Candide - Voltaire, lecture - Une « boucherie
héroïque », ch 3 Par Idoubiya Rachid
Mon credo : Dans la guerre il n’y a que des ruines et des ruinés...
Après avoir quitté le paradis terrestre « Thunder-ten-tronckh »,
Candide fut contrait à passer dans l’armée des Bulgares : il est
témoin d’une guerre dont il ne comprend rien. Voltaire par les yeux
innocents de Candide, tente de montrer la cruauté de la guerre…
Une « boucherie héroïque »
Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les
trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie
telle qu’il n’y en eut en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille
hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes
environ neuf à dix mille coquins qui infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la
raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se
montrait à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un
philosophe, se cacha du mieux qu’il peut pendant cette boucherie héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te deum, chacun dans son
champ, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des faits et des causes. Il passa par-
dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en
cendres ; c’était un village abares que les Bulgares avaient brulés, selon les lois du
droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes
égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles,
éventrées après avoir assouvi les besoins naturelles de quelques héros, rendaient les
derniers soupirs ; d’autres à demi brulées, criaient qu’on achevât de leur donner la
mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.
Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des bulgares ; et
les héros abares l’avaient traité de même.
Extrait du chapitre 3
Lecture analytique 2
Une épopée dans l’enfer ou le point de vue.
1. Compréhension : Où se trouve Candide et que fait-il ?
2. Compréhension : Dans le passage qui va de : « Rien n’était si beau (…) à une
trentaine de mille âmes. », qui rapporte la scène de la guerre : Est-ce le narrateur ou
Candide ? Justifie ta réponse.
3. Compréhension : Relevez de l’extrait ce qui prouve que Candide est émerveillé par
le spectacle de la guerre.
4. Grammaire : Quelle est donc le point de vue adopté dans ce passage ? A- interne B-
externe
C- omniscient ? Justifiez votre réponse.
5. Vocabulaire: a- Définissez le mot épopée et dites si le début de ce passage pourrait
être considéré comme une épopée. b- Justifiez votre réponse à partir de relevés puisés
du texte.
6. Grammaire : L’épopée, telle qu’elle a été présentée par les yeux naïfs de Candide,
se transforme en tragédie. a- Relevez de l’extrait la séquence de la succession
d’actions (la séquence narrative) et les victimes qui en résultent. b- Quel est donc le
temps des verbes qui annonce cette séquence ? c- Faites en un relevé exhaustif.
7. Compréhension : Comment l’épopée s’est-elle transformée en tragédie ? Par : A- le
nombre annoncé des soldats. B- le spectacle cru du massacre des victimes innocentes.
Justifiez la ou les bonnes réponses.
La réalité horrible de la guerre ou les figures de style.
1. Compréhension : Candide a quitté la scène de la guerre. Dans quel village s’était-il
arrêté ?
2. Compréhension : La guerre s’était-elle arrêtée dans le champ de bataille ? Justifiez
votre réponse.
3. Compréhension : a- Quelles sont donc les deuxièmes victimes de
la guerre ? b- Sous forme d’un tableau présente les différentes
victimes :
Des vieillards des femmes des filles d’autres
4. Les figures de style : Voltaire emploie un ensemble de figures rendant compte de la
cruauté de la guerre : a-Définissez : l’Oxymore, la Périphrase, l’Euphémisme,
l’Antiphrase. b-Sous forme d’un tableau relevez et classez ces figures de style à partir
du texte.
l’Oxymore La Périphrase l’Euphémisme L’Antiphrase.
5- Vocabulaire : a. Définissez le champ lexical. b. Relevez le champ lexical relatif au
massacre des civils.
6- Les figures de style : a-Définissez la comparaison. b- Sous forme d’un tableau classez
les différents constituants de la comparaison.
c- Pourquoi « l’élément de comparaison » est-il inattendu ?
L’outil de L’élément de
Le comparé Le comparant
comparaison comparaison
Qui sont les responsables de la guerre ? ou une argumentation implicite.
1. Vocabulaire : Expliquez l’expression suivante : les deux rois faisaient chanter des
Te deum. »
2. Compréhension : Comment Voltaire considère-t-il donc la religion ?
3. Compréhension : Les deux rois ont chanté des Te Deum. Qu’est-ce que cela veut
dire ?
4. Grammaire : Voltaire s’attaque à l’optimisme de Pangloss. Il introduit à trois
reprises le discours de ce personnage. a- Relevez du texte ce qui le prouve. b-
Pourquoi Voltaire introduit-il le discours de Pangloss ?
5. Compréhension : Expliquez l’expression suivante : « selon les lois du droit
public. ».
6. Compréhension : Comment la théorie de l’Optimisme chez le philosophe Leibniz
est-elle attaquée par Voltaire ?
7. Compréhension : Comment Voltaire a-t-il pu réussir à dénoncer les méfaits de la
guerre et comment a-t-il mis le doigt sur les différentes causes de cette
calamité (malheur) ? (Synthèse).
Lecture analytique 2
Correction
Une épopée dans l’enfer ou le point de vue.
1. Compréhension : Candide se trouve dans un champ de bataille. Il assiste à une
guerre entre deux armées : les Abares et les Bulgares.
2. Compréhension : Dans le passage qui va de : « Rien n’était si beau (…) à une
trentaine de mille âmes. », le récit de la guerre est rapporté par Candide, qui voit
d’abord la guerre comme spectacle.
3. Compréhension : Ce qui prouve l’émerveillement de Candide devant le spectacle
de la guerre : 1- l’accumulation des adjectifs attributifs et laudatifs :
« beau », « leste », « brillant », «ordonné » et la répétition ( quatre fois) de l’adverbe
intensif : « si ». Cette première perception visuelle devient auditive par : 2-
l’énumération d’instruments de musique qui deviennent des instruments de guerre :
« Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons …»
4. Grammaire : Le point de vue adopté est : A- interne.
5. Vocabulaire: a- La définition du mot épopée : (nom féminin) Narration poétique
d'actions héroïques. Aventure héroïque. b- Candide perçoit la guerre comme un
spectacle de fête : les instruments de guerre comme des instruments de
musique : « Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons ». Les
soldats comme des héros de spectacle : le mot héros figure trois fois dans le
texte : « boucherie héroïque. » / « les besoins naturelles de quelques héros »/ « les
héros abares ».
6. Grammaire : Je relève de l’extrait la succession d'actions (la séquence narrative) et
les victimes qui en résultent : « Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille
hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ
neuf à dix mille coquins qui infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison
suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. » b- Le temps verbal qui
annonce la séquence de la mort des soldats est : le passé simple. c- Le relevé
exhaustif : « Les canons renversèrent… »/ « …mousqueterie ôta… »/ « La baïonnette
fut… »
7. Compréhension : L’épopée s’est transformée en tragédie : A- par le nombre
annoncé des soldats : « Le tout pouvait bien se montrait à une trentaine de mille
âmes. » B- par le spectacle cru du massacre des victimes innocentes : « Ici des
femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles,
éventrées… »
La réalité horrible de la guerre ou les figures de style.
1. Compréhension : Candide s’était arrêté dans : « un village abare. »
2. Compréhension : –Non, elle s’est répandue jusqu’à dans les villes : « d’abord un
village voisin ; il était en cendres ; c’était un village abare que les Bulgares avaient
brulés. »/ « dans un autre village : il appartenait à des bulgares ; et les héros abares
l’avaient traité de même. »
3. Compréhension : a- Les deuxièmes victimes de la guerre sont
les civiles innocents : les femmes, les filles, les
enfants… : « Ici des femmes égorgées, qui tenaient leurs
enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles,
éventrée. », « …là des filles, éventrées… », « …d’autres
criaient qu’on achevât de leur donner la mort. » b- Les
différentes victimes :
Des vieillards des femmes des filles d’autres
« criaient qu’on
achevât de leur
« criblés de coups » « égorgées » « éventrées » donner la mort. »
4. Les figures de style : Définitions :
L’Oxymore : C’est une figure d’opposition qui rapproche dans un même énoncé deux
termes opposés. L’oxymore ou alliance de mots contradictoires crée un effet de
surprise.
La Périphrase permet de remplacer un mot par d’autres mots pour créer un effet
inattendu. Le mot dans la périphrase est remplacé par une expression qui le caractérise
ou en développe le sens.
L’Euphémisme Figure d’atténuation permettant d’adoucir le langage la brutalité d’une
réalité. On remplace un mot ou une expression désagréable ou cruelle par un mot ou
une expression qui atténue son sens. L’Euphémisme adoucit la réalité.
b-Sous forme d’un tableau relève et classe ces figures de style.
l’Oxymore Périphrase l’Euphémisme Antiphrase.
« …assouvi les « …rendaient les
besoins naturelles derniers soupirs. » /
« boucherie « …assouvi les besoins
de quelques
héroïque » « ôta du meilleur des naturelles de quelques
héros… »/
mondes environ neuf à héros… »/ « les héros
« d’aller raisonner dix mille coquins. » abares l’avaient traité de
ailleurs des faits et même. »
des causes. »
5- Vocabulaire : a- Je définis le champ lexical : C’est un ensemble de mots gravitant
autour d’un même sens. Un champ lexical est un ensemble de termes qui se rapportent
à un même domaine de sens. b- Je relève le champ lexical relatif au massacre des
civils : « femmes égorgées »/ « mamelles sanglantes »/ « filles,
éventrées »/ « cervelles étaient répandues sur la terre »/ «jambes coupés ».
6. Les figures de style : a- La comparaison est une figure d’analogie qui permet
de rapprocher, par l’emploi d’un outil de comparaison deux éléments d’un
même domaine, un élément servant à mesurer un autre : Ex. Ahmed est plus
riche que son frère. Elle peut aussi servir à mettre sur le même plan deux
éléments appartenant à des domaines différents, créant alors une image
inattendue : Ex. « Le soleil est bleu comme une orange » Paul Eluard.
b-
Le comparé Le comparant L’outil de L’élément de
comparaison
comparaison
Un
Candide Philosophe comme La peur
c- Normalement un philosophe, surtout au 18ème siècle, dans lequel les philosophes ont
été persécutés à cause de leurs idées émancipatrices, devrait être courageux. Ici on
remarque un comportement lâche qui est loin de la réaction attendue : la
confrontation. Dans ce sens, le message de Voltaire est clair : Au courage des
philosophes des lumières s’oppose la lâcheté des pseudo-philosophes qui prêchent la
guerre au nom d’un idéal de fanatisme et d’intolérance. Mais, ils quittent au plus vite
les lieux dès qu’il s’agit de dangers qui les menacent.
Qui sont les responsables de la guerre ? ou une argumentation implicite.
1. Vocabulaire : Le « Te deum » est un chant d’action de grâce destiné à remercier
Dieu.
2. Compréhension : Voltaire considère la religion comme complice de l’infamie car
les religieux (de l’inquisition : voir ce mot dans le dictionnaire) considèrent ce
fléau comme l’accomplissement d’une volonté divine.
3. Compréhension : Cela veut dire que les deux rois prennent la religion comme une
justification à la guerre, ou du moins ils la considèrent comme un procédé pour
dissimuler leurs propres ambitions de domination et atténuer aux yeux des victimes
les dégâts causés par les massacres commis.
4. Grammaire : a- Je relève du texte le discours de Pangloss : «… la mousqueterie ôta
du meilleur des mondes. », « La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la
mort… », «… il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des faits et des causes. ». b-
Voltaire introduit le discours de Pangloss pour mettre les rieurs de son côté en
caricaturant le discours de ses adversaires intellectuels. Le discours de Pangloss
devient de ce fait absurde.
5. Compréhension : L’expression suivante : « selon les lois du droit public. » veut dire
que chaque armée a le droit de massacrer les civils de l’armée ennemie.
Compréhension : Voltaire ne considère pas la guerre comme le résultat d’une .6
volonté divine. Il s’attaque à la théorie de l’harmonie préétablie (Voir la théorie du
philosophe allemand Leibniz) qui considère que Tout a un objectif, que Tout vise le
bonheur de l’être humain : Le Mal est nécessaire au triomphe du Bien : « Tout action,
» .tout mal fait partie d’un enchaînement rigoureux de faits qui conduisent à un bien