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La Boxe Traité Pratique 1908 Par Willi Et Mortane Jacques

Transféré par

Gregoire Bouillier
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La Boxe Traité Pratique 1908 Par Willi Et Mortane Jacques

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La Boxe
Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays,
Published on october 15th igoS.
Privilège of copyright in the United States reserved under the Act
approved Mardi 3d 1905 by Jacques Mortane et André Linville.
COLLECTION DE LA VIE AU GRAND AIR

LA BOXE

PAR WILLIE LEWIS


ET LA BOXE FRANÇAISE
PAR V. CASTÉRÈS

PRÉFACE DE TRISTAN BERNARD

111 illustrations hors texte.

PIERRE LAFITTE & C ie


ÉDITEURS
PARIS
90, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES
PRÉFACE

Q uel plaisir pouvez-vous donc trouver


à voir des gens se flanquer des coups
de poing ?
L’ai-je entendue cette phrase, quand, ne
pouvant contenir mes impressions, et, dési
reux de penser tout haut, je parlais avec
enthousiasme d’un combat de boxe...
D’ordinaire, je n’y répondais rien. Très
souvent, en effet, il n’y a aucun plaisir à
essayer de faire partager ses goûts sportifs
aux gens, surtout si l’on distingue en eux
une horreur congénitale des sports.
Il est possible que, même dans l’âme de
ces gens-là, un apôtre ardent pourrait
opérer des conversions. Mais je ne me
targue pas d’être un apôtre véritable. Je
ne m’en sens la vocation que vis-à-vis de
certaines personnes sympathiques. Je suis
un apôtre qui choisisses Gentils...
Jusqu’à présent, en tout cas, je les ai
toujours bien choisis. Tous les néophytes
que j’ai conduits aux combats de boxe ont
été rapidement convertis aux beautés du
« noble art ». J'en connais quelques-uns,
parmi les plus rebelles, qui sont maintenant
«
déchaînés » en sens contraire. Ils se trou
vent positivement désorientés quand ils
n'ont pas un « contest » en perspective.
Dois-je m’accuser d'avoir fait naître dans
leur cœur des goûts barbares ? Et le fait
de se plaire au combat acharné de deux
athlètes prouve-t-il qu’on a des instincts
cruels ?
Rien de plus faux qu’un pareil préjugé. Il
n'a d’ailleurs pour le soutenir que des gens
qui n’ont jamais assisté à des combats de
boxe, ou bien qui y ont assisté une seule
fois dans de mauvaises conditions. Un de
nos confrères a publié cet hiver un article
véhément contre la boxe. Dans cet article,
il présentait les boxeurs comme des colosses
« adipeux ». Il ne pouvait proclamer plus
formellement qu’il n'avait jamais vu de
boxeurs sur un ring, et qu’il confondait les
boxeurs avec les lutteurs de foire.

000

Mais on vous pose aussi cette question,


que l’on juge péremptoire :
A quoi cela sert-il ?

Nous l’avons entendu aussi cet : « A
quoi ça sert-il ? » Nous l’a-t-on assez
répété à propos des essais héroïques des
Holbein, des Wolffe, des Burgess, des
Paulus !
Et puis après, quand ils l’auront tra

versé, ce Pas-de-Calais ?
Il est évident que, si la magnifique
prouesse de Webb se renouvelle, la majeure
partie des gens qui vont de Calais à Douvres
pour leurs affaires ou leur plaisir continue
ront à prendre le steamer, et ne traverse
ront pas la mer à la nage.
A quoi cela sert-il me disait encore
?

hier un gros négociant que je connais, un
homme intelligent (Tailleurs, et qui « mène
bien » son affaire.
— Vous m’avez raconté l’autre jour, lui
répondis-je, qu'il vous est arrivé de vendre
un franc soixante quinze un article qui
vous coûtait quarante sous. Vous avez
même fait de gros frais de publicité pour
annoncer cette vente. A quoi cela sert-il ?...
Plus vous vendez de cet article, plus vous
perdez d’argent.
— Oui, me dit-il, mais vous parlez là
d’un article-réclame. Plus j’en vendrai,
plus je ferai de publicité à ma maison.
Hé bien ! cher Monsieur, il
— y a ainsi
des exploits athlétiques qui ne servent à
rien et qui ont simplement cette utilité
énorme d’être les articles-réclames du sport.
Si un nageur parvient à passer la Manche,
je ne crois pas que vingt mille jeunes gens
feront ce qu’il a fait, mais peut-être vingt
mille jeunes gens se mettront à la natation.
Ils suivront T « exemple » du héros ; ils le
suivront de plus ou moins loin selon leurs
forces ; mais ils le suivront.
J’aurais pu également me servir d’autres
arguments, et dire à ce monsieur qu’une
prouesse athlétique nous satisfait simple
ment par elle-même et que nous ne cher
chons pas toujours quelles conséquences
elle peut avoir pour le progrès social, mais
je ne parlais pas à un sportsman, ou à un
artiste, je parlais à un utilitaire.
Je ne me flatte d’ailleurs pas de l’avoir
converti... Mais, quand j’ai eu fini de
parler, il a hoché la tête, d'un air de doute.
Ce hochement et ce doute valaient mieux
toutefois que son gros rire ironique, et sa
plantureuse conviction d’avant.

0 0 0

Je pense que le livre de mes jeunes


confrères, M. Jacques Mortane et M. André
L'Heureux est tout à fait propre à entrete
nir la ferveur des amis du sport, et fera en
outre de bonnes conversions parmi les
Gentils. Il aura certainement une action,
parce qu’il est fort agréable à lire, et parce
que c’est le livre de deux vrais sportsmen,
sincères et véridiques.
André L’Heureux, qui a pris le pseudo
nyme d’André Linville, a de qui tenir. Il
est le fils du bon écrivain Marcel L’Heu
reux, un de mes vieux camarades du sport
et de la littérature. Nous avons le souvenir
d’un grand nombre d’émotions communes,
sur les pelouses de Buffalo et de la Seine.
Quant à Jacques Mortane, tous ceux qui
ont suivi ses articles de la Vie au Grand Air
ont apprécié ses rares qualités d’écrivain
de sport, sa précision, sa clairvoyance,
grâce auxquelles il sait se garder des embal
lements hâtifs, imprudents, si habituels à
d’autres sportsmen, sincères comme lui,
mais un peu trop exaltés; ce qui ne laisse
pas de diminuer ensuite la valeur de leurs
éloges quand leurs admirations sont justi
fiées.
Ajouterai-je que Jacques Mortane est un
déchireur de cartes à jouer émérite? Voilà
qui va faire sourire mon ami le négociant.
Il s’écriera encore :
— A quoi cela sert-il
?

Il est certain que ça ne sert pas tous les


jours, et que, dans la vie courante, on ne
déchire pas constamment des cartes à jouer.
J’ai vu des joueurs de poker irritables,
exaspérés par leur déveine, déchirer rageu
sement leurs cartes. Mais ils regrettaient
tout de suite leur mouvement d’humeur.
Ils n’étaient donc pas disposés à suivre un
entraînement spécial, afin d’être en état de
déchirer le jeu d’un coup, à leur prochain
mouvement de colère.
Et pourtant, quand j’ai vu Jacques Mor
tane déchirer un jeu de trente-deux cartes
en douze et seize morceaux, quand j’ai vu
M. Léon Sée déchirer en deux morceaux
un paquet de cent cartes liées, j’ai admiré
ces exploits, et je n’ai pas eu honte de mon
admiration.
Je n’ai même pas cherché à ce moment-
là si j’avais ou non raison d’admirer.
Si j’avais cherché, j’aurais trouvé d’ail
leurs. Et je me serais dit notamment que
s’il y a encore dans ce vieux monde tant
d’émulation, de vitalité, c’est peut-être qu'il
a été témoin, depuis qu'il existe, de quantité
de ces prouesses inutiles.

Tristan Bernard.

f1
AVANT-PROPOS

a boxe se divise en deux écoles : la boxe


JL' anglaise où l’usage des poings seul est
autorisé et la boxe française qui la complète
par l'emploi des coups de pied.
Il ne faudrait pas croire toutefois que la
boxe anglaise soit une création des temps
modernes. Les Grecs combattaient soit la
tête et les poings nus, soit les poings recou
verts de gantelets souvent garnis de plomb
et la tête coiffée d'une calotte garantissant
le crâne contre les brutalités de l'adversaire.
Aussi bien, il serait illogique que ce sport
instinctif ne remontât pas à la plus haute
antiquité. Les poings et les pieds ne sont-
ils pas les instruments les plus naturels du
self-defence ! Et il est à supposer que les
deux premiers hommes qui vidèrent une
querelle le firent au moyen de la boxe.
Si de tout temps ce sport fut en honneur
en Angleterre, sa période de prospérité
date seulement du xvme siècle. C’est alors
que furent organisés les premiers matches
publics. La foule suivait avec enthousiasme
ces spectacles, excellentes entreprises com
merciales. Des paris énormes appuyaient
les chances de tel ou tel pugiliste et presque
toujours les combats avaient des issues san
glantes. Nez écrasés, dents brisées, côtes
enfoncées, épaules démises, visages tumé
fiés, tels étaient les moindres incidents de
ces rencontres qui passionnaient les spec
tateurs.
Bientôt le législateur dut intervenir. Il
prohiba ces scènes bestiales. Naturelle
ment, les managers continuèrent à donner
des représentations. Mais ils durent se
cacher et les passionnés y gagnèrent l’at
trait du fruit défendu et... l’augmentation
du prix des places.
C’est vers 1840 que les combats à poings
nus furent interdits. Puis, peu à peu la régle
mentation devint de plus en plus stricte et
donna à la boxe, outre le caractère d’utilité
qu’elle n’avait jamais cessé de conserver,
un intérêt sportif qui ne saurait échapper à
personne, même aux profanes qui n’ont
pas assez d’anathèmes pour mépriser ce
sport.
Il n’y a pas longtemps que la France a
suivi le mouvement donné par l’Angleterre.
Et, en très peu de temps, la boxe a fait
des progrès tels que l’histoire d’aucun sport
n’en a enregistré de semblables. En l’es
pace de trois ans, le Français lui a accordé
droit de cité plein et entier, il a fait peu à
peu son éducation et à l’heure actuelle on
refuse du monde à tous les matches impor
tants. Il est vrai que nous avons vu défiler
sous nos yeux les meilleurs pugilistes. Après
avoir au début applaudi seulement nos
boxeurs nationaux, les champions d’Angle
terre, les Pat O’Keeffe, les Peter Brown,
les Tiger Smith sont venus nous faire admi
rer leur méthode et enfin les Américains
comme Willie Lewis, Tommy Burns, Wal
ter Stanton, Jack Johnson, Sam Mac Vea
ont tenu à nous prouver que la différence
de classe qui existe entre eux et les meil
leurs Anglais est encore plus grande que
celle qui sépare ceux-ci de nos champions.
Le combat se divise en reprises ou rounds.
Ordinairement, les matches sont de 6, io,
i 5 ou 20 rounds. D’autres durent jusqu’au
finish, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’un des
deux combattants soit knocked-out. Les
reprises sont de deux ou trois minutes,
entrecoupées d’un repos d’une minute.
Les gants sont plus ou moins rembour
rés, suivant qu’il s’agit d’un match ou d’un
combat. On calcule leur poids en onces.
Dans les combats, on emploie de préférence
ceux de quatre onces. Aux championnats
de France amateurs, ils sont de huit onces.
Très peu rembourrés, les gants de quatre
onces empêchent la main de se déchirer et
les os de se briser, inconvénients des com
bats aux poings nus. Les boxeurs peuvent,
si aucune clause ne les en empêche, s’en
tourer les mains de bandelettes, dites amé
ricaines, afin de maintenir plus fermes tous
les organes de la main.
On classe les boxeurs en plusieurs caté-
gories : poids plume jusqu'à 53 kilos 196,
poids extra-légers de 53 kilos 196 à 57 ki
los 888, poids légers de 57 kilos 888 à
64 kilos 3eo, poids moyens de 64 kilos 320
à 72 kilos 492, poids lourds à partir de
72 kilos 492. La différence de poids se fait
sentir davantage chez les hommes légers et
dans ces catégories un écart de cinq à six
livres est souvent un handicap bien difficile
à combler.
Le carré réservé aux matcheurs s'appelle
ring. Il est entouré de cordes et doit avoir au
moins 4 mètres de côté, au plus 8 mètres.
Le plancher est généralement recouvert de
tapis de feutre et d’une toile pour amortir
les chutes. Le boxeur tombe souvent avec
violence et un accident mortel pourrait par
fois en résulter si le sol n'était pas garni.
Un arbitre ou referee reste sur le ring. Il
doit rappeler à l’ordre les pugilistes lors
qu'ils font des corps à corps ou clinches, ou
qu’ils emploient des coups interdits, tels
que passer la jambe, frapper avec la tête,
avec l’avant-bras, avec le gant ouvert, avec
le tranchant de la main, avec le bout des
doigts, avec le coude ou au-dessous de la
ceinture.
Au commandement de Time ! donné par
un chronométreur, le round commence.
Lorsque la reprise est terminée, chaque
adversaire va dans le coin du ring qui lui
est réservé. Ses soigneurs lui passent une
chaise et montent sur le ring pendant la mi
nute de repos. Les soigneurs ou seconds doi
vent avoir une grande habileté et la victoire
revient souvent au boxeur qui est confié aux
plus expérimentés. Les soins consistent à
essuyer la sueur, à rafraîchir la figure, à
faire rincer la bouche, à masser les jambes
et à éventer en agitant des serviettes. Telle
est la besogne élémentaire des seconds, mais
là où elle devient particulièrement délicate,
c’est lorsqu’un coup violent a été donné,
étourdissant le combattant. Il faut alors le
soigner de façon à lui faire surmonter la
défaillance et à le faire revenir au même
état de fraîcheur qu’au début du match.
On ne doit frapper qu’avec les os méta
carpiens et les coups ne peuvent porter qu’à
la tête et au corps, à partir de la ceinture.
Le vainqueur est celui dont les attaques
sont les plus nombreuses et les esquives les
plus habiles. C’est le referee qui le pro
clame. Telle est la victoire aux points, dé
clarée quand le nombre des reprises atteint
le chiffre convenu. Lorsqu’un pugiliste est
projeté par terre et qu’il y reste plus de dix
secondes, il est vaincu par knock-out. Enfin,
si l’un des deux boxeurs est jugé trop infé
rieur par ses seconds et que ceux-ci estiment
qu’il serait nuisible de lui laisser continuer
le combat, ils peuvent jeter l’éponge sur le
ring et ce geste signifie qu’au nom de leur
client, ils abandonnent la lutte et laissent la
victoire l’adversaire.
à
Il est défendu de toucher son adversaire
lorsqu'il est à terre et il faut se tenir à trois
pas de lui quand il s’y trouve. Mais dès
qu'il n’a plus les mains sur le sol et qu’il
est à moitié relevé, il est considéré comme
étant debout.
PRINCIPALES EXPRESSIONS
TECHNIQUES ANGLAISES

Ring Enceinte.
Round Reprise.
Referee Arbitre.
Time-keeper. Chronométreur.
. . .
Seconds Seconds.
Manager Entraîneur.
Seconds out ! Les seconds dehors !
. .
.
Are y ou ready? Êtes-vous prêt?
. .
Time Temps ! (Allez !)
Break away ! Séparez-vous !
. . .
Direct Coup direct.
Cross Coup oblique.
Hook Coup en crochet.
Swing Coup balancé.
Uppercut Coup de bas en haut.
Clinch Corps-à-corps.
Foui Faute.
Knock-out Coup qui met hors de combat.
Fight Combat.
Draw Match nul.
Stone 6 kg. 432.
Livre anglaise . o kg- 435-
. .
LA BOXE

3. La garde de Young Corbett. 4. La garde de Kid Mac Coy.


(Ces photographies, posées par Georges Leclerc, montrent deux gardes curieuses
de deux des meilleurs boxeurs américains.)
I
LA BOXE
LA BOXE

LES COUPS PRINCIPAUX

I. — LA GARDE 1

I L n'y a jamais eu, à vrai dire, de garde clas


sique. Chaque boxeur adopta toujours une
garde personnelle et qui convenait soit à ses
moyens physiques, soit à sa façon de combattre.
Les règles, les coutumes ou les nécessités dé
terminent la garde.
Aujourd'hui tous les combats ont lieu avec
des petits gants, en général de quatre onces.
Ce n’est point au fond par humanité, c’est
plutôt pour rendre les matches plus longs,
partant plus intéressants. Le défaut des coups
de poing est qu'ils blessent souvent la main
qui les donne. Celui qui ne frappe pas
avec le sommet osseux des grosses phalanges
risque de se faire plus de mal qu'il n’en fait
à son adversaire. Autrefois le combat était
donné exclusivement avec les poings nus 1

.
Les boxeurs de jadis se contentaient de
frapper de haut en bas. Il ne pouvait y avoir
grande science, ni grande précision dans ce jeu.
Les adversaires cherchaient d’ailleurs peu à
parer et encore moins à frapper aux endroits
sensibles. Ils se meurtrissaient à tour de bras,
au hasard et le plus résistant finissait par l’em
porter. Ces combats se passaient toujours sur
du vrai terrain, aussi les attaques envoyées du
poing gauche en sautant ou en se fendant, ne
pouvaient être vraiment savantes. Alors qu’elles
arrivent avec tant de rapidité et de puissance
si l’on a un sol ferme et élastique sous les pieds 2
.
Lorsque les combats se livrèrent dans des
salles closes et sur le plancher, l'attaque de
vitesse devint l’argument le plus fréquent, le
jeu des jambes fut plus souple, plus mobile.
La garde changea : le poing gauche presque
horizontal se trouva prêt à frapper de vitesse ;
les jambes, plus rapprochées, permirent des
déplacements rapides. Ce fut la garde la plus
employée jusqu’à ce que John L. Sullivan eût
découvert l’art du knock-out. Jusqu’à lui les
combattants frappaient un peu à tort et à tra-
* Parfois les combattants s’entouraient les mains de bande
lettes et les trempaient ensuite dans la chaux. Tom Sliarkey
fut un des derniers qui combattit de cette façon.
* A l’origine, les boxeurs devaient souvent rester l'un en face
de l’autre, sans avoir le droit de bouger le pied gauche.
vers, ne cherchant pas tel ou tel point sensible,
mais se contentant de délivrer le plus de coups
possible.
Dans le jeu américain moderne, c’est le
cross qui joue le plus grand rôle. C’est pour le
placer au bon endroit que s’exerce toute la
tactique des poings. Aussi la garde changea-
t-elle singulièrement.
Jeffries en possédait une étrange : elle était
écrasée, ses poings n’étaient qu’un piège à
crosses et à swings. Tout son jeu consistait à
provoquer une attaque directe et à la recevoir
par un cross.
Robert Fitzsiminons gardait les bras très
écartés du corps, mais un peu plus bas que
Jeffries, afin d’atteindre plus facilement le
solar plexus au creux de l’estomac.
KidMacCoy, lui, prend la garde d'un débu
tant. Il ne semble pas se protéger et pourtant nul
n’est plus difficile à atteindre, car sa science
d’esquive est prodigieuse. Cette garde est d’ail
leurs entièrement disposée pour son terrible
coup de bas en haut dit du tire-bouchon dont
parle Willie Lewis dans l’exposé de sa mé
thode américaine 1
.
L’art du cross et du swing étant ultra-per-
fectionné, le boxeur doit se soucier avant tout
de protéger les parties du corps sur lesquelles
l’arrivée d’un de ces coups obtient un résultat
définitif. Le corps est très effacé, la tête, rentrée
autant que possible entre les épaules, s'incline
légèrement à droite ; ainsi la carotide, la base
de l’oreille, l’angle de la mâchoire se trouvent
protégés par les deux épaules. L’avant-bras
gauche pend le long du corps, le coude assez
en arrière pour protéger le flanc gauche ; le
bras droit et une partie de l’avant-bras garan
tissent le creux de l'estomac.
Dans cette garde, les endroits sensibles sont
complètement protégés et le boxeur est à l’abri
de tout coup de surprise.
D’ailleurs, il est intéressant pour chacun de
trouver une attitude de défense qui convienne
et à ses moyens physiques et à son tempéra
ment. La garde est une chose essentiellement
personnelle. On ne boxe pas comme on rame.
Il n’y a pas de position conventionnelle.
L’athlète choisit celle qui lui plaît davantage.
Celui qui a des parties du corps plus sensibles
que d’autres les garantira avec plus de soin. Un
autre qui est un bon encaisseur et qui cherche
toujours à frapper, choisira une garde ouverte
qui lui donnera plus de facilité pour placer le
coup dur.
Il est cependant bon de donner quelques
conseils pratiques sur la garde, destinés aux dé-
PRINCIPA UX Fig. 6-7.

7. Esquive du direct du gauche à la figure.


Pour esquiver un direct à la figure, il suffit de pencher la tète du côté
opposé. Cela permet de pouvoir rentrer.
(Clichés posés par Marc Gaucher, champion de France (poids lourds) et
Grognet.)
Fig. 8-9. LES COUPS

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a c o
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Oo
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butants. Il y a deux gardes : la garde à gauche,
quand on a le côté gauche en avant, à droite
quand on présente le côté droit. Les adver
saires sont en fausse garde quand l’un est en
garde à gauche, l’autre en garde à droite.
Le boxeur doit écarter ses pieds l’un de
l’autre de 30 à 40 centimètres selon sa taille.
La jambe gauche doit être perpendiculaire au
sol et la droite légèrement fléchie en avant.
Le corps doit être bien en équilibre sur les
jambes, qui doivent conserver toute leur mobi
lité. Il ne faut pas oublier qu’en boxe anglaise,
quoiqu’on ne donne pas de coups de pied, le
jeu de jambes a une importance capitale.
Le bras droit doit être replié sur l'estomac,
le poing sous le sein gauche, de façon à bien
protéger l’estomac et être prêt à la riposte. Le
bras gauche tombe le long du corps, l'avant-
bras relevé formant angle droit. Il faut faire
bien attention à ce que l’avant-bras droit adhère
au corps, sinon il ne protège plus, et cette
position peut au contraire être funeste.

2. — LE DIRECT DU DROIT
ET SA PARADE 1

Ce coup consiste à frapper du bras droit


directement, grâce à une détente énergique

1 Voir fig. 8.
3. — LE DIRECT DU GAUCHE
ET SA PARADE 1

Le bras gauche pendant le long du corps na


turellement et l'avant-bras faisant un angle
droit avec lui, vous le détendez subitement ainsi
que la jambe droite. Vous portez votre attaque
en effaçant bien le corps de façon à avoir beau
coup plus de puissance. Règle générale, d’ail
leurs : dans tous les coups que vous donnez,
prenez bien soin de porter le poids du corps
sur le coup. Vous ne vous imaginez pas la
puissance que cet acte vous donnera. Il ne
faudrait pourtant pas exagérer, sans quoi si
votre adversaire recule, vous risquez de choir
et, si vous ne tombez pas, votre équilibre sera
dans tous les cas déplacé et livrera une cible à
votre adversaire.
La parade consiste à lever brusquement le
bras droit, vous rencontrez le gauche du boxeur
dont le poing passera à droite et au-dessus de
la tète. De votre gauche, rentrez, soit à la
figure, soit à l’estomac.
Mais vous pouvez même ne pas vous soucier
du bras assaillant, car cela vous immobilise un
bras qui pourrait vous servir pour rentrer. Vous

Voir fig. 7 et 8.
pouvez vous contenter d’esquiver ou d’arrêter.
Vous esquivez par exemple l’attaque du
gauche à la tête en inclinant la tête à droite.
Le poing de votre adversaire passera au-des
sus de votre épaule et vous pouvez profiter de
son désarroi pour rentrer. C’est ce qu’on
appelle un coup d'arrêt : vous donnez un direct
du gauche à la figure en portant votre corps en
avant.
Pour parer le coup d’arrêt, coup dont il faut
toujours vous méfier lorsque vous attaquez,
il suffit d’élever l’avant-bras droit à la hauteur
du menton ou bien d’esquiver en portant la
tête à droite.

4. — LE SWING DU GAUCHE
ET SA PARADE 1

Le swing est un coup de poing de côté, ba


lancé. Il exige beaucoup de ballant et comme
il vient de loin, il ne peut être très précis.
Les Anglais l’affectionnent, mais les Améri
cains l’ont presque abandonné pour le rempla
cer par le cross, sorte de swing plus raccourci,
permettant plus de rapidité, plus de préci
sion et arrivant sans que l’adversaire l’ait vu
venir.

1 Voir fig. 8 à ix.


Le swing, coup demi-circulaire horizontal,
est pourtant excellent et d'un effet très efficace
quand il arrive au bon endroit. Il fauche ce
qu’il rencontre sur son passage.
Votre adversaire attaque du gauche à la
tète, et esquive la tête à droite. Vous portez
un swing du gauche à la tète en esquivant la
tète à droite.
Le swing doit être donné avec le corps et
surtout avec l’épaule ; votre bras est contracté,
vous le détendez subitement et vous avez soin
de frapper avec les os de la main en pliant le
bras légèrement afin de ne pas vous luxer le
coude. Pendant que vous portez votre swing
avec le bras gauche, conservez votre bras
droit collé au corps de façon à rester cou
vert.
La parade est simple : il suffit en attaquant
de vous couvrir la figure en élevant votre bras
droit.

5- — LE SWING DU DROIT
ET SA PARADE 1

Lorsque vous portez une attaque du droit à


la tète, si votre adversaire esquive la tête à
gauche, empressez-vous de lui porter un swing
du droit en esquivant la tête à gauche et en
vous servant du gauche pour vous couvrir l'es
tomac.
Pour parer il faut mettre votre bras gauche
entre votre tête et le bras droit de votre assail
lant, mais c’est une des parades les plus diffi
ciles de la boxe. Il est préférable de baisser la
tête, le coup passe ainsi au-dessus.
Le swing est encore excellent à employer
lorsque vous êtes attaqué du droit à l'estomac.
Vous laissez votre adversaire porter le coup,
vous parez avec le gauche et vous lancez votre
swing du droit.
La parade consiste à baisser la tête pour
laisser passer au-dessus, le swing qui vous
était destiné.

6. — LE CROSS DU DROIT
ET SA PARADE 1

Ce que nous avons dit pour le swing s’ap


plique aussi bien au cross qui n'est qu’une
réduction plus précise et plus prompte du
swing. Il est surtout employé pour frapper
à la mâchoire. Le cross à la mâchoire est
le coup favori qu’emploient les Américains
pour mettre fin à un combat. C’est un coup

1 Voir fig. 13 à 15.


au corps et vous rentrez par un cross à la
figure.
Pour parer, il suffit de se garder la tête avec
le bras droit.

8..— LE HOOK
ET SA PARADE 1

Le hook est un coup en crochet. Il est de la


même famille que l'uppercut, mais s’exerce
sur une moins grande échelle, peut-on dire. Le
hook est surtout destiné à frapper à l'estomac.
Le sliiftpunch ou solar plexus de Robert Fitz-
simmons qui mettait knock-out tous les pugi
listes qui le recevaient, était un hook à l’esto
mac.
Lorsque vous êtes bien rapproché de votre
adversaire, — comme vous devez d’ailleurs
toujours essayer de l’être, — faites une feinte
rapide à la tête avec le gauche. Il quittera sa
garde qui le couvrait tout entier et profitez-en
pour rentrer par un hook à l’estomac avec le
bras droit.
Parade : si vous en avez le temps, parez
avec le bras gauche et pour ne pas être en
reste de politesse, rentrez par un uppercut du
bras droit à la mâchoire. Nous ajouterons

1 Voir fig. 16 à 18.


PRINCIPAUX Fig. IO-I i.
d'ailleurs que cette parade très brillante et qui
semble des plus simples, est fort difficile. Il
vous faudrait une belle présence d'esprit pour
empêcher le hook d'arriver. Le meilleur est
encore de ne pas abandonner un instant sa
garde de l'estomac dans des situations sem
blables.

9. — l’uppercut du gauche
ET SA PARADE 1

L’uppercut est un coup qui consiste à frap


per de bas en haut. Il est très puissant et per
met d’obtenir de brillants résultats. Il se donne
sous la mâchoire, lorsque dans une attaque
l’adversaire avance le menton et qu’après avoir
paré, vous cherchez à rentrer.
Il faut faire attention, en portant un upper
cut, à avoir les ongdes tournés vers le corps,
le coude bas. Le coup doit venir des reins
et des jambes. Vous vous soulevez sur la
pointe des pieds et vous courbez les reins en
arrière.
Pour le porter, il faut que votre adversaire
qui attaque à la tête ou au corps, de la main
gauche, baisse la tête en avant, sans quoi
c’est absolument inutile de le tenter, car outre

1 Voir fig. 19 à ai.


qu’il n’arrivera pas, bien entendu, vous vous
serez découvert laissant ainsi une cible toute
prête à votre adversaire.
La parade consiste à pencher la tête à droite
ou à gauche suivant que le coup vient de l'une
ou de l’autre direction. Mais pour y parvenir,
il faut voir arriver l’uppercut et ce n’est point
chose aisée.

IO. — l’uppercut du droit


ET SA PARADE

L’uppercut du droit est absolument le même


que l’uppercut du gauche et se donne dans les
mêmes circonstances.
La seule différence consiste en ce que vous
frappez du droit en esquivant la tête à gauche
au lieu de l’esquiver à droite.
Lorsque l’attaque de votre adversaire est
dirigée vers le corps, ayez bien soin de vous
couvrir avec le bras qui ne donne pas l’upper
cut.
La parade est la même que pour l’uppercut
du gauche. Mais encore une fois, c’est un pur
hasard si vous parvenez à parer. Aussi le meil
leur conseil que nous nous permettrons de
vous donner est d’éviter de pencher la tête en
avant; Cette position est toujours nuisible, car
si votre adversaire ne songe pas à vous porter
un uppercut, il vous donnera un cross ou un
swing, mais, soj^ez-en convaincus, il ne vous
laissera pas vous retirer sans vous endomma
ger sérieusement et ce ne sera que justice : il
est toujours de la dernière imprudence de li
vrer une proie à celui qui vous est opposé quelle
que soit votre attaque et quelle que soit votre
supériorité.

II. — CONSEILS POUR


DONNER LE COUP

Chaque fois que vous donnez un coup de


poing, il faut
bien faire attention de frapper
avec les os de la main appelés métacarpiens.
Ce sont ceux qui se trouvent à la naissance
des doigts. Evitez de vous servir des os des
phalanges qui sont très délicats et qui se cas
sent ou se foulent facilement.
Il convient de porter le poids du corps sur
le coup, en s'inclinant légèrement en avant
sans exagération, car on ne ferait alors qu’une
poussée plus dangereuse pour soi-même que
pour l’adversaire.
Chaque fois que vous donnez un coup de
poing, évitez de retirer le bras en arrière avant
de frapper.
12. — CONSEILS POUR
LES PARADES

A proprement parler, la parade consiste à


détourner le coup avec l’avant-bras. En règde
générale, pour parer, il faut toujours se servir
du bras qui est en arrière, de façon à garder le
bras qui est en avant pour la rentrée.
Il est simple de parer les coups au corps, en
laissant le bras droit serré au corps et proté
geant l’estomac. D’autre part, il faut s’exercer
à rompre sur le coup de l’adversaire, à se
mettre hors de portée, de façon à faire tomber
son coup dans le vide et à se donner à soi-
même le champ nécessaire pour pouvoir ren
trer.
Esquiver la tête consiste à l’incliner rapide
ment soit à droite, soit à gauche pour la sous
traire aux coups. Mais il faut faire bien atten
tion à ne pas perdre de vue les mouvements
de l’assaillant. En règle générale, esquivez à
droite les attaques du bras gauche et à gauche
celles du bras droit pour ne pas vous mettre à
portée de l'autre bras.
PRINCIPAUX Fig. 1415-16.
l’estomac.

a
droit

du

Hook

18.
19. Uppercut du gauche.
L uppercut consiste à frapper de bas en haut. Il se donne sous la
mâchoire lorsque l'adversaire avance le menton.
PRINCIPAUX

13. — CONSEILS POUR


l’assaut
A la salle, dans les débuts, les boxeurs de
vront employer des gants de dix onces pour
s’entraîner. Les reprises seront de deux mi
nutes seulement avec une minute de repos.
Pendant l’assaut, il faut bien serrer les
dents ; sans cela, le moindre coup à la mâchoire
peut vous entailler la langue et vous briser les
dents. Si le coup vient de côté, la mâchoire
peut être luxée.
L’élève devra s’exercer à marcher et à
rompre beaucoup. Le jeu de jambes a une im
portance fondamentale en boxe anglaise. D’au
tre part, il faut être toujours en équilibre stable
sur ses jambes. De cette façon, on évite beau
coup plus facilement les coups de l’adversaire
et on peut saisir les moindres occasions pour
rentrer.
Il faut arriver à être tout à fait maître de
soi, ne pas rager, ne pas se mettre en colère,
sans quoi on est perdu, car on ne sait plus ce
qu’on fait. Quand on a toute sa contention d’es
prit, on fait déjà mal souvent. Vous voyez
donc le résultat que vous pouvez obtenir si
vous y mettez de la mauvaise humeur. Il faut
par conséquent être froid et vite.
Ce que vous devez travailler le plus, c’est
moins les attaques que les esquives pour com
mencer. Les attaques sont importantes certes,
mais les esquives le sont davantage, d’autant
plus qu’elles permettent d’exécuter des coups
d’arrêt qui déconcertent et abîment l’adver
saire.
Lorsque vous avez placé un coup dur et que
celui qui vous est opposé semble flotter, ne
lui laissez pas reprendre son souffle. Profitez de
ce que vous l’avez étourdi, pour insister et
essayer de le descendre. C’est là qu’il faut du
sang-froid et de la décision pour trouver le
coup utile.
Ne perdez jamais de vue le moindre mouve
ment de votre adversaire. Ne regardez pas à
droite ou à gauche, regardez-le et ne regardez
que lui. Tâchez de deviner ce qu’il va faire et
forcez-le presque à tomber dans les pièges que
vous essayerez de lui tendre pour rentrer d’une
façon profitable.
Habituez-vous aux esquives en vous exerçant
avec un ami : vous choisissez un coup et sa
parade. L’un de vous deux attaquera, l’autre
esquivera.
Lorsque vous parez, rapprochez-vous de votre
adversaire afin de tâcher de lui porter un coup
utile.
Commencez par posséder complètement les
coups les plus simples. Ne cherchez pas à faire
de fioritures. Aller du facile au compliqué, en
boxe comme en tout, est le principe le plus
sage. Il est probable que vous serez tenté au
début de placer le loop the loop de Willie
Lewis, le shift punch de Fitzsimmons ou le
corkscrew de Kid Mac Coy. Eh bien ! évitez
cette tendance et contentez-vous de commencer
par le coup fondamental :
« Attaque
d'un direct du bras gauche à la
figure. »

Après avoir ainsi sommairement exposé les


premiers principes de la boxe anglaise, nous
passons la parole à l’excellent pugiliste amé
ricain Willie Lewis qui a bien voulu nous dé
montrer sa méthode, fameuse aux États-Un's.
WILLIE LEWIS

23. La garde de Willie Lewis.


Le merveilleux pugiliste américain, Willie Lewis, possède l'une des plus
belles listes de performances qui se puissent trouver.
BIOGRAPHIE DE WILLIE LEWIS

illie Lewis est né àNew-York City le


w 21 mai 1884. Sa mère était d’origine
irlandaise, son père d’origine anglaise.
Il boxe depuis huit ans et fut vainqueur
dans presque tous ses combats. Dans l’ensem
ble de sa carrière, qui compte 89 combats, il
n’a été que trois fois knock-out : la première
fois par Rufe Turner, alors qu’il relevait de
maladie et qu’il ne combattait que pour faire
honneur à son contrat (1902); la seconde fois
par Sam Langford (22 février 1904) ; la der
nière par Honey Mellody (11 février 1907).
Celui-ci a refusé de se rencontrer à nouveau
avec Willie Lewis lors de son retour de France.
Lewis s’est rencontré victorieusement avec les
meilleurs pugilistes américains, tels Joe Gans,
Martin Canole, Jack O’Keefe, Jimmy Gardi-
ner, Fred Bradley, Jim Donovan et bien d’au
tres encore.
Willie Lewis est un poids moyen léger et il
a été tour à tour poids bantham, extra-léger et
léger. Maintenant, il est sur les rangs pour
disputer le titre vacant de champion du monde
LA METHODE AMÉRICAINE
Par Willie LEWIS

ACCUEIL chaleureux que j’ai reçu du public


français, le goût prononcé qu’il semble
manifester pour la boxe, m’ont incité à laisser
après mon départ quelques traces de mon
passage. C’est pourquoi j’ai saisi avec empres
sement l’occasion qui m'était offerte d’écrire
un traité de boxe américaine. Je me suis efforcé
de le rendre le plus clair possible et de le
mettre à la portée de tous, des profanes
comme des connaisseurs, des novices comme
des combattants de métier.
La méthode américaine est assez obscure, au
premier abord, à cause de la grande variété de
ses coups. Mais, en réalité, ils dérivent tous de
quelques-uns qui sont fondamentaux et qui sont
comme des parents ayant une multitude d’en
fants dotés d’un air de famille frappant. Ces
coups fondamentaux sont le direct, le hook, le
cross et l’uppercut. On vous a expliqué, dans
une autre partie de cet ouvrage, en quoi con
sistaient ces quatre coups, je n’y reviendrai
pas. Mais vous serez sans doute étonné de ne
pas rencontrer dans cette liste le swing qu’em
ploient avec une fréquence si inutile tous les
boxeurs Anglais et Français.
Pourquoi avons-nous délaissé ce coup qui
semble puissant ? Oh ! pour une raison bien
simple. Il est fatigant et d’un effet peu sûr.
Evidemment, s’il est bien appliqué, il peut
obtenir un résultat décisif, mais combien de
swings lancés en pure perte pour un qui arrive ?
Il est fatigant parce qu’il vient de loin et que,
s’il est évité, la détente musculaire vous fera
perdre de la force et du souffle puisque vous
ne rencontrerez que le vide. Un homme qui
porte un swing a absolument l’air d’aller décro
cher son chapeau ou de retirer sa canne du
porte-parapluie. Si les Anglais en ont conservé
l’emploi, c’est qu’ils aiment bien boxer en
tenant leur adversaire à distance* Us ne com
battent pas comme nous, presque sur celui qui
leur est opposé, et ils ont tort, car l’effort
qu'ils fournissent est beaucoup plus grand, né
cessite plus d’endurance et de souffle. Us sont
donc dans l’obligation de ne matcher que durant
un nombre restreint de rounds et seraient dans
l’impossibilité de résister pendant les 25 ou
30 reprises d’un combat rondement mené.
Au swing, nous préférons de beaucoup le
cross, coup qui vient de près, amené avec une
puissance et une précision extraordinaires par
une détente de tous les muscles de l’épaule.
Si vous avez vu combattre quelques Américains,
vous avez dû remarquer combien ce coup nous
était utile. Neuf fois sur dix, c’est par un cross
que nous réussissons à descendre nos adver
saires.
Quant à l’uppercut, il ne faut pas en abuser. Il
faut savoir discerner le moment opportun où il
vous sera utile. Ce coup qui consiste à frapper
en dessous n’a pas son pareil pour annihiler les
efforts de celui qui vous est opposé et, excusez-
moi l’expression, pour l’abrutir. Bien appliqué
sous le menton, il lui fait supposer qu’il a la
tête décrochée du tronc, et si, par malheur,
il a la ridicule habitude, qu’ont certains
boxeurs, de rester la bouche ouverte, il
sera contraint d’abandonner quelques dents
en otage.
Quant au direct, vous, savez tous en quoi il
consiste et il est inutile de vous expliquer
pourquoi il est d’un effet si puissant. Quand
vous frappez droit devant vous d’une façon
naturelle, il est facile de comprendre que vous
disposez de toutes vos forces et que rien ne
saurait vous résister si vous tapez au bon
endroit.
En boxe, savoir frapper est peu à côté de la
science d’esquive. C’est le plus long à apprendre
et, bien entendu, le plus utile. L’art du self-
defence exige trois principes : savoir encaisser,
frapper et esquiver. Je les ai cités dans un ordre
logique. Si vous ne savez pas encaisser, vous
ne pouvez combattre, car même si vous savez
frapper, un seul petit coup sans importance suf
fira à vous faire sortir du ring. Si vous connais
sez l’art d’encaisser et de frapper et que vous ne
sachiez pas esquiver, vous serez à peu près dans
le même cas que celui qui aurait un splendide
costume de cavalier, mais qui n’aurait pas de
cheval. L’esquive, voilà ce qui est le plus diffi
cile et voilà ce qui ne s’improvise pas. Savoir
déjouer les ruses de l’adversaire, ne pas perdre
la tête devant ses attaques, parer les coups qu’il
porte avec le droitet qu’ildouble avec le gauche,
voilà ce qu’il faut connaître et voilà ce qu’au
cun traité ne vous apprendra. Si je ne vous
indique pas de moyens, ne vous imaginez pas
que ce soit par discrétion. Je ne possède point
de secrets sur ce chapitre et ce que je sais, je ne
l’ai appris ni avec un livre, ni avec un pro
fesseur. C’est l’habitude, la simple habitude
qui a été mon prévôt et grâce à elle, je prétends
être arrivé à posséder assez bien l’art de l’es
quive. Dans quelques années, j’en saurai encore
plus. Le plus habile, le plus adroit apprend
chaque jour du nouveau et se perfectionne dans
cet art.
Le tout n’est pas d’esquiver. Il faut aussi
rentrer en esquivant. Je m'explique : lorsque
vous combattez, les minutes, que dis-je les
minutes?.les secondes sont comptées. Tout
instant que vous n’aurez pas mis à profit cons
tituera pour vous une chance de moins de
mettre votre adversaire knock-out. C’est peut-
être pendant cet espace de temps infinitésimal
que vous auriez pu en venir à bout et triom
pher. Donc, si vous esquivez pour le simple
plaisir d’empêcher un coup d’arriver, vous
agirez à la manière d’un automate et vous
pourrez rester ainsi jusqu’à la fin du match sans
porter une attaque, vous contentant de parer
et de laisser celui qui vous est opposé marquer
des points et s’attirer peu à peu la victoire.
Aussi faut-il que vous cherchiez le moyen
de rentrer sur une esquive. Votre adversaire
vous porte une attaque, vous la déjouez et
vous le frappez. Vous faites ainsi d'une pierre
deux coups. Votre homme s’est fatigué inuti
lement, ne vous a pas effleuré et s’est contenté
d’encaisser. Evidemment, il faut posséder une
belle dose de sang-froid pour agir ainsi, mais
l’habitude, je vous le répète, l'habitude seule
vous empêchera de perdre la tête et vous
procurera le plaisir d'infliger à celui qui voulait
vous endommager la stricte correction qu’il
mérite. Bien des hommes, quand ils combattent
dans la rue, font preuve de présence d'esprit.
qui, lorsqu’ils sont sur un ring, ne savent plus
que faire de leurs poings gantés. Cela tient à ce
qu’ils ont appris une trop grande variété de
coups et qu’avant de porter l’un de ceux qu’ils
possèdent dans leur répertoire, ils réfléchissent
à celui qu’ils pourraient choisir. Pendant ce
temps, ils ont le loisir de recevoir quelques
fameux horions, sinon le coup définitif qui vous
met knock-out. Ces gens-là ont eu le tort de
vouloir parader sur un ring avant d'avoir pris
un nombre de leçons normal. Ce n’est pas du
jour au lendemain qu’on devient boxeur. Non,
et heureusement pour nous, — sans quoi nous
ferions bien de choisir un autre métier, — ce
n’est qu’au bout de longs mois d’assauts avec
un professeur. Six à huit mois me semblent le
strict minimum. Il faut être familiarisé avec
tous les coups, en connaître la puissance, l’ef
ficacité, savoir à quel moment il est préfé
rable de les employer et ne s’en servir qu’à
coup sûr, ne pas s’amuser à les esquiver avec
les gestes malhabiles d’un enfant qui perd pied
en se baignant.
Ne vous laissez pas démonter par ces con
seils qui vous sembleront peut-être sévères.
N’abandonnez point votre beau zèle, en cons
tatant que vous ne serez pas un pugiliste
redoutable dès la semaine prochaine. Au con
traire, travaillez d'arrache-pied et je ne vous
24. Avant le combat. tn
25. garde.
Les adversaires doivent se serrer Au début du combat, les deux
la main avant le combat et ne pas adversaires doivent avant tout
avoir d'animosité l'un contre l'autre, étudier mutuellement[ leur jeu.
Fig. 28-29-30. LA MÉTHODE
en dis pas plus long : je suis convaincu que,
lorsque vous aurez commencé, vous trouverez
toujours que vos leçons sont trop courtes et
que vous serez les premiers à reconnaître que
j’avais raison en vous disant d’attendre de longs
mois avant de faire même un assaut amical
avec un élève de votre salle.
Si vous le voulez bien, nous allons commen
cer la démonstration des meilleurs coups de la
méthode américaine et j 'espère que vous excu
serez la longueur de ce préambule qui ne vous
sera pas inutile, si vous voulez bien vous y
conformer à la lettre.

I. — AVANT
LE MATCH 1

Lorsque vous arrivez sur le ring, il est séant


d’aller serrer la main de votre adversaire. Ce
geste amical ne vous engage à rien et plaît au
public, très heureux de constater que quoique
vous ayez l'intention bien déterminée de vous
descendre l’un l’autre, vous conservez toujours
de belles manières. Puis, vous allez dans votre
coin et vous ne vous occupez plus de rien. Ce
sont vos seconds qui se chargent d’observer si
celui à qui vous êtes opposé a des bandelettes
2. LE DÉBUT

DU MATCH 1

Au début du match, il ne faut pas s’amuser


à donner des coups que l’on croit décisifs.
Pendant la première minute au moins, souvent
davantage, il s’agit d’étudier le jeu de son
adversaire en ayant soin de dissimuler le plus
possible le sien. Par quelques feintes habiles,
vous vous rendrez compte de ce qu’il est sus
ceptible de faire en telle ou telle circonstance.
Vous verrez presque tout de suite par sa garde
quel est le point qu’il protège le plus, c’est-à-
dire celui qui est le plus sensible chez lui.
C’est ce point que vous aurez soin par la suite
de harceler et de prendre comme cible en fai
sant des feintes pour y parvenir. Regardez
bien votre adversaire en face, sans avoir l’air
d'observer telle ou telle place. Il faut que vous
endormiez sa confiance. Si vos yeux se fixent
sur l’endroit où vous allez le frapper, il s’en
apercevra bien vite et préparera ses esquives
avant que votre attaque soit partie.
Quant à votre garde, prêtez-y toute votre
attention. Que vos jambes ne soient pas trop
écartées, car cela vous enlève de l’équilibre,

* Voir fig. 26.


de la souplesse et de la facilité de déplace
ment. Reposez bien votre corps sur la jambe
gauche et conservez toute la mobilité pour
la jambe droite en ne l'utilisant que comme
point d’appui accessoire. Ne reposez même pas
le pied complètement à terre, le talon doit être
soulevé, car cette jambe ne doit vous servir
que pour donner plus de force à vos coups. En
effet, la force doit venir, quoique cela semble
bizarre, de la détente musculaire de la jambe
et de l’épaule. Les autres organes se contentent
de suivre le mouvement, l’effort étant suffisant
ainsi pour obtenir un bon résultat. Le poing
n’est que le viseur, sa seule fonction — et ce
n’est pas la moins délicate, — consiste à frap
per au bon endroit.
Vos bras doivent être destinés l’un à parer,
l’autre à rentrer. Un seul suffit pour empêcher
les attaques d’arriver et pour frapper aussi.
L'autre doit être tenu légèrement en arrière
du corps : les muscles sont tendus comme un
arc et lorsque vous vous en servez, ils se
détendent comme un ressort avec une force
inouïe et que vous ne vous soupçonnez même
pas.
Fig. 33-34-35-36. LA MÉTHODE

33. Le doublé de Lewis. 34. Attaque sur une rentrée.


Lewis part d'un direct à la figureet Ce coup ou plutôt cette suite de coups
double avec un cross à la mâchoire. demande une dextérité rare.
3. RENTRÉE

AU FLANC 1

Ce coup peut ainsi se définir : c’est une ren


trée de gauche au flanc après esquive d’un
droit la tête.
à
Mon adversaire cherchait à me frapper à la
tête, il m’avait porté un direct, coup puissant
et assez difficile à esquiver vu la rapidité avec
laquelle il est donné. Pour l’esquiver je me
suis contenté de faire un petit saut de côté,
ma tête s’est ainsi trouvée à l’abri et j’en ai
profité pour rentrer d’un direct au flanc, et avec
le droit je vais redoubler ma réponse. Vous
voyez que c’est simple comme tout et qu’en
somme il suffisait d’y penser pour mâter celui
qui voulait vous terrasser. Et en boxe, il en
est toujours ainsi, ce qui vous prouve que ce
n’est pas un sport si difficile qu’on se 1 ima
gine.
Si vous le voulez bien, nous allons reprendre
les phases diverses de ce coup : pourquoi ai-je
sauté pour éviter le direct ?
i° Parce que si je m’étais contenté de baisser
la tête, je n’aurais pas eu la libre disposition
de mes poings pour rentrer de façon efficace ;

1 Voir fig. 26.


Parce que j'avais une grande mobilité.

Vous voyez que dès la première description
de coup, je recours à cette mobilité que je pré
conisais tout à l’heure, et dans toutes les prises
de boxe, il en est de même. Cette faculté de
déplacement est l’âme même de tout combat,
sans elle on est perdu et on est dans l’impos -
sibilité de se défendre ;
3° Parce que je m’éloignais ainsi légèrement
de mon adversaire et je pouvais rentrer avec plus
d’aisance, ayant plus de champ devant moi;
4° Parce qu’enfin ce saut me permettait de
rentrer au flanc et que cette partie du corps
doit être choisie de préférence aux autres,
lorsque vous ne pouvez donner un coup décisif.
C’est par le flanc que bien souvent vous ame
nez votre adversaire à merci : chaque coup
au flanc supprime en effet une partie du souffle,
comme si l’on ouvrait le robinet d’un récipient.
Et, lorsque vous perdez le souffle, vos moyens
s’annihilent complètement.

4. — l’esquive
d’un direct 1

Pour esquiver un jab (direct raccourci), il


convient de s’effacer à droite, de rentrer à

1 Voir fig. 27.


l’estomac et d'essayer de frapper à la mâchoire.
Vous ne parez même pas, vous vous contentez
de vous rapprocher et de cette façon vous
annihilez l’effort du boxeur qui n’a plus la
place de porter ses attaques, alors que vous
qui êtes un peu sur le côté, vous avez toute
l’aisance nécessaire pour toucher.
Cette manière d’esquiver est excellente, car
elle consiste en réalité à ne pas esquiver du
tout. C’est une parade qui n’en est pas une.
Vous vous contentez d’anéantir l’attaque de
votre adversaire en vous rapprochant de lui.
N’ayant pas la place nécessaire pour mener
à bien sa tentative d’attaque, il ne persévère
pas. Par conséquent, vous y gagnez puisque
vous n’avez pas eu à fournir le moindre effort
pour empêcher le coup d’arriver jusqu’à vous
et que vous en profitez pour attaquer vous-
même. Vous avez pris l’utile précaution de
vous mettre légèrement de côté, suffisam
ment près pour annihiler les attaques de celui
qui vous est opposé et pour vous permettre
d’attaquer d’abord par un hook à l’estomac
ou au flanc, doublé par un cross à la mâ
choire.
Vous constatez encore une fois que c’est
votre assaillant qui pâtit de l’outrecuidance
qu’il a eue d’oser vous attaquer. Il reçoit le
juste châtiment que vous lui réserviez.
5. RENTRÉE

SUR UN DIRECT 1

Votre adversaire vous destine un direct du


gauche et vous rentrez par un direct à l’es
tomac.
Ce coup ne demande pas de longues expli
cations, un simple regard sur la photographie
vous en apprendra plus que toutes les déduc
tions que je pourrais en tirer. Cependant, je
m’en voudrais de ne pas insister sur sa simpli
cité presque enfantine.
La parade est d’une facilité qui désarme et
prouve une fois de plus qu’en boxe comme en
toutes choses, c’est ce qui vient dès l’abord à
l’esprit qui doit être exécuté.
Votre adversaire cherche à vous frapper à
la tête par un direct du gauche. Qu’allez-vous
essayer de faire pour esquiver? Faire un pas
de côté? Non. Abattre son bras avec votre
poing? Pas davantage. Quelle est la riposte la
plus simple? Cherchez-la, c’est celle qu’il faut
employer. Eh bien Contentez-vous de baisser
!

la tête. Vous voyez que comme pour l’œuf de


Christophe Colomb — l’homme qui a découvert
ma patrie — il suffisait d’y penser. En baissant

1 Voir fig. 28.


la tête, vous obtenez ce merveilleux résultat
que le bras du pugiliste passera, continuant son
effort, et ne rencontrera que le vide. Ce geste
malencontreux tout en le fatiguant contribuera
à le déséquilibrer et vous aurez ainsi tous les
atouts dans votre jeu pour rentrer. Votre droit
frappera au creux de l’estomac par un hook et
si votre coup atteint bien à l'extrémité du ster
num, le xiphoïde, votre homme sera knock-
out, sinon il sera bien touché. Si vous désirez
pousser l’amour de l’art plus loin, il vous sera
loisible de lui porter un uppercut sous le
menton en doublant soit avec le droit, soit
avec le gauche pour qu’il ne reste pas inoc
cupé.
Il est incontestable que les diverses phases
de cette esquive et de cette riposte vous don
neront beaucoup de chances de triompher si
vous les suivez exactement à la lettre et si
vous prenez soin de les exécuter avec le plus
de rapidité possible pour profiter du manque
d'équilibre de votre adversaire et pour l’em-
pècher de se remettre du coup qu'il a porté
dans le vide.
6. — LE SHIFT
PUNCH 1

Ce coup, plus connu sous le nom de solar


plexus, a été rendu célèbre par Robert Fitz-
simmons, le fameux champion de boxe amé
ricain. C’est en l’utilisant qu’il réussit à triom
pher de James J. Corbett au quatorzième
round en 1897, de Peter Maher, en un round,
en 1896, et de Tom Sharkey, en deux rounds,
le 24 août 1900 (je ne crois pas inutile de rap
peler que ce Tom Sharkey ne fut battu qu’aux
points parle champion du monde, James J. Jef-
fries, en vingt-cinq rounds en 1899). Aussi
bien, ceux qui en furent victimes, se l’appro
prièrent à leur tour, de même que la plupart
des princes du ring. Avec le shift punch,
James J. Corbett mit knok-out KidMacCoy au
cinquième round le 30 août 1900, à New-York,
avec le shift punch Jeffries s’est débarrassé de
la plupart de ses adversaires. Mais celui-ci
opérait d’une façon un peu différente de celle
de Robert Fitzsimmons : il frappait souvent à
l’estomac et jetait à terre à diverses reprises le
pugiliste qui lui était opposé, tandis que Fitz
simmons ne s’en servait qu’une fois, mais obte-

1 Voir fig. 29.


nait un résultat prodigieux. Il préférait ce coup
à tout autre « parce que, disait-il, la mâchoire
est trop dure et peut blesser la main, tandis
que le corps offre une surface molle ».
Voilà en quoi consiste exactement le shift
punch destiné à frapper le solar plexus. Car
c’est improprement qu'on donne ce dernier
nom au coup, le solar plexus étant seulement
l’endroit qui se trouve frappé.
Quand l’adversaire part du gauche à la tête,
vous esquivez comme si vous vouliez porter un
cross du droit au même endroit, vous déplacez
légèrement le corps sur la gauche et vous en
voyez un hook du gauche au creux de l'estomac.
N'insistez pas : s'il est bien appliqué, votre
homme est knock-out d’une façon nécessaire et
suffisante.
On ne peut s’imaginer la puissance et l'effi
cacité du shift punch : c'est ainsi que Jeffries
provoqua chez James Corbett une hémorragie
interne lors du combat qu’il lui livra le 14 août
1903 à San Francisco et où il le mit knock-out
au dixième round. Cela s'explique aisément :
le solar plexus est un endroit entouré de tis
sus nerveux que protègent par devant les os
de l’abdomen. Aussi, si vous touchez exacte
ment au creux de l’estomac, le choc même peu
puissant provoque chez votre adversaire une
anesthésie subite, suffisante pour vous assurer
la victoire au delà même de vos espérances.
Essayez simplement de vous donner un petit
coup avec le poing sur le solar plexus et vous
vous rendrez compte, par la douleur forte,
mais rapidement passée, que je n'exagère nul
lement.
Sur la photographie qui illustre ce texte,
mon adversaire m'avait porté un coup du gauche
à la tête, je l’avais bloqué, c’est-à-dire arrêté,
avec la main droite et j’étais rentré du gauche
par un shift punch.

7. — LE CROSS
A LA MACHOIRE 1

la mâchoire est l'un des plus


Le cross à
beaux coups de la méthode américaine. Dans
les combats auxquels vous avez assisté, vous
avez pu constater que c’était lui qui semblait
préféré à tout autre par les boxeurs d’outre-
Il
Atlantique. est en effet tellement sûr, en ce
qui concerne les résultats, qu’il serait injuste et
maladroit de ne pas en faire le plus grand
usage. Il
n’a qu’un défaut : il est difficile à
porter. Il
faut beaucoup de vitesse et de sû
reté. La mâchoire est un organe qu’un boxeur
garantit plus aisément que d’autres, aussi faut-

1 Voir fig. 30.


il profiter d'un jour, dès qu'il se produit, ,pour
tâcher de l'appliquer selon les règles de l’art.
Point besoin d’y aller avec violence et bruta
lité. Fi ! contentez-vous de le porter gentiment,
du bout du poing, exactement au coin de la
mâchoire et vous pouvez retourner dans votre
coin pour retirer vos gants.
Le cliché représente mon adversaire me
portant une attaque du gauche à la tête. Il
aurait voulu me frapper à la carotide, j'ai pen
ché la tête légèrement, juste ce qu’il faut pour
laisser passer le coup sans être atteint par lui,
et tandis que je m’assurais de l'impuissance
du droit du pugiliste, je rentrais par un cross
à la mâchoire. Inutile de chercher à doubler...
le cross à la mâchoire se dispense de tout
commentaire.

8. — POUR ANNIHILER
UNE ATTAQUE 1

Dans la position que représente le cliché, je


puis dire que je suis revenu de loin. J'étais
assurément dans une mauvaise posture et je
ne m’en suis sorti que parce que j’ai eu quelque
présence d’esprit. Ceci dit pour vous prouver
que dans les situations les plus critiques, il ne

Voir fig. 31.


faut jamais perdre la tête et au contraire espé
rer toujours et rechercher la riposte utile, sinon
agréable... pour votre adversaire. C'est en se
croyant battus que bien des gens ont perdu des
matches qu'ils auraient dû gagner. En boxe
surtout, il faut croire aux bienheureux effets
de la Providence, et c’est pour attirer sa pro
tection sur moi qu'au début de chacun de mes
combats je fais toujours le signe de croix. Ce
sport est d’ailleurs, je crois, le seul où le plus
grand nombre de ceux qui le pratiquent sont
des esprits très religieux. Il est vrai que nous
pouvons tous remercier le ciel de nous avoir
sauvé bien souvent de situations assez em
brouillées et de nous avoir donné au moment
précis l'éclair de lumière qui nous a fait trou
ver la franche riposte qui annihilait, par knock-
out, — ce qui ne gâte rien, — les efforts de
l'homme qui semblait dominer facilement.
Pour en revenir à ce coup, voilà l’état où
j’étais avant ma riposte.
Acculé dans un coin du ring, d'où il ne vou
lait pas me laisser échapper, mon adversaire
m’avait atteint au flanc et dirigeait sur moi son
droit pour me frapper à la mâchoire. J’ai réussi
à me rapprocher de lui et à l’empêcher ainsi de
pouvoir me porter son attaque au visage. Il
s’est reculé instinctivement, a reporté son droit
en arrière dans l’esprit de réitérer son cross si
malencontreusement arrêté, mais de mon côté
je n'ai point perdu mon temps et, ayant le
champ d'action nécessaire, je lui porte un cross
terrible à la mâchoire. Ce qui prouve une fois
de plus que bien souvent en boxe se trouve pris
qui croyait prendre.

9. — POUR LA VICTOIRE
AUX POINTS 1

Tous les combats ne se terminent pas par


knock-out. Et c’est regrettable... pour le vain
queur, car cela lui éviterait bien des fatigues.
Mais on est souvent opposé à des hommes qui
se gardent à merveille et qui sont doués d'une
dose d’endurance telle qu’on ne sait comment
on pourrait en venir about. On s’imagine qu’un
marteau produit moins d’effet sur une enclume
que vos poings assénés sur leur corps. Dans
ce cas-là, il faut aller jusqu’au bout du nombre
de reprises fixé et faire attention à porter le plus
d’attaques possible pour obtenir à l'issue du
combat la décision de l’arbitre en votre faveur.
Pour y parvenir, il ne suffit point d'épousse
ter votre adversaire par des caresses bénignes,
il faut essayer, tout en lui portant des coups, de
tâcher de frapper aux endroits susceptibles de

* Voir fig. 32.


vous faire obtenir un résultat appréciable, soit
en l’abrutissant par des attaques brutales, soit
en le touchant de façon nette et précise sur
tout endroit du corps autorisé. C’est dans les
victoires aux points bien entendu qu'il s’élève
toujours des contestations, les partisans de l’un
des deux boxeurs prétendant sans cesse que
l’autre a attaqué moins souvent. Ou bien ils
conviendront que leur favori a reçu plus de
coups, mais ils ajouteront d'un air entendu :
« Il en a peut-être reçu davantage, mais
regardez comme son adversaire est marbré. Il a
moins encaissé, mais les attaques étaient beau
coup plus puissantes ».
Le referee lui-même se trompe parfois, aussi
faut-il frapper avec le plus de précision pos
sible pour que tout le monde puisse presque
compter les points départ et d’autre. Pour peu
qu'il y ait du cafouillage, le résultat pourra
être complètement faussé.
L'idéal dans ces cas-là serait de faire trem
per les gants des deux boxeurs dans des j>ots
de peinture avant chaque reprise et au repos
l’arbitre s’amuserait à compter les taches sur le
corps de chacun des deux antagonistes.
Dans la photographie, j ’ai montré une attaque
du gauche j ustement très utile, si elle n’est point
fatale, pour le compte des points lorsqu’il n’y a
pasdeknock-out. Le poing n’a pas frappé juste à
la pointe du menton, il a dévié légèrement ou
bien le pugiliste a, instinctivement, éloigné à
temps sa mâchoire. Le coup a porté surtout
sur le maxillaire, il est sans effet quant au
knock-out, excellent lorsqu’on donnera la dé
cision aux points.

IO. — LE DOUBLÉ
DE LEWIS 1

Ce n’est pas sans une certaine émotion que


je vais vous parler de ce coup qu’on a sur
nommé en Amérique : le doublé de Lewis.
Pour m’avoir vu l'employer dans quelques
matches, d’aimables sportsmen ont bien voulu
le faire passer à la postérité en le faisant
suivre de mon nom. Je m’en montre légitime
ment fier et je m’en sers aussi souvent que je
puis, d’abord pour qu'il reste fidèle à ma répu
tation, ensuite parce qu’il est d'un merveilleux
effet.
Chaque fois que j’ai pu l'utiliser, j’ai été
satisfait du résultat. Mon adversaire est resté
à terre plus que les dix secondes réglemen
taires. Je crois qu’il est impossible d’y résis
ter. Mais il demande une précision et une vi
tesse qu’on ne peut toujours déployer, il faut

Voir fig. 33.


que l’adversaire prenne une position absolu
ment favorable et que les deux coups tombent
d’une façon si subite que leur succession
semble simultanée. Vous me pardonnerez
cette expression qui sous son apparence d’illo
gisme incompréhensible rend parfaitement ma
pensée.
Je pars avec un direct à la figure et je suis
avec un cross à la mâchoire. Tel est ce fameux
doublé de Lewis. Je suis convaincu que vous
vous attendiez à lire quelque chose de plus
sensationnel. En effet, au premier abord, cela
n’a l’air de rien et semble même des plus faciles
à exécuter, mais, en toute sincérité, je vous
assure que pour bien placer ce doublé, il faut
d’abord que les circonstances s’y prêtent et
ensuite une expérience qui n’est acquise qu’au
bout de longues années de pratique.
Toutefois si vous voulez remédier au manque
d’habitude, vous pouvez vous exercer sur un
punching-ball, cela vous donnera de l'aisance,
de la souplesse et vous prouvera qu’il n’est pas
aussi commode que sa description semble le
faire croire.
Mais pour vous consoler et pour vous don
ner le courage de persévérer, laissez-moi vous
confier que, lorsque vous le placerez comme il
faut, vous serez sûr de voir votre adversaire
knock-out.
II. — ATTAQUE SUR
UNE RENTRÉE 1

Il arrive parfois dans un combat qu’on


regrette de n’avoir que deux mains à sa disposi
tion tant on a de gestes à faire en un strict mi
nimum de temps. On ne sait tout d’abord par
lequel commencer : ils ont tous une impor
tance telle qu’on donne à chacun la préférence
et qu’au dernier moment on constate que c’est
cet autre qui est encore préférable. Ce regret
que j’exprime prouve plus que tout, combien
est merveilleuse cette science de la boxe si fer
tile en coups divers qu’il en est parmi eux qu’on
n’emploiera qu’une fois au cours de sa carrière.
Comme exemple de coup où il faut se dépê
cher particulièrement et ne pas s’amuser à
regarder dans la salle si vous ne reconnaissez
pas la personne à qui vous avez donné des bil
lets de faveur, je vais vous citer le suivant :
i° Mon adversaire est rentré avec le gauche;
2° J’esquive avec la tête;
3° Je bloque son droit ;
4° Je rentre à la mâchoire avec le droit ;
5° Jedouble avec le gauche.
Et ces cinq mouvements se sont effectués
en l’espace d’une demi-seconde à peine. Je
m’explique un peu : le boxeur qui m’était
opposé a trouvé une bonne attaque. Il a voulu
me frapper à la mâchoire, mais j’ai penché lé
gèrement la tête, son bras est passé, le coup
ne m’a point atteint. Afin de l’empêcher de
m’attaquer avec son poing droit, purement et
simplement, je le bloque en mettant ma main
sur la sienne. Maintenant que je suis bien tran
quille à tous les points de vue, que je ne crains
plus ses attaques, c’est à moi déjouer un rôle
actif. Je commence à rentrer du droit par un
cross à la mâchoire et enfin, je lâche sa main
droite pour doubler mon cross avec le gauche.

12. — l’uppercut sur


UNE RENTRÉE 1

Je ne vous ai pas encore parlé, dans la des


cription des divers coups, de ce coup merveil
leux qu’est l’uppercut. Soyez tranquille, je ne
l’ai point oublié et je n’ai pas l’intention de le
passer sous silence, car à mon avis c’est l’un
des plus utiles et des plus efficaces que je con
naisse. Il n’a qu’un défaut, c’est d’être très
difficile à appliquer pour en obtenir tout le
résultat désiré.

1 Voir fig. 35.


AMÉRICAINE Fig. 37-38.
de

souffle

surmonter.

clinch.

le
coupe

le à
dans
il difficile

car

excellent,

flanc
handicap

au
est

Rentrée
adversaire,

flanc

au

40. coup

I
Le

con-

de
corps.
moins mutuels.

àà
frapper, coups
corps

les
ou
de permettant

clinch
droit

le
Le
a vention

3g. tenu

L’homme
Il est inutile d’aller à sa rencontre. Il vien
dra tout seul. Il est rare que dans un combat,
vous n’ayez, maintes et maintes fois, le moyen
de le placer. Saisissez alors l’occasion et profi-
tez-en, mais comme c’est un coup très difficile
à porter, ne perdez pas votre temps de façon
stérile en essayant d’en placer à tort et à tra
vers.
Sur cette photographie, par exemple, je ne
l’ai point recherché, c’est mon adversaire qui
s’est chargé de me donner l’occasion de le lui
placer. Il voulait m’atteindre, il a pris son élan,
j’ai bloqué son droit avec la main, je me suis
faufilé le long de son gauche de façon à n’en
rien avoir à craindre, je me suis avancé sur
lui et m'empresse de lui porter cet uppercut,
seul coup qu’à cette distance réduite je puisse
lui porter. Comme d’autre part, je suis très
près, je puis l’assurer à merveille et le porter
de toutes mes forces. Soyez convaincu que
devant ce coup, celui qui m’est opposé roulera
aussitôt sur le sol, car rien n’est plus doulou
reux et d’un effet plus puissant que l’uppercut
qui vous soulève de terre comme si vous
receviez un coup de marteau sous le menton
et vous donne l'impression que votre tête est
décollée du tronc.
5° LA MÉTHODE

13. — l’arrêt
d’un HOOK 1

L’uppercut sert dans des occasions multiples,


c’est pourquoi je vous répéterai encore ce que
je viens de vous dire : 11’allez pas à lui, c’est lui
qui s’empressera de venir à vous. Soyez toujours
prêt à le porter, car il demande à être donné
très vite. Les boxeurs s’en méfient toujours et
cherchent à le parer plus que tout autre, car
celui-là peut facilement vous casser des dents,
si vous avez la bouche ouverte, et même vous
couper la langue pour peu que vous ayez l’im
prudence de la laisser dépasser.
Dans cette photographie, j’ai supposé que
mon adversaire venait de tenter de me porter
un hook à la pointe du menton. Avec le bras
droit j’ai paré son attaque du gauche et sans
plus me soucier de son bras droit, je me suis
empressé de lui porter un uppercut bien appli
qué.
En réalité, l'uppercut s’emploie le plus sou
vent sur une parade. Ce n’est que rarement
qu’il est utilisé comme moyen d’attaque. Il faut
avoir affaire à un boxeur novice ou bien mala
droit pour porter un uppercut sans autre rai-

1 Voir fig. 36.


AMÉRICAINE

1 Voir fig. 37.


du gauche à la figure. Vous avez esquivé d’une
façon presque automatique : en faisant le mou
vement pour porter votre cross à la mâchoire,
votre épaule gauche s'est soulevée, la droite
s’est infléchie, le bras de votre adversaire n'a
donc fait que vous effleurer, et non content
d’avoir riposté à la mâchoire, vous doublez
avec le droit par un shift punch.
Un cross à la mâchoire et un shift punch!
Pour peu que l'un des deux atteigne son
but, je défie bien votre adversaire de se rele
ver. Il sera knock-out et vous aurez ainsi le
bénéfice d'une victoire acquise sur un coup
vraiment beau.

15. — ESQUIVE
SIMULTANÉE 1

Je vous ai déjà dit, et je le répète, que dans


un combat, il ne s’agissait pas de perdre de
temps, que tous les instants étaient comptés et
qu’une seconde inoccupée pouvait vous coûter
la victoire. Ce principe est d'une vérité telle
qu’il devrait être inscrit en lettres d'or dans
toutes les salles de boxe. Cependant, un remords
me prend et, pour confirmer la règle générale,
je vais vous citer une exception.

1 Voir fig. 38.


4i. Le loop the loop de Willie Lewis.
Ce coup à employer dans les clinches ou corps à corps, demande une
grande dextérité et il a contribué à faire la réputation de W. Lewis qui
en est l'inventeur.
Fig. 42. LA METHODE

42. Le corkscrew de Kid Mac Coy.


Le coup en tire-bouchon ou corkscrew consiste à tourner le poing de
façon à déchirer la peau quand le coup arrive sur l’adversaire.
L
Je ne voudrais pas que plus tard, vous fus
siez battu sous prétexte de ne pas perdre un
moment.
Vous seriez en droit de m’accuser de cette
défaite et vous n’auriez pas tort. C’est pour
quoi, avant d’aborder les clinchcs ou corps-à-
corps, je tiens à vous citer un cas où il est bon de
s’occuper uniquement d’esquiver sans essayer,
sur le moment même tout au moins, de rentrer.
Votre adversaire s’est enhardi et cherche à
vous placer deux coups simultanés, l’un avec
le gauche à la mâchoire, l’autre avec le droit
à l’estomac. Eh bien ! il ne s’agit pas d’essayer
de riposter. La situation est grave, il faut en
sortir avec honneur. Et vraiment ce ne sera
pas difficile, mais à la condition formelle que
vous ne vous occupiez que de parer.
En ce qui concerne le bras gauche, vous
parviendrez à l’éviter en le rejetant violem
ment avec votre bras droit. De ce côté vous
pouvez être tranquille et ne plus vous occuper
que du bras droit qui cherche à vous porter un
shift punch. Vous étiez bien visé : en même
temps par deux coups terribles dont l’un des
deux seul suffisait pour vous mettre knock-out.
Heureusement pour vous, vous avez une bonne
vue, la notion des distances et du sang-froid.
Maintenant que vous êtes débarrassé du coup
qui était destiné à votre mâchoire, il vous sera
facile d’esquiver le shift punch en prenant la
main droite de votre adversaire et en l’em
pêchant d’avancer d’un centimètre.
C’est alors, alors seulement, qu’après avoir
annihilé cette double attaque, vous pouvez
riposter et reprendre le dessus en infligeant
une sévère correction à celui qui vous voulait
autant de mal.

16. — LE CLINCH
OU CORPS-A-CORPS 1

Le public ne sait pas toujours bien discer


ner le légal du prohibé dans le clinch ou corps-
à-corps. Lorsque les deux adversaires se tien
nent, suivant ses préférences, il acclame ou
conspue celui qui frappe. Il faudrait pourtant
bien qu’il se mette dans l’idée qu’il est possible
de porter des attaques dans le corps-à-corps
jusqu’au moment où le commandement :
« Break away ! » intervient.
Mais quel est celui qui a le droit de frapper?
L’un des deux, ou tous les deux ? L’un des deux
seulement, à moins qu’une clause spéciale
entre les belligérants ait spécifié que l’un et
l’autre pouvaient taper au cours des clinches.
En règle générale, un seul homme peut
attaquer pendant le corps-à-corps, celui qui
est tenu. Le boxeur qui tient ne doit pas frapper,
sans quoi il serait trop agréable de multiplier
les clinches, de prendre une bonne position,
de tenir son adversaire et de rentrer. C’est
pourquoi seul celui qui n’a pas provoqué le
corps-à-corps, c’est-à-dire celui qui est tenu, a
le droit de se défendre en ripostant.
Que le public réfléchisse longuement à ces
quelques lignes, il ne protestera plus dans les
combats de boxe ou tout au moins, s'il le fait,
ce sera peut-être avec raison.

17. — RENTRÉE AU FLANC


DANS LE CLINCH 1

Le coup le plus usité dans le corps-à-corps


est le coup au flanc. Il est assez difficile,
lorsque les hommes sont enchevêtrés de se
taper autre part. Évidemment, le knock-out
ne s’en suit pas, mais rien n'est plus mauvais
pour le boxeur qui reçoit ces coups. Bien
assénés ils vous coupent la respiration d’une
façon extraordinaire et vous handicapent forte
ment pour la suite du combat.
C’est par le souffle surtout que vous tenez
dans un combat. Vous n’en avez jamais trop,

1 Voir fig. 40.


au contraire. Aussi faut-il éviter le plus pos
sible ces coups qui provoquent chez vous une
perte de forces considérable.
Dans le corps-à-corps, il est malaisé de frap
per autrement qu’au flanc, car on n’a pas l’es
pace nécessaire pour se remuer et pour assujettir
ses coups. Aussi bien, votre adversaire aurait
vite déjoué vos plans, et d’ailleurs le clinch
dure très peu de temps, l’arbitre devant le
faire cesser dès que les boxeurs ne se sé
parent pas d’eux-mêmes et continuent à se
frapper.

18. — LE LOOP
THE LOOP 1

Je terminerai ce précis de la méthode amé


ricaine qui, je l’espère, ne vous aura pas trop
ennuyé et qui vous donnera, j’en suis con
vaincu, de solides principes et conseils pour le
combat, par la description de deux coups dont
l’un m’est particulièrement cher, le loop the
loop. Quant à l’autre dû à Kid Mac Coy, c’est
le corkscrew, ou coup en tire-bouchon.
Le loop the loop est un coup de mon inven
tion. Je l’ai plusieurs fois employé à Paris et
les acclamations des spectateurs quand je m’en
AMÉRICAINE

* Voir fig. 43.


était tout simplement merveilleuse. Il était
long à se mettre en train, mais, dès qu'il était
en action, son jeu devenait déconcertant, ses
mouvements étaient réfléchis et curieux. Il
tenait ses deux bras avec les coudes en
dehors et les mains presque jointes, et dans
cette position il distribuait lentement, métho
diquement çà et là les coups les plus formi
dables comme s’il se contentait de balancer
ses bras. Puis il endormait la confiance de son
adversaire et, au moment où il s’y attendait le
moins, il se glissait et rentrait définitivement
jusqu’à ce que knock-out s’ensuive.
Son coup le plus fameux était le corÉscrew,
ou coup en tire-bouchon. Kid Mac Coy a les
bras reculés en arrière, l’un pare comme un
éclair l’attaque de l’adversaire, l’autre arrive
en tire-bouchon dans le corps, c’est-à-dire
qu’en arrivant en contact avec la chair, Kid
tourne le poing de façon à déchirer la peau
avec le cuir du gant et à augmenter dans de
fortes proportions la douleur de la victime.
Une fois porté au corps, Kid double son corks-
crew à la face, et de la main qui a paré, il
frappe également au corps et à la mâchoire,
donnant par conséquent quatre coups sur une
simple esquive. Il est impossible au spectateur
non averti de comprendre quoi que ce soit à
ce jeu foudroyant des deux bras travaillant
semble. L’adversaire ne comprend d’ailleurs
pasbeaucoupplus. Irrrité,et confus, il s’élance,
mais Kid est déjà loin. Il recommence. Mac
Coy est reparti, car il ne laisse rien au hasard,
partant de ce principe sur lequel je finirai ce
traité de boxe américaine :
« Faites toujours attention à votre adver
saire, même s’il vous est très inférieur, car on
peut fort bien se faire estropier par un mauvais
boxeur en colère. »
Willie Lewis.
LA GARDE ANGLAISE
LA GARDE AMÉRICAISE

44. La garde américaine.


Garde ouverte qui,se?nble un piège à coups et qui permet au boxeur qui
l'emploie de rentrer avec une grande aisance et une extrême rapidité.
LES METHODES
ANGLAISE ET AMÉRICAINE
Par Marc GAUCHER
Champion de France.

ORSQUE je vis le fameux champion califor-


L, nien Sam Mac Vea se mesurer contre
Craigg, je fus enthousiasmé par sa science et
par sa précision. Jamais je n’avais vu d'aussi
beau boxeur et pourtant je connaissais à peu
près tous les meilleurs pugilistes anglais. Mais
il faut bien convenir, hélas ! qu’entre les
champions américains et anglais, la différence
est à peu près semblable à celle qui nous sépare
des meilleurs anglais.
Après avoir assisté à cette rencontre où
Sam se joua de son adversaire, je tins absolu
ment à m'entraîner sous la direction de cet
athlète si complet. Et je crois n’avoir pas eu à
m’en repentir. C’est grâce à ses conseils et au
travail qu’il me fit exécuter que j’ai réussi
à vaincre l'Anglais Daily, à faire match nul,
après lui avoir ouvert le nez et mis la mâchoire
dans un piteux état, avec le champion Ecossais,
Frcd Drummond, qui pesait 14 livres de plus
que moi, enfin à triompher de Moreau, dans ce
match mémorable où la décision ne se tourna
contre moi qu’après vingt-quatre heures de
réflexions aussi injustes que tardives.
Évidemment, nous ne pouvons nous assimi
ler en un jour cette méthode complète et par
faite qu’est la méthode américaine. Mais nous
faisons des progrès en boxe, c’est indubitable.
Ce qui nous manque, à nous, Français, c’est
la vitesse et la précision. Et c’est ce que pos
sèdent au plus haut point les champions d’outre-
Atlantique.
On ne peut se faire une idée du travail que
fournit un homme comme Sam Mac Vea. Il ne
vit que pour la boxe, et du matin au soir s’en
traîne avec ardeur. Il est toujours en forme.
D’ailleurs, voilà l’un des points de supériorité
des boxeurs Américains sur les Européens :
ceux-là ne craignent pas le surentraînement,
ils sont toujours prêts à matcher et parfois
fournissent jusqu’à deux combats en un mois,
tandis que les Anglais n’en disputent pas plus
de quatre à cinq par an. Leur entraînement est
leur régime habituel et du i €r janvier au
31 décembre ils ne s’en écartent à aucun
moment.
Cette forme constante m’a d'ailleurs stupéfié
chez Sam Mac Vea. C’est un homme qui, quel
que soit le travail qu'il aura fourni précédem
ment, sera toujours prêt, à n’importe quel
moment, à faire plusieurs rounds sévèrement
menés.
Ce qui frappe dans la méthode américaine,
c'est ce jeu à la fois puissant et souple, si diffé
rent du jeu anglais. L'homme ne donne jamais
l'impression de fournir un effort. Son style
est aisé, rapide, décevant. Vous ne pouvez
vous imaginer quel sentiment d’anxiété vous
prend, lorsque vous êtes en présence d’un
homme qui adopte la garde américaine : il
faut se demander comment on va pouvoir ren
trer, comment on va esquiver les attaques
soudaines où vous êtes frappé par les deux
poings à la fois. Votre adversaire est dans un
coin du ring, devant vous, vous le croyez
acculé, vous vous préparez à le garder le plus
longtemps possible dans cette fâcheuse pos
ture, vous voulez l’attaquer, mais soudain, un
bond, et votre homme est à l’autre bout du
ring. Rien n’est plus dangereux que .cette
méthode, et je vous garantis qu'il faut être un
fameux boxeur pour résister victorieusement
à des athlètes aussi entraînés. Aussi bien, le
public a pu s’en rendre compte avec Walter
Stanton. Walter Stanton qui avait triomphé,
aisément en somme, des meilleurs anglais,
Peter Brown, Costello, Tiger Smith, n’était à
AMERICAINE Fig. 45-46

méthode les rapides.

sur

corpsreposecomplètement

la déplacements

dans

jambes

les
des

empêche

position

Le

anglaise.
et
La
jambes

46.

méthode aisance déplacements,

son
la
dans
toute

les
jambes
laisse permettre

corps
des

pour
position

Le

américaine.
jambes

La

43.
aux

1
47- Le swing dans la méthode anglaise.
Cette photographie posée par Marc Gaucher montre l'inconvénient du
swing, coup qui vient de loin et ne peut être facilement porté au bon
endroit. Les Américains préfèrent le cross.
ET AMÉRICAINE Fig. 48.

4
votre

de
inévitablement.

chute

jambe.

la
car

de jambe,

ensuivrait

passement

la
passer

s
adversaire

Le
de

5o. interdit

est

11

du

lardeur

exprès.

coude.

dans
font

le souvent
le
boxeurs

avec

arrive

Frapper

certains

coude

mais
49*
le
avec

combat,

Frapper
des vains efforts. Le swing est remplacé par
le cross. Le bras reste presque complètement
collé au corps, seul Tavant-bras bouge à pro
prement parler, et le coup acquiert beaucoup
plus de force, de rapidité et de précision. Le
grand reproche que Ton peut adresser au
swing, c’est qu’on le voit venir et, partant,
qu’on peut l’éviter, tandis que le cross, vous
l’avez déjà encaissé avant de l’avoir vu se
détacher. Le cross est court, net, précis. Quant
au swing, on dirait que le boxeur qui le porte
décroche son chapeau au porte-manteau, sui
vant l’expression plaisante de Lewis.
Aussi bien, la garde américaine est excel
lente pour l’homme qui désire donner des
crosses. Alors que, dans la méthode anglaise, la
garde est plutôt défensive, dans l’américaine
elle est tout à fait offensive. Les Anglais, bien
établis sur leurs jambes, semblent se protéger
davantage, mais ils n'ont pas d’aisance pour
rentrer. Ils sont assez bien à l’abri, mais leurs
attaques sont visibles avant qu'elles soient
esquissées, puis elles ont le grave défaut d’être
déplorablement lentes. Les Américains, eux,
semblent se garder à peine, mais quelle splen
dide puissance! Les deux bras sont semblables
à des ressorts tendus et prêts à partir avec
précision. On a l’impression qu'à s’en tenir
exclusivement à la garde, on pourrait apprécier
approximativement la force qui va être dépen
sée dans le coup.
Mais la différence la plus remarquable qui
sépare les deux méthodes réside dans le jeu
de jambes des Américains. On dit que seule la
boxe française réclame l'emploi des pieds. On
pourrait reprendre cette définition pour la
boxe américaine. Les jambes y sont plus que
les auxiliaires, elles sont les collaboratrices
des poings. Ce jeu, tout de mobilité, sautillant,
trépidant, exige une souplesse, une rapidité
dont on ne peut se faire une idée. Quant au
souffle que réclame pareille méthode ce
,
n’est qu’au prix du plus sévère et du plus long
entraînement qu’on parvient à l’acquérir.
On voit, en somme, par ces quelques obser
vations, que de grandes différences séparent
la boxe anglaise de la boxe américaine, diffé
rences qui prouvent surabondamment que
celle-ci est infiniment supérieure à celle-là.
Il sera peut-être difficile aux boxeurs anglais
de modifier leur manière, car ils possèdent
bien leur science et il leur est d’autant plus
malaisé de changer. Mais je crois que cette
invasion mi-anglaise, mi-américaine, sera
excellente pour nous, qui n’avons pas encore
une méthode bien définie, bien particulière et
qui sommes obligés d’emprunter à nos maîtres.
Nous parviendrons ainsi à créer une méthode
mixte où nous saurons faire un heureux mé
lange des préceptes américains et anglais que
nous nous assimilerons suivant notre tempé
rament.
Et alors sera arrivé le jour où nous pourrons
enfin rivaliser avec les champions du monde
entier. Les progrès effectués depuis quelques
années permettent d’entrevoir ce résultat dans
un avenir prochain, et le goût du public pour
la boxe y aidera dans une large mesure.

Marc Gaucher.
disqualification

l’emploie.

la
entraîner

qui

celui

doit
de

et immédiate

prohibé

est

coup

Ce

mâchoire,

arrière.

la
sous
en

pesée
ouverte,

violente

main

la une

coup,
opère

le
on
porte

et

On
en

attaqueadversaire.

une

l'épaule. son

arrête

de

visage

boxeur

avec

le
Frapper
l’épaule
qu'un

parfois
avec

54.
frappant

arrive

11

on

pouce,

gosier.

le cou.

le avec

le
sur
et, sur

gosier
pouce
violemment

le au

Appuyer attaque

appuie

une

53.
porte

On
LES COUPS INTERDITS

I L avisé,
est très difficile, même pour un arbitre
de reconnaître dans combat les
un
coups prohibés. Dans la vitesse de la lutte, il
arrive souvent que, consciemment parfois, in
consciemment la plupart du temps, les pugi
listes se portent des coups interdits. Le public
ne les voit même pas, et le juge n’arrête pas le
match lorsqu'il se rend compte de la bonne foi
des combattants. Mais, à côté de cela, les spec
tateurs, lorsqu’ils ne sont pas complètement au
courant des règles du ring, protestent là où il
n’y a aucune raison de le faire. C’est ainsi que,
dans le corps-à-corps ou clinch, lorsqu’un
homme frappe l’autre, les spectateurs croient
bon de huer le frappeur. Il faudrait pourtant,
une fois pour toutes, qu’il fût bien entendu que
le boxeur qui est tenu a parfaitement le droit
de taper, tandis que celui qui tient ne doit pas
le faire. Et c’est compréhensible, bien des gens
jugeraient excellent le procédé qui consisterait
à leur faire immobiliser d’un bras leur adver
saire, alors que de l’autre ils rentreraient de
bon cœur.
6. Le pouce sur le gosier ;
7. Frapper avec l’épaule ;
8. Tenir le bras de l’adversaire entre le coude
et le corps.
9. Frapper avec l’avant-bras;
10. Frapper l’adversaire à terre.

1
b Le coup de coude à la mâchoire peut être
involontaire. Il se produit parfois lorsque votre
adversaire esquive. Votre poing continue, il ne
frappe pas à l’endroit voulu. Entraîné par la
vitesse et le poids, votre bras passe et votre
coude choque la mâchoire du boxeur. Mais le
plus souvent, l’homme qui l’emploie le fait
sciemment : son poing semble dévier sur la caro
tide et il en profite pour frapper violemment
avec le coude.
Ce coup est terrible : il peut très fréquem
ment causer le knock-out. Vous rencontrez
neuf fois sur dix la pointe du menton, et comme
vous n’avez pas de gants au coude, que l’os
est très dur, la force de votre coup est fatale à
la victime.
2 2 Le passement de jambes demande une
.
certaine virtuosité de la part de l'homme qui
s’en sert pour descendre son adversaire. Vous
rentrez par un direct ou par un cross. Bien
1 Voir fig. 49.
* Voir fig. 50.
entendu, celui qui le reçoit est déséquilibré
légèrement et fait un mouvement de recul.
Sans en avoir l’air, délicatement, gentiment,
vous passez votre jambe derrière celle du
boxeur. Devant cet obstacle, il tombe et
pour peu que votre coup ait été violent, sa
tête frappe sur le sol la première, et vous
vous rendez facilement compte du résultat
que vous obtiendrez d’une façon sûre, sinon
légale.
3 b Un coup qui demande du doigté est celui
qui consiste à frapper le menton de son adver
saire avec la main ouverte. Vous étendez votre
main sur la face du pugiliste en appuyant avec
force les doigts sur son nez et ses yeux. Ce
n’est déjà pas mal, mais ce n’est pas tout. Vous
vous arc-boutez et vous opérez une violente
pesée en arrière. Et si l’homme ne s’imagine
pas aussitôt qu'il a la tête décollée du tronc,
c’est qu’il est complètement insensible ou qu’il
a déjà perdu la raison.
4 2 . Le coup de tête est assez fréquent et se
produit aussi de façon accidentelle, mais sur
tout entre boxeurs de peu de valeur. Us ne
calculent pas leurs coups, ne possèdent que
de vagues notions de la science d’esquive et
se cognent tête contre tête sans penser à mal.

1 Voir fig. 51.


* Voir fig. 52.
Tandis qu’il y a des pugilistes, j’en connais
que je préfère ne pas citer, qui sont merveil
leux dans ce genre de sport : ils frappent avec
le sommet de la tête, au beau milieu de la face
de leur adversaire. Ils ne ressentent pas la
moindre douleur, mais celui qui reçoit le coup
saigne abondamment.
5. Inutile de parler du coup qui consiste à
frapper plus bas que la ceinture. Cela peut
arriver lorsqu’on a affaire à un homme beau
coup plus grand que soi. Instinctivement, vous
avez une tendance à frapper à la même hauteur
que la vôtre, comme si vous étiez opposé à un
boxeur de votre taille. Aussi, lorsque vous
cherchez l’estomac, vous pouvez manquer votre
but-et employer ce coup prohibé, sans le faire
exprès.
6h Le pouce sur le gosier? C’est un coup
assez singulier qui demande une certaine dexté
rité. De la main entr’ouverte, vous rentrez sur
l’épaule de votre adversaire, puis vous en
profitez pour vous servir de votre pouce en
appuyant de toutes vos forces sur le gosier. La
douleur est atroce et susceptible d’annihiler
tous les moyens de celui qui la ressent.
7". Frapper avec l’épaule se fait le plus fré
quemment exprès. Vous faites semblant de
' Voir fig. 53.
4 Voir fig.
54.
porter une attaque, vous dessinez suffisamment
votre coup pour que votre adversaire cherche
aussitôt à l’esquiver en s’effaçant. Vous atta
quez, votre poing rencontre le vide bien en
tendu, mais avec votre épaule dont tous les
muscles sont tendus vous atteignez le pugiliste
et vous poussez très fort. Suivant l’endroit que
vous rencontrerez, la douleur sera plus ou moins
forte. Mais, de toutes façons, elle sera assez
sensible pour que vous puissiez profiter du
désarroi où vous aurez plongé le boxeur et pour
que vous puissiez rentrer ensuite d'une façon
légale : mieux vaut tard que jamais.
8. Votre adversaire vous porte une attaque,
soit à l’estomac, soit au flanc. Vous parez et
le bras qui attaque glisse sur votre corps. Vous
baissez votre bras, vous le ramenez contre votre
flanc et vous tenez ainsi comme dans un étau
le poing du boxeur, tandis que, de votre autre
bras, vous attaquez et vous portez vos coups.
L’inconvénient de ce stratagème est qu’il est
assez visible et que non seulement le referee,
mais le public, s’en rendent compte aisément.
Aussi ne l'emploie-t-on que rarement quoiqu’il
soit considéré comme très utile parles virtuoses
des coups prohibés.
9 1Frapper avec l’avant-bras arrive souvent
.

1 Voir fig. 56.


INTERDITS
le
et
non,

ou l’avant-bras.

volontairement

avec

frappe
glisse,

poingboxeur

le
Souvent

tient

le
lorsqu’on

adversaire

tête.

son
la
var

frapper

de

interdit

est

Il
AL 4 UR ICE C.1S T ERES

57. Garde à gauche ou garde normale.


Maurice Castérès, fils du distingué professeur, est âgé de quatorze
ans. Il fournit un remarquable exemple du précoce développement
physique que la boxe française donne aux jeunes gens. Il possède
déjà la vigueur et la science qui font les grands boxeurs.
LA BOXE FRANÇAISE
Par V. CASTÉRÈS

I L ne m’appartient pas d’ouvrir à cette place


une polémique pour tenter de démontrer
la supériorité de l’une des deux méthodes
bien distinctes, boxe française et boxe an
glaise. On pourra débattre éternellement cette
éternelle question sans jamais arriver à se
mettre complètement d’accord et sans pou
voir décider d’une façon définitive si par l’em
ploi combiné des pieds et des poings, un
boxeur peut avoir un réel avantage sur un
adversaire réduit au seul usage de ses poings.
Des combats sérieux mettant aux prises les
deux méthodes et disputés par des boxeurs
d’une valeur égale dans leur spécialité pour
raient seuls trancher le différend. Malheureu
sement nous ne possédons pas actuellement,
parmi ceux qui pratiquent la boxe française,
beaucoup d’athlètes susceptibles d’être opposés
aux champions professionnels anglais ou amé
ricains. Si nous avons en France d’excellents
professeurs, ce ne sont pas des combattants,
la pratique des leçons les habituant à frapper
doucement avec la main à moitié ouverte pour
ménager leurs élèves, et ceux-ci sont pour la
plupart des amateurs.
A mon avis, un boxeur anglais se trouve en
état d’infériorité vis-à-vis d’un boxeur fran
çais, s'il ne connaît à fond les parades et
les esquives de notre méthode. Toute la
question est là.
Sans qu’il lui soit nécessaire d’apprendre à
décocher un coup de pied, un boxeur anglais
peut très bien acquérir l'art d’éviter ceux de
son adversaire en méthode française; dans ces
conditions, il lui sera plus aisé de profiter
d’un moment où celui-ci se rapprochera pour
l’attaquer à son tour. Encore devra-t-il s’être
aussi exercé à une grande rapidité de déplace
ment et éviter la garde sur place dans laquelle
les jambes sont terriblement exposées.
A première vue, le boxeur employant la
méthode française paraît mieux armé que son
antagoniste, mais si celui-ci sait parer les
coups de pieds, l’équilibre se trouve à peu près
rétabli, car il ne faut pas oublier que la plupart
de ces coups de pied se donnent en plusieurs
temps et par conséquent un peu moins rapide
ment qu’un coup de poing.
Quoi qu’il en soit, la boxe française mérite
bien son nom, car c’est chez nous qu’elle a
pris naissance, au commencement du siècle
dernier, et s’est progressivement développée.
Sans ignorer d’une façon absolue l’usage
des poings, on ne connaissait guère autrefois
en France que la « savate », qui était, en
quelque sorte, l’escrime à coups de pied. On
la disait originaire de Caen ; Sabatier et Bap
tiste en furent les professeurs les plus réputés.
Le duc de Berry suivit même assidûment les
leçons de ce dernier.
La boxe française, telle qu’elle est prati
quée aujourd’hui, semble avoir été créée par
Charles Lecour qui, après avoir passé quelque
temps en Angleterre, en rapporta la science
de se servir des poings, à laquelle il ajouta
celle, déjà connue et qu’il perfectionna, de se
servir en même temps des pieds. Lord Sey
mour, Théophile Gautier, Alphonse Karr, le
duc de Mouchy, le prince de Beauveau, furent
parmi ses élèves, et la salle qu’il fonda existe
toujours.
Il ne me paraît pas utile de démontrer les
divers coups de poing usités en boxe française
car ce sont les mêmes que ceux employés en
méthode anglaise. Je me bornerai donc à
décrire la partie la plus caractéristique de
notre système d’attaque et de défense, c’est-à-
dire l’usage des pieds.

.

I. — LA GARDE 1

On peut se tenir indifféremment en garde à


gauche, ou en garde à droite. Cette dernière
est généralement appelée « fausse garde » et
n’est que la contre-partie exacte de la garde à
gauche. Dans celle-ci la position est plus
allongée que celle usitée dans la méthode an
glaise. La jambe gauche est portée un peu plus
en avant et légèrement fléchie, de telle sorte
que le poids du corps repose également sur les
deux jambes et qu'il soit possible de donner
des coups de pied avec l’une ou l’autre sans
déplacer le centre de gravité.
Le pied gauche doit avoir la pointe dirigée
en avant et le droit doit l’avoir légèrement
tournée en dehors, formant avec le premier
un angle d’environ quarante-cinq degrés.
Le bras droit doit être tenu en travers de la
poitrine un peu au-dessus de l’estomac ; le
gauche, presque tendu, doit être élevé de
telle sorte que la tête de l’adversaire appa
raisse juste au-dessus du poing.
Il est fort utile de changer de garde au cours
d’un assaut ; cela permet de reposer successi
vement chaque côté du corps et déroute consi-
dérablement l’adversaire. Les changements
peuvent se faire en avant ou en arrière.
Il faut se tenir à une distance convenable
de l’antagoniste afin de pouvoir développer
suffisamment les coups de pied ; cette distance
est bien plus grande que celle nécessaire en
boxe anglaise et par conséquent pour donner
un coup de poing on est généralement obligé
de se fendre.
Dans la fente, le poids du corps est porté
sur la jambe qui se trouve en avant ; il ne faut
pas l’exagérer pour ne pas s'exposer à une
rupture d’équilibre et ne pas avoir à fournir
un trop grand effort pour reprendre la position
normale.
Ces instructions ne peuvent être rigoureuses,
car la position de la garde et de la fente
dépendent de la taille et du poids du boxeur.
En général, celui-ci, quand il aura acquis
quelque pratique, adoptera une garde person
nelle, adaptée à sa conformation physique.
Pour faciliter la compréhension des princi
paux coups de pied, je les décrirai en suppo
sant le boxeur constamment en garde à gauche ;
il suffira au lecteur de savoir que le mouve
ment s’exécute d’une façon identique en fausse
garde, en employant bien entendu les membres
opposés.
Il y a deux sortes de coups de pied : ceux
qui se donnent avec la pointe du pied, tels
que :
Le
coup de pied bas,
Le
coup de pied de flanc ou de côté,
coup de pied à l’estomac,
Le
coup de pied de poitrine,
Le
Le
coup de pied de figure,
Le
coup de pied de pointe,
et ceux qui se donnent avec le talon, comme :

Les chassés,
Les chassés-croisés,
Les coups d’arrêt.

2. — LE COUP DE PIED
BAS 1

Le coup de pied bas est un des plus faciles,


car il s’exécute en un seul temps, peut se
porter très rapidement et même de près. En
garde normale à gauche ou en se fendant, il
consiste à frapper du pied droit sur le tibia
de l’adversaire, en fléchissant légèrement la
jambe gauche et en laissant les deux bras
retomber naturellement en arrière. Il faut
bomber la poitrine et creuser les reins le plus
possible en frappant afin de donner plus de
force au coup. Il faut frapper avec le côté inté-

1 Voir fig. 6o et 6i.


rieur du pied un peu au-dessous de la nais
sance de l’orteil. La jambe qui frappe doit
être tendue au moment où elle touche. Sitôt
le coup porté, ramener la jambe droite en
arrière et retomber naturellement en garde.
Parades. — Le coup de pied bas peut être
esquivé en levant à temps la jambe menacée
et en la repliant suffisamment, mais il faut
prendre garde au doublé sur l’autre. Le mieux
est de porter la jambe en avant et de côté ; de
la sorte le coup passe et l’adversaire s’étant
rapproché expose sa poitrine et sa figure.
Le coup d’arrêt expliqué dans les pages sui
vantes est aussi des plus efficaces.

3. — LE COUP DE PIED
DE FLANC 1

Le coup de pied de flanc ou de côté se


décompose en trois temps :
i° Etant en garde à gauche, pivoter d’un
quart de tour de droite à gauche, sur le talon
gauche et sur la pointe du pied droit ; les bras
se placent naturellement, le gauche presque
tendu et levé en arrière, le droit en travers
de la poitrine ; la tête toujours tournée pour
regarder l’adversaire en face.

1 Voir fig. 6a à 64.


2° En achevant le quart de tour, élever la
jambe droite en la repliant, la gauche restant
soigneusement tendue, de telle sorte que
l’entre-jambes forme un angle droit ; le genou
droit se trouve tourné vers l’adversaire et le
pied ramené en arrière, le talon contre la cuisse.
Creuser les reins.
3° Frapper au flanc gauche l'adversaire en
détendant la jambe droite qui, au moment où
le pied touche, doit se trouver tendue. Il faut
frapper avec la partie supérieure de la pointe
du pied. La jambe gauche reste toujours rigou
reusement tendue, les reins creusés, le bras
gauche suffisamment élevé en arrière pour
maintenir l’équilibre, le visage tourné vers
l’adversaire.
Décomposer le mouvement à rebours pour
retomber en garde.
Pour exécuter un coup de pied de flanc cor
rect, il faut se trouver à une certaine distance
de son antagoniste, de telle sorte qu’en le tou
chant, la jambe avec laquelle on frappe se
trouve complètement tendue. Si l’on se trouve
trop éloigné de son adversaire, on peut « gagner
la mesure » c'est-à-dire avancer d’un pas en
exécutant le premier temps.
Parades. — Le coup de pied de flanc peut
s’esquiver par une retraite en arrière si l’espace
le permet. La parade la plus simple consiste
l’adversaire.

de

celle

à
contraire

garde

une
poitrine.

dans

trouvant

de

pied

se

de qu'en

Coup
s’exécuter

66.

peut

ne

efficace,

fort

souvent

coup,

Ce
à protéger le flanc menacé en arrêtant le pied
du frappeur avec la main correspondante, la
paume tournée en dehors ; de la sorte, on peut
lui rejeter la jambe violemment en arrière.
On peut aussi opérer une traction sur la jambe
au moment où elle va frapper et, en faisant
ainsi perdre l’équilibre en avant à l’adversaire,
rentrer de l’autre côté en se fendant.
Le coup de pied de flanc a la 'réputation de
se parer aisément et de n’être guère redou
table. Ce n’est pas tout à fait exact. Ainsi, il
y a quelques années, un de nos meilleurs
champions amateurs tirant contre un moniteur
de l’Ecole de Joinville lui décocha un coup de
pied de flanc avec une telle force qu’il lui
enleva un morceau de chair du côté. Il lui
découpa littéralement une entrecôte !

4. — LE COUP DE PIED
A L’ESTOMAC 1

Le coup de pied à l’estomac s'exécute de la


même manière que le coup de pied de flanc.
On frappe à l’estomac avec la pointe du pied.
Les parades sont les mêmes, mais on peut
encore au moment où on va être frappé, pous
ser avec la main gauche le pied de l’adver-

* Voir fig. 65.


saire vers la droite et rentrer du droit à son
flanc droit qui se trouve découvert.

5. — LE COUP DE PIED
DE POITRINE 1

Le coup de pied de poitrine est un peu plus


difficile car il faut viser assez haut, mais il ne
diffère en rien du coup de pied de flanc et du
coup de pied à l'estomac. On frappe avec la
pointe du pied au cœur ou entre les pectoraux.
Pour donner le coup de pied de poitrine, il
faut se trouver dans une garde contraire à
celle de l'adversaire. Plus on frappe haut, plus
il faut élever le bras (gauche) en arrière, car
il fait contre-poids et empêche une rupture
d’équilibre.

6. — LE COUP DE PIED
DE FIGURE 2

Le coup de pied de figure s’éxécute encore


comme les précédents, mais il exige une grande
souplesse et une possession parfaite de son
équilibre. Il peut être dangereux de l’employer
au cours d’un combat, car il déplace exagéré
ment le centre de stabilité.
1 Voir fig. 66.
7. — LE COUP DE PIED
DE POINTE 1

Le coup de pied de pointe s’emploie surtout


comme coup d’arrêt, de préférence à un
moment où l’adversaire se baisse soit pour
esquiver un coup de poing, soit pour vous
saisir une jambe. En garde à gauche, on frappe
avec la pointe du pied droit, généralement à
l’estomac ou à la figure si l’adversaire s’est
baissé il faut maintenir la jambe droite ten
:

due, les bras tombant en arrière, les reins creu


sés, comme dans le coup de pied bas.
Parades. — On emploie assez rarement le
coup de pied de pointe comme coup d’attaque.
Dans le cas où l’adversaire s’en servirait
néanmoins dans ce but, les esquives sont les
mêmes que pour le coup de pied bas. On peut
aussi empoigner la jambe de l’adversaire et
en la levant en l’air le faire tomber à la ren
verse.
Le coup de pied de pointe est généralement
interdit dans les assauts et championnats.

Les coups qui se frappent avec la pointe du


pied se bornent aux six mentionnés ci-dessus.

1 Voir fig. 68.


Ilnous reste à décrire ceux qui se frappent
avec le talon.

8. — LE CHASSÉ 1

Le chassé peut sefrapper aux jambes, chassé-


bas, au flanc ou à l’estomac, chassé au corps.
Ces deux chassés ne diffèrent que par la hau
teur du coup et par le troisième temps.
Le chassé se décompose en trois temps :
i° Etant en garde à gauche, pivoter d'un
quart de tour de droite à gauche, sur le talon
gauche et sur la pointe du pied droit ; les bras
se placent naturellement, le gauche presque
tendu et levé en arrière, le droit en travers de la
poitrine ; regarder toujours l’adversaire en face.
2° En achevant le quart de tour, élever la
jambe droite en la repliant, le genou contre
l’estomac, le pied ramené contre la cuisse (dans
le chassé-amcorps, l’entre-jambes doit former
un angle droit).
3° Détendre la jambe droite :
Fléchir la gauche en même temps dans
le chassé-bas 2 ;
Maintenir la gauche tendue dans le chassé
au corps 3 ;

1 Voir fig. 69.


2 Voir fig. 70.
3 Voir fig. 71.
et frapper avec le talon le pied contracté en
dedans.
Décomposer le mouvement à rebours pour
r.etomber en garde.
Parades. — Le chassé-bas peut être arrêté
par le coup de pied d’arrêt décrit plus loin
et s’esquive aussi comme le coup de pied
bas.
Le chassé au corps se pare par une prise en
croisant les deux mains, paumes en dehors
devant la partie menacée. On peut aussi cher
cher à écarter d’une main la jambe de l’anta
goniste et rentrer de l’autre.

9. — LE CHASSÉ-CROISÉ 1

Le chassé-croisé se porte avec le talon après


un saut et chassé de jambe dont le départ peut
avoir lieu de loin.
Il se décompose en quatre temps :
i° Etant en garde à gauche, pivoter d'un
quart de tour de gauche à droite, sur les deux
talons, en portant le bras droit tendu et levé
en arrière et le gauche en travers de la poi
trine.
2 0 Faire passer la jambe droite derrière la
gauche en exécutant un léger sursaut.

1 Voir fig. 73 à 76.


FRANÇAISE 91

IO. — COUP d’arrêt 1

Comme les chassés, le coup de pied d’arrêt


peut être frappé aux jambes ou au corps.
Il se décompose en trois temps :
i° Etant en garde à gauche, pivoter sur les
deux talons d’un quart de tour de gauche à
droite. Le bras droit en arrière à demi tendu
faisant contre-poids ; les reins creusés ; le
visage toujours tourné vers l’adversaire.
2° Tenir la jambe droite tendue, élever la
gauche en la repliant et en amenant le genou
contre l’estomac et le pied contre la cuisse
(dans le coup d’arrêt au corps, l’entre-jambes
doit former un angle droit).
3° Détendre la jambe gauche et frapper avec
le talon, le pied contracté en dedans. La jambe
droite reste tendue.
Retomber en garde en pivotant sur le pied
droit.
Ce coup s’emploie utilement pour arrêter
tous les coups de pied qui menacent les
jambes, et aussi pour briser l'élan de l’adver
saire.

' Voir fig. 77 et 78.


Répétons encore une fois que tous ces coups
s’exécutent d’une façon identique en garde à
droite et que dans les indications concernant
les positions il n’y a qu’à agir avec la droite
comme avec la gauche pour obtenir la décom
position exacte du mouvement à effectuer.
Il est important de connaître les endroits où
il faut placer ses coups de pied. Il faut savoir
diriger ses attaques, viser soigneusement et
éviter de frapper au hasard « dans le tas ».
Les coups de pied bas doivent être portés
sur les tibias aux endroits les plus sensibles,
c’est-à-dire au-dessus du coup de pied et sous
la rotule. Le coup de pied bas est particulière
ment terrible quand on se trouve dans une
garde contraire à celle de son adversaire, car
on peut ainsi frapper de côté le tibia de la
jambe portée en avant.
Les divers chassés-bas doivent être frappés
sur les tibias comme dans les coups de pieds
bas, sur la rotule et au-dessus; ce dernier
endroit est excessivement sensible. De même
pour les coups d’arrêt bas.
Le coup de pied de côté doit viser le flanc,
un peu au-dessous de la première côte.
Le coup à l’estomac se place un peu au-des-
ramener
temps,

poitrine.

e
2
droite,

la
chassé-au-corps,

contre

jambe

genou

la
et détendre
le
Chassé-bas,

possible

de
plus
Avant

70.

le

temps, peut

flanc,
mesure.

;
er

chassé-au-corps
de
pied
la
gagnant

de

coup

et du en

Chassé-bas,
celui
aussi

à s'exécuter

analogue

69.
sous de l'intersection des vertèbres, à l’épi
gastre ou au sternum ; le coup de poitrine au
cœur ou entre les pectoraux ; le coup de figure
de préférence à la mâchoire.
Les chassés, chassés-croisés et coups d’arrêt
au corps sont particulièrement efficaces quand
le talon touche le creux de l’estomac ou de l’aine.
La plupart des coups de pied peuvent se
doubler aisément. Il peut être dangereux de
faire des feintes en restant sur un seul pied,
car on a à redouter que l’adversaire fasse une
fausse esquive et rentre violemment d'un solide
coup de poing.
Il ne faut pas croire que la boxe française
puisse s’apprendre aussi facilement que la boxe
anglaise. La principale difficulté à résoudre
est l’équilibre parfait qui ne s’acquiert qu’après
un sérieux travail préparatoire. Bien des débu
tants impatients de livrer assaut s’imaginent,
après quelques leçons, en savoir suffisamment
pour pouvoir se mesurer contre un adversaire
quelconque. Trop souvent ils apprennent à
leurs dépens qu’entre la théorie et la pratique
il y a un abîme qu’un consciencieux entraî
nement peut seul combler.
V. Castérès.
LE KNOCK-OUT

E knock-out est le coup décisif qui met fin


JL au combat avant que le nombre des repri
ses fixé soit atteint. L’homme qui en est victime
tombe telle une masse et reste à terre un cer
tain laps de temps. Pour que celui qui l’a porté
soit déclaré vainqueur, il faut que son adver
saire reste étendu au moins dix secondes. A
partir du moment où il s’est écroulé, le chro
nométreur et l’arbitre comptent jusqu’à dix.
Si le boxeur se relève avant le chiffre fatidique,
le combat reprend, sinon le match est ter
miné.
Bien des âmes sensibles se sont émues de
cette façon de terminer une rencontre. A voir
cette loque humaine joncher le sol, elles en
éprouvaient un doux frisson qui se traduisait
aussitôt — pure hypocrisie d'ailleurs ! — par
des récriminations contre la brutalité de ce
sport. Ce fait rappelle d'ailleurs la faveur dont
jouissaient les exercices sensationnels, looping
the loop, flèche humaine, écrasé vivant, moto
cyclette infernale, étoile filante. La foule qui
s'y pressait était déçue lorsqu’il n’y avait pas
d'accident et prétendait que rien n'était moins
dangereux, mais le jour où des acrobates étaient
victimes de leur témérité, ravie dans son for
intérieur, pour sauvegarder les apparences,
elle hurlait : « A l’assassin ! »
Lorsqu'on sait ce qu’est le knock-out, on
n'éprouve plus la moindre pitié pour celui qui
en est la victime, car il ne souffre pas.
Ce mot qui est intraduisible en français et
signifie littéralement « qui frappe dehors » a
obtenu droit de cité absolu dans notre langue.
Les adversaires de l'introduction des mots
étrangers dans notre vocabulaire ont bien été
forcés d’admettre cette expression qui n'a pas
d’équivalent en français. Aussi ne chercherons-
nous pas à trouver autre chose, il suffit de
dire que le mot « élimination » est celui qui
pourrait s’en rapprocher le plus, quoique ne
donnant pas à l’expression toute sa force et
toute sa vigueur.
Le knock-out n’a pas toujours existé. Les
championnats du monde de boxe remontent
à l’année 1719 et le knock-out a été inventé
par John L. Sullivan qui l’employa pour la
première fois en 1880 sur George Rooke, au
deuxième round, puis la même année, sur
J. Donaldson, au dixième.
John L. Sullivan, qui a maintenant cinquante
ans, fut l’un des héros les plus extraordinaires
des chassé-croisé

poses

aux

temps.
un

Contrairement

représentent

0
2
Chassé-croisé,

ci-dessus
corps.

au

photographies

74. et
bas

chassé-croisé

les

française,

le
pour

temps.

boxe
identiques

la
/
er

concernant

Chassé-croisé,

sont

temps

droite

précédentes

à
premiers

73. garde

illustrations

deux
en

exécuté

Ces
Fig. 77-78. LE KNOCK

78. Coup d'arrêt


au corps, exécuté en garde à droite sur te
départ d'un coup de poing horizontal de l’adversaire.
OU’i 97

du ring.Seul James Jeffries a atteint la même


célébrité. Le nom de ces deux hommes n’aura
pas une renommée éphémère, il marquera une
date dans l’histoire du sport. Ce Sullivan,
au moins, détenait le titre de champion du
monde et le défendait contre tous les venants.
Il ne se contentait pas de le posséder, de le
mettre au fond de sa malle, et de ne l’en sortir
que pour le mettre en compétition avec des
hommes inférieurs ou contre une bourse de
150.000 francs. On voit que les mœurs du ring
ont singulièrement changé.
John L. Sullivan, l’inventeur du knock-
out, a été champion du monde pour la pre
mière fois en 1882, en triomphant de Paddy
Ryan en 9 rounds à Mississipi City. A Chan
tilly, en France, il fit match nul avec C. Mit
chell, en 1888. Le combat dura 35 rounds et
ne s'arrêta qu’au bout de trois heures onze
minutes.
En 1889, à Richburg, le 8 juillet, il triomphe
de Jake Kilrain en 75 rounds. Enfin, il se vit
ravir son titre par James J. Corbett au vingt
et unième round à la Nouvelle-Orléans, le
7 septembre 1892.
Or, l’histoire, à moins que ce ne soit la lé
gende, veut que John L. Sullivan ait été l’in
venteur de ce coup décisif qui termine tout
combat critique des
7

V'fy fvV-y'
corps animé de soubresauts sinistres, vous
pourrez dire à vos voisins qu'ils n'ont pas
à se lamenter, car ce boxeur ne souffre pas,
il ne sent pas, il cesse d’exister pendant quel
ques instants.
Lorsqu'il revient à lui, il ne souffre pas da
vantage, il ne se souvient pas de ce qui lui est
arrivé et il continue durant quelques minutes
à avoir la tête complètement vide. Et je vous
garantis que le moindre coup de poing sur le
nez est plus désagréable que le knock-out le
plus brutal, si toutefois je puis employer côte
à côte ces deux expressions qui semblent con
tradictoires.
Evidemment on pourrait citer quelques
accidents mortels provoqués par le knock-
out. Mais il s’agit de coups au cœur portés
sur des hommes atteints d'une tare très
grave, par exemple une maladie cardiaque.
La boxe est-elle coupable ? Le malade n'a
qu’à rester chez soi et n'a nul besoin de venir
combattre.
Dans des courses d'automobiles, il est arrivé
parfois qu’un spectateur, atteint d'une maladie
de cœur, mourût d’émotion en voyant pas
ser les voitures en vitesse. Je citerai pour mé
moire la course Paris-Madrid et le dernier
Grand Prix de l'A. C. F. où une personne est
tombée, morte, à Londinières, en assistant au
passage de front, dans le virage, d’Erlé, de
Fournier et de Strang. En concluera-t-on que
l'automobile est meurtrière parce qu’elle a fait
passer de vie à trépas un malade qui se con
tentait de regarder ?
Il est curieux de constater que la boxe qui
peut être considérée comme le sport le plus
brutal est certainement le moins dangereux. Je
vous citerai un cas de knock-out assez curieux.
Il s’agit de celui qui mit fin à Détroit, au troi
sième round, au combat qui mettait aux prises
Ben O’Grady et Tommy Burns, en 1904. Celui-
ci porta un cross formidable à la mâchoire de
son adversaire. Ben O’Grady tomba comme
une masse et dut être emporté ainsi hors du
Il
ring, puis à l’hôpital. y resta près de vingt-
quatre heures en complet état d’insensibilité
sans que les docteurs pussent hasarder le
moindre diagnostic. Le lendemain du match
dans l’après-midi, O’Grady revint à lui et
une heure après il sortait de l’hôpital, frais
et dispos. Seulement il ne se rappelait
plus quoi que ce soit à partir du moment
où avait retenti le signal de la première
reprise.
Plusieurs endroits sensibles doivent être
recherchés pour le knock-out :
i° La mâchoire ;
2 0 La carotide ;
Le cœur ;

4° Le creux de l’estomac, sous le xiphoïde.
i° Le cross à la mâchoire est le coup em
1

ployé le plus souvent par les boxeurs améri


cains. C’est justement celui que découvrit
John L. Sullivan et c’esc grâce à lui que, du
rant près de trois ans, il demeura invincible
parce qu'il sut garder secret le terrible coup,
ajusté sur la pointe du menton et qui envoyait
l'homme rouler sur le ring, inanimé, comme
mort, pour ne se relever qu'après l'expiration
des dix secondes réglementaires.
Ce coup est merveilleux d'efficacité. Même
asséné sans violence, du bout des gants, il suf
fit pour mettre votre adversaire knock-out.
2° Le coup à la carotide 2 est assez difficile à
placer parce que l’endroit sensible est quelque
peu protégé et il faut frapper avec une grande
précision pour obtenir le résultat désiré. Les
Anglais qui utilisent beaucoup le swing sem
blent avoir une préférence marquée pour la
recherche de la carotide, mais on les voit por
ter un nombre considérable de swings sans
obtenir le moindre résultat. Les Américains
aiment mieux la mâchoire. Le cross à la
pointe du menton est plus redoutable, car il
est difficile d’y échapper, tandis que dans le
1 Voir fig. 8o.
* Voir fig. 8i.
swingà la carotide, il entre une grande part de
chance et de hasard. Le moindre mouvement
de tête de votre adversaire suffit pour que votre
poing s’éloigne de la carotide et ne rencontre
que le maxillaire.
3° Le direct au cœur est le plus dangereux si
vous avez un adversaire affligé d’une affection
cardiaque. C’est pourquoi en Amérique, avant
les grands combats, on fait observer les anta
gonistes par des médecins. S’ils ont une mala
die de cœur, il leur est défendu de monter sur
le ring.
Le direct au cœur était le coup fameux de
Kid Lavigne qui l’employait avec une belle
aisance. Il ne devient funeste même sur un
malade que s’il est porté avec violence et sur
tout s’il est doublé. Jeffries causa ainsi la mort
d’un Italien en doublant un direct au cœur.
Celui-ci mourut un quart d’heure après être
sorti du ring et, lorsque les docteurs l'obser
vèrent, ils constatèrent que ce boxeur avait une
affection cardiaque aiguë.
4° Le hook à l’estomac est déjà décrit dans
1

,
cet ouvrage au cours de l’exposé de la mé
thode américaine de Willie Lewis. C’est le
shift punch ou solar plexus de Robert Fitz-
simmons. Il faut frapper exactement au creux

1 Voir fig. 8o.


de l’estomac. L’effet en est foudroyant. On
atteint un amas de tissus nerveux qui s’ap
pellent le solar plexus et qui se trouvent à
l'extrémité du sternum, à l’endroit appelé le
xiphoïde, os terminant son travail d’ossification
le dernier. Ce n’est que vers l’âge de vingt-
cinq ans qu’il cesse d’être une sorte de carti
lage pour devenir un os véritable.
L’ENTRAINEMENT

IL ne faut pas croire, comme on le prétend


couramment à Paris, que les Français qui
pratiquent la boxe manquent de valeur. Au con
traire, c’est un des sports où nous sommes le
plus en progrès ; nous possédons des hommes
de tout premier ordre, ayant du cœur, de
l’énergie, de la souplesse et auxquels il suffi
rait de peu d’efforts pour égaler les Anglais
en endurance aussi bien qu’en science. Ce « je
ne sais quoi » qui fait défaut à nos champions
leur viendrait rapidement s’ils prenaient la
peine de travailler davantage, d’une façon rai
sonnée, sans se surentraîner, et s’ils écoutaient
les conseils de boxeurs habitués à combattre.
Aussi nous ne devons pas nous désespérer de
voir nos représentants mal en point contre les
Anglais, partant contre les Américains. Nous
vous indiquons le moyen d’y remédier : un
entraînement mûrement réfléchi. Ne vous
imaginez pas qu'être champion est seulement
l'apanage de ceux qui boxent depuis leur plus
tendre enfance. Erreur! Pat O’Keeffe, par
exemple, va avoir vingt-cinq ans et il a pris sa
première leçon à 1 âge de dix-sept ans. Il y
avait par conséquent sept ans qu'il pratiquait
ce noble sport quand, grâce à son travail, il
parvint en 1907 à décrocher le titre de cham
pion d’Angleterre.
Il est donc bien établi que c’est grâce à l’en
traînement qu’il est possible de devenir et de
se maintenir bon boxeur. Mais en quoi con
siste cet entraînement? C’est ce que nous allons
essayer d’exposer d’une façon claire et précise,
en indiquant les procédés habituels des boxeurs
les plus fameux.
C’est une grave erreur de croire que le sys
tème d’entraînement doit être uniforme pour
tous les pugilistes. Chacun au contraire doit
avoir d’après son tempérament, sa constitution
physique, son poids, un régime particulier, et ce
régime varie encore suivant l’âge du boxeur, les
conditions climatériques au milieu desquelles
il se trouve placé, etc.
C’est donc à chacun de nos lecteurs soucieux
de s’entraîner sérieusement qu’il appartient de
juger ce qui lui conviendra le mieux, mais
dans les méthodes que nous indiquons il n’y a
guère à modifier, suivant les divers tempéra
ments, que la durée des différents exercices. En
général un boxeur sec et nerveux aura besoin
de moins d’entraînement qu’un autre, gras et
lymphatique ; le premier devra craindre da-
108 L’EN TRA INEMEN 7

de rester au grand air le plus possible, en pre


nant garde aux refroidissements, de pratiquer
quelques exercices physiques, d’éviter soigneu
sement toute fatigue, de ne faire d'excès
d'aucune sorte et de se coucher très tôt.
Il est important de se lever de bonne heure
le matin. Si on reste au lit plus longtemps
qu’il ne faut pour se reposer, on est engourdi
et on passe une partie de la journée àr se dé
faire de cet engourdissement. D’autre part, le
sommeil de la matinée n’est pas aussi répara
teur que celui de la nuit. L’aurore est propice
aux exercices en plein air, non au repos des
paresseux.
Il faut pratiquer la marche au pas accéléré
et augmenter progressivement l’allure jusqu’à
faire les cent derniers mètres le plus vite pos
sible. Il est nécessaire de se couvrir de vête
ments épais pour provoquer la transpiration et
éviter d’engraisser.
L'alimentation doit être surveillée de près,
tout en restant assez copieuse.
Il ne faut pas abuser de la viande parce
qu elle rend l’estomac fiévreux. On peut ar
roser ses repas de vin de Bourgogne mais
s’abstenir de liqueurs. Le tabac doit être abso
lument prohibé. Si vous fumez et si vous buvez
de l'alcool, vous serez incapable d’arriver
à un résultat sérieux.
L’ENTRA INEMENT Fig. 82-83.
Fig. 84. L’ENTRA INEM EST

84. Willie Lewis se fait masser.


Le massage est indispensable pour remettre le boxeur de ses efforts.
On ne se fait jamais trop masser.
L'ENTRAINEMENT
La gymnastique suédoise est excellente pour
les muscles, car elle permet de les allonger ;
il ne faut pas oublier en effet que le boxeur doit
avoir les muscles développés en longueur et
qu’il lui est nuisible de les avoir gros et ronds.
Un muscle rond se fatigue vite et s’ankylose
tandis qu’un muscle long est beaucoup plus
souple.
Ce fut pendant longtemps une erreur de bien
des novices de s’imaginer qu’un pugiliste
devait avoir de gros biceps et une poitrine
largement développée. Il n’en est rien et nous
garantissons que les hommes taillés sur ce
modèle sont très inférieurs et plus aptes à la
lutte romaine qu’à la boxe de combat.
Le travail des haltères rend de grands ser
vices à condition qu’ils soient d’un poids très
réduit, de 2 ou 3 livres au maximum. Il faut
exercer les muscles en souplesse et en résis
tance, sans leur demander d'efforts violents et
en évitant de les fatiguer. Les lutteurs et les
faiseurs de poids qui abandonnent leur spécia
lité pour la boxe sont très longs à réagir et à
acquérir cette souplesse et cette agilité qui
font les grands combattants.
Le maniement des massues est des plus
recommandables pour développer correcte
ment les muscles du dos et des épaules, aux
quels il donne une force considérable dans le
frappé. Les massues doivent être choisies
d'un poids de 6 livres environ et être suffisam
ment allongées.
L'instrument d’entraînement le plus caracté
ristique de la boxe est le ballon, appelé en
anglais punching-ball et aussipunching-bag.
Il en existe de divers modèles. Celui des pro
fessionnels se compose d'une vessie en forme
de poire, recouverte d’une enveloppe de cuir
très dur, d’environ 72 centimètres de.tour à la
partie la plus renflée. Par son extrémité la
plus rétrécie, ce ballon est accroché au moyen
d'une corde longue de 15 centimètres, au
centre inférieur d'une plate-forme de bois qui
est fixée au mur, parallèlement au plancher et
à une hauteur suffisante pour permettre la
libre évolution du boxeur au-dessous. Le centre
du ballon doit se trouver exactement au niveau
de ses yeux. La vessie doit être gonflée à bloc.
Frappé convenablement, le ballon rebondit en
tous sens contre la plate-forme et par ses
diverses positions permet de placer la plupart
des coups utilisés en boxe anglaise.
Le débutant devra d’abord s’exercer aux
directs et devra se placer vis-à-vis du ballon à
peu près dans la position qu'il prendrait contre
un adversaire réel, le pied gauche à 25 centi
mètres environ en avant du pied droit. Les
jarrets doivent être tendus et la pointe des
L'ENTRA INEM EN 1

pieds régulièrement tournée en dehors. Le


corps doit garder une aisance parfaite, les
épaules légèrement rejetées en arrière. La
main droite se tiendra en travers de la poitrine,
mais sera légèrement avancée. En même temps
la gauche sera étendue à peu près de niveau
avec le coude et l’épaule, la hanche correspon
dante légèrement en avant. Il ne faut se tenir
ni trop près ni trop loin du ballon, mais à une
distance telle qu’il soit aisé de le frapper dans
toutes ses positions. Commencez les exercices
par des directs en vous fendant et sitôt le coup
frappé avec un des poings, reprenez la posi MMhHMHI

tion première pour recommencer avec l’autre.


Le principal défaut des commençants est de
frapper le ballon d’une façon incorrecte, trop
haut ou trop bas. Il faut viser exactement
au-dessus du centre et frapper bien d’a
plomb.
Les crosses et les hooks se donnent d’un peu
plus près mais sensiblement dans la même
position.
Un des meilleurs mouvements est celui
appelé tattoo, qui s’exécute d’assez près, les
deux pieds à peu près sur la même ligne, et
qui consiste en un roulement très rapide des
poings. On peut le faire en avant ou en
arrière.
Le punching-ball est très appréciable parce
L ’EN TR A INEMEN T Fig. 85-86.

g-
t/J S,
a*?
88. Un autre exercice de gymnastique suédoise.
Tout boxeur doit accomplir quotidiennement plusieurs exercices de
gymnastique suédoise pour conserver aux muscles toute leur élasticité.
L’ENTRAINEMENT “3
qu'il habitueà une grande rapidité de mouve
ments, enseigne à acquérir du coup d’œil et
apprend à diriger les poings.
Les Américains ont l'habitude de s’entraîner
en frappant sur un sac rempli de sable. Assujetti
au plafond, ce sac est complètement mobile et
les oscillations de sa lourde masse permettent
aux deltoïdes et aux triceps de fournir des
efforts que ne leur demande pas le punching-
ball. Les mains aussi se durcissent utilement,
mais le réel avantage du sac de sable consiste
en ce qu’il oblige le boxeur à appuyer ses
coups.
Le saut à la corde donne aux jarrets une
grande souplesse et fait travailler énormément
les muscles des cuisses. Il faut sauter sur
place, le plus rapidement possible, une jambe
après l'autre, et non à pieds joints.
Il est indispensable aussi de faire tous les
jours un très court assaut, soit avec son entraî
neur, soit avec un autre boxeur.
Il ne faut pas négliger l'hydrothérapie et
le massage, qui ont une très grande impor
tance.
Évitez de sortir le soir, passez tranquille
ment la soirée en famille ou avec des amis et
couchez-vous de très bonne heure. Dormez la
fenêtre ouverte quand la température le per
met.
par un sprint de 150 mètres. Tâchez de trouver
des côtes dans votre itinéraire car il est excel
lent pour le souffle de les monter et de les
descendre.
Pour que cette promenade ait un réel résultat,
il faut que vous soyez chaudement vêtu quelle
que soit la saison, et que vous ayez la figure
emmitouflée. Si vous avez le visage découvert,
l'air vif le rendra plus sensible et, dès que vous
boxerez, il se boursouflera. Au bout de quel
ques rounds, lorsque vous aurez encaissé un
certain nombre de coups, il sera tellement
gonflé que vos yeux ne pourront plus s’ouvrir,
envahis par la graisse des joues. Déplus lorsque
vous aurez la figure bien couverte, la marche
et la course vous feront transpirer, partant
maigrir, car il faut être maigre et avoir surtout
la figure maigre pour soutenir un combat. Il
est indispensable d’abandonner tout le poids
inutile qui gêne plus qu’il ne profite.
Il n'est pas mauvais aussi de descendre et
de monter des escaliers : cet exercice donne
du souffle et de l’agilité ; mais il est dangereux
de se fatiguer. On contracte très facilement
des entorses lorsque dans la suite on fait un
effort quelconque.
En rentrant de votre promenade matinale,
vous buvez une gorgée d’eau chaude mé
langée d’un peu de gin, pour vous réchauffer
L'ENTRAINEMENT
118 L’ENTRAINEMENT

on ne rencontre que le vide. Aussi bien il est


une façon bien simple de s'en rendre compte :
lorsque, dans l'obscurité, vous montez un
escalier et que vous croyez avoir à franchir
encore une marche alors que vous êtes arrivé
au palier, votre pied, qui a calculé son élan
pour s’élever de la hauteur d’une marche,
retombe lourdement et vous éprouvez une sen
sation fort désagréable. Il est facile d’en
induire l’effort qu’il faut dépenser, lorsqu’il
s’agit d’une détente aussi puissante que celle
des muscles du boxeur qui frappe dans le vide,
doublant et redoublant ses attaques.
Comme vous prenez énormément d’exercice,
il faut manger très abondamment. Ce que vous
gagnerez en poids aux repas, vous le perdrez
ensuite par votre travail. Les menus doivent
se composer invariablement de bouillons, de
beefsteaks, de côtelettes, d’œufs frais, de
poulet, sans oublier les légumes verts et les
fruits à profusion. La farine d’avoine bien
cuite, le pain grillé sont excellents aussi.
Comme boisson, du vin de Bourgogne dont
vous pourrez augmenter la dose quand vous
serez arrivé au poids que vous désirez. Je
répète encore l’interdiction absolue de l’u
sage des liqueurs et du tabac.
Entre les repas, il est préjudiciable de boire
des boissons quelconques. Seul le thé peut
difficiles à cultiver. Il faut être sérieux, très
sérieux, ne jamais faire d'excès d’aucune sorte
et posséder une énergie à toute épreuve pour
ne point céder aux tentations et continuer à
s’entraîner envers et contre tout.

ENTRAINEMENT CHRONOMÉTRÉ
DE W1LLIE LEWIS
CONSEILS POUR LE COMBAT

'entrainement doit être complètement


arrêté l’avant-veille du match, mais il ne
faudra pas négliger les douches et le massage ;
les heures de repas et de sommeil ne devront
pas être modifiées. La veille, vous vous cou
cherez à la même heure que d'habitude en
vous efforçant de ne pas songer au combat
prochain. Le jour du match vous éviterez la
plus petite fatigue et la plus faible contrariété.
Vous mangerez très légèrement ; le dernier
repas avant le match doit être fait six heures
auparavant et à partir de ce moment vous ne
devrez plus prendre que du « beef-tea » dont
nous vous avons indiqué la préparation.
Quelques heures avant le « time », le rôle de
l’entraîneur cesse, c’est celui des seconds qui
commence et il est d’une importance capitale.
C’est une grossière erreur de croire que n'im
porte qui est apte à soigner un boxeur au cours
d’un combat ; c'est au contraire une besogne
des plus délicates qui ne doit être confiée qu’à
des hommes compétents en la matière. Les
meilleurs boxeurs et les meilleurs entraîneurs
sont souvent incapables de soigner un com
battant et de lui venir utilement en aide entre
les reprises. De véritables spécialistes sont
nécessaires et, répétons-le, de leurs soins
dépend parfois l’issue de la bataille. Il n’est
pas rare de voir un champion succomber devant
un homme de classe inférieure, mais mieux
soigné par des seconds intelligents.
Dans un combat sérieux, le nombre des
seconds doit être de trois, dont un seul, le plus
expérimenté, devra parler au boxeur entre
les reprises et lui donner des conseils. Rien ne
sera plus préjudicfable en effet que le bavar
dage incohérent et les conseils souvent opposés
de tous les soigneurs parlant à la fois. Le plus
capable des seconds sera donc chargé d'observer
attentivement l'adversaire de son client et de
juger ses points faibles. Il devra faire grande
attention aux coups irréguliers et ne pas per
mettre que son champion soit victime d’une
traîtrise ayant échappé à la vue de l’arbitre.
C’est lui encore qui aura le droit de jeter
l’éponge pour déclarer que le boxeur dont il a
la charge abandonne ie match, lorsqu'il le juge
par trop inférieur et incapable de continuer
sans danger. Ce « droit à l’éponge » doit être
établi avant le commencement du match. C’est
également le principal second qui surveille le
tirage au sort des gants et de la place.
Le second soigneur s’occupera de retirer la
chaise à la fin du repos et de la remettre pré
cipitamment dès que la fin de la reprise aura
été sonnée. Il devra aussi veiller à ce qu’aucun
menu déchet ou souillure ne soit laissé sur le
ring et devra attentivement surveiller le coin
adverse.
Quant au troisième aide, il ne devra jamais
monter sur le ring mais se tiendra au dehors
et aura l’administration et la vigilance des
divers accessoires et bouteilles, qui seront les
suivants :
1
petite éponge pour la langue;
2 serviettes (dites nids d’abeilles) ;

1
bouteille de beef-tea ;
1
bouteille d’alcool;
I bouteille d’eau.
II ne devra pas les perdre de vue un seul
instant, en songeant à l'intérêt que peuvent
avoir certaines personnes à glisser dans les
flacons quelque drogue nocive.
Sitôt que la fin de la reprise aura été sonnée,
deux des soigneurs s’empresseront de monter
sur le ring, l’un d’eux sera spécialement chargé
d’installer la chaise, et ils aideront leur homme
à s’asseoir. Leur premier soin sera de faci
liter sa respiration, en écartant la ceinture de
son caleçon, et pendant que l’un l’essuyera
soigneusement, de préférence avec une ser-
viette sèche, l’autre lui passera l’éponge humide
sur la langue et arrêtera avec une compresse
mouillée l’écoulement du sang, s’il a quelque
blessure au visage ou s'il saigne du nez. Dans les
derniers repos, on peut aussi faire une friction
d’alcool sur tout le corps et un léger massage.
Dès que l’un des seconds aura terminé ses
premiers soins, il s’occupera uniquement d’é
venter le combattant avec une serviette large
ment déployée, tandis que l’autre continue à
l’essuyer, à le masser ou à le frictionner tout
en lui donnant des conseils et en lui indiquant
les points faibles qu’il aura remarqués chez
l’adversaire.
Il est tout à fait nuisible de faire boire au
combattant de prétendus réconfortants à base
d’alcool ne produisant qu’une surexcitation
momentanée qui tombe bientôt pour faire
place à l’abattement. La seule boisson suscep
tible d’être absorbée entre les reprises est le
beef-tea, mais en très faible quantité et par
petites gorgées.
En cas de knock-out, éventer largement,
faciliter la respiration, projeter de l’eau froide
au visage, bassiner les tempes sont les moyens
qui réussissent généralement.
Tout en donnant leurs soins à l’homme dont
ils ont la charge, les seconds doivent faire la
plus grande attention à ne pas se placer
devant sa bouche et à laisser l'air circuler
librement autour de lui.
A l'appel du chronométreur : « Seconds
out ! » les soigneurs se retireront de l'autre
côté des cordes et au « time » aideront leur
homme à se relever en le soutenant sous les
bras. Ce dernier détail peut paraître excessif,
mais il est important d’épargner au boxeur le
plus léger eftort en dehors du combat et de lui
éviter le'moindre mouvement inutile.
Pendant les reprises, les soigneurs devront
observer le plus grand silence et ne devront
pas chercher à communiquer par signes avec
leur client, sous peine d’exposer ce dernier à
être disqualifié.
Les soins à donner après le combat, une fois
le boxeur bien essuyé, sont : la douche, le
massage et la friction complète à l’alcool. Si
c’est possible, un bain de vapeur lui fera le
plus grand bien et évitera que sa peau ne
bleuisse par la suite aux endroits où il a été
frappé.
Après avoir indiqué aux aides quels étaient
leurs devoirs et leurs obligations, il nous reste
à donner au boxeur lui-même quelques con
seils sur la ligne de conduite à tenir dans un
combat :
Quand vous boxez, boxez honnêtement, avec
loyauté, et frappez votre adversaire sans ani-
mosité, car n'oubliez pas que vous combattez
dans un but sportif, qu’un match de boxe n'est
pas un duel et que vous n’avez pas affaire à
un ennemi.
N’oubliez pas de serrer la main de votre
adversaire avant et après le combat et gardez-
vous de toute pensée de traîtrise à son égard.
Commencez d’abord par étudier son jeu et
rendez-vous compte de ses procédés avant de
vous employer complètement. Boxez avec
calme et réflexion, davantage avec votre cer
veau qu’avec vos poings; ne vous emballez
jamais et si vous avez momentanément le des
sous, si vous êtes frappé, ne vous découragez
pas et efforcez-vous de ne pas vous départir de
votre sang-froid. De même, si à un moment
vous dominez votre antagoniste, ne vous laissez
pas griser par la persuasion d'une victoire cer
taine et ne vous exposez pas inconsidérément.
Si vous avez réussi à mettre votre adver
saire knock-out, attendez courtoisement qu’il
se relève, s’il le peut avant les dix secondes,
en vous mettant à trois pas de distance.
Il existe différentes manières de gagner du
temps au cours d'un combat, et ce sont là de
minces avantages dont il faut savoir profiter
intelligemment : par exemple, quand l’arbitre
a donné le signal du combat, vous pouvez ne
pas vous lever le premier et attendre que votre
existé.

jamais

ait

qui

pugiliste

meilleur

le
comme

considéré

être

igo6.

peut

en
Jefïries

ring

du
Burns.

retiré

Tommy

s'est

Il
Fig. 90-01. CONSEILS POUR

90. James J. Corbett, ancien champion du monde (poids


lourds). Ses manières distinguées le firent surnommer
« gentleman Jim ».

91. John L. Sullivan, ancien champion du monde (poids


lourds). Il est considéré comme l'inventeur du knock-out.
GRANDS COMBATS ET GRANDS
COMBATTANTS

Français a compris un peu tardivement


E
l„ peut-être, mais enfin a compris la réelle
beauté qui se dégage du sport de la boxe.
Rien n’est, en effet, plus noble que d’assister à
cette dépense d’énergie, de sang-froid, d’adresse
et de puissance à laquelle se livrent les anta
gonistes.
Ce n’est guère que depuis deux ans que nous
avons commencé à prendre goût à ces exhi
bitions. Je dois d'ailleurs avouer que pendant
ce laps de temps relativement court, nous
avons accompli des pas de géants. Evidem
ment quelques combats avaient été organisés
en France, mais sans lendemain. Ce n’est
qu'en 1906, que nous avons appris à connaître
les meilleurs boxeurs et que des pugilistes
nationaux ont tourné professionnels. Avant
il n'y en avait pas, nous ne comptions que des
professeurs. Et la différence est énorme entre
eux ; le professeur ne peut être qu'un mauvais
combattant. En effet, à la leçon, il ne peut
porter ses coups à fond, sans quoi ses élèves
ne reviendraient pas ; de plus, il s’alourdit,
s’épaissit, tandis que le professionnel doit sui
vre sans cesse un entraînement sévère, et ses
assauts il les livre à des hommes qui se
relayent. Par conséquent, il n’est pas exagéré
de dire qu’il y a incompatibilité absolue entre
ces deux métiers.
En 1906, pour la première fois à Paris, fut
organisé un critérium de boxe professionnel
auquel ne prirent part d’ailleurs, à part Géo
Max, que des Anglais. Son succès fut énorme,
car les meilleurs spécialistes d’Outre-Manche
étaient engagés. C’est là que nous fîmes la
connaissance de Pat O’Keeffe, de Peter Brown,
d’Arthur Warner, de Géo West, de Johnny
Hughes, etc. Devant ce succès, de nombreuses
exhibitions furent données auxquelles le public
s’intéressa : les matches Pat O’KeefFe-Charlie
Allum, Sam Mac Vea-Franck Craigg, Andrew
Jephta-Dupont par exemple.
Pendant la saison 1907-1908, la boxe étant
absolument entrée dans nos mœurs, les meil
leurs athlètes du monde entier vinrent se faire
applaudir chez nous. Et il est curieux de
citer quelques noms lorsqu’on se rappelle
que deux ans auparavant, ce sport était consi
déré comme bestial et sanguinaire et que neuf
Français sur dix ignoraient totalement en quoi
il consistait. C’est au cours de cette année que
92. R.Fit^simmons, ancien champion du monde (poids
moyens et poids lourds), le seul homme qui ait réussi, étant
poids moyen, à devenir champion du monde poids lourds.
93. Tom Sharkey.
Tom Sharkey se rendit célèbre par le match qu'il perdit aux points
en 25 rounds contre Jeffries.
les Américains se déplacèrent : Frank Erne,
l'ancien champion du monde des poids légers
vint se fixer à Paris ; Willie Lewis, l’un des
favoris du championnat du monde des poids
moyens, rencontra Jeffries Thorne, Curly
Watson, Meekins et surtout Walter Stanton
avec lequel il fournit un combat inoubliable.
Le champion nègre de Californie, Sam Mac
Vea, vainquit successivement Jack Scales,
H. Shearing, Ben Taylor et Jewey Smith.
Peter Brown fut battu par Charley Knock.
Le Californien Walter Stanton, avant d’être
outrageusement défait par Willie Lewis, avait
mis knock-out Dick Bailey, Peter Brown,
Costello, Tiger Smith, Pat Daly, nous prou
vant ainsi combien la méthode américaine est
supérieure à la méthode anglaise, puisque lui,
bon boxeur de second ordre, réussissait à triom
pher des meilleurs Anglais. Tommy Burns
enfin, le Canadien français qui se pare du
titre de champion du monde, rencontra à Paris
le Sud-Africain Jewey Smith et l’Australien
Bill Squires. On conviendra aisément que pour
un début, la boxe n’eut pas à se plaindre. Et à
tous les combats organisés, quel que soit le
prix des places, quelle que soit l’étendue de
la salle, on refusait du monde la plupart du
temps. Des salles de spectacle s’étaient créées
où on ne donnait que de la boxe, tel le Won-
derland et tour à tour Y Auto et les Sports
organisaient de grands matchs.
Mais, me direz-vous, pendant que les Amé
ricains et les Anglais se rencontraient, que
faisaient les boxeurs français? Ils apprenaient,
ils étudiaient et, comme combat vraiment inté
ressant mettant deux des nôtres aux prises, il
n’y eut que le match Gaucher-Moreau qui
donna lieu à des incidents. Au onzième round,
Gaucher s’étant levé au signal, alors que
Marcel Moreau restait dans son coin, incapable
de reprendre la lutte, l’arbitre donna la vic
toire à Gaucher, comme c’était son devoir.
Mais, quelques instants après, des juges sup
pléants prétendirent qu'il fallait disqualifier
Gaucher pour avoir frappé après le time au
dixième round. Aucun des boxeurs, dans le
brouhaha, ne l’avait entendu, la victoire fut
retirée à Gaucher et attribuée à Moreau. Ce
qui n’empêchait pas les journaux de paraître le
lendemain avec ce titre : « La victoire de
Gaucher », alors que le surlendemain, ils
narraient ces manigances peu sérieuses. De
l’avis de tous les sportsmen sincères et loyaux,
c’est Gaucher qui est le vrai vainqueur de cette
lutte passionnante, et Moreau lui-même doit
en convenir.
Un autre combat splendide fut celui qui mit
aux prises Piet et Adolphe pendant 45 rounds
de 3 minutes au Bowling-Palace le 18 juillet
1908, à Paris. Ilse termina par un match nul.
C’était la première fois que des boxeurs fran
çais dépassaient 15 reprises.
Gaucher et Moreau, l’un comme poids lourd,
l’autre comme poids moyen, sont certainement
avec H. Piet, le petit poids léger, les meilleurs
professionnels que nous possédions. Ils ont
déjà triomphé de bons boxeurs d’outre-Manche.
Le travail et l’habitude les rendront égaux aux
meilleurs. Nous avons eu la main heureuse
avec notre première génération de boxeurs
chargés de nous représenter dans les compéti
tions internationales. Après eux, on peut citer
Desruelles, Marchand, Truffier, Adolphe qui
arriveront, à n’en point douter, à une belle
situation dans ce noble sport.
Jusqu’ici nous ne sommes pas encore parve
nus à la virtuosité des Américains, mais nos
progrès ont cependant stupéfié ces pugilistes
lorsque nous leur avons narré les débuts de la
boxe en France et que nous leur avons dit
depuis combien de temps nous possédions des
pratiquants de métier. Préparons-nous donc à
saluer d'ici peu une brillante pléiade de boxeurs
français, d’autant plus que les combats de
novices qui sont organisés maintenant un peu
partout y aideront puissamment.
De plus, nous avons, en France, des pro-
fesseurs de premier ordre et nous nous per
mettrons de rendre ici un hommage public
aux Julien Leclerc, Bayle, Chabrier, Mainguet,
Geo Max, Lerda, sans oublier les représentants
de la boxe française, les deux maîtres excel
lents, Castérès et Charlemont.

000

Si, dans notre pays, la boxe n’a suscité cet


engouement dont nous venons de parler que
depuis 1906 surtout, il faut avouer que nous
sommes bien en retard sur les Anglais et les
Américains. Je crois inutile de remonter à
Thésée, fils d’Egée, roi d’Athènes, qui, selon
les Américains, créa la boxe il y adeuxmilleans.
Le premier championnat du monde, disputé en
Angleterre, date de 1719 : il fut remporté par
Figg. Nous allons, si vous le voulez bien,
depuis cette époque descendre jusqu’à nos
jours et passer en revue tous les combats que
se sont livrés les pugilistes, pour le titre tant
envié de champion.
De 1719 à 1730, année où Pipes et Greeting
s’attribuèrent ce trophée, il n’y eut pas d'autre
match mettant le titre enjeu. En 1734, ce fut
George Taylor, puis en 1740 Jack Broughton.
Il est à noter que toutes ces rencontres étaient
à poings nus, que les boxeurs ignoraient abso
lument la science du knock-out inventée par
JohnL. Sullivan beaucoup plus tard, et que le
combat continuait jusqu’à ce que l’un des deux
adversaires tombât épuisé, ne pouvant résister
davantage. Jack Slack .gagna le championnat
de 1750, Bill Stevens celui de 1760. En 1761,
ce fut le tour de George Meggs, en 1765 celui
de Bill Darts. Ce n’est que quatre ans plus
tard qu'un nouveau boxeur, Tom L) ons, T

s’attribue le titre en 1769, puis nous restons


huit ans sans avoir de champion; en 1777,
Harry Sellers triomphe, Jack Harris en 1780,
Jackling Tom (Johnson) en 1785, Ryan (Big
Ben) en 1790, Dan Mendoza en 1792. En
1 795,
Jackson gagne le titre puis se retire
aussitôt après, aimant mieux s’endormir sur_
ses lauriers que d’être dépossédé. Le premier
champion du monde du XIXe siècle fut Jem
Belcher, en 1803, auquel succédèrent Henry
Pearce en 1805, John Gulley en 1808, et
Tom Cribb en 1809, vainqueur de Jem Bel
cher après 35 rounds. Il reçut une ceinture,
qui lui était donnée en propre, et une coupe.
C’est, il faut le noter, la première fois que dans
un match un prix, autre que le titre, fut décerné
au vainqueur. En 1816, se dispute le premier
combat en Amérique entre Jacob Hyer et
Thomas Beasley. Tous les matches déjà cités
9 rounds sur une faute '(15 juin 1869). Jem
Mace reparaît sur le palmarès en 1870 en bat
tant Tom Allen en Amérique (10 rounds). En
1872, il fait match nul avec J. Coburn en
12 rounds. Peu de boxeurs ont une aussi belle
liste de performances que ce Mace qui, depuis
1861 jusqu’à 1872, a été six fois champion. En
1876, Joe Goss bat Tom Allen sur une faute
au 27 round. Le match dura
e 1
heure 52 mi
nutes, à Covington (Amérique). Paddy Ryan
le bat en 87 rounds, le 30 mai 1880.
John L. Sullivan, l’inventeur du knock-out,
devient alors champion d’Amérique, en 1882;
en triomphant de Paddy Ryan, en 9 rounds,
à Mississipi City. En 1885, Jem Smith bat
Jack Davis pour un enjeu de 100 livres et le
titre de champion d’Angleterre. Il fait match
nul avec Jake Kilrain en 1887. Pour le titre
de champion du monde, John L. Sullivan bat
Jake Kilrain, le 8 juillet 1889, à Richburg
pour un enjeu de 10.000 dollars (50.000 francs).
C’est la première fois que pareille bourse est
offerte dans un match. Aussi les deux mat-
cheurs firent-ils durer le plaisir puisque le
match eut 75 reprises (2 h. 16 m. 23 s.). C’est
le dernier combat organisé en Amérique sans
gants. La même année, pour le championnat
d’Angleterre, disputé le 23 décembre à Bruges,
Jem Smith et Frank P. Slavin font match nul.
let 1905. Jeffries arbitrait et présenta le
vainqueur comme étant possesseur du titre !
Tommy Burns prétend se l’être adjugé en bat
tant d’abord Marvin Hart à Los Angeles, en
20 rounds, le 23 février 1906, puis Bill Squires
à Colma, en un round, le 4 juillet 1907. De
puis il n’a pas été battu, triomphant de Gunner
Moir en 10 rounds, de Jack Palmer en 3 rounds,
de Jem Roche en 1
round, de Jewey Smith
en 5 rounds et enfin, une nouvelle fois, de Bill
Squires en 5 rounds à Paris, puis à Melbourne
en 13 reprises.
Le dernier combat à poings nus disputé en
Amérique l’a été par John L. Sullivan quand
il rencontra et battit Jake Kilrain à Richburg
en 75 rounds, le 8 juillet 1889. Pendant douze
ans, ce merveilleux pugiliste conserva le titre
de champion du monde.
Tom Allen, le poids lourd qui est décédé à
Saint-Louis, le 5 avril 1904, fut l’un des plus
célèbres combattants aux poings nus. Il est le
seul qui, ayant perdu le titre de champion du
monde, l’a regagné, puis qui se soit retiré avec
Il le perdit contre Jem Mace en 1870 et le rega
gna en triomphant de MikeMac Coole en 1873.
Cette longue énumération n’était pas inutile
et vous montre l’acharnement mis par tous les
boxeurs à posséder le titre de champion du
monde et à le garder envers et contre tous. A
l’heure actuelle, les champions des différentes
catégories sont les suivants :
Poids lourds : Jeffries; mais depuis sa re
traite, le titre est vacant. Tommy Burns le
revendique, mais il doit avoir triomphé de Jack
Johnson avant de pouvoir s’en parer. S’il est
battu, Jeffries rentrera dans le ring pour le re
prendre au mulâtre Johnson, car il ne peut venir
à l’idée d’un Américain qu’un titre de cette
valeur soit l’apanage d’un homme de couleur.
Poids moyens : Robert Fitzsimmons. Depuis
sa retraite, le titre est vacant. Pour lui succé
der plusieurs hommes sont en ligne. Ce sont
Ketchell, Billy Papke *, Willie Lewis, Jack
Twin Sullivan, Harry Lewis et Tommy Ryan.
Poids moyens forts : Tommy Burns.
Poids légers : Battling Nelson qui a ravi la
trophée à Joe Gans au mois de juillet 1908 en
remportant sur lui une splendide victoire. Nel
son est né le 5 juin 1882 à Copenhague. On
est étonné de voir un Danois posséder le titre
de champion du monde de boxe. Il avait déjà
rencontré Joe Gans le 3 septembre 1906, à
Goldfield, mais il avait été déclaré battu sur
une faute au quarante-deuxième round. Cette
fois-ci, il triompha et Joe Gans, un voile de

1Après avoir été vaincu par Ketchell dans une première ren
contre, Billy Papke l’a mis récemment knocked-out au treizième
round d'un magnifique combat.
tristesse dans les yeux, ne put s’empêcher de
déclarer après :
— La classe a parlé avec la jeunesse. C’est
le meilleur qui a gagné. J’ai détenu assez
longtemps ce titre, j’ai trente-deux ans, je puis
me retirer. Que ce boy de vingt-six ans tâche
de ne point le galvauder et qu’il le défende
aussi loyalement, aussi bravement que je n’ai
jamais cessé de le faire.
Poids extra-légers : Abe Attell de San Fran
cisco.
Pour les poids plume, le titre est vacant.
Mais il semble que le vrai détenteur soit
Owen Moran, un merveilleux petit Anglais
né à Birmingham, le 4 octobre 1884, qui vient
de faire une tournée triomphale en Amérique,
disposant de tous les adversaires qui lui étaient
opposés avec une merveilleuse facilité.

000

En Amérique, on n’entend parler, dans les


milieux sportifs, que des exploits des boxeurs.
Les journaux leur consacrent des pages en
tières, tous leurs faits et gestes y sont notés
avec une scrupuleuse exagération bien améri
caine. Le bluff le plus osé est fait autour
d’eux. Chez nous, les demi-mondaines en sont
réduites à se faire voler des colliers de perles
ET COMBATTANTS Fig. 97-98.

97. Tommy Burris.


(Jui revendique le titre de champion du monde (poids lourds). Il est mer
veilleux pour sa rapidité, son endurance et sa science.
gg. Sam Mac \ ea.
Le champion (poids lourds) de Californie, Sam Mac Vea, est certai
nement l'un des meilleurs pugilistes du monde. Personne en Europe n'a
pu encore le mettre en péril.
F. T COMBATTANTS Fig. ioo.

ioo. Billy Papke.


Qui peut être considéré comme le champion du monde poids moyens.
Sa dernière victoire sur Stanley Ketchel fait de lui le meilleur pugiliste
de sa catégorie. Il lui reste à triompher de Willie Lewis.
Fig. ioi. GRANDS COMBATS

ioi. Stanley Ketchel.


Stanley Ketchel vient de soutenir un combat merveilleux contre Billy
Papke, il a été battu, mis knock-out au 13° round. Dans un match
précédent, il avait triomphé aux points,
—ÉM
ET COMBATTANTS 1 45

ou à tenter de se tuer pour attirer l’attention


sur elles. Les boxeurs, eux, n’ont pas besoin
d’aller au-devant de la réclame. Elle fait
comme Lagardère... elle vient à eux!
Il est évident que cet engouement ne pro
vient pas seulement de l’esprit sportif, mais
des sommes énormes que mettent en jeu les
grands matches de boxe où se rencontrent les
champions. Des paris énormes sont engagés
sur la chance de tel ou tel. Le chiffre des
bourses est d’autant plus élevé que les places
s’enlèvent à un prix excessif. Aussi, les mat-
cheurs touchent-ils des cachets qui font plus
que légitimer leur dédain des crosses. Une ren
contre importante telle que le combat Jim
Jeffries contre Tom Sharkey, en 1899, rapporta
aux deux belligérants la somme fabuleuse de
36.465 dollars, soit 182.325 francs à répartir
entre eux dans cette proportion : deux tiers
au vainqueur, un seul au vaincu.
Il y a quelques années, le combat entre Cor-
bettet Jeffries faillit se conclure pour être dis
puté à Paris. Vous ne vous étonnerez pas que
les pourparlers aient été rompus lorsque vous
saurez que les belligérants ne s’engageaient à
faire le déplacement que contre une garantie
minimum de 150.000 francs. Le match fut
adjugé, à un club américain de San Francisco,
qui offrit un prix de 43.638 dollars, soit
218.190 francs. Ce fut Jeffries qui triompha le
14 août 1903, mettant Jim Corbett knock-out
au dixième round.
D’ailleurs nous donnons ci-contre un tableau
où sont notées les recettes et les sommes
remises aux combattants dans les plus grands
matches disputés en Amérique.
Le combat qui a rapporté le plus aux en
trées est celui qui fut disputé à Goldfield, le
3 septembre 1906, par Joe Gans et Battling
Nelson. Il produisit 348.575 francs de recette.
Celui qui rapporta le plus aux boxeurs est
celui de Jeffries contre Corbett, le 14 août 1903,
à San Francisco. Ils touchèrent 218.190 francs
dont 75 p. 100 au vainqueur. Jeffries eut donc
une bourse de 163.645 francs.

000

Parmi les grands champions yankee, l’un


des plus justement célèbres est Jeffries. Sa
victoire sur Bob Fitzsimmons pour le cham
pionnat du monde, à Coney Island, le 17 juin
1899, en fit l’homme du jour, d’autant plus
qu’il triomphait en 11 rounds d’un homme con
sidéré comme invincible. Peu après, il battait
pour la seconde fois Tom Sharkey en 25 rounds.
Ces deux combats lui valurent la gloire.
De haute taille, avec des muscles et des
membres très puissants, Jeffries était surtout
un terrible frappeur et ses qualités principales
étaient la force et l’endurance. Son front
quelque peu déprimé et son menton proémi
nent et carré, indice d’entêtement et de vio
lence, mais aussi d’intelligence peu développée
donnent bien une idée de ce merveilleux figh-
ter, l’un de ceux dont peuvent s’enorgueillir à
juste titre les annales de la boxe. Agé de
trente-trois ans, il s’est retiré du ring depuis
1906. Il est à la campagne où il vit l’existence
du gentleman-farmer millionnaire. Il est pro
bable qu’il n’est pas mort pour le sport et que,
si Jack Johnson bat Tommy Burns, nous le
reverrons à l’ouvrage.
James J. Corbett qui fut l’un des principaux
adversaires de Jeffries et qui s’est retiré de
puis le jour où il fut knocked-out par lui au
dixième round, est le représentant de la mé
thode scientifique. A ce point de vue là, il est
le premier boxeur du monde. Il a aujourd'hui
quarante-deux ans. Sa bonne éducation et ses
manières raffinées lui valurent le surnom de
« gentleman
Jim » et il est de fait qu’à voir ce
superbe athlète au front large, à la mine intel
ligente, à l’allure distinguée, nul ne se serait
douté qu’il était boxeur. Il fut en 1892 le pre
mier et unique vainqueur, d’ailleurs, du fa-
ET COMBATTANTS Fig. io2-io3.

i02. Battling Nelson, champion du monde (poids légers).


Ce jeune Danois rient de s'attribuer le titre en triomphant du fameux
nègre Joe Gans.
104. Abe Attell, champion du monde (extra-légers).
Abe Attell, qui possède une liste de performances splendide, a fait match
nul récemment avec Owen Moran et a conservé son titre.
meux John L. Sullivan dont il triompha en
21 rounds, le 7 septembre, à la Nouvelle-
Orléans. Il conserva le titre de champion jus
qu’au jour où Fitzsimmons le lui enleva à Car-
son, le 17 mars 1897, en 14 rounds.
Tom Sharkey, le marin, naquit à New-York
en 1873. Sa célébrité lui vînt de sa fameuse
défense contre Jeffries. Le combat fut dur et
très égal, il se prolongea jusqu'à la fin des
25 rounds sans qu’aucun des deux adversaires
pût prendre un avantage décisif. L’arbitre
accorda la victoire à Jeffries, mais ce verdict
ne fut pas approuvé unanimement et beau
coup prétendaient que le cLraw tout au moins
s’imposait. La méthode de Sharkey est aussi
violente, sinon plus, que celle de Jeffries.
Malgré un grand écart de poids, Robert Fitz
simmons a pu, quoique poids moyen, devenir
champion poids lourd pendant plus d’un an.
De haute taille et très musclé, il n’a pas l’ap
parence d'un boxeur, il est maigre et d'allure
peu athlétique. C’était pourtant un rude pugi
liste, il le fit bien voir à J. Corbett, le
17 mars 1897, en le battant en 14 rounds.
Robert Fitzsimmons trouva son maître en
Jeffries, qui le mit knock-out, au onzième
round, en 1899, lui accorda sa revanche et le
remit knock-out, au huitième round, le 25 juil
let 1902, à San-Francisco.
Burns le descendait deux fois dans le premier
round, fut descendu une fois dans le second et le
mit knock-out au troisième. Ben O'Grady resta
vingt-quatre heures avant de reprendre ses sens.
Une dernière anecdote, extraite du livre de
Burns : Boxing scientific and self defence.
Lors de son premier match avec Bill Squires,
le 4 juillet 1907, à San-Francisco, dès le pre
mier round, au premier coup il descend son
adversaire. A la quatrième seconde, Bill
Squires se relève et d’un bond envoie un ter
rible cross à la mâchoire de Burns. Celui-ci
avoue qu'il reçut rarement coup plus terrible.
Pendant deux secondes, il fut complètement
étourdi. Il chancela, reprenant ses sens en s’ap
puyant contre Squires, cherchant à cacher son
trouble. Et il lui dit à l’oreille : « Que faites-
vous donc? Ne sauriez-vous plus boxer? » Le
bluff réussit, ses sens revinrent, et bien avant
la fin de la première reprise, il le mit hors de
combat par un cross à la mâchoire en 2
minutes 8 secondes.

000

Nous terminerons cet ouvrage par une statis


tique concernant les grands combats de boxe.
La boxe fut réglementée en 1740 en Angle
terre.
La première bataille de boxe disputée en
Amérique mit aux prises, en 1816, Jacob Hyer
et Thomas Beasley.
Le plus long combat du monde, sans gants,
dura 6 heures 15 minutes et fut disputé, au
mois de novembre 1855, à Melbourne, par
James Kelly et Jonathan Smith.
Le plus long combat en Amérique, avec
gants, eut 110 rounds, dura 7 heures 19 mi
nutes et mit en présence A. Bowen contre
J. Burke, qui firent match nul, le 6 avril 1893,
à la Nouvelle-Orléans. Un autre dura 5 heures
3 minutes 45 secondes (76 rounds), entre
W. Sherriff et Welsh, à Philadelphie, le
20 avril 1884. Un troisième se disputa pendant
3 h. 49 minutes (93 rounds) entre M. Donovan et
Mac Clellan, le 18 août 1879, à San-Francisco.
Le plus long combat en Amérique, sans
gants, dura 4 heures 20 minutes, entre J. Fitz-
patrick et James O’Neil, à Berwick, le 4 dé
cembre 1860.
Le plus long combat en Angleterre, sans
gants, mit aux prises Mike Madden et Bill
Hayes, à Edenbridge, le 17 juillet 1849. H
dura 6 heures 3 minutes et nécessita 185 rounds.
On peut citer aussi celui de Mike Madden, un
spécialiste, on le voit, et de Jack Grant :
140 rounds en 5 heures 45 minutes, à Woking,
le 12 décembre 1848.
276 rounds en 4 heures 30 minutes, tel est
le plus grand nombre de reprises dans un
match où Jack Jones parvint à battre Patsy
Tunney, à Cheshire (Angleterre), en 1825.
La plus courte bataille sans gants dura
30 secondes, le 23 mai 1886, entre Hearld et
Cannon, à Carbondale.
Le combat le plus court en Amérique, avec
gants, vit la victoire du nouveau champion du
monde, poids légers, Battling Nelson, qui mit
knock-out William Rosser, en 3 secondes, le
5 avril Harvey. Dal Hawkins mit
1902, à
knock-out Martin Flaherty, à Carson City, le
17 mars 1897, en 4 secondes. L’arbitre, qui
était le même dans les deux combats, Malachy
Hogan, déclara que le knock-out de Nelson fut
plus rapidement obtenu. En Angleterre, le plus
court est de six secondes, Harry Pigeon met
tant knock-out Billy Lambert.
Le match le plus court pour le titre de cham
pion du monde, poids plume, dura moins d’un
round, Terry Mac Govern mettant knock-out
Pedlar Palmer, à Tuckahoe (New-York), le
12 septembre 1899.
Le plus fort enjeu versé dans un combat
le fut lors de la rencontre Jack Cooper-Wolf
Bendoff. Il était de 112.500 francs. Le match
dura heure 27 minutes pour 27 rounds, à Port-
1

Elizabeth (Afrique du Sud), le 29 juillet 1889.


TABLEAU DES PERFORMANCES
DES GRANDS BOXEURS
156 GRANDS COMBATS El COMBATTANTS
GRANDS COMBATS

io5. Charlemont (boxe française) vainqueur de Driscoll (boxe


anglaise), à Paris en i8gg. Ce combat prouve d’ailleurs
plus la supériorité de Charlemont que de la boxe française.

106. I.e match Fit^simmons Contre O'Brien à Philadel


phie, le 2 3 juillet igoq. Il se termina sans qu'une décision
soit donnée par l’arbitre.
GRANDS COM BAIS

Jack

de round

vainqueur
igo8j.

troisième

(Angleterre,

Burns,

au

Palmer,
Tommy

108.

points

aux
(San-Francisco,

vainqueur

igo5).

décembre

O’Brien,

Fit^simmons

20
Jack

Phil.
de

107.
REGLES
DU MARQUIS DE QUEENSBERRY

A rticledimension
premier. — Le ring devra avoir 24 pieds
analogue.
ou
une
Art. 2. — La lutte et les étreintes sont interdites.
Art. 3. — Les reprises devront être d’une durée de
trois minutes et seront séparées par une minute de
repos.
Art. 4. —Si l'un des deux combattants tombe, il devra
se relever sans assistance et pour ce faire dix secondes
lui sont allouées, pendant lesquelles son adversaire
doit retourner dans son coin. Sitôt que l’homme à terre
est relevé, la reprise doit être continuée et terminée
jusqu’à concurrence des trois minutes. Si l’un des com
battants ne recommence pas le match à l’expiration des
dix secondes, l’arbitre a le pouvoir d’accorder la victoire
à son adversaire.
Art. 5. — Un homme, encore sur ses pieds, mais se
cramponnant aux cordes, dans un état de faiblesse, sera
considéré comme tombé.
Art. 6. — Ni les seconds, ni aucune autre personne
ne seront autorisés à monter sur le ring pendant les
reprises.
Art. 7. — Si le combat doit être interrompu pour un
cas de force majeure, l’arbitre fixera aussitôt la date et
l’emplacement pour terminer le match le plus tôt pos
sible.
Art. 8. — Les gants doivent être d’un poids réglemen
taire, neufs et de bonne qualité.
158 RÈGLES DU MARQUIS DE QUEENSBERRY

Art. g. — Si ungant est déchiré ou hors d’usage, il


devra être remplacé sur l’ordre de l’arbitre.
Art. io. — Un homme sur un genou est considéré
comme tombé.
Art. ii. — Les souliers ou bottines garnis de clous
sont interdits.
Art. 12. — Les combats seront régis par les règles
revisées du Prize Ring, de Londres.
REGLEMENT
PROFESSIONNEL ANGLAIS

rticle premier. — Le ring doit avoir 24 pieds carrés


de superficie et être encadré de huit pieux soute
nant deux cordes parallèles dont la plus haute doit se
trouver à quatre pieds du sol et la plus basse à deux
pieds. Une marque, appelée « scratch », doit être faite
au centre du ring.
Art. 2. — Chaque combattant a droit à l’assistance de
deux aides et aussi d’un troisième qui aura pour mission
de surveiller les bouteilles et accessoires nécessaires aux
soins.
Immédiatement après s'être serré la main, les com
battants doivent s’écarter jusqu’à ce que le sort ait
décidé des positions ; c’est l’arbitre qui tire au sort en
présence du principal aide de chacun des combattants.
Le vainqueur choisira son coin d’après la position du
soleil ou la direction du vent, quand le combat a lieu
dans un endroit découvert ; le perdant prendra le coin
diagonalement opposé.
Art. 3. — Chaque homme devra avoir un mouchoir
de la couleur qui lui plaira. Les aides les enrouleront
autour d’un des poteaux. Ces mouchoirs seront appelés
« couleurs » et le vainqueur du combat aura le droit
d’emporter celui de son adversaire comme trophée de
victoire.
Art. 4. — Deux juges seront choisis pour surveiller le
combat et prévenir les infractions aux règlements. A
moins qu’il n'en soit décidé autrement, ces juges choisi-
i6o RÈGLEMENT

ront un arbitre qui tranchera les différends et dont la


décision sera sans appel et devra être admise par les
deux partis, soit dans le cas d’une discussion, soit pour
décider du résultat du match. Il recevra 5 p. 100 des
enjeux pour arbitrer; cette somme sera prélevée sur
celle touchée par le gagnant, si le combat se termine
par une victoire ; en cas de match nul elle sera prélevée
proportionnellement sur la totalité des enjeux.
Aucun paiement ne sera fait lorsque l'un des boxeurs
abandonnera le combat ou quand l'arbitre ne prendra
aucune décision. Les juges devront avoir une montre
pour indiquer exactement le commencement et la fin des
reprises et l’un d’eux sera .spécialement chargé de ce
travail ; les temps qu’ils déclareront devront être les
seuls officiels et personne, excepté l’arbitre, n’aura le droit
d’intervenir à ce sujet.
Jusqu’à ce que les juges la lui demandent, l’arbitre
s’abstiendra de donner son opinion, mais les juges devront
se conformer strictement à ses décisions.
Art. 5. — Quand les combattants s’habillent, les aides
doivent inspecter leur équipement et veiller à ce que rien
d’irrégulier n’y soit ajouté ; en cas d’infraction au règle
ment, ils doivent en référer aux juges et ceux-ci, d’ac
cord avec l’arbitre, indiqueront les modifications à
faire.
Art. 6. — Les bottines de boxe ne pourront avoir des
crampons que dans le cas où le combat aurait lieu sur
un ring en terre gazonnée. Chaque bottine ne devra pas
avoir plus de trois crampons, ressortant au plus de treize
millimètres de la semelle et ne devant pas avoir moins
de quatre millimètres de grosseur à la partie la plus effi
lée. Ces crampons seront placés de la façon suivante :
deux à la partie la plus large de la semelle et le troi
sième au talon ; dans le cas où un des combattants aurait
placé un crampon à la pointe de la bottine, il devra le
retirer ou se procurer une autre paire de souliers ; un
refus de soumission à l’injonction de l’arbitre entraînerait
sa disqualification.
PROFESSIONNEL ANGLAIS Fig. 109.
in. Tommy Burns, vainqueur de Jewey Smith, au cin
quième round (Paris, 18 avril igo8). Ce combat disputé au
Bowling Palace nous permit d'admirer Tommy Burns sans
le voir à la peine.
PROFESSIONNEL ANGLAIS 161

Art. 7. — Les deux hommes étantprêts, les soigneurs


devront se retirer du ring et, en dehors des repos, n’y
rentrer sous aucun prétexte, excepté si l’arbitre leur en
donne la permission. La non-observation du règlement
par les soigneurs entraînerait la disqualification de leur
client.
Art. 8. — A la fin des reprises, les seconds aideront
leur client à regagner son coin où ils lui prodigueront
les soins nécessaires ; personne ne devra les gêner dans
cette fonction.
Art. 9. — A l’expiration du temps fixé pour le repos,
le chronométreur criera « time ». Les combattants
devront se lever aussitôt et gagner le centre du ring ;
celui qui n’y serait pas huit secondes après le time sera
déclaré vaincu. Les soigneurs devront quitter le ring
avant le time.
Art. 10. — Sous aucun prétexte, une personne autre
que l’arbitre ou les aides ne pourra pénétrer dans le
ring pendant le match ni avant la fin.
Art. 11. — Les aides ne doivent pas intervenir durant
le combat ni interpeller les boxeurs ; ils devront s’abste
nir de propos agressifs, garder une tenue correcte et
veiller seulement à l’exécution de leurs devoirs vis-à-vis
de leur patron.
Art. 12. — Si, en relevant leur homme, les aides frap
pent volontairement son adversaire, celui-ci sera aussi
tôt déclaré vainqueur.
Art. 13. — Le match devra être loyalement disputé.
Si l’un des combattants se jette à terre sans avoir été
frappé, même si des coups ont été échangés auparavant,
il sera déclaré vaincu. Cette règle n’est pas applicable à
un homme qui glisse dans un corps-à-corps pour échap
per à l’étreinte de son adversaire, ou lorsque la chute
est causée par un accident ou une faiblesse réelle.
Art. 14. — Les coups de tête sont interdits et entraî
neront la disqualification du boxeur fautif.
Art. 15. — Il est interdit de frapper un homme à
terre ou en train de tomber. Un homme ayant un genou
et une main ou les deux genoux à terre sera considéré
comme tombé. Un coup donné dans l’une ou l’autre de
ces positions est une faute, à condition que l’homme à
terre ne cherche pas lui-même à frapper.
Art. 16. — Il est défendu de frapper au-dessous de
la ceinture. Dans un corps-à-corps, il est défendu
d’étreindre l’adversaire au-dessous de la ceinture, de le
prendre par la cuisse ou autrement.
Art. 17. — Il est défendu de frapper avec la main
ouverte, avec le coude et avec l’épaule.
Art. 18. — Il est défendu de donner des coups de pied
à l’adversaire ou de le frapper avec les genoux.
Art. 19. — Tous les paris devront être payés aussi
tôt après la déclaration du résultat du match.
Art. 20. — L’arbitre et les juges se tiendront en dehors
du ring, en face les pieux du milieu.
Art. 2x. — La personne chargée de garder les enjeux
doit indiquer avant le match le lieu et l’heure où ils
seront payés. Sa responsabilité cesse à partir du moment
où elle s’est conformée à la décision de l’arbitre.
Art. 22. — En cas de circonstances spéciales déran
geant le match, telles que l’obscurité, l’arbitre doit indi
quer l’heure et l’endroit où se continuera la rencontre ;
il choisira autant que possible le jour même et un em
placement peu éloigné du premier.
Art. 23. — Si le match ne se termine pas dans la
même journée, les paris sont annulés, à moins que le
match ne soit repris au cours de la même semaine entre
dimanche et dimanche ; en ce cas, les obligations de
l’arbitre continuent et les parieurs doivent attendre le
résultat de la deuxième rencontre.
Les enjeux resteront entre les mains de la personne
qui en est spécialement chargée jusqu’à ce qu’ils soient
loyalement gagnés ou perdus, à moins que le match ne
soit déclaré nul. Si l’un des combattants ne se présente
pas au jour fixé, son adversaire sera déclaré vainqueur.
PROFESSIONNEL ANGLAIS 163
i64 RÈGLEMENT PROFESSIONNEL ANGLAIS

NOTA

Ce règlement était en vigueur en Angleterre à l’époque


où les combats de boxe se disputaient au poing nu. Il
est encore usité à l'heure actuelle pour les matches avec
gants. Des modifications ont été apportées seulement
dans les articles concernant les corps-à-corps et les
paris.
Quand les deux combattants s’étreignent mutuelle
ment, ils n’ont pas le droit de se frapper et doivent se
séparer à l’injonction de l’arbitre. Si l’un des deux seule
ment se cramponne à l’autre, celui qui tient son adver
saire à bras-le-corps ou lui maintient un bras n’a pas le
droit de frapper, mais celui qui est tenu est libre de
repousser son antagoniste ou de lui placer tel coup
approprié. Il est d’usage que l’arbitre se tienne sur le
ring pour séparer les combattants dans les corps-à-corps.
TABLE DES MATIÈRES
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