Ch8 RevenuNational
Ch8 RevenuNational
De nombreux analystes ont fait remarquer que ces mesures peuvent donner une
image trompeuse du développement économique et humain. De fait, le PNB n’a jamais
prétendu être une mesure précise du bien-être d’un pays. Mais les politiciens et les
économistes ont donné à cet indicateur une importance démesurée, comme si sa
maximisation était l’objectif principal des politiques publiques. Cependant la
1
La distinction entre PNB et PIB repose sur l’inclusion ou l’exclusion de revenus à l’étranger. Le PNB
inclut les revenus des citoyens et des entreprises d’un pays quelle que soit leur localisation dans le
monde. Le PIB n’inclut que les revenus à l’intérieur des frontières d’un pays, y compris les revenus des
citoyens et entreprises de nationalité étrangère qui résident sur ce territoire. Le PIB est la mesure la plus
commune lorsque l’on compare les statistiques internationales.
1
maximisation de PNB peut entrer en conflit avec d’autres objectifs comme l’amélioration
du bien-être, la promotion de l’équité sociale ou la protection de l’environnement.
• La production des ménages n’est pas comprise – Alors que les mesures
standards de comptabilité comprennent le travail rémunéré des activités
domestique (personnel de maison, jardinage, etc.), ces mêmes services ne sont
pas inclus quand ils ne sont pas rémunérés.
• Aucune prise en compte des temps de loisirs n’est incluse – Le PIB d’un
pays augmentera si, ceteris paribus 2 , le total d’heures travaillé augmente.
Cependant, aucune comptabilité n’est faite pour la perte en temps de loisirs
entrainant une perte en qualité de vie.
• Les dépenses des forces de défense et des forces de l’ordre sont incluses
– Si les dépenses de police augmentent à la suite d’une hausse des taux de
criminalité, l’augmentation des dépenses relève le niveau de PIB, mais on ne
comptabilise nulle part les impacts négatifs de la hausse de la criminalité. De
même si un pays est en guerre, les dépenses de l’armée augmenteront, faisant
augmenter le PIB, mais les dommages physiques, psychiques, et matériels
occasionnés par la guerre ne seront pas comptabilisés.
• La distribution des revenus n’est pas prise en compte – Deux pays avec le
même PIB par habitant peuvent avoir des distributions internes de revenu
significativement différentes – l’un très inégalitaire et l’autre beaucoup plus
égalitaire par exemple – et, par conséquent, des niveaux de bien-être général
très différents.
2
Ceteris paribus, une expression Latine, signifie « toutes choses égales par ailleurs » et est utilisé par les
économistes pour préciser quelles hypothèses sont utilisées par l’analyse.
2
standards de comptabilité nationale ne tiennent pas compte. Ce problème est
particulièrement important dans les pays en développement, qui dépendent fortement
des ressources naturelles. Si un pays réduit ses forêts, épuise sa terre agricole et
pollue ses réserves d’eau, cela aura des conséquences en termes réels de pertes de
ressources et d’appauvrissement du pays. Mais les comptes nationaux n’enregistreront
que la valeur en marché du bois produit à partir de ces forêts, et des produits agricoles
et de la production industrielle ayant causé des dégradations écologiques. Tous ces
produits seront comptés comme contributions positives au PIB, alors qu’aucun des
dommages environnementaux dont ils sont responsables ne sera comptabilisé. Cette
distorsion entre indicateur et réalité peut conduire les économistes et les décideurs
politiques à ne voir le développement de leur pays que sous un jour exagérément positif
– jusqu'à ce que les effets de la dégradation de l’environnement se manifestent, ce qui
dans certains cas peut prendre des décennies.
Les efforts pour développer ces indicateurs de comptabilités plus « vertes » sont
relativement nouveaux. L’intérêt pour l’inclusion de l’environnement dans la
comptabilité nationale a commencé dans les années 1970 and 1980, quand plusieurs
pays européens ont fait des estimations des comptes en termes physiques de leurs
ressources naturelles telles que les forêts, l’eau et les ressources en sols.3 En 1993,
les Nations Unies ont publié un manuel complet sur la comptabilité environnementale,
qui a été revu en 2003 et révisé à nouveau en 2012.4 Le Système des Comptes
Environnementaux et Economiques de 2003 (System of Environmental and
Economic Accounts – SEEA) considère quatre approches de base pour la comptabilité
environnementale:5
3
avec de l’information sur les flux de matériels, pollution et énergie dans une
économie. Cette approche est motivée par la nécessité de déterminer dans
quelle mesure l’activité économique est liée aux intrants matériels et aux
rejets de polluants.
2. Mesurer les activités économiques environnementales. Cette approche
mesure les dépenses effectuées pour la protection de l’environnement et
l’impact de politiques économiques, telles qu’impôts et subventions,
destinées à réduire les dommages causés à l’environnement.
3. Comptes d’Actifs Environnementaux. Cette approche recueille des
données sur les niveaux de divers types de capital naturel, comme les forêts,
les minéraux et les eaux souterraines. Comme nous en discuterons plus tard
dans ce chapitre, ces comptes (également appelés comptes satellites ou
comptes de ressources naturelles) peuvent être mis en œuvre soit en unités
physiques soit en termes monétaires.
4. Ajustement des mesures de comptabilité existantes pour prendre en
compte la dégradation du capital naturel. Cette approche cherche à
monétiser les dommages liés à l’épuisement des ressources naturelles et la
dégradation de la qualité environnementale, ainsi qu’à identifier les dépenses
défensives faites afin de réparer ou d’éviter des dommages
environnementaux. Cette approche part des mesures de comptabilité
national existantes et en déduit (en termes monétaires) la part représentant
des dommages environnementaux.
Notez que ces approches ne sont pas nécessairement exclusives les unes des
autres – nous pourrions théoriquement toutes les mettre en action simultanément.
Tandis que beaucoup de pays ont adopté une ou plusieurs de ces méthodes, aucun
pays n’a pleinement mis en œuvre les provisions décrites dans SEAA-2003. Il faut
aussi noter que toutes ces approches se présentent soit comme des ajustements soit
comme des compléments aux mesures traditionnelles de comptabilité, telles que le PIB.
Dans ce chapitre, nous allons nous concentrer principalement sur les deux dernières de
ces approches. De plus, nous allons considérer des propositions de mesures de bien-
être national entièrement nouvelles, qui cherchent à fournir une perspective
fondamentalement différente de la mesure du bien-être national.
4
comptabilité de revenu national traditionnelle, il est normalement admis qu’une partie de
la production économique de chaque année est compensée par la dépréciation (ou
l’amortissement) de capital manufacturé, ou fixe, tel que les bâtiments et la machinerie.7
En d’autres termes, alors que l’activité économique fournit à la société les gains de
nouvelles marchandises et de nouveaux services, chaque année, la valeur des actifs
produits antérieurement baisse, et cette perte doit être comptabilisée. Ainsi les
méthodes de comptabilité nationale produisent des estimations de Produit Intérieur
Net (PIN), qui consistent à déduire du PIB la valeur de la dépréciation annuelle du
capital fixe déjà existant :
PIN = PIB - Dm
où Dm est la dépréciation du capital fixe. En 2010, le PIB des Etats-Unis s’élevait à 14.7
milliards de dollars. Mais la dépréciation du capital fixe fut cette année-là de 1.9
milliards.8 Donc, le PIN des Etats-Unis en 2010 était de 12.8 milliards.
En poussant cette logique un peu plus loin, nous réalisons que chaque année la
valeur du capital naturel peut aussi se déprécier du fait de l’extraction des ressources et
de la dégradation environnementale. Dans certains cas au contraire, la valeur du
capital naturel peut éventuellement s’accroître si la qualité environnementale
s’améliore. La variation annuelle nette de la valeur du capital naturel dans un pays peut
simplement être ajoutée ou soustraite au PIN pour obtenir ce qui a été appelé le PIN-
écologiquement ajusté (« environmentally adjusted NDP»). Nous obtenons cet
indicateur grâce à ce calcul :
7
La dépréciation est simplement une mesure de la perte de capital due à l’usure normale. En ce qui
concerne la comptabilité, la dépréciation peut être calculée soit en utilisant une formule dite « en ligne
droite » où, par exemple, une nouvelle machine est estimée perdre 10% de sa valeur originale chaque
année sur une période de dix ans; soit en utilisant des méthodes d’estimation plus complexes.
8
Les estimations de la dépréciation du capital fixe sont obtenues à partir des dossiers fiscaux. Les
entreprises ne sont pas imposées sur la valeur de leur dépréciation de capital fixe – donc ils ont une
forte incitation à demander cette déduction.
9
Repetto, et al., 1989.
5
capital naturel : pétrole, forêts et terres agricoles. Les valeurs du PIB et du PIN-
écologiquement ajusté au cours de cette période sont présentées dans la Figure 8.1.10
FIGURE 8.1 : Produit Intérieur Net Indonésien, ajusté pour la dépréciation de trois
ressources (pétrole, forêts, terres agricoles), 1971-1984
15
Milliards
de
Rupies
Indonésiens
14
13
12
(milliers)
11
10
9
8
7
6
5
1971
1973
1975
1977
1979
1981
1983
Bien que les données de la Figure 8.1 datent un peu, les résultats mettent en
lumière quelques points importants qui continuent à être pertinents, et dont nous
reparlerons au cours du chapitre:
10
Cette analyse se réfère au PIN- écologiquement en le nomment « Produit Intérieur Net ajusté » .
Cependant, pour éviter la confusion avec le terme plus commun de « produit intérieur net » - qui ne
déduit que la dépréciation de capital fixe – nous appelons ici les valeurs ajustées le « PIN-
écologiquement ajusté».
6
Pendant la période de temps étudiée dans la Figure 8.1, le PIB de l’Indonésie a
augmenté à un taux annuel de 7.1%. Cependant, le PIN-écologiquement ajusté
n’a augmenté que d’un taux annuel de 4.0%. Ne considérer que le PIB pour
analyser les tendances du bien-être national peut conduire les décideurs
politiques à conclure que la croissance est robuste. Mais lorsque l’on
comptabilise la dégradation environnementale, on prend conscience qu’une
grande partie de la croissance apparente s’est effectuée au détriment de
l’environnement.
11
Skånberg, 2001.
12
Gundimeda, et al., 2007.
7
Encadré 8-1 : Une comptabilité incorrecte mène à des politiques inadaptées
Le commerce international a tendance à aligner les prix domestiques avec les prix
internationaux. Mais les prix internationaux sont souvent déformés par les subventions
agricoles, les interventions politiques et militaires, et l’incapacité à internaliser les
externalités. Par conséquent, les ressources naturelles risquent d’être vendues en
dessous de leur coût environnemental complet.
L’impact de l’épuisement du capital naturel est très important dans les estimations
d’épargne et d’investissement national. Des estimations « d’épargne véritable » par la
Banque Mondiale indiquent que l’épargne nette et la formation de capital de nombreux
pays peut en fait être négatif, un indicateur clair de non-durabilité.
L’exportation du capital naturel déforme aussi les taux de change, et crée une distorsion
contre les secteurs qui n’exportent pas de ressources. Les méthodes utilisées pour
rendre compte de la surestimation des taux de changes ne seront pas fiables quand les
montants de l’exportation non-durable de ressources naturelles servent à financer un
excédent d’importation. Dans ce cas, une apparente stabilité du niveau des prix
nationaux sera illusoire, masquent des impacts négatifs subis par les secteurs
d’exportation qui ne sont pas basés sur les ressources naturelles, et qui doivent entrer
en concurrence avec des importations artificiellement moins chères. Dans la balance
des paiements, un déficit commercial peut être caché, ou bien apparaitre comme un
excédent, puisque les montants d’exportation de capital naturel sont incorrectement
enregistrés dans le compte courant.
« Rendre les comptes nationaux écologiquement pertinents est plus important pour la
politique économique que ne l’est la politique environnementale elle-même…en
particulier pour les pays dont les ressources naturelles font face à une érosion rapide,
qui est comptée de manière trompeuse dans le PIB comme une valeur ajoutée. Lorsque
les comptabilités seront écologiquement fiables, les politiques macroéconomiques
devront être réexaminées. »
Source: Salah El Serafy, “Green Accounting and Economic Policy.” Résumé dans Harris et al., 2001, pp.
33-36.
8
8.3 L’épargne nette ajustée
Repose sur la vision plus large que le capital naturel et humain sont des
ressources fondamentales pour la productivité et donc pour le bien-être du pays.
Comme l’épuisement d’une ressource non-renouvelable (ou la surexploitation
d’une ressource renouvelable) diminue la valeur de ce stock de ressource, cette
activité représente un désinvestissement dans la productivité future et le bien-
être.14
13
L’épargne nette ajustée est aussi appelée «épargne véritable».
14
Bolt, et al., (2002), p. 4.
15
Outre les étapes présentées dans le texte, certains calculs de l’ENA intègrent également une déduction
pour les émissions de particules.
9
investissements dans l’avenir d’une société.16 Les dépenses d’éducation sont
ajoutées à l’épargne nationale nette pour refléter l’investissement dans le capital
humain.
10
dommages liées au changement climatique. Les émissions annuelles d’un pays
sont multipliées par un dommage qu’on estime à $20 par tonne de carbone.17
La Banque Mondiale a calculé les taux d’ENA pour la plupart des pays du
monde. Dans la table 8.1, nous observons les résultats pour plusieurs pays. Pour la
plupart des pays, les ajustements environnementaux sont relativement mineurs. Par
exemple, nous observons que les taux d’ENA de la France et des Etats-Unis sont
principalement le résultat de leurs épargnes nationales nettes et de leurs dépenses en
éducation respectives. Mais les ajustements environnementaux peuvent être très
importants dans certains pays.
Epuisement Epuisement
Epargne Dépréciation Dépenses des Epuisement des Impact
nationale du capital en ressources des ressources climat
Pays brute fixe éducation d’énergie minéraux forestières (CO2) ENA
-
Chili 24.23 -12.86 3.60 -0.26 -14.32 0.00 0.31 0.08
Chine 53.89 -10.08 1.80 -6.74 -1.70 0.00 -1.26 35.92
République
du Congo 26.68 -14.08 2.25 -71.19 0.00 0.00 -0.16 -56.50
France 18.74 -13.86 5.05 -0.03 0.00 0.00 -0.10 9.80
Inde 38.17 -8.49 3.17 -4.86 -1.42 -0.78 -1.16 24.64
Indonésie 22.25 -10.66 1.15 -12.60 -1.38 0.00 -0.61 -1.85
Russie 32.78 -12.39 3.54 -20.47 -1.00 0.00 -0.85 1.62
Arabie
Saoudite 48.33 -12.46 7.19 -43.51 0.00 0.00 -0.62 -1.06
Ouganda 12.63 -7.42 3.27 0.00 0.00 -5.06 -0.15 3.27
USA 12.60 -13.96 4.79 -1.93 -0.11 0.00 -0.31 1.07
17
Certains analystes considèrent qu’il faudrait utiliser une valeur plus élevée pour les dommages à
prévoir à l’avenir (voir Ackerman and Stanton, 2011).
11
La Banque Mondiale a aussi suivi les taux d’ENA au fil du temps. La Figure 8.3
présente les résultats agrégés pour plusieurs pays. Nous observons dans la Figure
8.3a que l’ENA dans les pays avec des revenus élevés a eu tendance à baisser au
cours des dernières décennies. Cependant, l’ENA dans le sud de l’Asie (qui comprend
des pays comme l’Inde, le Bangladesh et le Pakistan) a montré une nette tendance à la
hausse dans la dernière décennie. Cela reflète de hauts niveaux d’investissements
dans ces pays, mais n’indique pas que l’épuisement environnemental a diminué. Les
taux d’ENA dans le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont considérablement fluctué,
selon l’importance de la part de l’extraction de pétrole dans l’investissement intérieur.
Figure 8.3a : Epargne nette ajustée, en pourcentage du PIB, 1982 – 2008, agrégée
pour des ensembles de pays – Banque Mondiale
25
20
Epargne
ne6e
ajustée
(%
du
PIB)
15
10
Pays
à
revenus
5
élevés
-‐5
Moyen
Orient
et
-‐10
Afrique
du
Nord
-‐15
-‐20
Figure 8.3b montre une variation similaire entre d’autres groupes de pays. Les taux
d’ENA sont particulièrement hauts dans l’Asie de l’Est (qui comprend des pays comme
la Chine, la Thaïlande, l’Indonésie et le Vietnam). Ceci est dû à des taux d’épargnes et
d’investissements très élevés, mais dans la plupart de ces pays l’épuisement des
ressources et la dégradation de l’environnement est aussi élevé (voir encadré 8.2).
12
Figure 8.3b : Epargne nette ajustée, en pourcentage du PIB, 1982 – 2008, agrégée
pour des ensembles de pays – Banque Mondiale
35
30
25
Epargne
ne6e
ajustée
(%
du
PIB)
20
Amérique
LaMne
15
Asie
de
l'Est
et
10
Océanie
Afrique
Sub-‐
5
Saharienne
0
-‐5
-‐10
Source : Banque Mondiale, 2012
Dans un rapport de 2007 conjointement publié par la Banque Mondiale et la SEPA, les
coûts pour la santé et les autres coûts liés à la pollution de l’air et de l’eau étaient
estimés à 5.8% du PIB de la Chine. (Banque Mondiale et SEPA, 2007)
13
dans l’énergie renouvelable est en croissance rapide. Cependant, l’effort du
gouvernement Chinois pour développer des mesures de PIB écologiques ont un peu
diminué au cours des dernières années, et quelques-uns des objectifs qui ont été fixés
en 2006 n’ont pas été atteints.
Les politiques et les décisions du passé ont été prises dans l’absence de connaissance
solide des impacts et des coûts environnementaux. De nouvelles informations
quantitatives basées sur des recherches chinoises et faites dans le contexte actuel de
la Chine, peuvent réduire ce manque de connaissances. Beaucoup plus d’informations
sont nécessaires pour correctement comprendre les conséquences pour la santé et de
la pollution, particulièrement des ressources en eau. (Banque Mondiale et SEPA, 2007,
p. xix)
Les taux d’ENA en Amérique Latine ont été modérés – entre 5% et 10% - au cours des
deux dernières décennies. Enfin, les taux d’ENA en Afrique sub-saharienne ont
diminué au cours des dernières années et sont même devenus négatifs, l’épuisement
des ressources naturelles étant de large ampleur dans de nombreux pays africains.
Une critique majeure du PIB est qu’il considère toute activité économique comme
une contribution positive au bien-être. Par exemple, toutes les dépenses du
gouvernement américain pour le programme « Superfund », destiné à nettoyer les sites
de déchets toxiques, sont comptabilisées comme des contributions au PIB. Les frais
médicaux de traitement des maladies causées par la pollution de l’air et de l’eau sont
de même ajoutés au PIB. Si les propriétaires de maisons ou d’entreprises côtières qui
sont endommagées par un déversement de pétrole intentent un procès, les dépenses
juridiques et les dépenses de dépollution contribueront également au PIB. Selon cette
logique, plus il y a de dégâts environnementaux et d’opérations de dépollution qui en
18
Une version antérieure de l’IPV a été appelée l’Index du bien-être économique durable (Index of
Sustainable Economic Wellbeing).
14
résultent, plus le PIB est élevé et mieux le pays est censé se porter! Il est clair que
cela n’a pas de sens. Ainsi, l’IPV fait la distinction :
…entre l’activité économique qui réduit le capital naturel ainsi que social et
l’activité économique qui améliore ces capitaux. L’IPV est conçu pour mesurer le
bien-être économique durable plutôt que l’activité économique simple. En
particulier, si l’IPV est stable ou croissant sur une certaine période, cela implique
que les réserves de capital naturel et social – dont proviennent les biens et les
services – seront au moins aussi grandes pour la prochaine génération. Si
l’IPV est en baisse cela indique que le système économique est en train d’éroder
ces réserves et de limiter les perspectives de développement pour la prochaine
génération.19
Comme les précédentes mesures présentées dans ce chapitre, l’IPV est mesuré
en unités monétaires. Le point de départ de l’IPV est la consommation individuelle, en
supposant que la consommation contribue directement au bien-être actuel.
15
• Ajouter la valeur du travail bénévole. Le PIB exclut la valeur du travail
bénévole, même si la société reçoit clairement des avantages de ces services.
La valeur du travail bénévole est estimée en utilisant un taux de salaire du
marché.
• Ajouter la valeur en services des biens durables. Cette catégorie est
destinée à capturer les avantages annuels que les consommateurs obtiennent
des biens durables comme les voitures, les meubles et les produits
électroménagers.
• Ajouter la valeur en service des infrastructures routières. L’IPV exclut la
majorité des dépenses gouvernementales, comme les dépenses militaires, parce
qu’il considère ces dépenses comme défensives, et comme réponses à des
menaces potentielles à la sécurité des citoyens, mais ne contribuant pas à leur
bien-être. Cependant, la possibilité d’utiliser les autoroutes, les rues, et autres
infrastructures routières, et infrastructures publiques en général, est censée
fournir des avantages directs aux consommateurs.
• Soustraire le coût de la criminalité. Comme la criminalité est une atteinte au
bien-être social, l’IPV compte le coût associé à la criminalité comme une
déduction – contrairement au PIB, qui compterait ces coûts comme des ajouts
positifs. Le coût de la criminalité comprend les coûts des prisons et les
dépenses défensives comme l’achat de serrures et de systèmes d’alarmes.
• Soustraire la perte du temps de loisir. Le PIB peut augmenter simplement du
fait que les citoyens d’un pays travaillent plus longtemps. Cependant, la perte du
temps de loisir associée à l’augmentation de la durée du travail peut être
considérée comme une perte de bien-être. Basé sur des estimations de nombre
total d’heures de travail, l’IPV calcule la réduction de temps de loisir depuis 1969.
• Soustraire le coût du sous-emploi. Les personnes sous-employées
comprennent celles qui sont devenus découragées et ont abandonné leurs
recherches d’emploi, les personnes travaillant à mi-temps mais qui préféreraient
un emploi à temps plein, ou les personnes qui sont prêtes à travailler mais en
sont incapables en raison de circonstances comme une incapacité de payer la
garde d’enfants.
• Soustraire le coût des biens durables. Comme nous avons déjà discuté, l’IPV
compte la valeur en service annuel des biens durables. Pour éviter le double
comptage, les dépenses annuelles effectuées pour l’achat de biens durables
sont soustraites.
• Soustraire le coût du déplacement et les accidents de la route. Tandis que
le PIB compte les coûts de déplacement comme des contributions positives,
l’IPV considère les coûts de déplacement et de temps perdus comme des
déductions ; sont aussi déduits tous les dommages causés par les accidents de
la route (décès, coûts hospitaliers pour les blessés, coûts mécaniques).
• Soustraire le coût des dépenses défensives environnementales des
ménages. Le coût de produits tels que les filtres à air et les systèmes de
purification de l’eau n’augmentent pas le bien-être mais simplement servent à
combattre la pollution existante. Ils sont soustraits de l’IPV.
16
• Soustraire les coûts de la pollution (air, eau et pollution sonore). En
s’appuyant sur des études utilisant les méthodes d’évaluation, l’IPV estime les
dommages économiques de chaque type de pollution.
• Soustraire la valeur des zones marécageuses, des terres agricoles et des
forêts perdues. L’IPV soustrait les pertes du capital naturel comprenant les
réductions en services écologiques rendus par les écosystèmes, les pertes de
possibilités de loisirs et le déclin des valeurs de non-usage.
• Soustraire les coûts de l’épuisement des sources d’énergie non-
renouvelables. Tandis que le PIB compte la valeur du marché des sources
d’énergie non-renouvelables comme des contributions positives, il ne tient pas
en compte le fait qu’une réserve de ressources qui s’épuise impose un coût sur
les générations futures. L’IPV tente d’estimer ce coût implicite.
• Soustraire les dommages provenant des émissions de dioxyde de carbone
et de l’épuisement de la couche d’ozone. Plusieurs économistes ont tenté
d’estimer les dommages associés aux émissions de gaz à effet de serre (voir
notamment les rapports du Groupe intergouvernemental sur les changements
climatiques). L’IPV multiplie l’estimation du dommage marginal d’une tonne de
dioxyde de carbone par le nombre de tonnes cumulativement émises. En ce qui
concerne la couche d’ozone, alors même que la production de
chlorofluorocarbones aux Etats-Unis a été pratiquement éliminée grâce au
Protocole de Montréal de 1987, les dommages causés dans la couche d’ozone
continuent à cause des émissions qui se sont produites dans le passé.
• Ajuster pour prendre en compte l’investissement en capital net et l’emprunt
à l’étranger. L’investissement net (investissement brut moins dépréciation) est
censé augmenter le bien-être social, tandis que la dépréciation ou l’emprunt à
l’étranger sont censés diminuer le bien-être social.
Comme on pouvait s’y attendre avec tous ces ajustements, l’IPV diffère
beaucoup du PIB à la fois en ampleur et en tendances. Les résultats détaillés pour
l’IPV des Etats-Unis en 2004 sont présentés dans la Table 8.2 Nous voyons que les
ajustements positifs les plus importants apportés à la consommation individuelle (après
ajustement tenant compte de l’inégalité des revenus) sont les valeurs du travail
domestique et les tâches parentales, ainsi que les avantages de l’enseignement
supérieur. Mais ces ajouts sont plus que neutralisés par les diverses déductions,
surtout celles relatives à l’épuisement d’énergie non-renouvelable et les émissions de
carbone. Ainsi l’IPV est significativement moins élevé que la consommation
individuelle, avec l’implication que les divers ajustements aboutissent à une réduction
générale du bien-être social.
17
Table 8-2 : L’indicateur de progrès véritable (IPV), Etats-Unis, 2004
Composantes de l’IPV Valeur (Milliards de Dollars)
Coût de la Criminalité — 34
18
Figure 8.4 Comparaison du PIB et de l’IPV par habitant, Etats-Unis, 1970-2004
Source : Talberth, et al., 2006.
40000
35000
30000
25000
Dollars
(
base
2000)
20000
15000
10000
5000
0
1950
1960
1970
1980
1990
2000
IPV
par
habitant
PIB
par
habitant
Des estimations d’IPV ont été développées pour des pays autres que les Etats-
Unis, y compris l’Allemagne, l’Australie, la Chine et l’Inde. L’IPV a également été
appliqué au niveau de régions à l’intérieur de certains pays. Par exemple, une analyse
en 2009 de la région d’Auckland en Nouvelle Zélande a montré que, contrairement au
cas des Etats-Unis, l’IPV a augmenté à peu près au même taux que le PIB de la région
pendant la période 1990-2006 (Figure 8.5).21 Cependant, même dans ce cas les
pertes environnementales ont augmenté à un taux plus élevé que l’IPV – en hausse de
27% pendant cette période tandis que l’IPV a augmenté de 18%. Mais les contributions
positives à l’IPV, en particulier la croissance de la consommation individuelle, étaient
plus que suffisantes pour compenser les pertes environnementales. Donc nous devons
reconnaitre qu’un IPV en hausse peut se produire malgré l’augmentation des
dommages environnementaux.
Cette constatation est illustrée dans la Figure 8.6, qui montre les composantes
économiques, sociales et environnementales de l’IPV pour l’état du Maryland aux Etats-
Unis pendant la période 1960-2010.22 Nous voyons que tandis que les contributions
économiques de l’IPV ont augmenté régulièrement, les contributions sociales nettes ont
augmenté seulement légèrement et les coûts environnementaux ont plus que doublé.
21
McDonald, et al., 2009.
22
Posner and Costanza, 2011; http://www.green.maryland.gov/mdIPV/mdIPVoverview.asp
19
Figure 8.5 IPV de la Région d’Auckland de la Nouvelle Zélande comparé au PIB,
1990-2006.
Source : McDonald, et al., 2009.
60
Milliards
de
$
de
Nouvelle
Zélande
55
50
45
40
35
30
25
20
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
IPV PIB
200
Milliards
de
Dollars
US
(base
2000)
150
100
50
0
1960
1965
1970
1975
1980
1985
1990
1995
2000
2005
2010
-‐50
-‐100
20
Cela montre un problème potentiel avec un indice qui réduit tous les facteurs
économiques, sociaux et environnementaux à une seule valeur. Ne considérer que
l’indice global risque de ne pas refléter des tendances positives et négatives
importantes qui se compensent les unes les autres. Il est donc important d’analyser des
résultats désagrégés, comme les données de la Figure 8.6, afin d’obtenir une
compréhension plus complète des changements qui se produisent dans une société
afin de recommander les politiques potentielles qui seraient nécessaires pour
augmenter le bien-être social.
Alors que des indices comme l’IPV fournissent des informations utiles, et ont été
utilisés par certains décideurs politiques, il semble actuellement peu probable que leurs
adoptions se répandent parmi les nations. Davantage d’attention est accordée aux
indices et mesures publiés par les organisations internationales comme la Banque
Mondiale et les Nations Unies. L’indice de qualité de vie le plus référencé est
probablement l’Indicateur du Développement Humain (IDH) des Nations Unies.
21
Encadré 8.3 l’Indice de Planète Heureuse (Happy Planet Index – HPI)
1. L’espérance de vie moyenne : qui mesure la durée de vie des membres d’une
société.
2. Le bien-être subjectif moyen : qui mesure si les membres d’une société mènent des
vies heureuses. Les données sont obtenues à partir de sondages qui demandent
aux personnes interrogées dans quelle mesure elles sont satisfaites de leurs vies.
Malgré la simplicité de l’approche, des années de recherches ont démontré que les
résultats fournissent des estimations raisonnablement précises du bien-être d’un
individu.
3. L’empreinte écologique : qui mesure l’impact écologique global d’une société. Elle
est définie comme la quantité de terrain nécessaire pour fournir les ressources
qu’elle consomme et assimiler les déchets qu’elle génère. Bien qu’il ait fait l’objet de
critiques méthodologiques, en convertissant tous les impacts écologiques en une
seule valeur, il fournit une évaluation globale de la durabilité.
Le bien-être subjectif moyen, compris entre 0 et 1, est multiplié par l’espérance de vie
pour obtenir les «années de vie heureuse» d’une société. Le HPI est calculé comme le
ratio suivant :
Le HPI a été calculé pour 143 pays. Les pays avec les scores les plus élevés sont ceux
pour qui leurs citoyens ont tendance à vivre en moyenne des vies longues et heureuse
et qui ont des empreintes écologiques relativement modestes, comme le Costa Rica, la
République Dominicaine, la Jamaïque, le Guatemala et le Vietnam. Un aspect
intéressant du HPI est que le classement d’un pays est indépendant de son PIB. Les
Etats-Unis se classe 114ème, juste devant le Nigeria.
L’interprétation et les implications politiques du HPI ne sont pas claires. Par exemple,
l’Inde et Haïti ont un score HPI plus haut que l’Allemagne ou la France. Est-ce que cela
implique qu’il est plus souhaitable de vivre en Inde ou en Haïti, ou qu’y vivre est plus
écologiquement durable, que de vivre en Allemagne ou en France? Probablement pas.
Une autre question est de savoir si la politique d’un pays peut avoir un impact sur les
niveaux de bonheur, qui peut relever davantage de facteurs sociaux et culturels plutôt
que de choix politiques.
22
Mais malgré ses limites, le HPI a reçu beaucoup d’attention comme une alternative ou
un complément au PIB, surtout en Europe. Un rapport de 2007 du Parlement
européen, cite plusieurs points forts du HPI, y compris :
• ses objectifs pour l’activité économique, la priorité étant donnée au bonheur et à
l’espérance de vie.
• la manière innovatrice dont il combine le bien-être avec des facteurs
environnementaux.
• ses calculs sont faciles à comprendre.
• les données peuvent facilement être comparées entre pays.
Alors qu’il est peu probable que le HPI devienne une alternative largement répandue du
PIB, il fournit cependant des informations qui ne sont pas capturées par d’autres
métriques de comptabilité nationale.
Une tentative encore plus compréhensive d’assembler des données sur le bien-
être dans différentes nations est le « Better Life Initiative » lancée par l’Organisation de
Coopération et de Développement Économiques (OCDE). 24 Leur rapport de 2011,
« How’s Life ? » décrit la construction de l’Indice de vie meilleure « Better Life Index
(BLI) ».25 Le rapport reconnait que le bien-être est une fonction complexe de plusieurs
variables. Bien que les conditions matérielles de vie soient importantes pour le bien-
être, la qualité de vie et la durabilité environnementale le sont également. En outre, les
inégalités en matière d’accès au bien-être à travers une société sont un facteur
important. Le rapport fait valoir que nous avons besoin de « meilleurs politiques pour
de meilleures vies » :
Des politiques meilleures devront être basées sur des analyses solides et sur
une approche élargie des problèmes: Non pas seulement sur les revenus des
individus et sue leurs conditions financières, mais aussi sur leur santé, leurs
compétences, la qualité de l’environnement, la qualité des lieux dans lesquels ils
vivent et ils travaillent, et leur satisfaction générale dans la vie ; non pas
seulement sur le montant total de biens et de services, mais aussi sur l’égalité
d’accès et les conditions de ceux au bas de l’échelle sociale; non pas seulement
sur les conditions « ici et maintenant » mais aussi sur celles dans d’autres
parties du monde et sur celles que l’on peut prévoir dans l’avenir. En résumé, on
doit mettre la priorité sur le bien-être et le progrès.26
24
L’OCDE rassemble les pays les plus développés du monde, ainsi que certains pays émergents comme
le Mexique.
25
OCDE, 2011.
26
OCDE, 2011, p.3.
23
1. Revenu, Richesse et Inégalité: Les deux variables principales utilisées sont le
revenu disponible des ménages et le patrimoine financier net.27
2. Emplois et Revenus : Les trois variables principales sont le taux de chômage,
le taux de chômage à long terme, et le salaire moyen par employé.
3. Conditions de Logement : Un nombre de logements suffisants est une variable
importante dans un pays pour assurer la sécurité, l’intimité, et la stabilité.
4. L’état de Santé : Le BLI comprend l’espérance de vie et une évaluation
subjective de l’état de santé général de la population.
5. Equilibre entre le travail et le temps libre : Le BLI mesure la proportion
d’employés travaillant beaucoup d’heures chaque semaine (50 heures ou plus),
le temps disponible pour les loisirs et le développement personnel, et le taux
d’emploi pour les femmes avec des enfants d’âge scolaire.
6. Education et Compétences : on utilise comme mesure le pourcentage de la
population adulte (25-64 ans) qui a un diplôme d’enseignement supérieur; et les
compétences cognitives des étudiants sont basées sur des tests standardisés.
7. Connections Sociales : Cette dimension est mesurée par les réponses des
personnes sondées à une question standardisée demandant s’ils ont des amis
ou de la famille sur qui ils peuvent compter en cas de besoin.
8. Engagement Civique et Gouvernance : cette dimension est mesurée à partir
des données de participation électorale et d’un index composite qui mesure la
participation des citoyens dans l’élaboration des politiques.
9. Qualité Environnementale : La variable principale utilisée pour mesurer la
qualité environnementale est le niveau de pollution de l’air, en particulier la
quantité de particules dans l’air. D’autres variables environnementales
secondaires comprennent une estimation de la mesure dans laquelle les
maladies sont causées par des facteurs environnementaux, la satisfaction
subjective des personnes en ce qui concerne leur environnement local, et l’accès
aux espaces verts.
10. Sécurité Personnelle : Cette dimension mesure le degré de sécurité de
l’individu. Elle est mesurée en utilisant les taux d’homicides et d’agression.
11. Bien-être subjectif : Cette dimension mesure la satisfaction générale des
personnes sondées et à qui l’on demande si elles sont plutôt satisfaites de leur
vie – on prend aussi en compte les sentiments négatifs qu’ils expriment.
Les résultats pour chaque dimension sont standardisés à travers les pays à
travers un score allant de 0 à 10. Bien que le BLI comprenne de nombreuses
composantes, il est conçu pour produire un indice de bien-être global. Mais comment
attribuer un poids approprié aux différentes composantes? Une approche simple est de
simplement considérer chacune des onze dimensions comme égale. Mais il est
probable que certaines dimensions contribuent davantage au bien-être que d’autres.
Le rapport BLI ne fait aucune recommandation spécifique pour peser de manière
différente chaque dimension. Il existe un site internet de l’indice BLI qui permet aux
utilisateurs de sélectionner leurs propres poids pour chacune des dimensions. L’OCDE
27
En plus des variables principaux discutés ici, la plupart des dimensions considèrent aussi des variables
secondaires. Par exemple, la dimension de revenu et de richesse inclus aussi des données sur la
consommation des ménages et l’évaluation subjective du-bien-etre matériel.
24
est en train de collectionner les entrées des utilisateurs et va utiliser l’information pour
acquérir une meilleure compréhension des facteurs qui paraissent les plus importants
aux gens dans la mesure du bien-être.
Le BLI a été mesuré pour les 34 pays de l’OCDE, et il est prévu de le calculer
prochainement pour le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Russie et l’Afrique du Sud.
Même pour les pays de l’OCDE, on doit recourir à certaines estimations à cause d’un
manque de données cohérentes. L’amélioration de la standardisation des mesures et
de la collection des données est un des objectifs du Better Life Initiative.
Basée sur l’hypothèse que chaque dimension est pesée de manière égale, la
Figure 8.7 montre comment certains pays se classent. Nous voyons que l’Australie, le
Canada et la Suède sont les trois premiers pays. Les Etats-Unis se classe 7ème parmi
les pays de l’OCDE avec de bons résultats en termes de logement et de revenu mais
de moins bons en termes de santé et d’équilibre entre le travail et le temps libre.
Considérer chaque dimension à égalité revient à réduire l’importance du revenu par
rapport à la plupart des autres approches de comptabilité nationale, comme l’IPV et le
PIN-écologiquement ajusté. En ce qui concerne les classements environnementaux, la
pollution la plus faible se trouve en Suède et Nouvelle Zélande, et la pollution la plus
forte parmi les pays évalués, au Chile, en Turquie et en Pologne.
Figure 8.7 – Les valeurs de l’indice de vie meilleure « Better Life Index » pour
l’ensemble des pays sélectionnés
Source : OCDE, 2011
100 Equilibre travail-vie
privée
90 Sécurité personnelle
80 Bien-être subjectif
70 Santé
60 Engagement civique et
gouvernance
50 Qualité
environnementale
40 Education
30 Connections sociales
20 Emplois
10 Revenu
0 Logement
25
Donc le BLI offre une vue compréhensive de nombreux facteurs qui influencent
le bien-être. Le revenu n’est pas présenté comme le point de départ, mais plutôt
comme une composante parmi d’autres. Les indicateurs BLI peuvent être utilisés pour
concevoir des politiques qui améliorent le bien-être. Un des critères utilisés pour choisir
les variables BLI est leur pertinence politique. Plusieurs des dimensions, comme
l’éducation, le logement, et la qualité environnementale, peuvent être améliorées
directement avec des politiques efficaces, bien que le lien entre certaines de ces
dimensions (comme le bien-être subjectif) et les mesures politiques n’est pas toujours
évident et nécessite une étude plus approfondie. Alors que le BLI ne met pas
principalement l’accent sur les questions d’environnement et de ressources, il serait
possible d’élargir ses mesures de qualité environnementale et de leur donner plus de
poids dans le futur.
Les calculs de BLI montrent aussi qu’il est nécessaire de faire des progrès dans
le domaine de la collecte de données. Le développement d’un programme statistique
cohérent permettrait d’améliorer la validité des résultats à travers les pays de l’OCDE,
et fournirait une base pour élargir les résultats à d’autres pays. Il existe au moins une
nation, le Bhoutan, qui a créé sa propre mesure, le Bonheur National Brut, qui mesure
certaines des mêmes dimensions que le BLI (voir encadré 8.4).
Peut-être aucun pays n’a été aussi loin pour préconiser le besoin de développer des
alternatives au PIB que le petit pays Himalayen du Bhoutan. En 1972, le Roi Jigme
Singye Wangchuck a introduit le concept de Bonheur National Brut (Gross National
Happiness- GNH) pour fournir une philosophie de développement alternatif à la simple
maximisation de la croissance économique. Il a cherché à réaliser des progrès vers le
Bonheur National Brut en se concentrant sur quatre objectifs politiques : le
développement économique équitable, la préservation environnementale, la résilience
culturelle, et la bonne gouvernance. (Braun, 2009)
• Le bien-être psychologique
• Le niveau de vie
• La bonne gouvernance
• La santé
• L’éducation
• La vitalité de la communauté
• La diversité culturelle et sa résilience
• L’emploi du temps
• La diversité écologique et sa résilience
26
En 2010 le Centre a mené une enquête compréhensive sur plus de 7,000 ménages
Bhoutanais pour évaluer le GNH du pays. Chaque dimension a été adressée à travers
plusieurs questions. Par exemple, pour le domaine écologique les répondants ont
exprimé à quel point ils sont préoccupés par la pollution de l’air, la pollution de l’eau,
l’élimination des déchets, l’inondation et l’érosion des sols. Basé sur des seuils de
« suffisance » fixés par le CBS, les réponses déterminent si chaque ménage a ou non
un degré de satisfaction suffisante dans chacune des neuf dimensions. Les résultats
indiquent que 41% des ménages Bhoutanais sont à des niveaux de satisfaction
suffisante dans au moins six des neuf dimensions, ce que le CBS considère comme
une base suffisante pour affirmer que ces 41% sont heureux. Les Bhoutanais ont le
plus haut degré de satisfaction dans le domaine de la santé, suivis par le domaine de
l’écologie et celui du bien-être psychologique. Ce niveau de satisfaction est supérieur
dans les zones urbaines, parmi les jeunes, et parmi ceux qui ont une éducation
formelle.
Selon l’approche de la durabilité forte on devrait tenir des comptes séparés pour
le capital manufacturé ou naturel et s’assurer que les stocks de capital naturel ne
s’épuisent pas. Il serait acceptable, dans ce cadre, de couper des forêts à un endroit
seulement si des forêts similaires sont plantées ailleurs afin que le stock total de forêt
27
reste constant. Les stocks de pétrole pourraient être exploités jusqu’à l’épuisement
seulement si des sources d’énergie alternative de capacité égale pouvaient être
simultanément développées. La mise en œuvre de la durabilité forte demanderait une
intervention extensive du gouvernement sur les marchés, et un changement radical
dans la nature de l’activité économique.
28
durabilité. Cependant, quelques-uns d’entre eux fournissent quand même une
perspective sur les objectifs de durabilité forte. Les composants environnementaux de
l’IPV, par exemple, fournissent des informations sur l’épuisement du capital naturel,
mais pas sur le niveau global du capital naturel.
Une approche alternative est de maintenir des comptes nationaux qui mesurent
dans le temps les niveaux des différents types de capital naturel. Le SEEA-2003 fournit
des conseils sur le maintien de comptes d’actifs environnementaux (ou comptes de
ressources naturelles), en termes physique et monétaire. Ces comptes sont basés
sur la définition de diverses catégories de capital naturel, comme les ressources
forestières, les ressources minérales, les terres agricoles et les eaux souterraines. Les
comptes peuvent avoir des degrés différents d’agrégation. Par exemple, le compte
pour les ressources minérales peut inclure un compte distinct pour chaque minéral, ou
peut être encore plus désagrégé en fonction de la qualité minérale, du degré
d’accessibilité, ou de l’emplacement. Les unités sont très variées pour les comptes
différents selon la ressource en question. Les comptes minéraux pourraient être
mesurés en tonnes, les comptes forestiers en hectares de couverture forestière, les
comptes d’eaux souterraines en hectares-pieds d’eau, et ainsi de suite.
1. Ils fournissent une image détaillée des niveaux de capital naturel d’un pays et
les tendances au cours du temps. Une attention particulière peut être portée
sur les niveaux de capital naturel critique qui doivent être maintenus.
Ceci est illustré dans la Figure 8.8. Pour plus de simplicité, supposons qu’il y ait
seulement deux ressources naturelles dans un pays – le bois et la terre agricole. Dans
l’année 1, le pays a une réserve de 500,000 pied-planche de bois et 6,000 hectares de
29
terre agricole. Au prix du marché indiqué dans la Figure 8.8, la valeur totale des actifs
environnementaux est de $8.5 Millions dans l’année 1. L’année suivante, le pays
exploite une partie de ses réserves en bois mais ajoute des terres nouvelles à son stock
de terres agricoles, comme le montre la figure. Si on garde les comptes d’actifs en
unités physiques (dans cet exemple, pied-planche de bois et hectares de terre), nous
ne sommes pas en mesure d’évaluer si ce pays a maintenu son niveau global de capital
naturel. Mais nous voyons dans la Figure 8.8 que la valeur de ses actifs naturels a en
fait augmenté de $500,000, ce qui indique que la valeur global du capital naturel est
maintenue.
30
Un autre problème de l’approche monétaire est que les estimations présentées
en Figure 8.8 ne considèrent pas les pertes en services d’écosystème subies du fait de
l’exploitation forestière. En plus de la perte de bois, il peut y avoir eu une perte de
l’habitat de la faune, un moindre contrôle de l’érosion des terres, moins de stockage de
carbone, et une perte d’autres services écologiques. Dans l’idéal, l’évaluation de la
durabilité forte par l’agrégation de divers comptes d’actifs écologiques devrait aussi
considérer les gains hors-marchés aussi bien que les valeurs du marché. Mais
l’estimation de valeurs hors-marché, comme les services d’écosystème et les valeurs
de non-usage, peut être problématique. Ainsi toute tentative d’évaluation de durabilité
forte basée sur les valeurs monétaires est susceptible d’être incomplète ou trop
dépendante sur d’hypothèses diverses et controversées.
Comparé avec les autres indicateurs discutés dans ce chapitre, les comptes
d’actifs environnementaux fournissent un moyen pour évaluer la « forte » et la « très
forte » durabilité. Si nous maintenons ces comptes uniquement en unités physiques,
nous pouvons évaluer la « très forte » durabilité. Si nous convertissons les unités
physiques en valeurs monétaires, nous pouvons évaluer la durabilité « forte », mais
seulement dans la mesure où nous pouvons précisément valoriser les divers types de
ressources naturelles et de services environnementaux en termes monétaires.
29
UK National Bureau of Statistics, 2011.
31
comptabilité nationale afin de tenir compte de l’environnement et/ou de mieux refléter le
bien-être social qui est l’objectif ultime de l’analyse économique. La plupart de ces
indicateurs fournissent aussi des conseils sur les objectifs de durabilité. Néanmoins,
leur mise en œuvre a été limitée.
Tandis que le SEEA-2003 donne des conseils sur les diverses manières
d’aborder la comptabilité environnementale, il n’indique aucune préférence particulière
favorisant une approche plutôt qu’une autre. Il fournit plutôt un menu d’options à partir
duquel un pays peut choisir de mettre en œuvre certaines d’entre elles. Nous restons
très loin d’une approche universellement acceptée de la comptabilité environnementale
qui serait adoptée par une majorité de pays.
32
citoyens. De plus, des indicateurs dont l’usage tend à mesurer des tendances
graduelles seront insuffisants pour capturer des changements abrupts, comme
c’est le cas avec le changement climatique.31
En suivant les tendances au cours du temps, nous avons découvert des résultats
positifs, mais aussi un besoin d’amélioration dans d’autres domaines. L’analyse de ces
tendances indique où les politiques peuvent être utilisées le plus efficacement pour
réduire les impacts environnementaux.
Les indicateurs montrent que bien que la situation en Suède semble être favorable dans
plusieurs domaines, dans les comparaisons internationales, il existe des tendances qui
vont à l’encontre des objectifs du développement durable. Parmi elles, bien sûr, la
question du changement climatique, où la nécessaire diminution des émissions d’ici
2050 est loin d’être évidente. Un énorme effort pour améliorer l’efficacité énergétique et
accroître la part des énergies non-fossiles est nécessaire pour aller dans la bonne
direction. On notera que dans certains domaines d’activités où les impacts en
émissions de gaz à effet de serre sont les plus évidents, notamment les transports de
cargaison, le trafic aérien et le transport de biens, les instruments économiques font
défaut. (Statistics Sweden, 2007, p.4)
31
Stiglitz et al., 2009, p. 8.
33
La Commission a conclu qu’il est nécessaire de passer d’une mesure de la
production économique à une mesure du bien-être. Elle a aussi distingué entre le bien-
être actuel et la durabilité à long-terme. Soutenir le bien-être actuel dépend des
niveaux de capital (naturel, physique, humain, et social) transmis aux futures
générations.
34
cohérentes pour mesurer des variables différentes, telles que la mesure d’émissions de
carbone et l’administration des enquêtes pour recueillir des données subjectives.
SOMMAIRE
Les conditions sociales aussi bien qu’environnementales ont des impacts sur les
calculs du revenu national. Les questions de développement humain y compris les
35
dépenses d’éducation et les mesures d’égalité et d’équité sociales sont souvent
interdépendantes avec les questions de dégradation environnementale. Malgré
l’importance évidente de ces facteurs, il n’existe pas de consensus sur la manière de
les inclure dans les comptes nationaux. Une approche alternative est de maintenir des
comptes satellites, mesurant les indicateurs sociaux et environnementaux séparément
du PNB ou du PIB. Les institutions internationales s’intéressent de plus en plus à la
collecte extensive de ces données, permettant des évaluations plus précises du
véritable bien-être national.
Questions à débattre
2. Quelles sont les principales approches qui peuvent être utilisées pour corriger le
PNB et le PIB et tenir compte de l’épuisement des ressources et des dommages
environnementaux ? Quelles sont certaines des difficultés et controverses qui se
posent en calculant ces ajustements au PIB ?
3. Est-ce que vous pensez qu’une mesure de revenu national révisé serait une
amélioration par rapport aux concepts de PNB et PIB actuels, ou serait-il
préférable de garder les considérations environnementales séparées des calculs
de PIB, en utilisant des comptes satellites de ressources naturelles ?
36
4. Quelles sont quelques-unes des implications politiques de l’utilisation d’une
mesure révisée que prenne en compte la dépréciation des ressources et de
l’environnement ? Comment l’utilisation de mesures révisées pourrait-elle avoir un
impact sur les domaines politiques comme la politique macroéconomique, la
politique commerciale et la politique de prix des ressources ?
EXERCICE
Données Economique
Produit Intérieur Brut (PIB) : $40 Milliards
Dépréciation de Capital Manufacturé $6 Milliards
Ackerman, Frank, and Elizabeth Stanton, 2011. “The Social Cost of Carbon,”
The Environmental Forum 28(6) (November/December): 38-41.
Bolt, Katharine, Mampite Matete, and Michael Clemens, 2002. Manual for Calculating Adjusted
Net Savings, Environment Department, World Bank.
Braun, Alejandro Adler, 2009. “Gross National Happiness in Bhutan: A Living Example of an
Alternative Approach to Progress,” Wharton International Research Experience, September 24,
2009.
Dietz, Simon, and Eric Neumayer, 2006. “Weak and Strong Sustainability in the SEEA: Concepts
and Measurement,” Ecological Economics 61(4): 617-626.
Gertner, Jon, 2010. “The Rise and Fall of the G.D.P,” The New York Times, May 13, 2010.
Goossens, Yanne. 2007. “Alternative Progress Indicators to Gross Domestic Product (GDP) as a
Means towards Sustainable Development.” Policy Department, Economic and Scientific Policy,
European Parliament, Report IP/A/ENVI/ST/2007-10.
Gundimeda, Haripriya, Pavan Sukhdev, Rajiv K. Sinha, and Sanjeev Sanyal, 2007. “Natural
Resource Accounting for Indian States—Illustrating the Case of Forest Resources,” Ecological
Economics 61(4): 635-649.
Harris, Jonathan M., Timothy A Wise, Kevin P. Gallagher, and Neva R. Goodwin, eds., 2001. A
Survey of Sustainable Development: Social and Economic Dimensions, Washington, D.C.: Island
Press.
Hecht, Joy E., 2007. “National Environmental Accounting: A Practical Introduction,” International
Review of Environmental and Resource Economics 1(1): 3-66.
McDonald, Garry, Vicky Forgie, Yanjiao Zhang, Robbie Andrew, and Nicola Smith, 2009. A
Genuine Progress Indicator for the Auckland Region, Auckland Regional Council and New
Zealand Centre for Ecological Economics.
Office for National Statistics, 2011. UK Environmental Accounts 2011. Statistical Bulletin, June
29, 2011.
38
Organisation for Economic Cooperation and Development (OECD), 2011. “How’s Life?
Measuring Well-Being,” OECD Publishing.
Posner, Stephen M. and Robert Costanza, 2011. “A Summary of ISEW and IPV Studies at
Multiple Scales and New Estimates for Baltimore City, County, and the State of Maryland,”
Ecological Economics 70:1972-1980.
Press, Eyal, 2011. “The Sarkozy-Stiglitz Commission's Quest to Get Beyond GDP,” The Nation,
May 2, 2011.
Repetto, Robert, et al., 1989. Accounts Overdue: Natural Resource Depreciation in Costa Rica,
Washington D.C.: World Resources Institute.
Smith, Robert, 2007. “Development of the SEEA 2003 and its Implementation,” Ecological
Economics 61(4): 592-599.
Stiglitz, Joseph E., Amartya Sen, and Jean-Paul Fitoussi, 2009. Report by the Commission on
the Measurement of Economic Performance and Social Progress.
Talberth, John, Clifford Cobb, and Noah Slattery, 2007. The Genuine Progress Indicator 2006: A
Tool for Sustainable Development, Redefining Progress.
United Nations, 2011. Human Development Report 2011, Sustainability and Equity: A Better
Future for All, United Nations Development Programme, New York, NY.
United Nations, European Commission, International Monetary Fund, OECD, and World Bank,
2003. Integrated Environmental and Economic Accounting 2003.
World Bank and State Environmental Protection Agency, P.R. China, 2007. “Cost of Pollution in
China,” Rural Development, Natural Resources and Environment Management Unit, East Asia
and Pacific Region, The World Bank, Washington, D.C
39
SITES WEB
40
Annexe de Chapitre 8 :
Calculs de base de Comptabilité de Revenu National
Il est important de noter que le PNB et le PIB mesurent seulement la valeur finale
des biens et services. Les valeurs intermédiaires sont exclues pour éviter le double
comptage. Par exemple, considérez certaines des étapes associées dans la production
de votre manuel d’économie. Premièrement une entreprise a coupé le bois et l’a vendu
à une usine de papier. L’usine de papier a ensuite produit du papier et l’a vendu à une
compagnie d’impression. La compagnie d’impression a ensuite imprimé le manuel sous
contrat avec l’éditeur. L’éditeur a ensuite vendu le manuel à un magasin de livres pour
41
la vente finale au consommateur, c’est-à-dire vous ! Si nous ajoutons les prix payés par
l’usine de papier, la compagnie d’impression, l’éditeur, le magasin de livres, et vous,
nous nous retrouverions avec une valeur beaucoup plus haute que le prix auquel vous
avez payé le manuel. Plus il y a d’étapes intermédiaires de production pour produire un
bien, plus la somme de tous les prix payés augmente. Donc, toutes les étapes
intermédiaires ne sont pas comptées et seulement le prix final que vous avez payé est
inclus dans le PNB.
Comme vous pouvez l’imaginer, le calcul de la valeur totale de tous les biens et
services produits dans une économie nationale n’est pas une tâche simple. Les
économistes utilisent une variété de sources de données pour estimer la production
globale y compris des données provenant des déclarations de revenus, des sondages
d’entreprises et de ménages, ainsi que les données gouvernementales. Il existe trois
façons d’obtenir une estimation du PIB : l’approche de produit, l’approche par les
dépenses et l’approche par les revenus. L’approche de produit additionne
simplement la valeur en dollars de tous les biens et services finaux produits dans
l’économie. L’approche par les dépenses additionne les dépenses des
consommateurs, des entreprises, du gouvernement et des institutions, pour les biens et
services finaux. L’approche par les revenus additionne les revenus de tout le monde
dans une économie, et comprend les salaires, bénéfices, revenus de d’investissement,
et revenus des locations.
42
peuvent produire des valeurs différentes. Par exemple, tout ce qui est produit dans une
année peut ne pas être vendu dans la même année. Les économistes ont créé des
méthodes d’ajustements de sorte que les différentes approches doivent théoriquement
produire les mêmes valeurs, mais il reste cependant des écarts statistiques résultant de
la complexité des données ou à cause d’information manquante.
Y = C + I + G + (X-M)
43
Ajustement pour la dépréciation, la croissance de la population et l’inflation
Une raison pour laquelle le PIB n’est pas la meilleure mesure du revenu national
est qu’une portion de l’investissement en capital d’équipement comme les usines et la
machinerie remplace simplement du capital épuisé. Comme le capital qui s’érode,
s’épuise ou devient obsolète diminue la richesse nationale, la dépréciation de ce
capital devrait être comptée comme une déduction du PIB. L’investissement brut moins
la dépréciation s’appelle investissement net. Si nous déduisons la dépréciation du
capital du PIB nous arrivons à une mesure qui s’appelle produit intérieur net (PIN).
La dépréciation du capital fixe revient à environ 10 à 15% du PIB aux Etats-Unis.
L’autre facteur que nous devons contrôler quand nous comparons les valeurs du
PIB au cours du temps est l’inflation. Rappelez-vous que le PIB est basé sur les prix du
marché et le PIB peut donc croître simplement du fait que les prix du marché
augmentent. Donc quand nous comparons les données du PIB de différentes années
nous devons utiliser des dollars constants. Par exemple, supposons que nous savons
que le niveau général des prix en 2012 était deux fois plus élevé qu’il était en 1990.
Donc si nous voulons comparer le PIB pour ces deux années nous pourrions les
comparer en utilisant les dollars 2012 et en doublant le PIB de 1990. Ou nous
pourrions les comparer en utilisant les dollars 1990 et en divisant le PIB de 2012 de
moitié. La première méthode nous donne le PIB réel en dollars 2012, tandis que la
deuxième méthode nous donne le PIB réel en dollars 1990.
44
Table 1 – Données Historiques de Produit Intérieur Brut (PIB), Etats-Unis
Source: Sites Internets du U.S. Bureau of Economic Analysis and U.S. Census Bureau
Un dernier ajustement qui doit être effectué quand on compare les PIB à travers
les pays est d’ajuster selon la parité de pouvoir d’achat. Même si nous utilisons les
taux de change pour convertir le PIB par habitant de tous les pays en dollars
américains, nous devons toujours ajuster en parité de pouvoir d’achat afin de rendre
compte de ce qu’un dollar peut acheter dans différents pays. Par exemple, un dollar
américain converti en monnaie chinoise achètera beaucoup plus en Chine qu’aux Etats-
Unis. Comme mentionné ci-dessus, la Suède a un PIB par habitant plus élevé que les
Etats-Unis, mais quand nous ajustons pour la parité de pouvoir d’achat, le PIB par
habitant aux Etats-Unis est en effet plus élevé qu’en Suède à cause des prix
relativement élevés qui existent en Suède.
Il est bien entendu que le PIB par habitant varie largement de pays en pays. En
2011 la Banque Mondiale a classifié 36 pays dans la catégorie des « revenus bas »,
avec un revenu national brut par habitant de moins de $1,025 par an. Un total d’à peu
près 800 millions de personnes en 2011 vivait dans des pays à «revenus bas»,
principalement des pays africains. Il y avait 108 pays classifiés comme étant à «revenu
intermédiaire» – ceux avec un revenu national brut par habitant entre $1,025 et
$12,475. Ces pays comprennent la majorité de la population du monde, à peu près 5
milliards de personnes, dans des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, la
Russie et l’Indonésie. Finalement, il y avait 70 pays à «revenu élevé», avec un revenu
national brut par habitant plus élevé que $12,475. Ces pays comprennent les Etats-
Unis, le Japon, l’Australie et les pays de l’Europe de l’Ouest et avaient une population
totale d’à peu près un milliard de personnes en 2011.
45
Les données de comptabilité du revenu national illustrent les conditions
économiques différentes selon les pays. Nous pouvons utiliser les données pour
comparer les taux de développement économique et pour déterminer l’inégalité de
revenu entre pays. Mais nous devons être prudents dans l’interprétation des données
de comptabilité nationale. Le PIB mesure seulement le niveau de production
économique global; il ne mesure pas le bien-être social. Si le PIB par habitant
augmente seulement parce que les gens travaillent de plus longues heures, nous ne
pouvons pas conclure qu’ils sont plus heureux. De plus, le PIB par habitant peut
augmenter parce que les membres riches d’une société deviennent eux même encore
plus riches. Les données de PIB ne nous disent rien à propos du niveau d’inégalité
économique dans un pays. Cela et d’autres problèmes que soulèvent l’utilisation du
PIB font qu’il est important d’être conscient des limites du PIB en tant que mesure de
bien-être – avant même de considérer les questions environnementaux et relatives aux
ressources naturelles dont nous avons discuté dans ce chapitre.
Dollars Constants
Dépréciation
Produit Intérieur Brut (PIB)
Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant
Investissement Brut
Produit National Brut (PNB)
Approches de calcul du PIB par les dépenses et les revenus
Investissement Net
Produit Intérieur Net
Parité de Pouvoir d’Achat
Produit Intérieur Brut Réel
Méthode par la Valeur Ajoutée
46