KIT DE PLAIDOYER
Engagement de l’Afrique de l’Ouest et du Centre
pour des adolescents et des jeunes
éduqués, en bonne santé et épanouis
Mars 2024
#LéducationSauveDesVies
#EngagementAOC
INTRODUCTION
Contexte
La campagne « L’éducation sauve des vies »
Le présent kit de plaidoyer a été développé dans le cadre de la campagne régionale de
communication et de plaidoyer intitulée « L’éducation sauve des vies ». Cette campagne
fédératrice et portée par diverses organisations des Nations Unies et de la société civile
actives dans le domaine de l’éducation, de la santé et de l’égalité de genre dans la région de
l’Afrique de l’Ouest et du Centre, vise à véhiculer un discours positif sur l’éducation et
l’information complètes (EIC). Les programmes d'EIC sont nécessaires pour que les
adolescents et les jeunes puissent mener une vie saine et respectueuse de soi-même et des
autres, et puissent faire face aux grossesses précoces et non-désirées (GPND), aux
violences basées sur le genre (VBG), au VIH ou encore aux disparités de genre dans
l’éducation.
L’éducation et la santé des adolescents et des jeunes en AOC : une volonté politique
● Manifestée dans l’Appel à l’action de Dakar en 2015 (17 pays) puis à Abidjan en 2018
(22 pays) pour un engagement politique de haut niveau :
○ pour intensifier l'éducation sur le VIH, sur les grossesses chez les
adolescentes et sur les violences basées sur le genre (VBG)
○ pour augmenter la qualité et la couverture des programmes d'IEC, ainsi que
les services de santé sexuelle et reproductive (SSR)
● Soutenue par un Groupe de travail technique (GTT), guidée par un Comité de haut
niveau (CHN) et alimentée par des consultations nationales
Pourquoi et comment utiliser ce kit
Cet outil de plaidoyer s’inscrit dans une dynamique collective, il permet de construire des
argumentaires communs à tous les acteurs et toutes les parties prenantes de la campagne
« L’éducation sauve des vies » et plus généralement de l’EIC. Il servira de base aux
discussions avec les responsables politiques et parties prenantes de l’EIC lors de tables
rondes, de renforcement des capacités, de sessions d’informations ou d’autres activités de
plaidoyer.
Ces argumentaires adaptables à plusieurs publics cibles, ainsi que leurs versions adaptées
aux contextes nationaux, seront exploités par les partenaires locaux appelés à travailler avec
les influenceurs propres à chaque public cible. Ces derniers devront faire un effort explicite
pour les identifier afin d’aller au-delà de leur zone de confort habituelle.
Disclaimer
Le contenu de ce kit est régional, il devra être adapté au contexte national dans lequel il est
utilisé (vocabulaires, terminologie référant à l’EIC et données sur le pays).
L'ÉDUCATION ET L’INFORMATION COMPLÈTE
L’éducation et l’information complètes (EIC) est un processus d’enseignement et
d’apprentissage s’appuyant sur un programme portant sur les aspects cognitifs,
émotionnels, physiques et sociaux des relations sociales et de la reproduction. Elle vise à
2
doter les enfants et les jeunes de connaissances, de compétences, d’attitudes et de valeurs
qui leur donneront les moyens de
● s’épanouir – dans le respect de leur santé, de leur bien-être et de leur dignité;
● développer des relations sociales respectueuses;
● réfléchir aux conséquences de leurs choix sur leur bien-être et sur celui des autres;
● comprendre leurs droits et les défendre.
La définition de l’EIC est le résultat de larges consultations avec des parties prenantes du
monde entier, y compris d’Afrique subsaharienne : experts, scientifiques, enseignants,
autorités éducatives, ou jeunes.
Les caractéristiques d’une EIC de qualité :
● Scientifiquement correcte : basée sur les faits, au même titre que les autres
programmes scolaires.
● Progressive, adaptée à l’âge et au stade de développement : tous les thèmes ne
sont pas abordés avec tous les âges. Avec les plus jeunes on parle par exemple des
relations familiales, des parties intimes du corps, ou des notions d’hygiène de base.
● Fondée sur un programme : par contraste avec quelques séances de sensibilisation
isolées.
● Basées sur les droits humains : c’est-à-dire le droit à l’éducation, le droit à la santé, la
protection contre le mariage d’enfant, les grossesses non-désirées, le VIH, ou les
violences, les abus et l’exploitation.
● Basée sur l’égalité de genre : une condition essentielle de son efficacité, de
nombreux comportements à risque étant conditionnés par les normes de genre, ainsi
que les difficultés d’accès aux services de SSR.
● Culturellement pertinente et adaptée au contexte : c’est la clé du succès et une
condition indispensable à leur mise en œuvre. Les concertations entre les différentes
parties prenantes au moment de développer un nouveau programme sont
primordiales et il est nécessaire d’impliquer les parents d’élèves, les leaders religieux
et traditionnels, les enseignants, ou encore les jeunes, auprès des autorités. Aucun
contenu n’est jamais imposé, ce sont les autorités nationales qui ont toujours le
dernier mot sur les programmes.
● Capables de développer des compétences, pour que les connaissances se
transforment en comportements.
● Complète : Quel que soit le contenu, les programmes doivent toujours être le résultat
d’un consensus entre les parties prenantes, y compris les parents d’élèves, les
enseignants, et les autorités religieuses et traditionnelles. Ce qui fait qu’un
programme est complet est :
3
○ la portée et la richesse des contenus (relations familiales et sociales ; valeurs,
droits et culture ; égalité homme-femme ; violence et rester en sécurité ;
compétences de vie courante ; le corps humain et le développement ; le cycle
de la vie ; la santé sexuelle et reproductive) ;
○ la façon dont ils sont dispensés sur la durée, en fonction de l’âge et du stade
de développement ;
○ le fait qu’ils abordent non seulement des connaissances, mais également les
attitudes et les compétences ;
○ le fait de développer les programmes et de les mettre en œuvre de façon
inclusive.
Les faits sur l'EIC
Les études scientifiques accumulées jusqu’à présent montrent qu’une éducation et une
information complètes de qualité :
● Recule l‘âge des premiers rapports sexuels;
● Réduit le nombre de partenaires et la fréquence des rapports ;
● Augmente les pratiques à moindre risque (préservatif, contraception...).
La littérature scientifique est très claire à ce sujet. De plus,
● L'abstinence est un élément important de l’EIC, mais les programmes axés
uniquement sur l'abstinence ne sont pas efficaces, car ils ne répondent pas aux
besoins des adolescents qui ont une vie sexuelle active. Les données sont
également très vastes sur ce point.
● Les programmes axés sur le genre et complétés par des services pour les jeunes et
la participation des parents ont plus d'impact.
Comment appelle-t-on l'EIC dans les différents pays ?
On constate que les pays adoptent divers termes pour désigner les programmes d’EIC, ce
qui permet de faire valoir les priorités, la culture et les spécificités de différents pays de la
région africaine.
Pays Dénomination
Burkina Faso, RDC Education à la vie familiale
Côte d’Ivoire Education à la santé et à la vie saine
Eswatini Guidance and Counselling LES Curriculum
Mali, Sénégal Education à la santé et au Bien-Être (ESBE)
Mozambique Educação Sexual Compreensiva
4
Nigéria Family Life and Health Education
Togo Education aux valeurs et à la santé sexuelle
Zambie Comprehensive Sexuality Education
Zimbabwe Life Skills, Sexuality, HIV and AIDS Education
Engagements régionaux pour l’EIC
ARGUMENTAIRE
Eléments de langage
1. Les grossesses chez les adolescentes, la mortalité maternelle, le VIH/SIDA, les
violences basées sur le genre et l’abandon scolaire menacent les droits des filles et
des garçons à la santé et à l’éducation.
5
2. L’éducation pour la santé permet aux jeunes d’avoir une vie épanouie, de se
protéger des grossesses précoces, du SIDA et des VBG.
3. Il faut réduire les grossesses chez les adolescentes, les infections au VIH et les
VBG pour assurer le bien-être des familles.
4. Réduire les grossesses chez les adolescentes, les infections au VIH et les VBG,
c’est augmenter leurs chances d’achever la scolarité.
5. Réduire les grossesses chez les adolescentes, le SIDA et les VBG, c’est donner aux
jeunes plus de chance de se réaliser sur le marché du travail.
6. C’est parce qu’ils sont développés par les autorités nationales, les leaders religieux
et communautaires, les jeunes, les parents d’élèves, les experts, les enseignants et
les professionnels de la santé que les programmes d’éducation pour la santé sont
efficaces.
7. Les programmes efficaces d’éducation pour la santé renforcent le dialogue parents-
enfants.
8. Les ministres de l'éducation et de la santé se sont engagés, à la demande des
parents, des responsables religieux et communautaires, des jeunes ou des
enseignants, à mettre en œuvre des programmes d'éducation pour la santé à
grande échelle dans la région.
ÉLÉMENTS D’ILLUSTRATION PAR ÉLÉMENT DE LANGAGE
1. Les grossesses chez les adolescentes, la mortalité maternelle, le
SIDA, les violences basées sur le genre et l’abandon scolaire
menacent les droits des filles et des garçons à la santé et à
l’éducation
6
Chiffres
● En AOC, 64 % de la population est âgée de moins de 24 ans et les
adolescent·e·s de 10 à 19 ans représentent 23 % de la population.
● Dans cette région, les taux de natalité pour les filles âgées de 10 à 14 ans sont les
plus élevés au monde. 1 femme sur 3 accouche avant l'âge de 18 ans.
● Près de la moitié des adolescentes et plus d’⅓ des adolescents de la région
justifient le fait de battre sa femme.
Etudes
Le dernier Rapport sur l’état de la population mondiale de l’UNFPA (2022) rappelle que
« les adolescentes risquent de subir les conséquences les plus graves des grossesses
non intentionnelles1 : les complications liées à la grossesse ou à l’accouchement sont en
effet la principale cause de décès chez les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans (OMS, 2020)
».
Traités, lois, conventions
➢ La Convention internationale relative aux droits de l’enfant (1989), sur les droits
spéciaux des enfants, notamment les articles 17, 19, 24, 34 et 39
➢ La Charte africaine des droits et du bien être de l’enfant (1990), dont l’article 21,
relatif à la protection contre les pratiques négatives sociales et culturelles
Références religieuses
➔ D’après le Hadith, la recherche de la connaissance est obligatoire pour tout
musulman et toute musulmane.
Témoignages
Roubatou Tchagaou, élève togolaise, parle du mariage d’enfants et témoigne de
l’importance de connaître ses droits2 :
« Chez nous, en pays musulman, le sexe est tabou. Donc pour nous interdire de le pratiquer,
on nous donne en mariage à 15 ans. J’ai plus de quatre sœurs qui sont déjà parties en
mariage. J’ai dit “non”, grâce à Dieu, et après Dieu, grâce au centre de Jeunes, j’ai pu dire
“non au mariage forcé”. Au centre on m’a appris que j’ai des droits, et qu’à 15 ans je n’étais
pas encore majeure pour me marier (...) Je dois aller à l’école pour au moins apporter [à mes
parents] quelque chose demain ».
2. L’éducation pour la santé permet aux jeunes d’avoir une vie
épanouie, de se protéger des grossesses précoces, du SIDA et des
VBG
Chiffres
● Le nombre total de nouvelles infections au VIH chez les jeunes âgés de 15 à 24
ans dans la région a été estimé à 69 000 en 2019, dont 48 000 chez les jeunes
femmes qui restent disproportionnellement touchées.
1 Une grosse non intentionnelle est une grossesse inopportune, survenant plus tôt que souhaitée ou alors
que la femme n’a pas prévu d’avoir (davantage) d’enfants. Cette définition s’applique quelle que soit l’issue
de la grossesse (avortement, fausse couche ou naissance non planifiée). Elle peut être désirée ou non
désirée.
2 Témoignage recueilli dans le cadre des dix ans du Fonds Français Muskoka (2021). Retrouvez l’ensemble
des témoignages sur Vidéos | Fonds Francais Muskoka ([Link]).
7
La cause ? Seulement 28% des adolescents et 21% des adolescentes disposent
d’une connaissance globale du VIH.
● Seulement 2 femmes sur 5 âgées de 15 à 49 ans en AOC voient leurs besoins de
planification familiale satisfaits avec des méthodes modernes de contraception.
Etudes
Le rapport de l’UNFPA (2018) sur l’Afrique de l’Ouest et du Centre indique que
« de nombreux articles ont été publiés sur l’efficacité des programmes d’ECS en milieu
scolaire. (...) 64 études sur le sujet démontrent que les apprenants bénéficiaires sont plus
informés sur le VIH, ont moins de partenaires sexuels, sont plus susceptibles de retarder
l’initiation sexuelle, ou de refuser des relations sexuelles et de demander l’utilisation de
préservatifs. » Les programmes sont d’autant plus efficaces qu’ils abordent à la fois le VIH
et les grossesses, faisant de l’EIC une approche cruciale et présentant un bon rapport
coût-efficacité (UNESCO, 2018).
Traités, lois, conventions
➢ L’Objectif de Développement Durable 4 (2015), pour une éducation de qualité, en
assurant l’accès de toutes et tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité,
et en promouvant les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie
➢ Le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif
aux Droits des Femmes (Protocole de Maputo, 2003), et notamment l’article 12, qui
engage à « intégrer la dimension genre et l’éducation aux droits humains à tous les
niveaux des programmes d’enseignement scolaire y compris la formation des
enseignants », à « faire bénéficier les femmes victimes d’abus et de harcèlements
sexuels de conseils et de services de réhabilitation. »
Témoignages
Paul Philippe N'guessan, 22 ans, Ivoirien3, témoigne de l’importance de l’éducation et de
l’information pour construire une vie épanouie :
« J’ai eu la chance, lorsque j'étais au lycée, de pouvoir entrer dans un club santé. J’ai eu des
informations qui ont pu m’ouvrir les yeux sur certaines réalités que je vivais, et qui allaient
m'amener à ma perte si je continuais (...). Il faut que je le dise, il y a certains de mes amis
avec qui j’étais qui se sont retrouvés avec des grossesses non-désirées (...) et ils ne savaient
pas quoi faire. Donc ils se sont donnés à des avortements clandestins (...). Aujourd’hui, je
suis sorti du groupe, et j’ai pu avoir une “bonne éducation”. Je vois des amis que j’ai
fréquentés dans le passé, avec qui je marchais, avec qui j’avais ces comportements qui
n’étaient pas très réglos, et ils sont fiers de dire “Bon, toi aujourd’hui tu es devenu
quelqu'un...”. Et c’est grâce à l’information que j’ai eu au niveau du club santé ».
3. Réduire les grossesses chez les adolescentes, les infections au
VIH et les VBG, c’est assurer le bien-être des familles
Chiffres
● Au moins 10 millions de jeunes filles âgées de 15 à 19 ans sont confrontées à des
grossesses non désirées chaque année dans les pays en développement.
● Les complications pendant la grossesse et l’accouchement sont la principale
cause de décès pour les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans dans le monde.
3 Pour retrouver la vidéo-témoignage de Paul Philippe N'guessan et des autres personnes interviewées
dans le cadre de la campagne #JeVeuxSavoir rendez-vous sur #JeVeuxSavoir - témoignages - YouTube.
8
● En AOC, 4 millions d’enfants sont orphelins à cause du sida.
Traités, lois, conventions
● L’Objectif de Développement Durable 3 (2015), pour la santé et le bien-être, pour
permettre à toutes et tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être à tout
âge
● Le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif
aux Droits des Femmes (Protocole de Maputo, 2003) et notamment l’article 14
relatif aux droits « à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction », parmi
lesquels « le droit à l’éducation sur la planification familiale »
Références religieuses
➔ « Ô vous qui avez choisi d'être gratifiés de la croyance ! Il ne vous est pas permis
de forcer les femmes à se marier ou à les retenir dans le mariage contre leur gré. »
(Coran, 4:19)
➔ « Dieu a créé tous les êtres humains à son image pour qu'ils soient partenaires
dans la gestion de la création divine. Personne n'est au-dessus de l'autre. »
(Genèse 1:26-28)
Témoignages
Idé Basa Abdourahman, 30 ans, Nigérien, témoigne de l’impact des grossesses précoces
sur le bien-être des familles : « [Mon ami] Hinsa vivait dans une famille assez compliquée.
Sa mère est décédée dès son bas âge, et il vivait avec son père. Les discussions se limitent à
“Je veux ceci, je veux cela. Sachant que la situation de la sexualité est un tabou au Niger, on
n'en parle pas. (...) Personne n’a été là pour le conseiller, soit sur la puberté, soit la sexualité,
ou bien des conduites à tenir au cas où il arrive à avoir ses premières éjaculations. Avec sa
petite amie au lycée, ils ont fini par avoir des rapports sexuels et il s’est retrouvé être papa à
l'âge de 16 ans. Du coup, il est devenu la risée du village. Tout le monde le pointait du doigt à
cause de la grossesse et son père a vu en lui quelqu’un qui a terni l’image de la famille, et a
fini par le rejeter. (...) Finalement il n’a pas pu tenir plus, il en a eu assez, il a choisi de quitter
son village et d’aller en exil. »
Patricia Agyepong, Ghanéenne, mère d’Akosua : « Lorsque j’ai atteint l’âge de la puberté, je
n’ai pas pu en parler à ma mère. Nous n’avions pas ce genre de relation. J’ai préféré en parler
à mon enseignante ».
4. Réduire les grossesses chez les adolescentes, les infections au
VIH et les VBG, c’est augmenter les chances d’achever la scolarité
Chiffres
● 1 adolescente sur 4 et près d’1 adolescent sur 5 ne reçoit pas d’éducation
formelle ou de formation en AOC.
● Les disparités entre les sexes subsistent et se creusent avec l'âge : seulement ⅓
des filles de la région achèvent leurs études.
9
Etudes
Selon une étude de la Banque mondiale réalisée entre 2010 et 2016, il existe une forte
corrélation inverse entre la scolarisation en cycle secondaire et le mariage précoce. Pour
chaque année supplémentaire d’études secondaires, la probabilité d’un mariage précoce
est significativement réduite de sept points de pourcentage en moyenne dans les six pays
les plus peuplés. Des effets similaires sont observés pour la probabilité de donner
naissance à un enfant avant l’âge de 18 ans.
Traités, lois, conventions
● Le Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels (1976), et
notamment l’article 13 à travers lequel les Etats reconnaissent que « l'éducation
doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et du sens de sa
dignité et renforcer le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
»
● Le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif
aux Droits des Femmes (Protocole de Maputo, 2003), et notamment l’article 6 qui
interdit le mariage des enfants
Références religieuses
➔ Galates 3:28 : Paul réitère clairement l'égalité établie dans la création en soulignant
l'insignifiance des différences entre les hommes et les femmes.
Témoignages
Cornélia Glélé, 22 ans, Béninoise, témoigne de l’importance de l’éducation et de
l’information pour poursuivre de grandes études : « Aujourd’hui à 22 ans, je suis en train de
finir mon Master, parce que dans mon parcours j’ai eu droit à une éducation sexuelle. Petite,
j’allais à l’école au nord du Bénin. Au nord du Bénin on contracte rapidement des grossesses,
on attrape rapidement une IST, etc. On n’a pas les mêmes chances que les jeunes qui vivent
à Cotonou ! On est dans notre coin là-bas. Quand tu vas à l’école et que tu tombes enceinte,
c’est normal. C’est quand tu vas jusqu’en terminal que c’est l’exploit. Moi j’ai eu la chance
d’avoir une maman formidable, avec qui je lisais les magazines Amour & Vie. (...) C’était
beaucoup plus simple pour nous d’aborder ces questions-là et ça me permettait d’avoir
confiance en moi, ça me permettait d’avoir la confiance de ma mère qui me donnait tout
plein de conseils “Fais attention. Fais pas ci. Fais pas ça.” Et voilà, ça m’a permis d’évoluer à
l’école ».
5. Réduire les grossesses chez les adolescentes, le SIDA et les VBG,
c’est donner aux jeunes plus de chance de se réaliser sur le marché
du travail
Chiffres
● Dans le monde, les filles qui étudient une année scolaire de plus que la moyenne
nationale voient leur salaire augmenter jusqu'à 20 %.
10
● Pour chaque augmentation de 10 % du nombre de filles scolarisées, le PIB d'un
pays augmente en moyenne de 3 %.
Etudes
Le rapport mondial de suivi sur l’éducation 2020 souligne les efforts qui doivent encore
être faits pour donner aux filles et aux femmes les mêmes opportunités d'emploi que les
hommes. La part des femmes dans l'éducation et la formation technique et
professionnelle (EFTP) est passée de 45 % en 1995 à 42 % en 2018 au niveau mondial. Le
pourcentage de femmes étudiant l'ingénierie, la fabrication et la construction ou les TIC
est inférieur à 25 % dans plus des deux tiers des pays.
Ce rapport montre aussi que dans les pays à revenu faible et intermédiaire, les filles sont
plus influencées par le niveau d'éducation de leur mère que par celui de leur père. Dans
les pays à faible revenu, une année supplémentaire de scolarité maternelle se traduit par
sept mois d'éducation supplémentaires chez les filles de la cohorte des années 1980.
Traités, lois, conventions
● Le Pacte International des droits économiques, sociaux et culturels (1976), et
notamment l’article 13 à travers lequel les Etats reconnaissent que « l'éducation
doit mettre toute personne en mesure de jouer un rôle utile dans une société libre,
favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous
les groupes raciaux, ethniques ou religieux et encourager le développement des
activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. »
● Le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif
aux Droits des Femmes (Protocole de Maputo, 2003), et notamment l’article 13, qui
promeut l’égalité en matière d’accès à l’emploi
Références religieuses
➔ « En vérité, Dieu ne modifie point l'état d'un peuple, tant que les [individus qui le
composent] ne modifient pas ce que est en eux-mêmes. » (Coran, 13:11)
➔ « Si un peuple se dote du capital de la foi et accomplit des actions bonnes et
dignes, il triomphera sur la scène de la vie et gagnera la vice-gouvernance de la
terre. » (Coran, 24:45)
6. C’est parce qu’ils sont développés par les autorités nationales, les
leaders religieux et communautaires, les jeunes, les parents d’élèves,
les experts, les enseignants et les professionnels de la santé que les
programmes d’éducation pour la santé sont efficaces
Etudes
Les chercheurs du rapport mondial de suivi sur l’éducation de 2015 montrent que l’EIC a
11
une plus grande incidence lorsque les programmes proposés à l’école sont complétés
par des éléments communautaires, notamment la distribution de préservatifs, la
prestation de formations aux prestataires de santé pour qu’ils fournissent des services
adaptés aux jeunes, et le fait d’impliquer les parents et les enseignants. Ce type de
programme est aussi particulièrement important pour atteindre les jeunes plus
marginalisés.
Une recherche menée par le Guttmacher Institute au Ghana en 2017 dévoile comment les
ministères de la Santé et de l’Éducation ont tiré profit d’une meilleure harmonisation de
leurs approches. Les deux institutions gouvernementales amenées à collaborer sur les
programmes « Éducation à la santé à l’école » et « Alerte VIH » n’ayant pas défini ce que
recouvrait la fourniture de services de SSR au sein des écoles, la mise en œuvre des
programmes d’ECS a été mise à mal. Elle aurait pu être prévenue en travaillant dès le
départ sur une vision concertée.
Traités, lois, conventions
● Les Engagements signés par les 9 ministres de la Santé des pays du Partenariat
de Ouagadougou lors du Sommet de Londres sur la PF en 2017, dont la nécessité
de mettre en place des instances multisectorielles de coordination, incluant
l’ensemble des secteurs de la société, pour mettre en œuvre les plans
d’accélération de la PF
Références religieuses
➔ Cissé Abdoulaye, dans Musulmans, pouvoir et société (2000), traite notamment
des enjeux de contraception et planification familiale, du mariage et de l’égalité
entre les sexes, sur la base du Coran et de la Sunna.
➔ La déclaration des leaders religieux et les recommandations du symposium
régional « Islam, dividende démographique et bien-être familial » tenu à
Ndjaména en juillet 2017, sur le rôle des écoles coraniques et l’importance de la
planification familiale
Cas concret
Les leaders religieux et coutumiers ont grandement contribué à la réalisation des
objectifs du Partenariat de Ouagadougou en utilisant leurs lieux de culte comme cadres
privilégiés de sensibilisation. Ils ont exploité les prêches et les programmes d’instruction
et d’éducation religieuse pour informer les fidèles et les communautés sur la planification
familiale, la santé reproductive et l’éducation à la vie familiale. Ils se sont constitués en
coalition pour changer les normes sociales néfastes et élaborer des programmes contre le
mariage des enfants et l’excision des jeunes filles.
7. Les programmes d’éducation pour la santé efficaces renforcent le
dialogue parents-enfants
Etudes
Les Principes directeurs internationaux sur l’éducation sexuelle s’appuient sur des
recherches prouvant notamment que le fait d’adopter une approche clairement axée sur
12
les droits dans les programmes d’ECS permet une meilleure communication des enfants
avec leurs parents au sujet de la sexualité et des relations, et une plus grande confiance
en leurs capacités de gérer des situations à risque. Les travaux de Douglas Kirby (2009)
suggèrent en ce sens de faciliter les échanges entre parents et enfants sur la sexualité en
donnant aux élèves des devoirs à faire chez eux nécessitant de discuter de sujets bien
définis avec leurs parents ou d’autres adultes en qui ils ont confiance.
D’après cette étude, les enfants et les jeunes auront de meilleures chances de s’épanouir
sur le plan personnel si les enseignants et les parents s'apportent un soutien mutuel
dans la mise en œuvre d’un processus guidé et structuré d'enseignement et
d’apprentissage.
Exemples concrets
L’initiative « New Deal », portée par l’UNFPA, a déjà fait ses preuves pour la réduction de
la vulnérabilité des jeunes filles dans la région de Kolda au Sénégal. Ce pacte d’ordre
communautaire repose sur un engagement moral entre les jeunes filles et les parents pour
un objectif « zéro grossesse ». Concrètement, les parents s’engagent à ne plus marier
leurs filles avant 18 ans, et les jeunes filles s’engagent à leur tour à ne pas tomber
enceintes avant le mariage.
Cette approche multi-acteurs et co-construite vise à sensibiliser et informer la
communauté et les parents à travers l’identification et la reconnaissance des membres
des clubs de jeunes filles, en participant ainsi à la lutte contre les mariages et les
grossesses précoces, les mutilations génitales féminines (MGF) et la promotion de
l'utilisation des services de santé sexuelle et reproductive. Le nombre de filles (0-19 ans)
et des femmes bénéficiant de services de prévention, protection et santé liés aux
mutilations génitales féminines, à travers la référence des clubs de jeunes filles, a presque
doublé chaque année dans la région.
Témoignages
Josiane Biaye, Sénégalaise, Présidente du Club de Jeunes Filles de Kolda : « Le club des
jeunes filles m’a permis de devenir leader et d’accompagner mes sœurs. Le New Deal m’a
permis d’avoir une meilleure relation avec mes parents et d’acquérir des connaissances
larges sur la santé sexuelle et reproductive. Dans mon quartier je suis citée en référence. »
Akosua Agyepong, Ghanéenne, membre d’un Club de Jeunes Filles : « Je peux décider
moi-même quand avoir des enfants, quand me marier, ce que c’est l’amour pour moi, alors
pour moi, l’éducation complète à la sexualité, c’est la liberté ».
8. Les ministres de l'éducation et de la santé se sont engagés, à la
demande des parents, des responsables religieux et communautaires,
des jeunes ou des enseignants, à mettre en œuvre des programmes
13
d'éducation pour la santé à grande échelle dans la région.
Traités, lois, conventions
L’Engagement de l’AOC pour des adolescents et des jeunes éduqués, en bonne santé et
épanouis indique sans ambiguïté que les ministres de l’éducation et de la santé se sont
engagés à
● Des principes transversaux
o L’implication des parents, des communautés et des leaders religieux et
traditionnels, et le dialogue intergénérationnel
o La participation des adolescents et des jeunes
o Le financement des programmes sur des ressources domestiques et
internationales
o L’identification d’un pays champion pour porter la question à l’Union
Africaine
● Une EIC
o Adaptée au contexte, aux cultures, aux valeurs, aux lois
o Mise en œuvre par des programmes complets : mis en œuvre et
développés de façon inclusive
o Les programmes dans les écoles et en dehors, pour tous les adolescents
et jeunes
o Reposant sur la formation des éducateurs, le développement d’outils et
l'exploitation du numérique
● Des services de santé sexuelle et reproductive
o Confidentiels
o Avec l’engagement des communautés
o Promouvant la SSR de la jeune fille avec des paquets intégrés de services
o Autodiagnostic ou le dépistage volontaire du VIH
o Un renforcement des capacités des prestataires
o Accessibles au plus grand nombre
● La réponse aux inégalités de genre et aux violences sexuelles et basées sur le
genre
o Des environnements d’apprentissage plus sûrs, sains et inclusifs pour
tous, avec des systèmes de signalement des violences
o Prévention et prise en charge multisectorielle
o Cadre politique et réglementaire (codes de conduite)
o Mobilisation communautaire
o Enseignement et apprentissage sur les violences, y compris les VBG et
en milieu scolaire
o Renforcement et harmonisation des cadres juridiques au niveau national
L’Engagement a été proclamé par les ministres des 25 pays suivants : Angola, Bénin,
Burkina Faso, Burundi, Cabo Verde, Cameroun, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Gambie,
Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali , Mauritanie, Niger, Nigéria, République
centrafricaine, République Démocratique du Congo, Sao Tomé et Principe, Sénégal, Sierra
Leone, Tchad, Togo.
14
15