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Fruits — Vol .

24, n o 1, 196 9 — d3

l'ANACARDIER, UNE RICHESSE DE MADAGASCAR


par A . LEFEBVR E
Institut Français de Recherches Fruitières Outre-Mer .

La culture de l'anacardier et l'exploitation de ses produits offrent à maints pays de la zone tropi-
cale soit une richesse exportable, soit un espoir nouveau de développement pour des régions jus -
qu 'alors peu favorisées . Madagascar a prévu un programme important de plantations et peut e n
quelques années se placer parmi les grands producteurs mondiaux d ' anacardes .
M . Lefebvre, à la tête de la Section I . F . A . C . de Majunga, par ses brillants résultats expérimentau x
et son effort tenace, a réuni les conditions à la réalisation de cette entreprise . C'est à la demande d e
M . Valette, rédacteur en chef du Bulletin de Madagascar, qu ' a été rédigé cet article . Il a déjà paru
dans le numéro de janvier 1969 de cette revue . Nous remercions M . Valette d'une aussi bonne ini-
tiative, et sommes heureux d'en faire profiter les lecteurs de Fruits .

L'ANACARDIER, UNE RICHESSE DE MADAGASCA R amandes et baume, qui placent cette espèce au troisième rang de s
fruitiers tropicaux fait l'objet d'un chapitre particulier .
par A . LFFÈBVRE . L'auteur fait ensuite le point de la situation de l ' anacardier à
Fruits, vol . 24, n° r, janvier 1969, p . 43 à 64 . Madagascar : historique, peuplements naturels, production actuelle ,
traitement semi-industriel de la noix de cajou . Puis il développe les
RÉSUMÉ . — Après avoir rappelé l'origine de l ' anacardier , différents résultats obenus par 1'1 .F. A . C. sur sa station de recherches
l'auteur fait la description botanique de l'arbre, principalement d e agronomiques de Majunga, résultats très encourageants, principale -
son appareil floral . L'aire de culture de l'espèce et son écologie son t ment en ce qui concerne l'utilisation des engrais minéraux .
évoquées . L 'auteur termine en exposant les projets d ' extension de la culture
L'importance économique des principaux produits de l ' anacardier : de l'anacardier à Madagascar .

INTRODUCTION

Lorsqu'on parle de fruits tropicaux, on pense immédiatement à la banane, l'ananas, la mangue ,


l'avocat, le litchi, la papaye ; on évoque le nom des divers agrumes, bien que ce soient des fruit s
méditerranéens . Rares sont ceux qui pensent à l'anacarde et pourtant ses produits principaux ,
l'amande et le baume de cajou, animent actuellement dans le monde un marché de plus de vingt e t
un milliards de francs malagasy par an et placent l'anacardier au troisième rang des fruitiers tropi-
caux, après la banane et l'ananas .
L'anacardier, originaire du Brésil, a trouvé à Madagascar, et principalement le long de la côt e
nord-ouest, des conditions favorables à son extension ; les nombreux peuplements naturels que l'o n
rencontre d'Ambilobe à Maintirano en font foi .
L'importance économique croissante des produits de l'anacardier d'une part et la présence d e
conditions écologiques favorables d'autre part ont décidé le Gouvernement de la République mala-
gasy à entreprendre une « Opération anacardier » dans le cadre des Grandes Opérations 1968-1969 ,
pour un montant de 48o millions de francs malagasy .
Une prospection préliminaire des zones propices à l'anacardier a été réalisée en 1967 et a permi s
de délimiter sur cartes plus de 340 000 ha de terrain convenant parfaitement à cette culture .
Compte tenu des facteurs démographiques, particulièrement importants étant donné les besoin s
en main d'oeuvre pour assurer la récolte des fruits, un peu plus de 1o0 00o ha ont finalement été retenu s
dans les provinces de Diégo-Suarez et de Majunga . L'opération anacardier envisage dans un premie r
stade la plantation de 40 000 ha, dont la production, estimée à priori à 40 000 t, assurera l e
fonctionnement d'une ou plusieurs usines modernes de traitement .
Fruits — Vol . 24, n o 1, 196 9

ORIGIN E

Dans son pays d'origine, le Brésil, l'anacardier joui t


depuis toujours de l'estime toute particulière des habitants :
les qualités rafraîchissantes de son faux fruit et les vertu s
médicinales attribuées aux différentes parties de l'arbr e
en sont les causes .
Les Portugais, à leur arrivée en Amérique tropicale voic i
quatre siècles, ne tardèrent pas à découvrir les vertus cura-
tives dispensées par l'anacardier et g apprécièrent particu-
lièrement le vin aromatique et délicieux tiré de son étrang e
fruit, haut en couleur et semblant porter sa graine à l'exté-
rieur de sa chair ( 1 ) » . Convaincus de la valeur de cette es-
pèce fruitière, les Portugais l'introduisirent dans leur s
possessions d'Afrique et d'Asie, très vastes à cette époque ;
l'anacardier s'étendit aux territoires voisins et, actuelle -
ment, on le rencontre à l'état subspontané dans la plupar t
des régions tropicales . II a même atteint le nord de l'Aus-
tralie et le sud de la Floride, points extrêmes de sa disper-
persion géographique .

DESCRIPTION BOTANIQUE

L'anacardier fait partie de la famille des Anacardiacée s


(anciennement Terebinthacées), tribu des Mangiferées . So n
nom botanique est Anacardiurn occidentale L . Dans so n
pays d'origine il porte le nom vernaculaire de cajù, deven u
cajou en français, cashew en anglais, kaju en Hindi, etc .
C'est un arbre de taille moyenne, fortement ramifié, d e
silhouette globuleuse et à port retombant (cf . photo n° 1) .
Son abondant feuillage est vert foncé et brillant . L'arbre
adulte peut atteindre Io m de hauteur dans de bonnes con-
ditions et sa couronne mesure alors 12 à 14 m de diamètre .
En moyenne, la hauteur est de 6 à 8 m et le diamètre de l a
couronne de 6 à Io m .
Les feuilles sont simples, entières, alternes, oblongues
ou ovales, arrondies au sommet, parcheminées et à ner-
vures en relief (cf. photo n° 2) ; elles mesurent Io à 20 c m
de longueur et 6 à 12 cm de largeur ; elles sont souvent
groupées en touffes aux extrémités de rameaux rigide s
généralement courts .
L'inflorescence de l'anacardier est terminale : c'est une
grappe de cymes composées qui porte actuellement le no m
de thyrse . Chaque cyme comporte trois à cinq inflores-
cences dont chacune est formée en moyenne de dix fleurs .
(cf. photos n05 3 et 4) .

(1) B . TKATCHENKO, L'Anacardier, Fruits d'Outre-Mer, 1 949,


4 vol . 4, no 6, p . 199-205 ; n o 7, p . 241-248 ; no 8, p . 281-287 .

PHOTO no 1 . — Anacardier adulte à Majunga .


PHOTO no 2 . — Rameau d'anacardier .
PHOTO no 3 . — Inflorescence épanouie . A remarquer la présenc e
simultanée de fleurs et de fruits sur une même inflorescence .
PHOTO n o 4 . — Anacardier en pleine floraison .
FIG . r . — Fleur mâle . Diagramme .

FIG . 2 . — Fleur mâle . Schéma . FIG . 3 . Fleur hermaphrodite . Schéma .

Une même inflorescence est composée de fleurs unisexuées mâles e t


de fleurs hermaphrodites, dans des proportions très variables, mais
toujours avec une prédominance des premières . En règle générale l a
fleur terminale de chaque cyme est hermaphrodite et les latérales son t
unisexuées .
Les fleurs, portées par un pédicelle très court, sont petites, pentamères ,
FIG . 4. — Fleur hermaphrodite . Diagramme .
zygomorphes, blanches ou jaune pâle striées de rose lors de l'épanouis-
sement, devenant roses peu après .
Le calice est constitué de cinq sépales verts, libres, oblongs, dressés ,
à préfloraison quinconciale et formant une sorte de tube d'une longueu r
égale à celle du pédicelle .
La corolle est formée de cinq pétales blancs ou jaunes, parfois strié s
de rose, libres, linéaires à lancéolés, alternisépales et à préfloraison im-
briquée . Ils ont une longueur de Io mm environ et semblent jaillir d u
tube formé par le calice . A l'anthèse, les pétales sont recurvés, les pointes
atteignant alors le niveau du réceptacle .
Les étamines, généralement au nombre de dix, sont soudées par la bas e
des filets en un tube de 2 mm de longueur. Les étamines ne sont pas
disposées en cercle mais suivant une ellipse (cf . fig. i) . Neuf étamine s
sont courtes, leurs anthères restent contenues dans la partie cylindriqu e
de la corolle . La dixième étamine, localisée à l'un des pôles de l'ellipse ,
possède un filet plus épais, plus long que les autres et une anthère plu s
grosse qui émerge largement de la corolle (cf . fig . 2) . D'après certains
auteurs, il y aurait neuf staminodes et une seule étamine fertile ; d'après
d'autres toutes contiendraient du pollen fertile . Les anthères sont basifixes
et de structure normale : bilobées, déhiscentes suivant une fente situé e
entre les deux sacs polliniques de chaque lobe . L'étamine parfaite de l a
fleur unisexuée mâle est plus grande que celle de la fleur hermaphrodite ;
dans cette dernière l'anthère se trouve située plus bas que le stigmat e
(cf . fig . 3) .
L'ovaire, libre, supère, uniloculaire, est comprimé latéralement e t
comporte une extrémité, celle située du côté de la plus grande étamine ,
plus large que l'autre (cf . fig. 4) . Le carpelle contient un seul ovule à
FIG . 5 . — Fleur hermaphrodite.
Coupe longitudinale .
SE Fruits — Vol . 24, n o 1, 196 9

PHOTO n° 5 . — Variation (le la taille des noix .


5 Pilori) n° 6 . -- Noix coupées longitudinalement et montrant l e
tissu alvéolaire du mésocarpe.
PHOTO n° 7 . Fruits en cours de maturation .
PHOTO n° 8 . Fruits et faux fruits de diverses tailles .

placentation pariétale . Le style, simple et excentrique ,


assez épais à la base, s'amincit vers son extrémité et s e
termine par le stigmate à peine renflé (cf . fig . 5) . Les fleurs
hermaphrodites sont longistylées et ne comportent pas d e
disque .
Le fruit proprement dit, au sens botanique du terme, ou
noix de cajou est un akène réniforme gris ou brun grisâtr e
à maturité . A Madagascar, il mesure en moyenne 2,75 c m
de longueur, 2,08 cm de largeur et 1,63 cm d'épaisseur ;
son poids moyen est voisin de 4,70 g . Ces chiffres sont
6 cependant susceptibles de très grandes variations car l a
taille des noix est un caractère extrêmement hétérogène
(cf . photo n o 5) . Dans le mésocarpe de la coque, dure et
ligneuse, se trouvent des cavités ou alvéoles (cf . photo n o 6 )
contenant une résine phénolique, de couleur ambrée bru -

Tableau I .
Composition chimique de l'amande de cajou .

Suivant Suivan t
Analyses W . R . AROYD ( 1 ) MONTEFREDINE ( 2 )
o
O ( o0)

Humidité 5, 8 9 2 ,9 3
Protéines 2I,19 20,8 0
Hydrates de carbone 23,56 2 9, 2 9
Matières grasses 4 6 ,93 44,4 0
Matières minérales (cendres) 2 ,43 2,58

(r) Cité par A . RAMALIIO CoRREIA dans A Industrializacâo da Castanha de Cain.


(2) Cité par Prof. Dr M . FINZI dans Anacarde, la noix de l'Afrique .
Fruits — Vol . 24, n o 1, 1969 47

nissant rapidement par oxydation, désignée sous le no m A Madagascar, comme dans les autres pays de l'hémi-
de baume de cajou . L'amande contenue dans la coque est sphère austral où on le rencontre, l'anacardier fleurit à
riche en huile, en protéines et en sucre (cf . tableau I) e t partir des mois de mars-avril et la maturité des fruits com-
elle est d'un goût exquis . Elle représente environ 26 du mence en mai-juin . La floraison et la fructification son t
poids du fruit et est recouverte de téguments séminau x très étalées et il n'est pas rare de récolter des noix, sur u n
assez épais de couleur brun-rouge . même arbre, de mai à février ! La pleine période de matu-
Après fécondation le fruit se forme très rapidement puis , ration se situe cependant de août à décembre .
avec un certain décalage, le pédoncule se met à gonfler ,
devient charnu et juteux (cf . photo n° 7) ; son épiderm e En règle générale l'arbre fleurit pour la première fois à
prend une vive coloration jaune, rouge ou d'une teint e trois ou quatre ans pour atteindre une production normal e
intermédiaire . La taille de ce faux fruit peut atteindre jus - vers la septième année ; cette production se maintiendrait
qu'à dix fois celle de la noix (cf. photo n° 8) et la pulpe es t pendant une vingtaine d'années, suivant la majorité de s
trés riche en vitamine C. auteurs .

AIRE DE CULTURE

L'anacardier se rencontre la plupart du temps à l'éta t Tanzanie, Angola, Mozambique, Ma-


subspontané et plus rarement comme une plante cultivée : dagascar, Afrique du Sud .
— en Asie Inde, Ceylan, Indochine, Philippines ,
en Amérique : États-Unis (Floride), Mexique, Cuba , Malaisie, Indonésie .
Haïti, Jamaïque, Guatemala, Antilles , — en Océanie Hawaï, Tahiti, Australie .
Salvador, Trinidad, Venezuela, Colom-
bie, Pérou, Brésil . Comme on peut le constater à la lecture de la liste qu i
— en Afrique : Sénégal, Mali, Guinée portugaise, Gui - précède, l'anacardier se rencontre dans toute la zone inter -
née, Côte d'Ivoire, Ghana, Dahomey , tropicale, et dans certains cas, son aire de culture débord e
Nigeria, Kenya, Congo Kinshasa, même légèrement de part et d'autre des tropiques .

ÉCOLOGI E

L'anacardier s'adapte à des régimes pluviométriques trè s L'anacardier est sensible au froid et à l'altitude, sa pro-
divers sans qu'on puisse noter de différences sensibles dan s duction diminue très sensiblement à partir de 600 m . On l e
son comportement . C'est ainsi qu'en Inde, on le trouve dan s rencontre en général dans les plaines côtières et sur les col -
des régions où les précipitations annuelles vont de 50o à lines basses voisines .
4 00o mm . Il est nécessaire cependant, dans le cas de fort e Les connaissances sur les sols qui conviennent le mieu x
pluviosité, que le sol soit bien drainé car l'anacardier ne à l'anacardier sont assez imprécises . La variété des terrain s
supporte pas l'inondation . sur lesquels on le trouve, tant à Madagascar que dan s
Il faut signaler également que dans les régions à préci- d'autres zones tropicales, conduit à dire que l'anacardie r
pitations abondantes et très réparties, l'anacardier mani- est un arbre s'adaptant à des circonstances pédologique s
feste une grande exhubérance de végétation, mais qu'i l diverses.
fleurit et fructifie peu ; de plus, la qualité de ses fruits laisse Il a une prédilection pour les sols légers et sableux, mai s
beaucoup à désirer, le pourcentage de noix qui moisissent on constate qu'il pousse assez bien sur des sols rocheux e t
en magasin pouvant aller jusqu'à quarante pour cent e n latéritiques . Il peut croître sur des sols très pauvres, mai s
deux ou trois mois . sa production en sera évidemment affectée . De toutes
La saison sèche a donc une grosse importance sur l'inten - manières, le sol doit être bien drainé, car le pivot de l'ana-
sité et la qualité de la fructification . cardier est très sensible à l'inondation .

IMPORTANCE ÉCONOMIQUE

On sait que botaniquement parlant le véritable fruit d e gné sous le nom de noix (noix cajou ou noix d'anacarde )
l'anacardier a l'apparence d'une noix réniforme et que l e et contient une amande comestible (amande cajou ou ker-
pédoncule qui la soutient gonfle considérablement à l a nel) . Le péricarpe qui entoure l'amande contient u n
maturation pour prendre l'aspect d'un fruit . Ce pédoncul e liquide phénolique désigné sous le nom de baume (baume
charnu est appelé pomme cajou . Le véritable fruit est dési - cajou ou CNSL — Cashew nut shell liquid) .
48 — Fruits — Vol . 24, n o 1, 196 9

L'importance économique de l'anacardier est liée a u bique envisage dans un avenir très proche la création d'un e
développement récent du commerce relatif aux deux pro - usine spécialement conçue pour le traitement de la pomm e
duits principaux : l'amande et le baume . cajou .
Les principales zones de production sont situées en Inde
méridionale, au Brésil et dans l'Est africain : Mozambique , Noix cajou .
Tanzanie, Kenya. Il est présent dans d'autres régions d u
monde, mais son importance y est faible comparativement La production mondiale s'établit donc actuellement au x
à celle qu'il revêt dans les pays cités ci-dessus . environs de 380 00o t de noix, en comptant également le s
La production de noix de cajou pour la campagne 1966 - pays petits producteurs .
67 s'établit comme suit : L'Inde en traite la plus grande partie : environ 250 000 t
de noix par an, puis viennent le Mozambique avec 6o 00o t,
Mozambique . . . . 169 76o t le Brésil avec 20 000 t, la Tanzanie avec 12 00o t, etc .
Tanzanie 83 00 0 Le prix d'achat des noix par les industriels indiens varie
Inde 81 72 0 de 4o à 6o F malagasy le kg C . A . F . Cochin ou Mangalore
Brésil 20 00 0 suivant les périodes et les provenances, les noix indienne s
Kenya 10 00 0 étant mieux payées que les noix africaines .

A titre indicatif, il est bon de préciser que la meilleure Amande cajou .


récolte à Madagascar, celle de 1967-68, n'est que très légè -
rement supérieure à I o0o t . L'amande cajou ou kernel est une amande comestibl e
La noix de cajou après un traitement approprié donne utilisée dans l'industrie alimentaire : friandises de cocktail ,
deux produits principaux : chocolat, nougat, pâtisserie, confiserie, biscuiterie, glaces ,
— l'amande cajou , etc .
— le baume de cajou , Son marché est caractérisé par une croissance régulièr e
et quelques sous-produits : des tonnages commercialisés et une bonne stabilité de s
— téguments , cours ; c'est un marché très important dont le volant d e
— coques , transactions est tel qu'une augmentation de 2 000 t
— huile et beurre d'amandes cajou . d'amandes ne pèse en rien sur les cours des noix à la pro-
La pomme cajou peut constituer d'autre part la matièr e duction .
première de divers produits : jus, confitures, etc . La saturation des marchés semble encore lointaine . La
Le traitement de la noix peut être artisanal (certaines consommation américaine s'est stabilisée à 15o g d'amandes
régions de l'Inde) semi-industriel (Inde, Madagascar) o u en moyenne par habitant et par an, alors qu'en Europ e
industriel (Mozambique, Tanzanie, Brésil) . de l'Ouest par exemple, la moyenne n'est que de 20 g. I l
L'Inde a été longtemps le seul pays transformateur de l a est à noter d'ailleurs que, jusqu'en 1960, la consommatio n
noix d'anacarde grâce à une main d'oeuvre habile et abon- de l'amande cajou était limitée presque exclusivement aux
dante . Les usines indiennes, dans lesquelles la plupart de s pays anglo-américains . Cette situation évolue rapidemen t
opérations de traitement sont manuelles ont une capacit é actuellement et les achats des pays du Marché Commun ,
totale de l'ordre de 300 000 t de noix par an, et emploient de 1' U . R. S . S ., des pays de l'Europe de l'Est, du Japon ,
plus de 165 000 ouvriers et ouvrières, principalement de l'Australie augmentent sensiblement chaque année . Il
dans l'État de Kerala. faut compter également avec l'auto-consommation des
Ne produisant elle-même que 8o 00o t de noix, l'Inde est pays producteurs, qui ne peut aller qu'en croissant ave c
donc obligée d'importer, en provenance surtout des pay s l'amélioration du niveau de vie de leurs habitants .
d'Afrique de l'Est, de grandes quantités de matière pre- Ces dernières années, le commerce des amandes cajou a
mière . porté sur plus de 55 000 t d'amandes, pour une valeu r
Depuis deux ans les pays est-africains, Mozambique e t dépassant 20 milliards de FMG .
Tanzanie, s'équipent pour transformer mécaniquement l a
noix d'anacarde . Les usines, principalement de fabricatio n Baume cajou .
italienne, sont assez coûteuses, mais elles ont une capacité
importante, de l'ordre de 12 à 30 000 t de noix par an ; le s Le baume ou CNSL extrait de la coque est un mélange
procédés mécaniques sont relativement au point et leur de corps phénoliques à poids moléculaire élevé qui per -
fonctionnement semble rentable . Le Mozambique, à lui mettent de préparer toute une série de dérivés notamment
seul, aura cette année une capacité de transformation de des résines, employées dans diverses industries : résine s
90 000 t de noix . échangeuses d'ions, plaquettes de freins à disques résis-
Le traitement de la pomme cajou est très peu pratiqu é tant à l'échauffement, disques d'embrayages, matière s
actuellement car c'est un fruit assez fragile, dont la pro- plastiques résistant à de hautes températures destinée s
duction est très saisonnière . Sa valorisation reste cepen- à des installations d'équipements de fusées, vernis spéciaux.
dant une préoccupation des pays producteurs et le Mozam- Le marché est actuellement assez fluctuant selon les
Fruits Vol . 21, n° 1, 196 9 - 19

demandes des industries utilisatrices . Si le volume des mais souvent légèrement astringent . On peut en faire de s
transactions est encore faible, les demandes cependan t demi-fruits, des confitures, des jus, du vinaigre, des chut-
devraient s'accroître sensiblement dans les années à venir , neys, etc .
grâce aux développements de la technologie moderne .
Les principaux utilisateurs de baume sont les pays tech-
nologiquement très développés : États-Unis, Royaume-Uni ,
Japon . On ne dispose malheureusement pas de donnée s Malgré les gros efforts déployés ces dernières années pa r
récentes concernant les exportations et les importations d e les grands pays producteurs de noix cajou pour développe r
baume cajou, les statistiques douanières cessant d'être la culture de l'anacardier, la saturation du marché est
exploitables à partir de 1963, date à laquelle différente s encore lointaine, les prix ne fléchissent pas .
laques ont été groupées avec le baume dans une seule e t Grâce à l ' action publicitaire menée par l'Union Indienn e
même rubrique . En 1963, le commerce de baume portai t dans les pays d'Europe de l'Ouest comme dans ceux d'Eu-
déjà sur 10 00o t environ, pour une valeur de 50o millions rope de l'Est dans le but de faire connaître l'amande cajo u
de francs malagasy . On peut estimer que ces chiffres on t comme friandise de cocktail, en constate déjà un accrois-
actuellement doublé . sement de sa consommation .
Les prévisions de production mondiale sont de l'ordre d e
Sous-produits . 475 000 t de noix en 1972 ; or, à cette même date, le mil -
liard et demi d'habitants des pays les plus industrialisés
Les différents sous-produits que l'on peut obtenir d u pourra absorber jusqu'à 15o 00o t d'amandes (1oo g pa r
fruit de l'anacardier ne font pas l'objet de transaction s habitant et par an), ce qui correspond à plus de 600 00o t
internationales chiffrables . La plupart du temps ils sont de noix . Il ne faut pas perdre de vue que le baume cajou e t
destinés à l'auto-consommation . les autres produits vont se développer dans des proportion s
C'est ainsi que les tout petits débris d'amandes peuven t comparables et contribuer à valoriser la production de s
donner, par pressurage, 37 à 57 p . cent d'une huile comes- anacarderaies . Il faut encore ajouter la part grandissant e
tible de très haute qualité et un tourteau d'une haut e qui sera prise par l'auto-consommation, suite à l'accroisse -
valeur alimentaires . On peut également préparer un beurr e ment du niveau de vie dans les pays producteurs . On pour -
d'amandes cajou . rait même en arriver à considérer l'avenir économique d e
Les téguments, indemnes d'amandes et de baume, son t l'anacardier de manière trop optimiste !
très riches en protéines et conviennent pour l'alimentatio n Le pays qui décidera d'entreprendre une « Opératio n
des volailles . anacarde » et c'est le cas de Madagascar, doit bien se con -
Les coques grossièrement broyées se prêtent bien à l a vaincre qu'il ne sera pas seul, et qu'il ne pourra valablemen t
fabrication de panneaux agglomérés particulièrement résis- lutter contre la concurrence étrangère que s'il prend toute s
tant aux insectes et à l'humidité . les dispositions souhaitables pour réaliser rapidement de s
Les pommes cajou, enfin, dont il se perd chaque anné e plantations à vocation fruitière suivant des technique s
plus de 2 millions de t, est un faux fruit très juteux, sucré , modernes et pour s'équiper, dans un stade ultérieur d u
légèrement parfumé et acide, très riche en vitamine C, matériel industriel le plus perfectionné .

SITUATION DE L'ANACARDIER A MADAGASCAR

Historique . dans le Bulletin Économique de .11-adabascav de 1906 . Pour


la région de Nosy-Bé, grande terre comprise, l'auteu r
Les circonstances ayant amené l'introduction de l'ana- indique : « Il n'existe pas de peuplements de Mahabibo ; on
cardier à Madagascar sont mal connues . ne le rencontre en effet qu'en très petits groupements d e
L'espèce a sans doute été introduite à Madagascar pa r trois à quatre arbres, assez distants les uns des autres . »
les Arabes ou par les Portugais depuis la côte d'Afrique , Quand on connaît l'importance des peuplements actuel s
ainsi que l'indique son nom malagasy : Mahabibo, d'origin e situés dans cette même région de la Grande Ile, face à Nossi -
swahili . Bé (Ambato, Nosy Faly), on peut penser que l'introductio n
L'anacardier, rustique et relativement peu exigeant , de l'anacardier n'y est antérieure que de quelques années à
s'est développé sur les sols sablo-argileux après la dispari- l'enquête de 1906 . Cependant, d'après Perrier de la Bathie ,
tion de la végétation naturelle sous l'influence des défriche- l'introduction de l'anacardier remonterait au XVIl e siècle .
ments et des feux de brousse et l'abandon des terrains d e
culture épuisés .
La propagation de l'essence a d'ailleurs été facilitée pa r Les peuplements naturels .
la saveur de son faux fruit apprécié par les animaux qu i
transportent ainsi les graines et ont favorisé la dissémina- Bien que l'anacardier se soit installé rapidement en d e
tion de l'espèce . multiples points de Madagascar, il ne sera traité ici que de s
Il semble intéressant de signaler ici une enquête parue peuplements les plus importants.
-I
50 Fruits — Vol . 24, n° 1, 196 9

A . Province de Diégo-Suarez . 2) Sous préfecture d'Ambilobe .

1) L'anacardier est présent autour d'un grand nombre d e


Sous-préfecture d'Ambanja .
villages, dans la plaine d'Ambilobe, dans le canton de Bet-
Les seuls véritables peuplements, au sens strict du terme , siaka, sur le plateau d'Antsoa . Ce sont des peuplements trè s
ceux dans lesquels la densité dépasse 150 et 200 pieds à l'h a clairs et très dispersés, mais l'aspect vigoureux des anacar -
sur de grandes superficies, se trouvent situés dans la sous - diers montre que les conditions écologiques de ces région s
préfecture d'Ambanja, et plus précisément dans la pres- lui sont très favorables (cf . photo n° ro) .
qu'île d'Ambato et l'île de Nosy Faly (cf . photo 9) .
D'après les relevés et sondages qui y ont été effectué s
B . Province de Majunga .
par le Service des Eaux et Forêts, l'ensemble du peuplemen t
de la presqu'île d'Ambato (y compris l'île de Nosy Faly), l e L'inventaire des peuplements d'anacardiers a été fai t
plus intéressant actuellement du point de vue économique , dans les sous-préfectures de la province sur l'initiative du
couvrirait une superficie d'environ 3 400 ha . La production Service des Eaux et Forêts . Malheureusement, les rensei-
annuelle en noix brutes semble pouvoir atteindre et dépas- gnements rassemblés jusqu'à ce jour ne sont pas complet s
ser 1 00o t sans le moindre aménagement . et ne concernent que le tiers des sous-préfectures environ .
On rencontre encore des mahabibos dans d'autres partie s L'anacardier se retrouve un peu partout, soit en peuple-
de la sous-préfecture d'Ambanja, mais leur densité est beau - ments denses mais de faible étendue, formation typique d e
coup plus faible . C'est le cas pour une série de peuplement s la zone littorale (Majunga, Soalala, Analalava), soit pa r
échelonnés le long de la route Ambanja-Ambilobe, et qu i pieds ou groupes de pieds disséminés sur de grandes super -
s'étalent sur une profondeur allant de coo à 400 m de par t ficies, plutôt caractéristique des zones intérieures (Maeva-
et d ' autre de celle-ci . Les pieds y sont irrégulièrement espa - tanana) .
cés et des comptages sont difficiles . La densité varie de 2 0 L'ensemble des données actuellement disponibles es t
à 50 arbres à l'ha. L'ensemble de ces peuplements couvr e condensé dans le tableau II .
1 350 ha .

Des anacardiers sont encore signalés sur quelques cen-


taines d'hectares au nord-est d'Anaborano, le long de l a Tableau II .
route de Manambato ; la densité n'y dépasse pas 35 arbres
à l'ha . Inventaire des peuplements naturels d'anacardier s
dans la province de Majunga.

Nombre Superficies
Sous-préfectures de recensées
peuplements (ha )

Analalava 41 1839
Antsohihy 5 89
Port Bergé 15 2
Majunga 17 27 0
Soalala 12 409
Mampikony 9 8
Maevatanana 15 4 097

D'autres sous-préfectures présentent un intérêt certai n


au point de vue des anacardiers, et principalement celles d e
Mitsinjo, Besalampy et Maintirano, toutes trois de la zon e
littorale ; mais le relevé exact des peuplements n'est pas
encore effectué .
Les prospections ont cependant permis de constater qu e
ces régions comptent de nombreux anacardiers d'un trè s
bel aspect .

PHOTO no 9 . -- Vue d'ensemble du peuplement d' Ambato.


PHOTO n° so . — Anacardier de bel aspect à Ambilobe .
Fruits Vol . 24, n o 1, 1961 1 - 51

Le traitement semi-industriel de la noix d'anacard e


à Madagascar .

La noix cajou est un akène dont la forme dissymétriqu e


se rapproche de celle d'un haricot . Une des extrémités est
plus renflée que l'autre qui se trouve plus ou moins aplatie .
Elle est constituée par (cf . fig . 6) :
— un péricarpe épais, dur et résistant sans être cepen-
dant cassant comme la coque d'une noix de noyer Juglans ,
— l'amande cajou renfermée à l'intérieur et recouvert e
elle-même de téguments sur toute sa surface .
Le péricarpe a une structure alvéolaire, sauf en u n
A/vâolos Bvum e point correspondant au creux de la noix où les tissus ligni -
fiés constituent une masse très dure . A l'intérieur des al-
véoles se trouve un liquide de teinte sombre, très vésicant ,
le baume de cajou .
— La forme et la structure de cette coque rendent trè s
FIG . 6 . Noix de Cajou . Coupe longitudinale . I chell e difficile l'extraction de l'amande cajou et c'est le point l e
plus délicat de l'industrialisation . Il n'est, en effet, pas pos-
sible de briser cette coque par une action mécanique exté -
Production actuelle de Madagascar .
rieure sans endommager gravement l'amande . Tous le s
Le recensement des peuplements d'anacardiers effectu é procédés employés consistent à soumettre la noix à l'actio n
vers 196o par le Service des Eaux et Forêts a montré qu'il d'une chaleur assez vive, ce qui a pour effet :
existait dans les provinces de Diégo-Suarez et de Majunga, — en grillant superficiellement l ' enveloppe extérieure ,
plus de 10 00o ha de peuplements naturels, dont 3 500 d e de rendre le péricarpe plus cassant ;
forte densité . En l'absence de données sur la productivit é — en chauffant le baume contenu dans les alvéoles, d e
de tels peuplements, la récolte possible dans les deux pro- le faire dilater, ce qui provoque une série de poussées in-
vinces avait été estimée, en se référant à la bibliographi e ternes qui aboutissent à démanteler la structure . Le décor-
existante sur les rendements dans d'autres pays produc- ticage de la noix pour extraire l'amande est alors facilité .
teurs, à environ 5 00o t de noix . La composition pondérale de la noix cajou s'établit ains i
Les peuplements n'avaient malheureusement pas le ren - en moyenne :
dement qu'on leur avait prêté et lorsque la récolte fût cor- — coque 70 à 75 p . cent dont 20 p . cent pour le
rectement organisée on s'aperçut que la quantité de noix baume et 50 à 55 p . cent de tissu s
ramassées ne dépassait guère i o0o t . lignifiés ,
La SOMAHABIBO, société anonyme agréée par le Gou- — amande : 25 à 22 p . cent ,
vernement Malagasy, détient l'exclusivité de la transfor- — téguments : 5 à 3 p . cent .
mation des noix d'anacarde ; elle est donc acheteur de l a Dès son installation à Majunga, l'Institut Français de
totalité des récoltes . Recherches Fruitières Outre-Mer (I . F . A . C .) entreprit ,
Le tableau III ci-après, dressé d'après les renseignement s en collaboration avec la SOMAHABIBO, la constructio n
fournis par cette société, montre l'évolution des tonnage s et la mise au point d'une chaîne expérimentale de traite -
de noix d'anacarde récoltés au fur et à mesure du perfec- ment des noix d'anacarde inspirée des chaînes fonctionnan t
tionnement de l'organisation de la collecte . en Inde .
Les premiers mois de l'année 1962 ont été consacré s
d'une part à la construction et à la mise en place des appa -
Tableau III .
reils de traitement et des locaux devant les abriter, c'est-à -
Tonnage de noix d'anacardes récoltées (1 Madagascar . dire :
— abri pour le four expérimental ,
— foyer et four de grillage proprement dit ,
Années Tonnage
— étuve électrique ventilée ,
et d'autre part à des premiers essais relatifs à certaine s
1961 50 phases du traitement, c'est-à-dire :
1962 225 — réhumidification des noix ,
1963 50 — température et durée de grillage (en laboratoire) ,
1964 414 — température et durée d'étuvage (en étuve de labo -
1965 707
1966 ratoire) .
495
1967 1 200 Au cours du mois d'août 1962 les premiers essais de gril-
lage avec le four expérimental furent entrepris, la tech-
52 - - Fruits Vol . 24, n o 1, 196 9

TRAITEMENT DE LA NOIX D'ANACARD E

Récolte
Séchage au soleil
Emmagasinage
1
Mise en fabricatio n
Préparation des lots
1
Passage au tarare
Lavag e
Réhumidificatio n
Extraction du baume au grillage

Centrifugatio n

Concassage des noi x


1

Distillation Séchage des amande s


ou broyage et pressag e
des coques Dépelliculage ou mondag e

Baum e Broyage des tégument s Triag e


Décantatio n
1

Provend e
Filtrage pour volailles Cuisson-salage Mise en estagnons
Mise en fûts Mise en boîte sous vid e sous atmosphère inert e

Exportation Emballage, exportatio n


Commercialisation locale

nique du grillage des noix fut dégrossie et dès le 30 août lement explicable par le fait qu'il s'agit ici d'une industri e
1962, une chaîne complète, bien que de dimensions ré- nouvelle dont la technique a dû être mise au point trè s
duites, entra en fonctionnement journalier continu . progressivement, l'usine de la SOMAHABIBO a pu fonc-
Cette chaîne comportait : tionner à un rythme satisfaisant .
— bac de réhumidification des noix, Elle ressemble beaucoup aux usines indiennes, bien qu'o n
— four de grillage et d'extraction du baume de cajou , ait tenté d'y apporter quel q ues améliorations par rapport à
— centrifugeuse pour essorer et refroidir les noix , ces dernières .
ouvrières chargées du concassage des noix ,
étuve ventilée électrique , Stockage, pesage, dépoussiérage, lavage .
ouvrières chargées du mondage et du triage de s
amandes , Les noix brutes sont conservées en magasin après u n
— emballages provisoire des amandes dans des sacs d e bon séchage au soleil . Chaque jour le nombre de sacs
polyéthylène, sous vide . nécessaires au fonctionnement de l'usine est prélevé su r
La phase expérimentale devait permettre la mise a u cette réserve, les noix sont pesées et passent au tarare pou r
point des techniques pour chaque opération du traitemen t un dépoussiérage (cf . photo n o 11) . Cette opération permet
et donner des précieuses indications quant aux machines l'élimination de morceaux de terre, de petites pierres, d e
en vraie grandeur dont la fabrication était entamée paral- brins de raphia, et de toute une série d'impuretés qui ris-
lèlement au fonctionnement de la chaîne de production . queraient autrement d'encrasser le four de grillage . Du
Après une période de rodage relativement longue, faci - tarare les noix se déversent directement dans un bac de
Fruits - Vol . 24, no 1, 1969 --- 5 3

lavage constitué d'un cylindre muni d'une vis hélicoïdal e


chargée de faire avancer les noix dans l'eau . Des ouvriers
rejettent les impuretés qui flottent : paille, raphia, brin-
dilles de bois etc . Les noix sont déversées dans le bac d e
réhumidification .

Re Ji témidification .

La durée de trempage des noix dans ce bac est fonctio n


des conditions climatiques et de l'ancienneté des noix . E n
début de campagne il pleut assez régulièrement, le degr é
hygrométrique de l'air est élevé, principalement la nuit, e t
l'on travaille des noix récoltées depuis peu de mois, don c
encore fraîches . Dans ces conditions la durée de trempag e
est faible . En fin de saison des pluies, la durée du trempag e
doit être allongée à quatre heures environ . En fin de saison
sèche, lorsque les noix brutes se seront d'autre part com-
plètement déshydratées en magasin, il faudra en arriver à
PHOTO n° r r . --- Tarare et bac de lavage .
un trempage de 8 à io h .
Le lendemain matin, l'eau ayant été évacuée en temp s
voulu, les noix ressuyées en surface sortent du bac de réhu -
midification, sont mises en sac et pesées . Pour obtenir u n
bon grillage, une bonne exsudation de baume, il faut qu e
la coque ou du moins son mésocarpe alvéolaire soit gorg é
d'eau . De cette façon la pression produite par la vaporisa-
tion de l'eau sous l'effet de la température élevée du fou r
vient s'ajouter à celle exercée, en se dilatant, par le baume
contenu dans les alvéoles . La noix doit d'autre part être
sèche à l'extérieur, sinon le baume contenu dans le fou r
produit une mousse abondante qui déborde rapidement d e
toutes parts .

Grillage (cf . photo n° 12) .

Les noix réhumidifiées et ressuyées passent ensuite dan s


le four de grillage ou d'extraction du baume . Le four est PHOTO n° 02 . — Four de grillage.
constitué (cf . fig . 7) par un cylindre et une vis hélicoïdal e
solidaire du cylindre qui tournent dans une cuve rectangu -
laire inclinée vers l'avant et remplie de baume . Celui-ci es t
chauffé par une série de serpentins de vapeur immergé s FIGURE 7 - FOUROE GRILLAG E

dans le baume entre le cylindre et le fond et les parois de l a


cuve . Des sondes pyrométriques reliées à un cadran per -
mettent de suivre l'évolution de la température du baum e
en plusieurs points du four . Chaque serpentin de vapeur est
commandé par une vanne particulière, l'ensemble du cir-
cuit l'étant par une vanne générale .
Les noix sont introduites par l'orifice de chargement ,
tombent au fond du cylindre où elles sont immergées dan s
le baume, et sont poussées en avant par la rotation d e
l'ensemble cylindre-vis hélicoïdale . Cet ensemble est cons -
titué par du métal déployé, car il doit être très « per- 1 - Cylindre avec vis hélicoïdale solidaire
2 . Serpentins de vapeu r
méable » : il doit faire avancer les noix dans le baume san s 3 Sondes pyrométrique s
faire avancer celui-ci . Le cylindre se prolonge par une 4 - Grille de décharg e
5 - Trop-plein de baum e
partie tronconique également en métal déployé, destiné e 5 . Réservoir à baum e
à faire émerger les noix du baume et à les conduire ver s 7 • Double fond de la grille récupérant le baum e
B . Pompe pour renvoi du baume dans la cuv e
l'orifice du déchargement d'où elles glissent sur une grill e 9 • Moteur avec réducteur de vitesse
et s'égouttent . La température du bain de baume est d e COUPE A O

190° C et la durée de passage des noix n'excède pas 2 mn .


54 — Fruits - Vol . 24, n o 1, 196 9

FIGURE 8 - SECHOIR A AMANDE S

vapeur eau condensé e

7b
ai r
8

13 10

v
95 6 4
2

H
VUE LONGITUDINALE

1 • Double porte 7b . Bulbe de la vanne thermostatiqu e


2 • Ventilateurs 8 Gaine
3 Radiateurs 9 - Orifice extérieu r
4 Chariots 10 - Volet mobil e
5 Thermomètre à cadran 11 - Vanne d'arrét
8 • Hygromètre â cadran 12 Vanne de réglage complémentair e
7- Vanne thermostatique 13 . Purgeur automatique
PHOTO ne 13 . — Séchoir à amandes.

Le niveau du baume est maintenu constant grâce, d'un e Séchage (cf. photo n o 13) .
part à l'orifice de trop plein relié à un réservoir à baume ,
d'autre part, à une pompe à main qui permet de renvoyer Les amandes recouvertes de leur tégument doivent en-
du baume dans le four à partir de ce même réservoir . suite être séchées pour faciliter le mondage ou dépelliculage .
Le séchoir (cf . fig . 8) est un tunnel en maçonnerie, équipé
d'une double porte (I) à chaque extrémité, et surmont é
Essorage .
d'un générateur d'air chaud constitué d'un ventilateur (2 )
Les noix recueillies sur la grille sont transportées à l'aid e et d'un radiateur (3) chauffé à la vapeur . Les amandes sont
de bidons vers les centrifugeuses où elles sont essorées . L e disposées sur des claies, celles-ci sont chargées sur des cha-
baume récupéré par la centrifugation coule vers le réser- riots roulants (4) qui sont introduits à leur tour dans l e
voir déjà cité plus haut . Les noix essorées et considérable - tunnel, sur des rails . La température et l'hygrométrie son t
ment refroidies, sont dirigées vers un petit silo d'où elle s suivies en cours d'opération sur des cadrans extérieurs ( 5
repartent, le moment venu, vers l'atelier de concassage . et 6) ; une vanne thermostatique (7) règle le débit de l a
vapeur en fonction de la température souhaitée . La gain e
(8) du générateur comporte en outre un orifice (9) ferm é
Concassage (cf . photo n° 14) .
par un volet mobile (Io) permettant un échange d'air ave c
Les concasseuses reçoivent chaque soir avant de quitte r l'extérieur .
l'usine leur tâche pour le lendemain en noix grillées ; elle s Les amandes séjournent 3 à 4 h dans ce séchoir, à un e
mélangent ces noix avec de la cendre destinée à absorbe r température de 80° C.
le reste de baume qui adhère à la coque et risque de leu r
attaquer la peau des mains . Dès 6 h du matin, et mêm e Mondage (cf . photo n o i5) .
avant pour certaines ouvrières, elles s'installent à de s
tables spécialement conçues pour ce travail et cassent le s Lors du séchage, le tégument devient friable et se détach e
noix à l'aide d'un bâtonnet de bois dense . La noix est tenu e légèrement de l'amande . Le mondage ou dépelliculage s e
entre le pouce et l'index sur le rebord de la table et le pre- fait à la main . Les mondeuses reçoivent chaque matin
mier coup, assez sec, est donné dans la concavité de la noix . une tâche d'amandes sèches ; elles grattent légèrement
Un bruit caractéristique d'éclatement se fait entendre et l'amande à l'aide d'une petite lame, le tégument s'écaille e t
l'ouvrière poursuit le travail en donnant des coups plu s tombe . Disposant de quatre cuvettes, chaque mondeuse se
atténués sur le pourtour de la noix . La fente amorcée lors livre à un premier triage :
du premier coup de maillet s'étend et la coque se sépar e — amandes blanches apparemment entières ,
plus ou moins symétriquement, libérant l'amande . Chaqu e — brisures blanches ,
concasseuse dispose de trois cuvettes : l'une pour les — amandes et brisures légèrement roussies ,
amandes apparemment entières, la deuxième pour le s — amandes et brisures franchement brûlées, ou tachées,
amandes brisées, la dernière pour les amandes à rejeter : ou moisies, toutes rejetées .
brûlées, malformées, moisies . Chaque soir les trois cuvettes Chaque soir, dès que la tâche est terminée, les quatr e
sont pesées et les poids sont consignés dans le livre de con - cuvettes sont pesées séparément et les poids sont inscrit s
cassage . dans le cahier de mondage .
Fruits — Vol . 24, n o 1, 196 9

Les trois premières catégories d'amandes citées plus


haut sont placées dès la pesée terminée, dans une chambr e
climatisée, où le degré hygrométrique de l ' air se maintien t
aux alentours de 5o p . cent . L'amande cajou est un maté -
riel particulièrement hygroscopique, et une seule nuit d e
séjour à l'air humide risque d'altérer sa qualité .

Triage (cf . photo n o i6) .


Le triage est effectué ensuite par une équipe spécialisée .
Les diverses qualités ou « grades » d'amandes produite s
par la SOMAHABIBO sont conformes aux normes in-
diennes . On a tout simplement adopté le classement impos é
aux exportateurs indiens par le Cashew Export Promotion
Council . C'est-à-dire :

I . Amandes blanches :
Wholes 320 W 320 : amandes entières de taill e
moyenne (320 amandes/livr e
poids )
Wholes 400 W 400 : amandes entières de petit e
taille (400 amandes/lb) .
Butts B : amandes presque entières,
écornées, ou brisées transver-
salement .
Splits S : amandes brisées longitudina-
lement, c'est-à-dire par sépa-
ration des deux cotylédons .
Large white pieces LWP : brisures ne passant pas au ta-
mis de 4,73 mm (vide intégra l
entre les mailles) .
Small white pieces SWP : brisures passant au tamis d e
4,73 mm mais pas à celui d e
3,3 2 mm .
Baby bits BB : brisures passant au tamis d e
3,3 2 mm mais pas à celui d e
2,08 mm .

II . Amandes légèrement roussies :


Scorched wholes SW : amandes entières de toutes
tailles.
Scorched butts SB : même description que ci-
dessus : B .
Scorched splits SS : même description que ci-
dessus : S.
Scorched pieces SP : même description que ci-
dessus : LWP .
Scorched small pièces SSP : même description que ci -
dessus : SWP .

Les brisures légèrement roussies de la taille des BB son t


emballées avec ceux-ci sans distinction .
Les catégories d'amandes déjà grossièrement séparées
lors du mondage sont distribuées aux trieuses .
La catégorie « amandes blanches apparemment en- PHOTO n. 14 . — Ouvrières employées au concassage.
tières » se trie en : PHOTO n o 15 . - Ouvrières employées au mondage .
PHOTO n° 16 . — Ouvrières employées au triage .
W 320 — W 400 — B PnoTO n o 17 . — Emballage des amandes .
56 --_ Fruits Vol . 24, n o 1, 196 9

La catégorie « brisures blanches » se trie en : Récupération du baume .

B S — brisures plus petites . Le baume contenu dans les coques provenant de l'ate-
lier de concassage a été l'objet d'une première tentative d e
récupération : une cuve métallique fermée, remplie de
Ces brisures passent sur un premier tamis pour récupé-
coques, est chauffée par un feu direct ; le baume exsude de s
rer les BB et la poussière d'amandes, séparés ensuite e n
alvéoles, sa viscosité diminue avec l'élévation de la tempé -
vannant le mélange, puis un second tamisage sépare LW P
rature, il se rassemble au fond de la cuve d'où il s'écoul e
et SWP .
par un tuyau . Le rendement en baume est satisfaisant pa r
La catégorie e amandes et brisures roussies » se trie en :
cette méthode, mais la qualité du produit obtenu est faible :
le baume contient beaucoup de particules de carbone et un e
SW — SB — SS — brisures plus petites .
purification est nécessaire si l'on veut le commercialiser .
Actuellement les coques broyées sont traitées à la vapeu r
Ces brisures sont ensuite triées comme décrit ci-dessus .
dans un extracteur centrifuge du genre extracteur de sui f
Les SW ne sont pas triées d'après la taille, car elles ne son t
(cf . photo n° 18) . Le liquide obtenu est une émulsion d u
pas destinées à l'exportation, elles entrent dans la fabrica-
baume dans l'eau de condensation mélangée à de très fine s
tion des « KIKOU », commercialisées localement en petites
particules de coques . Une décantation relativement longue ,
boîtes de 150 g .
opérée à chaud, permet de séparer de bas en haut : les boues ,
Toutes les amandes triées retournent dans la chambr e
le baume, l'eau (qui s'évapore au fur et à mesure) . Une fil-
climatisée en attendant d'être emballées .
tration est encore nécessaire avant la mise en fûts pou r
exportation .
Emballage (cf . photo n o 17) .

Les divers « grades » sont emballés séparément sou s Pxoro n° 18 . - Extracteur de baume .
atmosphère inerte d'azote dans des estagnons métallique s
de 18 1, à raison de 25 livres de poids d'amandes ou de bri-
sures par estagnon .
Les estagnons sont marqués, puis emballés individuelle -
ment dans un carton, marqué à son tour . La marchandise
est prête pour l'exportation .

Préparation des e Kikou » .

Les SW et une partie des W 320 et W 400 sont réservés à


la préparation des e Kikou » : les amandes sont cuite s
pendant une minute environ dans une huile végétale à
190° C, huile de coco raffinée et désodorisée dans le ca s
présent, égouttées et enfin salées, voire pimentées . Le s
amandes cuites et refroidies sont emballées sous vide dan s
des boîtes rondes, de très belle présentation, à raison d e
15o g par boîte .

LA RECHERCHE AGRONOMIQUE A MADAGASCAR

Des recherches agronomiques sont menées dans les prin -


cipaux pays producteurs : Inde, Mozambique, Tanzanie ,
Brésil et à Madagascar .
La visite des stations de recherches étrangères, la lec-
ture des rapports et publications relatant les résultats obte-
nus par ces stations dans leurs travaux d'expérimentation
montrent clairement que Madagascar est loin d'être e n
retard dans le domaine de la recherche agronomique su r

Paolo no 19 . -- Plantation pilote . Vue d'ensemble .


Fruits Vol . 21, n o 1, 1960 57

anacardier, grâce aux travaux menés par l'I . F . A . C ., prin- F. Idem, mais à écartement 6 m x 6 m .
cipalement dans la région de Majunga. Ces deux derniers traitements ont été choisis afin d e
Les essais culturaux sur anacardier ont débuté fin 196 2 donner aux anacardiers un port fruitier . Les arbres de ces
à Amborovy . Le sol y est constitué de sable assez grossier , peuplements ont un port forestier très érigé, avec un e
très meuble, relativement humif ère en surface et franche - petite couronne . Une simple éclaircie (traitements C et D )
ment blanc dès que la profondeur atteint 30 cm . La surface laisse une série de fûts peu ramifiés et peu productifs .
du sol chauffe très fortement en plein midi et des pertes de L'essai comportait six parcelles d'un hectare, séparée s
plants assez importantes ont été enregistrées dans les essai s par des chemins de 2 m, les traitements étant répartis a u
au cours de la saison sèche . hasard .
Devant les résultats très satisfaisants obtenus avec l a Les travaux de mise en place entamés en juillet 196 2
plantation pilote, essai n° 14 (cf . photo n o 19), une parcell e n'ont pu être terminés qu'en novembre 1964 .
de terrain a été demandée à Betangirika, à droite de la rout e La production de chaque parcelle a été récoltée séparé-
Majunga-Mangatsa, à environ 14 km de Majunga . Le mi - ment et pesée .
lieu qu'on y rencontre — à savoir une savane à palmier s Les résultats sont très décevants . En effet, les éclaircie s
satrana» Medemia nobilis, avec une strate herbacée com - pratiquées dans des peuplements très denses n'ont laissé en
posée de H5'parvhenia Rufa et Heteropogon Contorto m place que des arbres très élancés, très peu fournis, et d'un e
couvrant un sol catalogué dans les sols ferrugineux tropi- productivité ridiculement faible . L'amoncellement de boi s
caux, sous-groupe des sols jaunes, famille des sables — est mort dans les parcelles rendait la récolte extrêmemen t
très largement répandu le long de la côte nord-ouest d e pénible . D'autre part, dans les parcelles totalement abat -
Madagascar et la station de Betangirika peut être considé- tues où des souches d'anacardiers étaient choisies à certain s
rée comme étant bien représentative d'une vaste zone favo- écartements, la repousse de la végétation était tellemen t
rable à la culture de l'anacardier . rapide qu'il n'a pas été possible de faire les entretiens à un e
Les essais agronomiques conduits par l'I . F . A . C . jus- cadence suffisante .
qu'à ce jour peuvent se répartir en huit groupes : La mise en valeur des peuplements denses est irration-
1. aménagement des anacarderaies naturelles (essa i nelle : elle coûte très cher, doit être accompagnée de trè s
n o o), fréquents entretiens, et le rendement final est extrêmemen t
2. qualités de la semence (essais nos 1, 3, 4, 6, 8, 20, 26) , faible . L'essai a donc été abandonné .
3. technique de semis (essais n os 2, 13, 19, 27) ,
4. mode de plantation (essais n os 5, 10, 15, 16, 32) , 2 . Qualités de la semence .
5. engrais (essais nos 7, 9, 12, 18, 22, 23, 28, 29) ,
6. écartement (essais n os I I, 17) , Les essais ont porté sur le poids, la densité, l'âge de s
7. méthodes culturales (essais n os 14, 21, 25, 30, 31) , semences — la possibilité d'activer la germination par de s
8. essais sur la physiologie (essais n° s 2 4, 34 ) trempages préalables — la provenance des semences .
Les résultats montrent qu'il faut utiliser des semence s
1 . Aménagement des anacarderaies naturelles . denses, de taille moyenne à grosse, provenant de la récolte
immédiatement précédente, c'est-à-dire ayant été conser-
La région d'Ambanja est celle qui, à Madagascar, com- vées durant une période qui n'excède pas 4 à 5 mois .
porte la plus grande superficie couverte par des peuplement s Le trempage des graines avant le semis favorise la germi-
naturels d'anacardiers . Des recensements effectués par l e nation, mais les différences avec le témoin, non trempé ,
Service des Eaux et Forêts évaluent cette superficie à s'atténuent rapidement et disparaissent après 3 mois d e
3 500 ha . Ces peuplements sont souvent d'un rendemen t végétation .
très faible à l'ha, soit à cause d'une trop forte densit é On observe de très grandes variations aux points de vu e
d'anacardiers, soit à cause de la présence d'autres espèces pourcentage et vigueur de germination entre les plants issu s
forestières . Il importait donc de les valoriser, et un proto- d'arbres mères différents, et cela sans grand rapport ave c
cole d'essai fut mis sur pied en accord avec le Délégué pro- les caractères de taille des semences .
vincial des Eaux et Forêts de Diégo-Suarez . D'autre part le coefficient de variation établi à partir d e
Les traitements suivants avaient été retenus : la taille des plants issus de graines tout venant est pe u
A. Témoin, aucun aménagement . supérieur à celui calculé à partir de la taille des plants issu s
B. Abattage des espèces forestières autres et maintie n de graines provenant d'un seul et même arbre mère . On s e
de tous les anacardiers . trouve à Madagascar devant une population d'anacardier s
C. Abattage des espèces forestières autres et éclairci e extrêmement hétérogène, conséquence de multiples croise -
des anacardiers ; écartement 8 m x 8 m . ments naturels .
D. Abattage des espèces forestières autres et éclairci e Enfin, comparées aux noix brésiliennes, par exemple, le s
des anacardiers ; écartement 6 m 6 m . noix de Madagascar présentent des caractères morpholo-
E. Abattage de toute la parcelle : choix de souches d'ana- giques et technologiques nettement inférieurs . Une sélec-
cardier à écartement 8 m x 8 m . Maintien de quatre rejet s tion valable ne peut se faire qu'à partir d'un lot de graine s
sur ces souches, rabattage de tous les autres rejets . d'origine, c'est-à-dire prélevés parmi les meilleures noix
58 - Fruits — Yol . 24, n o I . 196 9

FIG . 9 . -- Graine d' anacarde . Phases successives de la germination .

d'anacarde du Brésil . Ce travail a été inscrit au programm e saison sèche qu'une jeune plantation doit affronter peu t
de 1'1 . F . A . C . être très meutrière . Il importe que les plants puissent abor-
der cette période critique avec un maximum de réserves .
L'un des moyens d'y parvenir est de semer les graines dan s
3. Technique de semis . des pots de matière plastique remplis d'un mélange de terre
noire de marais et de sable et disposés en pépinières ombra-
Lors de la germination (cf . fig. 9) la noix enfle considé-
gées, 2 A3 mois avant la reprise des pluies . Les jeunes plant s
rablement en absorbant de l'eau, la coque s'ouvre à u n
sont arrosés régulièrement et lorsque les pluies surviennen t
endroit bien déterminé : la pointe située près de l'attach e
on transplante des anacardiers déjà âgés de 2 mois, qu i
pédonculaire et en face de l'embryon ; à cet endroit la coqu e
conservent et accroissent leur avance sur les plants issus d e
est très mince et ne comporte pas de cellules à baume .
semis direct en place .
Au cours du développement de l'embryon on assiste e n
Malheureusement les travaux de pépinière, le transpor t
premier lieu à la croissance de la radicule, qui très rapide -
des pots et leur mise en place coûtent cher et l'avantag e
ment s'enfonce dans le sol sous la forme d'un pivot . Ensuit e
retiré est très inférieur à celui obtenu par l'utilisation des
les cotylédons et la tigelle s'extraient de la coque, se re -
engrais avec le semis direct .
dressent et émergent du sol .
Les essais concernant la profondeur et l'orientation à
donner à la graine lors du semis ont tenu compte du pro- 5. Engrais .
cessus de germination et les meilleurs résultats ont ét é
L'apport d'engrais destiné à accélérer la croissance de s
obtenus, dans les conditions de sols ferrugineux tropicaux ,
jeunes anacardiers est un autre moyen de parvenir au bu t
sols jaunes développés sur sables qui caractérisent la sta -
exposé au paragraphe précédent, à savoir aider les jeune s
tion de l'I . F. A . C ., en plaçant les semences à 6 cm de pro -
plants à traverser leur première saison sèche en les dotant
fondeur, l'attache pédonculaire orientée vers le haut .
de réserves suffisantes .
En ce qui concerne la profondeur à donner au trou de
Plusieurs essais d'engrais, étudiant l'accélération d e
plantation, la vitesse de croissance du pivot est telle qu'i l
croissance des plants sous l'influence des éléments miné-
faut prévoir de les creuser à 50 cm de profondeur minimum .
raux appliqués à doses diverses avant le semis et renou-
En effet il a été constaté à plusieurs reprises que des plant s
velés par la suite, seuls ou combinés, ont permis d e
de 2 ou 3 mois possédaient un pivot de près de 8o cm d e
mettre en évidence une très spectaculaire et très profitable
long ! Un essai précis est en cours à ce sujet .
interaction N-P (azote et phosphore) .
L'anacardier répond très fortement à la combinaiso n
4. Mode de plantation . azote-acide phosphorique, même apportée à faibles doses .
Les plants ayant reçu la meilleure combinaison ont attein t
Les conditions climatiques de la côte nord-ouest d e un développement très largement supérieur à celui d u
Madagascar, caractérisées par une saison des pluies de 5 à témoin . D'autre part cette forte accélération de croissanc e
6 mois et une saison sèche de 7 à 6 mois, conviennent trè s se traduit par une fructification plus précoce et un gain d e
bien à la culture de l'anacardier. Cependant, la première 2 ans au minimium dans la production .
Fruits — Vol . 24, n o 1, 196 9 5' )

6. Écartement .
Les parcelles, mises en place à un écartement uniformé-
ment dense, subiront au cours des années des éclaircies
successives différentes d'après les traitements . Aucu n
résultat n'est encore obtenu, les plantations étant encor e
trop jeunes .

7. Méthodes culturales .
L'effet de divers types d'entretien, de paillage naturel e t
plastique, de cultures intercalaires est étudié depuis peu .

8. Essais sur la physiologie .


Ces essais, les plus récents, portent sur la teneur en ea u PHOTO n° 20 . — Marcotte aérienne .
du sol et des plants au cours de l'année d'une part et sur le s
variations saisonnières des éléments minéraux dans l a
plante, d ' autre part . La sélection est menée parallèlement sur des arbre s
Le premier résultat exploitable est que, à des niveau x appartenant aux peuplements naturels de Madagascar, su r
situés à plus de 1 m de profondeur, l'humidité du sol rest e des arbres issus de graines provenant de ces premiers ana-
supérieure au point de flétrissement, même au plus for t cardiers, et sur des arbres issus de graines importées d e
de la saison sèche . Pour que le jeune anacardier puiss e divers pays producteurs .
s'alimenter en eau durant la première saison sèche de son Les principaux critères de sélection sont :
existence, sa racine pivotante doit pouvoir atteindre une — le rendement brut en kilos de noix par arbre et l e
profondeur de 5 m environ durant les 5 premiers mois d e rendement rapporté à l'unité de surface de la couronne ,
végétation . Ceci confirme l'importance de la profondeu r — l'intensité de la nouaison, c'est-à-dire le nombre de
à donner au trou de plantation . fruits par inflorescence ,
En dehors des essais culturaux, des travaux de sélectio n — le poids moyen d'une noix,
et de multiplication végétative ont été poursuivis, afin d'un e — le rendement en amande ,
part de repérer des individus à production intéressante e t — le pourcentage de noix denses .
d ' autre part, devant l ' impossibilité de reproduire les carac- En ce qui concerne la multiplication végétative, c'est l e
tères par voie de semis, de permettre une multiplicatio n marcottage aérien qui, jusqu'à présent, a donné les meil-
des types sélectionnés . leurs résultats .

EXTENSION DE LA CULTURE DE L'ANACARDIER A MADAGASCAR

L'anacardier a été retenu par le Gouvernement de l a Report 39 815 h a


République malagasy pour faire partie de son programm e Majunga 8 o5o
des « Grandes Opérations 1968-1969 » . Port-Bergé 5 50 0
La première phase, celle de la prospection des zones favo - Mitsin j o 3 57 5
rables à la production de l'anacardier, est terminée ; le rap - Marovoay 7 15 o
port, accompagné d'une série de cartes délimitant les super - Mampikony 5 00 0
ficies retenues, a été remis aux Services compétents d u Soalala 5 89 0
Ministère de l'Agriculture, de l'Expansion rurale et d u Ambato -Boéni 8 45 o
Ravitaillement . Les terrains choisis se répartissent de l a Besalampy 6 35 o
façon suivante : Maevatanana 4 35 o
Sous-préfectures de : Tsaratanana 1 12 5
Maintirano 6 47 5
Diégo-Suarez 4 600 ha Antsal ova 6 47 5
Ambilobe 1 7 35 0 Total 507 7 1 5 ha
Ambanja 1 700
Analalava 6 21 5 La seconde phase, celle des premières réalisations, verr a
Antsohihy 9 95 0 le jour en 1968 puisque plusieurs services ont inscrit l a
Total 39 815 ha plantation des anacardiers dans leur programme .
60 -- Fruits -- Vol . 24, n o 1, 196 9

12
_46 . 12
D'autre part, le département des Fermes d'État a obten u
CARTE ADMINISTRATIVE DE LA COTE du Conseil des ministres la création de deux Fermes ana -
°/E ~ S;A~~ cardes : l'une à Majunga de 1 00o ha, à mettre en place e n
NORD-OUEST DE MADAGASCAR
2 ans, l'autre à Ambilobe de Io 00o ha à mettre en plac e
. r 1/3.500.000" -
ECHELLE
en 4 ans .
~Ambilobco v - '1~ Enfin certains Syndicats de communes, tel le SYCOB O
---- Limite de sous-préfecture o
/ de Majunga et certaines coopératives, telles l'Union de s
44' 46'
_ o A';anja '7 coopératives du Sambirano d'Ambanja et l'UCOPRA d e
J
4 — '' / Majunga comptent entreprendre ou conseiller à leur s
1d,_ - 14

\ • . / / coopérateurs d'entreprendre la plantation rationnelle de


l'anacardier .
a- y
Analalava f'- C Ces organismes trouveront auprès de l'I . F . A . C . toute
-0 Antsohity
'`- l'aide technique souhaitée . Une brochure simple destiné e
- ~.
à vulgariser la technique de mise en place et d'entretien de s
0 _ anacarderaies a d'ailleurs été rédigée dans ce but en langue s
MAJUNGAC Port Berge y françaises et malagasy par cet institut .
)
16 Le but de l'extension de la culture de l'anacardier es t
— Mitse Maovo °Y eMampikon y l'obtention d'une production de noix suffisante pour justi-
—~ Soalata %\
fier l'installation à Madagascar d'une ou plusieurs usine s
i
-~— )
-AmbatoBoeni 'l.
modernes de traitement . Actuellement une partie des noi x
Besala ~py T~atanana récoltées est traitée par la SOMAHABIBO suivant un pro-
k
\1----'-'I. . / Maevatanan a cédé semi-industriel qui coûte cher car il fait surtout appe l
, à de la main d'oeuvre ; or la main d'oeuvre malagasy est
J
i
beaucoup plus chère que son homologue indienne, haute -
ment spécialisée dans ce travail, et elle a un rendemen t
I ! \ ~•~'• ` /v ~~ 18
18°
Maintirano
moindre . Il faut cependant vendre sur les marchés mon-

r ~. ~ diaux aux mêmes prix sinon à des prix inférieurs à ceu x


pratiqués par les exportateurs indiens ! Le solde des noi x
OAntsalova est exporté en brut vers l'Inde, car la SOMAHABIB O
n' a pas une capacité suffisante pour usiner la totalité de l a
i récolte et, étant donné son haut prix de revient, elle n' a
— 146' 48 ' aucun intérêt à s'agrandir, du moins tant qu'elle n e
pourra se mécaniser entièrement ; et pour cela il faut u n
tonnage minimum qui n'est pas encore atteint .
Un crédit de 48o millions de FMG est prévu dans le cadr e
des « Grandes Opérations » pour permettre au Service de s Les constructeurs d'usine tentent actuellement de réduir e
Eaux et Forêts de réaliser des plantations d'anacarde e n la capacité de leurs installations, tout en sauvegardant leu r
régie, en liaison technique constante avec l'I . F . A . C . La rentabilité . En 1967, pour être rentable, une usine devai t
plantation de 5 000 ha est prévue en 1968 : pouvoir disposer au minimum de 9 000 t de noix par an .
On parle maintenant de 3 000 t pour un proche avenir .
région d'Ambalajanakomby . . . . 2 000 h a De toutes manières, la rentabilité sera d'autant meil-
région de Soalala 2 000
leure que la capacité de l'usine sera grande et, lors de l a
région d'Ambanja 1 000 rédaction de la « fiche anacarde » pour le dossier de s
Le programme sera poursuivi en 1969 par la plantation Grandes Opérations, on a envisagé des usines d'une capa-
de superficies doubles de celles énumérées ci-dessus . cité de 15 à 20 000 t de noix par an .

CONCLUSION

L'anacardier constitue depuis plusieurs années une richesse naturelle de Madagascar, mais elle a été trop longtemp s
ignorée et même dégradée par les populations locales qui abattent et brûlent des peuplements denses pour y installe r
d'éphémères et peu productives cultures de riz .
L'extension de sa culture suivant des techniques rationnelles aura pour conséquence une production élevée de noix d e
qualité qui permettra à son tour l'implantation d'usines modernes de transformation . Plantation, récolte, usinage procure-
ront du travail à un grand nombre d'habitants et l'exportation des produits finis, amandes et baume, fournira au pays le s
devises fortes nécessaires à son développement économique .
Fruits --- Vol . 24, n o 1, 1969 61

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car. Fruits, vol . 18, n o 8, 1963, Paris . M . Chari/ou (Majunga) .

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