EXTRAIT DE : 2020
Théories de l’apprentissage. de F. Guillemette, C. Leblanc & K. Renaud est mis à disposition selon
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1ère partie :
FAVORISER L’APPRENTISSAGE PAR L’ACTIVATION DES
APPRENTISSAGES ANTÉRIEURS (Jean PIAGET)
Piaget, J. (1969). Psychologie et pédagogie. Paris : Gonthier.
Piaget, J. (1974). Réussir et comprendre. Paris : PUF.
Théorie de l’Assimilation-Accommodation
Assimilation:
L’apprentissage commence toujours par une assimilation, c’est-à-dire que les
informations nouvelles sont placées dans des « schèmes » déjà existants, dans une
classification déjà en place, dans du connu.
L’apprentissage n’est possible qu’à partir de liens avec du connu, avec du déjà-appris.
C’est ainsi que Piaget affirme qu’il faut RÉUSSIR POUR APPRENDRE ou qu’il faut
avoir réussi pour réussir (et non apprendre pour réussir, comme on serait porté à le
croire).
Sur le plan pédagogique : L’enseignant favorise l’assimilation chez l’apprenant en
faisant activer ses apprentissages antérieurs (« Qu’est-ce que vous savez déjà? ») et en
aidant l’apprenant à prendre conscience de ses acquis, de ce qu’il connaît déjà.
L’enseignant favorise l’assimilation en aidant l’apprenant à voir les liens entre ses
apprentissages antérieurs et le nouveau contenu à apprendre. Au besoin, l’enseignant fera
une mise à niveau avec les apprenants pour s’assurer que tous ont bien réussi les
apprentissages préalables. Dans l’apprentissage, tout commence par une réussite. Tout
nouveau défi dans l’apprentissage commence par la reconnaissance de ce qui a déjà été
appris, de ce qui a déjà été réussi.
Accommodation :
L’accommodation est le processus qui consiste à transformer ce qui est déjà
connu (les schèmes déjà existants) pour intégrer les informations, pour les « apprendre »,
en quelque sorte. Ainsi, le connu (ou les schèmes qui servent pour l’assimilation des
informations) se développe, par la transformation des schèmes existants et par
l’élaboration de nouveaux schèmes. C’est l’apprentissage en tant que tel. Chez
l’apprenant, durant cette phase d’accommodation, les liens avec le connu sont de plus en
plus complexes et riches. Les schèmes se transforment pour devenir eux aussi plus
complexes et plus riches. L’apprenant apprend davantage parce que ses processus
cognitifs se transforment, se développent, s’adaptent, s’accommodent.
Sur le plan pédagogique : L’enseignant favorise l’accommodation en proposant de
nouvelles informations qui sont en lien avec le connu et en montrant ces liens. Il favorise
l’accommodation aussi lorsqu’il aide l’apprenant à prendre lui-même conscience des
processus qui établissent les liens entre le connu et ce qui est nouveau dans
l’apprentissage.
L’accommodation passe par un déséquilibre
Lorsque les informations ne sont pas assimilables à un schème existant, cela crée
un déséquilibre chez l’apprenant. L’assimilation ne fonctionne pas. Ce déséquilibre ne
provoque pas d’apprentissage en lui-même; c’est le rééquilibrage qui constitue un
apprentissage. Le rééquilibrage se fait par l’accommodation.
On n’apprend pas du déséquilibre. En d’autres mots, on n’apprend ni de ses erreurs, ni de
la prise de conscience de son ignorance. On apprend lorsqu’on rectifie ses erreurs,
lorsqu’on réussit, lorsqu’on se rééquilibre. Évidemment, il n’y a pas de rééquilibration
s’il n’y a pas de déséquilibre, mais il n’y a pas d’apprentissage s’il n’y a que le
déséquilibre.
L’apprentissage consiste à « rééquilibrer », c’est-à-dire à retrouver un équilibre qui est
« majorant » ou « supérieur ». Ce nouvel équilibre « majoré » est plus solide parce que
plus nuancé, plus complexe, plus riche.
Sur le plan pédagogique: La vie donne amplement d’occasions de faire des erreurs, de se
retrouver en déséquilibre. Il est rarement nécessaire de provoquer ces déséquilibres et il
ne faut jamais souligner les erreurs, ni laisser volontairement les apprenants dans le
déséquilibre. Il faut plutôt faire rectifier rapidement les erreurs, faire vivre des
rééquilibrations, faire vivre des réussites, que ce soit des réussites faciles ou, mieux
encore, des réussites difficiles (suite à un déséquilibre) pour un rééquilibrage majorant.
Lorsqu’on laisse un apprenant en déséquilibre (ou, pire, lorsqu’on accentue trop
l’expérience du déséquilibre), on nuit à son développement.
Réussir pour apprendre (on n’apprend pas de ses erreurs)
À proprement parler, il n’y a apprentissage que dans l’accommodation. Mais
l’accommodation n’est possible que s’il y a d’abord une assimilation. L’apprentissage se
situe dans l’opération de rééquilibrage, donc dans la réussite. L’apprentissage est une
suite de boucles (majorantes) d’assimilation et d’accommodation. En d’autres mots,
l’apprentissage n’est possible qu’à partir de liens avec du connu (apprentissages
antérieurs) et à condition qu’un nouvel équilibre (supérieur) soit trouvé.
Sur le plan pédagogique : L’enseignant guide l’apprenant pour lui faire vivre des
réussites: de petites réussites, des réussites par étapes, etc. Et il souligne les réussites.
L’enseignant doit être vigilant pour identifier les erreurs afin de les faire rectifier au fur et
à mesure, mais il ne souligne pas les erreurs, ni ne les fait analyser. L’erreur n’est utile
que lorsqu’elle est rectifiée. Lorsqu’elle se manifeste, il ne s’agit pas de la nier, mais de
la transformer en défi pour une plus grande réussite.
Il ne s’agit donc pas d’interdire l’erreur. L’enseignant permet l’erreur. Mais il ne la
souligne pas. Il s’assure que les erreurs sont rectifiées. Il s’assure que l’apprenant réussit.
Il ne parle pas de faiblesses, de lacunes ou de points à améliorer, mais de défis à relever.
Il identifie des défis qui sont « possibles », qui mènent à une réussite avec une certaine
assurance. Par exemple, si l’enseignant n’a pas l’assurance que l’erreur sera rectifiée
avant la fin d’un cours, il s’abstient de souligner cette erreur. Il la fera rectifier à une
autre occasion.
On apprend de ses réussites. Donc, il faut donner la possibilité à l’étudiant de rectifier ses
erreurs et il faut souligner ses réussites lorsqu’il rectifie ses erreurs. L’enseignant aide
l’apprenant à élaborer des schèmes ou des connaissances qui vont lui permettre de relever
de plus grands défis de développement et de réaliser de plus grandes réussites.