0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
42 vues198 pages

Comprendre L'islam

droit

Transféré par

jokerofsparta
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
42 vues198 pages

Comprendre L'islam

droit

Transféré par

jokerofsparta
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Abû al-a'lâ AL-MA WDÛDÎ

�,.C1,._ j

� COMPRENDRE
L'ISLAM
Abû al-A'lâ AL-MAWDûDÎ

Comprendre l'islam

1 LIBRAIRIEASD'IQRA 1
Tous droits de reproduction, d'adaptation
et de traduction réservés pour tous pays

Version anglaise:
© The Islamic Foundation, 1982.
Titre original : Towards Understanding Islam
The Islamic Foundation
Markfield Conference Center
Ratby Lane, Markfield
Leicestershire LE67 9SY, United Kingdom
Préface de l'auteur

Au nom de Dieu le Très Miséricordieux,


le Tout Miséricordieux

Comprendre L'islam est la version française de mon livre


urdu Risëte-e-atniyët, rédigé à l'origine en 1932, mais qui
a été bien révisé pour la présente traduction. De l'urdu,
c'est M. Khurshid Ahmad qui l'a rendu en anglais, et son
travail a connu plusieurs éditions, sous le titre Towards
Understanding Islam. La version française se base sur la
traduction anglaise, mais j'espère que, malgré ce travail de
seconde main, la pensée originelle ne sera pas trahie.

Mon but, en préparant ce petit livre, a été de procurer à


tous ceux, musulmans ou non-musulmans, qui désireraient
connaître le vrai Islam mais qui n'ont pas l'accès aux sources
fondamentales de l'Islam en arabe, un exposé bref mais clair
de l'ensemble de l'Islam. C'est pourquoi j'ai évité la discus­
sion des minuties, et j'ai voulu peindre un tableau complet
de l'Islam selon la perspective moderne. En outre, je ne me
suis pas limité à exposer ce que nous, musulmans, croyons
et ce à quoi nous tenons, mais j'ai essayé aussi d'expliquer
succinctement les bases intellectuelles et spirituelles de nos
croyances. De même, j'ai non seulement présenté les modes
culturels et les lignes générales de la conception islamique de
la vie, mais aussi j'ai jugé bon de prendre en considération
4 Comprendre L'islam

l'aspect rationnel. J'espère que ce manuel pourra satisfaire


dans une large mesure aux besoins de la jeunesse musul­
mane de notre époque, et aidera aussi les non-musulmans à
comprendre la foi et la religion islamiques.

Abû al-A'lâ al-Mawdûdî


Lahore, janvier 1973
CHAPITRE 1

La signification de l'islam

Pourquoi l'islam est-il ainsi appelé?

Toutes les religions du monde tirent leur nom de leur fon­


dateur ou du peuple où elles ont pris naissance. Par exemple,
le christianisme est ainsi appelé du nom de celui qui l'a prê­
ché, le Christ ; le bouddhisme, de son fondateur Bouddha ;
le zoroastrisme, de Zoroastre ; le judaïsme, la religion des
juifs, du nom de la tribu de Juda (de la contrée de Judée)
où elle prit naissance. Et ainsi de suite. Mais il en est tout
autrement avec l'islam qui jouit de la particularité unique de
n' être associé à aucun homme ou peuple particulier. Le mot
islam n'implique pas de relation de ce genre - car il n'est le
propre d'aucune personne, d'aucun peuple ou pays particu­
liers. Il n'est pas le produit d'un esprit humain, il ne se limite
pas à une communauté particulière. C'est une religion uni­
verselle qui a pour but de susciter et de cultiver en l'homme
la qualité et l'attitude de l'islam.
L'islam en fait est un attribut. Celui qui le possède est
musulman, de quelque race, communauté, pays ou clan qu'il
vienne. Selon le Coran (le livre sacré des musulmans), il s'est
trouvé de tous temps et parmi tous les peuples des hommes
bons et vertueux qui possédaient cet attribut : ils étaient, et
sont de bons musulmans.
6 Comprendre l'islam

Ceci nous amène tout naturellement à poser cette question


que signifie le mot « islam » ? Qu'est-ce qu'un musulman ?

La signification du mot « islam »


Islam est un mot arabe qui signifie soumission, obéissance.
En tant que religion, l'islam prêche la soumission et l'obéis­
sance totales à Allah. C'est pourquoi on l'appelle l'islam.

La nature de l'islam
Tout le monde peut se rendre compte que notre univers
est un univers d'ordre, où toutes choses sont régies par des
lois et des règles. Tout a sa place fixée dans un ensemble
grandiose qui fonctionne admirablement. Le soleil, la lune,
les étoiles, tous les corps célestes appartiennent à un même
système et poursuivent une course invariable en vertu de
lois immuables. La terre tourne sur son axe et ses révolu­
tions autour du soleil suivent une trajectoire déterminée. De
l'infime électron à l'impressionnante nébuleuse, tout ainsi
dans l'univers obéit à ses lois propres en vertu desquelles la
matière, l'énergie et la vie apparaissent, se modifient ou dis­
paraissent. Il en est de même pour l'homme. La naissance, la
croissance, la vie, la subsistance de l'homme dans la nature
sont toutes régies par un système de lois biologiques. Ce sont
elles qui gouvernent le fonctionnement de tous ses organes,
des cellules les plus petites au cœur et au cerveau. Bref, notre
univers est un univers soumis à une loi, et tout ce qui en fait
partie suit le cours qui lui a été prescrit.

Cet ordre cosmique, qui gouverne l'univers de la parti­


cule aux galaxies, est la loi de Dieu, le Créateur et le Maître
La signification de l'Islam 7

de l'univers. Puisque la création tout entière obéit aux lois


divines, on peut dire que tout l'univers suit littéralement la
religion de l'islam - car islam ne signifie rien d'autre que la
soumission et l'obéissance à Allah, le Seigneur de l'univers.
Le soleil, la lune, la terre, et tous les autres corps célestes sont
donc « musulmans », tout comme l'air, l'eau, la chaleur, les
minéraux, la végétation, les animaux. Tout dans l'univers est
musulman car tout obéit aux lois qui lui ont été assignées
par Dieu. Sa langue même qui, par ignorance nie l'existence
de Dieu, ou adore de nombreuses divinités, est par nature
musulmane. Sa tête, qu'il courbe devant d'autres qu'Allah,
est instinctivement musulmane. Son cœur, qui par manque
de réelle connaissance aime et révère d'autres dieux, est
instinctivement musulman, car ils sont tout soumis à la loi
divine, leurs fonctions et leurs mouvements sont gouvernés
par cette loi unique.

Voici donc en bref la véritable position de l'homme et


de l'univers. Examinons maintenant le problème sous un
angle différent. Chomme possède une double nature, sa vie
se déroule sur deux plans différents. D'une part, comme
toutes les autres créatures, il est complètement dépendant
des lois naturelles et ne peut s'y soustraire. Mais, d'un autre
côté, l' homme est pourvu de raison et d'intelligence. Il a le
pouvoir de penser et de juger, de choisir ou de rejeter, d'ap­
prouver et de désapprouver. Il est libre de choisir sa religion,
son genre de vie, et d'orienter son existence en fonction des
idéologies de son choix. Il peut tracer son propre code de
conduite, ou en accepter un formulé par autrui. Il a été doté
du libre-arbitre et peut décider de son propre comportement.
8 Comprendre l'islam

Sur ce deuxième plan, à l'inverse des autres créatures, il a


reçu la liberté de pensée, d'opinion et d'action. Ces deux
aspects coexistent distinctement dans la vie de l'homme.

Dans le premier cas, comme toutes les autres créatures,


l'homme est né et restera musulman, et suit automatique­
ment les injonctions de Dieu. Dans le deuxième, il a la
liberté de choisir, d' être ou de ne pas être musulman, et c'est
la façon dont on exerce cette liberté qui divise l'humanité
en deux groupes : les croyants et les incroyants. Celui qui
choisit de reconnaître son Créateur, l'accepte pour Maître
unique, se soumet scrupuleusement à Ses commandements,
suit la Loi qu'Il a révélée à l'homme pour sa vie individuelle
et sociale, devient ainsi un parfait musulman. Il a réussi à
atteindre un islam complet, en décidant volontairement
d'obéir à Dieu sur le plan où il était doté de la liberté de
choisir. Désormais, sa vie entière est une vie de soumission à
Dieu et il n'y a pas de conflit dans sa personnalité. Il est un
parfait musulman et son islam est total car la soumission de
son être entier à la volonté d'Allah est islam, purement islam.

Il s'est maintenant volontairement soumis à Celui auquel


il obéissait déjà inconsciemment. Sa connaissance est main­
tenant réelle, car il a reconnu l'Être qui lui a donné la faculté
d'apprendre et de connaître. Sa raison et son jugement sont
harmonieusement équilibrés car il a justement décidé d'obéir
à l'Être qui lui a conféré la faculté de penser et de juger. Sa
langue aussi exprime la vérité car elle loue le Seigneur qui lui
a donné la faculté de parler. Désormais, son existence tout
entière est l'incarnation de la vérité, car ses deux natures,
son instinct et sa volonté, obéissent aux lois du même Dieu
La signification de l'Islam 9

Unique, le Seigneur de l'univers. Il est en harmonie avec


l'univers tout entier, car il adore Celui que tout l'univers
adore. Un tel homme est le Lieutenant de Dieu sur terre. Le
monde lui appartient et il appartient à Dieu.

La nature du « kufr »
Par opposition avec l' homme que nous venons de décrire,
il y a l'homme qui, bien que par nature musulmane et le
demeurant inconsciemment toute sa vie, n'exerce pas ses
facultés de raison, d'intelligence et d'intuition pour recon­
naître son Seigneur et Créateur, et n'utilise sa liberté de choix
que pour choisir de nier Son existence. Un tel homme est un
incroyant - dans le langage de l'islam un « kâfir ».

« Kufr » signifie littéralement « couvrir », « dissimuler ».


L'homme qui nie Dieu est appelé kâfir, « dissimulateur » car,
par son incrédulité, il cache ce qui est inhérent à sa nature
et à son âme - puisque sa nature est instinctivement orientée
vers l'islam. Son corps tout entier - chaque membre, chaque
fibre de ce corps - est soumis à cet instinct. Toute particule
de l'existence - animée ou inanimée - accomplit sa fonction
en accord avec la loi de l'islam et remplit le rôle qui lui a été
dévolu. Mais la vue de cet homme a été obscurcie, son esprit
s'est égaré et il est incapable de voir l' évidence. Il ne peut
discerner sa propre nature, et ses actes et ses pensées sont en
désaccord total avec elle. La réalité lui devient étrangère et il
tâtonne dans les ténèbres. Voilà la nature du kufr.

Le kufr est une forme d'ignorance, ou plutôt c'est l'igno­


rance par excellence. Y a-t-il en effet de plus grande ignorance
que d'ignorer Dieu, le Créateur, le Seigneur de l'univers ?
10 Comprendre l'islam

Voilà un homme qui observe le vaste panorama de la nature,


son mécanisme superbe et immuable, la conception grandiose
qui éclate dans tous les aspects de la création ; il observe cette
gigantesque machine, mais ignore qui l'a faite, qui la dirige.
Il examine son propre corps, cet organisme merveilleux qui
fonctionne d'une manière si stupéfiante, et s'en sert pour par­
venir à ses propres fins, mais il est incapable de discerner la
Force qui l'a suscité, l'ingénieur qui a conçu et produit cette
machine, le Créateur qui a fait cet être unique - l' homme -
à partir de matériaux inanimés carbone, calcium, sodium . . .
Il reconnaît la conception sublime de l'univers, mais ne peut
distinguer Celui qui l'a conçue. Il en admire le fonctionne­
ment harmonieux sans en voir le Créateur. Il peut voir dans
l'univers tout autour de lui les plus éclatantes démonstrations
de maîtrise dans la science, la philosophie, les mathéma­
tiques ou la technique, mais il reste aveugle à l'Être qui est à
l'origine de cet univers infini et jamais totalement expliqué.
Comment un homme incapable de distinguer cette réalité
déterminante pourrait-il atteindre les véritables perspectives
de la connaissance ? Comment un homme qui a pris un
mauvais chemin pourrait-il atteindre la bonne destination ?
Il ne pourra jamais expliquer la Réalité, la vraie route lui sera
toujours fermée, et quoi qu'il entreprenne dans le domaine
de la science ou de la pensée, il ne pourra jamais jouir des
lumières de la vérité et de la sagesse. Il continuera de tâtonner
et de trébucher dans les ténèbres de l'ignorance.

Bien pire : le kufr est une tyrannie, et même la pire qui


soit. Qu'est-ce que la tyrannie, sinon une utilisation injuste
La signification de 11s!am 11

et cruelle d'une force ou d'un pouvoir ? Si l'on force quelque


chose ou quelqu'un à agir contrairement à la justice ou à sa
nature et à sa volonté propres, cela s'appelle tyrannie.

Nous venons de voir que tout dans l'univers est soumis à


Dieu, son Créateur. Ce qui est naturel, c'est d'obéir, de vivre
en conformité avec Sa volonté et Sa loi (plus précisément
d' être musulman). Dieu a donné à l'homme un pouvoir
sur toute la création dont la nature même exige qu'elle soit
utilisée pour le seul accomplissement de Sa volonté, et exclu­
sivement pour cela. Celui qui désobéit à Dieu, celui qui est
kâfir, se rend coupable de l'injustice la plus grave en utilisant
toutes les facultés de son corps et de son esprit à l'encontre
des tendances de la nature, et devient ainsi l'instrument
involontaire du drame de la désobéissance. Il contraint sa
tête à s'incliner devant d'autres dieux que le vrai Dieu, nour­
rit en son cœur l'amour, le respect et la crainte pour une
autre Autorité, ceci en contradiction totale avec les instincts
naturels de ces organes. Il utilise le pouvoir dont il dispose
contre la Volonté explicite de Dieu, et fait ainsi régner la
tyrannie. Peut-il exister de tyrannie, de cruauté, d'injustice
plus grandes que celle de cet homme qui exploite la création
et la contraint impudemment à suivre un cours contraire à
la nature et à la justice ?

Le kufr n'est pas simplement tyrannie, il est, à tout le


moins, pure rébellion, ingratitude, infidélité. Après tout,
qu'est-ce que l'homme en réalité ? De quel pouvoir, de quelle
autorité dispose+il ? A-t-il créé son cerveau, son cœur, son
âme, son propre corps - ou bien plutôt n'est-ce pas Dieu
qui les a créés ? Est-ce lui ou Dieu qui a créé l'univers ?
12 Comprendre l'islam

Qui a plié toutes les forces de la nature au service de


l'homme - l'homme ou Dieu ? Si toutes choses ont été
créées par Dieu, et par Lui seul, à qui donc appartiennent­
elles ? Qui en est le juste souverain ? Dieu, et Dieu Seul.
Et si Dieu est le Créateur, le Maître, le Souverain, y a-t-il
alors de plus grand rebelle que l'homme qui se sert de la
Création de Dieu contre Ses décrets, qui tourne son esprit
et son cœur contre Dieu, et utilise toutes ses facultés contre
la Volonté du Seigneur ? Le serviteur qui trahit son maître,
l'officier qui se tourne contre son pays, celui qui dupe son
bienfaiteur, sont tous des traîtres. Mais que dire de la traî­
trise, de l'ingratitude de l'incroyant, du kâfir? Après tout,
qui est la source véritable de toute autorité ? Qui a élevé
l'homme à une position élevée ? Tout ce que l'homme pos­
sède et tout ce dont il se sert au bénéfice des autres lui a
été donné par Dieu. C'est envers ses parents que l'homme a
sur cette terre les plus grandes obligations. Mais qui a mis
dans le cœur des parents cet amour de leurs enfants, et leur
inspire de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour le bien­
être de ces enfants ? D'où vient que la mère a le désir inné et
la possibilité de nourrir ses enfants ? Il est évident que c'est
Dieu qui est le plus grand Bienfaiteur de l'homme. Il est
son Créateur, Celui qui le nourrit et le fait vivre, aussi bien
que son Seigneur et Maître. Telle est la position de Dieu
vis-à-vis de l'homme, et il n'y a pas de trahison et d'ingra­
titude plus grande que le kufr qui amène l'homme à renier
son véritable Seigneur.
Il serait ridicule de penser qu'en adoptant l'attitude du
kufr, l'homme fait du tort au Dieu Tout-Puissant. Pas le
moins du monde. Quel tort pourrait bien faire l'homme,
La signification de l1slam 13

ce grain de poussière insignifiant à la surface d'une planète


minuscule roulant dans cet univers infini, au Maître du
monde, dont le royaume est si vaste que l'aide des plus puis­
sants télescopes ne nous permet même pas de deviner ses
limites? Lui dont la puissance commande la course céleste
de la terre, de la lune, du soleil, et des myriades d' étoiles?
Qui pourvoit à tous leurs besoins, mais n'a besoin de per­
sonne pour pourvoir aux Siens? La rébellion de l'homme
contre Dieu ne peut Lui faire aucun tort, au contraire cette
désobéissance ne fait que précipiter l'homme sur le chemin
de la ruine et de la disgrâce.
La conséquence inéluctable de cette révolte et de ce refus
de la Réalité est l'échec dans les idéaux ultimes de la vie. Un
rebelle ne trouvera jamais la voie de la vraie connaissance.
Car le savoir qui est incapable de découvrir son propre
Créateur ne peut découvrir aucune vérité. L'esprit et la rai­
son d'un tel homme s'égareront toujours. Comment la raison
qui ne peut reconnaître son Créateur pourrait-elle élucider
les mystères de la vie? Un tel homme ne subira que des
échecs dans tous les domaines. Sa vie morale, civique, sociale,
familiale, sa lutte pour assurer sa subsistance, tout en sera
affecté. Il ne répandra que confusion et désordre sur la terre.
Sans l'ombre d'un remords il versera le sang, violera les droits
de ses semblables, sera cruel envers eux, suscitera le désordre
et la destruction dans le monde. Ses pensées et ses ambitions
perverses, son absence de discernement, son sens des valeurs
faussé, ses activités malignes seront néfastes pour lui comme
pour son entourage. Un tel homme peut ruiner la paix et
l' équilibre de la vie sur terre. Et, dans la vie ultérieure, il sera
tenu coupable des crimes qu' il a commis envers lui-même.
14 Comprendre l'islam

Son corps tout entier, son cerveau, ses yeux, son nez, ses
mains, ses pieds se plaindront du mauvais usage qu' il en aura
fait. Chaque cellule de son corps le blâmera devant Dieu qui,
véritable Source de justice, lui appliquera la sentence qu'il
mérite. Telle est l'infamante conséquence du kufr. Il conduit
à l'échec total, dans cette vie comme dans la vie ultérieure.

Les bienfaits de l'islam


Après avoir examiné les terribles conséquences du kufr,
voyons maintenant ce que nous pouvons gagner en adoptant
l'attitude de l'islam.

Dans le monde qui vous entoure, comme en vous-mêmes,


vous pouvez voir d'innombrables manifestations du pouvoir
divin. Cet univers grandiose, qui fonctionne de toute éter­
nité dans un ordre incomparable selon une loi immuable,
témoigne par lui-même que Celui qui l'a conçu est un Être
Tout-Puissant, Doué de puissance, de connaissances infinies,
de ressources illimitées, dont la sagesse est parfaite, et auquel
nul n'ose désobéir. C'est dans la nature même de l'homme,
comme de toutes choses dans l'univers, que de Lui obéir.
En fait, l'homme obéit inconsciemment à Sa loi, jour après
jour, car en désobéissant il s'expose à la mort et à l'anéantis­
sement. C'est la loi de la nature que nous devons observer
constamment.

Dieu a donné à l'homme la possibilité de s'instruire, de


penser et de méditer, et la· connaissance du bien et du mal
mais Il lui a conféré en outre une relative liberté de volonté
et d'action. C'est dans l'exercice de cette liberté que l'homme
est mis à l'épreuve : son savoir, sa sagesse, son discernement,
La signification de l'Islam 15

sa liberté de volonté et d'action sont tous éprouvés. En cela,


l'homme n'a pas été obligé d'adopter une voie particulière,
car cette obligation fausserait le sens même de cette mise à
l'épreuve. Si, pendant un examen, vous êtes obligés de don­
ner une réponse donnée à une question donnée, l'examen
devient inutile. Votre mérite ne peut être convenablement
jugé que si vous pouvez répondre librement aux questions,
selon votre connaissance et votre compréhension person­
nelles. Si votre réponse est correcte, vous aurez réussi, et vous
pourrez continuer à progresser. Si votre réponse est mau­
vaise, votre échec vous empêchera de progresser ; de même,
en ce qui concerne la situation de l'homme dans le monde.
Dieu lui a donné la liberté de volonté et d'action, de sorte
qu'il puisse choisir librement le mode de vie qu'il estime être
le bon - l'islam ou le kufr.

On trouve donc, d'un côté, l'homme qui ne comprend ni


sa propre nature, ni celle de l'univers. Il ignore qui est son
Maître véritable, et quels sont Ses attributs, et utilise mal
sa liberté en prenant le chemin de la désobéissance et de la
rébellion. Un tel homme a échoué à l'examen de sa connais­
sance, de son intelligence et de son sens du devoir, et ne
mérite pas un sort meilleur que celui discuté plus haut.

De l'autre côté, on peut trouver celui qui sort vainqueur de


cette mise à l'épreuve. En utilisant correctement son savoir
et son esprit, il reconnaît son Créateur, a foi en Lui, et sans
y être aucunement contraint choisit de Lui obéir. Il sait dis­
tinguer le Bien du Mal, et bien qu'il soit entièrement libre de
ne pas le faire, il choisit le Bien, comprend sa propre nature,
se conforme à ses lois et à ses réalités. Et bien qu'il ait toute
16 Comp rendre l'islam

latitude de suivre n'importe quelle voie, il adopte celle de


l'obéissance et de la loyauté envers Dieu, son Créateur. Il a
surmonté l'épreuve, car il a convenablement utilisé son esprit
et toutes ses facultés : ses yeux pour discerner la Réalité, ses
oreilles pour écouter la Vérité, son esprit pour concevoir de
saines opinions, et il met tout son cœur et toute son âme à
suivre la juste voie qu'il a ainsi choisie.

Il choisit la vérité, voit la réalité, se soumet de son plein


gré à son Seigneur et Maître. C'est un homme intelligent,
sincère, qui a le sens du devoir, qui a opté pour la lumière
plutôt que les ténèbres, et après avoir distingué la réalité, a
répondu à son appel avec enthousiasme. Sa conduite prouve
ainsi que non seulement il recherche la vérité, mais qu'il sait
la reconnaître et la chérir. Cet homme réussira dans ce
monde comme dans le monde à venir car il a pris le droit
chemin et ne cessera de le suivre dans tous les domaines de
la connaissance et de l'action. Celui qui connaît Dieu et
Ses attributs, connaît l'alpha et l'oméga de la Réalité. Il ne
pourra s'égarer car son premier pas est sur la bonne route et
il est sûr de la destination du voyage de la vie.

Dans le domaine de la philosophie, il méditera sur les


secrets de l'univers et essayera de sonder ses mystères, mais à
l'inverse du philosophe infidèle (kâfir) il ne s'égarera pas dans
le labyrinthe du doute et du scepticisme. La Vision Divine
éclairera sa route et dirigera ses pas dans la bonne direction.

Dans le domaine de la science, il tentera de connaître les


lois de la nature, de découvrir les trésors cachés de la terre,
et de diriger toutes les forces jusque-là ignorées de l'esprit et
de la matière - tout cela pour le mieux-être de l'humanité.
La signification de 11s!am 17

Il essayera d'explorer toutes les avenues du savoir et de la


puissance, et de soumettre tout ce qui existe sur terre et
dans les cieux au profit de l' homme.

À chaque stade de sa recherche, sa conscience de Dieu


l'empêchera de faire un usage mauvais et destructif de la
science et des méthodes scientifiques.
Il ne songera même pas à se vanter d' être le maître de
ces forces, le conquérant de la nature, s'arrogeant ainsi des
prérogatives divines ; ni à nourrir des ambitions subversives
sur l'univers, soumettant le genre humain et établissant sa
suprématie sur tous sans reculer devant les moyens les plus
vils. Une telle attitude de rébellion et de défi ne saurait être
celle d'un musulman - seul un savant kâfir peut être la
proie de telles illusions et, en y succombant, exposer le genre
humain tout entier aux dangers de la destruction totale et
de l'anéantissement. La situation est la même de nos jours.
[Le Dr Joad dit : « La science nous a donné une puissance
presque divine, mais pour nous servir d'elle, nous n'avons
que la mentalité d' écoliers ou de sauvages. » Le philosophe
Bertrand Russel écrit : « D'une manière générale, nous nous
trouvons mêlés à une course entre l' habileté humaine en tant
que moyens, et la folie humaine en tant que buts : toute aug­
mentation de l'habileté requise pour y parvenir est orientée
vers le mal. Le genre humain n'a survécu jusqu' à maintenant
que grâce à l'ignorance et à l'incompétence. Mais si le savoir
et la compétence se combinent à la folie, il ne peut plus y
avoir de certitude de survie. La connaissance est un pouvoir,
mais c'est un pouvoir de bien faire autant que de mal faire.
Par conséquent, à moins que l'homme n'augmente en sagesse
18 Comp rendre l 'islam

autant qu'en connaissance, l'augmentation de la science ne


fera qu'accroître nos tribulations. » (Bertrand Russel, Impact
of Science on Society, p. 120-21) Un autre brillant penseur a
exprimé le même paradoxe en ces termes : « On nous apprend
à voler comme les oiseaux, et à nager comme les poissons,
mais nous ignorons toujours comment vivre sur la terre. »
(Cité par Joad dans Cou nter Attackfrom the East, p. 28)]

Un savant musulman, au contraire, se comportera tout à


fait différemment. Plus il verra clair dans le domaine de la
science, plus sa foi en Dieu en sera renforcée. Il courbera la
tête devant Lui avec gratitude. Puisque son Maître l'a béni
en lui accordant un pouvoir et une science plus grands, il
devra œuvrer pour son propre bien et celui de l'humanité.
Au lieu d'être arrogant, il sera humble ; au lieu de se griser
de sa propre puissance, il réalisera de grandes choses pour le
bien commun. Il ne s'abandonnera pas à une liberté effré­
née. Il sera guidé par les principes de la moralité et de la
Révélation Divine. Ainsi la science entre ses mains, au lieu
de devenir un instrument de destruction, deviendra-t-elle
un agent du bien-être des hommes et de la régénération
morale. Et c'est de cette manière qu'il exprimera sa grati­
tude à son Maître pour les dons et les bénédictions qu'il a
répandus sur l' homme.

De même dans le domaine de l' histoire, de l'économie,


de la politique, du droit, et de toutes les autres branches
des arts et des sciences, un musulman ne se laissera pas
distancer par un kâfir dans la recherche, mais leurs points
de vue, et par conséquent leurs « modus operandi », diffé­
reront largement. Un musulman étudiera chaque branche
La signification de l 'Islam 19

de la connaissance dans sa juste perspective, il s'efforcera


d'atteindre un juste objectif et arrivera à de justes et saines
conclusions. En histoire, il tirera des leçons correctes des
expériences passées, et découvrira les causes véritables de la
grandeur et de la décadence des civilisations. Il essaiera de
tirer profit de tout ce qui fut bon et juste dans le passé, et
évitera soigneusement tout ce qui avait conduit au déclin et
à l' écroulement des nations. En politique, son seul objectif
sera l'instauration d'un régime de paix, de justice, de fra­
ternité et de bien, où l'homme est un frère pour l'homme
et respecte sa qualité d'homme, où ne règne aucune forme
d'exploitation ou d'esclavage, où les droits de l'individu sont
respectés, et où le pouvoir de l'État est considéré comme un
dépôt sacré de Dieu, qui doit être utilisé pour le bien-être
commun. En ce qui concerne le droit, le musulman essaiera
d'en faire l'instrument réel de la justice, pour la protection
des droits de tous - particulièrement des faibles. Il veillera à
ce que chacun reçoive la part qui lui est due, et qu'aucune
injustice ou oppression ne soit infligée à quiconque. Il res­
pectera la loi, la fera respecter et veillera à ce que la justice
soit rendue équitablement.

La vie morale d'un musulman sera toujours empreinte


de piété, de dévotion, de droiture. Il vivra dans le monde
avec la conviction que Dieu Seul est notre Maître à tous, que
tout ce que lui-même et les autres peuvent posséder leur a
été donné par Dieu, que les pouvoirs dont il dispose ne sont
qu'un dépôt de Dieu, que la liberté qui lui a été conférée doit
être utilisée avec discernement et qu'il est de son propre inté­
rêt de s'en servir selon la Volonté Divine. Il gardera toujours
présent à l'esprit qu'il doit un jour retourner au Seigneur
20 Comprendre l 'islam

et lui rendre compte de toute sa vie. Le sentiment de respon­


sabilité restera toujours fermement implanté dans son esprit
et il ne se conduira jamais en irresponsable et en insouciant.
Songez à l'excellence morale de l'homme qui vit dans de
telles dispositions. Sa vie sera une vie de pureté, de piété,
d'amour, d'altruisme. Il sera une bénédiction pour l'huma­
nité. Son esprit ne sera pas troublé par des pensées mauvaises
et des ambitions perverses. Il s'abstiendra de voir, d'entendre
et de faire le mal. Il maîtrisera sa langue et ne proférera jamais
de mensonge. Il gagnera sa vie de manière juste et honnête et
préférera la faim à une nourriture acquise par l'exploitation ou
l'injustice. Il ne sera jamais complice de l'oppression ou de la
violation de la vie humaine et de l'honneur, quelle qu'en soit
la forme. Il ne cédera jamais au mal, quel que soit le prix qu'il
ait à payer pour cela. Il sera la bonté et la noblesse mêmes, et
défendra le droit et la vérité même au prix de sa propre vie.
Il aura en horreur toutes les formes d'injustice, et s' érigera en
défenseur de la vérité, que les adversités ne pourront abattre.
Un tel homme sera un pouvoir avec lequel il faut compter.
Lui seul peut réussir car rien au monde ne pourra l'arrêter ou
entraver sa route.

Il sera l'homme le plus honoré et le plus respecté et per­


sonne ne pourra le surpasser dans ce domaine. Comment
l'humiliation pourrait-elle atteindre un homme qui, pour
quémander une faveur, ne tend pas la main, ni ne courbe
la tête devant quiconque excepté Dieu Tout-Puissant, le
Souverain du monde ?
Il sera l'homme le plus puissant et le plus efficace. Personne
ne peut être plus puissant que lui - car il ne craint personne
La signification de l'Islam 21

sauf Dieu, et ne recherche des bénédictions de personne que


de Lui. Quel pouvoir pourrait le détourner du droit chemin ?
Quelle richesse pourrait acheter sa foi ? Quelle force pourrait
ronger sa conscience ? Quel pouvoir pourrait influencer son
attitude ?
Il sera l' homme le plus riche. Personne au monde ne peut
être plus riche ou plus indépendant que lui - car il vivra une
vie d'austérité, de contemplation. Il ne sera pas sensuel, ou
faible, ou cupide. Il se contentera de ce qu'il gagne honnête­
ment, et même si des monceaux de richesses mal acquis sont
placés devant lui, il les repoussera avec mépris. Il aura la paix
et le contentement du cœur - y a-t-il de richesse plus grande
que celle-là ?
Il sera l' homme le plus révéré, le plus aimé, le plus popu­
laire. Personne ne peut être plus digne d'amour que lui - car
il vit une vie de charité et de bonté. Il rendra justice à tous,
accomplira ses fonctions honnêtement et travaillera sincère­
ment pour le bien de tous. Il attirera tout naturellement le
cœur des gens, leur amour et leur estime. Tout le monde
l'honorera et lui fera confiance. Personne n'en est plus digne
que lui - car il n'est pas parjure, mais au contraire un modèle
de droiture, fidèle à sa parole et honnête dans ses actions. Il
sera bon et juste dans toutes ses affaires, car il sait que Dieu
est Omniprésent, toujours Vigilant. Il n'y a pas de mots pour
décrire tout le mérite d'un tel homme. Comment quelqu'un
pourrait-il ne pas lui faire confiance ? Telle est la vie d'un
véritable musulman.
Si vous avez compris la véritable nature d'un musulman,
vous serez convaincu qu'il ne peut vivre dans l'humiliation,
22 Comprendre f'islam

l'asservissement ou la soumission. Il est destiné à devenir le


maître, et aucune puissance terrestre ne peut le dominer ni
le subjuguer. Car l'islam lui inculque les qualités qui ne sau­
raient être éclipsées par aucun charme ni aucune illusion.

Et, après avoir vécu une vie respectable et honorable sur


cette terre, il retournera à son Créateur, qui répandra sur
lui Ses bénédictions - car il aura accompli son devoir hono­
rablement, rempli sa mission avec succès et triomphé de la
mise à l'épreuve.

Voilà l'islam, la religion naturelle de l'homme, la religion


qui n'est associée à aucune personne, peuple, période ou
endroit. C'est la voie de la nature, la religion de l'homme. De
tous temps, en tous lieux, et dans tous les peuples, tous ceux
qui ont reconnu Dieu et aimé la vérité ont cru en cette reli­
gion et s'y sont conformés. Ils étaient tous des musulmans,
qu'ils aient appelé ce mode de vie « islam » ou pas. Quel
qu'en fût le nom, il signifiait islam, et islam uniquement.
CHAPITRE Il

La foi
La foi et l'obéissance
Islam signifie obéissance à Dieu. Il va sans dire que cette
obéissance ne peut être totale que si l' homme connaît cer­
tains faits essentiels et en est fermement convaincu. Quels
sont les principes qu'un homme doit connaître pour diriger
sa vie selon les directives divines ? C'est ce que nous nous
proposons de discuter dans ce chapitre.
D'abord, il faut avoir une foi inébranlable dans l'existence
de Dieu. L'homme pourrait-il Lui être obéissant s'il n'est pas
intimement persuadé de Son existence ?
Ensuite, il faut connaître les attributs de Dieu. C'est la
connaissance de ces attributs qui permet à l' homme de culti­
ver en lui-même les qualités les plus nobles et de mener une
vie de vertu et de bonté. Si on ignore que Dieu existe, qu'Il est
l'unique Créateur et Seigneur de l'univers, et qu'Il ne par­
tage avec aucune autre divinité la plus infime parcelle de Son
pouvoir et de Son autorité, alors on peut devenir la proie
des faux dieux, et leur rendre hommage pour obtenir leurs
grâces. Mais si on connaît l'attribut divin « tawbîd « (unicité
de Dieu), on ne risque pas de succomber à cette illusion.
De même, si l' homme sait que Dieu est Omniprésent et
Omniscient, qu'Il voit, entend et sait tout ce que nous faisons
en public et en privé - et jusqu'à nos pensées non exprimées ! -
24 Comprendre l'islam

alors comment pourra-t-il se permettre de désobéir à Dieu ?


Il se rendra compte qu'il est observé continuellement et se
comportera convenablement. Mais celui qui ignore ces attri­
buts de Dieu peut s' égarer sur la voie de la désobéissance.

Il en est de même pour tous les attributs de Dieu. Le fait


est que les qualités et les attributs qu'un homme doit possé­
der, s'il veut suivre la voie de l'islam, ne peuvent être cultivés
et développés que grâce à une profonde connaissance des
attributs de Dieu. C'est la connaissance de ces attributs
qui purifie l'esprit et l'âme de l'homme, ses croyances, sa
morale, ses actions. Une connaissance superficielle ou pure­
ment théorique de ces attributs ne suffit pas pour la tâche
qui l'attend - il doit posséder une conviction inébranlable,
fermement enracinée dans le cœur et dans l'esprit, p our être
à l'abri des doutes insidieux et des déviations.

De plus, il faut connaître en détail le genre de vie qui


peut plaire à Dieu. Si l'homme ignore ce que Dieu aime ou
n'aime pas, comment peut-il choisir l'un et rejeter l'autre ?
S'il n'a aucune connaissance de la loi divine, comment peut­
il la suivre ? Donc, la connaissance de la Loi Divine et du
Code Révélé est également essentielle à cet égard.

Mais là non plus, la simple connaissance n'est pas suffi­


sante. L'homme doit avoir une confiance, une conviction
pleines et entières que c'est bien la loi divine et que son
salut dépend entièrement de l'observance de ce code. Car la
connaissance sans la conviction n'arrivera pas à aiguillonner
l'homme vers le droit chemin, et il risque de se perdre dans
l'impasse de la désobéissance.
La foi 25

Enfin, il faut aussi connaître les conséquences de


l'obéissance et de la foi, et celles de l'incrédulité et de la
désobéissance. L'homme doit savoir quelles bénédictions
seront répandues sur lui s'il choisit la voie de Dieu et s'il
mène une vie pure, vertueuse et soumise. Et il doit aussi
connaître quelles seront les conséquences néfastes d'une vie
de désobéissance et de rébellion. Ainsi la connaissance de la
vie ultérieure qui nous attend après la mort est absolument
essentielle. L'homme doit avoir une foi inébranlable dans le
fait que la mort ne signifie pas la fin de la vie, qu'il y aura la
résurrection, qu'il passera devant le tribunal suprême présidé
par Dieu Lui-même ; qu'au jour du jugement, la justice pré­
vaudra ; que les bonnes actions seront récompensées et les
mauvaises punies. Chacun aura ce qu'il mérite, et il n'y aura
pas moyen d'y échapper. Cela doit obligatoirement arriver.
Ce sentiment de responsabilité est tout à fait essentiel pour
une obéissance inconditionnelle à la Loi de Dieu.
Un homme qui n'a aucune idée du monde à venir peut
considérer qu'obéissance et désobéissance sont sans impor­
tance. Il peut croire que celui qui obéit comme celui qui
désobéit auront tous les deux la même fin après la mort, ils
retourneront tous les deux à la poussière. Avec une telle men­
talité, comment peut-on s'attendre à ce qu'il se soumette à
tous les inconvénients et les restrictions qui découlent iné­
vitablement d'une vie d'obéissance active, et évite ces péchés
dont l'accomplissement ne lui apporte apparemment aucune
perte morale ou matérielle dans ce monde ? Avec cette men­
talité, un homme ne peut accepter de se soumettre à la Loi
de Dieu. Pas plus qu'un homme qui n'est pas fermement
convaincu de l'existence de la vie ultérieure et du tribunal
26 Comprendre l'islam

divin ne restera ferme et résolu dans les eaux agitées de la


vie, au milieu de toutes les séductions du péché, du crime,
du mal ; car le doute et l'hésitation privent l'homme de sa
volonté d'agir. On ne peut rester ferme dans sa conduite que
si on est ferme dans ses convictions ; or ne peut suivre cette
voie de tout son cœur que si l'on est certain d'avoir intérêt
à le faire et si l'on sait quels désavantages s'ensuivront en cas
de désobéissance. Ainsi, pour mener sa vie dans la voie de
l'obéissance à Dieu, il faut une connaissance approfondie
des conséquences de la foi ou de l'incrédulité, ainsi que de
la vie ultérieure.

Tels sont donc les faits essentiels que l'on doit connaître si
l'on veut vivre la vie d'obéissance, c'est-à-dire l'islam.

La foi : qu'est-ce que cela signifie ?


La foi est ce que nous avons appelé dans la discussion
qui précède « connaissance », « conviction ». Le mot arabe
« îmân », que nous traduisons par foi, veut dire littéralement
« connaître, croire, être convaincu sans doute possible ». La
foi est donc une ferme conviction née de la connaissance.
L'homme qui sait, et est fermement convaincu de l'unicité
de Dieu, de Ses attributs, de Sa loi révélée, du code divin de
la récompense et du châtiment, cet homme donc est appelé
« mu 'min » (fidèle). Cette foi mène invariablement l'homme à
une vie d'obéissance et de soumission à la volonté de Dieu. Et
celui qui mène cette vie de soumission est appelé musulman.

Ceci devrait clairement démontrer que sans la foi (îmân)


personne ne peut être un vrai musulman. C'est un point
essentiel, ou plutôt c'est le point de départ. Le rapport entre
La foi 27

l'islam et al-îmân est celui d'un arbre avec sa grame. De


même qu'un arbre ne peut croître sans une graine, de même
il n'est pas possible à l'homme qui n'a pas la foi au départ
de devenir musulman. Cependant, de même qu'on trouve
parfois un arbre qui malgré la graine semée ne pousse pas,
et cela pour des quantités de raisons, ou même s'il pousse,
sa croissance est compromise ou retardée, de même on peut
trouver un homme qui a la foi, mais à cause de certaines fai­
blesses, peut ne pas devenir un musulman ferme et véritable.
Donc nous voyons que la foi est le point de départ et conduit
l'homme à la vie de soumission à Dieu, et que nul ne peut
devenir musulman sans la foi. Au contraire, un homme peut
avoir la foi, mais en raison de la faiblesse de sa volonté, d'une
mauvaise éducation, ou de mauvaises compagnies, il peut ne
pas mener la vie d'un vrai musulman. Du point de vue de
l'islam et d'al-îmân, tous les hommes peuvent être classés en
quatre catégories :
A) Ceux qui ont une foi inébranlable - une foi qui les fait se
soumettre à Dieu de tout cœur et sans restriction. Ils suivent
le chemin du bien et se consacrent de tout leur cœur, de toute
leur âme à plaire à Dieu, en faisant tout ce qu'Il aime, et
en évitant tout ce qu'Il n'aime pas. Dans leur dévotion, ils
sont encore plus fervents que ne l'est l'homme ordinaire à la
poursuite de la richesse et de la gloire. De tels hommes sont
de vrais musulmans.
B) Ceux qui ont la foi, qui croient en Dieu, en Sa Loi, au
jugement dernier, mais dont la foi n'est pas assez forte et
profonde pour les rendre totalement soumis à Dieu. Ils sont
bien en dessous du rang de vrai musulman, méritent d' être
punis pour leurs manquements et leurs fautes, mais ils sont
28 Comprendre l'islam

tout de même musulmans. Ils sont fautifs d' être coupables,


mais non pas rebelles. Ils reconnaissent le Seigneur et Sa
Loi, et bien qu'ils la transgressent, ils ne se sont pas rebel­
lés contre Lui. Ils admettent Sa suprématie et leur propre
culpabilité. Donc ils sont coupables et méritent un châti­
ment, mais ils restent musulmans.

C) Ceux qui n'ont pas du tout la foi. Ces hommes refusent


de reconnaître la souveraineté de Dieu et sont des rebelles.
Même si leur conduite n'est pas mauvaise et s'ils ne
répandent pas la corruption et la violence, ils restent des
rebelles et leurs actions bonnes en apparence sont de peu de
valeur. De tels hommes sont comme les hors-la-loi. Même si
un hors-la-loi commet certains actes qui sont en conformité
avec la loi du pays, il n'en devient pas pour cela un citoyen
loyal et obéissant, de même le bien apparent de ceux qui se
rebellent contre Dieu ne peut compenser la gravité du mal
réel, la rébellion et la désobéissance.

D) Ceux qui ne possèdent pas la foi et ne font pas non plus


de bonnes actions. Ils répandent le désordre dans le monde et
perpètrent toutes sortes de violences et d'oppression. Ils sont
les créatures les plus abominables car ils sont des rebelles, des
méchants et des criminels.

Cette classification de l'humanité montre clairement que


le véritable succès et le salut de l'homme dépendent d'al­
îmâ n (la foi). La vie d'obéissance (islam) naît de la graine
d'al-îmân. Cet islam peut être parfait ou imparfait. Mais
sans îmâ n il n'y a pas d'islam. Là où il n'y a pas d'islam, il
y a kufr. Sa forme et sa nature peuvent varier, mais de toute
façon, ce sera le kufr, et pas autre chose.
La foi 29

Cela souligne l'importance d'al-îmâ n vis-à-vis de la vie de


soumission totale et véritable à Dieu.

Comment acquérir la connaissance de Dieu ?


La question se pose maintenant : comment acquérir la
connaissance et la foi en Dieu, en Ses attributs, Sa Loi, et au
jugement dernier ?

Nous avons déjà fait allusion aux innombrables mani­


festations de Dieu autour de nous et en nous-mêmes. Elles
attestent qu'il y a un Créateur, et un Créateur Unique, et que
c'est Lui qui contrôle et dirige cet univers. Ces témoignages
reflètent les divins attributs du Créateur : Sa grande sagesse,
Sa science universelle, Son omnipotence, Sa miséricorde, Sa
force, bref, tous Ses attributs sont partout visibles dans Ses
œuvres. Mais l'esprit et les facultés de l'homme se sont égarés
à force d'observer et d'assimiler ces choses qui sont pourtant
claires et manifestes, bien que ses yeux fussent ouverts pour
lire ce qui est écrit dans la Création. Mais c'est là que les
hommes se sont égarés. Certains ont dit qu'il existe deux
dieux, d'autres ont commencé à croire à la trinité, et d'autres
encore sont tombés dans le polythéisme. Certains se sont mis
à adorer les forces de la nature, et d'autres ont divisé la per­
sonne divine en de multiples déités : dieux de la pluie, de l'air,
du feu, de la vie, de la mort . . . Bien que les manifestations
de Dieu fussent parfaitement évidentes, la raison humaine a
trébuché bien des fois et n'a pas réussi à voir la réalité dans Sa
vraie perspective. Elle a rencontré déception sur déception et
n'a abouti qu'à une confusion spirituelle. Nous n'avons guère
besoin de nous étendre sur ces erreurs du jugement humain.
30 Comprendre l 'islam

De même en ce qui concerne la vie après la mort, les


hommes ont avancé bien des théories erronées, par exemple
qu'après la mort l'homme retourne à la poussière et ne
reviendra jamais plus à la vie ou que l'homme est sujet à tout
un processus de régénérations continues dans ce monde et
qu'il est puni ou récompensé dans les cycles de la vie à venir.

La difficulté est encore plus grande quand on vient à la


question du mode de vie. Formuler un code complet et équi­
libré qui puisse plaire à Dieu uniquement avec notre raison
humaine est une tâche extrêmement difficile. Même si un
homme est pourvu des plus hautes facultés de raison et d'es­
prit et s'il possède une sagesse incomparable et l'expérience
de nombreuses années de réflexion, ses chances de formuler
des vues parfaitement justes sur la vie sont fort réduites. Et
même si après des années de réflexion il y parvient, il ne sera
jamais sûr d'avoir réellement découvert la vérité et adopté la
bonne voie.

L'épreuve la plus juste et la plus complète de la sagesse


humaine, de sa raison, et de sa connaissance aurait été
d'abandonner l'homme à ses propres ressources sans aucune
directive extérieure, afin qu'il découvre seul le juste mode de
vie qu'il convient d'adopter sur cette terre. Ainsi, ceux qui
par leurs essais et expériences personnels auraient pu décou­
vrir la vérité et la vertu auraient gagné leur salut tandis que
les autres se seraient perdus. Cependant, Dieu a évité à Ses
créatures humaines une épreuve aussi difficile. Par Sa grâce et
bienveillance, Il a suscité pour l'humanité des hommes élus
d'entre les hommes auxquels Il a révélé Ses attributs, Sa Loi
et le juste code de vie. Il leur a fait connaître la signification
La foi 31

et le but de cette vie ainsi que de la vie ultérieure, et leur


a ainsi montré la route qui mène au succès et à la félicité
éternelle. Ces hommes élus sont les Messagers de Dieu - Ses
prophètes. Dieu leur a communiqué la connaissance et la
sagesse par le moyen de la révélation (waby) et le livre conte­
nant les communications divines est appelé le Livre de Dieu,
ou la Parole de Dieu. L'épreuve de la sagesse et de l'esprit
de l'homme réside donc en cela : après avoir soigneusement
observé sa vie pure et pieuse et ses enseignements pleins de
noblesse, saura-t-il reconnaître le Messager de Dieu ? Celui
qui possède du bon sens et une saine sagesse reconnaîtra la
véracité des instructions dictées par le Messager ; s'il rejette
le Messager de Dieu et ses enseignements, ce refus indiquera
qu' il est complètement incapable de découvrir la vérité et la
justice, et qu'il a échoué à cette épreuve. Un tel homme ne
sera jamais capable de découvrir la vérité sur Dieu et sur Sa
Loi ou sur la vie ultérieure.

Foi dans l'inconnu


C'est une expérience quotidienne que lorsque vous ne
connaissez pas quelque chose, vous cherchez quelqu'un qui
la connaît, vous vous fiez à son avis, et vous le croyez. Si vous
tombez malade et que vous ne pouvez vous soigner vous­
même, vous cherchez un médecin, vous acceptez et suivez ses
instructions sans discuter. Pourquoi ? Parce qu' il est quali­
fié pour donner un avis médical, qu'il a de l'expérience, et
a soigné et guéri un certain nombre de malades. Par consé­
quent, vous vous conformez à son avis, vous faites tout ce
qu'il vous conseille de faire, et évitez tout ce qu' il vous inter­
dit. De même, en matière de procès, vous faites confiance
32 Comprendre l'islam

à votre avocat et agissez selon ses directives. De même, en


matière d'éducation avec votre professeur. Quand vous dési­
rez vous rendre à un endroit, et que vous n'en connaissez pas
le chemin, vous demandez à quelqu'un qui le connaît et vous
suivez la direction qu'il vous indique. Bref, l'attitude raison­
nable que vous adoptez tout au long de votre vie à propos de
choses que vous ignorez est que vous consultez quelqu'un qui
est au courant, vous acceptez son conseil et agissez en consé­
quence. Comme votre propre connaissance est insuffisante,
vous cherchez soigneusement quelqu'un de mieux renseigné
et acceptez ses dires. Vous prenez le plus grand soin à choisir
la personne compétente mais une fois que vous l'avez choisie,
vous acceptez ses conseils sans discuter. Ceci s'appelle « la foi
en l'inconnu ». Car, ici, vous avez fait confiance à quelqu'un
qui a une connaissance sur des matières que vous ne connais­
sez pas. C'est précisément al-îmân-bi-l-ghayb.

Al-îmân bi-l-ghayb signifie que vous arrivez à la connais­


sance de ce que vous ignoriez par l' intermédiaire de
quelqu'un qui sait. Vous ne connaissez pas Dieu et Ses vé­
ritables attributs. Vous ignorez que Ses anges dirigent
le mécanisme de l'univers selon Ses ordres, et qu'ils vous
entourent de toutes parts. Vous ne savez pas exactement
quel mode de vie est susceptible de plaire à votre Créateur,
et vous êtes dans l'ignorance en ce qui concerne la vie ulté­
rieure. La connaissance sur toutes ces matières vous sera
donnée par les prophètes qui ont été en contact direct avec
l'Être divin et ont reçu la connaissance correcte. Ils sont
sincères, intègres, dignes de confiance, pieux, et leur vie de
pureté absolue est un témoin irrévocable de la véracité de
leurs dires. Et par-dessus tout, la sagesse et la force de leur
La foi 33

message vous obligent à admettre qu'ils disent la vérité, et


que tout ce qu'ils prêchent mérite d'être cru et suivi. Cette
conviction qui est la vôtre est al-îmâ n bi-l-ghayb. Une telle
attitude capable de discerner la vérité et de la reconnaître
(c'est-à-dire al-îmâ n bî-l-ghayb) est essentielle pour l'obéis­
sance à Dieu, et pour agir en accord avec Son bon plaisir,
car vous n'avez pas d'autre intermédiaire que le Messager
de Dieu (�) pour atteindre la vraie connaissance, et sans
connaissance véritable vous ne pourrez avancer sûrement
sur le chemin de l'islam.
CHAPITRE Ill

L'apostolat

Notre discussion a mis en évidence les points suivants :

1 - Il est juste que l'homme vive une vie d'obéissance à


Dieu, et pour cela, la connaissance et la foi sont absolument
nécessaires : connaissance de Dieu et de Ses attributs, de ce
qu'Il aime et de ce qu'Il n'aime pas, de Sa voie et du jour du
jugement dernier, et une foi inébranlable en la véracité de
cette connaissance - ceci est la foi (al-îmân).

2 - Dieu a bien voulu épargner à l'homme d'avoir à conqué­


rir cette connaissance au prix d'un effort personnel. Il n'a pas
placé l'homme devant cette épreuve difficile, mais Il a révélé
cette connaissance aux prophètes choisis parmi ses hommes,
leur ordonnant de transmettre Sa volonté aux autres créa­
tures humaines et de leur montrer le droit chemin. Cela a
évité à l'homme de terribles calamités.

3 - Enfin, le devoir de tous, hommes et femmes, est de


reconnaître un prophète, et après s'être assuré qu'il est
véritablement !'Envoyé de Dieu, d'avoir foi en lui et en son
enseignement, d'obéir scrupuleusement et de marcher dans
ses pas. Ceci est la voie du salut.

Dans ce chapitre, nous discuterons de la nature, de l'his­


toire et des autres aspects de l'apostolat.
36 Comp rendre L'islam

Sa nature et sa nécessité
Vous pouvez voir que Dieu a très gracieusement fourni à
l'homme tout ce dont il a besoin dans cet univers. Le nou­
veau-né vient au monde avec des yeux pour voir, des oreilles
pour entendre, un nez pour sentir et respirer, des mains pour
toucher, des pieds pour marcher, et un esprit pour penser et
réfléchir. Toutes les facultés et pouvoirs dont il pourrait avoir
besoin quand il sera un homme ont été merveilleusement
logés dans son petit corps. Les moindres besoins ont été pré­
vus, rien n'a été oublié.
Il en est de même dans l'univers où il vit. Tout ce qui est
essentiel à son existence y est fourni en abondance - air,
lumière, chaleur, eau, etc. Du jour où il ouvre les yeux, l'en­
fant trouve sa nourriture dans le sein de sa mère. Ses parents
l'aiment instinctivement, et dans leur cœur a été implanté
l'instinct protecteur qui les incite à l'élever et à sacrifier leur
bien-être pour le sien propre. Ainsi, affectueusement protégé,
l'enfant atteint la maturité et, à chaque stage de sa vie, trouve
dans la nature tout ce dont il a besoin. Toutes les conditions
matérielles de survie et de croissance lui sont fournies et il
peut se rendre compte que l'univers tout entier est à son ser­
vice et le sert à chaque instant.
Bien plus, l'homme a la chance de disposer de tous les
pouvoirs et facultés - physiques, mentaux et moraux - dont
il a besoin dans sa lutte pour la vie. À ce propos, Dieu a pris
des dispositions merveilleuses : Il n'a pas réparti les dons
strictement également entre les hommes. S'il l'avait fait, cela
aurait rendu les hommes totalement indépendants les uns des
autres et aurait ainsi nui à la conception de coopération et
d'entraide. Donc, bien que l'humanité dans son ensemble
L'ap ostolat 37

dispose de tout ce dont elle a besoin, cependant les facultés


sont distribuées inégalement entre les hommes et avec par­
cimonie. Certains ont une grande force physique, d'autres
se distinguent par leurs capacités intellectuelles. Certains
sont nés avec une grande aptitude pour les arts, la poésie, la
philologie, d'autres ont des talents d'orateur, ou le sens de la
stratégie, des dons pour le commerce, l'esprit mathématique,
la curiosité scientifique, l'observation littéraire, un penchant
pour la philosophie. . . Ces aptitudes particulières distinguent
chaque homme, et lui permettent de saisir les subtilités qui
échappent au commun des mortels. Ces institutions, ces
aptitudes et ces talents sont des dons de Dieu. Ils sont dans
la nature de ceux que Dieu a destinés à être ainsi distingués.
Ces dons sont innés et ne peuvent s'acquérir par l'entraîne­
ment ou l' éducation.
Si l'on songe à cette répartition des dons divins, on s'aper­
çoit qu'elle a été merveilleusement faite. Les capacités qui
sont essentielles pour la survie de la culture humaine ont été
données à l'homme moyen. Tandis que les talents extraordi­
naires, qui ne sont nécessaires que dans une mesure moindre,
ont été donnés seulement à un petit groupe de gens. Il y a un
grand nombre de soldats, de paysans, d'artisans, d'ouvriers ;
mais les chefs militaires, les savants, les hommes d'État et
les intellectuels sont relativement peu nombreux. Il en est de
même dans tous les domaines. La règle générale semble être
la suivante : plus une faculté est développée, plus le génie est
grand, moins il y a de gens qui le possèdent. Les grands génies
qui laissent une empreinte ineffaçable sur l'histoire humaine
et dont les exploits ouvrent la voie à l'humanité pendant des
siècles sont encore bien moins nombreux.
38 Comprendre l 'islam

Ici se pose une autre question : l' humanité a-t-elle besoin


d'experts et de spécialistes uniquement dans le domaine du
droit, de la politique, de la science, des mathématiques, de
la technique, de la mécanique, des finances, de l' économie
ou bien a-t-elle également besoin d' hommes qui puissent
lui indiquer le droit chemin - la voie de Dieu et du salut ?
D'autres experts font connaître à l' homme tout ce qui existe
dans l'univers, ainsi que les moyens et les méthodes pour
les utiliser. Sans doute faut-il quelqu'un pour expliquer à
l' homme quel est le but suprême de cette création et la signifi­
cation de la vie ; qu'est-ce que l' homme lui-même ; pourquoi
il a été créé ; qui lui a fourni les pouvoirs et les ressources
dont il dispose, et pourquoi ; quel est l'idéal ultime de la
vie et comment y parvenir ; quelles sont les valeurs réelles
et comment les atteindre. Voilà quel est le besoin primordial
de l' homme, et s'il ignore cela, il ne trouvera jamais de base
solide ni ne réussira dans cette vie comme dans la vie future.
Notre raison se refuse à croire que Dieu qui a tout prévu
pour l' homme, jusqu'au plus banal de ses besoins, ait pu
omettre de pourvoir à ce besoin, le plus grand et le plus
vital d'entre tous. Il ne peut en être ainsi. Et il n'en est pas
ainsi. Dieu a produit des hommes éminents dans les arts et
dans les sciences, mais il a également suscité des hommes
à l'intuition profonde, clairvoyants et aptes à connaître et
assimiler. C'est à eux qu'il a lui-même révélé le chemin de
la piété et de la vertu. Il leur a expliqué les buts de la vie et
les valeurs morales, et leur a confié la mission de communi­
quer la divine Révélation aux autres êtres humains et de leur
montrer le droit chemin. Ces hommes sont les prophètes, les
messagers de Dieu.
L'apostolat 39

Les prophètes se distinguent dans la société humaine


par leurs aptitudes spéciales, leurs extraordinaires capaci­
tés et leurs aptitudes naturelles. Le génie ne se réclame que
de lui-même et convainc automatiquement les autres. Par
exemple, quand on écoute un vrai poète, on reconnaît de
suite son génie extraordinaire, ceux qui ne possèdent pas
naturellement ce talent n'arriveront jamais à atteindre cette
excellence, même en essayant de toutes leurs forces. De
même pour les orateurs, les écrivains, les chefs, les inventeurs
nés. Chacun de ces talents se remarque par son ampleur et
ses résultats extraordinaires. Les autres ne peuvent soute­
nir la comparaison. De même avec le prophète. Son esprit
saisit des problèmes qui échappent aux autres cerveaux ;
il explique les sujets que personne ne peut aborder ; son
intuition éclaire des questions si subtiles et si compliquées
que personne ne réussirait à comprendre, même après des
années de réflexion et de méditations profondes. La raison
approuve tout ce qu'il dit ; le cœur sent que cela est vrai ;
l'expérience et les observations des phénomènes du monde
attestent toutes la véracité de ses paroles. Mais si nous
essayons nous-mêmes d'en faire autant, c'est un échec. La
nature et les dispositions du prophète sont si bonnes et si
pures que son attitude est toujours digne de confiance, hon­
nête et noble. Il ne commet pas de mal, ni ne profère de
mauvaises paroles. Il indique toujours la vertu et pratique
lui-même ce qu'il prêche aux autres. En aucun cas sa vie
n'est en désaccord avec ses idéaux. Ni ses paroles ni ses actes
ne sont dictés par l'intérêt personnel. Il souffre pour le bien
des autres, sans attendre de réciprocité. Sa vie tout entière
est un exemple de vérité, de noblesse, de pureté, de nature,
de pensée élevée, de la forme la plus exaltée d' humanité.
40 Comprendre l 'islam

Son caractère est irréprochable et sa vie est exempte de fai­


blesses. Tous ces faits, cous ces attributs prouvent qu'il est le
prophète de Dieu et qu'on peut avoir foi en lui.

Quand il devient évident que celle personne est le véri­


table prophète envoyé de Dieu, il est par-là même logique
d'écouter ses paroles, de suivre ses instructions, d'exécuter
ses ordres. Il serait tout à fait illogique de reconnaître un
homme comme vrai prophète de Dieu, et ensuite de ne pas
croire en ce qu'il dit ou de ne pas suivre ce qu' il ordonne
car l'acceptation même de cet homme comme un prophète
envoyé de Dieu signifie que l'on admet que ses paroles
viennent de Dieu, et que toutes ses actions sont en confor­
mité avec la volonté et le plaisir de Dieu. Lui désobéir, c'est
désobéir à Dieu, et désobéir à Dieu n'amène que ruine et
désolation. C'est pourquoi la reconnaissance même du pro­
phète vous oblige à vous incliner devant ses instructions et
les accepter sans murmurer, quelles qu'elles soient. Peut-être
ne pourrez-vous pas saisir la sagesse ou l'utilité de tel ou
tel ordre, mais le fait même qu'une instruction émane du
prophète est une garantie suffisante de sa véracité, et il ne
saurait y avoir la place pour le doute ou la suspicion. Si vous
ne le comprenez pas, cela ne veut pas dire qu' il a fait une
erreur, car la compréhension de l'homme ordinaire n'est pas
parfaite. Elle a ses limites qui ne peuvent être ignorées. Il
est évident que celui qui ne connaît par un art à fond, ne
peut en saisir les subtilités, mais il serait stupide de rejeter ce
que dit un expert simplement parce qu'on ne comprend pas
parfaitement son jugement ! Il faut noter que dans toutes les
affaires importantes de ce monde, on a besoin des conseils
L'apostolat 41

d'un expert, et lorsque vous vous adressez à lui, vous lui


faites confiance. Vous préférez ne pas juger par vous-mêmes
mais suivre ses conseils. Tout le monde ne peut exceller dans
tous les arts et les métiers. Les gens ordinaires font de leur
mieux et, pour les choses qu'ils ignorent, emploient toute
leur sagesse et leur sagacité à trouver l'homme qualifié qui
pourra les guider et les aider. Une fois qu'ils l'ont trouvé,
ils acceptent et suivent ses conseils. Quand vous êtes per­
suadé que telle personne est l'homme le plus qualifié pour
le problème qui vous occupe, vous sollicitez ses conseils
et directives et vous lui faites confiance. L'interrompre à
chaque instant pour dire : « Expliquez-moi cela avant d'aller
plus loin » sera évidemment ridicule. Quand vous engagez
un homme de loi pour un litige, vous ne vous mêlez pas de
ce qu'il fait à chaque nouvelle procédure. Il vaut mieux lui
faire confiance et suivre ses conseils.

Pour un traitement médical, vous allez consulter le


médecin, et vous vous conformez à ses instructions. Vous
n'intervenez pas dans les questions médicales et vous n'exer­
cez pas vos dons de logicien à argumenter avec le médecin.
C'est la conduite qu'il convient d'adopter dans la vie. Il doit
en être de même en matière de religion. Vous avez besoin
de connaître Dieu, et de trouver le mode de vie qui peut
Lui plaire ; et vous n'avez pas de moyens d'acquérir cette
connaissance. Il vous incombe par conséquent de chercher
un vrai prophète de Dieu et il vous faudra user d'un soin
infini, de discernement et de sagacité dans cette recherche,
car si vous choisissez une personne qui n'est pas un vrai pro­
phète, il vous entraînera sur la mauvaise voie. Si, cep endant,
42 Comp rendre l'islam

après avoir mûrement pesé et réfléchi, vous finissez par


décider que telle personne est réellement le prophète envoyé
de Dieu, alors vous devez lui faire entièrement confiance et
obéir fidèlement à toutes ses instructions.

Maintenant, il est clair que le droit chemin est celui, et


celui seul, que le prophète déclare venir de Dieu. On com­
prendra aisément que la foi et l'obéissance au prophète sont
absolument vitales pour tout le monde, et qu'un homme qui
rejette les instructions du prophète, et essaie de se frayer lui­
même une route, dévie du droit chemin, et est sûr de s' égarer.
En cette matière, les hommes se sont rendus coupables
d'étranges erreurs. Certains ont admis que le prophète était
intègre et digne de confiance, mais n'avaient pas la foi en lui
(al-îmân) ni ne suivaient ses conseils pour diriger leur vie.
Ils sont non seulement des négateurs (kâfirîn) mais aussi se
comportent d'une manière très imprudente et illogique : car
ne pas écouter le prophète après l'avoir reconnu comme tel
signifie que l'on s'engage volontairement dans l'erreur. Peut-il
y avoir plus grande folie !

D'autres ont déclaré : « Nous n'avons pas besoin de


prophète pour nous guider et nous pouvons trouver nous­
mêmes le chemin de la vérité. » Ceci est également une vue
erronée. Vous avez probablement étudié la géométrie, et
vous savez qu'entre deux points il ne peut y avoir qu'une
ligne droite, et une seule, et que toutes les autres lignes sont
courbes ou alors ne touchent pas les deux points à la fois.
C'est la même chose pour le chemin de la vérité qui, dans
le langage de l'islam s'appelle « iirât al-mustaqîm » (la voie
droite). Ce chemin part de l'homme et va droit à Dieu,
L'apostolat 43

et il n'en existe qu'un seul et unique ; tous les autres che­


mins sont des aberrations. Cette route droite a été tracée
par le prophète et il ne peut y en avoir d'autre. L'homme
qui dédaigne ce chemin et cherche d'autres voies est victime
de sa propre imagination. Il choisit une voie et s'imagine que
c'est la bonne, mais il se perd bientôt dans les méandres et
le labyrinthe de son imagination. Que pouvez-vous penser
de quelqu'un qui s'est égaré, quand une personne secourable
lui montre la route à suivre, ignore complètement le conseil
et déclare : « Je n'ai que faire de vos directives et ne pren­
drai pas le chemin que vous m'avez indiqué, mais je vais
moi-même partir au hasard dans cette région inconnue et
essayer d'atteindre ma destination à ma manière » ? Cette
manière d'agir serait vraiment stupide quand on dispose des
directives lumineuses des prophètes. Si tout le monde essaie
de repartir de zéro, cela sera une énorme perte de temps
et d' énergie. Nous ne faisons jamais cela dans le domaine
de la science ou des arts ; pourquoi le faire dans le domaine
de la religion ?

C'est une attitude assez commune et en réfléchissant un


peu, on voit combien elle est erronée et défectueuse. Mais
si l'on y pense un peu plus profondément, on remarque
que celui qui refuse de faire confiance au vrai prophète ne
découvrira pas le droit chemin, direct ou non, qui mène à
Dieu. Cela, parce que celui qui refuse de suivre les conseils
d'un homme épris de vérité adopte par-là même une atti­
tude si perverse que les perspectives de la vérité lui resteront
étrangères et qu'il devient la victime de sa propre obstina­
tion, de son arrogance, de ses préventions et de sa perversité.
Ce refus provient souvent d'un amour-propre mal placé,
44 Comp rendre l'islam

d'un conservatisme aveugle, et d'une adhésion obstinée aux


traditions ancestrales, ou d'un abandon aux bas instincts
dont l'assouvissement devient impossible si l'on se soumet
aux enseignements des prophètes. Si un homme se trouve
dans un tel état d'esprit, le chemin de la vérité lui restera
fermé. Tel un malade de la jaunisse, il ne peut voir les choses
avec les couleurs de la réalité. Il ne découvrira aucune voie
vers le salut. Mais, d'autre part, si un homme est sincère,
aime la vérité, et s'il n'est l'esclave d'aucun des complexes que
nous venons de citer, la voie de la réalité s'ouvrira devant lui,
et il n'a aucune raison de rejeter les paroles du prophète. Au
contraire, il découvre dans les enseignements du prophète
l' écho même de sa propre âme, et se découvre en découvrant
le prophète.

Et par-dessus tout, le vrai prophète est suscité par Dieu


Lui-même. C'est Lui qui l'a envoyé vers l'humanité pour
transmettre Son message à Son peuple. Dieu Lui-même
nous ordonne d'avoir foi en le prophète et de l'écouter. Donc
celui qui refuse de croire en lui refuse en fait de suivre les
commandements de Dieu et devient un rebelle. Il est incon­
testable que celui qui refuse de reconnaître l'autorité du
représentant du souverain refuse en fait celle du souverain
lui-même. Cette désobéissance fait de lui un rebelle. Dieu est
le Seigneur de l'univers, le vrai Souverain, le Roi des rois, et
c'est le devoir le plus strict de tout homme de reconnaître
l'autorité de Ses messagers et de Ses apôtres, et de leur obéir
comme à ses prophètes accrédités. Celui qui se détourne du
prophète de Dieu est sûrement un kâfir, qu'il soit croyant en
Dieu ou incroyant.
L'apostolat 45

Bref historique
Examinons maintenant l'histoire de l'apostolat. Voyons
quels furent les premiers maillons de cette longue chaîne de
prophètes qui aboutit à l'apostolat du dernier des prophètes,
Mul}.ammad (*).

La race humaine est issue d'un seul homme : Adam. C'est


à partir de lui et de sa postérité que la famille humaine s'est
agrandie et multipliée. Tous les êtres humains en ce monde
sont les descendants de ce couple originel : Adam et Ève.
L'histoire et la religion sont d'accord sur ce point. [C'est une
conception révolutionnaire très importante. Sa conséquence
logique est l'unité de l'humanité et l'égalité entre tous les êtres
humains. Il est stupide de faire une discrimination fondée sur
des notions de classe, de couleur, de race ou de territoire. À
une époque où le nationalisme, le racisme étroit, et l'antisémi­
tisme sanglant déchirent le monde, cette croyance en l'unité
de l'humanité est une réconfortante lueur d'espoir pour le fu­
tur.] Des investigations scientifiques sur l'origine de l'homme
n'ont jamais pu démontrer qu'à l'origine sont apparus diffé­
rents hommes, simultanément ou à des moments différents,
dans différentes parties du globe. La plupart des savants sup­
posent qu'un premier homme aurait d'abord existé, et que la
race humaine tout entière serait issue de ce même homme.

Adam, le premier homme, fut également le premier pro­


phète de Dieu qui lui révéla Sa religion - l'islam - et lui
ordonna de la transmettre à ses descendants de leur ensei­
gner qu'Allah est Un, le Créateur, le Soutien du monde, qu'il
est le Seigneur de l'Univers, et que Lui Seul doit être adoré
46 Comprendre l'islam

et obéi ; que c'est vers Lui qu'ils allaient retourner un jour ;


qu' à Lui Seul ils devaient demander de les secourir ; ils
devaient mener une vie pieuse et honnête, qui plaise à Dieu.
S'ils acceptaient de vivre ainsi, ils seraient bénis par Dieu
et récompensés comme ils le méritent, mais s'ils se détour­
naient de Lui, et Lui désobéissaient, ils seraient perdants
dans cette vie comme dans l'autre, et sévèrement punis pour
cette incrédulité et cette désobéissance.
Les meilleurs parmi les descendants d'Adam suivirent le
droit chemin indiqué par leur père mais les méchants aban­
donnèrent ses enseignements et dérivèrent graduellement
dans des directions erronées. Certains se mirent à adorer le
soleil, la lune, les étoiles ; d'autres, les arbres, les animaux et
les fleuves. Certains crurent que l'air, l'eau, le feu, la santé,
tous les bienfaits et les forces de la nature étaient les attri­
buts de dieux divers et qu'il fallait tous les adorer pour se
concilier leurs grâces. De cette manière, l'ignorance pro­
duisit de nombreuses formes de polythéisme et d'idolâtrie
(shirk), et les religions se multiplièrent. C'était l' époque où la
descendance d'Adam s' était largement répandue à la surface
du globe et avait formé plusieurs races et nations. Chaque
nation s' était constituée sa propre religion, avec ses cultes et
ses rites propres. Dieu - le seul Seigneur et Créateur de l' hu­
manité et de l'univers - était complètement oublié. Bien pis,
les descendants d'Adam oublièrent jusqu'au genre de vie qui
leur avait été prescrit par Dieu et que leur grand ancêtre leur
avait enseigné. Ils avaient suivi leurs propres tendances. Les
pratiques mauvaises et les idées erronées se multiplièrent. Les
hommes commencèrent à ne plus savoir distinguer le bien
du mal ; beaucoup de mauvaises choses furent considérées
L'apostolat 47

comme bonnes, et beaucoup de bonnes choses étaient non


seulement ignorées mais considérées comme mauvaises.
[Cette conception de l'histoire des religions est diamétrale­
ment opposée à la conception appelée évolutionniste de la
religion, qui considère l'adoration de la nature comme le
premier stage ; ces personnes s'arrêtent aux manifestations
de l'adoration de la nature dans les sociétés primitives, mais
ne tentent pas d'explorer les formes encore plus anciennes
dont cette adoration n'est que la forme corrompue et per­
vertie. Des études scientifiques plus récentes confirment
l'idée que le tawbîd (adoration d'un seul Dieu) fut la forme
la plus ancienne d'adoration et que toutes les autres formes
sont des déviations plus tardives de cette religion universelle.
Ceux qui désirent approfondir ce sujet peuvent consulter le
remarquable traité du Professeur W. Schmidt, The Origin
and Growth of Religions (traduction anglaise de H. -J. Rose.
London, Methuen).]

À ce stade, Dieu commença à susciter des prophètes parmi


chaque nation, qui prêchèrent l'islam. Chacun rappela à son
peuple la leçon qu'il avait oubliée. Ils leur enseignèrent l'ado­
ration de Dieu, mirent fin à l' idolâtrie et à la pratique du shirk
(associer d'autres divinités à Dieu). Ils se débarrassèrent de
toutes les coutumes issues de l'ignorance ; ils leur inculquèrent
le mode de vie qu'il convient de pratiquer pour plaire à Dieu,
et leur donnèrent des codes de lois pour vivre en société.
Les prophètes de Dieu furent suscités dans tous les pays,
parmi tous les peuples. Ils professaient tous la même religion
- l'islam. [Il existe une conception très erronée, répandue
surtout parmi les écrivains occidentaux, selon laquelle l'islam
doit son origine au prophète Mul;iammad (�) et certains
48 Comp rendre l'islam

vont même jusqu' à l'appeler - le fondateur de l' islam. C'est


un travesti de la vérité. L'islam a été la religion de tous les
prophètes de Dieu, et tous ont apporté le même message. Les
prophètes n'ont pas été les fondateurs de l'islam : ils en ont
été les messagers. L'islam est la Révélation divine transmise à
l'humanité par les vrais prophètes.]

Sans doute, les méthodes d'enseignement et les codes


de lois des divers prophètes différaient selon les besoins et
le niveau de culture du peuple auquel ils étaient destinés.
Les enseignements particuliers de chaque prophète étaient
déterminés par les maux auxquels ils devaient être confron­
tés et qu'ils essayaient d'extirper. Les méthodes de réforme
différaient aussi pour être mieux à même de combattre telle
ou telle idée. Si une nation n'avait atteint qu'un stade encore
assez primitif de sa civilisation et de son développement
intellectuel, les lois et les principes des prophètes étaient
simples ; ils se modifiaient et s'amélioraient en fonction de
l' évolution et de la progression de la société. Ces différences
cependant sont purement formelles et superficielles. Les
enseignements fondamentaux de toutes les religions étaient
les mêmes : croyance en l'unicité de Dieu, vie pieuse, ver­
tueuse et paisible, croyance en une vie après la mort avec son
juste système de récompense et de châtiment.

L'attitude de l'homme envers les vrais prophètes de Dieu a


été bien étrange. D'abord, il les maltraita, et refusa d'écouter
et de suivre leurs enseignements. Certains prophètes furent
exilés, d'autres assassinés ; d'autres, face à l'indifférence
du peuple, continuèrent de prêcher toute leur vie, pour ne
gagner qu'une poignée de disciples. Au milieu de l'opposition,
L'apostolat 49

de la dérision, des humiliations lassantes auxquelles ils


étaient perpétuellement sujets, ces apôtres de Dieu n'aban­
donnèrent cependant pas la prédication. Leur détermination
patiente triompha finalement et leur enseignement ne resta
pas sans effet. D'importants groupes de peuples et de nations
acceptèrent leur message et se convertirent à leurs idées. Les
erreurs nées de siècles de déviation, d'ignorance et de pra­
tiques mauvaises prirent alors une autre forme : tant que les
prophètes furent en vie, leurs enseignements furent suivis et
acceptés, mais après leur mort, les nations réintroduisirent
leurs vieilles erreurs dans leurs religions et altérèrent les
directives des prophètes. Ils adoptèrent des formes nouvelles
d'adoration ; certains se mirent même à adorer leur prophète
et en firent tantôt les incarnations de Dieu, tantôt les fils
de Dieu ; certains associèrent même leurs prophètes avec
Dieu dans la divinité. Bref, les diverses attitudes qu'adopta
l' homme à cet égard étaient un travesti de sa raison et une
dérision : il idolâtra les personnes mêmes dont la mission
sacrée avait été de détruire les idoles. En mélangeant la reli­
gion, la coutume et les rites de l'ignorance, les anecdotes
fausses et sans fondement et des lois inventées par eux­
mêmes, les hommes changèrent et pervertirent l'idéologie des
prophètes à tel point qu'après plusieurs siècles elle était deve­
nue un mélange de réel et de fiction. Et les enseignements des
prophètes disparurent dans un conglomérat de perversions
et de fiction, de sorte qu'il était impossible de distinguer
le bon grain de l'ivraie. Et, non contents de corrompre les
enseignements des prophètes, ils introduisirent des anec­
dotes inventées et des traditions apocryphes aux vies de leurs
prophètes, et défigurèrent leurs biographies tant et si bien
50 Comprendre l'islam

qu'il devint impossible d'en faire un rapport exact et digne


de foi. En dépit de ces corruptions ultérieures, le travail des
prophètes ne fut pas complètement inutile. Parmi toutes les
nations, en dépit de toutes les interpolations et altérations,
il est resté quelques traces de la Vérité. L'idée de Dieu et de
la vie qui suit la mort, quelques principes de bonté et de
moralité, ont été définitivement adoptés et assimilés sous une
forme ou une autre par tous les peuples. Les prophètes ont
donc préparé moralement leurs peuples respectifs à recevoir
une religion universelle - une religion en harmonie parfaite
avec la nature humaine, qui fût la somme de tout ce qu'il y
avait de bon dans les croyances et les sociétés antérieures, et
communément acceptable par l' humanité tout entière.
Comme nous l'avons déjà dit, au commencement, des
prophètes différents apparurent dans chaque nation, et leur
enseignement était conçu spécialement pour convenir à
chaque peuple. La raison en était qu'à ce stade de l' histoire,
les nations vivaient séparées et tellement isolées les unes des
autres que chacune restait confinée à l'intérieur de ses limites
géographiques et que les possibilités d' échange étaient prati­
quement inexistantes. Dans de telles circonstances, il était
extrêmement difficile de propager une foi mondiale com­
mune avec un système commun de lois et de règles pour la
vie sur cette terre. D'ailleurs, les conditions générales des
nations de !'Antiquité variaient énormément entre elles.
L'ignorance était immense et avait produit selon les peuples
des formes différentes d'aberrations morales et de corruption
de la foi. Il était donc nécessaire que différents prophètes
fussent suscités pour leur prêcher la Vérité et les gagner à la
voie du Seigneur ; pour éliminer progressivement les maux
L'apostolat 51

et les aberrations, les arracher à leur ignorance, leur ensei­


gner à pratiquer les nobles principes d'une vie simple, pieuse
et honnête, et aussi les éduquer dans les arts et les métiers
de la vie. Dieu Seul sait combien de siècles s' écoulèrent ainsi
à éduquer l'homme et à le faire progresser mentalement,
moralement et spirituellement. De toute façon, l'homme
ne cessa de progresser, et finalement il arriva le temps où il
quitta le stade de l'enfance, et atteignit la maturité.

Avec le progrès et le développement du commerce, de l'in­


dustrie et des arts, des relations s'établiront entre les nations.
De la Chine et du Japon, des lointaines terres d'Europe et
d'Afrique, des itinéraires réguliers furent ouverts sur terre
comme sur mer. Beaucoup de gens apprirent à lire et à écrire ;
l'instruction augmenta. Les idées et le savoir commencèrent
à se communiquer de pays à pays. De grands conquérants
apparurent : ils étendirent leurs conquêtes, constituèrent de
vastes empires et réunirent sous la même domination des
nations très différentes. Ainsi, les peuples se rapprochèrent et
les différences s'estompèrent.

Les conditions se trouvaient ainsi réunies pour qu'une foi


unique préconisant un mode de vie universel, répondant
à tous les besoins humains, moraux, spirituels, sociaux,
culturels, politiques, économiques et autres des hommes, et
comprenant à la fois des éléments religieux et séculiers, fût
envoyée par Dieu à l'humanité tout entière. Il y a plus de
deux mille ans, l'humanité avait un stade de développement
mental qui aspirait à une religion universelle, le bouddhisme,
qui ne comprenait que quelques principes moraux, mais
n' était pas un système de vie complet. Cette religion prit
52 Comprendre l'islam

naissance en Inde et s' étendit jusqu'au Japon et la Mongolie


d'une part, et en Afghanistan et à Bakhara d'autre part. Ses
missionnaires parcoururent le monde. Quelques siècles plus
tard, le christianisme apparut. Bien que la religion enseignée
par Jésus-Christ v��ls-) ne fût autre que l'islam, ses disciples
et partisans la réduisirent à un mélange appelé christianisme,
et cette religion, manifestement destinée aux seuls Israélites,
fut répandue dans les contrées reculées de la Perse et de l'Asie
Mineure, d'Europe et d'Afrique. Ces événements prouvent
clairement que les conditions de cette époque exigeaient une
religion commune à toute l'humanité, et le besoin s'en faisait
sentir si fort, qu' à défaut de religion véritable et complète, les
hommes commencèrent à embrasser les religions existantes,
tout imparfaites qu'elles fussent.
À un stade aussi crucial de la civilisation, quand l'esprit
humain lui-même exigeait une religion mondiale, un pro­
phète fut suscité en Arabie pour le monde entier et pour
toutes les nations. La religion qu'il fut chargé de propager
était à nouveau l'islam, mais cette fois sous la forme d'un
système complet, achevé, s'appliquant à tous les aspects de la
vie matérielle et individuelle de l'homme. Il fut fait prophète
de toute la race humaine, et sa mission s'étendait au monde
entier. C'est Mul:iammad, le Prophète de l'islam (�).

L'apostolat de Mul;iammad
Jetons un coup d'œil sur la carte du monde. Nous nous
apercevons qu'il n'y avait pas de pays plus approprié que
l'Arabie pour cette religion universelle devenue si nécessaire.
L'Arabie est située entre l'Asie et l'Afrique, pas trop loin
L'apostolat 53

de l'Europe. À l' époque de Muç.ammad, la partie méridio­


nale de l'Europe était habitée par des nations civilisées et
culturellement développées et ainsi, ces peuples se trouvaient
à distance à peu près égale de l'Arabie, tout comme les peuples
de l' Inde. Ceci donnait en Arabie une position centrale.

Si vous étudiez l' histoire de cette époque, vous verrez


également qu'aucun autre peuple n'était plus approprié pour
recevoir l'apostolat que les Arabes.

Les grandes nations du monde avaient combattu sans


merci pour la suprématie mondiale, et dans cette longue et
incessante lutte, ils avaient épuisé toutes leurs ressources et
leur vitalité. Les Arabes étaient un peuple neuf et viril. Le
soi-disant progrès social avait produit de mauvaises habitudes
parmi les nations développées tandis que, parmi les Arabes,
il n'existait pas de celle organisation sociale. Ils étaient par
conséquent dénués de paresse, d'avilissement, et de vices nés
du luxe et de la satiété sensuelle. Les Arabes païens du vne
siècle n'avaient pas été affectés par les mauvaises influences
des systèmes sociaux et de la civilisation artificielle des
grandes nations du monde. Ils possédaient toutes les quali­
tés humaines saines d'un peuple non atteint par le « progrès
social » du temps. Ils étaient courageux, généreux, fidèles à la
parole donnée, épris de liberté, politiquement indépendants,
libres de toute hégémonie. Ils vivaient une vie frugale, sans
connaître le luxe ou la licence. Sans doute y avait-il bien des
aspects répréhensibles dans leur vie également, comme nous
le verrons plus loin, mais la raison en était que depuis des
millénaires aucun prophète ne s' était manifesté parmi eux,
aucun réformateur pour les civiliser et expurger leur vie
54 Comprendre L'islam

morale de toutes ses impuretés. Des siècles de vie libre et


indépendante, dans des déserts de sable, les avaient rendus
extrêmement ignorants. Ils étaient par conséquent si endurcis
et ancrés dans leur tradition d'ignorance que les humaniser
n'était pas la tâche d'un homme ordinaire. Mais, d'un autre
côté, si quelqu'un doté de pouvoirs extraordinaires allait les
inviter à se réformer, et leur donnait un noble idéal et un
programme complet, ils étaient prêts à écouter son appel, et à
œuvrer avec bonne volonté vers un tel but sans reculer devant
aucun sacrifice pour cette cause. Ils étaient prêts à faire face,
sans le moindre regret, à l'hostilité du monde entier pour la
cause de leur mission. Et, en vérité, c' était bien un tel peuple,
jeune, plein de force, viril, qui était nécessaire pour répandre
les enseignements du prophète universel : Mul;iammad û�).
Considérez ensuite la langue arabe : si vous l' étudiez, si
vous étudiez la littérature arabe, vous serez convaincus qu'il
n'y avait pas de langue plus appropriée pour exprimer des
idéaux élevés, pour expliquer les problèmes les plus subtils
et les plus délicats de la connaissance divine, pour toucher
le cœur de l'homme et l'incliner à la soumission à Dieu.
Des phrases courtes suffisent à exprimer tout un monde
d'idées et, en même temps, à imprimer une telle marque
dans le cœur que leur simple son vous amène aux larmes et
à l'extase. Elles sont douces comme le miel, si harmonieuses
qu'elles font vibrer de leur musique toutes les fibres du corps
humain. C'est une telle langue, si riche et si puissante, qui
était nécessaire pour le Coran, la sainte Parole de Dieu.

C'est donc une manifestation supplémentaire de la grande


sagesse divine que d'avoir choisi la terre d'Arabie comme lieu
L'apostolat 55

de naissance du Prophète universel. Voyons maintenant


combien était unique et extraordinaire la personnalité bénie
que Dieu choisit pour cette mission de prophète universel.

Si l'on pouvait fermer les yeux et se reporter dans le


monde d'il y a mille quatre cents ans, on verrait que c'était
un monde complètement différent du nôtre, n'offrant pas la
moindre ressemblance avec le chaos qui nous entoure. Les
occasions d' échanger des idées étaient rares, les moyens de
communication primitifs et insuffisants, et la connaissance
humaine, réduite et étroite dans sa conception, baignait dans
une atmosphère de superstition et d'idées folles et perverties.
Les ténèbres régnaient. La somme des connaissances de
l'époque n' était pas suffisante pour illuminer l' horizon de
l'esprit humain. Il n'y avait ni radio, ni téléphone, ni télévi­
sion, ni cinéma. Les trains, les voitures et les avions n' étaient
même pas concevables, et l'on ignorait tout de l'imprimerie
et de l' édition. Des manuscrits, œuvres des copistes, four­
nissaient seuls le rare matériel littéraire à transmettre d'une
génération à l'autre. L'instruction était un luxe réservé aux plus
fortunés, et les écoles étaient extrêmement rares. La somme
des connaissances humaines était peu importante. L'homme
avait une conception étroite et ses idées sur lui-même
et sur la création se bornaient à son horizon limité. Même un
savant de cette époque était dépourvu, à certains égards, du
savoir possédé par le commun des mortels aujourd' hui. Et
les gens les plus cultivés étaient moins raffinés que l' homme
de la rue maintenant.

L'humanité était véritablement plongée dans l'ignorance et


la superstition. La faible lueur de connaissance qui existait
56 Comp rendre l'islam

alors semblait livrer un combat perdu d'avance contre les


ténèbres qui triomphaient alentour. Ce qui est aujourd'hui
considéré comme un niveau moyen d'instruction pouvait dif­
ficilement être atteint en ces temps-là, même après des années
de recherche et de réflexion patientes. Les gens entreprenaient
des voyages hasardeux et passaient toute leur vie à acquérir
le peu d'instruction qui est aujourd'hui l'apanage de tous.
Les choses qu'on appelle maintenant mythes et superstitions
étaient à cette époque des vérités indiscutées. Les actes consi­
dérés aujourd'hui comme haïssables et barbares étaient alors
tout à fait normaux. Des méthodes odieuses à notre actuel sens
dè la morale constituaient la base même de la moralité, et on
ne pouvait imaginer en ce temps-là qu'il puisse exister d'autre
genre de vie. L'incrédulité avait pris de telles proportions et
s'était tellement étendue que les gens ne considéraient comme
élevé et sublime que le surnaturel, l'extraordinaire, le mysté­
rieux et même l'insensé. Ils avaient acquis un tel complexe
d'infériorité qu'ils ne pouvaient imaginer qu'un être humain
pût posséder une âme divine, ou qu'un saint fût fait homme.

L'Arabie, abîme des ténèbres


Dans cette ère d'obscurantisme il y avait un pays où les
ténèbres étaient encore plus épaisses qu'ailleurs. Les pays
voisins, la Perse, Byzance, l'Égypte, étaient plus civilisés et
cultivés, mais l'Arabie n' était nullement influencée par leur
culture. Elle était isolée par de vastes océans de sable. Les
marchands arabes, qui entreprenaient de longs périples de
plusieurs mois, commerçaient avec ces pays, mais ils ne pou­
vaient acquérir de savoir pendant ces voyages. Dans leur pays,
il n'y avait ni école, ni bibliothèque ; personne ne semblait
L'apostolat 57

s'intéresser au développement de la science. Les rares per­


sonnes qui savaient lire et écrire n' étaient pas assez instruites
pour s'intéresser aux arts et aux sciences existantes. Ils pos­
sédaient bien un langage très développé, capable d'exprimer
les plus subtiles nuances de la pensée humaine, et un goût
littéraire raffiné, mais l' étude des vestiges de leur littérature
montre combien leur savoir était limité, leur niveau de civi­
lisation bas, et combien leurs croyances étaient imprégnées
de superstitions, leurs pensées et coutumes barbares et
féroces, leurs conceptions morales rudes et avilies.
C'était un pays sans gouvernement. Chaque tribu récla­
mait la souveraineté et se considérait comme indépendante.
Il n'y avait pas d'autre loi que celle de la jungle. Le butin,
l'incendie, le meurtre du faible et de l'innocent étaient à
l'ordre du jour. La vie humaine, la propriété et l' honneur
étaient constamment menacés. Les différentes tribus étaient
à couteaux tirés entre elles. Le plus banal incident suffisait
à susciter une querelle qui dégénérait en combat furieux ou
parfois même en conflit à l'échelle d'un pays, qui durait des
dizaines d'années. Un bédouin ne voyait pas la nécessité
d' épargner un membre d'une autre tribu qu'il pensait avoir
parfaitement le droit de tuer et de piller. [Le professeur Joseph
Hell écrit dans The Arab Civilisation, page 10 : « Ces conflits
détruisirent le sentiment d'unité nationale et développèrent
un particularisme incurable ; chaque tribu étant ainsi vouée
à se suffire à elle-même, et considérant les autres comme ses
légitimes victimes pour le meurtre et le pillage ».]
Toutes les notions de morale, de culture, de civilisation
qu'ils pouvaient avoir étaient primitives et grossières. Les bé­
douins distinguaient difficilement le pur de l'impur, le légal
58 Comprendre l'islam

de l'illégal, le civil de l' incivil. Ils avaient une vie rude et


des mœurs barbares. Ils se complaisaient dans l'adultère, le
jeu et la boisson. Le butin et le pillage étaient leur devise,
le meurtre et la rapine chose quotidienne et banale. Ils se
montraient nus en public sans la moindre pudeur. Même
les femmes venaient nues à la procession autour de la Ka'ba.
Pour de stupides notions de prestige, ils enterraient vivantes
leurs filles, afin de ne pas avoir de beau-fils. Ils épousaient
leur belle-mère après la mort de leur père. Ils ignoraient
jusqu'aux rudiments de la routine quotidienne de l'alimenta­
tion, de l' habillement et de l' hygiène.
En ce qui concerne leurs croyances religieuses, ils souf­
fraient des mêmes maux qui frappaient le reste du monde.
Ils adoraient les pierres, les arbres, les idoles, les esprits, bref
tout ce qu'on peut imaginer, sauf Dieu. Ils ne savaient rien
des enseignements des prophètes anciens. Ils se rappelaient
vaguement qu'Abraham et Ismaël étaient leurs ancêtres,
mais ils ne savaient pratiquement rien de ce qu'ils avaient
prêché, ni du Dieu qu'ils avaient adoré. Les histoires de 'Âd
et de Thamûd se trouvaient bien dans leur folklore, mais
elles ne contenaient nulle trace des enseignements des pro­
phètes Hûd et Sâli}:i. Les juifs et les chrétiens leur avaient
transmis certaines légendes folkloriques se rapportant aux
prophètes israélites qui donnaient une image lamentable de
ces nobles âmes. La fiction de leur propre imagination avait
adultéré leurs enseignements et brossé un sombre tableau de
leurs vies. Aujourd' hui encore, on peut avoir une idée des
conceptions religieuses de ces gens en jetant un coup d'œil
sur ces traditions israélites que les commentateurs musul­
mans du Coran nous ont transmises. Le tableau qui y est fait
L'apostolat 59

de l'apostolat et du caractère des prophètes israélites est l'an­


tithèse même de tout ce en quoi ces nobles défenseurs de la
vérité avaient cru.

Le sauveur est né
C'est à cette époque et dans ce pays si inculte qu'alors naît
un homme. Ses parents meurent quand il est encore tout
enfant, et quelques années plus tard, son grand-père décède à
son tour. De ce fait, il est privé du peu d'instruction et d'édu­
cation que pouvait recevoir un enfant arabe de cette époque.
Pendant son enfance, il garde des troupeaux de moutons et
de chèvres avec d'autres petits bédouins. Quand il devient
adulte, il entre dans le commerce. Il n'a de rapports qu'avec
les Arabes, dont nous venons de décrire la condition. Il n'est
absolument pas instruit, complètement illettré. Il n'a jamais
la possibilité d' être en compagnie de gens instruits, car de
tels hommes n'existaient pas en Arabie. Il a bien quelques
occasions de sortir de son pays, mais ces voyages se bornent
en Syrie, et ne sont que d'ordinaires voyages commerciaux
entrepris par les caravanes arabes. S'il rencontre des gens ins­
truits là-bas, ou s'il a l'occasion d'y observer divers aspects de
la civilisation, ces rencontres et ces observations fortuites ne
jouent certainement aucun rôle dans la formation de sa per­
sonnalité. Car des incidents si fragmentaires n'avaient jamais
pu avoir sur quiconque une influence profonde au point de le
faire quitter son environnement, de le transformer complète­
ment, et de l' élever à tel point à de telles hauteurs d'originalité
et de gloire qu'il ne reste plus aucune affinité entre lui et
la société dont il est issu. Ces observations ne peuvent pas
non plus être à la base de l'immense connaissance suffisante
60 Comp rendre L'islam

pour transformer un bédouin illettré en un chef, non seule­


ment de son propre pays, mais du monde entier et pour tous
les âges à venir. Quelle que soit l'influence culturelle et intel­
lectuelle que l'on puisse prêter à ces voyages, il n'en demeure
pas moins qu'ils ne pouvaient en aucun cas lui suggérer ces
conceptions et ces principes de morale religieuse, de culture
et de civilisation totalement inexistants dans le monde de
cette époque, ni créer ce modèle sublime et parfait de carac­
tère humain, introuvable alors.

Un diamant dans un tas de pierres


Considérons maintenant la vie et l'œuvre de cet homme
remarquable, non seulement dans le contexte de la société
arabe, mais aussi dans celui du monde tel qu'il était alors.

Cet homme est complètement différent des gens parmi


lesquels il est né, et avec qui il passe sa jeunesse et ses pre­
mières années d'homme adulte.

Il ne ment jamais. Son peuple tout entier est unanime à


témoigner de sa loyauté. Même ses pires ennemis ne l'accu­
seront jamais d'avoir proféré un seul mensonge de sa vie. Il
parle courtoisement et n'emploie jamais un langage obscène
ou injurieux. Il a une personnalité et des manières ave­
nantes et conquérantes qui captivent le cœur de ceux qui le
rencontrent. Dans ses rapports avec ses semblables, il suit tou­
jours les principes de la justice. Il fait du commerce pendant
des années sans jamais avoir fait une seule transaction mal­
honnête. Ceux qui ont affaire avec lui ont toute confiance en
son intégrité. La nation tout entière l'appelle « al-amîn » (le
sincère et digne de confiance). Même ses ennemis déposent
L'apostolat 61

leurs biens les plus prec1eux chez lui en sûreté, et il se


montre digne de leur confiance. Il est le symbole même de la
modestie au milieu d'une société qui est fondamentalement
immodeste. Né et élevé parmi un peuple qui considère l'ivro­
gnerie et le jeu comme des vertus, il ne boit jamais, ni ne se
laisse aller à jouer. Son peuple est brutal, inculte et sale, mais
il personnifie en lui-même la culture la plus haute et l'appa­
rence la plus raffinée. Entouré de gens cruels, il a lui-même
un cœur qui déborde de tendresse humaine. Il aide la veuve
et l'orphelin, il est hospitalier pour les voyageurs, il ne fait de
tort à personne, mais il souffre plutôt pour les autres. Vivant
parmi des gens pour qui la guerre est le pain quotidien, il
est tellement épris de paix, au point que son cœur saigne
pour eux quand ils prennent les armes et s' égorgent. Il reste
au-dessus des querelles de tribu, et est toujours le premier à
proposer la réconciliation. Élevé dans une race idolâtre, il a
un esprit si clairvoyant et une âme si pure qu'il sait que rien
dans les cieux ni sur la terre n'est digne d'adoration, sauf le
seul et vrai Dieu. Il ne s'incline devant aucune créature, ne
participe pas aux offrandes faites aux idoles et ceci depuis
sa plus tendre enfance. Il hait instinctivement toute forme
d'adoration qui ne s'applique pas à Dieu. Bref, la personna­
lité brillante et extraordinaire de cet homme apparaît, au
milieu d'un entourage si obscur, tel un phare illuminant la
nuit épaisse, ou un diamant étincelant sur un tas de cailloux.

Une révolution se produit


Après qu'il eut vécu longtemps une vie si chaste, si pure
et civilisée, son existence est soudainement bouleversée. Il
se sent lassé des ténèbres et de l'ignorance qui l'entourent.
62 Comprendre l'islam

Il veut échapper à ces abîmes de corruption, d'immoralité,


d'idolâtrie, de désordre qui le cernent de toutes parts. Tout,
autour de lui, heurte son âme. Il se retire dans les collines,
loin du tumulte des habitations. Il passe des jours et des
nuits à méditer dans la plus complète solitude. Il jeûne pour
que son âme et son cœur deviennent encore plus purs et
plus nobles.

Il erre et médite profondément. Il est à la recherche d'une


lumière qui puisse dissiper les ténèbres environnantes. Il veut
la capter pour neutraliser le monde corrompu et poser les
fondations d'un nouveau monde meilleur.

Voilà qu'une remarquable révolution se produit en lui.


Soudain, son cœur est illuminé par la lumière divine, qui
lui donne le pouvoir qu' il avait rêvé de posséder. Il quitte la
solitude de sa grotte, retourne vers le peuple, et s'adresse à
eux en ces termes :

« Les idoles que vous adorez sont une pure supercherie, ces­
sez de les adorer. Aucun être humain, aucune étoile, aucun
arbre, aucune pierre, aucun esprit ne mérite de recevoir un
culte. Ne courbez pas vos têtes devant eux. L'univers tout
entier, et tout ce qu'il contient appartient au seul Dieu Tout­
Puissant. Lui Seul est votre Créateur, votre Nourricier, et par
conséquent, votre véritable Souverain. C'est devant Lui que
vous devez vous incliner, prier et faire acte d'obéissance. Donc,
n'adorez que Lui et n'obéissez qu' à Ses seuls commandements.
Le butin, le pillage, le meurtre, la rapine, l'injustice et la
cruauté, tous les vices que vous pratiquez sont des crimes aux
yeux de Dieu. Abandonnez vos manières iniques. Dieu les a en
horreur. Dites la vérité, soyez justes, ne tuez pas, ne volez pas,
L'ap ostolat 63

prenez seulement la part qui vous revient. Donnez ce qui est


dû aux autres avec justice, vous êtes des êtres humains et tous
les êtres humains sont égaux aux yeux de Dieu. Personne n'est
né marqué d'avance du sceau de l'infamie ou de la noblesse.
Seul est noble et honorable celui qui craint Dieu, celui qui est
pieux et sincère dans ses paroles comme dans ses actes. Les
distinctions de naissance, de gloire et de race ne sont pas des
critères de grandeur et d'honneur. Celui qui craint Dieu et
fait de justes actions est le plus noble des hommes. Celui qui
est dépourvu d'amour pour Dieu, qui est endurci dans ses
mauvaises manières, est maudit. Il y a un jour fixé après votre
mort où vous aurez à paraître devant votre Seigneur. Vous
serez appelés à rendre compte de toutes vos actions, bonnes
et mauvaises, et vous ne pourrez rien cacher. Toute l' histoire
de votre vie sera comme un livre ouvert devant Lui. Votre
sort dépendra de vos actions, bonnes ou mauvaises. Devant
le tribunal du vrai Juge - le Dieu Omniscient -, il ne sera
pas question de recommandation et de favoritisme. Vous ne
pourrez pas Le soudoyer. Il ne sera pas tenu compte de votre
lignage ni de vos ancêtres. Seules la foi véritable et les bonnes
actions seront considérées à ce moment-là. Celui qui en sera
bien pourvu prendra sa place dans le ciel du bonheur éternel,
tandis que celui qui en sera dépourvu sera précipité dans les
flammes de l'Enfer. »

Tel est le message qu'il apporte. La nation ignorante se


tourne contre lui, les insultes et les pierres volent vers son
auguste personne. Il endure toutes sortes de tortures et de
cruautés, et ceci sans arrêt, non pas pendant un jour ou deux
seulement, mais pendant treize longues années. Finalement
il est exilé. Mais même là, on ne lui accorde pas de répit.
64 Comp rendre l'islam

Il est tourmenté de multiples façons dans son refuge. Toute


l'Arabie est soulevée contre lui. Il est persécuté et traqué
sans arrêt pendant huit années pleines. Il endure tout cela
sans que sa position varie d'un pouce. Il est résolu, ferme et
inflexible dans sa conviction.

Pourquoi toute cette hostilité ?

On est autorisé à se demander : pourquoi son peuple est-il


ainsi devenu son ennemi juré ? S' étaient-ils disputés à pro­
pos d'or, d'argent ou d'autres richesses terrestres ? Était-ce
dû à quelque lutte de sang ? Est-ce qu'il réclamait quelque
chose d'eux ? Non. Toute cette hostilité venait du seul
fait qu'il leur avait demandé d'adorer le seul et vrai Dieu
et de mener une vie de droiture, de piété et de bonté. Il
avait prêché contre l'idolâtrie, avait dénoncé leur mode de
vie inique. Il avait sapé l'autorité du clergé. Il avait fulminé
contre toutes les distinctions d'infériorité ou de supériorité
entre les êtres humains, et avait condamné les préjugés le
clan et de race comme étant les signes d'un esprit ignorant ;
et il voulait changer la structure complète de la société qui
datait des temps immémoriaux.

À leur tour, ses compatriotes lui dirent que les principes


de sa mission étaient contraires à leurs traditions ances­
trales et lui demandèrent d'y renoncer, sous peine des pires
conséquences.

On peut demander : pourquoi endura+il toutes les diffi­


cultés ? Sa nation offrit de le prendre pour roi et de déposer à
ses pieds toutes les richesses du pays, à condition qu'il aban­
donnât sa prédication et son message.
L'apostolat 65

Mais il choisit de refuser toutes les offres les plus tentantes


et de souffrir pour sa cause. Pourquoi ? Avait-il un profit à
voir ces gens devenir pieux et intègres ?

Pourquoi ne se souciait-il pas des richesses ? Du luxe, de


la royauté, de la gloire, de la fortune ? Est-ce qu'il cherchait
des biens matériels tellement élevés que ces propositions
paraissaient insignifiantes en comparaison ? Est-ce que ces
gains étaient si alléchants qu'il pouvait choisir de subir le
feu, l' épée, de supporter avec équanimité les tortures du
corps et de l'âme pendant des années ? Il faut longuement
méditer là-dessus pour trouver une réponse. [Le prophète
Mul;iammad (�) eut à subir des tempêtes d 'adversité sur
le chemin de la vérité. Il supporta toutes les oppositions et
les persécutions le sourire aux lèvres. Il resta ferme et iné­
branlable face la critique ou la violence. Quand les indignes
comprirent que les menaces n'effrayaient pas cet homme et
que les plus sévères tribulations ne le faisaient pas changer
d'un pouce, ni lui ni ses disciples, ils essayèrent un autre
stratagème qui devait échouer lui aussi. Une délégation des
principaux Quraysh se rendit devant le saint Prophète pour
tenter de le corrompre en lui offrant toute la gloire terrestre
qu'on peut imaginer. Ils dirent : « Si tu veux posséder la
richesse, nous t'en apporterons autant que tu en désires ;
si tu aspires aux honneurs et à la puissance, nous sommes
prêts à te jurer obéissance comme à notre seigneur et roi. Si
tu aimes la beauté, tu auras la main des plus belles vierges de
ton choix. » Mais ils voulaient qu'il abandonnât sa mission.
Les propositions étaient extrêmement alléchantes pour n'im­
porte quel être humain. Mais elles n'avaient pas de sens aux
yeux du Prophète (�). Sa réponse tomba comme la foudre
66 Comp rendre l 'islam

sur la délégation des chefs arabes. Ils croyaient avoir Joué


leur atout maître, mais ils furent déçus. Le saint Prophète
dit : « Je ne veux ni richesse ni puissance. J'ai été désigné par
Dieu pour avertir l'humanité. Je vous transmets Son mes­
sage. Si vous l'acceptez, vous aurez joie et félicité sur cette
terre et le bonheur éternel dans l'autre vie. Si vous rejetez
la parole de Dieu, Dieu décidera entre vous et moi ». Une
autre fois, il dit à son oncle qui, sous la pression des chefs
arabes, essayait de le persuader de renoncer à sa mission :
« Ô mon oncle, même s'ils plaçaient le soleil dans ma main
droite, et la lune dans ma main gauche, je ne renoncerai pas.
Je n'abandonnerai pas, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de faire
que je triomphe ou que je périsse en essayant. » Tel était le
Prophète de l'islam.]
Peut-on imaginer un plus haut exemple de sacrifice de soi,
de sympathie, de générosité de cœur pour ses semblables,
que celui de cet homme qui gâche son propre bonheur pour
le bien des autres, tandis que ces gens même le lapident,
l'insultent, le bannissent, ne lui font pas grâce même dans
son exil, et que malgré tout, il refuse d'arrêter de lutter pour
leur bien-être ?
S'il avait été de mauvaise foi, aurait-il pu endurer tant de
souffrances pour une cause inconsistante ? Est-ce qu'un spé­
culateur ou un visionnaire malhonnête aurait pu faire preuve
d'une telle fermeté, s'accrocher à son idéal jusqu'au bout,
rester serein et déterminé face à tous les dangers et tortures
imaginables, alors qu'un pays tout entier se dressait en armes
contre lui ? Cette foi, cette persévérance, cette résolution
avec lesquelles il conduisit son mouvement au succès final,
sont par conséquent des preuves éloquentes de la véracité
L'apostolat 67

suprême de sa cause. S'il y avait eu la moindre trace de doute


et d'incertitude dans son cœur, il n'aurait jamais pu braver la
tempête qui se déchaîna pendant vingt-trois longues années.
Ceci est l'un des aspects de la révolution qui s'opéra en lui.
L'autre aspect est encore plus merveilleux.

Un homme transformé à quarante ans. Pourquoi ?


Pendant quarante ans, il vécut comme un Arabe parmi les
Arabes. Pendant cette période, il ne se distingua ni comme
chef d'État, ni comme prédicateur, ni comme orateur.
Personne ne l'avait entendu proférer des perles de sagesse et
de connaissance comme il commença à le faire par la suite.
On ne l'avait jamais vu discourant sur des principes de méta­
physique, d'éthique, de droit, d'économie et de sociologie.
Non seulement il n' était pas un grand général, mais il n'était
même pas un simple soldat. Il n'avait jamais dit une parole
sur Dieu, les anges, les livres révélés, les prophètes anciens, les
nations disparues, le jour du jugement, la vie après la mort,
le ciel et l'Enfer. Il est vrai qu'il possédait un excellent carac­
tère et des manières charmantes, il était hautement cultivé,
cependant il n'y avait rien en lui de remarquable qui eût pu
laisser présager quelque chose de grand et de révolutionnaire
de sa part dans le futur. Il était connu parmi ses connais­
sances comme un citoyen sobre, calme, aimable, respectueux
des lois et bien disposé. Quand il revint de la grotte avec un
nouveau message, il était complètement transformé.

Quand il se mit à prêcher son message, toute l'Arabie fut


stupéfaite, étonnée par sa merveilleuse éloquence et ses talents
d'orateur. C'était si impressionnant et captivant que ses pires
68 Comprendre l'islam

ennemis redoutaient de l'entendre, de peur qu'il ne tou­


chât profondément leur cœur, que cela ne les transportât et
leur fît abandonner leurs vieilles religions et leurs désuètes
conceptions. C'était si incomparable que personne parmi
les poètes, les prédicateurs et les orateurs arabes de la plus
haute volée n'arriva à produire quelque chose approchant la
beauté de son langage, et la splendeur de sa diction, lorsqu'il
mit ses adversaires au défi de produire, même en se groupant,
le moindre vers comparable à ce qu'il récitait.

Son message universel


Outre cela, il apparut alors devant son peuple comme un
philosophe unique, un réformateur remarquable qui imprima
sa marque dans la culture et la civilisation, un politicien
illustre, un grand chef, un juge de la plus haute éminence, et
un incomparable général. Ce bédouin illettré, cet habitant du
désert, parlait avec une connaissance et une sagesse comme on
n'en avait jamais vu auparavant, et qu'on ne devait pas égaler
par la suite. Il exposa de délicats problèmes de métaphysique
et de théologie, il prononça des discours sur les principes
de la chute et du déclin des nations et des empires, citant à
l'appui de ses thèses les données historiques du passé. Il exa­
mina les œuvres des anciens réformateurs, il jugea les diverses
religions du monde, rendit des jugements de différentes sortes
et les querelles entre les nations. Il édicta des canons éthiques
et culturels. Il formula des lois sociales, économiques, sur la
conduite de groupe, les relations internationales, si sages que
même les penseurs et savants éminents ne peuvent les appré­
cier à leur juste valeur qu'après avoir fait de longues recherches
et acquis une vaste expérience des hommes et des choses.
L'apostolat 69

Les beautés de ce message n'apparaissent que progressive­


ment, à mesure que le chercheur avance dans la connaissance
théorique et l'expérience pratique.

Ce marchand silencieux et amoureux de la paix qui


auparavant n'avait jamais manié l' épée, qui n'avait aucune
formation militaire, qui n'avait qu'une fois participé à une
bataille, et seulement en spectateur, se transforma soudain
en un soldat si courageux qu'il ne recula jamais, même au
cœur des batailles les plus acharnées ; il devint un si grand
général qu'il conquit l'Arabie tout entière en neuf ans, à une
époque où les armes étaient primitives et les moyens de com­
munication des plus restreints. Sa perspicacité, son efficacité,
l'esprit combatif qu'il infusait à ses hommes, et la formation
militaire qu'il donna à une troupe bariolée d'Arabes sans
équipement digne de ce nom, accomplirent de tels prodiges
qu'en quelques années ils renversèrent les deux plus formi­
dables puissances militaires de l' époque, devenant ainsi les
maîtres de la plus grande partie du monde alors connu.

Cet homme tranquille et réservé, qui pendant quarante


années ne montra jamais signe d'aucun intérêt ou activité
politique, apparut soudain sur la scène mondiale comme un
réformateur politique et un homme d'État remarquable :
sans l'aide de la radio ou de la presse, il unit les habitants
éparpillés d'un désert de deux millions de kilomètres car­
rés - un peuple qui était batailleur, ignorant, indiscipliné,
inculte et plongé dans un état permanent de guerres intes­
tines - sous une même bannière, une même loi, une même
religion, une culture, une civilisation et une forme de gou­
vernement uniques. [Sir William Muir, ferme adversaire
70 Comp rendre l 'islam

de l'islam, admet dans son livre Life of Mu hammad : « . . . La


première particularité qui attire notre attention est la division
des Arabes en groupes innombrables, indépendants les uns
des autres, turbulents et souvent en guerre les uns contre les
autres et même s'ils sont unis par des liens de sang ou d'inté­
rêt, toujours prêts pour une raison insignifiante à se séparer
et à céder à une hostilité implacable. Donc, à l'époque de
l'islam, la rétrospective de l'histoire arabe montre, comme
dans un kaléidoscope, un état toujours instable d'attirance
et de répulsion qui avait jusque-là fait avorter toute tentative
d'union générale. Il restait à trouver par quelle force ces tribus
pourraient être soumises ou attirées vers un centre commun ;
et ce problème fut résolu par Mul;iammad. »]

Il changea leurs modes de pensée, leurs habitudes et même


leur morale. Il transforma des barbares en gens civilisés,
des méchants en gens pieux, droits et craignant Dieu. Leur
nature indisciplinée et fière apprit l'obéissance et la soumis­
sion à la loi et à l'ordre. Une nation, qui n'avait pas vu naître
un seul grand homme digne de ce nom depuis des siècles,
vit apparaître grâce à l' influence de Mul;iammad des milliers
de nobles âmes qui partirent dans les coins les plus reculés
du monde prêcher et enseigner les principes de la religion,
de la morale et de la civilisation. [Il serait intéressant de
se rapporter ici à un discours important de Ja'far ibn 'Abî
Tâlib. Quand la persécution des musulmans de La Mecque
atteignit son paroxysme, le prophète Mul;iammad conseilla
à certains d'émigrer dans le territoire voisin d'Abyssinie. Un
groupe de musulmans y partit donc. Mais les Quraysh qui
perpétraient toutes sortes de persécutions sur les musulmans
ne s'en tinrent pas là. Ils les poursuivirent et demandèrent
L'apostolat 71

au Négus d'Abyssinie d'extrader ces immigrants. Au tribu­


nal du Négus, Ja'far lut un discours où il exposa la révolution
que le saint Prophète avait apportée. Voici un extrait de ce
discours : « Ô Roi ! Nous étions un peuple ignorant et ido­
lâtre. Nous avions l'habitude de manger même les cadavres
d'animaux morts, et de faire toutes sortes de choses abomi­
nables. Nous étions ingrats envers nos parents et mauvais
pour nos voisins. Les plus forts s'enrichissaient aux dépens
des plus faibles, jusqu' à ce que finalement Dieu ait suscité un
prophète pour nous réformer. Son origine, son intégrité, sa
droiture et sa piété sont connues de tous. Il nous a exhortés
à adorer Dieu et à abandonner l'idolâtrie et l'adoration des
pierres. Il nous a ordonné de dire la vérité, de nous mon­
trer tous dignes de confiance, de respecter les obligations
familiales, d' être accommodants avec nos voisins. Il nous a
appris à éviter toutes choses impures et de répandre le sang.
Il a interdit toute indécence, le mensonge, l'appropriation
des biens des orphelins, la calomnie sur la chasteté des fem­
mes. Aussi avons-nous cru en lui, l'avons-nous écouté et suivi
son enseignement ».]

Mu}:iammad accomplit tout cela sans employer ni ruse, ni


violence, ni cruauté, mais grâce à ses manières captivantes, à
sa personnalité morale attachante, et à la conviction de son
enseignement. Sa conduite noble et digne lui attira même
l'amitié de ses ennemis. Il attirait tous les cœurs par sa sym­
pathie infinie, et le fait de la tendresse humaine. Il gouverna
avec justice. Il ne s'écarta jamais de la vérité ni de la droiture.
Il n'opprima personne, pas même ses ennemis mortels qui
avaient attenté à sa vie, qui l'avaient lapidé et chassé de son
pays natal, qui avaient excité contre lui l'Arabie tout entière.
72 Comprendre l'islam

Non, jamais il ne se vengea, pas même contre ceux qui avaient


mâché le foie de son oncle mort dans un délire de vengeance.
[À l'occasion de la bataille d' Ul:md, Hind, l' épouse du chef
des Arabes païens, mâcha littéralement le foie de l'oncle du
prophète, Bamza.]

Il pardonna à tous quand il triompha d'eux. Il ne se ven­


gea de personne de ses malheurs personnels ou des torts qui
lui avaient été causés.

Bien qu'il fût à la tête de son pays, il était si désintéressé et


si modeste qu'il resta toujours très simple et économe dans
ses habitudes. Il vivait frugalement comme auparavant, dans
son humble chaumière de pisé. Il dormait sur une natte,
portait des vêtements rugueux, mangeait la nourriture très
simple des pauvres et parfois partait sans avoir rien mangé du
tout. Il passait souvent les nuits entières en prière devant le
Seigneur. Il venait en aide aux pauvres et aux nécessiteux. [Le
Prophète (�) a dit : « Quiconque meurt endetté ou laisse
derrière lui des charges de famille qui risquent de rendre les
siens nécessiteux devrait venir à moi, car je suis leur tuteur à
tous. » Sa vie entière témoigne amplement de cela.]

Les travaux manuels pénibles ne le rebutaient pas. Jusqu'à


ses derniers instants, il n'y eut pas en lui la moindre trace
d'orgueil ou de hauteur qu'on trouve souvent chez ceux qui
ont la fortune ou occupent une position élevée. Comme n'im­
porte quel homme, il marchait et s'asseyait avec le peuple,
et partageait ses joies comme ses peines. Il se mêlait telle­
ment à la foule qu'un étranger aurait difficilement distingué
le chef du pays parmi son peuple.
L'ap ostolat 73

En dépit de sa grandeur, son comportement à l' égard des


plus humbles était celui d'un être humain ordinaire. Dans
toutes les luttes et les phases de sa vie, il ne rechercha aucun
profit ou récompense personnels et ne légua aucune fortune
à ses héritiers. Il consacra tous ses biens à sa communauté
(milla). Il demanda à ses disciples de ne pas lui assigner de
fonds, ni pour lui ni pour ses descendants et il interdit même
à ses descendants de percevoir les bénéfices de la zakâ t (la
taxe des pauvres) de peur que, par la suite, ses disciples ne
leur distribuent la totalité de la zakâ t !

Sa contribution à la pensée humaine


Les hauts faits de cet homme exceptionnel ne s'arrêtent
pas là. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut considérer
son œuvre dans son ensemble dans le contexte de l'histoire
du monde. Il apparaît alors encore plus clairement que
cet habitant illettré d'un désert d'Arabie, né à une époque
d'obscurantisme, il y a plus de mille quatre cents ans fut un
véritable pionnier de l' époque moderne, et un des « phares »
de l' humanité. Il est un guide non seulement pour ceux qui
acceptent son autorité mais aussi pour ceux qui lui dénient
l'autorité d'un prophète. La seule différence est que ces der­
niers ne se rendent pas compte que ses directives continuent
d'influencer leurs pensées et leurs actions et sont les principes
directeurs de leurs vies, l'esprit même des temps modernes.

Arthur Leonard écrit : « L'islam a en fait accompli une


tâche immense. Il a laissé une trace indélébile dans les pages
de l' histoire humaine, qui ne pourra être pleinement évaluée
qu'au fur et à mesure du développement du monde. »
74 Comp rendre l'islam

Le savant John Davenport note : « Il faut reconnaître que


toute la connaissance en matière de physique, d'astronomie,
de philosophie, de mathématiques, qui s'épanouit en Europe
à partir du xe siècle, provenait à l'origine des écoles arabes,
et les Sarrasins d'Espagne peuvent être considérés comme
les pères de la philosophie européenne. » (Cité par A. Karim
dans Islam's contribu tion to Science and Civilization)

Le fameux philosophe anglais Bertrand Russel ecnt :


« La suprématie de l'Orient n' était pas seulement militaire.
La science, la philosophie, la poésie et les arts s' épanouis­
saient tous dans le monde musulman à une époque où
l'Europe était plongée dans la barbarie. Les Européens avec
une insularité impardonnable appellent cette époque "ère
des ténèbres" - mais seule l'Europe était dans les ténèbres.
Seule l'Europe chrétienne, car l'Espagne qui était musul­
mane, possédait une culture brillante. » (Pakistan Quarterly,
vol. IV, n° 3)

L' historien Robert Briffault reconnaît dans son livre 1he


Making of Hu manity : « Il est fort probable que sans les
Arabes, la civilisation européenne n'aurait jamais acquis ce
caractère qui lui a permis de transcender toutes phases anté­
rieures d' évolution. Car, bien qu'il n'y ait pas un seul aspect
du développement humain dans lequel l'influence décisive
de la culture de l'islam ne soit pas évidente, nulle part elle
n'est plus claire et importante que dans la genèse de cette
puissance qui constitue la force suprême caractéristique du
monde moderne et la source suprême de sa victoire - les
sciences naturelles et l'esprit scientifique . . . Ce que nous pou­
vons appeler science a résulté en Europe d'un nouvel esprit
L'apostolat 75

de recherche, de nouvelles méthodes d'investigation, d'ex­


périmentation, de l'observation, et de la mesure, du déve­
loppement des mathématiques sous une forme inconnue des
Grecs. Cet esprit et cette méthode furent introduits dans le
monde européen par les Arabes. » Stanwood Cobb, fonda­
teur de Progressive Edu cation Association écrit : « L'islam fut
le créateur virtuel de la Renaissance en Europe. » (Cité par
Robert L. Gullick Jr dans Muhammad the Edu cator)
Ce fut Mub-ammad qui détourna la pensée humaine de
son penchant pour la superstition, le surnaturel et l' inex­
plicable, et l'orienta vers une approche rationnelle de la
réalité, et vers une vie terrestre pieuse et équilibrée. Ce
fut lui qui, dans un monde où les événements surnaturels
étaient des miracles nécessaires pour faire la preuve de la
véracité d'une mission religieuse, inspira le désir de preuve
rationnelle et la foi en elle comme en le seul critère valable
de vérité. Ce fut lui qui ouvrit les yeux de ceux qui avaient
été accoutumés jusque-là à chercher des signes divins dans
les phénomènes naturels. Ce fut lui qui, à la place de spécu­
lations sans fondements, conduisit les hommes dans la voie
de la compréhension rationnelle et du raisonnement sain sur
la base de l'observation, de l'expérience et de la recherche.
Ce fut lui qui définit clairement les limites et les fonctions
de la perception sensorielle, de la raison et de l'intuition.
Ce fut lui qui souligna les rapports entre les valeurs spiri­
tuelles et matérielles, qui harmonisa la foi avec le savoir et
l'action, qui créa l'esprit scientifique avec l'aide de la reli­
gion et qui élabora un vrai sentiment religieux sur la base de
l'esprit scientifique.
76 Comprendre l 'islam

Ce fut lui qui combattit l'idolâtrie, le polythéisme sous


toutes ses formes et créa une foi si ferme en l'unicité de Dieu
que même les religions qui étaient entièrement basées sur
la superstition et l'idolâtrie furent obligées d'adopter un
thème monothéiste. Ce fut lui qui changea les conceptions
fondamentales de la morale et de la spiritualité. À ceux qui
croyaient que seuls l'ascétisme et la mortification consti­
tuaient le critère de la pureté morale et spirituelle - que la
pureté ne peut être atteinte que par le renoncement à la vie
mondaine, sans tenir compte des besoins physiques et en
soumettant le corps à toutes sortes de tortures -, il montra
la voie de l' évolution spirituelle, de la libération morale et du
salut par une participation active aux affaires pratiques du
monde environnant.

Ce fut lui qui montra à l'homme sa vraie valeur et sa


position : à ceux qui reconnaissaient seulement un Dieu
incarné ou un fils de Dieu comme leur précepteur moral ou
guide spirituel, il dit que des êtres humains comme eux, qui
n'aspiraient pas à être déifiés, pourraient devenir les repré­
sentants de Dieu sur terre ; à ceux qui considéraient comme
leurs dieux des personnages puissants et les adoraient en tant
que tels, il fit comprendre que ces faux seigneurs étaient de
simples êtres humains et rien de plus. Ce fut lui qui souligna
que personne ne pouvait réclamer la sainteté, l'autorité et la
souveraineté comme étant son dû par la naissance, et que
personne ne naissait intouchable, esclave ou serf. Ce fut lui
et son enseignement qui inspirèrent les notions de l'unité de
l'humanité, de l' égalité des êtres humains, de la démocratie
véritable, et de la liberté réelle dans le monde.
L'apostolat 77

Si on quitte ce domaine de la pensée, on peut trouver dans


le domaine pratique d'innombrables traces du gouverne­
ment de cet illettré, dans les lois et les coutumes du monde.
Bon nombre de principes de bonne conduite, de culture et
de civilisation, de pureté de pensée et d'action qui prévalent
dans le monde aujourd' hui lui doivent leur origine. Les lois
sociales qu'il a données se sont infiltrées profondément dans
les structures humaines, et ce processus se poursuit jusqu' à
nos jours. Les principes fondamentaux d'économie qu'il a
enseignés sont présents dans plus d'un mouvement historique
et il en sera probablement de même dans le futur. Les lois
qu'il a formulées ont amené bien des bouleversements dans
les théories politiques du monde et continuent d'exercer leur
influence de nos jours. Les principes fondamentaux de droit
et de justice qui portent la marque de son génie ont influencé
à un degré remarquable l'administration de la justice dans les
diverses nations, et forment un guide toujours valable pour
tous les futurs légistes. Cet Arabe illettré fut le premier à
mettre sur pied pratiquement tout le cadre des relations inter­
nationales et à régler les lois de la guerre et de la paix. Car,
auparavant, l'idée n'avait effleuré personne qu'il pût exister
un code de l' éthique militaire et que les relations internatio­
nales pussent être réglées sur la base de la simple humanité.
[Pour de plus amples détails voir Al-jihâd-fi-l-islâm d'Abû
al-A'lâ Mawdûdî] .

Le plus grand des révolutionnaires


Dans le défilé de l'histoire, la silhouette sublime de cette
personnalité merveilleuse domine de si haut tous les grands
hommes de tous les temps que tous les héros nationaux
78 Comprendre l 'islam

semblent des nains en comparaison avec lui. Aucun d'eux


ne possédait un génie capable de laisser une impression
profonde dans plus de deux ou trois domaines de la vie
humaine. Certains furent de brillants théoriciens, mais ne
réussirent pas à appliquer leurs idées. D'autres furent des
hommes d'action auxquels le savoir faisait défaut. Certains
sont de célèbres stratèges, certains se sont penchés sur un
aspect particulier de la vie, en négligeant de ce fait les autres
aspects. D'autres ont consacré leur énergie à des vérités
éthiques et spirituelles, mais ont ignoré l'économie et la
politique. D'autres se sont occupés de politique et d' éco­
nomie, mais ont négligé la morale et la vie spirituelle. Bref,
on rencontre des héros qui sont des experts dans une seule
branche de l'activité humaine. Il est le seul exemple de per­
sonnalité où toutes les excellences se trouvent combinées. Il
est un philosophe et un voyant, et aussi le symbole vivant de
ses propres enseignements. Il est un grand homme d'État,
et un génie militaire ; un législateur en même temps qu'un
maître de morale ; une lumière spirituelle et un guide reli­
gieux. Sa vision pénètre tous les aspects de la vie et il n'est
rien qu'il n'améliore en s'y penchant dessus. Ses ordres et ses
commandements couvrent un domaine illimité, depuis la
réglementation des relations internationales jusqu'aux habi­
tudes de la vie quotidienne du boire, du manger, de l'hygiène.
Il a fondé toute une civilisation sur ses théories, et établi un
équilibre si rare dans les aspects divergents de la vie qu'on ne
peut y trouver aucune faute, déficience ou lacune. Peut-on
citer un autre exemple d'une personnalité aussi parfaite
et universelle ?
L'apostolat 79

La plupart des personnalités célèbres du monde sont sup­


posées être des produits de leur environnement. Mais son
cas à lui est unique. Son environnement ne semble avoir eu
aucune part dans la formation de sa personnalité. Il ne peut
non plus être prouvé que, historiquement, sa naissance ait
été synchronisée avec l'ordre des choses de l'Arabie de cette
époque. Ce qu'on peut dire tout au plus, c'est que l'Arabie,
dans les circonstances où elle se trouvait alors, avait un
besoin criant d'une personnalité qui fondrait en une seule
nation les tribus rivales, et poserait les bases de leur solidarité
et de leur bien-être économique en amenant d'autres pays
sous leur domination ; bref, un guide national qui aurait
toutes les caractéristiques d'un Arabe de ce temps-là, et qui,
grâce à la cruauté, l'oppression, le sang versé, la fourberie et
l'hypocrisie, ou par n'importe quel moyen, bon ou mauvais,
aurait enrichi son propre peuple, et laissé un royaume en
héritage à ses successeurs. On ne peut prouver aucun autre
besoin historique de l'Arabie à cette époque.

Ce qu'on peut dire tout au plus à la lumière de la philoso­


phie hégélienne de l'histoire ou du matérialisme historique
de Marx, c'est que l'époque et les conditions exigeaient la
naissance d'un chef qui pourrait créer une nation et fonder
un empire. Mais la philosophie de Hegel ou de Marx ne peut
expliquer comment de telles conditions ont pu produire un
homme dont la mission fut d'enseigner la morale la plus éle­
vée, de purifier l'humanité de toutes les impuretés, d'effacer
les préjugés et les superstitions de cette époque d'ignorance
et de ténèbres ; un homme qui regarda au-delà des comparti­
ments étanches de la race, de la nation et du pays ; un homme
80 Comp rendre l'islam

qui posa les fondations d'une superstructure morale, spm­


tuelle, culturelle et politique pour le bénéfice du monde entier,
et non pas seulement de son pays ; un homme qui, en pra­
tique et non en théorie, plaça les transactions commerciales,
la vie civique, la politique et les relations internationales sur
des bases morales et produisit une synthèse si équilibrée et
tempérée entre la vie mondaine et le progrès spirituel qu'elle
est considérée jusqu' à ce jour comme un chef-d'œuvre de
sagesse et de · prévoyance, tout comme au temps où il était
en vie. Est-ce qu'on peut honnêtement appeler une telle per­
sonne le produit des ténèbres omniprésentes de l'Arabie ?

Non seulement il n'apparaît pas comme un produit de


son environnement, mais quand on examine sa mission, on
ne peut que conclure qu'il transcende toutes les limitations
de temps et d'espace. Sa vision franchit toutes les barrières
temporelles et physiques, dépasse les siècles et les millénaires,
et comprend l'essence même de l'activité et de l'histoire
humaines.

Il n'est pas de ceux que l'histoire relègue à l'oubli, et il n'est


pas loué simplement parce qu'il fut un grand chef de son
temps. Il est un chef unique et incomparable de l'humanité,
quel que soit le siècle. Véritablement ses enseignements sont
actuels, quelle que soit l' époque.

Ceux que les gens baptisent « faiseurs d'histoire » sont


seulement des « créatures de l'histoire ». En fait, dans toute
l'histoire de l'humanité, il est le seul exemple de véritable
« faiseur d'histoire ». On peut passer au crible les conditions
historiques dans lesquelles vécurent les grandes personnalités
L'apostolat 81

qui ont amené des révolutions, et l'on s'apercevra que, dans


tous les cas, les forces de renouveau rassemblaient les condi­
tions en vue d'un bouleversement. Elles s'orientaient dans
une certaine direction, et n'attendaient que le moment pro­
pice pour éclater. En aménageant ces forces à temps pour
l'action, le leader révolutionnaire jouait le rôle d'un acteur
pour lequel on a prévu d'avance une scène et un rôle : d'un
autre côté, parmi tous les « faiseurs d' histoire » et les figures
révolutionnaires de toutes les époques, Mul;iammad (1!) fut
le seul à devoir trouver les moyens de rassembler les maté­
riaux en vue d'une révolution ; il fut le seul à devoir produire
la sorte d' hommes dont il avait besoin pour ses desseins car
l'esprit même de la révolution et tous ses accessoires étaient
inexistants dans le peuple où son sort fut jeté.

Sa puissante personnalité produisit une impression indélé­


bile sur les cœurs de ses milliers de disciples, et il put ainsi les
façonner à son idée. Par sa volonté de fer, il prépara le terrain
pour la révolution, il en modela la forme et les traits et diri­
gea les courants d'événements dans la direction qu'il désirait.
Peut-on citer un autre exemple d'un faiseur d' histoire aussi
exceptionnel, d'un autre révolutionnaire aussi brillant ?

Le témoignage final
On peut méditer là-dessus et se demander comment, dans
cette période dé ténèbres d'il y a mille quatre cents ans, dans
une région aussi obscure que l'Arabie, un commerçant et un
berger arabe illettré en vint à posséder une telle lumière, un
tel savoir, une telle puissance, de telles capacités et des vertus
morales si développées.
82 Comp rendre l'islam

On pourrait dire qu'il n'y a rien de particulier dans son


Message, qu'il est le produit de son propre esprit. S'il en avait
été ainsi, alors il aurait dû se proclamer Dieu. Et s'il avait fait
une telle assertion à cette époque, les peuples de la terre, qui
n'hésitaient pas à appeler dieux Krishna, Bouddha, et Jésus
fils de Dieu, par pure imagination, et qui pouvaient sans
scrupules adorer les forces de la nature, le feu, l'eau, le vent,
auraient volontiers reconnu une personnalité aussi étonnante
que Mutammad comme le Seigneur Dieu Lui-même.

Mais voilà, il affirma précisément le contraire, car il pro­


clamait : « Je suis un être humain comme vous. Je ne vous ai
rien apporté de ma propre initiative. Tout cela m'a été révélé
par Dieu. Tout ce que je peux posséder Lui appartient. Ce
message, dont l'humanité tout entière n'est pas capable de
produire l' équivalent, est le message de Dieu, il n'est pas le
produit de mon propre esprit. Chacun de ses mots m'a été
inspiré par Lui, et toute la gloire Lui en revient. Tous les
actes merveilleux qui parlent en ma faveur à vos yeux, toutes
les lois que j'ai données, tous les principes que j'ai énoncés et
enseignés, rien ne vient de moi. Je serais tout à fait incapable
de produire de telles choses du seul fait de mes capacités
personnelles. Je cherche les directives divines en toutes
choses. Tout ce qu'Il ordonne, je le fais, tout ce qu' Il édicte,
je le proclame. »

Quel merveilleux et vivifiant exemple de franchise, d'inté­


grité, de vérité et d'honneur ! Un menteur ou un hypocrite
essaie généralement de s'attribuer tout le crédit des actions
des autres, même quand la fausseté de ce qu' il dit peut être
facilement prouvée. Mais ce grand homme ne s'approprie pas
L'apostolat 83

le crédit de ces exploits, même quand personne ne pouvait


le contredire, puisqu'il n' était pas possible de découvrir la
source de son inspiration.

Peut-il y avoir de preuve plus éclatante de la parfaite


honnêteté de ses buts, de sa rectitude de caractère et de sa
grandeur d'âme ? Peut-il y avoir de personne plus sincère que
celui qui a reçu des dons aussi uniques par un moyen secret,
et qui pourtant révèle la source de toute son inspiration ?
Toutes ces raisons nous font inévitablement conclure qu'un
tel homme était le véritable Messager de Dieu.

Tel était notre saint prophète [Link] (�). Il fut un


prodige de mérites extraordinaires un parangon de vertu et
de bonté, un symbole de vérité un grand apôtre de Dieu,
Son Messager sur la terre. Sa vie et sa pensée, sa sincérité,
sa piété, sa bonté, son caractère, sa morale, son idéologie, et
ses exploits - toutes ces choses sont des preuves irréfutables
de la légitimité de son apostolat. Quiconque étudie sa vie
et ses enseignements sans préjugés attestera qu'en vérité, il
fut le vrai prophète de Dieu, et que le Coran - le Livre qu'il
a donné à l'humanité - est la vraie parole de Dieu. Aucun
chercheur impartial et sérieux ne peut manquer d'arriver à
cette conclusion.

En outre, il faut bien comprendre que c'est seulement


grâce à Mul;iammad (�) que nous connaissons maintenant
le droit chemin de l'islam. Le Coran et la vie exemplaire de
Mul;iammad (�) sont les seules sources dignes de confiance
dont dispose l'humanité pour apprendre la volonté de Dieu
dans sa totalité. Mul;iammad (�) est le Messager de Dieu
pour toute l'humanité et la longue chaîne de prophètes
84 Comprendre l 'islam

s'achève avec lui. Il fut le dernier des prophètes, et toutes


les instructions que Dieu désirait transmettre à l' humanité
par révélation directe furent envoyées par l' intermédiaire
de Mul,iammad (*), et sont inscrites dans le Coran et la
Sunna. Maintenant, quiconque cherche la vérité et désire
devenir un musulman honnête et un disciple sincère doit
avoir la foi dans le dernier des prophètes divins, il doit
accepter ses enseignements et suivre la voie qu' il a montrée à
l' homme. Ceci est le véritable chemin du succès et du salut.

La finalité de l'apostolat
Ceci nous amène à la question de la finalité de l'apostolat
que nous allons maintenant considérer.
Nous avons déjà discuté de la nature de l'apostolat et cette
discussion met en évidence le fait que l'arrivée d'un prophète
ne soit pas un événement quotidien. Ce n'est pas non plus
sa présence in personem qui est essentielle pour chaque pays,
chaque peuple, chaque période. La vie et les enseignements
des prophètes sont les phares qui guident un peuple dans le
droit chemin, et aussi longtemps que ses enseignements et
ses directives sont vivants, il est lui aussi, en quelque sorte,
vivant. La mort véritable d'un prophète consiste non pas en
son décès physique, mais dans la mitigation de ses enseigne­
ments et l'interpolation dans ses directives. Les prophètes
anciens sont morts car leurs disciples ont adultéré leurs
enseignements, interpolé leurs instructions et entaché leur
vie exemplaire en y attachant des événements fictifs. Aucun
des anciens livres - la Thora, les Psaumes de David (zabûr)
ou l'Évangile de Jésus (injî[) n'existent plus aujourd' hui dans
L'apostolat 85

leur texte originel, et même leurs disciples confessent qu'ils


ne possèdent pas les originaux. Les biographies des anciens
prophètes sont tellement mêlées de fiction qu'un rapport pré­
cis et authentique de leurs vies est devenu impossible. Leurs
vies sont devenues des contes et des légendes et on ne peut en
trouver nulle part un rapport digne de foi. Non seulement
parce que leurs récits ont été perdus et leurs préceptes oubliés,
mais parce qu'on ne peut même pas dire avec certitude quand
et ou tel ou tel prophète naquit et fut élevé, comment il vécut
et quel code il donna à l'humanité. En fait, la mort réelle
d'un prophète consiste en la mort de ses enseignements.
En jugeant les faits sur ces critères, personne ne peut
nier que Mul;iammad (�) et ses enseignements ne soient
vivants. Ses enseignements sont inaltérés et inaltérables. Le
Coran - le Livre qu'il a transmis à l' humanité - existe dans
son texte originel sans qu'il y manque un iota.
Le récit complet de sa vie (ses paroles, ses instructions, ses
actions) est conservé avec une exactitude totale, et bien que
quatorze siècles se soient écoulés, sa délinéation dans l'his­
toire est si claire qu'il nous semble le voir de nos propres yeux.
La biographie d'aucun être humain n'a été aussi bien conser­
vée que celle de Mul;iammad, le Prophète de l'islam (�).
Dans toutes les phases de notre vie, nous pouvons chercher
les directives de Mul;iammad (�) et prendre exemple sur sa
vie. C'est pourquoi il n'y a plus besoin d'autre prophète après
Mul;iammad, le dernier des prophètes (�).

Il existe trois raisons pour lesquelles les prophètes furent


suscités. Ce n'est pas seulement pour remplacer un prophète
décédé. Ces raisons peuvent être résumées comme suit :
86 Comp rendre l 'islam

A) La doctrine des prophètes antérieurs a été interpolée ou


corrompue, ou bien ils sont morts et un renouveau s'impose.
Dans un tel cas, un nouveau prophète est suscité pour
expurger les vies impures des gens, et restituer à la religion sa
forme et sa pureté primitives.
B) La doctrine du prophète disparu était incomplète, il est
nécessaire de l 'amender, de l 'améliorer ou de la compléter.
C'est alors qu'un nouveau prophète est envoyé pour effectuer
ces amendements.

C) Le prophète précédent fut suscité spécialement pour telle


ou telle nation ou territoire, et un prophète est nécessaire
pour un autre peuple ou un autre pays. [Il peut y avoir un
autre cas ou un prophète est suscité pour aider un autre pro­
phète - comme Aaron pour Moïse - mais comme ces cas
sont extrêmement rares - dans le Coran on peut en trou­
ver deux seulement - et comme ce genre d'apostolat semble
avoir été l'exception et non la règle générale, nous n'en avons
pas fait un cas à part.]

Ce sont les trois raisons fondamentales qui font qu'un


nouveau prophète est suscité. Un examen attentif des faits
montre qu'aucune de ces conditions n'existe aujourd'hui.
La doctrine du dernier des prophètes, [Link] (�) est
toujours vivante, elle a été parfaitement conservée et rendue
immortelle. Les directives qu'il a données à l'humanité sont
complètes, sans faille, et sont inscrites dans le saint Coran.
Toutes les sources de l'islam sont intactes et chacune des
actions et des instructions du saint Prophète (�) peuvent
être vérifiées sans doute possible. Donc, comme sa doctrine
est intacte, il n'y a nul besoin d'un nouveau prophète.
L'apostolat 87

Deuxièmement, les directives que Dieu a révélées par


l'intermédiaire du prophète Mul;iammad (�) sont sous
une forme achevée et l'islam est une religion universelle
complète. Dieu dit : � Aujourd'hui, J'ai parachevé pour
vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. ➔
Une étude approfondie de l'islam en tant que genre de vie
complet prouve la véracité de ces paroles du Coran. L'islam
fournit un guide pour la vie dans ce monde et pour l'autre
vie, et rien de ce qui est essentiel pour guider l' homme n'a été
omis. La religion a été maintenant parachevée, et il n'est nul
besoin de nouvel apostolat sous prétexte d'imperfection. [On
a prétendu que le temps écoulé est une raison suffisante pour
qu'on ait besoin d'un nouveau guide et qu'une religion qui a
été révélée il y a plus de quatorze siècles a dû certainement
devenir caduque, inadaptée aux besoins d'une époque nou­
velle. Cette objection est dénuée de tout fondement, et voici
brièvement pourquoi :
1. Les enseignements de l'islam sont éternels car ils ont été
révélés par Allah, qui connaît le passé, le présent et l'ave­
nir, et qui est Lui-même éternel. C'est le savoir humain qui
est limité, c'est l'œil humain qui ne peut distinguer dans la
pénombre des perspectives futures, et non pas Dieu dont le
savoir est au-delà des limitations de temps et de l'espace.
2. L'islam est fondé sur la base de la nature humaine qui
n'a pas varié d'une époque à l'autre. Tous les hommes sont
issus du même moule qui a déjà servi pour les tout premiers
hommes et, fondamentalement, la nature humaine n'a
pas changé.
3. Dans la vie humaine, il y a un équilibre magnifique entre
les éléments de permanence et les éléments de changement.
88 Comprendre l'islam

Tout n'est pas totalement permanent ni totalement chan­


geant. Les principes fondamentaux, les valeurs de base
n'invitent pas au changement. Ce sont les formes extérieures
qui changent avec le temps, mais tout en conservant certaines
bases immuables. L'islam a prévu de pourvoir aux besoins,
à la fois de la permanence et du changement. Le Coran et la
Sunna exposent les éternels principes de l'islam, tandis qu' à
l'aide de l' ijtihâ d, ils peuvent être appliqués à chaque époque
selon ses besoins. L'islam est la seule religion qui ait établi
un système prévu pour l'évolution éternelle de la société
humaine en conformité avec les principes fondamentaux et
les valeurs permanentes de la vie.
4. Scientifiquement aussi, la race humaine est à l'âge qui fut
inauguré par l'apparition de l'homme sur la terre, et aucun
changement évolutif fondamental n'est survenu dans cette
phase. Des civilisations se sont développées et effondrées, des
cultures ont grandi puis ont passé, des empires ont émergé
et se sont écroulés, mais nous nous trouvons toujours dans le
même maillon de la grande chaîne de l' évolution cosmique.
C'est pourquoi l'opinion selon laquelle les directives données
il y a quelques siècles deviennent automatiquement obsolètes
avec le temps n'ont pas de fondement solide.]
Enfin, le message de Mu}:iammad (�) n' était pas des­
tiné à un peuple, un pays ou une période particulière. Il
fut suscité comme Prophète universel, le Messager de la
vérité pour l'humanité tout entière. Le Coran a commandé
à Mu}:iammad (�) de déclarer : « Ô humanité, je suis le
Messager envoyé par Dieu pour vous tous. » Il a été décrit
comme « une bénédiction pour tous les peuples du monde »,
L'apostolat 89

et son message a été universel. C'est pourquoi, après lui, il


n'y a plus besoin d'un nouvel apostolat, d'ailleurs il a été
appelé dans le Coran « khâtim al-anbiyâ ' » le dernier de la
chaîne des vrais prophètes. [Le Coran et le Hadith sont très
explicites sur ce point. Le Coran dit : � Mais Le Messager
t
d'Allah et le dernier des prophètes. [Coran 33/40] Le saint
Prophète a dit lui-même : « Il n'y aura pas d'autre prophète
après moi. » Une autre fois, il dit : « Ma relation avec (la
longue chaîne des) prophètes peut être illustrée par la para­
bole d'un palais : le palais était magnifiquement construit.
Tout y était achevé, sauf une place où il manquait juste une
seule brique. J'ai rempli cette place et maintenant le palais
est achevé. » (cf. Bukhârî et Muslim)]
Maintenant, par conséquent, la seule source de connais­
sance de Dieu et de la voie du salut est Mul:i-ammad (*).
Nous ne pouvons connaître l'islam que par l'intermédiaire
de ses enseignements, qui sont si complets et si universels
qu'ils peuvent guider les hommes de tous les temps à venir.
Maintenant, le monde n'a pas besoin de nouveau prophète,
il a seulement besoin de gens qui aient une foi totale en
Mul:i-ammad (*), qui deviennent les porte-étendards de son
message, le propagent largement sur la terre, et essaient d' ins­
taurer la culture que Mul:i-ammad (*) donna à l'homme. Le
monde a besoin d'hommes de caractère qui puissent mettre
en pratique sa doctrine et établir une société régie par la Loi
divine, dont Mul:i-ammad (*) est venu affirmer la supréma­
tie. Telle est la mission de Mul:i-ammad (*), et de son succès
dépend le succès de l'homme.
CHAPITRE IV

Les articles de la foi

Avant de poursuivre, il serait bon de revoir et de résumer


les discussions précédentes :

A) L'islam est soumission et obéissance à Allah, le Seigneur


de l'univers. Cependant, comme le seul moyen sûr et authen­
tique de Le connaître et d'apprendre quelles sont Ses volontés
et Sa loi se trouve dans les enseignements du vrai Prophète,
on peut définir l'islam comme une religion exigeant une
foi totale dans les enseignements du Prophète (�), l'accep­
tation et la mise en pratique de ses préceptes de vie. Par
conséquent, celui qui rejette l'intermédiaire du Prophète et
prétend suivre Dieu directement n'est pas un musulman.

B) Dans le passé, des prophètes différents sont apparus les


uns après les autres. À cette époque, l'islam était le nom de
cette religion enseignée à une nation par son ou ses pro­
phètes. Bien que l'islam n'ait pas varié dans sa nature et
sa substance, quelle que fût l' époque ou le pays, les modes
d'adoration, les codes de lois, et autres règles de détails de la
vie diffèrent légèrement selon les conditions particulières à
chaque peuple. Il n'était par conséquent pas nécessaire pour
une nation de suivre le prophète d'une autre nation et son
devoir se bornait seulement à suivre les directives de son
propre prophète.
92 Comp rendre l 'islam

C) Cette période de coexistence de prophètes multiples


s'acheva avec l'apparition de Mu}:iammad (�). Il paracheva
les enseignements de l' islam. Une loi fondamentale unique
fut formulée pour tout l'univers et il devint le prophète de
l'humanité tout entière. Son apostolat n' était pas destiné à
un peuple, un pays, ou une époque particulière ; son mes­
sage était universel et éternel. Les codes antérieurs furent
abrogés avec l'apparition de Mu}:iammad (�) qui a donné
au monde un code de vie complet. Maintenant il n'y aura
plus d'autre prophète dans l'avenir, plus de nouveau code
religieux jusqu' à la fin du monde. Les enseignements de
Mu}:iammad (�) sont destinés à tous les Enfants d'Adam,
à la race humaine tout entière. Maintenant, l'islam consiste
à suivre Mu}:iammad, c'est-à-dire à reconnaître sa qualité de
prophète, croire en sa parole, la suivre dans sa lettre comme
dans son esprit et se soumettre à tous ses commandements
et injonctions, qui sont ceux de Dieu Lui-même. Voilà ce
qu'est l'islam.

Ceci nous amène automatiquement à demander : en quoi


Mu}:iammad (�) nous demande+il de croire ? Quels sont
les articles de la foi islamique ? Nous allons essayer d'exami­
ner ces articles, de voir comme ils sont simples, véridiques,
attachants, valables, et combien ils peuvent élever le statut
de l'homme dans ce monde comme dans le monde à venir.

Le tawbîd, la foi en un Dieu unique


L'enseignement le plus fondamental et le plus important du
Prophète Mu}:iammad (�) c'est la foi en l'unicité de Dieu.
Cela est exprimé dans la kalima primordiale de l'islam :
Les articles de la foi 93

« lâ ilâ ha illa-llâh » (il n'y a pas d'autre dieu que Dieu). Cette
belle expression est le fondement de l'islam et son essence
même. C'est l'expression de cette croyance qui distingue un
vrai musulman d'un kâfir (incroyant), d'un mushrik (celui
qui associe d'autres divinités à Dieu), ou d'un t/,ahriyya
(athée). Le fait d'accepter ou de rejeter cette phrase crée une
différence énorme entre les hommes. Ceux qui y croient
forment une communauté unique, et ceux qui la rejettent
forment le groupe adverse. Les croyants progresseront sur
la voie du succès dans ce monde comme dans l'autre, tan­
dis que l' échec et l'ignominie seront le lot final de ceux qui
refusent d'y croire.

Mais il est bien évident que le seul fait de prononcer une


ou deux phrases ne saurait causer en soi une différence aussi
capitale. Cette différence ne peut provenir que de l'accepta­
tion consciente de cette doctrine et d'une adhésion totale à
ses stipulations dans la vie pratique. À moins que vous ne
connaissiez la signification réelle de la phrase « il n'y a pas
d'autre dieu que Dieu » et la portée que son acceptation peut
avoir sur la vie humaine, vous ne pouvez réaliser l'impor­
tance réelle de cette doctrine. Elle ne peut être efficace que
dans la mesure où ces principes de base sont appliqués. La
répétition pure et simple du mot « nourriture » ne peut cal­
mer l'aiguillon de la faim, pas plus que l'incantation d'une
ordonnance médicale ne peut guérir une maladie. De même,
si une personne répète la kalima sans comprendre son sens
ni ses conséquences, cette kalima ne pourra pas opérer la
révolution qu'elle est supposée apporter. La révolution dans la
mentalité et la vie d'un être ne s'accomplira que si la personne
saisit le sens complet de la doctrine, réalise ce qu'elle signifie,
94 Comp rendre l 'islam

y croit sincèrement, l'accepte et la suit dans sa lettre comme


dans son esprit. Si cette appréhension de la kalima n'est pas
réalisée, elle n'aura aucune efficacité réelle. Nous prenons
garde au feu parce que nous réalisons qu'il brûle ; nous évi­
tons le poison car nous savons qu'il est mortel. De même, si
nous avons pleinement assimilé le sens profond du tawbîd,
il devrait nécessairement nous faire éviter, dans nos pensées
aussi bien que dans notre conduite, toute forme ou nuance
d'incrédulité, d'athéisme et de polythéisme. Ceci découle
tout naturellement de la croyance en l'unicité de Dieu.

La signification de la kalima
En arabe, le mot ilâh signifie « celui qu'on adore », c'est-à­
dire un être qui, en raison de sa grandeur et de sa puissance,
est considéré comme digne d'être adoré, digne qu'on s'incline
devant lui en signe d'humilité et de soumission. N'importe
quelle créature ou être doué d'une puissance trop grande
pour être pleinement saisie par l'homme est également
appelé « ilâ h ». La conception d' ilâh implique la possession
de pouvoirs infinis, de pouvoirs stupéfiants et prodigieux.
Il implique aussi qu'on dépend de cet ilâh, mais que lui ne
dépend de personne. Le mot ilâ h possède aussi une idée de
secret et de mystère ; l' ilâ h serait un être invisible, échap­
pant à nos sens. Les mots khuda en persan, deva en hindi,
dieu en français, god en anglais, gott en allemand ont à peu
près le même sens. D'autres langues du monde ont aussi un
mot qui a un sens similaire. [Par exemple, le grec heos, le
latin deus, le gothique guth, etc. Cf. Encyclopedia Britannica,
Chicago, 1956, vol x, p. 460.]
Les articles de la foi 95

Le mot Allâh par contre, est le nom propre de Dieu. La


ilâha illa-llâh signifie littéralement : « Il n'y a pas d' ilâh autre
que l'Être Suprême connu sous le nom d'Allah ». Cela signi­
fie que dans tout l'univers il n'y a aucun être digne d'être
adoré autre qu'Allah, que c'est devant Lui Seul que les têtes
devraient se courber en signe d'adoration et de soumission.
Qu'Il est le seul Être possédant tous les pouvoirs, que tous
les hommes ont besoin de Sa bienveillance et que tous sont
obligés de solliciter Son aide. Il demeure caché à nos sens et
notre esprit ne réussit pas à percevoir Sa réalité.
Après avoir expliqué le sens de ces mots, découvrons main­
tenant leur portée réelle.

D'après ce que l'on peut connaître de l' histoire humaine


des temps les plus reculés, ainsi que d'après les vestiges les
plus anciens de !'Antiquité qui nous soient parvenus, il appa­
raît qu'à chaque époque l' homme a reconnu et adoré un ou
plusieurs dieux. Même à l' époque actuelle, chaque nation sur
la terre, de la plus primitive à la plus civilisée, croit en une
divinité et l'adore. Cela prouve que le concept de Dieu et de
son culte est profondément ancré dans la nature humaine.
Il y a quelque chose dans l'âme de l' homme qui l'y conduit
irrésistiblement.

On peut alors se demander : qu'est-ce que cette idée,


et pourquoi l'homme est-il amené à la concevoir ? Nous
pourrons peut-être répondre à cette question en étudiant
la position de l' homme au sein de l'immense univers. Un
examen de l' homme et de sa nature de ce point de vue
montre qu'il n'est pas tout-puissant, et de loin. Il ne peut
non plus pourvoir seul à ses besoins, ni exister de lui-même
96 Comprendre l 'islam

et ses pouvoirs ne sont pas infinis. En fait, il est une créa­


ture faible, frêle et vulnérable. Son existence dépend d'un
nombre incalculable de forces sans l'aide desquelles il ne
peut progresser, mais qui ne sont pas toutes totalement en
son pouvoir. Parfois, elles parviennent en sa possession d'une
manière simple et naturelle, et parfois il s'en trouve démuni.
Il y a beaucoup de choses importantes qu' il essaie d'obtenir,
sans toujours y parvenir, car il n'est pas complètement en son
pouvoir de les acquérir. Il y a beaucoup de choses qui lui sont
préjudiciables : les accidents peuvent anéantir en un instant
une vie de travail ou tous ses espoirs ; la maladie, les soucis
et les calamités le menacent continuellement et entravent sa
marche vers le bonheur. Il essaie de les éviter mais il n'est
jamais sûr d'y parvenir. Il existe beaucoup de choses dont
la grandeur et la majesté lui en imposent : les montagnes et
les fleuves, les animaux gigantesques et les bêtes féroces. Il
subit les tremblements de terre, les orages et autres calamités
naturelles. Il observe les nuages au-dessus de sa tête et les
voit s'assembler et s'obscurcir, avec des grondements de ton­
nerre, des éclairs et des torrents de pluie diluvienne. Il voit le
soleil, la lune et les étoiles dans leur mouvement perpétuel. Il
se rend compte à quel point ces corps célestes sont puissants
et majestueux, et par contraste à quel point il est lui-même
frêle et insignifiant ! Les phénomènes naturels d'un côté, et
la conscience de sa propre fragilité de l'autre, lui font réali­
ser sa faiblesse, son humble situation et son impuissance. Et
tout naturellement l' idée primaire de divinité coïncide avec
ce sentiment. Il pense à Celui qui dompte ces grandes forces.
L'idée de Sa grandeur lui fait courber la tête humblement,
Les articles de la foi 97

le sentiment de Sa puissance lui fait rechercher son aide ;


il Le redoute et essaie d' éviter Son courroux afin de ne pas
être détruit.
Au stade primitif de l'ignorance, l'homme pense que les
éléments naturels dont la grandeur et la gloire sont visibles,
et qui semblent lui être tantôt bienveillants, tantôt hostiles,
possèdent en eux-mêmes un pouvoir et une autorité réels
et que, par conséquent, ils sont d'essence divine. C'est ainsi
qu'il adore les arbres, les animaux, les fleuves, les montagnes,
le feu, la pluie, le vent, les corps célestes et bien d'autres
choses. Ceci est la pire forme d' ignorance.
Quand son ignorance commence à se dissiper, il finit par
réaliser que ces éléments grandioses et impressionnants sont
en eux-mêmes tout à fait impuissants, et n'occupent pas une
position privilégiée par rapport à l'homme, mais plutôt infé­
rieure. L'animal le plus imposant et le plus fort meurt tout
aussi bien que le genre minuscule, et perd toute sa puissance ;
le niveau des grands fleuves peut monter ou s'abaisser, et
même s'assécher. L'homme lui-même peut percer les hautes
montagnes de tunnels ou abaisser leurs sommets. La pro­
ductivité de la terre ne dépend pas uniquement d'elle-même,
l'eau la rend fertile, la sécheresse la rend stérile. L'eau elle­
même n'est pas indépendante elle dépend du vent qui amène
les nuages. Le vent lui-même est sans pouvoir propre et son
action dépend d'autres causes.
La lune, le soleil, les étoiles également sont soumis à des
lois inflexibles dans les limites desquelles ils n'ont aucune
autonomie. Après avoir considéré cela, son esprit envisage
alors la possibilité de quelque grand pouvoir mystérieux
98 Comprendre l'islam

de nature divine qui contrôle les objets qu'il voit et qui serait
le dépositaire de toute autorité. Ces réflexions provoquent la
naissance d'une croyance en des pouvoirs mystérieux au-delà
des phénomènes naturels, de dieux innombrables qui sont
supposés gouverner les différents domaines de la nature, tels
que le vent, la lumière, l'eau . . . L'homme construit des formes
matérielles évocatrices ou des symboles qui les représentent,
et il commence alors à adorer ces formes et ces symboles.
Ceci est également une forme d'ignorance et même à ce
stade intellectuel et culturel, la réalité reste encore cachée à
l'esprit humain.
À mesure que l'homme progresse en connaissance et qu'il
médite de plus en plus profondément sur les problèmes fon­
damentaux de la vie et de l'existence, il découvre une loi
puissante et un contrôle général sur l'univers. Quelle régu­
larité parfaite peut être observée dans le lever et le coucher
du soleil, dans les vents et les pluies, dans le mouvement des
étoiles et les successions des saisons ! Avec quelle harmonie
d'innombrables forces diverses travaillent en commun, et
selon quelle loi hautement efficace et suprêmement sage elles
sont coordonnées pour agir ensemble à un temps fixé, pour
un résultat fixé ! Observant cette uniformité, cette régularité
et cette obéissance totale à une loi immuable dans tous les
domaines de la nature, un polythéiste lui-même est obligé de
croire qu'il doit exister une divinité plus grande que toutes
les autres, exerçant l'autorité suprême. Car s'il y avait des
divinités indépendantes et distinctes, toute la machinerie
de l'univers serait bouleversée. L'homme appelle cette divi­
nité principale de noms différents, Allah, Permeshvar, God,
Dieu, Khuda-i-Khudaigân. . . Mais tant que les ténèbres
Les articles de la foi 99

de l'ignorance persistent toujours, il continue d'adorer des


divinités mineures en même temps que la Divinité suprême.
Il imagine que la royauté de Dieu ne doit pas être différente
des royautés terrestres. De même qu'un roi de la terre a des
ministres, des hommes de confiance, des gouverneurs et des
officiers responsables, de même les divinités mineures sont
autant d'officiers responsables sous l'autorité du Dieu Tout­
Puissant qu'on ne peut approcher qu'après s'être concilié les
grâces des officiers sous Ses ordres. On doit également leur
rendre un culte, implorer leur aide et veiller à ne jamais les
offenser. Ainsi, ils sont considérés comme des agents par l'in­
termédiaire desquels on peut parvenir au Dieu Tout-Puissant.

Plus l'homme acquiert de connaissance, moins l'idée


d'une multitude de dieux le satisfait. Le nombre de ces divi­
nités mineures commence ainsi à diminuer. Des hommes
plus éclairés examinent ces divinités plus systématiquement
et découvrent qu'aucune de ces divinités inventées par l'es­
prit humain n'a un caractère divin ; elles sont elles-mêmes
des créatures, comme l'homme, et tout aussi impuissantes.
Elles sont donc abandonnées et rejetées les unes après les
autres jusqu'à ce que ne subsiste qu'un seul Dieu. Mais le
concept d'un Dieu unique contient encore des traces des
éléments d'ignorance. Certains imaginent qu'il a un corps
charnel comme l'homme et vit dans un endroit déter­
miné. D'autres croient que Dieu est descendu sur terre
sous une forme humaine ; d'autres encore que Dieu, après
avoir réglé les affaires de l'univers s'est retiré et se repose
maintenant. Certains croient qu'il est nécessaire d'appro­
cher Dieu par l'intermédiaire des saints et des esprits, et
qu'aucune démarche ne peut aboutir sans leur intercession.
100 Comprendre l 'islam

Certains imaginent Dieu sous une certaine apparence et


pensent nécessaire de se créer des images qu'ils adorent. Ces
fausses conceptions de l'idée de divinité ont subsisté jusqu' à
nos jours et bon nombre d'entre elles sont encore acceptées
de nos jours par divers peuples.

Le tawbîd est la conception la plus élevée que l'on puisse se


faire de la divinité. Elle a été envoyée par Dieu à l'humanité
à toutes les époques par l'intermédiaire de Ses prophètes.
Ce fut cette conception qui fut inculquée à Adam au com­
mencement, lorsqu'il fut envoyé sur terre, ce fut la même
conception qui fut révélée à Noé, à Abraham, à Moïse et
Jésus (que les bénédictions de Dieu soient sur eux). Ce fut
cette même conception que Muç.ammad (�) apporta à
l'humanité. C'est une connaissance pure et absolue, sans
la moindre ombre d'ignorance. L'homme se rend coupable
de shirk, d'idolâtrie et de kufr, uniquement parce qu'il s'est
détourné des enseignements des prophètes et s'est fié à son
propre raisonnement déficient, à des perceptions ou des
interprétations erronées. Le tawbîd disperse tous les nuages
de l'ignorance et illumine l'horizon de la lumière de la réa­
lité. Voyons quelles réalités significatrices apporte ce concept
de tawbîd - cette petite phrase : « lâ ilâha illa-llâh ». Nous
comprendrons cela en méditant sur les points suivants :

D'abord, nous avons à examiner la question de l'univers.


Nous sommes confrontés à un univers grandiose et infini.
L'esprit humain n'arrive pas à discerner son origine et à
concevoir sa fin. Il se meut selon une trajectoire déterminée
depuis des temps immémoriaux, et continue son voyage dans
les vastes perspectives du futur. Des créatures sans nombre
Les articles de la foi 101

y sont apparues et continuent d'apparaître chaque jour. Les


phénomènes naturels sont si stupéfiants que l'esprit humain
en est confondu et frappé d' étonnement. L'homme est inca­
pable de comprendre et de saisir la réalité avec sa seule vision
si limitée. Il ne peut croire que tout ceci sera apparu simple­
ment par hasard. L'univers n'est pas une masse de matière
surgie par accident, un conglomérat d'objets chaotiques et
dépourvus de sens. Tout ceci ne peut exister sans l'impul­
sion d'un Créateur, un Architecte, un Gouverneur. Mais qui
a pu créer et contrôler cet univers majestueux ? Celui-là Seul
le peut, qui est Maître de tout, qui est infini et éternel, qui
est tout-puissant, omniscient, omnipotent, qui possède une
sagesse illimitée, qui sait tout, qui voit tout. Il doit avoir l'au­
torité suprême sur tout ce qui existe dans l'univers, posséder
des pouvoirs infinis, être le Seigneur de l'univers et de tout ce
qui s'y trouve, être dépourvu de tout défaut ou imperfection.
Personne n'a le pouvoir d'interférer dans Son œuvre. Seul un
tel Être peut être le Créateur, le Contrôleur et le Gouverneur
de l'univers.

Deuxièmement, il apparaît comme essentiel que tous ces


attributs et pouvoirs divins soient concentrés dans un seul
Être. Il est impossible d'imaginer la coexistence de plusieurs
personnalités ayant à égalité tous les pouvoirs et les attributs.
Ils entreraient inévitablement en conflit. Par conséquent,
il ne peut exister qu'un seul et unique Être Suprême ayant
le contrôle sur tous les autres. On ne peut imaginer deux
gouverneurs pour la même province, ou deux commandants
en chef de la même armée. De même, il est impensable de
supposer la répartition de ces pouvoirs parmi diverses divi­
nités ; par exemple, que l'une d'elle soit toute connaissance,
102 Comp rendre l'islam

l'autre toute providence et une autre encore, source de vie :


chacune possédant son propre domaine réservé. L'univers
est un tout indivisible, chacune de ces divinités serait alors
dépendante des autres dans l'exécution de sa tâche ; il se
produirait inévitablement un manque de coordination,
et dans ce cas, le monde serait voué à la destruction. Ces
attributs divins ne sont pas transférables. Il n'est pas possible
qu'un attribut donné appartienne à telle ou telle divinité à
un certain moment, et qu'il appartienne ensuite à un autre
moment à une autre divinité. Un être divin qui est incapable
de rester lui-même vivant ne peut donner la vie aux autres.
Celui qui ne peut protéger son propre pouvoir divin est tout
à fait inapte à gouverner l'univers sans limites.
Donc, au plus vous réfléchissez à ce problème, au plus
vous êtes convaincus que tous ces pouvoirs et attributs divins
ne peuvent appartenir qu' à un Être unique. Donc le poly­
théisme est une vue de l'ignorance et ne peut résister à un
examen rationnel. C'est une impossibilité pratique. Les faits
de la vie et de la nature ne collent pas avec cette explication.
Ils amènent automatiquement l' homme à la réalité, c'est-à­
dire au tawbîd (l'unicité de Dieu).

Tout en gardant présent à votre esprit cette conception


correcte et parfaite de Dieu, jetez maintenant un coup d'œil
scrutateur sur ce vaste univers. Appliquez tous vos efforts
à cet examen ; trouvez-vous parmi tous les objets que vous
voyez, parmi toutes les choses que vous percevez, parmi tout
ce que vous pouvez penser, sentir ou imaginer - tout ce que
votre connaissance peut appréhender - quelqu'un possédant
ces attributs ? Le soleil, la lune, les étoiles, les ammaux,
Les articles de la foi 103

les oiseaux, les poissons, la matière, l'argent - est-ce que l'un


d'entre eux possède ces attributs ? Certainement aucun !
Car tout dans l'univers est créé, contrôlé, réglé, interdépen­
dant, mortel et éphémère. Rien ne possède une autonomie
d'action ou de décision. Jusque dans les moindres mouve­
ments, tout est contrôlé par une loi inexorable dont il ne peut
s'écarter. L'impuissance si évidente de tous les objets de la
création prouve que le vêtement de la divinité ne convient pas
à leur condition. Ils ne renferment pas la moindre parcelle
de divinité et n'ont absolument rien à voir avec elle. Ils sont
dépourvus de pouvoirs divins et c'est travestir la vérité et faire
preuve de grande folie que de leur attribuer un statut divin.
Ceci est la signification de « lâ ilâ ha », c'est-à-dire « il n'y a pas
de dieu » ; aucun objet humain et matériel ne possède le pou­
voir et l'autorité divins méritant l'adoration et l'obéissance.
Mais notre quête ne s'arrête pas là. Nous avons trouvé que
la divinité ne réside dans aucun des éléments matériels ou
humains de l'univers, et qu'aucun d'entre eux n'en possède
même la plus petite trace. Cette investigation même nous
amène à conclure qu'il existe un être suprême, au-dessus
de tout ce que nos faibles yeux voient dans l'univers, qui
possède les attributs divins, qui est la Volonté derrière tous
les phénomènes, le Créateur de cet univers grandiose, celui
qui contrôle sa loi superbe, gouverne son rythme suprême,
l'Administrateur de tous les travaux : il est Allah, le Seigneur
de l'univers et n'a pas d'associé dans sa divinité. C'est ce que
signifie : « illa-llâh » (si ce n'est Allah).
Cette conception est supérieure à toutes les autres, et
plus vous l'examinerez, plus profonde sera votre conviction
104 Comprendre L'islam

que c'est le point de départ de toute connaissance. Dans


chaque domaine de la recherche, que ce soit la physique, la
chimie, l'astronomie, la géologie, l' économie, la politique, la
sociologie ou les humanités, vous vous apercevrez que plus
vous approfondirez la question, plus la vérité de : « lâ ilâha
illa-llâh » sera évidente. C'est cette conception qui ouvre les
portes de la recherche et de l'investigation, et qui projette sur
les sentiers de la connaissance la lumière de la réalité. Et si
vous niez cette réalité, ou si vous la traitez avec indifférence,
à chaque pas vous trouverez la désillusion, car la négation de
cette vérité élémentaire enlève son sens réel et sa vraie signi­
fication à tout ce qui existe dans l'univers. Il apparaît alors
privé de toute signification, et les perspectives de progrès
deviennent confuses.

Les effets du tawbîd sur la vie de l'homme


Étudions maintenant les effets que la croyance en « lâ
ilâha illa-llâh » amène dans la vie d'un homme s'il l'adopte,
et voyons pourquoi il devrait toujours réussir dans la vie ;
voyons aussi pourquoi celui qui rejette cette croyance est
voué à l'échec, dans cette vie comme dans la vie ultérieure.

A) Un croyant en cette kalima n'a pas de préjugés ni d'idées


étroites. Il croit en un Dieu qui est le Créateur des cieux et
de la terre, le Maître de l'Est et de l'Ouest, et le Pourvoyeur
de l'univers tout entier. En vertu de cette foi, il ne considère
rien dans le monde comme étranger à lui-même. Il regarde
toutes choses dans l'univers comme les possessions du
même Seigneur auquel il appartient lui-même. Il n'a pas de
parti pris dans ses pensées ni dans ses actes. Sa sympathie,
Les articles de la foi 105

son amour et son aide ne sont pas réservés à une sphère ni


à un groupe particulier. Son horizon intellectuel est large,
et ses vues libérales et aussi illimitées que l'est le royaume
de Dieu. Comment cette largeur de vues pourrait être le fait
d'un athée, d'un polythéiste ou de quelqu'un qui croit en
une divinité supposée posséder des pouvoirs aussi limités et
défectueux qu'un simple homme ?

B) Cette foi produit chez l' homme une estime et un respect


de soi du plus haut degré. Le croyant sait qu'Allah Seul est
le Détenteur de tout pouvoir, et que personne à part Lui
ne peut protéger un homme ou lui nuire, pourvoir à ses
besoins, prendre ou donner la vie, user d'autorité ou d'in­
fluence. Cette conviction le rend indifférent, indépendant
et sans crainte vis-à-vis de toutes les puissances autres que
Dieu. Il n'incline jamais la tête en hommage devant aucune
des créatures de Dieu, il ne tend les mains devant personne
d'autre. Il n'est intimidé par la grandeur de personne. Cette
qualité ou attitude mentale ne saurait être produite par
aucune autre croyance. Car pour ceux qui associent d'autres
êtres à Dieu, ou nient l'existence de Dieu, il leur faut alors
prêter hommage à des créatures, les considérer comme
capables de leur nuire ou de les protéger, les craindre et pla­
cer en elles tous leurs espoirs.

C) En même temps que le respect de soi, cette foi produit


aussi en l' homme un sentiment de modestie et d' humilité.
Cela le rend simple et sans prétention. Un croyant ne devient
jamais orgueilleux, hautain ou arrogant. L'orgueil bruyant
du pouvoir, de la richesse n'a pas de place en son cœur, car il
sait que tout ce qu'il peut posséder lui a été donné par Dieu,
106 Comprendre L'islam

et que Dieu peut retirer aussi bien qu'il peut donner. Par
opposition, un incroyant, lorsqu'il réussit dans le monde,
devient orgueilleux et prétentieux, car il croit que son bien
est dû à son propre mérite. De même, l'orgueil et la préten­
tion accompagnent inévitablement le shirk (diverses divinités
partageant l'autorité de Dieu), parce qu'un mushrik croit
qu' il a avec les divinités un rapport spécial qu'elles n'ont pas
avec les autres.
D) Cette foi rend l'homme honnête et vertueux. Il a la
conviction qu' il n'existe pour lui d'autre moyen de parvenir
au succès et au salut que par la pureté de l' âme et par un
comportement intègre. Il a une foi sans faille en Dieu qui est
au-dessus de tout besoin et n'est dépendant de personne. Car
Dieu est infiniment Juste, et personne n'a de part ou d'in­
fluence dans l'exercice de Ses pouvoirs divins. Cette foi lui
fait réaliser qu'à moins de vivre avec droiture et d'agir avec
justice, il ne pourra réussir. Aucune influence ou activité en
sous-main ne saurait le sauver de la ruine. Les kâfirûn et les
mushrikûn, au contraire, vivent toujours sur de faux espoirs.
Certains croient que le fils de Dieu s'est sacrifié en expiation
de leurs péchés, d'autres pensent qu'ils sont les élus de Dieu
et ne seront pas punis ; d'autres croient que leurs saints inter­
céderont auprès de Dieu en leur faveur ; tandis que d'autres
encore font des offrandes à leurs divinités et croient qu'en
« achetant » ainsi les dieux ils ont acquis licence pour toutes
leurs frivolités et leurs mauvaises actions, et qu'ils ont l'im­
punité. De telles croyances erronées les maintiennent dans
les mailles du péché et des mauvaises actions, et comme ils
dépendent de leurs divinités, ils négligent de purifier leurs
âmes et de vivre des vies droites et bonnes. Quant aux athées,
Les articles de la foi 107

ils ne croient pas à l'existence d'un Être ayant un pouvoir sur


eux, devant Lequel ils seraient responsables de leurs bonnes
ou mauvaises actions ; par conséquent, ils se considèrent
tout à fait libres d'agir comme bon leur semble en ce monde.
Leurs propres caprices deviennent leurs seuls dieux, et ils
vivent en esclaves de leurs désirs.
E) Le croyant n'est jamais abattu ou découragé, quelles que
soient les circonstances. Il a une foi inébranlable en Dieu qui
est le Maître de tous les trésors de la terre et des cieux ; dont la
grâce et la générosité n'ont pas de limites, et dont les pouvoirs
sont infinis. Cette foi apporte à son cœur une extraordinaire
consolation, l 'emplit de satisfaction et entretient son espoir.
Quand bien même il rencontrerait en ce monde le découra­
gement à chaque pas, si tout contrecarrait ses dessins, si tout
venait à lui manquer, sa foi en Dieu et la confiance qu'il place
en Lui ne le quittent jamais, et avec leur réconfort il continue
la lutte. Une confiance aussi profonde ne peut résulter que
de la foi en un Dieu unique. Les mushrikûn, les kâfirûn et les
athées ont des cœurs tremblants car leurs espoirs reposent sur
des bases fragiles ; et aux heures difficiles, ils sont vite sub­
mergés par le désespoir et souvent se donnent la mort. [Pour
se faire une idée de la situation lamentable que le désespoir
peut engendrer, le lecteur peut se référer à l'étude de M.
Collin Wilson sur la vie moderne : L'Étranger (2e édition,
Londres, 1957). Le témoignage du Professeur Joad est égale­
ment éloquent sur ce point. À propos du monde occidental, il
écrit : « Pour la première fois dans l' histoire arrive à maturité
une génération d'hommes et de femmes sans aucune convic­
tion religieuse, et qui ne ressentent pas le besoin d'en avoir,
ils se contentent d'ignorer la question, ils sont également
1 08 Comp rendre l'islam

très malheureux et le taux de suicide est anormalement


élevé (C. E. M. Joad, Le Présent et l'Avenir de la Religion, cité
par Sir Arnold Lunn dans Et pou rtant si nou veau , Londres
1958, page 228). Quant au monde islamique, on peut lire
avec profit l'opinion d'un historien non musulman et sans
parti pris : « C'est dans ce monothéisme inconditionnel, avec
sa foi simple et enthousiaste dans le gouvernement suprême
d'un Être transcendant, que réside la force principale de l'is­
lam. Ses adeptes jouissent d'un sentiment de contentement
et de résignation inconnu des disciples de la plupart des reli­
gions. Le suicide est rare dans les pays musulmans. » (Philip
K. Hitti, Histoire des Arabes, 1951 , p. 129).]

F) Cette foi suscite en l'homme un très fort degré de déter­


mination, de persévérance patiente et de confiance en Dieu.
Une fois qu'il a décidé de consacrer ses ressources à suivre les
commandements divins pour plaire à Dieu, il est certain de
jouir du soutien du Seigneur de l'univers. Cette certitude le
rend fort et ferme comme un roc, et aucune difficulté, aucun
obstacle ne peuvent lui faire abandonner ses résolutions. Le
shirk, le kufr ou l'athéisme ne produisent pas de tels effets.
G) Cette déclaration de foi rend l'homme brave et courageux.
Il y a deux raisons qui peuvent rendre un homme lâche :
1 . La peur de la mort et l'amour de la sécurité.
2. L'idée qu'un autre peut prendre sa vie et que l'homme par
certains moyens peut écarter la mort. La foi en « lâ ilâ ha illa­
llâ h » purge l'esprit de ces deux idées. En ce qui concerne la
première, le croyant sait que sa vie, ses biens et toutes choses
appartiennent en réalité à Dieu, et il est prêt à tout sacri­
fier pour plaire à Dieu. Il écarte facilement la deuxième idée
Les articles de la foi 109

parce qu'il sait qu'aucune arme, aucun homme ou animal


n'a le pouvoir de prendre sa vie. Dieu Seul en a le pouvoir.
Un temps a été fixé pour lui et toutes les forces du monde
conjuguées ne sauraient ôter la vie à quiconque, ne serait-ce
qu'une seconde avant le temps fixé. C'est pour cette raison
qu'il n'y a pas de plus brave que celui qui a foi en Dieu. Rien
ne peut avoir raison de lui : même la tempête de l'adversité,
les orages de l'opposition et l'armée la plus puissante ne
peuvent l'abattre. Quand il se met à combattre pour Dieu,
il peut écraser une force dix fois supérieure à la sienne. D'où
est-ce que les mushrikûn, les kâfirûn et les athées pourraient
acquérir une telle détermination, une telle force ? Ils tiennent
leur vie pour le plus précieux de leurs biens sur cette terre, et
ils croient que la mort est apportée par l'ennemi et peut être
évitée en s'enfuyant devant lui !

H) La foi en lâ ilâ ha illa-llâ h apporte la paix et le conten­


tement du cœur, elle délivre l'esprit des passions subtiles de
la jalousie, de l'envie et de la cupidité, et fait rejeter l'idée
d'utiliser des moyens bas et vils pour arriver au succès. Le
croyant sait que la richesse est dans les Mains de Dieu, et
qu'Il la répartit plus ou moins abondamment selon Son bon
plaisir ; que l' honneur, la puissance, la renommée et l'auto­
rité - tout est soumis à Sa volonté et qu'Il les attribue comme
Il l'entend ; que le devoir de l' homme consiste seulement à
essayer de lutter loyalement. Il sait que le succès ou l' échec
dépendent de la grâce de Dieu: s'Il veut donner, aucun pou­
voir au monde ne saurait L'en empêcher, et s'Il ne le veut
pas, aucun pouvoir ne peut L'y contraindre. Au contraire, les
mushrikûn, les kâfirûn et les athées considèrent que leurs suc­
cès ou leurs échecs ne dépendent que de leurs propres efforts
1 10 Comprendre l'islam

et de l'aide ou de l'opposition des pouvoirs terrestres. Par


conséquent, ils restent toujours esclaves de la cupidité de
l'envie. Pour arriver au succès, ils n'hésitent pas à cor­
rompre, flatter, conspirer, et à utiliser toutes sortes de moyens
indignes. La jalousie et l'envie devant le succès des autres les
rongent, et ils remuent ciel et terre, usant des pires moyens
pour provoquer la chute de leur rival heureux.

I) Leffet le plus important de la formule lâ ilâha illa-llâh est


qu'elle amène l'homme à obéir et à observer la loi de Dieu.
Celui qui a foi en cette formule est sûr que Dieu connaît
toutes choses apparentes ou cachées ; même s'il commet
un péché dans un endroit secret ou dans les ténèbres de la
nuit, Dieu le sait. Il connaît jusqu' à nos pensées informu­
lées et nos intentions, bonnes ou mauvaises. Nous p ouvons
dissimuler devant n'importe qui, mais nous ne pouvons
rien dissimuler devant Dieu ; nous pouvons échapper à
n'importe qui, mais il est impossible d' échapper à Dieu.
Plus l'homme sera convaincu de cela, plus il observera les
commandements de Dieu ; il évitera ce que Dieu a défendu,
et il suivra Ses commandements, même s'il est seul et caché
dans l'ombre de la nuit, car il sait que la surveillance de Dieu
ne se relâche jamais, et il craint le Tribunal dont il ne peut
éviter le jugement. C'est pour cette raison que la condition
primordiale et la plus importante pour être un musulman
est la foi en lâ ilâha illa-llâh. « Musulman », on l'a déjà
vu, signifie « obéissant à Dieu », et l'obéissance à Dieu est
impossible à moins qu'on ne croie fermement en lâ ilâha
illa-llâh, c'est-à-dire qu'il n'y a personne digne d' être adoré
autre qu'Allah.
L es articles de fa fo i 111

Dans les enseignements de Mul).ammad (�), la foi en un


Dieu unique est le principe capital, fondamental. C'est la
base même de l'islam et la source de son pouvoir. Tous les
autres dogmes, commandements et lois de l'islam reposent
tous sur cette base.

Tous tirent leur force de cette source. Écartez-la, et il ne


reste rien de l'islam.

La foi en les anges de Dieu


Le prophète Mul).ammad (�) nous a en outre appris
à croire en l'existence des anges de Dieu. C'est le second
article de la foi islamique. Il est très important, car il purifie
le concept du tawbîd et écarte le danger de toute nuance de
shirk (polythéisme).

Les polythéistes ont associé deux sortes de créatures à


Dieu :
A. Celles qui ont une existence matérielle et sont percep­
tibles à l'œil humain, celles que le soleil, la lune, les étoiles, le
feu, l'eau, les animaux, les héros ;
B. Celles qui n'ont pas d'existence matérielle et ne peuvent
être perçues par l'œil humain ; les êtres invisibles que
l'homme imagine responsables de l'administration de l'uni­
vers ; l'un, par exemple, contrôlerait le vent, l'autre donnerait
la lumière, un autre apporterait la pluie, et ainsi de suite.

Les prétendus dieux de la première catégorie ont une exis­


tence matérielle et sont visibles pour l'homme. La fausseté
de leur prétention à la divinité a été pleinement exposée
1 12 Comprendre l 'islam

par la parole lâ ilâha illa-llâh. C'est suffisant pour rejeter


l'idée selon laquelle ils posséderaient une quelconque parcelle
de divinité, ou qu'ils mériteraient un respect quelconque.

Les êtres de la deuxième catégorie, du fait qu'ils sont invi­


sibles, échappent à la perception de l'homme, et partant, sont
mystérieux ; les polythéistes sont donc enclins à avoir foi en
eux. Ils les prennent pour des divinités, pour des dieux, ou
pour des enfants de Dieu. Ils font des statues à leur image
devant lesquelles ils font des offrandes. Pour purifier la foi en
l'unicité de Dieu, et pour éliminer la croyance en des créa­
tures invisibles de la deuxième catégorie, cet article de foi
particulier a été exposé.
Mul;iammad (�) nous a informés que ces êtres spirituels
qui échappent à notre perception et que les gens prennent
pour des divinités, des dieux, ou des fils de Dieu, sont en
réalité Ses anges. Ils ne partagent pas le caractère divin de
Dieu, ils sont sous Son autorité, et sont si obéissants qu'ils ne
peuvent déroger d'un pouce à Ses commandements. Dieu les
emploie pour administrer Son royaume, et ils accomplissent
Ses ordres exactement et scrupuleusement. Ils n'ont aucune
autorité pour décider quoi que ce soit de leur propre chef ;
ils ne peuvent présenter à Dieu aucun projet de leur inven­
tion ; ils ne sont même pas autorisés à intercéder auprès de
Dieu pour un homme. Les adorer et solliciter leur aide est
dégradant et avilissant pour l'homme. Car, au premier jour
de la création, Dieu les a fait se prosterner devant Adam,
Il lui a accordé une connaissance plus étendue que la leur,
et en le plaçant au-dessus d'eux, Dieu a fait d'Adam Son
propre représentant sur terre. [Peut-il y avoir par conséquent
Les articles de la foi 1 13

d'avilissement plus grand pour l'homme que de solliciter


la faveur et de se prosterner devant ceux qui se sont proster­
nés devant lui !]

Mul;iammad (�) nous a interdit d'adorer les anges, et de


leur attribuer un caractère divin aux côtés de Dieu, mais
en même temps il nous a expliqué que les anges étaient des
créatures choisies de Dieu, pures de tout péché, par nature
même incapables de désobéir à Dieu, et éternellement char­
gés d'exécuter Ses ordres. En outre, il nous a informé que
ces anges de Dieu nous entourent de toutes parts, ils sont
attachés à nous et sont toujours en notre compagnie. Ils
observent et notent toutes nos actions, bonnes et mauvaises,
et gardent un rapport complet de la vie de chacun de nous.
Après notre mort, quand nous serons amenés devant Dieu,
ils présenteront ce rapport complet de l'œuvre de notre vie
sur la terre, dans lequel tout aura été enregistré fidèlement
sans que le moindre détail, même le plus insignifiant ou
le plus soigneusement caché, ait été omis.

Nous n'avons pas été renseignés plus précisément sur la


nature intrinsèque des anges. Seuls quelques-uns de leurs
attributs et de leurs qualités nous ont été cités, et il nous a été
demandé de croire en leur existence. Nous n'avons pas d'autre
moyen de connaître leur nature, leurs attributs ou leurs
qualités. Ce serait par conséquent pure folie de notre part
que de leur attribuer une forme ou une qualité quelconque
de notre propre initiative. Nous devons croire en eux exac­
tement comme il nous a été demandé. Nier leur existence
est kufr, car premièrement nous n'avons aucune raison de le
faire, et deuxièmement notre refus d'y croire équivaudrait
1 14 Comprendre l'islam

à attribuer un mensonge à Mu}:iammad (�). Nous croyons


en leur existence simplement parce que le véritable Messager
de Dieu nous en a informés.

La foi dans les livres de Dieu


Le troisième article de la foi que Mu}:iammad (�) nous
a commandé de croire est la foi dans les livres de Dieu ; les
livres qu'Il a envoyés à l'humanité par l'intermédiaire des
prophètes à diverses époques.
Dieu a révélé Ses livres à Ses prophètes avant Mu}:iammad
comme Il l'a fait pour le Coran à Mu}:iammad (�). Nous
avons été informés des noms de ces livres : les livres d'Abra­
ham, la Thora de Moïse, les psaumes de David (zabûr), et
l'Évangile (injî[) de Jésus-Christ. Nous ne connaissons pas les
noms de livres qui auraient été donnés à d'autres prophètes.
Par conséquent, en ce qui concerne l'existence d'autres
livres religieux, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude
s'ils étaient à l'origine des livres révélés ou non. Mais nous
croyons tacitement que tous les livres qui ont pu être envoyés
par Dieu étaient vrais.

Parmi les livres que nous avons cités, les livres d'Abraham
ont disparu et n'ont pas laissé de traces dans la littérature
mondiale existante. Les psaumes de David (zabûr), la Thora
et l'Évangile (injî[) existent chez les juifs et les chrétiens, mais
le Coran nous apprend que les gens ont modifié ces livres, et
que les paroles de Dieu y sont mélangées à des textes de leur
propre invention. Une étude même superficielle de ces livres
de l'Ancien Testament et des quatre Évangiles du Nouveau
Testament révèle qu'ils sont une production humaine, que
quelques parties seulement des Psaumes originaux de David
Les articles de la foi 1 15

et de l'Évangile du Christ y ont été incorporées. Les cinq pre­


miers livres de l'Ancien Testament ne constituent pas la Thora
originale, mais sont en fait des fragments de la Thora mêlés
à d'autres récits écrits par des êtres humains, où les directives
originales du Seigneur sont perdues dans ce fatras. De même,
les quatre Évangiles du Christ ne sont pas les Évangiles ori­
ginaux tels qu'ils furent donnés par le prophète Jésus (r-��1,-).
Ils sont en fait les biographies du Christ compilées par quatre
personnes différentes sur la base de leurs connaissances et
des récits rapportés par d'autres témoins, auxquels certains
fragments de l'Évangile originel ont été incorporés. Mais
l'original et le faux, le divin et l'humain sont tellement mêlés
qu'il est difficile de distinguer le bon grain de l'ivraie. Le fait
est que la Parole originelle de Dieu n'est conservée ni chez les
juifs ni chez les chrétiens. Le Coran, au contraire, est intégra­
lement conservé et on n'y a pas changé ni soustrait un iota.]
Cette œuvre de modification et d'altération des Livres est si
évidente que les juifs et les chrétiens eux-mêmes admettent
qu'ils ne possèdent pas les textes originaux, et n'ont que
leurs traductions, lesquelles depuis des siècles ont subi et
subissent encore beaucoup d'altérations. En étudiant ces
livres, on trouve de nombreux passages et récits qui, de toute
évidence, ne peuvent provenir de Dieu et les interactions de
l'homme sont mêlés dans ces livres, et nous n'avons pas de
moyens de connaître ce qui vient de Dieu et ce qui vient de
l'homme. On nous a commandé de croire en des livres révé­
lés antérieurs, mais cela veut seulement dire que nous devons
admettre qu'avant le Coran, Dieu a aussi envoyé des livres
par l'intermédiaire de Ses prophètes, qu'ils provenaient tous
du seul et même Dieu : Celui même qui a envoyé le Coran, et
que la révélation du Coran en tant que livre divin n'est pas
1 16 Comprendre l'islam

un événement nouveau et étrange, mais qu'elle avait pour but


de confirmer, répéter et compléter les instructions divines
que les hommes avaient mutilées ou perdues dans l'Antiquité.
Le Coran est le dernier des livres divins envoyés par Dieu,
et il existe des différences notables entre lui et les livres anté­
rieurs. Ces différences peuvent être brièvement exposées
comme suit :
A) Les textes originaux de la plupart des livres divins anté­
rieurs furent perdus et seules restent leurs traductions. Le
Coran au contraire existe exactement tel qu'il fut révélé au
Prophète (�) ; pas un seul mot, pas une seule virgule n'ont
été changés. On peut le trouver dans son texte originel,
et la Parole de Dieu s'est ainsi conservée pour tous les temps
.
a' ven1r.
B) Dans les livres divins antérieurs, l'homme a mêlé ses
propres commentaires aux paroles de Dieu ; dans le Coran
on ne trouve que la Parole divine dans sa pureté originelle.
Ceci est admis même par les adversaires de l'islam.
C) À propos d'aucun autre livre sacré possédé par les
différents peuples on ne peut affirmer sur la base de l' évi­
dence historique qu'il appartienne réellement au prophète
auquel il est attribué. Pour certains, on ne sait même pas
à quelle époque ni à quel prophète ils furent révélés. En
ce qui concerne le Coran, les preuves qu'il fut révélé à
Muç.ammad (�) sont si nombreuses, si convaincantes et si
irréfutables que même le pire adversaire de l'islam ne peut
en douter. Ces preuves sont si détaillées qu'on connaît avec
certitude l'occasion et lieu de la révélation de nombreux ver­
sets et commandements du Coran.
Les articles de la foi 1 17

D) Les livres divins antérieurs avaient été envoyés dans des


langues qui sont mortes depuis longtemps. À l' époque ac­
tuelle, aucune nation ou communauté ne parle ces langues,
et seul un très petit nombre de gens peuvent les comprendre.
Ainsi, même si ces livres existaient aujourd'hui sous leur
forme pure et originale, il serait pratiquement impossible à
notre époque de comprendre et d'interpréter correctement
leurs injonctions et de les mettre en pratique. La langue du
Coran, au contraire, est une langue vivante ; des millions
de gens la parlent, et d'autres millions la connaissent et la
comprennent. Elle est enseignée dans presque toutes les uni­
versités du monde ; tout le monde peut l'apprendre, et celui
qui n'a pas le temps de le faire trouvera partout des gens qui
la connaissent et qui pourront lui expliquer le sens du Coran.
E) Chacun des livres sacrés des différentes nations du
monde était adressé à un peuple particulier. Chacun d'entre
eux contient un certain nombre de commandements qui
semblent avoir été destinés à une époque particulière de
l'histoire, et répondaient uniquement aux besoins de cette
époque. Ils ne sont plus nécessaires aujourd' hui, ni ne
peuvent être mis en pratique de manière satisfaisante. Cela
prouve de façon éclatante que ces livres étaient destinés à tel
ou tel peuple en particulier et non pas au monde dans son
ensemble. En outre, ils n'avaient pas été révélés pour être sui­
vis de manière permanente, même pas par le peuple auquel
ils étaient adressés ; ils étaient destinés à être utilisés que
pendant une certaine période. Au contraire, le Coran a été
adressé à toute l' humanité ; pas une seule de ses injonctions
ne saurait être soupçonnée d'être adressée à un peuple en par­
ticulier. De même, les commandements du Coran sont tels
118 Comp rendre l 'islam

qu'ils peuvent être utilisés en tout lieu et à toute époque. Ce


fait prouve que le Coran est destiné à l'humanité tout entière
et est un code éternel pour la vie de l'homme.

F) On ne peut nier que les livres divins antérieurs renfer­


maient eux aussi des principes de droiture et de vertu ; ils
enseignaient eux aussi des principes de moralité, et exposaient
le mode de vie propre à plaire à Dieu, mais aucun d'entre
eux n'était assez universel pour embrasser tout ce qui est
nécessaire pour une vie humaine vertueuse, sans rien omettre
ni rien citer de superflu. Certains d'entre eux sont excellents
sous un certain rapport, d'autres sous un autre. Le Coran
seul inclut non seulement tout ce qu'il y avait de bon dans
les livres antérieurs, mais aussi parachève la parole d'Allah,
la présente dans sa totalité, et fournit ce code de vie compre­
nant tout ce qui est nécessaire à l'homme sur cette terre.

G) À cause des interprétations humaines, beaucoup de


choses ont été insérées dans ces livres, qui sont contre la réa­
lité, révoltent la raison, et sont un affront à tout instinct de
justice. On y trouve des choses cruelles et injustes, propres
à corrompre les croyances et les actions de l'homme. On
y trouve en outre, malheureusement, des choses obscènes,
indécentes et immorales. Le Coran est exempt de telles
additions ; il ne contient rien qui puisse offenser la raison ou
la morale. Aucune de ses injonctions n'est injuste ou trom­
peuse ; on n'y trouve pas la moindre trace d'indécence ou
d'immoralité. Du début à la fin, le livre est plein de sagesse
et de vérité. Il contient la meilleure des philosophies et des
lois pour la civilisation humaine. Il indique le droit chemin,
et guide l'homme au succès et au salut.
Les articles de la fo i 1 19

C'est en considération de ces caractéristiques particulières


au Coran que tous les peuples du monde ont été invités à
avoir foi en lui, à rejeter tous les autres livres et à ne suivre
que lui, car il contient tout ce qui est essentiel pour suivre
en conformité avec le bon plaisir de Dieu et après lui il n'y a
plus besoin d'aucun autre livre divin.

L'étude des différences entre le Coran et les autres livres


divins nous fait facilement comprendre que la nature de la
foi dans le Coran et celle de la foi dans les livres antérieurs
,
n est pas la meme.A

En ce qui concerne les livres divins antérieurs, le croyant


devrait se contenter d'admettre qu'ils émanaient tous de
Dieu, qu'ils étaient véridiques et avaient été révélés pour
atteindre à leur époque un but semblable à celui du Coran.
Au contraire, en ce qui concerne le Coran, le croyant doit
avoir la conviction qu'il représente la parole même de Dieu,
qu'il est parfaitement véridique, que chacun de ses mots a
, , . , .
ete ngoureusement conserve, et que tout ce qm s'y trouve est
juste. L'homme a le devoir impératif de mettre en pratique
dans sa vie tous les commandements du Coran, et d'éviter
tout ce qui est contraire à ses préceptes.

La foi dans les prophètes de Dieu


Dans le chapitre précédent, nous avons vu que des mes­
sagers de Dieu avaient été suscités parmi chaque peuple,
et que tous apportaient essentiellement la même religion
- l'islam - que le prophète Mu}:iammad (�) devait pro­
pager par la suite. De ce point de vue, tous les messagers
de Dieu appartiennent à la même catégorie et se trouvent
120 Comp rendre l 'islam

sur le même plan. Renier l'un d'entre eux équivaut à les


renier tous, et si un homme reconnaît et accepte l'un d'entre
eux, il doit les reconnaître tous. La raison en est fort simple.
Supposez que dix hommes affirment la même chose ; si vous
admettez que l'un d'entre eux dit la vérité, ipso facto vous
admettez que les neuf autres disent aussi la vérité. Si vous
rejetez ce que dit l'un d'eux, implicitement vous rejetez les
paroles de tous les autres. C'est pour cette raison que dans
l'islam il est nécessaire d'avoir une foi implicite dans tous
les prophètes de Dieu. Celui qui ne croit pas en l'un des
prophètes est un kâfir, même si par ailleurs il a foi en tous
les autres prophètes.

Il apparaît, selon les traditions, que le nombre total des


prophètes envoyés aux différents peuples à des époques
diverses est de 1 24 000. Si l'on considère l'existence du
monde depuis que l'homme y est apparu et le nombre de
peuples et de nations différentes qui y ont passé, ce nombre
n'est pas tellement élevé. Nous devons positivement croire en
ceux des prophètes dont les noms ont été mentionnés dans
le Coran. Pour les autres, nous devons croire que tous les
prophètes envoyés par Dieu pour guider l'humanité étaient
véridiques. Ainsi nous croyons en tous les prophètes susci­
tés en Inde, en Chine, en Perse, en Égypte, en Afrique, en
Europe et dans tous les pays du monde, mais nous ne pou­
vons pas être positifs à propos de ceux qui ne figurent pas
sur la liste des prophètes cités nommément dans le Coran ;
furent-ils ou non prophètes, nous ne savons rien de défini
à leur sujet. Il ne nous est pas permis non plus de rien dire
contre les saints hommes des autres religions. Il est fort
possible que certains d'entre eux aient été des prophètes
Les articles de la foi 121

de Dieu, et que leurs disciples aient altéré leur enseignement


après leur disparition, exactement comme l'ont fait les dis­
ciples de Moïse et de Jésus (les bénédictions de Dieu soient
sur eux). Par conséquent, chaque fois que nous exprimons
une opinion quelconque à leur égard, elle devrait concerner
uniquement les pratiques et les rites de leurs religions ; quant
aux fondateurs de ces religions, nous devons nous garder de
prononcer un jugement sur eux, de peur de nous rendre cou­
pables d'irrévérence envers un prophète.
Ils étaient des prophètes de Dieu et ils avaient été envoyés
par Lui pour montrer le même droit chemin de l'islam ; sur
ce plan, il n'y a pas de différence entre Mul;iammad et les
autres prophètes (les bénédictions de Dieu soient sur eux
tous), et il nous est demandé de croire également en eux
tous. Mais en dépit de leur égalité sur ce plan, il existe les dif­
férences suivantes entre Mul;iammad et les autres prophètes
(les bénédictions de Dieu soient sur eux tous) :
A) Les prophètes du passé sont arrivés à une époque donnée
pour un peuple donné, tandis que Mul;iammad (*) a été
envoyé pour le monde entier et pour tous les temps à venir.
(Ce point a été discuté en détail dans le chapitre III.)
B) Les enseignements de ces prophètes ont disparu, ou bien
ce qu'il en reste n'est pas pur et authentique, et se trouve le
plus souvent mêlé à de nombreuses affirmations aussi erro­
nées que fictives. Pour cette raison, même si quelqu'un désire
suivre leurs enseignements, il ne peut le faire. Par contre, les
enseignements de Mul;iammad (*), sa biographie, ses dis­
cours, sa façon de vivre, sa morale, ses habitudes et ses vertus,
bref, tous les détails de sa vie et de son œuvre sont conservés.
1 22 Comp rendre l'islam

Muç.ammad (*) par conséquent est le seul de la longue


lignée des prophètes qui soit une personnalité vivante, et dans
les traces de qui il est possible de marcher avec confiance.

C) Les directives que nous ont laissées les prophètes du


passé n'étaient pas complètes et universelles. Chaque pro ­
phète était suivi d'un autre qui effectuait des modifications
et des additions aux enseignements et injonctions de ses
prédécesseurs, et c'est ainsi que progressaient les réformes.
C'est pourquoi les enseignements des prophètes antérieurs
sont tombés dans l'oubli au bout de quelque temps. De
toute évidence, il n'y avait aucun besoin de conserver les
enseignements antérieurs du moment que des directives
amendées et améliorées leur avaient succédé. Finalement,
le code parfait fut donné à l'humanité par l'intermédiaire
de Muç.ammad (*) et tous les codes précédents furent
abrogés automatiquement. Il serait vain et imprudent de
suivre un code incomplet alors qu'il existe un code complet.
Celui qui écoute la voix de Muç.ammad (*) écoute tous
les prophètes, car tout ce qu'il pouvait y avoir de bon et de
valable dans leurs enseignements se retrouve dans les siens.
Par conséquent, celui qui refuse de suivre les enseignements
de Muç.ammad, et choisit de suivre un autre prophète ne
fait que se priver lui-même de la somme d'instructions
valables et utiles qu'on peut trouver dans les enseignements
de Muç.ammad, mais qui n'a jamais existé dans les livres
des anciens prophètes et qui n'a été révélée que par l'inter­
médiaire du dernier des prophètes.

C'est pourquoi il incombe maintenant à chacun d'avoir


foi en Muç.ammad (*) et de ne suivre que lui. Pour devenir
Les articles de la fo i 123

un vrai musulman, un disciple du genre de vie du Prophète,


il est nécessaire d'avoir une foi totale en Mu}:iammad (*) et
d'affirmer que :

A) Il est véritablement un prophète de Dieu ;


B) Ses enseignements sont absolument parfaits, exempts de
toute erreur.
C) Il est le dernier des prophètes de Dieu ; après lui, il n'ap­
paraîtra plus aucun prophète dans aucune nation jusqu'au
jour du Jugement Dernier, ni aucune personne en laquelle il
serait nécessaire de croire pour un musulman.

La foi en la vie ultérieure après la mort


Le cinquième article de la loi islamique est la foi en la
vie après la mort. Le prophète Mu}:iammad (*) nous a
dit de croire à la résurrection après la mort, et au Jugement
Dernier. Les éléments essentiels de cette foi, tels qu'il nous
les a enseignés, sont les suivants :

- La vie de ce monde et de tout ce qui s'y trouve s'achèvera


un jour fixé. Ce jour est appelé qiyyâ ma (la Résurrection) et
â khira (le Dernier Jour).
- Tous les êtres humains qui sont venus au monde depuis
son commencement seront rappelés à la vie et comparaîtront
devant Dieu qui tiendra un tribunal ce Jour-là. Cela s'appelle
bashr (Rassemblement).
- Le rapport complet des actions, bonnes et mauvaises, de
tout homme et de toute femme sera présenté à Dieu pour
le Jugement final. Dieu décidera de la récompense finale
124 Comp rendre l'islam

de chaque créature et Il pèsera nos actions ; celui dont le


plateau penchera vers le bien recevra une récompense ;
celui dont les mauvaises actions seront les plus lourdes sera
puni. La récompense comme la punition seront adminis­
trées avec équité. Ceux qui sortiront vainqueurs de cette
épreuve iront au Paradis et les portes de la béatitude éter­
nelle s'ouvriront devant eux. Ceux qui seront condamnés
parce qu'ils méritaient un châtiment seront envoyés en
Enfer, lieu de flammes et de tortures.

Ce sont les éléments essentiels de la croyance en la vie


après la mort.

Pourquoi cette croyance est-elle nécessaire ?


La croyance en la vie après la mort a toujours fait partie
des enseignements des prophètes. Chaque prophète deman­
dait à ses disciples d'y croire, et Mu}:iammad (�), le dernier
des prophètes, fit de même. Cela a toujours été un point
essentiel de la foi islamique. Tous les prophètes ont catégo­
riquement déclaré que celui qui n'y croit pas ou en doute
est un kâfir. Il en est ainsi, parce que rejeter l'idée de la vie
ultérieure prive de toute signification tous les autres articles
de la foi. Ce rejet signifierait aussi qu'une vie vertueuse
ne recevrait pas de récompense, et amènerait ainsi l'homme
à mener une vie d'ignorance et d' incrédulité. Essayons d'y
réfléchir pour mieux comprendre cela.

Dans votre vie de tous les jours, chaque fois qu'on vous de­
mande de faire quelque chose, vous pensez immédiatement
à quoi cela va-t-il servir et qu'est-ce que je risque si je ne le fais
pas ? C'est dans la nature même de l'homme. Il considère
L es articles de la foi 125

instinctivement comme inutile une action dont il ne voit


pas la nécessité. Vous n'avez jamais envie de perdre votre
temps et votre énergie à accomplir un travail inutile et
improductif. De même, vous ne faites pas d'effort spécial
pour éviter une chose qui est inoffensive. En règle générale,
plus vous êtes convaincus de l'utilité de quelque chose, plus
votre réponse sera ferme ; plus vous doutez de son effica­
cité, plus votre attitude sera hésitante. Après tout, pourquoi
un enfant met-il sa main dans le feu ? Parce qu'il n'est pas
convaincu que le feu brûle. Pourquoi se rebelle-t-il contre
l'étude ? Parce qu'il ne saisit pas pleinement l'importance
de l'éducation et les bienfaits qu'elle procure, et ne croit pas
à ce que ses aînés essaient de lui inculquer.

Considérez maintenant l'homme qui ne croit pas au jour


du Jugement. N'aura-t-il pas tendance à considérer la foi
en Dieu et en une vie conforme à Ses désirs comme sans
conséquence ? Quelle valeur attachera-t-il à une vie passée
à chercher à plaire à Dieu ? Pour lui, l'obéissance à Dieu ne
lui apporte aucun avantage, la désobéissance à Sa loi aucun
inconvénient. Comment lui sera-t-il alors possible de suivre
scrupuleusement les injonctions de Dieu, de Son Prophète et
de Son Livre ? Où trouvera-t-il les motifs et les encourage­
ments nécessaires pour affronter des épreuves et des sacrifices
et pour refuser les plaisirs de ce monde ? Si un homme ne
suit pas la loi de Dieu et ne vit que selon ses propres désirs et
impulsions, à quoi lui sert sa foi en l'existence de Dieu, si elle
se limite à cela seulement ?
Ce n'est pas tout. Si vous réfléchissez plus loin, vous en
arriverez à la conclusion que la foi en la vie ultérieure est
1 26 Comp rendre l'islam

un facteur déterminant, essentiel dans la vie de l'homme.


Le fait de l'accepter ou de la rejeter détermine le cours même
de sa vie et de sa conduite.
Un homme qui a en vue le succès ou l'échec sur cette terre
seulement ne se souciera que des bienfaits ou des ennuis qui
peuvent lui arriver dans cette vie ici-bas. Il ne sera nullement
désireux d'entreprendre des bonnes actions, car il n'aura pas
par-là l'espoir d'y trouver un profit mondain, ni d' éviter les
mauvaises actions tant qu'elles ne porteront pas préjudice à
ses intérêts dans ce monde.
Mais un homme qui croit à une vie ultérieure dans l'autre
monde, et qui est fermement convaincu des conséquences
finales de ses actes, considérera les gains ou les pertes de ce
monde comme temporaires et transitoires, et ne risquera pas
son salut éternel pour un profit passager. Il considérera les
choses dans une perspective plus large, et aura toujours en
vue ce qu'il peut gagner ou perdre dans l' éternité. Il fera le
bien, quoi que cela puisse lui en coûter dans ce monde. Quel
que soit le tort que cela puisse porter à ses intérêts immé­
diats il évitera le mal, quelle que soit l'attraction qu'il exerce
sur lui. Il jugera les choses du point de vue de leurs consé­
quences dans l' éternité, et ne cédera pas à ses impulsions ou
à ses caprices.

Il existe donc une différence radicale entre les conceptions


que se font de la vie un croyant et un incroyant. L'un a du
bien une idée qui ne dépasse pas le cadre des bénéfices immé­
diats qu'il peut acquérir dans cette vie provisoire - argent,
biens matériels, célébrité, et autres choses semblables qui lui
confèrent une position, la puissance, la gloire et le bonheur
Les articles de La foi 127

en ce monde. Ces choses constituent son seul objectif dans la


vie. La satisfaction de ses propres désirs et sa réussite person­
nelle deviennent l'alpha et l'oméga de sa vie. Il n'hésite pas à
avoir recours à des moyens cruels et injustes pour y parvenir.

De même, ce qu'il appelle une mauvaise action, c'est


tout ce qui peut lui faire courir un risque ou causer du tort
à ses intérêts en ce monde, perte de la vie ou de ses biens,
mauvaise santé, réputation entachée, ou autre désagrément.
Par opposition à cet homme, le croyant conçoit le bien et
le mal fort différemment. Pour lui, tout ce qui plaît à Dieu
est bon, et tout ce qui suscite Son mécontentement et Son
courroux est mauvais. Une bonne action, selon lui, restera
bonne, même si elle ne lui rapporte rien en ce monde, ou
même si elle entraîne la perte de ses possessions terrestres,
ou lèse ses intérêts personnels. Il est persuadé que Dieu le
récompensera dans la vie éternelle, et que c'est cela le véri­
table succès. De même, il ne succombera pas aux mauvaises
actions, simplement pour trouver un profit sur cette terre, car
il sait que même s'il échappe au châtiment dans sa courte vie
terrestre, il sera finalement perdant et incapable d'éviter le
châtiment du tribunal de Dieu. Il ne croit pas en la relativité
de la morale, mais s'en tient aux normes absolues révélées par
Dieu et vit en s'y conformant, sans considérer ce qu'il peut
perdre ou gagner en ce monde.

Ainsi, c'est le fait de croire ou de ne pas croire en la vie


éternelle qui fait adopter à l'homme des chemins différents
dans cette vie. Pour celui qui ne croit pas au Jugement
Dernier, il est absolument impossible de façonner sa vie de la
manière suggérée par l'islam. L'islam dit : « Ainsi que Dieu
128 Comprendre l'islam

l'a demandé, donnez la zakâ t (la charité) aux pauvres. » La


réponse de l'incroyant sera : « Non, car je m'appauvrirais
en versant la zakâ t ; je préfère à la place m'occuper à faire
fructifier mon argent. » Et quand il effectue la tournée de ses
débiteurs, il n'hésite pas à confisquer tout ce qui leur appar­
tient, même s'ils sont pauvres et souffrent de la faim. L'islam
dit : « Dites toujours la vérité et évitez le mensonge, même
si vous avez tout à gagner à mentir et tout à perdre à dire
la vérité. » La réponse de l'incroyant sera : « Qu'ai-je à faire
d'une vérité qui ne m'est d'aucun profit et qui au contraire
ne m'apporte que des ennuis? Pourquoi éviterais-je de men­
tir si cela peut me profiter sans que je coure aucun risque,
pas même celui d'une mauvaise réputation? » L'incroyant
se trouve en un endroit solitaire et trouve là un métal pré­
cieux ; dans un rel cas, 1 'islam dit : « Cela ne vous appartient
pas ; ne le prenez pas ». Mais lui dira : « C'est une chose que
j'ai trouvée là par hasard, sans avoir à dépenser ni à faire
d'effort : pourquoi ne le prendrais-je pas? Personne ne me
voit le ramasser, personne n'ira en informer la police ou por­
ter témoignage contre moi devant un tribunal, ou me faire
une mauvaise réputation parmi mes semblables. Pourquoi
ne pas m'approprier cet objet de valeur? » Quelqu'un
dépose secrètement de l'argent chez cet homme, et meurt
quelque temps plus tard. L'islam dit : « Soyez honnêtes avec
les biens déposés chez vous et rendez-les aux héritiers du
défunt. » L'incroyant dit : « Pourquoi? Il n'y a pas de preuve
que son bien m'ait été confié ; et ses enfants eux-mêmes
l'ignorent. Je peux très bien me l'approprier sans difficulté,
sans avoir à redouter aucune réclamation légale, ni aucune
tache sur ma réputation, pourquoi ne le ferais-je pas? »
Les articles de la fo i 129

Bref, à chaque pas dans la vie, l'islam le guide dans une


certaine direction et lui demande d'adopter une certaine
conduite mais lui prendra toujours la direction oppo­
sée. Car l'islam mesure et évalue tout du point de vue des
conséquences éternelles ; tandis qu'une telle personne n'a en
vue que le résultat immédiat et terrestre. Maintenant, vous
comprenez pourquoi un homme ne peut être véritablement
musulman s'il ne croit pas au Jour du Jugement. Être mu­
sulman est une grande chose ; en fait, sans cette foi, on ne
peut même pas devenir un honnête homme, car renier le
Jour du Jugement rabaisse l'homme à un niveau inférieur à
celui du plus bas des animaux.

La vie après la mort : une apologie rationnelle


Jusqu' à présent, nous avons traité du besoin et de l'im­
portance de la croyance au Jour du Jugement. Considérons
maintenant jusqu' à quel point les éléments de cette croyance
peuvent être expliqués rationnellement. Tout ce que
Mul;iammad (�) a pu nous dire sur la vie après la mort
peut être défendu par le raisonnement. Bien que notre foi
en ce Jour soit fondée sur notre confiance implicite dans le
Messager de Dieu, la réflexion rationnelle non seulement
confirme cette croyance, mais aussi révèle que les ensei­
gnements de Mul;iammad (�) à cet égard sont bien plus
raisonnables et compréhensibles que tous les autres points de
vue sur la vie après la mort.
Sur ce problème, on peut trouver les opinions suivantes
dans le monde
A) Certains pensent que rien ne subsiste de l'homme après la
mort, et qu'après cet événement qui achève sa vie, il n'y a pas
130 Comprendre l'islam

d'autre vie. Selon eux, cette croyance est sans réalité. Ils
disent qu'une telle croyance n'est pas scientifique, et qu'elle
ne peut être défendue. C'est l'opinion des athées qui pré­
tendent être scientifiques dans leurs opinions, et prennent à
l'appui la science occidentale.
B) D'autres soutiennent que l' homme, pour payer les consé­
quences de ses actes, revient au monde périodiquement.
S'il mène une vie de péché, dans sa prochaine vie, il aura
la forme d'un animal, chien, chat . . . ou d'un arbre, ou bien
d'un homme d'une caste inférieure. S'il a été vertueux, il
sera ressuscité dans une caste supérieure. Cette conception
se trouve dans certaines religions orientales.
C) Il existe une conception qui fait appel à la foi en le Jour
du Jugement, la Résurrection, la comparution de l' homme
devant le Tribunal divin, et l'attribution de récompense et de
châtiment. C'est la croyance commune à tous les prophètes.
Examinons ces diverses conceptions l'une après l'autre. La
première, qui s'attribue la caution de la science, soutient qu'il
n'y a aucune réalité dans l'idée de la vie après la mort. Ses
défenseurs disent qu'ils n'ont jamais vu personne revenir après
sa mort, qu'il n'y a jamais eu de cas de résurrection. Nous
voyons qu'après la mort, l' homme retourne à la poussière. Par
conséquent, la mort est la fin de la vie, et il n'y a pas de vie
après la mort. Mais réfléchissons à ce raisonnement. Est-ce
vraiment un argument scientifique ? Est-il réellement fondé
sur la raison ? S'il est vrai qu'on n'a jamais vu de cas de résur­
rection après la mort, on peut seulement en conclure qu'on
ne sait pas ce qui arrive après la mort. Mais, au lieu de rester
dans ces limites, ils déclarent que rien n'arrive après la mort,
Les articles de la foi 13 1

soulignant en même temps qu'ils parlent au nom de l'esprit


scientifique. En fait, ils ne font que généraliser à partir de
l'ignorance. La science ne nous dit rien - ni de négatif, ni de
positif - à ce sujet, et leur affirmation que la vie après la mort
n'existe pas est absolument dénuée de fondement. Une telle
affirmation fait penser à celle d'un ignorant qui n'a jamais
vu d'avion, et qui, se fondant sur cette « connaissance »,
déclare que les avions n'existent pas ! Si personne n'a jamais
vu une chose, cela ne veut pas dire que cette chose n'existe
pas. Aucun homme, pas même l'humanité tout entière, s'il
n'a jamais vu une chose, n'a le droit de prétendre qu'une telle
chose n'existe pas et ne pourrait exister. Cette prétention est
illusoire et rigoureusement anti-scientifique. Aucun homme
raisonnable ne peut la soutenir.

Considérons maintenant la seconde conception. Selon


celle-ci, un être humain est un homme parce que dans sa
forme animale antérieure, il a fait de bonnes actions ; et
un animal est un animal parce qu'auparavant il a commis
de mauvaises actions en tant qu'être humain. En d'autres
termes, le fait d'être un homme ou un animal est la consé­
quence de nos actions au cours de notre forme antérieure.
On peut alors poser la question : « Lequel a d'abord existé,
l'homme ou l'animal ? » Si on répond que l'homme a
précédé l'animal, il faut alors admettre qu'il a dû être un
animal avant, et a reçu une forme humaine en récompense
de ses bonnes actions. Si on répond que c'était l'animal, il
faut admettre qu'il a dû y avoir un homme avant cela, qui
fut transformé en animal pour ses mauvaises actions. Cela
nous place dans un cercle vicieux, et les défenseurs de cette
théorie ne peuvent décider de la forme sous laquelle apparut
132 Comp rendre l'islam

la première créature, car chaque naissance implique un stade


antérieur ; de sorte que le stade suivant puisse être considéré
comme la conséquence du précédent. Cela est tout simple­
ment absurde.
Examinons maintenant la troisième conception. Sa pre­
mière proposition est : « Le monde arrivera un jour à sa fin.
Dieu détruira un jour l'univers, et à sa place évoluera un
autre cosmos supérieur au premier. » Cette affirmation est
indéniablement vraie ; on ne peut douter de sa véracité. Plus
on réfléchit à la nature du cosmos, plus il est clair que le
système existant n'est pas permanent et éternel, car toutes
les forces qui y travaillent sont limitées dans leur nature,
et il apparaît comme certain qu'un jour elles arriveront à
être épuisées. C'est pourquoi les savants sont d'accord pour
prévoir qu'un jour le soleil se refroidira et ne produira plus
d'énergie, que les étoiles entreront en collision et que tout
le système de l'univers sera bouleversé et détruit. En outre,
si l'évolution est vraie dans le cas des constituants de cet
univers, pourquoi ne serait-elle pas vraie pour la totalité de
l'univers ? _Penser que l'univers sera complètement anéanti et
disparaîtra est plus probable que de penser qu'il évoluera vers
un autre stade, qu'un nouvel ordre de choses émergera dans
un état encore plus idéal et amélioré.
La seconde proposition de cette croyance est que
« l'homme à nouveau recevra la vie ». Est-ce impossible ?
Si oui, comment la vie actuelle de l'homme a-t-elle été
possible ? Il est évident que Dieu qui a créé l'homme dans
ce monde peut faire de même dans l'autre vie. C'est non
seulement une possibilité, c'est aussi une nécessité positive,
comme on le montrera plus loin.
Les articles de la foi 133

La tro1S1eme proposmon est que « toutes les actions de


l'homme en ce monde sont enregistrées et seront présentées
au Jour de la Résurrection et du Jugement ». La preuve de la
véracité de cette proposition est fournie à notre époque par la
science elle-même. On a d'abord découvert que les sons que
nous produisons émettent des ondes impalpables dans l'air et
s'éteignent. On a découvert maintenant que le son laisse une
trace sur les objets environnants et peut être par conséquent
reproduit. C'est sur ce principe que sont faits les disques.
De là on peut comprendre que le rapport de chaque mou­
vement de l'homme est imprimé sur toutes les choses qui
sont en contact avec les ondes produites par les mouvements.
Ceci montre que l'enregistrement de toutes nos actions est
conservé dans sa totalité et peut être reproduit.

La quatrième proposition est que « le jour de la


Résurrection, Dieu tiendra Son Tribunal, et récompensera
ou punira l'homme pour ses bonnes ou mauvaises actions
en toute équité ». Est-ce là quelque chose de déraisonnable ?
La raison elle-même exige que Dieu tienne Son Tribunal
et prononce un jugement équitable. Nous voyons souvent
qu'un homme fait une bonne action et que cela ne lui
apporte rien dans ce monde. Nous voyons un autre homme
qui fait une mauvaise action et n'en est pas puni ici-bas.
Bien plus, nous pouvons citer des milliers de cas où une
mauvaise action aboutit au bonheur et à la gratification de
la personne coupable. Quand on remarque ces choses qui
arrivent tous les jours, notre raison et notre sens de la justice
exigent qu'un temps vienne où l'homme qui fait le bien sera
récompensé, et celui qui fait le mal puni. Le présent ordre
des choses, comme vous pouvez vous-mêmes le constater,
1 34 Comprendre l 'islam

est soumis à la loi physique selon laquelle l'homme est libre


de faire le mal s'il en décide ainsi, sans qu'il en supporte
nécessairement les conséquences funestes. Si vous avez un
bidon d'essence et une boîte d'allumettes, vous pouvez
mettre le feu à la maison de votre ennemi, et il se peut que
vous échappiez à toutes les conséquences de cet acte si les
conditions terrestres sont en votre faveur. Est-ce que cela
signifie qu'un tel crime n'a pas du tout de conséquences ?
Certainement pas ! Cela signifie seulement que son résultat
immédiat et physique est apparu, et que le résultat moral
est en suspens. Pensez-vous réellement qu'il soit raisonnable
que ces conséquences morales n'apparaissent jamais ? Si
vous pensez que tôt ou tard, elles devront apparaître, on
peut alors se demander : où ? Certainement pas ici-bas, car
en ce monde matériel, seules les conséquences matérielles
des actions se manifestent pleinement, tandis que les consé­
quences rationnelles et morales n'apparaissent pas toujours.
En fait, elles ne pourront se manifester qu'avec l'instaura­
tion d'un nouvel ordre des choses, où les lois rationnelles
et morales prévaudront et auront la prépondérance absolue,
et où les lois matérielles leur seront assujetties. Il s'agit du
nouveau monde qui, nous l'avons dit précédemment, est le
prochain stade évolutif de l'univers. Il est évolutif dans le
sens qu' il sera gouverné par des lois morales plutôt que maté­
rielles ; les conséquences rationnelles des actions humaines,
qui aujourd'hui sont suspendues en tout ou en partie en ce
monde, apparaîtront alors. Le salut de l'homme sera déter­
miné par sa valeur rationnelle et morale, selon sa conduite
dans cette vie de mise à l'épreuve. Alors vous ne verrez plus
Les articles de la foi 13 5

un homme capable obligé de se soumettre à un imbécile,


ou un homme moralement supérieur occuper une position
inférieure à une canaille, comme c'est le cas en ce monde.

La dernière proposition de cette croyance est l'existence


du Paradis et de l'Enfer, qui n'a rien non plus d' impossible.
Si Dieu peut créer le soleil, la lune, les étoiles et la terre,
pourquoi ne pourrait-Il pas créer le Paradis et l'Enfer?
Quand Il tiendra Son Tribunal et prononcera des jugements
équitables, récompensant ceux qui le méritent et punissant
les coupables, il doit y avoir un endroit où les hommes
de mérite pourront jouir de leur récompense, bonheur et
gratifications de toutes sortes - et un autre endroit où les
condamnés subiront avilissement, douleur et misère.

Après avoir examiné toutes ces questions, toute personne


raisonnable arrivera à la conclusion que la foi en la vie après
la mort est la plus rationnelle des conceptions, et qu'il n'y
a rien en elle d'irraisonnable ou d'impossible. En outre,
quand un vrai prophète comme Mu}:[Link] (�) a affirmé
cela comme une vérité absolue, et que nous savons qu' il n'a
jamais dit que ce qui était bon pour nous, la raison nous
porte à croire en cela aussi implicitement et non pas à rejeter
cette foi sans raisons valables.

Les articles ci-dessus sont les cinq articles de la foi qui


constituent la base de l'islam. Leur substance est contenue
dans la courte phrase appelée kalima tayyiba. Lorsque vous
déclarez « lâ ilâ ha illa-llâ h » (il n'y a pas d'autre dieu que
Dieu), vous rejetez toutes les fausses divinités, et procla­
mez que vous êtes une créature du Dieu Unique ; et quand
vous ajoutez « mubammad rasûl allâ h », (Mu}:[Link] est
136 Comprendre l'islam

le Messager d'Allah), vous confirmez et admettez l'aposto­


lat de Muç.ammad (�). Le fait d'admettre son apostolat
entraîne la foi en la nature divine et les attributs de Dieu,
en Ses anges, Ses livres révélés, et en la vie après la mort.
Il vous oblige aussi à suivre avec zèle la voie de l'obéissance
et de l'adoration de Dieu que le prophète Muç.ammad (�)
nous a indiquée. C'est là que réside le chemin du succès et
du salut.
CHAPITRE V

La prière et l'adoration
La discussion précédente a souligné que Mubammad (�)
nous a ordonné de croire en cinq articles de foi
A) foi en Dieu qui n'a pas d'associé dans Sa divinité ;
B) foi en les anges de Dieu ;
C) foi dans les livres divins et dans le Coran en tant que
dernier des livres ;
D) foi en les prophètes de Dieu, et en Mubammad (�), le
Messager final ;
E) foi dans la vie après la mort.

Ces cinq articles constituent le fondement de l'islam. Celui


qui y croit entre au sein de l' islam et devient un membre de la
communauté musulmane. Mais il ne suffit pas de proclamer
sa foi verbalement pour devenir un musulman complet. Pour
le devenir, il faut appliquer intégralement les instructions
laissées par Mubammad (�) telles qu'elles lui ont été ins­
pirées par Dieu. Car la foi en Dieu entraîne nécessairement
l'obéissance pratique à Sa parole ; et c'est l'obéissance à Dieu
qui constitue l' islam. Par cette foi, vous proclamez qu'Allah
Seul, le Dieu Unique est votre Dieu ; cela signifie qu'Il est
votre Créateur et vous Sa créature ; qu'Il est votre Maître
et vous Son esclave ; qu'Il est votre Chef et vous Son sujet.
138 Comp rendre l'islam

Après l'avoir reconnu comme votre Maître et Chef, si vous


refusez de Lui obéir, vous êtes de votre propre aveu un
rebelle. En même temps que vous avez foi en Dieu, vous
croyez que le Coran est le livre de Dieu. Cela signifie que
vous avez admis tout le contenu du Coran comme inspiré
par Dieu. Ainsi est-il de votre devoir d'accepter, et d'obéir
à tout ce qui s'y trouve. En même temps, vous avez admis
que Mu}:iammad (�) est le Messager de Dieu, ce qui signi­
fie que vous avez admis que chacun de ses ordres et de ses
interdictions viennent de Dieu. Si vous admettez cela, il est
de votre devoir de lui obéir. Par conséquent, vous ne serez un
musulman complet que lorsque vos actes seront en accord
avec vos paroles, sinon votre islam restera incomplet.

Voyons maintenant les règles de conduite que le prophète


Mu}:iammad (�) a enseignées telles qu'elles lui ont été ins­
pirées par le Tout-Puissant. Les points capitaux à cet égard
sont les - 'ibâ dâ t - les devoirs primordiaux qui doivent être
observés par chaque personne se réclamant de la commu­
nauté musulmane.

L'esprit de la 'ibâda, ou l'adoration


« 1bâ da » est un mot arabe dérivé de 'abd (esclave) et il
signifie soumission. Il représente le fait qu'Allah est votre
Maître et que vous êtes Son esclave, et que tout ce qu'un
esclave peut faire pour obéir et plaire à son Maître est une
'ibâ da. Le concept islamique de 'ibâ da est très large. Si vous
purifiez votre langage des grossièretés, du mensonge, de la
médisance et des insultes, que vous dites toujours la vérité
et parlez de choses vertueuses, et que vous faites tout cela
La p rière et l'adoration 139

uniquement parce que Dieu l'a ordonné ainsi, ces actions


constituent une 'ibâda, bien qu'elles puissent paraître sans
rapport avec la religion. Si vous suivez la loi de Dieu dans
son esprit comme dans sa lettre dans vos affaires commer­
ciales et économiques, et que vous restez fidèles dans vos
rapports avec vos parents, vos amis et avec tous ceux qui sont
en contact avec vous, véritablement toutes vos activités sont
des 'ibâ dâ t. Si vous aidez les pauvres, les affamés et les gens
dans la détresse, si vous faites cela non pas dans votre inté­
rêt personnel, mais seulement pour rechercher le plaisir de
Dieu, cette attitude est aussi une 'ibâ da. Même vos activités
économiques - les activités que vous entreprenez pour gagner
votre vie et entretenir les personnes à votre charge - sont
'ibâ dâ t si vous les effectuez avec honnêteté et vertu, et que
vous observez la loi de Dieu. Bref, toutes vos activités et votre
vie entière sont 'ibâ dâ t si elles sont en accord avec la Loi de
Dieu, si votre cœur est rempli de Sa crainte, si votre objectif
ultime en entreprenant toutes ces choses est de rechercher le
plaisir de Dieu. Ainsi, chaque fois que vous faites le bien ou
que vous évitez le mal par crainte de Dieu dans n'importe
quel domaine ou activité, vous accomplissez vos obliga­
tions islamiques. C'est la véritable signification de l'islam :
l' homme doit se soumettre totalement au plaisir d'Allah ; il
doit conformer sa vie entière au modèle tracé par l'islam, sans
exception aucune. Pour arriver à réaliser ce but, une série de
'ibâ dâ t précise a été constituée, qui sert en quelque sorte de
cadre d'entraînement. Plus nous suivrons l'entraînement assi­
dûment, mieux nous serons équipés pour trouver l' harmonie
entre nos idéaux et notre conduite pratique. Les 'ibâ dâ t sont
donc les piliers sur lesquels repose l' édifice de l'islam.
1 40 Comprendre l'islam

La 1alât
La falât est la première et la plus importante de ces
obligations. Qu'est-ce que la falât ? Ce sont les prières quo­
tidiennes obligatoires par lesquelles vous répétez cinq fois
par jour les articles sur lesquels repose votre foi. Vous vous
levez de bonne heure le matin, vous faites votre toilette, et
vous vous présentez devant votre Seigneur pour la prière.
Les mouvements que vous faites pendant les prières symbo­
lisent l'esprit de soumission ; les récitations des prières vous
rappellent vos devoirs envers votre Dieu. Vous cherchez Ses
directives et Lui demandez sans relâche de vous permettre
d' éviter Sa colère et de suivre le droit chemin. Vous lisez des
passages du Livre du Seigneur témoignant ainsi de la véra­
cité du Prophète (�), et ainsi vous ravivez votre croyance
dans le Jour du Jugement et le fait que vous avez à compa­
raître devant votre Seigneur et rendre compte de votre vie
tout entière. C'est ainsi que commence votre journée. Puis,
quelques heures plus tard, le muezzin vous appelle à la prière,
et à nouveau vous vous soumettez à Dieu et renouvelez votre
pacte avec Lui. Vous vous dégagez de vos obligations mon­
daines pendant quelques instants et demandez audience au
Seigneur. Ceci une fois de plus vous rappelle votre rôle réel
dans la vie. Après cette nouvelle consécration, vous retournez
à vos occupations ; puis de nouveau vous vous présentez au
Seigneur quelques heures plus tard. Ceci à nouveau vous sert
de rappel, et de nouveau vous concentrez votre attention sur
les stipulations de votre foi. Lorsque le soleil se couche et que
les ténèbres de la nuit commencent à vous envelopper, vous
vous soumettez de nouveau à Dieu en prière, de manière à
ne pas oublier vos devoirs et vos obligations dans les ombres
La prière et l'adoration 141

approchantes de la nuit. Et puis, quelques heures plus tard,


à nouveau vous apparaissez devant votre Dieu, et c'est votre
dernière prière de la journée. Ainsi, avant d'aller dormir,
encore une fois vous ravivez votre foi et vous vous prosternez
devant votre Dieu. C'est ainsi que vous achevez la journée.
La fréquence et l'heure des prières ont pour but de ne jamais
vous laisser oublier quel est l'objet et la mission de votre vie
dans le tourbillon des activités du monde.

Il est facile de comprendre comment les prières quotidiennes


fortifient les bases de votre foi, vous préparent à observer
une vie de vertu et d'obéissance à Dieu et ravivent cette foi
d'où jaillissent le courage, la sincérité, la réflexion, la pu­
reté de cœur et de l' âme et le raffermissement de la moralité.

Voyons maintenant comment cela est réalisé. Vous


faites vos ablutions de la manière prescrite par le saint
Prophète Ü�). Vous dites vos prières également selon
les instructions du Prophète. Pourquoi le faites-vous ?
Tout simplement parce que vous croyez à l'apostolat de
Mu}:iammad (�) et que c'est votre devoir absolu de lui obéir
sans discuter. Pourquoi ne faites-vous pas des fautes volon­
tairement en récitant le Coran ? N'est-ce pas parce que vous
considérez ce texte comme la Parole de Dieu, et que vous
estimeriez commettre un péché en déviant de sa lettre ? Dans
les prières, vous récitez beaucoup de choses à voix basse, et
si vous ne les récitez pas ou si vous faites des erreurs il n'y a
personne pour vous contrôler. Mais vous ne faites jamais cela
volontairement. Pourquoi ? Parce que vous croyez que Dieu
est toujours Vigilant, qu'Il écoute tout ce que vous récitez, et
qu'Il est au courant de toutes les choses visibles ou cachées.
142 Comprendre l'islam

Qu'est-ce qui vous fait réciter vos prières même en des lieux
où il n'y a personne pour vous demander de les faire, ou
même pour vous voir les dire? N'est-ce pas à cause de votre
conviction que Dieu vous observe toujours? Qu'est-ce qui
vous fait quitter vos affaires importantes et autres occu­
pations et vous précipiter à la mosquée pour la prière?
Qu'est-ce qui vous fait abréger votre sommeil aux petites
heures du matin, aller à la mosquée dans la chaleur de midi,
et abandonner vos distractions du soir pour la prière? Est-ce
autre chose que votre sens du devoir - le fait que vous réa­
lisez que vous devez assumer votre responsabilité envers le
Seigneur coûte que coûte? Et pourquoi redoutez-vous de
faire des fautes en disant vos prières? Parce que votre cœur
est rempli de la crainte de Dieu, et que vous savez que vous
devez comparaître devant Lui au Jour du Jugement et rendre
compte de votre vie tout entière. Peut-il y exister de meilleure
méthode d'entraînement moral et spirituel que les prières?
C'est cet entraînement qui fait d'un homme un musul­
man parfait. Les prières lui rappellent son pacte avec Dieu,
ravivent sa foi en Lui, et lui font garder toujours présente à
son esprit sa foi dans le Jour du Jugement. Elles l'aident à se
conformer aux principes du Prophète (�) et le poussent à
observer ses devoirs. Les prières sont le meilleur moyen de
pousser l'homme à conformer sa conduite à ses idéaux. De
toute évidence, si un homme a une conscience de ses devoirs
envers son Créateur si aiguë qu'il la place au-dessus de tous
les biens terrestres et qu'il ne cesse de la raffermir au moyen
de la prière, il restera probablement honnête dans ses actions
car sinon il attirerait le mécontentement de Dieu qu'il a
toujours jusque-là réussi à éviter. Il restera fidèle à la Loi
La p rière et l'adoration 1 43

de Dieu à travers toutes les phases de la vie, comme il la


suit déjà en disant les cinq prières quotidiennes. On peut
compter sur cet homme dans des domaines autres que la
religion également, car si les ombres du péché ou de la ruse
l'approchent, il essaiera de les éviter par crainte du Seigneur,
crainte toujours présente à son esprit. Et même si, après un
entraînement aussi vital, un homme se conduit mal dans
d'autres domaines de la vie et enfreint la Loi de Dieu, cela ne
peut venir que de certaines dépravations qui lui sont propres.
Donc, nous le répétons, vous devez dire vos prières en
assemblée, particulièrement les prières du vendredi. Cela crée
parmi les musulmans un lien d'amour et de compréhension
réciproques. Cela éveille en eux le sentiment de leur unité
collective et nourrit en eux la notion de fraternité nationale.
Tous disent leurs prières en assemblée et cela leur inculque
un profond sentiment de fraternité. Les prières sont aussi un
symbole d'égalité, car les pauvres comme les riches, les puis­
sants comme les humbles, les dirigeants comme les dirigés,
les savants comme les illettrés, les noirs comme les blancs,
tous sont sur le même rang et se prosterneront devant leur
Seigneur. Les prières leur inculquent aussi un profond sen­
timent de discipline et d'obéissance au chef choisi. Bref, les
prières les entraînent dans toutes les vertus qui permettent
le développement d'une riche vie individuelle et collective.

Voici quelques-uns des bienfaits qu'on peut retirer des


prières quotidiennes. [Pour une discussion plus détaillée de la
nature et de la signification de la falât, voir le livre en urdu de
Mawlânâ Mawdûdî, Islâmi 'ibâdât par At-Tabqîq an-Naz;ar
(Traité du culte islamique)] .
144 Comprendre l'islam

Si nous refusons de les utiliser, nous, et nous seuls, sommes


perdants. Si nous nous soustrayons au devoir des prières,
cela signifie deux choses : que nous ne reconnaissons pas les
prières comme notre devoir ; ou bien que nous les reconnais­
sions comme notre devoir, mais que pourtant nous éludons
cette obligation. Dans le premier cas, notre prétendue foi est
un mensonge honteux, car si on refuse d'accepter des ordres,
par-là même on rejette l'Autorité qui les donne. Dans le second
cas, si nous reconnaissons l'Autorité, mais que nous nous
moquons de ses ordres, alors nous sommes les plus inconsis­
tantes des créatures de la terre. Car si nous pouvons faire cela
à la plus haute Autorité de l'univers, qu'est-ce qui garantit
que nous ne ferons pas de même dans nos rapports avec les
autres êtres humains ? Et si la tricherie prédomine dans une
société, quel enfer de discorde cela deviendra !

Le jeûne
Ce que les prières essaient de produire cinq fois par jour,
le jeûne pendant le mois du ramadan (le neuvième mois de
l'année lunaire) le fait une fois par an. Pendant cette période,
de l'aube au coucher du soleil, nous ne mangeons pas une
miette de nourriture, ni ne buvons une goutte de liquide,
quelle que soit l'attraction de la nourriture, et quelles que
soient notre faim et notre soif. Qu'est-ce qui nous fait endu­
rer volontairement de telles rigueurs ? Ce n'est rien d'autre
que la foi et la crainte de Dieu et du Jour du Jugement.
À chaque instant pendant notre jeûne, nous réprimons nos
passions et nos désirs, et nous proclamons par notre conduite
la suprématie de la Loi divine. Cette conscience du devoir
et l'esprit d'endurance que le jeûne permanent pendant un
mois complet nous inculque nous aide à fortifier notre foi.
La p rière et l'adoration 145

La rigueur et la discipline pendant ce mois nous mettent face


aux réalités de l'existence et nous aident à faire de notre vie
pendant le reste de l'année une vie de véritable soumission à
Sa volonté.

En outre, le jeûne a un impact énorme sur la société, car


tous les musulmans, quel que soit leur statut, doivent respec­
ter le jeûne pendant le même mois. Cela souligne l' égalité
essentielle des hommes, et crée en eux un sentiment encore
plus profond d'amour et de fraternité. Pendant le ramadan,
le mal se cache tandis que le bien passe au premier plan, et
toute l'atmosphère est imprégnée de piété et de pureté.
Cette discipline nous a été imposée pour notre propre bien.
Quant à ceux qui n'accomplissent pas ce devoir primordial,
on ne peut pas compter davantage sur eux pour l'accomplis­
sement de leurs autres devoirs. Mais les pires sont ceux qui
pendant ce mois sacré n' hésitent pas à boire et à manger en
public. Leur conduite prouve qu'ils ne tiennent aucun compte
des commandements d'Allah en lequel ils osent pourtant
proclamer leur foi comme en leur Créateur. Outre cela, ils
montrent aussi qu'ils ne sont pas des membres loyaux de la
communauté musulmane - ou plutôt qu'ils n'ont rien à voir
avec elle. De toute évidence, pour ce qui est de l'obéissance à
la loi, du respect et de la confiance qu'on peut placer en eux,
on peut s'attendre au pire de la part de tels hypocrites.

La zakât
La troisième obligation est la zakât. Chaque musulman,
dont la condition financière est au-dessus d'un certain mini­
mum précisé, doit payer annuellement 2,5 % de ses épargnes
146 Comprendre l'islam

[la zakâ t n'est pas seulement sur l'argent mais aussi sur l'or
et les métaux précieux, les marchandises, le bétail et autres
biens. On peut connaître le taux de la zakâ t pour toutes ces
possessions d'après les livres du fiqh ; il n'est pas cité ici par
économie de place. C'est pourquoi on ne mentionne ici que
le taux pour l'argent] à l'un de ses semblables, dans le besoin,
à un nouveau disciple de l'islam, à un voyageur à une per­
sonne endettée. [Il faut noter que le saint Prophète (�) a
interdit à sa descendance de percevoir la zakâ t. Bien qu'il soit
obligatoire pour les Hâshimî de payer la zakâ t, ils ne peuvent
la percevoir même s'ils sont pauvres et dans le besoin. Si
quelqu'un veut aider un pauvre Hâshimî, il peut lui faire un
présent. Il ne peut être aidé avec les fonds de la zakâ t.]
Ceci est le minimum. Plus vous payez, plus grande sera la
récompense qu'Allah vous accordera.

L'argent que nous versons à titre de zakâ t n'est pas quelque


chose dont Allah a besoin ou qu'Il reçoit. Il est au-dessus de
tout besoin ou désir. Il nous promet, dans Sa grâce infinie,
des récompenses innombrables si nous aidons nos sem­
blables. Mais Il y met une condition fondamentale : quand
nous versons la zakâ t au nom d'Allah, nous ne devons pas
attendre ni exiger un profit terrestre des bénéficiaires, m
essayer de nous établir une réputation de philanthrope.

La zakâ t est aussi fondamentale dans l'islam que les autres


formes de 'ibâ dâ t : jalâ t (la prière) et jawm (le jeûne). Son
importance réside dans le fait qu'il nourrit en nous les qua­
lités de sacrifice et nous débarrasse de l'égoïsme. L'islam
accueille en son sein ceux-là seuls qui sont prêts, dans la
voie de Dieu, à distribuer une part de leurs biens durement
La p rière et l'adoration 147

gagnés, volontairement et sans aucun espoir de profit tem­


porel ou personnel. L'islam n'a rien à faire avec les avares.
Un vrai musulman, quand l'appel viendra, sacrifiera tous
ses biens selon le désir d'Allah, car la zakâ t l'a déjà entraîné
à cela. La société musulmane a énormément à gagner de
l'institution de la zakâ t. C'est le devoir le plus strict de tout
musulman fortuné de venir en aide à ses semblables pauvres
ou dans une situation moins favorisée. Sa richesse ne doit pas
être utilisée uniquement pour son confort et son luxe per­
sonnels ; d'autres ont aussi un titre sur ses biens : les veuves
et les orphelins de la nation, les pauvres et les invalides ;
ceux qui ont des capacités mais manquent de moyens pour
chercher un emploi utile ; ceux qui ont les capacités mais pas
d'argent pour acquérir de l'instruction et devenir ainsi des
membres actifs de la communauté. Celui qui ne reconnaît
pas un droit sur ses biens à de telles personnes de sa com­
munauté est réellement cruel. Car il ne pourrait y avoir de
plus grande cruauté que de remplir ses coffres tandis que des
milliers d'êtres meurent de faim ou souffrent du chômage.
L'islam est l'ennemi juré d'une telle forme d' égoïsme et de
cupidité. Les incroyants, dénués de tout sentiment d'amour
universel, ne savent que conserver leur argent, et pour le
faire fructifier le prêtent avec intérêts. Les enseignements de
l'islam sont l'exacte antithèse de cette attitude. Ici on partage
sa richesse avec ses semblables et on les aide ainsi à se suffire à
eux-mêmes et à devenir des membres productifs de la société.

Le bajj, ou pèlerinage
Le }:iajj, ou le pèlerinage à La Mecque, est la quatrième
'ibâda fondamentale. Il n'est obligatoire que pour ceux qui
148 Comprendre l 'islam

en ont les moyens et seulement une fois dans notre vie.


La Mecque abrite l'emplacement d'une petite maison que le
prophète Abraham (:,-'j._J�1.) édifia pour le culte d'Allah. Allah
le récompensa en en faisant Sa propre maison, et le centre
vers lequel tous doivent se tourner pour les prières. Il a aussi
décidé qu'il incombe à ceux qui en ont les moyens de visiter
cet endroit au moins une fois dans leur vie. Cette visite n'est
pas seulement une visite de courtoisie. Ce pèlerinage a ses
rites et des conditions qu'il faut remplir, qui nous inculquent
la piété et la vertu. Quand nous entreprenons le pèlerinage,
il est exigé que nous réfrénions nos passions, que nous nous
abstenions de verser le sang, que nous soyons purs dans nos
paroles comme dans nos actes. Dieu a promis de récompen­
ser notre sincérité et notre soumission.

Ce pèlerinage est d'une certaine manière la plus grande


des 'ibâ dâ t. Car, à moins qu'un homme n'aime réellement
Dieu, il n'entreprendrait jamais un si long voyage, laissant
derrière lui tous ceux qu'il aime. Donc, le pèlerinage est dif­
férent de n'importe quel autre voyage. Là, ses pensées sont
concentrées sur Allah, son être vibre d'une dévotion intense.
Lorsqu'il atteint la ville sainte, il y trouve une atmos­
phère empreinte de piété et vertu ; il visite des lieux qui
témoignent de la gloire de l'islam, et tout cela laisse sur son
esprit une impression inoubliable, qu'il gardera jusqu'à son
dernier soupir.

Puis, comme des autres 'ibâ dâ t, les musulmans peuvent


retirer beaucoup de bienfaits de ce pèlerinage. La Mecque
est le centre dans lequel les musulmans doivent se regrouper
une fois par an, se rencontrer et discuter de sujets d'intérêt
La p rière et l'adoration 149

commun, et d'une manière générale, raviver en eux-mêmes


la conviction que tous les musulmans sont égaux et méritent
l'amour et la sympathie des autres, quelle que soit leur ori­
gine géographique ou culturelle. Ainsi le pèlerinage unit-il
les musulmans du monde en une fraternité internationale.

La défense de l'islam
Bien que la défense de l'islam ne soit pas explicitement un
principe fondamental, son besoin et son importance ont été
soulignés à maintes reprises dans le Coran et le Hadith. Elle
est essentiellement une mise à l'épreuve de notre sincérité
en tant que disciples de l'islam. Si nous ne défendons pas
celui que nous appelons notre ami contre les intrigues et les
assauts de ses ennemis, ni ne nous préoccupons de ses inté­
rêts, si nous sommes guidés uniquement par l'égoïsme, nous
sommes vraiment de faux amis. De même, si nous procla­
mons notre foi en l'islam, nous devons jalousement garder et
maintenir le prestige de l'islam. Notre seul guide dans notre
conduite doit être l'intérêt des musulmans en général, et le
service de l'islam en regard duquel toutes nos considérations
personnelles doivent s'incliner.

Lejihâd
Le jihâ d est une partie de cette défense de l'islam. Jihâ d
signifie lutte jusqu'à la limite de nos forces. Un homme qui
fait tout son possible physiquement ou moralement, ou utilise
ses biens dans la voie d'Allah est en fait engagé dans le jihâ d.
Mais, dans le langage de la sharî'a, ce mot est utilisé plus
particulièrement pour la guerre qui est déclarée uniquement
150 Comp rendre l 'islam

au nom d'Allah contre les oppresseurs et les ennemis de


l'islam. Ce suprême sacrifice de la vie incombe à tous les
musulmans. Cependant, si un groupe de musulmans se porte
volontaire pour le jihâd, la communauté entière est dispensée
de sa responsabilité. Mais si personne n'est volontaire, tout
le monde est coupable. Cette dispense n'existe pas pour les
citoyens d'un État islamique quand cet état est attaqué par
une puissance non musulmane. Dans ce cas, tout le monde
doit être volontaire pour le jihâd' . Si le pays attaqué n'est
pas assez fort pour riposter, c'est alors le devoir religieux des
pays musulmans voisins de lui venir en aide ; si eux aussi
échouent, alors les musulmans du monde entier doivent
combattre l'ennemi commun. Dans tous ces cas, le jihâd est
un devoir primordial des musulmans concernés, au même
titre que les prières quotidiennes ou que le jeûne. Celui qui
s'y soustrait est un pécheur. On peut douter de sa prétendue
foi en l'islam. Il n'est qu'un hypocrite qui ne surmontera pas
l'épreuve de la sincérité et toutes ses 'ibâdât et prières ne sont
qu'une tromperie, un vain étalage de dévotion.

1 . La notion de jihâd doit se comprendre en tant que lutte contre un


pouvoir inique et oppresseur. Il faut que la cause à défendre soie recon­
nue comme celle, de manière collective. Quand l'homme est attaqué
dans ses droits fondamentaux, alors il peut, voire doit, se défendre et
entrer en jihâd contre son agresseur. (NOE)
CHAPITRE VI

Le dÎn et la sharta
Jusqu' à maintenant, nous avons traité du dîn ou foi en
Dieu. Nous en arrivons maintenant à discuter de la sharî 'a
du prophète Mul).ammad (�). Mais il nous faut d'abord
établir clairement la différence entre dîn et sharî 'a.

Distinction entre dîn et sharî 'a

Dans les chapitres précédents, nous avons dit que tous les
prophètes qui sont apparus périodiquement ont propagé l' is­
lam, c'est-à-dire la foi en Dieu avec tous Ses attributs, le Jour
du Jugement, les prophètes, les Livres révélés, et ils deman­
daient par conséquent à leurs peuples respectifs de vivre une
vie d'obéissance et de soumission au Seigneur. C'est ce qui
constitue le dîn et il était commun aux enseignements de
tous les prophètes.

Outre ce dîn, il existe la sharî 'a : le code détaillé de conduite,


ou les canons décrivant les modes du culte ; les critères de
la morale et de la vie, les choses permises ou défendues, les
lois tranchant entre le bien et le mal. Ce droit canon a subi
des amendements de temps en temps et bien que chaque
prophète eût le même dîn, il apportait avec lui une sharî 'a
différente, mieux adaptée aux conditions de son peuple et de
son époque ; ceci dans le but de faire progresser la civilisa­
tion des différents peuples à travers les âges et de les doter
1 52 Comprendre l 'islam

d'une moralité plus élevée. Le processus s'acheva avec l'arri­


vée de Mul;iammad, le dernier Prophète (*) qui apporta le
code définitif destiné à l'humanité tout entière pour toutes
les époques à venir. Le dîn n'a subi aucun changement, mais
maintenant toutes les sharî'a antérieures ont été abrogées,
il ne subsiste que l'universelle sharî'a que Mul;iammad (*)
nous a apportée. C'est l'apogée, le final du grand processus
de formation qui fut entamé à l'aube de l' ère humaine.

Les sources de la sharî'a


Il existe deux sources où trouver la sharî'a de
Mul;iammad (*) : le Coran et le Hadith. Le Coran est
une révélation divine ; chacun de ses mots vient d'Allah. Le
Hadith est un recueil des instructions données par le dernier
Prophète et de ses mémoires, telles qu'elles furent conservées
par ceux qui vécurent en sa compagnie, ou ceux à qui elles
furent transmises par les témoins directs. Ces textes furent
ensuite épurés, et compilés sous forme de livres parmi lesquels
les recueils faits par Mâlik, al-Bukhârî, Muslim, at-Tirmidhî,
'Abû Dâwûd, an-Nasâ' î et Ibn Mâja sont considérés comme
les plus authentiques.

Lefiqh
La loi détaillée provenant du Coran et du Hadith concer­
nant les innombrables problèmes qui peuvent surgir dans la
vie d'un homme a été compilée par quelques-uns des plus
éminents théologiens du passé. Les peuples musulmans
seront à jamais reconnaissants à ces hommes sages, clair­
voyants et instruits qui consacrèrent leur vie à l' étude et à
l'analyse du Coran et du Hadith, facilitant ainsi la tâche
Le dîn et la sharî'a 1 53

de tout musulman désireux de façonner son comportement


quotidien en fonction des exigences de la sharî'a. C'est grâce
à eux que les musulmans partout dans le monde peuvent
suivre la sharî'a facilement, alors que leurs connaissances en
matière de religion ne leur auraient jamais permis d' inter­
préter eux-mêmes correctement le Coran et le Hadith.

Au début, beaucoup de chefs religieux s'appliquèrent à


cette tâche. Maintenant, on peut distinguer quatre écoles
principales de la pensée juridique2 :

A) Fiqh al-banafl : c'est le ftqh compilé par 'Abû l;Ianîfa


Nu'mân ibn Thâbit, aidé d'Abû Yûsuf, Muhammad ash­
Shaybânî, Zufar et d'autres, tous connus pour leur très
grande connaissance des problèmes religieux. Il est connu
sous le nom d' école ç.anafite du ftqh.

2. Voici les fondateurs de différentes écoles de fiqh :


- Abû l:lanîfa Nu'mân ibn Thâbit : né en 80 de !'Hégire (699 après
]. -C.), mort en 150 de !'Hégire (767 après J.-C.). Il y a environ 375
millions de disciples de ce fiqh dans le monde, surtout en Turquie, au
Pakistan, Bhârat (Inde), Afghanistan, Jordanie, Indochine, Chine,
Union Soviétique.
- Mâlik ibn 'Anas al-Asbâhî : né en 93 de !'Hégire (714), mort en 179
de !'Hégire (795). Environ 75 millions de disciples de ce fiqh : Maroc,
Algérie, Tunisie, Soudan, Koweït, Bahreïn, Afrique Noire . . .
- Mu]:iammad ibn Idrîs ash-Shafi'î : né en 150 de !'Hégire (767), mort
en 204 de !'Hégire (820). Ses disciples sont environ 130 millions en
Palestine, Liban, Égypte, Irak, Arabie Saoudite, Yémen, Indonésie, Inde
du Sud . . .
- Al;mad ibn I:Ianbal : né en 164 de !'Hégire (780), mort en 241 de
['Hégire (855). Environ 30 millions de disciples, surtout en Arabie
Saoudite, Liban, Syrie.
154 Comprendre l'islam

B) Fiqh al-mâlikî de Mâlik ibn Anas al-Asbâhî.


C) Fiqh ash-shafi'î fondé par Mu�ammad ibn Idrîs ash-Shafi'î.
D) Fîqh al-banbalî fondé par A�mad ibn I:Ianbal.

Ces fiqh furent tous élaborés sous leur forme actuelle dans
les deux cents années qui suivirent la mort du Prophète (�).
S'il existe quelques différences entre ces quatre écoles, cela
vient du fait que la vérité a de multiples faces. Quand des
personnes différentes s'emploient à interpréter un événe­
ment donné, chacun l'explique en fonction de ses propres
conceptions. Ce qui donne à ces différentes écoles de pensée
l'authenticité qu'on leur accorde, c'est l'intégrité incontes­
table de leurs fondateurs respectifs et des méthodes qu'ils
adoptèrent. C'est pourquoi tous les musulmans, quelle
que soit l' école à laquelle ils appartiennent, considèrent ces
quatre écoles comme également correctes et vraies. Bien que
l'authenticité des quatre écoles de fiqh ne soit pas mise en
doute, on ne peut en suivre qu'une dans sa vie. Il y a pour­
tant le cas du groupe d'ahl al-badîth qui estime que ceux
qui ont une connaissance suffisante peuvent aborder direc­
tement le Coran et le Hadith pour y puiser des directives ;
ceux qui ne sorit pas dotés de ces connaissances et de facultés
suffisantes devraient suivre le guide de leur choix pour tel
sujet particulier [une autre école de pensée, celle des chiites
possède également son propre fiqh] .

Le fasawwûf
Le fiqh traite de la conduite extérieure de l' homme, de
l'accomplissement littéral de ses devoirs. Tout ce qui touche
l'esprit du comportement humain est connu sous le nom
Le dîn et la sharî'a 15 5

de {asawwûf Par exemple, quand nous disons nos prières, le


fiqh juge seulement de l'accomplissement des exigences exté­
rieures, telles qu'ablutions, orientation vers la Ka'ba, heure et
nombre de raka'â t, tandis que le {asawwûf jugera nos prières
du point de vue de notre concentration, de notre dévotion,
de la pureté de nos âmes, et de l'effet des prières sur notre
morale et nos manières. Ainsi le vrai tasawwûf islamique
mesure notre esprit d'obéissance et de sincérité, tandis que
le fiqh veille à ce que nous suivions les règles dans leurs
moindres détails. Une 'ibâ da qui suit les règles en apparence,
mais sans conviction profonde, est comme un homme beau
en apparence mais dénué de caractère ; une 'ibâda pleine de
conviction mais accomplie au mépris des règles est comme
un homme noble de caractère mais d'apparence contrefaite.

L'exemple ci-dessus explique la différence entre le fiqh et


le tasawwûf Mais malheureusement, pour les musulmans,
leurs connaissances diminuèrent, puis ils succombèrent aux
philosophies perverties des puissances dominatrices d'alors,
qui empruntèrent à leur foi seulement pour la déformer et y
ajouter leurs dogmes pervertis.

Ils altérèrent la pureté du tasawwûf islamique avec des


absurdités indéfendables greffées sur la base du Coran et du
Hadith. Progressivement apparut un groupe de musulmans
qui s'estimaient au-dessus des exigences de la sharî'a. Ces
gens n'avaient aucune compréhension de l'islam, car l'islam
ne saurait admettre un tasawwûf qui s'écarterait et dévierait
de la sharî'a. Aucun soufi n'a le droit d'enfreindre les limites
de la sharî'a ou de traiter à la légère les obligations primor­
diales (farâ 'it/), telles que les prières quotidiennes, le jeûne,
156 Comp rendre l'islam

la zakâ t, le bajj. Le tasawwûf, au sens profond du terme, n'est


qu'un intense amour d'Allah et de Mul,iammad (�), un tel
amour exige une obéissance totale à leurs commandements
exposés dans le Livre de Dieu et la Sunna de Son Prophète.
Quiconque s'écarte de ces commandements divins pro­
fère un mensonge quand il proclame qu'il aime Allah et
Son Prophète.
CHAPITRE VII

Les principes de la sharta

Notre discussion sur les bases de l'islam resterait incom­


plète si nous n'examinions pas la loi de l'islam, si nous
n' étudiions pas ses principes fondamentaux, et si nous
ne tentions pas de décrire le type d'hommes et de société
que l'islam désire produire. Dans ce dernier chapitre, nous
nous proposons d'entreprendre une étude des principes de
la sharî'a afin de compléter notre tableau de l'islam, et de
pouvoir apprécier la supériorité du mode de vie islamique.

La sharî 'a : sa nature et son but


L'homme a été doté d'un grand nombre de pouvoirs et de
facultés et, à cet égard, la providence s'est montrée généreuse
envers lui. Il possède l'intelligence, la sagesse, la volonté, les
facultés de la vue et de la parole du goût et du toucher, de
l'ouïe, la faculté de se déplacer et d'utiliser ses mains, les pas­
sions, de l'amour, de la colère, de la peur. . . Toutes ces choses
lui sont utiles, et aucune n'est superflue. Ces facultés lui ont
été attribuées parce qu'il en avait très grand besoin ; elles
lui sont indispensables. Sa vie et son succès dépendent de
l'usage convenable qu'il en fait pour satisfaire ses besoins et
ses désirs. Ces pouvoirs que Dieu lui a donnés sont destinés
à lui servir, et s'ils ne sont pas utilisés à leur pleine mesure, la
vie ne vaut pas la peine d' être vécue.
158 Comprendre l 'islam

Dieu a aussi fourni à l'homme tous les moyens et ressources


nécessaires pour faire fonctionner ses facultés naturelles et
pour réussir à satisfaire ses besoins. Le corps humain est ainsi
fait qu'il est le premier et principal instrument de l'homme
dans sa lutte pour réaliser les buts de sa vie. Ensuite, il y a le
monde où vit l'homme. Son environnement contient des res­
sources de toutes sortes, des ressources qu'il utilise comme
moyens pour arriver à ses fins. La nature avec tout ce qu'elle
comprend a été aménagée pour lui et il peut en faire tous les
usages imaginables. Il y a enfin ses semblables, de sorte qu'ils
peuvent coopérer les uns avec les autres pour construire une
vie meilleure et plus prospère.

Réfléchissons maintenant un peu plus profondément à


ce phénomène. Ces pouvoirs et ces ressources vous ont été
conférés pour être utilisés pour le bien d'autrui. Ils ont été
créés pour votre bien et non pas pour vous nuire et vous
détruire. Leur fonction est d'apporter, d'ajouter du bien et
de la vertu, et non pas de les mettre en danger. Ainsi, l'usage
convenable de ces pouvoirs est celui qui vous les rend béné­
fiques ; et même s'il en résulte quelque inconvénient, il ne
doit pas excéder le minimum inévitable. C'est ainsi seulement
qu'est fait un usage convenable de ces pouvoirs. Tout autre
usage, s'il aboutit au gaspillage et à la destruction, est mau­
vais, contraire à la raison et nocif. Par exemple, si vous faites
quelque chose qui vous fait mal, ou vous blesse, c'est une
utilisation tout simplement défectueuse. Ou si vos actions
nuisent aux autres, et font de vous une calamité pour eux, c'est
une pure folie et un mauvais usage des pouvoirs conférés par
Dieu. Si vous gaspillez les ressources, les gâtez en vain ou les
détruisez, cela aussi constitue une lourde erreur de votre part.
Les p rincip es de la sharî'a 159

De telles activités sont, de toute évidence, irrationnelles car


la raison humaine elle-même suggère que la destruction et
le mal doivent être évités et qu'il faut toujours tendre vers le
gain et le profit. Et s' il faut aller au-devant d'un mal quel­
conque, cela doit être seulement dans les cas où il apportera
malgré tout un bienfait plus important. Tout comportement
qui s' écarte de cela serait évidemment une mauvaise conduite
à adopter.
Si nous gardons à l'esprit cette considération fondamentale
et que nous examinions le genre humain, nous trouvons deux
catégories de gens :
1. Ceux qui volontairement utilisent mal leurs facultés et
leurs ressources, et à cause de cette mauvaise utilisation les
gaspillent, nuisent à leurs propres intérêts vitaux, et causent
du tort à leurs semblables.
2. Ceux qui sont sincères et de bonne foi mais qui sont dans
l'erreur par ignorance.
Ceux qui volontairement font un mauvais usage de
leurs pouvoirs sont mauvais et corrompus, et méritent les
rigueurs de la loi pour les contrôler et les réformer. Ceux
qui commettent des erreurs par ignorance ont besoin de la
connaissance convenable et de directives pour leur montrer
le droit chemin, et pour qu' ils fassent un meilleur usage de
leurs pouvoirs et de leurs ressources. Et le code de conduite
- la sharî 'a - que Dieu a révélé à l' homme répond précisé­
ment à ce besoin.
La sharî'a expose la Loi divine, et fournit des directives
pour régler la vie au mieux des intérêts de l' homme. Son
objectif est de montrer à l'homme la voie la meilleure,
160 Comprendre l 'islam

et de lui fournir les moyens de satisfaire ses besoins de la


manière la plus bénéfique et la plus profitable pour lui. La
loi de Dieu a été conçue pour votre bénéfice. Il n'y a rien en
elle qui vous incite à gaspiller vos facultés ou à réprimer vos
besoins, vos émotions ou vos désirs naturels. Elle ne plaide
pas en faveur de l'ascétisme. Elle ne dit pas : « Abandonnez
le monde, privez-vous de tout confort dans la vie, quittez
vos maisons, errez dans les déserts, les montagnes ou les
forêts sans pain ni vêtements ! ». Elle ne prêche ni de tels
excès ni la mortification. Ce point de vue n'a rien de com­
mun avec la loi de l'islam, une loi formulée par le Dieu qui
a créé ce monde pour le bonheur de l'humanité. La sharî'a
a été révélée par le Dieu même qui a aménagé toutes choses
au profit de l'homme. Il ne voudrait pas ruiner Sa création.
Il n'a donné à l'homme aucun pouvoir qui soit inutile ou
superflu, Il n'a rien créé dans les cieux ni sur la terre qui ne
puisse rendre service à l'homme. C'est Sa volonté explicite
que l'univers - ce grandiose atelier aux activités multiples -
continue à fonctionner harmonieusement pour que l'homme
- ce joyau de la création - puisse faire l'usage le meilleur
et le plus productif de toutes ses facultés et ressources, de
tout ce qui a été aménagé pour lui sur la terre et dans les
cieux. Il devrait les utiliser de telle sorte que lui et ses sem­
blables puissent récolter de bons fruits et ne causent jamais,
volontairement ou non, aucun mal à la création de Dieu.
La sharî'a est destinée à guider les pas de l'homme dans cette
direction. Il interdit tout ce qui est nuisible à l'homme, per­
met et conseille tout ce qui peut lui être utile et bénéfique.

Le principe fondamental de la loi est que l'homme a le


droit et, dans certains cas, le devoir le plus strict de satisfaire
Les p rincip es de la sharî'a 161

tous ses besoins et désirs authentiques, et de faire tous les


efforts possibles pour promouvoir ses intérêts et trouver le
succès et le bonheur mais (et c'est un point important), il doit
faire tout cela de telle manière que non seulement les intérêts
des autres ne soient pas lésés et qu'aucun tort ne soit causé
à leurs efforts pour la satisfaction de leurs propres droits et
devoirs, mais encore avec toute la cohésion sociale possible,
l'assistance mutuelle, et la coopération avec ses semblables
pour le succès de leurs objectifs communs. Comme dans
toutes ces choses, le bien et le mal, le profit et la perte sont
inextricablement mêlés, le principe de la loi est de choisir un
moindre mal au nom d'un plus grand bénéfic e, et de sacri­
fier un petit bénéfice pour éviter un plus grand mal. Ceci est
la conception fondamentale de la sharî'a.

Nous savons que la connaissance humaine est limitée.


Chaque homme, à chaque époque, ne sait pas de lui-même
ce qui est bon et ce qui est mal, ce qui lui est nuisible et ce
qui lui est salutaire. Les sources du savoir humain sont trop
limitées pour lui fournir la vérité pure. C'est pourquoi Dieu
lui a épargné les risques d'erreurs et lui a révélé sa loi qui
est un code correct et complet pour la race humaine tout
entière. Les mérites et les vérités de ce code apparaissent
de plus en plus clairement à l'homme avec le temps. Il y a
quelques siècles, bon nombre de ses avantages restait obscur
pour l'homme ; le progrès de la connaissance les a mis en
évidence. De nos jours encore, certains n'apprécient pas tous
les mérites de ce code, mais le progrès jettera de nouvelles
lumières sur lui et soulignera sa supériorité. Le monde, bon
gré mal gré, s'oriente vers la voie tracée il y a longtemps
162 Comp rendre l'islam

déjà par le code divin ; bien des gens qui refusaient de


l'accepter sont maintenant, après des siècles de tâtonne­
ments, d' épreuves et d'erreurs, obligés d'adopter certaines
dispositions de cette Loi. Ceux qui niaient la véracité de la
Révélation et accordaient tout crédit à notre raison humaine
défaillante, après avoir commis des fautes et des expériences
désagréables, adoptent sous une forme ou une autre les
injonctions de la sharî 'a. Mais quelle perte ! Et maintenant
encore ils ne le font que partiellement !

De l'autre côté, il y a des gens qui ont une foi entière dans
les prophètes de Dieu, qui acceptent leurs paroles et adoptent
la sharî 'a en pleine connaissance de cause. Parfois ils ne réa­
lisent pas complètement les mérites ou la signification de
telle ou telle instruction, mais d'une manière générale, ils
acceptent un code qui est le fruit de la vraie connaissance
et qui les préserve des maux et des fautes de l'ignorance, des
épreuves et des erreurs. Ces gens sont sur le droit chemin et
le succès leur appartiendra. [Il serait instructif de citer ici un
exemple. Prenons le cas des gens de couleur. Le monde n'a
pas encore été capable d'adopter une attitude rationnelle et
humaine à l'égard des gens de couleur. La biologie pendant
un certain temps fut utilisée à l'appui des thèses de la discri­
mination raciale. Aux États-Unis, depuis deux cents ans, les
tribunaux ont maintenu et font respecter la différenciation.
Des milliers d' êtres humains furent opprimés et torturés
pour la seule raison qu'ils étaient noirs. Des lois différentes
étaient appliquées aux Noirs et aux Blancs. Ils ne pouvaient
même pas étudier ensemble dans les mêmes écoles ou univer­
sités. Ce fut seulement le 17 mai 1954 que la Cour Suprême
Les p rincipes de la sharî 'a 1 63

proclama que la discrimination raciale dans les universités


était injuste et contraire au principe de l'égalité des hommes.
Après avoir commis des erreurs haïssables pendant des siècles,
l'homme arriva finalement à saisir que de telles discrimi­
nations sont injustes et doivent être abolies. Et maintenant
encore, il y a beaucoup de gens qui n'ont pas réalisé ni admis
la véracité de cette assertion et qui sont toujours partisans de
la ségrégation, par exemple le gouvernement de l'Union Sud­
Africaine et la population occidentale du continent africain.
Aux États-Unis, un grand nombre de gens - civilisés - n'ont
pas encore accepté la désagrégation. Voici comment l'esprit
humain a abordé le problème. La sharî'a au contraire avait
déclaré cette discrimination injuste depuis le début. Elle avait
tracé le droit chemin et sauvé l' homme de l'abîme de l'erreur.
Le saint Coran dit :

4 Certes, Nous avons honoré les Fils d'Adam. } Le Coran


dit encore : 4 Ô hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle
et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et
des tribus pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus
noble d'e ntre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux. Allah
est certes Omniscient et Grand Connaisseur. }

De même, le saint Prophète (�) déclare : « Ô peuple,


en vérité, votre Seigneur est Un, et votre père est un ; vous
appartenez tous à Adam et Adam fut fait de l'argile. Un
Arabe n'est pas supérieur à un non Arabe, un non-Arabe à
un Arabe ; un Blanc à un Noir, ou un Noir à un Blanc, sauf
en piété. En vérité, le plus noble d'entre vous est celui qui
est le plus pieux. » (Cf. Oraison du Prophète à l'occasion du
Pèlerinage d'Adieu)]
164 Comprendre l 'islam

C'est la pure vérité que la sharî'a a montrée à l'homme, il


y a plus de quatorze siècles. Mais, avec sa raison déficiente,
l'homme n'arrive que maintenant à entrevoir ces vérités,
cela après des siècles de gaspillage, de pertes et de fautes,
après avoir assujetti des centaines de millions de gens à
une ségrégation injustifiable, après avoir dégradé l'homme
et corrompu la société pendant des siècles. La sharî'a est le
chemin le plus court et le plus simple vers la réalité, et en le
dédaignant on court à l'échec et au gaspillage total.

La sharî 'a, droits et devoirs

Le modèle de vie que l' islam préconise consiste en un


ensemble de droits et de devoirs, et tout être humain qui
accepte cette religion doit s'y conformer.

D'une manière générale, la loi de l'islam impose quatre


sortes de droits et de devoirs à l'homme
1. les devoirs envers Dieu, que tout homme est obligé de
remplir ;
2. les devoirs de l'homme envers lui-même ;
3. les droits d'autrui sur lui ;
4. Les droits des ressources que Dieu a mis à sa disposition
et lui a autorisé d'utiliser pour son bien-être.

Ces droits et ces obligations constituent la pierre angulaire


de l'islam, et c'est le devoir le plus strict de tout musulman
véritable de les comprendre et de s'y soumettre consciencieu­
sement. La sharî'a discute clairement de chaque sorte de droit
et le traite en détail. Elle met également en lumière les moyens
Les pr incipes de la sharî'a 165

par lesquels les obligations peuvent être remplies - de sorte


que tous nos devoirs puissent être simultanément accom­
plis, et qu'aucun d'eux ne soit outrepassé ou négligé. Nous
allons maintenant brièvement discuter de ces droits et de ces
devoirs pour donner une idée du mode de vie islamique et de
ses valeurs fondamentales.
1 - Les droits de Dieu
Nous devons étudier d'abord les bases sur lesquelles, selon
l'islam, reposent les rapports de l'homme avec son Créateur.
Le devoir primordial que l'homme a envers Dieu est d'avoir
foi en Lui Seul, de reconnaître Son autorité et de n'associer
personne avec Lui. Ceci est exprimé dans la parole lâ ilâha
illa-llâ h (il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, cf. chapitre 4).
Notre deuxième devoir envers Dieu est d'accepter de tout
notre cœur, et de suivre Ses directives (hidâya) - le code
qu'il a révélé pour l'homme - et de chercher à Lui plaire
avec toutes les prières de notre esprit et de notre âme. Nous
accomplissons ce devoir en ayant foi dans le Prophète de
Dieu (m) et en l'acceptant pour chef et guide (cf. chapitre 3).
Notre troisième devoir envers Dieu est de Lui obéir scru­
puleusement et sans réserve. Nous accomplissons ce devoir
en suivant la Loi de Dieu telle qu'elle est contenue dans le
Coran et la Sunna (cf. chapitre 4).
Notre quatrième devoir envers Dieu est de L'adorer. Cela,
par le moyen de la célébration des prières et autres 'ibâ dâ t,
comme décrit plus haut (cf. chapitre 5).
Ces droits et ces obligations ont la précédence sur tous
les autres droits en tant que tels ; ils doivent être accomplis
1 66 Comp rendre l'islam

même au détriment d'autres droits et devoirs. Par exemple,


en offrant ses prières et en observant le jeûne, l'homme doit
sacrifier beaucoup de droits personnels. Il doit faire des
efforts et offrir des sacrifices dans l'accomplissement de ces
devoirs envers Dieu. Il doit se lever tôt le matin pour ses
prières, sacrifiant ainsi son sommeil et son repos. Pendant
la journée, il reporte souvent certains travaux importants
pour adorer son Créateur. Pendant le mois du ramadan
(le mois du jeûne), il doit endurer la faim et toutes sortes
d'ennuis simplement pour plaire à son Seigneur. En payant
la zakât, il perd de sa fortune, mais il prouve que son amour
pour Dieu passe avant toute autre chose, et que l'amour
de l'argent ne saurait y faire obstacle. Pour le pèlerinage, il doit
sacrifier de sa richesse, et affronter les hasards du voyage. Et
dans le jihâd, il sacrifie l 'argent, le matériel, et tout ce qu'il a
. ' .
3usqu a sa vie.
)

De même, dans l'accomplissement de ces obligations, on


doit sacrifier plus ou moins quelques-uns des droits ordi­
naires d'autrui et ainsi nuire à ses propres intérêts en général.
Un serviteur doit laisser son travail pour participer au culte
de son Seigneur. Un homme d'affaires doit arrêter ses tran­
sactions pour entreprendre le pèlerinage à La Mecque. Dans
le jihâd, l'homme sacrifie sa vie simplement pour la Cause
d'Allah. De la même manière, pour observer ses devoirs
envers Dieu, l'homme doit sacrifier bien des choses dont il
dispose et jouit : bétail, richesse. . . Mais Dieu a formulé la
sharî'a de telle sorte que l' équilibre et l'harmonie se retrou­
vent dans tous les aspects de la vie et le sacrifice des droits
d'autrui est réduit au strict minimum. Ceci est réalisé grâce
aux limites fixées par Dieu. Il nous a accordé toutes facilités
Les principes de la sharî 'a 167

pour remplir l'obligation de la 1alât. Si on ne peut disposer


d'eau pour les ablutions, ou si on est malade on peut accom­
plir le tayamm u m (ablutions sèches). Si on est en voyage, on
peut raccourcir la 1alât. Si on est malade et qu'on ne peut
rester debout pour la prière, on peut la faire assis ou couché.
En outre, la récitation des textes coraniques dans la prière
est susceptible d'aménagement, de sorte qu'ils peuvent être
abrégés ou allongés comme on le souhaite : à un moment
de repos et de confort, on peut réciter un long chapitre du
Coran à un moment où on est très affairé, on peut réciter
quelques versets seulement. Ou, plus exactement, les instruc­
tions sont que pour les prières en assemblée et pour celles qui
ont lieu pendant les heures de travail, la récitation devrait être
brève. Dieu Se réjouit des récitations surérogatoires (nawâfil),
mais Il s'oppose à ce que nous nous privions de sommeil et
de repos, et que nous sacrifiions les droits de nos enfants et
de notre maison. L'islam veut que nous maintenions toujours
un équilibre entre les diverses activités de la vie.

Il en est de même en ce qui concerne le jeûne : il n'y a


qu'un mois de l'année consacré au jeûne obligatoire. Pendant
un voyage ou une maladie, vous pouvez en être dispensés et
l'observer à une autre période plus propice de l'année. Les
femmes peuvent reporter le jeûne à plus tard lorsqu'elles sont
enceintes, pendant leurs règles et lorsqu'elles allaitent. Le
jeûne doit se terminer à la date fixée et tout retard est désap­
prouvé, et il est permis de boire et de manger du crépuscule
à l'aube. Les jeûneurs sont hautement appréciés et plaisent à
Dieu mais Il n'aime pas que vous jeûniez trop fréquemment,
et qu'ainsi vous vous affaiblissiez au point de ne pas pouvoir
accomplir convenablement vos tâches quotidiennes.
168 Comprendre l'islam

De même, dans le cas de la zakâ t : Dieu n'a fixé que le taux


minimum et l'homme est libre de dépenser au-dessus de ce
taux, autant qu' il le désire pour la Cause d'Allah. Si on verse la
zakâ t, on accomplit son devoir, mais si on consacre davantage
en charité, on prouve d'autant plus qu'on recherche le plaisir
de Dieu. Mais Il n'aime pas que nous sacrifiions nos biens
en charités ou que nous nous refusions à nous-mêmes et à
nos parents les droits et les conforts dont ils doivent jouir. Il
ne veut pas que nous nous appauvrissions. Il nous est com­
mandé d'être modérés même dans le domaine de la charité.

Examinons ensuite le pèlerinage : il est obligatoire seule­


ment pour ceux qui ont les moyens de payer le voyage et qui
sont physiquement aptes à supporter les efforts qu'il entraîne.
Il n'est obligatoire de l'accomplir qu'une fois dans la vie, à
n'importe quelle période selon la convenance du fidèle. S'il
y a la guerre, ou n'importe quelle situation dangereuse, le
pèlerinage peut être ajourné. En outre, la permission de la
famille est une condition essentielle, de sorte que les parents
âgés ne soient pas laissés dans le dénuement en votre absence.
Toutes ces choses montrent clairement quelle importance
Dieu a Lui-même accordé aux droits des autres, même pour
l'observance de nos devoirs envers Lui.

Le plus grand sacrifice pour la Cause de Dieu est le jihâd,


car là l'homme sacrifie non seulement sa vie et ses biens pour
la Cause de Dieu, mais il détruit aussi ceux des autres. Mais
comme il l'a déjà été dit, l'un des principes de l'islam est
que nous subissions un moindre mal pour nous sauver d'un
plus grand malheur. Peut-on comparer la perte de quelques
vies humaines - de plusieurs milliers ou même davantage
Les p rincipes de La sharî'a 1 69

à la limite - avec la calamité que serait pour l' humanité la


victoire du mal sur le bien, et de l'athéisme agresseur sur la
religion de Dieu ? Ce serait décidément une bien plus grande
perte et une plus grande calamité, car il en résulterait non
seulement que la religion de Dieu serait abolie, mais encore
que le monde deviendrait aussi un royaume de l' immora­
lité et de perversité et que la vie serait gâchée de l' intérieur
comme de l'extérieur. Pour éviter ce plus grand mal, Dieu
nous a, par conséquent, commandé de sacrifier nos vies
et nos biens pour Son plaisir. Mais, en même temps, Il a
interdit toute effusion de sang inutile, Il a interdit d'atta­
quer les vieillards, les femmes, les enfants, les malades et
les blessés. Son ordre est de se battre seulement contre ceux
qui se dressent pour combattre. Il nous enjoint de ne pas
provoquer de destructions inutiles même sur le territoire de
l'ennemi et de traiter les vaincus avec justice et honneur. Il
nous a donné l' instruction de respecter les accords passés
avec l'ennemi et d'arrêter de combattre quand ils s'arrêtent,
ou s'ils suspendent leurs attaques contre l'islam. Ainsi l' is­
lam ne permet-il que le minimum de sacrifices de la vie, des
biens et des droits d'autrui dans l'accomplissement de nos
devoirs envers Dieu. Il désire établir un équilibre entre les
diverses exigences de l' homme et adapter les droits et les
obligations de manière à ce que la vie soit enrichie par les
mérites et les réalisations les plus élevés.
2 - Les droits personnels
Viennent ensuite les droits personnels de l' homme. Le fait
est que l' homme est souvent plus injuste et plus cruel envers
lui-même qu'envers aucun autre être humain. Cela peut
surprendre : comment un homme peut-il être injuste envers
1 70 Comprendre l 'islam

lui-même, alors qu'on sait bien qu'il s'aime plus que tout ?
Comment peut-il être son propre ennemi ? Cela peut paraître
tout à fait incompréhensible. Mais, en y réfléchissant de plus
près, on verra que cela est vrai.
L'homme a une grande faiblesse : quand il éprouve un
désir impérieux, au lieu d'y résister, il y succombe et en le
satisfaisant cause sciemment du tort à sa propre personne.
Prenez le cas de l'homme qui s'adonne à la boisson : il risque
d'en devenir fou, mais continue aux dépens de son argent, de
sa santé, de sa réputation et de tout ce qu'il possède. Un autre
est si gourmand que, dans ses excès de table, il abîme sa santé
et met sa propre vie en danger. Un autre devient l'esclave
de ses appétits sexuels qu'il s' épuise à satisfaire. Un autre
encore se crée un besoin d'élévation spirituelle : il réfrène ses
désirs, refuse de satisfaire ses besoins et exigences physiques,
réprime son appétit, se dépouille de ses vêtements, quitte sa
maison et se retire dans les montagnes ou la forêt. Il croit que
le monde n'est pas fait pour lui : il en prend en horreur toutes
les formes et les manifestations.

Voici donc quelques cas de la tendance que l'homme mani­


feste parfois à aller vers les extrêmes et de se perdre de l'un ou
l'autre côté. On pourrait citer un grand nombre d'exemples
similaires d'inadaptation et de déséquilibre dans la vie de
tous les jours, mais cela n'est pas utile ici.
L'islam prône le bien-être de l'homme, et son objectif
déclaré est d'établir une existence équilibrée. C'est pourquoi
la sharî'a déclare clairement que votre propre personne a
des droits sur vous. Un des principes fondamentaux en est :
« Votre personne a des droits sur vous ».
Les principes de la sharî'a 171

La sharî'a interdit l'usage de toutes les choses qui sont nui­


sibles à l'existence physique, mentale et morale de l'homme.
Elle interdit la consommation du sang, des drogues, de la
viande de porc, des oiseaux de proie et des animaux veni­
meux, des cadavres, car toutes ces choses ont des effets
indésirables sur la vie physique, morale, intellectuelle et spi­
rituelle de l'homme. Tout en interdisant ces choses, l'islam
prescrit à l'homme l'usage de tout ce qui est propre et sain, et
lui demande de ne pas priver son corps de nourriture saine,
car le corps de l'homme aussi a un droit sur lui. La loi de
l'islam condamne la nudité et ordonne à l'homme de porter
un costume digne et décent. Elle l'exhorte à travailler pour
gagner sa vie et désapprouve fortement l'oisiveté et la paresse.
L'esprit de la sharî'a est que l'homme devrait utiliser pour son
confort et son bien-être les pouvoirs que Dieu lui a conférés et
les ressources qu'Il a répandues sur la terre et dans les cieux.

L'islam ne prêche pas non plus la suppression des désirs


sexuels ; il enjoint seulement à l'homme de les contrôler et
de chercher leur satisfaction dans le mariage. Il lui interdit
d'en arriver à la persécution et au reniement total de soi,
et lui permet, plutôt lui commande de jouir des plaisirs
légitimes de la vie et de rester pieux et ferme au milieu des
problèmes de la vie. Pour rechercher l'élévation spirituelle,
la pureté morale, la proximité de Dieu, et le salut dans la vie
à venir, il n'est pas nécessaire d'abandonner ce monde. Au
contraire, la mise à l'épreuve de l'homme se déroule dans
ce monde et il devrait y rester à suivre la voie d'Allah ici­
bas. Le chemin du succès consiste à suivre la Loi divine au
milieu des complexités de la vie, et non pas en dehors.
1 72 Comp rendre l'islam

L'islam interdit formellement le suicide et inculque à


l' homme l'idée que sa vie appartient à Dieu ; elle est comme
un dépôt que Dieu vous a confié pendant un certain temps
pour que vous en fassiez le meilleur usage possible - elle n'est
pas faite pour être gâchée et détruite de manière inconsidérée.

C'est ainsi que l'islam inculque à l' homme que sa propre


personne, son propre corps, possèdent certains droits et qu'il
lui incombe de les satisfaire de son mieux selon les moyens
suggérés par la sharî'a. C'est ainsi qu'il sera honnête envers
lui-même.
3 - Les droits d'autrui
D'un côté, la sharî'a a enjoint à l'homme de s'acquitter de
ses droits et d'être juste envers lui-même ; de l'autre côté, il lui
a demandé de chercher à les satisfaire de manière telle qu'il ne
viole pas par-là les droits d'autrui. La sharî'a a essayé d'établir
un équilibre entre les droits de l'individu et les droits de la
société de telle sorte qu'aucun conflit ne puisse surgir entre
les deux et que tous coopèrent à faire régner la Loi de Dieu.

L'islam a formellement interdit le mensonge sous toutes ses


formes, car il souille le menteur, nuit aux autres et constitue
une menace pour la société. Il a formellement interdit le vol,
la corruption, la fabrication de fausse monnaie, la tricherie,
l'usure (intérêts), car tout ce que l' homme peut gagner par
ces moyens, il le gagne en fait en causant une perte et du
tort à autrui. La médisance, les cancans, la calomnie et la
diffamation ont été interdits également. Le jeu, les loteries, la
spéculation, et tous les jeux de hasard ont été défendus, car
dans toutes ces choses, une personne (le gagnant) s'enrichit
Les p rincipes de la sharî'a 173

aux dépens de milliers d'autres perdants. Toutes ces formes


de commerce d'exploitation ont été interdites, dans les­
quelles une partie seule est perdante. Le monopole, la
thésaurisation, le marché noir, la spéculation sur les terrains,
et toutes les formes d'enrichissement individuel et social ont
été interdites. Le meurtre, l'effusion de sang, l'incitation
au désordre et à la destruction sont considérés comme des
crimes, car personne n'a le droit de prendre la vie ou les biens
d'autrui simplement pour son profit ou son plaisir personnel.
L'adultère, la fornication et les pratiques homosexuelles ont
été strictement interdits, car non seulement ils pervertissent
la moralité et nuisent à la santé de celui qui commet ces
crimes, mais aussi ils répandent la corruption et l'immora­
lité dans la société, provoquent des maladies vénériennes,
ruinent la santé publique, dégénèrent la santé et la moralité
des générations futures, bouleversent les rapports entre les
hommes, et rompent la trame même de la structure cultu­
relle et sociale de la communauté. L'islam désire éliminer
jusqu'à la racine des crimes aussi abominables.

Toutes ces limitations et ces restrictions ont été imposées


par la loi de l'islam pour empêcher l'homme d'empiéter sur
les droits d'autrui. L'islam ne veut pas que l'homme devienne
égoïste et égocentrique au point d'attaquer impudemment les
droits d'autrui et violer tous les principes moraux pour obte­
nir la satisfaction personnelle de son esprit et de son corps.
Il ne lui permet pas non plus de piétiner les intérêts d'autrui
pour préserver ses droits personnels. La loi de l'islam règle la
vie de telle sorte que le bien-être de chacun et de tous puisse
être garanti. Mais, pour obtenir le bien-être de l'humanité
et le progrès de la civilisation, quelques restrictions négatives
174 Comp rendre l'islam

seules ne suffisent pas. Dans une société réellement paisible


et prospère, les gens devraient non seulement ne pas violer les
droits d'autrui ni nuire à leur intérêts mais devraient coopé­
rer positivement les uns avec les autres et nouer des relations
mutuelles, des institutions sociales qui contribueraient au
bien-être de tous et à l' établissement d'une société humaine
idéale. La sharî'a nous a guidés à cet égard également. Nous
nous proposons donc de donner ici un bref résumé des
injonctions de la loi islamique, qui éclairent cet aspect de la
vie et de la société.

La famille est le premier noyau de la vie humaine. C'est


là que se forment d'abord les traits de caractère fondamen­
taux de l'homme et par-là, la famille est l' élément de base de
toute civilisation. Par conséquent, considérons en premier les
injonctions de la sharî 'a concernant la famille. Une famille se
compose du mari, de la femme, de leurs enfants. Les injonc­
tions de l'islam à propos de la famille sont très explicites.
Elles assignent à l'homme la responsabilité de gagner la vie,
de fournir ce qui est nécessaire à sa femme et à ses enfants et
de les protéger de toutes les vicissitudes de la vie. À la femme
elles assignent le devoir de diriger le ménage, d' élever et édu­
quer les enfants de son mieux, et de fournir à son mari et à
ses enfants tout le confort et le bonheur possibles. Le devoir
des enfants est de respecter leurs parents, de leur obéir, et
une fois qu'ils sont élevés, de s'occuper d'eux et de pourvoir à
leurs besoins. Pour faire du ménage une institution bien diri­
gée et disciplinée, l'islam a pris les deux mesures suivantes.
A) Le mari a reçu la position de chef de famille. Aucune
institution ne peut fonctionner harmonieusement s'il n'y
a pas un chef à sa tête. On ne saurait concevoir une école
Les principes de la sharî'a 1 75

sans directeur ou une ville sans maire. S'il n'y a personne


pour contrôler et diriger une institution, il n'en résultera que
le chaos. Si chaque membre de la famille agit à sa guise, ce
sera la confusion. Si le mari va de son côté, et femme du
sien, l'avenir des enfants sera gâté. Quelqu'un doit être le
chef de famille afin que la discipline puisse y être mainte­
nue et que la famille devienne une institution idéale de la
société. L'islam donne cette position au mari et fait ainsi de
la famille une cellule de base disciplinée de la civilisation :
un modèle pour la société en général.
B) Le chef de famille a été en outre chargé de certaines res­
ponsabilités. Il lui appartient de gagner sa vie, et de s'occuper
de toutes les tâches qui ont lieu hors de la maison. Cela libère
la femme de toutes les activités extérieures qui sont laissées à la
charge du mari. Elle a été soulagée des devoirs extérieurs afin
de se consacrer pleinement aux devoirs intérieurs et d'employer
toute son énergie à s'occuper du ménage et de ses enfants,
les futurs gardiens de la nation. Les femmes ont été exhortées
à rester dans leurs maisons et à s'acquitter des responsabili­
tés qui leur ont été confiées3 . L'islam ne veut pas les charger

3. Cette opinion toute personnelle de l'auteur tend à chercher le bien


commun, en essayant de départager les rôles et responsabilités de cha­
cun, afin que le foyer puisse à la fois bénéficier du confort matériel mais
aussi de l'organisation et de la chaleur affective qui le rend unique.
L'usage veut que cet aspect revienne à la femme, car sa nature empa­
thique et aimante la pousse à rendre le foyer chaleureux. Pourtant, cette
distribution des rôles n'est en rien figée par l'islam, qui ne demande
dans aucun texte à la femme de rester à la maison et de s'occuper exclu­
sivement du foyer. Pour preuve, la tradition prophétique dans laquelle
on voit que le Prophète lui-même épousa Khadîja qui était son propre
employeur, ou encore Zaynab, qui travaillait aussi alors qu'elle était
mariée au sceau des prophètes. (NDE)
1 76 Comprendre l'islam

doublement à la fois des enfants et du ménage, et du soin de


gagner leur vie en travaillant à l'extérieur. Cela serait, évi­
demment une injustice. L'islam, par conséquent, effectue une
distribution fonctionnelle entre les sexes. [Après avoir subi les
conséquences amères de la suppression de cette répartition
des fonctions, certains penseurs occidentaux commencent à
envisager le retour des femmes à leurs foyers. Voici les opi­
nions de deux personnalités, le Docteur Fulton J. Sheen et le
Professeur Cyril Joad. Le Dr Sheen écrit dans Commu nisme
et la conscience de l'Ou est : « Le désordre de la vie familiale
en Amérique est plus grave qu'il ne l'a jamais été dans notre
histoire. La famille est le baromètre de la nation. L'état où
se trouve le foyer moyen, c'est l' état de l'Amérique : si le
foyer moyen vit à crédit, dépense l'argent sans compter, a des
dettes, alors les États-Unis seront une nation qui amoncellera
les dettes nationales jusqu'au jour de la catastrophe générale.
Si les époux moyens ne sont pas fidèles à leurs vœux conju­
gaux, alors les États-Unis ne respecteront pas la Charte de
l'Atlantique ni les Quatre Libertés. Si elle est délibérément
privée de tout sentiment d' humanité, alors la nation déve­
loppera une politique économique qui aboutira à jeter à la
mer le coton inutile et le café, frustrera la nature au nom
du maintien des prix économiques. Si le mari et la femme
vivent chacun pour soi et non l'un pour l'autre, s'ils ne réus­
sissent pas à voir que leur bonheur individuel dépend de leurs
efforts mutuels, alors nous aurons un pays où le capital et le
travail se battront comme mari et femme, tous les deux ren­
dant la vie sociale stérile et la paix économique impossible.
Si le mari ou la femme laisse des sollicitations extérieures
séduire son conjoint et l' éloigner de lui, alors nous aurons
Les p rincipes de la sharî'a 17 7

une nation où s'infiltreront des philosophies étrangères, tel


le communisme, balayant cette loyauté fondamentale qui
était connue sous le nom de patriotisme. Si le mari et la
femme vivent en niant l'existence de Dieu, alors l'Amérique
aura des bureaucrates prônant l'athéisme en tant que poli­
tique nationale, répudient la Déclaration d'Indépendance et
rejetant le fait que tous nos droits et libertés nous viennent
de Dieu. C'est le foyer qui détermine la nation. Ce qui arrive
dans la famille arrivera plus tard au Congrès, à la Maison
Blanche, et à la Cour suprême. Chaque pays a le genre de
gouvernement qu'il mérite. Comme nous vivons dans notre
maison, ainsi vivra la nation. »]

Le Professeur Cyril Joad va jusqu'à dire clairement : « Je


crois que le monde serait un endroit plus heureux si les
femmes se contentaient de s'occuper de leurs foyers et de
leurs enfants, même si cela devait entraîner un léger abaisse­
ment du niveau de vie. » (Variety, I er décembre 1952)

Mais cela ne veut pas dire que la femme n'est pas autorisée
du tout à sortir de sa maison. Il n'en est rien. Elle est auto­
risée à sortir quand cela est nécessaire. La loi a précisé que
la maison était son domaine de travail particulier et a sou­
ligné que les femmes devraient contribuer à l'amélioration
de la vie à la maison. Et, chaque fois qu'elles doivent sortir,
elles peuvent le faire après avoir observé quelques formalités
nécessaires, expliquées plus loin.

Le cercle de famille s'élargit grâce aux naissances et aux


mariages. Pour renforcer l'unité entre les membres de la
famille, pour leur conserver des relations mutuelles étroites
178 Comprendre l'islam

et saines, et pour faire de chaque membre une source de


soutien, de force, et de contentement pour les autres, la loi
de l'islam a formulé certaines règles fondamentales fondées
sur la sagesse et l'expérience du passé. Elles peuvent être résu­
mées comme suit :

A) Le mariage est interdit entre les personnes qui ont entre


elles par naissance ou par alliance des liens de parenté très
étroits. Le mariage est interdit entre : mère et fils, père et
fille, second mari de la mère et belle-fille, seconde épouse du
père et beau-fils, frère et sœur, frère et sœur de lait, oncle
paternel ou maternel et sa nièce, tante (sœur du père ou de
la mère) et son neveu, belle-mère et son gendre, beau-père
et sa bru. Cette défense renforce les liens familiaux et rend
les relations entre ces parents absolument pures ; ils peuvent
vivre ainsi ensemble en bons termes, sans contrainte et avec
une affection sincère.

B) Lorsqu'il n'existe aucun des empêchements cités plus


haut pour degré de parenté, le mariage peut être contracté
entre des membres de familles apparentées : une telle relation
les rapprochera encore davantage. Les mariages entre deux
familles qui sont librement associées l'une à l'autre et qui, par
conséquent, connaissent leurs habitudes, leurs coutumes et
leurs traditions respectives, sont généralement heureux. Par
conséquent, la sharî'a a non seulement permis mais encou­
ragé et préféré des relations avec des familles apparentées, à
celles avec des familles complètement étrangères, bien que
celle-ci ne soient pas interdites.

C) Dans un groupe de familles apparentées, on trouve à la


fois des pauvres et des riches, des gens inégalement fortunés.
Les p rincipes de la sharî 'a 1 79

Selon le principe islamique, la famille d'un homme a en


priorité des droits sur lui. Le respect de ces devoirs envers
les membres d'une même famille s'appelle techniquement
fîlat ar-rabîm. Les musulmans sont exhortés à respecter ces
liens de toutes les manières possibles. Être déloyal envers les
membres de sa famille, négliger leurs droits, est un grand
péché que Dieu désapprouve. Si un parent devient pauvre ou
se trouve dans des difficultés, il incombe à ses parents plus
riches et prospères de l'aider. Dans la zakâ t et les autres cha­
rités, une attention spéciale pour les droits des parents a été
recommandée.
D) Les lois concernant l' héritage ont été formulées de telle
sorte dans l'islam que les biens laissés par le défunt ne peuvent
être concentrés sur une seule personne. Ils doivent être dis­
tribués de manière à ce que chaque parent proche reçoive
sa part. Le fils, la fille, la femme, le mari, le frère, la sœur,
sont les parents les plus proches et ils ont la priorité absolue
dans l'héritage. S'il n'existe aucun de ces parents prioritaires,
les biens sont répartis entre les parents les plus proches exis­
tant. Par conséquent, après la mort d'un homme, ses biens
sont distribués parmi les siens et ce système écarte toute pos­
sibilité de concentration capitaliste de la richesse. Cette loi
de l'islam est d'une valeur unique, et d'autres nations s'en
inspirent maintenant. Mais, malheureusement, les musul­
mans eux-mêmes ne sont pas pleinement conscients de ses
potentialités révolutionnaires, et par ignorance, certains ne
la mettent pas en pratique. Dans certaines parties du sous­
continent indo-pakistanais, les filles sont privées de leur part
d'héritage ; c'est une injustice évidente et une violation fla­
grante des instructions précises du Coran.
180 Comp rendre l'islam

Outre la famille, l'homme a des rapports avec ses amis, ses


voisins, les habitants de sa localité, de sa ville ou de son vil­
lage, et avec les gens avec lesquels il est en contact constant.
L'islam considère ces relations et exhorte le musulman à
les traiter avec honnêteté, sincérité justice et courtoisie ; il
ordonne aux croyants d'avoir égard aux sentiments des
autres, d'éviter d'employer un langage indécent et injurieux,
de s'entraider, de visiter les malades, de réconforter les mal­
heureux, d'aider les nécessiteux et les infirmes, de compatir
avec ceux qui sont dans les difficultés, de s'occuper des veuves
et des orphelins, de nourrir les affamés, de vêtir ceux qui sont
nus, et d'aider les chômeurs à trouver un emploi. L'islam dit
que si Dieu vous a dotés de richesses et de biens, vous ne
devez pas les gaspiller dans le luxe et les frivolités. Il a inter­
dit l 'usage de vaisselle d'or et d'argent, de vêtements de soie
coûteux, il désapprouve ceux qui dépensent leur argent dans
des entreprises aventureuses ou des luxes extravagants. Cette
injonction de la sharî'a est fondée sur le principe qu'aucun
homme ne devrait être autorisé à gaspiller pour sa satisfac­
tion personnelle une richesse qui suffirait à faire vivre des
milliers de ses semblables. Il est cruel et injuste que l'argent
qui pourrait être utilisé à nourrir l'innombrable foule des
affamés soit englouti dans des décorations inutiles ou extra­
vagantes, des ostentations ou des feux d'artifice. L'islam ne
veut pas priver l'homme de ses richesses et de ses possessions.
Ce que l'homme a gagné ou qu'il a hérité est son entière
et libre propriété. L'islam reconnaît son droit et lui permet
d'en jouir et d'en faire le meilleur usage possible. Il suggère
aussi que si vous êtes riche vous pouvez avoir de meilleurs
vêtements, un logement et une vie plus confortables. Mais
Les p rincipes de la sharî 'a 181

l'islam veut que dans toutes les activités de l'homme, on ne


perde jamais de vue l' élément humain. Ce qu'il désapprouve
totalement c'est l' égocentrisme prétentieux, qui néglige le
bien-être des autres et donne naissance à un individualisme
exagéré. Il veut que la société humaine tout entière prospère
et non pas seulement quelques individus isolément. Il veut
inculquer dans l'esprit de ses disciples une conscience sociale
et leur suggérer de mener une vie simple et frugale, d'éviter
de se créer de faux besoins. Tout en satisfaisant leurs propres
besoins, les croyants sont exhortés par l'islam à toujours gar­
der en vue les besoins et les exigences de leurs proches, de
leurs parents et alliés, de leurs amis et associés, de leurs voi­
sins et de leurs concitoyens. [Le Coran dit : � Et dans leurs
biens, il y avait un droit au mendiant et au déshérité. ➔
[Coran 51/19] . C'est ce que l'islam cherche à réaliser].

Jusqu'à présent, nous avons examiné la nature des relations


de l'homme avec ses cercles les plus proches. Replaçons les
choses dans une plus large perspective, et voyons quel genre
de communauté l'islam veut établir. Quiconque embrasse
l'islam non seulement entre au sein de la religion, mais aussi
devient un membre de la communauté islamique. La sharî'a
a formulé pour cette fraternité plus large certaines règles de
conduite. Ces règles obligent les musulmans à s'entraider, à
encourager le bien et proscrire le mal et à veiller à ce qu'au­
cun mal ne s'infiltre dans leur société. Voici quelques-unes
des injonctions de la loi de l'islam à cet égard :

A) Pour préserver la vie morale de la nation, et sauvegarder


la saine évolution de la société, la libre fréquentation des
deux sexes a été interdite. L'islam effectue une répartition
1 82 Comp rendre l 'islam

fonctionnelle entre les sexes et leur assigne des sphères


d'activité différentes. Les femmes, d'une manière générale,
devraient se consacrer aux devoirs du ménage dans leurs
foyers, et les hommes devraient assumer les activités écono­
miques dans la société. Outre la question des interdictions
de mariages entre parents trop proches, il est demandé aux
hommes et aux femmes de ne pas se mêler librement, et s'ils
sont obligés d'avoir des contacts, elles doivent le faire avec le
voile. Lorsque les femmes doivent sortir, elles devraient por­
ter une toilette simple et être convenablement voilées. Elles
devraient aussi considérer comme normal de couvrir leur
visage et leurs mains4 . Elles ne peuvent se dévoiler qu'en cas
de réelle nécessité, et là aussi, elles devraient remettre leur
voile lorsque cette nécessité a disparu. En même temps, il est
recom mandé aux hommes de garder les yeux baissés et de ne
pas regarder les femmes. Si quelqu'un par hasard porte les
yeux sur une femme, il doit détourner son regard. Essayer de
les regarder est mauvais, et tenter de faire leur connaissance
est pire. C'est le devoir à la fois des hommes et des femmes de
veiller sur leur moralité personnelle et de purger leur âme de
toute impureté. Le mariage est la seule forme convenable de
relations sexuelles et personne ne devrait essayer de franchir
cette limite ou même de penser à aucune licence sexuelle ;
des idées aussi perverses ne devraient même jamais traverser
la pensée et l'imagination de l' homme.
B) Dans le même but, le croyant est exhorté à porter des
vêtements convenables ; aucun homme ne devrait exposer

4. La question du niqâb ou voile intégral fait l 'objet de divergences au


sein des quatre écoles juridiques. Seule l'école hanbalite y voit une obli­
gation. (NDE)
Les p rincipes de la sharî'a 183

son corps des genoux au nombril, et une femme ne devrait


jamais exposer aucune partie de son corps, sauf son visage
et ses mains à personne qu'à son mari, même pas à ses plus
proches parents. Ceci s'appelle satr (couvrir) et couvrir ces
parties de son corps est le devoir religieux de tout homme
et de toute femme. Grâce à ces directives, l'islam veut culti­
ver en ses disciples un sentiment profond de modestie et de
chasteté, et supprimer toutes formes et toutes manifestations
d'impudeur et de corruption morale.
C) L'islam n'approuve pas les distractions ou amusements qui
tendent à stimuler les passions sensuelles et vicier les canons
de la morale. De telles distractions sont une pure perte
de temps d'argent et d'énergie, et détruisent la fibre morale
de la société. La distraction en soi est sans aucun doute une
nécessité. Elle agit comme un aiguillon de l'activité et sti­
mule la vie et l'esprit d'aventure. Elle est aussi importante
dans la vie que l'eau et l'air ; tout particulièrement après un
travail pénible, on a besoin de repos et de distraction. Mais
la détente doit rafraîchir et aviver l'esprit, et non pas le dépri­
mer ou dépraver les passions Les distractions absurdes où des
milliers de gens assistent à des scènes dépravantes de crime et
d'immoralité sont l'antithèse même d'une saine récréation.
Bien qu'elles soient satisfaisantes pour les sens, leur effet sur
l'esprit et la moralité des gens est désastreux. Elles gâchent
leurs mœurs et leur moralité et ne sauraient avoir de place
dans la société et la culture islamiques.
D) Pour préserver l'unité et la solidarité de la nation et
pour assurer le bien-être de la communauté islamique, les
croyants sont exhortés à éviter l'hostilité réciproque, les dis­
sensions, et le sectarisme de toutes couleurs. Ils sont conviés
184 Comprendre l 'islam

à régler leurs différends et disputes selon les principes posés


par le Coran et la Sunna. Et si les parties en présence ne
réussissent pas à trouver un règlement, au lieu de se battre
et de se quereller entre elles, elles devraient enterrer les diffé­
rences au nom d'Allah et Lui abandonner la décision. Dans
les matières qui touchent au bien-être national, ils devraient
s'entraider, éviter de gaspiller leur énergie dans des querelles
futiles. De telles inimitiés sont une disgrâce pour la com­
munauté musulmane, une source potentielle de faiblesse
nationale, et doivent être évitées à tout prix.

E) L'islam considère le savoir et la science comme un bien


commun à toute l'humanité. Les musulmans ont toute
liberté d'étudier la science et ses applications pratiques de
n' importe quelle source. Mais, en ce qui concerne les ques­
tions de culture et de civilisation, il leur est interdit d'imiter
les modes de vie des autres peuples. La philosophie de l'imi­
tation suggère que cela vient d'un sentiment d'infériorité qui
produira immanquablement une mentalité défaitiste. Le fait
de copier la culture d'un autre peuple peut avoir des consé­
quences désastreuses sur une nation ; il détruit sa vitalité
intérieure, jette le trouble dans son esprit, affaiblit son sens
critique, alimente un complexe d'infériorité et progressive­
ment mais sûrement sape toutes les sources de sa culture et la
détruit. C'est pourquoi le saint Prophète (�) a positivement
et fermement interdit aux musulmans d'adopter la culture et
le mode de vie des non-musulmans. La force d'une nation
ne réside pas dans son costume, son étiquette ou ses beaux­
arts ; sa puissance et son développement dépendent de ses
connaissances, de sa discipline, de son organisation, et
Les p rincipes de la sharî'a 185

d'une énergie orientée vers l'action. Si vous voulez apprendre


quelque chose des autres, prenez des leçons de leur volonté
d'action et de discipline sociale, utilisez leur savoir et leurs
performances techniques, mais gardez-vous de l'influence
des arts qui finissent par aboutir à l'esclavage culturel et à
l'infériorité nationale.

• Rapports avec les non-musulmans


Nous en arrivons maintenant aux relations des musul­
mans avec les non-musulmans. Darn; ces rapports, il est
conseillé aux croyants de ne pas être intolérants ou étroits
d'esprit, de ne pas insulter ou critiquer leurs chefs religieux
ou leurs saints, de ne rien dire d'offensant pour leur religion,
de ne pas chercher inutilement des dissensions avec eux,
mais de vivre en paix et bonne amitié. Si les non-musul­
mans conservent une attitude paisible et conciliante envers
les musulmans, ne violent pas leurs frontières ou leurs droits,
les musulmans devraient de leur côté garder des relations
amicales et aimables avec eux et les traiter avec équité. C'est
un des principes mêmes de notre religion que nous devons
posséder une compréhension humaine et une courtoisie plus
grandes, et que nous devons nous comporter avec noblesse
et modestie. Les mauvaises manières, l'oppression, l'agres­
sivité et l' étroitesse d'esprit sont contraires à l'esprit même
de l'islam. Un musulman est venu au monde pour devenir
un symbole vivant de bonté, de noblesse et d'humanité. Il
devrait gagner les cœurs des hommes par son caractère et
l'exemple qu'il donne. Alors seulement il sera un véritable
ambassadeur de l'islam.
186 Comprendre l'islam

4 - Les droits de toutes les créatures


Nous en venons maintenant à la dernière catégorie de
droits. Dieu a donné à l'homme l'autorité sur ses innom­
brables créatures qui sont toutes destinées à son usage. Il a
été doté du pouvoir de les soumettre et de les utiliser selon
ses besoins et les buts qu'il poursuit. Cette position supé­
rieure donne à l'homme une autorité sur elles et il jouit du
droit de s'en servir à sa convenance. Mais cela ne veut pas
dire que Dieu lui a donné une liberté totale. L'islam dit que
la création a certains droits sur l'homme. Il ne devrait pas
la gaspiller dans des entreprises stériles ni lui faire du tort
ou du mal sans nécessité absolue. Lorsqu'il utilise les créa­
tures, il devrait leur causer le moindre mal en employant les
méthodes les meilleures et les moins nuisibles.

La loi de l'islam donne des injonctions détaillées à ce


propos. Par exemple, nous sommes autorisés à abattre les
animaux pour notre nourriture mais il nous est interdit de
les tuer simplement pour nous distraire ou pour l'amour du
sport, et de leur ôter la vie sans nécessité. Pour les abattre,
l'égorgement (dhabb) est la meilleure méthode pour obte­
nir la viande des animaux. Les autres méthodes sont plus
douloureuses, ou bien elles gâchent la viande et lui ôtent cer­
taines de ses propriétés utiles. L'islam évite ces deux écueils
et propose une méthode qui est moins douloureuse pour
l'animal, et par ailleurs conserve à la viande toutes ses pro­
priétés. De même, tuer un animal lentement en lui causant
une douleur prolongée et des blessures inutiles est considéré
comme abominable par l'islam. Il permet de tuer les ani­
maux dangereux ou venimeux ainsi que les bêtes de proie
Les principes de fa sharî'a 1 87

uniquement parce que l'islam place la vie humaine au-des­


sus de la leur. Mais là non plus il n'autorise pas à les tuer en
ayant recours à des méthodes longues et douloureuses.

En ce qui concerne les animaux de somme et les mon­


tures, l'islam défend formellement à l' homme de les laisser
affamés, de leur imposer un travail trop pénible et intolérable
et de les battre cruellement. Attraper les oiseaux et les empri­
sonner dans des cages sans raison particulière est considéré
comme abominable. Que dire des animaux ; l'islam désap­
prouve jusqu'à l'abattage inutile des arbres. L'homme peut
utiliser leurs fruits et autres produits, mais il n'a pas le droit
de les détruire. Les végétaux après tout ont une vie, mais
l'islam n'autorise pas même le gaspillage des objets inani­
més : il désapprouve jusqu'au gaspillage de l'eau. Son but
est d' éviter la perte sous toutes ses formes et de recomman­
der à l' homme de faire le meilleur usage possible de toutes
les ressources - vivantes ou inanimées.

La sharî 'a : la loi universelle et éternelle


Dans les pages précédentes, nous avons donné un très
bref aperçu de la loi de l'islam - la loi que le prophète
Mul_iammad (�) a donnée à l' homme pour tous les temps à
venir. Cette loi ne fait aucune différence entre les hommes si
ce n'est dans leur foi et leur religion. Les systèmes religieux et
sociaux, les idéologies politiques et culturelles qui font des dif­
férences entre les hommes selon leur race ou leur nationalité
ne pourront jamais prétendre à l'universalité pour la raison
bien simple qu'on ne peut changer de race ou de nationa­
lité, que le monde entier ne peut se concentrer pour devenir
188 Comprendre l 'islam

un seul pays, et que la couleur d'un Noir, d'un Jaune ou


d'un Blanc ne peut pas se modifier. De telles idéologies et
de tels systèmes sociaux sont voués à rester limités à une
race, un pays ou une communauté particulière, et ne pren­
dront jamais une ampleur universelle. L'islam par contre,
est une idéologie universelle. Toute personne qui déclare
croire en lâ ilâ ha illa-llâ h mubammad rasûl allâ h (il n'y a
pas d'autre dieu que Dieu et Muç.ammad est Son Prophète)
entre au sein de l' islam et jouit des mêmes prérogatives que
les autres musulmans. L'islam ne fait aucune discrimina­
tion de race, de pays, de couleur ou de langue. Son appel
s'adresse à l'humanité tout entière et il n'admet aucune
ségrégation mesquine.

Enfin, cette loi est également éternelle. Elle n'est pas fondée
sur les coutumes ou les traditions d'un peuple en particulier
et n'est pas destinée à une période spécifique de l'histoire
humaine. Elle est fondée sur les principes naturels mêmes
selon lesquels l'homme fut créé. Et comme cette nature reste
la même à travers les siècles et en toutes circonstances, la loi
qui est fondée sur ses principes purs doit aussi être valable,
quelle que soit l'époque ou la circonstance. Et cette religion
universelle et éternelle, c'est l' islam.
Table des matières

Préface de l'auteur ................................................. 3

CHAPITRE 1
La signification de l'islam ...................................... 5
Pourquo1• l' 1s
· 1am est-1·1 ams1
• • appele' 1. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .... . . . . . . . 5
La signification du mot « islam » ................ ......... .......... 6
La nature de l'islam ...................................................... 6
La nature du « kufr » ..................................................... 9
Les bienfaits de l'islam ...... .. ........................................ 14

CHAPITRE Il
La foi ................................................................... 23
La foi et l'obéissance ................................................... 23
La foi : qu'est-ce que cela signifie ? ......................... . . . ... 26
Comment acquérir la connaissance de Dieu ? ... ........... 29
Foi dans l'inconnu ...................................................... 31

CHAPITRE Ill
L'apostolat............................................................ 35
Sa nature et sa nécessité ............................................... 36
Bref historique ................... ......................................... 45
1 90 Comprendre l'islam

L'apostolat de Mu}:iammad ......................................... 52


L'Arabie, abîme des ténèbres ....................................... 56
Le sauveur est né ......................................................... 59
Un diamant dans un tas de pierres .............................. 60
Une révolution se produit.. .......................................... 61
Pourquoi toute cette hostilité ? .................................... 64
Un homme transformé à quarante ans.
Pourquoi ? ............................. ...................................... 67
Son message universel ..................... ...... ..... .... ..... ... ..... 68
Sa contribution à la pensée humaine ..... ...................... 73
Le plus grand des révolutionnaires .............................. 77
Le témoignage final ................................................ .... 81
La finalité de l'apostolat ........... ....... ............................ 84

CHAPITRE IV
Les articles de la foi ............................................. 91

Le tawbîd, la foi en un Dieu unique ....... . . . . . ......... ... .... 92


La signification de la kalima . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Les effets du tawbîd sur la vie de l' homme ................ 104
La foi en les anges de Dieu ......................................... 1 1 1
La foi dans les livres de Dieu ...................................... 1 14
La foi dans les prophètes de Dieu .............. ... ....... ....... 1 19
La foi en la vie ultérieure après la mort .. . . . . . . . . . . . ......... 123
Table des m atières 191

Pourquoi cette croyance est-elle nécessaire ? .............. 124


La vie après la mort : une apologie rationnelle ........... 129

CHAPITRE V
La prière et l'adoration ...................................... 137
L'esprit de la 'ibâ da, ou l'adoration ........................... 138
La falâ t................................................................... 140
Le jeûne .................................................................... 144
La zakâ t . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
Le bajj, ou pèlerinage ................................................. 147
La défense de l'islam .................................................. 149
Le jihâd . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149

CHAPITRE VI
Le dîn et la sharî 'a .............................................. 151
Distinction entre dîn et sharî'a ................................. 151
Les sources de la sharî'a ........................................... 152
Lefiqh ....................................................................... 152
Le fasawwûf. ............ ............................................... 154

CHAPITRE VII
Les princip es de la sharî'a................................... 157
La sharî'a : sa nature et son but .................................. 157
La sharî'a : droits et devoirs ....................................... 164
La sharî'a : la loi universelle et éternelle ..................... 187
___ DISTRIBUTION ___
Librairie Asd'Iqra
3, rue Guy Colombet - 42000 Saint-Étienne
Tél. : 06 10 20 73 22 / 04 77 2 1 52 99
email : [Link]@[Link]
COMPRENDRE
L ' -I S L A M
Ce petit ouvrage a pour but de présenter un exposé bref mais clair
de l'ensemble de l'Islam. Pour ce faire, l 'auteur s'est attaché à
expliquer à la fois les bases intellectuelles et spirituelles de la
croyance m usulmane, en i nsistant sur la conception islamique de
la vie, de l'hom me et de son environnement. Le résumé de cet
ouvrage réside au cœur de son titre : Comprendre l'islam, au-delà
des p réjugés. Une fenêtre ouverte sur l'islam et de ses sources à
l'époque actuelle.

Il 11 1 1
Prix : 9, 50€

9 782848 623 8 0 1

Vous aimerez peut-être aussi