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Sujet Amérique du nord

On a dit de Rimbaud qu’il était un des « grands aventuriers du rêve ». cette affirmation éclaire-t-elle votre lecture des
Cahiers de Douai ?

Sujet de dissertation : Peut-on dire que dans Cahiers de Douai Rimbaud a su s’émanciper
artistiquement ? Votre réflexion prendra appui sur Cahiers de Douai, les textes étudiés dans le cadre
du parcours « Émancipations créatrices », ainsi que sur votre a) Une versification somme toute assez
classique
culture personnelle.

En dépit de la modeste connotation scolaire contenue dans son appellation (Cahiers de Douai), le
premier recueil de Rimbaud marque une date importante dans l’histoire de la poésie française. Il rompt
en effet avec une tradition poétique et ouvrent la voie à la poésie moderne.
Si les poèmes de Cahiers de Douai, compte tenu des conditions de sa composition, traduisent à priori
une émancipation, un affranchissement des formes d’autorité lié à l’accès à la maturité, peut-on
cependant parler d’une libération totale, opérée aux plans physique, intellectuel et artistique ?
Après avoir envisagé l’oeuvre comme l’expression d’un art de vivre, nous nous poserons la question de
savoir dans quelle mesure Cahiers de Douai renouvelle la création artistique, voire, est conçu par Rim-
baud comme un moyen d’action lui permettant de repenser le monde.
Plan détaillé non rédigé :
I. Un art de vivre plus qu’une oeuvre d’émancipation
b) Vivre l’innocence de la sensualité et communier avec la nature
c) Une culture classique et scolaire
II. Une manière de renouveler la création artistique
a) Des rythmes poétiques renouvelés
b) Des audaces lexicales et thématiques en vue de s’émanciper
III. La poésie conçue comme un moyen d’action, de repenser le monde
a) Le goût de l’indépendance et de la liberté
b) Dénoncer les injustices d’une pensée dominante
c) S’attaquer aux puissants
I. a)
Dans Cahiers de Douai, Rimbaud utilise encore l’alexandrin dans le respect d’un certain classicisme,
dont relève d’ailleurs en 1870, le choix du mètre de douze syllabes. Certes le jeune poète bouscule
légèrement son organisation canonique, fondée sur l’équilibre entre les deux hémistiches, en déplaçant
la césure et en recourant souvent au rejet, comme nous le remarquons dans ce distique de « Rages de
Césars » : « Il s’était dit : “Je vais souffler la Liberté / Bien délicatement, ainsi qu’une bougie !” ». Mais il
ne s’agit jamais, pour autant, de poèmes en prose, auxquels il s’adonnera par la suite, dans la lignée de
Baudelaire. On s’en convaincra en relisant le début du « Dormeur du val », marqué par la sensualité et le
lyrisme et qui s’apparente à bien des égards au romantisme par la forme d’un sonnet qui respecte le
schéma des rimes remontant à Marot, donc au XVIe siècle : abab. abab. ccd. eed. Rappelons que, sur le
plan formel, douze poèmes, sur les vingt-deux du recueil, sont des sonnets, et que cette structure
poétique fait partie, en 1870, des formes académiques de la poésie patrimoniale française. Dans « Le
dormeur du val », le dernier vers apporte même la pointe (le concetto), une chute qui invite le lecteur à
relire l’ensemble du texte pour y trouver à posteriori les indices autorisant une nouvelle interprétation (« Il
a deux trous rouges au côté droit »). Du point de vue du genre de la rime, Rimbaud respecte là encore la
tradition, faisant alterner fréquemment rimes masculines et féminines, et veillant à leur valeur ; ce que
nous pouvons constater dans « Première soirée ». Enfin, sans relever complètement d’une forme fixe,
certains poèmes en rappellent une, comme « Bal des pendus » dont le titre, le thème traité, l’univers
médiéval, la forme et le retour exact de toute une strophe pour clore le poème nous rappellent largement
« La ballade des pendus », illustre poème de François Villon.
I. b)
En outre, écrit par un adolescent du XIXe siècle, le recueil fait la part belle aux émois amoureux. De nombreuses
figures féminines séduisantes peuplent Cahiers de Douai et servent de supports à la peinture des différentes
étapes de la relation amoureuse. Cela peut être la jeune femme « fort déshabillée » de « Première soirée », le «
blanc peignoir » de Nina (« Les reparties de Nina »), les « alertes […] fillettes » de « À la musique », ou les jeunes
filles anonymes de « Roman » et de « Rêvé pour l’hiver »… Mais l’éveil des sens n’est pas associé qu’aux femmes,
car la nature peut aussi susciter un plaisir sensuel intense. Or la poésie devient avec Rimbaud un art de
vivre, une manière d’être au monde, de vivre en harmonie avec un univers revisité avec
des yeux de poète (« Ma Bohème » : « Mon auberge était à la Grande-Ourse »). De
même les deux quatrains du poème « Sensation » expriment le plaisir qu’éprouve le « je
» poétique à marcher, durant les « soirs bleus d’été », dans la nature. D’une manière
plus éloquente, une nature personnifiée semble, dans « Soleil et chair », érotisée et
gorgée de vie comme un corps de femme : « la terre est nubile et déborde de sang » et
« son immense sein […] est de chair comme la femme ». Nous pouvons par conséquent
conclure à la prédominance somme toute traditionnelle en période post-romantique d’un
« je » réceptif aux expériences sensorielles.

I. c)
Dans le même poème, Rimbaud fait référence à Vénus ou Cybèle pour désigner la
déesse Nature. Or sa culture classique est palpable tout au long de Cahiers de Douai :
l’influence de Virgile (Bucoliques, Géorgiques) et de Lucrèce (De Natura rerum : La Na-
ture) transparaît dans la peinture que jeune poète fait de la nature pleine de vie et de
sensualité. Il révèle dans certaines images sa fine connaissance de la mythologie («
L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts / Dans les veines de Pan mettaient un uni-
vers ! », « Soleil et chair »), évoquant tour à tour une galerie de divinités de diverse
importance, telles qu’Europe, Prométhée ou Éros. Dans un registre proche de la
plaisanterie potache versifiée, Rimbaud revisite aussi la naissance de Vénus dans «
Vénus anadyomène ». Cela étant le poète ne se contente pas des références gréco-
latines ; les littérature française et européenne sont également présentes dans le recueil.
Par exemple, « Ophélie » propose une réécriture de la pièce Hamlet (Shakespeare,
1603) et, dans un tout autre style, « Le châtiment de Tartufe » prend appui sur le célèbre
personnage de Molière afin de livrer une critique acerbe de l’hypocrisie religieuse («
bavant la foi de sa bouche édentée »).
II. a)
À cette célébration d’un art de vivre Rimbaud ajoute cependant une revendication aussi
singulière que novatrice : celle de pouvoir explorer de nouveaux espaces poétiques. Il
bouleverse en effet la conception que l’on se faisait de la poésie et des pratiques
d’écriture.
Par exemple, la poésie des Cahiers, héritière en cela des recueils Baudelaire et de
Hugo, rompt chez Rimbaud encore davantage avec la versification. S’il conserve
l’alexandrin, c’est pour mieux en briser le rythme : coupes non classiques,
enjambements, rejets et contre-rejets sont légion. Aussi Rimbaud joue-t-il avec
l’alexandrin pour casser les groupes rythmiques habituels en y intégrant d’audacieuses
répartitions syllabiques. Par exemple, dans « Le dormeur du val », le vers suivant
présente des écarts évidents avec la tradition : « Un soldat jeune, | bouche ouverte, | tête
nue, », soit un rythme en 5-4-3 qui suit la ponctuation dans un vers qui contourne la
césure attendue. Enfin, bien que l’usage de techniques relatives à une forme fixe puisse,
on l’a vu, relever d’une forme de respect d’une certaine tradition poétique, le lecteur peut
également y voir le reflet d’une volonté de faire évoluer le genre poétique. On voit en
effet dans le dernier tiers du XIXe siècle que se développe le goût pour l’archaïsme en
poésie et le genre populaire de la chanson, deux tendances repérables sous la plume de
Jules Laforgue (Complaintes, 1885), en germe chez Rimbaud dans « Roman » et « Bal
des pendus ».
II. b)
Ensuite la langue poétique se marie avec tous les sujets, toutes les tonalités (lyrique, satirique,
épique, pathétique, réunies parfois au sein d’un même poème), tous les champs du vocabulaire
(on pense aux termes « pommadés », « ravaudés », « échine » et « anus » dans « Vénus
anadyomène »). L’audace rimbaldienne se trouve de fait principalement dans le lexique choisi et
valorisé par sa position à la rime. Ce procédé lui permet de bousculer la tradition du blason
poétique de manière encore plus radicale que ne le fit Baudelaire dans « Une charogne ». On
trouve par ailleurs le nom « merde » dans « Le forgeron », tandis que Rimbaud manifeste une
étonnante insistance à placer des termes du langage oral dans ses poèmes, tels les interjections
(« Peuh ! » dans « Le châtiment de Tartufe »), les pointillés ou les tirets qui interrompent le cours
de nombreux vers. Enfin, la dominante lyrique du recueil ne doit nous tromper : Rimbaud a
conscience de son âge et garde parfois une distance ironique qui lui permet de sourire des élans
émotionnels décrits. Il en va ainsi dans « Roman », qui s’ouvre et se clôt sur le vers « On n’est
pas sérieux quand on a dix-sept ans », et « Les reparties de Nina », Rimbaud rit des émois
soudains et des projets déraisonnables de l’amoureux transi (« lui ») qu’il est parfois. Cette
double audace, lexicale et tonale, rend complexe la personnalité d’un « je » épris
d’indépendance, soucieux de se peindre en mouvement et sensible à certains thèmes politiques
et moraux.

III. a)
En effet, pendant l’année de composition, Rimbaud fuit le climat familial et se rend à
Paris et en Belgique. Le recueil met en scène un « je » souvent en mouvement, soucieux
d’exercer sa liberté d’aller et venir à sa guise. Le poème « Sensation » ouvre le recueil
sur une promenade dans la nature (« J’irai dans les sentiers »), tandis que « Ma
Bohème» le clôt sur l’évocation d’une fugue (« Je m’en allais »). Les déambulations dans
Charleville sont également mentionnées : en effet, dans « Roman », il « va sous les
tilleuls verts de la promenade » et dans « Les reparties de Nina », il accompagne « Nina
» à travers la campagne. Mais le besoin d’ailleurs pousse le « je » à fuguer à plusieurs
reprises. Ainsi le motif bien connu de « Ma Bohème » est repérable dans « Rêvé pour
l’hiver » et « Au Cabaret-Vert » (« Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines / Aux
cailloux des chemins. [...] »). Chaque fois, l’errance est vécue avec bonheur : dans «
Sensation », le « je » se dit « heureux, comme avec une femme », tandis que dans « Les
reparties de Nina », le plaisir de l’errance imaginée est comparé à une sorte d’ivresse de
tous les sens.
III. b)
Cahiers de Douai témoigne en outre d’une volonté de s’émanciper de la pensée
dominante aux plans social, politique et religieux. En effet, s’opposant souvent aux
conceptions qu’il considère comme bourgeoises, Rimbaud dénonce le matérialisme et la
petitesse d’esprit qui caractérisent les Carolopolitains assis sur les bancs de la place de
la Gare dans « À la musique ». Rimbaud opte pour une vie libérée de leurs préjugés
moraux (« Roman ») ou des idées bellicistes. D’une manière générale s’impose d’ailleurs
l’idée d’un « je » antimilitariste, qui dénonce avec une certaine finesse la barbarie et les
mensonges qui environnent toute guerre (« Le mal », « Le dormeur du val », « À la
musique », qui présentent les simples soldats comme des êtres insouciants ou de
pathétiques victimes).
III. c)
Nous pouvons enfin affirmer que le recueil ose s’attaquer aux figures puissantes du
clergé et de Napoléon III. L’hypocrisie des faux dévots est ainsi dénoncée dans « Le mal
». De même, une dimension polémique digne des Châtiments est perceptible dans les
poèmes « Rages de Césars » et « L’Éclatante victoire de Sarrebrück » : l’empereur y
apparaît comme un être méprisable et ridicule (« Car l’empereur est soûl de ses vingt
ans d’orgie ! » ; « Au milieu, l’Empereur, dans une apothéose / Bleue et jaune, s’en va,
raide, sur son dada / Flamboyant »). C’est que l’actualité est bien connue de
l’adolescent, qui n’est pas sans savoir qu’au moment où il compose, l’armée prussienne
menace de renverser en quelques semaines les troupes françaises. De plus, Rimbaud
défend l’idéal républicain dans « Le Forgeron », où Louis XVI apparaît comme un avatar
de Napoléon III, et dans « Morts de Quatre-vingt-douze », poème dans lequel Rimbaud
vilipende la propagande qui empoisonne la presse et le régime du Second Empire. Il
fustige ainsi les journalistes du Pays (journal favorable à la politique impériale),
dénonçant leur usage opportuniste de la Révolution française pour appeler à la
mobilisation contre la Prusse.
Conclusion
Le premier recueil de Rimbaud bouleverse les pratiques dominantes à l’époque de leur
composition. Âgé d’à peine dix-sept ans, Rimbaud n’en est qu’au début de son itinéraire,
mais en dépit d’influences encore décelables, ces vers de jeunesse ouvrent un chemin
jusqu’alors inexploré.
Cahiers de Douai dépasse la peinture d’un art de vivre et illustre bien la quête d’une «
liberté libre » (expression de Rimbaud dans une lettre à G. Izambard), absolue : à la fois
celle d’aller et venir, mais aussi la possibilité de penser différemment, dans une nouvelle
langue poétique, voire de remettre en cause la légitimité des autorités.
Rimbaud n’en reste pas moins un artiste inspiré par la poésie parnassienne et marqué
par Hugo, Baudelaire, ou même Verlaine, dont il a lu Poèmes saturniens (1866) et Fêtes
galantes (1869) Présente dès ce premier recueil, cette émancipation s’épanouira dans
les oeuvres ultérieures, notamment Illuminations (1886), où le langage fait advenir une
vision inédite du monde.

Dissertation
Sujet : Les Cahiers de Douai sont-ils exclusivement la marque de l’émancipation du poète?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé. Votre réflexion prendra
appui sur l’œuvre d’Arthur Rimbaud au programme, sur le travail mené dans le cadre du
parcours associé et sur votre culture littéraire.
Type de sujet :
Le sujet est une question qui à la forme d’une interrogative totale (réponse oui/non), donc il appelle un
plan dialectique. Lors d’un plan dialectique, on commence d’abord par aller dans le sens du sujet, puis
on en montre les limites et enfin on dépasse les contradictions.
Attention! Les titres et les sous-titres ne doivent pas apparaître sur la copie, ils seront remplacés par
des phrases d’introduction partielles.
Émancipation = désigne l’action de se libérer. Elle peut être personnelle (se libérer du carcan familial),
politique (contester le pouvoir en place) mais aussi littéraire (chercher d’autres formes d’expression,
d’esthétisme) Vous allez lire un corrigé type de dissertation (Annales 2024 – Nathan). Nous allons
voir comment ce type d’écrit est construit. Pour ce faire :
- Repérez les différentes étapes de l’introduction et de la conclusion.
- Repérez les transitions. Prenez des surligneurs de différentes couleurs et surlignez - tous les
connecteurs logiques employés dans cette dissertation. - les citations. - les principales idées de chaque
paragraphe. - Résumez sous forme de synthèse orale cette dissertation (minutes maximum)
Introduction :
Dans la préface pour les Poésies complètes d’Arthur Rimbaud (1895), Verlaine évoque, au sujet de
Rimbaud, le vœu « d’indépendance et de haut dédain de n’importe quelle adhésion à ce qu’il ne lui
plaisait pas de faire ni d’être. ». Il souligne ainsi la personnalité d’un jeune poète qui n’hésite pas à
sortir du carcan littéraire pour vivre librement sa création. En effet, Rimbaud est connu pour son
émancipation tout d’abord familiale, car il fugue à plusieurs reprises du foyer maternel, mais aussi
littéraire. Il cherche à produire une poésie singulière, motivé par ce qu’il nomme la « liberté libre ».
On peut alors se demander dans quelle mesure Les Cahiers de Douai reflètent principalement
l’émancipation du poète.
Tout d’abord, ce recueil révèle effectivement l’émancipation recherchée du jeune homme.
Cependant, Rimbaud n’est pas pour autant en rupture franche avec son temps et ses prédécesseurs. En
cela il entretient une certaine tradition poétique. Finalement, si émancipation et tradition se côtoient
au sein du recueil, c’est parce que c’est avant tout l’œuvre d’un jeune poète, qui crée à partir de ce
qu’il connaît dans le but d’entamer une nouvelle voie qui lui sera tout à fait singulière.
1) Les Cahiers de Douai révèlent particulièrement l’émancipation du poète.
1. Les émancipations thématiques. Rimbaud révèle sa volonté de se démarquer par certains de ses
choix poétiques. En effet, il joue avec des thématiques plutôt traditionnelles en les détournant. En
effet, Vénus Anadyomène est un motif hérité de l’Antiquité représentant Vénus sortant des eaux (on
peut penser au célèbre tableau de Botticelli, La Naissance de Vénus). Dans son poème, Rimbaud
subvertit ce sujet en faisant de Vénus une prostituée et en insistant particulièrement sur sa laideur avec
l’adjectif «horrible», l’adverbe « hideusement » et la rime riche « anus » / «Vénus». II déjoue ainsi les
attentes du lecteur en s’émancipant d’un modèle mythologique. D’autre part, il propose aussi une
poésie assez nouvelle en dressant la satire de la petite bourgeoisie dans «A la musique». En effet, les
bourgeois sont «poussifs», de « bêtises jalouses » et sont accompagnés de «grosses dames». Cette
critique acerbe de la petite bourgeoisie est plutôt attendue dans les nouvelles et romans de l’époque
mais moins répandue en poésie. Enfin, il n’hésite pas à s’émanciper de la poésie lyrique en faisant des
cordes de la lyre de simples «élastiques » dans «Ma bohème». Ainsi, Rimbaud joue avec les clichés
pour mieux s’émanciper de la tradition.
2. Les émancipations stylistiques. L’émancipation littéraire de Rimbaud se poursuit aussi dans ses
choix stylistiques. En effet, il déstructure régulièrement le vers en employant rejet, rejet interne et
contre-rejet. Dans «L’éclatante Victoire de Sarrebrück», le dernier vers ne respecte pas la césure
puisque le vers est clairement scandé par les tirets: « Se dresse, et, - présentant ses derrières -: «De
quoi?...». Dans «Le Dormeur du val», nous pouvons relever plusieurs rejets tels que les verbes «luit»
et «dort». De même, les enjambements sont nombreux dans le poème «Au Cabaret-Vert» afin de
mimer l'aise du poète. De plus, il joue avec la forme poétique en y mêlant les autres genres. En effet, le
poème «roman» semble organisé en chapitres avec sa numérotation en chiffres romains tandis que le
poème « Les Réparties de Nina » est un véritable dialogue rappelant la forme du théâtre avec la
mention du locuteur «lui» et de l'interlocutrice «elle » avant la réplique. Ainsi, Rimbaud, par des choix
audacieux aussi bien thématiques que stylistiques, s'émancipe d'une poésie plus traditionnelle.
Toutefois, Rimbaud n'est pas pour autant en rupture franche avec les poètes qui l'ont précédé.
2) Mais Rimbaud n'est pas pourtant en rupture franche.
scandé par les tirets: « Se dresse, et, - présentant ses derrières -: «De quoi?...» Dans «Le Dormeur du
val», nous pouvons relever plusieurs rejets tels que les verbes «luit» et «dort». De même, les
enjambements sont nombreux dans le poème«Au Cabaret-Vert» afin de mimer l'aise du poète. De
plus, il joue avec la forme poétique en y mêlant les autres genres. En effet, le poème «roman» semble
organisé en chapitres avec sa numérotation en chiffres romains tandis que le poème « Les Réparties de
Nina » est un véritable dialogue rappelant la forme du théâtre avec la mention du locuteur «lui» et de
l'interlocutrice «elle » avant la réplique.
Ainsi, Rimbaud, par des choix audacieux aussi bien thématiques que stylistiques, s'émancipe d'une
poésie plus traditionnelle. Toutefois, Rimbaud n'est pas pour autant en rupture franche avec les poètes
qui l'ont précédé.
1. La perpétuation d'une tradition poétique.
Si Rimbaud fait preuve d'émancipation, il n'est pas pour autant question d'une rupture franche. Cela
apparaît dans le choix d'une poésie versifiée et rimée ainsi que de la forme traditionnelle du sonnet. En
outre, sur vingt-deux poèmes, douze sont des sonnets (« Le Second cahier » ne contient d'ailleurs que
des sonnets). Il s'inscrit alors dans une tradition héritée de la Renaissance. D'autre part, le choix des
strophes est assez classique puisque le poète organise majoritairement ses poèmes en quatrains et
tercets. Il en est de même pour les vers utilisés avec principalement l'alexandrin et l'octosyllabe. La
pratique de Rimbaud perpétue ainsi une certaine tradition poétique.
2. Des thèmes traditionnels.
De plus, parmi les thèmes présents dans l'œuvre, nombreux sont ceux qui sont assez courant en poésie.
C'est le cas des poèmes évoquant l'amour, thématique privilégiée des poètes. L'amour est alors présent
dans «Première soirée», « Les réparties de Nina », «Roman », «Rêvé pour l'hiver » et « La Maline».
Le champ lexical de l'amour est présent avec « baiser », « je t'aime», « amoureux » ou encore « adorée
». Une autre thématique est aussi assez commune dans la poésie du XIXème siècle, il s'agit de la
critique de Napoléon III, particulièrement présente dans la poésie de Victor Hugo. Dans « Rage de
Césars », il le présente captif (« il est pris »), ce qui était le cas puisqu'il a été fait prisonnier par les
Prussiens après la défaite de Sedan. Il est alors désigné par la périphrase « l'homme pâle » qui ne le
présente plus comme un conquérant. L'image de la fumée souligne qu'il n'a plus de pouvoir d'où son
attitude passive : il ne peut que « regarde(r) filer de son cigare en feu, (…) un fin nuage bleu ». Il est
aussi particulièrement tourné en dérision dans « L'Eclatante victoire de Sarrebrück » avec l'image
ridicule et familière de l'empereur « raide, sur son dada ». Ces thématiques sont finalement assez
attendues à l'époque. Ainsi si Rimbaud fait preuve d'émancipation, celle-ci n'est que partielle puisqu'il
poursuit tout de même une certaine tradition poétique. Cette dualité qui apparaît dans le recueil semble
être le fruit du travail d'un jeune poète qui cherche sa voie.
3) Cette dualité est l'oeuvre d'un tout jeune poète.
1. Un jeune poète nourri de ce qu'il a appris.
Le recueil Les Cahiers de Douai témoigne d'une véritable culture littéraire d'un poète encore jeune. En
effet, plusieurs poèmes proposent des références littéraires comme « Ophélie », « Le Châtiment de
Tartuffe » ou encore « Le Bal des pendus ». Ce dernier fait par exemple écho à la ballade des pendus
de François Villon et met en scène une danse macabre. D'autre part on retrouve aussi dans l'oeuvre de
Rimbaud l'influence du romantisme avec la présence d'une véritable harmonie entre l'homme et la
nature dans « Le Dormeur du val » mais aussi l'engagement politique cher aux romantiques dans les
poèmes consacrés à la dénonciation de Napoléon III qui rappellent ceux présents dans Les Châtiments
de Victor Hugo
2. La véritable émancipation est à venir.
Finalement, Les Cahiers de Douai peuvent apparaître comme un véritable exercice de style d'un jeune
poète qui cherche sa voie. Cela explique alors qu'il s'inspire de ses prédécesseurs, qu'il compose à
partir de formes poétiques traditionnelles dans le but d'accéder à une poésie plus personnelle et
singulière. Il semble alors que la véritable émancipation apparaîtra par la suite avec les lettres dites «
du voyant » dans lesquelles Rimbaud formalise son projet poétique et ouvre ainsi une nouvelle voie
dans le domaine littéraire. Les Cahiers de Douai portent ainsi en eux les germes d'une émancipation en
devenir
Conclusion :
Ainsi Les Cahiers de Douai reflètent l'émancipation recherchée par le poète aussi bien au niveau des
thématiques choisies que des effets de style réalisés. Toutefois, Rimbaud n'est pas en rupture franche
avec ses prédécesseurs. Il perpétue une certaine tradition poétique sur le choix d'une poésie rimée et
versifiée mais aussi par le recourt de thèmes poétiques canoniques. Finalement, cette dualité apparente
entre tradition et émancipation apparaît plutôt comme le résultat du travail d'un jeune poète qui
cherche encore et dont l'émancipation réelle est à venir. De nombreux admirateurs de Rimbaud, dont
une majorité de surréalistes, poursuivront ce chemin d'émancipation notamment à travers la recherche
de formes et de thématiques inédites.
Sujets de dissertation

 En quoi peut-on dire que la poésie est un acte d’émancipation dans Les Cahiers de Douai de Rimbaud ?
 La liberté créatrice de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai est-elle seulement la réaction d’un adolescent ?
 Rimbaud, en s’inspirant de ses propres expériences pour nourrir son écriture, ne parle-t-il que de lui-même ?

Sujet de la dissertation :

De quoi la créativité poétique de Rimbaud s’émancipe-t-elle ?

[Intoduction] [Accroche et présentation de l'œuvre] Dans le deuxième poème des Cahiers de


Douai, “Sensation”, Arthur Rimbaud annonce : « J’irai loin, bien loin, comme un bohémien ». Cette
promesse, exprimée à travers un futur à valeur annonciatrice, exprime bien l’intention d’émancipation du
poète. [Analyse du sujet] Pour atteindre cet objectif émancipatoire, Rimbaud développe une grande
créativité poétique. Les poèmes des Cahiers de Douai sont ceux d’un tout jeune homme de quinze ans
qui gagne en maturité, donc qui s'émancipe des contraintes de l'âge de l'enfance. C’est avec ses poèmes
qu’il se libère et s’affranchit de l’autorité et de la domination qui pèse sur lui. Ainsi la création poétique
émanciperait le jeune Rimbaud. Mais, la création poétique connaît elle-même une forme de libération
sous la plume de Rimbaud. Ce ne serait donc pas seulement la poésie qui libère le poète, mais surtout le
poète qui libérerait la poésie.

[Problématique] Nous pouvons nous demander si l’émancipation de Rimbaud est avant tout une
rébellion contre l’ordre établi dans la société ou plutôt une libération de la poésie ?

[Annonce de plan] Nous allons voir que Rimbaud, en adolescent révolté, s’émancipe de l’ordre établi
dans la société. Cependant, Rimbaud émancipe la poésie de ses codes et traditions littéraires et
artistiques. En fait, Rimbaud se détache des codes sociaux et littéraires par l’autodérision, par l’ironie et
par un refus d’une adolescence banale.

[Première partie] À travers ses poèmes, l'auteur des Cahiers de Douai fait la critique d’une société
oppressante et cette satire est libératrice. Le jeune poète s’engage par exemple contre le second empire
qu’il juge autoritaire et liberticide. En suivant l'exemple de Victor Hugo, il dresse un portrait ridicule et
caricatural de l’empereur. “L’éclatante victoire de Sarrebruck” est un de ces poèmes critique du pouvoir
impérial, car il dénonce la propagande de Napoléon III. La poésie renforce le pouvoir de la caricature,
notamment par les sonorités et par la narration du poème. Le cri lancé par un officier loyal à l’empereur
donne lieu à un silence de la part des soldats : "Et : «Vive l’Empereur !! » – Son voisin reste coi…”. Ce
vers illustre le fait que les soldats ne soutiennent pas le pouvoir. L’émancipation politique passe par
l’humour et la désinvolture à l’égard de la figure du pouvoir.

Rimbaud est aussi très critique à l'égard des discours religieux dominant. Il fustige l'hypocrisie de l'église
à la fois dans "Le Châtiment de Tartufe" et dans "Le Mal". Dans ce sonnet, il décrit un Dieu riant alors que
les soldats ("Pauvres morts !") sont tués au front et que cela endeuille les familles. Ce Dieu, bercé par les
chants religieux (il s'endort "dans le bercement des hosannah") suscite l'indignation du lecteur quant, à la
point du sonnet, il reçoit les dons des fidèles des mains des mères endeuillés. Celles-ci, "pleurant sous
leur vieux bonnet noir, / Lui donnent un sou lié dans leur mouchoir". Le mal, qui donne son titre au
poème, ne se trouve pas seulement dans la politique guerrière menée par l'Empire, mais aussi dans la
résignation de cette guerre dont profite bassement le pouvoir religieux.

Plus largement, la style poétique de Rimbaud laisse une grande place à la satire, c'est-à-dire à la critique
moqueuse. Celle-ci se manifeste souvent par une affection prononcée pour le peuple et une désaffection
des puissants. On en trouve une manifestation dans "Le Forgeron", quand le personnage montre au roi le
peuple en disant "C’est la Crapule, / Sire. ça bave aux murs, ça roule, ça pullule …". Cette provocation est
une mise en scène par Rimbaud d'une parole révolutionnaire adressée directement au symbole de
l'oppression qu'est le roi dans ce poème. Le forgeron, en tant qu'artisan créateur, est quant à lui le
symbole du poète, qui interpelle les grands et fait voir les petits. Cette moquerie se tourne vers l'ordre
social bourgeois dans lequel il a grandi à Charleville. Dans "À la musique", il décrit la place d'une ville,
où "Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs / Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises
jalouses." et se moque tout à tour des "rentiers", du "notaire", des "épiciers retraités" et d'un bourgeois
"à bedaine flamande" qui sont tous obsédés par leurs affaires, par leur argent. Mais lui, "débraillé comme
un étudiant", pense à l'amour : "et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres". Son émancipation
passe bien par une forme de détachement à l'égard du monde dans lequel il a grande et par l'attitude
moqueuse qu'il déploie à l'encontre des mesquineries de ce monde.

[Transition vers la deuxième partie] Cependant, même si l'émancipation de Rimbaud est celle d'un
adolescent "déjà soulevé par une révolte de vie", comme le dit Jean-Luc Steinmetz dans l'article que ce
dernier a écrit dans l'Encyclopédie Universalis, elle est aussi une révolte de nature littéraire. Animé d'une
volonté de renouveau poétique, celui-ci s'émancipe des codes et des traditions littéraires et
artistiques. [Première sous-partie] Les Cahiers de Douai est un recueil qui parodie massivement
l'héritage poétique proche ou lointain. Il en livre même un détournement cocasse et satirique dans des
poèmes comme "Vénus anadyomène". Le titre du poème annonce le traitement d'un thème littéraire et
pictural remontant à Homère. Mais la description que fait Rimbaud de la déesse de la beauté est une
parodie de l'éloge poétique traditionnel du corps féminin. Dans le deuxième quatrain, le poète dépeint un
" col gras et gris, les larges omoplates / Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort". le rejet de la
proposition subordonnée relative "qui saille" imite ici cette disharmonie du corps décrit par une
rupture du rythme du sonnet. Il achève sa description par le vers : "Belle hideusement d'un ulcère à
l'anus". En raillant les codes de la beauté féminine et en sublimant ceux de la laideur, ce sont, plus
profondément, les codes du sonnet qu'il rejette. Ainsi Rimbaud exhibe les libertés poétiques en mettant
en cause l'art poétique traditionnel. Justement, la mise en avant de ses impertinences littéraires sont
comme "les omoplates / qui saillent" de sa Vénus : elles sont une libération des contraintes, non
seulement formelles, mais aussi thématiques, qui pèsent sur le monde littéraire.

Rimbaud élabore une nouvelle esthétique poétique reposant sur une grande porosité des tons et des
goûts. Ainsi, il ne se classe pas facilement dans les mouvements poétiques de son temps. Il est aisé de
trouver des influences parnassiennes dans les poèmes des Cahiers de Douai, et même de voir une
allégeance rendue à Théodore de Banville, un précurseur du Parnasse, dans la lettre qu'il adresse à ce
dernier. Le "Maître" a pu lire dans cette lettre datée du 24 mai 1870 : "c’est que j’aime tous les poètes,
tous les bons Parnassiens, — puisque le poète est un Parnassien". La parodie des thèmes du mouvement
romantique n'exclut pas une inspiration marquée et un goût prononcé pour des poètes comme Musset et
Victor Hugo. Rimbaud ouvre aussi la voie au mouvement symboliste qui commence à se développer dans
les années 1870. Il fait un pas vers cette école poétique mettant en avant la synesthésie (la mobilisation
de plusieurs sens) et l'onirisme (l'évocation du rêve) à travers des poèmes comme "Ophélie" ou "Le
Dormeur du val". La libération rimbaldienne à l'égard des tendances, des goûts et des écoles poétiques
est bien une des données majeures de ces poèmes écrits à la croisée des mouvements littéraires.

Il est même permis de penser, en poursuivant cette remarque, que c'est son lecteur que Les Cahiers de
Douai libère. En effet, si l'émancipation du Rimbaud est bien une source importante de sa créativité de
poète, elle a pour conséquence une invitation du lecteur à interpréter plus librement les œuvres
poétiques. Celui-ci est libéré d'une interprétation figée des poèmes de Rimbaud. Dans une conversation
rapportée par sa sœur, le poète déclare à propos d'une de ses créations : "ça veut dire ce que ça veut
dire, littéralement et dans tous les sens". Ainsi, le sens poétique est enrichi, décuplé, par des tournures
poétiques polysémiques. Le fameux "un pied près de mon cœur" qui clôt le sonnet "Ma Bohème" est à la
fois le pied au sens anatomique, qui se trouve près de la poitrine du marcheur quand il fait ses lacets, et
le pied au sens de la métrique poétique (un pied désigne l'unité rythmique d'un vers).

[Conclusion] Ce ne sont pas seulement des ordres, familiaux, politiques et religieux que Rimbaud
entend s'émanciper dans ces poèmes écrits quand il avait seize ans. Certes, la rébellion adolescente que
le recueil exprime est une des données majeures de sa création poétique. Mais une émancipation
proprement littéraire est aussi à l'oeuvre dans Les Cahiers de Douai, car le jeune poète y détourne
librement les codes et traditions poétiques. Au-delà de la libération vis-à-vis des maîtres antiques,
médiévaux, classiques et modernes, une autre émancipation a lieu qui ne concerne pas seulement
l'auteur et l'oeuvre. Cette dernière consiste en une affranchissement de la lecteur de poésie par le
lecteur. La poésie de la révolte inventée par le poète "voleur de feu" (selon l'expression qu'il emploie
dans sa Lettre du voyant) encourage le lecteur à partager cette sensation de liberté, cette grande
libération qui est la matrice de la poésie de Rimbaud.

Liens vers d’autres dissertations :

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Poète voyant et voleur de feu

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