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Introduction générale

I. L’objet du droit international public


Le droit international public, autrefois appelé droit des gens, est le droit
applicable à la société internationale, laquelle fonctionne sur un mode
décentralisé. Il est constitué par l’ensemble des normes juridiques qui
régissent les relations internationales. Il se compose de l’ensemble des
règles de droit qui s’appliquent aux sujets de la société internationale au
premier rang desquels on trouve les États et se distingue de la morale et de
la courtoisie internationale.
Pendant longtemps, il ne s’est intéressé qu’aux seules relations entre États.
Aujourd’hui, le droit international public, qui tend à devenir un droit
de plus en plus jurisprudentiel, s’adresse aux organisations internationales
créées par les États, lesquelles organisations constituent des sujets dérivés
du droit international. Il a également vocation à s’appliquer aux individus.
Il doit être distingué du droit international privé qui concerne, quant à
lui, l’ensemble des règles juridiques ayant pour objet de régler les relations
internationales entre personnes privées.
Les traités de Westphalie1 des 14-24 octobre 1648, qui ont mis fin à la guerre
de Trente Ans (1618-1648), sont traditionnellement considérés comme
l’acte de naissance du droit international moderne.
« Le droit international public est la seule branche du droit public
à avoir une vocation universelle : il doit offrir un langage juridique
commun à tous les États du monde »
Didier Truchet.

1. Ces traités de paix de Westphalie viennent consacrer la disparition de l’ordre médiéval


et reconnaître l’indépendance des États européens.

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II. Les caractéristiques du droit international public
D’une manière générale, le droit international public présente « un
caractère volontaire puisque son existence comme son application sont
subordonnées au consentement des États1 ».
Il est caractérisé à la fois par l’absence d’un législateur qui serait susceptible
d’édicter des normes générales ainsi que par l’absence d’exécutif. Ce sont
notamment les États qui sont à la fois les producteurs et les destinataires
des normes internationales. Contrairement à la société étatique, la société
internationale n’est pas dotée d’une autorité centrale qui disposerait de
moyens de contrainte pour imposer le respect des normes internationales.
Le droit international est également caractérisé par l’absence de juri-
diction obligatoire dans la mesure où la justice internationale repose sur
le consentement des États.
Ces caractéristiques du droit international ont fait dire à certains auteurs
comme Raymond Aron que le droit international n’existait pas.
Cette critique d’Aron du droit international correspond en fait à
« une tradition qui va de Hobbes à Hegel : le droit international n’est
pas vraiment du droit car il ne repose pas sur une autorité supérieure
et sur un pouvoir de contraindre, il n’a ni glaive ni préteur. Les
États sont dans l’ état de nature, non dans un état juridique, les
relations internationales sont définies par le droit que les États se
réservent d’employer la force 2 ».
Cette approche insiste traditionnellement sur l’inexistence d’un pouvoir
de sanction dans l’ordre international pour prétendre que le droit inter-
national n’existerait pas.
En réalité, en dépit de ses échecs incontestables dans le domaine de la
sécurité collective, le droit international public, qui ne cesse d’élargir son
champ d’action, existe bel et bien.

1. M. Perrin de Brichambaut, J.-F. Doselle, M.-R. d’Haussy, Leçons de droit international


public, Presses de Sciences Po et Dalloz, 2002, p. 25.
2 . P. Hassner, « Aron, un penseur contre les terribles simplificateurs », Le Figaro, 23 mars
2005.

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Il est pleinement reconnu par les Constitutions des États1.
Le droit international public, qui est appliqué par les juges internationaux
et nationaux, est constamment évoqué par les États ainsi que par les
autres acteurs des relations internationales (Organisations internationales,
ONG, individus, etc.).
Force est de reconnaître que l’actualité vient très régulièrement témoigner
de l’importance des instruments du droit international public dans la
vie internationale : les résolutions du Conseil de sécurité, les décisions et
avis de la Cour internationale de justice (CIJ), les décisions de la Cour
pénale internationale (CPI), les conventions de Genève de 1949 sur le
droit humanitaire et leurs protocoles additionnels, l’Accord de Paris sur
le climat adopté en 2015 lors de la COP21, le traité sur le commerce des
armes (TCA) approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU le 2 avril 2013,
le traité sur l’espace extra-atmosphérique de 1967, le traité de non-proli-
fération nucléaire (TNP) signé le 1er juillet 1968 qui fixe des limites à la
prolifération nucléaire, le protocole additionnel au TNP2…
Le droit international public, qui est au cœur des relations internationales,
doit s’adapter aux besoins d’une société internationale en mutation.

1. Ainsi, par exemple, s’agissant de la France, le préambule de la Constitution de 1946,


qui appartient au fameux « bloc de constitutionnalité », proclame que « la République
française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international ».
2 . Le TNP qui demeure une pierre angulaire de l’architecture sécuritaire mondiale, a
chargé l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), créée en 1956, de vérifier
le respect de leurs engagements par les États non nucléaires. Le protocole additionnel
du TNP autorise l’AIEA à effectuer des inspections inopinées des installations des pays
signataires. Comme l’a noté en 2010 le directeur de l’AIEA, le protocole additionnel est
un « outil essentiel pour l’agence », il permet notamment de renforcer la surveillance des
programmes nucléaires. Le TNP a été le fondement de nombreuses résolutions prises
par le Conseil de sécurité de l’ONU. C’est le cas de la résolution 1887 du 24 septembre
2009 qui indique que le Conseil est « déterminé à œuvrer à un monde plus sûr pour
tous et à créer les conditions pour un monde sans armes nucléaires, conformément
aux objectifs énoncés dans le TNP […]­ ». Cette résolution 1887 réaffirme que les États
doivent appliquer dans son intégralité la résolution 1540 adoptée le 28 avril 2004 par
le Conseil de sécurité qui cherche à éviter que des acteurs non étatiques puissent se
doter d’armes de destruction massive.

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III. Les différentes conceptions du droit international
Deux grandes conceptions du droit international s’opposent. On a effecti-
vement l’habitude d’opposer l’école du droit naturel et l’école positiviste.
Les tenants du droit naturel soutiennent qu’il existe un droit supérieur
aux États. La doctrine traditionnelle du droit naturel a été formulée au
xvie siècle par le dominicain espagnol Francisco de Vittoria (1480-1556)
et le jésuite Suarez (1548-1617).
Au xviie siècle, le Hollandais Hugo de Groot, dit Grotius (1583-1645),
lequel est considéré comme l’un des pères fondateurs du droit interna-
tional1, va laïciser le droit naturel qui, selon lui,
consiste dans certains principes de la droite raison qui nous font
connaître qu’une action est moralement honnête ou déshonnête
selon la convenance ou la disconvenance nécessaire qu’elle a avec
une nature raisonnable ou sociable.
L’école positiviste rejette, quant à elle, l’idée d’un droit naturel.
Les positivistes volontaristes insistent sur l’idée que tout procède de la
volonté de l’État. Selon l’Allemand Triepel, « dans les relations entre États,
la source du droit ne peut être qu’une volonté émanant d’États ».
Les positivistes objectivistes affirment, de leur côté, que les normes du droit
international sont fondées sur la nécessité sociale.
Pour Georges Scelle, qui se rattache à cette doctrine, les normes viennent
« du fait social lui-même et de la conjonction de l’éthique et du pouvoir
produits par la solidarité sociale ».

1. Grotius est l’auteur du premier traité de droit international intitulé De jure belli ac pacis
(Du droit de la guerre et de la paix, 1625).

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Chapitre 1

Les sources
du droit international public

Selon l’article 38 du statut de la Cour internationale de justice, hérité du


statut de la Cour permanente de justice internationale, qui propose une
typologie des normes du droit international public,
« la Cour, dont la mission est de régler conformément au droit inter-
national les différends qui lui sont soumis, applique :
a) les conventions internationales, soit générales, soit spéciales, établissant
des règles expressément reconnues par les États en litige ;
b) la coutume internationale comme preuve d’une pratique générale,
acceptée comme étant le droit ;
c) les principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées ;
d) sous réserve de la disposition de l’article 59, les décisions judiciaires
et la doctrine des publicistes les plus qualifiés des différentes nations,
comme moyen auxiliaire de détermination de la règle de droit […]­».
Cette énonciation montre que l’ordre juridique international comporte à
la fois des sources écrites et des sources non écrites.
Mais il convient de signaler que le caractère obsolète et incomplet de la
liste des sources du droit international figurant à l’article 38 du statut de
la Cour internationale de justice a été critiqué.
La notion de jus cogens, dont le contenu est certes très incertain, n’est
pas évoquée. On peut cependant comprendre cette absence de référence
à la norme impérative car celle-ci était encore inconnue à l’époque de la
rédaction du texte de l’article 38.

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Les actes unilatéraux des organisations internationales et des États, qui
jouent un rôle non négligeable dans les relations internationales, ne sont
pas non plus mentionnés.
Les traités et la coutume, qui sont évoqués en premier par l’article 38
du statut de la Cour, sont incontestablement les principales sources du
droit international public en raison de leur importance indéniable dans
la vie internationale. Les principes généraux du droit ainsi que les actes
unilatéraux des États et des organisations internationales constituent, eux
aussi, d’autres sources du droit international public.
Enfin, l’article 38 du statut de la CIJ indique que la jurisprudence et la
doctrine ne sont pas des sources du droit international. Ce texte qualifie
les décisions judiciaires et la doctrine spécialisée en droit international
public, qui influencent la formation de ce droit, de « moyens auxiliaires
de détermination de la règle de droit ».

I. Les principales sources


du droit international public

1. Les traités internationaux


Les « conventions internationales » occupent la première place dans la
liste limitative des sources du droit international que dresse l’article 38
du statut de la Cour internationale de justice de l’Organisation des
Nations unies. Elles représentent l’instrument privilégié des relations
internationales.
Pendant très longtemps, le traité international a été exclusivement régi par
des règles de nature coutumière. Puis, il a fait l’objet d’une codification
entreprise par la Commission du droit international (CDI) de l’ONU.
Cette codification du droit des traités a été préparée à partir de 1950
par la Commission du droit international de l’Organisation des Nations
unies. Une convention sur le droit des traités a été adoptée le 22 mai 1969
à Vienne sur la base du projet de la CDI.
Cette convention sur le droit des traités n’est entrée en vigueur qu’en 1980.
La plupart des dispositions de cette convention que la France n’a jamais
ratifiée sont dites supplétives.

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Dans son article 2, la convention de Vienne définit le traité international
comme
un accord international conclu par écrit entre États et régi par le
droit international, qu’ il soit consigné dans un instrument unique
ou dans deux ou plusieurs instruments connexes, et quelle que soit
sa dénomination particulière.
Cette définition de l’article 2, qui opère une distinction entre l’instru-
mentum (document formel écrit) et le negotium (contenu de l’accord),
appelle plusieurs remarques.
Tout d’abord, la terminologie employée pour qualifier le traité interna-
tional est très diverse. Les termes traité, pacte, charte, accord, convention,
déclaration, statut, protocole, acte, modus vivendi, memorandum d’accords,
sont fréquemment retenus pour qualifier les traités internationaux. À cet
égard, la Cour internationale de justice a adopté une position libérale
puisqu’elle a considéré que « la terminologie n’est pas un élément détermi-
nant quant au caractère d’un accord ou d’un engagement international »
(CIJ, Sud-Ouest Africain, 21 décembre 1962).
D’autre part, la définition du traité international proposée par la conven-
tion de Vienne du 22 mai 1969 postule l’existence d’un document « écrit ».
Toutefois, si la convention de Vienne ne fait pas référence expressément à
des « traités oraux », elle reconnaît néanmoins, dans son article 3, la valeur
juridique des accords internationaux qui n’ont pas été conclus par écrit.
Toujours selon la convention de Vienne, le traité international doit
« produire des “effets de droit” ». Ce doit être l’une de ses caractéristiques
fondamentales. Aussi convient-il de distinguer le traité international de
toute une série d’accords qui eux ne sont pas producteurs de droit comme
les « gentlemen’s agreements ». Ces derniers, qui sont très fréquents dans la
vie internationale, n’ont pas de portée juridique mais seulement une portée
politique. On peut donner l’exemple de l’Acte final de la Conférence sur
la sécurité et la coopération en Europe de 1975.
Enfin, il convient de préciser que seuls les « sujets de droit international »
sont habilités à conclure un traité international qui, comme le rappelle
clairement la convention de Vienne, se présente sous la forme d’un
accord soumis aux règles du droit public international. Seuls les États

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et les organisations internationales ont le pouvoir de conclure des traités
internationaux1.
On notera également que plusieurs classifications des traités ont été
suggérées.
Selon le nombre d’États parties au traité, on distingue les traités bilatéraux
liant seulement deux États des traités multilatéraux qui eux engagent plus
de deux États.
Les traités bilatéraux, qui sont plus nombreux que les traités multilatéraux,
sont les traités les plus anciens. L’acte final du congrès de Vienne du 9 juin
1815 est considéré comme le premier traité multilatéral. On peut donner
comme exemples de traité multilatéral la convention de Vienne sur les
relations diplomatiques ou encore la Charte des Nations unies.
On a également l’habitude de distinguer les « traités-lois » qui formulent
des règles de droit des « traités-contrats » qui, eux, visent à régler une
situation particulière.
Enfin, il existe une autre distinction très classique entre d’une part, les
accords en formes simplifiée, et d’autre part, les traités conclus en forme
solennelle. Ces derniers font intervenir une ratification. Cette ratifica-
tion émanant du « Treaty-making-power » est seule susceptible d’engager
juridiquement l’État. Par contre, les accords en forme simplifiée excluent la
ratification et sont obligatoires pour les États du seul fait de leur signature.
Cette pratique dite des « executive agreements » s’est développée aux
États-Unis compte tenu du caractère contraignant de la procédure de
ratification prévue par la Constitution de 1787.
En effet, les traités internationaux, négociés et conclus par le président des
États-Unis, doivent être ratifiés par le Sénat, à la majorité des deux tiers.
C’est précisément parce que cette majorité qualifiée ne fut pas atteinte
au Sénat, en 1920, que les États-Unis n’ont pas pu adhérer au traité de
Versailles. Ainsi, on le sait, faute d’avoir ratifié ce traité de Versailles,
qui avait été signé par le président Wilson, les États-Unis qui avaient
largement inspiré la création de la Société des Nations n’ont jamais pu en

1. Des accords passés entre des entreprises multinationales ne sont pas des traités
internationaux. Ainsi, par exemple, le Red line agreement conclu le 31 juillet 1928 entre
des compagnies pétrolières privées pour délimiter leurs zones d’influence respective au
Moyen-Orient ne constitue pas un traité international malgré son importance.

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devenir membre. L’introduction aux États-Unis de la pratique des « exécu-
tive agreements » s’explique par conséquent par le souci de contourner le
pouvoir de blocage du Sénat.
La Cour suprême des États-Unis reconnaît à ces accords en forme simpli-
fiée les mêmes effets juridiques qu’aux traités en forme solennelle. Dans
une résolution du 26 juin 1969, le Sénat a demandé au président des
États-Unis de n’engager ni les forces armées ni les ressources de l’État
américain au service d’un État étranger sans l’autorisation du Congrès.
On peut donner comme exemple d’accords en forme simplifiée (AFS),
les fameux accords de Yalta de février 1945 ou encore le GATT, l’accord
général sur les tarifs douaniers signé à Genève, le 30 octobre 1947, afin
d’organiser la coopération internationale en matière commerciale.
Citons également l’Acte final à caractère conventionnel de la conférence
de Paris du 27 février 1973 sur la cessation de la guerre du Vietnam.
Constituent aussi des accords en forme simplifiée, le protocole d’accord
franco-tunisien du 20 mars 1956 reconnaissant l’indépendance de la
Tunisie, l’accord du 2 mars 1956 entre la France et le Maroc consacrant
l’indépendance du Maroc1, etc.

A. L’élaboration des traités internationaux


a. Négociation et signature
La phase de la négociation est l’œuvre des plénipotentiaires qui disposent
des pleins pouvoirs pour négocier au nom de l’État. La négociation des
traités internationaux peut se réaliser au sein d’organisations internatio-
nales ou encore dans le cadre d’une conférence internationale.
La signature du traité va mettre un terme à la phase technique de la
négociation conduite par les diplomates ou les experts. La signature va
authentifier le texte du traité mais elle ne va pas pouvoir engager l’État.
Toutefois, on l’a dit, il faut souligner que les accords dits en forme simpli-
fiée ont la particularité d’entrer en vigueur dès leur signature.

1. C’est en 1956 que les protectorats français sur le Maroc (traité de Fez) et sur la Tunisie
(traité de Bardo) ont pris fin. Dans le cadre du mécanisme du protectorat, qui a disparu
depuis la fin du second conflit mondial, l’État protégé perd, au bénéfice de l’État
protecteur, sa compétence dans le domaine des relations internationales.

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En revanche, pour les traités en forme solennelle, la signature ne pourra
pas lier définitivement les États. C’est la ratification qui aura valeur
d’engagement définitif entre les États signataires.
Par ailleurs, il faut indiquer que la signature engendre malgré tout certaines
obligations pour les États. Elle entraîne l’obligation de soumettre le traité
aux autorités qui sont compétentes pour ratifier ce dernier. D’autre part,
l’article 18 de la convention de Vienne du 22 mai 1969 sur le droit des
traités précise qu’un État signataire a l’obligation « de ne pas priver un
traité de son objet et de son but avant son entrée en vigueur ».
b. Ratification et entrée en vigueur du traité
La ratification, qui est l’approbation définitive donnée à un traité,
émane en principe de l’autorité étatique possédant la compétence consti-
tutionnelle pour engager internationalement l’État. Cette autorité est
généralement le chef de l’État. Parfois, l’intervention de ce dernier suppose
une autorisation préalable des assemblées parlementaires. C’est le cas par
exemple aux États-Unis en ce qui concerne tous les traités inter­na­tionaux.
C’est également le cas en France pour « les traités de paix, les traités de
commerce, les traités ou accords relatifs à l’organisation internationale,
ceux qui engagent les finances de l’État, ceux qui modifient des dispositions
de nature législative, ceux qui sont relatifs à l’ état des personnes, ceux qui
comportent cessions, échanges ou adjonctions de territoires » (art. 53 de la
Constitution du 4 octobre 1958).
Par contre, le Parlement est exclu de la procédure de ratification des traités
internationaux visée à l’article 11 de la Constitution de 1958. Aux termes
de l’article 11 de la Constitution de la Ve République, le chef de l’État a la
faculté de soumettre à référendum tout projet de loi « tendant à autoriser
la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait
des incidences sur le fonctionnement des institutions1 ».
La ratification est une compétence discrétionnaire des États. Le droit
international ne prévoit aucun délai quant à la ratification. Celle-ci peut
être différée sans que puisse être engagée la responsabilité internationale
de l’État qui a signé le traité. Ainsi, les États-Unis, qui avaient signé

1. Cette procédure a été utilisée en 1992 pour la ratification du traité de Maastricht. Cette
même procédure a conduit le 29 mai 2005 au rejet par la France du traité établissant
une Constitution pour l’Europe.

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en 1925 le protocole de Genève sur l’interdiction à la guerre des armes
bactériologiques et chimiques, ne l’ont ratifié qu’en 1975. De même, la
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme signée à
Rome le 4 novembre 1950 n’a fait l’objet de ratification par la France
qu’en 1974. Dans le même sens, ce n’est qu’en 1958 que la France ratifia
la convention pour la répression du faux-monnayage signée à Genève le
24 avril 1929.
L’entrée en vigueur des accords en forme simplifiée se fait dès leur signa-
ture. En ce qui concerne l’entrée en vigueur des traités internationaux au
sens strict du terme, il convient d’opérer une distinction entre les traités
multilatéraux et les traités bilatéraux.
L’entrée en vigueur des traités bilatéraux a lieu lors de l’échange des instru-
ments de ratification. Par contre, l’entrée en vigueur des dispositions d’un
traité multilatéral est fréquemment subordonnée au dépôt d’un certain
nombre d’instruments de ratification. Pour les grandes conventions inter-
nationales conclues sous les auspices de l’ONU, le chiffre de ratification
retenu est en principe de 35. Mais, il va varier en fonction de la nature
de la convention internationale. Ainsi, la convention sur le Droit de la mer
signée le 10 décembre 1982 à Montego Bay exigeait pour son entrée en
vigueur la ratification de 60 États. De même, la convention de Rome créant
la Cour pénale internationale (CPI) a exigé pour son entrée en vigueur la
ratification de 60 États.
Le Traité sur le commerce des armes (TCA), adopté le 2 avril 2013 par
l’Assemblée générale de l’ONU, a lui exigé pour son entrée en vigueur la
ratification de 50 États. L’article 6 de ce traité interdit à un État de vendre
des armes s’il a « connaissance […]­que ces armes ou ces biens pourraient
servir à commettre un génocide, des crimes contre l’humanité, des viola-
tions graves des conventions de Genève de 1949, des attaques dirigées
contre des civils ou des biens de caractère civil et protégés comme tels, ou
d’autres crimes de guerre ». Le TCA, qui est le premier instrument juridi-
quement contraignant de réglementation du commerce international des
armes classiques, est entré en vigueur le 24 décembre 2014.
La Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines et
traitements inhumains du 26 novembre 1987 (entrée en vigueur le 1er févier
1989) a réclamé quant à elle 20 ratifications.

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Parfois, les traités multilatéraux vont prévoir d’autres conditions supplé-
mentaires. Ainsi, on peut citer le cas de la Charte des Nations unies dont
l’entrée en vigueur fut subordonnée à sa ratification par les cinq membres
permanents du Conseil de sécurité. Le nombre de ratifications retenu va
avoir une incidence sur la rapidité d’entrée en vigueur du traité multila-
téral. S’agissant de la convention de Vienne sur le droit des traités, adoptée
le 23 mai 1969, il a fallu attendre 11 ans pour que les 35 ratifications
réclamées soient déposées.
Le protocole de Kyoto, qui est a été le premier accord contraignant conclu
par la communauté internationale en matière d’environnement, est entré
en vigueur en février 2005, plus de sept ans après sa conclusion. L’entrée
en vigueur de ce protocole, adopté le 11 décembre 1997, était condi-
tionnée à sa ratification par au moins cinquante-cinq signataires de la
convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique dont
des États industrialisés qui sont responsables ensemble d’au moins 55 %
des émissions de CO2 en 1990.
Notons qu’à la différence des traités européens qui doivent en principe
toujours être ratifiés par tous les États membres pour entrer en vigueur1,
les traités internationaux ne vont nécessiter pour s’appliquer qu’un nombre
minimum de ratification.
Un État peut revenir sur sa décision de ratifier un traité. C’est le cas
par exemple de la Russie qui, le 2 novembre 2023, a promulgué une loi
sur la révocation de sa ratification du traité d’ interdiction complète des
essais nucléaires (TICE). Ouvert à la signature le 24 septembre 1996, le
TICE avait été ratifié par la Russie en 2000. Ce traité n’est pas entré en
vigueur faute d’avoir été ratifié par suffisamment de pays. Son annexe 2
énumère les 44 États qui doivent le ratifier pour qu’il puisse entrer en
vigueur. La Russie s’est également officiellement retirée du Traité sur les
Forces Conventionnelles en Europe (FCE), le 6 novembre 2023. Vladimir
Poutine avait signé en juillet 2007 un décret suspendant l’observation
par Moscou de ce traité.

1. Ainsi, le 30 août 1954, l’Assemblée nationale française a refusé de ratifier le projet


controversé de Communauté européenne de défense (CED) adopté en 1952 par la
France, l’Allemagne, l’Italie et les trois pays du Benelux et a empêché à la CED de voir
le jour. Le traité de Lisbonne est quant à lui entré en vigueur le 1er décembre 2009, soit
le premier jour du mois qui a suivi l’achèvement dans les États membres du processus
de ratification ; lequel processus s’est avéré particulièrement difficile.

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Le 26 avril 2019, sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont
annoncé leur intention de retirer leur signature du traité sur le commerce
des armes (TCA). Signé en 2013 durant la présidence de Barack Obama,
le TCA, qui est destiné à moraliser le commerce international des armes,
n’avait pas été ratifié par le Congrès.
Dès son retour au pouvoir, le 20 janvier 2025, le président Trump a signé
un décret visant à retirer les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat.
Ces derniers l’avaient déjà quitté sous son premier mandat, avant que le
président Biden ne décide de réintégrer cet Accord en 2021.
Autre exemple, la France s’est retirée du traité sur la Charte de l’ énergie
(TCE), signé le 17 décembre 1994 à Lisbonne et entré en vigueur en 1998.
Ce retrait de la France du TCE, qui avait été annoncé par le Président
de la République le 21 octobre 2022 et notifié le 1er décembre 2022 au
dépositaire du traité conformément à l’article 47 du TCE, a pris effet le
8 décembre 2023.
Enfin, la convention de Vienne sur le droit des traités rend obligatoire
l’enregistrement au secrétariat des Nations unies et la publication par
ce dernier des traités internationaux. Elle reprend dans son article 80 le
système prévu par l’article 102 de la Charte des Nations unies. Il faut y
voir la condamnation implicite de la pratique de la « diplomatie discrète ».
On retrouve également cette exigence de publication en droit interne.
Ainsi, pour pouvoir être opposable, le traité doit être publié au Journal
officiel. L’article 55 de la Constitution de 1958 fait mention de cette
exigence de publication.

B. La validité des traités internationaux


a. Les vices du consentement
La convention de Vienne sur le droit des traités a cherché à transposer
au plan international la théorie des vices du consentement qui existe en
droit privé.
La convention, qui cherche à empêcher qu’un État ne soit engagé par un
consentement vicié, distingue plusieurs cas d’irrégularité substantielle :
l’erreur (article 48), le dol (article 49), la corruption du représentant de
l’État (article 50), la contrainte exercée sur le représentant d’un État

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(article 51), la contrainte exercée sur un État par la menace ou l’emploi
de la force (article 52).
Ces causes de nullité n’ont pas donné naissance à une jurisprudence
abondante.
b. Le jus cogens
« Est nul tout traité qui, au moment de sa conclusion, est en conflit
avec une norme impérative du droit international général. Aux
fins de la présente convention, une norme impérative du droit
international général est une norme acceptée et reconnue par la
communauté internationale des États dans son ensemble en tant
que norme à laquelle aucune dérogation n’est permise et qui ne peut
être modifiée que par une nouvelle norme du droit international
général ayant le même caractère »
Art. 53 de la convention de Vienne du 23 mai 1969
sur le droit des traités.
La convention de Vienne sur le droit des traités, qui a fait entrer dans
le droit international positif la catégorie des normes de droit impératif,
indique que le jus cogens est la norme obligatoire de droit international
acceptée et reconnue par la communauté internationale des États dans
son ensemble, sans en préciser ni le contenu ni le mode d’élaboration.
Elle affirme, dans son article 64, que « si une nouvelle norme impérative
du droit international général survient, tout traité existant qui est en conflit
avec cette norme devient nul et prend fin ».
L’existence du jus cogens conduit à faire apparaître en droit international
une véritable hiérarchie des normes juridiques. La doctrine internationa-
liste a insisté sur la consécration d’un « ordre public international ».
La notion de jus cogens fut introduite sous la pression des pays en dévelop-
pement par la convention de Vienne sur le droit des traités ; laquelle
convention ne donne aucun exemple de norme de jus cogens.
Toutefois, l’interdiction du génocide, de la torture, de l’apartheid ou de
la piraterie est considérée comme faisant partie des normes du jus cogens.
L’interdiction du recours à la force est également considérée comme l’une
des règles de jus cogens.

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La doctrine cite aussi les principes de droit humanitaire affirmés par les
conventions de Genève du 12 août 1949.
Toute partie à un litige portant sur le jus cogens peut « par une requête,
le soumettre à la décision de la Cour internationale de justice, à moins que
les parties ne décident d’un commun accord de soumettre le différend à
l’arbitrage »
Article 66 de la convention de Vienne sur le droit des traités.
Notons que la notion de norme impérative (jus cogens) a fait l’objet de
vives critiques. Elle ne fait pas l’unanimité parmi les États. L’imprécision
du jus cogens a été contestée. C’est précisément parce qu’elle s’est opposée
au jus cogens que la France a refusé de ratifier la convention de Vienne
sur le droit des traités.
La Cour de La Haye n’utilise cette notion de jus cogens qu’avec prudence.
Les références directes à l’existence de ces normes supérieures, qui sont
la traduction juridique de certaines valeurs morales fondamentales,
demeurent exceptionnelles dans la jurisprudence de la Cour internatio-
nale de justice. C’est dans l’arrêt du 27 juin 1986 relatif aux Activités
militaires et paramilitaires au Nicaragua que l’on rencontre la première
évocation directe du jus cogens.

C. La portée des traités internationaux


a. Les effets des traités internationaux
à l’égard des parties contractantes
Les effets de la convention internationale sont obligatoires à l’égard des
parties contractantes. C’est la fameuse règle « Pacta sunt servanda1 » ou
encore le principe de l’exécution de bonne foi des traités par les parties qui
est repris par l’article 26 de la convention de Vienne sur le droit des traités
du 22 mai 1969. La jurisprudence est venue confirmer cette règle d’origine
coutumière (arrêt du 27 août 1952 de la CIJ, Ressortissants américains au

1. L’italien Dionisio Anzilotti, qui se rattache à la doctrine volontariste, a vu dans cet


adage latin la norme fondamentale de l’ordre juridique international (D. Anzilotti,
Cours de droit international, Sirey, 1929, rééd. éd. Panthéon Assas, LGDJ, 1999). Pour
Anzilotti, qui a été juge à la Cour permanente de justice internationale, « le véritable
droit international ne dérive que de la volonté des États ».

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Maroc). L’État partie au traité a donc l’obligation de l’exécuter « de bonne
foi » sous peine de voir sa responsabilité internationale engagée.
L’article 27 de la convention de Vienne sur le droit des traités prévoit
qu’« une partie ne peut invoquer les dispositions de son droit interne
comme justifiant la non-exécution d’un traité ».
Toutefois, les effets des traités internationaux ont une portée différente
selon les cocontractants lorsque certains d’entre eux ont formulé des
réserves à l’égard de certaines dispositions du traité.
En vertu de l’article 2 de la convention de Vienne de 1969,
l’expression “réserve” s’entend d’une déclaration unilatérale, quel que
soit son libellé ou sa désignation, faite par un État quand il signe,
ratifie, accepte ou approuve, un traité ou y adhère ; par laquelle il
vise à exclure ou à modifier l’effet juridique de certaines dispositions
du traité dans leur application à cet État.
Dans son avis consultatif du 28 mai 1951 relatif aux réserves à la
Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du
9 décembre 1948, la Cour internationale de justice a considéré que les
réserves étaient possibles, même sans l’acceptation unanime des contrac-
tants, dès lors qu’elles étaient compatibles avec l’objet et le but de la
convention. Il en allait différemment avec la pratique de la Société des
Nations qui subordonnait l’admission de la réserve à l’accord unanime
des contractants.
La convention de Vienne de 1969 autorise le recours aux réserves afin que
le plus grand nombre d’États puisse adhérer aux traités multilatéraux et
soumet le droit d’émettre des réserves à trois conditions.
Il faut d’abord que le droit de formuler des réserves n’ait pas été exclu par
le traité international1.
De plus, la réserve ne pourra pas concerner des dispositions sur lesquelles
le traité international écarte toute formulation de réserve.
Enfin, la réserve doit être compatible avec l’objet et le but du traité
international.

1. Il existe effectivement certaines conventions internationales comme la convention de


Montego Bay sur le droit de la mer de 1982 ou l’accord de Paris sur le climat adopté le
12 décembre 2015 qui interdisent l’utilisation des réserves.

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D’autre part, il convient de préciser quelles sont les relations entre le
traité international et les autres normes juridiques de l’État signataire.
La Constitution française de 1958 prévoit que le traité international a
une valeur supérieure à celle des lois internes. Ainsi, l’article 55 de la
Constitution de 1958 dispose que « les traités ou accords régulièrement
ratifiés ou approuvés ont, dès leurs publications, une autorité supérieure à
celle des lois ». Cependant, la Constitution n’admet cette primauté du traité
que « sous réserve de son application par l’autre partie ».
S’agissant des rapports entre le droit international et le droit interne, on
oppose traditionnellement deux théories : la théorie dualiste et la théorie
moniste.
La théorie dualiste estime que le droit international et le droit interne
constituent deux ordres juridiques égaux, indépendants et séparés. Il
est alors indispensable d’organiser une procédure dite de réception de la
norme internationale dans l’ordre interne. Les normes conventionnelles
doivent effectivement être reprises dans un acte de droit interne.
En revanche, la théorie moniste considère que le droit international et
le droit interne sont de même nature ; le droit international et le droit
interne constituant un seul et même ensemble. Les partisans de la doctrine
moniste soutiennent par conséquent que le droit international va s’appli-
quer directement dans l’ordre juridique des États. Il n’est donc pas ici
nécessaire de recourir à une procédure de transposition des normes.
Cela étant précisé, force est de reconnaître qu’il convient de relativiser
en pratique l’opposition entre le système dualiste et le système moniste.
Ainsi, par exemple, au Royaume-Uni, qui est présenté comme un État
dualiste, certaines normes internationales comme les normes coutumières
internationales peuvent s’appliquer directement.
En ce qui concerne l’interprétation des traités internationaux, l’article 31
de la convention de Vienne de 1969 stipule qu’un traité
doit être interprété de bonne foi suivant le sens ordinaire à attribuer
aux termes du traité dans leur contexte et à la lumière de son objet
et de son but.

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La convention de Vienne accepte également, dans son article 32, l’utili-
sation de « moyens complémentaires d’ interprétation ». En effet, le recours
aux travaux préparatoires peut s’avérer indispensable.
On notera que l’interprétation du traité international peut être l’œuvre
du juge interne chargé de l’appliquer ou encore, comme cela a été souvent
le cas en France, du gouvernement lui-même. L’interprétation du traité
pourra également relever des parties contractantes. Ces dernières pourront
être amenées, lors d’une interprétation, à modifier la teneur de l’accord
initial ; ce qui donnera lieu, éventuellement, à un nouvel accord.
b. Les effets des traités internationaux à l’égard des tiers
La convention de Vienne sur le droit des traités définit « l’État tiers »
comme l’État « qui n’est pas partie au traité ». En principe, les traités
sont inopposables aux tiers. Ils n’ont qu’un effet « relatif ». Ils ne créent
ni droits, ni obligations à l’égard des tiers. Les traités internationaux ne
produisent un effet qu’à l’endroit des États qui y sont parties. Admettre le
contraire conduirait à bafouer le sacro-saint principe d’égalité des États.
Cette règle générale de l’effet relatif des traités qui limite par conséquent
les effets du traité aux seuls cocontractants a été codifiée par la convention
de Vienne de 1969. En effet, la convention sur le droit des traités précise
dans son article 34 qu’un traité « ne crée ni obligations ni droits pour un
État tiers sans son consentement ».
Cependant le principe « de la relativité des traités », consacré par l’article 34
de la convention de Vienne, connaît des exceptions.
Il faut tout d’abord citer le cas de « l’accord collatéral » prévu par l’article 35
de la convention de Vienne, par lequel
une obligation naît pour un État tiers d’une disposition d’un traité
si les parties à ce traité entendent créer l’obligation au moyen de
cette disposition et si l’État tiers accepte expressément par écrit cette
obligation.
Ainsi, par le biais de ces accords collatéraux, des États tiers ont la possibi-
lité de donner leur accord à certaines dispositions d’un traité sans toutefois
devenir partie audit traité.
Mais il existe d’autres exceptions à la règle de l’effet relatif des traités.

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Il y a le principe de la « stipulation pour autrui ». Par cette technique,
les États signataires d’un traité ont la possibilité de s’engager à créer des
droits au bénéfice des États tiers sous réserve que ces derniers expriment
leur assentiment qui peut du reste être présumé.
Il y a aussi le mécanisme de « la clause de la nation la plus favorisée »
par lequel deux États prennent l’engagement à se faire bénéficier, avec
ou sans réciprocité, du traitement plus favorable qu’ils viendraient par
la suite consentir à des États tiers. Ainsi, l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), qui est entrée en activité le 1er janvier 1995, a pour
tâche principale de libérer le commerce mondial de ses entraves et de faire
accepter par tous les pays participants la règle de base qui est la fameuse
clause de la Nation la plus favorisée, une règle qui fait obligation aux
États membre de l’Organisation d’étendre à tous les autres adhérents un
avantage consenti à l’un d’entre eux.
Il convient également de mentionner le cas des traités créateurs de situa-
tions objectives. Ces traités qualifiés « d’objectifs » vont s’imposer à la
totalité des États. C’est le cas des traités constitutifs d’une organisation
internationale. C’est aussi le cas des traités relatifs aux communications.
La convention de Washington du 1er décembre 1959, qui a prévu l’inter-
nationalisation scientifique et la démilitarisation de l’Antarctique, est un
exemple de traité objectif.
En 1982, dans l’affaire Tunisie contre Libye, la Cour internationale de
justice a eu l’occasion de réaffirmer que la délimitation d’une frontière
instaure une situation objective insusceptible d’être ignorée par les États
tiers. Enfin, l’article 38 de la convention de Vienne sur le droit des traités
affirme qu’aucune disposition
ne s’oppose à ce qu’une règle énoncée dans un traité devienne
obligatoire pour un État tiers en tant que règle coutumière de droit
international reconnue comme telle.

D. Le devenir des traités internationaux


a. La révision des traités internationaux
Selon l’article 39 de la convention de Vienne sur le droit des traités, la
révision d’un traité international doit être expresse. Un accord formel
sur la révision du traité est indispensable. L’article 39 de la convention

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de Vienne indique en effet qu’un traité « peut être amendé par accord
entre les parties ». Par conséquent, la révision du traité international doit
nécessairement procéder du commun accord des parties contractantes.
Les révisions du traité décidées de façon unilatérale par certaines parties
en l’absence de l’accord des autres ne sont pas permises. En principe,
les traités internationaux vont eux-mêmes préciser leur procédure de
révision1.
b. La fin des traités internationaux
Il n’y aura pas de difficulté majeure lorsque le traité fixera lui-même une
date d’expiration de ses effets ou lorsqu’il stipulera une clause résolutoire
conditionnant son extinction à certains faits. Mais un traité peut égale-
ment prendre fin en dehors de la survenance du terme déterminé au départ
par le traité lui-même.
Le traité international peut prendre fin à la suite de sa dénonciation par
une des parties contractantes. Acte unilatéral d’un État qui manifeste le
souhait de se retirer d’une convention internationale, la dénonciation n’est
valable que dans les formes prévues par le traité.
L’abrogation est également une cause d’extinction du traité international.
Elle nécessite la volonté commune des parties de mettre un terme à la
convention internationale.
Le traité peut aussi prendre fin en raison d’un changement fondamental de
circonstances. Dans son article 62, la convention de Vienne sur le droit des
traités a étroitement réglementé ce fameux principe « Rebus sic stantibus ».
C’est cette fameuse clause « Rebus sic stantibus » qui servit de prétexte à

1. Ainsi, par exemple, le traité instituant la CECA a été signé en 1951 pour une période
de 50 ans. Le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) signé le 1er juillet 1968 avait
prévu, quant à lui, que 25 ans après son entrée en vigueur, une conférence devrait
décider s’il restait en vigueur indéfiniment ou s’il était prorogé pour une ou plusieurs
périodes déterminées. Finalement, le 11 mai 1995, il a été décidé de rendre permanent
le TNP. La conférence d’examen des États parties au TNP a lieu en principe tous les
5 ans. Le 26 août 2022, la 10e conférence d’examen du TNP s’est achevée à New York
sans l’adoption d’un document final, faute de consensus. Selon la France, « un seul État
porte toute la responsabilité du blocage, la Russie, qui ne voulait pas voir la situation
des installations nucléaires ukrainiennes qu’elle occupe évoquée par les États parties
au TNP » (communiqué de presse de la présidence de la République, 29 août 2022).
La crédibilité du TNP signé par 191 États a été mise à mal par les ambitions de l’Iran
et de la Corée du Nord, laquelle est sortie du TNP en 2003.

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l’Allemagne pour dénoncer, en 1935, les dispositions du traité de Versailles
concernant les armements. On notera que la France avait invoqué que les
circonstances avaient changé depuis la constitution, en 1949, de l’Alliance
atlantique, pour justifier, en 1966, sa décision de se retirer des forces
intégrées de l’OTAN.
Comme on l’a vu dans l’arrêt relatif au Projet Gabcikovo-Nagymaros du
25 septembre 1997, qui a confirmé sa jurisprudence, la Cour internatio-
nale de justice apprécie très strictement la survenance d’un changement
fondamental de circonstances. Pour le juge international,
le fait que l’article 62 de la convention de Vienne sur le droit des
traités soit libellé en termes négatifs et conditionnels indique d’ailleurs
clairement que la stabilité des relations conventionnelles exige que
le moyen tiré d’un changement fondamental de circonstances ne
trouve à s’appliquer que dans des cas exceptionnels.
Dans son arrêt du 2 février 1973 rendu dans l’affaire Compétence en matière
de pêcheries (Royaume-Uni/Islande, RFA/Islande), la CIJ a estimé que
les changements de circonstances qui doivent être considérés comme
fondamentaux ou vitaux, sont ceux qui mettent en péril l’existence
ou le développement vital de l’une des parties. […]­Le changement
doit avoir entraîné une transformation radicale de la portée des
obligations qui restent à exécuter. Il doit avoir rendu plus lourdes
ces obligations, de sorte que leur exécution devienne essentiellement
différente de celles qui restent à exécuter.
Les conséquences d’une succession d’États ou d’une guerre constituent
également une cause d’extinction du traité international. En effet, un
conflit armé va provoquer la rupture des relations conventionnelles
bilatérales entre les belligérants. La guerre a également pour conséquence
d’entraîner la suspension des effets des traités multilatéraux entre les
belligérants.
Cependant, certaines conventions internationales ne sont pas concernées.
C’est le cas par exemple des conventions de Genève de 1949 adoptées sous
les auspices de la Croix-Rouge car elles ont précisément pour objectif
de s’appliquer durant les périodes de guerre. Ces conventions énoncent

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