Chapitre 5 Cours
Chapitre 5 Cours
Définitions
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OA1 : Connaître les grandes caractéristiques de l’intégration européenne (marché unique et zone
euro) ; comprendre les effets du marché unique sur la croissance.
L’intégration économique est le processus par lequel plusieurs économies distinctes sont conduites à ne
former qu’un seul espace économique et monétaire. Dans le cadre européen, l’intégration passe par la
constitution d’un marché unique et par l’adoption d’une monnaie unique, l’euro.
a. Le marché unique
La constitution du Marché unique européen s’inscrit dans un processus débuté après la 2nde guerre
mondiale. Dès le début, la construction européenne prend pour institution fondatrice le marché. L’idée
est que la constitution d’un grand marché européen favoriserait les échanges entre pays concernés, leur
prospérité et par conséquent garantirait la paix entre les peuples.
Le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), signé en 1951 par
les six membres fondateurs (Bénélux, RFA, Italie et France), est la première étape de l’intégration
économique. Les mêmes pays signent en 1957 le Traité de Rome instituant la Communauté
économique européenne (CEE) dont l’objectif est d’éliminer les « barrières qui divisent l’Europe ».
Les 6 s’engagent à mettre en place une Union douanière ouvrant la voie à l’accès à un marché
commun sans entraves aux échanges. L’Union est effective à partir de 1968 : il n’existe alors plus de
droits de douane entre les pays membres de la CEE. Cependant, les obstacles non tarifaires perdurent à
l’intérieur de la CEE et freinent la circulation des biens, des services, des travailleurs et des capitaux.
Chaque Etat dispose par exemple toujours de ses propres procédures administratives ainsi que de ses
propres normes en matière de santé, de sécurité ou d’environnement. Il faut ainsi attendre 1986 et la
signature par douze pays de l’Acte unique européen (traité fixant la réalisation effective du marché
unique) pour que soient éliminés les derniers obstacles au commerce en instaurant de manière effective
les « quatre libertés » de circulation : des biens, des services, des personnes et des capitaux. Le
marché unique devient effectif le 1er janvier 1993.
A partir des travaux de Béla Balassa, on distingue traditionnellement cinq degrés d’intégration éco :
- La zone de libre-échange (ZLE) : se caractérise par la suppression des droits de douane et des
restrictions quantitatives aux échanges entre les pays de la zone. Mais ils conservent leurs
propres tarifs douaniers à l’égard des pays extérieurs à la zone. Illustration : l’ALENA (entré en
vigueur en 1994) entre les USA, le Canada et le Mexique.
- L’union douanière (UD) : consiste en une ZLE + instauration d’un tarif extérieur commun
(TEC). Les Etats-membres mettent ainsi en place une politique commerciale commune envers
les pays extérieurs. Illustrations : Mercosur (1995) ou la CEE (1968).
- Le marché commun (MC) : UD + libre circulation des facteurs de P° (travail et capital).
Illustration : l’Acte unique a pour objectif de faire de la CEE un MC. Devient effectif en 1993.
- L’union économique (UE) : MC + politiques économiques communes.
- L’union économique et monétaire (UEM) : UE + monnaie unique, c’est-à-dire une monnaie
qui remplace les monnaies qui étaient jusque-là propres à chaque pays et donc une politique
monétaire unique. Illustration : depuis 1999, l’UE est une UEM.
- L’union politique serait un 6ème degré dont l’objectif serait la construction d’un gouvernement
commun et une harmonisation des lois et fiscalités (Degré non proposé par Balassa).
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b. La zone euro
Le processus d’intégration européenne est complété par la constitution de la zone euro dans laquelle les
pays membres ont accepté de renoncer à leur monnaie nationale afin d’adopter une monnaie unique.
La mise en place d’un MU consiste à créer un espace de libre-échange où circulent librement les
marchandises, les services, les capitaux et les hommes. La création du MU est donc supposée apporter
des avantages par différents mécanismes qui sont les mêmes que ceux que nous avons étudiés dans le
chapitre 2 sur le commerce international dans la partie sur les effets attendus du libre-échange :
- La spécialisation des pays membres dans les secteurs où ils possèdent des avantages
comparatifs => utilisation rationnelle des facteurs de P° qui ne sont pas dispersés dans des
secteurs peu efficients => ↗ de la productivité des pays et leur croissance.
- La suppression des barrières douanières => ↘ prix en supprimant les droits de douane => ↗
pouvoir d’achat des consommateurs => ↗ C => ↗ Demande globale => croissance.
- Un effet de diversification : grâce aux importations, les consommateurs et les entreprises ont à
leur disposition une plus large diversité de produits pour satisfaire leurs besoins, que ce soit en
termes de B&S de consommation ou de biens de P°. Le marché unique permet un choix plus
large de produits. Il permet également d’importer des produits moins chers (textile, jouets...)
=> ↗pouvoir d’achat des ménages => ↗ C => ↗ D globale => croissance.
- Un effet de dimension : les entreprises peuvent profiter d’un marché beaucoup plus vaste,
trouver de nouveaux clients, vendre plus et donc produire davantage. Cette hausse de la P°
entraîne, dans beaucoup de secteurs, la réalisation d’économies d’échelle et donc la ↘ des
coûts de P°. Les économies d’échelle entrainent la ↘ des prix de vente des B&S. Le pouvoir
d’achat des consommateurs ↗ et ils peuvent acheter une plus grande quantité de B&S.
- Un effet de concurrence : l’intensification de la concurrence incite les producteurs nationaux à
faire des efforts de compétitivité prix et de compétitivité hors-prix, notamment en innovant.
Ceci est favorable aux consommateurs car les prix ↘ et la qualité s’améliore.
- De bénéficier de technologies étrangères indisponibles dans le pays et favorables aux
entreprises et aux consommateurs nationaux.
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OA2 : Comprendre les objectifs, les modalités et les limites de la politique européenne de la
concurrence.
Le bon fonctionnement du MU n’est possible qu’à la condition d’unifier les règles de la concurrence
des différents pays engagés dans la construction européenne, ce qui implique de créer une politique de
la concurrence partagée. La concurrence désigne la compétition qui existe entre différents agents
économiques (AE) sur un marché, notamment entre les différents offreurs pour attirer les demandeurs.
Elle est un processus qui permet de sélectionner les offreurs les plus efficaces à un moment donné.
La politique de la concurrence peut être définie comme l’ensemble des dispositifs permettant de
contrôler et réguler le degré de concurrence sur un marché. En UE, elle est confiée à la Commission
européenne et la politique qu’elle mène a pour objectif de mettre en place une concurrence libre,
loyale et non faussée, c’est-à-dire une concurrence respectant les principes de la théorie libérale.
Selon cette dernière, les mécanismes de marché sont la façon la plus efficace d’organiser et de
coordonner les activités économiques car :
- La concurrence permettrait une allocation optimale des ressources et de maximiser le
surplus collectif, conduisant ainsi à la réalisation de l’intérêt général grâce à sélection des
meilleures entreprises les plus performantes, les plus productives, les plus innovantes... C’est
ce qu’a montré Adam Smith, avec l’image de la « main invisible ».
- La concurrence permettrait aux consommateurs de bénéficier de prix bas : une entreprise qui
propose des prix élevés verrait arriver d’autres entreprises plus performantes proposant des prix
plus bas pour capter la clientèle.
- La concurrence inciterait les entreprises à sans cesse gagner en productivité et innover pour
être plus attractives vis-à-vis des consommateurs.
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- La concurrence en poussant les entreprises à réaliser des gains de productivité et à innover serait
un stimulant de la croissance économique et créatrice d’emplois.
La Commission veille à ce que soit garantie une concurrence « libre et non faussée » en surveillant cinq
domaines :
La lutte contre les ententes est une des modalités de la politique européenne de la concurrence. Une
entente (ou cartel) désigne une situation de marché où des entreprises s’entendent entre elles de
manière informelle (et souvent illégale) en fixant leurs prix et leurs quantités de manière
coordonnée, pour maximiser leurs profits communs. Leur existence est contraire à l’intérêt des
consommateurs car elle se traduit par un niveau de prix supérieur au prix de concurrence. Les
entreprises peuvent également se partager le marché. Elle constitue par ailleurs un frein à
l’innovation et a tendance à diminuer la diversité des produits proposés aux consommateurs.
Les autorités de la concurrence interviennent donc pour empêcher ou condamner les ententes mais
uniquement lorsqu’elles ont des conséquences contraires à l’intérêt des consommateurs. Certains
accords sont donc autorisés lorsqu’ils participent à améliorer la P° et la distribution des produits ou
favorise le progrès technique. Les accords de coopération en matière de R&D sont donc autorisés mais
à condition qu’il n’y ait pas de réduction de la concurrence.
La Commission inflige de lourdes amendes qui peuvent aller jusqu’à 10% du chiffre d’affaires de
l’entreprise. Prouver l’infraction n’est cependant pas chose aisée, la collecte de preuves matérielles se
révélant souvent difficile. De nombreux pays ont mis en place des programmes de clémence pour
objectif d’inciter les entreprises qui appartiennent à un cartel à le dénoncer en échange d’une immunité
totale ou partielle. Généralement la première entreprise qui dénonce l’entente bénéficie d’une
immunité totale, les suivantes d’une réduction de l’amende.
La lutte contre les abus de position dominante est une des modalités de la politique européenne de la
concurrence. Du fait de leur taille, de leur part de marché ou de leur avance technologique, certaines
entreprises peuvent acquérir une position dominante sur un marché, c’est-à-dire une capacité à
affecter de manière significative la concurrence sur ce marché. L’exploitation délibérée de cette
situation pour restreindre la concurrence est considérée comme un abus de position dominante.
Ce n’est pas le fait de dominer un marché qui est condamné, mais le fait d’en profiter pour éliminer
ou freiner l’arrivée de concurrents. Par exemple, une entreprise peut imposer des prix trop élevés au
regard de l’intérêt général, parce que les clients sont assez largement captifs compte-tenu du faible
nombre de producteurs concurrents. Elle peut également barrer l’accès au marché à ses concurrents
en obligeant les consommateurs à acheter un produit artificiellement lié à un autre produit plus
populaire. C’est ce que l’on appelle les « ventes liées ».
Les exemples de condamnation pour abus de position dominante sont eux aussi nombreux. En
septembre 2017, Google a été condamné par la Commission européenne à une amende de 2,4 milliards
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d’euros pour avoir donné une place trop importante à son propre comparateur de prix au détriment de
ses concurrents. La Commission européenne a infligé, mardi 22 janvier 2019, une amende de 570
millions d’euros à Mastercard pour avoir augmenté artificiellement les coûts des paiements par carte,
au détriment des consommateurs et des commerçants de l’UE.
Le contrôle des opérations de concentration est une des modalités de la politique européenne de la
concurrence. Une opération de concentration (ou fusions-acquisitions) correspond à la fusion de deux
entreprises auparavant indépendantes, à la création d’une entreprise commune ou à la prise de contrôle
d’une entreprise par une autre. Contrairement aux deux volets précédents de la politique de la
concurrence, la démarche est ici préventive : il s’agit d’identifier en amont et d’empêcher les
opérations susceptibles de diminuer l’intensité de la concurrence et donc de nuire aux intérêts des
consommateurs. Ainsi, depuis 1990 dans l’UE, les entreprises désirant s’engager dans des opérations
de concentration doivent en informer les autorités de la concurrence qui, après examen, décident ou
non de les autoriser.
Par exemple, le projet de fusion de Alsthom et de l’activité ferroviaire de Siemens a été rejeté par la
Commission en février 2019. L’objectif était de créer un grand groupe européen du ferroviaire en
fusionnant les deux plus grandes entreprises européennes capables de rivaliser avec la concurrence
internationale, notamment chinoise. Selon la Commission, cette fusion aurait pu créer à terme une
situation de monopole ou d’oligopole défavorable aux consommateurs et aux entreprises du même
secteur. Pour autant, les décisions d’interdiction sont relativement rares.
Le contrôle des aides publiques est une des modalités de la politique européenne de la concurrence.
En effet, la plupart des États aident les entreprises présentes sur leur territoire. Ces aides peuvent
prendre des formes diverses : subventions, exonérations fiscales, prêts à taux faibles… Il s’agit de
préserver certains secteurs considérés comme stratégiques, ou qui regroupent beaucoup d’emplois et
dont le déclin serait source d’importantes difficultés économiques et sociales.
Mais du point de vue des textes européens, certaines de ces aides publiques peuvent être accusées de
créer des distorsions de concurrence au sein du marché intérieur. En effet, si certaines entreprises ou
certaines activités bénéficient de subventions dans un des États de l’UE, elles sont favorisées par
rapport aux autres entreprises européennes, ce qui fausse la concurrence.
Toutefois, il existe certaines exemptions au régime d’interdiction lorsque les aides sont justifiées par
des objectifs supérieurs d’importance spécifiques, en cas de graves perturbations économiques ou
pour des motifs européens d’intérêt commun. Dans le contexte de la crise liée à la pandémie de la
Covid-19 débutée en 2020, le cadre a aussi été assouplie.
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La politique de la concurrence menée au sein de l’UE impose, à partir des années 1990, aux États de
progressivement ouvrir à la concurrence l’ensemble des activités. Cette politique concerne
particulièrement la France, où la tradition de l’existence d’un « service public » est très ancienne. En
effet, les monopoles publics sont soupçonnés d’être inefficaces, puisque non soumis aux contraintes
de la concurrence ni à une contrainte financière (puisque l’État compense les éventuels déficits). Cette
obligation d’ouverture à la concurrence s’est donc traduite par un mouvement de privatisations. Les
entreprises publiques qui intervenaient dans un grand nombre de secteurs (télécommunication,
transports, banque…) ont été progressivement vendues à des propriétaires privés ou ont ouvert leur
capital à des actionnaires privés. L’ouverture à la concurrence s’est également traduite par une
dérégulation, c’est-à-dire une réduction ou suppression de la régulation d’un secteur ou d’une
profession, ou bien à rendre plus libre la fixation des prix.
Le fait que la politique de la concurrence se fasse au détriment de la politique industrielle est une
limite de la politique de concurrence. En effet, ses objectifs peuvent entrer en contradiction avec ceux
de la politique industrielle qui vise à améliorer les performances des entreprises et la puissance
industrielle d’un pays. Si elle admet ainsi un certain nombre d’exceptions à l’application de ses
principes fondamentaux, la politique de la concurrence mise en œuvre en Europe a souvent été
dénoncée comme trop restrictive. Par exemple, la fusion entre Alstom-Siemens aurait permis au
nouveau groupe de devenir un « champion industriel européen » capable de rivaliser avec la Chine qui
peu à peu s’installe un peu partout dans le monde grâce à des tarifs défiant toute concurrence.
Le contrôle des aides d’Etat fait aussi régulièrement l’objet de critiques. Celles-ci mettent l’accent sur
le fait que d’autres pays non-européens n’hésitent pas à aider leurs entreprises à gagner en compétitivité
par rapports aux firmes européennes.
Le bilan mitigé des politiques de libéralisation menées en Europe est une limite de la politique de la
concurrence. En effet, un des effets attendus de la concurrence est de permettre aux consommateurs de
bénéficier des prix bas. Une entreprise qui propose des prix élevés va voir arriver d’autres entreprises
plus performantes qui proposeront des prix plus bas pour capter la clientèle. Or, en UE, l’impact des
politiques de libéralisation en termes de baisse de prix est discuté. Si certains tarifs ont baissé,
d’autres ne l’ont pas fait. En matière d’électricité par exemple, les prix de marché sont supérieurs aux
tarifs réglementés (avant la libéralisation).
Par ailleurs, un des effets attendus de la concurrence est d’inciter les entreprises à sans cesse gagner en
productivité pour gagner en compétitivité prix et hors prix (qualité), les entreprises étant poussées à
innover pour être plus attractives vis-à-vis des consommateurs. Or, l’impact de la libéralisation sur la
qualité des services n’est pas non plus systématique. On constate au contraire, toujours dans le domaine
de l’électricité, une tendance au sous-investissement dans les réseaux, qui peut laisser quelques
craintes sur l’évolution de la qualité du réseau à l’avenir. De même, les entreprises privées soumises à
la concurrence sont tentées de se concentrer sur les activités les plus rentables. La SNCF par
exemple investit beaucoup sur les liaisons TGV, mais les réseaux Inter-Cités et TER sont délaissés, et
même de plus en plus souvent remplacés par des services d’autocar.
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La politique budgétaire et la politique monétaire sont des politiques conjoncturelles qui agissent sur la
D globale (consommation, investissement).
a. Principes et outils
La politique monétaire est décidée par la Banque centrale (BC) dont la mission est de réguler la
quantité de monnaie en circulation dans l’économie : plus la quantité de monnaie centrale est
abondante, plus les banques de 2nd rang vont avoir la possibilité de créer beaucoup de monnaie (via la
distribution de crédit) ; et inversement quand la BC en restreint l’émission. Celle-ci doit fournir les
liquidités nécessaires au bon fonctionnement et à la croissance de l’économie, tout en veillant à la
stabilité de la monnaie.
Le principal instrument de la politique monétaire est le pilotage des taux d’intérêt directeurs (TID)
qui vont déterminer à la fois le taux d’intérêt auquel la BC prête directement aux banques
commerciales, et le taux d’intérêt de court terme pratiqué entre les banques commerciales sur le marché
monétaire interbancaire (appelé taux interbancaire). En adaptant les TID, la BC influence les taux
d’intérêt proposés par les banques commerciales à leurs clients (ménages, entreprises…) : plus ces
TID sont bas, plus le coût du refinancement est bas, plus une banque commerciale peut proposer des
taux d’intérêt bas à ses clients. Une hausse ou une baisse des TID tend à donc augmenter ou à diminuer
les taux auxquels les banques commerciales prêtent à leurs clients, et par conséquent freine ou accélère
leurs demandes de crédits, et donc la création de monnaie.
Si la BC veut relancer la croissance et l’emploi en phase de récession, elle mènera alors une politique
monétaire expansionniste consistant à diminuer les TID afin d’alléger le coût du refinancement des
banques commerciales. Celles-ci vont répercuter la baisse sur les taux d’intérêt qu’elles proposent aux
ménages et aux entreprises qui, en principe, s’endetteront plus facilement via le crédit afin de
consommer et d’investir davantage. Le développement du crédit stimulera ainsi la D globale et donc le
PIB. Avec l’augmentation de la P°, les entreprises seront incitées en embaucher davantage de main
d’œuvre : le U diminuera.
Ce qui est recherché ici est l’effet multiplicateur. Toute augmentation de la D globale entraîne une
augmentation plus que proportionnelle de la P°.
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Au contraire, la politique monétaire restrictive consiste à augmenter les TID. Cela a pour effet de
ralentir les octrois de crédit aux AE, le coût du crédit étant plus élevé. C’est donc un moyen pour
ralentir l’expansion de la masse monétaire et donc de lutter contre l’inflation. Une politique monétaire
restrictive peut conduire à un ralentissement de l’activité économique, voir à une récession et une
augmentation du U. En effet, si la hausse des taux d’intérêt est trop forte, cela peut engendrer une chute
brutale de la consommation et de l’investissement.
Tout l’enjeu d’une politique monétaire restrictive est donc de trouver le bon dosage pour à la fois
stopper la croissance de l’inflation mais sans trop affecter le niveau de l’activité économique.
Certains évènements récents comme la crise financière de 2008 ou la crise liée à la Covid-19 en 2020
ont révélé l’insuffisance de la politique de relance monétaire par des mesures conventionnelles pour
augmenter la D et éviter une baisse des prix.
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Malgré des TID très bas, la perte de confiance conduit les banques commerciales à ne plus se prêter
suffisamment entre elles et aux ménages et aux entreprises clients. Des politiques monétaires non
conventionnelles vont alors être mises en œuvre par les BC. Ces mesures sont de différentes natures,
mais on peut citer le lancement de programmes « d’assouplissement quantitatif » (« quantitative
easing ») qui consiste à ce que la BC intervienne directement sur le marché secondaire (distinct du
marché primaire où sont émis la première fois les titres et sur lequel la BCE ne peut pas intervenir) en
achetant massivement des titres financiers auprès des banques de second rang, des compagnies
d’assurance ou autres fonds d’investissement (comme le rachat d’obligations émises par les États de la
zone euro) afin de leur fournir davantage de liquidités.
a. Principes et outils
La politique budgétaire consiste à utiliser le budget de l’État pour atteindre certains objectifs choisis
par le gouvernement afin de réguler l’activité. Dans le cadre d’une politique de relance, l’Etat peut ainsi
manipuler ses dépenses (dépenses sociales, aides aux entreprises, investissements en infrastructures
publiques, hausse des salaires des fonctionnaires…) et/ou ses recettes (niveau des taux
d’imposition…) selon les objectifs qu’il s’est fixés : stimulation de l’activité (politique
expansionniste) ou réduction du déficit (politique récessive ou de rigueur).
Lorsque la conjoncture économique se dégrade fortement ou en cas de crise, les pouvoirs publics
peuvent décider d’intervenir directement et de mettre en œuvre une politique budgétaire
expansionniste (de relance) pour stimuler l’activité. Pour ce faire, l’Etat pourra augmenter ses
dépenses, comme la rémunération des fonctionnaires, les aides aux entreprises, les dépenses
d’investissement dans des infrastructures... ou/et diminuer certaines recettes (réduction de l’impôt sur
le revenu pour les ménages...). Le déficit budgétaire permet ainsi de stimuler l’activité économique à
court terme en favorisant une augmentation de la D des AE qui disposent de davantage de ressources
monétaires pour la consommation ou l’investissement. Cette politique de relance recherche également
l’effet multiplicateur.
La politique budgétaire expansionniste est soumise à tout un ensemble de contraintes et limites qui
limitent l’ampleur du multiplicateur keynésien :
- L’inflation. Si les entreprises faisant face à l’augmentation de la D qui leur est adressée
peuvent augmenter facilement leur P°, alors elles augmenteront leur P°. Si au contraire elles
ne peuvent pas augmenter facilement leur P°, alors elles n’augmenteront que peu leur P° et
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augmenteront leurs prix de vente, les acheteurs étant prêt à dépenser davantage pour obtenir
les B&S qu’ils désirent. Il y aura inflation (par la demande).
- Le degré d’ouverture de l’économie : l’effet multiplicateur n’est pas garanti, notamment dans
le cas des économies à haut degré d’ouverture sur l’étranger. Si, dans le cadre d’une politique
de relance, une grande partie des revenus distribués se porte sur la consommation de produits
importés, l’augmentation de la D peut se traduire par une augmentation des importations, et
donc bénéficier à des producteurs non-résidents, ce qui limitera l’impact sur la P° nationale.
- Le comportement d’épargne des ménages : L’effet multiplicateur peut également être affaibli
par si la ↗ des revenus induite par la politique économique est affectée en grande partie à
l’épargne, cela n’a pas d’effet d’entraînement positif sur l’économie.
- L’augmentation du déficit et l’endettement : Les politiques de relance peuvent entraîner une
forte ↗ du déficit budgétaire et de l’endettement public. L’endettement public excessif
nécessitera alors de payer plus d’intérêts sur la dette publique, ce qui peut amener à accroître
les prélèvements obligatoires préjudiciables à l’activité. Cet endettement excessif pourra aussi
susciter la méfiance des prêteurs qui doutent alors des capacités de remboursement de l’État et
peuvent refuser de lui prêter ou exiger des taux toujours plus élevés.
Au contraire, lorsque l’Etat cherche a diminué son déficit budgétaire, il mènera une politique
budgétaire récessive (ou de rigueur) consistant à baisser les dépenses et/ou augmenter les impôts.
Mais cette politique aura un effet récessif sur l’activité économique. Par exemple, une augmentation de
l’impôt sur le revenu, afin de réduire le déficit, se traduira par une contraction du pouvoir d’achat des
ménages. La consommation risque ainsi de diminuer, ainsi que la D globale adressée aux entreprises et
donc la P°.
OA4 : Savoir que la politique monétaire dans la zone euro, conduite de façon indépendante par la
Banque centrale européenne, est unique alors que la politique budgétaire est du ressort de
chaque pays membre mais contrainte par les traités européens ; comprendre les difficultés
soulevées par cette situation (défaut de coordination, chocs asymétriques).
L’euro naît le 1er janvier 1999 avec 11 membres au départ formant l’Union économique et monétaire
(UEM). 19 pays sont aujourd’hui membres de la zone euro. Cette dernière est caractérisée par une
monnaie unique, elle ne peut donc avoir qu’une seule politique monétaire et une seule BC : la BCE.
La BCE est une institution supranationale, basée à Francfort, à laquelle les Etats membres de la zone
euro ont transféré leur souveraineté monétaire. Elément essentiel, elle est indépendante vis-à-vis des
pouvoirs politiques nationaux, c’est à dire que ses décisions ne dépendent pas des préférences de tel
ou tel gouvernement, de manière à ne pas privilégier un pays plutôt qu’un autre.
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Depuis juillet 2022, la BCE a augmenté ses TID une dizaine de fois afin de contrôler l’inflation
apparue assez soudainement en 2022, notamment en raison de la reprise de l’activité après la crise
Covid et de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
En revanche, la politique budgétaire demeure du ressort de chaque pays membre. Cela se justifie
pour des raisons politiques, les politiques budgétaires étant depuis toujours un élément central de la
souveraineté nationale traduisant des choix de société en matière de redistribution ou d’allocation des
ressources.
Toutefois, la politique budgétaire est contrainte par les traités européens qui ont instauré certaines
règles. Une règle budgétaire est une contrainte sur la politique budgétaire d’un gouvernement imposant
des plafonds sur des agrégats de finances publiques. En 1992, le traité de Maastricht (1992) est
signé pour préparer le passage à l’euro. Pour cela, les Etats sont soumis aux respects de certains critères
afin de favoriser la convergence nominale, c’est-à-dire le rapprochement des taux d’intérêt, de la dette
publique, du déficit public, du taux d’inflation et du taux de change. Le Pacte de Stabilité et de
Croissance (PSC) adopté en 1997 prolonge deux des critères que doivent respecter les membres une
fois la monnaie unique adoptée. Le déficit public des pays de la zone euro ne doit pas excéder 3% du
PIB. La dette publique ne doit pas dépasser 60% du PIB. Cet encadrement des politiques budgétaires
est fondé sur la volonté d’éviter qu’un État membre ne soit incité à laisser s’accroître son déficit en
espérant en faire supporter le coût par les autres États membres. Il s’agit de se prémunir contre le
phénomène de passager clandestin. Ainsi, le non-respect des engagements peut se traduire par des
sanctions financières imposées par la Commission.
Au final, le PSC encadre les politiques budgétaires des Etats membres de la zone euro. Il s’agit d’une
coordination des politiques budgétaires par les règles.
Ce partage des compétences en matière de politiques conjoncturelles n’est pas sans poser un certain
nombre de problèmes liés au défaut de coordination.
Aujourd’hui, dans la zone euro, il y a une seule politique monétaire dont l’objectif est la stabilité des
prix et 19 politiques budgétaires encadrées par le PSC. La difficulté est donc de coordonner les
politiques budgétaires nationales et la politique monétaire, c’est-à-dire rendre cohérentes les
décisions de politique monétaire et budgétaire.
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Ce partage des compétences en matière de politiques conjoncturelles n’est pas sans poser un certain
nombre de problèmes liés à la gestion de chocs asymétriques. Ceux-ci désignent un évènement ayant
un impact macroéconomique seulement sur un pays ou avec une intensité différente selon les pays1.
Lorsqu’une économie est victime par exemple d’un choc de D négatif asymétrique, sa conjoncture se
dégrade (la croissance de son PIB ralentit et le U augmente). Elle a donc besoin d’une politique
conjoncturelle appropriée pour stabiliser son activité : dans ce cas précis, une politique monétaire et /
ou budgétaire expansionnistes. Comme la politique monétaire est unique, elle ne peut s’adapter à la
conjoncture d’un seul Etat membre alors que celle des autres est différente. La politique budgétaire du
pays concerné par le choc négatif devrait alors être mobilisée librement pour le compenser. Le
1
Un choc symétrique est un choc qui affecte tous les Etats-membres. La crise sanitaire est un exemple de choc symétrique.
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problème qui se pose alors est que les autorités européennes ont fait un choix différent en instaurant des
règles de déficit maximum (avec la PSC) qui limitent de fait les politiques budgétaires expansionnistes.
Pour illustrer ce problème, raisonnons à partir d’un petit modèle à deux pays partageant la même
monnaie et donc les conditions sont les mêmes que celles du PSC.
Le pays A est en crise avec une
récession de 1% et un taux de
chômage de 10%. Dans ce
contexte, l’inflation est faible
(1%). Ce pays a donc besoin d’une
politique conjoncturelle de
relance (monétaire et / ou
budgétaire expansionniste). Par
ailleurs, il ne respecte aucun des
critères du PSC. Sa dette (100%) et
son déficit (5%) sont trop
importants. Le pays B, quant à lui,
connait une forte augmentation de
son activité (5%), un taux de U très
faible (3%) et en raison de sa forte
croissance, il y a 5% d’inflation.
Contrairement au pays A, il
respecte le PSC.
Intéressons-nous aux possibilités qui s’offrent au pays A en matière de politique économique :
- Politique monétaire : Ce pays en adoptant la monnaie unique a confié la gestion de sa
monnaie, et donc la politique monétaire, à la BC de la zone. Avec 1% d’inflation dans le pays A
et 5% dans le pays B, on a donc un taux d’inflation moyen de 3% dans la zone. Ce taux étant
supérieur à la limite des 2% que doit respecter la BC, cette dernière va donc mener une
politique monétaire récessive afin de lutter contre l’inflation. Cette politique va aggraver la
récession dans le pays A.
- Politique budgétaire : Certes cette politique reste aux mains des Etats mais ces derniers
doivent respecter le PSC. Ce qui n’est pas le cas du pays A qui là encore, va devoir mettre en
place une politique contraire à ses intérêts, à savoir une politique budgétaire de rigueur
(hausse des impôts et baisse des dépenses) pour respecter les règles du PSC, ce qui accroît la
récession. Le PSC l’empêche donc de mener une politiques budgétaires expansionniste afin de
relancer son activité.
L’incapacité du pays A à développer un policy mix qui lui est favorable pose la question de son
appartenance à la zone.
c. La zone euro ne constitue pas une zone monétaire optimale (pas au programme)
Malgré l’impossibilité de mobiliser la politique monétaire, unique et dans les mains de la BCE, et les
contraintes imposées par les traités à la politique budgétaire, un pays victime d’un choc asymétrique
peut sous certaines conditions toutefois l’absorber. A la condition que la zone euro soit une Zone
Monétaire Optimale (ZMO).
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Terminale spécialité SES Sciences économiques 2023-2024
La théorie des ZMO a été développée dans les années 1960, notamment par l’économiste Robert
Mundell. Le concept vise à décrire les conditions dans lesquelles une zone géographique gagne à
adopter une monnaie commune. L’optimalité est alors définie via un certain nombre de critères :
- Une forte intégration commerciale : Pour que des pays forment une ZMO, il est nécessaire
qu’ils échangent beaucoup en entre eux.
- La mobilité des facteurs de productions (particulièrement du travail) : Si les travailleurs sont
mobiles, alors les chômeurs de la région affectée vont chercher du travail dans la région en
croissance.
- L’intégration budgétaire : une ZMO requiert des mécanismes de transferts budgétaires vers
les régions touchées par un choc asymétrique.
La zone euro n’est pas une ZMO et les mécanismes permettant de résorber les chocs asymétriques sont
inefficients.
- La mobilité de la main-d’œuvre n’est pas respectée. Cela s’explique notamment par le fait
qu’il existe des barrières sociales en termes de niveaux de vie dues à des rémunérations et des
systèmes sociaux très divers. Il faut également ajouter les barrières culturelles et
linguistiques.
- L’utilisation de la politique budgétaire ou des transferts budgétaires interrégionaux. Là
encore, cette condition n’est également pas respectée, notamment en raison d’un budget
communautaire faible et la quasi-inexistence des transferts budgétaires entre les pays.
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