Josee Chapitre IV V
Josee Chapitre IV V
Ce chapitre présente de manière détaillée les résultats de l’étude menée dans les écoles
primaires publiques et privées de Yaoundé VI (n = 120 répondants). L’analyse est
structurée en trois grandes sections : (i) la description de l’échantillon, (ii) les statistiques
descriptives et l’examen itemisé des dimensions étudiées, et (iii) les tests d’hypothèses.
Les tableaux sont renumérotés de 4.1 à 4.12, et chaque tableau est suivi d’une
interprétation approfondie. Sauf mention contraire, les intervalles de confiance (IC) sont
fournis à 95 % en utilisant l’approximation normale. Les pourcentages sont rapportés
avec une précision à une décimale lorsque disponible.
Modalité N %
Femmes 72 60.0
Hommes 48 40.0
La distribution par sexe est déséquilibrée en faveur des femmes (Femmes : 72, soit
60.0 %; Hommes : 48, soit 40.0 %). Le ratio F/H = 1.50. L’intervalle de confiance à 95 %
pour la proportion de femmes est [51.2 % ; 68.8 %] et celui des hommes est [31.2 % ;
48.8 %]. L’intervalle des femmes ne recouvre pas la parité (50 %), ce qui suggère
statistiquement une féminisation de l’échantillon.
% par sexe
70
60
60
50
40
40
30
20
10
0
Femmes Hommes
Modalité N %
< 30 ans 18 15.0
30–39 ans 48 40.0
40–49 ans 36 30.0
≥ 50 ans 18 15.0
La distribution des âges est unimodale, avec un mode dans la classe 30–39 ans (48
répondants, 40,0 %). La précision des estimations varie logiquement avec l’effectif de
chaque classe, comme l’indiquent les IC95 % suivants : < 30 ans : 18 (15,0 %), IC95 % ≈
[8,6 % ; 21,4 %] ; 30–39 ans : 48 (40,0 %), IC95 % ≈ [31,2 % ; 48,8 %] ; 40–49 ans : 36
(30,0 %), IC95 % ≈ [21,8 % ; 38,2 %] ; ≥ 50 ans : 18 (15,0 %), IC95 % ≈ [8,6 % ; 21,4
%]. L’intervalle de la classe 30–39 ans, le plus étroit, traduit l’estimation la plus précise.
Répartition par tranches d’âge
48
36
18 18
Modalité N %
< 5 ans 24 20.0
5–10 ans 42 35.0
11–20 ans 36 30.0
> 20 ans 18 15.0
La distribution de l’ancienneté montre une concentration centrale sur les classes 5–10 ans
puis 11–20 ans, tandis que les extrêmes (< 5 ans et > 20 ans) sont moins représentés. Au
total, les strates centrales cumulent 65,0 % des répondants (42 + 36 = 78/120), contre
35,0 % pour les extrêmes (24 + 18 = 42/120). Le rapport 5–10 ans / > 20 ans est
d’environ 2,33 (35,0 % / 15,0 %), ce qui souligne la prépondérance d’une ancienneté
intermédiaire. Les intervalles de confiance (IC95 %) se chevauchent partiellement entre
les deux classes centrales (26,5–43,5 % vs 21,8–38,2 %), de sorte qu’on ne peut pas
conclure à une différence statistiquement certaine entre elles sans test d’hypothèse dédié ;
toutefois, l’ordre central 5–10 ans > 11–20 ans > (< 5 ans, > 20 ans) est cohérent avec les
estimations ponctuelles. On note enfin que la précision absolue (largeur de l’IC) varie
avec la proportion observée : les classes centrales ont des marges d’erreur absolues un
peu plus larges (≈ ±8–9 points) que les extrêmes (≈ ±6–7 points), mais ces dernières
présentent une précision relative moins bonne (puisque ±6–7 points rapportés à 15 % ou
20 % représentent une part plus élevée de l’estimation). En résumé, la masse centrale (5–
20 ans) domine clairement la structure d’ancienneté (près des deux tiers de l’échantillon),
tandis que les extrêmes restent minoritaires ; les IC95 % confirment ce profil, avec un
léger chevauchement entre les deux classes centrales mais un écart net par rapport aux
plus fortes anciennetés (> 20 ans).
18
24
< 5ans
5-10 ans
11-20 ans
> 20 ans
36
42
Modalité N %
Public (FR) 78 65.0
Privé (FR) 42 35.0
Les établissements publics francophones constituent 65,0 % de l’échantillon (IC95 % ≈
[56,5 % ; 73,5 %]), contre 35,0 % pour le privé (IC95 % ≈ [26,5 % ; 43,5 %]). Les
intervalles de confiance sont disjoints, attestant un écart substantiel et statistiquement net
en faveur du public (Δ = 30 points ; ratio public/privé ≈ 1,86). Par ailleurs, la part du
public dépasse largement la parité (50 %), renforçant le constat de surreprésentation.
Types d'établissements
42
78
La dimension Intégration curriculaire (A) présente un gradient net entre ses quatre
facettes, ordonnées A1 > A4 > A2 > A3, avec une étendue inter-items de 24,5 points
(77,8 – 53,3). A1 se situe dans le quart supérieur de l’échelle (0–100), tandis que A3 reste
au centre-bas. Les intervalles de confiance (IC95 %) des pourcentages d’accord
corroborent globalement cet ordonnancement :
A4 est au-dessus de A3 (sa borne inférieure, 68,1 %, dépasse la borne supérieure d’A3,
63,9 %).
Entre A4 et A2, les IC95 % se chevauchent ([68,1 % ; 83,5 %] vs [61,8 % ; 78,2 %]), de
sorte que la hiérarchie A4 > A2 doit être interprétée avec prudence au plan inférentiel.
En somme, la primauté d’A1 sur A2–A3 et la supériorité d’A4 sur A3 sont étayées
statistiquement par les IC95 %; la distinction fine entre A4 et A2 demeure en revanche
indécise au seuil de 5 % en raison du chevauchement des intervalles. Cette configuration
confirme une hiérarchisation robuste des facettes, avec une dominance environnementale
(A1) et une relative faiblesse de l’axe économique (A3).
Intégration curriculaire (A)
65.8
77.8
53.3
63.9
La dimension institutionnelle (B) révèle un profil contrasté : les niveaux sont plus élevés
pour B1 et B3 (axes de pilotage/contrôle) que pour B2 (lignes directrices) et surtout B4
(suivi interne régulier). L’étendue inter-items d’environ 17,5 points (entre 68,3 et 50,8)
excède la variabilité d’erreur suggérée par les IC95 %, ce qui indique des écarts
structurels entre sous-dimensions. Sur le plan inférentiel :
B1 vs B4 et B3 vs B4 : intervalles disjoints (B1 : [69,1 %; 84,3 %] / B3 : [70,9 %; 85,7
%] au-dessus de B4 : [42,8 %; 60,6 %]) ⇒ écart statistiquement net en faveur du
pilotage/contrôle.
En synthèse, B3 ≈ B1 > B2 > B4 sur le plan descriptif, avec des écarts statistiquement
établis entre (B1/B3) et B4, tandis que les différences impliquant B2 requièrent une
interprétation prudente en raison du chevauchement des intervalles de confiance.
Dispositifs institutionnels (B)
67.5 68.3
57.8
50.8
s t )
DD el
le en 4 .7
’E i ra
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c
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i i
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M gn In Su
B1 Li B3 B4
B2
Moyenne (0–100)
72.2
65
59.4
47.5
D e e e
çu ol tiv
sD re éc a
ort n ip
p
ED
D
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Ac C2 o Pé
Pr C4
C1 C3
Moyenne (0–100)
Sur le plan inférentiel, les IC95 % des accords sont largement chevauchants : D2 et D3 ≈
[77,7 % ; 90,7 %], D1 ≈ [71,9 % ; 86,5 %], D4 ≈ [68,1 % ; 83,5 %]. Les largeurs
d’intervalle sont de l’ordre de 13,0 points pour D2/D3, 14,6 points pour D1 et 15,4 points
pour D4, ce qui est cohérent avec n = 120. En conséquence, les écarts observés (par ex.
D2 − D4 = 7,3 points en moyenne ; 84,2 % − 75,8 % = 8,4 points en accord) doivent être
considérés comme robustes descriptivement parlant mais non conclusifs au seuil de 5 %
faute d’intervalles disjoints ; le rang D2 ≈ D3 > D1 > D4 demeure toutefois stable dans
les données.
Obstacles (D)
74.2 73.9
68.9
66.9
Moyenne (0–100)
4.3 Tests d’hypothèses
H1. Les programmes primaires au Cameroun intègrent de manière partielle les principes
du DD, en mettant davantage l’accent sur la dimension environnementale que sur les
dimensions sociale et économique.
H3. L’usage insuffisant des méthodes pédagogiques actives limite l’appropriation des pri
ncipes du DD par les élèves du primaire.
Dans le modèle expliquant l’intégration globale (A), aucun des trois prédicteurs — C1–
C2 (Ressources/Formation), B (Soutien institutionnel) et Pédagogies actives — n’atteint
la significativité (p > 0,05) et le pouvoir explicatif est très faible (R² ≈ 0,018). Autrement
dit, dans cette spécification, la variance d’A apparaît largement indépendante de ces
variables (coefficients standardisés faibles et intervalles de confiance recouvrant zéro), ce
qui limite toute inférence causale ou même associative.
Cette absence d’effets peut traduire un arrimage prioritaire d’A aux prescriptions
curriculaires formelles et aux orientations ministérielles explicites, ou encore l’action de
moteurs structurels non observés (format des évaluations officielles, marges horaires
discrétionnaires, mécanismes d’accountability, leadership d’établissement). Elle peut
aussi résulter d’omissions de variables (p. ex. dispositifs de co-planification, outils
didactiques d’interdisciplinarité), d’inadaptations de forme fonctionnelle (non-linéarités,
interactions non modélisées), d’erreur de mesure sur l’indicateur A, ou d’une puissance
statistique insuffisante pour détecter de petits effets. En pratique, l’examen d’effets
hiérarchiques (modèles multiniveaux école/classe), l’intégration de covariables
institutionnelles supplémentaires et le test d’interactions constitueront des pistes
pertinentes pour affiner ce résultat nul provisoire.
Les statistiques descriptives (Tableaux 4.5–4.8) mettent en évidence des niveaux élevés
pour les pédagogies actives et l’intégration environnementale, contrastant avec des scores
plus modestes pour Ressources/Formation et un niveau d’obstacles globalement élevé.
Les intervalles de confiance sur proportions et moyennes confortent ces tendances et
attestent la robustesse de l’ordonnancement inter-items, tout en révélant une variabilité
inter-répondants non négligeable.
Les modèles de régression (Tableaux 4.9–4.12) indiquent un rôle significatif des supports
(C1) et de la formation (C2) dans l’activation des pédagogies (H1 ; R² ≈ 0,316), alors que
l’interdisciplinarité (A4) et l’intégration globale (A) ne sont pas expliquées par les
prédicteurs considérés (H2 ; R² ≈ 0,033 / H3 ; R² ≈ 0,018), suggérant l’influence de
facteurs contextuels non mesurés. Enfin, la diminution des obstacles est associée à un
meilleur accès aux supports (H4 ; R² ≈ 0,049), conformément au signe négatif du
coefficient de C1. Dans l’ensemble, le chapitre met en évidence une dynamique où les
leviers concrets (supports, outillage, formation) influencent directement les pratiques et,
indirectement, la perception des obstacles, tandis que les dimensions plus structurelles
(interdisciplinarité, intégration curriculaire au sens large) paraissent relever davantage de
déterminants institutionnels/organisationnels non captés par le modèle présent.
CHAPITRE V — DISCUSSION GÉNÉRALE, CADRES THÉORIQUES,
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
L’argument central est le suivant : l’EDD ne se déploie pas par la seule proclamation
d’objectifs (ODD 4.7), mais par la mise en place d’un écosystème opérationnel d’outils,
de formation et de coordination qui rend les pratiques possibles et durables. Les résultats
confirment le rôle déterminant des leviers concrets accès aux supports et formation dans
l’activation des pédagogies actives, tandis que les dispositifs méso-organisationnels
créneaux de co-planification et routines de suivi interne conditionnent l’interdisciplinarité
et la pérennisation des innovations. Cette lecture articule les niveaux micro (classe), méso
(établissement/inspection) et macro (prescriptions), et fonde la trame des
recommandations proposées.
Quatrièmement, les obstacles (D1–D4) se situent dans une bande haute et resserrée,
traduisant une co-élévation des difficultés perçues (manque de formation continue,
pénurie de ressources, surcharge curriculaire, encadrement limité). Fait saillant, l’accès
aux supports (C1) est négativement associé au niveau global d’obstacles, ce qui suggère
un effet amortisseur : des ressources robustes et prêtes à l’emploi réduisent
simultanément la charge de préparation, les frictions logistiques et l’incertitude
évaluative. Au total, se dessine un portrait cohérent : l’EDD s’active par des leviers
concrets de classe et se pérennise par des routines méso-organisationnelles, tandis que
l’équilibrage des trois piliers du DD appelle un renforcement ciblé des dimensions sociale
et économique, adossé à des supports et évaluations alignés.
Sur le plan curriculaire, l’enjeu n’est pas d’« ajouter » sporadiquement des contenus, mai
s de scénariser une progression spiralaire avec des attendus par cycle et des preuves d’app
rentissage explicites, afin que les trois piliers irriguent durablement disciplines et projets.
Les mécanismes de suivi de l’ODD 4.7 montrent que les systèmes progressent lorsque ce
s attendus EDD sont explicités dans les curricula et reflétés dans l’évaluation (rubriques p
artagées, items contextualisés) (APCEIU & ACER, 2024 ; UNESCO, 2020). Les revues
récentes au primaire confirment l’intérêt d’activités contextualisées, d’études de cas local
es et de projets d’école pour rendre saillants les volets social et économique, ainsi que d’o
utils d’évaluation rendant ces apprentissages visibles et cumulables (APCEIU & ACER,
2024 ; UNESCO, 2020).
En pratique, trois leviers curriculaires ressortent pour équilibrer A1–A4 : (1) des études d
e cas locales (équité, participation, citoyenneté) pour densifier A2 ; (2) des tâches-problè
mes sur la consommation responsable et des micro-projets d’entrepreneuriat scolaire pour
concrétiser A3 ; (3) des créneaux de co-planification appuyés sur des modèles de séquenc
es interdisciplinaires pour installer A4 au-delà de l’addition disciplinaire—dans l’esprit d
es outils recommandés par ESD for 2030 (UNESCO, 2020
Dans une lecture d’Activity Theory, l’absence ou la faiblesse d’artefacts communs (agen
das de réunion, trames de planification, rubriques co-construites) limite l’alignement des
médiations entre acteurs, ce qui freine la coopération inter-disciplinaire (A4) et la circulat
ion des « preuves d’apprentissage » (Engeström, 1987/2015). Les artefacts ne sont pas de
simples accessoires : ils médiatisent l’activité et rendent visibles les objets de travail parta
gés ; leur absence rend l’interdisciplinarité intermittente et dépendante d’initiatives indivi
duelles. D’un point de vue implémentationnel, le CFIR recommande de passer d’un pilota
ge par directives à un pilotage par l’appui, où l’organisation fournit des boucles de feedba
ck, des espaces de résolution de problèmes en équipe et un accompagnement de proximit
é qui tiennent compte du contexte spécifique (Damschroder et al., 2009 ; Damschroder et
al., 2022).
Les cadres internationaux de l’EDD (ESD for 2030) et les dispositifs de monitoring de l’
ODD 4.7 convergent : l’appropriation durable passe par un alignement prescriptions–éval
uations–accompagnement. Autrement dit, les attendus curriculaires doivent être rendus é
valuables et outillés dans les établissements, puis soutenus par des routines de suivi simpl
es et utiles ; à défaut, l’innovation reste périphérique et fragile (UNESCO, 2020 ; UNESC
O, 2024).
Logique d’effet. Ces trois routines rendent visibles les attentes, observables les pratiques e
t discutables les écarts, tout en installant des boucles de rétroaction régulières. Elles tradu
isent le passage d’un pilotage de conformité à un pilotage par l’appui, en cohérence avec
ESD for 2030 et les principes CFIR (UNESCO, 2020 ; Damschroder et al., 2009).
Dimension C — Dispositifs pédagogiques (C1–C4)
Les résultats indiquent des niveaux élevés de pédagogies actives (C3–C4), mais une forte
dépendance à la disponibilité de supports (C1) et à la formation (C2). Ce profil est cohére
nt avec la littérature sur la pédagogie structurée, selon laquelle des matériels guidés (banq
ues d’activités, plans de leçon, rubriques), combinés à une formation ancrée dans la pratiq
ue et à un accompagnement continu, améliorent la qualité de l’instruction et la fréquence
des tâches cognitives exigeantes (Westbrook et al., 2013; Desimone, 2009). En EDD, l’o
utillage concret réduit la charge de préparation, facilite la différenciation et l’inclusion (U
DL), et augmente la probabilité d’un transfert durable en classe (CAST, 2018).
Empiriquement, cela se traduit par une hiérarchie d’effets qui privilégie les supports cont
extualisés (C1) et la formation adossée à ces supports (C2) comme leviers de montée en c
harge des pédagogies actives, tandis que l’accompagnement par feedback bref, fréquent e
t spécifique ancre les routines et évite la régression des pratiques. Les revues en EDD au
primaire soulignent, dans le même sens, la valeur des tâches contextualisées et des ressou
rces ouvertes pour développer des compétences transversales (pensée critique, collaborati
on, responsabilité) et donner de la visibilité aux apprentissages (par ex. journaux d’enquêt
e, portfolios) (Desimone, 2009; CAST, 2018).
Encadré 5.C — Paquet « supports + formation + feedback »
Composant Description Effet attendu
Banque de 60–80 tâches EDD par cycle (fi Activation régulière de séances
Supports (C
ches enseignant/élève, visuels, protocoles, actives ; réduction de la charge
1)
rubriques associées) de préparation
3 ateliers courts (3×3 h) directement adoss Transfert rapide en classe ; align
Formation
és aux mêmes tâches, avec démonstrations ement TPACK et principes UD
(C2)
et essais guidés L
Observation croisée mensuelle (10–15 mi Affinement des pratiques ; pére
Feedback n) avec gabarit de retour bref et points d’ac nnité des routines ; montée en c
tion ompétence perçue
Logique d’ensemble. Le paquet intégré fournit des artefacts visibles (Rogers, 2003), align
e contenu, pédagogie et supports (Mishra & Koehler, 2006), augmente l’accessibilité et l’
inclusion (CAST, 2018) et renforce, via le coaching/feedback, les déterminants psychoso
ciaux de l’action (Ajzen, 1991). Il en résulte une intensification des pédagogies actives (C
3–C4) proportionnelle à l’amélioration de C1 et C2.
Ces mécanismes s’alignent avec la littérature sur les programmes de pédagogie structurée
en contextes contraints : les paquets intégrés (matériels guidés + formation +
accompagnement) améliorent la qualité de l’instruction et la stabilité des routines en
Afrique subsaharienne, notamment lorsque le temps d’enseignement et les moyens
matériels sont limités (Westbrook et al., 2013; Hoadley, 2024; Piper, 2024). Les
synthèses de politiques « Smart Buys » soulignent par ailleurs qu’un coaching léger, à
haute fréquence mais à faible coût, produit des gains substantiels à la fois sur l’instruction
et, en aval, sur les acquis des élèves (GEEAP, 2023; Kraft, Blazar, & Hogan, 2018). En
EDD, la sobriété technologique et la réutilisabilité des ressources constituent des atouts :
des kits low-tech (fiches plastifiées, cartes locales, protocoles d’observation,
pictogrammes) sont fiables, peu coûteux et aisément partageables au sein des équipes,
tout en demeurant compatibles avec les infrastructures des écoles (UNESCO, 2020).
Théoriquement, trois cadres se combinent pour expliquer la réduction des obstacles. (1)
Dans la théorie du comportement planifié, les supports renforcent le contrôle
comportemental perçu, la formation ajuste les attitudes et la culture d’équipe promeut des
normes subjectives favorables, rendant l’action plus probable (Ajzen, 1991). (2) Avec la
théorie de l’activité, les artefacts (fiches, rubriques, trames de réunion) médiatisent
l’activité et coordonnent les rôles ; leur absence accroît la friction organisationnelle
(Engeström, 2015). (3) La diffusion des innovations rappelle qu’un dispositif visible,
testable et à faible coût possède un avantage relatif qui accélère l’adoption et fait baisser
la perception d’obstacles (Rogers, 2003).
Opérationnellement, trois lignes d’action se dégagent. Premier axe : doter chaque cycle
d’une banque de tâches EDD contextualisée, avec rubriques et preuves d’apprentissage
exemplaires ; ces artefacts réduisent la charge de préparation et sécurisent l’évaluation.
Deuxième axe : proposer des ateliers courts (3×3 h) adossés aux mêmes tâches, avec
essais en classe et retours formatifs ; l’alignement formation-ressources maximise le
transfert. Troisième axe : installer un feedback de proximité (observation croisée 10–15
min, gabarit de retour bref), qui consolide les routines à coût marginal réduit et favorise
l’appropriation collective (Kraft et al., 2018; GEEAP, 2023). En parallèle, des routines
B4 minimales — co-planification bimensuelle et mini-tableau de bord (4–5 indicateurs)
— permettent de surveiller l’évolution des obstacles et de décider d’ajustements par
itérations courtes, plutôt que par injonctions diffuses (UNESCO, 2020).
Première, les leviers concrets situés au plus près du geste professionnel, accès à des
supports contextualisés, formation adossée à ces mêmes supports, feedback bref et
régulier—constituent le moteur immédiat de l’activation pédagogique. Empiriquement,
l’accès aux supports (C1) et la formation en EDD (C2) sont positivement et
significativement associés aux pédagogies actives (C3–C4), avec un poids relatif plus fort
pour C1. Cette hiérarchie confirme qu’en contexte contraint (temps, ressources), ce sont
d’abord les artefacts prêts à l’emploi (fiches, protocoles, rubriques, portfolios) qui
transforment l’intention en pratique. La formation démultiplie l’effet à condition d’être
adossée aux mêmes artefacts et de proposer des démonstrations et essais guidés, tandis
que le feedback de proximité (observation croisée courte) consolide l’appropriation.
Quatrième, les obstacles (D1–D4) forment un nœud systémique mais réductible. La co-
élévation des difficultés—formation continue insuffisante, pénurie de ressources,
surcharge curriculaire, encadrement limité montre que les freins se renforcent
mutuellement. Pourtant, l’association négative entre supports (C1) et niveau d’obstacles
révèle un effet amortisseur : une dotation pertinente en artefacts robustes et contextualisés
agit simultanément sur la préparation, la logistique et l’évaluation. Lorsqu’on y ajoute
une formation brève et un feedback structuré, on enclenche une boucle vertueuse où
s’accroissent l’auto-efficacité des enseignants, la lisibilité des apprentissages, et la
prévisibilité des routines, ce qui abaisse durablement la perception de contrainte.
Ces conclusions dialoguent étroitement avec les cadres théoriques mobilisés. La diffusion
des innovations explique le rôle d’artefacts observables, testables et peu coûteux qui
confèrent un avantage relatif à l’adoption de pratiques EDD. Le cadre TPACK éclaire le
couplage entre contenu, pédagogie et technologie/ressources dans la conception de tâches
authentiques ; l’UDL rappelle la nécessité d’une accessibilité et d’une différenciation
réelles pour l’ensemble des élèves. L’Activity Theory met en lumière la fonction
médiatrice des artefacts et des outils de coordination dans l’activité collective des écoles.
Enfin, une lecture par les cadres de mise en œuvre insiste sur le passage d’un pilotage de
conformité à un pilotage par l’appui, fondé sur des boucles de feedback, la résolution de
problèmes en équipe et l’accompagnement de proximité.
Du point de vue des apports, le travail fournit (i) un profilage intégré des quatre
dimensions A–D au primaire en contexte urbain camerounais ; (ii) des preuves
empiriques sur les mécanismes : le poids des supports et de la formation sur l’activation
pédagogique, l’importance de la co-planification/suivi (B4) pour la stabilisation, et le rôle
de l’évaluation dans l’équilibrage curriculaire ; (iii) un répertoire d’artefacts et de
routines immédiatement mobilisables par les établissements. Sur le plan méthodologique,
la combinaison d’analyses descriptives (moyennes, IC) et inférentielles (coefficients
standardisés, interprétation des tailles d’effet) renforce la validité des inférences et
clarifie l’ordre de grandeur des leviers.
Cette étude comporte toutefois des limites : un devis transversal qui ne permet pas
d’inférer des causalités fortes ; des mesures auto-rapportées exposées à des biais de
désirabilité ; certains sous-indices à faible nombre d’items ; et une généralisabilité
circonscrite au territoire étudié. Ces limites invitent à des compléments : essais
pragmatiques de paquets intégrés (supports + formation + feedback + suivi) avec groupes
de comparaison ; études multi-niveaux pour isoler les effets établissement/inspection ;
validations de rubriques pour les tâches complexes de l’EDD ; et suivis longitudinaux du
transfert post-formation.
Sur le plan opérationnel, les résultats convergent vers une mise à l’échelle réaliste fondée
sur un paquet intégré et gradué. Au niveau de la classe, il s’agit de déployer des banques
de tâches EDD contextualisées, accompagnées de rubriques et d’exemples de preuves
d’apprentissage, et de proposer des ateliers courts adossés à ces tâches, complétés par un
feedback de proximité. Au niveau de l’établissement, l’instauration de routines B4
minimales—co-planification bimensuelle, observation croisée mensuelle, mini-tableau de
bord trimestriel—donne de la traction aux innovations. Au niveau du système,
l’alignement curriculaire-évaluatif (attendus par cycle, items contextualisés,
reconnaissance des preuves d’apprentissage) et un pilotage par l’appui (partage de
ressources, coaching léger) créent l’environnement propice à la durabilité.
Mesures clés.
Normaliser les attendus par cycle. Publier des attendus EDD explicites pour chaqu
e cycle, couvrant clairement les volets social et économique (en plus de l’environ
nemental). Associer à chaque attendu des exemples de tâches (enquête, débat, proj
et) et des critères d’évaluation opérationnels (rubriques brèves et partagées).
Aligner l’évaluation nationale. Introduire des items EDD contextualisés dans les é
valuations sommatives (écrits, oraux, tâches complexes). Mettre à disposition des
banques d’items et des rubriques officielles pour harmoniser les pratiques d’évalu
ation.
Passer au pilotage par l’appui. Reconfigurer le rôle des inspections vers l’accomp
agnement : visites brèves, feedback formatif, points d’action, mutualisation d’exe
mples. Appuyer la création de communautés de pratique (intra/inter-établissement
s).
Produire des kits nationaux EDD. Financer un corpus national de kits (banques de
tâches, visuels, protocoles d’observation, rubriques et journaux d’élève) en format
s papier et low-tech, sous licence ouverte, avec mise à jour annuelle.
Institutionnaliser les routines B4. Exiger, par circulaire, des routines minimales : c
o-planification bimensuelle, observation croisée mensuelle (10–15 min, gabarit de
feedback court) et mini-tableau de bord trimestriel (4–5 indicateurs simples).
Indicateurs de suivi (exemples). Taux d’écoles dotées des kits ; poids des items EDD da
ns les examens ; proportion d’établissements tenant les routines B4 ; utilisation déclarée d
es rubriques ; nombre de visites d’appui et de plans d’action suivis.
Supports. Mettre en place une banque d’activités EDD par cycle (60–80 tâches co
ntextualisées) : fiches enseignant/élève, protocoles d’enquête, visuels, rubriques et
exemples de preuves d’apprentissage (journaux, portfolios).
Formation adossée. Organiser 3 ateliers courts (3×3 h) directement adossés aux m
êmes tâches : démonstrations, essais guidés, planification rapide, adaptation locale.
Feedback de proximité. Programmer une observation croisée mensuelle (10–15 m
in) avec gabarit de retour (2–3 points d’action) et revue rapide en équipe.
Organisation pédagogique.
Pilotage d’établissement.
Rituels courts et utiles. Réunions bimensuelles (45–60 min) focalisées sur l’échan
ge de séquences, l’analyse d’une production d’élève et la planification des deux se
maines suivantes.
Priorités d’étude.
Outils d’évaluation EDD. Élaborer et valider des rubriques pour tâches complexes
(enquête, débat, projet) : validité de construit, fidélité inter-juges, sensibilité au
changement.
Ajzen, I. (1991). The theory of planned behavior. Organizational Behavior and Human
Decision Processes, 50(2), 179–211.
APCEIU, & ACER. (2024). Being and becoming global citizens: Measuring progress to
ward SDG 4.7 (Phase II). APCEIU/ACER. ACER Research Repositoryunescoapceiu.org
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nge. Educational Researcher, 32(6), 3–12. SAGE JournalsJSTOR
Damschroder, L. J., et al. (2009). Fostering implementation of health services research fin
dings into practice: A consolidated framework. Implementation Science, 4, 50. BioMed C
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Damschroder, L. J., et al. (2022). The updated Consolidated Framework for Implementati
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Rogers, E. M. (2003). Diffusion of innovations (5th ed.). Free Press. Simon & Schuster
Souhaitez-vous que j’insère ce passage (avec la table et les références) directement dans
votre document Word du Chapitre 5 ?
UNESCO. (2020). Education for Sustainable Development: A roadmap (ESD for 2030).
UNESCO Digital Library
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