Document 458066
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24, n o 1, 196 9 — d3
La culture de l'anacardier et l'exploitation de ses produits offrent à maints pays de la zone tropi-
cale soit une richesse exportable, soit un espoir nouveau de développement pour des régions jus -
qu 'alors peu favorisées . Madagascar a prévu un programme important de plantations et peut e n
quelques années se placer parmi les grands producteurs mondiaux d ' anacardes .
M . Lefebvre, à la tête de la Section I . F . A . C . de Majunga, par ses brillants résultats expérimentau x
et son effort tenace, a réuni les conditions à la réalisation de cette entreprise . C'est à la demande d e
M . Valette, rédacteur en chef du Bulletin de Madagascar, qu ' a été rédigé cet article . Il a déjà paru
dans le numéro de janvier 1969 de cette revue . Nous remercions M . Valette d'une aussi bonne ini-
tiative, et sommes heureux d'en faire profiter les lecteurs de Fruits .
L'ANACARDIER, UNE RICHESSE DE MADAGASCA R amandes et baume, qui placent cette espèce au troisième rang de s
fruitiers tropicaux fait l'objet d'un chapitre particulier .
par A . LFFÈBVRE . L'auteur fait ensuite le point de la situation de l ' anacardier à
Fruits, vol . 24, n° r, janvier 1969, p . 43 à 64 . Madagascar : historique, peuplements naturels, production actuelle ,
traitement semi-industriel de la noix de cajou . Puis il développe les
RÉSUMÉ . — Après avoir rappelé l'origine de l ' anacardier , différents résultats obenus par 1'1 .F. A . C. sur sa station de recherches
l'auteur fait la description botanique de l'arbre, principalement d e agronomiques de Majunga, résultats très encourageants, principale -
son appareil floral . L'aire de culture de l'espèce et son écologie son t ment en ce qui concerne l'utilisation des engrais minéraux .
évoquées . L 'auteur termine en exposant les projets d ' extension de la culture
L'importance économique des principaux produits de l ' anacardier : de l'anacardier à Madagascar .
INTRODUCTION
ORIGIN E
DESCRIPTION BOTANIQUE
Tableau I .
Composition chimique de l'amande de cajou .
Suivant Suivan t
Analyses W . R . AROYD ( 1 ) MONTEFREDINE ( 2 )
o
O ( o0)
Humidité 5, 8 9 2 ,9 3
Protéines 2I,19 20,8 0
Hydrates de carbone 23,56 2 9, 2 9
Matières grasses 4 6 ,93 44,4 0
Matières minérales (cendres) 2 ,43 2,58
nissant rapidement par oxydation, désignée sous le no m A Madagascar, comme dans les autres pays de l'hémi-
de baume de cajou . L'amande contenue dans la coque est sphère austral où on le rencontre, l'anacardier fleurit à
riche en huile, en protéines et en sucre (cf . tableau I) e t partir des mois de mars-avril et la maturité des fruits com-
elle est d'un goût exquis . Elle représente environ 26 du mence en mai-juin . La floraison et la fructification son t
poids du fruit et est recouverte de téguments séminau x très étalées et il n'est pas rare de récolter des noix, sur u n
assez épais de couleur brun-rouge . même arbre, de mai à février ! La pleine période de matu-
Après fécondation le fruit se forme très rapidement puis , ration se situe cependant de août à décembre .
avec un certain décalage, le pédoncule se met à gonfler ,
devient charnu et juteux (cf . photo n° 7) ; son épiderm e En règle générale l'arbre fleurit pour la première fois à
prend une vive coloration jaune, rouge ou d'une teint e trois ou quatre ans pour atteindre une production normal e
intermédiaire . La taille de ce faux fruit peut atteindre jus - vers la septième année ; cette production se maintiendrait
qu'à dix fois celle de la noix (cf. photo n° 8) et la pulpe es t pendant une vingtaine d'années, suivant la majorité de s
trés riche en vitamine C. auteurs .
AIRE DE CULTURE
ÉCOLOGI E
L'anacardier s'adapte à des régimes pluviométriques trè s L'anacardier est sensible au froid et à l'altitude, sa pro-
divers sans qu'on puisse noter de différences sensibles dan s duction diminue très sensiblement à partir de 600 m . On l e
son comportement . C'est ainsi qu'en Inde, on le trouve dan s rencontre en général dans les plaines côtières et sur les col -
des régions où les précipitations annuelles vont de 50o à lines basses voisines .
4 00o mm . Il est nécessaire cependant, dans le cas de fort e Les connaissances sur les sols qui conviennent le mieu x
pluviosité, que le sol soit bien drainé car l'anacardier ne à l'anacardier sont assez imprécises . La variété des terrain s
supporte pas l'inondation . sur lesquels on le trouve, tant à Madagascar que dan s
Il faut signaler également que dans les régions à préci- d'autres zones tropicales, conduit à dire que l'anacardie r
pitations abondantes et très réparties, l'anacardier mani- est un arbre s'adaptant à des circonstances pédologique s
feste une grande exhubérance de végétation, mais qu'i l diverses.
fleurit et fructifie peu ; de plus, la qualité de ses fruits laisse Il a une prédilection pour les sols légers et sableux, mai s
beaucoup à désirer, le pourcentage de noix qui moisissent on constate qu'il pousse assez bien sur des sols rocheux e t
en magasin pouvant aller jusqu'à quarante pour cent e n latéritiques . Il peut croître sur des sols très pauvres, mai s
deux ou trois mois . sa production en sera évidemment affectée . De toutes
La saison sèche a donc une grosse importance sur l'inten - manières, le sol doit être bien drainé, car le pivot de l'ana-
sité et la qualité de la fructification . cardier est très sensible à l'inondation .
IMPORTANCE ÉCONOMIQUE
On sait que botaniquement parlant le véritable fruit d e gné sous le nom de noix (noix cajou ou noix d'anacarde )
l'anacardier a l'apparence d'une noix réniforme et que l e et contient une amande comestible (amande cajou ou ker-
pédoncule qui la soutient gonfle considérablement à l a nel) . Le péricarpe qui entoure l'amande contient u n
maturation pour prendre l'aspect d'un fruit . Ce pédoncul e liquide phénolique désigné sous le nom de baume (baume
charnu est appelé pomme cajou . Le véritable fruit est dési - cajou ou CNSL — Cashew nut shell liquid) .
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L'importance économique de l'anacardier est liée a u bique envisage dans un avenir très proche la création d'un e
développement récent du commerce relatif aux deux pro - usine spécialement conçue pour le traitement de la pomm e
duits principaux : l'amande et le baume . cajou .
Les principales zones de production sont situées en Inde
méridionale, au Brésil et dans l'Est africain : Mozambique , Noix cajou .
Tanzanie, Kenya. Il est présent dans d'autres régions d u
monde, mais son importance y est faible comparativement La production mondiale s'établit donc actuellement au x
à celle qu'il revêt dans les pays cités ci-dessus . environs de 380 00o t de noix, en comptant également le s
La production de noix de cajou pour la campagne 1966 - pays petits producteurs .
67 s'établit comme suit : L'Inde en traite la plus grande partie : environ 250 000 t
de noix par an, puis viennent le Mozambique avec 6o 00o t,
Mozambique . . . . 169 76o t le Brésil avec 20 000 t, la Tanzanie avec 12 00o t, etc .
Tanzanie 83 00 0 Le prix d'achat des noix par les industriels indiens varie
Inde 81 72 0 de 4o à 6o F malagasy le kg C . A . F . Cochin ou Mangalore
Brésil 20 00 0 suivant les périodes et les provenances, les noix indienne s
Kenya 10 00 0 étant mieux payées que les noix africaines .
demandes des industries utilisatrices . Si le volume des mais souvent légèrement astringent . On peut en faire de s
transactions est encore faible, les demandes cependan t demi-fruits, des confitures, des jus, du vinaigre, des chut-
devraient s'accroître sensiblement dans les années à venir , neys, etc .
grâce aux développements de la technologie moderne .
Les principaux utilisateurs de baume sont les pays tech-
nologiquement très développés : États-Unis, Royaume-Uni ,
Japon . On ne dispose malheureusement pas de donnée s Malgré les gros efforts déployés ces dernières années pa r
récentes concernant les exportations et les importations d e les grands pays producteurs de noix cajou pour développe r
baume cajou, les statistiques douanières cessant d'être la culture de l'anacardier, la saturation du marché est
exploitables à partir de 1963, date à laquelle différente s encore lointaine, les prix ne fléchissent pas .
laques ont été groupées avec le baume dans une seule e t Grâce à l ' action publicitaire menée par l'Union Indienn e
même rubrique . En 1963, le commerce de baume portai t dans les pays d'Europe de l'Ouest comme dans ceux d'Eu-
déjà sur 10 00o t environ, pour une valeur de 50o millions rope de l'Est dans le but de faire connaître l'amande cajo u
de francs malagasy . On peut estimer que ces chiffres on t comme friandise de cocktail, en constate déjà un accrois-
actuellement doublé . sement de sa consommation .
Les prévisions de production mondiale sont de l'ordre d e
Sous-produits . 475 000 t de noix en 1972 ; or, à cette même date, le mil -
liard et demi d'habitants des pays les plus industrialisés
Les différents sous-produits que l'on peut obtenir d u pourra absorber jusqu'à 15o 00o t d'amandes (1oo g pa r
fruit de l'anacardier ne font pas l'objet de transaction s habitant et par an), ce qui correspond à plus de 600 00o t
internationales chiffrables . La plupart du temps ils sont de noix . Il ne faut pas perdre de vue que le baume cajou e t
destinés à l'auto-consommation . les autres produits vont se développer dans des proportion s
C'est ainsi que les tout petits débris d'amandes peuven t comparables et contribuer à valoriser la production de s
donner, par pressurage, 37 à 57 p . cent d'une huile comes- anacarderaies . Il faut encore ajouter la part grandissant e
tible de très haute qualité et un tourteau d'une haut e qui sera prise par l'auto-consommation, suite à l'accroisse -
valeur alimentaires . On peut également préparer un beurr e ment du niveau de vie dans les pays producteurs . On pour -
d'amandes cajou . rait même en arriver à considérer l'avenir économique d e
Les téguments, indemnes d'amandes et de baume, son t l'anacardier de manière trop optimiste !
très riches en protéines et conviennent pour l'alimentatio n Le pays qui décidera d'entreprendre une « Opératio n
des volailles . anacarde » et c'est le cas de Madagascar, doit bien se con -
Les coques grossièrement broyées se prêtent bien à l a vaincre qu'il ne sera pas seul, et qu'il ne pourra valablemen t
fabrication de panneaux agglomérés particulièrement résis- lutter contre la concurrence étrangère que s'il prend toute s
tant aux insectes et à l'humidité . les dispositions souhaitables pour réaliser rapidement de s
Les pommes cajou, enfin, dont il se perd chaque anné e plantations à vocation fruitière suivant des technique s
plus de 2 millions de t, est un faux fruit très juteux, sucré , modernes et pour s'équiper, dans un stade ultérieur d u
légèrement parfumé et acide, très riche en vitamine C, matériel industriel le plus perfectionné .
Nombre Superficies
Sous-préfectures de recensées
peuplements (ha )
Analalava 41 1839
Antsohihy 5 89
Port Bergé 15 2
Majunga 17 27 0
Soalala 12 409
Mampikony 9 8
Maevatanana 15 4 097
Récolte
Séchage au soleil
Emmagasinage
1
Mise en fabricatio n
Préparation des lots
1
Passage au tarare
Lavag e
Réhumidificatio n
Extraction du baume au grillage
Centrifugatio n
Provend e
Filtrage pour volailles Cuisson-salage Mise en estagnons
Mise en fûts Mise en boîte sous vid e sous atmosphère inert e
nique du grillage des noix fut dégrossie et dès le 30 août lement explicable par le fait qu'il s'agit ici d'une industri e
1962, une chaîne complète, bien que de dimensions ré- nouvelle dont la technique a dû être mise au point trè s
duites, entra en fonctionnement journalier continu . progressivement, l'usine de la SOMAHABIBO a pu fonc-
Cette chaîne comportait : tionner à un rythme satisfaisant .
— bac de réhumidification des noix, Elle ressemble beaucoup aux usines indiennes, bien qu'o n
— four de grillage et d'extraction du baume de cajou , ait tenté d'y apporter quel q ues améliorations par rapport à
— centrifugeuse pour essorer et refroidir les noix , ces dernières .
ouvrières chargées du concassage des noix ,
étuve ventilée électrique , Stockage, pesage, dépoussiérage, lavage .
ouvrières chargées du mondage et du triage de s
amandes , Les noix brutes sont conservées en magasin après u n
— emballages provisoire des amandes dans des sacs d e bon séchage au soleil . Chaque jour le nombre de sacs
polyéthylène, sous vide . nécessaires au fonctionnement de l'usine est prélevé su r
La phase expérimentale devait permettre la mise a u cette réserve, les noix sont pesées et passent au tarare pou r
point des techniques pour chaque opération du traitemen t un dépoussiérage (cf . photo n o 11) . Cette opération permet
et donner des précieuses indications quant aux machines l'élimination de morceaux de terre, de petites pierres, d e
en vraie grandeur dont la fabrication était entamée paral- brins de raphia, et de toute une série d'impuretés qui ris-
lèlement au fonctionnement de la chaîne de production . queraient autrement d'encrasser le four de grillage . Du
Après une période de rodage relativement longue, faci - tarare les noix se déversent directement dans un bac de
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Re Ji témidification .
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VUE LONGITUDINALE
Le niveau du baume est maintenu constant grâce, d'un e Séchage (cf. photo n o 13) .
part à l'orifice de trop plein relié à un réservoir à baume ,
d'autre part, à une pompe à main qui permet de renvoyer Les amandes recouvertes de leur tégument doivent en-
du baume dans le four à partir de ce même réservoir . suite être séchées pour faciliter le mondage ou dépelliculage .
Le séchoir (cf . fig . 8) est un tunnel en maçonnerie, équipé
d'une double porte (I) à chaque extrémité, et surmont é
Essorage .
d'un générateur d'air chaud constitué d'un ventilateur (2 )
Les noix recueillies sur la grille sont transportées à l'aid e et d'un radiateur (3) chauffé à la vapeur . Les amandes sont
de bidons vers les centrifugeuses où elles sont essorées . L e disposées sur des claies, celles-ci sont chargées sur des cha-
baume récupéré par la centrifugation coule vers le réser- riots roulants (4) qui sont introduits à leur tour dans l e
voir déjà cité plus haut . Les noix essorées et considérable - tunnel, sur des rails . La température et l'hygrométrie son t
ment refroidies, sont dirigées vers un petit silo d'où elle s suivies en cours d'opération sur des cadrans extérieurs ( 5
repartent, le moment venu, vers l'atelier de concassage . et 6) ; une vanne thermostatique (7) règle le débit de l a
vapeur en fonction de la température souhaitée . La gain e
(8) du générateur comporte en outre un orifice (9) ferm é
Concassage (cf . photo n° 14) .
par un volet mobile (Io) permettant un échange d'air ave c
Les concasseuses reçoivent chaque soir avant de quitte r l'extérieur .
l'usine leur tâche pour le lendemain en noix grillées ; elle s Les amandes séjournent 3 à 4 h dans ce séchoir, à un e
mélangent ces noix avec de la cendre destinée à absorbe r température de 80° C.
le reste de baume qui adhère à la coque et risque de leu r
attaquer la peau des mains . Dès 6 h du matin, et mêm e Mondage (cf . photo n o i5) .
avant pour certaines ouvrières, elles s'installent à de s
tables spécialement conçues pour ce travail et cassent le s Lors du séchage, le tégument devient friable et se détach e
noix à l'aide d'un bâtonnet de bois dense . La noix est tenu e légèrement de l'amande . Le mondage ou dépelliculage s e
entre le pouce et l'index sur le rebord de la table et le pre- fait à la main . Les mondeuses reçoivent chaque matin
mier coup, assez sec, est donné dans la concavité de la noix . une tâche d'amandes sèches ; elles grattent légèrement
Un bruit caractéristique d'éclatement se fait entendre et l'amande à l'aide d'une petite lame, le tégument s'écaille e t
l'ouvrière poursuit le travail en donnant des coups plu s tombe . Disposant de quatre cuvettes, chaque mondeuse se
atténués sur le pourtour de la noix . La fente amorcée lors livre à un premier triage :
du premier coup de maillet s'étend et la coque se sépar e — amandes blanches apparemment entières ,
plus ou moins symétriquement, libérant l'amande . Chaqu e — brisures blanches ,
concasseuse dispose de trois cuvettes : l'une pour les — amandes et brisures légèrement roussies ,
amandes apparemment entières, la deuxième pour le s — amandes et brisures franchement brûlées, ou tachées,
amandes brisées, la dernière pour les amandes à rejeter : ou moisies, toutes rejetées .
brûlées, malformées, moisies . Chaque soir les trois cuvettes Chaque soir, dès que la tâche est terminée, les quatr e
sont pesées et les poids sont consignés dans le livre de con - cuvettes sont pesées séparément et les poids sont inscrit s
cassage . dans le cahier de mondage .
Fruits — Vol . 24, n o 1, 196 9
I . Amandes blanches :
Wholes 320 W 320 : amandes entières de taill e
moyenne (320 amandes/livr e
poids )
Wholes 400 W 400 : amandes entières de petit e
taille (400 amandes/lb) .
Butts B : amandes presque entières,
écornées, ou brisées transver-
salement .
Splits S : amandes brisées longitudina-
lement, c'est-à-dire par sépa-
ration des deux cotylédons .
Large white pieces LWP : brisures ne passant pas au ta-
mis de 4,73 mm (vide intégra l
entre les mailles) .
Small white pieces SWP : brisures passant au tamis d e
4,73 mm mais pas à celui d e
3,3 2 mm .
Baby bits BB : brisures passant au tamis d e
3,3 2 mm mais pas à celui d e
2,08 mm .
B S — brisures plus petites . Le baume contenu dans les coques provenant de l'ate-
lier de concassage a été l'objet d'une première tentative d e
récupération : une cuve métallique fermée, remplie de
Ces brisures passent sur un premier tamis pour récupé-
coques, est chauffée par un feu direct ; le baume exsude de s
rer les BB et la poussière d'amandes, séparés ensuite e n
alvéoles, sa viscosité diminue avec l'élévation de la tempé -
vannant le mélange, puis un second tamisage sépare LW P
rature, il se rassemble au fond de la cuve d'où il s'écoul e
et SWP .
par un tuyau . Le rendement en baume est satisfaisant pa r
La catégorie e amandes et brisures roussies » se trie en :
cette méthode, mais la qualité du produit obtenu est faible :
le baume contient beaucoup de particules de carbone et un e
SW — SB — SS — brisures plus petites .
purification est nécessaire si l'on veut le commercialiser .
Actuellement les coques broyées sont traitées à la vapeu r
Ces brisures sont ensuite triées comme décrit ci-dessus .
dans un extracteur centrifuge du genre extracteur de sui f
Les SW ne sont pas triées d'après la taille, car elles ne son t
(cf . photo n° 18) . Le liquide obtenu est une émulsion d u
pas destinées à l'exportation, elles entrent dans la fabrica-
baume dans l'eau de condensation mélangée à de très fine s
tion des « KIKOU », commercialisées localement en petites
particules de coques . Une décantation relativement longue ,
boîtes de 150 g .
opérée à chaud, permet de séparer de bas en haut : les boues ,
Toutes les amandes triées retournent dans la chambr e
le baume, l'eau (qui s'évapore au fur et à mesure) . Une fil-
climatisée en attendant d'être emballées .
tration est encore nécessaire avant la mise en fûts pou r
exportation .
Emballage (cf . photo n o 17) .
Les divers « grades » sont emballés séparément sou s Pxoro n° 18 . - Extracteur de baume .
atmosphère inerte d'azote dans des estagnons métallique s
de 18 1, à raison de 25 livres de poids d'amandes ou de bri-
sures par estagnon .
Les estagnons sont marqués, puis emballés individuelle -
ment dans un carton, marqué à son tour . La marchandise
est prête pour l'exportation .
anacardier, grâce aux travaux menés par l'I . F . A . C ., prin- F. Idem, mais à écartement 6 m x 6 m .
cipalement dans la région de Majunga. Ces deux derniers traitements ont été choisis afin d e
Les essais culturaux sur anacardier ont débuté fin 196 2 donner aux anacardiers un port fruitier . Les arbres de ces
à Amborovy . Le sol y est constitué de sable assez grossier , peuplements ont un port forestier très érigé, avec un e
très meuble, relativement humif ère en surface et franche - petite couronne . Une simple éclaircie (traitements C et D )
ment blanc dès que la profondeur atteint 30 cm . La surface laisse une série de fûts peu ramifiés et peu productifs .
du sol chauffe très fortement en plein midi et des pertes de L'essai comportait six parcelles d'un hectare, séparée s
plants assez importantes ont été enregistrées dans les essai s par des chemins de 2 m, les traitements étant répartis a u
au cours de la saison sèche . hasard .
Devant les résultats très satisfaisants obtenus avec l a Les travaux de mise en place entamés en juillet 196 2
plantation pilote, essai n° 14 (cf . photo n o 19), une parcell e n'ont pu être terminés qu'en novembre 1964 .
de terrain a été demandée à Betangirika, à droite de la rout e La production de chaque parcelle a été récoltée séparé-
Majunga-Mangatsa, à environ 14 km de Majunga . Le mi - ment et pesée .
lieu qu'on y rencontre — à savoir une savane à palmier s Les résultats sont très décevants . En effet, les éclaircie s
satrana» Medemia nobilis, avec une strate herbacée com - pratiquées dans des peuplements très denses n'ont laissé en
posée de H5'parvhenia Rufa et Heteropogon Contorto m place que des arbres très élancés, très peu fournis, et d'un e
couvrant un sol catalogué dans les sols ferrugineux tropi- productivité ridiculement faible . L'amoncellement de boi s
caux, sous-groupe des sols jaunes, famille des sables — est mort dans les parcelles rendait la récolte extrêmemen t
très largement répandu le long de la côte nord-ouest d e pénible . D'autre part, dans les parcelles totalement abat -
Madagascar et la station de Betangirika peut être considé- tues où des souches d'anacardiers étaient choisies à certain s
rée comme étant bien représentative d'une vaste zone favo- écartements, la repousse de la végétation était tellemen t
rable à la culture de l'anacardier . rapide qu'il n'a pas été possible de faire les entretiens à un e
Les essais agronomiques conduits par l'I . F . A . C . jus- cadence suffisante .
qu'à ce jour peuvent se répartir en huit groupes : La mise en valeur des peuplements denses est irration-
1. aménagement des anacarderaies naturelles (essa i nelle : elle coûte très cher, doit être accompagnée de trè s
n o o), fréquents entretiens, et le rendement final est extrêmemen t
2. qualités de la semence (essais nos 1, 3, 4, 6, 8, 20, 26) , faible . L'essai a donc été abandonné .
3. technique de semis (essais n os 2, 13, 19, 27) ,
4. mode de plantation (essais n os 5, 10, 15, 16, 32) , 2 . Qualités de la semence .
5. engrais (essais nos 7, 9, 12, 18, 22, 23, 28, 29) ,
6. écartement (essais n os I I, 17) , Les essais ont porté sur le poids, la densité, l'âge de s
7. méthodes culturales (essais n os 14, 21, 25, 30, 31) , semences — la possibilité d'activer la germination par de s
8. essais sur la physiologie (essais n° s 2 4, 34 ) trempages préalables — la provenance des semences .
Les résultats montrent qu'il faut utiliser des semence s
1 . Aménagement des anacarderaies naturelles . denses, de taille moyenne à grosse, provenant de la récolte
immédiatement précédente, c'est-à-dire ayant été conser-
La région d'Ambanja est celle qui, à Madagascar, com- vées durant une période qui n'excède pas 4 à 5 mois .
porte la plus grande superficie couverte par des peuplement s Le trempage des graines avant le semis favorise la germi-
naturels d'anacardiers . Des recensements effectués par l e nation, mais les différences avec le témoin, non trempé ,
Service des Eaux et Forêts évaluent cette superficie à s'atténuent rapidement et disparaissent après 3 mois d e
3 500 ha . Ces peuplements sont souvent d'un rendemen t végétation .
très faible à l'ha, soit à cause d'une trop forte densit é On observe de très grandes variations aux points de vu e
d'anacardiers, soit à cause de la présence d'autres espèces pourcentage et vigueur de germination entre les plants issu s
forestières . Il importait donc de les valoriser, et un proto- d'arbres mères différents, et cela sans grand rapport ave c
cole d'essai fut mis sur pied en accord avec le Délégué pro- les caractères de taille des semences .
vincial des Eaux et Forêts de Diégo-Suarez . D'autre part le coefficient de variation établi à partir d e
Les traitements suivants avaient été retenus : la taille des plants issus de graines tout venant est pe u
A. Témoin, aucun aménagement . supérieur à celui calculé à partir de la taille des plants issu s
B. Abattage des espèces forestières autres et maintie n de graines provenant d'un seul et même arbre mère . On s e
de tous les anacardiers . trouve à Madagascar devant une population d'anacardier s
C. Abattage des espèces forestières autres et éclairci e extrêmement hétérogène, conséquence de multiples croise -
des anacardiers ; écartement 8 m x 8 m . ments naturels .
D. Abattage des espèces forestières autres et éclairci e Enfin, comparées aux noix brésiliennes, par exemple, le s
des anacardiers ; écartement 6 m 6 m . noix de Madagascar présentent des caractères morpholo-
E. Abattage de toute la parcelle : choix de souches d'ana- giques et technologiques nettement inférieurs . Une sélec-
cardier à écartement 8 m x 8 m . Maintien de quatre rejet s tion valable ne peut se faire qu'à partir d'un lot de graine s
sur ces souches, rabattage de tous les autres rejets . d'origine, c'est-à-dire prélevés parmi les meilleures noix
58 - Fruits — Yol . 24, n o I . 196 9
d'anacarde du Brésil . Ce travail a été inscrit au programm e saison sèche qu'une jeune plantation doit affronter peu t
de 1'1 . F . A . C . être très meutrière . Il importe que les plants puissent abor-
der cette période critique avec un maximum de réserves .
L'un des moyens d'y parvenir est de semer les graines dan s
3. Technique de semis . des pots de matière plastique remplis d'un mélange de terre
noire de marais et de sable et disposés en pépinières ombra-
Lors de la germination (cf . fig. 9) la noix enfle considé-
gées, 2 A3 mois avant la reprise des pluies . Les jeunes plant s
rablement en absorbant de l'eau, la coque s'ouvre à u n
sont arrosés régulièrement et lorsque les pluies surviennen t
endroit bien déterminé : la pointe située près de l'attach e
on transplante des anacardiers déjà âgés de 2 mois, qu i
pédonculaire et en face de l'embryon ; à cet endroit la coqu e
conservent et accroissent leur avance sur les plants issus d e
est très mince et ne comporte pas de cellules à baume .
semis direct en place .
Au cours du développement de l'embryon on assiste e n
Malheureusement les travaux de pépinière, le transpor t
premier lieu à la croissance de la radicule, qui très rapide -
des pots et leur mise en place coûtent cher et l'avantag e
ment s'enfonce dans le sol sous la forme d'un pivot . Ensuit e
retiré est très inférieur à celui obtenu par l'utilisation des
les cotylédons et la tigelle s'extraient de la coque, se re -
engrais avec le semis direct .
dressent et émergent du sol .
Les essais concernant la profondeur et l'orientation à
donner à la graine lors du semis ont tenu compte du pro- 5. Engrais .
cessus de germination et les meilleurs résultats ont ét é
L'apport d'engrais destiné à accélérer la croissance de s
obtenus, dans les conditions de sols ferrugineux tropicaux ,
jeunes anacardiers est un autre moyen de parvenir au bu t
sols jaunes développés sur sables qui caractérisent la sta -
exposé au paragraphe précédent, à savoir aider les jeune s
tion de l'I . F. A . C ., en plaçant les semences à 6 cm de pro -
plants à traverser leur première saison sèche en les dotant
fondeur, l'attache pédonculaire orientée vers le haut .
de réserves suffisantes .
En ce qui concerne la profondeur à donner au trou de
Plusieurs essais d'engrais, étudiant l'accélération d e
plantation, la vitesse de croissance du pivot est telle qu'i l
croissance des plants sous l'influence des éléments miné-
faut prévoir de les creuser à 50 cm de profondeur minimum .
raux appliqués à doses diverses avant le semis et renou-
En effet il a été constaté à plusieurs reprises que des plant s
velés par la suite, seuls ou combinés, ont permis d e
de 2 ou 3 mois possédaient un pivot de près de 8o cm d e
mettre en évidence une très spectaculaire et très profitable
long ! Un essai précis est en cours à ce sujet .
interaction N-P (azote et phosphore) .
L'anacardier répond très fortement à la combinaiso n
4. Mode de plantation . azote-acide phosphorique, même apportée à faibles doses .
Les plants ayant reçu la meilleure combinaison ont attein t
Les conditions climatiques de la côte nord-ouest d e un développement très largement supérieur à celui d u
Madagascar, caractérisées par une saison des pluies de 5 à témoin . D'autre part cette forte accélération de croissanc e
6 mois et une saison sèche de 7 à 6 mois, conviennent trè s se traduit par une fructification plus précoce et un gain d e
bien à la culture de l'anacardier. Cependant, la première 2 ans au minimium dans la production .
Fruits — Vol . 24, n o 1, 196 9 5' )
6. Écartement .
Les parcelles, mises en place à un écartement uniformé-
ment dense, subiront au cours des années des éclaircies
successives différentes d'après les traitements . Aucu n
résultat n'est encore obtenu, les plantations étant encor e
trop jeunes .
7. Méthodes culturales .
L'effet de divers types d'entretien, de paillage naturel e t
plastique, de cultures intercalaires est étudié depuis peu .
12
_46 . 12
D'autre part, le département des Fermes d'État a obten u
CARTE ADMINISTRATIVE DE LA COTE du Conseil des ministres la création de deux Fermes ana -
°/E ~ S;A~~ cardes : l'une à Majunga de 1 00o ha, à mettre en place e n
NORD-OUEST DE MADAGASCAR
2 ans, l'autre à Ambilobe de Io 00o ha à mettre en plac e
. r 1/3.500.000" -
ECHELLE
en 4 ans .
~Ambilobco v - '1~ Enfin certains Syndicats de communes, tel le SYCOB O
---- Limite de sous-préfecture o
/ de Majunga et certaines coopératives, telles l'Union de s
44' 46'
_ o A';anja '7 coopératives du Sambirano d'Ambanja et l'UCOPRA d e
J
4 — '' / Majunga comptent entreprendre ou conseiller à leur s
1d,_ - 14
CONCLUSION
L'anacardier constitue depuis plusieurs années une richesse naturelle de Madagascar, mais elle a été trop longtemp s
ignorée et même dégradée par les populations locales qui abattent et brûlent des peuplements denses pour y installe r
d'éphémères et peu productives cultures de riz .
L'extension de sa culture suivant des techniques rationnelles aura pour conséquence une production élevée de noix d e
qualité qui permettra à son tour l'implantation d'usines modernes de transformation . Plantation, récolte, usinage procure-
ront du travail à un grand nombre d'habitants et l'exportation des produits finis, amandes et baume, fournira au pays le s
devises fortes nécessaires à son développement économique .
Fruits --- Vol . 24, n o 1, 1969 61
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car. Fruits, vol . 18, n o 8, 1963, Paris . M . Chari/ou (Majunga) .
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