Foret - Med Et Pastoralisme
Foret - Med Et Pastoralisme
dans la revue
Forêt Méditerranéenne
Synthèse des articles depuis l’origine
174
Un thème présent
dès les premiers numéros
1980 : un premier débat entre besoins alimentaires à l’échelle du cycle de
reproduction tout entier, c’est-à-dire sur 8 à
ingénieurs généraux du GREF 10 mois au moins.» 2 – « âturage pauvre ne
Un débat de haute tenue oppose deux signifie pas fourrage pauvre. Autrement dit,
Ingénieurs en chef du Génie rural, des eaux non seulement la capacité d’ingestion […]
et des forêts (GREF), Joseph P OUPON et varie en fonction de l’appétence proprement
Antoine BLANCHEMAIN dans un des premiers dite du végétal, mais elle varie aussi selon la
numéros de la revue en 1980. Le premier saison, en fonction d’interactions
avait réalisé une étude très fouillée [3] pour animal/végétal encore mal connues parmi
le compte du Gouvernement marocain en lesquelles les possibilités de composition de la
établissant un programme de recherche de ration jouent sans doute un rôle. »
solutions afin de transformer l’antagonisme
forêt-pastoralisme en une coexistence équili- En 1980, un travail en ateliers
brée et productive. Le second lui a répondu avec la visite de premières
dans le même numéro [4]: « L’exposé de M. J.
Poupon, remarquable par sa clarté, sa expérimentations
rigueur et la qualité de sa documentation, Les travaux d’un stage du Groupe de
repose sur des données couramment admises recherche et d’échanges technologiques
et qui constituent le fonds commun de nom- (GRET) d’écodéveloppement réunissant en
breuses propositions d’aménagement. atelier les pionniers de l’agro-sylvo-pastora-
Cependant, certaines recherches récentes, lisme ont été synthétisés par Chantal
notamment en matière de nutrition animale, BERTHET-BONDET en 1980 [5].
éclairent d’un jour nouveau ce qui paraissait
acquis. La remise en cause est parfois si nota- Après un exposé sur l’évolution des sys-
ble qu’elle nous paraît autoriser l’ouverture tèmes agraires, les apports de la recherche
d’un débat de fond sur la conception de notamment la méthode CEPE Louis
l’aménagement et sur les rapports qu’elle Emberger (Centre d’études phyto-sociolo-
entretient inévitablement à travers la métho- giques et écologiques) sont détaillés. Deux
dologie, avec la philosophie du développe- études de cas sont présentées, la Corse, avec
ment global. » Voici deux exemples pour un relatif échec d’intégration au système
illustrer son propos et vous donner envie de social et la vallée du Buech avec des pre-
vous replonger dans cet article. 2 – « A la miers résultats encourageants. Dans cette
notion de “ration quotidienne équilibrée”, se région, à l’ouest des Hautes-Alpes, les éle-
substitue donc désormais une notion nouvelle veurs rencontrant des problèmes liés au gar-
qui conduit à raisonner la couverture des diennage, étaient demandeurs d’innovations.
Des parcours ont été aménagés dans des
peuplements de pin noir ou de taillis de
chêne pubescent avec des tests de clôture, de
fertilisation, de durée différente de charge de
pâturage… Les forestiers, moins deman-
deurs, ont été associés aux essais. Bernard
Lambert, l’animateur auprès des éleveurs,
précisaient les nombreuses mises au point
nécessaires (niveau de charge, type de fertili-
sation, bilan de la récupération des unités
fourragères à faible coût, économie de gar-
diennage…). « Pour les forestiers, les
recherches sont plus longues à mener ; on
ignore le rôle important du troupeau pour la Photo 1 :
fertilisation des boisements, la conséquence Des moutons sous taillis
de la régression des arbustes dans les sous- de chêne pubescent.
bois, le rôle d’entretien des pare feux… […] Photo Grégory Sajdak /
Néanmoins, toutes ces approches sont un CRPF Occitanie ©CNPF.
176
Innovations et préconisations 4 - De la Mission
interministérielle
pour la protection
techniques et l’aménagement
de l’espace naturel
méditerranéen
et du Service régional
d‘aménagement forestier
Eléments pour un zonage agro- vocation ». Souvent les potentialités sont de la Corse.
multiples et il faut y associer des facteurs
sylvo-pastoral de la Corse ? sociaux (foncier, usages) et économiques (fai- 5 -Société d’études
Un outil cartographique sabilité, bilans). techniques et
En préalable, l’article décrit la « question d’entreprises générales.
pour la mise en valeur pastorale en Corse » et présente les premiers
6 -Centre d’études
résultats d’expérimentations conduites avec phyto-sociologiques et
A la suite d’une demande publique , la 4
succès dans la vallée du Golo (broyage méca- écologiques L-Emberger.
SODETEG 5 avec l’appui scientifique du nique de la strate ligneuse basse, décomposi-
(CEPE-CNRS) de Montpellier 6, a produit un tion du broyat qui favorise le développement
travail cartographique intitulé « Éléments d’espèces pastorales présentes, fertilisation
pour un zonage agro-sylvo-pastoral de la et constitution d’une prairie avec présence
Corse » qui a été co-réalisé et présenté par d’arbres) qui justifient de cartographier les
Louis A MANDIER [9] en 1982. Il résultait zones susceptibles d’être concernées.
d’une réflexion globale menée autour de la
prévention des incendies. Au cours de celle-
ci, une étroite corrélation a été mise en évi- Une méthode d’évaluation
dence entre le problème du feu et les condi-
tions de l’élevage, tandis que,
des variations de biomasse
simultanément, l’existence de potentialités de la strate arbustive
pastorales intéressantes était démontrée.
sur des parcelles pâturées
L’originalité de la démarche tient au fait
que les cartographies des milieux se sont
L’objectif était de mesurer l’évolution de la
appuyées sur les groupements végétaux, car
biomasse de la strate arbustive, prépondé-
la végétation est le meilleur intégrateur du
rante sur les parcours, pour apprécier la
milieu dans sa globalité et qu’une carte de la
quantité de nourriture totale disponible,
végétation constitue également une carte des
celle prélevée par les animaux et donc la
facteurs écologiques d’où on peut extraire
contribution du troupeau à l’entretien des
une carte d’aptitudes.
débroussaillements (intérêt économique) Photo 2 :
Les cartes distinguent les espaces pasto- puis la vitesse d’installation ou d’évolution Sylvo-pastoralisme
raux améliorables par intensification de la de la végétation arbustive dans chaque en Corse.
production herbagère avec quatre niveaux de milieu. Photo Louis Amandier.
potentiels, les espaces forestiers, quand il y a
plus de 25% de végétation haute, l’espace
agricole actuel, des espaces de réserve (par-
cours difficiles à aménager) et des espaces
complémentaires (urbanisation, lacs…).
Alors que les systèmes d’information géogra-
phiques n’existaient pas, il faut saluer la
somme de travail que cela a représenté.
Ce travail a permis ultérieurement d’éta-
blir des plans d’aménagement de l’espace
naturel contre l’incendie, de prévoir la ges-
tion forestière (localisation des forêts de pro-
tection et de production, localisation des
régénérations dans le maquis…), d’effectuer
des inventaires et divers zonages.
Mais les auteurs précisent que si ces
« cartes indiquent des potentialités agricoles,
pastorales, ou forestières, ils se refusent
expressément à leur attribuer une quelconque
178
remise en exploitation de la suberaie et en nier jour au ministre. Ces propositions 7 - ASL : Association
même temps de prévention contre les incen- avaient l’objectif de répondre aux problèmes syndicale libre.
dies. Sur plusieurs sites, ils détaillent les techniques (diffusion des nouvelles pratiques 8 - AFP : Association
conditions techniques de la consommation de l’élevage préconisées par les chercheurs, foncière pastorale.
des ligneux du maquis par les ovins, caprins poursuite des recherches dans le domaine
et équins associée aux semis d’espèces four- forestier), aux problèmes économiques
ragères (légumineuses et graminées). (financement de l’outil de production de pré-
férence à une compensation de revenus), pro-
blèmes fonciers (financement de l’animation
Rencontres entre chercheurs pour utiliser les outils existants, ASL 7,
AFP 8), problèmes d’organisation (s’appuyer
et autres acteurs lors sur des instances capables de mobiliser tous
d’un colloque de l’INRA les acteurs d’une territoire), problèmes finan-
ciers (souplesse, globalisation), problèmes
L’INRA (Institut national de la recherche
fiscaux (pas de changement de nature de cul-
agronomique), à la demande du ministère de
ture), infrastructure (la DFCI à la charge de
l’Agriculture a organisé en 1987 un colloque
la collectivité), et problèmes humains (créer
Agriculture Forêt qui a réuni plus d’une cen-
un environnement social capable d’assurer la
taine de participants de divers horizons. Au
pérennité de l’installation de l’éleveur).
cours des deux premiers jours, la quinzaine
d’expériences concrètes et variées d’aména-
gements forestiers et sylvopastoraux ont été Eléments de stratégie
visitées et analysées, en Corse, en
Languedoc-Roussillon et en Provence-Alpes- d’élevage valorisant
Côte d’Azur et sommairement décrites dans des espaces à faibles
l’article de Bernard HUBERT [17]. Le troi-
sième jour, des forestiers étrangers (MM. potentialités ligneuses
LIACOS, MONTOYA, MORANDINI et REGO) ont Stéphane BELLON propose une stratégie
fait part de leurs expériences des techniques [18] adaptée aux situations rencontrées Photo 3 (à gauche) :
d’aménagement combinant l’utilisation des même si les espaces ont une faible potentia- Utilisation de milieux
feux contrôlés d’hiver et le pâturage et ont lité. « En définitive, au lieu de se concentrer forestiers à faible
présenté des pratiques traditionnelles et sur les quelques terrains plus productifs ou potentiel à Fayence (Var).
modernes de gestion des formations boisées Photo Joël Perrin / CRPF
de rechercher a priori d’autres terres, pour
et pâturées typiques de la péninsule ibérique PACA © CNPF.
faire face à une situation nouvelle, l’objectif
(dehesa et montado). est “d’optimiser” le fonctionnement de l’en- Photo 4 (à droite) :
La journée de bilan par atelier a donné semble des surfaces disponibles sur une Dehesa en Andalousie -
lieu à un compte rendu détaillé pour chaque exploitation avec des utilisations (interven- Sierra Norte.
région avec des propositions remises le der- tions) diversifiées et liées entre elles, adaptées Photo Louis Amandier.
à
179
9 - Le Cemagref chaque type de végétation et orientées en fonc- d’évaluer la faculté de régénération des plan-
a aujourd’hui fusionné tion des besoins du (des) troupeau(x) sur tules de pin sylvestre dans un espace par-
avec l’INRA pour devenir chaque période de l’année. » couru régulièrement par un troupeau ovin et
l’INRAE.
L’objectif est de réduire les coûts par l’uti- les effets possibles de ce pâturage sur l’arri-
lisation maximale de l’espace disponible et vée, le maintien ou la disparition de ces
de la végétation en place en organisant cet plantules.
usage sous la forme de « chaîne de pâtu- Dans les parcs soumis à une forte pression
rage » qui exprime l’état d’ajustement actuel de pâturage, la régénération naturelle du pin
(ou à venir) entre les besoins du troupeau et sylvestre peut s’avérer très difficile ; de
les ressources du territoire dont dispose l’éle- même, il apparaît que l’installation d’une
veur, en ayant éventuellement recours à des couverture herbacée dense (par sursemis en
apports extérieurs (complémentation) ou à la particulier), dès la fin des travaux forestiers,
mobilisation de réserves corporelles des ani- limite l’implantation de cette espèce fores-
maux. Après ce redéploiement basé sur tière. La réhabilitation, par le sylvopastora-
l’ajustement et le renouvellement des par- lisme, de territoires souvent peu productifs à
cours, les interventions techniques s’effec- l’origine est sans doute une des solutions à
tuent sur des espaces plus réduits où elles privilégier par les acteurs locaux.
sont pertinentes. Cependant, assurer l’équilibre entre des acti-
L’auteur est amené à faire un bilan cri- vités pastorales et des activités de type sylvi-
tique d’un certain interventionnisme qui n’a coles, présentes simultanément sur un même
pas porté ses fruits. Il reconnaît que dans le espace, peut être un exercice délicat. Le
domaine de la gestion de l’arbre, on manque pâturage régulier pratiqué toujours et long-
de recul et d’expériences pour définir les temps dans le même secteur perturbe la
types d’interventions les plus aptes à assurer pérennité du système forestier.
une place significative à l’élevage et à la pro- Il est donc nécessaire d’inclure, dans un
duction ligneuse. projet d’aménagement de type sylvopastoral,
des parcelles en jachère temporaire en même
temps que des parcelles pâturées.
Impact des activités sylvo- L’établissement de rotations, tous les huit-
pastorales sur la colonisation dix ans au moins, entre ces deux types de
parcelles devrait permettre une production
et la régénération naturelle d’herbe suffisante pour l’alimentation hors
de Pinus sylvestris L. bergerie des troupeaux et une implantation
Photo 5 : modérée du pin sylvestre avec, à terme, une
Aménagement sylvo- dans les Baronnies valorisation forestière envisageable de ces
pastoral sous pin sylvestre
En 2001, André DORÉE du Cemagref 9, a boisements.
dans le Buech à St-Julien-
en-Beauchêne (05), effectué une étude de l’impact du sylvopasto-
forêt de Vaunières. ralisme sur la régénération du pin sylvestre
Photo Catherine Michel - dans les parcs qui ont été mis en place en Raisonner l’utilisation
CRPF PACA © CNPF. 1984 (voir article précédent). L’objectif était sylvo-pastorale du chêne vert
La surface importante occupée par le
chêne vert et sa faible mise en valeur
actuelle explique l’intérêt des éleveurs pour
ces espaces. Stéphane BELLON de l’INRA-
SAD à Avignon et Gérard G UÉRIN , de
l’Institut de l’élevage à Montpellier [19], pré-
sentent en 1993, les principaux acquis
concernant l’utilisation de ces bois par des
troupeaux sous forme de références d’utilisa-
tion pastorale relatifs à l’évaluation des res-
sources pastorales (disponibilité pastorale
par saison), à la valorisation des taillis par le
pâturage (mode d’exploitation) et à leur
affectation dans un système d’alimentation
(fonctions).
Ils montrent qu’il existe une forte interac-
tion entre le mode d’exploitation par les ani-
180
maux et la nature des interventions sylvi- « Au regard d’une maîtrise durable et éco-
coles ce qui ouvre la voie à une gestion nou- nomique des espaces boisés méditerranéens,
velle pour ces espaces. Des pratiques combi- le sylvopastoralisme représente une réelle
nant les deux activités — production ouverture : pérennisation des ressources pas-
ligneuse et élevage — permettent de réamé- torales, valorisation élargie des interventions
nager ces espaces boisés : la présence de sylvicoles, elles-mêmes simplifiées par l’im-
troupeaux conduit à des interventions origi- pact animal qui participe alors à l’itinéraire
nales sur les bois et donc à des sylvicultures sylvicole. L’atout pastoral peut ainsi renfor-
diversifiées. Un scénario de gestion sylvo- cer les PSG (Plan simple de gestion) et élar-
pastorale pluriannuelle a été développé dans gir d’autant leur opportunité. Ce multi-usage
l’Hérault pour montrer l’évolution prévisible et la pluriactivité qu’il engendre sont une
d’espaces boisés à usages multiples soumis à nouvelle chance pour les espaces en déprise et
des interventions périodiques avec l’encadre- [peuvent] redonner sens à un développement
ment conjoint des techniciens de l’élevage et local durable.»
ceux de la forêt.
Associer sylviculture
Les ressources sylvopastorales et pâturage en forêt
des chênaies de production : le cas
méditerranéennes du mélézin des Alpes du sud
En 1996, dans le cadre des « Journées Le sylvopastoralisme s’est focalisé au
d’étude et d’information sur les chênes vert début sur des espaces concernés par la
et blanc » organisées par Forêt DFCI. Mais l’association raisonnée entre
Méditerranéenne, des acteurs de structures forêt et pâturage s’applique à d’autres
différentes participant au groupe de travail espaces. Un article paru en 1997, co-signé
« Activités d’élevage dans les espaces boisés » par des pastoralistes et des forestiers [21],
de l’Association française de pastoralisme définit la gestion sylvopastorale dans un
(AFP) ont élargi les travaux précédents à mélézin à Saint-Vincent-les-Forts (Alpes-de-
toutes les chênaies [20]. Deux points de vue Haute-Provence).
sont présentés en parallèle : celui du techni- Sept ans après, dans le tome 2 de la revue
cien de l’élevage par rapport aux chênaies et de l’année 2004, figure le compte rendu com-
celui du technicien forestier par rapport aux plet de ce travail conjoint des forestiers de
effets attendus de la présence d’élevage sur l’ONF avec un groupement d’éleveurs
le traitement et le devenir des chênaies à dif- appuyés techniquement par le CERPAM
férents stades. dans sept articles successifs constituant une
Les chênaies méditerranéennes intéres- monographie complète.
sent les éleveurs car leur disponibilité pasto- La forêt communale de Saint-Vincent-les-
rale est importante et diversifiée, les possibi- Forts est constituée d’un mélange mélèze-
lités d’utilisation pastorale sont multiples et sapin [22] où le mélézin domine. La producti-
les ressources pastorales s’intègrent dans un vité est importante pour la région
calendrier de pâturage. Le sylvopastoralisme (6 m3/ha/an) et les conditions d’exploitation
intéresse aussi le forestier car ce n’est pas faciles. Elle est une source de revenu pour
seulement des troupeaux qui pâturent et un cette petite commune de montagne.
prélèvement de ressources fourragères en Jean-Pierre LEGEARD du CERPAM détaille
sous-bois, mais ce sont aussi des projets les interventions associant éleveurs, munici-
d’utilisation du territoire avec une gestion palité, ONF et CERPAM, qui ont eu lieu
raisonnée et partenariale intégrée à la sylvi- depuis 1993 sur le site de Mouriaye [23]. Les
culture et à l’aménagement forestier. quatre éleveurs bovins, en manque d’espaces
Les auteurs démythifient la question syl- à pâturer, s’inquiétaient de l’embroussaille-
vopastorale qui n’est pas si complexe sur le ment dans la zone basse du mélézin, tandis
plan technique, avec une mise en place qui que les forestiers constataient le vieillisse-
peut être souple et rattrapable si elle est ment de la forêt, les difficultés de la régéné-
cadrée stratégiquement (taille de parcelle, ration du mélèze et la réticence des éleveurs
produit sylvicole, ressource pastorale) et à accepter une extension des mises en
selon un pas de temps pas si éloigné entre défens. Ces problèmes étant récurrents dans
l’éleveur et le forestier. les Alpes du Sud, il fut décidé d’en faire un
181
10 - CTE : Contrat
territorial d’exploitation.
« laboratoire » avec un plan d’acquisition de Produire durablement du lait
références (examen de la végétation et de la
ressource pastorale avant et après pâturage, avec des chèvres en forêt
enregistrement des effectifs d’animaux et du méditerranéenne
calendrier d’utilisation de chaque parc,
recueil des données techniques et écono- La chèvre est gourmande ! C’est bien là
miques de l’exploitation forestière et des tra- son principal défaut, à l’origine des conflits
vaux de régénération). Des parcs sont réamé- parfois violents entre éleveurs et forestiers.
nagés, des équipements installés, des Ce temps est peut-être révolu car depuis
conventions signées. 2008, un Réseau caprin pastoral méditerra-
Ce suivi de dix années a permis de mener néen s’est constitué entre services pastoraux
une opération de développement dans toutes de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Languedoc-
ses dimensions, en mobilisant les éleveurs Roussillon et Corse afin de rénover les réfé-
qui ont ainsi créé le Groupement pastoral de rences de la valorisation des parcours par les
Mouriaye [24]. Cet interlocuteur unique vis- chèvres. Un article co-signé par des repré-
à-vis de la commune et de l’ONF a permis sentants de divers organismes fait le point
l’embauche d’un berger et a contribué à la sur les premiers résultats en 2013 [29].
gestion d’un territoire présentant des enjeux En région méditerranéenne, les troupeaux
multiples. Il a bénéficié de la mesure agro- caprins se déploient largement dans la
environnementale (MAE) de la vallée de « forêt méditerranéenne », cette mosaïque de
l’Ubaye de 1997 à 2001, puis d’un CTE 10 taillis, de clairières, de garrigues ou de
contractualisé en 2002 [25]. maquis qui leur fournissent une abondante
Un référentiel technique pastoral sous ressource ligneuse. La contribution des par-
mélézin a été établi par un écologue, Olivier cours à la ration du troupeau peut alors
SENN [26]. Il vise, après caractérisation des atteindre jusqu’à 80% de l’alimentation
milieux naturels concernés par le pâturage, annuelle : l’élevage caprin transforme, litté-
à déterminer leur potentiel de valorisation ralement, la broussaille en fromage. Les sui-
pour l’alimentation des animaux utilisa- vis réalisés sur une douzaine de fermes de
teurs. référence dans les trois régions montrent
Dans le même temps, les forestiers [27] ont qu’un pâturage prudent, conduit en gardien-
pu préciser leurs sujets de préoccupation nage, permet un renouvellement durable de
(principalement la difficulté de régénération la strate arbustive de 0,4 à 1,5 m de hauteur
du mélèze sous lui-même à cause de la pré- fournissant l’essentiel du pâturage des chè-
sence du tapis herbacé et de la concurrence vres. A l’inverse, il est possible aussi d’obte-
du sapin), tester certaines pratiques et fina- nir un impact très fort sur la végétation qui
lement affiner leurs objectifs en prenant en tend à épuiser les arbustes dans un objectif
compte ceux d’autres acteurs comme les éle- de débroussaillement. Ainsi, c’est par un
veurs. Ces derniers ont par exemple compris pilotage précis, différencié selon les objectifs,
la nécessité de créer pendant 10 à 15 ans des en partenariat avec les gestionnaires de la
parcs de mise en défens des zones régéné- forêt, que l’élevage caprin peut réinvestir la
rées. Voilà pourquoi au moment du renouvel- forêt méditerranéenne, cette fois en accord,
lement de l’aménagement forestier de cette et parfois à la demande, des forestiers.
forêt, c’est le scénario « mélèze » qui l’a Si on se place dans le contexte actuel de
emporté sur le scénario « sapin » comme l’ex- changement climatique, le pâturage contrôlé
plique Gérard DECAIX dans son article « Le des chèvres en forêt méditerranéenne com-
nouvel aménagement forestier du mélézin de porte des atouts importants. Pour les éle-
Mouriaye : les scénarios étudiés et les choix veurs caprins, il offre une sécurité alimen-
réalisés pour associer production de bois, taire face aux aléas climatiques, car les
régénération et pâturage » [28]. landes et les sous-bois tamponnent beaucoup
L’ensemble des articles montre que les plus l’effet des sécheresses sur la pousse que
forestiers et les éleveurs ont compris qu’ils les milieux ouverts et leur évitent l’achat
avaient nécessairement le même intérêt, d’aliments de compléments dont les prix sont
bien qu’à des échelles différentes, pour la en hausse constante. Par ailleurs, l’élevage
pérennité du mélézin. Voilà pourquoi ils se pastoral permet de fournir des protéines ani-
sont accordés sur des modalités d’aménage- males avec un faible bilan de gaz à effet de
ment et de gestion qui permettent de l’assu- serre, en recherchant l’alimentation dans un
rer et de garantir la complémentarité de ses peuplement ligneux fixant le carbone de
usages. façon renouvelable.
182
Le sylvopastoralisme
dans le développement des territoires
Promotion de l’équilibre L’innovation doit s’exercer dans les deux
grands types de situation, celle où les sys-
agro-sylvopastoral tèmes d’élevage sont en cours de redéploie-
ment et celles où les systèmes d’élevage sont
En 1983, René MAURY [30] promeut l’équi- mis en place, ex nihilo, sur des espaces boi-
libre agro-sylvopastoral à l’échelle de la sés délaissés mais revendiqués par des éle-
petite région agricole et même du domaine veurs. Elle consistera « non seulement à com-
s’il est assez étendu pour cela, reprenant une pléter l’élaboration de référentiels techniques
notion développée 40 ans avant Kuhnholz- et économiques, mais aussi à associer les
Lordat, professeur de l’Ecole nationale supé- agents économiques et/ou décideurs directe-
rieure d’agronomie de Montpellier : « entre ment concernés à des processus de création et
ces trois éléments il importe de créer un équi- d’appropriation de nouvelles techniques syl-
libre. La forêt ne doit pas envahir les terres vopastorales dans les systèmes de pratiques
de parcours, l’élevage ne doit pas entraîner des acteurs locaux. » L’article renvoie à une
l’abandon des cultures ou des vergers. A l’in- plaquette présentant ces préconisations tech-
verse le parcours ne doit pas faire disparaître niques et organisationnelles.
la forêt ni la culture l’élevage ». Cf. encadré. Cf. encadré page suivante.
184
Association syndicale libre pour s’accorder
sur une gestion concertée matérialisée par un
Plan simple de gestion prévoyant à la fois des
opérations forestières mais aussi pastorales.
Dans la phase d’analyse à l’établissement
du PSG, les conditions d’accessibilité d’une
zone forestière ainsi que les unités pasto-
rales en place ont été cartographiées de
façon à pouvoir resituer une zone (potentiel-
lement) pastorale dans la logique de gestion
du troupeau (comportement et visibilité des
bêtes, pénétrabilité de la végétation, relief).
Il en résulte un découpage en secteurs, uni-
tés géomorphologiques au sein desquelles le
comportement du troupeau est homogène.
Les secteurs sont classés en fonction de leur
facilité d’utilisation par le troupeau et de bre précaire entre leurs attentes respectives. Photo 6 :
l’importance de la ressource herbacée. Le Reconquête pastorale
Les travaux cités plus haut ont ouvert le
secteur peut regrouper plusieurs types de dans des accrus de pin
champ à des interventions visant à une dou- sylvestre à l’ASL du
peuplements « sylvo-pastoraux ». Il constitue ble valorisation, pastorale et sylvicole. Tréboux – La Roche
l’échelle pertinente de gestion. Chacune prise séparément ne parvient ni à Giron.
Les propositions d’intervention tant fores- rentabiliser son activité, ni même à « impac- Photo Louis-Michel
tières que sylvo-pastorales ont été travaillées ter » des surfaces suffisantes pour maîtriser Duhen - CRPF PACA ©
par un bureau puis validées par les 40 pre- les problèmes posés (homogénéisation des CNPF.
miers propriétaires adhérents à l’ASL pour paysages, danger d’incendie, déprise rurale).
environ 900 hectares. Le Plan de gestion a Des facteurs favorables ont facilité ce rappro-
constitué pour eux la feuille de route pour les chement, l’élevage qui est de plus en plus pre-
10 ans à venir, traduction concrète de leur neur des ressources pastorales des milieux
adhésion de gestion, chacun restant proprié- boisés, les forestiers prêts à (re)définir de nou-
taire. Des avenants seront prévus pour agré- velles interventions sylvicoles propres à la
ger de nouveaux propriétaires adhérents voi- région méditerranéenne et des préoccupations
sins. environnementales de plus en plus marquées.
Un premier bilan
de la dynamique engagée : Pastoralisme méditerranéen :
le sylvopastoralisme
a trouvé son vrai sens état des lieux et perspectives
De la forêt pâturée
pour huit régions méditerranéennes
Edmond Tchakerian fait en 2008 un diagnostic intéressant [39] sur la situation du
au sylvopastoralisme pastoralisme en Méditerranée dans le cadre du programme européen Pastomed
Dans le numéro spécial des « 30 ans de réunissant huit régions de cinq pays (Abruzzes et Sardaigne en Italie, Epire en
Forêt Méditerranéenne », Gérard GUÉRIN fait Grèce, Andalousie en Espagne, Alentejo et Entre Douro et Minho au Portugal,
un bilan [40] qui s’appuie sur les résultats des Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur en France).
Cela a permis de mettre en évidence la diversité des contextes régionaux, des
travaux qui ont été patiemment accomplis
options réglementaires, des types et structures d’exploitation et des types de pro-
durant ces années qui ont presque tous été ductions. Diversité importante aussi dans les composantes du résultat écono-
repris dans la revue Forêt Méditerranéenne. mique des élevages, approchée par la comparaison d’un certain nombre d’exploi-
Historiquement très intégrées, les diffé- tations-types. Entre autres, la variabilité du poste relatif au second pilier de la PAC
rentes activités en forêt ont été désarticulées constitue une bonne illustration des différences dans les positionnements régio-
et spécialisées par la modernisation des naux par rapport aux rôles attendus des élevages sur leur rôle environnemental et
filières. L’agriculture, particulièrement l’éle- sur la qualité et l’identification des produits.
Il n’en demeure pas moins que nombre de questions sur l’avenir du pastoralisme
vage, ont abandonné les terres les plus diffi-
sont relativement proches : optimisation des systèmes techniques, conditions de
ciles tandis que la forêt méditerranéenne travail, valorisation des produits, image du métier… Avec des incertitudes et des
restait en marge de la filière bois. Pendant atouts qu’il semble possible de pouvoir partager, en s’appuyant notamment sur
des décennies, la coopération entre forestiers une synergie entre filières et territoires.
et pastoralistes est restée limitée à un équili-
185
Il s’en est suivi une véritable innovation pourrait être l’autre contributeur de base
sylvopastorale qui s’est substituée à une sim- pour la gestion des vastes espaces boisés des
ple juxtaposition pour aller vers une vérita- arrière-pays, souvent difficiles à mettre en
ble combinaison des valorisations pastorales valeur.
et sylvicoles intéressante pour chacun : Les actions sylvopastorales peuvent être
consolider l’activité pastorale et, aussi, revi- de différents types selon l’importance du
siter les possibilités de valorisation sylvicole pâturage et des produits-bois. La situation la
grâce à la contribution du pâturage. plus commune est celle de la forêt pâturée où
Pour conclure, l’auteur avance que le syl- la sylviculture laisse une place au pâturage
vopastoralisme, combinant élevage et fores- en forêt. A l’opposé, on trouve des situations
terie, fabrique et entretient une grande par- qui nécessitent une intervention sur les
tie de l’espace méditerranéen. Il appelle à arbres au profit de l’usage pastoral. C’est le
une co-construction de projets de territoire à cas dans des milieux de reconquête forestière
élaborer et à négocier à l’amont dans les- (accrus plus ou moins jeunes) ou des boise-
quels les espaces boisés méditerranéens ont ments clairs ou très clairs.
toute leur place. Une troisième modalité de la mise en
valeur sylvopastorale concerne les milieux
Des ressources pastorales difficiles (faible densité de produits-bois, fai-
ble fertilité, enclavement des terrains,
précieuses en forêt récolte peu mécanisable, et vidange peu ren-
méditerranéenne table pour des volumes limités...). La produc-
En 2009, la parution du numéro spécial (le tion sylvicole qui ne trouve plus les condi-
100e), donne l’occasion à Gérard GUÉRIN et tions « autonomes » de sa réalisation, peut
Jean-Pierre LEGEARD de réaffirmer que le trouver un allié précieux dans le pâturage
mot “sylvopastoralisme” semble avoir trouvé des animaux et ses impacts. C’est le sylvo-
son vrai sens [41]. pastoralisme « sensu stricto ». La présence de
l’élevage et l’impact du pâturage en sous-bois
L’élevage du Grand-Sud devant évoluer, il
vont faire parties intégrantes de la conduite
s’est tourné vers les parcours en forêt qui,
sylvicole en abaissant par exemple les coûts
grâce à leurs végétations complexes (avec
Photo 7 : d’accessibilité et de vidange. En retour, les
plusieurs strates) et diverses (par leurs
Troupeau de moutons interventions sur les arbres sont nécessaires
flores et les réponses aux conditions biocli-
dans un milieu pour l’existence et la pérennité des res-
matiques différentes), présentent un intérêt
forestier difficile : sources pastorales.
pastoral certain — ne serait-ce que par une
le sylvopastoralisme L’addition des deux valorisations, chacune
« proprement dit ». saisonnalité différente — et complémentaire
des autres surfaces fourragères et pasto- rendue possible par l’apport technique et éco-
Photo François Galley
CRPF Auvergne-Rhône- rales. Il offre en plus des surfaces disponi- nomique de l’autre, va permettre d’augmen-
Alpes © CNPF. bles importantes. En retour, le pâturage ter considérablement les surfaces concernées
et de trouver des conditions nouvelles de ren-
tabilité ce qui peut avoir un impact sur le
développement local des espaces forestiers
méditerranéens.
186
financement du transfert, les différentes – la situation la plus simple est celle de la
échelles où doivent se situer les programmes forêt pâturée où la mise en valeur est sylvi-
de recherche, etc.). cole et « spécialisée », même si elle peut tolé-
Sont passés en revue : l’Unité commune rer un pâturage de son sous-bois.
de programme Pastoralisme méditerranéen, Néanmoins, il y a peut-être à gagner à une
rassemblant principalement l’Institut de intégration sylvicole et pastorale plus pous-
l’élevage, le SIME-SUAMME, le CERPAM sée, se traduisant par un entretien des sous-
(recherche développement, mise en place de bois pour accueillir d’autres activités, simpli-
références, partenariats avec d’autres fier la prochaine intervention sur les arbres
acteurs…), pour renforcer les capacités de et surtout contribuer à la défense contre les
recherche développement en pastoralisme à incendies ;
la dimension de l’aire méditerranéenne, les – à l’opposé, on trouve des situations qui
unités de recherche étant associées aux dif- nécessitent une intervention sur les arbres
férents thèmes de travail ; puis le Réseau au profit de l’usage pastoral. L’objectif est
coupures de combustible (collecte et analyse l’aménagement de l’espace pastoral en favo-
de données sur la gestion des coupures de risant le développement d’arbres sur un par-
combustible, échanges, publications…) ; le cours encore peu boisé où l’objectif pastoral
Réseau brûlage dirigé (échange et mise en peut, en facilitant un recrutement et une
commun de l’information et des connais- gestion d’arbres, profiter de l’abri ;
sances, rédaction d’une charte, aspects légis- – la conduite sylvopastorale proprement
latifs et réglementaires…) ; et les pro- dite où, dans les conditions forestières mar-
grammes européens Interreg IIIb ginales, la sylviculture des arbres et le pâtu-
(BDIntersoe) (réseau d’échanges de savoir- rage du sous-bois sont intimement articulés.
faire et de bonnes pratiques entre profes- L’élevage par sa présence et l’impact du
sionnels et chercheurs sur le brûlage dirigé, pâturage en sous-bois vont faire parties inté-
outil au service de la lutte contre les incen- grantes de la conduite sylvicole.
dies, du pastoralisme et de gestion des Enfin, il insiste sur le caractère de renta-
espaces naturels) et Interreg IIIc (Pastomed bilité et de durabilité de la conduite sylvo-
1) (voir encadré page 185). pastorale avec les notions de déploiement
pastoral pour utiliser plus d’espaces et
moins d’intrants, d’économies sur les inter-
ventions sylvicoles (préparation du terrain,
Une approche sylvopastorale vidanges), de développement de nouveaux
incontournable pour la mise débouchés pour le bois, de circuits courts de
valorisation des bois et d’innovations à tes-
en valeur des milieux boisés ter sur les conduites sylvicoles et de nou-
difficiles veaux produits bois.
Néanmoins, cela ne sera possible que si la
En 2013, Gérard GUÉRIN, auteur prolixe Photo 8 :
combinaison sylvopastorale est conçue avec Exemple de forêt pâturée
depuis l’apparition du sylvopastoralisme,
une vision pluriannuelle commune aux fores- dans les Hautes-Alpes.
revient sur ses idées-forces [43]. Sur des
tiers et aux agriculteurs sur une période Photo Gilles Bossuet-
espaces où les pratiques anciennes ont dis-
d’environ 10 ans. CRPF PACA © CNPF.
paru et où toute mise en valeur spécialisée
est rare, au lieu de de ne chercher qu’à mobi-
liser des subventions ponctuelles pour pallier
leurs maigres ressources, il est préférable de
construire des projets sur la durée pour une
valorisation combinée sylvicole et pastorale.
Il y revient parce que les surfaces fores-
tières ne cessent de s’accroître tandis que le
nombre de troupeaux régresse dans les
régions méditerranéennes où la production
ovine est déficitaire.
Il y revient également pour apporter un
peu de clarté sur la notion de valorisation
sylvopastorale. Il reprécise les trois cas de
valorisation sylvicole analysés dans l’article
de 2008 :
187
Pastoralisme et incendies
Plan de redéploiement des pour l’entretien des coupures de combusti-
bles. Dans un article de 1997 relatif à l’expé-
activités agricoles, pastorales rience conduite pendant trois ans sur les dis-
et forestières dans les Maures positifs de prévention de la commune de
Ramatuelle (Var) [45], il insiste sur le cou-
A la suite des très grands feux de 1985
plage avec le pâturage : « La vache et la
dans le Var, Pascal T HAVAUD et François
torche d’allumage : les deux outils pour pur-
PRÉVOST du CERPAM préconisent un redé-
ger les forêts de Ramatuelle de leurs combus-
ploiement des activités agricoles, pastorales
tibles superflus ». Il décrit comment le brû-
et forestières au sein du massif forestier des
lage dirigé est maintenant employé au-delà
Maures [44] pour une meilleure prévention
des grandes coupures de combustible. Il per-
des incendies de forêts. « Si l’avenir et la
met, en effet, de réouvrir des forêts en com-
maîtrise des grands incendies passe bien sûr
plément à l’action du gros bétail en transhu-
par un renforcement des moyens de préven-
mance, mais aussi de traiter des plantations
tion et de lutte, il passe aussi par la rupture
et de jeunes régénérations de pins après
des continuités verticale et horizontale du
incendie. Cette opération est reproductible à
massif forestier entretenue par le développe-
de nombreux sites du milieu méditerranéen.
ment d’activités agricoles et pastorales en
forêt. Au niveau du massif des Maures, des
solutions techniques adaptées au contexte
moderne ont pu être testées, des financements En 1993, bilan des grandes
et des outils réglementaires sont à notre dis-
position, les candidats sont répertoriés. Seule
coupures préconisées
12 - PIDAF : Plan
intercommunal une volonté politique cohérente à tous les par la circulaire de 1980
de débroussaillement et échelons permettra de vaincre les obstacles
d’aménagement forestier. qui subsistent. » André CHALLOT [46] en 1993 voulait répon-
dre à la question suivante : quelle place occu-
pent aujourd’hui les grandes coupures agri-
Mise en protection coles et pastorales dans les équipements de
de Ramatuelle : devoir protection des forêts ? Est-ce une utopie ?
Est-ce une panacée ? A quelles conditions
d’assistance à paysage ont-elles des chances non seulement de se
Photo 9 :
Entretien des coupures en danger maintenir, mais encore de se développer ? Il
fait donc un inventaire de l’état d’avance-
par le brûlage dirigé à
Cheval Blanc (Vaucluse).
Programme pyro-pastoral ment des PIDAF 12 par département et le
Photo Michel Rolland- François B INGELLI a écrit de nombreux bilan de l’établissement des coupures vertes.
CRPF PACA © CNPF. articles dans la revue sur le brûlage dirigé Remplacer en forêt les pare-feu classiques
débroussaillés par des « coupures vertes » auto
entretenues à caractères agricole ou pastoral
est souhaitable mais pas facile. Il existe néan-
moins des réussites intéressantes comme
dans le massif des Maures avec des trou-
peaux locaux surtout ovins et des éleveurs
d’ailleurs pratiquant la transhumance
inverse hivernale (55% des cas). Les coupures
agricoles à base de vergers ou de vignes sont
beaucoup plus rares. Pour réussir une
implantation de coupures pastorales, trois
conditions sont nécessaires, des terrains favo-
rables (forêts de chêne pubescent et de chêne
vert ou de chêne-liège), une animation soute-
nue (coordination des services, rapports entre
propriétaires et éleveurs, techniques pasto-
rales), et des subventions non seulement d’in-
vestissement mais aussi de fonctionnement.
Un point complet
sur l’intégration des techniques Une méthode d’aide au choix
de débroussaillement des combinaisons techniques
dans l’aménagement de défense pour l’entretien des coupures
de la forêt contre les incendies de combustible
En 1993, un article exhaustif [47] sur les En 1994, des chercheurs de l’INRA [48]
efficacités et les contraintes de mise en font le point sur les méthodes d’entretiens
œuvre du débroussaillement manuel, du des coupures de combustibles installées
débroussaillement mécanique, de l’emploi de après les grands incendies de manière à
phytocides, de la conduite du brûlage dirigé, entretenir des discontinuités horizontales et
du pâturage contrôlé et du dessouchage sont verticales dans la végétation. Ils proposent
décrites, technique par technique dans une une méthode pour évaluer plusieurs combi-
première partie. Les avantages qui peuvent naisons techniques d’ouverture et d’entretien
être tirés de la combinaison d’au moins deux de coupures de combustible associant le
techniques sont illustrés à partir d’exemples débroussaillement, le brûlage, le dessou-
d’ores et déjà testés. chage, l’application de phytocides et le pâtu-
Un bilan est ainsi disponible à partir des rage. Une quinzaine de critères d’apprécia-
expérimentations de pâturage contrôlé seul tion sont retenus ; ils se ventilent entre cinq
ou combiné avec un débroussaillement ou un grandes catégories : la faisabilité technique
brûlage dirigé avec ou sans dessouchage (contrainte climatique, d’accessibilité, de vec-
préalable. Sans les détailler, nous relevons teur, facilité de mise en œuvre et quantité de
certaines recommandations : implantation à travail), l’efficacité PFCI immédiate et à
faire sur des portions de pare-feu ou de cou- moyen terme (contrôle des strates arbus-
pures vertes favorables (végétation, point tives, herbacées, couverture morte, dégâts
d’eau…), en alvéolaire plutôt qu’en linéaire, aux arbres), l’impact social (paysage, circula-
le pâturage des ovins est facilité par un tapis tion des services incendie, cynégétique et
herbacé, riche, continu et varié avec une production fourragère) et l’efficacité écono-
strate arborée dense au couvert bien relevé, mique. Un exemple d’évaluation est déve-
tandis que celui des caprins s’il est contrôlé, loppé pour le massif des Maures et il est
donne d’excellents résultats dans des milieux comparé à une pinède sur calcaire et à une
riches en ligneux bas, le recours à des ani- forêt littorale en Provence cristalline.
maux plus lourds est bénéfique dans les Cependant, l’article ne se conclut pas par
divers peuplements à base de chêne avec un un classement des techniques car le choix
développement notable de la transhumance final « d’une combinaison technique d’entre-
inverse. L’impact sur la modification de la tien des coupures de combustible doit autant
structure des sous-bois est dû à l’écrasement tenir compte des objectifs fixés et des attentes
mécanique et à la consommation de bio- des utilisateurs (et d’éventuelles oppositions
masse. locales) que du coût de sa mise en place et de
Le couplage avec le débroussaillement est son entretien. La démarche que nous propo-
très souhaitable. Si l’impact de l’animal est sons dans cet article fournit des éléments de
notable sur le contrôle du tapis herbacé, il diagnostic permettant de prendre une déci-
est toujours incomplet et doit être associé à sion réfléchie en face d’une situation donnée.
un entretien mécanique qui peut être plus Il reste à débattre avec les différents gestion-
espacé. Sa mise en place doit être suivie par naires de la notation des critères selon l’expé-
des techniciens compétents et des éleveurs rience de chacun et à tester cette méthode sur
attentifs à leur troupeau et indemnisés en des milieux contrastés, selon des combinai-
conséquence avec, dans le temps, d’éventuels sons techniques plus variées et à partir de
réaménagements des coupures et pare-feux modèles établis sur des pas de temps plus
pour répondre à la mise en valeur pastorale. longs ». C’est l’objet du Réseau Coupures de
189
combustibles, mis en place en 1992, qui ras- 1/8e de la surface et la constitution de cinq
semble les chercheurs et les divers orga- associations syndicales de travaux. A part un
nismes de développement et d’associations noyau dur de propriétaires motivés, de nom-
d’élus. breuses plantations n’ont pas fait l’objet
d’entretien.
L’impact a été sensible aussi sur le plan de
la dynamique locale puisque des habitudes
Bilan et enseignements treize de travail entre les différents partenaires se
ans après une opération pilote sont généralisées, se traduisant par des amé-
nagements coordonnés.
au Col de Portes (Gard) En conclusion, le schéma peut apparaître
En réaction au feu de 1985 qui a touché 1/5e comme relativement théorique en regard
de la forêt cévenole, une opération pilote est d’une « certaine réalité ». Face à des pro-
conduite aux alentours du col de Portes. Une blèmes fonciers très complexes, il a manqué
cellule technique dite « Cellule Hubert » pro- une réelle volonté locale pour mobiliser des
duit, un an après sa création, un schéma outils très lourds pour les résoudre. La mise
directeur destiné à servir de référence en en place du schéma s’est heurtée à la fai-
matière d’aménagement et de structuration blesse du nombre d’acteurs potentiels de pro-
du Massif de pin maritime. Il s’articule en jets agricoles et pastoraux et du trop grand
trois zones : stratégique, d’appui et de reboise- nombre de propriétaires forestiers souvent
ment. 15 ans après, un bilan a été effectué et démotivés. Les acteurs motivés ont manqué
détaillé dans un article très intéressant [50]. à la fois de temps (implantation et entre-
L’impact sur le plan de la couverture végé- tien), de moyens financiers et de compé-
tale est décevant puisque sur les zones stra- tences techniques. Entre les sceptiques et les
tégique et d’appui, le couvert végétal se optimistes, un consensus s’est trouvé sur
retrouve dans le même état que sur les zones l’ampleur du schéma théorique s’appliquant
sur lesquelles aucun aménagement n’avait à un très important massif avec des enjeux
été prévu. « Les aménagements réalisés à ce tant humains que patrimoniaux relativement
jour ne permettent pas encore d’avoir un faibles. Peut-être aurait-il été alors plus judi-
maillage suffisant du territoire vis-à-vis de cieux de concentrer les efforts de protection
l’incendie ». autour de sites « clés » : les hameaux, les
plantations forestières, les sites paysagers ou
Sur les zones agricoles, des investisse-
touristiques remarquables… Les moyens à
ments conséquents ont concerné 30 exploita-
mobiliser, à cette échelle plus petite, auraient
tions sur 150 pour des travaux de débrous-
été peut-être plus en rapport avec « l’humai-
saillage, d’éclaircies, de poses de clôtures,
nement possible » sur ce territoire.
soit 75% du prévisionnel. Le principal impact
bénéfique réside dans une meilleure recon-
naissance du rôle positif de l’élevage qui s’est
traduit par des démarches de contractualisa- Mise en place d’une coupure
tion. verte pastorale
L’effort mené en forêt privée qui était très
morcelée s’est traduit par le reboisement de
dans les Albères
Dans le cadre d’un article de 2005 sur les
coupures de combustibles, Daniel BOURGOUIN
a présenté l’exemple concret de l’aménage-
Humeur ! ment sylvo-pastoral en piémont du Massif
des Albères, sur la commune d’Argelès-sur-
Toutes les forêts brûlent ! Deux ennemis : l’homme et le surpâturage. Mer au lieu-dit “La Couloubra” [51].
En 1999, l’ancien journaliste du Monde et adhérent de l’association, Roger Cans Dans ce secteur vierge de tout équipement
[49] rappelle dans un court article qui sont, pour lui, les véritables ennemis de la DFCI, il détaille les différentes étapes :
forêt méditerranéenne : « Cessons donc de fantasmer sur cette forêt méditerra-
néenne menacée par le feu. Toutes les forêts le sont, à un degré ou à un autre. – phase d’animation avec la constitution
Mais je crains plus les troupeaux de chèvres que l’allumette dans la forêt corse ou d’une Association syndicale libre regroupant
marocaine. Et ce n’est pas parce que l’on songe à réintroduire des troupeaux dans les parcelles de 69 propriétaires sur 457 ha.
la forêt varoise pour éviter l’incendie qu’il faut considérer le feu comme l’ennemi Cette ASL a ensuite été maître d’ouvrage de
numéro un. L’ennemi numéro un, pour toute la forêt, c’est l’homme, lorsqu’il pra- la majeure partie des travaux réalisés sur le
tique l’abattage intensif et le surpâturage. » site, en association avec le syndicat de com-
munes à vocation DFCI ;
190
– phase de travaux d’accès par l’ouverture forestier peut être difficile à obtenir et néces-
d’une piste en courbe de niveau, future ligne site une analyse préalable complète et une
de défense et d’ouverture d’un milieu très contractualisation claire des rapports entre
embroussaillé ; les deux partenaires ;
– phase de concertation et de structuration – la transhumance hivernale ou inverse
pastorale par la création d’une Association qui représente la descente sur les ouvrages
foncière pastorale regroupant 128 proprié- DFCI du littoral méditerranéen, et pendant
taires forestiers et non forestiers sur 531 ha. l’hiver, des animaux à faibles besoins
En 2005, quatre structures pastorales (génisses en général) provenant d’élevages
occupaient le terrain l’une avec des moutons, de montagne. Ces opérations, organisées le
une autre avec des chèvres et deux autres plus souvent collectivement, permettent l’en-
avec des chevaux. tretien d’aménagements de surface impor-
tante au moyen de troupeaux d’effectifs
conséquents.
Le pâturage a un impact sélectif sur le
Prévention : de l’équipement combustible qui dépend du système sylvo-
des massifs au brûlage dirigé, pastoral et des préférences alimentaires des
animaux utilisés. De ce fait, il est combiné
en passant par la dent avec le broyage ou le brûlage dirigé et contri-
du mouton bue à augmenter la durée d’efficacité entre
deux débroussaillements.
Dans le numéro des trente ans de l’associa-
tion en 2008, Eric R IGOLOT , chercheur à En conclusion, il regrette la disparition des
l’INRA d’Avignon, fait l’analyse et le bilan de mesures agri-environnementales qui ont per-
30 ans de prévention des incendies de forêts mis d’asseoir le sylvopastoralisme comme
dans le sud de la France [52], plus particuliè- élément clé de l’entretien des coupures de
rement sous l’angle de l’équipement des mas- combustible, il encourage les acteurs à l’ob-
sifs, de l’entretien des aménagements par le tention d’un statut légal à l’usage du brûlage
bétail et le brûlage dirigé. Il décrit aussi l’ap- à d’autres fins que la DFCI, ce qui recouvre
port des réseaux thématiques dans cette pré- essentiellement le brûlage pastoral et le brû-
vention, Réseau Coupures de combustible lage à vocation de conservation des habitats
(RCC) et le Réseau Brûlage dirigé (RBD). et il espère le développement de l’exploita-
tion de la biomasse forestière en région
Relativement à l’entretien des coupures de Photo 10 :
méditerranéenne dans les années à venir qui
combustible par la dent du bétail, qui a Entretien de grandes
apporte une viabilité économique à la gestion
débuté voici 30 ans, c’est l’opération de coupures par
du combustible sur les équipements de DFCI un troupeau de mouton.
Palayson dans le Var, suivie par l’INRA
dans un contexte d’augmentation du coût des Photo Louis Amandier -
d’Avignon (ETIENNE et al. 2002) qui est repré-
énergies d’origine fossile. CRPF PACA © CNPF.
sentative de la phase de recherche et d’expé-
rimentation qui s’est poursuivie une dizaine
d’années. À cette période a succédé une
phase de développement avec une montée en
puissance de la mise en place d’opérations
sylvopastorales à but DFCI, suivies et soute-
nues par le CERPAM et le SIME
(aujourd’hui SUAMME). Le sylvopastora-
lisme s’est ainsi imposé comme une compo-
sante essentielle de la compartimentation
des espaces naturels sensibles aux incendies.
Avec le recul, trois types de situations ont
été distingués :
– le redéploiement pastoral d’élevages
localisés à proximité de massifs forestiers,
qui intègrent dans leur territoire pâturé tout
ou partie d’un équipement de DFCI ;
– l’installation d’éleveurs en forêt sans
acquisition foncière qui représente une opé-
ration complexe tant l’équilibre entre les
intérêts de l’éleveur et ceux du gestionnaire
191
Le sylvopastoralisme confronté
aux autres enjeux : paysage,
biodiversité, chasse, loup…
A propos de l’intégration et faune sauvage, chassée ou protégée,
quelques repères pour un chantier à ouvrir »
de la dimension paysagère [54] Jean-Pierre LEGEARD du CERPAM pré-
dans l’aménagement fère traiter de la réaction des acteurs à ce
changement alors que la commande dans le
de l’espace rural cadre du Colloque « Forêt méditerranéenne
Deux pastoralistes, Marie-Thérèse et faune sauvage » à la Sainte-Baume (Var),
A RNAUD , pour le CERPAM et Marc était « Aménagement sylvopastoral, effets
D IMANCHE , pour le SIME et un forestier, sur la faune sauvage ». L’impact des aména-
François FERRAINA de l’ONF, apportent leur gements sylvopastoraux sur la faune sau-
contribution [53] à l’atelier « Forêt méditer- vage engendre plutôt des réactions contras-
ranéenne et évolution du paysage », lors des tées des chasseurs. Si elles sont négatives
Rencontres de 1994, en Avignon. pour le sanglier, car les chasseurs sont oppo-
sés aux débroussaillements et aux obstacles
Après avoir décrit les liens entre écologie,
pour les battues que constituent les clôtures,
environnement et paysage, et l’évolution de
elles sont par contre positives pour les amé-
ces concepts, ils exposent en tant que ges-
nagements sylvopastoraux réalisés en zone
tionnaire d’espace rural, leurs problèmes
de maquis, car favorables à l’avifaune.
pour intégrer la dimension paysagère : choix,
compétences, coût et perception parfois Les opérations sylvopastorales s’efforcent
« fixiste » du paysage. de prendre en compte ces diverses situations,
en recherchant au moins leur conciliation
L’entrée paysagère est intéressante
(démontage des parcs en saison de chasse),
puisqu’elle intègre qualité et diversité de
au mieux leur association, avec les activités
l’environnement et le besoin de revitalisation
liées à la faune sauvage. Néanmoins, il y a
de l’espace rural. Après avoir rappelé qu’elle
tout un champ de recherches à explorer favo-
n’était pas l’objectif principal, ils recomman-
risées par des études en cours : évaluation de
dent, pour sa mise en application, une
l’impact écologique des aménagements sylvo-
démarche opérationnelle de concertation
pastoraux à objectif de DFCI, mise en place
sans prééminence des différents acteurs, une
d’opérations agro-environnementales dont
clarification et un équilibre entre les usages,
plusieurs s’intéressent à la faune sauvage.
la prise en compte du fonctionnement du
milieu rural et de ses attentes dans son
ensemble (temps et espaces), et l’évaluation Le sylvopastoralisme :
de la « valeur » du paysage afin de trouver
des solutions au problème des coûts tech- productions marchandes
niques et scientifiques. ou non marchandes ?
Dans le cadre de Foresterranée 1999, un
Sylvopastoralisme et faune thème était consacré aux « Fonctions non
marchandes de la forêt méditerranéenne ».
sauvage, chassée ou protégée, René COUDOUR du SIME a proposé un article
quelques repères sur le sylvopastoralisme [55].
Le redéploiement de l’élevage en forêt cor-
pour un chantier à ouvrir respond à une nouvelle demande sociale
En rupture avec les pratiques extensives depuis les années 1980 : la prévention du
traditionnelles du pâturage en forêt, le sylvo- risque d’incendie et plus largement la lutte
pastoralisme contemporain a un impact sur contre la déprise agricole. Peut-on parler de
le terrain avec la présence notamment des production marchande avec un loyer en
parcs clôturés et de divers équipements (en espèce ou en nature au bénéfice du proprié-
1995, 80 sites pour 25 000 ha en région taire de l’espace ? Ou alors est-ce une presta-
PACA). Dans son article, « Sylvopastoralisme tion de service où chacun pense trouver son
193
« L’adjonction d’un élément d’évaluation permet de financer l’entretien complet du
supplémentaire (la biodiversité) nécessite, mouton (nourriture, traitements si néces-
tout comme la gestion de ces systèmes, la saire, tonte, etc.). Pour chaque naissance
prise en compte de différents niveaux d’agneau, il apporte 150 euros chaque année.
d’échelle d’espace (la parcelle, unité de ges-
tion simple, la mosaïque, unité de gestion
complexe) et de temps (organisation saison- La biodiversité : un ”plus”
nière, annuelle, pluriannuelle, des systèmes au service des forestiers
d’élevage et de gestion forestière, l’évolution et des éleveurs
“naturelle” plus ou moins rapide des milieux
Le 9 juin 2010, Forêt Méditerranéenne a
en fonction des utilisations et des interven-
organisé un atelier de réflexion sur le thème:
tions). […] La combinaison dans l’espace de
« La biodiversité : un plus au service des éle-
différentes intensités et types d’utilisations
veurs et des forestiers ». Cette journée était
(pastorales) et d’interventions (forestières)
organisée dans le cadre de la préparation de
permet d’introduire une diversification du
Foresterranée’11, rencontres triennales de
milieu en créant de toute pièce une mosaïque
l’association Forêt Méditerranéenne, qui
mouvante. »
auront pour thème en 2011, « Usages, biodi-
versité et forêt méditerranéenne ». Elle a
La réserve privée du Ranquas : rassemblé une trentaine de participants.
tout faire pour retrouver
la « plus grande biodiversité » Usages et biodiversité
d’une forêt méditerranéenne dans les forêts méditerranéennes
La réserve du Ranquas est une propriété L’exemple du massif des Albères
de 194 ha dans le sud du Larzac, acquise par (Pyrénées-Orientales)
M. Petty au début des années 1980. Il y
Une équipe de chercheurs a étudié l’impact
conduit une gestion forestière multifonction-
du pastoralisme sur la biodiversité des
nelle avec pour objectif de retrouver la plus
milieux [59]. Le massif des Albères, dans les
grande biodiversité possible et suit les
Pyrénées-Orientales, fait partie de ces
grands principes de Pro Sylva [58].
moyennes montagnes méditerranéennes où
Le propriétaire installe notamment un le sylvopastoralisme perdure. Cette activité
troupeau de moutons de race écossaise black pastorale pose cependant la question de son
face, très rustique, qui pâture les prairies et influence sur le milieu forestier, notamment
les milieux ouverts en forêt. L’objectif est de en termes de régénération forestière et de
favoriser le biotope du lapin, principale proie maintien de la biodiversité. Les résultats des
Photo 12 : de l’aigle royal dont le propriétaire souhaite inventaires réalisés régulièrement et depuis
Vieilles forêts. améliorer l’écosystème. La laine très fine des longtemps au sein de la Réserve naturelle de
Photo Louis Amandier - moutons est gardée pour faire des terriers la Massane, située au cœur des Albères
CRPF PACA © CNPF. pour les lapins. Un système de parrainage témoignent que ce massif abrite une riche
biodiversité. La présence de troupeaux
domestiques principalement bovins dont la
charge pastorale est maîtrisée et l’expression
d’une riche biodiversité (6 381 espèces recen-
sées sur 336 ha, dont la moitié est constituée
d’insectes) témoignent d’une coexistence pos-
sible entre différents enjeux au sein d’un
même territoire.
194
et le maintien des paysages et milieux natu- forestiers (garrigue) a été établi sur les 170
rels de ce massif emblématique. Un des hectares des douze territoires pastoraux rete-
volets qui consistait notamment à dynamiser nus. L’enjeu faunistique de ces travaux a
l’activité pastorale et la gestion forestière, a imposé de concevoir des travaux de broyage
été présenté dans un article en 2018 [60]. en mosaïque de la végétation sur des milieux
Plusieurs actions furent consacrées au pas- fermés de garrigue plus ou moins haute, et
toralisme du fait de son rôle primordial dans des fourrés de pins. Ensuite, des plans de
le maintien des milieux ouverts et de la riche gestion sur 10 territoires pastoraux ont pla-
biodiversité liée à ces habitats, dans la DFCI nifié les actions à envisager en faveur de la
ou encore dans le maintien de paysages d’ex- biodiversité et les actions d’aménagement à
ception. Des plans d’occupation pastorale réaliser pour améliorer les conditions de
(POP) ont été élaborés en 2014 pour huit pâturage pour les prochains 5-10 ans, avec
communes, sur une surface totale d’environ un planning de la mise en œuvre et une esti-
19 000 ha en associant les acteurs et gestion- mation des coûts. Un suivi pastoral a été mis
naires concernés. Après un état des lieux, en place et des données ont été recueillies
puis un croisement de l’activité pastorale pour permettre de faire un lien avec l’état de
avec les divers enjeux et la consultation des l’habitat, l’apport positif du pâturage (écono-
acteurs de terrain, un programme de travaux mique, DFCI…) et la présence d’espèces d’oi-
de restauration et de réouverture des milieux seaux.
196
Il cite la référence d’une grande coupure
viticole dans le secteur des communes de
Collioure, Port-Vendres, Banyuls et Cerbère,
où plus de 100 ha de vignoble à vocation
DFCI ont été créés en prolongement de
vignes anciennes pour cloisonner le territoire
vis-à-vis des feux. Elle résulte d’une opéra-
tion d’aménagement concerté, associant élus,
forestiers, viticulteurs, et répondant à de
multiples enjeux : protection, relance viti-
cole, développement touristique, traitement
des paysages, etc. Après animation, concer-
tation et maîtrise du foncier, il est créé un
accès sur lequel vont s’appuyer, par tranches
successives, des mises en culture viticoles.
L’efficacité de tels équipements s’est trouvée
(malheureusement) démontrée lors d’un
incendie en fin d’été 2000. Les coupures
mises en place ont parfaitement fonctionné ; gestion des espaces boisés, notamment médi- Photo 13 :
on voit très nettement, à l’analyse de ce feu, terranéens où les enjeux sont nombreux et Coupure par des vignes
qu’il a été canalisé par les vignes DFCI, per- importants : recherche de nouveaux revenus, à Correns (Var).
mettant ainsi aux secours de concentrer prévention des feux de forêt, gestion paysa- Photo Olivier Martineau -
leurs actions sur des secteurs plus dange- CRPF PACA © CNPF.
gère et cynégétique, biodiversité.
reux.
Un encadré signale la création d’un Centre
d’études techniques et économiques fores-
La sylviculture truffière tières (CETEF) dédié à la sylviculture truf-
fière multifonctionnelle par une quinzaine de
est une opportunité pour propriétaires forestiers ayant suivi l’un des
la région méditerranéenne FOGEFOR (Formation à la gestion fores-
tière) thématiques sur la sylviculture truf-
La sylviculture truffière : fière organisé par le CRPF Languedoc-
aperçus historiques, apports Roussillon et l’association ARBRES.
techniques et enjeux pour
la région méditerranéenne Dans le Ventoux, une stratégie
Longtemps tombée dans l’oubli, la sylvicul- pour rénover les truffières
naturelles Photo 14 :
ture truffière peut-elle être remise au goût
Truffes.
du jour ? C’est ce que souhaitent Sébastien La production de truffes sur le Ventoux a Louis Amandier - CRPF
DIETTE et Alban LAURIAC dans cet article de connu son apogée au XIX e siècle. Elle a PACA © CNPF.
2005, qui précisent cette sylviculture et
dégagent les avantages qu’elle présente [66].
La sylviculture truffière connut un début
de développement au XIXe siècle, puis tomba
complètement dans l’oubli. Cette sylviculture
multifonctionnelle a été redécouverte dans
les années 1990. Après avoir rappelé les
aspects techniques de la production des
arbres truffiers, ils affinent et approfondis-
sent cette sylviculture grâce à une étude
bibliographique historique et une enquête de
terrain. Le principe général est d’assurer
une production continue de truffes en gérant
une ouverture durable du milieu, et en assu-
rant le renouvellement du peuplement par
des techniques sylvicoles de base telles que
l’éclaircie, le recépage et la régénération
naturelle ou assistée. La sylviculture truf-
fière pourra jouer un rôle important dans la
197
Des velléités de rénovation
de la châtaigneraie à fruits
à confirmer
La châtaigneraie fruitière a connu son apo-
gée au début du XXe siècle dans les Maures
et le sud du Massif central. La concurrence
d’autres provenances et la maladie provo-
quée par l’Endhotia parasitica ont provoqué
l’arrêt de sa gestion. Quelques articles analy-
sent la situation et les conditions d’une
reprise.
Le castanéiculteur des Maures (Var)
Pierre PERRIN fait état de l’histoire récente
du châtaignier et de son déclin dans un arti-
cle de 1981 : « La châtaigneraie des Maures :
ses problèmes, ses espoirs » [68]. Il propose
une politique de remise en état de la châtai-
gneraie tenant compte, en particulier, des
espoirs de maîtrise de la maladie provoquée
Photo 15 : aujourd’hui beaucoup diminué, mais peut par l’Endhotia parasitica.
Moutons encore constituer une source de revenus, En 1994, un pastoraliste du SIME,
dans une châtaigneraie. aussi bien pour la forêt publique que pour la Bertrand DECOOPMAN, et un chercheur géo-
Louis Amandier - CRPF forêt privée. C’est pourquoi l’Office national
PACA © CNPF.
graphe, Pierre DÉRIOZ, posent la question :
des forêts a initié une étude dont la finalité « Quel devenir pour les paysages de la
est la réalisation d’un guide de réhabilitation Châtaigneraie du Sud Massif Central » [69].
et de gestion des truffières naturelles, avec Aujourd’hui, la châtaigneraie se divise en
la collaboration du CRPF et de la société cinq classes de paysage : la châtaigneraie
Alcina et la coordination scientifique de entretenue pour le fruit, le taillis de châtai-
Gabriel Callot. Cette initiative est détaillée gniers, la châtaigneraie fruitière abandon-
dans un article de Jérémy TERRACOL en 2007 née, la châtaigneraie pâturée et les forêts et
[67]. maquis issus d’anciennes châtaigneraies. Les
La conception de ce document repose sur auteurs décrivent les évolutions possibles à
l’identification des stations de la zone court et moyen terme, et fournissent des élé-
d’étude et sur l’interprétation de leur poten- ments de réflexion pour la sauvegarde de
tiel truffier. A cette fin, de nombreux relevés certains sites.
de terrain ont été réalisés dans le massif en En 2006, Patrice AVIAS, agent de dévelop-
forêt publique et privée. Un recoupement des pement local, décrit le processus d’une
résultats a permis de produire une liste de « Relance de la castanéiculture dans la vallée
stations auxquelles correspondent trois de la Tinée (Alpes-Maritimes) » [70] qui est
niveaux de potentiel truffier : faible, moyen, un bon exemple de la redécouverte du savoir-
bon. faire forestier méditerranéen. Ici, la fonction
Toute intervention doit donc être précédée de production de châtaigne est associée à
d’une analyse stationnelle grâce à ce guide. d’autres produits : paysage et bois de chauf-
Il a été mis en évidence que la production de fage, illustrant une fois de plus la multifonc-
truffes s’était maintenue sur les stations de tionnalité de la forêt méditerranéenne. Mais
potentialité moyenne ou faible et a quasi- là encore, même si le multi-usage est établi,
ment disparu dans les stations les plus favo- la rémunération des services qui en décou-
rables. Ceci s’explique aisément. Les stations lent n’est pas assurée.
les plus xériques, présentant des sols super-
Louis-Michel DUHEN ficiels, se sont moins boisées et ont conservé
Ingénieur forestier une faible production truffière, à la faveur de
(ER) variations locales (failles, microtopographie),
Forêt tandis que les stations plus fraîches ont
Méditerranéenne perdu leur potentialité de production du fait
contact@foret- du développement d’un couvert forestier trop
mediterraneenne.org important. L.-M.D.
198
Bibliographie [15] GENIN D. - Référence : T. VIII, n°2, 1986, pp.
145-150. - Essai de maîtrise de l’embroussaille-
Revue ment par des bovins et des équins (Suberaie des
Albères, Pyrénées-Orientales).
Forêt Méditerranéenne
[16] MASSON P., GOBY J.P. - Référence : T. XII,
n°4, 1990, pp. 538-541. - Contribution des trou-
[1] RINAUDO Y. - Référence : T. X, n°1, 1988, pp. peaux à la remise en valeur des suberaies, inté-
20-25 - La forêt méditerranéenne d’hier à rêt des semis de fourrages sous chênes-lièges,
aujourd’hui : le cas de la Provence. essais dans les Pyrénées Orientales.
[2] DUMOULIN J. - Référence : T. XIII, n°2, 1992, [17] HUBERT B. - Référence : T. IX, n°2, 1987, pp.
pp. 96-108 L’article 90 du code forestier de 1827 169-178. Compte-rendu des rencontres INRA
et les communaux boisés en Provence. 1987.
[3] POUPON J. - Référence : T. II, n°1, 1980, pp. [18] BELLON S. Référence : T. XII, n°4, 1990, pp.
53-60. - L’aménagement et l’amélioration des 534-537. - Eléments de stratégie d’élevage valori-
parcours forestiers au Maroc. 2e partie. sant des espaces à faibles potentialités ligneuses.
[4] BLANCHEMAIN A. - Référence : T. II, n°1, [19] BELLON S., GUERIN G. - Référence : T. XIV,
1980, pp. 61-66. - A propos d’aménagement des n°4, 1993, pp. 296-305. Raisonner l’utilisation
parcours forestiers : quelle responsabilité ? sylvo-pastorale du chêne vert.
[5] BERTHET-BONDET C. - Référence : T. II, n°2, [20] BELLON S., CABANNES B., DIMANCHE
1980, pp. 219-227. Ateliers technologie et déve- M., GUERIN G., GARDE L., MSIKA B. -
loppement : compte rendu de l’atelier « mise en Référence : T. XVII, n°3, 1996, pp. 197-209. - Les
valeur des espaces sylvo-pastoraux ». ressources sylvopastorales des chênaies méditer-
ranéennes.
[6] ZULUETA J., CALABRI G., LILIN C.,
THIAULT M., BLANCHEMAIN A., CASA- [21] LEGEARD JP., SUBRENAT P.Y., GAU-
BIANCA (DE) F., BONNIER J. Référence : T. THIER B., SENN O., BARON D. - Référence : T.
III, n°1, 1981, pp. 58-72. - Dossier pâturage en XVIII, n°3, 1997, pp. 225-231 - Associer sylvicul-
forêt. ture et pâturage en forêt de production. Le cas
du mélézin des Alpes du Sud.
[7] BLANCHEMAIN A., GAUTIER S. Coord.- [22] COGORDAN JM. Référence : T. XXV, n°2,
Référence : T. IV, n°2, 1982, pp. 183-224. - 2004, pp. 93-96. La forêt communale de Saint-
Rencontres d’Avignon «les nouvelles données de Vincent-les-Forts et le mélézin de Mouriaye. Les
la gestion de la forêt méditerranéenne». Mai enjeux de la gestion forestière.
1981, Avignon.
[23] LEGEARD JP. Référence : T. XXV, n°2, 2004,
[8] CERPAM. - Référence : T. XXIV, n°1, 2003, pp. pp. 97-98. 1993 2003 Dix années d’intervention
89-90 Convention de pâturage en sous-bois pour associant éleveurs, municipalité, O.N.F. et CER-
la défense des forêts contre l’incendie. PAM sur le site de Mouriaye.
[9] AMANDIER L., DUREAU R., JOFFRE L.M., [24] ROLLAND JY., BARON D. Référence : T.
JOFFRE R., LAURENT J-L. - Référence : T. IV, XXV, n°2, 2004, pp. 99-104 - Agriculture et éle-
n°1, 1982, pp. 13-24. Eléments pour un zonage vage à Saint-Vincent-les-Forts. Organisation du
agro-sylvo-pastoral de la Corse ? Un outil carto- Groupement pastoral de Mouriaye. Gestion pas-
graphique pour la mise en valeur. torale de l’estive.
[10] ARNAUD M.T., THAVAUD P. - Référence : T. [25] BARON D., ROLLAND JY. - Référence : T.
VIII, n°2, 1986, pp. 133-138. - Proposition d’une XXV, n°2, 2004, pp. 115-118. Le Contrat territo-
méthode d’évaluation des variations de la bio- rial d’environnement du groupement pastoral de
masse de la strate arbustive sur des parcelles Mouriaye.
pâturées.
[26] SENN O. Référence : T. XXV, n°2, 2004, pp.
105-108. L’acquisition du référentiel technique
[11] ARNAUD M.T. Référence : T. XVI, n°4, 1995,
pastoral et les potentialités fourragères du pâtu-
pp. 449-464. - Essai sur la gestion pastorale du
rage de Mouriaye.
maquis méditerranéen par des ovins.
[27] BARBEY M. Référence : T. XXV, n°2, 2004,
[12] PUTOD R. - Référence : T. IV, n°1, 1982, pp. pp. 109-110. La pérennité des peuplements de
33-42. - Les arbres fourragers. Le févier. Mélèze et les contraintes de leur régénération.
[13] NAGGAR M. - Référence : T. XIV, n°3, 1993, [28] DECAIX G. Référence : T. XXV, n°2, 2004, pp.
pp. 256-264 - Place des arbustes fourragers dans 111-114 - Le nouvel aménagement forestier du
les aménagements sylvo-pastoraux. Cas de l’ar- mélézin de Mouriaye : les scénarios étudiés et les
buste Chamaecytisus albidus dans les parcours choix réalisés pour associer production de bois,
du Sahel des Doukkala et du Nord d’Abda régénération et pâturage.
(Province d’El Jadida et Safi Maroc).
[29] GARDE L., CABANNES B., FABRE J.,
[14] BENZYANE M., NAGGAR M., LAHLOU B. - GENEVET E., THAVAUD P. - Référence : T.
Référence : T. XXIII, n°3, 2002, pp. 201-210. - XXXIV, n°2, 2013, pp. 99-106 - Produire durable-
L’aménagement des forêts sud-méditerra- ment du lait avec des chèvres en forêt méditerra-
néennes : quelle approche ? néenne.
200
[60] BAUDEL J., ZECHNER L. - Référence : T. [66] DIETTE S., LAURIAC A. - Référence : T.
XXXIX, n°3, 2018, pp. 197-208 - Un projet renfor- XXVI, n°2, 2005, pp. 157-168 - La sylviculture
çant la gestion multifonctionnelle en truffière : aperçus historiques, apports tech-
Méditerranée Le programme « LIFE des niques et enjeux pour la région méditerranéenne.
Alpilles ».
[67] TERRACOL J. - Référence : T. XXVIII, n°4,
[61] LAGACHERIE M., CABANNES B. - 2007, pp. 403-408. Le Ventoux, un écrin pour le
Référence : T. XXI, n°1, 2000, pp. 36-37. diamant noir.
Développement en Languedoc Roussillon de
plantations à caractère paysager, mellifère, cyné- [68] PERRIN P. - Référence :T. III, n°2, 1981, pp.
gétique. 161-162. - « La châtaigneraie des Maures : ses
problèmes, ses espoirs».
[62] CABANNES B., LAGACHERIE M. -
Référence : T. XXIV, n°2, 2003, pp. 179-188. - La [69] DECOOPMAN B., DERIOZ P. - Référence : T.
forêt fleurit aussi... Le programme Sylvapi et les XV, n°3, 1994, pp. 361-364. - « Quel devenir pour
plantations mellifères. les paysages de la Châtaigneraie du Sud Massif
Central ».
[63] AMANDIER L. - Référence : T. XXXIX, n°3,
2018, pp. 209-216 - Des plantations api-fores- [70] AVIAS P. - Référence : T. XXVII, n°2, 2006,
tières en Provence. pp. 145-146. Vers une relance de la castanéicul-
ture dans la vallée de la Tinée (Alpes-
[64] FOURNIER C. - Référence : T. XXIII, n°4, Maritimes).
2002, pp. 327-331. L’agroforesterie du Domaine
départemental de Restinclières (Hérault) : une
expérience originale au service des profession-
nels du bois et de l’agriculture.
Autre référence
[65] BOURGOUIN D. - Référence : T. XXVI, n°4,
2005, pp. 327-332. - La protection des forêts ETIENNE et al. 2002 Réseau Coupures de
contre l’incendie dans les Pyrénées Orientales, Combustible n°5 – Ed. de la Cardère Morières,
une stratégie de grandes coupures. 73p.
Résumé
Les relations entre les acteurs de la forêt et ceux de l’élevage au cours des dernières quarante années
sont pleines d’intérêt car elles comportent des aspects techniques, économiques, sociaux, environne-
mentaux, politiques et de sécurité. Avec en arrière-plan, un passé historique conflictuel, les auteurs des
articles s’emploient à trouver des usages renouvelés des espaces naturels méditerranéens où dominent
la forêt à divers stades, et montrent des relations apaisées entre les acteurs qui font face à un contexte
socio-économique changeant.
Les pionniers font connaître leurs idées sur la réappropriation à bénéfice partagé entre éleveurs et
forestiers d’espaces en manque de gestion dès les premiers numéros de la revue Forêt
Méditerranéenne (il y a 40 ans !). L’association est même allée plus loin en organisant des rencontres
sur ce thème (Foresterranée 82, 84, 87, 90, 96…) ou des journées techniques qui furent l’occasion de
visites sur des sites pilotes et de rencontres entre des forestiers et des éleveurs. Des articles ont souvent
été cosignés par des représentants des deux « camps ».
Nous avons regroupé en premier les articles relatifs aux innovations et aux préconisations techniques
rédigés par des chercheurs ou des agents de terrain (cartographie des potentialités, suivi de l’évolution
de la biomasse, expérimentations dans divers milieux forestiers…). Plusieurs contributions ont montré
l’intérêt du sylvopastoralisme dans le développement des territoires (meilleure gestion de l’espace,
entente entre éleveurs et forestiers, expérience de maîtrise du foncier, intégration dans l’économie
locale, expériences dans d’autres pays méditerranéens… Une place à part a été faite sur le rôle du syl-
vopastoralisme dans la Prévention contre les incendies de forêt (PFCI) (complément à l’ouverture des
milieux, entretien des grandes coupures dans divers milieux…).
Différents auteurs ont traité de la relation du sylvopastoralisme avec les autres enjeux tels le paysage, la
biodiversité, la chasse, la présence du loup…). Nous avons recensé également les articles relatifs sur les
autres formes d’agriculture en forêt : miel, liège, châtaignier, vergers, truffe, vigne…
Au travers de ces articles, on sent qu’une véritable dynamique s’est mise en place. Elle a joué un rôle
certain sur l’entretien des grandes coupures ce qui a amélioré la prévention contre les incendies. On
aimerait savoir ce que sont devenues toutes les autres expériences qui ont été relatées. Dans un
contexte socio-économique qui a encore évolué, quelle est la place actuelle du sylvopastoralisme ? Il est
donc pertinent que l’association Forêt Méditerranéenne organise à nouveau des rencontres pour faire
le point.
Relationships over the last forty years between stakeholders involved in forests and those involved in
animal husbandry are a source of great interest since they encompass aspects with technical, eco-
nomic, social, environmental, political and safety import. Against a longstanding background of con-
flict, the authors of the articles have sought to identify, renewed ways of using Mediterranean natural
areas dominated by forests at various stages of their development, at the same time showing that rela-
tions between the two kinds of stakeholder have softened as all the people involved have been con-
fronted with changes in the socio-economic context.
Writing in the very earliest issues of the Association magazine – all of 40 years ago! - the pioneers laid
out their ideas for shared initiatives involving forests and livestock rearing in un- or ill-managed natural
areas, for the mutual benefit of both. The Association pursued these ideas by organising conferences
on the theme (Foresterrannée 82, 84, 87, 90, 96...) or technical days with visits to pilot sites and meet-
ings of forestry professionals and livestock farmers. Articles were often signed by representatives of the
two « sides ».
We have first of all grouped together articles submitted by researchers and agents working in the field
relating to technical recommendations (mapping of potential, monitoring biomass, experimentation in
diverse forest habitats…). Several articles highlight the advantages of silvi-pastoralism in the develop-
ment of rural areas (improved overall management, better relations between foresters and livestock
rearers, experience in land ownership matters, integration into the local economic environment, trials in
other Mediterranean countries...). Separate attention has been given to the place of silvi-pastoralism in
the prevention of wildfires (French acronym: PFCI) - backup in opening up overgrown areas, mainte-
nance of clearcut zones in diverse contexts...
Various authors have considered the relationship of silvi-pastoralism to other issues such as landscape,
biodiversity, hunting, the presence of wolves... We have also taken note of articles dealing with other
forms of agriculture in forests and woodlands: beekeeping, cork production, sweet chestnuts, orchard-
ing, truffles, vineyards etc.
In reading the articles, we became aware of a sustained dynamic taking shape; this impetus has played
a definite rôle in the upkeep of clearcut breaks and zones with their positive impact on wildfire preven-
tion. It would be really interesting to know what has been the upshot of all the other experiences and
trials reported over the years. In today’s socio-economic context of ongoing evolution, what is the place
for silvi-pastoralism? Indeed, now is the time for Forêt Mediterrannée to organise further encounters in
order to assess the present situation.