ENSETE
ENSETE
Février
2017
Public Disclosure Authorized
Ce rapport peut être cité comme suit : Christiaensen, Luc et Patrick Premand (éditeurs), 2017. Vers de meilleurs
emplois et l’inclusion productive : Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté: Un diagnostic de la
situation de l’emploi en Côte d’Ivoire Washington DC, Groupe de la Banque Mondiale.
Cet ouvrage édité contient des chapitres rédigés par des auteurs. Ces chapitres peuvent être cités comme des
contributions au volume édité (voir références du résumé exécutif).
REMERCIEMENTS
Ce rapport de « diagnostic emploi » pour la Côte d’Ivoire, l’un des premiers à répondre à un mandat de l’IDA en Afrique
de l’Ouest, est le fruit d’une collaboration multisectorielle entre différentes unités de la Banque mondiale, y compris
les secteurs protection sociale et emploi, le groupe transversal pour l’emploi, le secteur commerce et compétitivité, le
secteur éducation, le secteur macroéconomie et gestion des finances.
L’équipe chargée du rapport du « diagnostic emploi » a été dirigée par Patrick Premand. Les auteurs et contributeurs
des différents chapitres sont les suivants :
- Patrick Premand et Bienvenue Tien étaient responsables du chapitre 1 « Le défi de la qualité de l’emploi et de
l’inclusion productive en Côte d’Ivoire ». Wael Mansour a contribué à l’analyse des données macroéconomiques,
et Robin Audy à l’analyse des données géographiques.
- Luc Christiaensen et Gabriel Lawin étaient responsables du chapitre 2 « L’emploi au sein de la transformation
structurelle – Perspectives pour la Côte d’Ivoire ». Wael Mansour, Patrick Premand, Bienvenue Tien, et
Amarachi Utah ont contribué à la section sur les projections de la future composition de l’emploi.
- Luc Christiaensen et Gabriel Lawin étaient responsables du chapitre 3 « Maximiser la contribution de
l’agriculture à l’agenda de l’emploi ».
- Bienvenue Tien et Patrick Premand étaient responsables du chapitre 4 « Accroître la productivité dans les
emplois indépendants non agricoles en Côte d’Ivoire ». Kouadio Baya Bouaki a effectué l’analyse qualitative
sur laquelle s’appuie une partie de ce chapitre, tandis que Nathanael Zabé a entrepris un examen de la
littérature et des documents de politiques locaux pour informer le chapitre.
- Trang Thu Tran et Sarah Hebous étaient responsables du chapitre 5 « Tendances et perspectives pour la
création d’emplois formels en Côte d’Ivoire ».
- Laura Ralston et Kebede Feda étaient responsables du chapitre 6 « Éducation, compétences et formation
pour une main-d’œuvre compétitive en Côte d’Ivoire », avec des contributions de Patrick Premand, Hamoud
Wedoud Abdel Kamil et Marina Tolchinsky sur l’apprentissage et les recommandations de politiques.
Azedine Ouerghi a joué un rôle stratégique dans l’élaboration de cette activité et fourni des contributions et conseils à
divers stades du processus. Nous remercions chaleureusement Kathleen Beegle, Yoonyoung Cho, Mary C. Hallward-
Driemeier, Ejaz Syed Ghani et Yannick Saleman pour leurs commentaires sur la note conceptuelle et durant la
préparation du rapport. L’équipe est également reconnaissante à Nabil Chaherli, Cassandra Colbert, Jacques Morisset
et Volker Treichel pour leurs contributions et conseils, ainsi qu’à Ousmane Diagana, Deon Filmer, Pierre Laporte,
Stefano Paternostro, Dena Ringold et Katrina Sharkey pour leurs orientations stratégiques. Nous remercions aussi
JPD Systems pour une traduction de qualité de ce rapport.
Le présent rapport s’inscrit dans un vaste effort analytique, entrepris entre 2013 et 2017 par la Banque mondiale sur
l’agenda de l’emploi en Côte d’Ivoire, qui comprenait une assistance technique aux enquêtes emploi, des évaluations
d’impact de certains programmes d’emploi, l’analyse de nouvelles sources de données sur l’emploi, ainsi que de la
facilitation d’échanges sur l’emploi avec les contreparties gouvernementales. L’activité sur l’agenda de l’emploi a
informé le Diagnostic pays systématique et le Cadre de partenariat pays pour la Côte d’Ivoire, ainsi que le rapport sur
la situation économique récente de la Côte d’Ivoire publié en décembre 2015. Au niveau opérationnel, le travail sur
l’agenda de l’emploi a informé la conception du financement additionnel du Projet emploi jeune et du développement
des compétences (PEJEDEC).
Le rapport du « diagnostic emploi » a été élaboré à travers un dialogue continu avec les autorités ivoiriennes sur
la politique, la stratégie et les programmes d’emploi. Ces échanges ont notamment compris un atelier organisé en
juin 2013, des consultations internes avec l’équipe pays du Groupe de la Banque mondiale en février 2015, la diffusion
en mai 2015 des éléments du Diagnostic pays systématique sur l’emploi et les compétences, des consultations
techniques en février 2016 sur les résultats préliminaires de ce rapport, et des discussions de haut niveau sur la
version finale du rapport en Novembre 2016. Les nombreuses contributions des interlocuteurs locaux au cours de ce
4 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
L’équipe est particulièrement reconnaissante au BCP-Emploi (Bureau de coordination des programmes Emploi) et aux
comités de pilotage et techniques des enquêtes nationales sur l’emploi. Les données micro-économiques sur l’emploi
et auprès des ménages ont été obtenues grâce à une collaboration avec le ministère de la Protection sociale et de
l’Emploi, le ministère de la Promotion de la Jeunesse, de l’Emploi des Jeunes et du Service Civique,l’Institut national
de la statistique (INS), l’Agence d’études et de promotion de l’emploi (AGEPE), et l’Agence emploi jeunes (AEJ). Les
données sur l’apprentissage s’appuient sur une évaluation d’impact du PEJEDEC, menée conjointement avec le BCP-
Emploi et l’AGEFOP (Agence Nationale de la Formation Professionnelle). Nous remercions vivement l’Institut national
de la statistique, en particulier l’équipe de la Centrale des bilans, d’avoir facilité l’accès aux données anonymisées en
panel du recensement des entreprises, utilisées dans le chapitre 5.
Le rapport du « diagnostic emploi » pour la Côte d’Ivoire s’appuie sur le travail effectué sur l’emploi et la création
d’emplois dans les États fragiles et en situation de conflit en Afrique subsaharienne (« Jobs and Job Creation in fragile
and conflict states (FCS) in sub-Saharan Africa »), soutenu par le Fonds fiduciaire coréen pour le développement
économique et la consolidation de la paix dans les pays en transition (P147849), qui a financé l’assistance technique
aux enquêtes sur l’emploi et a permis le démarrage d’analyses complémentaires pour le rapport de diagnostic
emploi, en particulier en appuyant l’élaboration du contenu pour les chapitres 1, 4 et 6. Le traitement des données
complémentaires sur l’agriculture et les entreprises utilisées dans les chapitres 3 et 5 a été rendu possible par une
subvention du Fonds de la Banque mondiale dédié à des investissements pour l’emploi. Ce Fonds est soutenu par
le département du Développement international du Royaume-Uni, par les gouvernements de Norvège, d’Allemagne,
d’Autriche, par l’Agence autrichienne de développement, et par l’Agence suédoise de développement.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 5
12,0
10,0
ABRÉGÉ ET RÉSUMÉ
8,0
EXÉCUTIF
6,0
Après une période de croissance économique jusqu’au milieu 4,0 des années 1990, la Côte d’Ivoire est entrée
dans une décennie de crises politiques et économiques 2,0 au cours des années 2000. Entre 2002 et 2004,
des soulèvements et conflits ont laissé le pays divisé jusqu’à l’Accord de Ouagadougou de 2007, avec de graves
0,0
conséquences pour l’économie, le capital humain, la gouvernance et la cohésion sociale. Les élections présidentielles
de 2010 ont conduit à une crise postélectorale qui a duré jusqu’en
-2,0
avril 2011 et a vu l’économie se contracter de 4,7 %
en 2011. La décennie de crise a porté un coup sévère à l’économie
-4,0 nationale et au niveau de vie, avec en 2012, un
PIB par habitant inférieur de plus de 10 % au sommet atteint au
-6,0
milieu des années 1990 (Figures 1 et 2).
1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 2015
Figure 1 : Taux de croissance du PIB (1994-2015) Figure 2 : PIB par habitant (en dollars EU
constants de 2005)
12,0 1600
10,0 1500
8,0 1400
6,0 1300
4,0 1200
2,0 1100
0,0 1000
-2,0 900
-4,0 800
-6,0 700
1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 2015 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 2015
Depuis
1600 la mi-2011, le pays a retrouvé une stabilité politique et recommencé à exploiter son considérable
potentiel social et économique, ambitionnant de devenir une économie émergente d’ici 2020. La reprise
1500
économique se poursuit à une vitesse rapide et soutenue, et la Côte d’Ivoire achève sa transition entre une situation
1400
post-conflit et un environnement de stabilité politique et économique. Le pays a entrepris un programme ambitieux
de 1300
réformes et d’investissements visant à tirer parti de ses considérables dotations en capital humain, ressources
naturelles
1200
et infrastructures pour stimuler une croissance économique solide, partagée et durable. Depuis la fin de
la crise postélectorale en 2011, la croissance économique a repris grâce à une saine gestion macroéconomique,
1100
combinée à des investissements publics et privés. Le taux de croissance du PIB a été respectivement de 10,7 %,
8,71000
% et 8 % en 2012, 2013 et 2014.
900
En même temps, la Côte d’Ivoire subit des changements démographiques rapides. Comme dans d’autres pays
800
d’Afrique subsaharienne, la croissance démographique ivoirienne entraîne une forte augmentation de la population
jeune
700
(Figure
1994
3). En20002005,2003celle-ci
1997 2006
était2009estimée
2012
à 5,9
2015
millions. À peine dix ans plus tard, elle a grimpé à environ
7,3 millions. La forte augmentation de la population jeune devrait se poursuivre pendant les prochaines décennies,
pour atteindre 9,1 millions en 2025 et 11,3 millions en 20351. Dans l’ensemble, on estime qu’entre 350 000 et
400 000 jeunes rejoignent chaque année la population en âge de travailler (AGEPE et INS, 2014). Cette main-
d’œuvre nouvelle constitue pour le pays une occasion de bénéficier d’un dividende démographique. Toutefois, en
l’absence de meilleures opportunités d’emploi, certains craignent qu’une « jeunesse désœuvrée » puisse représenter
un risque pour le pays.
1 Les chiffres proviennent des estimations de la population établies par les Nations Unies (Perspectives de la population
mondiale : Révision 2012). Le recensement 2014 de la population de la Côte d’Ivoire indique que la population totale est estimée à
22 671 331 personnes, dont 36,2 % âgées de 15 à 34 ans (voir http://www.plan.gouv.ci/accueil.php?page=actu&id=242).
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 7
!
!
! Figure 3 : Pyramides des âges en Côte d’Ivoire, en millions
Note : Les chiffres sont des estimations pour 2005 et des prévisions pour les années suivantes.
Source : Perspectives de la population mondiale : Révision 2012 ; présentation des auteurs
La question de l’emploi, et en particulier l’emploi des jeunes, est une priorité politique majeure en Côte
d’Ivoire. Le Rapport du développement dans le monde 2013 Emplois (Banque Mondiale, 2012) souligne que les
emplois catalysent le développement en soutenant les niveaux de vie, en contribuant à la productivité et en renforçant
la cohésion sociale. Le Diagnostic pays systématique pour la Côte d’Ivoire identifie la création d’emplois de meilleure
qualité comme l’une des principales voies de réduction de la pauvreté et une source de croissance durable (Banque
Mondiale, 2015). La politique nationale de l’emploi 2012-2015 de la Côte d’Ivoire cherche à accroître les opportunités
d’emplois décents afin de contribuer à la réduction de la pauvreté (République de Côte d’Ivoire, 2012). Elle repose sur
trois piliers : i) la stimulation de la croissance économique et la création d’emplois, ii) l’investissement dans le capital
humain et la productivité de la main-d’œuvre, et iii) la rationalisation de la gouvernance de l’emploi. Une stratégie
de relance de l’emploi a par ailleurs été publiée en 2013 pour décrire comment des stratégies sectorielles, mesures
structurelles, des programmes spécifiques et des améliorations du climat des affaires pourraient entraîner la création
d’emplois. Ces documents stratégiques étaient liés à un objectif présidentiel, initialement annoncé afin de créer
200 000 emplois par an, entre 2012 et 2015. Une nouvelle stratégie pour 2016-2020 est en cours de finalisation au
moment de la rédaction de ce rapport.
L’objectif de ce rapport “Diagnostic emploi” pour la Côte d’Ivoire est de fournir une analyse empirique complète
et des éléments factuels solides sur les défis et opportunités pour l’emploi dans le pays afin d’informer les
8 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
stratégies et actions politiques. Le rapport compte six chapitres. Le premier présente une analyse approfondie de
la situation et des tendances de l’emploi en Côte d’Ivoire, fondé sur un large éventail de données, notamment des
enquêtes nationales sur l’emploi et auprès des ménages, collectées par le gouvernement de Côte d’Ivoire (Premand
et Tien, 2017a). Le chapitre 2 analyse ensuite le potentiel relatif des différents secteurs pour procurer des emplois
inclusifs et productifs dans le cadre de la transformation structurelle en cours en Côte d’Ivoire (Christiaensen et Lawin,
2017a). Le chapitre 3 examine comment maximiser la contribution de l’agriculture à l’agenda de l’emploi (Christiaensen
et Lawin, 2017b). Le chapitre 4 aborde le défi de l’accroissement de la productivité dans les emplois indépendants
non agricoles, qui sont susceptibles de devenir la principale forme d’emploi au cours de la prochaine décennie,
même si le secteur salarié formel continue à s’étendre (Premand et Tien, 2017b). Les tendances et perspectives de
développement pour l’emploi salarié dans les entreprises formelles sont abordées plus en détail dans le chapitre 5
(Hebous et Tran, 2017). Les compétences étant identifiées comme une contrainte transversale, le chapitre 6 traite du
rôle de l’éducation, des compétences et de la formation dans la constitution d’une main-d’œuvre plus compétitive en
Côte d’Ivoire (Feda et Ralston, 2017). Les idées et messages clés du rapport sont résumés dans cet abrégé.
Les données récentes sur l’emploi en Côte d’Ivoire révèlent un certain décalage entre la situation de l’emploi
et les orientations des actions dans le domaine de l’emploi. Malgré la reconnaissance par la stratégie de l’emploi
du caractère vaste du défi de l’emploi, y compris de l’emploi indépendant agricole et non agricole où sont employés
la plupart des individus, les problématiques de la réduction du chômage et de la création d’emplois tendent à justifier
de nombreuses actions dans le domaine de l’emploi. Ainsi, la mise en œuvre d’actions concrètes a souvent tendance
à se concentrer sur l’emploi formel, en mettant l’accent sur le nombre d’emplois créés et la réduction du chômage.
Pourtant, le chômage demeure relativement faible et la majeure partie de la main-d’œuvre travaille à son compte, ce qui
signifie qu’elle crée des emplois pour elle-même et génère aussi la plupart de « nouveaux emplois » dans l’économie.
Même si la croissance du secteur salarié moderne est nécessaire à long terme, les projections de la composition
future de l’emploi montrent que, combinée à la rapide croissance démographique, l’étroite base de l’emploi salarié
implique que même une forte croissance de ce secteur n’absorberait qu’une part limitée de la population au cours
de la prochaine décennie. Les pauvres, qui sont moins instruits et vivent souvent dans des zones rurales, ont des
possibilités particulièrement limitées d’accéder à des emplois salariés (formels).
Une plus large stratégie pour l’emploi, centrée sur des « emplois de meilleure qualité » et l’« inclusion
productive » des pauvres, des femmes et des populations rurales, peut s’attaquer plus directement aux défis
centraux de réduction de la pauvreté et de stimulation d’une prospérité partagée à court et moyen terme.
Conformément aux données récentes de la Côte d’Ivoire, aux éléments factuels du Rapport du développement dans
le monde 2013 sur l’emploi, et au Rapport régional sur l’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne (Filmer et coll.,
2014), l’objectif d’une stratégie plus inclusive pour l’emploi pourrait directement viser à améliorer les revenus et la
qualité des emplois dans toutes les occupations, y compris les activités indépendantes agricoles et non agricoles, qui
continueront à occuper la majorité de la population dans un avenir proche. Le présent rapport invite donc à élargir les
discussions sur les politiques de l’emploi pour aller au-delà du nombre d’emplois et du chômage et donc pour accorder
davantage d’attention à la qualité, au caractère inclusif et à la productivité des emplois. Cela inclurait une priorisation
plus forte de la réduction de la pauvreté dans les politiques d’emploi.
Promouvoir des emplois de meilleure qualité qui fournissent des rémunérations plus élevées constitue le
principal défi de l’emploi dans l’avenir proche
L’analyse des données récentes sur le profil de l’emploi en Côte d’Ivoire montre que le plus grand défi de
l’emploi a trait à la qualité, au caractère inclusif et à la productivité des emplois. La figure 4, montre la répartition
de la population en âge de travailler en fonction de l’âge. À mesure que les jeunes achèvent leurs études, leur taux
d’activité augmente progressivement, pour atteindre plus de 80 % à 24 ans et plus de 95 % à 34 ans. La plupart des
jeunes s’insèrent en travaillant à leur compte dans les secteurs agricoles et non agricoles. Les jeunes qui rejoignent la
main-d’œuvre après des études plus longues contribuent à augmenter la part de l’emploi salarié, ainsi que du chômage.
Toutefois, ces phénomènes restent dans l’ensemble d’une ampleur plus faible que les emplois indépendants.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 9
Figure 4 : Transition des jeunes vers la population active, et type d’emploi, par âge
Source : Enquête Nationale sur la Situation de l’Emploi et du Travail des Enfants, ENSETE, 2013 ; représentation des auteurs
Un défi majeur découle de la forte concentration de l’emploi dans des occupations à faible productivité dans
les activités indépendantes agricoles et non agricoles. La figure 5 fournit une image globale de la population
ivoirienne en âge de travailler en Février 2014. Le chômage touche environ 6,7 % des individus de la population
active, et est plus prévalent parmi les personnes les plus instruites en zones urbaines. Un nombre limité d’individus
occupent des emplois salariés non agricoles (19,9 % de la population active occupée), et moins de la moitié d’entre
eux ont des emplois salariés formels, qui sont aussi concentrés parmi les personnes les plus instruites en zones
urbaines. En revanche, la majorité des individus œuvrent dans des activités indépendantes agricoles ou non agricoles
(respectivement 47,5 % et 29,7 % de la population occupée). Presque tous les pauvres et les individus en zone rurale
exercent de telles activités indépendantes. En moyenne, l’emploi indépendant a tendance à avoir une productivité et
des revenus relativement faibles, bien qu’il existe d’importantes variations et opportunités de croissance des revenus
au sein de ces secteurs.
Population en âge
de travailler
(62,5 %)
Occupés Chômeurs
(93,3 %) (6,7 %)
Source : ENSETE 2013, indicateurs basés sur les normes internationales adoptées par le BIT (13th Conference of Labor
Statisticians, CIST, 1982), voir chapitre 1 pour les détails et définitions.
10 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
L’analyse des tendances récentes montre que la prépondérance des emplois de faible qualité et à bas revenu
est en grande partie une question structurelle. Certaines données suggèrent que la part de l’emploi indépendant
non agricole a augmenté pendant la période de crise, tandis que la part de l’emploi salarié formel dans l’économie
a diminué. Malgré ces variations, la structure globale de l’emploi est néanmoins restée relativement stable. Le
processus de transformation structurelle suit son cours en Côte d’Ivoire, mais dans un contexte de très forte évolution
démographique. Dans ce cadre, les prévisions montrent que la structure de l’emploi devrait rester relativement stable
d’ici 2020, dans le sens où la plupart des individus devrait continuer à exercer des activités indépendantes agricoles
et non agricoles, même avec des scénarios de croissance très élevée des secteurs des services ou de l’industrie. Il
est en fait probable que l’emploi indépendant non agricole, en particulier dans les services, devienne le type d’emploi
le plus commun d’ici une dizaine d’années.
Il existe une marge considérable pour des gains de productivité de la main-d’œuvre dans les secteurs où
les pauvres travaillent
Les revenus peuvent augmenter en améliorant la productivité de la main-d’œuvre au sein des secteurs et
en favorisant les transitions de la main-d’œuvre d’un secteur à un autre (transformation structurelle). De
manière générale, les revenus des couches plus pauvres et plus marginalisées de la société peuvent augmenter
soit en accroissant et la productivité dans les secteurs où les pauvres travaillent actuellement (principalement dans
l’agriculture et l’emploi indépendant non agricole) et là où ils vivent (essentiellement dans les zones rurales), soit en
facilitant les transitions vers des secteurs où la productivité de la main-d’œuvre est plus élevée. Les activités agricoles
et informelles sont souvent considérées comme moins productives et les activités non agricoles et formelles comme
plus productives. Favoriser la productivité au sein des secteurs et faciliter les mouvements entre les secteurs requiert
des approches quelque peu différentes.
Quel est le juste équilibre entre ces différentes approches de politique économique pour la Côte d’Ivoire
d’aujourd’hui ? Historiquement, à mesure que les pays se développent, la part de la main-d’œuvre dans l’agriculture
diminue. Elle est d’abord compensée par une augmentation correspondante des activités indépendantes non agricoles
et, à plus long terme, de l’emploi salarié formel. Des tendances similaires de transformation structurelle ont commencé
à apparaître en Côte d’Ivoire et devraient se poursuivre au cours de la prochaine décennie. Ces transformations
s’accompagnent habituellement d’une urbanisation, consécutive à un exode rural, à une urbanisation in situ des
centres ruraux, et à une formalisation des activités. Quel volume de mouvements entre secteurs, dans l’espace et
vers des formes d’emploi plus formelles pourrait être visé aujourd’hui, en particulier avec un objectif de génération
d’emplois de meilleures qualités et plus inclusifs ?
Il peut sembler y avoir un paradoxe des emplois dans l’agriculture. Plus les ménages s’enrichissent, plus la part
de la dépense totale consacrée à la demande alimentaire diminue, de même que la part de l’emploi dans l’agriculture.
Du côté de l’offre, la main-d’œuvre s’avère généralement plus productive en dehors qu’au sein de l’agriculture. Ces
larges écarts de productivité aux stades initiaux du développement et le processus de convergence ultérieur suggèrent
qu’il y a beaucoup à gagner, à favoriser la sortie de certains travailleurs du secteur agricole. Dès lors, quelle peut donc
être la contribution de l’agriculture à l’agenda de l’emploi d’un pays, en dehors du fait de libérer de la main-d’œuvre ?
Ces préoccupations par rapport au potentiel des emplois de l’agriculture doivent être nuancées et ce, tant du
côté de l’offre que de la demande de main-d’œuvre. Du côté de l’offre, de récentes données micros qui ajustent
les efforts de la main-d’œuvre par les différences de capital humain et d’utilisation du temps, indiquent que l’écart de
productivité agricole2 habituellement rapporté sur la base de données macros est exagéré. Cet écart de productivité
est plus de l’ordre d’un facteur de 2 que d’un facteur 6. Cela implique que les gains du mouvement entre secteurs sont
sensiblement moindres que communément avancé, et une part importante de l’écart est expliquée par la saisonnalité
agricole. L’agriculture n’est pas intrinsèquement moins productive. Ces observations valent également pour la Côte
d’Ivoire. La grande hétérogénéité de la productivité de la main-d’œuvre agricole souligne les importantes opportunités
de gains de revenu dans l’agriculture (Figure 6). Enfin, il a été démontré de façon convaincante que la génération
2 Ratio de la valeur ajoutée dans l’agriculture par personne employée principalement dans l’agriculture, sur la valeur ajoutée dans
les secteurs non agricoles par personne employée principalement en dehors de l’agriculture.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 11
de revenus dans l’agriculture réduit davantage la pauvreté, même si les politiques agricoles et les conditions initiales
(telles qu’une répartition équitable des terres) comptent pour assurer que la croissance dans le secteur agricole
favorise l’emploi inclusif et la réduction de la pauvreté. L’accroissement de la productivité de la main-d’œuvre agricole
émerge ainsi comme un autre point d’entrée important des politiques pour augmenter les revenus, au même titre que
l’élimination des obstacles à la migration et l’amélioration de la productivité en dehors de l’agriculture.
0 5 10 15
Logarithme (productivité nette de la main-d’œuvre en 2015)
Note : La productivité nette de la main-d’œuvre est mesurée par la production nette par personne principalement
occupée par an. Dans le secteur de l’emploi indépendant, la production nette est la valeur des bénéfices
annuels.
Source : Calculs des auteurs, Enquête Niveau de Vie des Ménages, ENV, 2015
Malgré les bonnes perspectives de nouveaux emplois et de meilleurs revenus au sein de l’agriculture, sur
la durée, la plupart des emplois seront générés en dehors de ce secteur. Ce sont souvent les jeunes qui sont
enclins à quitter l’agriculture les premiers et en plus grand nombre. Jusqu’ici, le rythme de la sortie des jeunes de
l’agriculture correspond au niveau de développement de la Côte d’Ivoire. Une part importante de la demande de
produits et services non agricoles et donc des emplois non agricoles, en particulier dans les couches les plus pauvres
de la société, viendra d’une croissance agricole généralisée dans les zones rurales (et moins de l’emploi salarié
dans les industries manufacturières modernes). En fait, même durant la période de forte croissance dans les années
suivant la crise post-électorale, la majorité de nouveaux « emplois » générés étaient indépendants (la plupart, dans
12 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
l’agriculture au sein des exploitations familiales). Seule une faible part des nouveaux emplois étaient salariés (et
souvent informels). Beaucoup de nouveaux emplois des jeunes seront indirectement liés à l’agriculture et à l’agro-
industrie. L’accroissement de la productivité de la main-d’œuvre dans les sous-secteurs agricoles sera donc également
nécessaire pour maintenir la compétitivité de l’agriculture par rapport aux autres secteurs non agricoles, afin de retenir
les jeunes, de tirer profit des opportunités d’emplois résultant de la croissance de la demande intérieure et extérieure
de produits agricoles. Cela permettra de séquencer la transition de la main-d’œuvre en dehors de l’agriculture, mais
aussi de stimuler la demande de produits non agricoles et la création d’emplois à l’extérieur des exploitations.
Le développement des zones rurales et des villes secondaires doit encore progresser en Côte d’Ivoire pour
absorber de manière productive la main-d’œuvre quittant l’agriculture. Environ quatre travailleurs ruraux sur cinq
sont engagés dans l’agriculture, ce qui est conforme aux ratios observés dans d’autres pays ayant un même niveau de
développement. Mais seule une très petite (et relativement plus faible) partie de la population rurale (4 %) occupe des
emplois salariés non agricoles, soulignant la limitation des opportunités d’emploi dans l’économie rurale, en ligne avec
le haut degré d’urbanisation de la Côte d’Ivoire. Les ménages ont également tendance à être plus spécialisés, soit
dans l’agriculture soit dans l’emploi indépendant non agricole. Dans ce contexte, l’accès à des emplois indépendants
et salariés à proximité de l’économie rurale et dans les villes secondaires est particulièrement important pour un
emploi de meilleure qualité et plus inclusif.
À quel volume de mouvement entre les principaux types d’emploi peut-on raisonnablement s’attendre en
Côte d’Ivoire ? Les projections indiquent une diminution continue de la part de la main-d’œuvre dans l’agriculture,
principalement contrebalancée par une augmentation de l’emploi indépendant non agricole. Même en adoptant une
vision plutôt pessimiste de la croissance agricole, d’ici 2025, l’emploi salarié devrait toujours rester le type d’emploi le
plus petit par rapport à l’emploi indépendant agricole et non agricole. En fait, selon les projections, l’emploi indépendant
non agricole est susceptible de devenir la principale source d’emploi d’ici 2025. Une croissance plus rapide dans
l’agriculture, résultant de gains de productivité au sein du secteur, ralentirait la sortie de main d’œuvre de l’agriculture
et son entrée dans des activités indépendantes non agricoles.
En résumé, pour relever le défi de promotion de l’emploi inclusif en Côte d’Ivoire, une approche à trois
volets peut être considérée. D’abord, environ deux tiers des pauvres en Côte d’Ivoire vivent en milieu rural et près
de la moitié dans des ménages dont le chef est principalement engagé dans l’agriculture. Ainsi, la modernisation
et l’amélioration de la productivité de la main-d’œuvre dans l’agriculture doivent être un point d’entrée clé pour la
génération d’emplois plus nombreux, de meilleure qualité et plus inclusifs. Deuxièmement, il sera également important
d’élargir les opportunités d’emplois productifs en dehors des exploitations agricoles. La génération de ce type d’emplois
sera plus inclusive et réduira davantage la pauvreté lorsqu’elle a lieu à proximité. Les pauvres sont concentrés dans
les économies rurales et les villes secondaires, attirant l’attention sur le problème posé par la forte concentration
urbaine en Côte d’Ivoire et le faible taux d’emploi rural salarié à l’extérieur des exploitations. L’élargissement des
opportunités d’emploi productif en dehors des exploitations exigera non seulement d’accélérer la création d’emplois
dans les entreprises et l’expansion du secteur formel, mais aussi de mettre en place des politiques pour accroître la
productivité dans les emplois indépendants non agricoles du secteur informel. Enfin, la transformation occupationnelle
est habituellement en retard sur la transformation économique, et un système de protection sociale sera nécessaire
pour les personnes incapables de saisir les opportunités d’accéder à des emplois plus productifs. Une discussion
en profondeur des politiques de protection sociale est au-delà de la portée de ce rapport, même si elle demeure un
élément pertinent d’une approche large de la problématique de l’emploi.
L’amélioration de la productivité de la main-d’œuvre agricole est cruciale pour l’agenda de l’emploi de la Côte
d’Ivoire. Elle s’appuie sur l’avantage comparatif du pays, accroît directement les revenus des pauvres, et
aide à générer une demande de produits et services non agricoles, et par conséquent des emplois en dehors
des exploitations agricoles. Étant donné la part importante de l’emploi dans l’agriculture, même une croissance
rapide des emplois salariés urbains ne suffira pas à absorber tous les nouveaux arrivants dans la population en âge
de travailler. Toutes les stratégies agricoles ne sont toutefois pas aussi efficaces pour générer des emplois inclusifs.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 13
Les cultures d’exportation ne représentent qu’environ un quart de la production agricole totale. Les cultures
vivrières représentent le reste (75 %). L’agriculture ivoirienne est substantiellement orientée vers le marché. Quatre
petits exploitants sur cinq vendent au moins une partie de leur production, et un sur cinq déclare vendre l’ensemble
de ses récoltes. L’agriculture est dominée par les petits exploitants relativement bien dotés en terres. Étant donné
les ratios terre/main-d’œuvre élevés et la faible mécanisation, l’embauche de main-d’œuvre est courante, y compris
des travailleurs migrants, pour combler le manque de main-d’œuvre familiale. Le recours à une main-d’œuvre non
familiale est particulièrement élevé dans le coton, le riz et la noix de cajou (cultivée dans le Nord), dont la production
s’est développée au cours des cinq dernières années.
Les objectifs généraux d’une agriculture qui promouvrait l’agenda de l’emploi seraient d’améliorer la
productivité agricole, la diversification et l’ajout de valeur. Ces dernières années, un début a été constaté sur
chacun de ces fronts. Parmi les cultures vivrières de base, des progrès ont été particulièrement notables dans le riz.
La croissance des rendements a cependant été négative dans d’autres cultures de base (telles que les racines et
tubercules). Cela reflète un relatif manque d’attention à ces cultures par rapport aux cultures de rente. Il s’agit d’un
domaine à considérer, en particulier compte tenu des niveaux de pauvreté plus élevés chez les producteurs de cultures
!
vivrières. Parmi les cultures de rente, la croissance des rendements a également été revitalisée, spécialement dans
le coton et la noix de cajou, indiquant une diversification à côté du cacao, même si la production de café et d’ananas
a diminué.
La solide croissance de la productivité du riz, de la noix de cajou et du coton a permis une diversification de
la gamme des cultures de rente, mais qui ne s’est pas réellement orientée vers des produits à forte valeur.
L’expansion de la production de riz, de coton et de noix de cajou est prometteuse du point de vue de l’emploi (Figure 7).
Le riz émerge en Côte d’Ivoire comme l’une des cultures à plus haute intensité de main-d’œuvre. Les producteurs
de coton et de noix de cajou font le plus large usage d’une main-d’œuvre salariée. Ces deux cultures sont largement
pratiquées dans le nord, où les taux de pauvreté sont les plus élevés. L’expansion de leur production est également
prometteuse pour l’emploi inclusif. Une part croissante des noix de cajou est traitée au niveau local (en particulier dans
la région du centre), créant ainsi des opportunités potentielles d’emplois dans les villes secondaires. La production de
légumes est également à haute intensité de main-d’œuvre, mais son potentiel n’a jusqu’à présent pas été pleinement
exploité. Dans l’ensemble, ces tendances sont prometteuses, mais il reste une marge d’amélioration.
Figure 7 : Les productions de riz et de légumes ont la plus forte intensité de main-
d’œuvre ; le coton et la noix de cajou font largement appel à une main-d’œuvre salariée
!
!!
Les légumes et riz figurent parmi Les légumes et riz figurent parmi
les cultures à plus haute intensité de main-d’œuvre les cultures à plus haute intensité de main-d’œuvre
!
!!
Source : Calculs des auteurs basés sur ENV 2015.
14 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
La grande hétérogénéité des rendements nets par hectare entre les cultures est le signe d’une marge
considérable de gains de productivité. La valeur nette de la production par hectare pour les producteurs du
75e centile est généralement trois à quatre fois plus élevée que celle des producteurs du 25e centile. Après prise
en compte des contributions de la main-d’œuvre et autres facteurs, les résultats montrent également une marge
considérable pour des gains de productivité par une utilisation accrue des intrants modernes. L’utilisation d’engrais
inorganiques est faible et leur rentabilité mérite un examen approfondi. L’utilisation de produits agrochimiques est
relativement plus élevée, mais soulève toutefois des inquiétudes à propos des risques pour la santé et la qualité des
emplois.
Une analyse de la chaîne de valeur du riz met en évidence les défis et opportunités de la croissance à la
fois chez les producteurs et au long de la chaîne de valeur. Ces défis sont similaires dans d’autres chaînes
de valeur. Les acteurs de la chaîne de valeur du riz (producteurs, transformateurs, fournisseurs d’intrants et de
stockage et négociants) sont en général faiblement dotés de ressources productives, sous-équipés, mal formés et
médiocrement organisés et coordonnés. Chez les transformateurs, l’absence d’un approvisionnement suffisant en riz,
ainsi que le coût et les pénuries de l’électricité sont fréquemment mentionnés comme des contraintes majeures. Cela
freine l’investissement et affecte la qualité, des éléments pourtant nécessaires pour concurrencer les importations.
L’utilisation des intrants agricoles et le contrôle de l’eau sont rarement optimaux. Les marges brutes par hectare des
producteurs sont, par conséquent, souvent faibles et hautement variables selon les endroits et les saisons. Le manque
général de profondeur financière au sein de la chaîne, où chaque acteur est confronté à des contraintes de crédit et
s’autofinance largement, est combiné à une mauvaise coordination et à des dispositifs contractuels sous-optimaux
entre les différents acteurs. Une amélioration de l’organisation et de la coordination de la chaîne est nécessaire ; un
défi auquel s’attaque la stratégie nationale de développement du riz.
Plusieurs points d’entrée pour les politiques peuvent être considérés pour maximiser la contribution
de l’agriculture pour l’agenda de l’emploi en Côte d’Ivoire. Tout d’abord, l’appui continu à la croissance de la
productivité dans les cultures à haute intensité de main-d’œuvre de riz, de coton et de noix de cajou peut être complété
par un soutien supplémentaire à d’autres cultures vivrières à haute intensité de main-d’œuvre et cultures à forte
valeur ajoutée. Deuxièmement, les petites exploitations agricoles sont les plus prometteuses pour la génération
d’emplois inclusifs, en particulier parce qu’aucun signe n’indique que les exploitants ivoiriens les plus grands sont
plus efficaces que les plus petits. Il existe une marge considérable pour la modernisation dans les petites exploitations
agricoles, notamment par la mécanisation. En troisième lieu, la Côte d’Ivoire aurait besoin de solides investissements
supplémentaires dans la recherche et le développement agricoles, notamment sur les cultures vivrières de base.
Quatrièmement, les faibles niveaux d’instruction et la médiocre formation des acteurs des chaînes de valeur agricoles
freinent l’innovation technologique. La réhabilitation des centres nationaux d’enseignement et de formation agricoles
pourrait mettre à profit les avancées dans l’accès à l’enseignement primaire et améliorer l’offre d’opportunités
d’acquisition de connaissances et de formation agricole. Enfin, l’amélioration de la sécurité foncière rurale et la levée
des contraintes de financement resteront critiques pour catalyser l’investissement agricole et accroître la productivité,
tant chez les exploitants que dans les entreprises agroalimentaires. Cela nécessitera souvent une approche plus
intégrée des chaînes de valeur où les pouvoirs publics peuvent jouer un important rôle de coordination.
Améliorer la productivité des emplois indépendants non agricoles grâce à un environnement des affaires
plus favorable
Bien qu’elles regroupent une large part des emplois en Côte d’Ivoire, les activités indépendantes non
agricoles sont souvent laissées pour compte dans les stratégies pour l’emploi. En 2014, la part de l’emploi
dans les activités indépendantes non agricoles représentait 29,7 %, contre 47,5 % pour les emplois dans l’agriculture
et 19,9 % pour les emplois salariés non agricoles. Les projections du futur profil de l’emploi en Côte d’Ivoire indiquent
que l’emploi indépendant non agricole est susceptible de devenir la plus importante catégorie d’emploi d’ici 2025. Les
stratégies pour ce secteur en Côte d’Ivoire demeurent toutefois limitées, et souvent concentrées sur la formalisation.
Une stratégie plus claire et plus complète pour la création d’un environnement des affaires favorable et l’accroissement
de la productivité du secteur pourrait participer à assurer des opportunités d’emploi de meilleure qualité pour contribuer
à la réduction de la pauvreté et l’inclusion productive.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 15
La grande majorité des activités indépendantes non agricoles en Côte d’Ivoire opèrent dans le secteur informel,
souvent en marge de la législation existante sur les petites et moyennes entreprises. Les entreprises familiales
non agricoles répondent à la définition légale ivoirienne des microentreprises. Il faut toutefois noter que la plupart
des activités indépendantes non agricoles ne sont pas enregistrées et ne tiennent aucune forme de comptabilité.
En général, ce type d’activité informelle se comporte de manière contre cyclique et peut servir de tampon en cas de
crise ou de choc. En Côte d’Ivoire, le secteur informel a certes connu une expansion pendant les années de crise,
mais il est en grande partie structurel et compte un grand nombre d’entreprises établies depuis plusieurs années. Le
propriétaire type d’une microentreprise non agricole est une jeune femme sans éducation formelle. La majorité des
activités indépendantes non agricoles opèrent dans des activités de service à petite échelle, pour les deux tiers dans
les zones urbaines.
L’emploi indépendant, non agricole n’est pas seulement le résultat du manque d’autres opportunités. Divers
facteurs d’attraction contribuent à l’emploi dans le secteur. En fait, de nombreuses personnes disent préférer
le travail dans ce secteur aux autres possibilités d’emploi. Cette tendance reflète sans doute des opportunités
limitées, en particulier pour les personnes peu éduquées pour lesquelles les emplois salariés formels sont hors de
portée. Manifestement, toutes les personnes ne travaillent pas dans le secteur informel par choix, mais des données
qualitatives et quantitatives viennent quelque peu nuancer la connotation négative souvent associée à ce secteur.
Le fait que beaucoup de personnes trouvent l’emploi indépendant non agricole attrayant est cohérent avec
la grande hétérogénéité dans les revenus et la productivité dans le secteur. Si certains parviennent tout juste
à y survivre, beaucoup y trouvent un meilleur emploi, une source de revenus plus élevés ou une voie de sortie de la
pauvreté. Dans l’ensemble, les entreprises actives des hommes à Abidjan sont les plus productives, alors que celles
opérant en milieu rural le sont nettement moins. Les secteurs relativement à plus forte intensité de capital, tels que le
transport, la vente en gros ou les bars et restaurants, ont également tendance à être plus productifs.
De multiples contraintes freinent la création et le fonctionnement des activités indépendantes non agricoles.
L’analyse de données qualitatives et quantitatives révèle une hiérarchie relativement claire des contraintes. Les
difficultés d’accès au financement sont les plus contraignantes pour les individus opérant dans le secteur. Les
services financiers très limités ou inexistants forcent les (potentiels) entrepreneurs à faire principalement appel à
leurs économies personnelles, à leurs réseaux familiaux ou connaissances pour trouver des financements. L’absence
d’un environnement des affaires sûr ou le manque d’accès aux marchés constituent d’autres freins. De nombreux
entrepreneurs se plaignent par exemple de relations problématiques avec les autorités locales. En dépit des taxes
qu’ils paient, les propriétaires de microentreprises bénéficient de peu de services. Enfin, en ce qui concerne l’instruction
et les compétences, même si une éducation formelle n’est pas nécessairement gage d’une meilleure productivité
dans l’emploi indépendant non agricole, le nombre d’années d’expérience ainsi que des compétences de base en
affaires ont leur importance quand il s’agit de réussir à faire fonctionner une entreprise. Les entrepreneurs du secteur
mentionnent également des difficultés liées aux compétences comportementales, en particulier pour les jeunes.
Plusieurs points d’entrée peuvent être considérés pour établir un environnement des affaires plus favorable
aux activités indépendantes non agricoles. Au niveau des politiques économiques, il n’existe pas de stratégie
nationale consolidée pour le secteur. De nombreuses actions relatives aux entreprises informelles ont tendance à
commencer par se demander comment les « formaliser ». Ces dernières années, la simplification des procédures
de création d’entreprises formelles a contribué à accroître le nombre des petites entreprises enregistrées (voir
chapitre 5). La formalisation ne peut toutefois être considérée comme une fin en soi, en particulier parce que les
expériences internationales sur l’effet des politiques encourageant la formalisation sur la productivité des entreprises
ou les impôts collectés sont assez mitigées : elles montrent que, seule une faible part des entreprises informelles se
formalisent. En fait, de récentes innovations suggèrent que la formalisation peut être encouragée à l’aide de mesures
complémentaires visant à alléger les obstacles à la productivité des entreprises. Dans ce sens, la recherche de
politiques s’attaquant aux contraintes à la productivité peut venir en premier et les tentatives de formalisation plus
tard. Le manque de définition claire des rôles et responsabilités relatifs au secteur constitue un réel défi pour la mise
16 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
en place d’un environnement propice et encourageant pour les activités indépendantes non agricoles en Côte d’Ivoire.
Une multitude d’organismes publics ont des relations avec le secteur, mais bon nombre d’entre eux se concentrent
sur des aspects particuliers, comme par exemple la constitution de registres pour mieux réglementer ou taxer le
secteur. Il y a relativement moins d’attention sur la mise en œuvre de mesures visant l’allègement des contraintes à
la productivité dans le secteur.
De nouvelles actions sont possibles pour lever les multiples obstacles à l’établissement d’un environnement
des affaires plus favorable aux activités indépendantes non agricoles. Une approche en trois étapes peut être
considérée. Tout d’abord, en ce qui concerne les politiques, il serait bénéfique d’élaborer une stratégie pour le secteur
prenant en compte les perspectives des opérateurs indépendants et articulant des mécanismes de coordination et
de redevabilité des organismes publics appelés à traiter avec le secteur. Ensuite, sur le plan de programmation, des
interventions spécifiques peuvent être entreprises en vue d’assouplir les contraintes entravant les micro-entrepreneurs
confrontés à des failles de marché. Faciliter l’accès au financement à travers des mécanismes efficaces est sans
conteste une priorité majeure, suivi de la facilitation de l’accès aux marchés et à des lieux de travail adaptés. En
ce qui concerne les compétences, la portée des interventions visant directement l’offre de formation est peut-être
plus limitée. Il est toutefois envisageable de favoriser l’accès à des formations en affaires ou la mise à niveau des
compétences techniques, par exemple en s’appuyant sur des institutions privées existantes, y compris en dynamisant
l’apprentissage traditionnel répandu pour les jeunes. Dans l’ensemble, les évaluations d’impact au niveau international
indiquent que les interventions intégrées, ciblant conjointement plusieurs contraintes sont les plus prometteuses.
Enfin, étant donné l’hétérogénéité du secteur, la protection sociale peut rester la seule option pour ceux qui ne seraient
pas à même de devenir plus productifs.
Étant donné la meilleure qualité des emplois du secteur moderne formel, l’extension de la taille de celui-ci est
essentielle pour obtenir des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. L’économie ivoirienne se caractérise
par un secteur industriel relativement développé et diversifié pour l’Afrique subsaharienne, mais la compétitivité et le
climat général de l’investissement se sont érodés durant la décennie de crise. L’instabilité politique a longtemps été
classée parmi les principaux obstacles à la conduite des affaires, mais tel n’est plus le cas aujourd’hui. Le pays aspire
désormais à l’émergence et il pourrait profiter des dividendes de la paix pour se focaliser sur d’autres contraintes
limitant la compétitivité et la croissance du secteur privé.
Une analyse au niveau des entreprises révèle que, dans les années qui ont suivi l’accord de Ouagadougou
en 2007, la Côte d’Ivoire a enregistré des avancées continues dans les activités commerciales, l’arrivée de
nouvelles entreprises et la croissance de l’emploi formel. Le nombre total d’entreprises officiellement enregistrées
a plus que triplé entre 2007 et 2012 (figure 8). Par rapport aux autres pays pour lesquels des données sont disponibles,
l’économie formelle ivoirienne a fait preuve d’un certain dynamisme dans la création et la croissance des entreprises :
la création d’emplois est concentrée à la fois dans les entreprises jeunes et les grandes entreprises, soulignant ainsi
l’importance non seulement de l’arrivée de nouvelles entreprises, mais aussi de la croissance de celles déjà en place.
Les tendances de l’emploi au cours du cycle de vie des entreprises suggèrent également que celles-ci s’agrandissent
avec le temps, signe d’un marché relativement fonctionnel.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 17
Source : calculs des auteurs, données de la Centrale des bilans (voir chapitre 5 pour les détails)
L’économie ayant à peine commencé à se rétablir pendant la période couverte par les données en panel
disponibles sur les entreprises, les preuves de changements structurels importants sont encore limitées,
y compris car le nombre initial des entreprises et des emplois formels était relativement bas. Selon les
données de la centrale des bilans, le nombre d’emplois dans le secteur formel est passé d’environ 200 000 en 2003 à
approximativement 300 000 en 2012. En même temps, la magnitude de la création totale d’emplois formels est restée
faible : le nombre le plus élevé d’emplois formels créés au cours d’une année n’est que d’environ 40 000 (figure 9).
Le pays comptant plus de 10 millions de personnes occupées, cela signifie que le potentiel d’absorption d’un grand
volume de main-d’œuvre par le secteur formel est limité à court terme. Comme le souligne également le chapitre 3,
une période soutenue de croissance rapide sera nécessaire dans les secteurs de l’industrie et des services pour que
la part de l’emploi salarié formel dans l’économie augmente de manière significative. En outre, malgré certains signes
de diversification régionale, plus de 90 % des entreprises et emplois formels restent concentrés à Abidjan, créant ainsi
des défis d’inclusivité des emplois formels. En ce qui concerne la production, de nouveaux secteurs tels que le pétrole
et le gaz sont devenus les plus importants contributeurs à la valeur ajoutée, mais leur participation à l’emploi est
négligeable. La concentration persistante de l’emploi dans les activités agroalimentaires, notamment dans l’agriculture
et la transformation, implique que ces secteurs resteront d’importants moteurs de création d’emplois dans un avenir
proche.
Figure 9 : Nombre total d’emplois dans le secteur formel, par an et par secteur
Source : calculs des auteurs, données de la Centrale des bilans (voir chapitre 5 pour les détails)
18 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Les dynamiques des entreprises et de l’emploi formel observées en Côte d’Ivoire font apparaître plusieurs
obstacles à la croissance du secteur formel. Les entreprises, en particulier jeunes et petites, souffrent d’une
rotation élevée de leur personnel et d’un faible taux de survie. Si l’arrivée d’entreprises étrangères semble avoir eu
un effet positif de concurrence, favorisant la survie des entreprises plus productives, l’aptitude des entreprises locales
à concurrencer les entreprises étrangères apparaît malgré tout limitée. Ce constat est le signe de contraintes de
capacité potentiellement importantes. Pour celles qui réussissent à survivre, la croissance de l’emploi est concentrée
dans une poignée d’entreprises, et le taux de croissance est plus élevé parmi les entreprises et secteurs à plus forte
intensité de capital et plus productifs. Cela suggère que l’accès au capital, les capacités de l’entreprise, et la demande
des produits sont des contraintes potentielles à la croissance de l’emploi. En même temps, il existe une hétérogénéité
considérable dans la qualité des emplois, mesurée par les différences de salaires moyens entre les secteurs et selon
la taille des entreprises. Il est intéressant de constater que les moyennes et grandes entreprises ont tendance à payer
des coûts de main-d’œuvre nettement plus élevés, y compris du fait d’une structure organisationnelle comprenant plus
de niveaux hiérarchiques et de postes managériaux. Le coût élevé de la main-d’œuvre très qualifiée peut être un des
obstacles à la croissance des entreprises.
La comparaison de la dynamique des entreprises et du climat des affaires avec d’autres pays indique une
série d’actions politiques potentielles. L’accès au financement est un obstacle, comme l’indiquent les niveaux
relativement faibles d’intensité du capital et le taux élevé de rendement de l’investissement dans les entreprises
ivoiriennes. Dans le secteur formel, les contraintes liées au capital semblent varier fortement selon les secteurs et la
taille des entreprises. Contrairement aux idées reçues, les entreprises les plus petites ne sont pas nécessairement
celles dont l’accès au capital est le plus limité. Au niveau institutionnel, la Côte d’Ivoire a encore une marge de
progression en matière de réglementation de l’accès au financement, en raison de l’absence d’un registre des crédits
ou de mécanismes de partage de l’information sur le crédit, ainsi que d’un registre des garanties mobilières. Des
réformes de l’environnement des affaires dans ces domaines pourraient réduire le coût global des prêts et améliorer
l’accès au financement, en particulier pour les entreprises les plus petites et les moins bien établies. En outre, lutter
contre la corruption et le manque de concurrence dans le secteur des transports contribuera à améliorer l’accès aux
marchés régionaux, en particulier des petites et moyennes entreprises. En effet, à court terme, la croissance de la
demande de produits a plus de chances de provenir des secteurs d’exportation, mais les coûts de transport élevés,
dûs au vieillissement des infrastructures et à l’inefficacité des services logistiques, limitent la capacité des entreprises
ivoiriennes à atteindre les marchés régionaux et mondiaux.
Au-delà des réformes institutionnelles, la Côte d’Ivoire peut également envisager un appui direct, plus ciblé
pour compenser certaines faiblesses du climat d’investissement. Le pays a une longue histoire de forte présence
étrangère et d’entrepreneurs sophistiqués. Il peut tirer parti du récent retour des investissements étrangers pour
maximiser les avantages potentiels des afflux de capitaux ainsi que des retombées en matière d’apprentissage et d’effets
indirects sur d’autres secteurs. Bien que l’État soit occupé à mettre en œuvre un généreux programme d’encouragement
à l’investissement direct étranger, les mesures d’incitation existantes ne sont pas toujours suffisamment ciblées pour
promouvoir la création d’emplois ou les exportations. Les pouvoirs publics pourraient envisager de lier les mesures
incitatives aux secteurs à plus haute intensité de main-d’œuvre ou aux activités des entreprises encourageant le
développement des compétences et des pratiques de gestion, les exportations, ou l’embauche et la passation de
marchés au niveau local. Un appui ciblé peut également être fourni au niveau géographique pour réduire les disparités
régionales existant dans les opportunités économiques et d’emploi.
Enfin, dans les comparaisons internationales, les coûts globaux moyens de la main-d’œuvre en Côte d’Ivoire
figurent parmi les plus bas, mais elle n’est pas aussi compétitive une fois sa productivité prise en compte.
La faible productivité de la main-d’œuvre peut en partie refléter des contraintes pesant sur la demande. Elle peut
également résulter de contraintes du côté de l’offre de compétences : le faible niveau d’instruction et le rendement
convexe de l’éducation peuvent contribuer à la cherté relative de la main-d’œuvre et à l’incapacité des entreprises à
absorber les coûts qui leur permettraient de croître. Ainsi, le dernier chapitre examine plus en détail l’éducation, les
compétences et la formation pour rendre la main-d’œuvre plus compétitive en Côte d’Ivoire.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 19
Pour atteindre son objectif de devenir l’une des principales économies émergentes de l’Afrique subsaharienne
et d’être compétitive au niveau mondial, la Côte d’Ivoire est confrontée à de gros défis pour rendre rapidement
sa main-d’œuvre compétitive. Les années de crise ont affecté la qualité de l’enseignement et sa capacité à inculquer
aux élèves les compétences dont ils ont besoin pour devenir une main-d’œuvre productive. Comme mentionné ci-
dessus et dans le chapitre 5, par rapport à d’autres pays, les salaires ne sont pas nécessairement très élevés dans
le secteur formel. Toutefois, la faible productivité des travailleurs contribue probablement à gonfler le coût relatif de
la main-d’œuvre et peut freiner l’expansion des entreprises formelles. En même temps, comme mentionné dans les
chapitres 3 et 4, l’instruction et les compétences comptent également pour la productivité de l’emploi indépendant
agricole et non agricole, en particulier pour permettre aux individus de saisir des opportunités telles que de nouvelles
technologies ou des pratiques d’affaires modernes. Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire est confrontée au défi urgent de
veiller à ce que les enfants d’aujourd’hui acquièrent les compétences dont la main-d’œuvre de demain aura besoin,
tout en offrant aux travailleurs actuels des possibilités de mettre efficacement à niveau leurs compétences.
La fréquentation de l’enseignement primaire a été négativement affectée par la crise, et la Côte d’Ivoire n’a
pas encore entièrement rattrapé les autres pays de la région. Le taux brut de scolarisation s’est détérioré entre
2002 et 2010. Malgré une certaine reprise après 2008 (et en particulier après 2011) et la décision en 2015 de rendre
l’école obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, le taux de scolarisation ivoirien reste inférieur à la moyenne des pays
en développement de l’Afrique subsaharienne. La scolarisation dans l’enseignement secondaire et supérieur reste
également relativement faible, même si la Côte d’Ivoire atteint la moyenne régionale dans l’enseignement secondaire
et la dépasse dans l’enseignement supérieur. Dans l’ensemble, l’accès à l’éducation varie considérablement au sein
du pays, où le niveau d’instruction des pauvres, des femmes et des habitants des zones rurales reste à la traîne.
La crise post-électorale de 2010-2011 a marqué un tournant dans l’enseignement supérieur du pays, avec
une grave perturbation des cours dans les universités publiques. Depuis 2012, avec la fin de la crise et une
plus grande stabilité, la scolarisation dans l’enseignement supérieur a retrouvé son niveau d’avant la crise, soit
866 inscriptions pour 100 000 habitants. Même si cette performance est plutôt bonne par rapport aux autres pays
francophones de l’Afrique subsaharienne, elle peut encore s’améliorer, en particulier si on la compare à d’autres pays
à revenu intermédiaire. En outre, les disparités liées au genre et aux quintiles de richesse continuent d’exister.
Alors que la Côte d’Ivoire vise à devenir une économie émergente au cours de la prochaine décennie, son
stock actuel de capital humain freine sa compétitivité au niveau mondial. Au vu des tendances historiques de
la scolarisation, le niveau d’instruction reste modeste chez les jeunes ivoiriens en âge de travailler. Plus de 50 % des
jeunes de 15 à 34 ans n’ont pas terminé l’école primaire, et seuls environ 24 % des jeunes en âge de travailler ont
été au-delà du primaire. Le niveau d’instruction est inférieur à celui d’autres économies émergentes, tant en Afrique
(comme le Nigéria) qu’ailleurs (comme l’Indonésie).
La qualité de l’enseignement primaire ivoirien est également inférieure à celle d’autres pays en Afrique
subsaharienne, limitant ainsi les compétences que les élèves peuvent acquérir à l’école. Par exemple, les
élèves de CM2 sont en retard par rapport à ceux d’autres pays francophones de la région (figure 10). Leurs scores
en mathématiques sont particulièrement faibles et moins de 25 % des élèves satisfont les exigences minimales de
compétence. Les scores en français se rapprochent plus du niveau moyen des autres pays, mais moins de 45 %
des élèves atteignent le niveau minimum requis. Étant donné que le système éducatif constitue la principale source
d’acquisition des compétences pour la plupart des individus, une amélioration constante de l’accès à l’enseignement,
ainsi que des avancées rapides dans l’apprentissage par l’amélioration de la qualité des services pédagogiques
seront essentielles à la compétitivité de la Côte d’Ivoire.
20 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Figure 10 : Pourcentage des enfants ayant les compétences minimales requises en français et en
mathématiques en CM2
100 BURUNDI
MATH (% AU DESSUS DU NIVEAU MINIMUM
90
80
SÉNEGAL
70
BURKINA FASO
DE COMPÉTENCE)
60
50 TOGO CAMEROUN
40 Moyenne BÉNIN
30 CONGO
TCHAD
20 CÔTE D’IVOIRE
NIGER
10
0
0 10 20 30 40 50 60 70
FRANÇAIS (% AU DESSUS DU NIVEAU MINIMUM DE COMPÉTENCE)
Source : résultats des évaluations 2014 de PASEC (Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la
confemen) (PASEC, 2016).
Le niveau d’instruction influence à la fois les activités exercées par les individus et leur productivité. Les
personnes plus instruites ont plus de chance de travailler dans le secteur salarié et le taux d’emploi dans l’agriculture
est inversement proportionnel au niveau d’instruction. L’accès à l’emploi salarié est particulièrement limité pour les
femmes, par rapport aux hommes, sauf lorsqu’elles ont un niveau d’études supérieures. L’emploi salarié rémunère
positivement le niveau d’études tant des femmes que des hommes, selon, semble-t-il, des courbes non linéaires
convexes. Dans l’emploi salarié, une forte disparité liée au genre peut être observée dans les profils de rémunération,
les femmes étant nettement moins bien payées que les hommes à tous les niveaux d’études. Dans l’emploi
indépendant non agricole, on constate, par contre, un rendement limité des années d’études supplémentaires, sauf
chez les femmes très instruites qui restent actives dans ce secteur.
Peu d’individus ont des possibilités d’acquérir des compétences après leur sortie du système éducatif. Seuls
12 % de la population en âge de travailler a participé à une formation postscolaire. Les formations fournies par
des prestataires privés sont les plus courantes, notamment l’apprentissage traditionnel, qui représente la source
de formation pour la moitié des individus ayant participé à une formation postscolaire. Alors que l’apprentissage
traditionnel semble accessible et pertinent aux yeux des individus de faible niveau d’instruction, la formation technique
et professionnelle privée et publique attire des groupes plus instruits.
Bien que l’apprentissage informel constitue la principale source de formation postscolaire (en particulier
pour les jeunes peu qualifiés), il est souvent négligé dans les discussions sur les politiques relatives aux
compétences, qui ont tendance à se focaliser sur le système éducatif et les formations dispensées par les
organismes publics. L’apprentissage informel est délivré par des micros et petites entreprises, principalement du
secteur informel. En plus du travail, directement effectué par les apprentis, les employeurs recrutent souvent parmi
ceux-ci. Les maîtres-artisans réclament également souvent des frais aux apprentis si bien que l’apprentissage peut
constituer une source de revenus pour les entreprises. Celles-ci considèrent les compétences comportementales
comme les traits les plus importants recherchés chez les jeunes, ainsi que les plus difficiles à trouver. Un grand
nombre d’apprentis abandonnent d’ailleurs avant la fin de leur formation. Même si l’apprentissage informel présente
une série de déficiences apparentes, les interventions publiques doivent trouver un juste équilibre entre la volonté
d’améliorer la qualité de la formation et le risque de créer des distorsions pour cette source importante de formation
privée pour les jeunes peu qualifiés du secteur informel.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 21
La Côte d’Ivoire est confrontée au défi de la refonte rapide de son système éducatif pour affecter le flux des
jeunes entrant dans la population active. Les projections du niveau de capital humain en Côte d’Ivoire montrent
que parvenir à l’enseignement primaire universel (Objectifs millénaire pour le développement (OMD) n° 2) d’ici 2020
réduira de 12 points de pourcentage (de 23 % à 11 %) l’incidence des jeunes entrant dans la main d’œuvre sans avoir
terminé le cycle primaire et éliminera la part de ceux sans aucune instruction d’ici 2025. Si les OMD sont atteints d’ici
2020, la proportion des jeunes diplômés du secondaire ou de l’enseignement supérieur augmentera. En même temps,
il est essentiel et urgent d’améliorer la qualité des services éducatifs de base. Pendant que l’accès à l’enseignement
fondamental et sa qualité continueront à s’améliorer, la Côte d’Ivoire peut également se préparer à mettre en place un
système d’enseignement supérieur plus performant et à plus forte capacité.
Assurer des opportunités de mise à niveau des compétences aux jeunes et aux adultes déjà sortis du système
éducatif est un défi, étant donné que bon nombre d’entre eux démarrent avec un faible niveau d’instruction.
Pour ce sous-groupe, le rôle de l’intervention publique n’est pas nécessairement de fournir directement des formations.
Il est également envisageable de faciliter l’accès aux formations privées existantes et d’en améliorer la qualité. Il
devrait notamment être possible d’exploiter les mécanismes d’apprentissage informel (au lieu de les remplacer), ou de
mieux calibrer le système de formation professionnelle actuellement pas toujours adapté à la population peu qualifiée
pourtant souvent peu desservie. En plus des compétences techniques, des moyens d’améliorer les compétences
en affaires et les compétences comportementales peuvent également être considérés, tant au sein qu’en dehors du
système éducatif. Ensemble, ces stratégies pourront produire le capital humain fondamentalement nécessaire pour
assurer la compétitivité et catalyser l’émergence de la Côte d’Ivoire.
22 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Références
AGEPE et INS. 2014. «Rapport Descriptif sur la Situation de l’Emploi.» Enquête Nationale sur la Situation de l’Emploi
et du Travail des Enfants (ENSETE2013). Agence d’Études et de Promotion de l’Emploi de l’Institut National de la
Statistique: Abidjan, Côte d’Ivoire. http://www.ins.ci/n/documents/enquete_emploi/Enqute%20Emploi%202013.pdf
Banque Mondiale. 2012. Rapport sur le Développement dans le Monde 2013: Emplois. New York: Oxford University
Press.
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Côte d’Ivoire.
Christiaensen, Luc et Gabriel Lawin. 2017a. “L’emploi au sein de la transformation structurelle – Perspectives pour
la Côte d’Ivoire.” dans Christiaensen, Luc et Patrick Premand (éditeurs), 2017. Emploi, Productivité et Inclusion pour
Réduire la Pauvreté: Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire. Washington DC, Groupe de la Banque
Mondiale.
Christiaensen, Luc et Gabriel Lawin. 2017b. “Maximiser la contribution de l’agriculture à l’agenda de l’emploi.” dans
Christiaensen, Luc et Patrick Premand (éditeurs), 2017. Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté: Un
diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire. Washington DC, Groupe de la Banque Mondiale.
Feda, Kebede et Laura Ralston. 2017. “Éducation, compétences et formation pour une main-d’œuvre compétitive en
Côte d’Ivoire.” dans Christiaensen, Luc et Patrick Premand (éditeurs), 2017. Emploi, Productivité et Inclusion pour
Réduire la Pauvreté: Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire. Washington DC, Groupe de la Banque
Mondiale.
Filmer, Deon; Fox, Louise; Brooks, Karen; Goyal, Aparajita; Mengistae, Taye ; Premand, Patrick; Ringold, Dena;
Sharma,Siddharth ; Zorya, Sergiy, 2014. Youth Employment in Sub-Saharan Africa. Africa Development Series,
Washington DC, World Bank.
Hebous, Sarah et Trang Thu Tran. 2017. “Tendances et perspectives pour la création d’emplois formels en Côte
d’Ivoire.” dans Christiaensen, Luc et Patrick Premand (éditeurs), 2017. Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire
la Pauvreté: Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire. Washington DC, Groupe de la Banque Mondiale.
Premand, Patrick et Bienvenue Tien. 2017a. “Le défi de la qualité de l’emploi et de l’inclusion productive en Côte
d’Ivoire.” dans Christiaensen, Luc et Patrick Premand (éditeurs), 2017. Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire
la Pauvreté: Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire. Washington DC, Groupe de la Banque Mondiale.
Premand, Patrick et Bienvenue Tien. 2017b. “Accroître la productivité dans les emplois indépendants non agricoles
en Côte d’Ivoire.” dans Christiaensen, Luc et Patrick Premand (éditeurs), 2017. Emploi, Productivité et Inclusion pour
Réduire la Pauvreté: Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire. Washington DC, Groupe de la Banque
Mondiale.
Les micro-données sur la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire sont restées assez rares jusqu’à récemment.
Cette situation a restreint les possibilités de diagnostic des défis de l’emploi dans le pays, tout comme l’analyse des
tendances passées et l’évaluation des perspectives d’avenir. Les efforts récents des pouvoirs publics pour produire
plus régulièrement des statistiques sur l’emploi permettent de donner une image plus claire de la situation de l’emploi en
Côte d’Ivoire. Les enquêtes représentatives sur l’emploi réalisées à l’échelle nationale en octobre 2012, février 2014 et
janvier-mars 2015 fournissent des micro-données fiables et récentes sur la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire (voir
Encadré 1.1 sur les sources de données). Ce chapitre commence par décrire la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
et met en évidence ses implications pour les politiques d’emploi. Il ne cherche pas à reproduire les nombreuses
statistiques sur l’emploi déjà disponibles dans les rapports descriptifs d’enquête,3 mais il porte principalement sur
les aspects les plus pertinents en termes de politique. En se fondant sur le cadre du rapport régional sur l’emploi
des jeunes en Afrique subsaharienne (Filmer et coll., 2014), ce chapitre analyse les tendances de l’emploi dans les
principaux types d’emploi, notamment l’agriculture, l’emploi indépendant non agricole et l’emploi salarié.
Ce rapport utilise plusieurs enquêtes représentatives à l'échelle nationale sur l’emploi et les conditions de vie
des ménages en Côte d'Ivoire. Il inclut trois enquêtes sur les conditions de vie des ménages collectées en 2002,
2008 et 2015, ainsi que des enquêtes sur l’emploi collectées en 2012 et 2014.
Les enquêtes sur le niveau de vie des ménages (ci-après ENV2002 et ENV2008) sont des enquêtes traditionnelles
auprès des ménages. Elles présentent quelques limitations pour obtenir des données complètes sur l’emploi,
mais contiennent des modules qui permettent d’analyser l’emploi et d’obtenir une série de statistiques clefs
comparables à travers le temps.
Le gouvernement a fourni des efforts importants pour collecter des données régulières sur l’emploi ces
dernières années. Des enquêtes sur l’emploi, représentatives à l'échelle nationale ont été collectées en octobre
2012 (EEMCI 2012) et en février 2014 (ENSETE 2013). Ce rapport se fonde principalement sur cette dernière
enquête, en particulier pour produire des informations sur la situation récente de l’emploi, ainsi que pour
construire une série de statistiques comparables à travers le temps. L’enquête comprend des informations
détaillées sur l’emploi au niveau individuel, ainsi que des modules au niveau des ménages sur les activités
génératrices de revenu non agricoles, l’agriculture et l’élevage. L’enquête devait être collectée fin 2013, raison
pour laquelle elle est nommée enquête emploi 2013 (ENSETE 2013), mais la collecte a finalement eu lieu en
février 2014. Une nouvelle enquête sur l’emploi réalisée en 2016 est en cours de traitement au moment de la
finalisation de ce rapport.
Enfin, une enquête sur le niveau de vie des ménages a été collectée en janvier-mars 2015 (Enquête niveau de
vie des ménages - ENV2015) en vue de mettre à jour les statistiques de pauvreté et autres indicateurs socio-
économiques. Le questionnaire contient des modules sur l’emploi, les génératrices de revenu non agricoles,
l’agriculture et l’élevage, permettant ainsi de construire des indicateurs clefs d’emploi, même si quelques
problèmes de comparabilité demeurent avec l’enquête emploi.
Une certaine confusion affecte parfois les débats politiques et les discussions publiques sur le thème de
l’emploi dans les pays en développement. De nombreuses définitions formelles dans le domaine de l’emploi servent
à caractériser un marché du travail où des individus cherchent des emplois salariés et des employeurs en fournissent.
Ces définitions ne sont pas bien adaptés dans un contexte où prédomine l’emploi indépendant dans les activités
agricoles et non agricoles, et où relativement peu de personnes ne travaillent pas du tout et se concentrent sur la
recherche d’un emploi salarié. Le rapport du diagnostic emploi se fonde sur les définitions internationales officielles de
l’emploi telles qu’elles ont été adoptées par la Côte d’Ivoire4. L’Encadré 1.2 ci-dessous fournit la définition des termes
utilisés dans ce rapport. Conformément aux normes internationales, une personne est considérée en emploi si elle a
travaillé au moins une heure au cours des sept jours précédant l’enquête. Une personne est considérée au chômage
quand elle a travaillé moins d’une heure au cours des sept jours précédant l’enquête, elle recherche activement un
emploi et elle est disponible pour travailler dans les 15 jours suivant l’enquête.
La répartition entre emplois salariés, emplois indépendants non agricoles et emplois agricoles ou le niveau
de rémunération et de productivité de ces types d’emplois constituent des indicateurs de la situation de
l’emploi plus instructifs que le chômage. En conséquence, au lieu de se concentrer sur les niveaux de l’emploi
et du chômage, ce chapitre analyse la composition de l’emploi en distinguant trois principales catégories : l’emploi
indépendant dans le secteur de l’agriculture, l’emploi indépendant dans les secteurs non agricoles et l’emploi salarié.
Fait important, le sous-emploi en Côte d’Ivoire ne se caractérise pas tant par le nombre de personnes travaillant un
nombre d’heures limité (sous-emploi en fonction des heures travaillées), que par un grand nombre de personnes
travaillant dans des activités à bas revenus (sous-emploi en fonction des revenus).
Après analyse du profil de l’emploi en Côte d’Ivoire, ce premier chapitre examine des indicateurs comparables
dans le temps qui permettent d’analyser les tendances récentes de l’emploi depuis la période de crise jusqu’au
récent redressement. Ce chapitre analyse les données recueillies à partir des enquêtes auprès des ménages
menées en 2002 et 2008, ainsi que les enquêtes emploi 2012 et 2013 (collectées respectivement en octobre 2012 et
février 2014) et de l’enquête nationale auprès des ménages de 2015. Ces cinq enquêtes sont des sources de données
représentatives de qualité qui fournissent des informations détaillées sur l’emploi des individus. En analysant les
tendances entre 2002 et 2015, le chapitre décrit les changements démographiques en Côte d’Ivoire dans la population
en âge de travailler et dans la main-d’œuvre, et analyse les changements intervenus dans la composition de l’emploi
dans les principaux secteurs.
Les termes utilisés dans ce rapport reposent sur les définitions officielles de l'emploi adoptées par la Côte
d'Ivoire. Plus précisément, ce rapport utilise les normes et définitions statistiques de l'emploi adoptées lors
de la 13e Conférence internationale des statisticiens du travail (CIST) tenue en 1982, normes ajustées lors de
la 19e Conférence internationale des statisticiens du travail tenuew en 2013. Une des conséquences de cet
ajustement est que certains nouveaux indicateurs d'emploi ne peuvent pas être construits rétroactivement pour
les années précédentes. L'Encadré 1.3 souligne quelques différences existant entre les anciennes et nouvelles
normes des statistiques de l'emploi.
Conformément aux définitions officielles, la population en âge de travailler est répartie en deux catégories :
active et inactive. La population active (ou main-d'œuvre) est divisée ensuite en personnes employées (ou
« en emploi ») et personnes au chômage. Une personne est considérée en emploi si elle a travaillé au moins
une heure au cours des sept jours précédant l'enquête. Une personne est considérée au chômage quand elle
a travaillé moins une heure au cours des sept jours précédant l'enquête, elle est activement à la recherche
d'un emploi et elle est disponible pour travailler dans les quinze jours suivant l'enquête. Dans ce rapport, la
population active en emploi est subdivisée en trois catégories principales : emploi salarié, emploi indépendant
dans le secteur agricole, emploi indépendant dans les secteurs non agricoles. La définition des principaux
termes utilisés dans le présent rapport est fournie ci-dessous.
4 http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---stat/documents/publication/wcms_234124.pdf
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 25
Autres types d'emploi Personne en emploi qui ne peut être incluse dans l'une des catégories précédentes,
par exemple les personnes bénévoles, les stagiaires ou les apprentis.
Activité indépendante Entreprise familiale (ou individuelle) non agricole ou activité de production
(ou entreprise familiale exercée par les membres du ménage. (Elle n'est pas nécessairement
familiale) non agricole située physiquement dans l'unité de logement du ménage.)
Emploi formel Personne employée dans le secteur public ou privé ayant déclaré être salariée et
disposant d'un contrat écrit ou oral.
Emploi salarié formel Personne employée ayant déclaré être salariée dans la fonction publique ou une
public entreprise parapublique ou une organisation internationale.
Emploi salarié formel Personne employée ayant déclaré être salariée, avec un contrat oral ou écrit,
privé dans une entreprise privée.
Emploi salarié Personne en emploi ayant déclaré être rémunérée pour son travail et n'appartenant
informel privé pas aux catégories d'emploi salarié formel public ou privé.
Note : a. Cette définition de la population en âge de travailler diffère de la définition internationale et reflète la définition
adoptée par la Côte d'Ivoire qui ne fixe pas de limite supérieure.
Source : Banque mondiale (RDM, 2013 ; Manuel de référence SHIP, 2011) ; BIT (CIST, 1982) ; Présentation des auteurs
26 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Les définitions internationales officielles des statistiques de l'emploi ont été révisées en 2013. Dans le but
d’assurer la comparabilité des statistiques, ce rapport se fonde sur les statistiques d'emploi reposant sur les
définitions utilisées pendant les 30 années précédentes. Plus précisément, ce rapport est basé sur les normes
des statistiques de l'emploi adoptées à la 13e Conférence internationale des statisticiens du travail (CIST) tenue
en 1982, qui a produit les définitions officielles de base utilisées par le BIT jusqu'en 2013. De nouvelles normes
des statistiques de l'emploi ont été proposées à la 19e Conférence internationale des statisticiens du travail
tenue en 2013, mais des indicateurs d'emploi selon les nouvelles normes ne peuvent pas être systématiquement
calculés pour les années antérieures à 2013 et ces nouvelles normes ne sont pas encore appliquées de manière
large ou robuste (voir par exemple discussion dans le chapitre 3, Encadré 3.1, sur les défis de l’application des
nouvelles normes dans le secteur agricole). Comme ce rapport vise dans son ensemble à mettre l'accent sur les
grandes tendances de la composition de l'emploi en Côte d'Ivoire, l'utilisation dans ce contexte des anciennes
ou des nouvelles normes ne change pas les principaux messages politiques du rapporta.
La 19e Conférence internationale des statisticiens du travail, tenue en 2013, a recommandé l'adoption de
nouvelles normes internationales pour les statistiques de l'emploi. Les figures B1 et B2 illustrent la structure
de l'emploi en Côte d'Ivoire en février 2014 selon les anciennes et les nouvelles normes. Dans les deux cas,
la population se compose des personnes âgées de moins de 14 ans et des personnes en âge de travailler.
Cependant, la décomposition de la population en âge de travailler diffère selon les normes utilisées.
Selon les anciennes normes, la population en âge de travailler est décomposée en population active (ou main-
d'œuvre) et population inactive (hors main-d'œuvre). La population active (ou main-d'œuvre) est à son tour
décomposée en population en emploi et population au chômage. Une personne est considérée en emploi si
elle a travaillé au moins une heure au cours des sept jours précédant l'enquête. Une personne est considérée
au chômage quand elle a travaillé moins d'une heure au cours des sept jours précédant l'enquête, elle est à la
recherche d'un emploi et elle est disponible pour travailler dans les 15 jours suivant l'enquête.
Les nouvelles normes des statistiques de l’emploi ont apporté certaines modifications à ces définitions. Selon
ces nouvelles normes, les personnes en âge de travailler se répartissent en main-d’œuvre et personnes hors
main-d’œuvre. Comme auparavant, la main-d’œuvre est ensuite décomposée en population en emploi et
population au chômage. Cependant, certaines nuances sont introduites dans la composition de la population
hors main-d’œuvre. Plus précisément, la population hors main-d’œuvre comprend désormais les personnes qui
cherchent du travail, mais ne sont pas disponibles immédiatement (main-d’œuvre potentielle), les personnes
qui sont au travail, mais pas en emploi, et d’autres personnes classées hors main-d’œuvre.
Bien que cette décomposition semble similaire à celle des anciennes normes, elle a d’importantes conséquences
pour la composition de la population active (main-d’œuvre). Selon les nouvelles normes, les personnes exerçant
des activités non rémunérées ou « pour leur propre usage» (par exemple, les agriculteurs de subsistance qui
cultivent exclusivement pour leur propre consommation) et considérées auparavant en emploi, et donc faisant
partie de la population active (définition des anciennes normes), sont considérées selon les nouvelles normes
comme étant hors main-d’œuvre. Une nouvelle catégorie de personnes « au travail, mais pas en emploi » est
créée et fait maintenant partie de la population hors main-d’œuvre. C’est pourquoi la taille de la main-d’œuvre
selon les nouvelles normes est plus faible qu’elle ne l’était selon les anciennes normes. Par conséquent, le
taux de chômage est également modifié, car il dépend de la taille de la main-d’œuvre. (À la fois le numérateur
et le dénominateur du taux de chômage peuvent changer, donc le taux peut augmenter ou diminuer quand
les nouvelles normes sont appliquées.) Dans ce contexte, les anciennes et nouvelles normes ne sont pas
comparables.
L’encadré 3.1 fournit des informations supplémentaires sur les défis d’appliquer les nouvelles normes au secteur
agricole.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 27
Figure B1 : Décomposition de la population en âge de travailler selon les anciennes normes des
statistiques de l’emploi en Côte d’Ivoire (février 2014)
Population
Personnes en âge de
Personnes âgées de travailler
moins de 14 ans
(62,5%)
En emploi Au chômage
(93,3%) (6,7%)
Figure B2 : Décomposition de la population en âge de travailler selon les nouvelles normes des
statistiques de l’emploi en Côte d’Ivoire (février 2014)
Population
La population en âge de travailler est très jeune en Côte d’Ivoire. Elle était estimée en février 2014 à 62,5 % de
la population totale. Plus de 60 % de la population en âge de travailler est composée de jeunes âgés de 15 à 34 ans
(35,1 % des 15-24 ans et 25,2 % des 25-34 ans). Les personnes âgées de plus de 35 ans représentent 39,7 % de la
population en âge de travailler, et ceux de plus de 65 ans moins de 4 %.
La Côte d’Ivoire se caractérise aussi par un fort taux d’activité. En février 2014, 76,8 % de la population adulte était
active. Le taux de participation atteignait 85 % dans les zones rurales, un taux beaucoup plus élevé que dans les zones
urbaines (68 %). Les personnes inactives (classées en dehors de la main d’oeuvre) incluent principalement les jeunes
qui n’ont pas encore quitté l’école, particulièrement en milieu urbain, ainsi que les personnes âgées (Tableau 1.1).
Tableau 1.1 : Inactivité par tranche d'âge, genre et lieu de résidence (%)
Genre Résidence
Total
Tranche d'âge Hommes Femmes Urbaine Rurale
14-24 44,3 43,9 44,8 57,8 28,9
25-34 9,9 5,0 15,0 14,1 6,3
35-64 9,4 3,9 15,3 12,1 7,5
65+ 44,0 34,1 54,4 56,8 38,9
Ensemble 23,2 19,3 27,2 32,1 15,4
Source : ENSETE 2013 ; Calcul des auteurs
Les taux de participation sont relativement plus bas pour les femmes que pour les hommes. Dans leur
ensemble, 27,2 % des femmes adultes sont inactives, un taux beaucoup plus élevé que celui des hommes adultes,
19,3 %. Les différences entre les genres sont particulièrement fortes pour les femmes entre 25 et 34 ans et au-dessus,
c’est-à-dire après que les jeunes ont quitté l’école. Les femmes sont confrontées à des contraintes supplémentaires
pour participer à la vie active, y compris celles liées à la fécondité et aux charges familiales.
Le taux de chômage est relativement bas Côte d’Ivoire. Le chômage n’affecte qu’une partie relativement faible des
adultes de la population active (6,7 %). Le chômage est officiellement défini comme la part des personnes de la population
active qui ne travaillent pas, recherchent un emploi et sont disponibles pour travailler. Dans ce sens, le chômage est un
concept qui s’applique principalement à un marché du travail formel d’emplois salariés. En tant que tel, le chômage est
très faible dans les zones rurales (3 %), où le marché du travail formel est étroit et la plupart des personnes occupent un
emploi indépendant. De façon générale, la grande majorité de la population active est engagée dans une certaine forme
de travail, mais beaucoup sont employés dans des activités à faible productivité (comme décrit plus loin).
100%
80%
60%
40%
20%
0%
14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34
5 En plus des inactifs non scolarisés et hors formation, les NINI incluent également les personnes au chômage.
60% 73,8
83,5
20% 36,9
26,2
16,5
0%
Figure 1.2 : La majorité des personnes Figure 1.3Tous: L’inactivité décroîtHommes
avec l’âge,Femmes
quand
inactives sont encore à l’école, en particulier les jeunes achèvent la transition de l’école vers le
les hommes monde du travail
Inactifs et Non à l'école Inactifs et à l'école Inactifs et Non à l'école Inactifs et à l'école
63,1
60% 73,8 60%
83,5 86,1
95,0 96,8
40% 40%
63,8
Source : Calcul des auteurs ; ENSETE 2013 Source : Calcul des auteurs ; ENSETE 2013
Non seulement les femmes sont plus susceptibles d’être inactives que les hommes, mais elles ont aussi un
Inactifs et Non à l'école Inactifs et à l'école
taux de chômage supérieur. Les femmes enregistrent des taux plus élevés de chômage (9,4 %) que les hommes
100% 3,2
(4,5 %). Dans leur ensemble, 66 % des 5,0 femmes adultes ont un emploi. Ce taux est beaucoup plus faible que celui des
hommes,
80%
77 %. Elles doivent
36,2 non seulement franchir les obstacles à leur entrée dans la population active mais, une
fois dans la population active, franchir également les obstacles pour accéder à l’emploi, y compris en termes de choix
d’activité,
60% comme décrit ci-dessous.
86,1
95,0 96,8
La40%prévalence du chômage est également plus élevée dans la population la plus jeune, et en particulier dans
63,8
les zones urbaines. Bien que le niveau du chômage reste faible par rapport aux niveaux internationaux, le taux de
20%
chômage est relativement plus élevé pour les jeunes, atteignant 7,9 % de la main-d’œuvre pour les 25-34 ans et
13,6 % pour
13,9le même groupe d’âge en zones urbaines (Tableau 1.2).
0%
Entre 14et 24 ans Entre 25 et 34 ans Entre 35 et 64 ans 65 ans et plus
Un aspect souvent négligé est que l’inactivité et le chômage ont tendance à se concentrer dans les groupes
relativement plus aisés. Les taux d’inactivité et de chômage sont les plus bas dans la partie inférieure de la
distribution des richesses (Figure 1.4)6. Moins de 3 % des pauvres du quintile inférieur de richesse sont au chômage,
et seuls 16 % sont inactifs. Les plus pauvres vivent principalement dans les zones rurales et sont occupés dans un
emploi ou un autre. La plupart ne peuvent pas se permettre d’être au chômage et le concept de « recherche d’emploi »
sous-tendant la définition du chômage n’est pas aussi pertinent dans des contextes où domine l’emploi indépendant, y
compris dans les zones rurales. Par opposition, les taux d’inactivité et de chômage augmentent régulièrement avec la
distribution des richesses. Moins des deux tiers de la population du quintile supérieur de la distribution de la richesse
sont actifs, en partie du fait de la participation scolaire plus élevée dans ces groupes. Dans le même temps, 11,6 %
de la population active sont au chômage dans ce groupe.
6 Les enquêtes sur l'emploi n'incluent pas la mesure de la consommation ou du bien-être. Pour analyser la répartition de l'emploi,
la présente figure utilise l'indice des actifs des ménages.
30 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Au chômage Inactifs
40,0
33,8
30,0
25,0
21,6
20,0 18,0
16,1
11,6
9,1
10,0 5,6
5,3
2,7
0,0
Q1(Les plus Q2 Q3 Q4 Q5(Les plus riches)
pauvres)
Les taux de chômage sont plus élevés chez les personnes les plus instruites, bien que la majorité des chômeurs
ait un faible niveau d’éducation. Les taux de chômage sont relativement plus élevés chez les personnes qui ont
terminé le cycle de l’enseignement secondaire ou tertiaire (Figure 1.5). Les jeunes qui ont atteint les niveaux les plus
élevés de réussite scolaire tendent à vivre en ville et à provenir de familles plus aisées et peuvent parfois se permettre
de rechercher plus longtemps un emploi. Il est cependant, important de noter que relativement peu de personnes
atteignent ces hauts niveaux d’enseignement et que la majorité des chômeurs ont un niveau de scolarisation inférieur
à l’enseignement secondaire.
Figure 1.5 : Inactivité et chômage sont relativement plus élevés chez les personnes ayant
terminé les cycles d’éducation primaire et secondaire
Au chômage Inactifs
38,6 38,1
40,0
31,1
30,0 25,4
18,1 15,8
20,0 14,9 13,3
7,3 7,7 9,6
10,0 4,0
0,0
Sans instruction Enseignement primaire Enseignement primaire Enseignement Enseignement Enseignement post-
incomplet complet secondaire inférieur secondaire supérieur secondaire
complet complet
Bien que le taux de chômage soit relativement faible, les personnes au chômage restent longtemps sans
emploi. Les données de l’enquête sur l’emploi de 2014 montrent que plus de 3 chômeurs sur 4 sont des chômeurs
de longue durée, c’est-à-dire sans emploi depuis plus d’un an. Cette situation concerne tous les chômeurs quels que
soient le genre, la tranche d’âge, le lieu de résidence et le niveau d’éducation (AGEPE et INS 2014).
La main-d’œuvre est relativement mobile en Côte d’Ivoire.7 Près de la moitié des individus dans la main-d’œuvre
ont migré à un moment dans leur vie, y compris 42 % des individus qui viennent en zones urbaines et 58 % en zones
rurales. La migration est principalement interne à la Côte d’Ivoire, y compris des migrants permanents, et des individus
qui ont quitté leur lieu de naissance avant d’y revenir. La part des migrants nés à l’étranger est plus limitée, même
si elle reste robuste à 7 % de la main-d’œuvre. Ces chiffres n’incluent pas les migrants internationaux temporaires,
7 La définition de la mobilité est ici fondée sur le lieu de naissance de l’individu, et non sa nationalité.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 31
qui viennent travailler en Côte d’Ivoire avant de rentrer dans leur pays. Cette migration internationale saisonnière est
particulièrement importante dans l’agriculture, comme mentionné dans le chapitre 3).
Migrant Migrant
Migrant
Jamais migrant temporaire qui est international (né à Total
interne
rentré l’étranger)
Tous 51,6 4,7 36,3 7,3 100
Genre
Homme 51,3 5,0 35,2 8,5 100
Femme 52,0 4,5 37,7 5,9 100
Zone de résidence
Urbaine 42,2 3,9 46,7 7,2 100
Rurale 58,2 5,4 29,1 7,3 100
Source: ENSETE 2013 ; Calculs des auteurs
Le principal défi de l’emploi en Côte d’Ivoire réside dans la forte concentration de l’emploi indépendant dans les
secteurs agricoles et non agricoles. Plutôt que la proportion de personnes au chômage, un indicateur plus instructif
de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire est la répartition des personnes selon les différents types d’emplois. Dans
le cadre du rapport régional de la Banque mondiale sur l’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne, cette répartition
s’organise autour de trois principaux types d’emplois : emploi agricole, emploi indépendant non agricole et emploi
salarié moderne (Filmer et coll., 2014.). En se basant sur cette répartition, la Figure 1.6 récapitule la composition de
l’emploi en Côte d’Ivoire en février 2014. Comme indiqué plus haut, le chômage est relativement faible, tout comme
le nombre d’emplois salariés dans l’économie. Seuls 22,8 % des personnes employées occupent un emploi salarié8,
principalement non-agricole (19,9%). En revanche, 47,5 % de la population active occupent un emploi indépendant
dans l’agriculture et 29,7 % un emploi indépendant dans une activité non agricole. Ces indépendants opèrent hors du
« marché du travail » formel pour des emplois salariés. Ils travaillent surtout pour eux-mêmes et créent leur propre
emploi. La plupart des adultes travaillent dans des fermes ou des entreprises familiales non agricoles vendant des
articles ou des services. Bien qu’il existe d’importantes variations à l’intérieur de ces secteurs d’emploi (y compris dans
les micro-entreprises agricoles et non agricoles), la productivité moyenne de ces activités a tendance à être faible.
Emplois
salariés non
agricoles
Emplois salariés 19,9%
Emplois
agricoles 2,9%
indépendants
agricoles 47,5%
Emplois
indépendants non
agricoles 29,7%
8 Nous incluons ici les apprentis et stagiaires dans l’emploi salarié, donc cette statistique peut être considérée comme une borne
supérieure.
32 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
La Côte d’Ivoire a un profil d’emploi similaire aux pays d’Afrique subsaharienne à revenu intermédiaire,
tranche inférieure, mais différent de celui des pays de la région à revenu intermédiaire, tranche supérieure. La
Figure 1.7 compare la composition de la main-d’œuvre en Côte d’Ivoire à celle d’autres pays d’Afrique subsaharienne
(basé sur Filmer et coll., 2014). Avec un taux de chômage inférieur à 10 % et approximativement 20 % de la population
ayant un emploi salarié, la composition de la main-d’œuvre en Côte d’Ivoire contraste fortement avec les pays à
revenu intermédiaire, tranche supérieure (comme le Gabon ou l’Afrique du Sud). La Côte d’Ivoire a un profil d’emploi
beaucoup plus proche de celui des pays à revenu intermédiaire, tranche inférieure (tels que le Cameroun, le Ghana
ou le Sénégal) ou des pays riches en ressources (comme le Nigéria), avec plus de 45 % de la main-d’œuvre employée
dans le secteur agricole et plus de 25 % dans des emplois indépendants non agricoles. Cela étant dit, le chômage et
l’emploi salarié ont tendance à être légèrement plus élevés et l’emploi agricole légèrement inférieur en Côte d’Ivoire
que dans les pays africains comparables à revenu intermédiaire, tranche supérieure.
Figure 1.7 : Composition de la main-d’œuvre en Côte d’Ivoire comparée à d’autres pays d’Afrique
subsaharienne
100%
80%
60%
40%
20%
0%
Faible revenu Revenu Pays riches en Revenu Afrique Côte d'Ivoire
intermédiaire, ressources intermédiaire, subsaharienne
tranche inférieure tranche supérieure
Source : Pour la Côte d’Ivoire : ENSETE 2013, pour les autres pays : Filmer et coll. 2014. Les pays sont regroupés selon le
classement du RNB par habitant des indicateurs du développement mondial9
Les femmes sont particulièrement concentrées dans l’emploi indépendant, y compris l’emploi indépendant
non agricole, et n’ont qu’un accès limité à l’emploi salarié (Tableau 1.4). 12 % des femmes actives, et 24,4 % dans
les zones urbaines, occupent un emploi salarié. En comparaison, les hommes actifs sont deux fois plus susceptibles
d’occuper un emploi salarié, 26,4 % au niveau national et 52,9 % dans les zones urbaines. En revanche, l’emploi
indépendant non agricole est une source essentielle d’emploi pour les femmes. 41,9 % des femmes ont un emploi
indépendant non agricole, deux fois plus souvent que les hommes. Dans leur ensemble, près de 90 % des femmes
ont un emploi indépendant dans l’agriculture ou dans des activités non agricoles.
Tableau 1.4 : Composition de l’emploi par genre et lieu de résidence en Côte d’Ivoire (%)
Milieu rural, par Milieu urbain, par
Genre Résidence
genre genre
Hommes Femmes Urbaine Rurale Hommes Femmes Hommes Femmes
Emploi indépendant agricole 49,3 45,4 8,1 72,6 74,8 69,8 8,6 7,4
Emploi indépendant non agricole 19,8 41,9 50,8 16,3 9,1 25,2 36,8 67,7
Emploi salarié agricole 4,5 0,8 1,1 4 6,3 1,1 1,7 0,5
Emploi salarié non agricole 26,4 11,9 40 7,1 9,7 3,9 52,9 24,4
Total 100 100 100 100 100 100 100 100
Source : ENSETE 2013 ; Présentation des auteurs
9 Les pays à faible revenu incluent : Bénin, Burkina Faso, Burundi, République centrafricaine, Comores, Érythrée, Éthiopie,
Gambie, Guinée-Bissau, Kenya, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mozambique, Niger, Rwanda, Sierra Leone, Somalie, Tanzanie,
Togo, Ouganda et Zimbabwe. Les pays à revenu intermédiaire tranche inférieure incluent : Cameroun, Côte d'Ivoire, Ghana,
Lesotho, Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal et Swaziland. Les pays riches en ressources incluent : Angola, Tchad, Congo,
République démocratique du Congo, République de Guinée, Nigeria, Soudan et Zambie. Les pays à revenu intermédiaire tranche
supérieure incluent : Botswana, Cap-Vert, Guinée équatoriale, Gabon, Maurice, Namibie, Afrique du Sud et Seychelles.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 33
De fortes différences spatiales sont visibles dans la distribution des emplois en Côte d’Ivoire (Tableau 1.5,
Figure 1.8). L’emploi indépendant domine dans les zones urbaines et rurales. La prévalence de l’emploi indépendant
agricole est particulièrement marquée dans les zones rurales où les emplois salariés sont très rares. Dans les zones
rurales, 72,6 % de la population active exercent un emploi indépendant agricole et 16,3 % ont un emploi indépendant
non agricole. L’emploi indépendant agricole est relativement plus répandu dans le nord, et l’emploi indépendant non
agricole relativement plus fréquent dans le sud. L’emploi indépendant non agricole est également plus répandu que
l’emploi salarié dans les zones urbaines, où l’emploi salarié n’est pas non plus la norme. Seuls 40 % des personnes en
emploi dans les zones urbaines occupent un emploi salarié tandis que 51 % ont un emploi indépendant non agricole.
L’emploi salarié et le chômage sont fortement concentrés dans les zones urbaines et dans le sud. En réalité, plus de
90 % des emplois formels sont concentrés à Abidjan (voir chapitre 5).
Les aspirations de la population en matière d’emploi reflètent les différences géographiques, et beaucoup
déclarent avoir une préférence pour les emplois indépendants. Les femmes et les personnes résidant à
l’extérieur d’Abidjan ont tendance à déclarer préférer les emplois indépendants alors que les personnes résidant à
Abidjan s’orientent principalement vers les emplois salariés (Figure 1.9). Des tendances similaires sont observées
chez les chômeurs. Bien que ces tendances puissent surprendre, ces aspirations correspondent à la réalité de la
structure de l’emploi en Côte d’Ivoire, et en particulier la prévalence marquée des activités indépendantes. Toutefois,
la quantité relativement faible de personnes aspirant à des emplois formels salariés reste bien plus élevée que le
nombre d’emplois salariés disponibles.
34 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Figure 1.9 : Les femmes et les personnes résidant hors d’Abidjan ont tendance à
préférer les emplois indépendants
Emploi salarié public Emploi salarié privé Emploi indépendant Indifférent et autres*
100% 8,4
10,0 9,6 13,2 9,4
80%
27,5
45,3 45,8
60% 62,2 70,1
40% 36,4
23,2 18,0
20% 13,6
26,8 10,5
21,4 14,6 23,0
11,0
0%
Hommes Femmes Abidjan Autres villes Milieu rural
L’éducation influence les opportunités d’emploi. Le niveau d’instruction influe à la fois sur les emplois que les
personnes peuvent exercer ainsi que sur leur productivité dans ces activités. Les déterminants du choix des occupations
sont marqués en Côte d’Ivoire. La plupart des personnes ayant un faible niveau scolaire se retrouvent dans le secteur
de l’agriculture, alors que l’accès à l’emploi salarié non agricole est plus facile pour les personnes ayant achevé des
études secondaires ou plus. La part de l’emploi indépendant non agricole est relativement stable quel que soit le
niveau d’éducation, même si elle diminue légèrement pour le niveau d’études secondaires et supérieures (Figure
1.10). L’éducation est le facteur déterminant de l’accès à certains types d’emploi. Ainsi, des différences prononcées
dans la participation scolaire et le niveau d’instruction entre hommes et femmes ont des fortes répercussions sur les
choix des occupations. L’Encadré 1.4 analyse de manière plus détaillée les déterminants de la sélection dans les
principaux types d’emploi en fonction des caractéristiques individuelles (genre, éducation) tout en tenant compte des
autres facteurs (origine sociale, région de résidence). Les résultats montrent de forts effets de l’éducation. Le chapitre
6 examine plus profondément les liens entre éducation, compétences, formation et emploi productif en Côte d’Ivoire.
Figure 1.10 : Type d’emploi occupé selon le niveau d’éducation en Côte d’Ivoire
100%
12,7 19,9 25,6
80% 36,5
28,1 56,2
60% 30,7 70,6
33,7
32
40%
59,3 25,3
20% 49,4 40,7 31,4 22,3
18,5
0% 7,1
Sans instruction Enseignement Enseignement Enseignement Enseignement Enseignement post-
primaire incomplet primaire complet secondaire inférieur secondaire secondaire
complet supérieur complet
Source : Calcul des auteurs, d’après l’Étude nationale sur la situation de l’emploi et du travail des
enfants 2013 (ENSETE 2013)
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 35
L’éducation a des effets importants sur les ratios de risque relatif. Les estimations indiquent que l’éducation
est associée à une forte augmentation de la probabilité d’être en emploi salarié ou en emploi indépendant non
agricole par rapport au fait d’être en emploi indépendant agricole. Par exemple, les personnes qui ont terminé
l’enseignement primaire ont une probabilité de 51 à 76 % plus élevée que les personnes sans instruction d’être
en emploi salarié plutôt qu’en emploi indépendant agricole (Tableau B1). Cette probabilité est de 133 à 200 %
plus élevée pour les personnes ayant terminé l’enseignement secondaire.
L’influence du genre est également très forte. Les hommes sont plus susceptibles que les femmes d’être en
emploi salarié que d’être indépendant agricole. En particulier, les hommes sont deux fois plus susceptibles
que les femmes d’être en emploi salarié que d’être indépendant dans le secteur agricole. D’un autre côté, les
hommes ont deux fois moins de chance que les femmes d’exercer un emploi indépendant non agricole que
d’exercer un emploi indépendant agricole.
La région de résidence a également une forte influence sur la probabilité qu’une personne exerce un emploi
indépendant agricole ou non. Vivre en dehors d’Abidjan, la principale ville économique du pays, réduit la
probabilité de trouver tout autre type d’emploi (emploi salarié ou indépendant) ailleurs que dans l’agriculture.
Enfin, les expériences familiales interviennent assez fortement dans la transmission intergénérationnelle des
occupations. Pour estimer l’origine sociale, les régressions prennent en compte le type d’emploi exercé par le
père lorsque la personne avait 15 ans. Les personnes sont plus susceptibles d’exercer un emploi salarié ou
indépendant non agricole qu’un emploi agricole quand leur père exerçait également un emploi non agricole.
Tableau B1 : Modèle logit multinomial (Probabilité des chances par rapport à une catégorie de référence : emploi
indépendant agricole)
Modèle 1 Modèle 2
Emploi Emploi
Emploi Emploi
Variables indépendant indépendant
salarié salarié
non agricole non agricole
Homme 2,015*** 0,431*** 2,046*** 0,444***
(0,101) (0,0193) (0,105) (0,0205)
Âge 0,969*** 1,033*** 1,007 1,056***
(0,00972) (0,00963) (0,0112) (0,0108)
Âge2/100 0,991 0,943*** 0,957*** 0,925***
(0,0128) (0,0112) (0,0135) (0,0118)
Éducation (Réf. : sans instruction
Primaire incomplet 1,412*** 1,249*** 1,261*** 1,145**
(0,0963) (0,0782) (0,0887) (0,0745)
Primaire complet 1,763*** 1,370*** 1,515*** 1,246***
(0,120) (0,0857) (0,107) (0,0814)
Secondaire inférieur complet 2,620*** 1,523*** 2,032*** 1,314***
(0,251) (0,143) (0,202) (0,128)
Secondaire supérieur complet 6,919*** 2,039*** 4,835*** 1,618***
(1,143) (0,345) (0,809) (0,277)
Post-secondaire 17,26*** 2,639*** 11,46*** 2,004***
(3,474) (0,555) (2,220) (0,408)
État civil (marié) 0,501*** 0,721***
(0,0285) (0,0381)
Expérience professionnelle du père
(Réf. : Emploi indépendant agricole)
Emploi salarié 2,869*** 2,386***
(0,218) (0,174)
Emploi indépendant non agricole 3,088*** 4,482***
(0,219) (0,289)
36 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Même si de nombreux individus cumulent plusieurs activités, la diversification des types d’emploi à l’intérieur
des ménages est limitée. Les différents membres d’un même ménage tendent à occuper des activités similaires :
les ménages sont relativement spécialisés dans l’emploi salarié, indépendant non agricole ou indépendant agricole.
Par exemple, 40,2 % des ménages occupent uniquement des emplois indépendants agricoles, 21,1 % seulement des
emplois indépendants non agricoles, et 18,2 % seulement des emplois salariés. Seuls environ 20 % des ménages
ont des membres dans différents types d’emploi. Les formes les plus communes de diversification combinent l’emploi
salarié et l’emploi indépendant non agricole (9,5 % des ménages au niveau national), ou l’emploi indépendant
non agricole et agricole (8,9 % des ménages au niveau national). Les formes de diversification varient en zones
urbaines et rurales (Figure 1.11). Les ménages ruraux ne combinent pas très fortement les activités agricoles et non
agricoles, même s’il existe une certaine diversification dans l’agriculture, y compris la diversification des cultures ou la
combinaison de l’agriculture et de l’élevage (voir discussion dans le chapitre 3). Les ménages urbains sont légèrement
plus diversifiés, en particulier à travers l’emploi indépendant non agricole.
5,5
62,1
Agriculture
Agriculture
En Côte d’Ivoire, la plupart des individus passent beaucoup de temps au travail, plus encore dans l’emploi
indépendant non agricole que dans l’emploi salarié. Le nombre moyen d’heures travaillées par semaine1en février
2014 est d’environ 41,8 heures, avec une médiane d’environ 42 heures (Figure 1.12a). Seuls 20 % des personnes
en emploi travaillent moins de 30 heures par semaine. En revanche, 40 % des personnes déclarent travailler plus
.8
de 60 heures par semaine. Il existe néanmoins des différences dans le nombre d’heures travaillées selon le type
d’emploi. L’emploi agricole est connu pour sa saisonnalité, avec un niveau d’activité beaucoup plus faible pendant la
Probabilité cumulée
basse saison. En février 2014, les personnes exerçant un emploi indépendant agricole travaillent moins longtemps
.6
que les personnes exerçant d’autres types d’emploi en raison de la saisonnalité des activités (voir la discussion dans
les chapitres 2 et 3). Comme élaboré dans le chapitre 2, la saisonnalité de l’emploi agricole explique en grande
.4 partie
les différentes moyennes de productivité entre l’agriculture et les autres secteurs. Cependant, les personnes ayant
un emploi indépendant non agricole travaillent légèrement plus (47,6 h) que celles ayant un emploi salarié (46,7 h)
.2
(Figure 1.12c). Dans l’emploi salarié, les personnes du secteur public travaillent moins longtemps (41,4 h) que leurs
homologues du secteur privé formel (45,8 h) ou du secteur informel (46,6 h) (Figure 1.12d).
0
0 20 40 60 80 100
Figure 1.12a : Distribution cumulée du Figure 1.12b : Distribution
du cumulée
Heures travaillées/semaine
nombre d’heures travaillées par semaine nombre d’heures travaillées par semaine
par zone de résidence
1 1
Abidjan
Autres zones urbaines
Zones rurales
.8 .8
1
Emploi salarié
Emploi indépendant non agricole
Probabilité cumulée
Probabilité cumulée
.6 .8.6
Emploi indépendant agricole
Probabilité cumulée
.4 .6.4
.2 .4
.2
.2
0 0
0 20 40 60 80 100 0 20 40 60 80 100
Heures travaillées/semaine Heures travaillées/semaine
0
0 20 40 60 80 100
Heures travaillées/semaine
Figure 1.12c : Distribution cumulée du Figure 1.12d : Distribution cumulée du
nombre d’heures travaillées par semaine 1
nombre d’heures travaillées par semaine
par type d’emploi
Abidjan par type d’emploi salarié
Autres zones urbaines
Zones rurales 1 1
Emploi salarié
.8 Emploi salarié public
Emploi indépendant non agricole Emploi salarié privé formel
Emploi indépendant agricole Emploi salarié privé informel
cumulée cumulée
.8 .8
.6
Probabilité cumulée
Probabilité
.6 .6
.4
Probabilité
.4 .4
.2
.2 .2
0
0 20 40 60 80 100
Heures travaillées/semaine 0 0
0 20 40 60 80 100 0 20 40 60 80 100
Heures travaillées/semaine Heures travaillées/semaine
Source : Calcul des auteurs ; ENSETE 2013 Source : Calcul des auteurs ; ENSETE 2013
1
Emploi salarié public
Emploi salarié privé formel
38 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Si le principal défi en Côte d’Ivoire semble être le sous-emploi généralisé, le problème relève davantage du
revenu que du temps travaillé. Les données montrent clairement
7000 qu’en dehors de l’agriculture, le principal défi
n’est pas le sous-emploi en termes d’heures travaillées. Si le nombre d’heures travaillées devait caractériser le sous-
emploi, les salariés du secteur public, et en dehors de l’agriculture, seraient en effet davantage caractérisés par le
sous-emploi. En tant que tel, le défi de l’emploi réside dans6000
la concentration de l’emploi dans des activités à faible
productivité où les personnes passent de nombreuses heures au travail tout en gagnant relativement peu.
(Banque Mondiale, 2015). En se basant sur les données macroéconomiques de 2013, le revenu moyen mensuel
d’un travailleur en Côte d’Ivoire est estimé à environ 97 266 FCFA, soit seulement 197 USD, montant inférieur à la
4000
moyenne pour l’Afrique subsaharienne10 (Figure 1.13b). Reflétant l’évolution de la pauvreté, le revenu moyen n’a
pas beaucoup augmenté au cours de la dernière décennie en raison d’une forte évolution démographique et d’une
croissance économique limitée jusqu’en 2011 (Figure 1.13a). Depuis cette date, la croissance économique a entraîné
une augmentation du revenu moyen, déjà visible en 2012 et3000qui a 2006
probablement
2007
continué
2008 2009
jusqu’à
2010
récemment,
2011 2012
même
si les données les plus récentes ne sont pas encore disponibles.
Cote d'Ivoire Nigeria Senegal Afrique Sub-Saharienne
7000
6000
5000
4000
3000
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Les mesures de la productivité par type d’emploi soulignent la concentration de l’emploi dans les activités
à faible productivité. Les données macroéconomiques sur la composition du PIB peuvent être combinées avec les
données microéconomiques sur l’emploi pour en déduire les niveaux de revenu et la productivité par type d’emploi.
L’emploi indépendant agricole et non agricole occupe plus des trois quarts de la population active. Mais ces emplois
sont en moyenne les moins productifs, n’offrant un revenu moyen mensuel par travailleur que de 63 944 FCFA (ou 129
USD) (Banque Mondiale, 2015). Alors que moins de 20 % des travailleurs ont un emploi salarié et que moins de 10
% ont un emploi salarié formel, le revenu moyen mensuel dans le secteur formel est de 306 477 FCFA (ou 523 USD).
Cette comparaison illustre les profondes inégalités de revenus qui sont une des conséquences du profil de l’emploi
en Côte d’Ivoire.
10 La présentation des données macroéconomiques relatives au revenu se base sur les données de la Banque mondiale (2015).
Sauf indication contraire, le revenu par travailleur est calculé en divisant le PIB 2013 réel (PPA pour 2009) par la population active.
Cet indicateur est une mesure de la productivité des travailleurs. Il n'est cependant pas nécessairement égal au salaire : en théorie,
les salaires devraient être égaux à la productivité marginale et non à la productivité moyenne.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 39
De grandes différences de niveau de bien-être sont également observées entre les individus et les types
d’emploi dans les données micro. Le Tableau 1.5 présente la part des individus dans les différents types d’emploi par
niveau de pauvreté et quintiles de bien-être (consommation par tête). La part des individus dans l’emploi indépendant
agricole diminue le long de la distribution de bien-être : 63,1 % des pauvres sont occupés dans l’agriculture, contre
seulement 35,8 % des individus au sommet de la distribution de bien-être. Par contre, seuls 11,1 % des pauvres
occupent des emplois salariés (principalement informels), contre 29,6 % des individus dans le quintile supérieur. La
part des individus en emploi indépendant non agricole est plus stable, mais augmente légèrement avec le niveau de
bien-être. Globalement, ces données indiquent de larges variations à la fois entre les différents types d’emploi, mais
aussi à l’intérieur même de chacune de ces occupations.
De fortes variations sont également observées dans la productivité moyenne des travailleurs par secteur
(Figure 1.14) (Banque Mondiale, 2015). L’agriculture et le commerce occupent les trois quarts de la population active,
mais ces activités sont les moins productives. Le revenu moyen mensuel est estimé à 39 612 FCFA dans l’agriculture,
et à 52 125 FCFA dans le commerce. Les secteurs bénéficiant des revenus les plus élevés sont également ceux qui
occupent les plus petites parts de l’emploi, par exemple les secteurs de la finance ou de l’industrie extractive où les
revenus moyens mensuels atteignent respectivement 2,3 millions et 1,6 million FCFA. Mais les travailleurs privilégiés
de ces secteurs représentent moins de 0,5 % de la population active et la croissance dans ces secteurs n’offre
qu’un potentiel d’emplois limité. Enfin, d’autres secteurs intermédiaires, tels que la construction, le transport ou la
communication offrent des revenus moyens mensuels supérieurs à 100 000 FCFA. Ces secteurs couvrent environ 6
% de la population active et leur part d’emploi a augmenté depuis la crise postélectorale de 2010-2011.
En Côte d’Ivoire, seule une minorité de personnes ont un emploi salarié et celles ayant un emploi dans le
secteur privé formel sont des exceptions. 22,8 % de la population active occupent un emploi salarié, dont 3,9 %
dans le secteur public, 3,7 % dans le secteur privé formel et 15,1 % dans le secteur privé informel (y compris les
apprentis). C’est-à-dire que plus de 65 % des emplois salariés sont informels, et ne reposent donc sur aucun type
de contrat écrit ou oral, et qu’ils ne sont pas soumis à la réglementation du travail. Si l’on exclut le secteur public,
la majorité des emplois salariés sont exercés dans le secteur privé informel. L’informalité de l’emploi salarié est
particulièrement fréquente chez les personnes ayant un faible niveau d’instruction. Plus de 80 % des personnes
n’ayant pas le niveau de l’enseignement secondaire et exerçant un emploi salarié ne disposent pas d’un contrat écrit
ou oral (Figure 1.15). Elles occupent souvent des emplois salariés journaliers. L’emploi formel ne devient la norme
que pour les employés salariés ayant terminé leurs études secondaires. De façon surprenante, l’emploi salarié dans
le secteur public est plus fréquent pour les personnes les plus instruites que l’emploi salarié dans le secteur privé
formel.
86,8 87 21,4
40% 74,3 28,9
54,3
20% 34,9
25,6
0%
Sans instruction Enseignement Enseignement Enseignement Enseignement Enseignement post-
primaire incomplet primaire complet secondaire inférieur secondaire secondaire
complet supérieur complet
Emploi salarié informel privé Emploi salarié formel privé Emploi salarié formel public
La plupart des emplois salariés se trouvent dans les petites entreprises et le secteur des services. En février
2014, près de 72 % de tous les emplois salariés se trouvent dans le secteur des services et seulement 12 % dans
l’industrie et la fabrication. Pour les emplois salariés formels, la part des services est encore plus élevée (82,9 %,
Figure 1.16). Conformément à la prévalence des emplois salariés informels, les petites entreprises comprennent
une grande part des emplois salariés. En fait, 50 % des emplois salariés sont enregistrés dans les entreprises de 5
travailleurs ou moins (Figure 1.17).
Le chapitre 5 examine en détail les dernières tendances et évalue les perspectives de création d’emplois formels
en Côte d’Ivoire en utilisant une base de données unique au niveau des entreprises comprenant toutes les sociétés
enregistrées en Côte d’Ivoire entre 2003 et 2012. Ce chapitre donne un aperçu du secteur formel, décrit la création
d’emplois formels et la dynamique de l’entreprise, examine les déterminants de la survie des entreprises, et analyse
l’embauche, les salaires, la qualité de l’emploi et le coût du travail.
12,0
9,6 10,9
8,6
15,5
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation
19,1
8,2 de l’emploi en Côte d’Ivoire 41
Total Emploi salarié formel Emploi salarié informel
Figure 1.16 : La plupart des emplois Figure 1.17 : La plupart des emplois
salariés se trouvent dans le secteur salariés se trouvent dans les petites
des services entreprises
10,2 5,8
24
39,9 19,2
51,2 24,8
73,6 14,8
13,5
42,3
29,0
22,5
Source : Calcul des auteurs, d’après ENSETE 2013. Source : Calcul des auteurs, d’après ENSETE 2013.
10,2 5,8
24
19,2
Encadré 1.5 : Déterminants
24,8 des revenus dans l'emploi salarié
14,8
Le Tableau B2 présente
13,5 les résultats d'une analyse des déterminants des rémunérations des salariés. Dans
l'ensemble, les rémunérations 42,3 augmentent avec l'âge pour tous les travailleurs salariés, bien qu'à un rythme
décroissant. De plus, le niveau de rémunération augmente avec le niveau d'éducation : chaque année
d'éducation augmente la rémunération
9,3 de 3 à60,36 %. Les hommes gagnent sensiblement plus que les femmes,
51,5
en particulier dans l'emploi salarié non agricole.
24,3
Note : Erreur standard entre parenthèses. Lambda est obtenu du modèle de sélection dans l’Encadré 1.4.
*** p<0,01, ** p<0,05, * p<0,1
42 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Nous avons aussi réalisé une décomposition Oaxaca-Blinder afin de savoir si la différence de rémunération
entre les hommes et les femmes s’expliquait par des différences entre les caractéristiques observées dans les
deux groupes. Les différences de caractéristiques individuelles entre hommes et femmes semblent expliquer la
majeure partie de la différence, l’âge et l’éducation expliquant une grande partie de la différence (Tableau B3).
L’emploi indépendant non agricole dans des micro-entreprises familiales représente 29,7 % de l’emploi en Côte
d’Ivoire. La part importante de l’emploi dans les micro-entreprises familiales non agricoles est souvent négligée. Les
micro-entreprises familiales sont pourtant une source importante d’emplois, en particulier pour les personnes moins
nanties et les femmes. La plupart des emplois indépendants non agricoles prennent la forme de micro-entreprises
familiales (Figures 1.18a et 1.18b). 65,9 % des emplois de ce secteur sont tenus par des personnes indépendantes qui
travaillent pour elles-mêmes, dans des petites activités de commerce et de services. Aides familiales22 % des entreprises individuelles
22%
occupent le propriétaire avec des aides familiales. Seule une petite part
Deux des micro-entreprises individuelles (environ
propriétaires
2%
10,4 %) font travailler des personnes extérieures au ménage. Il faut noter que ce secteur regroupe des entreprises
individuelles et familiales de nature parfois très différente des petites et moyennes entreprises Propriétaire (PME) formelles, qui
unique
comptent principalement sur des travailleurs salariés. 76%
Figure 1.18a : La plupart des propriétaires Figure 1.18b : Les entreprises familiales
des entreprises individuelles non agricoles non agricoles ont un profil assez différent
travaillent pour eux-mêmes des PME formelles
65,9
Aides familiales
22%
Deux propriétaires
2%
22,0
Propriétaire
unique 10,4
76%
1,6
65,9
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 43
La personne « médiane » dans l’emploi indépendant non agricole tend à être une jeune femme sans éducation
formelle. La majorité des entreprises familiales pratiquent une activité de vente et de services à petite échelle et presque
toutes sont informelles. Elles ont par ailleurs tendance à durer, 75 % d’entre elles fonctionnent toute l’année et plus de
80 % sont en activité depuis plus de cinq ans.
Le chapitre 4 aborde en détail le secteur de l’emploi indépendant (entreprises familiales) non-agricole. Il décrit qui opère
dans ce secteur, pourquoi et quels sont les types d’activités les plus courantes. Au vu de la forte hétérogénéité de la
productivité de ce secteur, le chapitre évoque ensuite les contraintes que rencontrent les personnes dans la création et
l’exploitation d’activités indépendantes non agricoles en Côte d’Ivoire, ainsi que les déterminants de la productivité de
ces entreprises.
Pour sa part, l’emploi indépendant agricole est dominé par de petits exploitants relativement bien dotés en
terres et plutôt axés sur le marché. Quatre petits exploitants sur cinq vendent au moins une partie de leur production,
un sur cinq déclarant vendre toute sa récolte. En d’autres termes, la plupart des agriculteurs ont dépassé le stade de
l’agriculture de subsistance et participent au marché des produits agricoles (Tableau 1.6). En l’état, les données semblent
suggérer que la grande majorité des ménages cultivent et commercialisent à la fois des cultures de rente et vivrières, et
que très peu d’entre eux se spécialisent dans les cultures vivrières ou l’agriculture de subsistance. Environ la moitié des
ménages qui vend sa production cultive et vend à la fois des cultures vivrières et de rente. Seuls 32,7 % se concentrent
uniquement sur la production et la vente de cultures de rente. Seuls 17,2 % des ménages cultivent et commercialisent
uniquement des cultures vivrières. Contrairement aux ménages qui vendent leur production, les ménages qui ne vendent
rien sont plus spécialisés dans les cultures vivrières. Près de 47 % d’entre eux ne cultivent que des cultures vivrières.
Tableau 1.6 : Part des ménages vendant ou non leur production par type de cultures
En complément à la main-d’œuvre familiale, les ménages agricoles s’appuient fortement sur la main-d’œuvre
des autres ménages. Environ 45,9 % des ménages embauchent une main-d’œuvre agricole et 42,4 % bénéficient
de l’aide des proches pour travailler sur leur ferme. Seuls 28,9 % des ménages ne comptent que sur la main-d’œuvre
familiale. Le nombre moyen de personnes employées par ménage est proche de 5. De nombreux parents proches (non
rémunérés) sont également employés dans les exploitations des ménages. Le nombre moyen de parents travaillant
dans les exploitations des ménages est d’environ 4 personnes. Dans leur ensemble, ces données sur les ménages
agricoles suggèrent un recours relativement élevé à la main-d’œuvre d’autres ménages (y compris provenant de
migration), bien que les données sur l’emploi mentionnées ci-dessus suggèrent qu’ils ne représentent qu’une faible
part de l’emploi total dans l’emploi salarié agricole.
Le chapitre 3 décrit davantage l’emploi indépendant dans l’agriculture et les points d’entrée qui permettront de
maximiser la contribution de l’agriculture à l’agenda de l’emploi en Côte d’Ivoire. Le chapitre commence par une brève
description du profil des petits exploitants agricoles et liste les opportunités et défis qu’ils représentent pour aborder la
problématique de l’emploi, à la fois en augmentant directement la productivité, les revenus et les emplois du secteur
agricole, mais aussi plus en aval dans la chaîne de valeur. L’accent est mis sur divers aspects de l’emploi agricole qui
attirent moins l’attention et les domaines qui tiennent leur promesse, comme le riz. D’autres secteurs agricoles sont
également prometteurs pour la création de meilleures opportunités d’emploi, si les défis présents dans les chaînes
de valeur peuvent être surmontés.
44 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
La première partie de ce chapitre a donné l’image de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire en février 2014. La
deuxième partie de ce chapitre se concentre sur les tendances de la composition de l’emploi au fil du temps. Plus
précisément, elle élabore des indicateurs comparables dans le temps pour analyser les tendances entre 2002 et 2015,
période couvrant la crise ainsi que le redressement plus récent11. En analysant les tendances entre 2002 et 2015, ce
chapitre met en évidence les évolutions démographiques sous-jacentes de la population en âge de travailler en Côte
d’Ivoire, et analyse les changements dans la composition de l’emploi dans les principaux secteurs de l’emploi.
1.2.1 Population en âge de travailler, population active et population au chômage au fil du temps
La Côte d’Ivoire connaît de rapides changements démographiques. La taille absolue de la population active
et au chômage dépend en grande partie des forces démographiques. Les changements dans la composition de
l’emploi sont plus nuancés. Les taux d’activité et d’emploi sont relativement plus stables dans le temps. En tant
que telles, les forces démographiques et l’augmentation de la taille de la population sont les principaux facteurs
de l’évolution du nombre absolu de personnes au chômage ou dans les différents types d’emploi. En termes de
magnitude, les changements dans la composition de la main-d’œuvre et de l’emploi sont secondaires par rapport aux
grands changements démographiques.
Les évolutions démographiques entraînent d’importants changements dans la taille de la population en âge
de travailler et de la population active (Figure 1.19). En 2002, la population en âge de travailler comptait 10,3
millions de personnes (60,8 % de la population totale), dont 7,1 millions dans la population active. Suite à la croissance
démographique, la population en âge de travailler et la population active ont fortement augmenté au cours de la
dernière décennie. En février 2014, la population en âge de travailler atteignait 14,5 millions de personnes (62,5 % de
la population totale), dont 11,1 millions dans la population active.
Autre conséquence des tendances démographiques, le nombre de personnes au chômage a lui aussi fortement
augmenté. Le nombre de personnes au chômage a augmenté de 350 000 personnes en 2002 à environ 750 000
personnes en 2014. Notons en particulier la forte augmentation du nombre de personnes au chômage entre 2008 et
2012, due à l’effet combiné de la croissance démographique et de la crise postélectorale de 2010-2011, avec un pic
de 925 000 personnes en 2012.
11 Ce chapitre utilise les données des enquêtes auprès des ménages représentatives au niveau national de 2002, 2008 et 2015,
complétées par les données des enquêtes nationales sur l'emploi de 2012 et 2013 (données recueillies en février 2014). Le Tableau
A.1 en annexe fournit les principales statistiques clef et leur intervalle de confiance, permettant ainsi d'évaluer l'importance des
changements au cours du temps.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 45
16 000 000
14 000 000
12 000 000
10 000 000
8 000 000
6 000 000
4 000 000
2 000 000
0
2002 2008 12 14 15
Source : Calcul des auteurs, basé sur les données des enquêtes nationales sur les ménages de 2002, 2008
et 2015 et des enquêtes nationales sur l’emploi de 2012 (EEMCI 2012) et de 2014 (ENSETE 2013).
La somme de la population en emploi et de la population au chômage constitue la population active.
Au-delà des chiffres absolus, le taux d’activité ainsi que le ratio de la population en emploi dans la population
en âge de travailler n’ont que lentement progressé dans cette période. La participation à la population active
a augmenté de 8,7 points entre 2002 et 2014, passant de 68,1 % à 76,8 % de la population en âge de travailler
(Figure 1.20). Le ratio de la population en emploi dans la population en âge de travailler était de 64,6 % en 2002, et
a augmenté à 71,7 % en 2014. Le ratio emploi/population a stagné entre 2008 et 2012 avant d’augmenter à nouveau
dans la période de redressement post-crise. L’augmentation de ce ratio s’explique principalement par l’augmentation
de la main-d’œuvre au cours de la même période. 100,0
90,0 76,8
72,2 75,0 75,3
80,0 68,1
Le taux de chômage a augmenté suite à la crise de 2011 avant 70,0 de baisser en 2014. Malgré le nombre croissant
60,0
de personnes au chômage, le taux de chômage est globalement faible. Estimé à 5 % en 2002, il descend à 3,8 %
50,0
en 2008 avant de remonter fortement à 8,7 % en 2012 suite à 40,0
la crise postélectorale. Le taux de chômage a diminué
30,0
légèrement à 6,7 % en février 2014, pour rester globalement stable en 2015 (Figure 1.21).
20,0
10,0
0,0
2002 2008 12 14 15
Figure 1.20 : Taux de participation au fil Figure 1.21 : Évolution de la part de la
du temps population en emploi sur la population en âge
de travailler et du taux de chômage
100,0 100,0
90,0 76,8 90,0
72,2 75,0 75,3 71,7
80,0 68,1 80,0 69,4 70,3
64,6 68,5
70,0 70,0
60,0 60,0
50,0 50,0
40,0 40,0
30,0 30,0
20,0 20,0
10,0 10,0 8,7
5,0 3,9 6,7 6,6
0,0 0,0
2002 2008 12 14 15 2002 2008 12 14 15
Note : Données des enquêtes nationales sur les ménages de 2002, 2008 et 2015 et des enquêtes nationales
sur l’emploi de 2012 (EEMCI 2012) et de 2014 (ENSETE 2013).
Source : Calcul des auteurs
100,0
90,0 71,7
80,0 69,4 68,5 70,3
64,6
70,0
60,0
50,0
40,0
30,0
20,0
10,0 8,7
100,0
46 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
80,0
60,0
Alors que la répartition par genre de la main-d’œuvre a été stable au fil du temps, les femmes sont devenues
40,0
plus susceptibles d’être au chômage que les hommes. Le taux d’activité des femmes est inférieur à celui de leurs
homologues masculins, mais la différence est restée semblable entre 2002 et 2014 (Figure 1.22). En revanche, le
20,0
taux de chômage des femmes situé autour de 4,4 % au début des années 2000 a progressé pour atteindre 9,4 % en
février 2014. Par contre, le taux de chômage des hommes, 0,0
qui s’élevait à 5,6 % en 2002, atteignait 4,5 % en 2014
(Figure 1.23). 2002 2008 2012 2014 2015
Figure 1.22 : Taux d’activité suivant Figure 1.23 : Le chômage des femmes au
le genre fil du temps
Note : Données des enquêtes nationales sur les ménages de 2002, 2008 et 2015 et des enquêtes nationales sur
l’emploi de 2012 (EEMCI 2012) et de 2014 (ENSETE 2013).
Source : Calcul des auteurs
Hommes Femmes
En examinant
100,0
les tendances plus récentes, la forte croissance enregistrée depuis la crise de 2011 a conduit
90,0
à une augmentation
80,0
des emplois et une diminution du chômage. Comme indiqué plus haut, les changements
intervenus70,0dans le nombre absolu de personnes actives et en emploi sont largement influencés par les changements
démographiques
60,0 rapides de la Côte d’Ivoire, en particulier le nombre estimé de 350 000 à 400 000 jeunes devant
rejoindre la50,0
population en âge de travailler chaque année12. Environ 700 000 personnes supplémentaires occupaient
40,0
un emploi30,0en février 2014 par rapport à novembre 2012. Ce chiffre reflète l’augmentation de la population en âge
de travailler,
20,0 une augmentation 10,9plus rapide de 8,5
la population active (de 75 % à 76,8 % de la population en âge de
9,4
travailler),10,0
une augmentation des personnes en emploi (de 91,3 % à 93,3 % de la population active), ainsi qu’une
5,6 5,3
5,0
4,4
diminution0,0du taux2002
de chômage
2,7
2008
(de 8,7 2014
6,9
2012
% à 6,72015
4,5 % de la population active) (Tableau 1.7). Des données préliminaires
disponibles pour 2016 suggèrent une continuation de l’augmentation du taux d’activité et de la réduction du chômage.
12 AGEPE et INS 2014 et ENSETE 2013 (Enquête nationale sur la situation de l’emploi et du travail des enfants), sur la base des
projections de population du RGPH -1998.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 47
Nous allons maintenant décrire l’évolution de la composition de l’emploi en Côte d’Ivoire, en montrant comment les
proportions d’emplois salariés, d’emplois indépendants agricoles et d’emplois indépendants non agricoles dans la
population active ont varié.13
L’emploi salarié formel est resté relativement faible au cours de la dernière décennie, l’emploi indépendant
représentant toujours plus de 80 % des emplois. Dans l’ensemble, la part des personnes ayant un emploi salarié a
peu augmenté entre 2002 et 2014, passant de 15,8 % à 22,8 % (Figure 1.24). De la même façon, l’emploi indépendant
informel dans le secteur agricole et non agricole est resté au cours de la décennie la principale source d’opportunités
d’emploi, conservant son rôle prédominant dans la structure de l’emploi en Côte d’Ivoire.
La diminution de la part de l’emploi dans l’agriculture a été principalement compensée par l’augmentation de
l’emploi indépendant non agricole. La plupart des personnes ont un emploi indépendant agricole ou non agricole
(Figure 1.24). Alors que la part de l’emploi indépendant dans l’agriculture a diminué au fil du temps, la part de l’emploi
indépendant non agricole a augmenté dans la même période. En particulier, la part de l’emploi indépendant agricole
a fortement diminué entre 2008 et 2014 et la part de l’emploi indépendant non agricole a augmenté au cours de la
même période.
100%
90%
80%
47,5 50,2
70% 62,0 58,9
60%
50%
40% 29,7
30,4
30% 26,0
22,1
20%
Sources: Données des enquêtes nationales sur les ménages de 2002, 2008 et
2015 et de l’enquête nationale sur l’emploi de 2014 (ENSETE 2013) ; Calcul des
auteurs.
Ces tendances de la composition de l’emploi sont globalement comparables à celles observées en Afrique
subsaharienne. Afin de mettre ces données en perspective, la figure 1.25 compare la variation de la part de l’emploi
dans différents secteurs de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels les indicateurs d’emploi ont pu
être calculés et harmonisés à partir des enquêtes réalisées auprès des ménages. Dans certains pays, la croissance
a contribué à diminuer la part de l’emploi agricole, la plupart du temps vers l’emploi indépendant non agricole. Ce
mouvement s’est fait très lentement dans la majorité des pays. Pour la Côte d’Ivoire, le graphique montre que le
changement est intervenu entre 2002 et 2008, que la structure de l’emploi est restée pendant cette période relativement
stable, comparée aux autres pays, la part de l’agriculture diminuant légèrement, la part des emplois salariés dans le
secteur privé augmentant un peu et la part de l’emploi indépendant non agricole augmentant plus fortement.
La part de l’emploi salarié formel a diminué au cours de la période alors que l’emploi salarié informel est
aujourd’hui plus répandu (Figure 1.26). La part de l’emploi salarié informel a augmenté de 38,7 % en 2002 à 66,4
% en 2014. En revanche, la part de l’emploi salarié du secteur public et de l’emploi salarié formel privé a fortement
13 Cette section compare la structure de l'emploi dans le temps (2002, 2008, 2014 et 2015).
48 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
diminué entre 2002 et 2014 (Figure 1.26). Dans leur ensemble, les emplois salariés formels des secteurs privé et
public représentaient 8,1 % des personnes salariées en 2002 et 6,3 % en 2014. Des signes révèlent que la crise a
contribué à perturber l’emploi salarié du secteur formel moderne. Ces tendances microéconomiques de l’emploi sont
conformes aux effets de la crise sur la productivité mesurée au niveau des données d’entreprises (voir chapitre 5).
Source : Rapport régional sur l’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne (Filmer et coll.
2014), basé sur des enquêtes standardisées et harmonisées sur les ménages et la main-
d’œuvre. Le graphique affiche les périodes suivantes : Nigeria (2004-2010), Rwanda (2005-
2010), Ghana (1998-2005), Ouganda (2005-2010), Tanzanie (2006-2012), Sénégal (2001-
2005) et Côte d’Ivoire (2002-2008).
Note : la catégorie emplois salariés du secteur privé n’inclut pas les emplois salariés du
secteur public.
100%
90%
31,3
80% 38,7
70%
66,4
60%
50% 39,3
31,8
40%
30%
16,5
20%
29,5 29,4
10% 17,1
0%
2002 2008 2014
Emploi salarié formel public Emploi salarié formel privé Emploi salarié informel privé
Source: Données des enquêtes nationales sur les ménages de 2002, 2008 et 2014 et de
l’enquête nationale sur l’emploi de 2014 (ENSETE 2013). Données comparables non-
disponibles dans l’enquête ENV2015. Calcul des auteurs.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 49
Alors que l’importance de l’emploi indépendant a relativement peu changé dans le temps, sa répartition par
secteur a évolué, en particulier avec une baisse dans le secteur100%
agricole et une augmentation dans le secteur
des services. La part de l’emploi agricole a diminué de plus de 14
90%
points14,4
entre 200214,0
(63,4 %) et
16,22014 (51,1
14,5%). Au
cours de la même période, la part de l’emploi dans les services a augmenté, passant de 30,4 % à 42,1 % (Figure
80%
16,0 18,0
1.27). 19,8
70% 25,9
6,3
7,8
L’augmentation de l’emploi dans les secteurs des services et manufacturiers
60% doit être interprétée prudemment,
14,5
6,9
car elle provient principalement de l’emploi indépendant et non 50% de l’emploi salarié. La part de l’emploi salarié
Source : Micro-données diverses, calcul des auteurs Source : Micro-données diverses, calcul des auteurs
Ce chapitre aEmplois
aussiindépendants
examiné-les Commerce, hôtellerie et restauration
tendances de l’emploi en Côte d’Ivoire entre 2002 et 2015. Durant la dernière décennie,
Emplois salariés - Commerce,
l’évolution démographique a été le hôtellerie et restauration
principal moteur de l’augmentation de la taille de la population en âge de travailler,
active, en emploi et au chômage. Les tendances révélées par les données sur l’emploi montrent également des signes
Emplois indépendants - Fabrication et construction
Emplois salariés - Fabrication et construction
Agriculture
50 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
d’écart croissant entre hommes et femmes. L’emploi indépendant agricole et non agricole est resté prépondérant
au cours de la dernière décennie, la diminution de l’emploi indépendant agricole contrebalançant l’augmentation de
l’emploi indépendant non agricole. Au cours de la même période, la part de l’emploi salarié a augmenté, même si
des signes indiquent que la part de l’emploi salarié formel n’a pas fortement augmenté. De façon générale, l’emploi
salarié formel demeure une exception en Côte d’Ivoire. Plus récemment, la forte croissance n’a pas sensiblement
modifié la structure de l’emploi entre 2012 et 2015. La majorité des personnes qui ont rejoint la population en emploi
après la crise postélectorale occupent des emplois indépendants agricoles et non agricoles. Le prochain chapitre
abordera la transformation structurelle et ses implications sur les perspectives d’emploi en Côte d’Ivoire. Comme il
l’illustrera, la majorité des emplois devrait rester à moyen terme des emplois indépendants agricoles et non agricoles,
conformément aux tendances de toute la région et ce, même en présence d’une forte croissance de l’emploi salarié
dans les secteurs modernes.
Comme la plupart des personnes entrant dans la main-d’œuvre occupent des emplois, et comme les forces
démographiques sont le principal déterminant du nombre absolu de personnes en emploi, mettre l’accent sur le
nombre d’emplois dans l’économie ou plus globalement sur la « création d’emploi » omettrait le principal défi en Côte-
d’Ivoire : la composition et la qualité de l’emploi. Dans ce contexte, une plus large stratégie pour l’emploi, centrée sur
des « emplois de meilleure qualité » et l’« inclusion productive » des pauvres, des femmes et des populations rurales,
peut s’attaquer plus directement aux défis centraux de réduction de la pauvreté et de stimulation d’une prospérité
partagée à court et moyen terme. L’objectif d’une stratégie inclusive pour l’emploi devrait aller bien au-delà de la
comptabilisation du nombre de nouveaux emplois salariés formels créés. Il devrait viser à améliorer les revenus et
l’emploi inclusif dans toutes les occupations, y compris dans les activités indépendantes agricoles et non agricoles,
qui continueront à occuper la majorité de la population dans un avenir proche. En ce sens, le présent chapitre invite
donc à élargir les discussions sur les politiques d’emploi pour aller au-delà du nombre d’emplois et du chômage, et
pour accorder davantage d’attention à la qualité, l’inclusivité et la productivité des emplois.
Encadré 1.6 : Impacts des programmes de Travaux à Haute Intensité de Main d’œuvre (THIMO) sur la
qualité des emplois
L’évaluation d’impact du programme de Travaux à Haute Intensité de Main d’Oeuvre (THIMO) du Projet Emploi
Jeune et Développement des Compétences (PEJEDEC) illustre dans quelle mesure les programmes d’emploi
peuvent améliorer la qualité des emplois en Côte d’Ivoire. Les résultats à court terme montrent que le THIMO
n’augmente que légèrement la part des jeunes qui travaillent. Cela est conforme à l’observation que le taux
de chômage est relativement faible, et que la plupart des jeunes sont occupés dans des emplois informels.
Dans ce contexte, le principal impact du programme est de modifier la composition de l’emploi en permettant
aux jeunes d’accéder à des emplois salariés plus rémunérateurs. Au-delà des indicateurs économiques, la
participation au THIMO a également des impacts sur les attitudes et le niveau de bien-être « psychologique »
des jeunes, y compris la confiance en soi et les aspirations pour l’avenir. Globalement, le niveau de bien-être
des jeunes augmente fortement durant leur participation au programme.
L’étude d’évaluation d’impact révèle aussi que les impacts à court terme sont marqués par une forte
hétérogénéité. Un sous-groupe de participants, en particulier les plus vulnérables qui indiquent être prêts à
travailler pour un salaire inférieur, ainsi que les femmes, bénéficient très fortement du programme du point de
vue économique. A l’inverse, le programme attire un nombre conséquent de jeunes moins vulnérables qui ne
bénéficient que peu du programme en termes économiques. Toutefois, le bien-être « psychologique » de ces
jeunes moins vulnérables s’améliore aussi. Globalement, l’efficience et l’efficacité à court terme du THIMO
pourraient être fortement améliorées en ciblant de manière plus précise les individus les plus vulnérables et les
femmes. Cela permettrait aussi de promouvoir l’inclusion productive des groupes les plus défavorisés.
Source: Bertrand, Marianne; Bruno Crépon ; Alicia Marguerie et Patrick Premand, 2016. «Impacts à Court et Moyen Terme sur
les Jeunes des Travaux à Haute Intensité de Main d’oeuvre (THIMO) : Résultats de l’évaluation d’impact de la composante
THIMO du Projet Emploi Jeunes et Développement des compétence (PEJEDEC) en Côte d’Ivoire. » Washington DC :
Banque Mondiale et Abidjan : BCP-Emploi.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 51
Références
AGEPE et INS. 2014. «Rapport Descriptif sur la Situation de l’Emploi.» Enquête Nationale sur la Situation de l’Emploi
et du Travail des Enfants (ENSETE2013). Agence d’Études et de Promotion de l’Emploi et de l’Institut National de
la Statistique: Abidjan, Côte d’Ivoire. http://www.ins.ci/n/documents/enquete_emploi/Enqute%20Emploi%202013.pdf
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52 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Note : Les intervalles de confiance (IC) sont obtenus avec des écart-types ajustés par grappe en 2014 (33 strates), 2013 (25 strates), 2008 (19 régions) et 2002
(11 régions)
Source : Données des enquêtes nationales sur les ménages (ENV) de 2002, 2008 et 2015 et de l'enquête nationale sur l'emploi de 2013 collectée en février 2014
(ENSETE 2013).
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 53
54 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Créer un plus grand nombre d’emplois de meilleure qualité pour accélérer la lutte contre la pauvreté et
encourager une prospérité partagée : voilà l’objectif d’une stratégie large et inclusive en faveur de l’emploi. À
ces fins, elle doit en particulier mettre l’accent sur l’augmentation des revenus des segments de la population les plus
pauvres (par exemple, les derniers 40 %) et les plus marginalisés de la société. De manière générale, deux possibilités
se présentent : d’une part, accroître l’activité et la productivité au sein des secteurs où se concentre actuellement la
population pauvre (agriculture et zones rurales), et d’autre part, faciliter la transition de celle-ci vers des secteurs à
plus forte productivité de main-d’œuvre. Les activités agricoles et informelles sont généralement considérées moins
productives, par opposition aux activités non agricoles et structurées, réputées plus rentables.
Ces deux approches (favoriser la hausse de la productivité intrasectorielle ou encourager les transitions
intersectorielles) requièrent chacune des politiques publiques quelque peu différentes. Celles axées sur la
hausse de la productivité intrasectorielle visent à ajuster au mieux les facteurs macroéconomiques fondamentaux
et le climat des affaires, ce qui profite à tous les secteurs. Elles peuvent éventuellement s’accompagner d’initiatives
sectorielles ciblées pour améliorer la productivité de la main-d’œuvre dans ces secteurs (par exemple grâce au
développement technologique et à l’accumulation du capital). Ces dernières, en modifiant les différences de productivité
de la main-d’œuvre entre secteurs, jouent également sur les motivations, poussant les travailleurs à changer d’activité.
Toutefois, la mobilité intersectorielle de la main-d’œuvre peut aussi être encouragée plus directement en levant les
obstacles aux mouvements entre secteurs. La sortie de certains travailleurs du secteur agricole pourrait par exemple
être facilitée par la stabilisation du régime foncier (qui encourage également l’amélioration des terres et donc, à long
terme, la hausse de la productivité agricole) ou en offrant des services d’information sur les opportunités d’emplois
existant hors des exploitations agricoles.
À travers le temps, et au fur et à mesure que les pays se développent, on observe une diminution de la part de
la main-d’œuvre dans l’agriculture. Cette diminution est d’abord compensée par une hausse proportionnelle
de l’emploi indépendant non agricole, puis à long terme par une augmentation de l’emploi salarié moderne.
Ces transformations s’accompagnent souvent d’un processus d’urbanisation, caractérisé par les migrations rurales-
urbaines ainsi que l’urbanisation des centres ruraux et d’une certaine formalisation. Des tendances similaires de
transformation structurelle, géographique et (dans une moindre mesure) institutionnelle ont commencé à apparaître
en Côte d’Ivoire et se poursuivront probablement au cours de la prochaine décennie. Par conséquent, quel est le juste
équilibre entre ces différentes approches politiques pour la Côte d’Ivoire actuelle ? Quelle est l’amplitude des transitions
entre secteurs et espaces et vers des formes plus structurées d’emploi, qui peut être espérée ou encouragée, en
particulier dans l’objectif plus général de créer des emplois inclusifs ?
Le présent chapitre examine en premier lieu les principales perspectives offertes par la théorie et l’expérience passée,
en fonction de l’avantage comparatif propre à la Côte d’Ivoire et de l’état d’avancement du processus de transformation
structurelle. Ce faisant, l’accent est mis sur la création d’emplois inclusifs. Le potentiel d’emploi de l’agriculture, dans le
cadre de la transformation structurelle, est examiné en premier (section 2.1), suivi d’un exposé du rôle du secteur non
agricole et de la proximité dans l’emploi (section 2.2). Pour approfondir davantage la perspective empirique et évaluer
l’importance relative des différents secteurs pour l’emploi inclusif dans l’avenir proche, des prévisions sur la répartition
des emplois en Côte d’Ivoire dans les différents secteurs au cours de la prochaine décennie sont présentées dans
la section 2.3. Ces prévisions s’appuient sur les perspectives conceptuelles présentées dans les sections 2.1 et
2.2, ainsi que sur les tendances observées par le passé et sur les projections de croissance macroéconomique. Le
chapitre se conclut en suggérant une approche en trois temps pour créer davantage d’emplois, plus inclusifs et de
meilleure qualité (section 2.4) : 1) moderniser l’agriculture, 2) accroître les opportunités d’emploi productif en dehors
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 55
des exploitations agricoles et en dehors des grandes villes, et 3) soutenir les moyens de subsistance des laissés-pour-
compte. Ces considérations pavent ainsi la voie aux chapitres 3 à 5, qui détaillent les défis et possibilités spécifiques
des principales opportunités d’emploi dans la Côte d’Ivoire contemporaine. Le chapitre 3 identifie les possibilités et
principes directeurs afin de maximiser les contributions de l’agriculture. La question centrale de l’augmentation de la
productivité des entreprises individuelles non agricoles (le secteur informel) est traitée au chapitre 4. Le chapitre 5
présente les tendances et perspectives de création d’emplois salariés dans les entreprises structurées. Une discussion
approfondie du rôle complémentaire essentiel de la protection sociale sort du champ de ce rapport14.
Lorsque les ménages s’enrichissent, la part de l’alimentation dans leurs dépenses totales diminue, ainsi
que la demande de main-d’œuvre dans l’agriculture. Il a été constaté au fil du temps que, au fur et à mesure du
développement des pays, la part de l’agriculture dans l’économie et l’emploi diminue (Figure 2.1). Ces évolutions
structurelles et de l’emploi au niveau macroéconomique reflètent l’évolution de la demande individuelle au niveau
microéconomique, à savoir la hausse relative de la demande de produits non alimentaires consécutive à l’augmentation
des revenus15. Par conséquent, la part des dépenses alimentaires diminue avec l’augmentation des revenus (un
phénomène communément appelé loi d’Engel), même si, en termes absolus, les dépenses alimentaires continuent
d’augmenter. Au niveau macroéconomique, cela se traduit par une baisse de la part de l’agriculture dans le PIB au fur
et à mesure du développement du pays, ainsi que par une baisse de la part de l’emploi dans l’agriculture.
80
• Part de la main-d'œuvre dans l'agriculture
70 (2013)
• Part de l’agriculture dans le PIB (2013)
60 Côte d'Ivoire 2002-
Vietnam 2014
50 2002-2013
Sri Lanka 2002-2013
40
30
20
10
0
5 6 7 8 9 10 11 12
PIB/habitant (log) en USD constants 2005
Source : Calculs des auteurs. Les données sur la main-d’œuvre agricole ont été interpolées
sur la base des données des enquêtes nationales auprès des ménages de 2002 et de 2008,
ainsi que des enquêtes emploi 2012 et 2014.
14 Pour un compte rendu récent des discussions à ce sujet, le lecteur peut consulter, entre autres, Honorati, Gentilini et Yemtsov
(2015).
15 En termes techniques, l’élasticité-revenu de la demande en produits non agricoles est supérieure à celle des denrées
alimentaires.
56 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Du point de vue de l’offre, la main-d’œuvre est généralement considérée comme plus productive hors du
secteur agricole. D’après la comptabilité nationale, la valeur ajoutée par travailleur hors secteur agricole est, dans
les pays en développement, en moyenne 4,5 fois supérieure à celle des travailleurs agricoles. Dans les pays à revenu
intermédiaire, ce ratio est de 3,4 et dans les pays à revenu élevé, de 2,216. Dans les pays africains, la main-d’œuvre
non agricole est 6 fois plus productive. Ces importants écarts de productivité aux premiers stades du développement
et le processus ultérieur de convergence suggèrent des bénéfices importants à la transition de la main-d’œuvre hors
de l’agriculture. La croyance populaire veut d’ailleurs que la sortie des travailleurs de l’agriculture soit un facteur causal
— et non une manifestation — du développement. Selon cette vision, la productivité marginale de la main-d’œuvre
agricole est quasiment nulle, de sorte qu’il est possible de retirer de la main-d’œuvre du secteur sans entraîner de
(trop) grandes pertes en termes de production.
Par conséquent, à part relâcher de la main-d’œuvre, quelle peut être la contribution de l’agriculture à l’agenda
de l’emploi ? Les deux perspectives de l’agriculture, tant du point de vue de l’offre que de la demande de main-
d’œuvre, semblent suggérer que l’augmentation de la productivité de la main-d’œuvre au cours de la transformation
structurelle doit principalement se faire par une diminution de l’emploi agricole et que pour cela, les politiques publiques
doivent notamment se concentrer sur la levée des obstacles aux transitions sectorielles (et géographiques). Pourtant,
en dépit de leur popularité, ce point de vue mérite d’être nuancé. Par exemple, des données récentes prouvent
que les mesures d’écart de la productivité agricole calculées à partir de la comptabilité nationale, souvent citées,
mélangent l’effet de plusieurs facteurs et se heurtent à plusieurs difficultés de mesure, qui exagèrent cet écart. Cela
suggère que les gains tirés des mouvements entre secteurs, et donc les motivations à faciliter ces transitions, ne sont
pas nécessairement aussi importants que ce qui est souvent décrit. De plus, l’idée que la main-d’œuvre est moins
productive dans l’agriculture — une opinion particulièrement répandue dans les cercles macroéconomiques — a
souvent été considérée comme une preuve de la moindre productivité intrinsèque du travail agricole, qui ne justifierait
donc pas autant d’investissement. Les succès agricoles de pays exportateurs de denrées alimentaires tels que les
États-Unis et les Pays-Bas ou, plus récemment, le Vietnam, le Chili et le Pérou, viennent toutefois contredire cette
théorie.
Les perspectives plutôt pessimistes du côté de la demande doivent elles aussi être nuancées. Tandis que la loi
d’Engel se vérifie en règle générale, son influence au niveau national dépend du caractère commercialisable des
produits agricoles et de l’avantage comparatif du pays. En outre, une partie de la baisse de la demande de main-
d’œuvre dans l’agriculture, résultant de la plus faible (en termes relatifs) demande en produits de base accompagnant
la hausse des revenus, sera contrebalancée par la hausse de la demande en produits à plus forte valeur et en
produits agricoles transformés au fur et à mesure de l’augmentation de la richesse du pays et de sa population. Cela
crée de nouveaux emplois dans les exploitations agricoles, mais également de manière croissante dans les chaînes
de valeur agricoles et l’agro-industrie en expansion, c’est-à-dire dans le secteur agricole dans son ensemble. Ces
derniers effets sont aujourd’hui largement occultés par les chiffres, car ils sont pour la plupart intégrés aux secteurs
de l’industrie (agroalimentaire, machinerie) et des services (entreposage, transport, vente en gros et de détail) dans
les comptes nationaux. Pourtant, selon certains, c’est précisément la capacité des pays à transformer leur agriculture
et à s’éloigner des denrées de base, au fur et à mesure que celles-ci atteignent un niveau de productivité suffisant et
augmentent la richesse, qui détermine leur capacité à générer des emplois productifs pour les pauvres et à maintenir
le rythme de l’éradication de la pauvreté rurale.
Les deux sous-sections suivantes examinent ces considérations d’offre et de demande en main-d’œuvre
dans le contexte de la Côte d’Ivoire. L’hypothèse de travail est que, en général, dans les pays où le développement
s’accélère, et a fortiori dans la Côte d’Ivoire contemporaine, il existe encore une large marge d’accroissement des
revenus pour les plus pauvres dans le secteur agricole. Il est également nécessaire d’accroître la productivité de
la main-d’œuvre agricole pour faciliter les transitions de travailleurs hors de ce secteur (voir section 2.2), amenés à
s’intensifier avec la hausse de la productivité du travail agricole et l’influence de la loi d’Engel. Cela ne signifie pas que
les travailleurs ne doivent pas être encouragés à sortir de l’agriculture, mais souligne plutôt le large potentiel du secteur
en matière d’emploi inclusif, qui doit être exploité, parallèlement à la promotion de la sortie du secteur lui-même.
Premièrement, de nouvelles données microéconomiques suggèrent que les gains de productivité justifiant la
sortie de l’agriculture sont significativement moins élevés qu’on ne le pense. À ce jour, l’écart de productivité de
la main-d’œuvre agricole est généralement calculé à partir de données macroéconomiques, en comparant la valeur
ajoutée (par personne en emploi principalement dans le secteur) entre les secteurs non agricoles et l’agriculture.
Pourtant, un examen détaillé des données de production macroéconomique et d’emploi suggère qu’elles ont un
effet de distorsion sur l’écart au détriment de l’agriculture, et que cette distorsion s’accroît en fonction du niveau de
pauvreté et d’avancement dans la transformation structurelle des pays.
Pour s’en rendre compte, il faut noter que l’apport de main-d’œuvre (le dénominateur) est généralement exprimé en
nombre de personnes dont l’activité principale est l’agriculture (ou d’autres secteurs non agricoles). Les différences
dans le nombre d’heures effectuées réellement, ou celles liées au capital humain, sont ignorées. Or, Gollin, Lagakos
et Waugh (2014) démontrent par exemple que si l’on tient compte de ces différences sectorielles à l’aide de données
complémentaires tirées des enquêtes auprès des ménages, le ratio moyen de la productivité du travail entre les
secteurs non agricoles et l’agriculture dans les pays africains passe de 6 à 3,3. De manière analogue, Vollrath (2013)
conclut que la mauvaise répartition de la main-d’œuvre entre les secteurs n’explique que 12 % des variations de
revenus entre les pays dans un échantillon de 42 économies, lorsque les chiffres de l’emploi par secteur compilés par
la FAO17 sont corrigés pour tenir compte des différences de temps de travail et de niveau d’instruction entre secteurs,
contre 32 % lorsque ces données n’ont pas été ajustées18.
Une amplitude de 12 % reste importante, en particulier si l’on considère que les différences d’éducation expliquent 10 à
15 % des variations de revenu entre pays. Mais c’est significativement moins que ce qui était généralement rapporté.
Les gains anticipés de la réallocation entre secteurs sont moins importants que ce qui était communément admis,
ces chiffres représentant sans doute encore une limite supérieure. Par exemple, si l’on se tourne vers la mesure de
la production par secteur (le numérateur), généralement obtenu à partir des chiffres de la comptabilité nationale, cela
entraîne également une distorsion à la hausse de l’écart de productivité. Se fondant sur une analyse de 10 pays,
Gollin, Lagakos et Waugh (2014) ont estimé que le ratio ajusté de productivité de la main-d’œuvre entre les secteurs
non agricoles et l’agriculture19 était en moyenne de 2,6 lorsqu’il était calculé à partir des données macroéconomiques
sur la valeur ajoutée par secteur, contre 2,2 à partir des enquêtes auprès des ménages. La comptabilité nationale
tend à ignorer la production agricole à des fins de consommation personnelle, par exemple, ce qui dans les pays à
faible revenu constitue souvent une large part de la production agricole totale20. Si l’on tient compte des différences de
densité de capital, l’écart se réduirait encore davantage, en particulier dans les pays riches en ressources naturelles,
dont bon nombre se situent en Afrique.
Dans cet esprit, les travaux plus récents de Gollin, Lagakos et Waugh (2014) sur la base de données microéconomiques
détaillées, et soigneusement recueillies pour être représentatives au niveau national, sur les revenus par secteur et
le temps de travail dans quatre pays africains montrent que l’écart de productivité dans l’agriculture peut se réduire
à bien moins de 2 lorsque des données microéconomiques sont utilisées, tout en tenant compte du nombre effectif
d’heures travaillées (Figure 2.2) (McCullough, à paraitre). Les gains en termes de productivité de la main-d’œuvre et
de revenus tirés des transitions intersectorielles sont réels, mais moins importants qu’on ne le pense. À cela, il faut
ajouter les coûts associés à ces transitions, et les taux inférieurs de migration des zones rurales vers les centres
urbains observés en Afrique subsaharienne (De Brauw, Mueller et Lee, 2014) ne sont plus aussi surprenants. De plus,
la baisse importante de l’écart de productivité, exprimé en temps de travail effectif, suggère que l’agriculture n’est
pas intrinsèquement moins productive, et donc en principe tout autant digne d’investissements visant à accroître la
productivité de la main-d’œuvre21.
Note : Écarts de productivité par secteur. La Figure 2.2a (haut) montre le rapport de productivité
pour chaque secteur par rapport à l’agriculture sur la base de mesures de la productivité par an et
par personne. La quatrième colonne montre les écarts de productivité brute entre l’agriculture et
les secteurs non agricoles sur la base des données de la comptabilité nationale, et la cinquième
colonne porte sur les écarts ajustés établis par Gollin, Lagakos et Waugh (2014). La Figure 2,2b
(bas) montre le rapport de productivité dans l’agriculture et dans les autres secteurs calculé sur la
base de la production rapportée au temps de travail.
Source : McCullough (à paraitre)
En Côte d’Ivoire, on observe aussi des gains de productivité inférieurs aux attentes pour les mouvements
intersectoriels de travailleurs. D’après les données microéconomiques, la productivité nette moyenne par personne
dans les secteurs non agricoles, principalement l’emploi indépendant à Abidjan, dans d’autres centres urbains et les
zones rurales, est respectivement 4,8; 3,7 et 3,1 fois plus élevée que dans l’agriculture. Comme dans d’autres pays,
la prise en compte des différences d’éducation entre les secteurs/milieux et le nombre plus faible d’heures travaillées
dans l’agriculture réduirait considérablement ces écarts. Les données disponibles ne permettent pas de faire une
21 Les systèmes agricoles américains, hollandais, chinois et brésiliens sont des exemples du potentiel considérable du secteur
agricole.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 59
estimation directe de l’écart de productivité dans l’agriculture en incluant ces facteurs22, mais des calculs sommaires
suggèrent qu’il se réduirait à un facteur de deux23. La comparaison du salaire journalier en fonction du milieu et du
secteur d’activité ainsi que du niveau d’instruction peut contribuer à affiner ces estimations (Tableau 2.1). Les salaires
à Abidjan sont en moyenne 1,9 à 2,1 fois supérieurs à ceux de l’agriculture (rurale) ; dans d’autres zones urbaines,
ils sont environ 1,5 fois supérieurs. Ces chiffres sont nettement moins élevés que les écarts de productivité agricole
mentionnés précédemment. Les écarts respectifs se réduisent davantage si l’on tient compte du niveau d’instruction24.
La prise en compte des différences dans le coût de la vie et la densité en capital réduirait davantage cet écart. Une
fois encore, il ne s’agit pas de dire que les gains de productivité tirés des transitions intersectorielles sont inexistants25,
mais qu’ils ne sont moins importants que l’on imaginait à première vue. L’attention est ainsi redirigée vers la nécessité
d’accroître la productivité au sein même des secteurs.
Tableau 2.1 : Les écarts de salaire entre Abidjan, les autres centres urbains et les zones rurales sont
inférieurs à un facteur de deux
22 En plus de la main d’œuvre familiale, les ménages comptent également sur les échanges mutuels de travail dont la contribution
est parfois importante. Pourtant, dans les données disponibles ils ne sont exprimés qu’en termes de contributions individuelles et
non en jours-personnes (ou heures). Cela empêche l’application directe des calculs de McCullough (comme dans la Figure 2.2).
23 Les ajustements sont effectués sur la base d’estimations du rapport entre le niveau d’instruction et le nombre d’heures
travaillées tant dans l’agriculture que dans les autres secteurs (niveau d’instruction supérieur d’environ 25 % dans les secteurs non
agricoles – 2,52 ans d’enseignement en moyenne pour l’emploi indépendant non agricole contre 2,05 dans l’agriculture, calculs
basés sur ENSETE 2013), et environ 25 % de temps de travail en moins (environ 2000 heures de travail hors agriculture contre
environ 1600 dans l’agriculture – Figure 2.3).
24 Pour s’en apercevoir, il faut comparer le rapport entre les salaires des travailleurs diplômés dans l’agriculture et dans les autres
secteurs au rapport entre les salaires des travailleurs non diplômés dans l’agriculture et dans les autres secteurs.
25 Les différences limitées du salaire nominal suggèrent que le marché de l’emploi salarié en Côte d’Ivoire est raisonnablement
intégré et que ce dernier est relativement bien réparti (comme au Vietnam, voir Trung et Oostendorp, 2016), en particulier pour
les travailleurs non qualifiés, dont la productivité est au centre de ce rapport. Pour autant, comme dans d’autres pays (Vietnam
et Tanzanie, Nerman (2015)), il peut subsister un écart important entre les taux de salaires moyens dans l’agriculture et les
secteurs non agricoles (qui s’établissent principalement autour de 1900 FCFA/jour, cf. Tableau 2) et le salaire implicite moyen dans
l’emploi agricole indépendant (estimé à 884 FCFA/jour en appliquant la méthode de Nerman aux données ENSETE 2013). Bien
qu’inférieurs à ceux du Vietnam (où le rapport entre le salaire agricole fantôme et le salaire du marché en zone rurale est d’environ
25 %, contre 45 % en Côte d’Ivoire), ces chiffres suggèrent malgré tout une certaine segmentation du marché (entre l’emploi
agricole indépendant et salarié) et éventuellement un surplus/sous-emploi de main-d’œuvre dans l’agriculture. Les raisons qui
expliquent cet écart (par ex. préoccupations en matière de sécurité alimentaire/préférences pour ses propres cultures, caractère
saisonnier de la productivité agricole, absence de demande pour les biens et services non agricoles et par conséquent absence
d’opportunités d’emploi indépendant ou salarié hors agriculture, différents obstacles (crédit, compétences) à l’entrée dans l’emploi
indépendant non agricole, préférences professionnelles,…) restent cependant mal étudiées (Nerman, 2015 ; Trung et Oostendorp,
2016).
60 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
0 5 10 15
Logarithme (productivité nette de la main-d’œuvre en 2015)
Note : La productivité nette est mesurée par le rapport entre la production nette par
personne (en emploi principal dans le secteur) par an. Dans le secteur de l’emploi
indépendant, la production nette correspond à la valeur du bénéfice annuel.
Source : Calculs des auteurs, ENV 2015
Pour combler l’écart de productivité dans l’agriculture, il faudra donc résoudre la problématique du sous-
emploi et certaines réponses se trouvent au sein même du secteur. L’hétérogénéité de la productivité de la
main-d’œuvre agricole résulte en partie du sous-emploi dans le secteur. Pour autant, il serait faux d’en déduire que
cette productivité ne peut être améliorée en Côte d’Ivoire. Comme l’illustre la Figure 2.4, les personnes dont l’activité
principale est l’agriculture travaillent un nombre d’heures significativement moins élevé, sur une base annuelle, que
26 Étant donné que le sous-emploi agricole est moins prononcé en Côte d’Ivoire (comparé à d’autres pays illustrés dans la
Figure 2.3), des mesures visant à réduire le sous-emploi et à augmenter la production par heure de travail seront nécessaires. Se
référer au chapitre 3 pour un examen détaillé de cette question.
27 L’écart de productivité au sein des secteurs peut se réduire quelque peu, exprimé en net, au moins dans la mesure où une plus
grande productivité de la main-d’œuvre résulte d’une plus grande utilisation et dépense en intrants.
28 Pour l’Ouganda, Christiaensen et Kaminski (2016) ont calculé la productivité nette de la main-d’œuvre dans l’agriculture et
l’emploi rural indépendant à partir de l’enquête de niveau de vie des ménages et de l’agriculture de 2009 représentative au niveau
national (Living Standard Measurement Study-Integrated Survey on Agriculture - LSMS-ISA). Ils observent que la moyenne (ainsi
que la répartition) de la productivité nette de la main-d’œuvre dans l’agriculture est plus faible parmi les travailleurs indépendants
en milieu rural. Faire passer les agriculteurs du 25e au 75e centile dans la distribution multiplierait leur productivité par 4,5. Une
hausse similaire parmi les travailleurs indépendants dans les zones rurales multiplierait leur productivité par 10. Toutefois, compte
tenu de leur plus grande répartition, leur niveau de productivité initial serait inférieur de 40 %.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 61
ceux dont l’activité principale n’est pas agricole (Figure 2.4), ce qui, comme montré ci-dessus, explique en grande partie
l’écart de productivité individuel dans l’agriculture. Cela indique également que l’agriculture n’est pas intrinsèquement
moins productive et donc mérite tout autant d’investissements29.
Le sous-emploi agricole existe aussi en Côte d’Ivoire, quoique sous une forme moins prononcée que dans les pays
de comparaison (Figure 2.4) (les travailleurs du secteur agricole travaillant en moyenne 1600 heures par an, contre
2000 environ dans les autres secteurs)30. Ce taux inférieur de sous-emploi s’explique par l’importance accrue des
cultures de rente et le recours plus fréquent à l’emploi salarié (chapitre 3), l’état d’avancement du pays dans la
transformation structurelle et son fort taux d’urbanisation (cf. section 2.2). De plus, des modifications au sein même du
secteur peuvent contribuer à résoudre le problème du sous-emploi affectant les travailleurs agricoles. Le sous-emploi
agricole peut, par exemple, être lié au caractère saisonnier de la production agricole, qui nécessite une main-d’œuvre
importante dans certaines périodes où il est impossible de s’absenter des exploitations pour travailler ailleurs, ainsi
qu’à des périodes de relative inactivité. Il peut donc être difficile d’exercer des activités non agricoles dont les cycles
de production coïncident avec ceux de l’agriculture, ou des activités non agricoles denses en capital et devant opérer
en continu pour être compétitives. Le sous-emploi peut également résulter de l’absence de marchés ou de leur
difficulté d’accès, de sorte que les surplus de production destinés à la vente ne sont plus rentables et l’agriculture de
subsistance devient une option plus avantageuse.
Figure 2.4 : Le temps de travail est inférieur dans l’agriculture, signalant une
situation de sous-emploi
2 500
Temps de travail moyen (heures) par
2 000
1 500
personnes par an
1 000
500
-
Ag Ind Serv Ag Ind Serv Ag Ind Serv Ag Ind Serv Ag Ind Serv
ETHIOPIE_2013-14 MALAWI_2010-11 TANZANIE_2010-11 OUGANDA_2010-11 COTE D'IVOIRE
2013-14
Note : Le diagramme montre le nombre moyen d’heures travaillées par les individus dans chaque
secteur, en fonction de leur principal secteur d’activité.
Source : Calculs des auteurs sur la base de l’ENSETE 2013 pour la Côte d’Ivoire, McCullough
(2016)
Néanmoins, la technologie peut contribuer à lever ces obstacles saisonniers, soit en assouplissant les besoins en main-
d’œuvre saisonnière (par exemple grâce à la mécanisation des tâches agricoles saisonnières telles que le labourage
ou le désherbage) ou en prolongeant la saison de culture (par exemple grâce à l’irrigation pour permettre une seconde
récolte hors de la saison des pluies). Les systèmes de culture mixtes avec des cycles de récoltes échelonnés (cultures
et élevage) peuvent également se révéler utiles. Il est en outre possible de réduire les coûts d’accès aux marchés. Les
solutions au sous-emploi dans l’agriculture ne se limitent donc pas aux activités non agricoles, mais peuvent venir de
29 La différence significative entre les secteurs dans le temps de travail estimé prend en compte également les ajustements
relatifs à l’apport plus important en main-d’œuvre et à la diminution de l’écart de productivité agricole décrits par Vollrath (2013,
Tableau 3) (deux tiers en moyenne en raison de différences dans le temps de travail, contre un tiers en raison des différences de
niveau d’instruction). Pour autant, une analyse coûts-bénéfices complète est nécessaire pour comparer les rendements par rapport
à d’autres opportunités d’investissement.
30 Les personnes dont l’activité principale est l’emploi indépendant informel connaissent également des périodes d’inactivité,
mais les données suggèrent que celles-ci sont bien moins importantes que dans l’agriculture, probablement en raison du caractère
saisonnier de la production agricole.
62 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
l’agriculture elle-même, dans les exploitations et en dehors. Par ailleurs, le sous-emploi agricole étant moins prononcé
en Côte d’Ivoire, les mesures qui permettent d’accroître la production par heure de travail seront les plus efficaces.
Les défis et opportunités liés à l’augmentation de la productivité de la main-d’œuvre agricole en Côte d’Ivoire sont
détaillés au chapitre 3.
Troisièmement, la génération de revenus dans l’agriculture a un impact plus prononcé sur la réduction de la
pauvreté. Des données internationales montrent de manière convaincante que la croissance du PIB dans l’agriculture
a un impact plus important sur la réduction de la pauvreté que la croissance du PIB issue d’autres secteurs31. C’est
particulièrement vrai en matière de pauvreté extrême, lorsque la plupart des pauvres vivent en milieu rural, et travaillent
dans l’agriculture32, et lorsque la terre est répartie de manière relativement équitable, de sorte qu’un grand nombre
de petits exploitants pauvres peuvent mettre leurs actifs (travail et terre) à profit et en bénéficier directement. Ces
données empiriques, portant sur plusieurs pays, se confirment en Asie (par exemple en Chine)33 ainsi que dans des
études récentes effectuées en Afrique. Par exemple, deux tiers de la diminution de 4 points de pourcentage du nombre
de pauvres enregistré entre 2005 et 2009 en Ouganda ont pu être attribués à la hausse des revenus des individus
ayant principalement travaillé dans l’agriculture durant cette période34. Ces résultats s’expliquent par la part importante
de la population restée dans l’agriculture (49 %), dont de nombreux ménages pauvres, de sorte qu’une diminution
même légère de leur taux de pauvreté se traduise par la sortie d’un nombre important de personnes de la pauvreté.
La majeure partie de la baisse importante de la pauvreté observée en Éthiopie entre 1996 et 2011 peut aussi être
attribuée à la croissance du secteur agricole35.
Pourtant, la génération de revenus dans l’agriculture ne se traduit pas toujours ou automatiquement par une réduction
de la pauvreté. Au Brésil par exemple, la croissance de l’agriculture n’a pas entraîné une forte réduction de la
pauvreté36. En effet, les terres y sont réparties inéquitablement, et l’essor agricole des deux dernières décennies
est largement dû au développement d’une agriculture à grande échelle, hautement mécanisée, et nécessitant des
compétences (en majeure partie à la suite du développement du Cerrado pour la culture de soja à destination de la
Chine). Cela démontre que la capacité de l’agriculture à créer des emplois et à réduire la pauvreté dépend aussi de
la situation initiale (potentiel agronomique et distribution des terres), des modalités de production (grande ou petite
échelle) et des politiques agricoles.
Cela ne signifie pas pour autant que le développement de l’agriculture entraînera la croissance la plus rapide. Un
compromis entre taux de réduction de la pauvreté et croissance du PIB est possible, comme le montre l’expérience
ougandaise entre 2005 et 2009. Au cours de cette période, les deux tiers de la réduction de la pauvreté ont pu être
attribués à la hausse des revenus agricoles parmi les agriculteurs, alors que les deux tiers de la croissance globale de
la demande résultaient des secteurs non agricoles. La croissance était tirée pour moitié de la croissance à Kampala,
pour l’autre de la hausse de la consommation en milieu rural, hors exploitations agricoles. Néanmoins, la croissance
dans l’agriculture n’est pas systématiquement à la traîne de la croissance dans les autres secteurs37, et le compromis
doit être apprécié en termes de retours sur investissement, ainsi que de sa pérennité sur le plan politique.
Globalement, les données théoriques, empiriques et historiques disponibles confirment de manière écrasante
que l’amélioration de la productivité agricole est déterminante pour la hausse des revenus des ménages
pauvres. Les gains tirés de la réallocation de la main-d’œuvre entre les secteurs sont moins importants que ce qui
est communément admis, en partie à cause d’une meilleure intégration des marchés du travail et un sous-emploi
agricole inférieur à ce qui peut être observé ailleurs. La grande hétérogénéité dans la productivité de la main-d’œuvre
agricole en Côte d’Ivoire suggère par ailleurs un large potentiel d’amélioration et la hausse des revenus des petits
exploitants peut être décisive pour la création d’emplois inclusifs et la réduction de la pauvreté. La Côte d’Ivoire réunit
toutes les conditions nécessaires. Plus de 50 % de la population active et 78 % de la population rurale sont encore
en emploi dans l’agriculture ; cette dernière repose encore en grande partie sur des petits exploitants, et plus de 60 %
des pauvres sont des petits exploitants agricoles (Banque mondiale, 2011a)38. Un récent rapport économique pour le
pays (Banque mondiale, 2011b) fait état d’un potentiel de croissance dans l’agriculture d’au moins 5 % au cours de la
prochaine décennie. Depuis la crise postélectorale (2011-2014), le secteur a connu une croissance moyenne de 5,7 %
par an. Le rôle continu des initiatives, visant à faciliter les transitions hors du secteur agricole n’en reste pas moins
important, comme nous l’avons détaillé dans la section 2.3, mais cette analyse souligne le potentiel et la nécessité
persistante, dans le contexte actuel, d’accroître la productivité de la main-d’œuvre dans l’agriculture.
Quatrièmement, la demande mondiale de produits agricoles d’exportation ivoiriens laisse entrevoir des
possibilités continues de création d’emplois et de hausse des revenus dans l’agriculture. L’influence négative
de la loi d’Engel sur la demande de produits (et main-d’œuvre) agricoles d’un pays dépend également du caractère
commercialisable de son agriculture, de l’évolution de la demande mondiale (par opposition à la demande interne), et
de l’avantage comparatif du pays concerné. Plus sa production agricole est commercialisable et compétitive, moins
le pays est dépendant de sa demande interne et plus le potentiel de création d’emplois dans l’agriculture est élevé.
La production et l’exportation des cultures de rente, en particulier le cacao, mais également le café, le coton et l’huile
de palme, ont toujours été des piliers de l’économie ivoirienne et de la création d’emplois. Ils nourrissent également
d’autres secteurs de l’économie, en particulier l’agro-industrie, le commerce, le transport et contribuent de manière
importante à la création d’emplois salariés structurés, pour la plupart peu qualifiés (chapitre 5).
En Côte d’Ivoire, la valeur des exportations agricoles a connu une croissance rapide au cours des dernières années
(de 9,7 % par an pour la période 2005-2012)39, tirée en grande partie par le développement des filières cacao, hévéa,
noix de cajou et palme, lesquels représentent respectivement 26, 13, 4 et 3 % de cette croissance (Figure 2.5). Cette
dernière résulte de la hausse des prix, mais également des volumes, soulignant le potentiel d’exportation des produits
agricoles et rappelant le modèle de développement appliqué au Vietnam, qui a conquis les marchés mondiaux dans les
années 1990 et 2000 avant de devenir l’un des principaux exportateurs de café et de riz. Au cours de la période 1980-
2000, la Côte d’Ivoire s’est maintenue parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux de café vert (en volume).
Étant donné la prévalence des petits exploitants ou des cultivateurs sous-traitants dans la plupart des cultures
de rente en Côte d’Ivoire, un grand nombre d’individus pourront bénéficier d’une hausse des exportations. Les
ménages actifs dans les cultures de rente s’en sortent généralement mieux que ceux qui ne cultivent que des produits
de base (estimations à partir de l’enquête sur le niveau de vie des ménages de 2008) (Banque mondiale 2011a). Si
l’on tient compte d’autres facteurs, la consommation par tête était 9 %, plus élevée chez les cultivateurs de cacao
que chez ceux ne cultivant aucune culture de rente. La consommation par tête des ménages qui produisent de l’huile
de palme, de l’hévéa et du coton était encore plus élevée, environ 10, 17 et 23 % respectivement, que pour les
agriculteurs ne cultivant que des produits non destinés à l’exportation.
38 Les ménages ruraux les plus pauvres dépendent largement des cultures de base. Pour les 40 % les plus pauvres, ces dernières
représentent près de 70 % de leurs revenus.
39 En termes réels (à savoir ajusté en fonction de l’évolution des termes de l’échange ou de l’indice d’unité/valeur des importations),
la valeur des exportations agricoles a augmenté de 3,3 % par an.
64 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Figure 2.5 : Les exportations agricoles (USD) de la Côte d’Ivoire ont plus que
doublé au cours des années 2000, après une période de relative stagnation
entre 1980 et 2000
7 000 000
6 000 000
5 000 000
4 000 000
3 000 000
2 000 000
1 000 000
0
1961
1963
1965
1969
1971
1973
1975
1977
1979
1981
1983
1985
1989
1991
1993
1995
1999
2001
2003
2005
2009
2011
2013
1967
1987
1997
2007
Source : FAOSTAT, 2016
Toutefois, la marge d’amélioration reste importante. Des réformes dans le secteur du cacao ont déjà permis
d’augmenter la production de manière significative (de 1,2 million de tonnes en 2009/2010 à 1,8 million de tonnes
lors de la récolte de 2014/2015). La diversification et l’expansion vers de nouvelles cultures, notamment la noix
de cajou (en particulier depuis le début des années 2000), denses en main-d’œuvre et l’ajout de valeur grâce à la
transformation, représentent également un important potentiel pour l’emploi. Depuis le milieu des années 1990, la
production de noix de cajou en Côte d’Ivoire a connu une croissance massive. Devenu le premier exportateur mondial
de noix de cajou (entières) en 2002, le pays a plus que quadruplé sa production depuis, atteignant 426 000 tonnes en
2013. Mais pour l’heure, seuls environ 6 % des noix de cajou sont transformés localement. L’objectif du gouvernement
est de porter ce chiffre à 50 % d’ici 2020. Accroître localement la valeur ajoutée des noix de cajou, mais également
du coton, pourrait s’avérer vital pour l’emploi. Ces deux produits sont cultivés dans les régions centrales et du nord
du pays, qui abritent une large proportion de pauvres, durement touchée par la longue crise multidimensionnelle.
L’expérience des années 2007-2012, montre également que la hausse des emplois structurés dans l’agro-industrie
tend à profiter aux individus peu qualifiés (voir Figure 5.15).
Côte d’Ivoire
Afrique
Afrique australe Afrique du
australe et 2013
et de l’Est Sud
Part des emplois (%) de l’Est
Femmes
2010 2010 Hommes
2025 National milieu
milieu rural
rural
Secteur non agroalimentaire 17,4 27,3 72,1 37,8 20,0 19,6
Agriculture 74,7 61,5 13,6 47,2 61,9 74,6
Agro-industrie 2,3 3,3 4,4 2,0 2,6 1,1
Marketing et transport 4,8 6,5 7,2 10,5 11,6 4,4
Transformation des aliments hors
0,9 1,4 2,8 2,5 3,9 0,3
du domicile
Source : Calculs des auteurs basés sur ENSETE 2013 pour la Côte d’Ivoire. Tschirley et coll., 2015.
Les pays qui associent une transformation structurelle réussie, répondant à la loi d’Engel, à une transformation
agricole fructueuse, répondant à la loi de Bennett, sont ceux qui enregistrent la baisse la plus rapide de la
pauvreté rurale. Les expériences de la Chine et du Vietnam l’illustrent bien (Figure 2.6)40. Le Laos et le Cambodge
doivent encore mener leur transformation agricole, tandis que l’Indonésie a transformé son agriculture en s’éloignant
des cultures vivrières, mais sa transformation structurelle globale marque le pas. La transformation tant structurelle
qu’agricole est moins avancée aux Philippines ; c’est également dans ce pays que la pauvreté rurale a le moins reculé.
40 Huang (2016).
66 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
2.2.1 Des jeunes quittent le secteur agricole en Côte d’Ivoire, mais à un rythme normal
Souvent, ce sont les jeunes qui sont le plus enclins à quitter l’agriculture en premier ou en plus grand nombre, y
compris en Côte d’Ivoire. Ils sont généralement plus instruits, jouissent d’une plus grande liberté et n’ont rien à perdre,
ce qui accroît leur mobilité. Un accès difficile à la terre (en raison de sa rareté, des lois de succession, ou de marchés
locatifs défectueux) ou l’absence (saisonnière) d’opportunités d’emploi dans l’exploitation familiale peuvent contribuer
encore davantage à leur exil. Les chiffres de la participation réelle montrent que les jeunes sont effectivement moins
impliqués dans l’agriculture en Côte d’Ivoire que les tranches d’âge plus élevées (Figure 2.7). Parmi les 20-34 ans (hors
étudiants), 34,5 % des travailleurs étaient employés dans l’agriculture en 2008 ; parmi les 35-60 ans, cette proportion
était de 49,1 %, soit 14,6 points de pourcentage supplémentaires. Ceux qui restent ont tendance à s’engager à plein
temps et à travailler autant d’heures que les tranches d’âge supérieures, ce qui suggère un haut degré de spécialisation.
Figure 2.7 : Les jeunes sont moins impliqués dans l’agriculture que les tranches
d’âge supérieures
10
0
20-24 25-29 30-34 35-39 40-44 45-49 50-54 55-59
âge (années)
Année 2008 Année 2014
Source : Calculs des auteurs sur la base des données ENV 2008 et ENSETE 2013.
Jusqu’ici, la sortie des jeunes de l’agriculture a été proportionnelle au niveau de développement de la Côte
d’Ivoire. La Figure 2.8 représente l’écart de participation par tranche d’âge (point de pourcentage) (vers 2010)
pour plusieurs pays africains en fonction de leur niveau de développement41. Un écart, encore plus marqué dans la
participation agricole entre les 20-34 ans et les 35-60 ans peut être observé au Nigeria (19 points de pourcentage).
La différence est moindre en Tanzanie et en Ouganda (9,2 et 11,2 points de pourcentage, respectivement) et bien
moindre en Éthiopie, au Malawi et au Niger (respectivement de 5,2, 6,7 et 2,3 points de pourcentage). Ces différences
correspondent globalement au niveau de développement de chaque pays — plus le revenu par habitant est élevé, plus
le processus de transformation structurelle est avancé et plus l’écart générationnel dans la participation à l’agriculture
est marqué. Le rythme du déclin de cette participation actuellement observé dans les différentes tranches d’âge en
Côte d’Ivoire correspond globalement à cette tendance42.
Une certaine prudence s’impose toutefois. Les écarts de participation observés dans l’agriculture sont de simples
différences transversales entre tranches d’âge. En tant que tels, ils reflètent également certains aspects du cycle de
vie des individus, indépendamment de la transformation structurelle (par exemple, le fait que les jeunes commencent
par travailler hors de l’exploitation agricole avant d’y revenir lorsqu’ils accèdent à la terre), et doivent être considérés
comme des limites supérieures. Si l’on soustrait la différence de participation à l’agriculture entre les classes d’âge
pour les trois pays les moins développés, qui sont encore à la veille de leur transformation structurelle (Éthiopie,
Malawi et Niger), et que l’on considère ce chiffre comme un indicateur d’un gradient d’âge « normal », celui de la Côte
d’Ivoire s’en trouverait ramené à environ 10 points de pourcentage (contre 14,6 en 2008).
20,0 Écart de participation à l’agriculture en fonction de la tranche d’âge (36-60 ans et 20-35 ans)
18,0 Nigeria
16,0
12,0 Ouganda
Point %
10,0
8,0
Malawi Tanzanie
6,0
4,0
Éthiopie
2,0 Niger
0,0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000
PIB/habitant 2010, PPA (dollars internationaux 2011)
Note : Différence dans la participation à l’agriculture en fonction de la tranche d’âge (36-60 ans
et 20-35 ans)
Source : Maiga, Christiaensen, Palacios-Lopez (2016) ; ENSETE 2013 pour la Côte d’Ivoire.
Huitièmement, la voie de sortie de l’agriculture passe aussi en partie par l’agriculture. L’augmentation de la
productivité agricole reste essentielle à la transition hors du secteur et à la création d’emplois non agricoles au sein de
structures de production agraires à base élargie et des chaînes de valeur agricoles qui tendent à être particulièrement
prospères. Une part importante de la demande en produits et services non agricoles, et donc en emplois non agricoles,
en particulier pour les segments les plus pauvres de la société, viendra d’une croissance agricole large dans l’arrière-
pays rural (et dans une moindre mesure de l’emploi salarié dans l’industrie moderne). En fait, 70 % des nouveaux
« emplois » générés entre 2012 et 2014 l’ont été dans l’emploi indépendant (dont la majorité dans l’agriculture ou
au sein d’exploitations familiales) (chapitre 1). Seuls 30 % des nouveaux emplois (travail au service d’une autre
personne) sont des emplois salariés (pour la plupart encore dans le secteur informel et sans contrat de travail). La
plupart des nouveaux emplois seront également indirectement liés à l’agriculture et à l’agro-industrie43. Des gains
de productivité de la main-d’œuvre dans les sous-secteurs agricoles seront donc tout autant nécessaires pour que
l’agriculture reste compétitive par rapport aux autres secteurs, afin de retenir les jeunes, d’exploiter les opportunités
d’emploi offertes par la demande interne et externe en matière de produits agricoles, mais également pour réguler la
transition de la main-d’œuvre hors de l’agriculture et encourager la demande en produits non agricoles et la création
d’emplois hors des exploitations agricoles.
43 Une analyse détaillée de la comptabilité nationale a conclu que tandis que la valeur ajoutée dans l’agriculture était
estimée à 17,5, 6,5 et 2,5 % au Nicaragua (2006), au Pérou (2007) et au Chili (2008), respectivement, la valeur des activités liées
en amont et en aval ajoutait 5,2, 3,2 et 2,2 points de pourcentage (Anriquez, 2016), la part de ces activités dans la valeur ajoutée
totale de l’agriculture (production et activités connexes) augmentant avec la richesse des pays (Nicaragua, 1849 (USD 2010)
PIB/habitant en 2015 ; Pérou, 5974 (USD 2010) PIB/habitant en 2015 ; Chili 14626 (USD 2010) PIB/habitant en 2015) et la valeur
ajoutée par l’agriculture diminue.
68 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
En effet, les individus pourraient être de plus en plus réticents à rester dans l’agriculture au niveau de productivité
actuel, du moins en termes d’aspirations44. Selon la manière dont la question est formulée, entre deux et quatre
agriculteurs sur cinq en Côte d’Ivoire déclarent vouloir travailler dans un autre secteur45. Cela n’est pas surprenant
sachant que, dans les zones rurales, les individus qui s’en sortent le mieux ont généralement des activités plus
diversifiées ou spécialisées dans le secteur de l’emploi non agricole salarié ou indépendant, y compris en Côte d’Ivoire
(Figure 2.11). Néanmoins, la baisse de la spécialisation agricole en fonction du gradient de richesse est progressive,
et même dans le quintile le plus riche, plus de deux agriculteurs sur cinq sont spécialisés. Dans d’autres pays, la
baisse de la part de l’emploi agricole entre les quintiles de revenus est généralement plus marquée. Cela reflète
également en partie le potentiel de revenu plus élevé offert par les cultures de rente commercialisables (comparé aux
autres pays), et le caractère plus diversifié et commercial des activités agricoles en Côte d’Ivoire (cf. chapitre 3). Avec
des prévisions de taux de pauvreté rurale, estimées à 57 % en 2011, cela reflète aussi le nombre limité d’opportunités
de travail hors exploitations agricoles dans l’économie rurale et ses centres urbains.
Figure 2.9 : Une spécialisation dans des activités non agricoles ouvre l’accès à de
meilleures opportunités d’emploi
1 2 3 4 5
QUINTILES DE RICHESSE
Neuvièmement, l’absorption efficace des travailleurs quittant l’agriculture passe par le développement
des zones rurales et des centres urbains secondaires. À première vue, la structure de l’emploi rural en Côte
d’Ivoire est globalement conforme au niveau de développement. Près de 4 travailleurs ruraux sur 5 oeuvrent dans
le secteur de l’agriculture, ce qui correspond aux ratios observés dans d’autres pays au niveau de développement
44 De manière surprenante, les différences entre classes d’âge sont peu marquées. Les changements d’occupations s’opèrent
généralement parmi les tranches d’âge les plus jeunes, qui sont mieux éduquées et plus flexibles.
45 Lorsqu’on leur demande quel type d’activité ils souhaitent mener à l’avenir, environ 60 % des personnes employées dans
l’agriculture souhaitent diriger une exploitation agricole. Lorsqu’on leur demande quel type d’emploi ils souhaiteraient occuper, plus
de 80 % des travailleurs agricoles déclarent souhaiter travailler dans un autre domaine.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 69
similaire (Figure 2.10)46. Pourtant, seule une petite (et proportionnellement encore plus faible) partie de la population
rurale (4 %) travaille dans le secteur de l’emploi salarié non agricole. Cela est très probablement dû au fort degré
d’urbanisation et de concentration urbaine en Côte d’Ivoire, la plupart des entreprises et des emplois salariés non
agricoles étant concentrés dans la capitale. Cinquante-trois pour cent de la population vivent en zone urbaine, dont
40 % à Abidjan (Figure 2.11). En 2012, moins de 10 % des emplois formels se trouvaient hors d’Abidjan (Figure 5.10),
la vaste majorité des nouveaux emplois formels continuait à se créer à Abidjan (Figure 5.16), et très peu dans les
autres centres urbains (principalement dans l’agro-industrie). Ce schéma d’urbanisation s’accompagne d’une prime
élevée sur salaire pour les travailleurs qualifiés (disposant d’une éducation supérieure) qui gagnent en moyenne un
salaire équivalent à Abidjan et dans les autres centres urbains, et près de 3 fois plus que les travailleurs non qualifiés
de ces mêmes zones urbaines (la plus importante prime de compétence en fonction du lieu) (Tableau 2.1). La faible
différence de salaire des travailleurs hautement qualifiés entre Abidjan et les autres centres urbains suggère que des
salaires plus élevés seraient nécessaires pour attirer la main-d’œuvre qualifiée dans les autres zones urbaines (peut-
être également pour compenser le faible développement des services publics dans ces zones).
Part de l'emploi(%)
100
90
80
70
60
Côte d'Ivoire
% 50
40
30
20
10
0
1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 4500 5000 5500
PIB/hab ppp (dollar international 2011)
Figure 2.11 : La part de l’emploi salarié non agricole en zone rurale diminue
fortement en fonction du taux d’urbanisation
40
35
30
zone rurale
25
20
15
10 Côte d'Ivoire
5
0
10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60
% population urbaine
Source : Calculs des auteurs sur la base des travaux de Davis, di Giuseppe et Zezza (2015).
Après la prise en compte des différences de PIB, les ménages ivoiriens tendent également à être plus
spécialisés, soit dans l’agriculture, soit dans l’emploi indépendant non agricole. L’agriculture à temps partiel ou
la diversification des revenus est moins importante que dans d’autres pays. D’un côté, une plus grande spécialisation
est corrélée à un accès, à une surface plus importante par personne (Figure 3.2) et aux cultures de rentes, de sorte
que, en l’absence de mécanisation, une main-d’œuvre relativement plus importante peut rester employée sur les
exploitations. Cela peut également indiquer un manque d’opportunités, hors des exploitations, pour diversifier les
sources de revenus dans les zones rurales, de sorte que les individus se classent dans l’une ou l’autre des catégories
– soit pleinement dans l’agriculture, soit pleinement dans d’autres secteurs, mais dans ce cas dans les villes, où se
concentrent l’emploi indépendant non agricole et les emplois salariés (voir chapitres suivants).
Un accès de proximité à des emplois indépendants et salariés non agricoles dans l’économie rurale et les villes
secondaires est particulièrement important pour la création d’emplois de meilleure qualité et plus inclusifs.
Des données portant sur plusieurs pays montrent de manière convaincante que les mouvements hors de l’agriculture
vers l’économie rurale et les villes secondaires (de moins d’un million d’habitants) contribuent davantage à réduire
la pauvreté que les sorties de l’agriculture en direction des métropoles47. Ceux qui arrivent à migrer vers les grandes
villes tendent à gagner bien plus en moyenne que ceux qui restent à proximité, toutefois cela ne concerne qu’une faible
proportion des pauvres, tandis qu’ils sont plus nombreux à trouver une activité non agricole lorsqu’ils restent dans les
environs. Le résultat final est une accélération de la réduction de la pauvreté lorsque les individus peuvent trouver un
emploi non agricole à proximité de leur lieu d’origine. Étant donné le caractère encombrant des matières premières et
des coûts de transport associés, de nombreuses industries agroalimentaires (par exemple moulins, brasseries, usines
de transformation) s’établissent dans des centres urbains à proximité des sources d’approvisionnement. Ces centres
servent souvent également de carrefours commerciaux facilitant l’approvisionnement en intrants (semences, engrais,
machines), le stockage, la commercialisation et le transport des fruits et légumes, générant des opportunités d’emploi
hors exploitations. Avant même de tenir compte des services connexes aux activités agroalimentaires, l’agriculture
(CITI 01) et l’agroalimentaire (CITI 15) représentaient à elles seules plus de 30 % de tous les emplois structurés et plus
de 20 % de la valeur ajoutée dans les entreprises structurées (Figure 5.5). L’agro-industrie forme également les seules
sources d’emploi industriel structuré en province. Au cours des deux dernières années, une légère augmentation de
la création d’entreprises structurées hors d’Abidjan a pu être observée (chapitre 5), quoique le potentiel d’expansion
reste vaste.
2.3 Quelle est l’amplitude des transitions intersectorielles attendues en Côte d’Ivoire
Un scénario de base pour évaluer les transitions attendues entre les secteurs d’activité. Les sections ci-dessus
fournissent un cadre conceptuel pour appréhender la capacité de l’agriculture et des autres secteurs à créer des
emplois et à accroître les revenus des segments les plus pauvres de la société. Cette section présente un scénario
de référence détaillant l’amplitude des mouvements entre secteurs attendus en Côte d’Ivoire à l’horizon 2015-2025.
Prenant pour point de départ la situation de l’emploi en février 2014, le scénario applique des prévisions de croissance
démographique et pour les principaux secteurs de l’économie au cours de la prochaine décennie en y associant des
estimations de l’élasticité sectorielle de l’emploi sur la base de données historiques internationales en Afrique et dans
le monde. Les prévisions estiment la composition de la croissance de l’emploi au cours de la prochaine décennie ainsi
que les implications sur la structure de l’emploi à l’échelle du pays. Elles fournissent un élément de comparaison pour
analyser l’impact des évolutions de la productivité dans l’agriculture ou d’autres secteurs, ou des modifications dans
la composition du PIB, sur la structure globale de l’emploi (à élasticité sectorielle de l’emploi égale). Le scénario de
référence est optimiste et anticipe une forte croissance dans l’industrie (secondaire), le commerce et les services au
cours de la prochaine décennie, avec une croissance plus limitée dans l’agriculture (Tableau 2.3) (voir Annexe 2 pour
une présentation détaillée de la méthodologie et des résultats)48.
Tableau 2.3 Estimations de croissance par secteur utilisées pour le scénario de référence
Année 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025
Agriculture 3,6 3,1 2,2 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0
Secondaire 8,7 8,5 8,2 6,8 6,6 6,4 6,3 6,1 5,9 5,7 5,5
Commerce 10,8 10,4 10,0 9,1 8,9 8,7 8,5 8,3 8,1 7,9 7,7
Services 10,8 10,4 10,0 9,1 8,9 8,7 8,5 8,3 8,1 7,9 7,7
Total 8.8 8.5 8.1 7.5 7.4 7.3 7.1 7 6.9 6.7 6.6
Source : Banque Mondiale, 2015
Les estimations suggèrent un déclin continu de la part de l’emploi agricole, en grande partie contrebalancé
par une augmentation de l’emploi non agricole, qui va probablement devenir la principale source d’emploi
(Figure 2.12). Plus spécifiquement, les projections suggèrent que la part de l’emploi dans l’agriculture devrait passer
de 51 % en 2014 à 29 % en 2025. Parallèlement, il est probable que l’emploi indépendant non agricole devienne
la première source d’activité d’ici 2025, avec 43 % de la population active. La part de l’emploi salarié augmente
également, mais reste le type d’emploi le moins prévalent, avec moins de 30 % de la population active.
120,0
100,0
80,0
60,0
40,0
20,0
0,0
2002 2008 2014 2020 2025
Source : Calculs des auteurs sur la base de ENV 2002, ENV 2008 et ENSETE 2013, projections
pour 2020 et 2025, voir annexe 2 pour la méthodologie.
L’emploi salarié reste la forme d’emploi la moins répandue et se concentre dans les services. Ces estimations
de base ne sont données qu’à titre indicatif et peuvent être influencées par des modifications de la productivité au
sein des secteurs, la situation macroéconomique ou la stabilité politique du pays. Néanmoins, l’emploi salarié reste
la forme d’emploi la moins répandue dans bon nombre de scénarios reflétant des schémas de croissance différents
pour l’industrie et les services, tout en conservant une perspective relativement pessimiste de la croissance dans
l’agriculture (voir Annexe 2). L’emploi salarié restera probablement largement dominé par le secteur des services,
tandis que la part de l’emploi salarié dans l’industrie se limitera à 3 % au maximum, même dans l’hypothèse d’une
forte expansion des secteurs de l’industrie et des services.
Une croissance plus rapide de l’agriculture ralentirait la transition des individus hors du secteur ainsi que la
croissance de l’emploi indépendant non agricole. Le scénario de base se fonde sur un taux de croissance de 3 %
du secteur agricole pour la majeure partie de la prochaine décennie. Si le secteur se modernise plus rapidement, une
décennie de croissance à 4 % est plausible. Cela serait comparable aux performances du Vietnam et de la Chine au
cours des trois dernières décennies. Une croissance aussi solide dans le secteur agricole limiterait la sortie du secteur.
En tant que telle, l’estimation de la part de 29 % de l’emploi dans l’agriculture devrait être considérée comme un seuil
minimal49.
49 Mais la croissance de la productivité dans l’agriculture contribuera également à la croissance, à l’emploi et au revenu des autres
secteurs, par la hausse de la demande interne pour les produits et services non agricoles, ce qui permettra à son tour de créer
72 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Il est important de nuancer ces estimations en précisant qu’elles omettent les liens intersectoriels. La hausse
de la productivité dans l’agriculture pourrait également contribuer à la croissance, à la création d’emplois et de revenus
dans les autres secteurs, et cela par l’augmentation de la demande interne en produits et services non agricoles, et
en produits agricoles de plus grande valeur ou transformés, qui créeraient davantage d’emplois de meilleure qualité
hors exploitations agricoles, dans la construction, l’industrie (y compris l’agroalimentaire), le commerce alimentaire et
autre, ce qui souligne le rôle de l’agriculture dans la transition50.
Pour résumer, l’emploi indépendant informel, hors exploitations agricoles, et non l’emploi salarié structuré, est en
passe de devenir la principale source d’emplois. Par conséquent, les politiques visant à accroître la productivité
des travailleurs indépendants seront essentielles à la création d’emplois plus productifs et à la réduction de la
pauvreté. En dépit de son importance et compte tenu de sa faiblesse initiale (en particulier dans l’industrie), même
une croissance rapide dans le secteur structuré des services et de l’industrie n’ajoutera qu’un petit nombre d’emplois
salariés (structurés). L’emploi agricole est certes en déclin, mais il restera important dans l’avenir proche, les gains de
productivité étant un facteur majeur de la sortie de ce secteur. Cela ne réduit pas l’importance du rôle des entreprises
structurées pour l’emploi, mais souligne plutôt la nécessité d’adopter des attentes réalistes et d’équilibrer les politiques
publiques.
2.4 Une approche triple pour promouvoir l’emploi productif et accélérer la réduction de la pauvreté
D’après de récentes estimations (2011), deux tiers des Ivoiriens pauvres, vivent en milieu rural, dont près de
la moitié dans un ménage dirigé par un travailleur agricole. Ce constat souligne l’importance d’accroître la
productivité de ce secteur pour créer des emplois en plus grand nombre, plus inclusifs et de meilleure qualité
en Côte d’Ivoire. Cela correspond également à l’avantage comparatif potentiel du pays en matière de cultures de
rente, et tire parti de la hausse de la demande en produits agricoles transformés et à haute valeur, résultant de la
hausse des revenus et de la diversification alimentaire, en particulier parmi son importante population urbaine. Pour
que le pays puisse exploiter ces possibilités, la productivité de la main-d’œuvre agricole doit pouvoir être compétitive
par rapport aux opportunités offertes dans les villes, hors des exploitations agricoles. Autrement, la sortie des jeunes
du secteur, normale dans une certaine mesure, s’accélérera. La modernisation de l’agriculture est donc le premier
pilier d’une politique en faveur de la création d’emplois plus nombreux, plus inclusifs, et de meilleure qualité. Ce sera
le sujet du chapitre 3.
Cependant, compte tenu de la plus grande élasticité-revenu des biens non agricoles au niveau mondial (et
national) par rapport aux produits agricoles, l’agriculture seule ne suffit pas à satisfaire les forces profondes
de la demande, et il est tout aussi important d’accroître les opportunités d’emploi productif hors des
exploitations agricoles. Le rythme de la transformation pourra être plus lent en Côte d’Ivoire étant donné le potentiel
d’exportation de sa production agricole (et son fort taux d’urbanisation). La création d’emplois non agricoles a un
impact plus marqué sur l’inclusion productive et la réduction de la pauvreté, lorsqu’il s’agit d’emplois de proximité.
C’est en effet au sein des économies rurales et dans les centres urbains ruraux que se concentre la population
pauvre, soulignant les difficultés posées par le fort taux d’urbanisation (et de concentration urbaine) en Côte d’Ivoire
ainsi que la faible proportion d’emplois salariés non agricoles dans les zones rurales. En revanche, la poursuite de la
transformation agricole au moyen de structures de production et de chaînes de valeur inclusives apparaît comme un
remède puissant à ces problématiques en créant des emplois hors exploitations en amont et en aval des chaînes dans
les centres urbains des zones rurales. Après la modernisation de l’agriculture, l’expansion des opportunités d’emplois
productifs hors des exploitations agricoles est donc le second pilier stratégique, lui aussi directement axé dans une
grande part sur l’agriculture. L’importance et le potentiel de la création d’emplois non agricoles de proximité dans la
création d’emplois inclusifs et le lien avec le développement de l’agro-industrie seront détaillés dans le chapitre 4 et
5. L’importante problématique liée à l’augmentation de la productivité des entreprises individuelles non agricoles (le
secteur informel) sera abordée dans le chapitre 4. Le chapitre 5 présente les tendances et perspectives de création
d’emplois salariés dans les entreprises formelles.
davantage d’emplois de meilleure qualité hors exploitations agricoles. Les projections se fondent sur de telles interconnexions.
50 Tiffin et Irz (2006).
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 73
Enfin, la transformation dans les secteurs d’occupation suit généralement la transformation économique
et une protection sociale sera nécessaire pour les personnes incapables de tirer parti des possibilités et
d’accéder à des formes d’emplois plus productives. D’une part, de nombreux agriculteurs (souvent les femmes
ou les plus âgés) risquent d’être laissés-pour-compte dans les zones rurales. D’autre part, certains individus vivant en
milieu urbain auront des difficultés à accéder à des activités plus productives, y compris dans l’emploi indépendant
non agricole, où les différences de productivité sont importantes. Une assistance sociale appropriée, y compris des
systèmes de santé et de protection sociale, devront être développés pour aider ceux qui ne peuvent plus effectuer
la transition vers une agriculture modernisée ou se porter sur des activités non agricoles productives dans les zones
urbaines. Tandis que les deux premiers piliers sont axés sur la génération de revenus, en particulier au sein des
segments les plus pauvres de la société, le troisième pilier vise à atténuer les inégalités de revenus pour les laissés-
pour-compte, au moyen de programmes de transferts et d’emploi ciblés. La mise en place de filets sociaux de ce
type peut accélérer la transformation structurelle et agricole en encourageant les investissements et en élargissant la
demande en biens. Une discussion détaillée de ces questions reste toutefois hors du propos du présent ouvrage, qui
se concentre sur l’emploi dans une perspective de réduction de la pauvreté.
74 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
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76 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Les simulations suivent la méthodologie utilisée pour les estimations de la composition de l’emploi par secteur,
rapportées dans le rapport «Africa Regional Economic Outlook” du FMI (FMI, 2012 ; Fox et coll., 2013) et
le rapport régional de la Banque mondiale, l’emploi des jeunes en Afrique Subsaharienne (Filmer et coll.,
2014). La structure de base de l’emploi est tirée des données microéconomiques représentatives au niveau
national sur la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire recueillies en février 2014 (ENSETE 2013). Les estimations
de la composition de la population sont basées sur les données démographiques des Nations Unies. Les
prévisions portant sur la répartition sectorielle de la croissance sont tirées des projections macroéconomiques
et pauvreté 2015 de la Banque mondiale (Banque Mondiale, 2015). Enfin, une série d’estimations de l’élasticité
sectorielle de l’emploi ont été utilisées sur la base de l’expérience internationale, allant des plus prudentes aux
plus optimistes.
L’enquête sur l’emploi de 2014 (ENSETE 2013) fournit des données individuelles représentatives au niveau
national sur la participation de la population active et l’emploi, y compris le type d’activité (emploi salarié ou
indépendant) et le secteur d’activité (agriculture, industrie ou services). Les prévisions distinguent trois formes
d’emplois :
· L’emploi agricole, composé en grande partie des exploitations commerciales ou de subsistance. Le travail
salarié agricole est également inclus dans cette catégorie, de même que la pêche et la sylviculture.
· L’emploi indépendant non agricole (industrie et services) : il s’agit de petites entreprises non agricoles
généralement dirigées par un seul individu dans le secteur de l’industrie ou des services, pour la plupart
des travailleurs indépendants, gérant des entreprises non structurées et qui emploient parfois des membres
de leur famille ou des travailleurs externes. Les aides familiales hors agriculture rentrent également dans
cette catégorie.
· L’emploi salarié (industrie et services) : emploi hors du secteur agricole pour lequel un salaire est versé
par un individu sans degré de parenté. Il s’exerce dans l’industrie ou les services, le premier portant
principalement sur les biens échangeables et le second sur les produits non échangeables. Cette catégorie
inclut les travailleurs salariés, les employés, les volontaires auprès d’organisations non individuelles, les
apprentis et les stagiaires.
La population en âge de travailler (PAT) comprend les individus de plus de 14 ans. En 2014, année de
référence, elle représentait 62,5 % de la population totale, soit 14 501 118 personnes (Tableau A2.1). Parmi
cette population en âge de travailler, le taux de participation à l’emploi (la part de la population en emploi dans
la population en âge de travailler) était estimé à 70 %. Parmi la population employée, 51,1 % travaillaient dans
l’agriculture, 2,5 % dans l’emploi salarié dans l’industrie, 5,1 % dans l’emploi salarié dans le commerce, 11,7 %
dans l’emploi salarié dans les autres services, 4,4 % dans l’emploi indépendant dans l’industrie, 20,9 % dans
l’emploi indépendant dans le commerce et 4,2 % dans l’emploi indépendant dans les autres services.
Afin de réaliser les prévisions, sur la base de la population en âge de travailler pour l’année de référence (à
partir de l’enquête sur l’emploi de 2014 et des données démographiques de l’ONU), nous avons calculé le taux
de croissance de la population en âge de travailler en Côte d’Ivoire et la taille proportionnelle de la population
active entre 2014 et 202551.
51 Les définitions utilisées par les Nations Unies pour la population en âge de travailler correspondent à la définition de
l’ENSETE 2013 et comprennent tous les individus de plus de 14 ans, mais les données sur la PAT utilisées dans nos calculs
et fournies par la division des Nations Unies pour la population donnent des prévisions démographiques pour les individus
de 15 à 64 ans. Étant donné que nous n’avons pu trouver des données démographiques ventilées pour le groupe de plus
de 14 ans, nous avons effectué nos estimations dans le Tableau A2.1 ci-dessous à l’aide des données disponibles pour le
groupe 15-64 ans.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 77
Taux de croissance
Année Population en âge de travailler
(%)
2014 14 501 118 -
2015 14 880 081 3%
2016 15 268 947 3%
2017 15 667 975 3%
2018 16 077 432 3%
2019 16 497 588 3%
2020 16 928 725 3%
2021 17 371 129 3%
2022 17 793 593 2%
2023 18 226 331 2%
2024 18 669 594 2%
2025 19 123 636 2%
Source : Calculs des auteurs fondés sur l’enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013) et les données
démographiques des Nations Unies.
Les données de la comptabilité nationale donnent la composition par secteur de la valeur ajoutée. Les prévisions
de croissance du PIB dans l’agriculture, l’industrie et les services ont été utilisées jusqu’en 2025, sur l’hypothèse
que, de 2017 à 2025, la croissance globale du PIB tous secteurs confondus diminuerait progressivement. Le
Tableau A2.2 illustre une croissance robuste, mais en déclin dans les secteurs de l’industrie et des services, et
une croissance plus faible, également en déclin, dans l’agriculture.
Année 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025
Agriculture 3,6 3,1 2,2 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0
Industrie 8,7 8,5 8,2 6,8 6,6 6,4 6,3 6,1 5,9 5,7 5,5
Commerce 10,8 10,4 10,0 9,1 8,9 8,7 8,5 8,3 8,1 7,9 7,7
Services 10,8 10,4 10,0 9,1 8,9 8,7 8,5 8,3 8,1 7,9 7,7
Total 8.8 8.5 8.1 7.5 7.4 7.3 7.1 7 6.9 6.7 6.6
Source : Banque Mondiale, 2015.
Afin de pouvoir prédire la composition future de l’emploi sur la base des taux de croissance par secteur ci-
dessus, nous avons besoin d’estimer l’élasticité de l’emploi par secteur. Les calculs de l’élasticité de l’emploi par
rapport à la croissance/valeur ajoutée sont une simple expression de la réactivité de l’emploi à la croissance de
la production. La relation est évaluée par secteur et s’exprime comme suit :
dln(Eit)= αi dln(PIBit)
où Eit est le volume d’emploi par secteur d’activité (i) (salarié et non-salarié) à l’instant t, PIB est la valeur du
produit du secteur à l’instant t et représente l’élasticité sectorielle de l’emploi dans le pays (Fox et coll. 2013).
Le paramètre peut également être directement estimé à l’aide de données historiques, année par année.
Cependant, des études ont montré que cette estimation peut potentiellement ne pas être fiable en raison d’une
plus grande volatilité du taux de croissance annuel par rapport à la croissance de l’emploi (Fox et coll. 2013).
Par conséquent, la méthode de choix consiste à utiliser une période plus longue pour estimer l’élasticité ou une
technique de régression en panel pour tenir compte de l’inertie de l’emploi. Une fois estmé pour le pays,
les évolutions futures de l’emploi peuvent être estimées en fonction de la croissance du secteur (FMI 2013).
Cette approche se fonde sur deux hypothèses importantes : d’une part, que la relation sous-jacente entre les
paramètres structurels qui déterminent conjointement l’emploi et la production dans un secteur donné reste
constante au fil du temps; d’autre part, qu’une période prolongée de faible ou de forte croissance dans un
secteur n’affecte pas l’élasticité. Fox et coll. (2013) conduisent une série de tests de fiabilité et concluent que
cette méthode de modélisation donne des résultats satisfaisants.
78 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Note: a. Données estimées pour la période 1991 – 2003 ; b. L’emploi agricole clôture le modèle pour les pays à faible
revenu et les pays riches en ressources ; c. Les entreprises individuelles incluent l’emploi non salarié dans l’industrie et
les services
Source : Fox et coll. (2013)
Les estimations ont été effectuées sur la base de 3 scénarios de croissance (cf. Tableau A2.4) associés à
des degrés d’élasticité définis dans le Tableau A2.3. Ces différents scénarios, combinant chacun un type de
croissance et d’élasticité, sont les suivants : forte croissance de l’industrie et des services associées à une
faible élasticité de l’emploi caractéristique d’un pays à faible revenu (scénario 1), une très forte croissance
des services associées à une élasticité caractéristique d’un pays riche en ressources (scénario 2), et une
croissance modérée des services également associées à une élasticité typique d’un pays riche en ressources
(scénario 3). Les projections varient en fonction des scénarios considérés, mais les tendances sont robustes.
Les Figures A2.1 et A2.2 montrent les profils de l’emploi attendu en Côte d’Ivoire respectivement en 2020 et
(avec plus d’incertitude) en 2025.
Forte croissance de l’industrie Très forte croissance des Croissance modérée des
et des services services services
Industrie Services Industrie Services Industrie Services
2014 9,2 11,3 9,1 11,5 9,1 6,3
2015 9,5 9,4 9,2 11,5 9,2 6,3
2016 9,0 10,0 9,5 11,5 9,5 6,3
2017 7,8 9,5 9,0 11,5 9,0 6,3
2018 7,1 8,8 7 11,5 7 6,3
2019 7 8,7 6,9 11,5 6,9 6,3
2020 7 8,7 6,9 11,5 6,9 6,3
2021 6,9 8,5 6,9 11,5 6,9 6,3
2022 6,9 8,4 6,9 11,5 6,9 6,3
2023 6,8 8,4 6,8 11,5 6,8 6,3
2024 6,8 8,4 6,6 11,5 6,6 6,3
2025 6,7 8,3 6,7 11,5 6,7 6,3
Figure A2.2 : Estimation de la structure de l’emploi en 2020 selon les différents scénarios
de croissance
100% 4% 6% 5% 6%
100% 4% 6% 5% 6%
90% 12% 15% 13% 15%
90% 12% 15% 13% 15%
80%
80% 21% 23%
70% 21% 27% 27%
70% 23%
60% 5%
4%
27%
6%
27%
60% 5%
2% 5%
6%
50% 4%
2% 7% 3% 7%
50% 5%
7% 5% 5%
7%
40% 3%
5% 3% 3%
5%
40% 3% 3%
30%
30% 51% 46%
20% 51% 38% 46% 38%
20% 38% 38%
10%
10%
0%
0%
Référence (2014) S1- Forte croissance S2 - Très forte S3 - Croissance
Référence (2014) S1- Forte croissance S2 - Très forte S3 - Croissance
de l'industrie et des croissance des modérée des
de l'industrie et des croissance des modérée des
services services services
services services services
Agriculture Salarié, Industrie
Agriculture Salarié, Industrie
Indépendant, Industrie Salarié, Commerce
Indépendant, Industrie Salarié, Commerce
Indépendant, Commerce Salarié, Autres Services
Indépendant, Commerce Salarié, Autres Services
Indépendant, Autres Services
Indépendant, Autres Services
Figure A2.2 : Estimation de la structure de l’emploi en 2025 selon les différents scénarios
de croissance
100% 4% 7% 5% 7%
100% 4% 7% 5% 7%
90% 12% 14%
90% 12% 18% 14% 19%
80% 18% 19%
80% 21%
70% 21% 25%
70% 25%
60% 5% 31% 31%
60% 5% 31% 6% 31%
50% 2% 6%
50% 2%
8% 3%
40% 8% 3% 8%
40% 8%
30% 3% 3%
30% 51% 3% 3%
20% 51% 42%
20% 29% 42% 27%
10% 29% 27%
10%
0%
0%
Référence (2014) S1- Forte croissance S2 - Très forte S3 - Croissance
Référence (2014) S1- Forte croissance S2 - Très forte S3 - Croissance
de l'industrie et des croissance des modérée des
de l'industrie et des croissance des modérée des
services services services
services services services
Comme souligné dans le chapitre précédent, l’augmentation de la productivité de la main-d’œuvre agricole est une clé
importante pour l’agenda de l’emploi en Côte d’Ivoire. Elle renforce son avantage comparatif, accroît directement les
revenus des pauvres et permet de générer une demande de biens et services non agricoles, et donc des emplois non
agricoles. En outre, compte tenu de la part importante de l’emploi dans l’agriculture, même une croissance rapide des
emplois salariés urbains ne suffira pas à absorber tous les nouveaux arrivants. Mais toutes les stratégies agricoles ne
sont pas aussi efficaces pour créer des emplois inclusifs.
Ce chapitre examine les points d’entrée politiques pour maximiser la contribution de l’agriculture. Il commence par
un bref aperçu des petites exploitations agricoles en Côte d’Ivoire, des possibilités et des défis qu’elle représente
pour la création d’emplois inclusifs dans l’agriculture, mais aussi plus loin dans la chaîne. L’accent est mis sur les
caractéristiques du système agricole, qui sont essentielles du point de vue de l’emploi, et sur les sous-secteurs
agricoles, particulièrement prometteurs pour l’emploi inclusif, mais n’ayant pas fait l’objet d’une attention suffisante
dans les stratégies nationales pour l’emploi. Il ne s’agit pas de rejeter l’important potentiel des cultures d’exportation,
mais celles-ci ont été examinées en profondeur ailleurs (Banque mondiale 2012a ; 2015). En outre, bon nombre des
défis auxquels sont confrontées ces cultures sont semblables à ceux qui se posent dans les chaînes de valeur ajoutée
du riz, décrits plus en détail ici.52 Le chapitre se termine par cinq points d’entrée des politiques.
3.1 L’agriculture est dominée par les petits exploitants orientés vers le marché qui sont bien dotés en
terres
Bien que représentant 50 % de la valeur totale des exportations, les cultures d’exportation ne constituent
qu’un quart environ de la valeur de la production agricole totale, contre 75 % pour les cultures vivrières.
Deux agriculteurs sur cinq cultivent aussi bien des cultures de rente que des cultures vivrières (44 %). Environ un
tiers produit seulement des cultures de rente – ils sont plus riches en moyenne. Un agriculteur sur quatre (24 %)
cultive seulement des cultures vivrières – ils sont plus pauvres en moyenne. Traditionnellement, les cultures de
rente reçoivent le plus d’attention. Ces chiffres suggèrent qu’une plus grande attention pourrait être accordée aux
producteurs de cultures vivrières et à l’augmentation de la productivité de ces cultures. Cela pourrait aussi permettre
d’augmenter la productivité du travail chez les femmes, généralement plus impliquées dans le système d’agriculture
vivrière53 (Camara, 1984 ; Chaléard, 1988). Cette problématique revêt aussi une importante dimension géographique.
Il existe deux principales régions agricoles distinctes en Côte d’Ivoire : la région forestière au sud (régions du
sud et de l’ouest) et la région de savane sèche au nord. Avec des précipitations plus élevées et plus fiables et de
meilleurs sols, la région forestière produit la majorité des cultures d’exportation de la Côte d’Ivoire (cacao, hévéa)
(Figure 3.1), le cacao étant principalement cultivé par de petits exploitants et l’hévéa dans des plantations. Ensemble,
ces deux cultures représentaient respectivement 56 % et 16 % de la valeur totale des exportations agricoles au cours
de la période 2011-2013. Les cultures vivrières sont moins fréquentes au sud, où les cultures de rente (en particulier le
cacao) sont privilégiées et il s’agit principalement des racines et des tubercules. Dans l’ensemble, les cultures vivrières
sont particulièrement répandues chez les petits exploitants de la région du nord, dominée par les céréales et le riz.
(Les racines et les tubercules sont également répandus dans les régions de l’est et du centre.) En ce qui concerne les
cultures de rente, la noix de cajou et le coton sont répandus dans le nord et cultivés par les petits exploitants (la noix
de cajou est également répandue dans le centre). Elles ont représenté respectivement 5 % et 4 % de la valeur totale
des exportations agricoles.
52 Voir Banque mondiale (2012a, 2015) pour un examen approfondi des sous-secteurs.
53 Aka (2007) a montré qu'en Côte d'Ivoire, 23 % seulement des producteurs de café et de cacao sont des femmes. Voir aussi
Camara (1984), Chaléard (1988), ministère de l'Agriculture de Côte d'Ivoire (2009).
82 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Figure 3.1 : Le cacao, l’hévéa, les racines et les tubercules dominent dans les régions
du sud ; le coton, la noix de cajou, les céréales/haricots et le riz dans la région du
nord ; le riz est également important dans la région de l’ouest
60%
40%
30%
20%
10%
0%
Région du Région de Région du Région de Région du
sud l'ouest centre l'est nord
Source : Calculsrégionale
Répartition des auteurs selon ENSETE,
de la production des 2013.
cultures vivrières
70%
60%
Proportion des ménages (%)
Les différences 50% de pauvreté entre les régions sont liées aux systèmes de culture. Le taux de pauvreté est
très élevé dans40%le nord (59 % en 2015), qui n’abrite que 19 % de la population. L’inverse est vrai dans le sud (qui
comprend Abidjan),
30% qui affiche un taux de pauvreté plus faible (36 %), mais avec un pourcentage plus élevé de la
population totale20%(47 %). De meilleures perspectives, notamment grâce à la production de cacao, ont attiré davantage
de migrants. La10%combinaison de ces deux facteurs (taux de pauvreté élevé et faible pourcentage de la population, et
vice versa) fait que
0% les régions du nord et du sud représentaient respectivement environ 24 % et 37 % du nombre total
Région du Région de Région du Région de Région du
de pauvres en 2015, sud soit environ
l'ouest les deux
centre l'est tiersnord
du nombre total de pauvres. La création d’emplois inclusifs suggère
d’accorder une attention particulière
Racines et tubercules à ces
Riziculteurs régions et à leurs systèmes de moyens de subsistance. La relance du
coton et le récent essor de la noix de cajou, ainsi que du riz, sont des évolutions importantes de ce point de vue, en
Céréales et haricots
Bananes
Cultures maraîchères
Tableau 3.1 : Faible pourcentage de la population, taux élevé de pauvreté dans la région du nord ; pourcentage
élevé de la population, taux de pauvreté plus faible dans la région du sud.
L’agriculture est dominée par de petits exploitants bien dotés en terres qui recrutent des travailleurs (migrants)
pour pallier au manque de main-d’œuvre familiale. Les agriculteurs possèdent en moyenne 2,2 ha par adulte
(Figure 3.2). Compte tenu du très faible taux de mécanisation, le recours à la main-d’œuvre salariée (ainsi qu’à
l’échange de main-d’œuvre) est répandu pour pallier au manque de main-d’œuvre familiale. Près de la moitié des
agriculteurs (49 %) utilisent la main-d’œuvre salariée et 45 % utilisent la main-d’œuvre non rémunérée (généralement
par le biais d’accords d’échange mutuel de main-d’œuvre, particulièrement répandus dans le nord). En moyenne, ils
embauchent 5,1 personnes et 4 personnes (non rémunérées)54Superficie
. possédée (ha) / adulte (14-60)
Le recours à la main-d’œuvre salariée est particulièrement Ougandaélevé pour0,5le coton, le riz et l’anacarde (cultivés
dans le nord), dont la production a augmenté au cours des cinq dernières0,9années. Seuls 28 % des ménages
Tanzanie
agricoles dépendent exclusivement de la main-d’œuvre familiale. Cette situation suggère l’existence d’importantes
possibilités d’emplois salariés dans l’agriculture. Néanmoins, Nigeria
seule une très
0,3 faible proportion de la population rurale
déclare travailler en tant qu’ouvrier agricole (2,7 %), laissant penser
Niger
que les besoins en main-d’œuvre
1,9
agricole sont
souvent satisfaits par les travailleurs migrants des pays voisins. Les deux phénomènes (faible incidence de la main-
d’œuvre salariée agricole et forte utilisation de main-d’œuvreMalawi embauchée) 0,3
sont autrement difficiles à concilier. Les
conclusions concordent également avec la notion de surplus de main-d’œuvre
Côte d'ivoire agricole relativement
2,2 limité en Côte
d’Ivoire, dont il est question au chapitre 2.
Éthiopie 0,4
60%
Proportion des ménages embauchant la main- d'œuvre
Ouganda 0,5
Niger
Malawi
Tanzanie 0,9 50%
Ouganda
Éthiopie
Malawi 0,3 20%
Éthiopie 0,4
0%
0 0,5 1 1,5 2 2,5 0 0,5 1 1,5 2
Terres possédées (ha) par adulte
Source : Calculs des auteurs basés sur ENSETE 2013, Deininger, Fang, Savastano (2015) ; Dillon et
Barrett L'utilisation
(2014) de la main-d'œuvre embauchée augmente
avec la possession de terres
60%
Proportion des ménages embauchant la main- d'œuvre
Niger
Il y a un niveau substantiel
Malawi d’orientation vers le marché. Quatre petits exploitants sur cinq vendent au moins une
50%
partie de leur production, alors qu’un exploitant sur cinq déclare vendre toute sa récolte (Figure 3.3). En d’autres
Ouganda
termes, la plupart
40% des agriculteursy = 0.07x participent
+ 0.33 Côteau marché et ont nettement dépassé le niveau d’agriculture de
subsistance. Cela
30%
suggère également Tanzanie
que le nombre de travailleurs de subsistance calculé à partir de l’enquête
d'Ivoire
10%
54 Les questions0%concernant la main-d'œuvre du module agriculture dans l'enquête ENSETE 2013 ne couvrent que les 3 derniers
0 0,5 1 1,5 2
mois et par conséquent, ces statistiques pourraient pâtir d'une sous-estimation du phénomène et de leur caractère saisonnier.
Terres possédées (ha) par adulte
En outre, le recours à la main-d'œuvre salariée et non rémunérée est exprimé uniquement en nombre de personnes utilisées, et
non en nombre de personnes-jours. Néanmoins, le nombre de personnes non rémunérées, utilisées dans l'exploitation agricole
donne à penser que l'échange de main-d'œuvre (non membres du ménage non rémunérés travaillant dans l'exploitation) est non
négligeable (et presque aussi commun que la main-d'œuvre salariée), ce qui suggère l'importance de le garder à l'esprit lors
du calcul des mesures de la productivité de la main-d'œuvre, quoique dans une moindre mesure du point de vue de la création
d'emplois. Les enquêtes ne fournissent pas des informations supplémentaires sur la motivation, l'ampleur exacte du phénomène
ou les caractéristiques individuelles des personnes faisant partie de cette main-d'œuvre non rémunérée.
84 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
50 % des personnes travaillant dans l’agriculture. Pourtant, plus de la moitié vivait dans des ménages ayant vendu
au moins 30 % de leur récolte (en valeur) (voir Encadré 3.1 pour plus de détails). Les ménages possédant des titres
fonciers et ayant accès à l’irrigation commercialisent une part plus importante de leur production ; les ménages dirigés
par une femme sont moins orientés vers le marché (Encadré 3.2).
Figure 3.3 : Une orientation substantielle vers le marché parmi les petits
exploitants
100 19
Proportion (%) de la récolte
90-99 4
80-89 6
70-79 5
vendue (valeur )
60-69 7
50-59 13
40-49 4
30-39 4
20-29 7
10-19 6
1-9 5
0 21
0 5 10 15 20 25
Proportion des ménages (%)
Encadré 3.1 : Application des nouvelles définitions internationales de l’emploi : la catégorisation initiale
des agriculteurs de subsistance utilisée en Côte d’Ivoire ne correspond pas à l’orientation réelle vers
le marché.
La 19e Conférence internationale des statisticiens du travail, tenue en 2013, a recommandé l’adoption de
nouvelles normes internationales pour les statistiques de l’emploi, notamment les révisions introduites à l’issue
de la 13e Conférence internationale des statisticiens du travail tenue en 1982. L’Encadré 1.2 du chapitre 1 en
présente une description détaillée.
La nouvelle définition a introduit une nouvelle catégorie de personnes hors main-d’œuvre, les « travailleurs de
subsistance », qui travaillent pour leur consommation personnelle. Ces personnes sont considérées comme « au
travail, mais pas en emploi ». Cette nouvelle catégorisation affecte le taux d’emploi, en particulier dans les pays
où une forte proportion de la population exerce un emploi indépendant agricole, souvent dans l’agriculture de
subsistance. Toute chose égale par ailleurs, exclure ces agriculteurs des « personnes en emploi » augmentera
le taux de chômage (en réduisant le nombre de personnes en emploi). Cela pose des problèmes conceptuels
et de comparabilité. Le concept est également difficile à mettre en œuvre dans la pratique.
La Côte d’Ivoire a été l’un des premiers pays à appliquer ces nouvelles normes dans l’enquête sur l’emploi
de 2013 (AGEPE et INS, 2014). En raison des limites de l’instrument d’enquête et de l’absence de lignes
directrices pour la mise en œuvre des nouvelles définitions de l’emploi, la classification initiale des agriculteurs
de subsistance a été mise en œuvre au moyen d’une question d’enquête où les répondants étaient invités à
indiquer s’ils avaient ou non des revenus provenant de l’agriculture.
Pour évaluer la solidité de cette classification, le présent rapport compare le degré de participation au marché
agricole des travailleurs agricoles, de la catégorie personnes en emploi et des travailleurs agricoles de la
catégorie des travailleurs de subsistance à l’aide d’un indice de la commercialisation des ménages (ICM),
construit à partir d’un module agricole des ménages inclus dans l’enquête. L’indice de la commercialisation des
ménages (ICM) se définit comme étant le ratio de la valeur brute de toutes les récoltes vendues par rapport à
la valeur brute de toute la production agricole :
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 85
ICM = [ ] x 100.
Cet indice peut être considéré comme une mesure de l’orientation d’un ménage vers le marché. Plus l’indice
est élevé, plus le degré de commercialisation et l’orientation vers le marché sont importants. Une valeur nulle
signifie aucune participation au marché – le ménage ne produit que pour sa consommation personnelle ; c’est-
à-dire sa subsistance totale.
L’application de cette formule à l’enquête ENSETE 2013 montre que la grande majorité des personnes initialement
classées dans la catégorie des travailleurs de subsistance (73,5 %) réside effectivement dans les ménages qui
vendent au moins une partie de leurs produits sur le marché. En fait, 54 % des personnes initialement classées
dans la catégorie des travailleurs de subsistance vendent plus de 30 % de leurs produits et 20 % vendent toute
leur production. De toute évidence, en dehors de toute préoccupation conceptuelle concernant l’exclusion des
travailleurs de subsistance de la catégorie des personnes en emploi, la classification initiale ne faisait pas de
distinction adéquate entre les agriculteurs travaillant pour leur consommation personnelle et les agriculteurs
intervenant sur les marchés. La petite différence d’indice de commercialisation entre les travailleurs agricoles
et les travailleurs de subsistance (51,9 % contre 44,9 %, respectivement) est un autre élément qui souligne
l’inadéquation de la classification. Les résultats illustrent l’importance d’une approche basée sur les ménages
pour évaluer l’orientation vers le marché agricole. Les différences entre les sexes au sein des ménages en
matière d’orientation vers le marché pourraient conduire à une sous-estimation de la production des ménages
destinée au marché, par exemple. De même, la période de référence plus courte (30 jours), utilisée dans
le module emploi individuel utilisé pour classer ou non les agriculteurs dans la catégorie des travailleurs de
subsistance peut également mener à une sous-estimation. Le module agricole est basé sur les ventes au cours
de la saison écoulée.
Ménage orienté vers le marché (ventes de récoltes > 0) 79,53 73,48 77,15
Ménage orienté vers la subsistance (ventes de récoltes = 0) 20,47 26,52 22,85
Total 100 100 100
Indice de la commercialisation des ménages
(0 = aucune vente de la récolte, 100 = vente de toute la 51,9 44,9 49,1
production des récoltes)
Aucune vente 20,47 26,52 22,85
Vend moins de 10 % 8,81 9,45 9,06
Vend entre 10 et 20 % 5,4 4,88 5,2
Vend entre 20 et 30% 5,09 5,28 5,16
Vend entre 30 et 40% 3,42 4,87 3,99
Vend entre 40 et 50% 3,51 3,6 3,55
86 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Pour étudier les déterminants de la commercialisation de la production, nous procédons à une simple analyse
de régression par les moindres carrés ordinaires (MCO) de l’indice de la commercialisation des ménages (ICM)
(voir Encadré 3.1) sur un ensemble de déterminants. Les estimations indiquent que le sexe du chef de ménage,
la certification foncière, l’accès à l’irrigation, le type de culture et l’utilisation d’intrants (engrais organiques et
inorganiques, pesticides) déterminent le degré de commercialisation de la production (Tableau B3.2.1). L’indice
de la commercialisation des ménages, dirigés par des femmes est en moyenne inférieur de 7 % à celui des
ménages dirigés par des hommes. La possession d’un titre foncier formel (titre foncier ou attestation de vente)
est associée à un taux de commercialisation plus élevé. Les ménages titulaires d’un titre foncier commercialisent
6 % de leur production de plus que ceux qui n’en possèdent pas. L’accès à un système d’irrigation augmente le
degré de commercialisation agricole. Les coefficients de régression montrent une relation positive et significative
entre l’indice de commercialisation et la production de cultures de rente. La culture du cacao a un effet énorme
sur l’indice de commercialisation. Nous ne trouvons pas de relation significative entre la commercialisation et
la superficie (par adulte) des terres cultivées par le ménage, ce qui suggère que les grands agriculteurs ne
sont pas nécessairement ceux qui sont davantage orientés vers le marché (du moins pas en termes relatifs).
L’utilisation de pesticides augmente de 4 % le niveau de commercialisation de la production.
Indice de la
commercialisation
des ménages
Dirigé par des femmes -6,880**
(-3,14)
Âge du chef de ménage (année) -0,228
(-1,12)
Âge du chef de ménage au carré/100 0,254
(1,29)
Niveau d'instruction du chef de ménage
(ref : aucune instruction)
[2] Primaire -0,802
(-0,53)
[3] Secondaire -1,780
(-0,94)
[4] Supérieur -0,477
(-0,07)
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 87
Indice de la
commercialisation
des ménages
Indice de la
commercialisation
des ménages
Café (Oui) 4,323*
(2,39)
Banane (Oui) -1,830
(-0,93)
Noix de cajou (Oui) -0,412
(-0,24)
Intrants agricoles
Main-d'œuvre familiale (hommes-jours) 0,0102**
(2,94)
Nombre de travailleurs salariés (personnes) 0,0539
(0,88)
Nombre de travailleurs non rémunérés (personnes) 0,192*
(2,52)
Utilisation de fumier (Oui) 6,097**
(3,23)
Utilisation d'engrais (Oui) -5,090**
(-2,76)
Utilisation de pesticides (Oui) 4,433**
(2,96)
Statut matrimonial
Marié monogame 0,798
(0,37)
Célibataire (jamais marié) 9,159**
(3,10)
Divorcé / Séparé 6,219
(1,39)
Veuf 3,224
(0,98)
Constant 54,45***
(9,57)
Observations 3330
R2 0,239
t statistiques entre parenthèses
* P <0,05, ** p <0,01, *** p <0,001, la régression prend en compte les pondérations d’échantillonnage des
ménages
Pour le riz, le coton et la noix de cajou, l’augmentation de la productivité a commencé. Les objectifs généraux
de la contribution de l’agriculture à l’agenda de l’emploi sont d’améliorer la productivité de la main-d’œuvre agricole
dans les cultures existantes, de diversifier le choix de la production agricole et d’ajouter de la valeur. Au cours des
dernières années, des efforts ont été fournis sur chacun de ces fronts. Parmi les cultures de base, les progrès ont été
particulièrement remarquables pour le riz, les statistiques de la FAO indiquant des gains de rendement annuels de
20 % (Figure 3.4). Compte tenu des niveaux de rendement beaucoup plus faibles enregistrés dans les micro-données,
un tel taux de croissance semble important et mérite un examen plus approfondi.55 Néanmoins, indépendamment du
taux de croissance exact, l’augmentation de la production de riz depuis la crise mondiale des prix alimentaires de
2008 est réelle et rejoint les efforts concertés du gouvernement visant à stimuler la production nationale de riz (voir
également la Section 3.3). Toutefois, la croissance des rendements a été négative pour les autres cultures de base
(telles que les racines et les tubercules). Ce constat traduit une négligence de longue date des cultures de base
au profit des cultures de rente et nécessite une attention particulière, compte tenu également des taux de pauvreté
chez les producteurs de cultures vivrières. Parmi les cultures de rente, la croissance des rendements a également
été relancée, surtout pour le coton et l’anacarde, ce qui indique une diversification au-delà du cacao, même si la
production de café et d’ananas a diminué (non indiqué à la Figure 3.4).
La forte croissance des rendements du riz, de la noix de cajou et du coton a diversifié les cultures de rente ;
mais il n’y a pas encore eu de véritable diversification dans les produits agricoles à forte valeur ajoutée. Dans
l’ensemble, la valeur nette de la production agricole (dollar international 2004-6) a augmenté de 2,5 % par an entre
2004/6 et 2011/13. Le riz (11,5 %), les autres cultures d’exportation (4,2 %) (tirées principalement par la noix de cajou
55 L'Enquête nationale sur l’emploi de 2013 (ENSETE 2013) situe les rendements moyens du riz à 1,8 tonne par ha (2 tonnes par
hectare pour l'enquête nationale sur le niveau de vie des ménages ENV 2015), même si la médiane n'est que de 600 et 1000 kg
par ha respectivement. Ces chiffres sont sensiblement inférieurs aux moyennes indiquées dans les données macroéconomiques
des statistiques nationales, qui sont passés d'un peu moins de 2 tonnes/ha au milieu des années 2000 à environ 5 tonnes/ha en
2013/14. Cet écart entre les données macroéconomiques et microéconomiques (ou les statistiques nationales/administratives et
celles issues d'enquêtes) mérite un examen plus approfondi. Une partie de l'écart peut résulter du fait que les enquêtes auprès des
ménages ne prennent en compte qu'une seule des récoltes de riz. Elles excluent également les grandes exploitations commerciales
où les rendements sont plus élevés (plus grande utilisation d'intrants, meilleure maîtrise de l'eau, et généralement plus d'un cycle
de riz par an).
90 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
et le coton)56, et la viande (3,3 %, surtout le poulet (9,2 %) et le bétail) ont affiché une progression annuelle plus élevée.
Cette progression a donné lieu à une augmentation de la part du riz dans la production totale (de 3,5 % en moyenne en
2004-2006 à 6,2 % en 2011/13) et à une diversification des cultures de rente au-delà du cacao (dont la part a diminué,
passant de 26,6 % à 24,2 %). La diversification des produits agricoles à forte valeur ajoutée (viande, produits laitiers,
fruits et légumes) reste limitée. La part de la viande n’a connu qu’une légère augmentation, passant de 7,9 à 8,3 %,
tandis que la part des autres produits agricoles à forte valeur ajoutée a légèrement diminué, passant de 16,5 à 15,8 %.
international)
1 600 000
prixinternational)
international)
dollarinternational)
30%
30%
1 400 000
1 400 000
25%
(2004-6,prix
25%
prixenendollar
1 200 000
1 200 000
production(2004-6,
(2004-6,prix
11000
000000
000 20%
20%
nette(2004-6,
delalaproduction
800
800000
000
productionnette
15%
15%
delalaproduction
nettede
600
600000
000
valeurnette
10%
10%
delalavaleur
400
400000
000
Valeurde
Valeur
5%
5%
Partde
200
200000
000
Part
00 0%
0%
2005
2005 2006
2006 2007
2007 2008
2008 2009
2009 2010
2010 2011
2011 2012
2012 2013
2013
Cultures
Culturesde
de base
base Cultures
Culturesde
de base
base
Riz
Riz Riz
Riz
Cacao
Cacao
Cacao
Cacao
Autres
Autrescultures
culturesd'exportation
d'exportation
Autres
Autrescultures
culturesd'exportation
d'exportation
Produits
Produitsagricoles
agricolesàà forte
fortevaleur
valeurajoutée
ajoutée
Produits
Produitsagricoles
agricolesàà forte
fortevaleur
valeurajoutée
ajoutée
Viande
Viande
Viande
Viande
Source : FAOSTAT
L’augmentation de la production de riz, de coton et de noix de cajou est prometteuse du point de vue de
l’emploi.57 Les données d’enquêtes sur l’apport de main-d’œuvre familiale par culture, par hectare sont présentées
sur la base de l’enquête emploi collectée en février 2014 (ENSETE 2013, qui ne couvre que les 3 derniers mois) et de
l’enquête nationale sur le niveau de vie des ménages de 2015 (ENV, qui couvre l’année écoulée) (Figure 3.6)58. De
façon générale, des données précises sur l’apport de main-d’œuvre dans l’agriculture sont difficiles à obtenir, comme
on le sait, et la Côte d’Ivoire ne fait pas exception.59 Par conséquent, les résultats des deux enquêtes sont présentés
(pour vérifier la cohérence) et l’accent est mis sur le classement des cultures en termes d’intensité de main-d’œuvre
plutôt qu’en termes de valeurs absolues.
Pour toutes les années d’enquête et toutes les variables d’apport de main-d’œuvre (familiale et salariée), le riz apparaît
comme l’une des cultures à plus forte intensité de main-d’œuvre en Côte d’Ivoire. La récente augmentation de la
production de riz s’avère donc également prometteuse du point de vue de l’emploi. Les producteurs de coton et de
noix de cajou sont ceux qui utilisent le plus la main-d’œuvre embauchée. Les deux cultures sont largement cultivées
dans le nord, où les taux de pauvreté sont les plus élevés. La hausse de leur production est également prometteuse
pour la création d’emplois inclusifs (y compris pour les pays voisins).60 Une proportion croissante de noix de cajou
est également traitée localement (en particulier dans la région du centre), créant ainsi des possibilités d’emplois non
agricoles dans les villes secondaires. Enfin, selon les résultats obtenus dans d’autres pays (par exemple Damiani
(2003) pour le Brésil), la production de légumes est également très intensive en main-d’œuvre. Son potentiel reste
largement inexploité jusqu’ici. Globalement, ces tendances sont prometteuses, mais d’importantes améliorations sont
nécessaires.
Figure 3.6 : Le riz et les légumes sont les secteurs à plus forte intensité de main-
d’œuvre
Les
Les; légumes
le coton
légumes etet
le leet
rizriz la
parmi noix
lesles
parmi de cajou
cultures à à utilisent une main-d’œuvre salariée abondante.
cultures
Les légumes
Les etet
légumes le le
rizriz
figurent parmi
figurent lesles
parmi
plus forte
plus intensité
forte intensité dede main-d'œuvre
main-d'œuvre
cultures à plus
cultures forte
à plus forteintensité
intensitédede
main-
main-
(ENSETE
et le2013)
(ENSETE riz2013)
familiale familiale
(jours)/ha familiale
familiale jours/ha
200 familiale jours/ha d'œuvre (ENV 2015)
200 (ENSETE(ENV
d'œuvre 2013) 2015)
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de main-d'œuvre
500
500 d'œuvre (ENV 2015)
250
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150
150
250
600 400600
400
600
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jours/ha
200
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100
100 300500
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(jours)/ha
150
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400 200400
200
(jours)/ha
150 400
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Main-d'œuvre
Main-d'œuvre
0 0
300 100300
100
100
…
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et…
300
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Légumineuses
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Légumineuses
… céréales
Riz
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Café
CacaoNoix deCoton
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cajou
Hévéa Ananas
… végétale
Cacao … Cacao
Cacao Café
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Coton Hévéa
200 50 0 0200
Fruits…(avocats,…
et…
…
et…
50
Racines
Racines etRacines
200
Légumineuses
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Légumineuses
Légumes
Autres céréales
Huile végétale
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Légumes Légumes
Huile végétale
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Main-d'œuvre
100 0 100
Main-d'œuvre
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0
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0
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0
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Personnes
Personnes
Personnes
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Légumineuses
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Légumes
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Légumes
Fruitsvégétale
Fruits (avocado,
Bananes
Noix de cajou
Caoutchouc
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Bananes
Noix de cajou
Ananas
Huile végétale
Caoutchouc
Cacao
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Racines
Racines
Racines
Racines
Racines
Noix de
Noix de
de
Autres
Autres
Huile
Noix
Huile
Autres
Fruits
Huile
Autres
Source : Calculs des auteurs basés sur les enquêtes ENSETE 2013 et ENV 2015.
60 Bien que le travail salarié agricole soit souvent un emploi de dernier recours et ne soit pas considéré comme un emploi « de
qualité », il peut néanmoins entraîner une amélioration de la productivité du travail, si celle-ci dépasse la valeur marginale de l’auto-
emploi agricole, réputé quelque peu inférieur à l'emploi salarié agricole, bien que dans une mesure moindre que celle observée
dans d'autres pays, ce qui laisse supposer une prévalence plus faible de main-d'œuvre excédentaire en Côte d'Ivoire et compatible
avec l'utilisation accrue des travailleurs salariés en provenance des pays voisins (Voir discussions dans le chapitre 2, section 2.1).
92 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
La grande hétérogénéité du rendement net à l’hectare entre les cultures suggère une marge importante de
gains de productivité. La valeur nette de la production à l’hectare pour les agriculteurs produisant au 75e centile
est généralement de trois à quatre fois supérieure à la valeur nette de la production par hectare pour les agriculteurs
produisant au 25e centile (Figure 3.7). Ceci vaut en fonction des cultures et lorsqu’on considère le revenu global
des cultures par ménage. De nombreux facteurs pourraient expliquer l’écart de productivité, comme les différences
observées dans la fertilité des sols, la maîtrise de l’eau, les conditions agro-écologiques et l’accès au marché.
En contrôlant les apports de main-d’œuvre et d’autres facteurs, les résultats de régression multivariée indiquent
également l’importance des différences dans l’utilisation des intrants modernes. Dans l’ensemble, comme l’illustre
l’hétérogénéité de la productivité de la main-d’œuvre agricole présentée au chapitre 2 (Figure 2.3), l’hétérogénéité de
la productivité des terres suggère également une marge importante de gains de productivité.
Hévéa
L’utilisation d’engrais inorganiques est faible et sa rentabilité mérite un examen plus approfondi. En 2014,
seuls 26 % des ménages agricoles ont déclaré utiliser des engrais inorganiques. En 2015, la proportion est de 18 %
seulement, ce qui signifie que 14,7 % des terres cultivées sont fertilisées. Cette proportion est similaire à celle de
la Tanzanie (17 % des agriculteurs utilisent des engrais inorganiques), mais nettement inférieure à celle du Nigeria
(41 %), de l’Éthiopie (56 %) et du Malawi (77 %). L’utilisation est plus élevée chez les producteurs de coton et de
riz, qui ont également enregistré une augmentation substantielle des rendements. Les différences d’utilisation des
engrais par les pays concordent avec les différences de dotation en terres et en main-d’œuvre. Le nombre de terres
possédé par travailleur agricole est plus important en Côte d’Ivoire et en Tanzanie, alors que le Nigeria, l’Éthiopie et le
Malawi sont plus densément peuplés. Lorsque la dotation en main-d’œuvre/ressources foncières diminue, l’adoption
de technologies permettant d’économiser les terres, telles que les engrais inorganiques, augmente, soulevant la
question de la rentabilité des engrais inorganiques dans les circonstances actuelles. Des améliorations sont
également possibles dans le domaine des politiques sur les engrais. Avec 64,4 sur 100, la Côte d’Ivoire obtient une
note légèrement supérieure à la moyenne de l’Afrique subsaharienne dans le domaine des politiques sur les engrais,
selon le rapport « Enabling the Business of Agriculture » de 2016. Les conditions (fertilité des sols, prix des intrants et
des produits, cultures) dans lesquelles les engrais inorganiques sont rentables en Côte d’Ivoire méritent un examen
plus approfondi.61
61 Voir Liverpool-Tasie et coll. (2015) pour une analyse approfondie de la rentabilité de l'utilisation d'engrais inorganiques au
Nigeria. Ils constatent qu'au Nigeria, les coûts de transport vers les distributeurs d'intrants agricoles les plus proches, une mesure
de l'accès aux intrants, réduisent considérablement la rentabilité de l'utilisation d'engrais pour un certain nombre d'agriculteurs.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 93
L’utilisation de produits agrochimiques est en revanche élevée, ce qui suscite des inquiétudes quant aux
risques pour la santé et la qualité des emplois. En 2014, 46 % des ménages agricoles ont déclaré utiliser des
produits agrochimiques. En 2015, la proportion de 37 % est encore nettement plus élevée que dans d’autres pays
africains (voir Figure 3.8). L’utilisation sur le coton et l’hévéa est la plus répandue, mais elle est aussi courante sur le
cacao et le riz. Dans la mesure où elle concerne les herbicides, elle permet d’économiser la main-d’œuvre, réduisant
ainsi les coûts du désherbage. Bien que l’utilisation de pesticides augmente généralement la valeur de la production
(aussi dans d’autres pays, par exemple de 33% en Éthiopie, en Tanzanie et en Ouganda), on constate également que
cette utilisation est liée à une augmentation des problèmes de santé chez les utilisateurs.62
50 46
45
Proportion (%) des ménages
40
utilisant des produits
33
agrochimiques (%)
35 31
30
25
20
13
15 11
8
10
3
5
0
Éthiopie CIV Malawi Niger Nigeria Tanzanie Ouganda
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête ENSETE 2013 ; Sheahan, Barrett et Goldvale
(2016).
Jusqu’à tout récemment, la majeure partie de la demande croissante de riz en Côte d’Ivoire était satisfaite par
les importations. En 2000-2013, la consommation intérieure de riz a progressé de près de 5 % par an pour atteindre
plus de 1,8 million de tonnes en 2013, soit environ 64 kg par personne et par an (FAO, 2016). Récemment, la majeure
partie de cette croissance était couverte par les importations qui, en 2013, représentaient 60 % de la consommation
totale de riz (Figure 3.9).
2 000
1 800
1 600
1 400
Riz (1000 tonnes)
1 200
1 000
800
600
400
200
0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Importation Consommation
La Stratégie nationale de développement du riz (SNDR) vise à combler le déficit important d’importations,
fournissant ainsi environ 500 000 emplois dans la chaîne d’approvisionnement. Les importations de riz ont
toujours satisfait plus de la moitié de la consommation pendant les trois dernières décennies, malgré de nombreuses
stratégies et politiques visant à stimuler la production nationale. Ces tentatives ont été revigorées suite à la crise
alimentaire de 2008, qui a vu les prix mondiaux du riz tripler en quelques mois. Une nouvelle Stratégie nationale de
développement du riz (SNDR)63 a été adoptée en 2008 et révisée en 2011. Elle vise à atteindre une production de 2
millions de tonnes et à éliminer le déficit des importations en adoptant une approche globale de la chaîne de valeur.
Malgré la croissance rapide de la production de riz et les rendements enregistrés dans les statistiques
nationales, de nombreux défis et opportunités de croissance demeurent pour les producteurs et plus loin
dans la chaîne de valeur. Comme l’indiquent les Figures 3.4 et 3.9, après une longue période de stagnation, les
statistiques nationales ont enregistré un gain très rapide dans la production de riz en Côte d’Ivoire depuis 2009. Ces
gains dérivent largement de l’augmentation des rendements. Mais de nombreux défis et opportunités de production,
de rendement et de croissance de l’emploi subsistent à travers des interventions sur les exploitations, mais aussi
le long de la chaîne. La NRDS a par exemple reconnu la mauvaise organisation de la commercialisation et de la
transformation du riz paddy comme l’un des principaux défis pour la relance de la production, établissant ainsi un lien
pour la première fois, de façon explicite, entre le défi d’augmentation des rendements et le défi d’amélioration de la
performance tout au long de la chaîne. Elle a identifié (i) le manque d’acheteurs confirmés et réguliers, (ii) le coût élevé
de la collecte et du transport (compromettant la compétitivité des importations), (iii) les prix non rémunérateurs pour
les producteurs, l’absence de mécanisme de garantie des prix et l’incapacité des acheteurs à respecter les termes
des contrats, (iv) l’inefficacité du secteur de transformation du paddy, et (v) le manque d’installations de stockage
comme des contraintes majeures à la relance de la compétitivité des importations et de la production intérieure.
Malgré les progrès réalisés sur ces questions, une récente étude qualitative de la chaîne de valeur du riz dans quatre
districts rizicoles sélectionnés à dessein, réalisée à la demande de la FAO et de l’Office national pour le développement
de la riziculture de Côte d’Ivoire, indique qu’il reste beaucoup de marge d’amélioration (Doumbia 2016).
Parmi les transformateurs, le manque d’approvisionnement suffisant en riz, le coût et la pénurie d’électricité sont souvent
mentionnés comme des contraintes majeures. Cela freine l’investissement et la qualité des traitements nécessaires
pour concurrencer les importations. Les commerçants sont généralement sous-financés et par conséquent, mal
équipés en termes de matériel de pesage et de véhicules, le manque d’accès au crédit étant encore plus prononcé
chez les commerçantes. Parmi les producteurs, l’utilisation optimale des intrants agricoles, tels que les semences
améliorées, les engrais et les pesticides, est très réduite (Tableau 3.2). Un contrôle adéquat de l’eau (pour éviter les
inondations et la sécheresse) demeure un grand défi. Seulement 16 % de la superficie ensemencée de riz bénéficient
d’un bon contrôle de l’eau. Le soutien technique reste déficient. En conséquence, le rendement du riz et la marge
brute des producteurs par hectare sont souvent faibles et très variables selon les sites et les saisons. Cela réduit à
son tour le volume, rendant la mouture du riz moins rentable.
L’étude conclut que les acteurs de la chaîne de valeur du riz (producteurs, transformateurs, fournisseurs d’intrants,
entreposeurs et commerçants) ne disposent pas généralement de ressources de production adéquates ; ils sont
mal équipés, mal formés, mal organisés et la coordination entre eux et entre les différents acteurs de la chaîne est
mauvaise. Le manque chronique de financement dans la chaîne, chaque acteur étant confronté à des contraintes
de crédit et s’autofinançant en grande partie, conjugué à une coordination et des arrangements contractuels peu
avantageux entre les différents acteurs de la chaîne, continue de mettre à mal le secteur du riz dont l’équilibre est
précaire.
63 Elle vise notamment à : 1) améliorer l'accès des producteurs aux semences améliorées, à l'irrigation, aux intrants agricoles et à la
mécanisation ; 2) promouvoir des unités de transformation proches des zones de production ; 3) promouvoir plus d'investissements
privés dans le secteur du riz ; 4) régulariser et sécuriser les prix du riz à la fois au niveau de la production, de la transformation et
de la commercialisation. En plus de répondre à la demande nationale de riz, le SNDR devrait créer : 1) 500 000 emplois directs
pour la production de paddy à l'aide d'un système irrigué ; 2) 1,5 million d'emplois directs pour la production de paddy en régime
pluvial ; 3) plus de 500 000 emplois directs dans la transformation et les services connexes.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 95
Tableau 3.2 : Pratiques agronomiques relativement inefficaces dans la production de riz, malgré une
sensibilisation raisonnable.
Note : Le système de production du riz en Côte d’Ivoire se caractérise par trois systèmes de culture (i) le riz pluvial, cultivé dans
tout le pays, mais dominant dans l’ouest, le nord et l’ouest-central, (ii) le riz inondé, principalement cultivé dans les grandes plaines
du nord-ouest et du nord, et (iii) le riz irrigué, qui est cultivé dans les basses terres et les systèmes de barrages développés dans
le centre, l’ouest, le centre-ouest et le nord. Cette enquête qualitative examine le système de culture dans quatre districts de Côte
d’Ivoire : Gagnoa, Man, M’Bahiakro et Bongouanou.
Les coûts des intrants n’ont été récupérés que partiellement par le projet. Sinon, la marge brute aurait été négative (-67 027 XOF).
Source : Doumbia, 2016
96 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
3.4 Points d’entrée de politique agricole pour des emplois meilleurs et plus inclusifs
Le soutien continu à la croissance de la productivité des cultures à forte intensité de main-d’œuvre comme le riz,
le coton et les noix de cajou pourrait être complété par un soutien supplémentaire à d’autres produits de base
à forte intensité de main-d’œuvre et aux cultures à forte valeur ajoutée. La focalisation de la politique traditionnelle
de la Côte d’Ivoire sur les cultures de rente en général (et sur le cacao en particulier) s’est récemment étendue au riz en
adoptant une approche holistique plus prometteuse qui vise à intégrer toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur.
Malgré de nombreux progrès, il subsiste de nombreux défis tout au long de la chaîne, qui souffrent toujours de sous-
capitalisation, de manque de compétences, de coordination et d’organisation à tous les niveaux. Il subsiste également des
occasions importantes et sous-explorées d’accroître la productivité d’autres produits de base (racines et tubercules), ce qui
contribuerait également à accroître la productivité de la main-d’œuvre féminine,64 et la création d’emplois avec l’expansion
d’autres produits de grande valeur (viande, produits laitiers, fruits et légumes). Les études de la chaîne de valeur peuvent
permettre d’identifier les contraintes spécifiques à la chaîne.65 Pour maximiser la création d’emplois, il faudrait promouvoir
des approches inclusives de la chaîne de valeur. Il s’agit d’un domaine important pour des recherches plus approfondies.
La petite exploitation agricole est plus prometteuse pour la création d’emplois inclusifs. Les petits exploitants
de Côte d’Ivoire sont relativement bien dotés en terres et embauchent la main-d’œuvre (y compris de l’étranger) pour
pallier au manque de main-d’œuvre familiale. Rien n’indique que les grands exploitants en Côte d’Ivoire sont plus
efficaces que les plus petits (Figure 3.10). Une récente évaluation rigoureuse des répercussions (à court terme) de
nouveaux grands établissements agricoles au Mozambique montre également des effets bénéfiques limités sur les
petits exploitants, voisins dans un rayon de 25 à 50 kilomètres.66 Ces effets indirects se limitent en outre à l’adoption de
meilleures pratiques agronomiques et à l’accès aux intrants modernes, mais ne s’étendent pas à la création d’emplois
ou à la participation au marché de la production, et sont contrebalancés par une diminution du bien-être subjectif.
Comme au Brésil, cette expérience récente du Mozambique souligne à nouveau que l’offre de meilleurs emplois, en
qualité et quantité, dans des unités de production agricoles commerciales à grande échelle reste souvent très limitée.
500 000
400 000
300 000
200 000
100 000
0
1 2 3 4 5
Quintiles (surfaces exploitées)
La mécanisation reste limitée. Au fur et à mesure que les salaires urbains et ruraux augmentent, la nécessité de
mécanisation se fait de plus en plus pressante. Cela n’implique pas nécessairement une agriculture à grande échelle.
Différentes solutions de marché (telles que les services de machines) existent pour surmonter l’indivisibilité du capital
agricole et capturer les économies d’échelle impliquées par la mécanisation. Elles ont été déployées avec succès, le
64 Le Programme régional de productivité agricole en Afrique de l'Ouest (PPAAO), d'une valeur de 44 millions USD, auquel
participe la Côte d'Ivoire et qui constitue la première phase d'un programme de 10 ans, propose une étape initiale pour combler
l'écart de la productivité des cultures vivrières. Le programme met l'accent sur le développement et la diffusion de variétés de
semences améliorées et les techniques de transformation pour une série de cultures vivrières (plantain, riz, manioc, maïs, mangue)
et l'élevage (volaille, porc). Des centres de recherche régionaux ont été créés, dont un pour chaque culture. Le centre situé en Côte
d'Ivoire travaillait sur le plantain.
65 La Banque Mondiale (2012a, 2014) offre un bon point de départ.
66 Deininger et coll. (2015)
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 97
plus récemment aussi en Chine, où les dotations foncières sont plusieurs fois plus petites.67 Bien qu’elle ne soit pas aiguë,
la nécessité de soutenir la mécanisation des petits exploitants en Côte d’Ivoire et ses implications pour la création d’emplois
dans le secteur agricole mérite des recherches approfondies.
Aborder les défis de l’adoption des technologies, des risques sanitaires et des lacunes en matière de compétences.
L’utilisation des engrais inorganiques est faible. Néanmoins, l’analyse multivariée suggère des rendements bruts positifs,
liés à l’utilisation d’engrais inorganiques pour la plupart des cultures. Ces rendements disparaissent cependant quand on
regarde le rendement net (après comptabilisation de la dépense d’engrais). Les engrais inorganiques sont souvent mal
utilisés (comme le montre l’étude qualitative sur le riz), et considérés coûteux. La rentabilité de l’utilisation des engrais
inorganiques et les politiques qui l’affectent (politique des engrais, vulgarisation agronomique) ont besoin d’être approfondies.
Les produits chimiques agricoles, par ailleurs, sont largement utilisés. Outre la pollution des sols et de l’eau, ils soulèvent
également des préoccupations importantes concernant les dangers pour la santé, qui méritent plus d’attention.
La Côte d’Ivoire reste également bien en deçà de la valeur de référence du PIB agricole de 1 % par rapport à ses dépenses
publiques consacrées à la recherche et au développement agricoles (Figure 3.11). Et même jusqu’à récemment (2011), il
n’y avait que 131 chercheurs équivalents à temps plein (contre 1 151 au Kenya ou 815 en Tanzanie). Certes, la majeure
partie de la R&D agricole en Côte d’Ivoire est financée par le secteur privé (par l’intermédiaire du Fonds interprofessionnel
pour la recherche et le conseil agricole – FIRCA) et de l’industrie agroalimentaire (notamment par la création de centres
locaux de recherche par certaines multinationales), mais cet effort est essentiellement axé sur les cultures de rente et non
sur les cultures vivrières.68
Figure 3.11 : Les dépenses publiques consacrées à la R&D agricole restent
inférieures à la valeur de référence
Ethiopie
Sierra Leone
Guinée
Congo,…
République …
Madagascar
Tchad
Soudan
Gabon
Guinée-Bissau
Enfin, le faible niveau d’éducation et la mauvaise formation de tous les acteurs des filières (agriculteurs, commerçants
et transformateurs) freinent l’innovation agricole. Les taux d’alphabétisation rurale, par exemple, sont de seulement
25 %, ce qui souligne le manque de compétences fondamentales, un défi énorme et urgent abordé dans le chapitre
6. Mais la demande d’enseignement technique agricole spécifique dépasse largement l’offre, et l’innovation agricole
nécessite de plus en plus de compétences non traditionnellement développées dans le domaine de l’enseignement
agricole, c’est-à-dire les compétences générales qui permettent aux gens de communiquer, de développer
le leadership et de travailler en coopération. La réhabilitation des centres d’éducation et de formation agricoles
permettra d’exploiter les acquis de l’enseignement primaire (chapitre 6) et d’augmenter le nombre de fournisseurs
de connaissances agricoles. Mais il faut également intégrer ces centres dans le système d’innovation agricole en
créant des canaux de communication entre les chercheurs, les producteurs et les employeurs (par exemple en
reliant les réseaux professionnels), en modernisant les programmes (en les orientant vers l’apprentissage appliqué
et la résolution de problèmes dans un cadre interdisciplinaire), par exemple par le biais de politiques de recrutement
ciblées dans les programmes d’éducation, de recherche et de vulgarisation.69
Améliorer la sécurité foncière en milieu rural La sécurité foncière est particulièrement importante pour les
investissements fonciers, fixes, nécessaires pour accroître la productivité des terres, mais prennent du temps à
rentabiliser (amélioration des terres, irrigation, cultures arboricoles). Elle facilite également la diversification en dehors
de l’exploitation et limite les litiges fonciers et les conflits. D’une part, à 34 %, la part des ménages ayant déclaré avoir
un titre foncier est beaucoup plus grande en Côte d’Ivoire que dans d’autres pays africains (1 % au Malawi, 11 % au
Niger, 14 % en Tanzanie, 19 % en Ouganda).70 Pourtant, cela laisse encore deux agriculteurs sur trois sans titre, et
même parmi les détenteurs de titres, seulement un tiers (11 points de pourcentage) possède un document officiel.
La plupart des terres sont détenues et cédées conformément au droit coutumier local. Faciliter le règlement des
litiges fonciers, en particulier ceux qui concernent les immigrants, est une priorité pour promouvoir une plus grande
inclusivité dans le régime foncier rural et prévenir les conflits. Travailler avec les autorités traditionnelles et locales
pour développer des mécanismes alternatifs de règlement des différends, acceptables pour tous, pourrait être une
avancée dans cette direction. Mais même si les femmes ne sont pas autorisées à hériter de terres dans de nombreux
groupes ethniques, l’accès à la terre pour les femmes reste limité à l’emprunt, la location ou au métayage, ou se fait
par leurs maris. Cela freine leur potentiel de productivité et nécessite une attention particulière (FAO, 2010 ; Ministère
de l’Agriculture de Côte d’Ivoire, 2013).
Surmonter le déficit financier, Comme le souligne l’étude de la chaîne de valeur du riz, la capacité des agriculteurs
et des entreprises agroalimentaires à investir est déterminée par leur accès aux services financiers. Les initiatives
visant à élargir l’accès au financement dans les zones rurales n’ont pas encore abouti. Même les établissements de
microfinance (EMF) consacrent seulement 5 % de leur portefeuille au financement de l’agriculture. En conséquence,
seulement 14 % de la population rurale a accès à des services financiers formels. Un diagnostic complet de la finance
agricole est requis. Le développement fructueux des services financiers exigera, entre autres, un cadre juridique et
réglementaire favorable qui permet l’application de contrats juridiques dans le secteur agricole. Des mécanismes
de soutien gouvernementaux favorables au marché (tels que des systèmes partiels de garantie de crédit et des
partenariats public-privé pour encourager le développement de l’assurance agricole) seront également nécessaires.
69 Le modèle de formation suivi par le centre de formation agricole Songhai à Porto Novo, au Bénin, en constitue un exemple. Il
est local et géré comme une entreprise privée. L'enseignement préconise l'application, avec plus de 75 % du temps consacré à
des disciplines pratiques. Les innovations dans la formation comprennent la création d'un centre commercial de produits agricoles
et un programme de crédit pour aider les apprenants à s'établir après la formation. Environ 20 % des stagiaires sont des femmes
et 60 % viennent des zones rurales. Soixante-cinq à soixante-dix pour cent de ses diplômés s'engagent dans l'agriculture. D'autres
instituts africains qui ont réussi à adapter leurs programmes EFA comprennent Makerere en Ouganda, Jomo Kenyatta au Kenya,
ainsi que des instituts à Maurice. Pour un examen approfondi des orientations de la réforme de l'EFA, voir le module 2, Systèmes
d'innovation agricoles, Un guide de l'investissement (Banque mondiale, 2012b).
70 Deininger, Xia, Mate et Payongayong (2015)
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 99
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100 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 101
4.1 Introduction
Les projections du futur profil de l’emploi en Côte d’Ivoire indiquent que l’emploi indépendant non agricole
sera probablement la catégorie d’emploi la plus répandue dans le pays d’ici 2025. Les activités indépendantes
non agricoles représentent déjà une part non négligeable des emplois. Selon l’enquête emploi collectée en février
2014 (ENSETE 2013), l’emploi indépendant non agricole dans les micro-entreprise représentait 29,3 % de l’emploi,
contre 46,9 % pour l’agriculture et 17,4 % pour les emplois salariés (voir chapitre 1). Il est attendu que sa part devrait
dépasser les 40 % d’ici 2025. Si les prévisions contiennent une certaine marge d’erreur, il est probable que l’emploi
indépendant non agricole devienne le plus grand secteur d’emploi en Côte d’Ivoire, dépassant ainsi la part prévue des
emplois salariés et de l’emploi indépendant agricole (chapitre 2, en particulier l’annexe 2).
Les activités indépendantes non agricoles sont en majorité informelles, leur statut juridique étant flou.
Selon le cadre juridique ivoirien, la micro-entreprise se définit comme une structure employant au plus 10 employés
permanents, dotée d’un chiffre d’affaires maximum (après impôt) de 30 millions FCFA et tenant une comptabilité
simplifiée, quelle qu’en soit la forme. Dans ce sens, les activités indépendantes non agricoles sont également des
micro-entreprises. Toutefois, il est important d’émettre ici une réserve, car la plupart des activités indépendantes ne
sont pas enregistrées et ne tiennent aucune forme de comptabilité.71 Elles opèrent donc en marge des lois actuelles
régissant les petites et moyennes entreprises dans le pays. Dans ce chapitre, les termes «äctivités indépendantes
non agricoles », « entreprise individuelle non agricole », « micro-entreprise non agricole » ou simplement « entreprise
individuelle » sont utilisés de manière interchangeables. L’Encadré 4.1 donne un aperçu des définitions existantes de
l’informalité.
Étonnamment, les discussions de politique ignorent souvent la part importante de l’emploi dans le secteur
ainsi que son potentiel. En Côte d’Ivoire, les stratégies politiques visant l’emploi indépendant non agricole sont très
limitées. Pourtant, les entreprises individuelles sont une importante source d’emploi, en particulier pour les pauvres et
les femmes. Bien que le gouvernement ivoirien aspire à l’émergence d’ici 2020, le secteur informel est encore loin de
disparaître. Les stratégies politiques doivent donc aborder la question du secteur informel dans le cadre des efforts
visant à réaliser cet objectif ambitieux. En particulier, il sera crucial d’augmenter la productivité dans ce secteur afin
de créer des opportunités productives de meilleure qualité et plus inclusives, et de contribuer à la réduction de la
pauvreté. Cela peut aussi contribuer à aborder le défi de la diversification hors des exploitations agricoles en zones
rurales, comme mentionné dans le chapitre 2).
Ce chapitre examine l’emploi et la productivité dans le secteur des activités indépendantes non agricoles en
Côte d’Ivoire ainsi que les possibilités d’élaborer des politiques de soutien à ces activités. Il fournit tout d’abord
une description générale des entreprises individuelles. Certaines questions fondamentales sont traitées. Qui sont les
acteurs du secteur et pourquoi ? Quelles activités sont les plus courantes et dans quelle mesure elles persistent dans
le temps. Au vu de la très forte hétérogénéité de la productivité, ce chapitre décrit ensuite les obstacles rencontrés
par les personnes souhaitant créer ou exploiter une entreprise individuelle, ainsi que les facteurs déterminants de
la productivité de ce type d’activités. Cette analyse se fonde principalement sur des micro-données quantitatives,
mais aussi sur des données qualitatives complémentaires relatives aux activités indépendantes, collectées dans le
cadre de cette étude (voir Encadré 4.2 pour une description des sources de données). Enfin, il examine différents
points d’entrée politique pour le secteur et analyse les interactions des différents acteurs (exploitants d’activités
indépendantes, responsables des politiques et autres parties prenantes).
71 En Côte d’Ivoire, la définition officielle des petites et moyennes entreprises est énoncée dans la Loi No 2014-140 du 24 mars
2014 portant orientation de la politique nationale de promotion des petites et moyennes entreprises. La définition des micro-
entreprises est donnée à l’article 5 du chapitre II de cette loi.
102 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Pour analyser les activités individuelles non agricoles, il faut disposer d’une définition de ces activités, applicable
dans le contexte plus large de l’économie informelle. Il existe de nombreuses définitions de l’informalité, qui
sont loin de faire consensus (Maloney, 2004). Universitaires, experts et responsables ont tendance à donner
une connotation négative à l’informalité: travailleurs non protégés, réglementation excessive, faible productivité,
compétition déloyale, évitement de l’État de droit, sous-paiement ou non-paiement des taxes, activités
« souterraines » (Perry et coll., 2007), etc.
Du point de vue conceptuel, une définition du secteur informel a été adoptée lors de la 15e Conférence
internationale des statisticiens du travail (15e CIST) du BIT en 1993, avant d’être incluse dans le Système de
comptabilité nationale (SCN 1993) international révisé. Deux approches du secteur informel sont ressorties de
cette conférence : l’approche de l’entreprise et l’approche de la main-d’œuvre. Selon l’approche de l’entreprise,
le secteur informel se définit en fonction des caractéristiques des unités de production (entreprises) dans
lesquelles les activités se déroulent. Selon l’approche de la main-d’œuvre, le secteur informel se définit en
fonction des caractéristiques des personnes concernées ou de leur emploi (Hussmanns, 2004).
Selon Hussmanns (2004), d’une part, l’emploi dans le secteur informel englobe tous les emplois dans les
entreprises du secteur informel ou toutes les personnes qui, au cours d’une période de référence donnée,
étaient employées dans au moins une entreprise du secteur informel, qu’il s’agisse de leur emploi principal
ou secondaire et indépendamment de leur statut professionnel (p. 2). D’autre part, les entreprises du secteur
informel étaient définies selon un ensemble de critères tels que la taille, l’enregistrement, l’orientation
commerciale ou les activités non agricoles. De plus, selon la définition adoptée lors de la 17e CIST, l’emploi
informel englobe le nombre total d’emplois informels, soient-ils dans une entreprise du secteur formel, une
entreprise du secteur informel ou un ménage, au cours d’une période de référence donnée. Outre les critères
susmentionnés, le respect des réglementations publiques est apparu comme un critère important pour définir
l’informalité, ce raisonnement impliquant que les interactions avec l’État jouent un rôle fondamental dans cette
définition (Benjamin et coll. 2014 ; Kanbur, 2009).
Pourtant, les critères susmentionnés ont fait l’objet de diverses critiques. Il est difficile de définir le secteur
informel de manière dichotomique (Benjamin et Mbaye, 2012). Les définitions existantes n’établissent pas de
distinction suffisante entre les entreprises formelles et informelles. Certains spécialistes préfèrent définir le
secteur informel comme un « continuum » présentant différents degrés de formalité. À cet égard, Benjamin
et Mbaye (2012) ont défini des critères permettant de classifier les entreprises selon ces différents degrés
d’informalité.
Dans ce contexte, le terme « entreprise individuelle » ou « entreprise familiale » s’inscrit dans le cadre conceptuel
décrit ci-dessus. Pour Fox et Sohnesen (2012) et Filmer et coll. (2014, p.150), ce sont des entreprises non
constituées et non agricoles détenues par des ménages. Sur le plan de l’emploi, elles incluent les travailleurs
indépendants, dirigeant des entreprises non constituées ainsi que les membres de leur famille travaillant dans
ces entreprises, principalement en tant qu’aides familiales. Cette définition intègre à la fois l’approche de
l’entreprise et l’approche de la main-d’œuvre.
D’un point de vue opérationnel, dans le cas de la Côte d’Ivoire, la documentation existante au sujet de l’informalité
indique que le pays épouse le cadre du BIT décrit ci-dessus. Cependant, la définition la plus courante de
l’informalité se base sur le critère de l’enregistrement, en première position devant le critère de la taille. Selon
ces deux approches (de l’entreprise et de la main-d’œuvre), l’informalité implique que l’entité opérationnelle
ou l’employé n’est pas immatriculé à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), le bureau ivoirien de
sécurité sociale publique. Selon ce raisonnement, l’enregistrement auprès du bureau de la sécurité sociale
représente généralement la dernière étape administrative avant le démarrage de l’entreprise ou la déclaration
d’un employé en Côte d’Ivoire, tandis que les étapes précédentes du processus de formalisation sont souvent
de nature juridique ou fiscale (AGEPE, 2011).
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 103
Dans le présent chapitre, la définition des entreprises individuelles non agricoles correspond à celle de Filmer
et coll. (2014). Les termes « activités indépendantes non agricoles», « entreprise individuelle non agricole »,
« entreprise individuelle » ou « secteur informel » sont utilisées de manière interchangeables.
Encadré 4.2 : Sources de données quantitatives et qualitatives pour une approche intégrée de
l’analyse du secteur des activités individuelles non agricoles en Côte d’Ivoire
À ce jour, les analyses des entreprises individuelles (Fox et Sohnesen, 2012 ; Filmer et coll., 2014) se sont
principalement appuyées sur des enquêtes quantitatives. Cependant, les données quantitatives ne saisissent
pas toujours toutes les nuances du secteur. Les données quantitatives et les enquêtes emploi ne mesurent pas
toujours adéquatement les caractéristiques et la productivité des exploitants d’entreprises individuelles, ni les
obstacles qu’ils rencontrent (Benjamin et coll., 2014).
Afin de dresser un tableau complet des obstacles et des défis du secteur, ce chapitre s’appuie à la fois sur des
micro-données quantitatives et sur des données qualitatives complémentaires. Premièrement, des données
quantitatives transversales sont tirées de l’Enquête nationale sur l’emploi de février 2014 (ENSETE 2013),
qui fournit des données représentatives au niveau national pour un échantillon d’environ 12 000 ménages
et leurs membres et inclut également un module axé sur les ménages portant sur les activités génératrices
de revenus et les entreprises individuelles. Cette enquête nous permet d’effectuer une analyse au niveau de
l’unité de production et au niveau du propriétaire de l’entreprise individuelle (souvent, le chef du ménage).
Des informations sur les difficultés à l’entrée, le secteur d’activité, l’emplacement des activités, le nombre de
travailleurs et le volume des bénéfices ou des revenus en sont tirées.
Comme indiquées précédemment, les enquêtes quantitatives, et notamment les enquêtes transversales,
présentent quelques limites, par exemple au niveau des informations sur les interactions entre exploitants et
fonctionnaires gouvernementaux ou consommateurs, ou encore au niveau des conséquences du récent conflit
sur le secteur en Côte d’Ivoire, etc. Suite à des travaux menés récemment au Liberia (Chapman et Heaner,
2016) sur les entreprises individuelles dans les États fragiles, des données qualitatives complémentaires ont
été collectées en Côte d’Ivoire pour mieux comprendre ce secteur. Bien que les données qualitatives ne soient
pas représentatives, elles sont utiles pour établir des contrastes et mettre en lumière des nuances que des
questions fermées permettent d’entrevoir moins facilement. Par exemple, l’enquête qualitative contribue à
identifier l’ensemble des obstacles entravant la productivité du secteur, mais aussi à mieux comprendre les
perspectives des différentes parties prenantes du secteur, ce qui n’est pas forcément possible à partir des
données quantitatives existantes (Benjamin et coll., 2014).
Dans la pratique, les travaux qualitatifs ont couvert 10 communautés réparties à travers la Côte d’Ivoire,
dont 6 communautés urbaines (Yopougon et Abobo à Abidjan, Man, Bouaké, Korhogo et Bondoukou) et
4 communautés rurales (autour de Man, Bouaké, Korhogo et Bondoukou). Dans chaque communauté,
des discussions ont été organisées avec des groupes de consultation, de même que des entretiens avec
des informateurs clés. Les discussions avec les groupes de consultation portaient sur les exploitants des
entreprises individuelles, les aspirants entrepreneurs et les consommateurs/membres de la communauté tandis
que les entretiens avec les informateurs clés portaient sur les exploitants des entreprises individuelles, les
aspirants entrepreneurs, les chefs communautaires, les représentants du gouvernement et les organisations
non gouvernementales (voir Figure B4.1). Ces travaux qualitatifs ont abouti à un rapport de terrain produit en
tant que document de référence pour ce chapitre (Bouaki, 2016), et à la production de plus de 500 pages de
transcriptions.
Où ? Quoi ? Qui ?
Exploitants d’entreprise
Consommateurs
Communauté
Exploitant d’entreprise
Entretien avec
informateur clé Aspirant entrepreneur
formelle, tandis que seulement 14 % d’entre eux environ ont achevé au minimum le cycle secondaire inférieur (Figure
6,5
4.2). Ces caractéristiques générales des propriétaires d’entreprises individuelles correspondent aux résultats observés
4,3
dans d’autres économies d’Afrique subsaharienne telles que le Ghana3,0 et le Cameroun (Fox et Sohnesen, 3,0 2012).
1,9
17,9
51,3
15,3
14,3
12,8
11,1
10,0
18,5
16,1
6,5 14,2
4,3
3,0 3,0
1,9
Aucune instruction Prim. non achevé Prim. achevé Sec. inférieur achevé
et +
14-19 20-24 25-29 30-34 35-39 40-44 45-49 50-54 55-59 60-65 66+
Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs
72 Comme indiquée51,3 au chapitre 1, en Côte d’Ivoire, la part des femmes occupant un emploi indépendant non agricole est plus élevée
que celle des hommes. Cependant, on n’observe pas de différence significative au cours du temps dans cette différence par genre.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 105
La majorité des entreprises individuelles non agricoles œuvrent dans des activités de services de petite
échelle. Comme l’illustre la Figure 4.3, plus de 40 % des entreprises déploient des activités de vente au détail et
de commerce de petite échelle, par exemple la vente de produits personnels (les activités les plus courantes sont
répertoriées dans le Tableau 4A.1 de l’Annexe 4). Les autres activités fréquentes incluent les activités manufacturières
de petite échelle (par exemple la production de jus de fruits ou d’alcool, ou d’autres activités élémentaires de traitement
et de transformation de produits agricoles (17,4 %)), ainsi que la vente de denrées alimentaires et la restauration
(15,5 %). La majorité des entreprises individuelles non agricoles sont exploitées en zone urbaine (70,2 %) où les
activités de vente au détail, les services à la personne (coiffure) et les activités de construction sont relativement
plus fréquentes que dans les zones rurales. Dans ces dernières, ce sont les activités de transformation de produits
agricoles ou la vente de denrées alimentaires qui sont relativement plus répandues (Figure 4.3) 73.
Figure 4.3 : Principales activités des micro-entreprises non agricoles par zone
de résidence
45,9
43,4
37,6
Urbain
21,2 20,4 Rural
17,4
15,8 15,5 National
13,4
9,2
7,9 6,8 7,5 6,6 5,6
4,1 4,2 4,1 3,1 1,9 2,7 2,2 1,3 1,9
Ventes Commerce Bar et restaurant Entreprise non ag. Autre Agroalimentaire Transport Services prof.
Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs. Voir Tableau A.1 des exemples d’activités
particulières.
75,4
Les activités individuelles non agricoles sont quasiment toutes informelles. Plus de 90 % ne sont pas
enregistrées. Une précédente enquête sur l’informalité menée à Abidjan avait également abouti à une conclusion
semblable (AGEPE, 2011). De surcroît, plus de 60 % des entreprises individuelles non agricoles indiquent ne
tenir aucune comptabilité, tandis que seulement 14,4 % tiennent une comptabilité formelle (Figure 4.4). Ce degré
d’informalité est également manifeste si l’on considère que 68,1 % des propriétaires d’entreprises individuelles ne
sont pas soumis aux régimes fiscaux formels. Seuls 5 % d’entre eux sont soumis au « régime réel » tandis que 27 %
versent un impôt forfaitaire (Figure 4.5). Cela étant dit, la plupart des micro-entreprises doivent acquérir une licence
10,6
(appelée « patente ») auprès des administrations locales afin de pouvoir exercer leurs
7,9 activités. 6,1
75,4
43,3
40,3
16,4
10,6
7,9 6,1
Jusqu’à 3 mois De 4 à 6 mois De 7 à 9 mois De 10 à 12 mois Moins d’un an De 1 à 5 ans 6 ans ou plus
Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs
Toutefois, il est clair que les activités de petit commerce (vente de produits personnels et de nourriture) prédominent dans le
secteur de l’emploi indépendant non agricole en Côte d’Ivoire. Ces activités ont tendance à être orientée vers les besoins des
communautés et marchés locaux.
16,4
106 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic 64,9
de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
En dépit de leur caractère informel, les entreprises individuelles non agricoles sont durables. Plus de 75 %
des entreprises individuelles non agricoles sont en activité tout au long de l’année (Figure 4.6). En outre, elles ne sont
20,7
pas éphémères : plus de 80 % d’entre elles sont en activité depuis plus de 5 ans (Figure 4.7).
14,4
Figure 4.4 : La plupart des micro- Figure 4.5 : La plupart des micro-
entreprises non agricoles ne tiennent entreprises
Pa de comptabiliténonComptabilité
agricoles ne sont
non detaillée pas
Comptabilité formelle
aucune comptabilité soumises aux régimes fiscaux formels
64,9
68,1
27,0
20,7
14,4
4,9
Pa de comptabilité Comptabilité non detaillée Comptabilité formelle Regime réel Taxe forfaitaire Aucun de ces régimes
Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs
68,1
4.2.2 Pourquoi les personnes travaillent-elles dans ce secteur ?
En général, la littérature existante suggère que le degré d’informalité dépend de la structure du marché du
travail, et de la situation économique globale dans un pays donné. Loayza et Rigolini (2011) démontrent que, sur
le long terme, la formalité est plus 27,0répandue lorsque la productivité du travail est plus faible, que les services publics
sont moins efficaces et que la flexibilité de l’environnement des affaires est moindre. Sur le court terme, ils observent
que l’emploi informel 4,9 évolue de manière contracyclique, laissant penser qu’il constitue un refuge ou un filet de sécurité
en cas de crise et de choc. En Côte d’Ivoire, les tendances décrites au chapitre 1 semblent indiquer que le secteur
Regime réel Taxe forfaitaire Aucun de ces régimes
informel s’est effectivement étendu au cours des années de crise. Cependant, une grande partie du secteur informel
est de nature structurelle et inclut des entreprises opérationnelles depuis de nombreuses années, comme indiqué
précédemment.
De nombreuses études se sont également penchées sur le choix d’entrer dans l’entrepreneuriat ou dans
l’emploi indépendant non agricole.74 Un cadre couramment utilisé pour analyser l’entrée dans le secteur, examine
les facteurs d’attraction et de répulsion.75 Par exemple, les facteurs d’attraction sont le volume escompté des bénéfices,
la croissance économique et le fort potentiel d’innovation, tandis que l’écart entre les bénéfices escomptés et les
salaires locaux actuels dans le secteur constitue un facteur de répulsion (Lederman et coll., 2014). Dans certains pays
tels que la Tanzanie et la République du Congo, les facteurs d’attraction semblent dominer (Fox et Sohnesen, 2012).
En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, un éventail de facteurs d’attraction entre également en jeu.
Conformément aux analyses mentionnées ci-dessus, les femmes et les personnes peu ou non instruites
sont plus susceptibles d’occuper des emplois indépendants. Les estimations de régressions probit indiquent
que l’instruction et la numératie sont corrélées aux variations de la probabilité de travailler en tant qu’indépendant.
Les personnes plus instruites et celles disposant de meilleures compétences de lecture et d’écriture (en langue
française) sont moins susceptibles d’être des travailleurs indépendants. De la même manière, les hommes sont
moins susceptibles que les femmes d’entrer dans ce secteur (voir Encadré 4A.1 de l’Annexe 4 pour de plus amples
informations sur la technique d’estimation utilisée, et le Tableau 4A.2 de l’Annexe 4 pour consulter les résultats).
74 Lederman et coll. (2014) et Perry et coll. (2007) fournissent un résumé de la littérature sur l’entrée dans le secteur.
75 En ce qui concerne l’entrepreneuriat plus formel, Lederman et coll. (2014) indiquent que des erreurs d’entrée peuvent survenir
si les entrepreneurs potentiels pèchent par excès de confiance. Toutefois, il est possible que ce facteur soit moins applicable dans
les pays en développement et les activités indépendantes de petite échelle. Quoi qu’il en soit, dans le cas de la Côte d’Ivoire,
l’enquête qualitative révèle que quasiment tous les entrepreneurs potentiels affirment être absolument sûrs de réussir une fois
qu’ils auront établi leur entreprise. Cette confiance s’explique par la propre évaluation de leurs capacités, de leurs expériences
antérieures dans le secteur où ils souhaitent agir, etc.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 107
De plus, contrairement aux idées reçues, de nombreuses personnes déclarent préférer un emploi indépendant,
y compris par rapport à un emploi salarié. Plus de 53 % des personnes (âgées de 15 ans et plus) souhaitent
travailler en tant qu’indépendant, tandis que seulement quelque 18,2 % et 18,7 % désirent occuper, respectivement,
un emploi salarié dans le secteur public et le secteur privé. Le désir d’être indépendant est plus fort encore chez les
personnes sans instruction formelle (77,9 %) que chez les personnes ayant un niveau d’instruction postsecondaire
(10,8 %) (voir Figure 4.8). Ces tendances reflètent certainement le caractère limité des opportunités d’emploi, en
particulier pour les personnes peu instruites, pour lesquelles les emplois salariés formels sont souvent inaccessibles.
Salarié public Salarié privé Travail indép. Indifférent et autre
10,1 18,2
8,8
0% 2,9
Figure 4.8 : La plupart des personnes sans Figure 4.9 : Les femmes et les
Aucune instr. Prim. non achevé Prim. Achevé
personnes vivant
Sec. inférieur Sec. supérieur Post-secondaire
achevé achevé
instruction formelle déclarent préférer l’emploi hors d’Abidjan sont plus susceptibles de déclarer
indépendant une préférence pour l’emploi indépendant
Salarié public Salarié privé Travail indép. Indifférent et autre Salarié public Salarié privé Travail indép. Indifférent et autre
100% 100%
9,2 11,6 9,8 9,2 7,7 8,2 10,0 9,6 13,2 9,4 8,4
14,9 10,8
80% 27,5 80%
27,5
50,5 23,7 45,3 45,8
60% 37,4
64,2 60% 62,2
77,9 25,6 70,1
40%
40% 36,4
21,4 53,7 23,2
18,0
20% 43,6
15,4 37,7
20% 13,6
10,1 18,2 10,5
8,8 23,0 26,8
0% 2,9 21,4
14,6 11,0
Aucune instr. Prim. non achevé Prim. Achevé Sec. inférieur Sec. supérieur Post-secondaire
0%
achevé achevé
Hommes Femmes Abidjan Urbain - autre Rural
Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs
80%
27,5
45,3 45,8 Par genre Par zone de résidence
60% 62,2
70,1 Tous Autre
Hommes Femmes Abidjan urbain Rural
40% 36,4
18,0
Espère23,2
gagner plus 43,2 42,0 44,2 33,9 40,7 45,9
Souhaite être son propre patron 10,5 37,0 39,9 34,6 42,3 38,3 35,5
20% 13,6
23,0 26,8
21,4
Souhaite
0%
occuper un emploi intéressant
14,6 11,0 6,2 6,6 6,0 3,6 6,2 6,8
Flexibilité
Hommes
des heures
Femmes
de travail Abidjan Urbain - autre Rural
4,0 2,8 5,0 7,7 3,6 3,4
Ne pense pas pouvoir trouver un travail salarié de
3,2 2,9 3,5 4,6 3,2 2,9
qualité
Autres raisons 6,3 5,9 6,7 7,9 8,0 5,3
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Source : ENSETE 2013 ; calculs de l’auteur
108 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Les données quantitatives fournissent également des indices permettant de comprendre pourquoi certains
préfèrent travailler dans une activité indépendante plutôt que d’occuper un autre type d’emploi. Les informateurs
des enquêtes qualitatives ont régulièrement mentionné certains facteurs tels que le risque lié aux emplois salariés
dans le secteur privé informel et le rôle du capital social dans la recherche d’un emploi. De plus, pour les personnes
établies en milieu rural, les activités individuelles non agricoles représentent une source essentielle de diversification
du portefeuille de revenus du ménage. Par exemple, les entreprises individuelles non agricoles servent de source
d’activités complémentaire pour atténuer les risques liés aux récoltes (voir Encadré 4.3 pour des exemples de facteurs
d’attraction identifiés par les travaux qualitatifs).
Encadré 4.3 : Sélection de citations qualitatives sur l’intégration d’entreprises individuelles non
agricoles
Comme expliqué dans l’Encadré 4.2, ce chapitre s’appuie à la fois sur des micro-données quantitatives et
des données qualitatives complémentaires afin de mieux comprendre les obstacles et défis dans le secteur.
Plusieurs facteurs poussent à choisir le travail indépendant. Les participants aux discussions des groupes de
consultation ont cité certains facteurs clés de leur choix en faveur d’une entreprise individuelle. Ces réponses
apportent des informations supplémentaires qui étayent les motifs décrits dans le Tableau 4.1 ci-dessus : par
exemple, les risques liés au secteur salarié privé (ne pas être bien payé ou ne pas être payé du tout, etc.), le
manque de capital social nécessaire pour obtenir un emploi salarié ou, en milieu rural, la saisonnalité. Quelques
citations des participants sont données ci-dessous pour illustrer ces points.
Risques liés aux emplois salariés privés : « Souvent, tu travailles chez eux [les employeurs] et en fin de
semaine, ils ne te donnent pas ton argent. À la zone, si tu as un accident de travail, ton employeur ne fait rien
pour toi, il te laisse comme ça. Le SMIGR n’est pas respecté à la zone industrielle. […] » (FGD CC M Yopougon)
Capital social : « On nous a formés ici. Le jour de la remise des kits, ils ont laissé ceux qui ont eu les bonnes
moyennes et ils nous ont laissés. Ils ont pris ceux qu’ils connaissaient pour les récompenser. […] » (FGD AE,
Korhogo urbain)
« …[Q]uand les structures viennent, ils ne prennent pas en compte nos diplômes. Ils recrutent par relation. »
(FGD HE Man)
Saisonnalité : «Le manioc produit une fois en un an alors que le commerçant gagne un peu tous les jours […]»
(FGD CC M Djebonoua)
L’emploi indépendant n’implique pas nécessairement une insatisfaction vis-à-vis du travail et de la vie par
rapport aux autres emplois. Le point abordé précédemment mettait en lumière la préférence de nombreuses
personnes pour l’emploi indépendant comme élément d’explication de l’entrée dans l’emploi indépendant. Des
analyses de la relation entre le secteur de l’emploi et la satisfaction vis-à-vis du travail et de la vie commencent à voir
le jour. Par exemple, Falco et coll. (2012) révèlent un degré élevé de chevauchement entre les différents secteurs
(emploi formel et emploi informel) dans la répartition de la satisfaction au Ghana. En d’autres termes, occuper un
emploi indépendant ne résulte pas nécessairement à l’insatisfaction. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, l’analyse des
travaux qualitatifs indique que de nombreux exploitants affichent effectivement une attitude positive vis-à-vis de leur
travail, démontrant qu’une activité individuelle non agricole productive peut contribuer au bien-être des individus.
Bien entendu, les personnes ne travaillent pas toutes volontairement dans le secteur informel, mais ces
considérations révèlent une forte hétérogénéité dans le secteur et dressent un tableau un peu plus nuancé
que les connotations négatives souvent associées à ce dernier. Les personnes plus éduquées sont moins
susceptibles d’occuper volontairement un emploi indépendant non agricole. Parallèlement, et comme nous le verrons
plus en détail ci-après, de nombreux exploitants du secteur rencontrent des obstacles qui entravent leurs opportunités
d’affaires. Il n’en reste pas moins que, pour de nombreuses personnes, occuper un emploi indépendant non agricole
est un moyen d’accroître ses revenus. En effet, comme indiqué dans le chapitre 3, la productivité moyenne des
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 109
emplois indépendants non agricoles est généralement plus élevée que la productivité moyenne dans l’agriculture.
Ainsi, pour un grand nombre de personnes, l’entrée dans le secteur dedul’emploi
Estimation noyau de laindépendant
densité non agricole peut aider à
trouver un emploi de meilleure qualité et à sortir de la pauvreté. Hommes .3
Femmes
4.2.3 Le secteur des entreprises individuelles est très hétérogène
.2
Les variations sensibles de la productivité révèlent la forte hétérogénéité du secteur des entreprises
Densité
individuelles.76 Les Figures 4.10 à 4.13 illustrent la répartition de la productivité en fonction du genre et de la zone
de résidence. Les Figures 4.10 et 4.12 illustrent la distribution de la productivité. Les Figures 4.11 et 4.13 illustrent
les répartitions cumulées du rendement par travailleur, indiquant la proportion des personnes dans le secteur
.1
dont la
production est égale ou inférieure à un seuil donné. Les différences horizontales indiquent les écarts de productivité
entre les groupes. Globalement, les mesures de la productivité présentent une dispersion importante.
0
5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Ln(productivité)
Figure 4.10 : Distribution de la Figure 4.11 : Répartition cumulée de
kernel = epanechnikov, bandwidth = 0.2830
Probabilité cumulée
Autres zones urbaines
.2 .6
Zones rurales
Densité
.2
.4
Densité
.1
.2
.1
Hommes
Femmes
0 0
5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Ln(productivité) Ln(productivité)
kernel = epanechnikov, bandwidth = 0.2830
0
5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Ln(productivité)
Figure 4.12 : Répartition de la productivité Figure 4.13 bandwidth
kernel = epanechnikov, : Répartition
= 0.2702 cumulée de la
par zone de résidence 1 productivité par zone de résidence
1
Estimation du noyau de la densité .8
.3
Abidjan
.8
Probabilité cumulée
.2 .6
.4
Densité
.4
.2
.1
Hommes
Femmes .2
Abidjan
0
5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Autres zones urbaines
Ln(productivité) Zones rurales
0 0
5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Ln(productivité) Ln(productivité)
kernel = epanechnikov, bandwidth = 0.2702
Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs
.8
.6
110 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
!
!
Le secteur des entreprises individuelles se compose d’un
! ensemble d’unités de production à basse et haute
productivité. Alors qu’un grand nombre de personnes parvient juste à survivre dans le secteur, nombreuses sont
Moyenne ajustée de la productivité par secteur
les personnes qui dégagent également de bons revenus. Les Figures 4.10 à 4.14 illustrent certains faits stylisés : les
entreprises détenues par des hommes à Abidjan sont les plus productivesTransport
tandis que les exploitants en zone rurale
sont beaucoup moins productifs. Ventes
Les secteurs relativement plus intensifs en capitaux sontBargénéralement and Restaurant plus productifs. L’hétérogénéité
des entreprises individuelles se traduit par une forte variationServices
de laprofessionnels
productivité selon les différents types d’activité.
Des secteurs tels que le transport, la vente ou les débits de boissons et la restauration sont plus productifs que le
commerce (Figure 4.14). Ils sont souvent aussi plus intensifs en capitaux. Par exemple, les exploitants du secteur de
Agro-industrie
! Entreprise non ag
10 10.2 10.4 10.6 10.8 11
! Figure 4.14 : Productivité par secteur Figure 4.15 : Différences de productivité par
Ln(productivité)
! rapport au secteur du commerce !
Ventes
Services professionnels .4
Agro-industrie
.2
Commerce
0
Autre
Ln(productivité) Note: 1=Entreprise non ag; 2=Autre; 3=Commerce; 4=Agro-indus.; 5=Services prof.; 6=Bar & restaurant; 7=Ventes; 8=Transport
! !
Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs Source : ENSETE 2013 ; présentation des auteurs
Moyennes ajustées comparées aux propriétaires dans les activités commerciales
.8
4.3 Quels sont les obstacles et les moteurs de la productivité des activités indépendantes non-
agricoles?
Contrastes de la prédiction linéaire
.6
Du point de vue des politiques, il est essentiel de comprendre les obstacles qui empêchent les membres des
.4
entreprises individuelles faiblement productives d’accroître leur productivité. À cette fin, il est nécessaire de mieux
comprendre les obstacles les plus contraignants ainsi que les failles du marché qui pourraient être abordées par des
.2
interventions publiques. Les sections précédentes ont mis en lumière les caractéristiques des exploitants ainsi que la
nature fortement hétérogène du secteur. La présente section décrit les obstacles qui freinent la productivité et les facteurs
0
qui la stimulent.
pour créer et exploiter des activités individuelles. Ces obstacles sont liés à la disponibilité de capitaux à l’entrée
Note: 1=Entreprise non ag; 2=Autre; 3=Commerce; 4=Agro-indus.; 5=Services prof.; 6=Bar & restaurant; 7=Ventes; 8=Transport
!
et pendant l’exploitation, à l’environnement des affaires dans lequel les micro-entrepreneurs (ou micro-entrepreneurs
potentiels) opèrent (ou prévoient d’opérer) et aux compétences commerciales et entrepreneuriales des exploitants. Une
analyse des données quantitatives et qualitatives révèle l’existence d’une hiérarchie claire des obstacles, selon l’ordre
suivant : obstacles liés au capital, obstacles liés à l’espace et l’environnement de travail, interactions avec les autorités et
compétences.
La Figure 4.16 illustre les obstacles les plus récurrents selon une enquête non représentative auprès de micro-entreprises
urbaines (principalement informelles) ayant manifesté leur intérêt pour accueillir des apprentis dans le cadre du Projet emploi
jeune et développement des compétences (PEJEDEC, voir Crépon et Premand, 2017). Le classement des obstacles est
globalement conforme à la hiérarchie précédemment décrite. Une très forte majorité de propriétaires de micro-entreprises
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 111
identifie le manque d’accès aux capitaux comme le principal obstacle à la création de leur entreprise (70 % signalent
rencontrer des obstacles liés aux capitaux). Autres obstacles courants : l’environnement des affaires, le manque de clients
ainsi que les relations difficiles avec les administrations locales. Comme indiqué précédemment, l’accès à un espace
de travail peut souvent s’avérer problématique et peu de micro-entreprises déploient leurs activités depuis des locaux
professionnels. Les propriétaires classent également l’accès aux terres parmi les cinq plus grands obstacles rencontrés.
Alors qu’une très grande partie des propriétaires n’a aucune instruction et que peu d’entre eux tiennent une comptabilité, le
manque de compétences ne figure pas en bonne place sur la liste des obstacles signalés.
Figure 4.16 : Principaux obstacles signalés dans les micro-entreprises non agricoles
(échantillon de micro-entreprises urbaines ayant manifesté leur désir d’accueillir des
apprentis dans le cadre du projet PEJEDEC)
Source : Enquête de référence pour l’évaluation de l’impact de l’apprentissage PEJEDEC, voir Crépon et
Premand, 2017.
Les obstacles liés au capital sont les plus contraignants pour les personnes travaillant dans le secteur.
Dans le cadre de l’enquête nationale sur l’emploi de février 2014 (ENSETE 2013), plus de la moitié des propriétaires
d’entreprises individuelles (52,7 %) ont cité le manque de capital comme un obstacle important au démarrage77. Les
données qualitatives fournissent des informations extrêmement cohérentes révélant que le manque d’accès à des
services financiers adaptés constitue un obstacle à l’entrée ainsi qu’à l’exploitation des entreprises individuelles,
notamment parce qu’il limite les fonds de roulement et les opportunités d’investissement à long terme. Les services
financiers étant très peu nombreux, voire inexistants, les micro-entrepreneurs (potentiels) du secteur doivent s’en
remettre à leur épargne personnelle ou à leurs réseaux familiaux et amicaux pour se financer.78 Cette situation est
conforme aux conclusions dressées précédemment dans d’autres pays d’Afrique (Filmer et coll., 2014).
L’absence d’environnement de travail sûr ou d’accès aux marchés représente une entrave à la productivité
du secteur. Les statistiques descriptives de l’enquête sur l’emploi (ENSETE 2013) indiquent que la plupart des
entreprises individuelles déploient leurs activités dans la rue (34,4 %), puis à domicile (26,4 %), sur la place du
marché (23,7 %), dans un bâtiment permanent (11,1 %), et enfin dans d’autres contextes (4,4 %). Parallèlement, les
estimations indiquent que les entrepreneurs travaillant au domicile affichent une productivité beaucoup plus basse.
Par exemple, au niveau national, les propriétaires travaillant dans un bâtiment fixe ou une place de marché sont,
respectivement, 57,2 % et 18,5 % plus productifs que ceux qui travaillent au domicile (Table A4.3, colonne 2). Ces
différences sont statistiquement très significatives.
Dans le cadre de l’enquête qualitative, de nombreux exploitants d’entreprises se plaignent également d’un
environnement des affaires peu propice et de relations problématiques avec les autorités locales. Les
77 Bien que le manque de capital soit cité comme un obstacle considérable à l’entrée, la productivité des personnes signalant cet
obstacle n’est pas plus faible en moyenne. Des estimations indiquent que les personnes ne rencontrant aucune difficulté à l’entrée
ne sont pas forcément plus productives que celles qui ne disposaient d’aucun accès à des capitaux à l’entrée. Cela s’explique
peut-être par le fait qu’elles ont dû intégrer un secteur moins intensif en capitaux en raison des obstacles rencontrés initialement
(Tableau A43, colonne 2).
78 « 1) J’avais déjà fait de petites économies … […] Et mon frère m’a soutenu avec 200 000 francs, sinon moi-même j’avais 90
000 francs seulement. 2) J’ai travaillé d’abord chez les autres, et puis petit à petit j’ai fait des économies afin de lancer ma propre
activité. 3) J’ai fait mes propres économies auprès d’un ami qui faisait le défrisage » (FGD HE Yopougon) (Bouaki, 2016).
112 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
propriétaires de micro-entreprises se plaignent de l’extorsion des autorités municipales.79 Bien que de nombreux exploitants
paient des impôts simplifiés aux municipalités dans lesquelles ils exercent leurs activités, ils avouent être souvent victimes
d’extorsion par les percepteurs des impôts ou contraints de payer des pots-de-vin. De nombreux propriétaires de micro-
entreprises estiment ne pas bénéficier de services à la hauteur des impôts acquittés. Il conviendrait de s’attaquer à ces
problèmes dans le cadre des stratégies visant à assurer un environnement plus propice aux micro-entreprises.
L’instruction formelle a des effets mitigés sur la productivité des entreprises individuelles. Dans l’enquête nationale
sur l’emploi, il semble initialement que l’instruction est corrélée à la productivité des entreprises individuelles. Cependant,
cet effet passe par d’autres facteurs intermédiaires, y compris le nombre d’années d’exploitation et le nombre d’heures
hebdomadaires travaillées. Par conséquent, si l’on tient compte des effets de ces facteurs, il ne reste pas d’effect significatif
du niveau d’instruction (Tableau A4.3, annexe 4). Une analyse multi-pays menée antérieurement suggérait également que
le rendement de l’instruction dans ce secteur était limité (voir Fox et Sohnesen, 2012), même si la majorité des propriétaires
d’entreprises individuelles n’avaient aucune instruction formelle. Le chapitre 6 de ce rapport montre également que les gains
de revenus liés à une instruction plus élevée sont plus faibles dans l’emploi indépendant non agricole que dans l’emploi
salarié. Néanmoins, les informateurs de l’enquête qualitative reconnaissent que l’instruction élémentaire peut contribuer à
mieux gérer une micro-entreprise grâce à l’acquisition de compétences Margesde base en avec
prévisionnelles numératie etprédiction
intervalle de littératie. 80
à 95%
10.7
Le nombre d’années d’exploitation est corrélé à une productivité plus élevée. Les entreprises formelles se différencient
des entreprises informelles par leur capacité à recruter une main-d’œuvre qualifiée ou à mettre à niveau les compétences de
10.6
leur main-d’œuvre lorsque cela s’avère nécessaire, tandis que les micro-entreprises ont peu de possibilités de modifier leur
Prédiction linéaire
capital humain. Comme indiqué précédemment, les propriétaires d’entreprises individuelles travaillent généralement seuls
10.5
et leur niveau d’instruction formelle est limité. Lors des discussions des groupes de consultation, les personnes interrogées
dans le cadre de l’enquête qualitative ont confié compenser l’insuffisance de leurs compétences par l’expérience acquise au
10.4
fil du temps (« apprentissage par la pratique »)81 (Figure 4.17). Les estimations de l’enquête nationale sur l’emploi permettent
également d’identifier un effet non linéaire positif et statistiquement significatif de l’âge sur la productivité des entreprises
10.3
individuelles (Figure 4.18). Les estimations de ce coefficient varient de 9,9 % à 11,1 % (Tableau 4A.3, colonne 1 et 2).
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Nombre d'années depuis la création
11
10.6
10.5
Prédiction linéaire
Prédiction linéaire
10.5
10
10.4
10.3
9.5
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 14 19 24 29 34 39 44 49 54 59 64
Nombre d'années depuis la création Âge du propriétaire
Source : ENSETE 2013 ; calculs des auteurs Source : ENSETE 2013 ; calculs des auteurs
nous parlent d’occupation du domaine public (ODP) […] » (FGD HE Abobo) (Bouaki, 2016).
Ou «1) Quels que soient les papiers que tu vas leur montrer, ils vont tout faire pour te soutirer un peu d’argent. 2) Il y a des
agents qui viennent la nuit encaisser avec de faux tickets quand je vends mes poulets, ils ne viennent jamais la journée quand je
commence à 16 heures » (FGD HE Yopougon) (Bouaki, 2016).
10.5
Prédiction linéaire
80 « Ce que tu as appris à l’école te permet de savoir où tu vas avec ton entreprise. Ça te permet d’avoir une base pour mener une
activité. » (FGD AE, Korhogo urbain). Ou « … les diplômés sont avantagés. 2) Nous, les analphabètes, notre situation nous fatigue
trop. Ceux qui sont allés à l’école ont facilement du travail. 3) Même dans les métiers, ceux qui sont allés à l’école sont avantagés.
Ils savent calculer. Ils ont des diplômes. 4) Parce qu’actuellement les nouvelles voitures qui viennent sont électroniques. Eux, ils
10
ont les ordinateurs, donc ils arrivent à s’en sortir. Si c’est au niveau des anciens moteurs, là je maîtrise. Mais les nouvelles voitures
électroniques, je ne connais pas. 5) Moi je suis couturière, je ne vois pas la différence. 6) Les produits de coiffure actuels, il y a des
prescriptions, si tu ne sais pas lire tu vas blesser les clients. » (FGD HE Bondoukou rural) (Bouaki, 2016)
81 « C’est l’ancienneté qui nous permet d’affronter la concurrence. […] » (KII HE Yopougon) (Bouaki, 2016).
9.5
14 19 24 29 34 39 44 49 54 59 64
Âge du propriétaire
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 113
Les compétences de base en affaires semblent également influer sur la productivité, y compris la capacité à
tenir une comptabilité, à remplir la documentation administrative nécessaire ou encore à développer des produits, les
diversifier et améliorer leur qualité. À cet égard, les estimations révèlent également que les entreprises individuelles
qui tiennent des registres comptables formels ou une forme de comptabilité simplifiée sont, respectivement, 14,4 % et
31,2 % plus productives que les entreprises individuelles sans comptabilité. Pour les entrepreneurs de petite échelle,
dénués de compétences en affaires adaptées et ayant peu d’opportunités de formation, ou aucune, il est difficile
de se développer, de se diversifier et d’élaborer des stratégies de commercialisation efficaces.82 Autrement dit, les
exploitants du secteur sont limités par leurs faibles compétences techniques en affaires (compétences managériales
et commerciales).
Les exploitants du secteur décrivent également des défis liés aux compétences comportementales. Les micro-
entrepreneurs exerçant des activités spécialisées, par exemple la coiffure, en milieu urbain peinent à trouver des
employés qualifiés et fiables, et ce, même lorsqu’ils sont disposés à fournir une formation en entreprise.83 De plus,
les informateurs des discussions qualitatives en groupe de consultation dans les communautés rurales font part des
difficultés qu’ils rencontrent pour garder les nouvelles recrues.
4.4 Vers un environnement des affaires plus propice aux activités indépendantes
Une analyse du secteur informel ne serait pas complète sans aborder la question des interactions entre
les exploitants d’activités indépendantes et les pouvoirs publics. La littérature existante, identifie certaines
défaillances des pouvoirs publics comme des facteurs clés de l’expansion de l’informalité, en particulier dans les
économies en développement. Dans ce contexte, l’informalité est perçue comme un choix rationnel délibéré après
comparaison des coûts et avantages relatifs des statuts formel et informel (voir Diop et Niang (2012) pour une liste
exhaustive d’autres références). En d’autres termes, le contexte institutionnel influence les décisions des opérateurs
d’entreprise formelle ou informelle. Lorsqu’elle aborde les défaillances des pouvoirs publics dans ce contexte, la
littérature décrit trois facteurs qui pèsent sur la décision des entreprises de devenir, ou rester, informelles : l’accès
aux services publics, l’environnement réglementaire et fiscal, et la mise en application des réglementations (Diop and
Niang, 2012). Cette section définit les rôles et stratégies institutionnels actuels du secteur, et les points d’entrée pour
instaurer un environnement des affaires plus propice aux activités indépendantes.
Les activités indépendantes ne sont pas explicitement ciblées par la stratégie nationale pour l’emploi. Comme
mentionné, les micro-entreprises individuelles représentent une source d’emploi essentielle, y compris pour les femmes et
les jeunes. Pourtant, les politiques prêtent une attention beaucoup plus approfondie aux petites et moyennes entreprises
(PME) formelles, qui ne représentent qu’une proportion beaucoup plus restreinte de la main-d’œuvre. Un examen de la
documentation récente, y compris des documents de politique, entrepris pour servir de toile de fond au présent chapitre,
révèle qu’il n’existe pas de stratégie nationale clairement définie pour les activités indépendantes ou le secteur informel.
De plus, les actions ciblant les entreprises informelles commencent souvent par la question suivante : comment
les « formaliser ».84 Dans cette optique, au cours des dernières années, la Côte d’Ivoire a considérablement réduit les
procédures de création d’une entreprise formelle, au point d’occuper dorénavant la 46e place sur 189 du classement
mondial des économies en fonction de la facilité à y faire des affaires (Doing Business, 2016). Aujourd’hui, la création
d’une entreprise formelle se fait en quatre étapes principales sur une durée maximale de sept jours ouvrables, via une
agence unique (Doing Business, 2016). Ces améliorations sont les bienvenues et comme nous le verrons au chapitre 5,
la part des petites entreprises informelles a augmenté au cours du temps. Toutefois, de nombreuses micro-entreprises
informelles ne sont toujours pas conscientes de ces changements. En fait, la plupart des informateurs des discussions
82 «…[s]ouvent à la télé, on attend parler de [agir pour les jeunes] à la radio. Mais, je n’ai jamais pris part. Ils s’intéressent plus
aux associations … » (KII AE Yopougon) (Bouaki, 2016).
83 « Ici, c’est difficile de trouver des gens de confiance. 2) C’est difficile de trouver des gens qui connaissent mais aussi de
confiance. On les prend et on les forme sur le tas. » (FGD HE Abobo) (Bouaki, 2016).
84 La loi relative aux PME contient un seul article sur le secteur informel : « Des mesures spécifiques destinées à favoriser la
migration du secteur informel vers le secteur moderne structuré sont mises en œuvre par l’État à travers le ministère en charge
de la Promotion des PME, qui en assure le suivi, selon des modalités définies par décret. » (Loi No 2014-140 du 24 mars 2014,
Article 24).
114 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
qualitatives semblent méconnaître les procédures simplifiées d’enregistrement dans le pays et plus encore les résidents
de villes secondaires. Cela est conforme aux expériences internationales, qui ont montré de manière robuste que les
efforts d’encouragement de la formalisation sont efficaces que pour une petite tranche d’entreprises.
La formalisation ne devrait pas être vue comme une fin en soi, d’autant que l’efficacité des politiques
d’incitation à la formalisation sur la productivité des entreprises, n’est pas prouvée. Globalement, comme
indiqué dans Bruhn et McKenzie (2013) et si l’on se fie aux études existantes(voir Encadré 4.4), les politiques de
formalisation ne se traduisent que par une augmentation modeste du nombre d’entreprises enregistrées. De plus, la
formalisation des micro-entreprises n’induit qu’une très faible contribution aux recettes fiscales. En outre, la plupart
des entreprises informelles semblent en tirer peu d’avantages. On peut donc débattre des raisons qui poussent les
services publics à formaliser les micro-entreprises. De plus en plus, les entreprises sont incitées à se formaliser
par le biais d’un ensemble d’incitatifs complémentaires visant à surmonter les obstacles à leur productivité. Dans
cette optique, la définition de politiques efficaces en faveur de la productivité devrait être privilégiée par rapport aux
tentatives de formaliser les entreprises.
Sur la formalisation et la performance du secteur informel, deux questions se posent habituellement (Benjamin et coll.,
2014) : (1) La réduction des procédures d’entrée (par exemple, la réduction du nombre de jours nécessaires pour
lancer une entreprise) se traduit-elle par une augmentation du nombre de nouvelles entreprises formelles et (2) Que
se passe-t-il lorsque ces entreprises deviennent formelles ? À titre d’exemple, la performance de ces entreprises est-
elle meilleure que celle des entreprises informelles ? Il est important de noter ici que, dans l’ensemble, la littérature sur
la formalisation et la performance du secteur informel en Afrique subsaharienne est peu fournie, la plupart des études
sur ce point étant conduites en Amérique latine et en Asie du Sud-Est (Benjamin et coll., 2014 ; Bruhn et McKenzie,
2013).
Bruhn et McKenzie (2013) synthétisent un certain nombre d’études sur les effets des réformes à l’entrée et des
politiques visant à promouvoir la formalisation des entreprises. Globalement, ils concluent que la majorité de ces
politiques se traduisent uniquement par une augmentation modeste, voire aucune, du nombre d’entreprises formelles.
Par exemple, au Mexique, Bruhn (2011) a analysé l’impact d’une réforme adoptée en 2002 visant à réduire le nombre
de 30,1 à 1,4 jour nécessaire pour démarrer une entreprise. L’auteur observe que cette réforme a permis une
augmentation du nombre d’entreprises enregistrées, mais de faible ampleur (5 %). De la même manière, Cárdenas
et Rozo (2009) concluent que l’instauration d’un guichet unique dans six grandes villes de Colombie s’est traduite par
une augmentation de 5 % des enregistrements d’entreprises. Au Pérou, Mullainathan et Schnabel (2010) observent
qu’une réforme de l’octroi de permis municipaux à Lima s’est traduite par une augmentation du nombre de permis
provisoires délivrés aux entreprises informelles, mais un grand nombre de ces dernières n’ont pas renouvelé leur
permis. Andrade, Bruhn et McKenzie (2013) concluent, dans une étude de cas à Belo Horizonte (Brésil), que les
campagnes d’information organisées suite à la simplification de la formalisation (exigences d’enregistrement) ont
incité très peu d’entreprises informelles à s’enregistrer et plus spécifiquement, uniquement lorsque celles-ci faisaient
l’objet d’une inspection municipale. Dans ce cas, la probabilité de formalisation se situait entre 21 et 27 points de
pourcentage. Des études conduites en Asie du Sud ont abouti à des conclusions semblables. Par exemple, au Sri
Lanka, de Mel, McKenzie et Woodruff (2013) ont observé que la diffusion d’informations et le remboursement des
coûts d’enregistrement des entreprises n’avaient aucun effet sur le taux de formalisation. Au Bangladesh, une étude
sur la distribution de brochures informatives à 1 500 entreprises informelles a révélé que ces informations n’avaient
aucun effet sur le taux de formalisation (de Giorgi et Rahman, 2013). Cependant, dans une étude de cas au Portugal,
Branstetter et coll. (2014) ont conclu que l’introduction d’un guichet unique, réduisant de 91 % le nombre de jours
requis pour enregistrer une entreprise, a entraîné une augmentation de 17 % du nombre de nouvelles entreprises
créées. Benhassine et coll. (2016) analysent l’effet d’introduire un statut d’entreprenant légal au Bénin, ainsi que la
combinaison d’un enregistrement gratuit avec des efforts d’augmenter les avantages de la formalisation (en créant
des liens avec des programmes de formation, l’appui à la création de comptes bancaires, et des services de médiation
sur les impôts). Les impacts totaux sur la formalisation sont limités, mais le paquet complet fournit l’impact le plus fort
sur la formalisation (16,3 points de pourcentage). Toutefois, Benhassine et al. (2016) montrent que la formalisation
n’offre que de faibles bénéfices aux entreprises, et que le coût d’un appui personnalisé est élevé, suggérant que ces
efforts intégrés de formalisation ne passeraient probablement pas une analyse coût-bénéfice.
Une deuxième série d’études se penche sur la performance des entreprises après leur formalisation. De nouvelles
données semblent indiquer que celle-ci peut contribuer à une augmentation de la performance, mais dans une
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 115
mesure relativement limitée (Benjamin et coll., 2014). Entre autres, Fajnzylber, Maloney et Montes-Rojas (2011)
évaluent l’impact de SIMPLES, un programme de formalisation au Brésil, concluant que la formalité stimule l’emploi,
augmente la probabilité de disposer d’un emplacement fixe et accroît les revenus et les bénéfices. En revanche,
en partant de la même base de données que Fajnzylber, Maloney et Montes-Rojas (2011), mais en adoptant une
stratégie d’identification différente, Monteiro et Assunção (2012) concluent que les impacts de ce programme sur la
formalisation sont limités.85 Au Vietnam, Rand et Torm (2012) ont observé que les entreprises devenues formelles entre
2007 et 2009 affichaient une augmentation de leurs bénéfices et de leurs investissements par rapport aux entreprises
similaires du secteur informel. En Bolivie, McKenzie et Sakho (2010) ont également conclu que les entreprises formelles
accroissent leurs recettes fiscales et observent une augmentation de leurs ventes. Campos, Goldstein et McKenzie
(2015) documentent des effets encourageants à court terme sur l’enregistrement des entreprises d’un programme au
Malawi, même si les effets sur l’immatriculation pour les impôts sont plus limités. L’appui à l’enregistrement à lui seul
n’a pas d’impact, mais la combinaison de l’appui à la formalisation et de sessions d’information sur les banques ont
un effet significatif sur la possession de comptes bancaires, les pratiques financières, l’épargne et l’usage d’autres
produits financiers.
85 Récemment, Piza (2016) a revu les deux études précédemment citées et conclu que les différences de résultats
s’expliquent par les dates utilisées par chaque étude pour identifier le début de la mise en place du programme. De plus,
une vérification de la robustesse des résultats indique que la saisonnalité du mois de novembre pourrait, entre autres,
85 soulever
Récemment,certains
Pizadoutes
(2016)sur la stratégie
a revu les deuxd’identification utilisée dans
études précédemment les et
citées deux études.
conclu que les différences de résultats s’expliquent
par les dates utilisées par chaque étude pour identifier le début de la mise en place du programme. De plus, une vérification de la
robustesse des résultats indique que la saisonnalité du mois de novembre pourrait, entre autres, soulever certains doutes sur la
stratégie d’identification utilisée dans les deux études.
116 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
La gouvernance du secteur des activités indépendantes souffre d’un manque de clarté sur les rôles
institutionnels et la coordination interministérielle. Afin de mettre en place un environnement plus propice aux
entreprises individuelles en Côte d’Ivoire, il convient de préciser les rôles et responsabilités vis-à-vis du secteur. La
Figure 4.19 illustre les défis de coordination entre les différents ministères et organes publics. En général, chaque
ministère dispose de mandats particuliers (de jure). Cependant, en ce qui concerne le secteur informel, plusieurs
ministères ont un objectif semblable et étroit, à savoir la formalisation du secteur. En parallèle, certains efforts sont
déployés pour créer des registres des personnes travaillant dans le secteur informel. Par exemple, le ministère du
Commerce envisage de créer un registre national des commerçants du secteur informel (Carte du commerçant), et
le ministère de l’Artisanat et de la Promotion des petites et moyennes entreprises un registre national des maîtres
artisans (Carte de l’artisan/entrepreneur).
Alors que les organes gouvernementaux portent leur attention sur la création de registres pour mieux
réglementer ou taxer le secteur, la fourniture des services nécessaires pour surmonter les obstacles à la
productivité bénéficie d’une attention relativement moins prononcée. Lorsqu’on leur pose la question, de
nombreux informateurs des discussions qualitatives confient ne pas savoir vers quelles autorités se tourner pour
exprimer des besoins ou préoccupations, obtenir des informations ou rechercher des possibilités d’appui (Bouaki,
2016). Ainsi, l’un des aspects cruciaux de l’instauration d’un environnement des affaires plus propice impliquerait une
plus forte redevabilité dans la prestation de services publics au secteur informel. Cela est d’autant plus important que
la formalisation, comme indiqué précédemment, ne peut être envisagée comme une fin en soi.
4.4.2 Contours d’une stratégie pour renforcer la productivité des activités indépendantes non agricoles
La section précédente a mis en lumière les principales difficultés rencontrées par les exploitants d’entreprises
individuelles à l’entrée et pendant l’exploitation. Ces obstacles concernent l’absence ou l’inadéquation des marchés
des capitaux, des espaces de travail ou des compétences et en tant que tels, ils créent une marge d’intervention
publique pour mieux soutenir les exploitants des entreprises individuelles. Comme l’ont remarqué Benjamin et coll.
(2014), les politiques recommandées pour l’appui au secteur informel en général dépendent à la fois de la nature
des entreprises informelles et des causes et conséquences de l’informalité. Quelques points d’entrée politiques
susceptibles d’améliorer et de renforcer l’environnement opérationnel des entreprises individuelles dans le pays sont
décrits ci-dessous.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 117
Les stratégies pourraient viser à surmonter les obstacles systématiques, aux niveaux institutionnel et
individuel, à l’instauration d’un environnement des affaires plus propice. Une approche en trois étapes pourrait
être envisagée en vue d’instaurer un environnement des affaires plus propice aux activités indépendantes non
agricoles : (i) formuler une stratégie permettant aux exploitants d’entreprises individuelles de faire entendre leur voix
et garantissant la redevabilité des organes publics chargés du secteur ; (ii) entreprendre des interventions spécifiques
pour atténuer les obstacles rencontrés par les opérateurs du secteur faisant face à des failles de marché ; et (iii)
mettre en place un filet social pour ceux qui ne seront peut-être pas en mesure de se développer ou d’accroître leur
productivité.
Sur le plan des politiques, il est indispensable de formuler une stratégie, permettant aux exploitants d’activités
indépendantes de faire entendre véritablement leur voix et favorisant la coordination et la redevabilité
institutionnelles des organes publics chargés du secteur. Sur le plan stratégique, la stratégie nationale globale de
l’emploi devrait couvrir explicitement le secteur des activités indépendantes, notamment pour définir des approches
plus larges que les tentatives de formalisation ou de régulation de ce secteur. Dans le cadre de ce processus, il
pourrait s’avérer utile de mettre en place un mécanisme permettant aux opérateurs d’exprimer leurs idées et leurs
préoccupations. En outre, cette stratégie serait probablement plus efficace si elle adoptait une approche différenciée
pour les secteurs urbain et rural et mettait l’accent sur l’inclusion des femmes et des jeunes. Sur le plan institutionnel, il
s’agira de combler les lacunes de coordination afin d’améliorer l’efficacité de la prestation de services aux exploitants
d’entreprises individuelles, y compris en clarifiant les rôles et responsabilités des diverses agences gouvernementales,
tant au niveau national que local. Des mécanismes permettant de réduire la corruption ou l’extorsion par certains
agents publics contribueraient à répondre aux préoccupations des exploitants et à garantir une meilleure redevabilité.
Les mesures prises à cette fin pourraient inclure une meilleure définition des droits et obligations ou la création de
mécanismes de signalement des griefs.
Au niveau programmatique, des interventions spécifiques peuvent être entreprises pour atténuer les obstacles
rencontrés par les exploitants individuels confrontés à des failles de marché. Cho, Robalino et Watson (2014)
analysent les données relatives à l’efficacité et la conception des programmes visant à surmonter une série d’obstacles
à l’emploi indépendant. Ils mettent en lumière les résultats mitigés sur l’efficacité de ces interventions. Il est possible
de s’appuyer sur les données internationales pour identifier les interventions les plus prometteuses pour lever les
obstacles les plus courants en Côte d’Ivoire. Au vu de la multiplicité des entraves à la productivité dans le secteur, les
interventions intégrées couvrant plusieurs moteurs de la productivité semblent plus prometteuses que les interventions
fragmentées. Les actions pourraient donc être définies directement en fonction de la hiérarchie des obstacles à lever,
identifiée à partir des données qualitatives et quantitatives, notamment celles mentionnées ci-dessus.
L’identification d’instruments rentables pour faciliter l’accès aux capitaux est un objectif prioritaire, comme
l’indiquent des données qualitatives et quantitatives. Des programmes ont prouvé leur capacité à atténuer les
obstacles d’accès au financement et à stimuler la productivité des travailleurs indépendants. Comme Blattman, Fiala
et Martinez (2014) ont démontré en Ouganda que l’octroi de subventions en espèces à des groupes de jeunes peut
être un outil efficace. Cependant, le passage à l’échelle de cette approche pourrait soulever quelques préoccupations
et il serait utile de considérer d’autres instruments financiers adéquats pour les personnes les plus vulnérables.
Parallèlement, les données internationales relatives à l’efficacité des programmes de microfinance sont beaucoup
plus mitigées (voir Banerjee, Karlan, et Zinman (2015) pour un résumé de récentes études). Il en ressort qu’il n’est
pas si simple de trouver l’instrument adéquat pour résoudre ces problèmes d’accès au financement, qui sont pourtant
si contraignants. Le projet PRISE86 teste actuellement un éventail d’instruments dans l’ouest de la Côte d’Ivoire (en
particulier : subventions en espèces, semi-crédit, groupe d’épargne rotative, etc.). Les résultats de son évaluation
d’impact apporteront des informations particulièrement utiles pour identifier l’instrument financier le plus efficace pour
réduire les obstacles liés à l’accès au financement rencontrés par les personnes occupant un emploi informel en Côte
d’Ivoire.
L’accès à des lieux de travail adaptés et aux marchés est également crucial. Cela impliquerait au minimum
de garantir un espace de travail sûr et adapté aux exploitants d’activités indépendantes, souvent contraints de se
réinstaller, ce qui perturbe leur activité. L’expansion des marchés et la modernisation de leur infrastructure pourraient
s’avérer utiles à cet égard, de même qu’une prise en compte véritable du secteur des activités indépendantes dans
l’aménagement urbain et les politiques urbaines. Pour les entrepreneurs ruraux, la facilitation de l’accès aux marchés
pourrait également se faire à travers l’appui aux chaînes de valeur, y compris par un meilleur accès aux équipements
et aux intrants ou par de plus grandes possibilités de vendre leurs produits. Enfin, l’établissement de micro-franchises
pourrait également être envisagé.
En ce qui concerne les compétences, les possibilités directes d’intervention sont probablement plus
limitées. Il n’est pas clair que les compétences constituent véritablement un obstacle contraignant, les expériences
internationales sur les interventions centrées sur la formation sont relativement mitigées. Comme abordé dans le
chapitre 6, un grand nombre de jeunes se forment dans l’apprentissage traditionnel privé des microentreprises, ce
qui constitue aussi une voie d’accès pour que les jeunes s’insèrent ensuite eux-mêmes dans leur propre activité. Les
formateurs et maitres d’apprentissage existants pourraient ainsi être incités et revitalisés pour améliorer la qualité
des formations existantes. De plus, il pourrait être envisagé de donner accès à des formations aux compétences
en affaires ou à des possibilités de remise à niveau des compétences. Les programmes de formation qui renforcent
simultanément un ensemble de compétences (au lieu de porter exclusivement sur certaines compétences techniques)
ont donné des résultats prometteurs, plus particulièrement chez les femmes lorsque des formations aux compétences
comportementales sont associées à des formations aux compétences en affaires ou techniques.
Combiner les interventions de protection sociale avec des actions d’appui aux moyens d’existence abordant
de multiples contraintes peut promouvoir l’inclusion productive des populations les plus pauvres. Les
programmes de filets sociaux ciblent généralement les populations les plus démunies, y compris les individus occupés
dans des activités indépendantes à faible productivité. La mise en place de filets sociaux peut faciliter l’épargne,
encourager la prise de risque et, plus globalement, stimuler la demande. Il faudra veiller ici à ne pas exclure les
personnes des interventions productives en se basant sur des critères ad hoc. En effet, des études ont montré que les
personnes rencontrant le plus d’obstacles peuvent tirer de grands avantages des interventions productives axées sur
les obstacles liés à l’accès au financement ou aux compétences. Cela est particulièrement le cas pour des programmes
multi-dimensionnels de « graduation » qui ciblent les individus pauvres et fournissent une combinaison de transferts
monétaires, d’actifs productifs (en espèce ou en bétail), de formations, avec des visites d’accompagnement régulières
et une facilitation de l’accès à l’épargne. Une évaluation de cette approche dans 6 pays dans le monde a montré de
forts impacts sur les revenus, la consommation, la sécurité alimentaire et les actifs (Banerjee et coll., 2015). Des
efforts d’expansion et de passage à l’échelle de cette approche sont en cours dans un ensemble de pays et pourrait
aussi être considéré en Côte d’Ivoire.
Enfin, au vu de l’hétérogénéité du secteur, un système de protection sociale et de filets sociaux serait toujours
nécessaire pour les personnes qui peinent à se développer ou à accroître leur productivité. Comme un nombre
élevé de personnes occupent un emploi indépendant et que la productivité du secteur est fortement variable, une
partie de ces personnes pourrait ne pas être en mesure de saisir les opportunités d’accroître considérablement ses
revenus. Un filet social pourrait alors s’avérer nécessaire pour garantir à ces personnes un niveau minimum de bien-
être et une protection contre la pauvreté extrême.
4.4.3 Conclusion
Les activités indépendantes non-agricoles informelles en Côte d’Ivoire sont diverses et variées et un grand
nombre de personnes choisit de travailler dans ce secteur. D’un point de vue juridique, l’informalité implique que
l’établissement (unité d’opération) ou l’employé n’est pas enregistré. Comme dans de nombreux pays de la région,
le propriétaire « type » d’une micro-entreprise non agricole est une jeune femme sans instruction formelle. La
majorité des entreprises individuelles non agricoles opèrent dans le secteur des services de petite échelle. Malgré leur
informalité, ces entreprises s’avèrent durables. De plus, contrairement aux idées reçues, de nombreuses personnes
sont attirées par l’emploi indépendant, notamment en raison de son potentiel de revenus. Pour les ménages ruraux,
les activités non agricoles représentent une source de diversification de leurs revenus pour atténuer les risques liés
aux récoltes ou les variations saisonnières et un moyen de sortir de la pauvreté. Toutefois, comme le chapitre 3 l’a
évoqué, la diversification hors des exploitations agricoles reste limitée dans les zones rurales en Côte d’Ivoire et il
reste de la marge pour la faciliter.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 119
Les fortes variations de la productivité dans les activités indépendantes non agricoles contribuent également
à l’hétérogénéité du secteur. Les personnes rencontrent de nombreux obstacles dans la création et l’exploitation de
leur entreprise individuelle. L’obstacle le plus contraignant demeure l’accès au financement de démarrage, suivi par
l’absence d’environnement de travail sûr et l’accès au marché. Les exploitants sont également confrontés à un autre
obstacle important : l’extorsion par certains pouvoirs publics, en particulier les percepteurs municipaux, alors qu’ils
bénéficient de services limités en échange de leurs impôts. Enfin, bien que le rendement direct de l’éducation ne soit
pas directement observé, les exploitants apprennent souvent « par la pratique » en accumulant de l’expérience en
entreprise. Les compétences limitées en affaires influencent également la productivité.
Sur le plan institutionnel, les activités indépendantes ne sont pas pleinement considérées dans la stratégie
nationale pour l’emploi. Les actions des pouvoirs publics ciblent principalement les petites et moyennes entreprises
du secteur formel. Quant aux actions existantes en direction des micro-entreprises informelles, elles s’assimilent
surtout à des tentatives de les « formaliser ». La gouvernance du secteur souffre aussi d’un manque de clarté sur les
rôles institutionnels et la coordination interministérielle. Certains organes publics ont mis en place des initiatives visant
à créer des registres pour mieux réglementer ou taxer le secteur, mais la fourniture des services nécessaires pour
surmonter les obstacles à la productivité bénéficie d’une attention relativement moins prononcée.
Les stratégies devraient viser à surmonter les obstacles systématiques, aux niveaux institutionnel et
individuel, à l’instauration d’un environnement des affaires plus propice. À cette fin, une approche en trois
étapes est recommandée : (i) formuler une stratégie permettant aux opérateurs d’entreprises individuelles de faire
entendre leur voix et garantissant la redevabilité des organes publics chargés du secteur ; (ii) entreprendre des
interventions spécifiques pour atténuer les obstacles rencontrés par les exploitants individuels du secteur confrontés
à des failles de marché ; et (iii) mettre en place un filet social pour ceux qui ne seront peut-être pas en mesure de se
développer ou d’accroître leur productivité. S’il est mieux intégré à la stratégie nationale pour l’emploi, le secteur peut
offrir à de nombreuses personnes un moyen de sortir de la pauvreté, en particulier les jeunes et les femmes. Ainsi, il
est totalement pertinent dans la perspective d’offrir des emplois de meilleure qualité et plus inclusifs en Côte d’Ivoire.
120 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
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Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 123
ANNEXE 4
Tableau A4.1 : Activités indépendantes les plus fréquentes dans l’enquête sur l’emploi de 2014
(ENSETE 2013)
Encadré A4.1 : Méthodologie pour l'analyse de la productivité dans les entreprises individuelles
Ce chapitre analyse les déterminants de la productivité des entreprises individuelles à partir des données
transversales de l'enquête nationale sur l'emploi de 2014 (ENSETE 2013). Nous tentons de prendre en compte
les biais de sélection possibles et utilisons pour ce faire un modèle de sélection de Heckmann à deux étapes.
Formellement, nous estimons (Hill et coll. 2008),
L'équation de sélection est exprimée à partir d’une variable latente (correspondant ici au niveau de
productivité) qui dépend des variables explicatives . n’est pas une variable observable, mais la variable
binaire l’est.
Nous commençons par estimer un modèle Probit de sélection pour l’emploi indépendant non agricole et utilisons
les résultats pour estimer l’inverse du ratio de Mills (IMR) qui est égal à . Une fois que est
connu, nous faisons une MCO avec l’IMR estimé, , afin de corriger les biais de sélection, ce
qui nous donne l'équation d'estimation
avec la variable dépendante (ici le log de la productivité) et , un vecteur comprenant des caractéristiques
liées à l’individu, à l’entreprise individuelle et à la géographie.
Lors de la première étape (équation (1)), les variables explicatives incluent les caractéristiques individuelles du
chef de famille (âge, sexe et éducation), des indicatrices pour chaque région et le nombre d'enfants du ménage.
Suivant Nagler et Naude (2014), nous partons de l'hypothèse que le nombre d'enfants d’un ménage influe,
dans le cas de l’emploi indépendant non agricole, sur la sélection des ménages réalisée lors la première étape,
sans pour autant affecter la productivité estimée lors de la seconde étape. Lors de la deuxième étape (équation
(2)), les caractéristiques individuelles du propriétaire et les variables indicatrices pour chaque région (les
mêmes qu’à l'étape de sélection), ainsi que les caractéristiques des entreprises individuelles (type d'activité,
emplacement de l'exploitation, etc.), sont incluses.
Finalement, bien que les résultats obtenus doivent être interprétés avec prudence et non pas comme des effets
d’ordre causal, ils sont utiles pour analyser les déterminants de la productivité des entreprises individuelles en
fonction des données disponibles.
Source: Auteurs
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 125
Tableau 4A.2 : Estimation d’un modèle probit de sélection dans l’emploi indépendant
Spécification I Spécification II
Tous Urbain Rural Tous Urbain Rural
(1) (2) (3) (4) (5) (6)
Homme -0.470*** -0.427*** -0.570*** -0.483*** -0.436*** -0.573***
(0.031) (0.038) (0.053) (0.033) (0.041) (0.057)
Âge 0.059*** 0.072*** 0.034*** 0.058*** 0.072*** 0.034***
(0.005) (0.007) (0.008) (0.005) (0.007) (0.008)
Âge2/100 -0.071*** -0.084*** -0.049*** -0.070*** -0.083*** -0.048***
(0.006) (0.008) (0.009) (0.006) (0.008) (0.009)
Années de scolarité 0.055*** 0.053*** 0.045** 0.055*** 0.054*** 0.045**
(0.011) (0.012) (0.020) (0.011) (0.012) (0.020)
Années de scolarité2/100 -0.580*** -0.569*** -0.440*** -0.580*** -0.569*** -0.440***
(0.069) (0.079) (0.147) (0.069) (0.079) (0.147)
Lit et écrit en français -0.200*** -0.289*** -0.041 -0.201*** -0.289*** -0.041
(0.042) (0.050) (0.076) (0.042) (0.050) (0.076)
Nombre d’enfants dans le ménage 0.027*** 0.041*** 0.014 0.025*** 0.039*** 0.013
(0.008) (0.011) (0.012) (0.008) (0.011) (0.012)
Marié 0.036 0.025 0.007
(0.032) (0.041) (0.054)
Constante -1.142*** -1.443*** -1.148*** -1.128*** -1.430*** -1.147***
(0.129) (0.157) (0.195) (0.129) (0.158) (0.195)
Observations 11,221 6,335 4,886 11,221 6,335 4,886
Pseudo R2 0.081 0.074 0.049 0.081 0.074 0.049
Probabilité log -6029 -3733 -2267 -6029 -3733 -2267
Indicatrices régions Yes Yes Yes Yes Yes Yes
Note : Les écart-types sont entre parenthèses ; *** p<0.01, ** p<0.05, * p<0.1
Source : ENSETE2013, Estimations des auteurs
126 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Tableau 4A.3 : Estimations des MCO pour les déterminants de la productivité des entreprises familiales
(Variable dépendante : ln(productivité), les résultats sont issus de la deuxième étape d'un modèle de
sélection de Heckman)
Tableau 4A.3 : Estimations des MCO pour les déterminants de la productivité des entreprises familiales
(Variable dépendante : ln(productivité), les résultats sont issus de la deuxième étape d'un modèle de
sélection de Heckman)
5.1 Introduction
Au vu de la qualité supérieure des emplois dans le secteur formel moderne, l’expansion de ce secteur est
une condition clé de la création d’emplois en plus grand nombre et de meilleure qualité. Comme le démontre
l’analyse du chapitre 1, le premier défi de l’emploi en Côte d’Ivoire émane de la concentration de l’emploi dans les
activités informelles et peu productives. Une analyse du profil de l’emploi met en évidence la très faible part de l’emploi
salarié dans l’emploi total. En particulier, moins de 4 % de l’emploi total concernent l’emploi salarié dans le secteur
privé formel. Dans un tel contexte, il est essentiel de mieux comprendre les dynamiques de l’emploi des entreprises
formelles, ainsi que les obstacles à la création d’emplois formels. Cela semble d’autant plus pertinent que le secteur
formel représente une part importante de la valeur ajoutée globale dans l’économie.
L’économie de la Côte d’Ivoire se caractérise par un secteur manufacturier relativement bien développé et
diversifié pour l’Afrique subsaharienne, mais les dix années de crise ont entamé sa compétitivité et le climat
général d’investissement87. Alors que la Côte d’Ivoire connaît un déclin économique prolongé depuis les années
1990, le conflit de 2002-2004 a laissé le pays divisé, avec de lourdes répercussions sur l’économie, le capital humain,
la gouvernance et la cohésion sociale. La croissance de la productivité totale des facteurs (PTF) a encore ralenti,
passant de -0,5 % en 1990-2000 à -1,2 % en 2000-2010 (Banque mondiale, 2015a). Depuis 2000, le climat incertain
des affaires n’a pas favorisé l’émergence et la survie des entreprises. Le pays a notamment assisté au départ d’une
proportion significative d’entreprises étrangères pendant cette période (Klapper et coll. 2013).
Pendant que la Côte d’Ivoire se remet du conflit et se tourne vers l’émergence, elle pourrait tirer parti des
dividendes de la paix et s’attaquer aux obstacles qui freinent sa compétitivité et la croissance de son secteur
privé. Les données de l’Enquête de la Banque mondiale sur les entreprises (WBES - World Bank Enterprise Survey)
et de l’Enquête auprès des cadres supérieurs du Forum économique mondial (FEM) plaçaient le gouvernement et
la stabilité politique en tête des principaux obstacles aux affaires en 2009 (Figure 5.1a). Toutefois, la formation d’un
nouveau gouvernement en mai 2011 a nettement amélioré la situation sécuritaire dans tout le pays. La note de
l’Évaluation de la politique et des institutions nationales (CPIA) de la Côte d’Ivoire est subitement remontée, passant
de 2,7 en 2011 à 3,3 en 2014 - il s’agit de la progression la plus rapide de toute la région et de l’une des plus fortes
hausses jamais enregistrées au niveau mondial (Banque mondiale 2015a). Cette amélioration se reflète dans le
dernier classement du FEM, où les entreprises ne considèrent plus l’instabilité comme un obstacle majeur (Figure
5.1b).
L’appartenance du pays à une union monétaire a contribué à stabiliser le contexte macroéconomique et à maintenir un
faible taux d’inflation. Cependant, elle a aussi rendu impossible l’utilisation de la dévaluation du taux de change comme
instrument commercial - un inconvénient pour une économie fondée sur les produits de base (Banque mondiale 2010).
La Côte d’Ivoire devra s’appuyer sur d’autres outils politiques, y compris ceux affectant le climat général des affaires,
et d’autres politiques verticales au niveau des entreprises ou des secteurs. Les données de la WBES comme celles
du FEM suggèrent que les difficultés d’accès aux financements et aux infrastructures constituent l’un des principaux
obstacles aux activités des entreprises. Au-delà de cette tendance générale, on observe une grande diversité entre
les entreprises, avec certaines grandes et petites entreprises en proie à des contraintes financières plus lourdes. En
exploitant les données de la Centrale de Bilans de 2010 et d’autres indices qualitatifs, une étude sur la compétitivité
du secteur manufacturier (Banque mondiale 2015a) démontre que les principaux obstacles de l’industrie sont liés à
i) l’infrastructure des transports et la logistique, ii) l’accès aux ressources foncières, iii) l’électricité et iv) le coût élevé
de la main d’œuvre, ainsi qu’à la qualité inégale et au faible niveau de qualification des travailleurs.
87 Le secteur manufacturier représente près de 16,6 % du PIB pour la période 2006-2014 (Banque mondiale 2015b).
130 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Figure 5.1a : Part des entreprises considérant un obstacle comme majeur/sévère, 2009
2015-2016
2015-2016 2008-2009
2008-2009
Source : FEM - Rapport sur la compétitivité et Enquête auprès des cadres supérieurs,
2008-2009 et 2015-2016
Le présent chapitre examine les tendances passées et évalue les perspectives de création d’emplois formels
en s’appuyant sur la Centrale de Bilans (CdB), une base de données sur les entreprises ivoiriennes de tous les
secteurs enregistrées pour la période 2003-2012. Concrètement, il s’agit d’approfondir les analyses précédentes
en observant les entreprises du secteur manufacturier et d’autres secteurs sur la décennie 2003-2012. Cette étude à
long terme nous permet de suivre ces entreprises, de la période de conflit de 2003-2006 à la formation d’un nouveau
gouvernement en 2011, en passant par la phase de redressement suite à l’Accord de Ouagadougou en 2007 et la crise
postélectorale de 2010-2011. Cette base de données contient des informations sur le type de propriété, la localisation,
la répartition des emplois par niveau de qualification, la situation financière, les importations et exportations d’intrants
et les ventes de l’entreprise. Le cas échéant, les données de la CdB sont complétées avec les données d’autres pays
émanant de l’Enquête de la Banque mondiale sur les entreprises (WBES).
Le présent chapitre est organisé de la manière suivante. La section 2 fournit une vue d’ensemble du secteur
formel. La section 3 décrit les dynamiques d’entreprise et de création d’emploi pour identifier les entreprises qui créent
de l’emploi et pour déterminer si le niveau de réallocation des emplois révèle un marché du travail souple ou plutôt
un phénomène excessif de destruction des emplois et de rotation. La section 4 cherche à identifier les principaux
obstacles à la création d’emploi et examine les facteurs déterminants de la survie et de la disparition des entreprises
tandis que la section 5 décrit la productivité du travail et la croissance des entreprises en activité. La section 6 continue
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 131
avec l’étude des salaires, la qualité des emplois et le coût de la main d’œuvre. La section 7 propose une discussion et
une conclusion. D’autres résultats et tests de robustesse sont présentés dans l’annexe 5.
L’analyse principale du présent chapitre s’appuie sur les données anonymisées des entreprises du Registre
des sociétés pour les secteurs des entreprises modernes, collectées par l’Institut National des Statistiques
(INS). Le Registre des sociétés recueille diverses informations au moment de la création de l’entreprise, notamment la
localisation géographique, la classification sectorielle et les quotes-parts de tous les actionnaires. Une fois enregistrées,
les entreprises en activité sont soumises à l’obligation légale de transmettre à l’INS, à l’administration fiscale (Direction
générale des impôts - DGI), à la cour de justice et à la Banque centrale (Banque Centrale des États de l’Afrique
de l’Ouest - BCEAO) leur déclaration annuelle assortie d’informations détaillées sur leur situation financière et sur
l’emploi, notifiées selon les normes du Système comptable ouest-africain (SYSCOA)88. Les entreprises envoient leur
déclaration papier entre le mois de mars et le mois de juin - après la clôture de l’année fiscale en décembre - et leurs
données sont ensuite exploitées par l’INS89.
La base de données de panel disponible de la Centrale des Bilans (CdB) porte sur les années 2003-2012. Elle
couvre une partie de la période du conflit 2003-2006, le redressement qui a suivi l’Accord de Ouagadougou
de 2007, la crise postélectorale de 2010-2011 et la mise en place du nouveau gouvernement en 2011. Ces
données intègrent un numéro unique d’identification pour chaque entreprise, facilitant leur suivi dans le temps. Elles
englobent l’ensemble des entreprises enregistrées de tous les secteurs - agriculture, industries extractives, secteur
manufacturier, bâtiment et services. Un des avantages majeurs de cette base de données est qu’elle ne contient pas
de seuil de taille, ni pour les revenus ni pour l’effectif, y compris pour les entreprises individuelles (sans employés). Les
plus petites entreprises - situées sous un certain seuil de revenus - étant soumises à des régimes fiscaux différents,
elles doivent transmettre leur situation financière et leurs informations sur l’emploi via un document simplifié. Nous
disposons ainsi de données nous permettant d’obtenir une vision complète de l’économie formelle.
Encadré 5.1 - Régimes d'imposition et régimes de déclaration dans la Centrale des Bilans
Il existe quatre régimes d'imposition en Côte d'Ivoire : Réel normal et Réel simplifié (régimes réels) d'une part,
et la Taxe forfaitaire et l'Impôt synthétique (régimes forfaitaires) d'autre part, correspondant à des seuils de
revenus décroissants. En général, les entreprises soumises au système réel doivent remplir le questionnaire
complet du Système comptable normal. Les autres entreprises remplissent la version simplifiée, le Système
Comptable Allégé. Cependant, les données révèlent certaines incohérences entre le régime d'imposition et le
système de déclaration.
Pour plus de détails sur ces régimes d'imposition, veuillez consulter http://cotedivoire.eregulations.org/
menu/10?l=fr
Les tendances positives du nombre total d’entreprises et d’emplois paraissent cohérentes au regard de
la reprise économique qui a suivi l’accord de paix de 2007 (Figure 5.2 et 5.3). Depuis 2008, on observe une
augmentation importante et constante du nombre d’entreprises et du nombre d’emplois formels. En dix ans, le nombre
d’entreprises formelles a plus que triplé, passant de 3 458 en 2003 à 13 387 en 2012. De la même manière, l’emploi
88 Avant 2011, les entreprises devaient envoyer leurs informations à l'INS et à l'administration fiscale séparément. Depuis 2011,
les données sont recueillies via le « Guichet Unique de dépôt des états financiers» (GUDEF) et exploitées conjointement par l'INS
et la DGI. Du fait de la nature sensible des informations fiscales, on aurait pu craindre de voir les entreprises envoyer à l'INS de
fausses déclarations après 2010. Or une analyse préliminaire de la répartition des revenus déclarés par les entreprises suggère
qu'il n'en est rien. L'annexe 5 fournit plus d'information.
89 La Côte d'Ivoire prévoit de mettre en place une plateforme électronique dans l'objectif de réduire à la fois le délai de traitement
des données et le risque d'erreur de saisie.
132 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
formel total représente près de 300 000 emplois en 2012, soit une hausse de plus de 50 % par rapport à 2003-2007.
L’augmentation des emplois formels est particulièrement visible dans le secteur des services. Ces tendances sont
cohérentes avec la hausse des investissements réalisés par le secteur privé dans l’économie, dans un contexte de
confiance renforcée envers les perspectives du pays et de stabilisation. Les investissements privés se révèlent être
les premiers contributeurs à la croissance du PIB réel (de 3,6 %) et à la croissance de la PTF (de 0,4 %) sur la période
2011-2013 (Banque mondiale 2015a).
Note : Sur la Figure de gauche, le PIB réel est représenté sur l’axe de droite, qui ne débute pas à zéro.
L’augmentation du nombre d’entreprises semble être due à l’entrée de plus petites entreprises, comme le
confirme la réduction de la part des entreprises normales et étrangères. Cependant, si l’on regarde la répartition des
entreprises, la structure du secteur formel n’a pas fondamentalement changé. On relève une légère diminution du
nombre d’entreprises du secteur primaire, compensée par les entreprises manufacturières.
On remarque par ailleurs qu’après 2010, l’activité économique reprend dans les régions en dehors d’Abidjan.
Abidjan a toujours été le premier centre industriel de la Côte d’Ivoire et les autres pôles de croissance qui avaient
vu le jour dans le passé ont perdu beaucoup de leur importance lors du conflit de 2002-2004. Toutefois, bien que le
nombre d’entreprises ne cesse d’augmenter à Abidjan depuis 2007, leur part relative dans le nombre total d’entreprises
ivoiriennes a diminué entre 2003 et 2012, passant de 90 % à 80 % environ. Bouaké connaît une augmentation
substantielle du nombre d’entreprises enregistrées, avec une part huit fois plus importante en 2012 qu’en 2003. À San-
Pédro, la proportion d’entreprises en 2012 est légèrement supérieure à celle de 2003.
Une autre tendance visible est le retour rapide des investissements étrangers en 2011 et 2012. Suite aux années
de conflit, la part des entreprises étrangères - c’est-à-dire les entreprises dont la part déclarée des capitaux étrangers
est supérieure à 50 % - a brusquement diminué, passant de près de la moitié de la totalité des entreprises formelles
en 2003 à moins de 5 % en 2004. En 2011, cette proportion est remontée à près de 20 %, avec un nombre total
d’entreprises étrangères dépassant même le niveau de 2003 (2 449 entreprises contre 1 421). En 2003, les entreprises
étrangères étaient majoritairement françaises (48 %), puis russes (10 %) et libanaises (9 %). En 2012, la situation
a considérablement changé. Si les entreprises françaises sont toujours les plus nombreuses, leur part est réduite à
seulement 25 % des entreprises étrangères. Parallèlement, la part des entreprises libanaises est devenue quasiment
équivalente (23 %). Les autres pays africains (hors Afrique de l’Ouest francophone) représentent 8 % des entreprises
étrangères. Fait intéressant, il semble que l’augmentation du nombre d’entreprises libanaises vienne confirmer divers
éléments anecdotiques suggérant que les investisseurs libanais ont repris les secteurs délaissés par les Français après
le conflit.90
90 http://www.economist.com/news/special-report/21696789-why-some-diasporas-are-so-successful-settled-strangers
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 133
Figure 5.4 : Répartition des entreprises par régime d’imposition, type de propriété, secteur et région
Il convient ici de signaler une nuance importante, à savoir que certaines de ces tendances pourraient aussi
refléter l’amélioration dans le temps de la couverture des données. La brusque augmentation du nombre
d’entreprises en 2010, notamment correspond justement à la mise en place du nouveau guichet unique (le GUDEF),
destiné à améliorer la cohérence des données. Cependant, si nous ne disposons pas d’informations directes sur
l’évolution de la couverture des données, l’analyse des seules entreprises « Normales » - soit les entreprises plus
grandes, plus visibles et davantage exposées aux sanctions en cas de non-déclaration - révèle des tendances similaires
pour ce groupe d’entreprises. De même, l’augmentation du nombre d’entreprises étrangères en 2011-2012 ne peut
pas être un résultat simplement dû aux données puisque ces entreprises sont probablement celles qui respectent le
plus les obligations de déclaration. Ce résultat suggère qu’il est peu probable que les évolutions décrites ci-dessus
proviennent seulement de différences dans les déclarations de données.
En Côte d’Ivoire, les entreprises formelles sont extrêmement hétérogènes. La répartition des entreprises est
inégale, tant au niveau des emplois que des performances (voir le Tableau A5.4 en annexe 5). La taille moyenne en
termes d’effectif (37 employés) est largement supérieure à la taille médiane (5 employés) et même au 75e percentile (13
employés). On retrouve le même écart important dans les ventes ou dans les autres caractéristiques des entreprises.
Parmi les entreprises déclarantes, très peu sont exportatrices (7,5 %) ou importatrices (13,9 %). Toutes les entreprises
n’ont pas déclaré d’achat de matières premières ou d’intrants intermédiaires pour une année donnée. Moins de 75 %
des entreprises ont déclaré avoir investi dans leur capital physique et elles sont encore moins nombreuses à avoir
investi dans leur capital incorporel (investissements en R&D, licences, etc.).
134 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Les entreprises sont plus grandes dans le secteur manufacturier que dans le secteur des services, portées
par la présence de plus grandes entreprises au sommet de la distribution. Les petites entreprises sont
nombreuses dans les deux secteurs, avec un effectif médian de seulement 4 employés dans les services et 5 dans le
secteur manufacturier. Cependant, les grandes entreprises manufacturières sont bien plus grandes que les grandes
entreprises de services. Les 75e et 95e percentiles du secteur manufacturier sont respectivement deux et quatre fois
supérieurs à ceux du secteur des services. Ainsi, l’entreprise manufacturière moyenne emploie plus de 63 employés,
soit presque le triple de l’entreprise de services avec ses 23 employés.
À un niveau plus global, les secteurs sont aussi très hétérogènes, avec des effectifs et des performances
dominés par l’agro-industrie (Figure 5.5). Plus de la moitié de l’emploi formel total se concentre dans seulement
quatre secteurs (CITI 01, 15, 74, 52). Parmi ces secteurs, la fabrication de produits alimentaires (CITI 15) ressort
comme le premier contributeur à la valeur ajoutée et le second contributeur à l’emploi. Même sans compter les
services connexes, l’agro-industrie - incluant l’agriculture (CITI 01) et la fabrication de produits alimentaires (CITI
15) - représente à elle seule plus de 30 % de l’emploi total et plus de 20 % de la valeur ajoutée totale des entreprises
formelles. À l’inverse, le secteur de l’extraction de pétrole et de gaz (CITI 11) par exemple, même s’il représente
plus de 10 % de la production globale, n’emploie qu’une part négligeable des travailleurs. Étant donné le poids
considérable de l’agro-industrie dans l’emploi, les politiques, en faveur de la création d’emploi, devront continuer à
accorder une attention particulière à ce secteur.
Figure 5.5 : Contribution sectorielle à l’emploi formel total et à la valeur ajoutée totale
Depuis 2007, le taux d’entrée n’a cessé d’augmenter, à l’exception d’un épisode de recul en 2010 et 2011. En
2012, le taux d’entrée a atteint le niveau record de 25 %, correspondant à la période de redressement qui a suivi la
crise postélectorale de 2010-2011. Nous considérons les sorties d’entreprises comme des sorties définitives de la
base de données. Par conséquent, le taux de sortie déclaré ici est potentiellement supérieur au taux de sortie réel. La
tendance sur la durée révèle toutefois une baisse générale du taux de sortie, à part en 200991.
91 Voir l’annexe 5 pour une discussion sur l'attrition des données et les éventuelles distorsions dans la mesure des sorties des
entreprises.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 135
La démographie des entreprises présentée par le Figure 5.5 illustre un profil d’entrée et de sortie très
dynamique par rapport aux autres pays ayant des données disponibles. Les résultats de Bartelsman et coll.
(2009), Hallward-Driemeier et Rjikers (2013) et Shiferaw (2009) pour les pays développés et en développement
montrent que pratiquement tous les pays ont un taux d’entrée supérieur au taux de sortie92. À l’exception de la
Hongrie, l’écart entre le taux d’entrée et de sortie est minime, ne dépassant pas les cinq points de pourcentage. Dans
la plupart des pays, le taux de sortie est inférieur à 10 %. La Lettonie est le seul pays à afficher un profil d’entrée et de
sortie similaire à celui de la Côte d’Ivoire. Ceci dit, les taux d’entrée (12 %) et de sortie (16 %) de la Lettonie restent
nettement en deçà des moyennes ivoiriennes, qui sont respectivement de 15 % et 23 % (pour 2003-2012). L’instabilité
du climat des affaires en Côte d’Ivoire s’explique probablement par les périodes de conflit et l’entrée et la sortie des
entreprises du secteur formel.
Figure 5.6 : Taux d’entrée et de sortie, Figure 5.7 : Taux d’entrée et de sortie,
Côte d’Ivoire comparaison internationale !
!
!
!
Note : Données CdB pour la Côte d’Ivoire. Les données de l’Indonésie et de l’Éthiopie proviennent de Hallward-Driemeier et Rjikers
(2013) et Shiferaw (2009). Les données des autres pays proviennent
! de Bartelsman et coll. (2009).
!
! !
Dans tous les secteurs, la taille des entreprises entrantes a diminué dans le temps. La taille médiane des
entreprises à leur entrée est passée de quatre employés en 2003 à seulement deux après 2007. Même si l’on ignore
la période de conflit de 2003-2006, la taille moyenne des entreprises entrantes ne cesse de diminuer depuis 2007.
Bien que cela ne soit pas montré ici, ce constat vaut pour l’ensemble des entreprises, dans le secteur manufacturier et
celui des services. Il est intéressant de noter que la taille à l’entrée dans la CdB correspond assez bien aux données
du WBES 2009 (Figure 5.8 et Figure 5.9). En comparant avec d’autres pays similaires de la région et hors région, on
constate que les entreprises ivoiriennes sont plus petites à l’entrée, ce qui peut laisser à penser que les obstacles à
l’entrée sont moins importants en Côte d’Ivoire.
L’augmentation du taux d’entrée et la diminution de la taille des entreprises à l’entrée suggèrent une réduction
des obstacles à l’entrée et à la formalisation des entreprises, probablement induits par la stabilisation de la
situation politique et économique.
!
!
!
!
92 C'est le cas alors même que la sortie signifie également la sortie des données.
136 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
!!
Figure 5.8 : Taille à l’entrée, Côte d’Ivoire Figure 5.9 : Taille à l’entrée, comparaison internationale
!!
!
! Source : Données CdB pour la Côte d’Ivoire.
!
!
!
! 5.3 Création d’emploi et dynamiques des entreprises
!
!
Dans le présent chapitre, nous nous intéressons exclusivement au personnel propre (interne), aussi bien à temps
plein (permanents) qu’à temps partiel (saisonniers), en excluant le personnel extérieur de toutes nos définitions
liées à l’emploi dans les entreprises. Dans le système comptable de l’Organisation pour l’Harmonisation en
Afrique du Droit des Affaires (OHADA), le personnel extérieur inclut les prestations des salariés mis à disposition
par une autre entreprise à titre temporaire. Le personnel propre inclut les employés relevant de la masse
salariale de l’entreprise93.
Sur la période 2003-2012, entre 75 % et 88 % du personnel propre total du secteur formel est déclaré comme
travaillant à temps plein. Au niveau des entreprises, près de 11 % des entreprises emploient du personnel à
temps partiel pour l’ensemble de la période de référence, représentant 39 % de l’emploi total.
Pour faciliter la comparaison internationale, nous avons défini dans ce chapitre différentes tailles d’entreprise
en fonction du nombre total d’employés (propres). On distingue ainsi les micro-entreprises (0 à 4 employés), les
petites entreprises (5 à 19 employés), les moyennes entreprises (20 à 99 employés) et les grandes entreprises
(plus de 100 employés). Ces mêmes catégories sont reprises dans les enquêtes de la Banque mondiale sur les
entreprises et régulièrement utilisées pour des études comparatives entre plusieurs pays.
Ces définitions diffèrent de celles adoptées par le gouvernement ivoirien, qui utilise une combinaison du nombre
d’employés de l’entreprise et de son chiffre d’affaires. Les entreprises sont dites micro lorsqu’elles ont moins de
10 employés (permanents) et que leur chiffre d’affaires ne dépasse pas 30 millions de FCFA. Les PME (petites
et moyennes entreprises) comptent moins de 100 employés et leur chiffre d’affaires ne dépasse pas 1 milliard
de FCFA. Dans la mesure du possible, le présent chapitre examinera les performances des entreprises au
regard de la répartition totale des emplois, sans se limiter aux trois catégories décrites précédemment.
93 http://www.ohada.com/actes-uniformes/693/862/section-3-personnel-interimaire.html
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 137
La plupart des emplois formels sont concentrés dans les grandes et les anciennes entreprises, ainsi que
dans les entreprises situées à Abidjan. Les entreprises de plus de 100 employés fournissent presque 70 % des
emplois. Ce constat rejoint les conclusions de l’enquête emploi de février 2014 (ENSETE 2013), laquelle attribue aux
moyennes et grandes entreprises plus de 75 % de l’emploi formel (voir chapitre 1). De même, la part des emplois
générés par les entreprises en activité depuis plus de dix ans est tout aussi importante. Moins de 10 % des emplois
formels sont situés en dehors d’Abidjan. La majorité des emplois relève d’activités peu qualifiées
Figure
!
5.10 : Répartition de l’emploi privé formel par type d’entreprise et
niveau de qualification
!
!
!
!
Le secteur des services génère la plupart des emplois formels. Cependant, l’agro-industrie et le secteur
manufacturier contribuent
! encore de manière significative à l’emploi privé formel total. En 2012, le secteur de l’agro-
industrie ne représentait que 4 % des entreprises, mais générait pourtant 18 % des emplois. Ce constat est en phase
avec le Rapport sur la croissance et la compétitivité pour le secteur manufacturier qui souligne à partir du recensement
2010, l’importance capitale de l’agro-industrie, à la fois pour la valeur ajoutée et pour l’emploi (Banque Mondiale,
2015b).
Au vu de l’augmentation du nombre d’entrées, les petites et les jeunes entreprises deviennent de plus en plus
importantes pour l’emploi. Durant la période de conflit (2003-2006), la part des petites entreprises dans l’emploi
s’élevait à 10 % et celle des jeunes entreprises à 12 %. En 2011-2012, ces deux types d’entreprises ont vu leur part
augmenter de plus de 15 %.
Toutefois, sur le plan structurel, il n’y a pas eu de grand changement dans la composition sectorielle et
régionale de l’emploi formel. Le secteur manufacturier a légèrement perdu en importance, mais représente encore
plus de 30 % des emplois. En dépit de l’augmentation du nombre d’entreprises implantées dans les autres régions, la
part des emplois en dehors d’Abidjan reste encore très tenue.
Il n’y a pas eu de changement majeur dans la part des emplois très qualifiés, ce qui signifie que la Côte
d’Ivoire doit encore progresser en matière de qualité des emplois dans le secteur formel. Sur l’ensemble de la
période de référence, la part des postes techniques et de cadres est restée autour de 35 % de l’emploi total.
138 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
!
Figure 5.11 : Évolution de la contribution à l’emploi formel
!
!
!
Le changement le ! plus important est le glissement continu de la répartition de l’emploi vers la gauche (Figure
5.12). Sur toutes !les périodes, les petites entreprises représentent 60 % à 90 % des entreprises, mais la répartition
par taille est devenue de plus en plus inégale. Ce constat est cohérent avec l’augmentation annuelle des entrées des
petites entreprises observées précédemment.
Toutefois, la Côte d’Ivoire et sa proportion de petites entreprises ne constituent pas un cas isolé (Figure 5.13
et Figure 5.17). En effet, même comparés aux économies développées ou en transition, les résultats de Bartelsman,
Haltiwanger, et Scarpetta (2009) suggèrent que la part des petites et micro-entreprises dépasse 80 % dans tous
les pays ayant des données disponibles. Il n’en reste pas moins qu’en Côte d’Ivoire, la contribution à l’emploi de
ces entreprises reste très faible, indiquant peut-être une plus forte concentration des micro-entreprises. Les emplois
générés par les petites et micro-entreprises formelles en Côte d’Ivoire représentent 11 % environ de l’emploi total,
contre 20 % aux États-Unis et au Royaume-Uni, et 50 % en Suède.
Figure 5.12 : Distribution cumulative de Figure 5.13 : Répartition de l’emploi formel par
l’emploi formel taille d’entreprise
Note : Les données des autres pays s’appuient sur la méthodologie de Bartelsman, Haltiwanger et Scarpetta (2009) et sont
disponibles sur http://econweb.umd.edu/~haltiwan/download_bhs.htm
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 139
La création nette d’emplois formels est globalement positive depuis 2006, mais au total, peu de nouveaux
postes ont été créés dans le secteur formel (Figure 5.13). En effet, l’augmentation massive du nombre d’entreprises
depuis 2007 reposant sur l’entrée de plus petites entreprises, la création nette totale de postes s’est trouvée plutôt
limitée. Les activités très qualifiées se révèlent plus stables que le niveau global de création nette d’emplois. Le rythme
de création nette d’emplois est plus régulier pour les postes plus qualifiés sur l’ensemble de la période de référence,
y compris pour les années où les postes moins qualifiés ont connu de fortes fluctuations.
La création d’emploi pour les activités moins qualifiées semble plus sensible au contexte global économique
et politique. 2008 et 2012 ont été des années records, avec une création nette d’emplois atteignant trois fois sa
moyenne habituelle. Ces pics s’expliquent par la création d’emplois moins qualifiés. Ces mêmes années, les emplois
très qualifiés n’ont généré qu’un quart de la création totale d’emplois, dépassant à peine leur niveau habituel. La nature
temporaire de l’évolution de la demande et les contraintes de main-d’œuvre peuvent expliquer ces écarts de tendance
entre la création d’emplois très qualifiés et d’emplois peu qualifiés. Ces tendances suggèrent un potentiel plus limité
en termes de création d’emplois très qualifiés, mais des perspectives d’emploi plus stables pour les travailleurs les
plus qualifiés.
La majorité des emplois sont créés dans le secteur des services, avec une part relativement importante pour
les emplois qualifiés. L’agro-industrie contribue de manière substantielle à la création d’emploi en dépit de son faible
nombre d’entreprises. Toutefois, les emplois créés dans ce secteur tendent à être non qualifiés.
La création d’emploi est toujours concentrée sur la région d’Abidjan. Il n’y a pratiquement aucune création de
postes dans les secteurs manufacturiers en dehors d’Abidjan, à part dans l’agro-industrie. Le secteur primaire est le
seul secteur à générer un nombre considérable d’emplois en dehors d’Abidjan. La plupart des emplois créés à Bouaké
dépendent de l’agro-industrie. San-Pédro contribue à la création nette d’emplois dans le secteur primaire et dans le
commerce.
140 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
!Figure
! 5.15 : Création nette d’emplois formels Figure 5.16 : Création nette d’emplois formels
par activité et par secteur (2003-2012)
!
par localisation géographique et par secteur
!
(2003-2012)
!!
!!
En Côte d’Ivoire, les jeunes et les grandes entreprises créent la grande majorité des emplois. On trouve dans
!!
d’autres pays des éléments contradictoires concernant l’importance des petites et des jeunes entreprises pour la
! ! d’emploi. Aux États-Unis, il a été démontré que les nouvelles entreprises étaient les premières créatrices
création
d’emploi. Cependant, des données émanant de pays en développement désignent les petites et les anciennes
entreprises comme principaux contributeurs à la création nette d’emplois (voir Li et Rama (2015) pour une vue
d’ensemble des dynamiques d’entreprise et la création d’emploi dans les pays en développement).
Les jeunes entreprises ivoiriennes affichent un bilan positif en matière de création nette d’emplois, quelle
que soit leur taille. Les entreprises à la fois jeunes et petites sont celles qui créent le plus grand nombre d’emplois.
C’est un constat qui se vérifie dans des pays comme le Liban et la Tunisie où, contrairement à la Côte d’Ivoire, la
création nette d’emploi dans les jeunes et petites entreprises excède de loin la création nette d’emplois des entreprises
d’autres catégories d’âge. La contribution des jeunes entreprises ivoiriennes, bien que moins significative, se poursuit
également au-delà de l’entrée, lorsque les entreprises sont en activité depuis 5-9 ans.
L’importance conjuguée pour la création nette d’emplois de l’entrée de nouvelles entreprises et de l’expansion
de grandes entreprises existantes souligne un plus grand dynamisme économique par rapport aux autres
pays en développement. Les entreprises de 200 à 999 employés notamment affichent un fort taux de création nette
d’emplois. Ce phénomène ne peut s’observer dans des pays comme le Liban ou la Tunisie, où seules les plus petites
des entreprises existantes contribuent de manière significative à la création nette d’emplois.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 141
Figure 5.17 : Création nette d’emplois formels par taille et par âge
Note : Les données concernant le Liban et la Tunisie proviennent de Schiffbauer et coll. (2015).
Sur les trois figures, la taille est la taille de l’année de base (taille de l’entreprise en année t-1
pour les entreprises existantes et les entreprises sortantes en année t ; taille de l’entreprise en
année t pour les entreprises entrantes).
En Côte d’Ivoire, les entreprises semblent se développer dans le temps. Les résultats ci-dessus peuvent
s’accompagner d’une analyse de la croissance de l’emploi sous un angle différent – celui du cycle de vie de
l’entreprise – afin de trouver des données descriptives permettant d’évaluer si la création d’emploi est limitée par la
capacité des entreprises à se développer. Dans la foulée du travail précurseur de Hsieh et Klenow (2014), on trouve
de plus en plus d’indices suggérant que, par rapport aux pays développés, les entreprises des pays en développement
tendent à progresser bien plus lentement sur la durée du fait de leurs faiblesses commerciales qui les empêchent
d’investir et de se développer. Ce constat est particulièrement vrai en Inde, au Pérou et au Mexique, comme le
démontre la comparaison avec le taux d’emploi moyen par âge d’entreprise dans le secteur manufacturier des États-
Unis (Figure 5.18). En Côte d’Ivoire en revanche, le rapport taille-âge de l’entreprise est bien plus sain. En fait, le taux
de croissance annuel moyen sur l’ensemble du cycle de vie de l’entreprise surpasse celui de tous les autres pays
ayant des données disponibles.
142 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Figure 5.18 : Emploi formel par âge d’entreprise dans tous les
secteurs
Croissance Croissance
Croissance Croissance Croissance Croissance Croissance Croissance
au-dessus du au-dessus du
75p-90p 50p-75p sous le 50p 75p-90p 50p-75p sous le 50p
90p 90p
Taux de
croissance au 90p au 75p au 50p au 90p au 75p au 50p
Âge de
l'entreprise moyen 6,20 10,05 18,96 11,16 6,16 9,01 14,32 9,91
Emploi moyen 65,50 105,38 234,38 67,71 53,51 61,39 136,91 32,85
Ventes
(millions de
FCFA) moyennes 1 340 2 706 17 830 2 494 346 770 3,176 726
Croissance Croissance
Croissance Croissance Croissance Croissance Croissance Croissance
au-dessus du au-dessus du
75p-90p 50p-75p sous le 50p 75p-90p 50p-75p sous le 50p
90p 90p
Taux de
croissance au 90p au 75p au 50p au 90p au 75p au 50p
Âge de
l'entreprise moyen 5,55 9,71 16,57 10,19 5,85 8,69 15,32 8,58
Emploi moyen 44,19 87,50 177,95 43,44 25,47 52,17 165,72 19,63
Ventes
(millions de
FCFA) moyennes 1 135 3 165 11 863 2 278 834 2 057 7 839 605
Note : La croissance de l'emploi au niveau des entreprises correspond à l'évolution de l'emploi entre l'année t-1 et l'année t,
divisée par l'effectif moyen ; où correspond à la croissance de l'emploi dans l'entreprise i du secteur s
pour l'année t et correspond à l'emploi dans l'entreprise i du secteur s pour l'année t. Toutes les variables, à l'exception du
taux de croissance de l'emploi, se réfèrent à l'année t-1.
144 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
5.3.4 Rôle des entrées et sorties des entreprises dans la création d’emplois formels
L’évolution nette des emplois dissimule un nombre considérable de créations et de destructions d’emplois. Des
indices émanant de différents pays (voir notamment Bartelsman, Haltiwanger et Scarpetta 2009) relèvent un degré élevé de
turbulence de l’emploi dans les pays développés comme dans les pays en développement, caractérisé par d’importantes
créations et destructions simultanées d’emplois. Afin de comprendre le rôle que tiennent les entrées et sorties des entreprises
en matière de création d’emploi, nous avons décomposé la croissance totale de l’emploi entre les créations d’emplois (par les
nouvelles entreprises et les entreprises en expansion) d’une part, et les destructions d’emploi (par les entreprises en recul et
les entreprises sortantes) d’autre part94.
La Côte d’Ivoire affiche un niveau très élevé de rotation des emplois du fait des entrées et sorties des entreprises, y
compris par rapport aux autres pays à faible revenu. En 2007-2010, les parts totales de création et de destruction d’emplois
en Côte d’Ivoire s’élevaient respectivement à 25 % et 20 % de l’emploi total. Pour les États-Unis (1980-2009), ces chiffres se
situent autour de 15 %. Li et Rama (2015) proposent une vue d’ensemble des taux de création et de destruction d’emplois
pour les pays en développement. Tous les pays avec des données disponibles affichent un taux de création et de destruction
d’emplois inférieur à 18 %, bien en dessous de celui de la Côte d’Ivoire. L’Éthiopie par exemple (1997-2007) a un taux de
création d’emplois de 17 % et de destruction d’emplois de 10 % environ.
Depuis 2007, les entrées sont devenues bien plus importantes pour la création d’emplois. Pendant la période de
conflit, la création d’emploi globale se situait à 17 % environ, avec un tiers seulement des nouveaux postes qui étaient
créés par des entreprises entrantes. Cette proportion a augmenté pour atteindre 50 % de la création d’emploi globale en
2011-2012. Parallèlement, l’impact relatif des sorties d’entreprises sur les destructions d’emplois n’a pas évolué. Près de la
moitié des destructions d’emplois sont imputables aux entreprises sortantes. Ce schéma est cohérent avec l’augmentation
observée du nombre d’entreprises et le taux relativement stable de sortie.
!
Figure 5.19 : Les flux d’emploi à travers les entrées, sorties,
!
expansions et contractions
2002 -2008 2009 -2010 2011 -2012 É.U. 2002 -2008 2009 -2010 2011 -2012 É.U.
!
!
!
!
Globalement, les éléments précédents suggèrent que l’un des principaux obstacles à la création d’emploi en
Côte d’Ivoire est le faible taux de survie des entreprises et la grande instabilité du climat des affaires. Ces
constats indiquent un climat des affaires soumis à d’incessantes entrées et sorties des entreprises. Plutôt que de
refléter une réallocation efficace, cette situation traduit probablement les difficultés qu’ont les entreprises à survivre.
Cela semble être notamment le cas pour les petites entreprises depuis 2007.
Prenant en considération le rôle important joué par les facteurs décrits ci-dessus dans la survie des entreprises,
cette section vise à comprendre les déterminants de la survie ou de la cessation d’activité des entreprises
en analysant le lien existant entre les fermetures, la productivité au niveau des entreprises et le degré de
concurrence au niveau sectoriel. La principale hypothèse est que les entreprises les plus productives devraient faire
l’objet d’une sélection positive et survivre (moins susceptibles de fermer) dans un marché fonctionnant correctement,
et que cet effet est plus ressenti sur les marchés les plus concurrentiels. Encadré présentant la méthodologie et le
Tableau B5.3.2 et les résultats de l’estimation.
Comme attendu, il existe un effet sélectif faible, mais positif du marché qui fait que les entreprises les plus
productives sont les moins susceptibles de fermer. Dans la plupart des spécifications, les coefficients estimés de
la productivité du travail sont négatifs et significatifs. Dans la spécification de base, le résultat indique un effet marginal
moyen du logarithme de la productivité de la main-d’œuvre sur la probabilité de fermeture de -0,0175. Cela implique
qu’une amélioration d’un point de l’écart type du logarithme de la productivité de la main-d’œuvre réduit les chances
de fermeture de 1,8 point de pourcentage95. Bien que positif, cet effet est très faible compte tenu du taux moyen de
fermeture estimé à environ 24 % pendant la période d’échantillonnage.
La sélection par la productivité est plus faible pendant la période 2007-2010 que dans la période 2003-2006.
Les résultats de la colonne (2) suggèrent que l’ampleur de l’impact de la productivité de la main-d’œuvre a diminué
d’environ 50 % dans la période 2007-2010. C’est pendant cette même période que l’économie a commencé à se
redresser et que la création de plus petites entreprises a sensiblement augmenté. L’augmentation des activités
économiques au cours de cette période n’a pas favorisé une réaffectation plus efficace des ressources vers les
entreprises les plus productives. Nous ne disposons malheureusement pas de données pour les années suivant 2012,
données qui nous auraient permis de constater l’amélioration ou la baisse de l’efficacité du marché au cours du dernier
redressement économique.
La mise en concurrence avec les entreprises étrangères semble être un canal essentiel de sélection du
marché par la productivité. Les résultats des colonnes (3) et (5) montrent que les entreprises productives sont plus
susceptibles de survivre dans les secteurs où le taux d’entrée des entreprises étrangères est élevé. En particulier,
la productivité seule a un effet beaucoup plus faible et insignifiant sur les taux de fermeture lorsqu’est prise en
compte l’interaction entre l’entrée des entreprises étrangères et la productivité du travail. Ce résultat indique que
les entreprises improductives sont beaucoup plus susceptibles de survivre dans les secteurs où la concurrence
étrangère est moindre. Il n’y a aucun signe de sélection positive par la productivité en l’absence de nouvelles entrées
d’entreprises étrangères. Comme le montrent les colonnes (4) et (6), il est intéressant de noter que la concurrence
sectorielle mesurée par l’indice HHI (Herfindahl-Hirschmann Index) ne semble pas avoir de conséquence sur le taux
de fermeture des entreprises. Ce résultat est compatible avec l’argument selon lequel la concurrence étrangère
pourrait être beaucoup plus importante que la concurrence nationale dans la sélection du marché.
La mise en évidence d’un taux d’échec plus élevé et d’une prime à la survie pour les entreprises plus âgées et
plus grandes dans les secteurs à fort taux d’entrée d’entreprises étrangères souligne la nécessité de soutenir
la capacité des jeunes entreprises nationales face à la concurrence. Si la concurrence étrangère semble renforcer
l’effet positif de la sélection du marché, il est inquiétant de constater que l’augmentation de la présence étrangère dans
un secteur donné réduit également la probabilité moyenne de survie des entreprises, même après avoir pris en compte
95 Ce calcul est fait en évaluant la différence de probabilité de fermeture lorsque le logarithme de la productivité de la main-
d'œuvre est à un écart-type de sa moyenne et que tous les autres contrôles sont à leurs moyennes.
146 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
la productivité. Les estimations de la colonne (3), par exemple, montrent qu’une augmentation d’un écart type du taux
d’entrée d’entreprises étrangères augmente le taux de fermeture des entreprises de 2,6 points de pourcentage. De
plus, les résultats de toutes les spécifications montrent que les entreprises les plus âgées et les plus grandes sont
plus susceptibles de survivre indépendamment de leur productivité. Les entreprises situées dans les grandes villes
(Abidjan, Bouaké, San-Pédro) sont également plus susceptibles de survivre. Fait intéressant, les entreprises situées
à Bouaké ont tendance à avoir un taux de survie significativement plus élevé, suggérant ainsi des opportunités de
marché potentiellement plus élevées.
Conformément aux modèles dynamiques d’entreprises comme celui d’Olley et Pakes (1996), une sortie
d’entreprise se produit lorsque la valeur actualisée de ses bénéfices nets, incluant les coûts fixes, est négative.
Étant donné que la productivité et la structure du marché sont dans de tels modèles, le principal déterminant
des bénéfices, le risque de fermeture d’une entreprise pour chaque période de temps peut s’écrire ainsi :
En supposant que le coût fixe est un terme d’erreur aléatoire suivant une distribution logistique, la spécification
empirique peut être estimée à l’aide d’un modèle log-log complémentaire96. Par souci de simplicité, nous contrôlons
pour la productivité de la main-d’œuvre (valeur ajoutée par travailleur) plutôt que la PTF (productivité totale des
facteurs) ainsi que pour l’intensité capitalistique de l’entreprise pour tenir compte de la possibilité que les entreprises
ayant une productivité plus élevée de la main-d’œuvre le doivent plus à une intensité capitalistique élevée qu’à
leur PTF97. La principale hypothèse est que dans un marché fonctionnant correctement, les entreprises les plus
productives et destinées à survivre (moins susceptibles de fermer) devraient faire l’objet d’une sélection positive.
Nous avons inclus avec la productivité une gamme d’interactions destinées à mieux comprendre comment
différents facteurs peuvent affecter l’effet de sélection du marché, en particulier (i) si l’entreprise est détenue ou
non par des intérêts étrangers, (ii) s’il s’agit de périodes de conflit (en utilisant des effets fixes pour les différentes
périodes) et (iii) selon l’intensité de la concurrence telle que mesurée par le taux d’entrée des entreprises étrangères
et l’indice HHI, mesuré au niveau sectoriel à 2 chiffres. Nous avons également inclu d’autres caractéristiques de
l’entreprise, telles que la taille, l’âge, la région et l’industrie et des effets fixes (EF) annuels pour tenir compte d’un
non-respect des politiques et d’autres changements fondamentaux du marché intervenus au niveau de l’industrie
et au cours de la période, effets qui auraient pu jouer sur le taux de fermeture des entreprises.
96 Cette spécification est équivalente au modèle de risque en temps discret (Cameron et Trivedi 2004).
97 Les résultats sont identiques en utilisant l'indice TFP de Solow calculé avec CRTS et les parts médianes de main-
d'œuvre des secteurs industriels à 2 chiffres. Comme nous mesurons la production à l'aide des revenus plutôt qu'avec la
production physique, un niveau élevé de productivité de la main-d’œuvre ou de la TFP pourrait signifier soit une productivité
élevée soit une forte demande du marché et nous ne serions alors pas capables de différencier les deux.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 147
Note : Écart-type des groupes entre parenthèses *** p<0,01 ** p<0,05 * p<0,1.
L'indicateur de fermeture n'est disponible que pour la période 2003-2011 et nous nous basons sur les données de fermeture
de cette période.
LP (Productivité Main d’Oeuvre) désigne la productivité de la main-d’œuvre (valeur ajoutée par travailleur).
148 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Pour les entreprises survivantes, la croissance de l’emploi diminue considérablement avec la taille. Nous
avons vu plus haut que la création d’emplois est plus forte pour les entreprises jeunes et les petites entreprises. Cette
section tente de structurer l’analyse descriptive de la section 3 en régressant selon la méthode de régression MCO
(moindres carrés ordinaires) et les effets fixes (EF) d’entreprise la croissance de l’emploi au niveau des entreprises
(dans les entreprises en activité) sur différentes caractéristiques de ces entreprises, leur productivité et d’autres
contrôles au niveau sectoriel (voir Table de l’Annexe 5 pour les spécifications et les résultats associés). Les résultats
de la colonne (3) montrent qu’une fois contrôlées la taille et les autres caractéristiques de l’entreprise, l’effet de l’âge
n’est significatif que pour les entreprises de plus de 25 ans. Ce résultat est cohérent avec le fait que seule une petite
part des jeunes entreprises est en mesure de croître, ce qui pourrait entraîner en moyenne des taux de croissance
similaires entre les différents groupes d’âge. Il est suggéré qu’une grande partie de la relation positive croissance-âge
semble être fonction de la taille : dans la distribution par taille, les petites entreprises semblent avoir une croissance
plus rapide.
Au-delà de la taille et de l’âge, la productivité au niveau de l’entreprise a un effet positif sur la croissance
après création. Cette relation entre la croissance de l’emploi et la productivité est un autre indicateur utile de
l’efficacité de l’allocation du marché, comme c’est le cas dans un marché concurrentiel où les entreprises productives
devraient pouvoir croître tandis que les entreprises improductives se contracteraient et fermeraient (voir par exemple
la discussion dans Syverson 2011). Les estimations MCO sur la productivité du travail montrent un effet positif, mais
faible dans le domaine de corrélation où un doublement de la productivité de la main-d’œuvre n’est associé qu’à
une augmentation moyenne de seulement 4 à 5 % de la croissance de l’emploi. Les estimations du coefficient EF
sont plus élevées. Bien que l’ampleur de l’effet soit encore faible, il suggère que lorsque les entreprises améliorent
leur productivité, elles parviennent en même temps à augmenter leur main-d’œuvre au lieu de perdre leurs emplois.
Cependant, comme mentionné plus haut, notre productivité mesure la productivité des revenus et par conséquent, les
augmentations de productivité calculées pourraient être dues à l’augmentation de la demande des entreprises. Nos
résultats pourraient donc être interprétés également de la façon suivante : les entreprises confrontées à une demande
plus forte sont les plus susceptibles de croître.
Les entreprises à forte intensité capitalistique ont tendance à croître plus rapidement. Les estimations dans les
spécifications EF suggèrent qu’une augmentation de 10 % de l’intensité capitalistique est associée à une augmentation
d’environ 9 à 13 % du taux de croissance de l’emploi. Bien que l’intensité capitalistique ne soit qu’un pâle indicateur
des contraintes financières, le fait que les entreprises à forte intensité capitalistique, c’est-à-dire à plus faible intensité
de main-d’œuvre, puissent croître plus rapidement en fonction des effets fixes d’entreprise et d’autres caractéristiques,
souligne le rôle potentiel de contrainte à la création d’emplois joué par l’accès au financement.
Il n’y a pas de différences claires entre les entreprises manufacturières et les entreprises de services. On
pourrait s’attendre à ce que l’emploi soit plus susceptible d’augmenter avec la croissance de la productivité dans les
secteurs exportables en raison du potentiel d’expansion de la demande. Mais nous ne constatons qu’une estimation
légèrement plus petite (et non significative statistiquement) des coefficients pour les entreprises manufacturières que
pour les entreprises de services. Ce résultat indique que le secteur manufacturier pourrait être en deçà de son potentiel
de croissance de production et de création d’emplois. Fait intéressant, il existe dans la plupart des spécifications
une corrélation positive entre la croissance de l’emploi et la part des employés de pays francophones d’Afrique de
l’Ouest. Cette relation semble toutefois uniquement applicable au secteur des services, ce qui laisse supposer que la
croissance de l’emploi a été plus disproportionnée pour ces travailleurs dans ce secteur.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 149
Cette section étudie la structure des salaires en tant qu’indicateur de la qualité de l’emploi et du coût de
la main-d’œuvre entre secteurs, types d’entreprises et au cours du temps. Elle analyse également la relation
existant entre processus de croissance des salaires et productivité de la main-d’œuvre et autres caractéristiques de
l’entreprise. L’analyse permet de répondre aux questions suivantes : (i) Les salaires sont-ils plus élevés dans les
grandes ou les petites entreprises, les entreprises créatrices d’emplois ou celles ne créant pas d’emplois ? ii) Les
salaires augmentent-ils avec la productivité interne de l’entreprise ou la productivité de l’ensemble du secteur ? iii)
Comment la relation salaires-productivité varie-t-elle en fonction du niveau de concurrence du marché ?
Premièrement, une grande hétérogénéité des salaires existe entre les secteurs et à l’intérieur d’un même
secteur, même après avoir tenu compte de la distribution des compétences. Il n’est pas surprenant que la plupart
des secteurs paient mieux que l’agriculture. De façon assez inattendue, le secteur de la transformation alimentaire
enregistre l’un des plus bas salaires moyens. Les secteurs industriels liés au pétrole et au gaz (CITI 11 et 23) sont de
loin les secteurs les plus rémunérateurs. Les emplois du secteur public (CITI 75) figurent également parmi les emplois
les mieux rémunérés, confirmant ainsi l’argument selon lequel des salaires publics élevés pourraient provoquer un
effet de salaire plancher pour les travailleurs qualifiés du secteur privé dans de nombreux pays en développement,
notamment en Côte d’Ivoire. Cette observation est conforme à l’une des conclusions du chapitre 1 selon laquelle les
emplois publics sont plus fréquents parmi les personnes les plus instruites, ayant effectué au moins le deuxième cycle
du secondaire, que les emplois salariés du secteur privé formel.
On peut s’attendre à ce que les variations de salaire par secteur soient principalement conditionnées par des
différences dans le contenu des compétences. Toutefois, la décomposition des salaires selon différentes professions
(où les travailleurs qualifiés sont définis comme occupant des postes de gestion ou de technicien) montre qu’il
existe une importante hétérogénéité entre secteurs, tant pour les travailleurs qualifiés que pour les travailleurs non
qualifiés. Bien que le métier ne soit pas la seule mesure parfaite du contenu des compétences, cette hétérogénéité
est potentiellement le résultat soit de la rigidité des salaires, soit de la non-transférabilité des compétences
entre secteurs.
Figure 5.20 : Différences salariales entre emplois formels selon les secteurs industriels
Note : Les lignes pointillées verticales séparent les secteurs de l’agriculture et de la pêche, de l’exploitation
minière, de la fabrication, des services publics, de la construction et des services. La ligne horizontale
indique le salaire minimum (nominal) actuel
150 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Deuxièmement, il existe des différences de niveaux de salaire entre les petites et micro-entreprises et les
grandes entreprises, où les salaires sont nettement plus élevés98. Comme prévu, les salaires des micro-entreprises
sont plus faibles que ceux des petites entreprises qui, à leur tour, sont inférieurs à ceux des moyennes et grandes
entreprises. Fait intéressant, il n’y a pas de claire différence entre les salaires des grandes entreprises et les salaires
des moyennes. La distribution des salaires, en particulier au niveau inférieur, semble identique pour les moyennes
et grandes entreprises. Si les salaires peuvent être considérés comme un indicateur suffisant des caractéristiques
des travailleurs, il semble que les moyennes et grandes entreprises emploient des groupes de travailleurs identiques,
mais sensiblement différents des petites et micro-entreprises. Ce résultat a d’importantes implications. Les résultats
portant sur le coût de la main-d’œuvre et tirés d’études antérieures basées sur les grandes entreprises (comme la
Banque mondiale, 2015) ne sont peut-être pas applicables à toutes les entreprises, comme on le verra plus loin à la
section 5.7.
Cette situation peut s’expliquer notamment par le fait que les grandes entreprises requièrent une structure
organisationnelle différente, qui nécessite beaucoup plus de postes de management. Cette explication est
confirmée par l’analyse de la façon dont les entreprises ont tendance
0,6 à s’organiser selon leur taille (voir Caliendo,
Monte, Rosse-Hansberg 2015 pour une explication de la façon0,5dont les entreprises s’organisent pour économiser
l’utilisation de leurs connaissances). Parmi les entreprises qui comptent au moins 20 employés, la grande majorité est
organisée selon une structure plus complexe où l’on recense quatre catégories d’employés (ouvriers non qualifiés,
0,4
Kdensité des salaries
0,6
0,0 20,0 40,0 60,0 80,0 100,0
5-9 35,8
0,4
Kdensité des salaries
10-19 52,1
0,3
20-49 67,5
0,2
50-99 80,6
200-999 91,4
0
11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
>=1000 97,1
Salaire logarithmique réel
Micro-entreprises Petites entreprises Moyennes entreprises Grandes entreprises
Excl us ion des 1 % a berrants à gauche. Contrôle pour secteur 1 couche 2 couches 3 couches 4 couches
Note : Les 4 catégories ou « couches » sont : i) les cadres supérieurs, ii) les cadres intermédiaires, iii) les techniciens
et iv) les0,0travailleurs
20,0 non qualifiés
40,0 qui60,0
incluent les
80,0ouvriers, les travailleurs et les apprentis. Cette notion de catégorie ou
100,0
« couche » organisationnelle est tirée de Caliendo, Monte et Rossi-Hansberg. (2015).
<5 16,6
5-9 35,8
En termes réels, le salaire moyen dans le secteur formel a progressivement diminué au cours du temps, reflétant
10-19 52,1
peut-être l’arrivée d’un nombre croissant de travailleurs peu qualifiés. La Figure 5.23 montre l’évolution dans le temps
du salaire
20-49
moyen, la valeur ajoutée moyenne 67,5 par travailleur en fonction de la composition du secteur, la taille et l’âge des
entreprises.
50-99 En 2012, la productivité moyenne
80,6 de la main-d’œuvre est d’environ 17 % inférieure à son niveau de 2003 et la
différence
100-199est statistiquement significative.
88,7 La baisse de la productivité de la main-d’œuvre peut s’expliquer par le fait que
les entreprises
200-999
sont devenues moins intenses en compétences, ce qui est conforme aux résultats présentés à la Figure
91,4
5.14. Étant donné que ces estimations sont nettes des effets des secteurs, de la taille et de l’âge des entreprises, le résultat
>=1000 97,1
suggère que la part des travailleurs moins qualifiés pourrait avoir augmenté au sein des entreprises.
1 couche 2 couches 3 couches 4 couches
98 En contradiction avec les résultats de l'Enquête sur les entreprises de 2009 (Banque mondiale 2010) qui constate que les
petites entreprises ont un coût de main-d'œuvre plus élevé.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 151
L’écart entre salaires et productivité de la main-d’œuvre est resté constant pendant la période étudiée, suggérant
que le pouvoir respectif de négociation des travailleurs et des entreprises n’a pas beaucoup évolué. Au niveau des
entreprises, nous constatons en parallèle, à la baisse de la productivité moyenne de la main-d’œuvre, une baisse similaire
des salaires. Pendant toute la période couvrant l’échantillon, le salaire moyen reste toujours situé à environ 60 % du niveau
de la productivité moyenne de la main-d’œuvre. Comme la relation entre salaire et productivité de la main-d’œuvre devrait
être déterminée par le niveau du pouvoir de négociation entre entreprises et travailleurs, l’écart salarial observé montre que
les entreprises ont maintenu un niveau similaire de pouvoir de négociation au fil du temps.
5
4,5
4
3,5
3
2,5
(milliers FCFA 2010)
2
1,5
1
0,5
0
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Année
Valeur ajoutée par travailleur Salaire moyen
Dans le but de formaliser les statistiques descriptives présentées ci-dessus, cette section analyse maintenant
les déterminants du salaire en se basant sur un modèle de partage des rentes (dans l’esprit de Van Reenan
(1996) et Card, Devicienti et Maida (2014)). L’idée principale est que la façon dont sont partagés les profits (en
d’autres termes les salaires payés aux travailleurs comparés au produit marginal de la main-d’œuvre) dépend de
leur pouvoir de négociation respectif et de la structure du marché du travail. Plus précisément, nous régressons le
salaire (logarithmique) sur la productivité moyenne de l’entreprise, le ratio de compétence, le niveau de productivité
et les salaires du secteur (comme indice de l’option « extérieur » pour les employés de l’entreprise) et d’autres
caractéristiques de l’entreprise et du secteur99. Cela équivaut à résoudre le problème de la détermination du salaire
moyen individuel par une fonction du salaire à l’échelle de l’entreprise (voir Table , Annexe 5 pour les spécifications
et les résultats de la régression).
Le coût unitaire de la main-d’œuvre de l’entreprise diminue au fur et à mesure qu’elle croît. Les résultats de
la méthode d’estimation MCO montrent que la relation entre la taille de l’entreprise et les salaires est non monotone
dans les entreprises et dans les secteurs. Les micro-entreprises offrent des salaires inférieurs à ceux des petites
entreprises, ce qui est conforme aux données descriptives ci-dessus. Une fois atteint l’effectif de 50 employés, les
salaires commencent à diminuer avec la taille de l’entreprise. De plus, l’âge de l’entreprise n’a plus aucun effet
significatif lorsque l’on tient compte des effets fixes d’entreprise. Le plus frappant est que le salaire baisse de façon
monotone avec la taille de l’entreprise, indiquant que le salaire moyen de l’entreprise diminue à mesure qu’elle grandit.
De plus, la corrélation négative entre le salaire et la création d’emplois confirme encore l’importance du coût de la
main-d’œuvre dans la croissance de l’emploi.
Comme prévu, le salaire au niveau de l’entreprise augmente avec la productivité de la main-d’œuvre. L’estimation
des coefficients appliqués à la productivité de la main-d’œuvre implique une élasticité comprise entre 0,15 et 0,38.
Cela est vérifié si nous ne contrôlons la productivité qu’au niveau de l’entreprise ou si nous contrôlons la productivité
99 Nous ne tenons pas compte de la productivité marginale de la main-d’œuvre. La productivité de la main-d’œuvre (valeur ajoutée
par travailleur) est proportionnelle au revenu marginal produit par le travail dans la fonction Cobb-Douglas.
152 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
par secteur, de sorte que les estimations peuvent être interprétées comme l’impact des chocs de la productivité (ou de
la demande) propre à une entreprise. Lorsque les effets fixes d’entreprise sont pris en compte, l’élasticité estimée est
plus faible, ce qui suggère que la croissance des salaires au sein de l’entreprise est moins sensible aux augmentations
de productivité comparée à celle des entreprises du secteur. Bien qu’elles ne soient pas strictement comparables,
ces estimations d’élasticité sont relativement larges comparées à celles d’études antérieures, notamment de Card,
Devicienti et Maida (2014), et indiquent la relative importance de l’effet de partage des rentes en Côte d’Ivoire.
Fait intéressant, la productivité moyenne des secteurs a un effet modérateur sur les salaires des entreprises.
Cette situation contraste avec celle de la Suède (Carlsson et coll., 2014) où les chocs de productivité communs au
sein d’un même secteur ont un important effet positif sur le salaire. En d’autres termes, nous ne trouvons pas d’indices
selon lesquels l’amélioration de la rentabilité des entreprises d’un même segment du marché du travail favoriserait la
croissance du salaire des travailleurs. Cela pourrait être un indicateur de l’absence de mobilité de la main-d’œuvre
entre secteurs et conforterait notre observation antérieure sur l’hétérogénéité des salaires et l’éventuelle faiblesse des
transferts de compétence entre les secteurs en Côte d’Ivoire.
Le salaire au niveau des entreprises augmente avec le salaire extérieur, mais l’ampleur de la concentration
du marché et l’intensité des compétences n’ont pas d’impacts importants sur le partage de la rente. Le salaire
moyen au niveau des secteurs a un effet positif sur le salaire au niveau des entreprises, confirmant ainsi l’hypothèse
selon laquelle les travailleurs ont un plus fort pouvoir de négociation lorsqu’ils ont de meilleures options à l’extérieur.
Cependant, le pouvoir du marché mesuré par l’indice sectoriel d’emploi HHI n’a pas d’impact significatif sur les
salaires, tant aux différents niveaux que dans son interaction avec la productivité au niveau de l’entreprise. De façon
similaire, l’effet des coefficients d’interaction du ratio de compétence dans la spécification des effets fixes est petit et
insignifiant, montrant ainsi que les travailleurs qualifiés ne sont pas plus susceptibles de bénéficier des améliorations
de la productivité.
Les différentes analyses précédentes révèlent des tendances très positives dans le secteur formel :
les entreprises sont de plus en plus formalisées et croissent avec le temps, contribuant ainsi depuis 2007 à une
progression soutenue de l’emploi formel100. Avec une stabilité politique accrue, nous enregistrons également le retour
des investisseurs et des travailleurs étrangers, surtout depuis les élections de 2011.
Cependant, le nombre de nouveaux emplois créés dans le secteur formel reste dans l’ensemble négligeable
si nous considérons la taille de la population active. En 2014, le nombre total d’emplois salariés est d’environ 2
millions, soit plusieurs fois la taille du secteur formel de 2012 et de son plus important gain net annuel (respectivement
300 000 et 40 000). Une partie de l’explication est que si nous voyons les entreprises croître avec le temps, beaucoup
luttent prioritairement pour survivre. Comparée à d’autres pays dont les données sont disponibles, la Côte d’Ivoire
utilise l’un des modèles dynamiques, les plus volatils en termes d’entreprise et d’emploi. Pour celles qui survivent, la
croissance semble se concentrer dans une petite fraction des entreprises. Il subsiste en outre de profondes disparités
régionales dans la répartition des activités des entreprises.
100 Il convient de noter à nouveau que tous les gains observés dans les données pourraient ne pas être attribuables uniquement
aux nouvelles activités économiques étant donné qu'une partie de cette tendance pourrait refléter une meilleure collecte des
données.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 153
Au-delà de l’instabilité politique, les freins à la croissance post-création pourraient partiellement s’expliquer
par les contraintes d’accès au financement, aux transports et à la logistique, ainsi que les contraintes de
compétences et de coût présentes sur le marché du travail. En matière de climat d’investissement et malgré
quelques améliorations, la Côte d’Ivoire se caractérise toujours par les mêmes contraintes que les autres pays de la
région. En 2016, et malgré les récentes améliorations, le classement Doing Business la place encore en 142e position
sur plus de 180 pays. Outre l’instabilité politique, le climat d’investissement défavorable a peut-être contribué aux taux
élevés de cessation d’activité et de rotation de la main-d’œuvre.
L’accès au financement est une contrainte importante, perçue comme telle par les entreprises et démontrée
par le faible niveau d’intensité capitalistique et le taux élevé de rendement du capital. Le Tableau 5.3 montre les
variations transversales de l’intensité capitalistique et du rendement du capital selon la taille de l’entreprise, en Côte
d’Ivoire et dans d’autres pays comparables. L’intensité capitalistique des entreprises ivoiriennes est en fait nettement
inférieure à celle des entreprises des autres pays. À l’inverse, le rendement moyen du capital est presque toujours
plus élevé, quelle que soit la taille de l’entreprise. Bien qu’il soit difficile de déterminer les pays où le capital est le
plus contraignant, nous utilisons comme indicateur le rendement moyen du capital, mesuré comme le rapport de la
valeur ajoutée sur le capital. L’idée est que pour l’entreprise qui maximise ses profits, le rendement marginal du capital
devrait être assimilé à son prix, de sorte qu’un rendement plus élevé révèle un coût en capital plus élevé, ou que
l’entreprise est plus limitée en capital. Suite à cette approximation, il semble que les entreprises ivoiriennes soient les
plus limitées en capitaux parmi les pays comparables de l’Afrique de l’Ouest et d’autres régions.
Les contraintes de financement varient considérablement selon les secteurs et les types d’entreprises, signe
de frictions sur le marché des capitaux (Figures 5.24 et 5.25). En utilisant le même rendement moyen du capital
que l’indicateur, il apparaît que les industries manufacturières, les activités de services associés aux mines, aux
ordinateurs et autres équipements ainsi que les intermédiaires financiers (CITI 12, 30, 32, 33, 50, 67 et 72) soient
les plus contraints financièrement. Le secteur de l’agro-industrie (CITI 15) semble de son côté moins contraint. Les
obstacles au financement varient également selon la taille de l’entreprise, et l’accès au financement semble en général
plus limité pour les petites entreprises. Cependant, et contrairement à ce que suggèrent d’autres études, les micro-
entreprises formelles pourraient ne pas être les plus contraintes financièrement. En utilisant notre indicateur, ce sont
les entreprises ayant entre 5 et 20 employés qui bénéficieraient le plus de la réaffectation du capital. Cependant,
comme le souligne le chapitre 4, les contraintes les plus lourdes pour les entreprises familiales sont les contraintes
de financement.
Tableau 5.3 : Intensité capitalistique et rendement du capital du secteur manufacturier formel de différents pays
Source : Enquête de la Banque mondiale sur les entreprises et CdB (Centrale des bilans) de la Côte d'Ivoire. Les données WBES (Word
Bank Enterprise Survey) excluent 1 % de valeurs aberrantes. Les données 2012 pour la Côte d'Ivoire ne respectent pas la méthodologie
WBES normalisée et les calculs ne sont pas pris en compte pour concevoir l'échantillonnage. Ils doivent donc être interprétés avec
prudence. Les valeurs monétaires sont en USD 2010. L'intensité du capital est la valeur du capital (actif total) par travailleur.
* Les petites entreprises excluent les entreprises de moins de 5 employés.
** Le rendement du capital par taille d'entreprise ne figure pas pour la Côte d'Ivoire pour l'année 2012 en raison de la faible taille de
l'échantillon.
*** Estimation utilisant les données de la Centrale des bilans et excluant les micro-entreprises et les entreprises déclarant un capital = zéro
afin d'être comparables à celles de WBES.
En conséquence, les politiques visant à améliorer l’accès au financement doivent tenir compte de l’hétérogénéité
des entreprises et des secteurs. La faible note du pays pour l’indicateur 19 « Obtenir un crédit » du classement DB
11
12
-1 -0,5 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3
Figure 5.24 : Rendement du capital par secteur Figure 5.25 : VA/K
Hors 1 % aberrants
Rendement
moyen, en logarithme du capital par taille
d’entreprise
19
11
40 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4
25
15 <5
1
14
21 5-9
13
37 10-19
26
2
31 20-49
18
92 50-99
65
5
100-199
45
28
62 200-999
90
34 >=1000
66
91
35 VA/K moyen, en logarithme
67 Hors 1 % aberrants
33
32
12
-1 -0,5 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3
VA/K moyen, en logarithme
Hors 1 % aberrants
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 155
Une autre préoccupation concernant la compétitivité du secteur formel, en particulier le secteur manufacturier,
est le coût élevé perçu de la main-d’œuvre (Banque mondiale 2015b). Si cela est vérifié, un coût excessivement
élevé de la main-d’œuvre pourrait être une contrainte à la croissance de l’entreprise et de l’emploi en général. Nous
avons déjà constaté à travers les données de la CdB que les entreprises semblent croître en même temps qu’elles
réduisent le coût moyen de la main-d’œuvre. Nous analysons maintenant les données de plusieurs pays pour savoir
ce qu’il en est de la compétitivité du coût de la main-d’œuvre en Côte d’Ivoire. Les résultats de l’enquête WBES sont
présentés à la Figure 5.26.
Contrairement à l’étude de l’industrie manufacturière centrée sur les plus grandes entreprises (Banque
Mondiale 2015b), les entreprises ivoiriennes paient en fait des salaires modérés par rapport aux entreprises
d’autres pays à l’intérieur et à l’extérieur de la région. En 2009, en excluant les anciennes zones rebelles, le
salaire moyen en Côte d’Ivoire n’était dépassé que par celui du Mali et du Ghana. En 2012, en incluant les anciennes
zones rebelles, le coût de la main-d’œuvre est encore plus faible.
Le droit du travail en Côte d’Ivoire n’est pas trop restrictif en termes de coûts réglementaires (Banque mondiale,
2010). Sur toute la période d’échantillonnage, le niveau du salaire minimum ne semble pas contraignant pour
la plupart des entreprises, car le salaire moyen est supérieur au salaire minimum dans environ 95 % des
entreprises.
Pour la première fois depuis la dévaluation de 1994, la Côte d’Ivoire a doublé le salaire minimum en 2013. Il n’y
a pas eu d’analyse de l’impact de cette augmentation sur l’emploi, mais nos données au niveau des entreprises
suggèrent que le nouveau salaire minimum pourrait devenir contraignant pour une part significative des petites
et micro-entreprises, car environ 37 % de ces entreprises rémunèrent actuellement leurs employés au niveau
du nouveau salaire minimum.
Comme mentionnée au chapitre 1, une part substantielle de la population active et même celle des salariés,
gagne en fait beaucoup moins que le salaire minimum. Cela s’explique en partie par le fait qu’une faible part de
la population active occupe un emploi formel, comme souligné dans ce chapitre. Les revenus des personnes
ayant un emploi indépendant non agricole et agricole, bien que plutôt hétérogènes, sont en moyenne inférieurs
au salaire minimum du secteur formel.
Dans le même temps, le nouveau salaire minimum ne semble pas excessif pour les entreprises formelles.
Calculé à partir de la base de données du classement Doing Business, le ratio du salaire minimum sur la valeur
ajoutée globale par travailleur (PIB par personne active) en Côte d’Ivoire reste en bas de l’échelle par rapport
aux pays d’Afrique de l’Ouest et aux autres pays comparables tels que le Kenya ou le Vietnam102. Les politiques
visant à améliorer la compétitivité de la main-d’œuvre dans le secteur formel devront tenir compte des aspects
liés à la main-d’œuvre, mais aussi à d’autres politiques plus larges qui pourraient réduire le coût de la vie en
milieu urbain. Gelb et coll. (2014), par exemple, évoquent plusieurs causes possibles du coût élevé de la vie (la
Côte d’Ivoire est l’un des pays ayant les niveaux de prix les plus élevés compte tenu de son niveau de revenu),
en particulier la dépendance vis-à-vis des exportations de ressources et des flux d’investissement ainsi que le
coût élevé des transports qui fait grimper le prix des aliments. En conséquence, des politiques complémentaires
visant à réformer les secteurs agricoles et des services ou à mieux gérer l’urbanisation pourraient contribuer à
réduire le coût de la vie et le niveau de rémunération nécessaire.
102 Données du projet Doing Business sur le salaire minimum / ratio salaire minimum sur valeur ajoutée par employé :
Kenya : 269,4/1,4 ; CI : 119,0/0,5 ; Sénégal : 185,6/1,1 ; Cameroun : 70,3/0,3 ; Burkina Faso : 107,9/1 ; Sri Lanka :
79,3/0,2 ; Ghana : 60,1/0,3 ; Mali : 62/0,5 ; Vietnam : 142,5/0,6.
156 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Une productivité relativement faible indique que le niveau de compétences de la main-d’œuvre pourrait
constituer un obstacle clé à la croissance des meilleures entreprises. Comme évoqué plus loin au chapitre 6, le
niveau d’éducation, en raison de la crise ivoirienne, a pris du retard sur la tendance de l’Afrique subsaharienne. Or,
le chapitre 1 a montré que seuls, ceux qui ont au moins suivi l’enseignement secondaire ont une chance raisonnable
de travailler dans le secteur formel. On constate dans le même temps en Côte d’Ivoire, la tendance inverse à un
retour vers l’enseignement (voir chapitre 6), qui se traduit par une forte augmentation du coût de la main-d’œuvre,
car les entreprises emploient une part plus importante de travailleurs qualifiés. Si l’on tient compte des résultats ci-
dessus selon lesquels les grandes entreprises ont tendance à embaucher un plus grand nombre de techniciens et de
gestionnaires, le coût élevé de la main-d’œuvre associé à une prime pour haute qualification pourrait alors constituer
une réelle contrainte pour la croissance. Cette observation est en ligne avec Gelb et coll. (2013), qui constatent que
les grandes entreprises paient des salaires plus élevés en Afrique subsaharienne, situation probablement due à des
problèmes de gestion de la main-d’œuvre qui révèlent un ratio superviseur/travailleur plus élevé qu’ailleurs.
3500 12
2500 9
8
2000
7
1500
6
1000 5
4
500
3
0 2
Burkina Cameroun Côte Côte Ghana Kenya Mali Sénégal Sri Lanka Vietnam
Faso (2009) d'Ivoire d'Ivoire (2013) (2013) (2010) (2014) (2011) (2009)
(2009) (2009) (2012)
Au-delà des problèmes d’efficience, la faible productivité de la main-d’œuvre pourrait également indiquer que
les entreprises sont limitées par le faible niveau de la demande. Des recherches récentes (voir Foster, Haltiwanger,
et Syverson, 2016) suggèrent une explication selon laquelle la lente croissance des jeunes entreprises aux États-Unis
est plus probablement due à une croissance lente de la demande qu’à la productivité. Les données de la CdB semblent
cohérentes avec cette hypothèse : bien que les plus jeunes entreprises se développent en moyenne plus vite, seul un
sous-ensemble de celles-ci croît, et une fois la productivité de la main-d’œuvre prise en compte, l’âge n’a qu’un faible
pouvoir explicatif sur la croissance.
Dans le contexte de la Côte d’Ivoire, deux facteurs apparaissent comme des contraintes possibles à
l’accroissement de la demande : l’infrastructure et la logistique des transports et la capacité des entreprises.
Comme dans la plupart des pays, l’augmentation rapide de la demande est plus susceptible de se produire dans les
secteurs commerciaux. La Côte d’Ivoire est avantagée par rapport à de nombreux autres pays enclavés, mais son
indice de performance logistique (LPI - Logistic Performance Index) est à peine supérieur à la moyenne des pays
de la région d’Afrique subsaharienne. Le coût des exportations et des importations, basé sur les données du projet
DB, est inexplicablement plus élevé que celui des pays enclavés comme le Burkina Faso ou le Mali103. L’entrée sur
le marché régional pourrait être un canal important pour l’exportation, en particulier pour les petites entreprises. Mais
103 Voir http://www.doingbusiness.org/Custom-Query/côte-divoire
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 157
les infrastructures routières et ferroviaires de la Côte d’Ivoire sont inefficaces et onéreuses, en raison de monopoles
fortement enracinés, un système de quotas inefficace et des contraintes généralisées que représentent les barrages
routiers et les manœuvres de corruption dans le nord comme dans le couloir Abidjan-Ouagadougou (Banque mondiale
2014, 2015b). Une croissance réussie de la demande exige également un certain degré de capacité des entreprises.
Comme déjà indiqué, le fait que les entreprises ivoiriennes soient nettement moins capables de survivre dans les
secteurs à fort taux d’entrée des entreprises étrangères implique la nécessité d’améliorer la capacité des entreprises
nationales. Il s’agit, au-delà d’un meilleur accès au financement, d’apports complémentaires tels qu’un soutien des
services aux entreprises, l’accès à l’information sur les marchés étrangers et des contributions publiques telles que les
normes de qualité. La section suivante traite de quelques instruments politiques nécessaires à l’atteinte de cet objectif.
Au-delà des politiques visant à améliorer le climat global d’investissement, les pouvoirs publics peuvent
également envisager d’autres programmes de soutien direct, susceptibles de compenser à court terme un
environnement économique médiocre. Le gouvernement de Côte d’Ivoire a mis en œuvre un vaste programme
incitatif destiné à promouvoir les investissements directs étrangers (IDE). Mais la plupart des incitations IDE
favorisent aujourd’hui les dépenses d’immobilisations et ne sont pas nécessairement en ligne avec l’objectif de
promouvoir les exportations ou l’emploi (Banque mondiale 2016). Compte tenu du coût élevé du manque à gagner
fiscal, le financement public pourrait être mieux utilisé en fournissant des subventions ou des crédits d’impôt destinés
à encourager les exportations et l’embauche, à améliorer les compétences et la qualité ou créer des liens avec
l’économie locale plutôt que de concéder des réductions fiscales coûteuses aux secteurs à forte intensité capitalistique
et généralement peu reliés au reste de l’économie, comme le secteur du pétrole et du gaz.
Les incitations et les programmes de soutien pourraient profiter de la prise en compte du potentiel de création
d’emplois des secteurs. Une mesure qui pourrait aider au ciblage consiste à prendre en compte l’intensité de la
main-d’œuvre dans les différents secteurs, en particulier la main-d’œuvre non qualifiée. Le Tableau A5.4 présente
une répartition selon ce critère, où l’intensité de la main-d’œuvre est mesurée comme étant la part du coût de la main-
d’œuvre dans la valeur ajoutée de la production qui pourrait être considérée comme la demande de main-d’œuvre
dérivée. Le secteur de la fabrication de produits alimentaires (CITI 15), par exemple, est important du point de vue de
l’emploi, mais, en tant que secteur à forte intensité capitalistique, son rendement en matière d’emploi sera relativement
limité pour un montant investi donné. Parmi les autres secteurs à fort potentiel, les activités commerciales (CITI 74) et
les services de transport (CITI 63) se caractérisent par leur forte contribution à l’emploi et leur forte intensité de main-
d’œuvre. Ce sont en outre des industries de réseau dont la croissance peut potentiellement améliorer les services dans
le reste de l’économie. Compte tenu de la difficulté à prédire la réussite des entreprises, une alternative au ciblage ex-
ante consiste à identifier les entreprises ou les secteurs émergents et envisager des politiques destinées à alléger les
contraintes propres à ces entreprises ou ces secteurs.
Les programmes de soutien doivent également résoudre les disparités régionales en matière d’activité
économique ainsi que les effets d’agglomération. La concentration continue des entreprises à Abidjan montre qu’il
sera difficile de créer à court terme des emplois inclusifs dans le reste du pays. À long terme, le rééquilibrage des
structures économiques dans le pays exigera que les politiques remédient aux échecs de la coordination en fournissant
des infrastructures et en favorisant les liens commerciaux entre les entreprises en aval et en amont d’autres régions.
Les candidats les plus probables pourraient être des villes qui tireraient parti des avantages d’agglomération procurés
par la concentration existante d’infrastructures et de ressources humaines. L’un de ces efforts est le projet qui vise à
aider le gouvernement ivoirien à développer la ville de Bouaké. Le projet inclut à la fois le financement d’infrastructures
et des instruments directs d’appui technique et financier destinés aux entreprises afin de stimuler les investissements
et la création d’emplois. À Bouaké, par exemple, le projet tire parti de la position de la ville comme centre régional du
commerce et de la proximité des approvisionnements en produits agricoles pour cibler les activités d’agrotransformation.
Compte tenu des probables contraintes d’interdépendance, en particulier pour les petites et micro-entreprises, il est possible
qu’un seul type de soutien ne suffise pas à améliorer la performance et la croissance d’une entreprise. Toute intervention
politique devra soigneusement examiner l’éventail des éventuelles contraintes propres au type de secteur et d’entreprise,
tout en conservant la concurrence commerciale et en intégrant si possible le suivi et l’évaluation des interventions.
158 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Références
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Banque Mondiale. 2010. Cote d’Ivoire. Investment Climate Survey Report. Washington, DC: World Bank.
———. 2015a. Cote d’Ivoire Systematic Country Diagnostics: From Crisis to Sustained Growth - Priorities for Ending
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160 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
ANNEXE 5
La Figure A5.1 indique le nombre d’entreprises par tranches de chiffre d’affaires en 2004, 2005, 2009 et 2010 afin
de détecter une éventuelle concentration autour des seuils de revenus de 50 millions FCFA et 150 millions FCFA,
revenus déterminant si les entreprises bénéficient du régime d’imposition simplifié ou normal. Le seuil a changé en
2004 en raison d’une nouvelle loi de finances tandis que, depuis 2010, il est demandé aux entreprises de fournir les
mêmes informations à l’INS et à l’administration fiscale. L’absence de concentration autour de ces seuils d’imposition
suggère, a minima, qu’il n’y a aucune preuve que les entreprises manipulent les chiffres d’affaires qu’elles déclarent
afin de ne pas augmenter leur taux d’imposition.
2004 2005
120 120
100 100
80
Nombre d'entreprises
80
Nombre d'entreprises
60 60
40 40
20 20
0 0
0 100000 200000 300000 400000 500000 0 100000 200000 300000 400000 500000
Chiffre d'affaires (en ‘000 de FCFA) Chiffre d'affaires (en ‘000 de FCFA)
Taille de l'intervalle de classe = 5000 Taille de l'intervalle de classe = 5000
2009 2010
250 500
450
200 400
Nombre d'entreprises
Nombre d'entreprises
350
150 300
250
100 200
150
50 100
50
0 0
0 100000 200000 300000 400000 500000 0 100000 200000 300000 400000 500000
Chiffre d'affaires (en ‘000 de FCFA) Chiffre d'affaires (en ‘000 de FCFA)
Taille de l'intervalle de classe = 5000
Taille de l'intervalle de classe = 5000
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 161
Principales statistiques
Tableau A5.1 : Principales statistiques 2003-2012
Les fermetures réelles d’entreprises n’apparaissant pas dans les données, nous les définissons par une sortie définitive
de la base de données (une fermeture est donc reportée lorsqu’une entreprise disparaît de la base de données de la
dernière année considérée). Cette définition aura pour conséquences de signaler de façon excessive des fermetures
et de créer un biais potentiel dans les tendances de fermetures d’entreprises au cours du temps si certaines d’entre
elles sortent des données et y entrent de nouveau des années plus tard. Pour évaluer l’étendue de ce biais, nous
examinons les tendances de création d’entreprises, en regardant à la fois les entrées dans la base de données et les
véritables créations, telles que définies dans les déclarations officielles d’année d’établissement. On observe un sur-
signalement attendu des créations, mais les tendances des taux de création sont assez semblables, quelle que soit la
méthode utilisée, à l’exception de 2010 et 2011, ce qui suggère que la tendance dégagée en utilisant notre définition
a peu de probabilité d’être erronée.
Afin de contrôler davantage la présence ou non d’un biais potentiel lié à la qualité de la collecte de données dans les
tendances de création observées, nous présentons les tendances concernant la taille à la création uniquement pour
les entreprises du régime normal. Si une meilleure collecte de données conduisait à des parts disproportionnées de
petites entreprises (entreprises du régime non normal) devant être incluses ces dernières années, nous pourrions
nous attendre à ce que la tendance de création pour les entreprises du régime normal soit très différente. Or, nous
observons une tendance semblable, quel que soit le type d’entreprises, ce qui suggère que la tendance observée de
diminution de la taille des entreprises lors de leur création n’est probablement pas liée aux données.
Note : Erreurs types des grappes entre parenthèses. *** p<0.01, ** p<0.05, * p<0.1. La croissance de l’emploi est
estimée d’après Davis, Haltiwanger et Schuh (1996) uniquement pour les entreprises en exploitation continue. Les
tailles et âges fictifs sont comme dans le Tableau 5.1. LP représente la productivité du travail (valeur ajoutée par
travailleur).
164 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Régressions salariales
D’après Van Reenan (1996), dans un modèle de négociation salariale, les salaires individuels peuvent s’écrire suivant
une fonction du produit marginal du travail, qui est proportionnel à la productivité du travail avec une fonction de Cobb-
Douglas, et d’autres caractéristiques relatives à l’entreprise et à son champ d’activité qui déterminent le pouvoir de
négociation entre l’entreprise et l’employé :
En faisant la moyenne de l’équation ci-dessus pour les différents employés et en tenant compte de la composition des
compétences, les régressions salariales au niveau entreprise peuvent être écrites comme suit, où nous contrôlons
salaires sectoriels et productivité pour prendre en compte les options externes d’emploi et la concentration d’emploi
du secteur comme mesure de la concurrence et du pouvoir de négociation de l’entreprise :
Notez que nos résultats doivent être uniquement interprétés en tant que corrélations. L’un des problèmes clés
d’endogénéité avec la spécification est que nous utilisons la productivité des revenus du travail (le problème persiste
même si nous utilisons la PTF des chiffres d’affaires). Dans un marché concurrentiel non parfait, cette mesure de la
productivité comprendra les prix de production et est également fonction des salaires (voir comme exemple Carlsson
et coll. 2016 pour une analyse).
2-digit ISIC rev 3.1 Part en Part Agrégé Part Part Ratio de la % du
agrégé en L de de part de main- travail
VA (%) agrégé facteur facteur d'œuvre non non
emp (K) (L) qualifiée dans qualifié
(%) la part totale de dans le
main-d'œuvre travail
total
01 - Agriculture, chasse, services 9,612 16,426 30 055 0,744 0,256 0,516 48,10%
annexes
15 - Fabrication de denrées 14,277 14,731 26 953 0,694 0,306 0,374 68,53%
alimentaires et de boissons
74 - Autres activités 4,367 12,914 23 629 0,374 0,626 0,332 69,48%
52 - Services de commerce de 4,632 6,448 11 797 0,586 0,414 0,231 50,61%
détail, sauf véhicules automobiles
et motocycles ; services de
réparation d'articles personnels et
domestiques
20 - Travail du bois et fabrication 3,833 5,776 10 568 0,622 0,378 0,528 72,41%
d'articles en bois et en liège,
à l'exception des meubles ;
fabrication d'articles en vannerie et
sparterie
63 - Activités de soutien et activités 9,218 4,942 9 043 0,659 0,341 0,217 41,36%
auxiliaires des transports ; activités
des agences de voyage
51 - Commerce de gros et services 6,408 4,539 8 304 0,691 0,309 0,192 55,33%
d'intermédiaires du commerce,
sauf de véhicules automobiles et
de motocycles
60 - Transports terrestres ; 3,041 3,980 7 282 0,478 0,522 0,287 45,41%
transport par conduites
45 - Construction 1,551 3,005 5 498 0,469 0,531 0,227 49,36%
24 - Fabrication de produits 1,709 2,929 5 360 0,534 0,466 0,299 68,44%
chimiques et produits connexes
25 - Fabrication de produits 1,135 2,481 4 540 0,566 0,434 0,421 66,87%
en caoutchouc et en matières
plastiques
50 - Commerce, entretien et 2,091 2,220 4 062 0,628 0,372 0,208 52,58%
réparation automobile ; commerce
de détail de carburants
80 - Éducation 0,658 2,196 4 018 0,430 0,570 0,175 30,27%
64 - Postes et télécommunications 9,780 2,011 3 680 0,776 0,224 0,064 19,71%
28 - Fabrication de produits 1,203 1,745 3 192 0,580 0,420 0,428 67,93%
métalliques, à l'exception des
machines et des équipements
17 - Fabrication de textiles 0,541 1,438 2 631 0,391 0,609 0,486 82,24%
55 - Hôtels et restaurants 0,468 1,061 1 942 0,418 0,582 0,311 51,85%
85 - Santé et action sociale 0,419 0,912 1 669 0,439 0,561 0,279 48,51%
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 167
La Côte d’Ivoire a de grands défis à relever pour rendre sa main-d’œuvre et son capital humain plus
compétitifs au niveau mondial. Les années de crise ont affecté la qualité de l’enseignement et sa capacité à fournir
aux enfants des compétences nécessaires pour être productifs dans la population active. Comme souligné dans le
chapitre 5, bien que les salaires ne soient pas nécessairement élevés dans le secteur formel, la faible productivité des
salariés contribue à augmenter le coût relatif de la main-d’œuvre et à freiner l’expansion des entreprises formelles.
Parallèlement, comme déjà mentionnées aux chapitres 3 et 4, l’éducation et les compétences jouent un rôle important
sur la productivité dans les emplois indépendants agricoles et non agricoles, notamment en permettant de tirer profit
des améliorations technologiques et des bonnes pratiques commerciales. Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire fait face
à un défi urgent de donner aux enfants d’aujourd’hui les moyens d’acquérir les compétences dont ils auront besoin
demain, et d’offrir à la population active actuelle des possibilités réelles d’améliorer ses compétences.
La fréquentation de l’école primaire a été affectée par la crise de 2002 à 2011 et la Côte d’Ivoire n’a pas encore
rattrapé son retard par rapport aux pays de la région104. Avant 2002, le taux moyen de scolarisation dans le primaire
de la Côte d’Ivoire était quasi équivalent à celui des pays en développement d’Afrique subsaharienne. Toutefois, le
taux brut de scolarisation, correspondant au nombre total des inscriptions exprimé en pourcentage de la population
en âge de fréquenter le primaire, s’est détérioré à partir de 2002, passant de 77 % cette même année à 70 % en
2007. Si le nombre d’inscrits a augmenté durant les années d’accalmie entre 2008 et 2010 (73 %), l’amélioration la
plus importante s’est produite après 2011, avec un taux de 90 % en 2014. En 2015, l’école est devenue obligatoire
jusqu’à 16 ans en Côte d’Ivoire. Cette mesure devrait aider le pays à combler l’écart avec les autres pays d’Afrique
subsaharienne dont le taux brut de scolarisation dans le primaire était de 99,6 % en 2013. Certaines inégalités dans
l’accès à l’éducation sont plus prononcées en Côte d’Ivoire que dans les autres pays en développement de l’Afrique
subsaharienne ; il est donc impératif de résoudre le problème de l’accès à l’enseignement de base pour permettre à
tous les enfants d’être effectivement inscrits à l’école et scolarisés.
La scolarisation dans l’enseignement secondaire et supérieur reste relativement faible, mais globalement
similaire à celle des autres pays d’Afrique subsaharienne. Il n’existe pas de série chronologique complète de
données en Côte d’Ivoire, mais s’agissant des années pour lesquelles des données sont disponibles, la scolarisation
dans l’enseignement secondaire et supérieur paraît similaire au taux moyen enregistré dans les pays en développement
d’Afrique subsaharienne (Figure 6.1). Par exemple, le taux brut de scolarisation dans le secondaire en Côte d’Ivoire
est passé de 24,3 % en 1999 à 39,1 % en 2013, et le taux moyen de 25,6 % à 41,2 % sur la même période.
Pour l’enseignement supérieur, la Côte d’Ivoire fait mieux que la moyenne des pays en développement d’Afrique
subsaharienne, avec un taux de scolarisation passant de 6,6 % à 9,1 % sur la même période, contre un taux passant
de 4,0 % à 8,1 % dans les pays en développement d’Afrique subsaharienne. Si elle reste à des niveaux similaires aux
autres pays d’Afrique subsaharienne, la scolarisation dans l’enseignement secondaire et supérieur en Côte d’Ivoire
reste relativement faible au regard des normes internationales.
104 Cette analyse s’appuie sur les données, sur les taux bruts de scolarisation primaire des Indicateurs de développement dans
le monde (WDI – World Development Indicators) consultés en juillet 2016. Les WDI citent comme source l’Institut de statistique de
l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et la définition du taux brut de scolarisation
comme étant le total des inscriptions dans un niveau spécifique d’éducation, sans distinction d’âge, exprimé en pourcentage de la
population officiellement scolarisable au même niveau pour une année scolaire donnée.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 171
120
100
80
60
40
20
Le taux de scolarisation des filles dans le primaire est particulièrement faible en Côte d’Ivoire. La scolarisation dans
l’enseignement primaire est à la traîne des autres pays en développement d’Afrique subsaharienne, plus particulièrement
pour les filles (Figure 6.2a et 6.2b). Avant le conflit enclenché en 2002, la scolarisation des filles dans le primaire était
inférieure d’environ 15 points de pourcentage à la moyenne régionale, à savoir 65 %, contre 80 % en moyenne dans les
pays en développement d’Afrique subsaharienne, alors que la scolarisation des garçons était de 88 % contre 93 % dans
les pays en développement d’Afrique subsaharienne. Le conflit et les crises ont affecté tant la scolarisation des garçons
que celle des filles. Toutefois, dès 2014, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, la scolarisation
des garçons était remontée à 96 %, contre une moyenne régionale de 103 %, tandis que la scolarisation des filles
s’établissait à 84 %, soit plus de 10 points de pourcentage en120dessous de la moyenne régionale de 96 %. L’inégalité
d’accès à l’éducation est donc particulièrement marquée chez les 100 filles. Cette analyse peut être complétée par d’autres
base de données de Côte d’Ivoire sur les taux bruts de scolarisation,
80
telles que l’Enquête démographique et de santé
de 2012 et l’Enquête nationale sur la situation de l’emploi et du travail des enfants de 2014 (ENSETE 2013). Si ces
60
deux enquêtes indiquent des taux bruts de scolarisation agrégés plus élevés – 95,7 % et 100,8 % respectivement –,
40
elles révèlent également des écarts entre les sexes avec des taux garçons/filles de 101,9 %/89,3 % et 107,3%/94,3 %,
respectivement. 20
Figure 6.2a : Taux brut de scolarisation des Figure 6.2b : Taux brut de scolarisation des garçons
filles dans l’enseignement primaire (%) dans l’enseignement
Côte d'Ivoire primaire (%) (pays en développement)
Afrique subsaharienne
120 120
100 100
80 80
60 60
40 40
20 20
0 0
Côte d'Ivoire Afrique subsaharienne (pays en développement) Côte d'Ivoire Afrique subsaharienne (pays en développement)
100
80
60
40
20
0
172 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Le coût de la scolarité est l’une des principales raisons de la non-scolarisation. Selon les données d’une enquête
récente, nombre de jeunes Ivoiriens ne peuvent fréquenter l’école en raison des frais inhérents105 à la scolarité (Figure
6.3a). Cela est plus particulièrement vrai pour les filles et les jeunes des populations à très faible revenu. Quant au
manque d’intérêt pour l’école, il est plus prévalent chez les garçons, les jeunes urbains et les jeunes des groupes
à revenu plus élevé. Cela montre que la majorité des groupes à faible niveau d’instruction (femmes, pauvres et
populations rurales) ont un accès limité à l’éducation. Ces groupes invoquent également la nécessité de travailler pour
justifier leur absence de l’école. Le faible niveau d’instruction de la population actuelle de jeunes est fort probablement
dû aux obstacles freinant l’accès à l’éducation.
100%
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
Urbaine Rurale Garçons Filles Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
(Zone (Zone
urbane) rurale)
Zone Genre Quintile de richesse Moyenne
nationale
Source : Calculs des auteurs à partir de l’Enquête nationale sur la situation de l’emploi et du
travail des enfants de 2014 (ENSETE 2013)
Seule une minorité des jeunes en âge de travailler a suivi un enseignement secondaire ou supérieur. Environ
13 % des jeunes sont diplômés du premier cycle de l’enseignement secondaire, 6 % du 2e cycle du secondaire et
5 % du postsecondaire. Cela signifie que seuls 24 % des jeunes en âge de travailler ont suivi des études au-delà du
primaire. Alors que la Côte d’Ivoire envisage de devenir une économie émergente dans la prochaine décennie, son
stock actuel de capital humain risque de freiner sa compétitivité au niveau mondial.
Le niveau d’instruction et le taux de scolarisation sont inégaux en Côte d’Ivoire. Les femmes, les pauvres et
les populations rurales sont moins instruits (Figures 6.3b et 6.3c). On observe des différences frappantes entre le
niveau d’instruction des femmes et celui des hommes : près de 47 % des femmes de 15 à 34 ans sont sans instruction,
tandis que plus de 71 % des hommes ont un certain niveau d’instruction. De plus, il y a proportionnellement plus
de garçons que de filles dans les cycles supérieurs de l’enseignement : 24 % de garçons contre 18 % de filles ont
suivi une scolarité primaire complète, 23,5 % de garçons contre 14 % de filles, une scolarité secondaire, et 6,5 % de
105 L’enquête met ensemble coût et distance, mais d’après le dernier rapport d’État du système éducatif national, la distance
intervient seulement pour 2,1 % parmi ces raisons dans la population des 6-11 ans et pour 1,4 % dans celle des 12-15 ans.
173
100%
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
90%
80%
70%
garçons contre 3,5 % de filles une scolarité postsecondaire. Des écarts marqués existent dans le niveau d’instruction
60%
des jeunes selon qu’ils vivent en zone urbaine ou rurale : 23,5 % d’urbains contre 19 % de ruraux avec une scolarité
primaire complète, 29 % contre 9 % avec une scolarité secondaire50%
quelconque, et 9 % contre 1,5 % avec une scolarité
postsecondaire. Comme il était prévisible, la corrélation entre 40% le niveau d’instruction et le revenu est significative
puisque seulement 26 % des jeunes du quintile de revenu le30%plus faible ont achevé l’école primaire, contre 69 %
des jeunes du quintile de revenu le plus élevé. C’est parmi les 20%
quintiles, les plus riches que se concentre le niveau
d’instruction secondaire et supérieur. Cette variation du niveau d’instruction s’explique vraisemblablement par une
10%
combinaison de facteurs, dont l’inégalité de l’offre éducative à travers les différentes zones et les différents groupes
socio-économiques ; les aspects concernant la demande ; et les 0%
obstacles
total à l’accès
garçons pour différents
filles groupes.
zone urbaine zone rurale
Sans instruction Primaire incomplet Primaire complet
Secondaire 1er cycle complet Secondaire 2e cycle complet Post-secondaire
Figure 6.3a : Niveau d’instruction, 15-34 ans Figure 6.3b : Niveau d’instruction, 15-34 ans, par
quintile de richesse
100% 100%
90% 90%
80% 80%
70% 70%
60% 60%
50% 50%
40% 40%
30% 30%
20% 20%
10% 10%
0% 0%
total garçons filles zone urbaine zone rurale 30 Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
Sans instruction Primaire incomplet Primaire complet Sans instruction Primaire incomplet Primaire complet
Secondaire 1er cycle complet Secondaire 2e cycle complet Post-secondaire Secondaire 1er cycle complet Secondaire 2e cycle complet Post-secondaire
25
Source : Calculs de l’auteur à partir de l’Enquête nationale sur la situation de l’emploi et du travail des enfants de 2014 (ENSETE 2013)
20
La qualité de l’enseignement primaire en Côte d’Ivoire 15 est à la traîne des autres pays en développement
100%
d’Afrique subsaharienne et limite les compétences acquises par les enfants à l’école. Le taux de redoublement
90%
10
en
80% primaire et le niveau actuel d’alphabétisation de la population active mettent en lumière l’importance de la qualité
de l’éducation en Côte d’Ivoire. Bien qu’en baisse ces dernières
70%
5 années, le taux de redoublement dans le primaire, est
supérieur d’environ 10 à 15 points de pourcentage à celui des autres pays d’Afrique subsaharienne.
60% 0
1990
1992
1993
1994
1995
1997
1998
2000
2001
2002
2003
2005
2006
2008
2010
2011
2013
1991
1996
1999
2004
2007
2009
2012
50%
Figure 6.4 : Redoublements dans le primaire, Figure 6.5Côte: d'Ivoire
Taux d’achèvement deen développement)
Afrique subsaharienne (pays l’école
total (% de la scolarisation totale)
40%
primaire, total (% du groupe d’âge pertinent)
30%
30 80
20%
70
25
10%
60
0%20
Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
50
Sans instruction Primaire incomplet Primaire complet
15 Secondaire 1er cycle complet Secondaire 2e cycle complet Post-secondaire 40
30
10
20
5
10
0 0
1990
1992
1993
1994
1995
1997
1998
2000
2001
2002
2003
2005
2006
2008
2010
2011
2013
1991
1996
1999
2004
2007
2009
2012
Côte d'Ivoire Afrique subsaharienne (pays en développement) Côte d'Ivoire Afrique subsaharienne (pays en développement)
70
60
174 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
La qualité de l’enseignement a des répercussions sur les compétences acquises par les enfants grâce au
système éducatif. Bien que le niveau d’instruction ait augmenté ces dernières années, un grand nombre d’enfants font
peu d’apprentissages à l’école. Les données tirées des tests standardisés des jeunes écoliers montrent que beaucoup
d’entre eux n’acquièrent pas de compétences suffisantes au fil du temps. De précédentes données sur les tests
d’évaluation PASEC Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la confemen) de 2009 révèlent un faible niveau
de compétences en français et en mathématiques, et une faible amélioration de ces compétences en cours d’année
scolaire (République de Côte d’Ivoire, 2012). Par exemple, près de 40 % des élèves présentent de sérieuses lacunes
en français et en mathématiques à l’entrée au CE1. Après une année scolaire complète, la proportion d’élèves avec de
sérieuses lacunes en français ne diminue pas, et la proportion d’élèves avec de sérieuses lacunes en mathématiques ne
baisse que légèrement, jusqu’à 30 %. En fin d’année scolaire, seuls 14 % des élèves sont jugés avoir des compétences
suffisantes en français, et 27 % en mathématiques (Figure 6.6a). De récentes données de comparaison entre les pays,
tirées de l’évaluation PASEC 2014, montrent que les élèves de CM2 sont en retard par rapport à ceux des autres pays
francophones de la région (Figure 6.6b, PASEC 2016). Les scores en mathématiques sont particulièrement faibles et
moins de 25 % des élèves passent les exigences minimales de compétences. Les scores en français sont plus proches
du niveau moyen obtenu dans les autres pays, mais seuls 45 % des élèves passent les exigences minimales.
Figure 6.6a : Niveau de compétences des jeunes écoliers par rapport à la norme prévue
Source : Résultats des évaluations PASEC 2009 pour les enfants à l’entrée et à la sortie du CE1 (République de
Côte d’Ivoire, 2012).
80
70
Source : Résultats de l’évaluation PASEC 2014 (PASEC, 2016).
60
80
50
70
40
60
30
50
20
40
10
30
0
20 1998 2000 2010/2012
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 175
En raison des disparités de scolarisation et des compétences limitées acquises par les écoliers, les taux
d’alphabétisation sont relativement faibles106. Il est difficile de trouver des séries chronologiques de données
comparables au niveau international pour les taux d’alphabétisation. Les données WDI laissent à penser que les taux
d’alphabétisation ont décliné en Côte d’Ivoire de 2000 à 2012, à la fois pour les adultes de plus de 15 ans et pour les
15-24 ans (Figures 6.7a et 6.7b). En 2000, les adultes entrant dans la population active avaient vraisemblablement un
niveau de compétences supérieur à celui des adultes entrant dans la population active en 2012.
Figure 6.7a : Taux d’alphabétisation, total des adultes (% des 15 ans et plus)
80
70
80
60
70
50
60
40
50
30
40
20
30
10
20
0
10 1998 2000 2010/2012
0 Côte d’Ivoire - hommes Afrique subsaharienne (pays en développement) - hommes
1998 2000 2010/2012
Côte d’Ivoire - femmes Afrique subsaharienne (pays en développement) - femmes
Côte d’Ivoire - hommes Afrique subsaharienne (pays en développement) - hommes
Côte d’Ivoire - femmes Afrique subsaharienne (pays en développement) - femmes
Figure
80 6.7b : Taux d’alphabétisation, total des adultes (% des 15-24 ans)
70
80
60
70
50
60
40
50
30
40
20
30
10
20
0
1998 2000 2010/2012
10
Source : Calculs des auteurs à partir des indicateurs du développement dans le monde
Concernant le niveau d’instruction, la Côte d’Ivoire accuse un retard par rapport aux économies africaines
émergentes, dont le Nigeria (Figures 6.8a et 6.8b). Par exemple, en 2010, environ 46 % des 20-64 ans étaient sans
instruction en Côte d’Ivoire, contre environ 33 % au Nigeria. Par ailleurs, le pourcentage des 20-64 ans n’ayant pas
achevé le primaire est beaucoup plus important en Côte d’Ivoire (20 %) qu’au Nigeria (5 %). Tandis que le Nigeria voit
augmenter la proportion de la population scolarisée dans le deuxième cycle de l’enseignement secondaire et dans le
postsecondaire, la base de référence et les prévisions pour la Côte d’Ivoire sont également plus modestes.
Par rapport aux économies émergentes non africaines telles que l’Indonésie, la Côte d’Ivoire doit fournir
beaucoup d’efforts pour rattraper son retard dans le niveau d’instruction, en particulier dans l’enseignement
primaire (Figure 6.8c). L’Indonésie dépasse de loin la Côte d’Ivoire pour le niveau d’instruction primaire et secondaire
des 20-64 ans. Cela montre la transition ambitieuse que la Côte d’Ivoire doit engager en matière d’amélioration
des compétences de sa population active pour devenir compétitive à l’échelle mondiale avec d’autres économies
émergentes.
106 Cette partie de l’analyse s’appuie sur les données WDI qui citent comme source l’Institut de statistique de l’UNESCO.
176 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
0,5
0,45
0,5
0,4
0,5
0,45
0,35
0,45
0,4
0,3
0,4
0,35
0,25
0,35
0,3
0,2
0,3
0,25
0,15
0,25
0,2
0,1
0,2
0,15
0,05
0,15
0,1
0
0,1 Sans instruction
0,05 Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
0,050 incomplet cycle cycle
0 Sans instruction Primaire Primaire
2010 2015
Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
2020
Sans instruction incomplet
Primaire Primaire cycle 1er Secondaire
Secondaire cycle 2e Post-secondaire
incomplet cycle cycle
2010 2015 2020
Figure
0,5 6.8b : Niveau d’instruction2010
au Nigeria
2015 –2020
20-64 ans
0,45
0,5
0,4
0,5
0,45
0,35
0,4
0,45
0,3
0,35
0,4
0,25
0,3
0,35
0,2
0,25
0,3
0,15
0,2
0,25
0,1
0,15
0,2
0,05
0,1
0,15
0
0,05
0,1 Sans instruction Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
0,050 incomplet cycle cycle
Sans instruction Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
0 incomplet 2010 2015 2020
cycle cycle
Sans instruction Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
incomplet 2010 2015 cycle
2020 cycle
0,5 2010 2015 2020
0,45
Figure
0,5 6.8c : Niveau d’instruction en Indonésie –20-64 ans
0,4
0,45
0,5
0,35
0,4
0,45
0,3
0,35
0,4
0,25
0,3
0,35
0,2
0,25
0,3
0,15
0,2
0,25
0,1
0,15
0,05
0,2
0,1
0
0,15
0,05
0,1 Sans instruction Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
0 incomplet cycle cycle
0,05 Sans instruction Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
0 incomplet 2010 2015 2020
cycle cycle
Sans instruction Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
2010 2015 2020
incomplet cycle cycle
La faiblesse du niveau d’instruction des femmes freine la productivité du travail en Côte d’Ivoire (Figure 6.9).
Par rapport au Nigeria et à l’Indonésie, la Côte d’Ivoire compte une proportion plus élevée de femmes actives sans
instruction ou n’ayant pas achevé le primaire. Bien que le Nigeria soit également à la traîne de l’Indonésie pour la
scolarisation des filles dans le primaire et le premier cycle du secondaire, le pays fait relativement mieux dans le
deuxième cycle du secondaire et le postsecondaire. La Côte d’Ivoire est toutefois à la traîne de l’Indonésie pour la
scolarisation des filles à tous les niveaux d’éducation.
Figure 6.9 : Niveau d’instruction des femmes en Côte d’Ivoire – (20-64 ans, 2010)
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
Sans instruction Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
incomplet cycle cycle
La crise de 2011 en Côte d’Ivoire a marqué un tournant décisif pour l’enseignement supérieur dans le pays, car elle
a gravement perturbé l’enseignement dispensé par les universités publiques. Le gouvernement a dû fermer trois des
principales universités publiques pendant dix-huit mois entre 2011 et 2012, afin de stabiliser les efforts de maintien de la paix
dans le pays et de réhabiliter les structures physiques et les équipements gravement endommagés durant le conflit. Par
ailleurs, le gouvernement a commencé en 2012 à mettre en œuvre le nouveau système Licence-Master-Doctorat (LMD)
– adopté à l’origine en 2009 par voie législative, mais devenu opérationnel en 2012 seulement. Le passage au système
LMD devrait améliorer l’efficacité de l’enseignement supérieur en rationalisant les filières éducatives et en fournissant
une homologation internationale. Il devrait ainsi augmenter la compétitivité de la population active, tout en favorisant une
éventuelle mobilité professionnelle à travers les frontières régionales et internationales.
Depuis 2012, la fin de la crise et l’amélioration de la stabilité sociopolitique, la scolarisation dans l’enseignement
supérieur est revenue à son niveau antérieur, avec un total de 176 000 étudiants inscrits, soit 866 étudiants inscrits
pour 100 000 habitants dans le pays. La Figure 6.10 montre les tendances de la scolarisation par type d’établissement
et par domaine d’études. Elle indique que la scolarisation dans les établissements publics a fortement repris en 2012 et
2013, atteignant plus de 98 000 étudiants en 2013-2014. Elle indique également que les établissements privés jouent un
rôle majeur dans l’accueil des étudiants dans l’enseignement supérieur, plus particulièrement pendant la période de conflit
où les établissements privés, qui représentaient 80 % du total des étudiants inscrits, ont permis aux étudiants qui en avaient
les moyens de poursuivre leurs études. En 2013-2014, la proportion des étudiants inscrits dans les établissements privés
a diminué de 44 %.
Entre 2010 et 2011 et 2013 et 2014, des évolutions importantes entre les domaines d’études choisis par les
étudiants ont été observés dans l’enseignement supérieur. La tendance générale montre que, bien que le domaine
Commerce et administration soit resté le plus populaire en 2013-2014, la proportion des effectifs scolarisés dans ce
domaine a diminué entre 2010-2011 et 2013-2014. Parallèlement, les effectifs scolarisés dans les domaines scientifiques
ont également diminué, tandis que d’autres domaines, tels que Lettres et sciences sociales, semblent représenter une plus
grande proportion des effectifs.
0,6
0 instruction
Sans Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
Sans instruction Primaire
incomplet Primaire Secondaire
cycle 1er Secondaire
cycle 2e Post-secondaire
178 0,5 incomplet cycle cycle
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Côte d'Ivoire Nigéria Indonésie
Côte d'Ivoire Nigéria Indonésie
0,4
0,3
Figure 6.10 : Tendances de l’enseignement supérieur et des domaines d’études
0,2
0,1
0
Sans instruction Primaire Primaire Secondaire 1er Secondaire 2e Post-secondaire
incomplet cycle cycle
Source : Estimation des auteurs d’après les données « Education Management Education System” (EMIS) pour la, Côte d’Ivoire
Quant à l’accès à l’enseignement supérieur, l’on constate peu d’amélioration entre 2008 et 2015 ainsi qu’une
persistance des disparités d’accès selon le sexe et le quintile de richesse. La Figure 6.11 indique le taux brut
de scolarisation (TBS) dans l’enseignement supérieur selon le sexe et le quintile de richesse. Au niveau national,
l’accès à l’enseignement supérieur reste relativement inchangé, passant de 6 % à 8 % entre 2008 et 2015. Ce chiffre
montre également que l’écart entre les sexes a légèrement diminué dans le temps, avec une amélioration du TBS
des femmes passant de 4 à 7 %, à comparer au TBS des hommes, passé de 8 à 10 % au cours de la même période.
L’accès selon le quintile de richesse montre que l’enseignement supérieur tend à être plus accessible aux familles
aisées et que la tendance s’est aggravée entre 2008 et 2015. En 2015 par exemple, 19 % des ménages les plus riches
se sont inscrits dans l’enseignement supérieur, contre 1 % du quintile le plus pauvre.
Une comparaison internationale du niveau d’accès à l’enseignement supérieur montre que, si le bilan du
pays est bon par rapport à d’autres pays francophones d’Afrique subsaharienne, il y a encore matière à
amélioration, surtout par rapport à d’autres pays à revenu intermédiaire. La Figure 6.12 indique le taux brut de
scolarisation dans l’enseignement supérieur (TBS) et l’indice de parité entre les sexes (IPS) pour la Côte d’Ivoire, ainsi
que le taux brut de scolarisation par rapport au produit intérieur brut (PIB) des pays par habitant.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 179
Source : Estimation des auteurs d’après ENV 2008 et 2015 et de récentes enquêtes auprès des ménages et l’UNESCO pour les
autres pays. ASS : Afrique Subsaharienne. GER : taux brut de scolarisation. GPI : indice de parité entre les sexes.
100%
100%
Avec
80% un taux brut de scolarisation de 8 % et un indice de parité entre les sexes de 0,7, la Côte d’Ivoire se comporte
80%
beaucoup mieux que les autres pays francophones d’Afrique subsaharienne, dont le taux brut de scolarisation
correspondant est de 5,3 % et l’indice de parité entre les sexes de 0,67. Le bilan de la Côte d’Ivoire se rapproche de la
60%
moyenne
60% des taux brut de scolarisation en Afrique subsaharienne qui est de 8 %, bien que le pays reste en dessous
de l’indice moyen de parité entre les sexes qui est de 0,78. Par rapport au PIB par habitant, la Côte d’Ivoire figure
parmi
40% les meilleurs taux brut de scolarisation de la région. En revanche, si l’on compare le bilan de la Côte d’Ivoire
40%
à celui des pays à revenu intermédiaire qui ont un taux brut de scolarisation de 12 % et un indice de parité entre les
sexes de 0,88, la Côte d’Ivoire enregistre un retard, indiquant que le pays peut encore améliorer substantiellement
20%
l’accès
20% à l’enseignement supérieur.
60% 60%
60% 60%
40% 40%
40% 40%
20% 20%
20% 20%
0% 0%
180 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
100%
80%
60%
40%
20%
0%
Aucune instruction Études primaires Études primaires Études secondaires - Études secondaires - Études supérieures
incomplètes complètes premier cycle - complètes second cycle - complètes
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013)
100% 100%
100% 100%
Le secteur 80%d’emploi
80% 80% varie en fonction du sexe et du niveau 80% d’instruction. L’emploi dans l’agriculture est plus
répandu chez les hommes, tandis que les emplois indépendants non agricoles sont plus fréquents chez les femmes
(Figures 6.14a
60% 60%et 6.14b). On trouve une forte proportion d’hommes
60% 60% et de femmes sans instruction dans l’agriculture
(69 % et 60 %, respectivement). Cependant, à mesure que le niveau d’instruction augmente, les femmes sont plus
susceptibles d’avoir un emploi indépendant non agricole que les hommes, qui restent plutôt dans l’agriculture ou
40% 40%
40% 40%
accèdent à un emploi salarié. On trouve plus d’hommes dans les emplois salariés à chaque niveau d’instruction, ce qui
indique qu’il est plus difficile pour les femmes d’accéder à ce secteur. Cela pourrait être dû à des préférences ou des
20% 20%
20% 20%
contraintes personnelles, comme des difficultés à trouver un équilibre entre la garde d’enfants et un travail salarié à
horaires fixes, ou le souhait de bénéficier de la souplesse offerte par les emplois indépendants, ou encore la réticence
0% 0%
0% 0%
des employeurs à embaucher
Aucune
Aucune instruction
instruction desÉtudes
femmes.
Études primaires
primaires Étudesprimaires
Études primaires Étudessecondaires
Études secondaires-- Étudessecondaires
Études secondaires-- Étudessupérieures
Études supérieures
Aucune Études primaires Études primaires Études Études Études Aucune Études primaires Études primaires Études Études Études
incomplètes
incomplètes complètes
complètes premiercycle
premier cycle--complètes
complètes secondsecondcycle cycle--complètes
complètes
instruction incomplètes complètes secondaires - secondaires - supérieures instruction incomplètes complètes secondaires - secondaires - supérieures
Figure 6.14a : Secteur d’emploi premier
par cycleniveau
Agriculture
Agriculture - second cycle -
Emplois
Emplois indépendantsFigure
indépendants nonagricoles
non agricoles6.14bEmplois
: Secteur
Emplois salariés premier
salariés cycle - second cycle
d’emploi par-
complètes complètes complètes complètes
d’instruction, Hommes niveau d’instruction, Femmes
Agriculture Emplois indépendants non agricoles Emplois salariés Agriculture Emplois indépendants non agricoles Emplois salariés
100%
100% 100%
100%
80%
80% 80%
80%
60%
60% 60%
60%
40%
40% 40%
40%
20%
20% 20%
20%
0%
0% 0%0%
Aucune Études
Aucune Étudesprimaires
primairesÉtudes
Étudesprimaires
primaires Études
Études Études
Études Études
Études Aucune Études
Aucune Étudesprimaires
primairesÉtudes
Étudesprimaires
primaires Études
Études Études
Études Études
Études
instruction incomplètes
instruction incomplètes complètes
complètes secondaires
secondaires-- secondaires
secondaires-- supérieures
supérieures instruction incomplètes
instruction incomplètes complètes
complètes secondaires
secondaires- - secondaires
secondaires- - supérieures
supérieures
premiercycle
premier cycle-- second
secondcycle
cycle-- premiercycle
premier cycle- - second
secondcycle
cycle- -
complètes complètes
complètes complètes complètes complètes
complètes complètes
Agriculture
Agriculture Emploisindépendants
Emplois indépendantsnon
nonagricoles
agricoles Emploissalariés
Emplois salariés Agriculture
Agriculture Emploisindépendants
Emplois indépendantsnon
nonagricoles
agricoles Emploissalariés
Emplois salariés
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013)
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 181
Parmi les travailleurs salariés, l’accès à des emplois salariés dans le secteur formel avec un contrat augmente
proportionnellement au niveau d’instruction, tant pour les hommes que pour les femmes (Figure 6.15). Chez les
travailleurs sans instruction ou n’ayant pas achevé l’école primaire, seulement environ 50 % des hommes obtiennent
des contrats dans le secteur salarié, alors que c’est le cas de plus de 70 % des hommes ayant suivi des études
supérieures. Chez les travailleurs sans instruction ou n’ayant pas achevé l’école primaire, seulement près de 45 %
des femmes obtiennent des contrats dans le secteur salarié, alors que c’est le cas de près de 85 % des femmes ayant
suivi des études supérieures.
L’éventail de compétences par secteur d’emploi varie selon le sexe (Figure 6.16). Par exemple, dans l’agriculture,
les femmes ont un très faible niveau d’instruction. En effet, plus de 80 % des femmes âgées de 15 à 24 ans et de 25 à 34
ans n’ont aucune instruction ou ont seulement terminé l’école primaire. En revanche, chez les hommes âgés de 15 à 24
ans et de 25 à 34 ans, environ 30 % de ceux travaillant dans l’agriculture ont suivi des études secondaires de premier
cycle ou plus longues. Dans le secteur salarié, les femmes qui trouvent un emploi ont des niveaux d’instruction plus
élevés que leurs collègues masculins. Ces données semblent indiquer que les femmes pourraient avoir besoin d’un
niveau d’études supérieur pour accéder à des emplois salariés. Les emplois indépendants non agricoles présentent
une répartition similaire des niveaux de compétence par sexe. Par conséquent, ce secteur pourrait être une catégorie
hétérogène dans lequel travaillent les femmes trop bien éduquées pour trouver des opportunités d’emploi attractives
dans l’agriculture, mais qui n’accèdent pas au secteur salarié.
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
Aucune instruction Études primaires Études primaires Études secondaires - Études secondaires - Études supérieures
incomplètes complètes premier cycle - second cycle -
complètes complètes
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013)
100% 100%
90% 90%
80% 80%
70% 70%
60% 60%
50% 50%
40% 40%
30% 30%
20% 20%
10% 10%
0% 0%
Agriculture Emplois indépendants non Emplois salariés Agriculture Emplois indépendants non Emplois salariés
agricoles agricoles
Aucune instruction Études primaires incomplètes Aucune instruction Études primaires incomplètes
Études primaires complètes Études secondaires - premier cycle - complètes Études primaires complètes Études secondaires - premier cycle - complètes
Études secondaires - second cycle - complètes Études supérieures Études secondaires - second cycle - complètes Études supérieures
100% 100%
90% 90%
80% 80%
70% 70%
10%
182 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
0%
Aucune instruction Études primaires Études primaires Études secondaires - Études secondaires - Études supérieures
incomplètes complètes premier cycle - second cycle -
complètes complètes
100% 100%
90% 90%
80% 80%
70% 70%
60% 60%
50% 50%
40% 40%
30% 30%
20% 20%
10% 10%
0% 0%
Agriculture Emplois indépendants non Emplois salariés Agriculture Emplois indépendants non Emplois salariés
agricoles agricoles
Aucune instruction Études primaires incomplètes Aucune instruction Études primaires incomplètes
Études primaires complètes Études secondaires - premier cycle - complètes Études primaires complètes Études secondaires - premier cycle - complètes
Études secondaires - second cycle - complètes Études supérieures Études secondaires - second cycle - complètes Études supérieures
100% 100%
90% 90%
80% 80%
70% 70%
60% 60%
50% 50%
40% 40%
30% 30%
20% 20%
10% 10%
0% 0%
Agriculture Emplois indépendants non Emplois salariés Agriculture Emplois indépendants non Emplois salariés
agricoles agricoles
Aucune instruction Études primaires incomplètes Aucune instruction Études primaires incomplètes
Études primaires complètes Études secondaires - premier cycle - complètes Études primaires complètes Études secondaires - premier cycle - complètes
Études secondaires - second cycle - complètes Études supérieures Études secondaires - second cycle - complètes Études supérieures
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013)
Il y a une prime de revenu proportionnelle au niveau d’instruction dans le travail salarié, tant pour les hommes
que les femmes, mais les profils des revenus sont hétérogènes pour chacun des sexes (Figure 6.17). Parmi les
hommes, on observe un écart significatif des salaires entre ceux qui ont suivi des études secondaires de deuxième
cycle et ceux qui ont fait des études supérieures (le salaire passe de 132 000 FCFA par mois à 270 000 FCFA par
mois). Le reste du profil de salaire augmente proportionnellement au niveau d’instruction, mais à un rythme inférieur.
Pour les femmes, la prime salariale au niveau de l’enseignement primaire est peu élevée (de 27 000 FCFA par mois
sans instruction à 43 000 FCFA par mois pour celles qui ont achevé l’école primaire), mais elle est très élevée à
des niveaux d’instruction supérieurs. En outre, l’augmentation relative de la prime salariale pour un enseignement
secondaire est plus importante pour les femmes que pour les hommes (de 43 000 à 74 000 FCFA par mois en passant
à l’enseignement secondaire de premier cycle, de 43 000 à 118 000 FCFA par mois pour l’enseignement secondaire de
deuxième cycle, à comparer à respectivement 76 000, à 109 000 FCFA par mois et 76 000 FCFA, à 132 0000 FCFA par
mois pour les hommes). Malgré des primes salariales relativement élevées, en termes absolus, la prime est inférieure
pour les femmes, comme le montre la persistance d’un écart de rémunération entre les deux sexes. Globalement,
dans l’emploi salarié, les femmes reçoivent des salaires largement inférieurs pour tous les niveaux d’instruction.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 183
Figure 6.17 : Revenus moyens dans l’emploi salarié, par niveau d’instruction et Genre
3 00.000
250.000
200.000
150.000
100.000
50.000
0
Aucune instruction Études primaires Études primaires Études secondaires - Études secondaires - Études supérieures
incomplètes complètes premier cycle - second cycle -
complètes complètes
Hommes Femmes
3 00.000
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013)
250.000
Malgré une prépondérance
70.000 des femmes dans les emplois indépendants non agricoles, les hommes obtiennent
des revenus supérieurs.
60.000 Par ailleurs, un niveau d’instruction supérieur ne permet d’accroître les revenus que
200.000
pour les femmes50.000ayant atteint les niveaux d’instruction les plus élevés (Figure 6.18). Tant pour les hommes que
pour les femmes, la corrélation entre le niveau d’instruction et les revenus dans les emplois indépendants non agricoles
40.000
est faible. Par exemple, pour
150.000les hommes sans instruction, le revenu moyen est de 52 000 FCFA par mois, et pour ceux
30.000
ayant suivi un enseignement secondaire de deuxième cycle ou plus, leurs revenus passent à seulement 63 000 FCFA par
mois. Les avantages liés100.000
20.000
à des années d’études supplémentaires sont plus importants pour les femmes ayant les niveaux
d’instruction les plus élevés (enseignement secondaire de deuxième cycle ou supérieur), car leurs revenus moyens sont
10.000
d’environ 46 000 FCFA 0 par mois, à comparer à 31 000 FCFA par mois ou moins pour les autres niveaux d’instruction. Il est
50.000
Aucune Études Études Études Études
cependant frappant de noter un écart
instruction de rémunération
primaires primaires entre les
secondaires sexes -à tous les niveaux d’instruction, en moyenne de plus
- secondaires
incomplètes complètes premier cycle - second cycle -
de 20 000 FCFA par mois. Cela 0
pourrait s’expliquer par des différences
complètes complètes dans l’accès à d’autres ressources non identifiées
dans cette analyse.107 L’analyse complémentaire
Aucune instruction au chapitre
Études primaires 4 montre que les travailleurs
Études primaires indépendants
Études secondaires - ne -disposent
Études secondaires pas
Études supérieures
incomplètes complètes premier cycle - second cycle -
généralement des compétences de base Hommes en calculFemmes
ou ont un niveau d’instruction minime (voir Encadré A4.1 et Tableau A4.2
complètes complètes
60.000
15%
50.000
10% 40.000
30.000
5%
20.000
0% 10.000
Age 14-24 Age 25-34 Age 35-64 Age 65+
0 Hommes Fammes
Aucune Études Études Études Études
instruction primaires primaires secondaires - secondaires -
incomplètes complètes premier cycle - second cycle -
complètes complètes
Hommes Femmes
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi
25%2014 (ENSETE 2013)
50.000
184 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
40.000
30.000
20%
15%
10%
5%
0%
Age 14-24 Age 25-34 Age 35-64 Age 65+
Hommes Fammes
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi
2014 (ENSETE 2013)
Les personnes ayant un faible niveau d’instruction ont peu de possibilités d’accéder à des formations en dehors du
système scolaire (Figure 6.20). La participation à des formations augmente proportionnellement le niveau d’instruction, et
avance à un rythme plus rapide pour les femmes que pour les hommes. Par exemple, parmi les personnes sans instruction,
6 % des hommes signalent avoir suivi une formation au cours des 5 dernières années, contre 2 % des femmes. Mais
parmi ceux ayant suivi des études supérieures, 32 % des hommes indiquent avoir suivi une formation au cours des 5
dernières années, contre 39 % de femmes. Les raisons fréquemment avancées pour la non-participation à des programmes
de formation sont notamment : « aller à l’école » (pour les 14-24 ans), « avoir un travail » (pour les 25-34 ans) et le manque
de moyens ou d’établissements (tous les groupes d’âge).
Figure 6.20 : Participation à des formations, par sexe et par niveau d’instruction
45%
40%
35%
30%
25%
20%
15%
10%
5%
0%
Aucune instruction Études primaires Études primaires Études secondaires - Études secondaires - Études supérieures
incomplètes complètes premier cycle - second cycle -
complètes complètes
Hommes Femmes
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014
(ENSETE
450 2013)
400
108 Dans cette partie, nous nous concentrons sur les formations fournies en dehors du système scolaire formel, parfois appelées
formations « postscolaires 350
».
300
45%
40%
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 185
35%
30%
Les formations fournies25% par des prestataires privés sont les plus courantes. L’apprentissage traditionnel est
la forme la plus courante
20%
de formation en dehors du système scolaire, en particulier chez les hommes (Figure
6.21). Environ 59 % des hommes, âgés de 14 à 24 ans et 44 % des hommes âgés, de 25 à 34 ans participant à des
formations « postscolaires
15%
» sont dans ce type de formation. L’apprentissage formel puis les formations techniques
et professionnelles privées
10% constituent ensuite les formes les plus fréquentes de formation pour les hommes et
les femmes. Ces formations
5%
sont plus fréquentes chez les 25-34 ans que chez les 14-24 ans. Si l’apprentissage
traditionnel est plus commun chez les femmes, ces dernières sont moins nombreuses que les hommes à y participer
et les apprentissages 0% formels et les formations
Aucune instruction Études primaires privées comptent
Études primaires une proportion
Études secondaires significative
- Études secondaires de femmes parmi les
- Études supérieures
participants. incomplètes complètes premier cycle -
complètes
second cycle -
complètes
Hommes Femmes
Figure 6.21 : Types de formations les plus courantes
450
400
350
300
250
200
150
100
50
0
Apprentissage Apprentissage Formation Formation Formation en Autres formations
formel traditionnel professionnelle ou professionnelle ou entreprise
technique privée technique
publique
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014
(ENSETE
100% 2013)
90%
80%
L’apprentissage traditionnel
70%
attire des participants de tous niveaux d’instruction, tandis que la formation
privée et publique et la formation sur le lieu de travail attirent des participants ayant un niveau d’études
60%
supérieur (Figure 6.22). Environ 58 % des participants à l’apprentissage traditionnel ont, au maximum, suivi des études
50%
primaires. Cette proportion descend à 25 % dans l’apprentissage formel, 29 % dans la formation privée, 17 % dans
40%
la formation publique et 22 % dans la formation en entreprise. La formation fournie dans le cadre de l’apprentissage
30%
traditionnel est la plus accessible pour les personnes ayant un faible niveau d’instruction, tandis que les autres
20%
types de formations exigent un niveau d’études plus élevé. Comme nous le verrons ci-après, les apprentissages
10%
traditionnels sont assurés par des maîtres-artisans privés dans des micro-entreprises ou petites entreprises. Dans
0%
ce système, les apprentis Apprentissage
constituent formel une main-d’œuvre
Apprentissage Formationgratuite
privée ou bon
Formation publiquemarché
Formation enen échangeAutrede l’apprentissage de
entreprise
traditionnel
compétences spécifiques à un métier.
Aucune instruction Études primaires incomplètes
Études primaires complètes Études secondaires - premier cycle - complètes
Études secondaires - second cycle - complètes Études supérieures
50
0
186 Emploi, Productivité etApprentissage
Inclusion pour Réduire la Pauvreté
Apprentissage Formation: Un diagnostic
Formation de laFormation
situationende Autres
l’emploi en Côte d’Ivoire
formations
formel traditionnel professionnelle ou professionnelle ou entreprise
technique privée technique
publique
100%
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
Apprentissage formel Apprentissage Formation privée Formation publique Formation en entreprise Autre
traditionnel
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013)
Les travailleurs salariés ont le taux de participation le plus élevé aux formations en dehors du système
scolaire. Cela vient confirmer l’observation selon laquelle la plupart des participants aux formations ont des niveaux
d’instruction supérieurs et les personnes les plus instruites trouvent des emplois dans le secteur salarié. La plupart
des opportunités de formation sont destinées à favoriser l’accès à l’emploi salarié. L’apprentissage traditionnel est la
principale source d’acquisition de compétences pour les emplois indépendants non agricoles. En revanche, il y a très
peu de sources de formation dans le secteur agricole. Seule une très faible proportion de travailleurs indépendants
agricoles a participé à une formation (8 % des hommes et 2 % des femmes).
30%
25%
20%
15%
10%
5%
0%
Emplois indépendants non agricoles Agriculture Emplois salariés
Hommes Femmes
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013)
70.000
Les données sur les60.000
retours sur investissement des formations en dehors du système scolaire sont limitées
et les résultats mitigés. Dans les emplois indépendants non agricoles, les formations semblent principalement
50.000
associées à des revenus supérieurs pour les personnes ayant un faible niveau d’instruction (Figures 6.24a et 6.24b).
On observe une corrélation
40.000 limitée entre formation postscolaire et revenus pour ceux ayant un niveau d’instruction
30.000
20.000
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 187
30%
élevé ou dans le secteur salarié. Malgré la plus forte participation aux formations des personnes ayant un niveau
d’instruction élevé
30%
25%
ou occupant des emplois salariés, il semble que cela entraîne très peu ou pas d’avantages en
termes de revenus moyens pour ces groupes. Les personnes ayant, au plus, suivi des études primaires semblent
obtenir un avantage, en termes de revenus moyens, lorsqu’elles participent à une formation. L’augmentation des
25%
20%
revenus est plus élevée pour les personnes employées dans des entreprises individuelles non agricoles que pour
les travailleurs salariés. Ces résultats pourraient suggérer que la formation est suivie, d’une part, par les personnes
20%
15%
ayant un niveau d’instruction élevé, mais une productivité initiale faible, pour compléter leur instruction et les aider à
accéder à des emplois mieux rémunérés, et d’autre part par les personnes ayant fait peu d’études et souhaitant avoir
un emploi indépendant
15%
10%
dans un métier exigeant des qualifications spécifiques pour accéder à des revenus potentiels
supérieurs. Quoi qu’il en soit, seule une minorité de la population active suit des formations et les données actuelles
suggèrent que cela 5% a peu d’effet sur les revenus pour la majorité des participants. Les données existantes ne suffisent
10%
pas à analyser plus en détail le changement de productivité des personnes participant à des formations, ni la qualité
des formations. 5% 0%
Emplois indépendants non agricoles Agriculture Emplois salariés
Hommes Femmes
Figure 6.24a : Revenus mensuels et formations dans les emplois indépendants non
0%
agricoles
Emplois indépendants non agricoles Agriculture Emplois salariés
Hommes Femmes
70.000
60.000
70.000
50.000
60.000
40.000
50.000
30.000
40.000
20.000
30.000
10.000
20.0000
Source : Calcul des auteurs sur la base de l’Enquête nationale sur l’emploi 2014 (ENSETE 2013)
188 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Alors que l’apprentissage informel est la principale source de formation postscolaire (en particulier pour
les jeunes peu qualifiés), c’est un sujet souvent négligé dans les discussions de politique relatives aux
compétences, qui tendent à s’attacher au système éducatif et aux formations offertes par le système public.
Jusque récemment, il existait très peu de données sur le fonctionnement des marchés de l’apprentissage en Côte
d’Ivoire, y compris sur le profil des entreprises proposant des apprentissages ou sur le processus par lequel les
apprentis trouvent une entreprise et les entreprises des apprentis. La présente section se fonde sur les données
d’une récente enquête auprès d’entreprises ayant exprimé leur intérêt à accueillir des apprentis dans le cadre du
Projet emploi jeune et développement des compétences (PEJEDEC, voir Crépon et Premand, 2017) dans les
zones urbaines, y compris les villes suivantes : Abidjan, Adzopé, Divo, Gagnoa, Daoukro, Mankono, Bouaké et Man.
L’échantillon n’est pas représentatif à l’échelle nationale, mais il contribue à expliquer comment les apprentissages
sont structurés et quels types de compétences sont valorisés par les entreprises. Il renseigne également sur le rôle
potentiel des politiques publiques dans ce secteur.
Les apprentissages informels sont souvent proposés par des micro et petites entreprises appartenant
principalement au secteur informel. La grande majorité des entreprises accueillant des apprentis sont informelles :
16 % disposent d’un statut juridique officiel, 22 % sont formellement enregistrées et 34 % utilisent un système de
comptabilité. Malgré leur informalité, ces entreprises tendent à être en activité depuis plus de dix ans (13,5 ans en
moyenne). Elles emploient 7 personnes en moyenne. Seule la moitié environ de leurs employés travaille de manière
autonome sans supervision, tandis que les entreprises accueillent en moyenne 3,4 apprentis. Par conséquent, sur le
plan des effectifs, ces entreprises dépendent fortement des apprentis. En effet, ces derniers représentent près de la
moitié des effectifs de ces micro et petites entreprises, une proportion qui évolue peu au cours du temps puisque ces
entreprises ont peu tendance à s’agrandir (Figure 6.25).
Source : Enquête de référence pour l’évaluation de l’impact de l’apprentissage PEJEDEC, voir Crépon et
Premand, 2017.
Alors que les raisons données par les propriétaires d’entreprises pour recruter des apprentis sont
principalement altruistes, les considérations économiques jouent sans doute un rôle important. Les
propriétaires d’entreprises avancent souvent des raisons altruistes pour proposer des apprentissages : plus de 80 %
des propriétaires interrogés ont affirmé recruter des apprentis pour aider les jeunes ou partager leurs connaissances
avec ces derniers. Seuls 12 % ont répondu que leurs motivations étaient liées à la main d’œuvre ou à la formation de
travailleurs qualifiés pour leurs entreprises. Cependant, comme indiqué précédemment, les apprentis représentent
une grande proportion des effectifs de nombreuses entreprises. De plus, alors que 31 % des entreprises ne recrutent
jamais d’employés, 25 % recrutent leur personnel en interne au sein de leur vivier d’apprentis (Figure 6.26). Ainsi, les
apprentis constituent une des sources de recrutement la plus courante. Les apprentis paient également des frais pour
leur formation, une source de revenus parfois non négligeable pour les micro- et petites entreprises proposant des
apprentissages.
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 189
Certains maîtres-artisans font payer des frais aux apprentis et les apprentis contribuent souvent aux revenus
des entreprises, mais ils commencent également à être payés relativement vite. Les frais se composent
généralement de deux éléments : des frais d’inscription et des frais courants. Environ la moitié des apprentis s’acquitte
de frais d’inscription au début de son apprentissage tandis qu’environ un quart verse des frais de formation. Nombre
d’entreprises perçoivent des frais de formation de manière irrégulière et en moyenne les frais sont payés pour un peu
moins d’une année. Parallèlement, les apprentis commencent à être payés relativement vite par l’entreprise, au bout
d’environ six mois en moyenne. En général, la durée moyenne signalée des apprentissages est de six ans.
De nombreux propriétaires d’entreprises considèrent les compétences comportementales comme l’une des
qualités les plus importantes chez les apprentis, mais aussi l’une des plus rares. Peu d’entreprises indiquent
rechercher des apprentis disposant d’un niveau d’éducation particulier ou de compétences techniques particulières.
En revanche, beaucoup d’entre elles désirent recruter un apprenti respectueux, obéissant, travailleur, qui ne vole pas,
honnête et de bonnes mœurs. Selon les personnes interrogées, le respect est la caractéristique la plus difficile à trouver
chez un apprenti. Les entreprises s’en remettent principalement aux réseaux sociaux et à leurs relations familiales
pour recruter leurs apprentis, ce qui est probablement dû, en partie, au fait qu’elles recherchent ces compétences
comportementales difficilement observables. Quatre-vingt-quatre pour cent des entreprises emploient des apprentis
sur demande de leurs parents. Seuls 8 % des entreprises emploient des apprentis sur candidature spontanée et
seulement 1 % recrutent par le biais d’annonces publicitaires.
La qualité de la formation dispensée en apprentissage traditionnel est plutôt limitée. La plupart des entreprises
signalent disposer d’une partie seulement du matériel nécessaire pour former les apprentis. Les maîtres-artisans qui
les encadrent et les forment ont généralement un niveau d’éducation et de formation assez faible. En moyenne, le
niveau d’éducation de ces maîtres-artisans est très faible, seuls 20 % d’entre eux ayant achevé l’école primaire et 1 %
le niveau secondaire. Quarante pour cent n’ont acquis aucun niveau scolaire. Outre ces faibles niveaux d’éducation,
seuls 7 % des formateurs ont suivi un cours de formation l’année précédente tandis qu’en moyenne les maîtres-
artisans n’ont pas suivi de cours de formation depuis 10 ans. Soixante et onze pour cent des maîtres-artisans font état
de formation supplémentaire. Enfin, une large majorité des formateurs sont des hommes, les femmes étant souvent
concentrées dans des métiers tels que la coiffure ou la couture.
D’un autre côté, on observe un taux élevé d’abandon avant la fin de la formation. En fait, le nombre de départs
prématurés signalés chez les apprentis est plus de deux fois supérieur au nombre d’apprentis ayant achevé leur
formation. Selon les propriétaires d’entreprise, beaucoup d’apprentis abandonnent par manque d’intérêt ou par
incapacité à apprendre (Figure 6.27). Conformément à l’importance attachée aux compétences comportementales
et aux difficultés à les déceler chez les apprentis, les employeurs signalent également que de nombreux apprentis
abandonnent prématurément parce qu’ils n’obéissent pas ou qu’ils sont accusés de vol.
190 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Figure 6.27 : Raisons invoquées par les entreprises dans lesquelles les apprentis abandonnent leur apprentissage
Source : Enquête de référence de l’évaluation de l’impact du PEJEDEC, voir Crépon et Premand, 2017.
Pour atteindre son objectif de devenir une économie émergente et concurrentielle à l’échelle mondiale, la Côte
d’Ivoire devra encore améliorer les compétences de sa population active. La Côte d’Ivoire devra relever des
défis considérables pour que sa main-d’œuvre et son capital humain deviennent concurrentiels à l’échelle mondiale.
Les années de crise ont érodé la qualité des services éducatifs de même que les opportunités offertes aux enfants
d’acquérir les compétences qui leur permettront d’être productifs lorsqu’ils intégreront la population active. D’une part,
la Côte d’Ivoire doit réformer rapidement son système éducatif au bénéfice du prochain flux de jeunes travailleurs
qui rejoindront la population active. D’autre part, certaines interventions dans les domaines de formation postscolaire
peuvent offrir à la main-d’œuvre actuelle davantage de possibilités d’améliorer ses compétences.
Des efforts continus pour garantir un accès universel à l’éducation primaire et secondaire restent nécessaires.
Les compétences fondamentales acquises à l’école primaire, par exemple la lecture et les mathématiques, sont
primordiales pour les emplois indépendants agricoles et non-agricoles, les deux plus grands secteurs d’emploi. Les
compétences en mathématiques permettent aux personnes de mieux gérer leurs finances, tandis que la lecture les
aide à participer plus efficacement aux marchés. Les compétences fondamentales telles que les mathématiques
et la littératie sont également indispensables à l’achèvement des niveaux éducatifs supérieurs et à l’accès à des
emplois mieux qualifiés. Pourtant, à l’heure actuelle, environ 55 % des Ivoiriens âgés de 15 à 34 ans n’ont pas
commencé ou pas terminé l’école primaire. Cette situation est particulièrement préoccupante chez les femmes et
les populations rurales, dans la mesure où elle concerne, respectivement, 64 % et 71 % d’entre elles. En outre, elle
contraste avec d’autres économies émergentes telles que le Nigeria et l’Indonésie où, parmi les 20-64 ans, 38 % et
13 %, respectivement, n’ont jamais commencé ou jamais achevé l’école primaire, contre 67 % en Côte d’Ivoire. En
2015, l’école est devenue obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans. L’accès et l’inscription à l’enseignement primaire et
secondaire demeurent une considération politique importante pour accélérer l’application effective des lois relatives
à la scolarisation obligatoire et garantir que tous les enfants sont effectivement inscrits à l’école et y participent.
Des investissements considérables seront nécessaires pour promouvoir la participation universelle et favoriser une
augmentation sensible de la couverture. Le passage à l’éducation secondaire obligatoire facilitera la transition des
jeunes vers le secteur formel, dans lequel un niveau d’éducation secondaire est souvent le niveau minimum requis
pour accéder à un emploi salarié.
Selon les prévisions relatives au capital humain en Côte d’Ivoire, l’instauration de l’éducation primaire
universelle d’ici 2020 (objectifs millénaire pour le développement OMD no 2) permettra de réduire de 12 points
de pourcentage (de 23 % à 11 %) l’incidence de jeunes arrivant dans la main d’œuvre sans avoir achevé le
cycle primaire et de réduire à zéro, d’ici 2025, la proportion de jeunes arrivant dans la main d’œuvre sans
aucune éducation. La Figure 6.28 illustre les prévisions de la composition de la population des 15-24 ans en termes
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 191
de niveau éducatif d’ici 2045, selon deux scénarios : (i) la tendance en matière d’abandon et de rétention reste la
même jusqu’en 2045 ; et (ii) l’OMD relatif à l’éducation primaire universelle est réalisé d’ici 2020 (voir l’annexe 6 pour
des informations sur la méthodologie utilisée). Selon le premier scénario, aucun investissement ni aucune réforme
de grande ampleur ne sont envisagés pour inverser la tendance des taux de rétention actuels à tous les niveaux
du cycle éducatif. Quant au second scénario, il s’appuie sur l’hypothèse plus ambitieuse, mais réalisable, de la
réalisation de l’OMD d’ici 2020 grâce à des investissements et des réformes de taille dans le système éducatif109. Ces
prévisions montrent comment il est possible de modifier profondément la composition de la population active future
en réalisant aujourd’hui des investissements et des réformes de grande ampleur. Par exemple, si la tendance actuelle
se poursuivait, environ 18 % des 15-24 ans arriveront dans la main d’œuvre d’ici 2030 sans avoir achevé le cycle
primaire. En revanche, la réalisation de l’objectif no 2 des OMD d’ici 2020 garantira que l’ensemble des jeunes en âge
d’intégrer la population active d’ici 2030 aura achevé le cycle primaire.
Si les tendances actuelles se poursuivent, avec les mêmes taux de transition observés en 2015, près de 27 %
des 15-24 ans arriveraient dans la main d’oeuvre d’ici 2045 sans avoir achevé le cycle primaire ou reçu une
quelconque éducation. Par contre, si les OMD sont réalisés d’ici 2020 grâce à des investissements suffisants dans
le système éducatif, la totalité des jeunes se joignant à la main-d’œuvre aura terminé l’école primaire d’ici 2030. La
Figure 6.28 montre que dans le scénario d’un enseignement primaire universel en 2020, 41 % auront terminé l’école
primaire en 2030 contre 20 % dans le scénario du statu quo (maintien de la tendance actuelle).
La réalisation de l’OMD d’ici 2020 suggère également qu’une plus grande proportion de jeunes aura achevé le
cycle secondaire supérieur, ou acquis un certain niveau d’éducation postsecondaire. Selon ce scénario, environ
60 % des jeunes auront achevé le secondaire inférieur ou supérieur et 11 % auront atteint un niveau quelconque
d’éducation postsecondaire d’ici 2045, contre 48 % et 4 %, respectivement, selon le scénario de référence. Ces
révisions mettent en lumière les répercussions des actions politiques à court terme sur le stock de capital humain et
les compétences de la population active à long terme, ce qui est essentiel pour demeurer compétitif tant au niveau
régional qu’international.
Figure 6.28 : Prévisions de la composition des jeunes de 15-24 ans selon leur niveau
2% 2% 3% 3% 4% 4% 4% 4% 4% 4% 4% 4% 4% 4% 2% 2% 6% 6% 6% 6%
10%10% 11%11% 12%12% 11%11% 11%11%
10%10% 11%11% 9% 9% 11%11% 8% 8%
12%12% 12%12% 12%12% 13%13%
14%14% 17%17% 16%16% 16%16% 16%16%
23%23% 23%23%
24%24% 29%29% 19%19%
35%35% 36%36% 36%36% 36%36%
6% 6% 6% 6%
11%11% 34%34% 31%31%
14%14% 14%14% 38%38% 41%41%
17%17% 44%44%
21%21% 20%20% 21%21% 21%21% 21%21% 50%50%
23%23% 20%20%
44%44% 18%18% 44%44% 41%41%
16%16% 17%17% 17%17% 34%34%
30%30% 31%31% 28%28%
18%18% 18%18%
12%12% 10%10% 10%10% 10%10% 11%11%
0% 0% 0%
0 0%
0 0%
0 0%
0 0%
0 0%
0 0%
0 0%
0
2 0 21 05 1 5 2 02 0 2 0 2 0 2 05 2 5 2 0 23 0 3 0 2 0 23 05 3 5 2 0 24 0 4 0 2 0 24 05 4 5 2 0 21 05 1 5 2 02 0 2 0 2 0 2 05 2 5 2 0 23 0 3 0 2 0 23 05 3 5 2 0 24 0 4 0 2 0 24 05 4 5
109 Le premier scénario part du principe que les taux de transition entre deux niveaux d’éducation consécutifs d’une durée de cinq ans restent
constants au fil du temps, tandis que le second scénario part du principe d’une éducation primaire universelle d’ici 2020 grâce à l’amélioration
des taux d’accès et de rétention.
192 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Parallèlement, il est à la fois crucial et urgent d’améliorer la qualité des services éducatifs de base. Les
améliorations en matière d’accès ne seront pas suffisantes si elles ne s’accompagnent pas de mesures solides
garantissant que les enfants apprennent et acquièrent effectivement des compétences au cours de leur scolarité.
Bien que l’augmentation du nombre d’années d’éducation soit généralement positive, son impact peut être limité
si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration des compétences. Comme soulignée au chapitre 5, une bonne
productivité du travail est indispensable pour garantir la compétitivité de la main-d’œuvre et l’expansion continue des
entreprises formelles. À cet égard, les résultats des récentes études PASEC relatives aux compétences des enfants
à tous les niveaux du système éducatif sont préoccupants. En effet, les données 2009 et 2014 suggèrent que la
qualité de l’éducation en Côte d’Ivoire, mesurée en fonction des résultats aux tests de français et de mathématiques,
est inférieure à celle des autres pays africains francophones. Ces résultats pointent vers d’importantes lacunes de
compétence chez les enfants, ce qui pourrait avoir des conséquences durables et limiter la compétitivité de la future
population active.
Alors que l’accès à l’éducation de base continue de s’améliorer, la Côte d’Ivoire peut également se préparer
à se doter d’un système d’éducation postsecondaire plus performant. À cet égard, l’un des principaux défis
est de veiller à ce que les étudiants acquièrent les compétences nécessaires pour trouver un emploi productif, y
compris celles que les entreprises recherchent. Afin que les institutions d’éducation postsecondaire transmettent des
compétences professionnelles, des réformes de gouvernance seront nécessaires, y compris des financements basés
sur les performances et des partenariats public-privé. À de nombreux égards, il est important de mettre en place de
telles réformes avant l’élargissement de l’accès.
Il est difficile de garantir l’accès à des opportunités de mise à niveau des compétences pour les jeunes et les
adultes ayant déjà quitté le système éducatif, notamment parce qu’un grand nombre d’entre eux ont à la base
un faible niveau d’éducation et des compétences limitées. Pour ce sous-groupe, le rôle des interventions publiques
ne se limite pas nécessairement à la provision directe de formations. Il est également envisageable de faciliter l’accès
aux formations privées existantes, dont il est possible d’améliorer la qualité par des mesures incitatives. Par exemple,
l’apprentissage traditionnel constitue l’une des sources les plus courantes d’opportunités de formation. Plutôt que
de remplacer les apprentissages traditionnels par un système public parallèle, il serait possible de dynamiser les
modalités existantes des apprentissages informels privés. Par exemple, l’établissement de cadres de certification
permettant aux apprentis de passer des examens et d’obtenir un diplôme pourrait être lié à des incitations financières
destinées aux formateurs dont les apprentis réussissent ces examens. La mise en place d’une telle approche n’est
pas sans difficulté, mais elle permettrait de s’appuyer sur le vaste système d’apprentissage traditionnel plutôt que de
tenter de le remplacer.
D’un autre côté, le système de formation professionnelle actuel, avec ses nombreuses institutions peu
performantes, est à plusieurs égards inadapté. Parmi les différents problèmes figure le manque de formations
professionnelles disponibles pour les personnes peu qualifiées, y compris celles dont le niveau d’éducation est
inférieur au primaire ou au secondaire. Pourtant, une grande partie de la population active nécessitant une remise à
niveau de ses compétences dispose d’une éducation formelle très limitée. Cette population pourrait être mieux servie,
notamment grâce à des programmes mieux adaptés débouchant, dans des délais relativement courts (par exemple, de
6 à 18 mois en fonction du domaine), sur une certification de base dans certains domaines techniques. Une approche
de ce type créerait également des incitations à tisser des liens entre les institutions de formation professionnelle
et les apprentissages privés. D’un autre côté, les opportunités de formation professionnelle ne sont pas assez
nombreuses dans certains secteurs, y compris ceux qui emploient la plupart de la population, à l’instar de l’agriculture.
La professionnalisation de la formation dans les secteurs traditionnels pourrait offrir de meilleures perspectives que le
développement de formations pour les secteurs considérés comme prometteurs, mais qui emploient une portion très
limitée de la population active (par exemple, l’exploitation minière ou les industries extractives).
Alors que dans un futur proche, la plupart des nouveaux emplois devraient être créés hors agriculture, ce
secteur emploie actuellement 4 travailleurs ruraux sur 5 et près de la moitié de la population active totale.
Pour accroître la productivité dans le secteur agricole, il convient de développer une main-d’œuvre rurale
composée d’exploitants mieux éduqués. En effet, ces derniers sont plus susceptibles d’adopter des intrants et des
technologies agricoles modernes, de faire meilleur usage des intrants achetés et de la main-d’œuvre recrutée, de
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 193
choisir plus efficacement les technologies et de réagir rapidement aux évolutions des marchés (Schultz 1988 ; Filmer
et coll., 2014). En améliorant le niveau d’éducation de base de la main-d’œuvre rurale par le développement de ses
compétences en lecture, écriture et calcul, il est possible d’améliorer considérablement l’efficacité des formations
agricoles. Et au fur et à mesure que les revenus ruraux s’accroissent et que les innovations technologiques
sont adoptées dans le secteur agricole, la demande d’un niveau scolaire et de compétences plus techniques
augmentera. Ces compétences incluront la capacité à utiliser des technologies numériques pour accéder aux
informations et les interpréter, ce qui pourrait transformer la manière dont les exploitants apprennent à interagir de
manière optimale avec les marchés et à recevoir des informations, par exemple les prévisions météorologiques,
qui influencent les décisions relatives à leur exploitation (voir Encadré 6.1 ci-dessous).
Pour les exploitants africains, travaillant dans un environnement climatique et économique en évolution rapide,
des éternelles questions consistent à savoir quoi planter quand ? Et comment ? Les réponses prolifèrent alors
que les radios rurales, la télévision, l’Internet et les services mobiles fournissent un éventail sans cesse croissant
d’informations sur des technologies et des pratiques particulières, notamment le changement climatique, la gestion
des catastrophes, les systèmes d’alerte précoce (en cas de sécheresse, inondations et maladies), les prix, la gestion
des ressources naturelles, l’efficacité de la production et l’accès au marché (Banque mondiale 2012a).
Pour que les nouvelles TIC telles que la téléphonie mobile et l’Internet communiquent efficacement des informations
agricoles, la modification de leur contenu et de leur mode de diffusion peut s’avérer nécessaire, mais qu’en
est-il des utilisateurs eux-mêmes ? On a fait grand cas de l’adoption rapide des nouvelles TIC par les jeunes,
ainsi que de la capacité des TIC, nouvelles ou anciennes, à lever les obstacles à l’acquisition d’informations et
de compétences, tels que la distance, l’incapacité de lire et d’écrire ou les coûts de production et de diffusion
d’informations audiovisuelles. On a également fait grand cas de la capacité potentielle des TIC interactives à
fournir des recommandations agricoles adaptées aux circonstances individuelles d’un exploitant. Toutefois,
cela dépendra principalement de la capacité de l’utilisateur à formuler des questions pertinentes basées sur les
connaissances acquises dans une bonne école primaire, conjuguée à la capacité à imaginer des situations réelles
autres que celles qu’il a déjà connues. Comme nous l’avons vu dans ce chapitre, les systèmes éducatifs doivent
fournir une éducation de base de haute qualité, mais aussi accroître le taux de participation. Parmi les jeunes en
milieu rural n’ayant pas acquis les compétences fondamentales leur permettant de développer par la suite leurs
connaissances, il est possible que les avantages apportés par les TIC mettent plus de temps à se manifester.
La majorité des exploitants, dont le niveau d’éducation est peu élevé, devront avoir accès à des services de
vulgarisation agricole efficaces pour perfectionner leurs compétences et accéder aux informations et aux
nouvelles technologies. Les services de vulgarisation traditionnels deviennent moins fréquents sur le continent
africain, bien que ce terme soit toujours utilisé et appliqué aux approches non traditionnelles. Les approches plus
récentes autonomisent les exploitants, et plus particulièrement les exploitantes, et peuvent favoriser une approche de
l’apprentissage davantage axée sur la demande, par laquelle les exploitants spécifient les informations dont ils ont
besoin et sélectionnent leur prestataire de formation (comme le décrit l’Encadré 6.2). Enfin, un secteur agricole en
cours d’expansion et de diversification créera des emplois requérant des compétences techniques et professionnelles
de plus en plus avancées, qu’il s’agisse de la transformation, de la commercialisation ou encore de la recherche
agricole, comme nous l’avons vu au chapitre 2.
Encadré 6.2 : Innovations en matière de vulgarisation agricole : quand les exploitants améliorent la
prestation de services
Il convient de déterminer si les services de vulgarisation agricole doivent être fournis de préférence par le
secteur public (modèle traditionnel), le secteur privé ou un éventail de prestataires, au vu des résultats mitigés
du modèle traditionnel (a). Cette incertitude a compliqué les efforts visant à élargir l’adoption de technologies
agricoles améliorées et accroître la productivité agricole. Les modèles de vulgarisation plus récents, impulsés
par les agriculteurs et qui renforcent la qualité de la prestation de services grâce à des mesures incitatives et
d’autres innovations, se révèlent plus efficaces que les méthodes traditionnelles, quoiqu’ils rencontrent aussi
des difficultés et des contraintes qui limitent leur efficacité.
Une évaluation à grande échelle de l’impact des approches innovantes mobilisant les agriculteurs afin
d’améliorer le rendement de la vulgarisation agricole a été récemment conduite. Au Malawi et au Mozambique,
des évaluations d’impact ont testé différents systèmes regroupant des agriculteurs dirigés par des pairs ou
par un agriculteur principal. Dans les deux expériences, les agriculteurs pairs ou principaux ont été choisis
par les communautés, formés à l’utilisation de techniques de gestion des terres et ont reçu pour mandat de
communiquer ces techniques aux autres agriculteurs du village en organisant des démonstrations.
Au Malawi, le statut social (agriculteur pair ou principal) et le sexe du communicateur étaient déterminés de
manière aléatoire tandis qu’un sous-ensemble de ces communicateurs bénéficiait d’une petite incitation matérielle
basée sur les performances. En outre, des communicateurs « parallèles » étaient également désignés dans les
villages témoins pour fournir des informations contrefactuelles. Au Mozambique, les agriculteurs principaux (en
majorité des hommes) avaient été désignés dès le départ par l’équipe du projet dans tous les villages couverts.
Dans le cadre de l’intervention, un sous-ensemble aléatoire de ces agriculteurs principaux a été formé à la
gestion des terres. Afin d’introduire une variation de genre, une agricultrice principale a été ajoutée au sous-
ensemble aléatoire des villages de traitement puisqu’il n’était pas possible de rétrograder le communicateur
précédemment sélectionné. Enfin, des petites incitations matérielles et sociales basées sur les performances
ont été distribuées à un sous-ensemble des villages de traitement.
Les résultats de ces grands projets pilotes suggèrent que les agricultrices peuvent être aussi productives que
les agriculteurs quand il s’agit d’enseigner à leurs pairs de nouvelles technologies et de les convaincre de les
adopter. L’introduction d’une communicatrice dans un modèle de diffusion de conseils de vulgarisation par
des hommes peut apporter un surplus de valeur et modifier le nombre de bénéficiaires de sexe masculin et
féminin. Les données relatives à l’utilisation d’incitations basées sur la performance suggèrent que la prestation
de services à la communauté est plus coûteuse pour les agricultrices principales dans la mesure où elles
répondent mieux à ces incitations. Enfin, bien que leurs performances soient égales et dans certains cas
même supérieures à celle des communicateurs masculins, les communicatrices continuent d’être victimes de
discrimination et sont considérées moins bonnes enseignantes que les hommes.
Dans l’ensemble, ces résultats semblent indiquer que les projets de développement plaçant l’adoption de
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 195
nouvelles techniques agricoles au cœur de leur théorie du changement pourraient envisager d’utiliser des
interventions basées sur des agriculteurs pairs ou principaux pour obtenir de meilleurs résultats. Étant donné
que les agricultrices principales semblent tout aussi efficaces que leurs homologues masculins pour inciter
les agriculteurs à apprendre et adopter de nouvelles techniques, le fait de donner aux femmes la possibilité
d’endosser des rôles de leadership pourrait non seulement améliorer l’égalité, mais aussi apporter une valeur
supplémentaire. Les incitations basées sur les performances peuvent jouer un rôle important en poussant les
agricultrices principales à consacrer plus de temps et plus d’efforts à travailler avec leur communauté.
Alors que l’emploi indépendant non agricole et l’emploi au sein d’entreprises individuelles apparaissent comme
de grands contributeurs à la création d’emplois, il est important de considérer le rôle que les autorités doivent
jouer pour doter la main-d’œuvre de compétences adaptées à ce secteur. Des recherches restent en cours pour
identifier les compétences les plus utiles dans les entreprises individuelles, et pour déterminer comment développer ces
compétences de manière rentable par le biais de programmes qui puissent être mis en œuvre à l’échelle. Par exemple, les
compétences techniques ou professionnelles ne mènent pas nécessairement à un emploi dans une profession qualifiée
et les compétences commerciales ou comportementales peuvent ne pas être l’obstacle le plus contraignant pour les
entrepreneurs individuels en présence de multiples autres contraintes, par exemple l’accès au crédit ou la liberté d’opérer
sa petite activité. Et si l’on commence à mieux comprendre quelles compétences sont les plus importantes, il convient
également de reconnaître que les programmes de formation ne transmettent pas toujours ces compétences de manière
efficace ou efficiente, même lorsqu’ils bénéficient des financements et de l’appui politique nécessaires (Blattman et
Ralston, 2015). L’identification de programmes de formation garantissant un taux de participation continuellement élevé
et transmettant les compétences attendues et requises pour exercer une activité professionnelle s’avère très difficile.
Compte tenu de ces défis, des travaux récents (décrits dans l’Encadré 6.3) suggèrent de privilégier des programmes de
formation selon une approche axée sur la demande et orientée sur les résultats, dans le cadre desquels les personnes
peuvent construire un ensemble intégré de compétences importantes, et qui seraient financés en fonction de leur
capacité à répondre à ces besoins.
Encadré 6.3 : Des projets d’entreprise renforcent les compétences en affaires au Sénégal et au Népal
Le Fonds international de développement agricole (FIDA) appuie les projets d’entreprise rurale afin de fournir
les compétences et autres ressources qui aident les populations rurales, en particulier les femmes et les jeunes,
à créer et développer des entreprises locales générant des emplois et des revenus hors des exploitations
agricoles. Ces projets peuvent inclure les composantes suivantes :
• Des centres de conseil aux entreprises, fournissant un éventail de services de développement des entreprises,
y compris des séminaires sur l’orientation commerciale, des formations communautaires aux compétences,
des formations à la gestion des petites entreprises, des formations en littératie et numératie et des services
d’information et d’orientation.
• Des installations technologiques rurales, qui soutiennent les maîtres-artisans et les apprentis traditionnels ainsi
que la promotion, la diffusion, la production et la réparation de technologies pour les entreprises individuelles et
les micro-entreprises rurales.
• Des services financiers en milieu rural, proposés en collaboration avec des institutions financières, qui incluent
des crédits pour octroyer des prêts aux petites entreprises rurales et des formations destinées aux institutions
196 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
• Un appui aux ménages ruraux et aux organisations de micro-entreprises, y compris un appui aux associations
professionnelles locales pour forger des partenariats avec les parties prenantes et un appui à la formulation et
au renforcement des politiques sous forme d’un groupe de travail sur le développement des entreprises.
En Afrique, le FIDA a mis en œuvre des projets d’entreprise rurale au Ghana, à Madagascar, au Rwanda et au
Sénégal. Les impacts et les défis des projets exécutés au Sénégal sont décrits ici.
Le Projet pour la promotion de l’entrepreneuriat rural (PROMER) au Sénégal, mis en œuvre par le FIDA en 2006,
avait pour objectif de réduire la pauvreté rurale en promouvant et en consolidant des entreprises individuelles
et des micro-entreprises rurales rentables en mesure d’offrir des emplois stables. Le PROMER concentrait
ses efforts sur le renforcement et la professionnalisation de l’entrepreneuriat rural et sur l’amélioration de
l’environnement politique, juridique et institutionnel général pour ce type d’entreprise. Il fournissait également
un ensemble de formations techniques et managériales et de financements à sa population cible, à savoir les
jeunes et les femmes âgées de 18 à 35 ans en milieu rural qui étaient pauvres, sans emploi et non scolarisés
et qui dirigeaient déjà une entreprise ou souhaitaient en créer une. La formation aux compétences techniques
portait principalement sur l’agroalimentaire, y compris la transformation des aliments, et transmettait des
compétences à 700 entrepreneurs dans les domaines de la ferronnerie, fabrication d’équipements, production
de textiles et de vêtements et contrôle de l’hygiène et de la qualité. Quant à la formation managériale, elle était
dispensée à 500 entrepreneurs. Le coût du projet s’est élevé à 10 milliards de francs CFA entre 2006 et 2013.
Ailleurs, au Népal, environ 500 000 jeunes arrivent chaque année dans la main d’œuvre et, en milieu rural,
intègrent souvent le secteur de l’entreprise individuelle. En 2016, la Direction suisse du développement et
de la coopération (DDC) a fait équipe avec HELVETAS Swiss Intercooperation pour former 100 000 jeunes,
dont 75 000 ont ensuite trouvé un emploi rémunéré par le biais du programme The Employment Fund. Les
formations offertes à divers endroits dans tout le pays, couvraient environ 80 professions, dont la construction,
l’hôtellerie, l’habillement et le textile, l’agriculture et l’électronique (pour n’en citer que quelques-unes).
Comment ce système fonctionne-t-il ? En pratique, les formateurs perçoivent une partie de leur salaire (40 %)
après que les stagiaires ont obtenu leur diplôme. Ensuite, la plus grande part de leur rémunération (60 %)
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 197
est versée uniquement si les diplômés décrochent un emploi rémunéré et gagnent un salaire supérieur à un
seuil prédéfini. Ce programme accorde une attention particulière à l’inclusion des femmes et des groupes
défavorisés, par exemple en recourant à des mesures incitatives et des services de conseil. Plus de 50 % des
stagiaires sont des femmes tandis que 80 % sont issus de communautés défavorisées.
Quels ont été les résultats ? Ce programme a fourni une formation professionnelle à plus de 100 000 jeunes.
Parmi eux, plus de 75 000 occupent un emploi rémunéré. En moyenne, la formation professionnelle coûte
300 USD par stagiaire. Il s’agit d’un investissement rentable : il faut seulement six mois environ aux stagiaires
pour gagner cette somme après avoir obtenu leur diplôme.
Sources :Tiré de Filmer et coll., 2014) FIDA 2011 ; Ministère de l’Agriculture du Sénégal 2011 ; http://blogs.worldbank.org/publicsphere/
results-based-financing-links-masses-youth-employment-nepal
Au-delà des compétences techniques, il convient d’étudier plus en profondeur les différents moyens
d’améliorer les compétences entrepreneuriales et comportementales, tant au sein du système éducatif qu’en
dehors. Les prestataires de formation publics et privés se concentrent souvent sur les compétences techniques,
mais des données récentes indiquent que les compétences comportementales et commerciales jouent un rôle dans
la productivité de la main d’œuvre et sont cruciales pour la réussite des travailleurs indépendants comme salariés.
Toutefois, les personnes n’auront pas toutes les mêmes besoins vis-à-vis des compétences qu’elles doivent développer
: la comptabilité financière pourrait être importante pour l’un et des compétences en matière de service clientèle
et une expérience du travail en équipe pour l’autre. Comme nous l’avons vu précédemment, cela signifie qu’il est
primordial d’élaborer des programmes de développement des compétences suffisamment souples pour permettre aux
participants d’y trouver les compétences les plus utiles, mais aussi, parallèlement, de toujours axer ces programmes
sur les résultats, les objectifs finaux étant de créer plus d’emplois et d’augmenter les revenus.
La formation aux compétences commerciales et entrepreneuriales pourrait être pilotée dans le système
éducatif, à condition de prêter une attention particulière au contenu du programme d’enseignement et aux
compétences spécifiques enseignées, de même qu’au niveau auquel cette formation est dispensée. De
récentes études internationales suggèrent que la formation à l’entrepreneuriat pourrait s’avérer plus efficace à un
niveau plus précoce du système éducatif, dans la mesure où son introduction dans le cycle secondaire a donné des
résultats plus positifs que dans le cycle postsecondaire, où les résultats étaient plus mitigés. Toutefois, ces études
restent encore relativement peu nombreuses, si bien qu’il est recommandé de commencer par mettre ces approches
à l’essai.
L’acquisition des compétences comportementales exigées par les entreprises formelles, mais également
propices à la réussite d’un emploi autonome, constitue un domaine d’intérêt pour les politiques au niveau
global. Selon les données internationales, les compétences comportementales restent plus longtemps malléables
au cours de la vie, ce qui offre des occasions de former les jeunes même après qu’ils ont abandonné l’école. Des
expériences réalisées en Ouganda ou au Liberia semblent indiquer que la fourniture d’une formation aux compétences
comportementales en complément d’une formation aux compétences techniques ou commerciales donne des résultats
positifs, en particulier chez les femmes (voir Encadré 6.4). D’autres approches plus récentes tentent de s’appuyer sur
des mentors ou des pairs dans le cadre des formations aux compétences comportementales. Ici encore, il semble
crucial de prêter une attention particulière au contenu des formations et à la manière dont elles sont dispensées.
198 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
Encadré 6.4 : Apprendre, travailler, prospérer : les pilotes d’une initiative ciblant les adolescentes aident
les jeunes femmes à opérer la transition vers un emploi plus productif
Plus d’un tiers des jeunes au niveau global n’ont ni emploi, ni éducation, ni formation (les NINI), une situation
qui concerne davantage les jeunes femmes que les jeunes hommes dans toutes les régions du monde. Bien
que l’écart se resserre entre le taux d’inscription scolaire des garçons et des filles, ces améliorations ne se
sont pas encore traduites par une augmentation des emplois sûrs et rémunérés. Il est crucial de cibler les filles
pendant l’adolescence, car les décisions prises et les comportements inculqués au cours de cette période
influenceront leurs perspectives futures dans la vie. À cette fin, la Banque mondiale a lancé une Initiative pour
les adolescentes afin de comprendre comment aider les jeunes femmes à opérer la transition vers des emplois
productifs. Elle a déjà mis en œuvre des projets pilotes en Afghanistan, en Haïti, en Jordanie, au Laos, au
Liberia, au Népal, au Rwanda et au Soudan du Sud.
L’un des premiers pilotes au Liberia a permis de former environ 2 500 jeunes femmes à l’emploi salarié ou à
l’emploi indépendant, de même qu’à des compétences essentielles pour la vie, en privilégiant le placement
professionnel et le suivi. L’évaluation du projet révèle que l’emploi a augmenté de 47 % et les rémunérations
d’environ 32 USD par mois, soit une hausse de 80 % par rapport au groupe témoin. Ces impacts ont été plus
profonds pour la formation pour l’emploi indépendant que sur celle pour l’emploi salarié mais, pour l’un comme
pour l’autre, ils sont beaucoup plus forts que ceux observés à ce jour dans les autres programmes de formation
des jeunes ayant fait l’objet d’une évaluation rigoureuse à l’échelle globale.
Dans l’ensemble, l’Initiative pour les adolescentes a démontré différentes manières d’adapter la formation
aux femmes et de faciliter la transition des jeunes femmes vers un emploi productif. Outre les leçons sur les
formations pour les jeunes femmes, les pilotes ont également apporté de nombreux enseignements sur les
manières d’améliorer la qualité générale des formations.
Cinq enseignements principaux pour améliorer la qualité sont résumés ci-dessous, accompagnés de références
vers de plus amples informations :
Enseignement 1 : Les projets de formation doivent viser des objectifs réalistes pour l’emploi indépendant
relativement à l’emploi salarié. Dans les contextes où les possibilités d’emploi salarié sont limitées, les
projets de formation professionnelle devraient contribuer à orienter les jeunes vers la probabilité d’un emploi
indépendant et développer un contenu adapté à différents niveaux d’aspiration dans ce domaine. Par exemple,
au Liberia, nous avons proposé une formation pour les compétences professionnelles et une formation pour
les compétences commerciales. Finalement, nous avons dû réduire progressivement la taille de la formation
pour les compétences professionnelles de 35 % des stagiaires lors du 1er cycle de formation à seulement 18 %
lors du 3e cycle, après avoir conduit une évaluation d’impact révélant que les débouchés étaient beaucoup
plus élevé avec la formation en compétences commerciales. Cette tâche n’a pas été facile : elle impliquait de
modifier l’orientation du client, des prestataires des formations, mais aussi des jeunes filles elles-mêmes.
Enseignement 3 : Le soutien post-formation est crucial et doit être planifié et budgétisé le plus tôt
possible. Même si notre première priorité semblait toujours être la mise en place de formations, au cours de la
mise en œuvre des pilotes de l’Initiative, nous avons appris que nous devions, dès le début de chaque projet,
mieux planifier et budgétiser le soutien post-formation, ce dernier devant également être mieux structuré et plus
intensif. Les pilotes ont fourni trois à six mois d’assistance post-formation au placement professionnel (sous
forme de stages en entreprise, d’aide à la recherche d’emploi, etc.) ou de services de conseil commercial (sous
forme de tutorat d’entreprise et de visites, de liens avec des microfranchises et des capitaux d’exploitation,
etc.). L’équilibre idéal entre les formations en classe et le soutien au placement professionnel n’a pas été testé
de manière rigoureuse, mais notre expérience suggère que ce soutien peut réellement aider les stagiaires à
mettre en application leurs nouvelles compétences sur le marché du travail. Une période de suivi prolongée
pourrait s’avérer particulièrement importante pour les jeunes femmes qui arrivent sur le marché du travail ou qui
intègrent des professions non traditionnelles.
Enseignement 4 : Il est essentiel d’améliorer le suivi et la vérification des résultats en terme d’emploi
si nous souhaitons les améliorer dans les projets de formation. De nombreux projets ne mesurent pas
l’assiduité ou les performances au cours de la formation, et suivent encore moins les participants une fois
qu’elle a pris fin. Les pilotes de l’Initiative pour les adolescentes ont suivi la performance des entreprises et les
résultats en terme d’emploi jusqu’à six mois après la fin des formations en classe. Ces pilotes s’appuyaient sur
les informations reportées par les prestataires de services eux-mêmes, qu’ils vérifiaient ensuite auprès d’un
échantillon de stagiaires (environ 25 %) sélectionnés de manière aléatoire en s’adressant aux employeurs,
aux habitantes locales et aux membres de la communauté, mais aussi en consultant les dossiers d’entreprise
relatifs à ces stagiaires. Le pourcentage de jeunes employés parmi l’échantillon a ensuite été extrapolé à la
population qui, selon les affirmations du prestataire de formation, était employée. Au Liberia et au Népal, où
les pilotes utilisaient des contrats basés sur les résultats, cette extrapolation servait de base au calcul du
paiement final. Toute affirmation inexacte par les prestataires de formation réduisait leur paiement de manière
proportionnelle et pouvait compromettre leur éligibilité à de nouveaux cycles de formation. Dans le Guide des
ressources, vous pouvez télécharger la stratégie de vérification des employés/entreprises, utilisée par l’Initiative
pour les adolescentes au Liberia, ainsi que des outils de suivi et de vérification des placements.
Enseignement 5 : Les incitations basées sur la performance sont réalisables sur le plan opérationnel
(même dans les contextes fragiles) et semblent améliorer les résultats, bien qu’il reste à conduire des
tests plus rigoureux dans ce domaine. Nous avons utilisé des contrats basés sur les résultats pour les
prestataires de formation du programme au Liberia, dont la taille était relativement petite et qui ciblait 2 500
jeunes femmes, ainsi que pour l’Initiative pour les adolescentes au Népal, qui était intégrée à un programme
de plus grande envergure formant 15 000 jeunes chaque année. Ces deux projets ont obtenu des résultats
impressionnants et nous supposons que ceux-ci sont dus en partie aux mesures incitatives liées à la performance
des prestataires de services.
Sources : http://blogs.worldbank.org/voices/improving-quality-skills-training-what-adolescent-girls-initiative-
pilots-can-teach-us ; http://www.worldbank.org/en/results/2016/05/09/learn-work-thrive-adolescent-girls
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and Social Affairs, Population Division. ESA/P/WP .175
202 Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire
2. Afin de réaliser une prévision du niveau d’éducation, il convient d’établir la structure démographique de référence
en fonction de tranches d’âge de cinq ans, du sexe et du niveau d’éducation. Les prévisions de ce chapitre se
basent sur les enquêtes nationales auprès des ménages de 2008 et de 2015, en utilisant 2015 comme année de
référence. Ce modèle implique également que : (i) pour chaque intervalle de cinq ans, les cohortes sont déplacées
à la tranche d’âge immédiatement supérieure ; (ii) les taux de mortalité relatifs à chaque tranche d’âge, sexe et
niveau d’éducation sont appliqués à chaque période ; (iii) les taux de transition éducative spécifiques à l’âge et
au sexe sont appliqués ; (iv) le nombre net de migrants est ajouté ou retranché de la population en fonction de
leur âge, de leur sexe et de leur niveau d’éducation ; et (v) les taux de fertilité spécifiques à chaque tranche d’âge,
sexe et niveau d’éducation sont utilisés pour déterminer la taille de la prochaine tranche d’âge de 0 à 5 ans. Les
prévisions pour la Côte d’Ivoire ont été modélisées en se basant sur les hypothèses ci-dessous.
3. Migration : les effets de la migration n’ont pas été pris en compte dans les prévisions du niveau d’éducation de
la population active, car la Côte d’Ivoire présentait un faible taux de migration net (47 immigrants/1000 personnes
en 2015110) et un taux de migration brut inférieur à 2,2 % (selon l’Organisation internationale pour la migration).
Le contexte démographique des émigrés et des immigrés est également semblable puisqu’ils sont généralement
issus des pays voisins, et influence peu le profil éducatif de la population active.
4. Mortalité : comme des données complètes relatives à l’enregistrement des décès sont souvent indisponibles
dans les pays en développement, ce chapitre adopte l’approche de la survie entre les recensements afin de
surmonter cette difficulté (Nations Unies, 2002). Les données des enquêtes nationales auprès des ménages de
2008 et 2015 ont été utilisées pour informer le modèle de table de survie des Nations Unies afin d’estimer les
taux de mortalité pour chaque âge. En ce qui concerne l’espérance de vie, les différences estimées par Barakat
et coll. (2010) ont été adoptées pour chaque niveau d’éducation ; le modèle suggérait que l’éducation était
positivement corrélée à une plus longue espérance de vie. Une méthodologie semblable appliquée au système
éducatif en Côte d’Ivoire nous a permis de supposer que l’espérance de vie augmentait en fonction du niveau
d’éducation, à savoir d’une année pour chaque niveau (c’est-à-dire aucune éducation, primaire non achevé,
primaire achevé, secondaire inférieur achevé et secondaire supérieur achevé).
5. Fécondité : dans le cadre de cette prévision, la fécondité est considérée comme un déterminant démographique
de la prévision du profil éducatif. Les taux de fécondité par âge ont été calculés en identifiant les naissances
vivantes au cours des trois années précédant l’enquête, puis en les classifiant selon l’âge de la mère (en
tranches d’âge de cinq ans) au moment de la naissance, en s’appuyant sur les données tirées de l’Enquête
démographique et sanitaire (EMS) de 2012 pour la Côte d’Ivoire. Les taux de fertilité totaux se rapportent au
nombre de naissances vivantes pour chaque femme, si celle-ci affichait le même taux de fécondité spécifique à
son âge actuel pendant toute la durée de sa vie féconde (de 15 à 49 ans) ; ils ont également été estimés à l’aide
des données de l’EMS de 2012.
6. Transition : les taux de transition ont été calculés en partant de l’hypothèse que les transitions ont lieu entre les
niveaux éducatifs, avec possibilité de répétition, mais pas de retour en arrière. Ce taux était basé sur la formule
110 https://knoema.com/atlas/C%C3%B4te-dIvoire/topics/Demographics/Population/Net-migration-rate
Emploi, Productivité et Inclusion pour Réduire la Pauvreté : Un diagnostic de la situation de l’emploi en Côte d’Ivoire 203
de l’UNESCO, qui utilisait des schémas d’inscription selon l’âge et le niveau scolaire. Afin de tenir compte des
distorsions d’âge provoquées par les entrées tardives, nous avons adopté une méthode de correction suggérée
par l’IIASA, selon laquelle le taux de transition entre un niveau d’éducation et le suivant est distribué selon la
proportion des tranches d’âges correspondant à ce même niveau d’éducation. Les procédures détaillées peuvent
être référencées à partir de Lutz et coll. (2007, 2010).
7. Âge : des tranches d’âge incrémentielles de cinq ans ont été utilisées pour renseigner le modèle de prévision
démographique de l’IIASA pour la Côte d’Ivoire. Étant donné l’écart entre l’entrée à l’école primaire et l’entrée sur
le marché du travail (de 7 à 10 ans environ), les prévisions de ce chapitre commencent en 2015 afin de refléter le
stock actuel de capital humain, tandis que le plein impact des scénarios de politique peut être observé en 2030.
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