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L'étranger Cursive

Orale première

Transféré par

Anis Benlarbi
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L’Etranger

Albert Camus

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »


BIOGRAPHIE - Albert Camus
Albert Camus (1913-1960), est un romancier, dramaturge,
philosophe et journaliste engagé, né en Algérie. Membre de la
Une philosophie de l’absurde
Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale, il
Paru en 1942, L’Étranger inaugure le
mène un combat pour les libertés. Ses œuvres développent
« cycle de l’absurde », ensemble de
une pensée fondée sur la prise de conscience de l’absurdité de
quatre œuvres où les fondements d’une
la condition humaine, mais aussi sur la révolte comme seule
philosophie sont posés : l’existence est
réponse à la violence du monde.
dénuée de sens et le combat auquel
Contexte de l’œuvre chacun s’adonne pour trouver des
Une crise historique réponses condamne l’être au tragique.
Durant l’entre-deux-guerres, dans une Europe livrée aux C’est donc non plus par les croyances
désordres économiques et financiers, de nombreux héritées ou les conventions sociales que
mouvements nationalistes émergent. La charte des nous pourrons retrouver le goût de vivre
Nations unies (26 juin 1945) visera plus tard à limiter leur dans le bonheur des sensations, mais
étendue en favorisant un idéal d’entente et de coopération grâce à la révolte et l’engagement, et ce
entre les peuples. Mais, de 1939 à 1945, la Seconde malgré l’indifférence absolue du monde.
Guerre mondiale et ses horreurs mettent en crise une
certaine vision humaniste de l’Homme et du monde.
C’est également le premier titre de la tétralogie (cycle de quatre œuvres)
du « cycle de l’absurde », où l’auteur traite d'une vision absurde de
l’existence.

Les trois autres ouvrages du cycle sont l’essai Le Mythe de Sisyphe et les
pièces de théâtre Caligulaet Le Malentendu.
le titre
Le titre “L’étranger” renvoie à trois interprétations : le L’étranger, c’est Meursault, présent à
personnage principal Meursault est un étranger, chaque ligne du roman dont il prend en
puisque par son indifférence il est différent des autres charge la narration mais étonnamment
hommes, tout lui est égal. Meursault est étrange pour le absent à tout ce qui l’entoure, indifférent
lecteur, très déroutant, puisqu’il est parfois difficile de au monde. De cette distance par rapport
suivre sa logique. Enfin, l’impression qui demeure tout aux êtres et aux choses (hormis le
au long de l’histoire, c’est que Meursault semble monde naturel/Meursault sensible) naît
étranger à sa propre vie. Il fait des choses sans savoir le caractère étrange du héros,
vraiment la raison pour laquelle il agit de telle manière. Il déstabilisateur pour le lecteur (voir 1ère
a des difficultés à reconnaître ses sentiments, et même partie, incipit, passage de la morgue,
une distance à leurs égards. journée du dimanche, passage sur le
mariage avec Marie…).
Camus est mû par une triple intention :

•faire le portrait d’un personnage énigmatique par sa simplicité


•montrer comment les événements d’une vie peuvent dépasser la compréhension
des autres
•dresser un tableau pessimiste de notre condition d’humains
Meursault est d’abord étranger au jeu Ensuite, Meursault est étranger aux autres
social (ne « respecte » pas les conventions hommes.
par rapport au rituel de la mort par exemple Sans les rejeter (puisqu’il travaille, est sur le
point de se marier, se fait des amis…) il n’est
– fume dans la morgue, pas à l’origine des actes qui le sociabilisent : il
boit un café, les accepte parce qu’il ne voit pas de raison
établit une liaison avec Marie alors que sa de les refuser.
mère vient de mourir,
va voir un film comique alors qu’il est en Il dit souvent que tout se vaut, que rien n’a
deuil…), d’importance, que tout lui est égal. Il n’agit
à la religion. Meursault préfère en effet sa pas et se montre la plupart du temps passif.
propre vérité, accepte ce qu’il est sans
vouloir paraître, Les véritables « options », les choix, il les
prendra lorsqu’il sera en prison, sous la forme
refuse de rentrer dans le rôle du fils aveuglé du refus. Exclu de la société, prisonnier
par une peine qu’il ne ressent pas, refuse de attendant son procès, puis condamné
rentrer dans le rôle du criminel se repentant attendant son exécution, il se pliera à la
d’un meurtre qu’il ne regrette même pas… justice des hommes en refusant tout secours,
humain ou divin.
Enfin et peut-être
surtout, Meursault semble On pourrait aussi dire que du
étranger à lui-même. Dans la deuxième partie, et tout point de vue de Meursault,
particulièrement lors de son c’est la société qui lui est
Dans la première partie du procès, étrangère
roman, il n’est pas
intéressé par ce qui lui il est étranger à sa propre affaire : (dans son refus d’admettre
arrive (il ne participe pas). comme s’il n’était pas l’auteur du les différences, dans sa
Il laisse l’initiative aux crime qu’on lui reproche volonté normative, ses
autres et se borne à un rôle conventions, ses codes, ses
d’observateur (minutieux Il ne parvient pas à se mettre dans raisonnements
cependant). la peau d’un criminel, étranger au
Il se montre monde de la justice Meursault dit toujours ne pas
toujours réservé, distant, comprendre : le monde, lui-
étonné des événements et même, la société demeurent
semble souvent ne pas étrangers.
comprendre (« cela ne veut
rien dire »)
Le sentiment de l’absurde

Définition de l’absurde : Camus face à ce non-sens du


« Angoisse de l’homme en face d’un monde dépourvu de sens monde refuse un certain nombre de
ainsi que les conduites mensongères qu’il adopte pour échapper à réponses comme l’hypothèse
la lucidité ou à la liberté. »
religieuse qui consiste en l’idée que
l’homme voulu et guidé par Dieu et
La notion d' absurde » parcourt le XX siècle (naît entre que tous les actes ont un sens pour
les deux guerres) On parle de « théâtre de l’absurde » en la vie éternelle.
évoquant Beckett et Ionesco mais cette notion reste
surtout liée à Camus en raison de l’essai qu’il lui a Meursault, comme Camus, rejette
consacré Le Mythe de Sisyphe. L’auteur y définit cette hypothèse. Il nous dit qu’il est
l’absurde à la foi comme un état de fait (le caractère habité par la certitude que la mort
mécanique et insensé des actions humaines, l’absence signe le non-sens de la vie.
fondamentale de toute raison de vivre) et comme la
lucidité de l’homme prenant conscience de cet état. Révolte de Meursault qui prend
Cette prise de conscience est liée à celle de la mort et conscience de l’absurdité du monde
du temps. Dans cet essai moral Camus propose une et revendique ce statut d’étranger
vision du monde. (refus de jouer le jeu de la société).
L’absurde dans le roman
Des situations absurdes

Les relations qu’entretiennent certains êtres


paraissent d’emblée absurdes. Salamano et De même, les interrogatoires et le procès
son vieux chien en sont une illustration. sont le récit d’un itinéraire absurde qui
L’homme et l’animal sont dans un rapport mène de la vie à la mort un homme dont
de force perpétuel, enfermés dans un cercle on a voulu percer le mystère, expliquer
vicieux. l’attitude : la justice, perdue devant
l’absence de justification de Meursault a
voulu rationaliser, donner du sens à un
Le fait divers relaté dans la partie 2, geste qui n’en avait pas.
l’histoire de ce Tchékoslovaque qui est
tué par sa mère et sa sœur, frappe par L’explication « j’ai tué à cause du soleil »
son absurdité. Meursault, mûri par la n’ayant aucun sens pour ces hommes de
prison, analyse l’absurdité de la situation. loi, pour la société,
(thème d’une pièce qu’écrira Camus, Le
malentendu, publiée en 1944)
Une écriture de l’étrangeté ou une "écriture blanche » Le style d'Albert Camus

Mais sans doute est-ce avant tout à la spécificité de Le récit est exprimé à la première personne du
l’écriture que se sont attachés les lecteurs du roman. singulier, dans un vocabulaire basique, grâce à
des phrases simples et le plus souvent courtes.
En effet, la fameuse première phrase : « Aujourd’hui Le lecteur est curieux de savoir comment
maman est morte », fait d’emblée pénétrer dans un pense ce personnage si étrange, envers lequel
univers de l’indifférencié qui est marqué par le ton du nous développons une certaine empathie, alors
constat, du détachement, dans des phrases courtes, qu'il n'en a pas lui même.
souvent juxtaposées, qui semblent refuser toute Usage de la première personne du singulier
rhétorique, tout effet stylistique comme pour dénier au L’usage quasi-systématique de la première
personnage-narrateur toute profondeur psychologique. personne du singulier, peut aider le lecteur à
s’identifier au personnage et ainsi l’aider à
Camus, par l’emploi de ce que l’on a pu nommer l’ « rentrer plus facilement dans l’univers de
écriture blanche », rompait ainsi avec une certaine Camus. Le ressentiment intérieur du
tradition romanesque, tout en rendant sensible la touffeur personnage est ainsi partagé par le lecteur. Le
du climat et en réinventant ainsi un espace propre, étrange style employé par Camus, dans cette œuvre,
à force de banalité, exactement humain. vise à la rendre abordable par le plus grand
nombre de lecteurs.
L’Etranger est composé de deux parties, qui forment un diptyque à la
composition presque semblable au niveau formel.

• La première partie est faite de six • La seconde partie se compose de cinq


chapitres et retrace la vie quotidienne chapitres et se déploie comme un parallèle
de Meursault, depuis la mort de sa de la première : les événements de la
mère jusqu’au meurtre de l’Arabe. première partie, durant le procès, sont revus
et commentés par les témoins, jusqu’à
l’annonce de la condamnation à mort.

Les deux parties sont ainsi soudées par le même thème :


l’omniprésence de la mort.
Il y a en effet :
 la mort de la mère
 le meurtre de l’Arabe
 la condamnation à mort de Meursault
Le portrait de Meursault : un personnage différent

Le moi infantile

Dans l’Etranger de Camus, on dirait que Meursault retombe en enfance par un retour en arrière
régressif.
En effet celui-ci nous apparaît la plupart du temps comme un enfant naïf.

Le fait qu’il dise «maman» au lieu de dire «ma mère» est très révélateur. La façon d’appeler sa mère
témoigne son refus de socialiser la relation aux êtres : «maman», c’est justement le mot de l’enfant et
du rapport intime. Le mot «mère», c’est la définition formelle de cette relation socialisée. Même si l’on
dit «maman» à sa mère, on dit «mère » lorsque l’on parle d’elle aux autres. Comme un enfant, sa
nature sensuelle le met en rapport intime avec le monde naturel : la mer, le ciel, le soleil.

Il qualifie encore les gens de «gentils» comme Raymond ou de «méchants» au cours de son jugement.

Tous ces marqueurs lexicaux de la candeur de son personnage nous le révèlent comme un nouveau
Candide qui démontre les contrefaçons de la justice et de la comédie sociale
Un anti-héros
Abordons les aspects les plus remarquables de la personnalité de Meursault dans L’étranger.
Meursault est considéré comme un anti-héros car il n’était pas si conforme avec les actions admissibles et
valides de la société.
On peut dire que son identité n’est pas établie et il cherche à se faire comprendre dans un monde conventionnel
et habitué aux symbolismes. La sensibilité de Meursault est nuancée dû à son indifférence aux actions qui
l’entourent ; mais il est évident dans le deuxième chapitre qu’il exprime ses sentiments de façon personnelle au
moment de parler du climat.

Les phrases comme « l’après-midi était beau », « le ciel s’est assombri, et j’ai cru que nous allions avoir un orage
d’été », « Il faisait bon », nous montrent la sensibilité et les sensations fortes de son esprit et son désir d’être
complet.

D’autre part, on ne peut pas dire que Meursault est une personne indifférente.

Il apprécie Marie, la beauté des villes, le climat et également sa mère, mais évidemment il est incapable d’exprimer
ses besoins et ses sentiments. Les phrases comme « Marie est très belle », quand il parle de sa mère il lui dit
« Maman » et les citations du climat déjà mentionnées montrent un type d’affection et même d’amour pour les
choses et les personnes plus proches de lui.

De cette manière, Camus montre la lassitude et la fatigue du protagoniste dans les pas des jours.
Le procès : les autres condamnant Meursault pour son étrangeté

On trouve quatre représentants emblématiques de la société qui sont pris pour cible :
le juge d’instruction, avec le chapitre 1 de la deuxième partie
l’avocat, avec le chapitre 2 de la deuxième partie
le procureur, avec le chapitre 4 de la deuxième partie
le prêtre, avec le chapitre 5 de la deuxième partie
L’avocat
Le juge d’instruction Son avocat utilise d’emblée le pronom
Il témoigne d’une bonne volonté et met Meursault en personnel « je » pour parler de
Confiance. (il dira : « Ce qui m’intéresse, c’est vous. »). Meursault : cela confère à l’accusé, au
personnage principal du roman, un rôle passif.
Mais il cherche à savoir surtout pourquoi Meursault tira L’avocat ne cherchera pas à comprendre qui
quatre coups de feu supplémentaire. N’obtenant pas de est Meursault : il ne veut que comprendre,
réponse, il répondra par Dieu et demandera à Meursault s’il dans son zèle professionnel mais mal à-
est croyant. Devant sa réponse négative, il conclura que propos, les éléments à charge du dossier. Il lui
Meursault ne mérite pas d’attention et qu’il est coupable de
demande ainsi d’éviter de dire à la cour l’«
quelque chose, au moins.
indifférence » dont parle Meursault.
Meursault est bien étranger à lui : par sa personnalité, Il sortira en colère de leur premier entretien,
d’abord, puisqu’il ne confie pas ses impressions, et par ses furieux de ne pas avoir convaincu ce client si
valeurs (il ne croit pas en Dieu). différent.
Le procureur
Le prêtre
Le procureur constatera lui aussi
l’étrangeté de Meursault et ne C’est par le prêtre que Meursault prend conscience de son
tentera pas de la comprendre. étrangeté radicale au monde.

Simplement, il interprète les faits Meursault refuse de voir ce que le prêtre l’incite à voir au-
selon les préjugés de sa fonction et delà de la simple réalité concrète. Ensuite, Meursault
il le condamne sans équivoque refuse le baiser du prêtre.

C’est dire que Meursault ne fait pas partie de ceux qui


s’aveuglent : il refuse la croyance religieuse comme refuge
Il a déclaré que je n’avais rien à faire pour se rassurer vis-à-vis de la mort qui vient.
dans une société dont je
méconnaissais les règles les plus Sa seule certitude, c’est celle que la vie doit se terminer
essentielles. un jour :
La symbolique du meurtre de l’Arabe

le style de la scène du meurtre dénote


du reste du récit. Tandis que la narration
L’hybris, ou hubris (en grec
se fait à partir de phrases courtes et de
formulations simples, la rencontre avec
ancien : ὕϐρις / húbris), est une notion
l’Arabe se déroule avec une forme de grecque qui se traduit le plus souvent
lyrisme qui surprend. par « démesure ». Elle désigne un
comportement ou un sentiment violent
Camus a voulu se rapprocher ainsi d’un inspiré par des passions, particulièrement
style plus classique qui renvoie à la l'orgueil et l’arrogance, mais aussi l’excès de
tragédie, pour souligner le caractère pouvoir et de ce vertige qu’engendre un
inéluctable du drame : succès trop continu. Les Grecs lui
opposaient la tempérance et la modération,
hasard de la rencontre qui évoque le
destin des tragédies
qui est d’abord connaissance de soi et de
toute-puissance des éléments (ciel, mer, ses limites.
soleil)
dépassement de la limite, qui évoque
l’hybris (= démesure) de la tragédie
grecques (le narrateur dit : « Mais j’ai
fait un pas, un seul pas en avant. »
Chez Camus la rencontre avec la mort pose la question du sens de la vie donnant ainsi
naissance au sentiment d’absurdité.

Préface à l’édition américaine de L’Étranger (1958)

« J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est
très paradoxale : “Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de
sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre
est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il
vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est
pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura
cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions
de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est
simple, il refuse de mentir. »

Albert Camus, préface à l’édition américaine de L’Étranger [1958], dans Œuvres


complètes, tome I, Gallimard, « La Pléiade », 2006

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