacité du PBO à restaurer la sensibilité des
moustiques aux pyréthrinoïdes à partir du test en tubes de l’OMS est disponible sur le site
Web de l’OMS (22).
Des synergistes sont disponibles pour certains groupes d’enzymes de détoxication dont
les estérases, les oxydases et les glutathion-S-transférases. Cela étant, une concentration
standard à utiliser dans les bioessais de l’OMS avec synergiste et insecticide n’a été établie
que pour le PBO (4 %) afin d’évaluer son effet sur les vecteurs Anopheles résistants.
Huile de Huile de
PBO PBO silicone silicone
Exposition au PBO (1 h) : Exposer 50
moustiques à des papiers imprégnés de
PBO à 4 % (2 tubes). Exposer les 50 autres
moustiques à des papiers imprégnés d’huile
(2 tubes).
Période d’observation après exposition Papier blanc Papier blanc Papier blanc Papier blanc
(24 h) : Retransférer les moustiques dans
les tubes d’observation, leur donner accès à
des tampons de coton hydrophile imbibés
d’une solution sucrée à 10 % et attendre 24
h. Calculer la mortalité à la fin de la période
d’observation de 24 h.
36 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
le bioessai en bouteilles de l’OMS, ce bioessai mesure la réponse phénotypique d’une
population de vecteurs après une exposition à un insecticide.
Étant donné que les paramètres des tests sont différents (voir la section 6.1), les résultats du
bioessai en bouteilles des CDC ne peuvent pas être comparés à ceux du test en tubes de
l’OMS ou du bioessai en bouteilles de l’OMS. Cependant, tous ces tests peuvent mettre en
évidence la présence ou l’absence d’une résistance aux insecticides dans une population
de vecteurs. Tout comme les concentrations discriminantes d’insecticides ont été définies
pour mettre en évidence une résistance aux insecticides à partir des bioessais standard de
l’OMS, des doses diagnostiques et des durées d’exposition standard ont été définies pour
mettre en évidence une résistance à partir du bioessai en bouteilles des CDC. Le tableau
9 présente la manière dont les résultats des bioessais standard de l’OMS (test en tubes
ou bioessai en bouteilles) et du bioessai en bouteilles des CDC sont chacun interprétés. Le
matériel et les méthodes utilisés n’étant pas les mêmes, chaque procédure présente des
avantages et des inconvénients qui sont présentés dans le tableau 10. Quel que soit le test
choisi pour évaluer la sensibilité des vecteurs aux insecticides, c’est le même test qui doit
être utilisé et pratiqué toujours de la même manière au fil du temps si l’on veut pouvoir
comparer les résultats dans une zone donnée.
Tableau 9. Interprétation des résultats des tests de sensibilité : différences entre les bioessais de
l’OMS et le bioessai en bouteilles des CDC
Bioessai en bouteilles des La mortalité des moustiques observée tout de suite après l’exposition à une
CDC dose diagnostique d’insecticide pendant la période d’exposition de 30 min
ou 45 min, selon le type d’insecticide, est inférieure à 98 % (résistance
possible) ou à 90 % (résistance confirmée).
Tableau 10. Avantages et inconvénients du bioessai en bouteilles des CDC par rapport au test en
tubes de l’OMS pour les insecticides pour lesquels les deux méthodes peuvent être utilisées
• La procédure est plus rapide • Au lieu d’être préparés de manière standardisée par une
(il n’y a pas besoin d’une installation centrale de production de qualité garantie, les
période d’observation d’au bouteilles sont recouvertes d’insecticide sur chaque site de
moins 24 h). surveillance par un technicien. Cela peut affecter la qualité
• Le matériel est plus de l’application de l’insecticide sur les bouteilles, et donc la
accessible : les bouteilles comparabilité des résultats.
Wheaton® de 250 mL se • Il est nécessaire de disposer suffisamment de moyens humains
trouvent facilement et les pour manipuler les insecticides afin d’éviter une exposition
quantités d’insecticide de dangereuse à l’insecticide concentré lors de l’imprégnation des
qualité technique qui sont bouteilles.
nécessaires sont très faibles. • Se procurer ou acheminer des bouteilles en verre et des
aliquotes d’insecticide sur des sites ou jusqu’à des laboratoires
décentralisés est souvent plus contraignant que de transporter
des tubes en plastique et des papiers imprégnés.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 37
6.5 Aspects à prendre en considération pour la réalisation des tests
biologiques
Pour faire en sorte de générer des données fiables et comparables pour le suivi de
la résistance aux insecticides, il est indispensable que tous les laboratoires respectent
systématiquement les conditions et les procédures de test standard. Cette section présente
le nombre recommandé de répétitions (réplicats) et de moustiques nécessaires pour
chaque type de bioessai, ainsi que les conditions ambiantes recommandées pour ces
essais. Elle fournit également des conseils sur l’acquisition du matériel nécessaire pour
les tests, le nombre maximal d’utilisations, et les conditions de conservation des papiers
imprégnés et des bouteilles imprégnées d’insecticide.
38 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
Que faire si l’on ne dispose pas du nombre de moustiques recommandé ?
Lorsqu’il n’est pas possible de tester le nombre recommandé de moustiques sur une même
journée, les tests peuvent s’étaler sur plusieurs jours à condition que les moustiques testés
proviennent de la même population de vecteurs (c’est-à-dire qu’ils soient capturés dans le
même village avec la même méthode de collecte) et que, si la génération F1 est utilisée, les
moustiques soient âgés de 3 à 5 jours (ou de 5 à 7 jours pour le pyriproxyfène).
• Pour les bioessais de l’OMS évaluant la sensibilité, il est possible de répéter les
tests pendant quelques jours jusqu’à ce que la taille recommandée de l’échantillon
(tableau 11) soit atteinte, à condition d’utiliser au moins deux tubes ou bouteilles
d’exposition et deux tubes ou bouteilles témoins en parallèle dans chaque test.
• Pour les bioessais de l’OMS évaluant l’intensité de la résistance, les différentes
concentrations d’insecticides peuvent être testées à des jours différents. Pour chaque
concentration, des séries de deux tubes d’exposition et deux tubes témoins peuvent
être testées chaque jour pendant quelques jours, comme pour les bioessais de
l’OMS évaluant la sensibilité.
• Pour les bioessais de l’OMS avec synergiste et insecticide, il est possible de répéter
le processus illustré à la figure 4 à des jours différents jusqu’à atteindre la taille
recommandée de l’échantillon. Chaque répétition doit comprendre au moins quatre
tubes – à savoir un pour l’exposition au synergiste uniquement, un pour l’exposition
au synergiste puis à l’insecticide, un pour l’exposition à l’insecticide uniquement et un
tube témoin.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 39
Tableau 11. Nombre optimal de moustiques adultes recommandé dans les bioessais standard de
l’OMS pour suivre la résistance aux insecticides
a Si l’on dispose de suffisamment de moustiques, chaque série de tests peut être effectuée avec deux tubes ou bouteilles, ou
plus, par condition testée, ce qui réduit le nombre de moustiques témoins dont on a besoin (des moustiques témoins sont
nécessaires à chaque fois qu’un bioessai est effectué).
40 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
consignées. Pendant les bioessais, en l’absence d’insectarium ou d’enceinte à atmosphère
contrôlée, les tubes ou les bouteilles doivent être placés dans un récipient (une boîte
réfrigérante, par exemple) recouvert d’une serviette humide et posé dans un endroit abrité
et ombragé. Un thermomètre, ou un enregistreur de données de température, et un
hygromètre doivent être placés dans le récipient pour enregistrer les plages de
température et d’humidité pendant le bioessai.
• Pour le test en tubes de l’OMS, les papiers imprégnés d’insecticide et les papiers
témoins ne doivent pas être utilisés plus de 6 fois, ce qui revient à exposer
150 moustiques au maximum à chaque papier.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 41
• Pour le bioessai en bouteilles de l’OMS, des données sont encore nécessaires pour
déterminer le nombre de fois qu’une bouteille imprégnée peut être utilisée et la
durée pendant laquelle elle est utilisable une fois que l’insecticide a été appliqué.
Jusqu’à ce que le nombre de réutilisations possibles soit déterminé, la validité d’une
bouteille doit être vérifiée avant qu’elle ne soit réutilisée en exposant quelques
moustiques que l’on sait être sensibles à l’insecticide à l’intérieur de la bouteille
et en vérifiant qu’ils meurent. Pendant les bioessais, l’aspiration des moustiques
peut générer de l’humidité à l’intérieur des bouteilles. Avant toute réutilisation, une
bouteille doit donc être laissée à sécher sans son bouchon pendant 2 à 4 heures.
Tableau 12. Durée de conservation dans le cadre d’un stockage dans des conditions optimales, et
stabilité au stockage à des températures élevées des papiers fraîchement imprégnés.
Une heure avant d’effectuer le test, la boîte contenant les papiers imprégnés doit être sortie
de l’armoire réfrigérée ou du réfrigérateur, et amenée à température ambiante sans être
ouverte. Cette étape permet d’éviter que de l’eau ne se condense à la surface des papiers,
42 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
ce qui peut hydrolyser l’insecticide, si les boîtes sont ouvertes immédiatement. Les papiers
utilisés pour les tests ne doivent jamais être exposés à la lumière directe du soleil ou à des
températures supérieures à 8 °C, sauf pendant de courtes périodes au moment de leur
utilisation ou de leur envoi via une société de transport (comme indiqué dans le tableau 12).
La date de péremption de chaque lot de papiers est indiquée sur la boîte. Les papiers ne
doivent pas être utilisés au-delà de leur date de péremption (voir le tableau 12).
Conservation des papiers entre les tests d’une même série de tests
Pour éviter de trop les manipuler lorsque des bioessais sont réalisés sur quelques jours,
les papiers imprégnés peuvent être laissés dans les tubes d’exposition à condition que
les tubes soient enroulés individuellement dans du papier d’aluminium après chaque
utilisation et conservés entre 4 et 8 °C ou, à défaut, dans un endroit frais et sombre. Ensuite,
les tubes avec les papiers imprégnés qui ont été conservés au froid doivent être amenés
à température ambiante pendant 1 heure en étant encore enveloppés dans leur feuille
d’aluminium avant de retirer l’emballage en aluminium.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 43
6.6 Calcul et ajustement de la mortalité
Dans chaque bioessai, la mortalité doit être calculée séparément pour les moustiques
exposés (à l’insecticide et/ou au synergiste) et les moustiques témoins. Le nombre de
moustiques morts à la fin de la période d’exposition est alors divisé par le nombre total de
moustiques initialement exposés dans les tubes ou les bouteilles, et le résultat est exprimé
en pourcentage.
Pour interpréter les résultats obtenus dans les bioessais évaluant l’intensité de la résistance,
la mortalité doit être calculée séparément pour les moustiques exposés à chaque
multiple de la concentration discriminante de l’insecticide (par exemple pour 5 × et pour
10 × la concentration discriminante). Dans les bioessais avec insecticide et synergiste, la
mortalité doit être calculée séparément pour chaque condition d’exposition (c’est-à-dire
pour les conditions « synergiste uniquement », « synergiste puis insecticide », « insecticide
uniquement » et « témoin »).
De la même manière, la mortalité chez les moustiques témoins est calculée comme suit :
44 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
• la mortalité chez les moustiques exposés au PBO uniquement est ≤10 %.
On trouvera dans les procédures opératoires standard de l’OMS présents sur le site Web
de l’OMS des formulaires standard de collecte de données pour consigner les résultats
des bioessais, à la fois pour les mortalités (moustiques morts) et les taux de knockdown
(moustiques assommés) (22). Des formulaires numériques basés sur la version 2 du
système d’information sanitaire de district (DHIS2) sont également disponibles sur le site
web du Programme mondial de lutte contre le paludisme (46).
• Si les papiers ont été obtenus auprès de l’USM en Malaisie, il convient de les
contacter pour faire confirmer de nouveau la qualité des papiers à partir des
échantillons de contrôle de la qualité qu’ils conservent.
• Si possible, tester les papiers vis-à-vis d’une souche de laboratoire composée de
moustiques sensibles dans un laboratoire de recherche en suivant les procédures
standard avec le nombre optimal de moustiques.
Au cours des tests visant à suivre la résistance des populations sauvages de moustiques
aux analogues de l’hormone juvénile, une souche sensible de laboratoire (par exemple la
souche Kisumu ou une autre souche locale) doit être testée en parallèle pour valider le test
(voir l’explication pour le test en bouteilles de l’OMS avec le pyriproxyfène à la section 6.1 et
les critères de validation des tests ci-dessous).
La mortalité des moustiques 72 heures après l’exposition doit être consignée à la fois pour
l’échantillon sauvage et pour l’échantillon issu de la souche sensible de laboratoire – c’est ce
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 45
qui permettra de valider les résultats des tests. La mortalité 72 heures après l’exposition est
calculée comme indiqué à la section 6.6.
Les taux d’oviposition dans les échantillons exposés et témoins sont calculés comme suit,
tant pour la population sauvage que pour la souche de laboratoire :
46 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
Fig. 5. Récapitulatif des types de bioessais et des critères pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques adultes
Détermination de la présence ou de l’absence d’un phénotype résistant
Pour les adulticides Pour les analogues de l’hormone juvénile
Test de sensibilité a,b,c,d avec la concentration discriminante Test de sensibilité b,c avec la concentration discriminante
(test en tubes de l’OMS et tests biologiques en bouteilles de l’OMS) (tests biologiques en bouteilles de l’OMS)
Inhibition de l’oviposition Inhibition de l’oviposition Inhibition de l’oviposition
Mortalité ≥98 % Mortalité de 90-97 % Mortalité <90 %
≥98 % (au jour 7) à 90-97 % (au jour 7) <90 % (au jour 7)
Sensibilité Résistance possible Résistance confirméec
Sensibilité Résistance possible Résistance confirmée
e e
Répéter le test Répéter le test
Si la mortalité est <98 %, Effectuer d’autres tests seulement Si l’inhibition de l’oviposition (au jour 7) est <98 %,
la résistance est confirmée si la résistance est confirmée la résistance est confirmée
Test a,c,f Test avec synergiste et insecticide a,c comparant l’exposition à l’insecticide
Tests moléculaires g ou biochimiques g,h
avec 5 × la concentration discriminante uniquement et l’exposition au mélange synergiste-insecticide
Mortalité <98 % La mortalité due au La mortalité due au Le résultat et l’interprétation dépendent du test utilisé
Mortalité ≥98 % La mortalité due au
Intensité modérée couple synergiste- couple synergiste-
Faible intensité couple synergiste-
à forte insecticide n’est pas insecticide est <98 %
insecticide est ≥98 Détermination de(s) l’allèle(s)
plus élevée que mais plus élevée que
% et plus élevée que de résistance
la mortalité due à la mortalité due à
la mortalité due à
l’insecticide seul l’insecticide seul Autres tests
l’insecticide seul Fréquence
Restauration Fréquence
Pas de restauration partielle de la Restauration totale allélique
de la sensibilité allélique >0 %
Test a,c,f de la sensibilité sensibilité de 0 %
avec 10 × la concentration discriminante
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
i
dans la population sauvage, soit dans la souche sensible (note : les souches sensibles ne sont testées Fait référence à des mécanismes au sens large liés spécifiquement au synergiste utilisé pour
que pour le chlorfénapyr et le pyriproxyfène). Pour le pyriproxyfène, le test doit être écarté si le les bioessais (p. ex. les monooxygénases à cytochrome P450 pour le PBO). L’absence de
taux d’oviposition 7 jours après l’exposition à l’insecticide est <30 % dans l’un ou l’autre des groupes restauration de la sensibilité par le synergiste signifie que d’autres mécanismes de résistance
47
témoins (population sauvage ou souche sensible) ou si l’inhibition de l’oviposition est <98 % dans le sont présents.
groupe exposé de la souche sensible.
6.8.1 Interprétation des bioessais évaluant la sensibilité
Pour les adulticides (hormis le chlorfénapyr)
Seuls les résultats des tests qui ont été réalisés en respectant scrupuleusement la procédure
opératoire standard appropriée (22) doivent être pris en compte pour l’interprétation.
Lorsque la mortalité doit être ajustée avec la formule d’Abbott, les résultats des tests ne
doivent être interprétés qu’après avoir corrigé la mortalité.
48 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
discriminante de l’analogue de l’hormone juvénile) et si l’inhibition de l’oviposition
chez la souche de moustiques sensible (testée en parallèle) est, au même moment,
≥98 %, la présence d’une résistance est possible, mais pas garantie. Les résultats du
test doivent être confirmés en répétant le test avec un nouvel échantillon provenant
de la même population de moustiques. (Note : Il convient d’éviter d’utiliser la
descendance F1 des moustiques testés.) Si deux tests sont concordants et montrent
que l’inhibition de l’oviposition est <98 % chez les moustiques sauvages tandis qu’elle
est ≥98 % chez la souche de moustiques sensible (testée en parallèle), la résistance
est confirmée.
• Sensibilité : Si l’inhibition de l’oviposition dans l’échantillon de moustiques sauvages
à la fin de la période d’isolement dans la chambre de ponte (c’est-à-dire le jour 7
après 1 h d’exposition à la concentration discriminante de l’analogue de l’hormone
juvénile) est ≥98 % et si l’inhibition de l’oviposition chez la souche de moustiques
sensible (testée en parallèle) est, au même moment, ≥98 %, la population de
moustiques peut être considérée comme sensible à l’insecticide.
Note : Les procédures pour tester la résistance des vecteurs au pyriproxyfène sont nouvelles
et ont été élaborées à partir de souches de moustiques colonisées en laboratoire. Elles
doivent encore être validées avec des populations de moustiques collectées dans le milieu
naturel à divers endroits. Il est possible que la procédure opératoire ou l’interprétation
des résultats soient modifiés en fonction des résultats obtenus avec les moustiques issus
du terrain.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 49
6.8.3 Interprétation des bioessais synergiste-insecticide
Les tests biologiques avec un couple synergiste-insecticide ne doivent être réalisés que
sur des populations de moustiques qui sont résistantes à l’insecticide dont le synergiste
potentialise l’effet. Lorsque l’on évalue la capacité du synergiste à restaurer la sensibilité à
l’insecticide, la mortalité chez les moustiques exposés au synergiste puis à l’insecticide doit
être comparée à la mortalité chez les moustiques exposés uniquement à l’insecticide. Si
la mortalité chez les moustiques exposés uniquement à l’insecticide est ≥90 %, l’effet d’un
synergiste (le PBO, par exemple) ne peut pas être évalué de manière fiable. Lorsque les
mortalités doivent être ajustées avec la formule d’Abbott, les résultats des tests ne doivent
être interprétés qu’après avoir corrigé les mortalités. Si la mortalité chez les moustiques
exposés uniquement à l’insecticide est <90 %, l’effet du synergiste peut être interprété selon
les critères suivants.
50 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
7. Mécanismes de résistance et
méthodes de détection
Le phénotype de résistance est associé à différents types de modifications génétiques
chez le moustique. Ces modifications génétiques entraînent des changements fonctionnels
chez le moustique qui lui permettent de survivre à l’exposition aux insecticides. Lorsque
des insecticides sont utilisés pour la lutte antivectorielle, les moustiques qui présentent ces
modifications survivent et les autres meurent. Il en résulte que les modifications génétiques
sont transmises de génération en génération, et se propagent à travers la population de
moustiques.
Pour l’heure, les mécanismes de résistance les mieux connus se répartissent en deux groupes :
les mécanismes métaboliques et les mécanismes de modification de la cible. Il existe d’autres
mécanismes connus pour conférer un phénotype de résistance, mais ils sont moins étudiés.
Il s’agit de l’épaississement de la cuticule (7) et des changements de comportement des
vecteurs (8). Ces quatre types de mécanismes sont décrits dans l’encadré 5.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 51
Bien que les bioessais standard de l’OMS soient suffisants pour servir de base à un certain
nombre de décisions programmatiques courantes, il peut s’avérer utile dans certaines
situations de connaître les mécanismes qui sont à l’origine de la résistance. Par exemple,
étant donné que les insecticides peuvent avoir des modes d’action similaires, certains
mécanismes de résistance peuvent conférer une résistance à plus d’un insecticide (voir
le tableau 13). C’est ce que l’on appelle la résistance croisée. Lorsque l’on a détecté
une résistance à un ou plusieurs insecticides en usage, il est important d’identifier les
mécanismes impliqués pour pouvoir sélectionner une intervention avec un insecticide dont
le mode d’action ne correspond pas à celui qui est déjoué par le mécanisme de résistance
détecté. L’encadré 6 répertorie d’autres usages qu’il est possible de faire avec les données
sur les mécanismes de résistance.
Dans la mesure où ces tests nécessitent une certaine capacité de laboratoire et peuvent
être coûteux, les programmes de lutte contre les maladies au niveau national doivent
chercher à identifier les mécanismes de résistance lorsque l’utilisation qui sera faite de
ces données est clairement définie. Lorsqu’il n’existe pas de capacité nationale pour
étudier les mécanismes de résistance, mais que ces informations sont considérées comme
importantes, il est possible de demander de l’aide auprès d’institutions partenaires.
Chez les moustiques Aedes, au moins six substitutions différentes dans les gènes codant les
canaux sodiques voltage-dépendants (V1016G/I, F1534C/S, V410L et S989P) sont corrélées
52 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
avec une résistance aux pyréthrinoïdes. Des études transcriptomiques ont montré que
la surexpression des gènes du cytochrome P450, en particulier dans les familles CYP6 et
CYP9, est fortement corrélée avec une résistance à la deltaméthrine chez Ae. aegypti, le
vecteur de la dengue (52,53). La surexpression de gènes codant des carboxylestérases/
cholinestérases (gènes CCE ; notamment CCEae3a et CCEae6a) chez les moustiques
Aedes est également fortement associée à une résistance à l’insecticide organophosphoré
téméphos (54, 55), et ces marqueurs génétiques représentent des candidats prometteurs
pour suivre la résistance au téméphos sur le terrain.
Enfin, des espèces de moustiques Culex qui jouent un rôle dans la transmission de
maladies humaines (comme Cx. pipiens, Cx. quinquefasciatus et Cx. tritaeniorhynchus)
ont également développé une résistance aux insecticides utilisés en santé publique en
raison de mutations kdr (1014F/S/C) et d’une augmentation de l’expression du CYP450,
des gènes CCE et de la glutathion S-transférase (56). Des mutations dans le gène codant
l’acétylcholinestérase lui conférant une insensibilité (G119S, F290V, F331W) sont à l’origine de
divers niveaux de résistance aux carbamates et aux organophosphorés (49, 57, 58).
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 53
Il existe une série de tests biochimiques et moléculaires pour détecter la présence de ces
mécanismes et quantifier leur fréquence. La description détaillée de ces techniques sort
du cadre du présent document ; on la trouvera dans le document Methods in Anopheles
research manual (39) ou dans d’autres publications (60). Ces tests nécessitent que les
échantillons de moustiques soient conservés dans des conditions spécifiques. Les tests
biochimiques permettant de détecter l’activité enzymatique donnent de meilleurs résultats
lorsqu’ils sont effectués sur des échantillons frais ou des échantillons conservés à -80 °C.
Pour la détection des mécanismes au niveau de l’ADN, les échantillons de moustiques
doivent être conservés dans de l’éthanol à 70 % au moins ou dans des tubes Eppendorf
avec du gel de silice. Pour les méthodes avancées de détection moléculaire (par exemple,
l’analyse de l’expression génique qui utilise l’ARN), les échantillons doivent être conservés
soit à -20 °C dans une solution de stabilisation de l’ARN de type RNAlater, soit à -80 °C
sans RNAlater.
54 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
8. Gestion et communication des
données
Dans le cadre des programmes de lutte antivectorielle, des systèmes solides doivent être
mis en place pour la collecte, la gestion et l’analyse des données issues du suivi de la
résistance aux insecticides. Il est capital que les décideurs disposent de ces données dans
les meilleurs délais. Les données doivent être interprétées au regard des données du suivi
de la lutte antivectorielle, des données épidémiologiques et d’autres types de données
utiles afin de comprendre l’impact de la résistance aux insecticides sur l’efficacité de la lutte
contre les maladies et d’éclairer les décisions programmatiques.
Afin de fournir un appui aux pays pour collecter les données pour le suivi de la résistance
aux insecticides, compiler les données provenant des partenaires, mettre les données à
la disposition des décideurs et les aider à les interpréter, l’OMS a élaboré des formulaires
papier standard, des formulaires Excel ainsi que des outils numériques basés sur le
système d’information sanitaire de district (DHIS2). Les formulaires papier sont annexés aux
procédures opératoires standard qui sont disponibles sur le site Web de l’OMS pour le suivi
de la résistance aux insecticides (22). Les formulaires Excel sont disponibles sur le site Web
de l’OMS également. Les outils numériques comprennent des formulaires numériques de
collecte de données, des indicateurs calculés automatiquement, et des tableaux de bord
pour visualiser et interpréter les données.
Ces outils sont gratuits et peuvent être facilement intégrés aux systèmes DHIS2 qui sont
déjà installés au niveau national. Ils sont disponibles sur le site Web de l’OMS (46). Ils
prennent en charge la collecte de données à la fois en ligne et hors ligne, et à partir de
plusieurs types d’appareils (par exemple, téléphones, tablettes, ordinateurs).
Les pays sont encouragés à transmettre régulièrement (au moins une fois par an) à l’OMS
les données qu’ils collectent dans le cadre du suivi de la résistance aux insecticides pour
qu’elles soient incluses dans la base de données mondiale de l’OMS (61). Des modèles
Excel standard sont à disposition des programmes nationaux pour leur permettre de
communiquer les données du suivi de la résistance à l’OMS (61). La base de données
mondiale comprend des informations fournies par les pays et les partenaires, ainsi que
des données qui sont régulièrement extraites de publications et rapports scientifiques. Ces
données, visualisées sous forme de cartes interactives, sont mises à la disposition du public
via la plateforme interactive de visualisation de données appelée Carte des menaces du
paludisme (3) qui est une plateforme dédiée au suivi dynamique des défis biologiques
rencontrés dans le cadre de la lutte contre le paludisme. Pour le paludisme, l’OMS analyse
ces données une fois par an et fait la synthèse de la situation mondiale concernant la
résistance des vecteurs aux insecticides dans le Rapport sur le paludisme dans le monde et
l’application Malaria Toolkit.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 55
9. Lacunes en matière de
connaissances
Il est possible d’améliorer le suivi de la résistance aux insecticides et l’utilisation faite
des données de suivi dans la prise de décision programmatique. Les lacunes les plus
importantes dans les connaissances et les besoins d’information, y compris ceux qui ont été
identifiés dans l’étude multicentrique de l’OMS (20), sont énumérés ci-après.
Procédures de test
• Des concentrations discriminantes et/ou d’autres procédures standard pour tester
la résistance aux composés en développement devraient être élaborées lorsque
les produits sont encore au stade d’évaluation afin que la résistance des vecteurs à
ces composés puisse être suivie au niveau des programmes dès qu’ils sont utilisés
dans les pays.
• Il n’existe pas de procédures ni de concentrations discriminantes pour suivre la
résistance chez les vecteurs d’autres maladies (tels que les phlébotomes et les
triatomes). Il faudrait en définir au plus tôt.
• Les laboratoires qui ont participé à l’étude multicentrique de l’OMS pour mettre
au point de nouvelles procédures et déterminer de nouvelles concentrations
discriminantes pour le suivi de la résistance ont fait part des difficultés rencontrées
pour que les moustiques femelles sauvages pondent des œufs en laboratoire et
que la résistance au pyriproxyfène puisse être testée. Pour résoudre ce problème, le
protocole de test doit être validé avec des populations de moustiques capturées sur
le terrain dans divers milieux.
• Des travaux supplémentaires doivent être menés pour déterminer (i) si d’autres
agents tensioactifs, tels que le SPAN 80, peuvent être utilisés dans le bioessai
en bouteilles de l’OMS, et (ii) si les agents tensio-actifs, tels que le MERO, ont la
capacité de faciliter la pénétration de l’insecticide à travers la cuticule et jouent un
rôle dans ce phénomène, et l’impact que cela pourrait avoir sur les résultats des
bioessais, le cas échéant.
• Pour l’heure, on ne sait pas si, pour certains composés, il est indiqué d’imprégner les
papiers filtres ou les bouteilles avec 5 fois et 10 fois la concentration discriminante.
Pour les bioessais en bouteilles, d’autres études sont nécessaires pour vérifier
que ces composés ne cristallisent pas à ces concentrations plus élevées. Pour les
essais avec du papier filtre, la stabilité des papiers imprégnés avec 5 fois et 10 fois
la concentration discriminante de pyrimiphos-méthyl doit être soigneusement
examinée, car aucune huile de support n’est utilisée dans ce cas.
• La durée de conservation des papiers-filtres Whatman de grade no 1 traités avec
les concentrations discriminantes d’insecticides nouvellement recommandées
n’est pas connue pour la plupart des composés et cet aspect doit être étudié. Ceci
est particulièrement important pour les papiers imprégnés au pyrimiphos-méthyl
qui ne contiennent pas d’huile de support. De la même manière, on ne connaît
pas la durée de conservation des bouteilles imprégnées avec les concentrations
discriminantes nouvellement définies ni le nombre possible d’utilisations de ces
bouteilles. La durée de conservation des solutions mères doit également être
déterminée, en particulier pour les composés testés dans les bioessais en bouteilles
de l’OMS. Ces informations doivent être rassemblées pour pouvoir adopter des
conditions de stockage adéquates, faciliter les processus d’approvisionnement et
assurer la qualité des résultats des tests.
56 Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées
• La dynamique PBO-oxydases-pyréthrinoïdes chez le moustique n’est pas bien
comprise. Une meilleure compréhension pourrait permettre d’améliorer les
procédures pour les bioessais utilisant un mélange insecticide-synergiste et d’affiner
les seuils de mortalité à utiliser ; cela permettrait ainsi de collecter des données
plus utiles et faciliterait leur interprétation. Les principaux facteurs à examiner
comprennent le moment de l’exposition au PBO (simultanée ou successive),
l’utilisation de concentrations différentes, et l’ajout d’agents tensio-actifs ou
d’adjuvants.
• Davantage de données sont nécessaires pour définir des temps et des procédures
de séchage des bouteilles qui soient bien adaptés, en particulier pour les composés
volatils qui peuvent s’évaporer plus rapidement que d’autres insecticides.
• Une évaluation détaillée des principaux facteurs à l’origine de la variabilité
des résultats est nécessaire pour améliorer les procédures de tests ainsi que
l’interprétation et la comparabilité des résultats.
• La recherche sur les méthodes d’évaluation de la résistance comportementale
chez les moustiques vecteurs doit être poursuivie jusqu’à ce que des méthodes
soient validées et puissent être utilisées pour suivre ce type de résistance dans les
programmes.
Utilisation des données issues du suivi de la résistance aux insecticides pour éclairer les
décisions programmatiques
• Les conséquences de la résistance aux insecticides sur l’efficacité des interventions
de lutte antivectorielle restent incertaines (62, 63). Il est extrêmement important de
les comprendre pour orienter le choix des stratégies de lutte antivectorielle.
• La manière dont les données sur l’intensité de la résistance doivent être utilisées
pour la prise de décisions est encore mal définie. Le lien entre l’intensité de la
résistance et l’efficacité des interventions de lutte antivectorielle doit être plus étudié
afin de savoir comment intégrer ces données dans l’élaboration des stratégies de
lutte antivectorielle.
• À partir d’un nombre réaliste de variables prédictives, il faudrait développer
des méthodes permettant d’extrapoler les données du suivi de la résistance aux
zones où ce type de données fait défaut. Cela permettra de disposer de plus
d’informations pour la prise de décisions et de réduire les ressources à mobiliser
pour suivre la résistance aux insecticides une fois qu’un produit est recommandé
pour un usage en santé publique.
• L’association entre la surexpression de certains gènes chez les moustiques résistants
et le phénotype de résistance qui en résulte n’est pas bien comprise. Disposer de
marqueurs de résistance ayant été validés pourrait simplifier le suivi de la résistance
dans l’avenir.
Manuel pour le suivi de la résistance aux insecticides chez les moustiques vecteurs et la sélection d’interventions appropriées 57
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