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Harper's Bazaar France - Octobre 2025

A l'image de son héritage, Harper’s Bazaar France offre un décryptage de notre époque à travers le prisme de la mode, de la beauté et de la culture. Vous y découvrirez des séries mode avant-gardiste et époustouflantes, des productions beauté libres et conscientes, et tout un volet culturel iconoclaste… | GLOBAL DIGITAL PRESS | https://t.me/globalpressrussia

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Harper's Bazaar France - Octobre 2025

A l'image de son héritage, Harper’s Bazaar France offre un décryptage de notre époque à travers le prisme de la mode, de la beauté et de la culture. Vous y découvrirez des séries mode avant-gardiste et époustouflantes, des productions beauté libres et conscientes, et tout un volet culturel iconoclaste… | GLOBAL DIGITAL PRESS | https://t.me/globalpressrussia

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OCT.

2025 4,9 e

FRANCE

LE
SPÉCIAL
MODE
CHLOE.COM

© 2025 CHLOÉ SAS, ALL RIGHTS RESERVED


Flowerlace
Boucles d’oreilles

Haute Joaillerie, place Vendôme depuis 1906

vancleefarpels.com
OCT. 2025

FR ANCE

Rédacteur en chef Directeur créatif Directrice mode


OLIVIER LALANNE FRANCK DURAND ÉLODIE DAVID-TOUBOUL

Directrices artistiques Directeurs du casting


ANAÏS MESMACQUE PIERGIORGIO DEL MORO
LISE DE MARTINO et HELENA BALLADINO
pour DM Casting
Directeurs du design avec ALEJANDRA PEREZ
MARIN MUTEAUD
SOPHIE HUFFSCHMITT Production
HORTENSE BERNARDIN
Directrice beauté
JULIE LEVOYER Responsable digital Contributeurs
Rédactrice et market editor beauté EMMANUELLE PAUL Emmanuelle Alt, Joane Amay,
CHLOÉ LAFOREST Cheffe de rubrique mode Web Ambre Chalumeau, Sophie Estève,
Directrice culture MITIA BERNETEL John Galliano, Daria Di Gennaro,
FLORINE DELCOURT Rédactrices Web Jason Glasser, Alice Goddard,
MARIE CLAUDEL Sibylle Grandchamp, Jérôme
Rédacteur et market editor SARAH RENARD Hanover, Noémie Lecoq, Crista
mode, joaillerie, horlogerie avec TÉA ANTONIETTI Leonard, Julien Magalhaes, Hélène
PAUL-ARTHUR JEAN-MARIE Manche, Jean Marques, Amanda
Social media manager Miller, Gary David Moore, Stanislas
Assistante mode JEANNE PICOU Motz-Neidhart, Nicolas Mur,
WAFA DJEBBAR Brand content manager Ferry van der Nat, Olivier Nicklaus,
Graphiste MAHAUT HARLEY Valentine Pétry, Eduard Sánchez
MAXIME ORIO Ribot, David Sims, Theo Sion,
Assistante de la rédaction Anita Szymczak, Mathias Tichadou,
Chef du service photo KATHERINE MONTÉMONT Natalie Turnbull, Willy Vanderperre,
ISABELLE SOUCI Drew Vickers, Panos Yiapanis
avec ANNE DOUBLET
et NATHALIE BENCAL

Édition
FRÉDÉRIC ARON
avec CHRISTIAN DEBRAISNE,
PATRICIA LEPEZ et
NATHALIE GARCIA-MORA
OCT. 2025

FR ANCE

Directeur de la publication
ARNAUD LAGARDÈRE

Directeur général Prisma Media,


en charge de la régie, de la
transformation et du pôle luxe
PHILIPP SCHMIDT

SERVICE PUBLICITÉ Planning manager Responsable vente au numéro


[email protected] TYPHAINE DUMOND (64 72) DOUNIA LAZAAR-
BAAROUN (50 23)
Directrice exécutive adjointe Assistante de publicité
CAROLINE DURET MARIE-ADÉLAÏDE COMPTABILITÉ
MOREIRA (46 49) [email protected]
Directeur délégué marketing
et communication SERVICE MARKETING
HEARST MAGAZINES
CHARLES JOUVIN INTERNATIONAL
Directrice marketing pôle luxe
Directrice déléguée NORA BOUABIDA
JONATHAN WRIGHT,
MARIA-ISABELLE President of Hearst Magazines
DE SAINT-BAUZEL Responsable marketing
CASSANDRE ROSSIGNOL International

Industry director mode luxe KIM ST. CLAIR BODDEN, SVP/


JULIETTE MORAX Directeur marketing client
LAURENT GROLÉE Global Editorial & Brand Director

Industry director mobilité- ELÉONORE MARCHAND,


horlogerie-international FABRICATION
Global Editorial Director,
DOMINIQUE BELLANGER Luxury Brands
Directrice de la fabrication
Senior client partner mode et de la vente au numéro
SYLVAINE CORTADA INTERNATIONAL EDITIONS
– international
JEAN-PIERRE MILLEN Arabia, Australia, Brazil, China,
Fabrication
JEAN-BERNARD DOMIN Czech Republic, France, Germany,
Senior client partner beauté Greece, Hong Kong, India, Indonesia,
SARAH MASSIGNAN [email protected])
Italy, Japan, Kazakhstan, Korea,
ÉRIC ZUDDAS Latin America, Malaysia, Netherlands,
Senior client partner Qatar, Saudi, Serbia, Singapore,
mode-joaillerie [email protected]
Spain, Taiwan, Thailand, Turkey,
JEANNE PAILLET Ukraine, UK, US, Vietnam.

SERVICE ABONNEMENTS HARPER’S BAZAAR FRANCE Photogravure : Armstrong, 139-141 boulevard Ney, Paris 18e, Publié et distribué par SAS Prisma Media avec l’autorisation
62 066 ARRAS CEDEX 9 France. Impression : Mohn Media Mohndruck GmbH, Carl de Hearst Magazine Media, Inc., New York, New York, 13, rue
TÉL. : 0 808 809 063 (SERVICE GRATUIT + PRIX APPEL) Bertelsmann Str. 161 M, 33311 Gutersloh – Allemagne. Henri-Barbusse, 92230 Gennevilliers.
PRIX DE L’ABONNEMENT POUR 1 AN (10 N OS), Provenance du papier : Finlande. Taux de fibres recyclées : Tél. : 01 73 05 45 45. Internet : www.prismamedia.com.
FRANCE MÉTROPOLITAINE : 10 €. 0 %. Eutrophisation : Ptot 0,003. Harper’s Bazaar France, 42, avenue de Friedland, 75008 Paris.
WWW.PRISMASHOP.FR/HBZ La rédaction n’est pas responsable de la perte ou de la Éditeur : Prisma Media Société par Actions Simplifiée au capital
détérioration des textes ou photos qui lui sont adressés pour de 3 000 000 euros d’une durée de 99 ans ayant pour
Notre publication adhère à
Certifié PEFC
appréciation. La reproduction, même partielle, de tout matériel président M. Arnaud Lagardère et pour vice-président
publié dans le magazine est interdite. Numéro ISSN : M. Gérald-Brice Viret. Son associé unique est : Prisma Group.
autorité de Ce produit est issu de 0754-4782. Agrément CPPAP : 0528 K 95107. Imprimé Pour joindre votre correspondant, composez le 01 73 05 suivi
régulation professionnelle forêts gérées
en Allemagne. Dépôt légal : 25 septembre 2025. Création : des chiffres entre parenthèses.
durablement et de
de la publicité
Et s’engage à suivre ses
sources contrôlées février 2023.
Recommandations en faveur PEFC/04-31-1033 www.pefc-france.org
d’une publicité loyale et
respectueuse du public.
11 rue Saint-Florentin
75008 Paris
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30 HA RPER’S B A ZAA R

SOMMAIRE

BAZAAR GUEST BAZAAR SPHÈRE B A Z A A R B E AU T É


34 DAVID SIMS 104 HUMEUR DE SAISON Photographe : Ferry van der Nat
par Julien Magalhaes Styliste : Mathias Tichadou
36 PANOS YIAPANIS Set designer : Hélène Manche
Décryptage des tendances
de la rentrée par un expert 122 PRÊTS À PORTER
LE LOOK BAZAAR
du style. par Julie Levoyer
42 BACKSTAGE
108 JESMYN WARD, Des lancements de saison
Photographe : Jean Marques
LE POIDS DES MAUX qui en disent long sur
Styliste : Anita Szymczak
Interview : Florine Delcourt leurs propriétaires…
BAZAAR SELECT Entretien avec un grand 126 YASMIN LE BON,
nom des lettres américaines LA CLASSE MANNEQUIN
55 Photographe : Stanislas Motz- à l’occasion de la publication Interview : Joane Amay
Neidhart de Nous serons tempête,
Styliste : Daria Di Gennaro Incarnation du glamour
plongée déchirante au cœur
Set designer : Nicolas Mur des 80’s, elle prouve
de la tragédie de l’esclavage.
que la personnalité est
Le choix des accessoires le seul vrai marqueur
112 TAYLOR SWIFT
du mois. de beauté. Rencontre.
COMME PERSONNE
par Noémie Lecoq
BAZAAR CALLING 132 RÔLES MODELS
Icône multigénérationnelle, par Valentine Pétry
82 ALLÔ… ALMA la chanteuse est en passe
JODOROWSKY Les mannequins ont été
de révolutionner la pop.
les premières célébrités
Conversation au téléphone Analyse d’un phénomène.
à lancer leur marque.
avec l’actrice et modèle aux Faut-il toujours les suivre ?
multiples talents, à l’affiche BAZAAR BIJOUX
de la pépite d’animation Arco. 136 EMMA CORRIN,
114 FINE FLEUR
LE PARFUM DU SUCCÈS
Photographe :
BAZAAR AIME Interview : Chloé Laforest
Eduard Sánchez Ribot
Set designer : Natalie Turnbull Le visage de Miutine
89 Expositions, livres, musique, de Miu Miu dévoile
cinéma… Les coups de cœur Une sélection de pièces aux son univers olfactif.
de la rédaction. pierres et diamants imposants.

Au sein du magazine figurent


un encart gucci mode broché
sur tous les abonnés, un
encart welcome HBZ jeté
sur une sélection d’abonnés.
32 HA RPER’S B A ZAA R

SOMMAIRE

MODE BAZAAR CONVERSATION BAZAAR FICTION

138 MATHILDA & ELLA 220 TILDA SWINTON, 232 UN CONTE DE MODE
Photographe : David Sims RADICALE LIBRE par Ambre Chalumeau
Styliste : Emmanuelle Alt Interview : Florine Delcourt Illustration : Sophie Estève

156 ABBEY LEE L’actrice britannique célèbre


ses 40 ans de carrière avec BAZAAR S’ÉVADE
Photographe : Willy Vanderperre
une exposition à Amsterdam
Styliste : Panos Yiapanis 236 JUSTE UNE MISE
et la publication d’un
AU POINT
174 LIBBY ouvrage XXL. Rencontre
par Sibylle Grandchamp
Photographe : Drew Vickers avec une esthète surdouée.
Styliste : Élodie David-Touboul Trois « planques » au bord
226 VALÉRIE LEMERCIER, de l’eau pour remettre
192 STELLA DRÔLE DE DAME les compteurs à zéro
Photographe : Theo Sion Interview : Olivier Lalanne après la Fashion Week.
Styliste : Alice Goddard Son nouveau one-woman-
show s’annonce comme BAZAAR ASTRES
208 MEREL
Photographe : Crista Leonard
l’un des grands rendez-
241 Les prévisions d’octobre
Styliste : Gary David Moore
vous de la rentrée. Secrets
par Amanda Miller
Set designer : Nicolas Mur
de fabrication avec la
Illustration : Jason Glasser
plus fantasque des actrices-
réalisatrices.
34 HA RPER’S B A ZAA R

BAZAAR GUEST

DAVID SIMS
P H OTO G R A P H E

La mode ne repose pas seulement sur les vêtements,


c’est aussi une manière d’être. David Sims met son
talent au service de cette approche, par une esthétique
radicalement épurée : fonds neutres, poses graphiques,
modernisme tranchant. Le photographe, qui signe
l’une des covers de ce numéro d’octobre avec Ella
Dalton, a très tôt inscrit son nom dans les pages des
plus grands magazines – i-D, The Face, W ou
Dazed & Confused. Mais c’est au début des années 90,
lorsqu’il immortalise Kate Moss pour Calvin Klein,
que sa notoriété devient mondiale. Une campagne
pour Yohji Yamamoto achève d’asseoir sa réputation
et lui vaut, en 1996, le titre de Photographe de l’année,
devant Craig McDean, Steven Meisel, Juergen Teller
et David LaChapelle. Sous son objectif sont passées
les plus grandes top models – Naomi Campbell,
Laetitia Casta, Daria Werbowy –, mais aussi les plus
grands artistes – David Bowie, Björk, Travis Scott
ou encore Charlotte Gainsbourg pour qui il a réalisé
la pochette de l’album 5:55. Appareil photo lové dans
le creux de la main, David Sims dévore la beauté,
la regarde sous toutes les coutures, de face, de biais,
de haut en bas, la nuit, le jour. Et s’il y a toujours
une part de secret dans ses images, il l’explique avec
mesure : « Le style, c’est d’abord l’attitude ; une photo
doit respirer le caractère. Une grande image doit pos-
séder une certaine intensité. » $
PHO TOS : D AVID SIM S
36 HA RPER’S B A ZAA R

BAZAAR GUEST

PANOS YIAPANIS
ST Y L I ST E

harper’ s bazaar : Dans quelles circonstances êtes-vous


tombé dans la mode ?
panos yiapanis : Grâce à une effrayante obsession pour
les portraits de George Clements par Corinne Day,
PAN OS YI APA NIS

qui s’est transformée en amitié.

hb :Comment définiriez-vous votre style ?


py : Une série de choix malheureux et d’erreurs béné-
fiques et les efforts bien intentionnés mais ratés pour
les corriger…
Il fait partie des rares stylistes dont la sensibilité
à fleur de peau et l’imagination débridée donnent hb :Votre séance mode la plus mémorable ?
à leurs images une poésie unique, immédiatement La première avec Corinne Day, même si ce n’est
py :
reconnaissable. Ajoutez à cela qu’il signe très peu sans doute pas la meilleure. Sa générosité et sa
de séances dans les magazines et vous comprendrez loyauté, et le fait d’avoir insisté pour travailler avec
comme c’est une jubilation d’avoir Panos Yiapanis quelqu’un qui n’avait aucune idée de ce qu’il faisait
au générique de Harper’s Bazaar France. Avec la me bluffe encore.
complicité du photographe Willy Vanderperre avec
lequel il a souvent collaboré, il imagine sur la top hb :Quel est le trésor de vos archives ?
et comédienne Abbey Lee Kershaw une allure auda- py :Un revolver Luger de Rick Owens gravé de son
cieuse, jeu habile de volumes et superpositions dont nom et sa balle en or gravée du mien. Cet objet résume
lui seul a le secret (p. 156). D’origine chypriote, basé parfaitement notre relation. Mais si on parle vête-
à Londres, Panos Yiapanis s’est frotté, après des ments, je dirais mon obsession pour les bombers
études de sculpture, à l’univers de la mode, main de Raf Simons, plusieurs m’ont d’ailleurs été volés
dans la main avec la photographe Corinne Day, par un ex-assistant avec un goût très sûr et spécifique.
notamment dans i-D et Dutch. Sa culture de la mode,
sa passion du vêtement (il possède une impression- hb :Quel est le film le plus mode ?
nante collection d’archives et de vintage initiée il y The Omen de John Moore, The Warriors de Walter
py :
a plus de vingt-cinq ans), son goût pour les collisions Hill, Salon Kitty de Tinto Brass et Picnic at Hanging
d’influences et l’innocence spleenétique de la jeu- Rock de Peter Weir.
nesse ont très vite été repérés. Éminence créative
de Riccardo Tisci chez Givenchy ou de Rick Owens, hb : Quels sont les trois basiques de la garde-robe
il s’est illustré dans les bibles mode les plus emblé- d’une femme ?
matiques (Harper’s Bazaar, Vogue Italie, AnOther, py : Pas de basiques. Jamais de UGG, jamais de pan-
Vogue Hommes international…) où il a sévi en tandem talon de jogging en velours et jamais de doudoune
avec, entre autres, Steven Meisel, Nick Knight, bordée de fourrure. Ce sont des signes de traumas
Alasdair McLellan ou Mert & Marcus. sérieux non résolus… $
38
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

COVERS

Photographe : David Sims ELLA DALTON (Elite) Photographe : Willy Vanderperre ABBEY LEE KERSHAW
Styliste : Emmanuelle Alt Gilet oversize en laine et jupe Styliste : Panos Yiapanis (Next Model Management)
en vinyle Gucci, foulard vintage. Robe en coton et robe en laine
Prada, débardeur Rick Owens
archives, padding en feutre
de laine (studio du styliste).

Photographe : Drew Vickers LIBBY TAVERNER (Elite)


Styliste : Élodie David-Touboul Robe et soutien-gorge en satin
Miu Miu, chapeau Vivienne
Westwood archives (20Age
Archive).
OCTOBRE 2025
BAZAAR 41

ÉDITO

LA MORT DU LION

OLIVIER LALANNE
R É DAC T E U R E N C H E F

La veille du départ à l’imprimerie du spécial Costume révolutionné tout en souplesse À l’heure où un nombre record de grandes mai-
mode que vous tenez entre les mains, nous au masculin et au féminin, « sans fanfreluches » sons sont confrontées à un palpitant jeu de
avons appris la disparition de Giorgio Armani. dixit l’intéressé, matières nobles et légères chaises musicales et que les créateurs subissent
À 91 ans, il était sur le point de célébrer comme la vapeur, couleurs minérales et pro- une double pression, celle de la pertinence com-
le cinquantenaire de sa maison en clôture fondes… Cette constance dans le geste, cette merciale instantanée et celle des réseaux sociaux
de la Fashion Week de Milan. Si les rumeurs récurrence de la silhouette et une forme phy- qui les étrillent sans pitié, la ligne de conduite
sur l’état de santé du couturier allaient bon sique relevant du miracle génétique ont fini de Giorgio Armani a une résonance toute par-
train ces dernières semaines, il semblait par nous convaincre que le pionnier du mini- ticulière : concentration sans faille, constance
presque inimaginable que ce travailleur malisme était immortel. et récurrence, discipline à tous les étages, vision
acharné aux yeux bleu acier trempé puisse Une sensation encore amplifiée par l’assi- sans compromis, pari sur le temps long, diver-
rendre son dernier souffle. milation par la culture, grande faiseuse sification avant l’heure, discrétion dans les
Jusqu’au bout, Giorgio Armani a été le d’éternité, de l’allure qu’il a créée et de son veines, indifférence aux critiques et au tribunal
cœur battant de son empire dont les pulsations aura discrète. Warhol l’a croqué en pop idole ; émotionnel de l’arène digitale… Tel semble être,
artistiques et stratégiques vibraient au seul dia- Richard Gere a enfilé comme personne ses en partie, le sous-texte de sa formule miracle
pason de son talent, de sa vision et de sa vestes fluidissimes pour se mettre dans la peau pour durer. À condition d’être maître en son
volonté. Sourd aux tendances, aux effets de d’American Gigolo ; Scorsese l’a filmé au plus royaume (comme Armani) ou indéfectiblement
mode, au consulting de stylistes dans le vent, près dans Made in Milan et sollicité pour ima- soutenu par le groupe dont vous dépendez.
aux offres de rachat de titans du luxe, religieu- giner les costumes de Leonardo DiCaprio dans Dans la dernière interview qu’il a donnée
sement concentré à répéter sur ses podiums, Le Loup de Wall Street ; Tadao Ando lui a bâti à Harper’s Bazaar France, il y a moins d’un an,
saison après saison, la foi inébranlable un temple à son image, tout en sobre démesure ; Giorgio Armani disait : « Ma mode est une véritable
qu’il avait dans le style moderne et novateur Bret Easton Ellis l’a cité ad libitum dans façon de voir l’acte de s’habiller : avec caractère,
qu’il avait inventé à l’aube des années 80. American Psycho… force et dignité. » Ce numéro lui est dédié. $
42
LE LOOK HA RPER’S B A ZAA R

BAZAAR

BACKSTAGE
P H OTO G RAP H E J EAN MAR Q U E S R ÉAL I SAT I O N AN I TA SZYM CZ AK
Earcuff
OCTOBR en 2 0 2 5 MAM, boucle
E métal 43
d’oreille en métal Justine Clenquet.
44 HA RPER’S B A ZAA R
OCTOBRE 2025 45

En haut : robe en jersey Zomer.

Ci-contre : débardeur en coton Levi’s,


collants Wolford, culotte personnelle.

Page opposée (de g. à dr.) : robe


en polyester et viscose Maje, ceinture
en cuir Max Mara, culotte personnelle,
chaussures en cuir Marni. Manteau
en laine et sandales en cuir Saint
Laurent par Anthony Vaccarello,
collants Wolford. (En arrière-plan)
manteaux en laine Dries Van Noten,
manteau en cuir Zomer (au centre),
chaussures en cuir Prada.
46 HA RPER’S B A ZAA R

En haut (de g. à dr. et de haut en bas) :


robe en coton Mango, collants
Wolford, chaussures en cuir Erdem,
sac en cuir Loro Piana. Body en coton
et viscose L’Agence, jupe en coton
Sportmax, ceintures en cuir portées
autour du cou Max Mara,
collants Wolford, chaussures en cuir
Dries Van Noten. Veste en cuir Sessùn,
combinaison en coton Gucci. Top en
maille et jupe en tissu peint Prada.

Ci-contre : jupe en laine Sessùn, pull en


maille Burberry, collants Wolford.

Page opposée (de g. à dr.) : robe en laine


et viscose Longchamp, collants
Wolford, chaussures en cuir
Ferragamo, boucle d’oreille en métal
MAM. Robe en soie Setchu, escarpins
en cuir Gucci. Robe en coton Loewe,
collants Wolford, sandales en cuir
Miu Miu. Veste et jupe en laine
Comme des Garçons, collants
Wolford, sandales en cuir Erdem.
OCTOBRE 2025 47
48 HA RPER’S B A ZAA R

Ci-dessus (de g. à dr.) :


manteau en laine Dries Van Noten,
collants Wolford. Top et jupe
en laine Akris, collants Wolford,
bague MAM.

Page opposée (de g. à dr.) : manteau


en cuir Zomer, sac en cuir Loro
Piana. Chemise en satin Didit
Hediprasetyo, jupe en cuir Zomer.
OCTOBRE 2025 49
50 HA RPER’S B A ZAA R
OCTOBRE 2025 51

En haut : jupe en tulle Louis Vuitton,


sac en cuir Alaïa, chapeau Loro Piana.

Ci-contre : body en laine Max Mara,


boucle d’oreille Pucci.

Page opposée (de g. à dr.) : robe en maille


Duran Lantink, escarpins en cuir
Ferragamo. Écharpe en laine Moncler,
jupe en laine Marni, collants Wolford,
chaussures en cuir Dries Van Noten.
Body en laine Max Mara, jupe
en maille Alaïa, collants Wolford,
chaussures en cuir Prada. Veste
en cuir The Kooples, robe en soie
Ferragamo, chaussures en cuir
Dries Van Noten.
52 HA RPER’S B A ZAA R

En haut : veste en daim


Zadig &Voltaire, jupe en jersey
Coperni, collants Wolford.

Ci-contre : sandales en cuir


Saint Laurent par Anthony
Vaccarello.

Page opposée (de g. à dr.) : manteau


en cuir Marina Rinaldi, ceinture
en cuir portée autour du cou
Sportmax. Gilet en fausse fourrure,
top, jupe en coton et collants Miu Miu.
Robe en laine Saint Laurent
par Anthony Vaccarello, collants
Wolford, boucle d’oreille MAM.
Robe en coton et viscose MM6, sac en
cuir Sportmax, collants Wolford,
chaussures en cuir Dries Van Noten.

Mannequins : Anyier Anei


(Women 360), Elina Gunawardena
(Ford), Ateta Jok (Select Model),
Sijia Kang (Silent), Tida Rosvall (IMG).
Coiffure : Laurent Philippon.
Maquillage : Cécile Paravina.
Manucure : Lora de Sousa.
Set designer : Sophear. Assistantes
stylistes : Yuliia Mchedlishvili, Annica
Sidebrand. Production : CallTime
OCTOBRE 2025 53
OCTOBRE 2025
BAZAAR 55

SELECT

PHOTOGRAPHE
S TA N I S L A S M O T Z - N E I D H A R T
STYLISTE DARIA DI GENNARO
SET DESIGNER NICOLAS MUR

FAUT QUE
ÇA BRILLE !
Coup d’éclat onctueux porté
sur l’accessoire, la touche vernis
est un atout glam.
Ferragamo —
Mules en cuir verni.
BAZAAR BAZAAR BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT SELECT SELECT

Emporio Armani —
Sac à main en cuir verni.

Stella McCartney — Gucci —


Escarpins en cuir vegan verni. Escarpin en cuir verni.

Toteme — Chanel — Sergio Rossi —


Clutch Mini T-lock Naplack en cuir. Sacs en cuir brillant effet miroir et métal. Mule Sinous en cuir et fibre de charbon.
58
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT

MATIÈRE GRISE
Compromis subtil entre le noir et le blanc,
le yin et le yang, le gris donne à l’allure
sa juste mesure.

Calvin Klein —
Sac à main Collection en daim.
BAZAAR BAZAAR BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT SELECT SELECT

Carven —
Sac Tommaso en cuir.

Michael Kors Collection — Isabel Marant —


Sac Manhatta en cuir. Sac Oskan Soft Zipped en cuir velours.

Miu Miu — Loewe — Bottega Veneta —


Minisac à main en cuir matelassé. Clutch Flamenco Square en cuir nappa. Sac Andiamo petit format en cuir.
62
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT

FUR PLAY
Tendance essentielle
de la saison, la fausse fourrure
allie hype et douceur.

Moncler —
Chaussure en peau lainée.
BAZAAR BAZAAR BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT SELECT SELECT

Marni —
Sac Camélia en cuir et shearling.

Guess — Longchamp —
Sac Rose en fausse fourrure. Sac Le Roseau en fausse fourrure.

Elie Saab — Loewe — Moschino —


Bottes en cuir et fausse fourrure. Sneakers Ballet Runner 2.0 en shearling. Sac en fausse fourrure.
ADÈLE EXARCHOPOULOS
Le Sac Lenglen

*JOUER AVEC LES ICÔNES


66
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT

GRANDE CLASSE
Un sac qui accroche le regard
et dans lequel on peut tout stocker,
c’est possible. La preuve par sept.

Prada —
Sac Galleria en velours
à franges.
BAZAAR BAZAAR BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT SELECT SELECT

Khaite —
Sac Crosby en cuir.

Bottega Veneta — The Row —


Sac Cabat grand format en cuir Intreccio. Sac Marlo 17 en cuir.

Phoebe Philo — Balenciaga — Marina Rinaldi —


Cabas XL en cuir. Sac Carry All Bel Air en cuir lisse. Sac en velours.
70
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT

THESE BOOTS
ARE MADE…
Noir tout-terrain, onde métal, la botte
dans tous ses états est la meilleure alliée
pour marcher au pas de l’hiver.
Dolce & Gabbana —
Bikers en cuir avec boucles en métal.
BAZAAR BAZAAR BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

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Sacai —
Bottes Belted en cuir.

Ann Demeulemeester — Zadig &Voltaire —


Santiag en cuir. Bottes Angie Smooth Cowskin en cuir.

Hermès — The Kooples — Rabanne —


Bottes en cuir. Boots en cuir à sangles. Bottes en cuir.
74
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT

LE TON JUSTE
Couleur star des années 70, le bordeaux
fait rimer classique et nostalgie.

Fendi —
Sac Spy en cuir verni.
HA RPER’S B A ZAA R
BAZAAR BAZAAR BAZAAR
SELECT SELECT SELECT

Alaïa —
Sac Sphere en cuir.

ASSISTA NTES STY LIS TES : NATHALIA GASTIM, LINA VE L Á SQ UE Z. PR O DUC TIO N : C ALLTIM E
Loro Piana — Saint Laurent par Anthony Vaccarello —
Extra Clutch L36 en cuir. Botte Nico en cuir.

Sessùn — Max Mara — Acne Studios —


Sac Diviluz Puffy P en cuir. Chaussure Mary Jane en cuir. Sac Soft Aged Tamponato en cuir.
78
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SELECT

PLEINE LUMIÈRE
Ces pochettes et minaudières rutilantes
de préciosité sont une éclatante parade
aux bijoux.

Chanel —
Minaudière en strass et métal.
HA RPER’S B A ZAA R
BAZAAR BAZAAR BAZAAR
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Balmain —
Minaudière en métal.

S E T D E S I G N E R : J E A N N E B R I A N D . ASSISTANTE STY LIS TE : LI NA VE LÁ SQ UE Z


Bulgari — Roger Vivier —
Pochette Ginko rehaussée de cristaux, en daim et cuir. Minaudière Boîte de Nuit en métal et cristaux.

Vivienne Westwood — Chloé — Michael by Michael Kors —


Minisac en cuir. Minaudière en métal et crochet. Pochette en cuir.
82
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

CALLING

Allô… Alma Jodorowsky


Voilà près de vingt ans qu’avec élégance là tous les étés depuis de nombreuses
et discrétion Alma Jodorowsky promène son années avec ma bande de copains. On y
talent sur tous les fronts artistiques.À l’écran, passe une semaine tous ensemble.
où elle s’est laissé capturer, entre autres, par
Benoît Jacquot, Abdellatif Kechiche, harper ’ s bazaar : Vous pouvez me décrire ce que vous avez
Diastème ou Yvan Attal. Derrière un micro, devant les yeux ?
où elle a prêté sa voix céleste au duo électro-
pop Burning Peacocks. Ou encore derrière a. jodorowsky : Je suis dans une chambre, les murs sont
une caméra où elle dégaine avec passion peints en blanc, à la chaux et il y a des
courts-métrages et clips avant le grand saut petites fenêtres bleu ciel qui donnent
dans le format long. Une plastique, une grâce sur le village et la vallée. C’est très paisible.
et une décontraction irrésistibles qui lui
valent l’étiquette de Parisienne idéale et les harper ’ s bazaar : Vous serez cet automne à l’affiche d’Arco,
accolades des maisons de mode les plus un film d’animation d’Ugo Bienvenu dans
chics, à commencer par Chanel. Enfant lequel vous faites une voix aux côtés de
de la balle, petite-fille de l’artiste, cinéaste et Swann Arlaud. C’est la première fois que
auteur de BD chilien Alejandro Jodorowsky, vous vous frottez à ce genre de projet ?
fille de comédiens, Alma Jodorowsky
est à l’affiche d’Arco d’Ugo Bienvenu, pépite a. jodorowsky : J’avais déjà fait une voix dans le passé pour
d’animation au vernis enchanteur. un court-métrage d’animation et ça m’avait
bien plu. Mais dans le cas d’Arco, c’est un
harper ’ s bazaar : Bonjour Alma, où êtes-vous ? peu particulier puisque je suis la fabrica-
tion du film depuis le début. Félix de Givry,
a. jodorowsky : Bonjour, je suis dans la maison de mes coauteur et producteur du film, est mon
meilleurs amis dans les Cévennes, perdue compagnon. De fait, ce projet a une allure
dans la nature. On se donne rendez-vous assez familiale et c’était important pour
OCTOBRE 2025 83

Ugo et Félix de s’entourer de proches, harper ’ s bazaar : Il y a dix ans, vous enregistriez un album,
notamment dans le casting. Je connaissais Love Réaction, avec votre groupe les Burning
l’univers d’Ugo et je suis ravie d’incarner Peacocks. Quelle place occupe la musique
ces deux voix dans ce film tendre. dans votre vie aujourd’hui ?

harper ’ s bazaar : Vous incarnez deux voix ? a. jodorowsky : À l’époque, elle occupait une grande place
mais en 2017 on a décidé d’arrêter le groupe
a. jodorowsky : Oui, celle de la mère d’Iris, la jeune héroïne, parce que j’avais envie de me concentrer
et celle du robot. sur le cinéma. Le problème est que plus
ça devient professionnel, plus il y a des
harper ’ s bazaar : Q u e l l e s s o n t l e s v o i x q u i v o u s contraintes, des échéances, des objectifs,
bouleversent ? et dans la musique, j’ai besoin de liberté,
d’indépendance. Il faut que ce soit comme
a. jodorowsky : La première à laquelle je pense est celle une récréation. Donc j’ai fait par la suite
de Delphine Seyrig. des collaborations avec La Femme ou un
artiste finlandais que j’aime beaucoup,
harper ’ s bazaar : C’est drôle parce que Delphine Seyrig Jaakko Eino Kalevi. J’adore ça.
revient souvent dans vos interviews.
harper ’ s bazaar : Vous êtes chanteuse, actrice, vous avez
a. jodorowsky : Disons que je suis fidèle à mes icônes. réalisé deux courts-métrages, vous écri-
J’ai découvert la voix de Delphine Seyrig vez… La polyvalence dans une carrière,
dans Peau d’Âne, ce phrasé si particulier. c’est une force ou une faiblesse ?
Ensuite elle m’a fascinée plus largement,
pour son engagement politique notam- a. jodorowsky : Je ne me suis jamais posé la question
ment. Il y a celle de Jeanne Moreau aussi, de la sorte mais puisque vous le faites,
reconnaissable entre toutes. je dirais que c’est une force. J’ai toujours
aimé m’exprimer, créer et faire feu de ces
harper ’ s bazaar : Et des voix dans le domaine de la musique ? trois médiums que sont la musique, le jeu
et la réalisation. Sans penser carrière
a. jodorowsky : Les chanteuses soul, Billie Holiday, Nina nécessairement.
Simone, dans un autre genre David Bowie.
Les voix qui me touchent n’ont pas forcé-
ment la justesse absolue. Je pense
encore à Lou Reed. Il n’est pas
question de prouesse technique,
mais d’émotion forte. Les fausses
notes, les imperfections,
les éraillements peuvent
être bouleversants.
84 B AZA A R CALL ING, OCTO BRE 20 25

harper ’ s bazaar : Vous êtes issue d’une famille d’artistes, et on le questionnait parce qu’il revient
il y a votre grand-père évidemment, pas mal dans le vocabulaire du cinéma,
Alejandro Jodorowsky, mais aussi vos notamment par rapport aux actrices juste-
parents et le théâtre comme horizon ment, alors qu’il est chargé d’une conno-
familial. Être actrice a toujours relevé tation sexuelle ou tout du moins sensuelle.
de l’évidence ? Autant dire que ça n’aide pas à clarifier
les choses et à poser des limites…
a. jodorowsky : Complètement, je ne me suis pas beaucoup
interrogée. C’était organique et naturel. J’ai harper ’ s bazaar : Vous-même, dans votre carrière, vous avez
commencé à prendre des cours de théâtre été confrontée à des situations borderline ?
très jeune et je n’ai jamais arrêté.
a. jodorowsky : Évidemment, même très jeune, et j’en ai
harper ’ s bazaar : L’une de vos premières expériences pris conscience parfois avec le recul. J’ai
au cinéma a été le tournage de La Vie eu la chance de ne pas vivre d’agression
d’Adèle. Quel souvenir en gardez-vous ? sexuelle mais j’ai été confrontée à des situa-
tions embarrassantes, très floues…
a. jodorowsky : J’avais un petit rôle mais comme Kechiche
tourne très longtemps, j’ai passé quasiment harper ’ s bazaar : Vous citez beaucoup de réalisatrices, Joanna
deux mois sur le tournage. J’ai eu de la Hogg, Charlotte Wells, Alice Rohrwacher…,
chance parce que j’ai débarqué au début, King Kong Théorie de Virginie Despentes
il n’y avait pas encore l’épuisement, les est l’un de vos livres de prédilection…
choses difficiles que les autres membres Le féminisme est au cœur de vos
de l’équipe ont pu ressentir après. Dans préoccupations ?
mon cas, ça ressemblait plus à la colonie
de vacances avec les copains, on habitait a. jodorowsky : Totalement. En tant que femme, on ne peut
ensemble dans une petite maison à Lille. pas passer à côté de cette question
Et je découvrais aussi une méthode de tra- puisqu’on la vit dans notre chair dès le plus
vail très particulière, très différente de celle jeune âge. Adolescente, j’ai eu la chance
des autres réalisateurs, un tournage sur le que ma mère me mette le livre de Virginie
vif. C’était génial. Ce métier a ceci de formi- Despentes entre les mains, ça a été un choc.
dable que l’on apprend toute notre vie. Je me souviens qu’avec ma meilleure amie
au lycée, après avoir lu des textes de
harper ’ s bazaar : Être comédienne, c’est dépendre du désir Colette, on avait créé un collectif à deux
des autres, de celui des réalisateurs notam- personnes, Les Colette de Paris, on taguait
ment. Il peut y avoir des moments de sur nos cahiers « Vive le féminisme »…

CO LLAG E : MAXIME O RIO . P HO TO S : COMP TE INSTAG RA M D’ ALM A J O DOR O WSK Y.


latence entre deux projets. Comment vivez- Donc oui, c’est en moi depuis très long-
vous cela ? temps et ça fait partie aujourd’hui de mon
engagement politique plus large. Depuis
a. jodorowsky : Je traverse ces périodes plus ou moins bien deux ans, j’ai intégré le collectif ADA,
en fonction de comment je me sens dans Association des acteurices, monté par
ma vie personnelle en parallèle, de ma Ariane Labed, Zita Hanrot, Suzy Bemba

KITT Y CA LLAGHAN . JO SÉPHINE LÖ CHEN. AMAND A MA CC H IA


psychologie à l’instant T. Et le fait d’écrire et Daphné Patakia. Cette association agit
de plus en plus me permet de voir les choses sur les problématiques de violence sexuelle
d’une autre manière. S’il m’arrive de rester et sexiste au cinéma et sur toute autre
plusieurs mois sans tourner, je le prends forme de violence et de discrimination
comme une chance au sens où c’est une pour essayer de faire bouger les choses.
occasion de profiter de cette parenthèse Et depuis deux ans, ça s’est mêlé de manière
pour développer mes projets. Ça m’offre la concrète à mon travail.
possibilité d’être toujours dans la stimula-
tion créative. Et je ne suis pas du genre harper ’ s bazaar : Qu’est-ce qui vous occupe en ce moment ?
à attendre que ça me tombe dessus en me
tournant les pouces. Après, c’est vrai que a. jodorowsky : Je viens de finir mon second court-métrage.
le métier d’actrice est lié au désir des autres, Un documentaire-fiction dans lequel
c’est profond et pas toujours facile. Désir je joue et que j’ai commencé à écrire après
d’être regardée, écoutée, aimée… Il y a le décès de ma grand-mère. C’est un projet
quelque chose de narcissique dans l’être hybride très autobiographique autour
acteur, et ce serait malhonnête de ne pas du deuil, une sorte de périple initiatique
le relever. C’est drôle parce qu’on parlait avec sur les lieux de son dernier voyage. On a
des copines comédiennes de ce mot « désir », tourné en Grèce. J’ai même utilisé la voix
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de ma grand-mère issue de vrais enregis- a. jodorowsky : J’étais très impressionnée car je suis plutôt
trements. Le film s’appelle La Part man- très réservée. Il était peu accessible parce
quante. En parallèle, je suis en pleine qu’entouré d’une cour, mais quand il m’a
écriture de mon premier long-métrage. sollicitée afin de me photographier pour son
projet de livre sur la petite veste noire, je me
harper ’ s bazaar : Vous êtes très associée à la mode, souviens d’un homme très élégant, très poli,
vous incarnez d’ailleurs un certain idéal passionné par ce qu’il faisait et très respec-
de Parisienne. La mode, c’est comme tueux. Je garde un grand souvenir égale-
le cinéma, un réflexe naturel ? ment de son défilé croisière à Cuba.

harper ’ s bazaar : C’est vrai qu’après le défilé vous avez pro-


longé votre séjour et que vous êtes partie
sur la route avec un sac à dos ?

“Mes grands-parents maternels a. jodorowsky : Absolument. J’adore faire ça. Mon métier
offre cette chance inouïe de voyager alors
ont fait plein de petits boulots souvent, je prends un billet retour plus
tard. Quand j’ai tourné dans la série
différents et, à un certain Le Serpent pour Netflix, j’ai fait la même
chose en Thaïlande.
moment, ils ont eu une petite
harper ’ s bazaar : Vous allez bientôt donner naissance à votre
boutique de fringues dans premier enfant. Si vous deviez lui trans-
mettre trois œuvres essentielles, un livre, un
le Sentier dans laquelle film et un disque, que lui donneriez-vous ?

ils travaillaient le cuir.” a. jodorowsky : Même si je suis à un moment où je me pose


beaucoup de questions, je ne l’ai pas vue
venir celle-là ! Tellement difficile. Pour
le livre, je lui transmettrais mon préféré,
Les Vagues de Virginia Woolf. Et comme
c’est un garçon, vous imaginez bien que
a. jodorowsky : J’ai toujours aimé cet univers, bien avant je ne vais pas le lâcher sur le féminisme. Un
d’être approchée par les maisons de luxe. peu de poésie ne lui fera pas de mal. Pour
C’est un truc familial. Mes grands-parents le film, je dirais Les Enfants du paradis,
maternels ont fait plein de petits boulots le film fétiche de mon père qui me l’a montré
différents parce qu’ils étaient dans la quand j’étais jeune. C’est donc un vrai film
démerde et, à un certain moment, ils ont de transmission, un peu un objet de culte
eu une petite boutique de fringues dans familial. Et puis c’est le théâtre et le cinéma
le Sentier dans laquelle ils travaillaient le en même temps, il y a un truc d’héritage.
cuir. Ma grand-mère faisait de la couture. Et pour le disque, les comptines d’Anne
J’ai même gardé un petit short en daim Sylvestre. On va commencer avec ça…
couleur tabac qu’elle avait créé et qui appar-
tenait à ma mère. Je ne rentre plus dedans harper ’ s bazaar : Enfin Alma, imaginez un dîner idéal auquel
mais c’est une sorte de fétiche. La mode vous pouvez convier trois personnes, vivantes
est un moyen d’exprimer sa personnalité et, ou disparues, célèbres ou anonymes, à vous
là aussi, de raconter des histoires. entourer. Qui inviteriez-vous ?

harper ’ s bazaar : Et que racontez-vous de vous en vous a. jodorowsky : Je trouverais très inspirant de passer du
habillant ? temps et d’échanger avec trois femmes
réalisatrices. Donc, Alice Rohrwacher,
a. jodorowsky : C’est léger, ça permet de changer de style, Alice Diop et Kelly Reichardt. Et comme
de personnage selon son humeur. elles sont toutes les trois vivantes, qui sait
Dernièrement, je m’habille très peu en noir, si ça n’arrivera pas ?
j’aime les couleurs.
harper ’ s bazaar : Allez savoir… Merci Alma. $
harper ’ s bazaar : Vous êtes liée à la maison Chanel, quels
souvenirs gardez-vous de votre rencontre Arco, d’Ugo Bienvenu, avec les voix d’Alma
avec Karl Lagerfeld ? Jodorowski, Swann Arlaud, en salle le 22 octobre.
OCTOBRE 2025 89

BAZAAR AIME

Photos : Benedict Brink. Miu Miu

AVIS DE TEMPÊTE
Pour sa deuxième année de partenariat avec Art Basel Paris, contrepoints vidéo esquissent les étapes d’une expérience
Miu Miu invite Helen Marten à investir le majestueux Palais humaine – enfance, désir, maternité, intériorité, perte – tandis
d’Iéna avec son œuvre totale intitulée 30 Blizzards. Lauréate que 30 performeurs incarnent une météorologie collective
du Turner Prize et du Hepworth Prize en 2016, l’artiste bri- de gestes et d’humeurs minuscules. L’espace central devient
tannique est reconnue pour son regard acéré sur l’imagerie à la fois scène, refuge et point de convergence, tissant un
du quotidien, brouillant les frontières entre naturel et arte- ensemble où mode et musique s’entrelacent pour célébrer
fact. Comme en témoignent ses sculptures où chaque maté- la pluralité des voix féminines. Que Miu Miu, maison attachée
riau – du bambou en acier à l’ananas en aluminium – est aux écritures contemporaines de la féminité, accompagne
remplacé par un autre tout en conservant la facticité du ready- cette œuvre n’a rien d’un hasard : ici, l’art se fait l’écho d’un
made. Au Palais d’Iéna, Helen Marten franchit un nouveau théâtre poétique, mouvant, radicalement collectif.
seuil en intégrant performance, musique et choralité dans
un dispositif conçu avec le metteur en scène Fabio Cherstich Art Basel Paris, du 22 au 26 octobre. Helen Marten,
et la compositrice Beatrice Dillon. Cinq sculptures et leurs 30 Blizzards., au Palais d’Iéna (Paris 16e).
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

AIME

DOLCE VITA Sant Ambroeus, institution


au célèbre panettone et à l’expresso tiré au cordeau, s’apprête
à conquérir Paris. Fondé à Milan en 1936, ce temple de la gas-
tronomie italienne a posé ses valises en 1982 à New York, dans
le chic Upper East Side, avant de devenir le restaurant italien
le plus connu de la ville. Véritable porte-drapeau de la dolce
vita, l’enseigne s’installe désormais dans le 6e arrondissement
de Paris, à deux pas d’espaces littéraires mythiques : Les Deux
Magots et le Café de Flore. Ultragourmand, Sant Ambroeus
promet d’envoûter la capitale à l’automne, notamment avec
SA NT AM BROEU S

son emblématique pandoro, un des desserts qui ont contribué


à sa renommée.
Sant Ambroeus, 22, rue Guillaume-Apollinaire (Paris 6e),
ouverture prévue cet automne.

SOLO SHOW Aussi inconcevable


que cela puisse paraître, le grand photographe de mode
britannique Glen Luchford n’avait jamais eu les faveurs
d’une exposition solo de son travail. C’est chose faite
grâce à la complicité du magasin multimarque milanais
10 Corso Como. La célèbre boutique lance pendant
la Fashion Week une rétrospective de ses grands for-
mats, de ses collages, et même de ses très beaux films
de mode. On peut y voir notamment ses photos ico-
niques des années 90, de ses shootings pour The Face
ou AnOther Magazine à ses campagnes pour Prada
ou Gucci où l’on retrouvera, sublimées, les héroïnes
de ces années-là, dont Kate Moss et Stella Tennant.
Et une approche cinématographique revendiquée,
lui qui cite comme influence première le film Taxi
Driver de Martin Scorsese. Glen Luchford, Atlas collage Gucci SS17 campaign. AnOther Magazine (2011).
Photo : courtesy Glen Luchford / Presse
Glen Luchford, Atlas, exposition à la galerie du 10 Corso Como
(Milan), du 25 septembre au 23 novembre.

FOREVER RICHTER Une rétros-


pective d’ampleur investit la Fondation Louis Vuitton. L’occasion
rare de traverser soixante ans de l’œuvre de Gerhard Richter,
qui n’a cessé d’osciller entre images et effacement. Des premières
photos-peintures floutées aux grandes abstractions, l’artiste alle-
mand compose une grammaire sensible où chaque surface hésite
entre mémoire et vertige. Véritable icône de la culture contempo-
raine, Gerhard Richter a même vu l’une de ses toiles – la célèbre
Candle – illustrer la pochette de l’album mythique Daydream
Nation (1988) du groupe Sonic Youth. À l’automne, sous les voiles
de verre de Gehry, l’itinéraire promet d’être clair et déroutant à la
fois : 270 pièces, un parcours total, et cette question persistante,
que peut la peinture face au réel ?
Gerhard Richter, Venise (escalier) (1985). © Gerhard Richter 2025 Gerhard Richter, exposition à la Fondation Louis Vuitton (Paris 16e),
du 17 octobre 2025 au 2 mars 2026.
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BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

AIME

GRANDE AFRIQUE Jusqu’au printemps,


T HE ESTAT E OF U ZO EGONU . P RIVAT E COLLECT ION

la Tate Modern de Londres accueille Nigerian Modernism, première grande


exposition au Royaume-Uni dédiée à l’art moderne nigérian. Plus
de 250 œuvres signées par une cinquantaine d’artistes emblématiques
– Ben Enwonwu, El Anatsui, Ladi Kwali, Uzo Egonu – se dévoilent entre
héritages africains et influences européennes. Cette puissante traversée
artistique révèle les réseaux créatifs qui, de Lagos à Londres, ont incarné
une scène nigériane audacieuse et engagée, mêlant peinture, sculpture,
textile et poésie. À travers des œuvres qui racontent décolonisation, iden-
tité et diaspora, l’exposition invite à redécouvrir sous un nouveau jour
un pan majeur de l’histoire de l’art mondial.
Nigerian Modernism, du 8 octobre 2025 au 10 mai 2026,
Tate Modern (Londres).

Uzo Egonu, Stateless People an Artist With Beret (1981).

AU PARADIS Après de nombreux featurings (notam-


ment pour Étienne Daho sur son titre Tirer sur les étoiles) et sept ans d’ab-
sence depuis son album précédent, Les Sources, Vanessa Paradis fait sa
rentrée avec un nouveau disque intitulé Le Retour des beaux jours. Produit
par Daho, il sortira le 10 octobre, avec une pochette signée Karim Sadli.
Un premier extrait, Bouquet final, écrit par Doriand, a été dévoilé en juin
et donne le ton, mêlant pop, soul et mélancolie, sur des arrangements
de cordes enregistrés aux studios Abbey Road, à Londres. Vanessa signe
les paroles et les musiques de plusieurs titres, dont Trésor et MakeYou Mine,
renouant ainsi avec la composition. L’artiste aimant travailler en famille,
ses deux enfants, Lily-Rose et Jack Depp, ont participé à ce projet qu’elle
défendra sur scène dès le printemps 2026 avec une tournée des Zénith
de France. Vivement !
Le Retour des beaux jours, de Vanessa Paradis (Universal), disponible le 10 octobre.

PLEIN JAZZ Le réalisateur belge de docu-


mentaires Johan Grimonprez, repéré en 2009 pour Double Take,
exercice de style passionnant sur Alfred Hitchcock et la guerre
froide, retrouve son obsession pour cette période mais rem-
place le cinéaste par la musique jazz et la décolonisation.
En 1961, la chanteuse Abbey Lincoln et le batteur Max Roach,
militants des droits civiques, interrompent une session du
Conseil de sécurité de l’ONU pour protester contre l’assassinat
de Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo nouvelle-
ment indépendant. Dans ce pays en proie à la guerre civile,
les sous-sols, riches en uranium, attisent les ingérences occi-
dentales. Un documentaire ambitieux et nuancé, qui entremêle
la mémoire des décolonisations africaines et la révolution jazz
venue d’Amérique.
Soundtrack to a Coup d’Etat, de Johan Grimonprez, en salle le 1er octobre.
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BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

AIME

RÊVE PARTY Tyler Mitchell investit la Maison euro-


péenne de la photographie, dans le Marais, à Paris, avec audace. Dans
Wish This Was Real, ce photographe phare de sa génération réinvente
l’idéal américain à travers un prisme jeune, coloré et inclusif. Révélé
au grand public après avoir immortalisé Beyoncé, il a également colla-
boré avec des maisons prestigieuses dont Loewe ou Comme des Garçons,
affirmant son talent dans la publicité et la mode. Ses images baignées de
lumière naturelle célèbrent le bel âge, la douceur et l’émancipation. Entre
scènes rêvées et quotidien magnifié, ses compositions jouent l’équilibre
entre simplicité et stylisation, où l’intime devient manifeste. Né en 1995,
le photographe, qui dit être influencé par Ryan McGinley, exprime une
vision à la fois tendre et politique, ouvrant des espaces de liberté pour
les corps noirs, les amitiés, les loisirs, l’été éternel. Une exposition solaire,
délicatement mise en scène, qui donne envie de s’abandonner à la grâce
des images – et de croire, un instant, que le rêve est réel.
Tyler Mitchell, Wish This Was Real, exposition à la Maison européenne
de la photographie (Paris 4e), du 15 octobre 2025 au 25 janvier 2026.

Tyler Mitchell, The Root of All That Lives (2020).


Photo : courtesy de l’artiste et de la Galerie Gagosian
© Tyler Mitchell

NOUVEAU CARTIER C’est le


25 octobre prochain que le public pourra découvrir les espaces
de la Fondation Cartier pour l’art contemporain place du Palais-
Royal, à Paris – en lieu et place de l’ancien Louvre des anti-
quaires. Après avoir établi sa réputation boulevard Raspail

© C AI GU O-Q IA NG. PHO TO


pendant quarante et un ans, la fondation a confié les clés de la
rénovation de 8 000 m2 (dont cinq plateformes mobiles, un audi-
torium et un restaurant) à l’architecte Jean Nouvel pour cette

HU GUE S C OL SO N
nouvelle adresse entre le Louvre et l’Opéra. Afin de célébrer
cette réouverture, une Exposition Générale sera présentée, met-
tant en lumière la collection de la Fondation Cartier depuis 1984.
Fondation Cartier pour l’art contemporain,
2, place du Palais-Royal (Paris Ier), ouverture le 25 octobre.
Cai Guo-Qiang devant son œuvre Normandy’s Halo-Project
for Extraterrestrials No. 19 (1993).

ATOMIQUE César du meilleur premier film pour


Petit paysan en 2018, Hubert Charuel a pris son temps pour peau-
finer son deuxième long-métrage, Météors. Il retrouve sa coscéna-
riste Claude Le Pape et la localisation dans la « diagonale du vide »,
en Haute-Marne plus précisément, dépendante économiquement
des déchets nucléaires. « Un territoire qui s’intoxique pour
survivre », selon l’auteur, miroir des personnages qui se détruisent
par leurs addictions. Daniel (Idir Azougli) se noie dans l’alcool
sous les yeux de son ami Mika (Paul Kircher).Tous deux en viennent
à bosser pour le troisième larron de leur bande, Tony (Salif Cissé),
devenu roi du BTP, dans l’une de ces poubelles nucléaires.
Est-ce le début d’une nouvelle vie ou la fin de tout ?
P Y R A M I D E D I S T R I B UT I O N
Météors, de Hubert Charuel et Claude Le Pape, avec Paul Kircher,
Idir Azougli, Salif Cissé, en salle le 8 octobre.
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BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

AIME

COUP DE CŒUR Elle a fait sensation


en compétition au dernier Festival de Cannes. Hafsia Herzi,
actrice devenue réalisatrice de plus en plus chevronnée, y pré-
sentait son adaptation du premier roman à succès de Fatima
Daas, La Petite Dernière, qui a valu le Prix d’interprétation fémi-
nine à Nadia Melliti. Bonne élève née dans une famille aimante
de banlieue, Fatima intègre une fac de philo parisienne et y
découvre un nouveau monde, y compris son attirance pour les
femmes. Dès lors, comment va-t-elle concilier sa foi et son homo-
sexualité ? Hafsia Herzi n’a pas peur de briser les tabous, mais
PAT RI CE TERRA Z

à sa manière, douce et lumineuse. Autour de son actrice princi-


pale, on retrouve quelques jeunes pousses prometteuses, parmi
lesquelles Nemo Schiffman, Gabriel Donzelli et Park Ji-Min.
La Petite Dernière, de Hafsia Herzi, avec Nadia Melliti, en salle le 22 octobre.

CHASSÉ-CROISÉ Sa dernière appa-


rition au cinéma datait de 2022 (la comédie Ticket to Paradise,
avec George Clooney). Après un détour par les plateformes, Julia
Roberts fait son grand come-back devant la caméra du très en
vogue et prolifique Luca Guadagnino (il a tourné quatre films
en trois ans et son line-up comporte douze films jusqu’en 2030).
Pour que le ticket soit gagnant, il fallait trouver un sujet fort : ce
sera un thriller sur la cancel culture post #MeToo, After the Hunt.
Julia Roberts y joue une professeure d’université dont un col-
lègue (Andrew Garfield) est accusé par l’une de ses élèves (Ayo
Edebiri, remarquée dans la série The Bear), de comportement
inapproprié. Ce qui, par ricochet, à la faveur d’un vieux secret
révélé, pourrait menacer sa propre carrière, à la manière de celle
du personnage de Cate Blanchett dans Tár…
AMAZON MGM STUDIOS
After the Hunt, de Luca Guadagnino, avec Julia Roberts, Ayo Edebiri,
Andrew Garfield, attendu dans les salles françaises en octobre.

GIRLS ROCK Elles étaient apparues en 2021


avec une insolence réjouissante, propulsées par un hymne ironique
et entêtant, Chaise longue, devenu instantanément viral. Depuis,
le groupe britannique Wet Leg, qui vient de sortir un second album
survitaminé, Moisturizer, n’a cessé de bousculer la scène indie avec
son mélange de postpunk mutin, d’humour désinvolte et d’énergie
brute. Une écriture faussement naïve, capable de transformer l’ennui
en fête électrique, a suffi à les installer parmi les groupes les plus
convoités de leur génération. Il sera possible de mesurer de près leur
art singulier à l’Olympia : refrains accrocheurs, guitares tranchantes,
ALICE BA CKHAM

et ce détachement charmeur qui fait mouche en concert comme sur


disque. Wet Leg, c’est la preuve qu’un rock à la fois joueur et acide
peut encore électriser une salle entière. Ceux qui en douteraient n’ont
qu’à réserver : la promesse de quatre soirées déjà immanquables.
Wet Leg, en concert à l’Olympia (Paris 9e), du 27 au 30 octobre.
Moisturizer, nouvel album (Domino), disponible.
100
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

AIME

Trois questions
à JOHN GLACIER
Avec son flow unique, la musicienne-poétesse manie
l’art du récit avec brio. Et s’impose comme la révélation
majeure de la scène musicale actuelle. Rencontre avant
son concert au Trabendo, à Paris, où elle présentera
Like a Ribbon, son prodigieux premier album.

Ici, ce sont des histoires intimes, conviction que ma vie allait prendre
de doute ou de ferveur qui captivent un nouveau tournant et que mon che-
autant pour leur flow implacable que min artistique s’apprêtait à basculer.
pour leur richesse sonore. Là, c’est
un mélange de rythmes caribéens hb : À quel moment avez-vous pris
et de R’n’B qui vous cueille avec conscience de votre voix ?
délice, comme un concentré de ses j g : Mon tout premier souvenir
multiples tropismes, furieusement remonte à l’enfance : je chantais avec
addictifs. Découverte par Vegyn, des écouteurs branchés sur un vieil
connu pour son travail sur Blond(e) ordinateur, sans me remémorer pré-
de Frank Ocean, John Glacier s’est, cisément comment cela se passait.
depuis, imposée comme l’une des C’est le souvenir le plus ancien que
voix les plus fascinantes du moment. j’ai.En grandissant,j’ai pris conscience
La rappeuse, productrice et poétesse que la voix était un média essentiel Photo : Cassia Agyeman
britannique d’origine jamaïcaine à mon existence.
a façonné son univers en marge,
d’abord à travers des démos publiées hb : Vous avez dit que vous aviez com-
sur SoundCloud, puis avec des pro- mencé à écrire principalement pour
jets qui lui ont rapidement valu les filles et les femmes, sans imaginer
l’estime des initiés. En février der- que cela prendrait autant d’ampleur.
nier, son premier album l’installait Pouvez-vous expliquer ce que cela
enfin sous les projecteurs. signifie ?
jg : Je considère que la féminité est
harper ’ s bazaar : Comment vous une expérience qui mérite d’être
sentiez-vous lorsque vous enregis- célébrée, et qu’il devrait exister un
triez Like a Ribbon ? espace où l’on peut véritablement
john glacier : Très reconnaissante être entendue et comprise. Je sais que
envers Kwes Darko, le coproducteur chaque femme vit cette expérience
de cet album, qui m’a ouvert sa porte à sa façon, mais ce qui nous ras-
et offert son temps pour créer. J’ai semble, c’est avant tout le besoin fon-
pris beaucoup de plaisir, je vivais damental d’être vues et entendues.
pleinement et j’imaginais un univers
à partager. Au terme de nombreuses
années de travail, l’évidence s’est Like a Ribbon, de John Glacier
imposée : le moment était venu de (Young), disponible. En concert
dévoiler mon premier album, avec la au Trabendo (Paris 19e) le 3 octobre.
OCTOBRE 2025
BAZAAR 101

AIME

PARIS MAGIQUE John Singer Sargent,


génie flamboyant et provocateur, s’empare du Musée d’Orsay pour
NAT IONA L GA LLERY OF A R T, WA SHING TON ,

une impressionnante rétrospective. L’exposition révèle la décennie


cruciale où l’artiste américain s’imposa à Paris, entre audace et lumière.
Plus de 90 œuvres, certaines jamais vues en France, dévoilent un
Sargent à la fois élève inspiré de Carolus-Duran et portraitiste virtuose,
capable de capter l’âme d’une société en pleine mutation. Parmi elles,
la célèbre Madame X, fresque scandaleuse désormais icône du
CORCORA N COLL ECT ION

Metropolitan Museum. Le peintre y conjugue naturalisme, impres-


sionnisme et audace moderne. Dans ce Paris en effervescence artis-
tique, ses toiles vibrent d’un éclat inouï, magnifiant visages et paysages
avec une touche remarquable d’élégance et d’énergie. Une plongée
lumineuse dans la Belle Époque, à ne manquer sous aucun prétexte.
John Singer Sargent, Éblouir Paris, exposition au Musée d’Orsay (Paris 7e),
jusqu’au 11 janvier.
John Singer Sargent, Dr. Pozzi
at Home (1881).

BIEN-ÊTRE Métamorphosé en 2024 par


le duo d’architectes Festen, l’hôtel Balzac puise dans la sobriété
raffinée des années 30-40, offrant un luxe discret loin de l’agi-
tation des Champs-Élysées, pourtant tout proches. Ses
58 chambres et suites, dont certaines donnent sur la tour Eiffel,
invitent à la quiétude dans un décor minimaliste et chaleu-
reux, où chaque détail évoque élégance et histoire. Coup de
cœur : le spa Ikoï, « lieu où l’on se sent bien », en japonais,

M ATTHI E U S ALVAI NG
déploie son univers inspiré du pays du Soleil-Levant, une
parenthèse d’apaisement où la gestuelle précise et les senteurs
naturelles dessinent un équilibre profond entre corps et esprit.
Avec son thé vert vivifiant, ses fragrances fleuries et ses soins
signature : le lieu parfait pour une expérience mémorable.
Hôtel Balzac & spa Ikoï, 6, rue Balzac (Paris 8e).

ROBBIE BRILLE A Big Bold Beau-


tiful Journey est l’un des films les plus attendus de la rentrée.
D’abord parce que son réalisateur, Kogonada, d’origine sud-
coréenne, est la nouvelle sensation hollywoodienne, roi
de la SF poétique. Puis pour son duo de stars, la blonde
MATT KENNEDY / 2025 CTM G, INC.

Margot Robbie et le brun Colin Farrell. Et pour deux


seconds rôles qu’on adore, Phoebe Waller-Bridge (de Flea-
bag) et Kevin Kline. Mais aussi pour son scénario insolite :
ALL RIGHT S RESER VED

Sarah et David, deux inconnus célibataires, se rencontrent


lors du mariage d’un ami commun et, par un incroyable
coup du sort, se lancent ensemble dans une aventure gran-
diose où ils revivent des instants marquants de leurs vies
respectives. Trop hâte de savourer ce cocktail de fantas-
tique, d’humour et d’émotion.
A Big Bold Beautiful Journey, de Kogonada, avec Margot Robbie,
Colin Farrell, en salle le 1er octobre.
102
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

AIME

LA PLAYLIST BAZAAR
de John Galliano
Fusion de pépites rock et pop, de standards français ou espagnols, la bande-son
idéale du couturier virtuose est à l’image de la mode qu’il imagine : sous influences
monde, classique with a twist, sexy en diable.

[ 1 ] Michael Jackson – they don ’t care about us [ 2 ] Édith Piaf – mon manège à moi
[ 3 ] Moby – natural blues [ 4 ] Moloko – the time is now [ 5 ] Diana Ross – love child [ 6 ] Amy Winehouse –
back to black [ 7 ] Whitney Houston – it ’ s not right but it ’ s okay [ 8 ] Charles Aznavour – comme ils disent
[ 9 ] Françoise Hardy – mon ami la rose [ 10 ] Madonna – frozen [ 11 ] Dolly Parton – i will always love you
[ 12 ] David Bowie – modern love [ 13 ] Malcolm McLaren – madam butterfly [ 14 ] Kate Bush – cloudbusting
[15] The Clash – rock the casbah [1 6 ] Massive Attack – unfinished sympathy [ 17 ] The Source – you got
the love [ 18 ] Lola Young – messy [ 19 ] Rosalía – a tu vera [ 20 ] Miley Cyrus – nothing breaks like a heart
[21] George Michael – jesus to a child [ 22 ] Lana Del Rey – born to die [23 ] Bad Bunny – monaco [ 24] Lucky
Love – masculinity [ 25 ] Adele – rolling in the deep [ 26 ] Lola Flores – pena penita pena [ 27 ] Oasis – live
forever [ 28 ] Elvis Presley – suspicious minds [ 29 ] Asaf Avidan – reckoning song [ 30 ] Yungblud – parents
104 HA RPER’S B A ZAA R

BAZAAR SPHÈRE

HUMEUR
Elles ont marqué au fer rouge les podiums de l’automne-hiver et scellent une saison
sous le signe de l’audace. Neuf tendances fortes à suivre les yeux fermés.

PAR JULIEN MAGALHAES

COLOR BLOCK
Au moment où les jours raccourcissent et font plonger de leur brièveté
la production de sérotonine nécessaire au fonctionnement rudimentaire
de l’organisme, il faut s’adjoindre les services de couleurs franches pré-
sentant l’appréciable qualité de rayonner de leur vie propre.
LÉOPARD Il serait donc tout à fait incivique de se laisser atteindre par des fatali-
tés organiques quand il est possible de s’inspirer de la vibration orange
AFFIRMATIF sanguine d’une robe Saint Laurent portant sur ses larges épaules suffi-
Certains le disent vulgaire, criard, daté : samment de lumière pour atteindre le printemps sans dégâts, ou de pré-
ce sont des foutaises de tièdes. L’indocilité céder l’éclosion des fleurs en se plongeant dans le satin des roses d’une
tachetée du léopard est de retour, et il est improbable vêture Comme des Garçons.
justement le soutien idoine cette saison Et si l’urgence d’un shoot de lumière divine se fait vraiment sentir, pour
pour fendre avec panache la foule de ce sa première collection chez Tom Ford, Haider Ackermann a présenté une
genre de ruminants se cachant derrière série de silhouettes dont la beauté digne d’une aube de printemps en
l’invocation d’un bon goût placide qui gabardine de soie saura définitivement balafrer le danger des jours blêmes.
n’a jamais rendu service à personne.
Comme lustré de lumière par les moi-
teurs végétales d’une jungle urbaine, il est
apparu à pas feutrés sur un total look
NUIT DE
Fendi avant de poursuivre sa course d’un PLEIN JOUR
bond acrobatique au-dessus de la taille Désormais on le sait, il n’existe plus aucune raison
avec une jupe signée Marie Adam- valable de réserver à la sphère domestique les sou-
Leenaerdt. Mais c’est peut-être sur un plesses affables de vêtements de nuit dont on aimerait
sublime tailleur en vinyle translucide se parer en plein jour. Pour le plus grand bonheur des
Saint Laurent que la morsure de son âmes amies du repos des corps et de la vue, le nightwear
motif de désir s’est fait le plus vivement couture est la meilleure carte à jouer de la rentrée.
ressentir. Il est ainsi possible d’endosser la beauté quasi
Qu’importe la forme sous laquelle liquide d’une nuisette de satin carmin signée
il se présente, le léopard est une seconde Ferragamo pour traverser sans effort la distance qui
peau qui distingue avec adrénaline un sépare le lit de la prochaine sieste sans rien sacrifier
jaillissement salutaire hors du troupeau, à l’élégance. Ou de revendiquer le droit au relâche-
l’allié délicieusement incommodant ment en Prada chez qui il ne s’agit pas d’un aveu de
des plus averties. faiblesse, mais bien d’un confort cousu main avec des
poches assez profondes pour accueillir l’air du temps.
C’est peut-être dans le scintillement sublime d’une
paresse bronze et or Schiaparelli que l’allure flâneuse
du pyjama démontre qu’il sera dans les semaines
à venir la meilleure incarnation de la philosophie
du lâcher-prise appliquée à l’existence.
OCTOBRE 2025 Vibration de la couleur chez Saint Laurent par Anthony Vaccarello (orange) et chez Tom Ford 105
par Haider Ackermann (jaune). Élégance du nightwear couture signé Schiaparelli et Prada.
Le mordant du léopard en tailleur Fendi et en top Saint Laurent par Anthony Vaccarello.

DE
SAISON
106 Brandon Maxwell drape une silhouette de volutes de cuir, Valentino sculpte B AZA A R SPH ÈRE, OCT OBRE 2 025
un buste de dentelle, Max Mara joue la profondeur d’un cachemire bordeaux.

CUIR INTENSE
Rien ne sert de hurler, c’est la pluie qui fait pousser les fleurs, pas le ton-
nerre. Ainsi la puissance n’a rien à voir avec la quantité de décibels que
l’on envoie à des voisins qui n’ont rien demandé, mais prend plus souvent
la forme, plus propice au vivre-ensemble, du murmure d’une matière dont
la musique et le parfum composent ensemble une signature vivante, celle
de la peau.
Cet automne, on peut encore miser sur le cuir pour donner du poids
à la silhouette et du nerf au récit personnel : Brandon Maxwell drape sa sou-
plesse autour du corps comme une main tenant à elle seule toute la profon-
deur de l’ébène, alors que Pieter Mulier en a fait une merveille de volume
noué à la taille dont chaque mouvement fait soupirer les plis de plaisir.
Mais c’est chez Hermès que le savoir-faire de la maison se fond dans
le plus savant des jeux de découpes : liens, boucles et attaches mêlent ainsi
leur sensualité d’ocre clair pour ponctuer son habituel paysage cavalier
d’une touche fetish démontrant sans équivoque que le rôle du vivant
est bien de réveiller ce qui s’endort.

FATALE
DENTELLE
Elle est un peu comme un message envoyé
BORDEAUX après l’heure de fermeture des bars : rare-
Il y a toujours quelqu’un pour nous rap- ment sage, souvent chargé d’arrière-pen-
peler qu’on ne peut pas tout avoir, ce qui sées, et toujours plus efficace quand
est réellement énervant pour plusieurs finement troussé. Loin du napperon inof-
raisons. D’abord, à moins d’être le per- fensif, elle embrase l’air du temps avec une
dreau de l’année, la vie s’est déjà chargée ambition claire : faire passer l’ultra-sugges-
de passer l’info, merci. Ensuite parce que tif pour de l’artisanat d’exception.
c’est faux : il s’agit simplement de porter Carmin sur un body déboutonné
son attention au bon endroit, comme cette Valentino, la dentelle grimpe sur le corps
saison sur le bordeaux. comme une idée un peu trop bonne
Il a ceci d’admirable qu’il parvient pour être honnête sans cacher grand-
à associer les choix multiples : à la fois fraî- chose d’autre que ses intentions. D’une
cheur et feu sur un spectaculaire bouil- perverse élégance couleur glacier,
lonnement de velours Comme des elle se fend jusqu’en haut de la cuisse
Garçons, ses changeantes nuances ont sur une silhouette Ludovic de Saint
embrassé certaines des plus belles sil- Sernin en jouant l’alternance
houettes de la saison. Chez Max Mara, de ses opacités, et floute les
il a pris toute la profondeur d’un drapé contours bouclés d’une blouse
de cachemire accentué d’une touche Orlando, fouettée comme une
de lumière à la ceinture, tandis qu’il a fait crème, signée Maria Grazia
rayonner une robe manteau en cuir vinyle Chiuri qui a déployé des tré-
embossé python à la beauté dévorante, sors de légèreté technique
perfection de sensualité et d’exquise rete- pour Dior.
nue pour Tom Ford. Sous ses dehors fra-
Ambigu, il autorise la jouissance de giles, elle est l’arme fatale
l’entre-deux, les imprécisions et la nuance, des patiences redou-
tout ce dont le monde a besoin. tables et prouve que l’on
peut avancer en transpa-
rence et tout de même avoir
le contrôle des opérations.
L’inspiration tout en courbes de Sarah Burton pour Givenchy, une blouse Chanel crépusculaire, 107
l’expressivité graphique d’un manteau Fendi. Photos : Launchmetrics / Spotlight

COURBES
ASCENDANTES
Aller droit au but, c’est super et ça fait gagner
du temps, mais la courbe sait bien ce que la ligne NOIR TOTAL
droite ignore : séduire, ce n’est jamais aller tout droit. On peut, on doit s’y jeter comme dans une soirée qui
Ça tombe bien, la saison foisonne de ces sinuosités devait durer deux heures et qui termine trois jours
exquises qui font tout le sel et la richesse que l’on plus tard : jusqu’au cou, et en accueillant les réalités
demande aux départementales de la mode. alternatives. Porte ouverte sur l’absolu, le noir est
Sarah Burton a dessiné pour Givenchy une arche le plus loyal, le plus permissif et le plus éloquent
de carrure, gothique ligne d’épaule à la fois solide des compagnons de route, une bénédiction téné-
et souple, par laquelle le visage devient clé de voûte breuse vers l’avalanche.
par le génie d’une couture en torsade de cuir. Chez Totale absorption, il habille d’éclipse une liane
Comme des Garçons, ce sont les remous d’une cas- de velours présentée par Peter Copping pour ses
cade de tissu bleu nuit qui feraient passer n’importe débuts chez Lanvin et dont seuls se dessinent les
quoi d’autre pour un filet d’eau tiède. habiles contours, alors que le jeu des matières laisse
Mais c’est chez Alaïa que Pieter Mulier quelques accents lécher de reflets l’impeccable
a poussé les limites ordinaires de la spirale alibi d’une sensuelle composition de cuir et de
par le travail d’un fil qui semble n’avoir tissages étouffés d’ombres, signée de l’excellence
pas plus de fin que d’origine. Par des du travail de Nadège Vanhée pour Hermès.
orbites insensées, il propulse la beauté Enfin, c’est à la manière d’un souvenir dont on
sensationnelle d’une collection dans ne parvient à saisir les détails qu’il floute de ses
laquelle on se jette à courbe perdue. sombreurs vaporeuses une blouse Chanel à la
beauté crépusculaire, lacée d’un satin comme
dernier rempart avant la dissolution totale
vers les abysses.

FUR FICTION
ll suffit d’avoir déjà fait l’expérience d’un
séjour à peine un peu trop long de camping
sauvage pour savoir que le naturel n’est pas
toujours préférable à l’artifice. C’est pareil pour
la fourrure : le fait qu’elle ne provienne plus du
dos d’animaux faits pour les grands espaces ne
l’en rend que plus appréciable et malléable aux
fictions esthétiques de tout poil.
Les mois à venir accueilleront à bras ouverts
sa versatilité dramatique, capable de ponctuer
des voiles de soie de sautillants accents fauves
comme dans un rêve de Scandinavie antique
signé Chloé. Ou d’incarner le vison familial
jeté sur le bras d’une héritière qui trace
sa route avec toute l’assurance permise
chez Miu Miu.
Mais c’est chez Fendi, gonflée comme
une dentelle d’hiver en mohair de che-
vreau dont on croirait pourtant sentir
les incisives, qu’elle déploie tout le
savoir-faire exceptionnel d’un empire
romain savamment dirigé par trois
générations de femmes qui savent exac-
tement comment raconter leur histoire. $
108
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SPHÈRE

Jesmyn Ward INTER VIEW FLO RINE DELCOUR T

LE POIDS
DES MAUX
Seule femme double lauréate du National Book Award,
la grande romancière américaine, citée comme l’une
des 100 personnalités les plus influentes au monde par
le magazine Time, revient avec un livre coup de poing
qui plonge au cœur de la tragédie de l’esclavage.

PILE. JESMYN WARD impressionne. Elle mais aussi des drames les plus intimes, comme
a le verbe élaboré, la parole allègre et la réponse le deuil, tout en y insufflant la force et l’universalité
attentive. Face. On sent chez elle une profonde afflic- des grands récits fondateurs. Avec ce nouveau roman,
tion. Écorchée, tendance introvertie. Ni un double elle prête un souffle épique, d’une violence sourde,
National Book Award – elle est la seule femme à avoir à l’histoire de l’esclavage : Annis, jeune captive arra-
reçu deux fois ce prix, équivalent du Goncourt –, chée à sa mère, affronte violences, déchirements
ni les diverses reconnaissances ne sont parvenus et violences sexuelles, guidée par les esprits ances-
à altérer sa peine, ses douleurs et, surtout, son allure traux dans une quête vers la liberté et la rédemption.
de guerrière. À travers l’écran, elle apparaît, impé- Les mots, en équilibre constant sur la ligne qui
riale, un mug à la main, le visage caché par de lon- sépare le réalisme du merveilleux, donnent voix au
gues tresses. Derrière elle, une immense bibliothèque silence d’une mémoire en friche et finissent par vous
noire à l’allure borgésienne. Celle qui vit désormais coller la chair de poule ou vous arracher une larme.
dans une maison située au milieu des bois dans le
Mississippi avec ses deux enfants confie ne pas avoir harper s bazaar : Comment est né ce nouveau livre,
eu le temps de déballer tous ses cartons. Depuis près Nous serons
’ tempête ?
de vingt ans, Jesmyn Ward incarne une forme de rêve jesmyn ward : L’idée m’est venue en 2015, alors que
d’unité et d’espoir, qui lui vaut, aux États-Unis, une je conduisais en direction de l’université de Tulane
notoriété considérable. Considérée par le magazine où j’enseigne. À la radio, un reportage retraçait l’his-
Time comme l’une des 100 personnalités les plus toire de l’esclavage dans la ville. Une historienne inter-
influentes au monde, citée en référence par Barack viewée expliquait le rôle central de La Nouvelle-Orléans
Obama ou Oprah Winfrey, cette grande dame de la dans la traite des esclaves, et parlait notamment
littérature américaine, dont le dernier ouvrage, Nous des « slave pens » – un terme qui m’a bouleversée car
serons tempête, paraît en France, est devenue une sorte il désigne des enclos à bétail où étaient retenus les
de classique vivant. Son écriture âpre et poétique, esclaves. J’ai été très émue car je ne savais pas que
souvent comparée à celle de William Faulkner ou de La Nouvelle-Orléans, où j’ai passé une partie de mon
Toni Morrison, fouille très loin dans l’histoire améri- adolescence, était au cœur de la traite intérieure,
caine pour rendre compte de la réalité sociale du pays, ni que des milliers d’esclaves y étaient vendus pour
OCTOBRE 2025 109

DAYM ON GARD NER


partir vers les plantations du Mississippi et de tance, souvent oubliée. Annis, sa mère et d’autres
Louisiane. Le plus choquant : à l’époque, seuls deux esclaves croyaient en quelque chose de plus grand que
lieux de mémoire existaient en ville, dont un mal situé. la réalité matérielle, une présence spirituelle qui, nour-
J’ai pris conscience de l’effacement de cette histoire, rie et honorée, pouvait changer le monde. Cette foi leur
et j’ai donc décidé d’écrire sur une femme ayant vécu permettait de faire face au système qui voulait les dés-
cette réalité, pour la rendre à nouveau visible. humaniser. J’ai moi-même grandi avec ces croyances :
mon arrière-grand-mère racontait que son mari décédé
hb : Le récit soulève aussi la question de la résistance. lui était revenu en esprit, qu’elle l’avait vu et écouté,
Que signifie ce mot pour vous ? et ma grand-mère interprétait ses rêves comme des
jw : Avant de commencer mes recherches sur l’escla- messages prophétiques. Ce lien au spirituel, je l’ai inté-
vage américain, j’avais une vision très limitée de cette gré dans mon livre pour rendre cette résistance vivante,
dimension-là : je pensais que les esclaves ne faisaient car c’était aussi ma réalité d’enfance.
que deux choses, fuir ou se révolter. Mais en faisant
des recherches, j’ai découvert qu’il existait bien plus hb : Comment expliquez-vous le fait que l’esclavage
de formes de résistance. Certains esclaves formaient influence encore fortement le monde actuel ?
des communautés libres appelées maroons, d’autres jw : Des études montrent que le traumatisme qui en
vivaient aux frontières des plantations, aidés par ceux découle, transmis de génération en génération, ainsi que
qui restaient. Ils résistaient en volant, en ralentissant le racisme subi dans le système médical et la société
le travail, en créant des liens malgré la violence du contribuent à des résultats de santé plus mauvais pour
système. Écrire m’a révélé ceci : choisir de vivre, sans les Noirs. Par exemple, malgré un mode de vie sain, leur
céder au désespoir, est aussi une forme de résistance. état de santé reste souvent inférieur à celui des Blancs
du même âge et de même condition. Cela se manifeste
hb : Au fil de votre récit, vous distillez des touches de sur- aussi dans les taux de mortalité maternelle, où les risques
naturel, où les morts et les vivants entrent en dialogue. pour une mère noire sont comparables à ceux d’une
Pensez-vous que les rêves, l’au-delà et les esprits soient adolescente blanche enceinte. Cette réalité se retrouve
les seuls moyens d’évasion possibles face à cette réalité ? partout, et il est frustrant de voir certains vouloir nier
jw : Oui, je le crois. Il s’agit d’une autre forme de résis- cette histoire. Ce qui me révolte profondément.
110 B AZA A R SPH ÈRE, OCT OBRE 2 025

hb : Pensez-vous à Donald Trump en disant cela ?


Il a récemment reproché à plusieurs musées une
couverture démesurée de l’histoire de l’esclavage.
jw : Oui. Cette histoire est violente, cruelle et très
difficile à affronter. Écrire ce livre a été dur pour moi,
et je peux à peine imaginer la souffrance réelle de
ceux qui l’ont vécue : la séparation d’un enfant, la
privation, les coups, les mauvais traitements… Je suis
prête à faire face à cette douleur, mais beaucoup ne
le sont pas. Pour beaucoup de Blancs, c’est trop, car
ils ressentent une culpabilité, même s’ils ne l’ad-
mettent pas et ne l’ont pas vécue eux-mêmes. Cette
honte vient du fait qu’ils savent que le système fondé
sur le génocide et l’esclavage les avantage encore
aujourd’hui. Ils refusent souvent de reconnaître
ce privilège accumulé. C’est pour cela qu’ils veulent
effacer cette histoire, mais elle ne disparaîtra jamais :
elle est gravée dans nos corps, nos systèmes et nos
mémoires transmises.

hb : Quel regard portez-vous sur l’Amérique


aujourd’hui ?
jw : C’est une question difficile. L’Amérique est ma
maison et je l’aime profondément. Mais je me bats
contre ceux au pouvoir qui veulent nous faire taire,
effacer notre histoire et limiter nos droits. Je sais que
beaucoup, au sein du gouvernement et ailleurs,
résistent aussi. Pourtant, vivre ici est effrayant, surtout
quand je pense à l’avenir de mes enfants. C’est pour-
quoi je continue à agir, à sensibiliser et à lutter.

hb : James Baldwin a dit un jour : « C’est un très grand jw : C’est vrai, je n’ai pas écrit pendant plus de
choc de découvrir que le pays où vous êtes né, auquel six mois après sa disparition. Mon frère est mort
vous devez la vie et votre identité, n’a pas créé, dans quand j’avais 20 ans, puis mon compagnon, le père
tout son système de fonctionnement réel, la moindre de mes enfants, en janvier 2020, et ma grand-mère
place pour vous. » cette année ; à chaque fois, j’ai cherché à m’accorder
jw : Je l’admire profondément pour sa grande sagesse. du temps face à une douleur immense, cet amour
Merci pour cette citation ; peut-être l’avais-je déjà lue, qui ne trouve plus de destinataire. Après la mort
mais elle m’avait échappé. Je pense souvent à sa vie, de mon compagnon, j’ai compris que mon silence
à son choix d’émigrer et de passer une grande partie était dû au fait que l’espoir m’avait quittée. Pour moi,
de son existence en France. Là-bas, il a poursuivi son écrire repose sur la conviction que créer et partager
combat sous une autre forme. Son parcours illustre peut soulager et éveiller l’empathie. Mais un jour,
ce qui est possible. J’apprécie énormément son œuvre. une petite voix intérieure m’a murmuré : « Ce n’est
Je refuse de vivre dans l’Amérique qu’ils tentent de bâtir, pas ce qu’il voudrait ; ne te tais pas. » Alors, j’ai repris
et je ne souhaite pas que mes enfants y grandissent. le manuscrit. Ce deuil a approfondi ma compréhen-
Pourtant, c’est compliqué : ici se trouvent ma famille et sion d’Annis et des siens : leur quotidien était fait de
ma communauté. Parfois l’envie de partir me tente, mais séparations et de pertes répétées, affrontées très tôt.
c’est mon amour pour eux qui me retient. Je cherche Revenir à l’écriture m’a permis de les représenter
encore la meilleure manière d’avancer malgré tout. pleinement, humains et complexes, et peu à peu, cela
m’a rendu un peu d’espoir.
hb : Votre livre est profondément marqué par le deuil,
une expérience très personnelle puisque vous avez hb : Y a-t-il d’autres choses qui vous donnent de
perdu votre compagnon alors que vous aviez com- l’espoir ?
mencé à l’écrire. Vous avez mentionné qu’à un jw : Mes enfants, bien sûr, ainsi que ma famille et ma
moment vous n’arriviez plus à écrire. Comment avez- communauté, sont une grande source d’espoir pour
vous réussi à retrouver la force de reprendre ? moi. Être en contact avec la nature me donne aussi
111

beaucoup de force. Je crois aussi profondément


en l’art – la musique, la littérature – qui nourrit cette
espérance. Malgré les épreuves et les souffrances, nous
avons toujours cette capacité de créer, d’imaginer,
de rêver. C’est en puisant dans nos expériences pour
“MA MÈRE A
inventer et partager que je trouve inspiration et éner-
gie. C’est cette force créatrice qui me donne de l’es-
TOUJOURS COMBATTU
poir chaque jour. À SA MANIÈRE.
hb : Le livre commence par cette phrase : « La toute
première arme que j’ai tenue a été la main de ma
ELLE A TOUJOURS
mère. » Et vous, quelle a été la vôtre ?
jw : Pour moi, ce serait la même chose. Ma mère, très
TROUVÉ UN MOYEN,
discrète, a toujours combattu à sa manière, seule avec
quatre enfants dans le Mississippi, avec pour seule
MÊME QUAND
arme un diplôme. Elle a toujours trouvé un moyen,
même quand il n’y en avait pas. En grandissant, j’ai
IL N’Y EN AVAIT PAS.”
découvert que les mots, les livres sont aussi des armes
– ou plutôt des outils puissants. Lire a élargi ma vision
du monde, m’a aidée à comprendre ma vie et celle
des autres. Les histoires nous ouvrent à l’expérience hb : Qu’est-ce qui vous a touchée à ce point ?
d’autrui et nourrissent la croyance en un monde meil- jw : Cette scène montre que l’art libère, qu’il offre un
leur pour tous. espace et un temps de liberté. Je ne sais pas exacte-
ment pourquoi j’ai pleuré, mais ce moment a affirmé
hb : Que faites-vous lorsque vous n’écrivez pas ? cet espoir que je ressens en créant.
jw : Je lis, bien sûr. Pour le plaisir, je lis très large-
ment : des essais, des romans de genres variés, de la hb : Vous évoquiez la musique à l’instant. Pouvez-
fiction littéraire mais aussi des ouvrages plus légers. vous citer une chanson qui vous bouleverse ?
J’aime explorer la romance, la fantasy, la science-fic- jw : Il y a beaucoup de chansons qui me viennent
tion, ainsi que les romans jeunesse ou « middle en tête. J’adore le hip-hop, surtout le rap du Sud,
grade ». En fait, j’aime découvrir toutes sortes d’his- mais aussi le R&B et le blues. Je connais peu le jazz,
toires. Et puis, j’admets que je regarde aussi la télé- mais j’en écoute parfois, tout comme de la musique
vision, car pour moi, il s’agit simplement d’une autre classique que j’aime beaucoup. Mais parmi toutes
façon d’accéder aux récits : je continue à explorer les musiques qui me touchent, je reviens toujours
des histoires, que ce soit à travers les livres ou l’écran. à Prince. La chanson qui me bouleverse particuliè-
rement est Sometimes It Snows in April.
hb : Que regardez-vous ?
jw : J’ai récemment rattrapé la série Mercredi sur hb : Dernière question, Jesmyn Ward. Si vous deviez
Netflix, que j’adore. J’ai toujours été fan de La Famille vous décrire en trois mots, quels seraient-ils ?
Addams, depuis que je regardais enfant la série origi- jw : Laissez-moi réfléchir un instant… On ne dirait
nale en noir et blanc des années 60 avec mes parents. pas comme ça, mais si quelqu’un devait me décrire,
Côté cinéma, j’ai vu Sinners de Ryan Coogler. Ce film il parlerait sûrement de mon rire, qui est fort, un peu
m’a fascinée, avec sa belle BO blues et son décor dans ridicule selon ma mère. Quant à moi, je dirais que
le delta du Mississippi, riche et inclusif, où cohabitent je ressens les choses très profondément, ce qui
diverses communautés asiatiques, noires et blanches. explique sans doute que je sois écrivain : j’essaie de
C’était vibrant et émouvant. L’avez-vous vu ? canaliser ces émotions à travers l’écriture. Un autre
mot que j’utiliserais pour me décrire, ou que les
hb : Non, pas encore. autres emploieraient, c’est « résiliente ». Certains
jw : Alors, je ne vais pas dévoiler la fin, mais il y a une amis me l’ont déjà dit. Parfois, ça me semble plutôt
scène où un musicien joue du blues et chante d’une une forme de survie ou de nécessité. Mais, malgré
voix magnifique. À un moment, le temps semble tout, c’est bien de la résilience, car je suis toujours
s’effondrer, réunissant personnages du passé et du là, à poursuivre mon travail et à avancer du mieux
présent. Un autre chanteur, noir, parle de création possible. $
artistique et déclare : « Nous sommes libres. » Ce pas-
sage m’a émue aux larmes, même si c’est un film de Nous serons tempête, de Jesmyn Ward, traduit par
vampires fantastique. Charles Recoursé, disponible aux éditions Belfond.
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BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

SPHÈRE

TAYLOR
SWIFT

DELPHINE LEFEBVRE / HANS LUCAS

COMME
PERSONNE
OCTOBRE 2025 113

La musicienne, dont le 12e album sort ces jours-ci, n’a guère d’équivalent.
Une légende d’ores et déjà rangée aux côtés des Beatles, de Prince ou David
Bowie. Le célèbre journaliste américain Rob Sheffield met en lumière un fait
marquant : Taylor Swift a fait de la fangirl, longtemps ignorée dans l’histoire
musicale, le moteur central de la pop d’aujourd’hui, transformant la musique
en un phénomène collectif et générationnel. PA R NO É MI E L E C OQ

ICÔNE, PHÉNOMÈNE, pop star : à personne, pas même aux plus grands. » le folk, l’électro ou la pop, sa musique reste
Taylor Swift suscite depuis des années Rob Sheffield rappelle d’ailleurs que instantanément accessible et elle applique
un engouement sans précédent. Souvent la carrière des Beatles n’a duré que huit ce dogme dans son rapport à son public
comparée aux grandes figures historiques ans. La réussite commerciale de la dernière – elle n’oublie pas qu’elle aussi a été fan.
de la musique – des Beatles à Bruce tournée de la chanteuse, The Eras, la place Ses paroles intimistes touchent en plein
Springsteen, en passant par Britney au rang des artistes les plus influents cœur, comme si elle confiait tous ses
Spears –, elle affiche une longévité rare et rentables de l’histoire. Elle est la pre- secrets, ce qui crée un esprit de connivence
dans le show-business et a séduit des géné- mière milliardaire à avoir bâti sa fortune (entretenu par les easter eggs qui parsè-
rations entières avec des chansons intimes essentiellement sur sa musique, grâce ment son œuvre), un lien affectif qui soude
et engagées. Son impact dépasse la simple notamment aux royalties provenant de ses des communautés entières et dont la bien-
production de tubes pour toucher des albums. Seulement voilà, passer de révéla- veillance s’exprime, entre autres, par les
enjeux culturels plus larges, notamment tion country, dès son adolescence, au rang échanges de bracelets d’amitié, les meet-
en redéfinissant les contours de la pop d’icône suprême ne s’est pas fait en un jour. and-greet auxquels elle se plie volontiers,
contemporaine. À 35 ans, avec son dou- Avant de dominer les charts, avant de ou encore les messages personnalisés que
zième album, The Life of a Showgirl, Taylor devenir un sujet d’étude au sein de plu- reçoivent les Swifties [nom donné à ses fans].
Swift devient une référence. De nom- sieurs universités (Harvard, Stanford…), Le succès de Taylor Swift a des consé-
breuses artistes féminines actuelles, cette native de Pennsylvanie a traversé des quences multiples, parfois insoupçonnées,
de Billie Eilish à Olivia Rodrigo, jugent difficultés dont peu d’artistes se seraient qui, par ricochet, participent à l’évolution
son influence majeure, notamment pour remis. Son sourire conquérant et son de la pop culture et même de la société.
sa maîtrise de la guitare, qu’elle contribue regard brillant cachent plus d’une désillu- Nul doute que The Life of a Showgirl,
à féminiser dans un milieu traditionnelle- sion. C’est précisément ces déboires qui album studio flamboyant, prolongera cette
ment masculin. En ce sens, elle pèse sur lui ont permis de devenir une business- chevauchée fantastique. $
l’industrie musicale, encourageant l’en- woman avertie, maîtresse de ses choix, qui
traide féminine et modifiant peu à peu les fait tout son possible pour transformer ce
normes d’un univers viril. qui ne tourne pas rond dans l’industrie de
Dans son livre Heartbreak is the National la musique. Elle s’est associée àTicketmaster
Anthem, Rob Sheffield, journaliste réputé pour imaginer de nouvelles stratégies pour
de Rolling Stone, retrace comment Swift, des ventes de billets de concerts plus
célèbre grâce à ses chansons pour adoles- saines, moins gangrenées par le marché
centes (écrites alors qu’elle l’était elle- noir. Très attachée aux vinyles, elle aurait
même), est devenue omniprésente – et il contribué à redynamiser ce support. Son
soutient que, même si son influence peut long combat pour récupérer les droits
parfois faire oublier son talent, on en de ses six premiers albums a alerté toute
revient toujours à son écriture virtuose. une nouvelle génération d’artistes sur la
Il décrit ainsi son statut sans précédent : notion de propriété intellectuelle.
« En 2024, elle est au sommet de la gloire, Face à la ferveur et à la dévotion qu’elle
de son impact culturel et commercial, déclenche à travers le monde chez ses fans,
de ses capacités artistiques, maintenant Taylor Swift a choisi de ne pas suivre
un rythme de travail effréné. Or cela fait l’exemple des divas intouchables et mysté-
dix-huit ans qu’elle est à ce niveau. Ce qui rieuses qui l’ont précédée dans la pop.
n’arrive jamais. Personne n’a eu une telle Comme Bruce Springsteen et Paul
The Life of a Showgirl, de Taylor Swift (Republic /
trajectoire, en permanence toujours plus McCartney, deux de ses héros, elle donne Universal), sortie le 3 octobre.
populaire et prolifique, toujours au meil- des shows généreux qui durent plus de Heartbreak is the National Anthem, de Rob Sheffield
leur de sa forme. On ne peut la comparer trois heures. Qu’elle puise dans la country, (éd. HQ), disponible.
114 HA RPER’S B A ZAA R

BAZAAR BIJOUX

Fine fleur
P H O T O G RAPHE EDUARD S Á N C H E Z R I B O T S E T D E S I G N E R N ATA L I E T U R N B U L L R E S P O N S A B L E J O A I L L E R I E PA UL -AR TH U R J E A N-MA R I E

Panoplie de bijoux aux pierres et diamants


imposants, pour un début d’automne
placé sous le signe d’une vanité assumée.

Bracelet Sculpted Cable Flex en or blanc serti


de diamants David Yurman.
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OCTOBRE 2025 Collier Golden Checkerboard Fish en or jaune et platine sertis de saphirs, de diamants blancs 117
et de diamants jaunes Harry Winston. Page opposée : bague Panthère de Cartier en or blanc serti d’onyx,
d’émeraudes et de diamants blancs Cartier.
118 HA RPER’S B A ZAA R

Collier en or blanc serti de diamants blancs et de diamants jaunes Graff. Page opposée : montre à secret Fleurs d’Hawaï
en or blanc serti de nacre blanche, d’aigues-marines et de diamants, et chaîne en or blanc Van Cleef & Arpels.
OCTOBRE 2025 119
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OCTOBRE 2025 121

Collier Anniversary Love en or blanc serti de diamants Recarlo. Page opposée : boucles d’oreilles
L’Heure du Diamant en or blanc serti de rubis et de diamants blancs Chopard.
Production : Jones MGMT
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BAZAAR BEAUTÉ

PRÊTS À PORTER
Si la mode est un langage, ces lancements de saison en disent long sur leurs propriétaires…
PHOTOGRAPHE SET DESIGNER STYLISTE TEXTE
F E R RY VA N D E R N AT HÉLÈNE MANCHE M AT H I A S T I C H A D O U JULIE LEVOYER

CELLE QUI REFUSE DE FAIRE LA QUEUE


Elle met du baume à lèvres, a priori comme tout le monde. Sauf que le sien est monogrammé absolu-
ment partout (le top, la bague, le socle de sa recharge), imaginé par la make-up artist Pat McGrath et
riche en cires naturelles issues de fleurs upcyclées. Surtout, il se transporte dans un micro-nécessaire
Monogram, histoire de crier au monde qu’elle vole largement au-dessus de la mêlée.
LV Baume Monogram Touch 051, et Lipstick Trunk, La Beauté Louis Vuitton, 140 € (disponible en 10 teintes) et 2 500 €.
Veste cintrée en cuir Louis Vuitton.
OCTOBRE 2025 123

“Le voyage a toujours été au centre de Louis Vuitton,


c’est l’âme même de la maison. La petite malle à rouge
à lèvres incarne parfaitement cette vision : un objet précieux,
porteur d’histoire, pensé pour vous accompagner partout.”
pat mcgrath, directrice de création maquillage, la beauté louis vuitton

ELLE CROIT EN SA DESTINÉE


Pas de temps à perdre, elle a une vie à vivre et se fie
donc depuis toujours au même joker : un stick bon
à tout faire, inventé par le maquilleur François Nars
en 1996 lors d’un shoot pour le Bazaar américain avec
Patrick Demarchelier. 6 make-up artists de l’époque
doivent inventer un look de printemps en 3 heures :
Dick Page grise le regard de Stella Tennant, Kevyn
Aucoin dore les sourcils de Kristen McMenamy
et François Nars, lui, hâle les paupières, la bouche
et les pommettes de Carolyn Murphy au rouge à lèvres
Tangier en 10 minutes. Souvent copié, jamais égalé,
ce produit hybride se réinvente aujourd’hui en texture
crème-poudre.
Stick The Multiple, Trance, Hot Take, Fling, Orgasm
Crave et Swing, Nars, 45 €, disponible en 12 teintes.
Body en coton biologique DnuD.

C’EST UNE FILLE BRILLANTE


Littéralement, puisqu’elle irradie d’un glow halluci-
nant. Et au sens large, car elle est assez maligne pour
utiliser ce gel-crème multitâche. Vegan, à 96 %
d’origine naturelle, il est chargé en vitamines
antioxydantes, en peptides repulpants, en acide
hyaluronique hydratant et – ce qui fait la dif-
férence – en complexe dopeur d’éclat inspiré
du mesh metal de la maison. En primer, il double
la tenue du fond de teint. Sur peau nue, il lisse,
rafraîchit et illumine l’épiderme pendant 24 heures.
Une vraie lumière !
Base de teint lumière hydratation intense Nudes,
V.I.P Glow, Rabanne, 61 €.
Manteaux longs en laine chinée Rabanne.
124

ÇA Y EST, ELLE L’A FAIT


Hé non ! Aucun scalpel derrière cet air frais
et ce regard alerte mais un gel hypertenseur,
agissant comme un dermato : un duo d’acides
hyaluroniques filler-like, du rétinol resurfa-
çant effet laser et une fraction de collagène
biomimétique, suffisamment petit pour se
faufiler dans la peau (ce qui n’est pas souvent
le cas). En sous-marin, la formule active le
transport d’oxygène dans les cellules, qui se
régénèrent comme si demain n’existait pas.
Bluffant, le lift est immédiat.
Pro-Collagène Shot Dior Capture, Dior, 98 €.
Cape en lin et laine Dior.

UNE PETITE MUSIQUE DANS LA TÊTE

Faire entrer des ronds dans des carrés, c’est ce qu’elle


appelle un jeudi soir comme les autres. Ce boîtier
l’aidera à résoudre sa quadrature du cercle personnelle,
grâce à ces quatre voiles de soie à paupières : un pourpre
nacré qui densifie sans éteindre le regard, un gris bleuté
faisant office de nouveau noir, un or dense à détourner
en highlighter et un bleu-vert profond pour faire
pulser l’iris…
Palette Ombre d’Hermès Ombres optiques, Hermès, 110 €,
édition limitée. Bottes inspiration équestre en cuir Hermès.

C’EST UNE FEMME DE GAUCHE


(EN TOUT CAS, ELLE ESSAIE)
Depuis qu’elle a regardé un tuto contouring
il y a 10 jours (personne n’est parfait), son feed
est un vortex de pubs pour cosmétiques inutiles.
Pour l’aider à décroître avec style, la make-up artist
Carole Colombani (fidèle de Christophe Lemaire)
lance 3 pinceaux polyvalents, vegan et cruelty-free.
Imaginés pour le rush des backstages, ils diffusent,
fondent et estompent poudres, crèmes et gels,
tout en séchant en un temps record.

Pinceau .01, .02 et .03, Colombani Beauty, 49 €, 39 € et 29 €.


Jeans en coton Levi’s, jeans en coton APC.
125

ELLE PREND TOUTE LA PLACE


Dans le genre entrée fracassante, le retour de Balenciaga au parfum se pose là :
10 fragrances d’un coup racontent le patrimoine de la maison à travers des sillages tout
sauf consensuels. Nette préférence pour les agrumes dévorés par le soleil – étrangement
ambrés par un absolu d’algues – qui transportent dans le village originel du couturier
(Getaria) et pour cette robe Tulipe imaginaire tissée d’ylang et de jasmin, ourlée
de l’amertume du thé blanc (To Be Confirmed). Et bien sûr Le Dix, chypre mythique
lancé en 1947, désormais renversé par une bourrasque aldéhydée d’iris métallique. $

Parfums No Comment, Twenty Four Seven, Getaria, To Be Confirmed, Muscara, Le Dix, 100 %, Extra, Cristòbal,
Incense Perfumum, Balenciaga, 260 € les 100 ml. Sac à main Rodéo en cuir tanné végétal Balenciaga.
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BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

BEAUTÉ

Yasmin Le Bon,
CLASSE MANNEQUIN
Regard obsidienne, chevelure d’ambre, aura spectaculaire qui transcende les époques…
Rencontre avec la top model mythique, preuve vivante que la joie, l’humour
et l’authenticité sont les seuls marqueurs de beauté qui comptent. I NTER VIEW JO ANE AMAY

« IL Y A TRÈS PEU DE MIROIRS CHEZ MOI, mes filles


s’en plaignent tout le temps », confie Yasmin Le Bon, 60 ans, à la beauté presque
irréelle. Comment appréhender le temps qui passe quand on a été l’incarna-
tion du glamour des 80’s ? Chanel, Versace, Yves Saint Laurent, les cover de
tous les magazines qui comptent, une rock star pour mari (Simon Le Bon,
frontman magnétique de Duran Duran)… Yasmin Le Bon, qui occupe une
place à part à part au panthéon des top models, reconnaît qu’il n’est pas tou-
jours évident de vieillir. « J’essaie de ne plus me regarder le matin. C’est le soir,
quand mon visage paraît plus éveillé, que je me sens mieux dans ma peau »,
poursuit d’une voix marquée par la sagesse celle qui a appris à se voir au-delà
de son simple reflet. Modèle d’équilibre, mère de trois filles, grand-mère
de jeunes enfants, elle touche au cœur d’une vérité universelle : la pression
imposée aux femmes de « tout avoir » ne disparaît pas avec l’âge, elle change
juste de formes. « Je peux parfois me montrer très sévère envers moi-même.
On exige tellement des femmes, c’est un travail de longue haleine de rester
solide et d’avancer avec grâce », observe-t-elle. Dans une société chassant
inlassablement « the next big thing », son approche de la beauté est une mas-
terclass de justesse : pragmatique mais généreuse, effortless mais en conscience.

NATURES MOR TES SET DESIGNER


FERRY VAN D ER NAT HÉLÈNE MANCHE
OCTOBRE 2025 127

4 FAÇONS DE SE SENTIR BIEN


DANS SA PEAU

Des bains froids : « J’ai beaucoup d’inflammation dans


le corps, que j’essaie de contre-balancer avec des cold
plunges. Ça m’énergise, je me sens vraiment mieux. »
No scrubs : « Avec le temps, l’exfoliation est devenue
un geste clé. Néanmoins, vous n’avez pas besoin d’in-
vestir dans un gommage, un bon gant turc – comme
ceux du hammam – suffit largement. »
Soin corps DIY : « Sérum, huile, crème… Je verse toutes
les formules qui ne m’ont pas convaincue dans un
flacon : je secoue bien et j’utilise le mix, qui est tou-
jours unique. C’est important de masser la peau pour
ne pas avoir l’air d’un vieux morceau de papier froissé
oublié au soleil. »
L’allié de choix : « À Noël, ma nièce m’a offert le déodo-
rant naturel SC.03 The Onsen de AKT afin que je n’uti-
lise plus de formules trop agressives. C’est un
life-changing, je suis fan de sa senteur aromatique
d’agrumes et de bois et de son efficacité sans faille toute
la journée. Je le recommande à tout mon entourage. »

SA PHILOSOPHIE DU SOIN

Toc de top : « Durant ma vingtaine, je me démaquillais,


je nettoyais mon visage et j’appliquais un soin hydra-
tant. C’est tout. En revanche, j’éliminais conscien-
cieusement les couches de maquillage à l’Eau
micellaire de Bioderma, après chaque job. Dès que
j’ai un peu ralenti, je n’ai plus ressenti le besoin
de me laver le visage aussi souvent. »
Réveil matin : « Un grand splash d’eau sur le visage
et La Crème d’Augustinus Bader, rien d’autre. Je suis
complètement accro, j’ai même souscrit à un abon-
nement pour ne jamais être à court. »
Rituel du soir : « Depuis que je jardine, j’élimine les traces
de la journée avec un cleanser à base d’huile, moins
agressif pour la peau. Je n’applique pas forcément
un sérum, mais j’adore le CellLift de CellCosmet et
le C E Ferulic de SkinCeuticals. En revanche, un soir
par semaine, je fais un break et je n’utilise aucun soin. »
Politique SPF : « Je sais que c’est un avis très contro-
versé mais je ne suis pas une grande fan, au grand
dam de mes filles. La sensation sur ma peau me rend
un peu claustro. À la plage ou par une journée de très
beau temps, j’utilise le SPF50 Anthelios de La Roche-
Posay, très léger sur la peau. »

En haut : Gail Elliott, Yasmin Le Bon, Christy Turlington et Linda


Evangelista à New York, en 1989. Page opposée : photographiée Fond de teint Teint Précieux L’Élixir des Glaciers,
par Alan Gelati en 2022 et Arthur Elgort en 1985. Avec son mari Valmont, 222 € ; Sérum CellLift CellEctive, CellCosmet,
Simon Le Bon, le chanteur de Duran Duran. 522 € ; Sérum CE Ferulic, SkinCeuticals, 172 €.
128 B AZA A R BEA UT É, O CT OB RE 202 5

SON PARCOURS MAKE-UP

L’histoire secrète : « Ado, j’adorais ça, j’y allais à fond,


mais j’ai mis un frein en commençant ma carrière.
Je bossais non-stop, j’étais maquillée en continu.
À cette époque, avec la plupart des filles, on se maquil-
lait nous-mêmes et on se débrouillait vraiment pas
mal ! On pouvait faire tous les looks car c’était l’apo-
gée du « no make-up make-up ». D’ailleurs, la maquil-
leuse Bobbi Brown a dit qu’elle avait appris plein
de techniques et d’astuces en regardant les manne-
quins se maquiller en backstage et on set. Elle s’en
inspirera pour lancer sa marque. »
Eye impact : « Dans ma vingtaine, j’aimais bien rehaus-
ser généreusement mon regard avec du liner le soir.
Maintenant, je passe la mine d’un liner feutre noir
Chanel entre les cils, c’est plus flatteur et ça ne file
pas dans les ridules. »
Du plump : « Il y a une trentaine d’années, Linda
Evangelista m’a recommandé les crayons de la marque
Borgard. Elle n’existe plus mais je détourne encore
un crayon à paupières (la teinte 28) sur les lèvres. »
L’indispensable belle peau : « Un maquilleur m’a fait
découvrir le fond de teint Teint Précieux, L’Élixir des
Glaciers de Valmont. Adapté aux peaux matures,
il hydrate, lisse les ridules et donne un fini impeccable
à la peau. Il est super cher mais vaut chaque centime. »
Au fil du temps : « Quand mes filles étaient à l’école,
elles me suppliaient de faire un effort, de mettre du
mascara, un peu de bronzer, comme les autres mères.
Désormais, je fais attention pour mes petits-enfants, Fard à paupières Colorful effet pailleté 323 Can’t Stop,
Sephora Collection, 7,99 € ; Stylo eye-liner intensité longue
je ne veux pas qu’ils me trouvent négligée.
tenue Signature de Chanel 10 Noir, Chanel, 43 €.
Ironiquement, c’est maintenant que j’ai un certain
âge que j’expérimente avec plus de plaisir. Je viens
d’acheter un fard à paupières rose vif pailleté chez
Sephora à Monaco ! » SA VRAIE NATURE (CAPILLAIRE)

La panoplie : « La brosse Tangle Teezer a été un vrai


game changer, si efficace pour démêler les cheveux
indisciplinés. Après m’être massée avec mes soins
corps homemade, j’applique ce qu’il me reste sur
les mains sur les pointes. J’aime aussi le conditioner
sans rinçage 7 Seconds de Unite, un must poids
plume qui renforce la fibre et que j’utilise même
sur mes petits-enfants. »
La décision qui a tout changé : « Je prends un traitement
hormonal substitutif pour atténuer les symptômes
de la ménopause. Je suis assez sensible à la testosté-
rone. À l’orée de la cinquantaine, j’ai remarqué que
je perdais mes cheveux – une chute typiquement
féminine –, et de petites zones sur mes tempes se sont
clairsemées. Mes follicules étaient endormis. Glenn
Lyons, un trichologue qui officie à la clinique Philip
Kingsley à Londres, m’a confiée aux bons soins d’une
PRO DUC TIO N : CALLT IME

médecin parisienne spécialiste en greffe capillaire.


Elle a récolté des greffons à l’arrière de mon crâne
L’eau micellaire Originale Créaline H2O, Bioderma,
et les a implantés à l’avant, aux endroits qui se dénu-
10,95 € ; La Crème Hydratante avec TFC8, Augustinus daient. C’est la meilleure chose que j’ai faite. L’estime
Bader, 280 € ; Spray Leave-in-Conditioning 7 Seconds de soi affecte l’ensemble de notre vie et perdre des
Detangler, Unite, 40,02 € sur cultbeauty.com ; Brosse
démêlante The Ultimate Detangler Rosebud, Tangle
cheveux a été traumatique. Les retrouver a restauré
Teezer, 17,50 € sur sephora.fr. ma confiance. »
130 Photos : (portrait ouverture) Alan Gelati. (4 tops et portrait couleur) Arthur Elgort / Conde Nast B AZA A R BEA UT É, O CT OB RE 202 5
via Getty Images. (Couple) Photo12 / Alamy / Mike Walker. (Avec A. Alaïa) Sofia Sanchez & Mauro
Mongiello / Trunk Archive / Photosenso

SON CARNET DE BAL Le truc qui fait la différence : « Je vais chez le kiné toutes
les 3 semaines. C’est essentiel de voir régulièrement
Ce qu’elle a fait avant : « À l’orée de mes 40 ans, j’ai fait quelqu’un qui comprend réellement le corps dans
du “baby Botox” tous les ans, voire tous les 6 mois. Ça son ensemble. Je dois rester en forme pour mes petits-
a été une excellente mesure préventive contre le vieil- enfants, pour leur courir après – et ils sont rapides !
lissement de ma peau. En revanche, les fillers ne m’in- Ils attendent beaucoup de moi, et il est hors de ques-
téressent pas. On m’a convaincue d’essayer vers 55 ans, tion de les décevoir. Les petits-enfants aident à garder
j’ai détesté le résultat. J’ai tenté la radiofréquence plu- l’esprit vif et ouvert, les miens sont tordants de rire. »
sieurs fois, c’est incroyablement désagréable, et à mon
âge ce n’est plus aussi efficace. »
Ce qu’elle fait maintenant : « Je vais chez le médecin Suha SON APPROCHE NUTRITIVE
Kersh à Londres, qui a une main fantastique, très sub-
tile. Je fais du Profilho, un booster à l’acide hyaluro- Les temps ont changé : « Pour être honnête, je n’étais pas
nique qui améliore l’hydratation, la fermeté, la tonicité mince de nature. Quand j’avais une vingtaine d’années,
et l’élasticité cutanée. J’ai aussi tenté des injections de je travaillais énormément, avec peu de temps pour
polynucléotides, des biostimulateurs issus du poisson, manger. À l’époque, il n’y avait pas tellement de nour-
un protocole régénératif qui peut aussi traiter le contour riture sur les sets en Europe. J’étais toujours tendue
des yeux, les lèvres et les tempes. Attention aux âmes parce que j’avais toujours faim, je ne prenais qu’un
sensibles : c’est très douloureux (mais ça vaut le coup). » repas par jour. Après la naissance de mon deuxième
L’étape du scalpel : « C’est difficile pour les femmes de enfant, Saffron, mes mauvaises habitudes ont même
vieillir, notamment parce que nous nous jugeons sévè- failli me rendre diabétique : mes dîners étaient un plein
rement. Les hommes ont la vie plus facile. La plupart de de glucides et de sucres. Heureusement, j’ai appris
ces traitements sont douloureux et coûtent une fortune. à changer mes comportements alimentaires et à inté-
J’ai souvent l’impression d’être un coussin à épingles ! grer plus de protéines. »
Je n’ai pas eu recours à la chirurgie esthétique mais Les suppléments : « Depuis la fin de la cinquantaine,
je n’exclus pas de sauter le pas… Un jour ! » je démarre ma journée par un verre de Symprove,
ça a amélioré mon équilibre intestinal. C’est similaire
à du vinaigre de cidre, ça contient des cultures de bac-
téries qui régulent le microbiome de l’estomac.
SES ASTUCES POUR LA VIVACITÉ Je prends aussi le collagène de Gold Collagen, car
DU CORPS ET DE L’ESPRIT je ne supporte pas le collagène marin, qui me conges-
tionne. J’aime aussi le Cocktail Super Vitamin C
De bonnes bases : « À 20 ans, je n’étais pas sportive mais du Dr. Nigma. » $
j’étais très active on set. N’étant pas d’une nature mince,
j’avais heureusement fait beaucoup de sport et de danse
plus jeune, ce qui a aidé mon corps à se maintenir pour
le restant de ma vie. »
Le réveil : « J’ai eu Tallulah, ma troisième fille, quand
j’avais une trentaine d’années et ma silhouette avait
changé. Je me devais d’être physiquement plus forte
pour mes enfants, j’ai donc décidé de prendre le sport
au sérieux. Je suis allée à la gym, je courais sur un
tapis… Beaucoup trop. J’ai appris à la dure qu’il fallait
une routine d’exercices équilibrés, intégrant de la mus-
culation. »
La passion : «Vers 40 ans, j’ai découvert le wing chun,
un art martial chinois axé sur le self-defense avec un
ancrage spirituel. C’est devenu une obsession. Si j’avais
commencé à 20 ans, je serais probablement devenue
combattante de MMA plutôt que model !
Malheureusement j’ai encore ignoré mes limites et je
me suis blessée. »
La raison : « Depuis mes 50 ans, je suis plus attentive
à mes entraînements. Je suis un circuit où chaque exer-
cice ne dure pas plus de 5 minutes. La musculation
est indispensable pour préserver la masse musculaire.
J’ai investi dans un VersaClimber, une machine verticale
développée par des kinés pour la rééducation corporelle, Avec Azzedine Alaïa et son chien Didine, par
à faible impact, qui ménage le dos et les articulations. » le duo de photographes Sofia & Mauro, en 2010.
x12
PRODUCTION
DE COLLAGÈNE2
132
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

BEAUTÉ

RÔLES
Les mannequins ont été les premières célébrités à lancer leur marque de beauté,
il y a plus de trente ans. Faut-il toujours les suivre ?
OCTOBRE 2025 133

MODELS p ar Valenti ne Pétry

D ans ce sachet de poudre


WelleCo, il y a des minéraux, des antioxydants mais sur-
tout une promesse : gagner le glow atomique de la fon-
datrice du label, Elle Macpherson. C’est un cas classique
de métonymie : acheter un produit, c’est posséder une
fraction de l’aura de sa fondatrice. Et lorsqu’il s’agit de la
top australienne ou de Miranda Kerr (Kora Organics), ça
fait envie. « Les mannequins sont des influenceuses légi-
timées par l’industrie de la mode, qui symbolisent l’idéal
féminin, juge Sable Yong, autrice de Die Hot with a
Vengeance: Essays on Vanity (éd. Dey Street Books). Elles
racontent comment la beauté donne accès à la célébrité
et à la richesse. » Dans un secteur ultra-saturé, les models
auraient donc toujours une longueur d’avance sur les
célébrités, tant qu’elles savent sentir l’époque. Si la der-
nière décennie a été celle du storytelling basé sur une
créatrice, son univers et ses besoins, les consommateurs
se détournent de ce culte de l’ego : ils ne sont désormais
que 13 % à acheter une marque pour sa fondatrice quand
39 % se réfèrent à la performance*. « Leur lassitude est
palpable, poursuit Sable Yong, on sait tous qu’il s’agit
d’une forme d’appât du gain, à moins que la marque n’ait
une philosophie plus profonde et des produits perfor-
mants. » En voici 5 qui tirent leur épingle du je.
* McKinsey x The Business of Fashion, 2025.

(De g. à dr.) The Super Elixir Original, WelleCo, 80 €; Bracelet


parfumé, Wildflower x Ôrebella, 44,95 € ; Coque Lip Case avec son
baume à lèvres teinté aux peptides Peptide Lip Tint Ribbon, Rhode
Skin, 50 € ; BB Crème Unificateur de teint, Iman Cosmetics, 19,90 €
sur diouda.fr ; Sérum Melon Activateur de jeunesse formule avancée,
Meaningful Beauty, 98 $.
134 Photos : (Ouverture) Maxime Orio. (I. Bowie) Lichfield Archive / Getty Images. B AZA A R BEA UT É, O CT OB RE 202 5
(E. Macpherson) Anders Overgaard / Trunk Archive / Photosenso

IMAN COSMETICS,
la révolution inclusive

la fondatrice : Iman Bowie


le pitch : 1975, une étudiante en sciences
politiques à l’université de Nairobi se trouve pour
la première fois dans un studio. En compagnie
d’un autre mannequin, elle s’apprête à être
shootée pour le Vogue américain. Sauf que. Le
maquilleur lui demande si elle a pensé à apporter
son fond de teint personnel (sans poser la
question à l’autre fille, caucasienne). Elle a 19 ans,
ne se maquille jamais et finit avec avec le teint
grisé par un mélange hasardeux. En 1994, elle
crée sa marque de maquillage avec des produits
pour le teint, adaptés à toutes les couleurs de
peau. Bien avant Fenty Beauty, donc (2017).
le produit culte : la BB cream Skin Tone Evener,
disponible en 6 couleurs, harmonise le teint tout
en transparence. Hydratante, concentrée en açaï
antioxydant, en vitamine C et réglisse antitaches,
elle s’utilise seule ou en primer.

WELLECO, le pionnier wellness


la fondatrice : Elle Macpherson
le pitch : à 50 ans, la légende australienne accuse une petite
baisse de régime. Peau sèche, douleurs articulaires, sommeil
en RTT, craving de sucre et – impensable pour The
Body – légère prise de poids. Elle va donc consulter Simoné
Laubscher, nutritionniste naturopathe, qui détecte un pH
corporel trop acide. Après 2 mois d’alcalinisation (via une
hygiène alimentaire et un supplément), les changements sont
dingues. Ensemble, elles inaugurent leur marque en 2014
avec un produit : le Super Elixir, une poudre verte alcalinisante,
concentrée en herbes lyophilisées antioxydantes, en minéraux,
en enzymes et en champignons adaptogènes. Aujourd’hui,
WelleCo propose des suppléments pour tout le spectre du
wellness (sommeil, PSM, peau, cheveux, ménopause…).
le produit culte : The Super Elixir, bien sûr, récompensé par
27 prix dans le monde pour sa capacité à améliorer la beauté
(de la peau, des cheveux, des ongles) mais aussi les fonctions
cognitives, nerveuses, métaboliques et immunitaires.
Photos : (C. Crawford) Sante D’orazio – Art Partner Licensing / Trunk Archive / 135
Photosenso. (B. Hadid) Rosdiana Ciaravolo / Getty Images. (H. Bieber) Photo
Press Service / Bestimage

ÔREBELLA, le geste rupturiste


la fondatrice : Bella Hadid
le pitch : après 10 ans de conquête des podiums et
de campagnes (mais aussi d’anxiété et de douleurs
induites par la maladie de Lyme), la mégamodel
ralentit la cadence, le temps d’une mise au vert au
Texas pour prendre soin de sa santé mentale et
physique. En 2024, elle imagine une collection de
fragrances bonnes pour le corps et l’esprit : vegan,
sans alcool, elles mixent huiles essentielles et un
Ôrelixir hydratant (huiles d’olive, jojoba et camélia,
beurre de karité).
le produit culte : le bracelet olfactif, développé en
collaboration avec Wildflower Cases, à attacher à son
smartphone ou ses clés, dont les perles de céramique
diffusent la fragrance dont elles sont imprégnées.

MEANINGFUL BEAUTY, la Rolls anti-âge


la fondatrice : Cindy Crawford
le pitch : 1994, la Supermodel de 28 ans réalise qu’elle n’aura
pas toujours « l’air d’en avoir 25 ». Son amie la make-up artist
Jenny Cooper lui présente Jean-Louis Sebagh, chirurgien
esthétique français réputé pour son protocole de mésothérapie
chargé en vitamines et en SOD (un super antioxydant). Elle lui
confie son visage à chaque passage à Paris et finira par lui
demander de mettre son génie en bouteille… Jusqu’à lancer
en 2004 une marque de soins concentrant du SOD issu du melon
Cantaloup, qui s’oxyde beaucoup plus lentement que les autres.
le produit culte : le sérum Youth Activating Melon contient des
cellules souches de feuilles de melon et de l’acide hyaluronique,
diffusés plus profondément dans la peau grâce à d’infimes bulles
d’eau purifiée. À la clé, une peau plus souple et résiliente contre
les agressions.

RHODE SKIN, le cas best-seller


la fondatrice : Hailey Bieber
le pitch : si les ventes en ligne de cosmétiques haut de gamme
ont bondi de 73 % pendant le confinement (NPD, 2020), c’est
notamment grâce à l’Américaine qui en a commandé des
tonnes. Celle qui a grandi avec une mère et une grand-mère
mordues de soins teste, compare, fait des tutos et réalise que
less is more. En 2022 naît Rhode Skin : une curation d’essentiels
pour la peau qui allie science, prix abordable et textures
dingues. La marque devient un phénomène viral, au point
d’être achetée par le groupe e.l.f. Beauty en mai dernier pour
1 milliard de dollars.
le produit culte : le Lip Case, cette coque d’iPhone dans
laquelle glisser son soin pour les lèvres, bien sûr ! $
136
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

BEAUTÉ

EMMA CORRIN,
Adulé.e par les créateurs de mode, suivi.e de près par une génération
en quête d’icônes nouvelles, Emma Corrin s’impose sans effort
comme l’une des figures les plus fascinantes de sa génération.
Visage du parfum Miutine de Miu Miu, iel nous ouvre les portes
de son univers olfactif… INTERVIEW CHLOÉ LAFOREST

POR TRAIT CHAUMONT-Z AER POUR NATURE MOR TE FERRY VAN D ER NAT SET DESIGNER HÉLÈNE MANCHE

Eau de parfum Miutine, Miu Miu, 122 € les 50 ml.


OCTOBRE 2025 137

le parfum du succès
SILHOUETTE LONGILIGNE, REGARD BLEU PERÇANT, voix douce
mais assurée, Emma Corrin dégage une présence à la fois éthérée et ancrée, un mélange rare d’élégance
et de tension intérieure. Devenir Lady Di dans The Crown aurait pu figer l’acteur.rice dans une image
de douceur tragique, de grâce mélancolique, mais, très vite, iel déjoue les attentes pour révéler une autre
facette de son talent. Personnages sous tension, trajectoires brisées : c’est là qu’iel s’épanouit. Après
la princesse, Emma Corrin explore des figures bien plus sombres : une femme trompée dans My Police-
man, une super-vilaine télépathe dans Deadpool & Wolverine, une amie fidèle dans Nosferatu. Iel apparaît
aussi dans la dernière saison de Black Mirror, en star des années 40 coincée dans une romance rétrofu-
turiste en noir et blanc. Radical.e, ultramoderne, Emma Corrin fait partie de cette génération qui bous-
cule les codes. Sur les tapis rouges, ses looks – conçus avec le styliste britannique Harry Lambert – traduisent
ses choix artistiques : audacieux, affûtés, subtilement subversifs. Une manière d’exister hors cadre,
loin de toute starisation. Et au-delà des écrans, iel s’engage avec discrétion mais conviction pour la visi-
bilité des personnes trans et non binaires. Depuis son coming out non binaire en 2021, iel milite pour
une représentation plus inclusive dans le cinéma et les médias. Sans posture, mais avec force, sa parole
rare fait d’iel une figure tant politique qu’artistique. Et ce n’est qu’un début : à 29 ans, Emma Corrin trace
un chemin singulier, entre cinéma exigeant et engagement sincère.

harper’ s bazaar : L’odeur qui vous fait vous Je me souviens de les avoir achetés avec à l’aéroport, j’ai acheté le parfum Noir de Tom
sentir pleinement vous-même ? mon argent – j’avais économisé longtemps Ford. Je l’ai porté pendant environ quatre
emma corrin : L’odeur de chez moi. Vous pour pouvoir me les offrir ! ans, au tout début de ma carrière. Cette odeur
savez, ce moment où l’on ouvre la porte restera à jamais liée à cette période.
et il y a cette odeur familière qui vous enve- hb : L’odeur de la transformation ?
loppe. Ce n’est pas une senteur que je pour- ec : Je n’ai jamais utilisé de parfum pour hb : L’odeur de la nostalgie ?
rais décrire précisément, mais si je devais entrer dans la peau d’un personnage, mais ec : Récemment, j’ai eu un flash-back sur un
essayer, je dirais qu’elle a quelque chose je sais que beaucoup d’acteurs le font, et tournage. Quelqu’un portait un parfum qui
de terreux – un peu comme du gazon fraî- je comprends tout à fait pourquoi. J’ai joué me rappelait vraiment ma grand-mère
chement coupé. J’ai grandi dans le West avec des comédiens qui cachaient un flacon – dans le bon sens du terme ! –, elle était
Kent, où je passais beaucoup de temps près de la scène et s’en parfumaient avant toujours très chic et elle sentait extrême-
dehors. L’herbe en été, quand l’air est chaud, chaque entrée. Je trouve ça fascinant, parce ment bon. Ça m’a rappelé son énergie,
que tout est en fleurs… ce mélange de pol- que le parfum est intimement lié à la mémoire les moments passés avec elle…
len, de feuilles, de soleil. C’est une odeur que et à l’identité. Il peut évoquer une personne,
j’aime profondément, et le côté frais et riche un moment de votre vie, et vous y ramener hb : L’odeur du réconfort ?
de Miutine me la rappelle un peu. instantanément. Juste après le tournage de ec : Celle d’un livre neuf. Rien ne vaut cette
The Crown, la maison Penhaligon’s m’avait odeur-là. Je suis un.e grand.e lecteur.rice
hb :L’odeur de l’adolescence ? présenté le parfum que portait la princesse et je suis très attaché.e au papier. J’ai essayé
ec :Pour moi, porter du parfum, c’était Diana – Bluebell, je crois. Sentir cette fra- de lire sur iPad, mais je n’y arrive pas. J’ai
comme franchir un cap, une façon de me grance après l’avoir incarnée, c’était incroya- besoin de m’asseoir, de tenir un livre, de
sentir adulte. Je crois que notre rapport blement intime, presque troublant… tourner les pages… J’aime lire de tout, mais
P RODU CT IO N : CALLTIME

au parfum évolue avec l’âge. Il s’agit de j’ai une passion pour les autobiographies :
trouver une ou des odeurs qui nous res- hb : L’odeur d’un moment décisif de votre quand un récit de vie vous touche ou vous
semblent, qui nous représentent. Donc, vie ? inspire, c’est toujours une expérience par-
oui, ça a vraiment changé au fil du temps. ec : Celle de mon tout premier vol pour ticulière. En ce moment, je lis Nova Scotia
À l’adolescence, les deux parfums que j’ai Los Angeles. Je n’étais jamais allé.e aux House de Charlie Porter – c’est un livre
le plus portés étaient Fantasy de Britney États-Unis. J’y partais pour rencontrer magnifique, très original. Je n’ai jamais rien
Spears et Coco Mademoiselle de Chanel. des agents, et, en passant par le duty free lu de tel, je le recommande vraiment. $
138 HA RPER’S B A ZAA R

M ATHILDA
& ELLA
PH OTO G R A PH E
DAV I D S I M S
R É A L I S AT I O N
E M M A N U E L L E A LT

Robe longue avec détails


de corset Dolce & Gabbana, veste
en laine à carreaux Miu Miu,
sandales en PVC Gianvito Rossi.
OCTOBRE 2025 139
140 HA RPER’S B A ZAA R
OCTOBRE 2025 141

Veste en cuir Saint Laurent par


Anthony Vaccarello, jupe en tulle
Fifi Chachnil. Bague en argent
Isabel Marant, boucles d’oreilles
vintage. Page opposée : veste
en cuir, jupe en laine, boucles
d’oreilles, bracelet et bague
en argent Isabel Marant.
142 HA RPER’S B A ZAA R

Veste en cuir et jupe Saint Laurent par Anthony Vaccarello.


Page opposée : veste en laine Miu Miu.
OCTOBRE 2025 143
144 HA RPER’S B A ZAA R

Débardeur, pantalon en cuir


et ceintures Schiaparelli.
Page opposée : robe en velours
Chanel.
OCTOBRE 2025 145
146 HA RPER’S B A ZAA R

Robe en laine Prada.


OCTOBRE 2025 147
148 HA RPER’S B A ZAA R

Gilet oversize en laine et jupe en vinyle Gucci, foulard en filet vintage.


Page opposée : chemise en satin Versace.
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150 HA RPER’S B A ZAA R

Veste biker en cuir Alexander


McQueen, soutien-gorge
et culotte Fifi Chachnil.
Bracelet et bague en argent
Isabel Marant. Page opposée :
T-shirt en laine Prada.
OCTOBRE 2025 151
152 HA RPER’S B A ZAA R

Soutien-gorge en soie et jupe


en cuir Miu Miu. Page opposée :
chemise en satin Versace.
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154 HA RPER’S B A ZAA R
OCTOBRE 2025 155

Combinaison à manches ballon en satin de coton et jupe en tulle Fifi Mannequins : Mathilda Gvarliani (Next),
Chachnil. Bracelet et bague en argent Isabel Marant, boucles d’oreilles Ella Dalton (Elite). Coiffure : Paul Hanlon.
vintage. Page opposée : T-shirt en laine Prada, culotte en coton Fifi Chachnil. Maquillage : Yadim. Manucure : Michelle Class.
Set designer : Poppy Bartlett. Assistantes stylistes :
Georgia Bedel, Penelope Vanni. Production :
Erin Fee Productions
156 HA RPER’S B A ZAA R

A BBEY LEE
PHOTO-
GR A PHE
W ILLY
VA NDER-
PER R E
R ÉA LISA-
TION
PA NOS
Y I A PA NIS
OCTOBRE 2025 157

Robe en coton portée en jupe


et top en jersey Rick Owens archives,
body en plastique (studio du styliste).
OCTOBRE 2025 159

Soutien-gorge et robe en satin,


robe en laine Miu Miu, débardeur
en jersey Rick Owens archives,
padding en laine et jupe
en plastique (studio du styliste).
Page opposée : débardeur en jersey
Rick Owens archives, robe en laine
Prada, padding en feutre de laine
(studio du styliste).
160 HA RPER’S B A ZAA R

Robe en crêpe de soie Balenciaga, Page opposée : polo zippé en laine et jupe en jersey
débardeur en jersey Rick Owens archives, Phoebe Philo, débardeur Rick Owens archives,
padding en feutre de laine (studio du styliste). top en plastique, padding en feutre de laine
(studio du styliste).
OCTOBRE 2025 161
OCTOBRE 2025 163

Page opposée : robe en laine et robe en coton Robe en soie Giorgio Armani, padding
Prada, débardeur Rick Owens archives, plastique en feutre de laine (studio du styliste).
et padding en feutre de laine (studio du styliste).
OCTOBRE 2025 165

Robe en soie et dentelle, bustier Louis Vuitton,


padding en feutre de laine, jupe en plastique
(studio du styliste).
166 HA RPER’S B A ZAA R

Robe en toile plissée Fendi, débardeur Page opposée : robe en coton et robe en laine
Rick Owens archives, padding en feutre Prada, débardeur Rick Owens archives,
de laine (studio du styliste). padding en feutre de laine (studio du styliste).
OCTOBRE 2025 167
168 HA RPER’S B A ZAA R
OCTOBRE 2025 169

Page opposée : soutien-gorge en soie Marc Jacobs, Robe et soutien-gorge en soie Marc Jacobs,
robe en crêpe de soie Balenciaga, padding débardeur Rick Owens archives, padding
en feutre de laine et plastique (studio du styliste). en feutre de laine (studio du styliste).
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Robe en coton Loewe, body


en plastique (studio du styliste).
172 HA RPER’S B A ZAA R

Robe en crêpe de jersey Tom Ford, padding Page opposée : robe en jersey Alaïa.
en feutre de laine (studio du styliste).

Mannequin : Abbey Lee (Next Model Management). Coiffure : Ali Pirzadeh. Maquillage :
Miranda Joyce. Manucure : Trish Lomax. Assistants stylistes : Izzi Lewin, Morena Salas Perez,
Sam Waite-Fazio, Ming-Ngai Wong. Production : 138 Productions
OCTOBRE 2025 173
174 HA RPER’S B A ZAA R

LIBBYPHOTOGRAPHE DREW VICKERS R É A L I S AT I O N É L O D I E


D AV I D - T O U B O U L

Robe et soutien-gorge en satin


Miu Miu, chapeau Vivienne
Westwood archives (20Age Archive).
OCTOBRE 2025 175
Cardigan en laine Marc Jacobs.
OCTOBRE 2025 177
OCTOBRE 2025 179

Manteau en cuir Hermès,


collants en Lycra Lauren Perrin.
Page opposée : haut en laine Alaïa.
Pantalon en faille de soie et
nœud en satin, bottines en cuir
Marc Jacobs, culotte en jersey
Eres, soutien-gorge en tulle
Princesse Tam Tam, chapeau
en laine Marc Jacobs archives
(20Age Archive).
OCTOBRE 2025 181
OCTOBRE 2025 183

Robe en maille, dentelle de lin


et soie, col à volants amovible Dior.
Page opposée : jupe en cuir portée
en robe Prada.
Robe et tablier en jersey
de coton, T-shirt en jersey gaufré
Ann Demeulemeester.
OCTOBRE 2025 185
OCTOBRE 2025 187

Crinoline en soie Saint Laurent


par Anthony Vaccarello, nœud en
satin Yves Saint Laurent archives
(PYRN). Chevalière en or et onyx
Arthus Bertrand. Page opposée :
robe-veste en laine grain de poudre
Givenchy par Sarah Burton,
boléro à capuche Walter Van
Beirendonck archives (PYRN).
Cape en organza de soie gansée
de satin Chanel, collants en Lycra
brodés de boutons Lauren Perrin,
derbies en cuir verni J.M. Weston.
Page opposée : robe et soutien-gorge
en satin Miu Miu, chapeau Vivienne
Westwood archives (20Age Archive).
OCTOBRE 2025 189
Cape en cuir à découpes
Louis Vuitton, combinaison en
laine et cachemire Max Mara,
derbies en cuir verni J.M. Weston.
Page opposée : manteau en lin
enduit Chloé, T-shirt vintage,
culotte en dentelle imprimée
Fifi Chachnil.

Mannequin : Libby Taverner


(Elite). Coiffure : Kalle
Eklund. Maquillage : Thomas
de Kluyver. Manucure : Hanaé
Goumri. Set designer : Sati
Leonne. Assistants stylistes :
Pauline Charrière, Mathias
Tichadou. Production : Kitten
OCTOBRE 2025 191
192 HA RPER’S B A ZAA R

Stella

photographe
Theo Sion
réalisation
Alice Goddard

Manteau en laine Valentino.


Veste en laine Miu Miu, pantalon en coton
Ralph Lauren Collection, chapeau
fédora en feutre Lock & Co., ceinture
double tour en cuir, chaussettes en laine
et cachemire Max Mara, mocassins
à boucles en cuir vieilli Church’s.
Page opposée : manteau en laine Etro,
ceinture en cuir Prada.
Caban court en jersey de laine Hermès,
jupe en laine, chaussettes en laine
et cachemire Max Mara, mocassins
à boucles en cuir vieilli Church’s.
Manteau droit en cachemire
de laine McQueen, jupe en laine et
ceinture en cuir Max Mara, chapeau
fédora en feutre Lock & Co.
Trench-coat avec bustier en coton
brodé, blouse oversize en popeline
de coton à volants Dior, ceinture
en cuir Prada, culotte personnelle,
chaussettes en laine et cachemire
Max Mara, mocassins Church’s.
Manteau en cuir Celine,
ceinture en cuir Max
Mara. Page opposée :
manteau en laine Issey
Miyake, ceinture en cuir
Prada, chapeau Lock & Co.
chaussettes Max Mara,
mocassins Church’s.
Pull asymétrique en coton et jupe en laine
Comme des Garçons, chapeau Lock & Co.,
chaussettes Max Mara, mocassins Church’s.
Page opposée : manteau en jersey de laine,
blazer et pull en laine Ferragamo, ceinture
Prada, chapeau Lock & Co.
204 HA RPER’S B A ZAA R

Manteau long en cachemire Loro Piana,


jupe en laine, ceinture en cuir et chaussettes
Max Mara, mocassins Church’s.

Mannequin : Stella Hanan (VIVA).


Coiffure : Franziska Presche. Maquillage :
Thom Walker. Manucure : Saffron Goddard.
Assistants stylistes : Eli Richards, Anousha
Salehi, Myles Mansfield. Production : DoBeDo
Trench-coat en shearling et ceinture
en cuir Prada. Page opposée : veste
de tailleur en laine et pantalon
en coton Andreas Kronthaler pour
Vivienne Westwood, chapeau Lock & Co.,
chaussettes Max Mara, mocassins Church’s.
208 HA RPER’S B A ZAA R

MEREL

P H O T O G R A P H E C R I S TA L E O N A R D
R É A L I S AT I O N G A RY D AV I D M O O R E
SET DESIGNER NICOLAS MUR

Page opposée : sandales en cuir,


top en maille et jupe en daim Prada.
210 HA RPER’S B A ZAA R

Sac en cuir et fausse fourrure Fendi. Page opposée : sac en cuir Gucci, souliers en cuir Ferragamo,
Collier en perles fantaisie Chanel. trench-coat en gabardine de coton Lyrone Journo.
OCTOBRE 2025 211
212 HA RPER’S B A ZAA R

Sac en cuir tressé Bottega Veneta. Page opposée : sac en cuir Givenchy par
Sarah Burton, robe en maille Courrèges.
214 HA RPER’S B A ZAA R

Sac en cuir Giorgio Armani, escarpins Page opposée : bracelet en cuir Hermès.
en cuir Valentino, top en coton, jupe en laine
et soutien-gorge Miu Miu.
OCTOBRE 2025 215
216 HA RPER’S B A ZAA R

Sandales en cuir Saint Laurent par Page opposée : sac et sandales


Anthony Vaccarello. Sac en cuir Celine. en cuir, pull en laine Louis Vuitton.
OCTOBRE 2025 217
218 HA RPER’S B A ZAA R

Mannequin : Merel Roggeveen (Next Management).


Coiffure : Katrin Sachenko. Maquillage :
Lauren Aiello. Assistante styliste : Beatriz Segura.
Production : 360 PM
OCTOBRE 2025 219

Page opposée : sac en cuir tressé Bottega Botte en cuir Dior.


Veneta, veste en laine et fausse fourrure
Valentino, short en coton Dior.
220 B AZA A R CONVERSAT ION, OCTO BRE 20 25

Fascinante jusqu’au vertige, l’actrice


britannique célèbre ses 40 ans de carrière avec
une exposition à Amsterdam et la publication
d’un ouvrage XXL, sobrement intitulé
INTER VIEW
FLORINE DELCOUR T ONGOING. L’occasion de rencontrer cette
esthète surdouée qui invoque l’art pour
le réinventer en permanence.

Tilda
Swinton,
radicale
libre

En février dernier, la Berlinale lui remettait un prix d’honneur, trop réducteur. Y sont présentées des images inédites révélant
saluant l’étendue d’une œuvre « époustouflante » qui apporte une trajectoire protéiforme, entre cinéma, art et mode, jalon-
« tant d’humanité, de compassion, d’intelligence, d’humour née d’amitiés comme celles tissées avec Luca Guadagnino,
et de style au cinéma ». Époustouflante, le mot ne semble pas Jim Jarmusch ou Joanna Hogg. Cette rétrospective s’accom-
assez fort, pas assez grand, pour qualifier celle qui, depuis qua- pagne d’un livre, publié simultanément aux très chics éditions
rante ans, défie les genres, les âges et impose une féminité Rizzoli. De ses débuts dans les films arty de son ami Derek
à rebours des clichés hollywoodiens. Créature d’albâtre aux Jarman, aux classiques du cinéma indépendant (David Fincher,
grands yeux verts, Tilda Swinton, actrice caméléon à la sil- les frères Coen, Pedro Almodóvar, Wes Anderson…) en pas-
houette gracile, devenue malgré elle une icône de mode, ins- sant par les quelques incartades hollywoodiennes qui l’ont
pire, fascine, hypnotise. En 1992, l’un de ses tout premiers vue remporter un Oscar (Michael Clayton, 2007), Tilda Swinton
films, Orlando, adaptation par Sally Potter du roman de Virginia a aussi su placer ses moyens, immenses, au service d’engage-
Woolf, donnait déjà le ton : elle y tenait le rôle principal, en se ments poétiques, mais aussi politiques – en fustigeant, par
glissant dans la peau d’un noble élisabéthain transgenre. exemple, les décisions de Donald Trump – ou personnels,
On devine chez cette performeuse hors norme une jubilation comme en 2013, lorsqu’elle se livrait à une performance d’art
profonde de la métamorphose, une passion à embrasser contemporain, The Maybe. Pendant une semaine, au MoMA
les archétypes pour les subvertir discrètement. Son dernier de New York, elle restait allongée huit heures par jour, dans
projet, ONGOING, en livre une preuve manifeste. Jusqu’en un cube de verre, pour rendre hommage à ses amis disparus.
février prochain, elle investit l’Eye Filmmuseum d’Amsterdam À l’occasion d’un entretien accordé à Harper’s Bazaar France,
avec une exposition qui retrace les contours d’une « vie » kaléi- elle s’exprime, courtoise, en mots choisis pour une discussion
doscopique – un terme qu’elle préfère à celui de « carrière », à bâtons rompus sur l’art, la beauté, la vie.
222 B AZA A R CONVERSAT ION, OCTO BRE 20 25

harper ’ s bazaar : Vous célébrez vos 40 ans de carrière avec des égards, ce sont les mots qui m’ont
une exposition à Amsterdam et la publica- construite : au-delà de la force des images,
tion d’un ouvrage, ONGOING, que l’on j’aime trouver les mots justes pour commu-
peut traduire en français par « en cours » ou niquer – pour partager une expérience, une
« continu ». Qu’évoque ce terme pour vous ? émotion, même avec soi-même – et nourrir
profondément mon existence. C’est là que
tilda swinton : C’est un mot qui exprime parfaitement résident la connexion et la réflexion. Quand
l’esprit du projet : un hommage rendu aux j’ai cessé d’écrire, c’était comme perdre
liens tissés au fil de mon parcours, au cours un ami. Je me suis alors tournée, sans grand
des décennies. Les conversations qui évo- enthousiasme au départ, vers la perfor-
luent avec le temps et au gré des projets mance. À l’université, des dramaturges
représentent, à mes yeux, l’espace de travail m’ont invitée à travailler avec eux. J’ai mis
le plus vivant et le plus inspirant. Rien en scène quelques pièces, puis j’ai com-
n’égale la confiance et la joie nées d’aven- mencé à performer. Sans vraiment le cher-
tures menées en commun. cher, je me suis retrouvée au théâtre, un
univers qui ne m’attirait pas particulière-
harper ’ s bazaar : Pourtant, au départ, vous vouliez devenir ment, et j’y ai travaillé plusieurs années.
écrivain, une activité très solitaire. D’où Puis, quand j’ai rencontré Derek Jarman,
vient cet amour des collaborations, alors ? avec qui j’ai tourné mon premier film,
j’ai définitivement quitté le théâtre, ayant
tilda swinton : Ce n’était pas simplement un désir d’être trouvé mon véritable terrain : le cinéma.
écrivain, je l’étais déjà. J’ai été admise
à Cambridge grâce à ma poésie. Mais à un harper ’ s bazaar : Mais vous n’aimez pas que l’on vous décrive
moment, j’ai arrêté d’écrire. J’ai été dépassée, comme une actrice.
peut-être encouragée à trop lire, au point
de perdre ma voix. Pour moi, la poésie a tou- tilda swinton : C’est vrai. Je grimace quand on me qualifie
jours été une forme de compagnie. Enfant, ainsi, car cela ne me semble pas adéquat.
j’étais plutôt solitaire, mais jamais seule, La façon dont les acteurs parlent de leur
car j’écrivais sans cesse. Je crois que, à bien métier et vivent leur vie ne correspond
223

Une carte d’artiste professionnelle remplie par Matilda Swinton. Un look inspiré par la rock star fictive Marianne Lane que
Tilda Swinton incarne dans A Bigger Splash de Luca Guadagnino (à g.). En ouverture : photographiée par Donald MacLellan.

pas du tout à ma manière de fonctionner. Pour des raisons similaires : une authenti-
Mon travail ne repose aucunement sur une cité naturelle associée à une dignité innée,
technique, ni même sur l’interprétation. contenue, qui émane d’une certaine
Pour moi, jouer est une forme d’écriture. réserve. Elles ne révèlent que l’essentiel
et leur intelligence ressort avec force.
harper ’ s bazaar : Y a-t-il une expression artistique à laquelle
vous vous sentez particulièrement liée ? harper ’ s bazaar : Vous évoquez deux grandes actrices
du cinéma d’auteur. En parcourant votre
tilda swinton : Ces derniers temps, je ressens de plus en filmographie, on remarque que vous avez
plus que la danse m’alimente profondé- surtout privilégié les réalisateurs indépen-
ment… La puissance du geste, le mouve- dants. Qu’est-ce qui fait que le cinéma
ment dans le silence me touchent au plus grand public, notamment Hollywood,
haut point : reconnaître que l’inarticulé ne vous ait jamais vraiment attirée ?
peut être une source de lien… Et cette pure
dévotion du corps à créer des formes dans tilda swinton : Tout d’abord, je précise que j’ai toujours
le vide… C’est difficilement surpassable. été intéressée par tous les aspects du
Néanmoins, il est compliqué de dissocier cinéma, y compris Hollywood et d’autres
ces disciplines, sources de tant de joie styles. J’ai d’ailleurs accepté quelques pro-
et d’épanouissement. J’ai vécu entourée jets dans ce registre, avec des gens en qui
de peintres toute ma vie, et le cinéma est, j’avais confiance et avec qui je me sentais
depuis si longtemps, une passion majeure… en phase. Mais mon point d’ancrage, vous
Il a été mon compagnon de jeunesse, et ne avez raison, reste le cinéma d’auteur, où le
cesse de donner à mon monde un socle travail appartient surtout au réalisateur,
stable tout en l’élevant. sans être filtré par de nombreux intermé-
diaires. Même mes « films expérimentaux »
harper ’ s bazaar : Quelles actrices admirez-vous le plus ? pour de grands studios ont été réalisés par
des cinéastes auteurs – comme Francis
tilda swinton : Les deux femmes qui me viennent à l’esprit Lawrence, David Fincher, Andrew
sont Greta Garbo et Delphine Seyrig. Abrahams, Tony Gilroy, Scott Derrickson,
224 B AZA A R CONVERSAT ION, OCTO BRE 20 25

George Miller ou Edward Berger –, ce qui tilda swinton : Sa question est la plus brillante que j’aie
fait que le travail restait toujours fonda- entendue sur le pouvoir du cinéma de nous
mentalement le même, quel que soit le connecter à nos vies et à nos consciences.
budget. Je collabore souvent avec des
proches, comme on le voit dans ONGOING. harper ’ s bazaar : Vous évoquiez à l’instant Jim Jarmusch.
Quand on me propose un projet, je cherche Dans ONGOING, il vous adresse une lettre
avant tout une complicité fondée sur la dans laquelle il pense que vous devriez
confiance, le respect mutuel et une curio- diriger le monde. Mais que vous inspire
sité partagée. Avec un peu de chance, cette le monde actuel ?
complicité se transforme en une longue
conversation qui se poursuit, ensuite, tilda swinton : Ce qui me touche profondément, c’est la
à travers des créations. Je pourrais comparer détermination des personnes les plus
cela à un arbre : la conversation serait le éprouvées à croire encore en la commu-
tronc ; la curiosité, les branches, et les films nauté, en l’équité, en la justice et au pro-
les feuilles qui naissent de cette énergie. grès. C’est peut-être tout ce dont nous
avons vraiment besoin, tout ce dont nous
avons toujours eu besoin.

“Rêver, c’est pousser harper ’ s bazaar : Derek Jarman, votre ami réalisateur, disait
que nous vivons dans un monde de rêves,
notre esprit dans marqué par des images de voitures en feu,
symbole du prix à payer pour les réaliser.
des zones inconfortables Pensez-vous, comme lui, que rêver et cher-
cher la beauté sont aussi des formes
pour le renforcer.” de combat ?

tilda swinton : Rêver est une lutte, à bien des égards, vous
ne croyez pas ? C’est un peu comme lorsque
l’on étire ses muscles pour les faire grandir.
harper ’ s bazaar : Quels sont vos films préférés ? Rêver, c’est pousser notre esprit dans des
zones inconfortables pour le renforcer,
tilda swinton : Il y en a trop pour tous les citer ! Mais éloigner nos peurs et apaiser nos souf-
quand ça ne va pas, je reviens toujours aux frances. La quête de la beauté nourrit notre
grands classiques : Ozu, Pasolini, Lubitsch, imagination et nous pousse vers l’évolu-
Hitchcock, Bresson, Chantal Akerman… tion, le progrès, vers un horizon toujours
ainsi qu’à ceux de mes amis Joanna Hogg, plus lumineux. Sur ce chemin, il faut
Pedro Almodóvar et Jim Jarmusch. Je affronter et surmonter les obstacles, parfois
pourrais aussi citer ceux des Archers même les brûler.
(Michael Powell et Emeric Pressburger)
qui ont quelque chose de vraiment unique. harper ’ s bazaar : Et vous, qu’est-ce qui vous guide dans cette
Ils sont modernes, proches de la vie quo- quête de beauté ?
tidienne, ont de l’humour et un regard
politique, tout en nous transportant dans tilda swinton : Il y a une citation extraite d’une lettre
un monde de fantaisie et d’art. Ces œuvres de W. H. Auden à Benjamin Britten que
me passionnent depuis mon plus jeune j’aime beaucoup : « La bonté et la beauté
âge, j’ai découvert The Red Shoes (Les sont le résultat d’un équilibre parfait entre
Chaussons rouges) vers 8 ou 9 ans. Depuis, l’ordre et le chaos, le bohémianisme et la
je vis un peu dans cet univers. Des films convention bourgeoise. Le chaos bohème
romantiques, humanistes, spirituels, seul donne un fouillis désordonné
beaux, qui touchent autant le cœur que de beaux fragments ; la convention bour-
l’esprit. Ce sont d’ailleurs ceux que j’ai geoise seule mène à de vastes cadavres
montrés à mon fils au même âge. insensibles. » Quelle remarque brillante…
une fois qu’on l’a comprise, on ne peut plus
harper ’ s bazaar : Votre fils à qui vous avez dit, un jour : l’oublier. Voilà ce qui me pousse à conti-
« Je suis là pour faire sortir un rêve de ta nuer : c’est lorsque l’on atteint cet équilibre
tête. » Et il vous a répondu : « Maman, à quoi difficile que la grâce se révèle.
ressemblaient les rêves des gens avant
l’invention du cinéma ? »
Photos : (portrait ouverture) Tilda Swinton, b. 1960. Actress. Donald Maclellan, National Galleries 225
of Scotland. Purchased 2002. (Portrait punk) Glen Luchford, Art Partner / Trunk Archive /
PhotoSenso. (Licence) Family Archive of Tilda Swinton. (Livre) Rizzoli

que lorsque j’étais enfant, mes parents


allaient à des dîners. Je voyais ma mère
porter des jolies robes en soie et des perles,
élégante, mais c’était mon père, militaire,
qui incarnait le vrai glamour avec son uni-
forme régimentaire orné de décorations
dorées, son pantalon noir incroyable avec
la bande rouge sur le côté, et toutes ses
médailles. Plus tard, à l’université, comme
beaucoup, je portais des vêtements achetés
dans des friperies. Puis, quand j’ai com-
mencé à travailler comme artiste aux côtés
de Derek, à 26 ans, j’étais techniquement
adulte, mais mon identité était encore
en pleine construction. Aujourd’hui,
je pense que les jeunes sont souvent pous-
sés à brûler les étapes, à grandir trop vite.
J’ai abordé cette exploration de l’identité,
des gestes, de la façon de se situer dans
le monde, de s’habiller et de s’identifier
avec une certaine innocence et lentement.

harper ’ s bazaar : Que faites-vous lorsque vous ne travaillez


pas ?

tilda swinton : J’écris. Je développe des projets. Je sou-


tiens mes camarades. Je prépare des spec-
tacles. Je marche sur la plage et dans les
La couverture du livre ONGOING de Tilda Swinton, avec des contributions collines. Je lis. Je cuisine. Je fais pousser
de Joanna Hogg, Olivia Laing, Jerry Stafford et Luca Guadagnino. des légumes et des fleurs. Je ris avec mes
amis. Je câline mon amoureux, mes enfants,
mes chiens. Je regarde des films. Je brode.
harper ’ s bazaar : Vous avez été photographiée par les plus Je compte mes bénédictions. Je vis ma vie.
grandes personnalités de la mode : Peter
Lindbergh, Ryan McGinley, Mario Sorrenti, harper ’ s bazaar : Cette vie a-t-elle été à la hauteur de vos
Juergen Teller, Paolo Roversi, Craig rêves ?
McDean, pour ne citer qu’eux. Quand avez-
vous pris conscience de la force de votre tilda swinton : Au-delà de toute attente. Bien au-delà
beauté et de votre physique souvent qua- de ce que j’aurais pu imaginer. Plus large,
lifié d’androgyne ? plus haute, plus longue et infiniment plus
riche en plaisir.
tilda swinton : Au moment où j’ai compris que la beauté
est une notion totalement flexible… Être
queer dépasse l’orientation sexuelle : c’est harper ’ s bazaar : Enfin, dernière question, Tilda Swinton.
avant tout une question de sensibilité Y a-t-il une chose à votre sujet que les gens
et d’esprit de communauté. C’est ainsi que n’imagineraient jamais ?
je me suis toujours définie, même lorsque,
plus jeune, je me sentais isolée. tilda swinton : À quel point je suis douée pour faire
les créneaux ? $
harper ’ s bazaar : Quel est votre rapport à la mode ?

tilda swinton : Pour être honnête, je n’y connais pas


grand-chose, mais il se trouve que j’ai des
amis qui sont de grands créateurs, photo-
graphes, directeurs artistiques et artistes
extrêmement talentueux dans ce domaine. Tilda Swinton, ONGOING, exposition à l’Eye
Donc mon rapport à la mode se résume Filmmuseum (Amsterdam), jusqu’au 8 février. Le livre
à mes amitiés. Mais je me souviens aussi ONGOING est disponible aux éditions Rizzoli.
226 B AZA A R CONVERSAT ION, OCTO BRE 20 25

DRÔLE
C’est l’un des grands rendez-vous de la rentrée, et la certitude
de rire de tout, y compris du pire. La comédienne et réalisatrice
remonte sur scène pour un one-woman-show qui s’annonce
flamboyant. Rencontre avec une artiste qui peut tout se permettre.

Valérie

ELLE OUVRE LA PORTE de son atelier, pignon avec brio sketchs à l’humour haute voltige, numéros de danse
sur le jardin du Palais-Royal, silhouette déliée et caoutchouc, et, cette fois-ci, une parenthèse chantée. Car c’est la grande force
relevée d’un kilt noir, une chemise western, et ponctuée de soc- de Valérie Lemercier, et sans doute ce qui la rend unique dans
quettes claires dans des mocassins à petits talons. L’endroit, haut le paysage artistique français : elle peut tout faire avec talent
de plafond, où le soleil est comme chez lui, ressemble à une et classe. Jouer au cinéma pour Claire Denis, Valérie Donzelli,
chambre d’adolescente. Un lit adossé au mur dont on pressent Woody Allen, Bruno Podalydès, Étienne Chatiliez ou Sidney
qu’il stimule l’inspiration de la comédienne qui aime écrire cou- Pollack, déclamer Feydeau sur les planches, réaliser des comé-
chée, une avalanche de maquillage à même le sol, un portrait dies sensibles qui, pour la plupart, affolent le box-office
de Bourvil punaisé au mur, un grand bureau constellé d’es- (Le Derrière, Palais Royal !, Aline…), et même se payer le luxe
quisses, de pots à crayons et de pinceaux et, au centre, une petite de sortir un album au titre minimaliste, Valérie Lemercier chante,
table ronde devant un canapé sous lequel roupillent des haltères porté par l’hymne easy listening Goûte mes frites. Trente ans
colorés, des élastiques et un stepper fitness en bois. C’est dans après ce coup d’essai microsillon, elle peaufine un second
cette planque cosy que Valérie Lemercier phosphore son pro- album qui devrait voir le jour l’année prochaine, tout comme
chain spectacle qu’elle présentera à partir du 15 octobre son septième long-métrage au titre prometteur, Bistouri.
au Théâtre Marigny, à Paris. Une messe que l’on pressent hila- Mais pour le moment, devant un thé au sarrasin et une tasse
rante, à l’image de ses précédents seules en scène où elle fusionne de CARenSAC, place au spectacle.
227

DE DAME
INTER VIEW OLIVIER LALA NNE

Lemercier

“J’aime bien ce qui est


trivial, et c’est ce que je recherche
en tant que spectatrice.”
228 B AZA A R CONVERSAT ION, OCTO BRE 20 25

harper ’ s bazaar : Vous avez annoncé votre prochain spec- à la cocaïne en milieu rural, à tous les
tacle, qui débute le 15 octobre au Théâtre drames et trucs aberrants que ça engendre.
Marigny, avant de vous lancer dans son La voisine, étudiante en urbanisme qui se
écriture. Bosser sans filet est apparemment pointait sans cesse sur scène, revient elle
votre méthode. Vous avez besoin de cette aussi. Aujourd’hui, elle est branchée
adrénaline ? écoresponsable, a installé un lombricom-
posteur chez elle et elle emmerde tout le
v. lemercier : Disons que je pense à travailler quand monde avec un abonnement à un panier
je signe. Avant, je n’ai rien en magasin, rien de fruits et légumes de saison 100 % bio.
en attente dans des tiroirs. Je ne peux Et les gens se désabonnent parce qu’il n’y
commencer à écrire qu’à partir du moment a que des courges et des oignons, et qu’ils
où je suis sûre que je vais jouer. Et là j’ouvre n’ont pas vu une myrtille depuis deux ans.
mes oreilles, je glane… Je fais toujours Je l’appelle la voisine QFC pour Qui Fait
les choses un peu à l’envers. Je commence Chier. Et je joue une nouvelle petite fille
par dessiner l’affiche, par exemple. qui n’a pas de portable et use de tous les
subterfuges pour y avoir accès. Elle troque
harper ’ s bazaar : Comment écrivez-vous ? son repas du midi contre neuf minutes
de téléphone, sait exactement comment
v. lemercier : J’écris couchée dans mon entrée. Ça com- se maquiller alors qu’elle n’a jamais pu
mence par des thèmes qui m’intéressent. toucher de maquillage de sa vie, soudoie
Puis je réfléchis à quels personnages vont la baby-sitter pour faire des photos et jalouse
les porter. Je tisse un canevas et je cherche ses petites copines dont les mères écrivent
comment aller d’une idée à l’autre. Il faut sous leurs posts Instagram : « Alizée mon
que je trouve vingt conneries par jour. amour, ça fait huit ans que je te connais,
Là, je ne fais que ça. Je chope des choses tu es ma plus belle rencontre.» On retrouve
dans la rue, j’écoute la radio, il y a toujours en fait tout ce qui m’amuse dans la vie.
des trucs qui viennent nourrir ma petite
pelote. À la fin, c’est très écrit, au mot près, harper ’ s bazaar : Comment réussit-on à être toujours sur
il n’y a aucune place pour l’improvisation le fil sans jamais tomber dans la vulgarité ?
sur scène.
v. lemercier : Plus c’est trash, décapant, osé, plus il faut
harper ’ s bazaar : Au fil du temps et des spectacles, y a-t-il mettre une belle boîte autour. Surtout bien
des thèmes qui ont cessé de vous inspirer, emballer ses cartouches. Il faut en fait que
et d’autres qui ont émergé ? ça soit trop énorme pour que ça ne semble
pas trop vrai. Si on devait mettre mes
v. lemercier : Oui, inévitablement. Il y a un type dans le sketchs en images, ce serait une catas-
spectacle que j’ai découvert sur Instagram, trophe. Heureusement, ça ne reste qu’en
qui habite Saint-Tropez et qui me fait mar- mots… Des fois, je rougis moi-même. Je
rer. Il se filme toute la journée. Je l’ai ima- me dis, « non, je ne peux pas balancer ça »,
giné kidnappant Catherine Deneuve sur et en fait si, j’y vais. J’aime bien ce qui est
le marché au prétexte qu’elle achetait des trivial, et c’est ce que je recherche en tant
paniers made in China sans le savoir. Il finit que spectatrice. En revanche, je ne suis pas
par l’embarquer sur sa terrasse. Et évidem- folle des sujets trop gynécologiques. Et je
ment, il veut tout partager. Ce qui m’amuse, m’interdis la tendresse.Trop embarrassant.
c’est le décalage, mettre Catherine Deneuve Je n’aimerais pas qu’on dise en sortant
qui adore faire du shopping dans une de Marigny : « C’est touchant. » Je ne rentre
situation aux antipodes de ce qu’elle aime. pas là-dedans, je laisse ça aux autres.
Elle déteste les selfies, elle n’est pas sur
les réseaux sociaux, elle résiste. Il y a aussi harper ’ s bazaar : Qui vous fait rire ?
des personnages de mes anciens spectacles
qui réapparaissent. La bourge qui disait v. lemercier : Blanche Gardin. Je suis allée voir Alex Lutz
tout le temps « porcherie » me semble tou- au Cirque d’Hiver, j’ai beaucoup aimé.
jours d’actualité, je l’ai ressortie du placard.
La dame de la campagne que j’ai connue harper ’ s bazaar : Et qu’est-ce qui vous émeut ?
alors que je vivais dans ma ferme natale
et qui déclamait « cinéma hein !!! » est aussi v. lemercier : Les enfants, toujours un peu. L’autre jour,
de retour. Cette fois, elle est confrontée dans un magazine, j’ai vu un reportage
229

sur Gwyneth Paltrow et son ex-mari qui harper ’ s bazaar : Quelle réalisatrice êtes-vous ?
accompagnaient leur fille au bal des débu-
tantes. J’ai trouvé ça mignon, ça m’a émue. v. lemercier : Je suis très cliente des acteurs, de ce qu’ils
Je ne sais trop pourquoi. Peut-être le fait vont faire. Je les regarde en général postée
qu’ils soient séparés mais qu’ils sachent au pied de la caméra. Jamais derrière
être là, ensemble, pour regarder leur fille le moniteur. Et il m’arrive de jouer avec
faire ses premiers pas. eux aussi, et là je bois du petit-lait. Je fais
toujours en sorte qu’on s’amuse et même
harper ’ s bazaar : Indépendamment du succès tant populaire si je me marre, ce n’est pas grave. Je me
que critique et, cerise sur le gâteau, du souviens de Jean-Michel Ribes, sur le tour-
César de la meilleure actrice, on a l’impres- nage de Palace, qui se mordait les mains en
sion qu’Aline vous a « validée » en tant me regardant jouer. Je crois que c’est cela
que réalisatrice. que j’essaie de retrouver. Et j’aime de plus
en plus les plans-séquences. C’est un spec-
tateur qui m’a fait la réflexion, à Lyon.
“Plus c’est trash, décapant, Il avait raison, je ne l’avais pas analysé.
Il a soulevé que dans Aline, toutes les scènes
osé, plus il faut mettre d’amour sont des plans-séquences. On est
deux dans la même image, ce n’est pas
une belle boîte autour. découpé et c’est vrai que c’est mieux car tout
ce qui se passe n’est pas triché.
Surtout bien emballer
harper ’ s bazaar : Quels sont les films qui vous ont
ses cartouches.” marquée ?

v. lemercier : Cabaret, dans lequel je découvrais Liza


Minnelli, cette fille qui ne ressemble
v. lemercier : C’est complètement vrai. Beaucoup de à personne. Qui danse… Breaking the
réalisateurs m’ont tout à coup écrit pour Waves, que j’ai vu à Nice alors que j’y jouais
me féliciter, et ça m’a fait plaisir. LaCinetek un spectacle pendant une dizaine de jours.
m’a demandé la liste de mes films préférés, Même si en général je ne m’extrais pas
je sais qu’avant Aline cela aurait été inenvi- de ma bulle quand je joue au théâtre,
sageable. Je pense que c’est ce long-métrage je me suis dit que je pouvais aller au
qui m’a fait entrer dans la cour des réalisa- cinéma. J’ai été littéralement submergée.
teurs. Avant je n’en faisais pas partie. Magnolia, Tootsie avec Dustin Hoffman,
mon acteur préféré, plus récemment Young
harper ’ s bazaar : Comment l’expliquez-vous ? Adult avec Charlize Theron. Sexe, men-
songes et vidéo, Victoria de Justine Triet,
v. lemercier : C’est mon sixième film, l’expérience fait Sur mes lèvres de Jacques Audiard où
qu’on ne reproduit pas les mêmes erreurs. Vincent Cassel et Emmanuelle Devos sont
C’est aussi mon projet le plus libre, éton- extraordinaires. Le Goût des autres, Bacri-
namment le plus important mais le plus Jaoui, très important ! Didier d’Alain
simple et amusant à réaliser. On peut dire Chabat. Un mec qui dit qu’il est un chien
que je me suis lâchée, je n’étais jamais et on y croit, fallait oser. J’adore ça. Je viens
fatiguée. En général, avant un tournage de voir pour la première fois Quai des
ou un spectacle, on appréhende un peu, Orfèvres alors que je suis fan de Clouzot,
mais sur Aline j’avais hâte d’y aller. C’est ça a été un grand choc. J’étais un peu pas-
très rare. Peut-être que ça s’est senti. sée à côté de Louis Jouvet, et dans ce film
je l’ai trouvé tellement bon.
harper ’ s bazaar : Céline Dion a-t-elle fini par voir le film ?
harper ’ s bazaar : Avec quels réalisateurs aimeriez-vous
v. lemercier : Je crois qu’elle ne l’a pas vu et, selon moi, tourner ?
elle ne le verra jamais. J’ai le sentiment
qu’elle n’est pas là-dedans, qu’elle ne v. lemercier : J’adorerais tourner avec Pedro Almodóvar.
regarde rien de ce qui la concerne, et je la Je l’ai rencontré à Cannes, on m’avait
comprends. Je me suis fait une raison, donné son mail personnel en m’encoura-
ce n’est pas grave. geant à lui écrire et je n’ai jamais osé.
230 B AZA A R CONVERSAT ION, OCTO BRE 20 25

“Je passe des heures


à chiner des fringues
sur Etsy. Un vrai trafic
de vêtements.”

Justine Triet aussi. Et Agnès Jaoui. Je lui Je pense qu’il était plus à l’aise avec ses fils
avais envoyé un mot après Le Goût des putatifs Alain Chabat, Yvan Attal, qu’avec
autres, non pas pour lui demander de tra- les femmes. Au fond, on ne s’entendait pas
vailler avec elle, mais pour lui dire à quel très bien. Tout était malentendu. Il avait
point ce film est majeur. en tête que je prenne Philippine de
Rothschild, qui avait fait la Comédie-
harper ’ s bazaar : Est-ce vrai que Claude Berri devait initia- Française, pour jouer la reine, alors que moi
lement produire votre film Palais Royal !, je voulais Catherine Deneuve. J’allais
2,8 millions d’entrées, à ce jour votre plus déjeuner chez lui, il y avait du fromage
gros succès en salle, et qu’il vous a fait faux de tête et du foie, tout ce que je ne peux
DESSINS : VALÉRIE LEMERCIER

bond ? pas avaler. Quand il venait à son tour chez


moi, je prenais la peine de lui écrire un petit
v. lemercier : Oui, il m’a virée ! Il était tombé amoureux menu à la plume et il s’en foutait complè-
de l’un de mes spectacles qu’il est venu voir tement. Bref, on n’était pas sur la même
à plusieurs reprises. Il voulait même, une longueur d’onde. Deux semaines avant
fois que Palais Royal ! sortirait en DVD, le début du tournage, alors que tout était
qu’on ajoute ce show dans le coffret. Il calé, l’équipe prête à tourner, il m’a convo-
n’avait pas compris que je ne faisais jamais quée avec mon agent pour nous expliquer
de captation vidéo de mes spectacles. qu’il ne produirait plus le film. Il m’a dit :
231

« Fais-moi une petite comédie drôle et pas donc cuisiner est un truc plutôt naturel.
chère et on fera Palais Royal ! après. » Un J’aime aussi aller au restaurant. Je lis,
choc. J’ai accusé le coup, ça m’a couchée… j’écoute pas mal la radio, Culture Médias sur
Il m’a fallu trouver un autre producteur Europe 1, de Thomas Isle, et quand je suis
au débotté. Un peu plus tard, il m’a envoyé dans ma maison de campagne, c’est France
le script du film qu’il allait réaliser, Inter. Là-bas, je vois la mer de ma fenêtre
L’un reste, l’autre part. J’ai arraché la page et je me baigne, même dans l’eau froide.
de garde que j’ai remplacée par une autre J’y suis allée récemment mais c’est dange-
dont le titre était Et mon cul, c’est du poulet. reux car je suis tout le temps distraite.
Je lui ai renvoyé par la poste avec un petit Quand j’ai vu ma machine à coudre,
mot sur lequel j’avais écrit « une petite j’ai crié de joie. J’ai failli la remonter à Paris,
comédie drôle et pas chère ». Je crois que mais j’ai renoncé parce que je savais
ça l’a fait rire puisqu’il en a parlé à deux ou que je n’allais pas travailler.
trois personnes. On s’est croisés plus tard
à l’enterrement de Frédéric Botton, un ami harper ’ s bazaar : Vous avez des obsessions ?
commun, et il m’a confié : « J’aurais dû le
faire, ça a marché. » v. lemercier : Plein ! J’échafaude des plans couture,
j’ai des barres de danse partout pour m’éti-
harper ’ s bazaar : Jean-Marie Poiré a sorti un livre dans rer, je regarde des conneries sur Internet
lequel il revient sur LesVisiteurs. Il explique ou les réseaux sociaux, je passe des heures
que, pendant le tournage, vous étiez à chiner des fringues sur Etsy. Un vrai trafic
convaincue que le film allait être un nanar. de vêtements. Mais comme tout est souvent
trop petit, je vais aussi sur pas mal de sites
v. lemercier : Je n’ai jamais pensé ça, et j’ai beaucoup ri américains ou allemands, pour grandes
quand j’ai vu Les Visiteurs la première fois. filles, où je dégote pas mal de trucs que
Mais c’est vrai que le tournage avec mes je fais retoucher. Même si j’adore coudre,
collègues Christian Clavier et Jean Reno je vais tous les jours à la retoucherie. Et ma
ne s’est pas très bien passé. Je jouais une dernière obsession, c’est Acquascutum,
scène et je les entendais face au moniteur un fabricant d’impers anglais que portait
dire « elle n’est pas drôle ». C’est compliqué l’inspecteur Clouseau. Tous mes acces-
de jouer pour moi quand j’entends dire ça. soires de scène seront d’Acquascutum.
De fait, je n’étais pas à l’aise. Et j’ai amélioré
mon rôle en postproduction. Parce que harper ’ s bazaar : Vous avez déjà imaginé ce qu’aurait été
là j’étais seule dans le noir, protégée, votre vie si vous n’aviez pas été drôle ?
je pouvais en faire des caisses et je me suis
lâchée. Et contrairement à ce que dit Jean- v. lemercier : Je n’ai jamais pensé à ça. Rire, faire rire,
Marie Poiré, je n’ai pas postsynchronisé c’est une raison de vivre pour moi. Toute
toutes mes scènes, quelques-unes seule- petite déjà, à l’âge de 3 ou 4 ans, je faisais
ment. Donc pour vous répondre, je ne rire mes parents. Je me souviens du plaisir
pensais pas que ce serait un nanar, mais que ça procure. Je me disais il y a au moins
j’étais convaincue que j’allais être à chier un truc qui marche. C’est déjà pas mal… $
dans le film. Je me disais : après ça, je
n’aurai plus de propositions, tout le monde
se rendra compte que je joue mal.

harper ’ s bazaar : À quoi ressemblent vingt-quatre heures


dans la vie de Valérie Lemercier quand elle
ne travaille pas ?

v. lemercier : Je me lève très tôt, genre à 5 heures


ou 5 h 30. Dès que je peux, je vais faire
les courses car j’aime être bien nourrie,
avec des bons produits. Je me suis cousu
un petit sac avec des élastiques, comme
un frigo ambulant avec trois soufflets dans
lequel je mets des pains de glace pour
transporter mon poisson, mes fruits, mes Valérie Lemercier, au Théâtre Marigny
légumes. On était quatre filles à la maison, (Paris 8e), du 15 octobre 2025 au 3 janvier 2026.
232
BAZAAR HA RPER’S B A ZAA R

FICTION

UN CONTE
DE MODE
par Ambre Chalumeau
ILLUSTRATION SOPHIE ESTÈVE

Son premier roman, Les Vivants, est toujours disponible


aux éditions Stock. Son nouveau livre,
Liste de lecture, paraît chez L’Iconoclaste le 6 novembre.

IL ÉTAIT UNE FOIS… Pas la sienne. Sa mère était habillée – Un jean brut bleu sombre comme
(Oui, car cette histoire parle de mode, et dans en elle-même. celui de Marilyn dans Les Désaxés.
la mode il y a ce qu’on appelle des iconiques Sa mère n’était pas une fashionista. – Une peau lainée comme celle d’Anouk
indémodables, donc : il était une fois…) Elle ne suivait pas les tendances : elle Aimée dans Un homme et une femme.
Une petite fille. Elle n’a pas grandi dans un aimait les vêtements. Elle ne dépensait – Une chemise à pois comme celle de
château mais dans un appartement, avec pas des fortunes pour se tenir à flot dans Bob Dylan.
ses parents, et à défaut d’une tour secrète, la course aux nouveautés. Elle achetait des – Une veste en daim et des santiags
d’un donjon interdit ou d’un trésor gardé pièces vintage, parfois signées de grands comme celles de Blueberry.
par un dragon, la pièce aux recoins créateurs, ou bien des fringues anonymes – Et l’intégralité des fringues de la série
magiques s’appelait le dressing. Un grand créées pour quelqu’un qui n’était plus là. Mad Men.
placard dans lequel on pouvait entrer et Ce n’étaient pas juste des achats, c’étaient La petite fille était fragile, angoissée.
faire quelques pas, avec des étagères, deux des trouvailles. Une chasse aux raretés Elle avait peur de tout, peur de la nuit,
portants et un miroir sur le mur, où sa mère dans les boutiques dédiées ou les tréfonds peur du noir. Mais il y avait un son magique
venait s’habiller tous les matins. des sites de revente. Sa mère s’installait qui venait l’en sauver : la porte du dres-
La mère de la petite fille était passion- face à son ordinateur, un thé détox à la sing, qui coulissait dans un doux roucou-
née de mode, et d’ailleurs la petite fille main, et elle qui avait parfois besoin de lement. L’entendre, c’était savoir que sa
découvrit les choses dans cet ordre-là : demander de l’aide à quelqu’un pour faire mère était là.
quand elle entendit parler de « mode » pour une simple capture d’écran démontrait Au même moment l’enfant découvrait
la première fois, elle se dit que la mode, en revanche quand il s’agissait de pister les livres, et dévorait frénétiquement
ça devait être le nom de ce que faisait sa mère le caban parfait de surprenants talents des histoires de pirates qui couraient
dans son dressing. de hacker russe. après les butins, dérobaient des soieries
À la sortie de l’école, les autres mères C’était une quête de vie, nourrie de précieuses, des bijoux ouvragés ; ou bien
étaient habillées en mamans. culture et d’images. Acquérir : des aventures de princesses rebelles
234 B AZA A R FICT ION, OCTO BRE 20 25

Sa mère n’était pas élégante parce


qu’elle mettait des vêtements élégants.
Elle rendait les vêtements élégants
parce qu’ils étaient sur elle.

dans des cours royales aux bals somptueux. Dans le dressing avaient-elles suivi pour maîtriser la com-
de sa mère elle reconnaissait les noms de tissus qui parsemaient position des tissus, et pouvoir prédire avec
ses lectures préférées : angora, cachemire, flanelle… une certitude de météorologue que le jean
C’était aussi tout un voyage. Le kimono du Japon, le châle allait ou non rester tel quel ?
rapporté de Séville, le doux pashmina de l’Himalaya. Plus tard, à la faveur de voyages, la petite
La petite fille apprit son abécédaire. A comme Alaïa, B comme fille irait faire du shopping dans différentes
Balmain, C comme Courrèges. Avant de savoir beaucoup de villes du monde, et aurait l’impression
choses importantes de la vie, elle avait déjà acquis certaines que sa mère lui avait légué des ambassades.
certitudes : il ne faut pas confondre Gucci et Pucci, et on ne pos- On dit parfois de femmes : « Elle pour-
sède jamais assez de pulls noirs. rait mettre un sac que ça lui irait. » Sa mère
Les noms des créateurs la faisaient rêver. Oscar de la Renta, était de celles-là. Elle n’était pas élégante
probablement un justicier espagnol. Diane von Fürstenberg, parce qu’elle mettait des vêtements élé-
une impératrice vampire de contrées brumeuses. Yohji gants. Elle rendait les vêtements élégants
Yamamoto, un samouraï solitaire. parce qu’ils étaient sur elle.
Il y a largement dans la mode de quoi fasciner une enfant. Agencé par elle, n’importe quel chiffon
Ses archives regorgent de héros et d’audaces. devenait du style. Elle n’obéissait pas aux
Pierre Cardin, un monsieur un peu fou qui a utilisé des règles établies, elle avait les siennes. Et un
matières inédites pour créer des robes de formes pas possibles, principe : les vêtements, c’est fait pour être
et qui a fait défiler ses silhouettes multicolores sur la Grande porté. Pas des vins de garde qui dorment
Muraille de Chine. à la cave, pas des pièces si chères et fragiles
Elsa Schiaparelli, une noble Italienne qui imaginait des vête- que l’on n’ose pas les sortir de la housse.
ments surréalistes, des yeux en diamants, des oreilles en or, Elle rendait chic les vêtements décontractés,
des homards en paillettes. et humanisait les pièces de luxe. La mode
Et puis Yves Saint Laurent, un nom de prince charmant. était ce que sa mère mettait. La mode était
La petite fille comprit vite qu’il était l’un des préférés de sa mère, ce que sa mère était.
celle-ci lui disait des mots qui inspiraient l’aventure, les saha- Assise en tailleur dans le dressing,
riennes, la collection russe… Ainsi que des bribes d’histoire : la petite fille observait sa mère face à son
apparemment avant les femmes mettaient des robes, puis ce miroir. La moue, encore et toujours. Se tour-
monsieur avait changé ça en leur faisant des costumes élégants, ner de côté, puis de l’autre côté. Fermer
dont sa mère enfilait les vestes et se sentait puissante. le blazer, ouvrir le blazer. Mettre les mains
De temps en temps, il y avait les grands magasins. La petite dans les poches, pour voir. Essayer une
fille y accompagnait sa mère, et elle l’y voyait être chez elle. Elle chaussure, puis changer d’avis. Prendre
l’observait parcourir les rayonnages d’un air nonchalant mais des grands sacs en cuir, les remplir d’objets,
efficace. Elle enviait son aisance, sa confiance dans ses opinions. et puis, immanquablement : « ne rien trou-
La certitude avec laquelle elle jaugeait un jean et disqualifiait une ver dedans ».
jupe. Parfois, la chasse se faisait en meute, et la petite fille obser- Avec les vêtements, sa mère était dix
vait sa mère et ses amies prononcer les formules rituelles, lorsque mères à la fois. Quand elle mettait une veste
l’une d’elles sortait de la cabine pour se montrer aux autres. Position et des bottines à talons pour aller au travail,
du visage : la moue, toujours. Phrases au choix : « tourne-toi pour où elle tenait tête à tant d’hommes. Quand
voir ? », « tu sais avec quoi tu vas le mettre ? », « tu es bien dedans ? », elle mettait une robe longue pour les soi-
ou, assertive : « ça va se détendre ». Quel cursus secret de physique rées d’été, princesse des temps modernes
235

Alors la grande fille parla. Elle se redressa


de toute la stature pour laquelle un grand
couturier avait imaginé cette veste épaulée,
des années avant sa naissance.

qui n’attend pas le prince charmant : elle le houspille parce qu’ils Dans les semaines suivantes, la grande
vont encore être en retard. Quand elle mettait un pyjama fille explora le dressing, et en emprunta les
en soie, qui rappellera toujours à la petite fille les matins superpouvoirs. Chaque veste, chaque robe,
de Noël, à cause d’une certaine photo, dans un certain album. chaque bijou était un petit réceptacle à magie,
Quand elle mettait un manteau tout doux l’hiver, maman ours conçu par un créateur, et rempli par l’âme de
dans les bras desquels la petite fille voulait se réfugier s’agripper, sa mère. Un double héritage qu’on lui offrait.
emménager pour l’éternité. Elle sortit danser avec le haut à sequins que
La mode, ce n’est pas ce qui se passe dans les magasins sa mère avait porté jadis au Palace. Elle dor-
Chanel ou dans les défilés de la Fashion Week, où la petite fille mit comme une enfant dans le pyjama de
ne mettrait jamais les pieds. La mode, c’est ce qui se passait dans soie des matins de Noël. Elle terrassa les
le dressing de sa mère. obstacles du talon de ses bottines python.
Un jour le pire cauchemar de la petite fille devenue grande Un jour, elle décida de faire un essai.
se réalisa. Elle dut se réveiller dans un monde où sa mère n’était Elle alla chercher dans les tréfonds
plus là. Lorsqu’elle ouvrit la porte coulissante du dressing, le bruit du dressing une élégante robe de soirée.
du roulement lui écrasa le cœur. La liste des choses dont elle pré- Une robe que l’on voyait sur une vieille
férerait se débarrasser plutôt que de jeter le moindre vêtement photo de sa mère, que la petite fille adorait
de sa mère était longue. Ses possessions. Son compte courant. regarder. « Raconte-moi encore l’histoire »,
Son rein droit. demandait-elle à chaque fois. « Raconte-moi
La grande fille était censée avancer, mais n’y arrivait pas. Plus comment tu as rencontré papa ce soir-là. »
effrayée que jamais dans le noir de la nuit, à guetter le bruit d’une Ainsi vêtue, la grande fille se rendit
porte de dressing qu’elle n’entendrait plus. à cette soirée mondaine qu’elle redoutait.
Quelques semaines plus tard, elle dut se rendre à une réunion Elle attendait au bar pour un verre, quand
importante, décisive pour sa carrière. Elle se sentait perdante quelqu’un la bouscula. Elle se retourna
d’avance, infoutue de se concentrer, incapable de convaincre. et fit face à un grand garçon, qui lui sourit.
Vint le moment de s’habiller. Quelques années plus tard, la grande
Et, sans trop savoir pourquoi, elle alla chercher l’un des blazers fille eut à son tour un enfant. Elle était tou-
de sa mère. jours aussi peureuse, toujours aussi
À la réunion, tandis que son collègue condescendant effrayée. Et maintenant, en plus, le monde
lui expliquait sans gêne des sujets qu’elle maîtrisait mieux que lui faisait peur pour deux. Alors elle eut
lui dans un franglais consternant, son regard croisa son reflet recours à son sortilège secret.
dans la vitre de la salle sans âme. Elle reconnut la silhouette. Tous les matins, elle se rendait dans
C’était celle de sa mère quand la petite fille la regardait partir le dressing, et elle s’habillait en mère. Elle fai-
au travail le matin. sait la moue, encore et toujours. Se tournait
Alors la grande fille parla. Elle se redressa de toute la sta- de côté, puis de l’autre côté. Fermait
ture pour laquelle un grand couturier avait imaginé cette le blazer, ouvrait le blazer. Mettait les mains
veste épaulée, des années avant sa naissance. Sa voix fut grave, dans les poches, pour voir. Essayait une chaus-
son regard sans appel, ses arguments dévastateurs. Le col- sure, puis changeait d’avis. Prenait des grands
lègue pénible se recroquevilla dans son pull triste, les autres sacs en cuir, les remplissait d’objets, et puis,
triturèrent les manches de leurs costumes neufs et sans immanquablement : « ne trouvait rien dedans ».
cachet. On ne discuta plus et son projet fut validé. Ce jour- Assise en tailleur à ses pieds, les yeux
là, la mode gagna. grands ouverts, sa petite fille la regardait. $
BAZAAR S’ÉVADE
OCTOBRE 2025 237

JUSTE UNE MISE


AU POINT
PAR SIBYLLE GRANDCHAMP

Et si, une fois passée la folle cadence de la Fashion Week, on faisait


une pause ? Trois « planques » au bord de l’eau pour s’offrir un dérivatif
aux injonctions de performance et remettre les compteurs à zéro.

ARRÊTER LE TEMPS DANS LES POUILLES

[BORGO EGNAZIA] Le show des podiums révolu, on se laisse glisser dans un autre décor, celui
du Borgo Egnazia, un sanctuaire de mindful luxury et de biodiversité situé dans le haut talon
de l’Italie. Inventée de toutes pièces dans l’esprit d’un village traditionnel, l’architecture en tuf
blond érigée au cœur d’un domaine constellé d’oliviers millénaires s’articule autour d’une place
centrale, de ruelles paisibles bordées de maisons dont l’intérieur est blanchi à la chaux. On vient
ici non pas pour fuir le monde, mais pour revenir à soi en retrouvant le goût de la culture du sud
de l’Italie. Le nom du spa, Vair (« vrai », en dialecte), donne le ton. Dans cette grotte holistique aux
parfums d’herbes sèches, des massages ciblés renforcent l’ancrage corporel et émotionnel et sont
couplés à des pratiques de pleine conscience ou des séances de yoga Iyengar à l’air libre, qui
réactivent l’attention. Des rituels méditerranéens ancestraux mettent corps et esprit au diapason,
tel le gommage suivi d’un soin sensoriel aux herbes fraîches du jardin inspiré des bains romains,
enrichi d’essences de lavande, de menthe, de romarin et de crème à la figue de Barbarie. On
retrouve la même philosophie vernaculaire et rurale dans les assiettes sophistiquées du chef
Domingo Schingaro (au Due Camini), chercheur passionné de légumes anciens et de plantations
traditionnelles respectueuses du cycle des saisons.

UN BREAK SENSORIEL SUR L’ÎLE DE HVAR

[MASLINA RESORT] Les thérapeutes s’accordent à dire que le repos est la clé de l’équilibre corps-
esprit, particulièrement à l’automne, saison de transition entre l’énergie expansive de l’été et l’inté-
riorité hivernale. Après le tumulte des fashion weeks, certains mannequins optent pour une récup
en solitaire au Maslina Resort, lové dans une baie protégée de l’île de Hvar, en Croatie. Déjà prisée
au xixe siècle par les pionniers du tourisme thermal européen, cette île réputée pour être la plus enso-
leillée de l’Adriatique est un havre de paix absolu. Accessible en une heure de bateau rapide depuis
l’aéroport de Split, Maslina est un sanctuaire discret au bord de l’eau, fondu dans une forêt d’oliviers.
238 B AZA A R S’ÉVA DE, O CTOB RE 202 5

Sport, santé, activités outdoor et bien-être holistique


sont au cœur de Lily of the Valley, bulle de remise
en forme surplombant le golfe de Saint-Tropez (en haut
et en ouverture), tout comme du Borgo Egnazia, resort
bercé par la dolce vita et la culture ancestrale
des Pouilles (ci-dessus), ou encore du Maslina Resort,
situé sur l’île de Hvar, en Croatie (ci-contre).
Photos : (Lilly of the Valley et Croix Valmer) ©2024 November Studio, all rights reserved. 239
(Assiette) Cosimo Rubino. (Borgo) ©Borgo Egnazia (Maslina) ©Maslina Resort

Tout ici invite à déposer les armes et à s’enraciner, à l’image


de ce bloc de pierre de 12 tonnes de l’île de Brac voisine, qui trône
à la réception. L’espace fait la part belle aux matériaux locaux (pierre,
laiton, pin, carreaux de terre cuite) et aux ingrédients simples CARNET D’ADRESSES
et sains. Mocktails aux plantes, poissons fraîchement pêchés,
légumes du potager bio et huiles d’olive maison… Les chambres,
BORGO EGNAZIA
toutes avec vue mer, sont vastes et munies de matelas Coco-Mat, POUILLES, ITALIE
un alliage naturel de latex, fibre de coco et cactus : le bon sommeil borgoegnazia.com
se nourrit de ces détails invisibles à l’œil nu. Après un jogging mati- MASLINA RESORT
nal en bord de mer, on s’offre un moment suspendu au spa : soins ÎLE DE HVAR, CROATIE
maslinaresort.com
aux herbes aromatiques issues de la pharmacopée locale, cryothé-
rapie, yoga ou bain de gong rééquilibrent les vibrations face à l’Adria- LILY OF THE VALLEY
LA CROIX-VALMER, FRANCE
tique. Le soir, une balade en kayak dans les criques alentour prolonge lilyofthevalley.com
une sensation de paix. Celle d’avoir retrouvé son propre rythme,
au cœur d’un refuge respectueux du patrimoine naturel de l’île.

UN CONTRE-PIED AUX INJONCTIONS


À LA CROIX-VALMER

[LILY OF THE VALLEY] Caché sur les hauteurs paisibles


de Gigaro, sur la côte varoise, Lily of the Valley favorise autant
la reconnexion que la vitalité. Ouvert toute l’année, c’est le spot
de détox et de remise en forme idéal si l’on souffre d’éco-anxiété
ou si l’on souhaite installer une routine sportive régulière,
en toute saison. À l’arrivée et au départ, un test global (muscula-
ture, force, masse, souplesse…) permet de rendre compte des
progressions, qui peuvent être spectaculaires, même sur un court
séjour. La recette ? Rétablir l’équilibre corporel et mental sans
injonction. Les protocoles sont sérieux mais l’approche est souple
et adaptée au rythme de chacun, s’appuyant sur trois piliers :
les soins, le sport et la cuisine méditerranéenne. Ici, on n’envi-
sage pas de perte de poids sans aborder les notions de plaisir
et de mouvement. Pas de régime à la dure, donc, mais un art de
vivre provençal favorisant une immersion dans la lumière du Sud,
ouvert sur l’extérieur, avec des activités outdoor, même en hiver.
Cette atmosphère solaire se retrouve dans l’architecture aux
lignes douces et à la circulation fluide imaginée par Philippe
Starck, comme dans les divines assiettes principalement végé- Au Borgo Egnazia, sanctuaire feutré et éclairé à la bougie (en haut),
tales du chef, qui s’appuie sur les recommandations d’un nutri- le réconfort se prolonge dans les assiettes du Due Camini.
À l’abri d’une pinède préservée et à un jet de bateau rapide depuis
tionniste. Les récalcitrants au sport en salle piochant dans une l’aéroport de Split, le Maslina Resort (ci-dessus et en haut)
vaste carte d’activités : yoga en plein air, aquaboxing, running est un bijou dédié au wellness et au sport.

ou belly sculpting… $
OCTOBRE 2025 241
Signe du mois
BALANCE

BAZAAR par Amanda Miller


ASTRES ILLUSTRATION JASON GLASSER

bélier 21 mars - 20 avril


Le mois de la Balance exige du tact et une
taureau 21 avril - 20 mai gémeaux 21 mai - 21 juin
Un mois intense émotionnellement ! La Dynamisée par Mercure, le Soleil
certaine souplesse dans vos rapports première quinzaine, Vénus en Vierge (jusqu’au 23) et la Pleine Lune du 21 en
à autrui. Avec le Soleil, Mercure (la pre- accroît votre magnétisme qui opère dans Balance, votre carrière est en plein essor.
mière semaine) et Vénus (à partir du 13) toutes les sphères. Votre charme et votre Vos idées originales rencontrent un franc
en face de votre signe, mieux vaut en effet bonté vous ouvrent les portes du succès succès auprès de votre chef, ou de vos
travailler la nuance que réagir impulsive- au travail comme dans votre vie privée. recruteurs si vous cherchez du travail.
ment, surtout lorsque la Pleine Lune dans Mais attention, car avec Mars, Mercure Même tendance côté cœur grâce à Vénus
vos quartiers vous met le feu aux trousses et – en fin de mois – le Soleil en Scorpion qui débarque aussi en signe ami le 13.
(le 7). Si vous devez signer un contrat (face à votre signe), vous devez toutefois En bon aspect avec Uranus chez vous,
ou passer un entretien d’embauche, pas la jouer fine dans vos échanges avec autrui la planète de l’amour prédispose au coup
de précipitation donc, d’autant que Jupiter et vos négociations. Si vous rencontrez une de foudre, votre pouvoir de séduction agit
aussi vous regarde de travers. Promis, quelconque opposition, évitez de vous spontanément. C’est tout bon pour les céli-
les deux derniers mois de l’année seront braquer, la douceur aura de bien meilleurs bataires ! Si vous êtes en couple, vous avez
plus cléments à votre égard à tous points effets. Si vous doutez de la conduite à tenir, envie de sortir des sentiers battus pour
de vue, surtout en décembre. Fin octobre prenez modèle sur vos coéquipiers et tirez pimenter votre quotidien. En fin de mois,
déjà, Mercure en Sagittaire vous permet parti de leur expérience pour progresser, Mercure en Sagittaire vous invite toutefois
de retrouver votre vitesse de croisière. vous avez tout à y gagner. à ne pas courir plusieurs lièvres à la fois.
BAZAAR ASTRES
242 HA RPER’S B A ZAA R

cancer 22 juin - 22 juillet lion 23 juillet - 22 août vierge 23 août - 22 septembre


Avec le Grand Jupiter qui protège vos Un bon conseil si vous voulez progresser Les sentiments sont au premier plan.
arrières, vous avez toujours la baraka dans dans vos objectifs, misez sur les trois pre- Acoquinée de Mercure et de Mars en
tous les domaines, mais pas aux mêmes mières semaines. Soutenu par Mercure Scorpion (un signe complémentaire),
moments. Jusqu’au 13, Vénus en Vierge (jusqu’au 6) et le Soleil en signe ami, vous Vénus facilite rencontres et échanges
confine au bonheur conjugal et accroît avez une belle marge de manœuvre jusqu’au 13. En bon aspect avec Jupiter
votre attirance pour les signes de Terre jusqu’au 23, notamment autour du 7, lors le 8, la planète de l’amour vous réserve
(si vous êtes en quête de l’âme sœur). Après d’une Pleine Lune powerful en Bélier. de grands bonheurs. En couple, vos projets
son passage en Balance, vos sentiments Mais Mars, puis Mercure et le Soleil de vie à deux vous ravissent et si vous êtes
sont plus inconstants et volatils, mais votre en Scorpion (un signe adverse) risquent célibataire, vous pourriez avoir un coup
vie professionnelle reprend le flambeau de compliquer les échanges et de révéler de foudre… Votre magnétisme puissant
avec succès. Mars, Mercure (dès le 6) et le des inimitiés au sein de votre entourage et votre caractère serviable sont très appré-
Soleil (à partir du 23) en signe d’Eau (votre professionnel. Heureusement, le passage ciés dans votre sphère professionnelle
élément) font la part belle à vos projets de Vénus en Balance (le 13) vous donne et privée. Au travail, vous bénéficiez d’un
de carrière et à vos finances. Assortis d’une des ailes et vous permet de vous reporter entourage stimulant, encore plus à partir
chance inouïe de surcroît, votre sens des sur l’amour, d’autant plus avec Mercure du 23 avec l’arrivée du Soleil en Scorpion.
affaires et votre imagination se déploient qui entre chez votre ami Sagittaire le 29. Mais gare à Mercure qui sème le désordre
à merveille en fin de mois. Ouf ! vos relations repartent du bon pied. dans vos relations à la fin du mois !

balance 23 septembre - 22 octobre- scorpion 23 oct. - 22 nov. sagittaire 23 nov. - 21 déc.


Plusieurs planètes sont à l’œuvre dans Pas mal ce mois d’octobre… Le 6, Mercure L’énergie complémentaire de la Balance
votre secteur pour célébrer votre mois (la communication) rejoint Mars (l’énergie) (signe d’Air) incline à l’harmonie relation-
anniversaire. Jusqu’au 23, le Soleil vous dans vos quartiers. Proactif, vous analysez nelle. Azimuté par la Pleine Lune du 7 (en
comble de félicités, en compagnie de la situation en profondeur et agissez en Bélier), vous évoluez dans un climat pro-
Mercure (jusqu’au 6) et de Vénus, votre pla- conséquence en cas de problème. Boostées fessionnel amical et stimulant. Toujours
nète maîtresse (à compter du 13). L’amour par le Soleil dans vos quartiers à partir prêt à rendre service, vous maintenez
est donc au cœur de vos priorités, avec du 23, vos initiatives s’avèrent particuliè- un bon équilibre avec votre entourage
de très belles chances de succès. Mais votre rement payantes en amour comme en au cours des trois premières semaines. En
quête d’équilibre et d’harmonie ne s’ac- affaires, surtout avec Jupiter en bon écho amour, Vénus en Vierge (un signe adverse)
complira pas sans effort. En effet, Jupiter avec votre signe. Doté d’une force écla- tend à atténuer votre cote de popularité
en Cancer et Neptune en Bélier confinent tante, vous vous sentez à la fois épanoui jusqu’au 13, mais son passage en Balance
à l’insatisfaction, ce qui peut vous rendre et invincible. À cœur vaillant, rien d’impos- va inverser la donne au cours des quinze
plus exigeant que d’ordinaire, avec les sible ! Côté cœur, précisément,Vénus vous derniers jours. En couple ou célibataire,
autres et avec vous-même. Le 21, la Nouvelle fait les yeux doux jusqu’au 13 et, le mois votre envie d’exercer votre pouvoir de
Lune dans vos quartiers vous guide en vous suivant, la planète de l’amour vous réser- séduction va prendre le dessus. Du flirt
aidant à faire le point sur vos vrais besoins vera des faveurs encore plus exquises léger, rien de bien sérieux, mais c’est une
affectifs et relationnels. lorsqu’elle brillera dans votre secteur. bonne période pour tomber amoureux…

capricorne 22 déc.- 20 janv. verseau 21 janvier - 19 février poissons 20 février - 20 mars


Pleins feux sur l’amour, au moins les deux Dans le mois ami de la Balance, votre car- Grâce à bon nombre de planètes en signes
premières semaines. Avec Vénus en Vierge, rière bénéficie de Mercure (la première d’Eau (votre élément), vous avez de sacrés
Mars, Mercure (le 6) et le Soleil (le 23) semaine) et du Soleil (jusqu’au 23), qui atouts dans votre manche. Mars, Mercure
en Scorpion, la température érotique rayonnent sur vos relations sociales et vos (dès le 6) et le Soleil (à partir du 23) en
monte d’un cran ce mois-ci ! Situées en capacités mentales. Les bonnes idées Scorpion boostent votre vitalité et votre
signes amis, les planètes galvanisent votre fusent, surtout si vous êtes né en janvier. psychisme. En bon écho avec Jupiter
sex-appeal, qui électrise les signes d’Eau. Tablez sur cette période pour mettre en Cancer (la planète de l’expansion), les
À partir du 13, le passage de Vénus en vos nombreux atouts en avant, car l’am- trois luminaires contribuent autant à votre
Balance contrarie vos sentiments, que vous biance tend à se détériorer après. Mars, bien-être qu’à votre réussite profession-
préférez reléguer au second plan. Un mal rejoint par Mercure et le Soleil en Scorpion, nelle. Doté d’un bon sens des affaires et
pour un bien car le 23, le Soleil opère un peut générer un peu un stress qui s’accroît guidé par votre intuition, vous tirez parti
chassé-croisé positif pour votre carrière au fil du mois. N’oubliez pas de vous aérer d’un contexte exceptionnel. Un nouveau
et vous êtes beaucoup plus à l’aise au tra- quand vous avez besoin de lever le pied. contrat s’avère très lucratif. Profitez-en
vail. Côté forme, l’énergie complémentaire Heureusement, Vénus entre à son tour pour demander une augmentation ou pos-
de Mars en Scorpion vous permet de vous en Balance le 13 pour votre plus grand tuler pour le job de vos rêves. Sur le plan
régénérer en profondeur, mais gare à la bonheur. En amour, le meilleur vous des sentiments, Vénus située en Vierge
Lune agitée les 7 et 21. attend lors de la deuxième quinzaine. favorise l’harmonie conjugale jusqu’au 13.
Héritage, choisi par les meilleurs.

Restaurant Le Duc
Paris

Héritage est issu du savoir-faire de Grand Siècle,


un assemblage de vins de Réserve, exceptionnels de
fraîcheur, d’élégance et de complexité.

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

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