210 CHAPITRE III.
TOPOLOGIE
l ey
Démonstration. Il suffit d’appliquer le théorème des bornes 1.107 combiné au fait que C est compact.
Exercice 2.34. On peut construire des contre-exemples dans le cas des espaces vectoriels de dimension
infinie : on pose E = C 0 ([0, 1]) muni de la norme uniforme k · k1 . On définit
G: E ! R
bo
Z 1
f 7! |f (x)|dx
0
1. Montrer G est bien définie et continue.
2. On pose C = {f 2 E, kf k1 2, f (0) = 1}. Montrer que C est fermé et borné dans E.
3. Montrer à la main d’une part, et avec le théorème de Riesz d’autre part, que C n’est pas compact.
am
4. Etudier la question d’existence pour le problème de minimisation suivant :
inf G(f ).
f 2C
et en déduire à nouveau que C n’est pas compact.
Terminons par un moyen classique de traiter le cas d’ensembles C non bornés :
Définition 2.35. Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé et f : C ! R une fonction définie sur un
:L
ensemble C non borné 40 . On dit que f est coercive si
lim f (x) = +1
x2C,kxk!+1
c’est-à-dire
8A 2 R, 9R > 0, 8x 2 C tel que kxk > R, f (x) A.
Proposition 2.36. Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé de dimension finie et f : C ! R une
fonction continue et coercive sur un ensemble C non vide, fermé et non borné. Alors il existe un
x⇤ 2 C tel que f (x⇤ ) f (x) pour tout x 2 C, autrement dit le problème d’optimisation
r
¶ ©
inf f (x), x 2 C
teu
admet une solution.
Démonstration. Il existe 41 une suite minimisante (xn )n2N telle que f (xn ) ! inf f (voir l’exercice
n!+1 C
2.18 au Chapitre I). Mais par coercivité de f , il existe R > 0 tel que si x 2 C et kxk > R, alors
f (x) > f (0) + 1. Comme inf C f < f (0) + 1, il existe n0 2 N tel que f (xn ) f (0) + 1 pour tout n n0
de sorte que kxn k R pour tout n n0 . Donc la suite (xn )n n0 est bornée et, E étant de dimension
finie, par le corollaire 2.26 C \ B(0, R) est compact et donc il existe une sous-suite (x (n) )n2N qui
converge vers un x⇤ 2 C. La fonction f étant continue en x⇤ 2 C, il vient,
Au
f (x⇤ ) = lim f (x (n) ) = inf f,
n!+1 C
ce qui montre que x⇤ est un point de minimum de f .
40. Cette hypothèse est nécessaire pour pouvoir parler de la limite de f quand kxk tend vers +1. De toute façon, si
C est borné, on est ramené au corollaire 2.33.
41. Simplement car C est supposé non vide.
2. ESPACES VECTORIELS NORMÉS (SUR R OU C) 211
l ey
2.5 Applications linéaires continues
2.5.1 Norme d’application linéaire continue
On considère deux K-espaces vectoriels normés (E, k · kE ) et (F, k · kF ) et des applications linéaires
de E dans F .
Proposition 2.37. Une application linéaire T : E ! F est continue si et seulement s’il existe une
constante C > 0 telle que pour tout x 2 E,
bo
kT (x)kF CkxkE . (2.4)
Démonstration. Si (2.4) est vérifié, alors pour tout x, y 2 E, par linéarité de T , on a kT (y) T (x)kF =
kT (y x)kF Cky xkE , ce qui montre que T est continue.
Réciproquement, si T est continue, elle l’est notamment en 0. En particulier, il existe > 0 tel que
si kxkE , alors kT (x)kF 1. Pour tout x 6= 0, y = x/kxkE satisfait kykE = et donc
am
kT (x)kF = kT (y)kF 1,
kxkE
soit kT (x)kF 1 kxkE . Si x = 0, l’inégalité reste encore valable bien sûr.
On note L(E, F ) l’ensemble des applications linéaires continues de E dans F . Il s’agit clairement
d’un espace vectoriel. Si T 2 L(E, F ), on définit la quantité 42
kT (x)kF
kT kL(E,F ) = sup = sup kT (x)kF
x2E,x6=0 kxkE kxkE 1
¶ ©
= inf C 0, 8x 2 E, kT (x)kF CkxkE
:L
Remarque 2.38. On peut définir kT kL(E,F ) pour une application T : E ! F seulement supposée
linéaire, et alors
T est continue , kT kL(E,F ) < +1.
Exercice 2.39. Soit T : E ! F linéaire. Montrer
T est continue sur E , T est continue en 0 2 E,
, T est bornée sur B(0, 1),
, T est lipschitzienne sur E.
Dans ce cas, kT kL(E,F ) est la borne de T sur B(0, 1) et est aussi la constante de Lipschitz de T .
r
Proposition 2.40. La quantité k · kL(E,F ) définit une norme sur L(E, F ).
Remarque 2.41. Notez que cette norme n’est pas complètement nouvelle : il s’agit simplement de
la norme uniforme de la restriction de T à la boule unité de E. La partie spécifique ici est de voir
teu
pourquoi cette restriction n’empêche pas à la “définie positivité” de la fonction : comme on le verra
ci-dessous, ceci est dû au fait qu’une application linéaire est nulle si et seulement si elle est nulle sur
la boule unité.
Démonstration. Si T 2 L(E, F ) et 2 K, comme k · kF est une norme sur F , il vient
k T kL(E,F ) = sup k T (u)kF = | | sup kT (u)kF = | |kT kL(E,F ) ,
kukE 1 kukE 1
ce qui établit l’homogénéité. On a évidemment que k0kL(E,F ) = 0, et si kT kL(E,F ) = 0, alors kT (u)kF =
0 pour tout u 2 E, ce qui implique que T (u) = 0 pour tout u 2 E, soit T = 0. Enfin, si T1 et
Au
T2 2 L(E, F ), pour tout u 2 E tel que kukE 1, on a
k(T1 + T2 )(u)kF = kT1 (u) + T2 (u)kF kT1 (u)kF + kT2 (u)kF kT1 kL(E,F ) + kT2 kL(E,F ) .
Prenant le sup dans le membre de gauche, il vient kT1 + T2 kL(E,F ) kT1 kL(E,F ) + kT2 kL(E,F ) , ce qui
montre l’inégalité triangulaire.
42. On invite le lecteur à s’assurer que les deux différentes définitions sont bien égales.
212 CHAPITRE III. TOPOLOGIE
l ey
Remarquons que pour tout x 2 E, on a
kT (x)kF kT kL(E,F ) kxkE , (2.5)
et que kT kL(E,F ) est la plus petite constante C qui apparaît dans la Proposition 2.37.
Exercice 2.42. [Calculs de norme d’applications linéaires ; la méthode de calcul de norme d’application
linéaire est à maîtriser absolument]
bo
1. Soit E = R[X], muni de la norme kP k1 := supx2[0,1] |P (x)|.
(a) Justifier qu’il s’agit bien d’une norme.
(b) Pour a 2 R, on considère a : R[X] ! R la forme linéaire définie par 8P 2 E, a (P ) = P (a).
Déterminer pour quels a 2 R la forme linéaire a est continue, et calculer k a k dans ce cas.
2. Soit E = C 0 ([0, 1]). On note
Z 1
am
8f 2 E, kf k1 := |f (t)|dt.
0
(a) Montrer que k · k1 est une norme sur E.
(b) Montrer que l’application 0 : f 2 E 7! f (0) 2 R est continue si on munit E de la norme
k · k1 , mais n’est pas continue si on munit E de la norme k · k1 .
(c) On munit E de la norme uniforme. Soit : E ! R la forme linéaire définie par
Z 1/2 Z 1
8f 2 E, (f ) := f (t)dt f (t)dt.
0 1/2
:L
Montrer que est continue, calculer sa norme, et montrer que cette norme n’est pas atteinte,
c’est-à-dire qu’il n’existe pas de fonction f 2 E telle que kf k1 = 1 et | (f )| = k k.
(d) Refaire la question précédente en munissant E de la norme k · k1 .
Exercice 2.43. On travaille dans `1 := `1 (N⇤ ) muni de la norme uniforme. On considère T : `1 ! `1
défini par
8x 2 `1 , T (x) = T (x1 , x2 , x3 , . . .) := (x1 /1, x2 /2, x3 /3, . . .) = (xn /n)n2N⇤ .
1. Montrer que T est bien défini, et linéaire continu avec kT k = 1.
2. Montrer que T est injectif, mais non surjectif. On obtient donc un contre-exemple au résultat
r
d’algèbre linéaire “ùn endomorphisme de E est bijectif si et seulement s’il est injectif”, qui n’est
pas valable si E est de dimension infinie.
teu
Exercice 2.44. Soit E, F, G trois espaces vectoriels normés.
1. Soit b : E ⇥ F ! G une application bilinéaire. Montrer que b est continue si et seulement si il
existe M 0 tel que
8(x, y) 2 E ⇥ F, kb(x, y)kG M kxkE kykF .
2. Montrer que
kbkL2 (E⇥F,G) := sup kb(x, y)kG
kxkE 1,kykF 1
définit une norme sur L2 (E ⇥ F, G) l’ensemble des applications bilinéaires continues de E ⇥ F
dans G.
Au
3. (*)Construire une isométrie linéaire et bijective entre
L(E, L(F, G)) et L2 (E ⇥ F, G).
(Ces espaces sont munis de leurs normes naturelles). Cette identification sera utile au Chapitre
VII lorqu’on définiera les différentielles secondes.
2. ESPACES VECTORIELS NORMÉS (SUR R OU C) 213
l ey
2.5.2 Propriétés
Une propriété fondamentale de ce type de norme est sa sous-additivité vis-à-vis de la composition :
Proposition 2.45. Soit E, F, G trois espaces vectoriels normés, et U : E ! F, V : F ! G deux
applications linéaires (continues) 43 . Alors V U est linéaire de E dans G et 44
kV U kL(E,G) kV kL(F,G) kU kL(E,F ) . (2.6)
bo
Démonstration. On utilise (2.5) deux fois :
8x 2 E, kV U (x)kG kV kL(F,G) kU (x)kF kV kL(F,G) kU kL(E,F ) kxkE ,
et donc par interprétation de la norme comme la plus petite constante dans une telle inégalité, on
obtient le résultat.
Remarque 2.46. Dans le cas des endomorphismes (applications linéaires dont l’espace de départ et
am
d’arrivée sont les mêmes) d’un espace vectoriel normé E, on note simplement L(E) l’ensemble des
applications linéaires continues de E dans E. L’inégalité (2.6) affirme la continuité de l’application
bilinéaire : L(E) ⇥ L(E) ! L(E), voir l’exercice 2.44 : on dit que l’espace (L(E), +, ·, , k · kL(E) ) est
une algèbre de Banach.
Nous allons maintenant énoncer une condition suffisante pour que L(E, F ) soit un espace de Banach
pour la norme que l’on vient de définir.
Proposition 2.47. Si F est complet, alors L(E, F ) l’est aussi.
:L
Du fait de la remarque 2.41, la preuve sera très similaire à la preuve de la proposition 4.7 du Chapitre
I, voir aussi l’exercice 2.16.
Démonstration. Soit (Tn )n2N une suite de Cauchy dans L(E, F ). Alors pour tout " > 0, il existe un
N 2 N tel que pour tous p N , q N , et x 2 E,
kTq (x) Tp (x)kF kTq Tp kL(E,F ) kxkE "kxkE . (2.7)
On en déduit que (Tn (x))n2N est une suite de Cauchy dans F , qui est complet. Il existe donc un vecteur
que l’on nomme T (x) 2 F tel que Tn (x) ! T (x). En passant à la limite dans
n!+1
8 2 K, 8(x, y) 2 E 2 , 8n 2 N, Tn ( x + y) = Tn (x + y) + Tn (y)
r
on en déduit que T est linéaire. Comme (Tn )n2N est une suite de Cauchy dans L(E, F ), elle est bornée
dans cet espace et donc il existe une constante C > 0 telle que kTn kL(E,F ) C. Par conséquent,
teu
en fixant x 2 E on a kTn (x)kF kTn kL(E,F ) kxkE CkxkE . Comme Tn (x) ! T (x) dans F ,
n!+1
kTn (x)kF ! kT (x)kF et il vient par passage à la limite que 8x 2 E, kT (x)kF CkxkE , soit
n!+1
T 2 L(E, F ). Enfin, pour kxkE 1 on fait tendre q vers +1 dans (2.7) et on obtient
kTp (x) T (x)kF ", pour tout p N.
Par passage au sup en x 2 B E (0, 1) dans le membre de gauche, il s’ensuit que kTn T kL(E,F ) " pour
tout n N , ce qui montre que Tn ! T dans L(E, F ).
n!+1
Au
Exercice 2.48 (Endomorphismes inversibles ; cet exercice est un grand classique à connaître).
1. Soit n 2 N⇤ . Montrer que l’ensemble GLn (R) des matrices inversibles est un ouvert dense de
Mn (R) (muni de sa topologie naturelle).
43. On a mis entre parenthèse car l’inégalité reste valable même sans continuité ; simplement l’inégalité devient alors
triviale car la norme des applications non continue est +1.
44. Et en particulier l’inégalité permet de voir que V U est continue (de norme finie) si U et V sont continues.