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JURIDICA

JOHN LOCKE – THÉORICIEN DE


L’ÉTAT DE DROIT

Prof. d’Université N. N. BOBICA


Université «Danubius» de Galati

Rezumat: Analizăm, în articolul de faţă, împrejurările istorice în


care se cristalizează ideea statului de drept şi contribuţia filosofului englez
John Locke la enunţarea şi fundamentarea principiilor ce vor sta la baza
statului de drept modern, respectiv: supremaţia legii în raport cu toate
instituţiile statului, egalitatea în faţa legii, suveranitatea poporului, statul ca
slujitor al comunităţii şi executor al voinţei poporului, principiul separării
puterilor în stat. Reliefăm, în cadrul acestei analize, suportul teoretic al
ideilor formulate de Locke – teoria contractului social – şi modul în care
aceasta este folosită pentru susţinerea respectivelor idei. Apreciem că ideea
fundamentală ce stă la baza concepţiei lui John Locke asupra statului de
drept este aceea că se justifică doar statul care apără proprietatea
cetăţenilor, libertatea şi egalitatea lor în faţa legilor.
Cuvinte-cheie: statul de drept, supremaţia legii, suveranitatea
poporului, separarea puterilor statului.

Abstract: In this article, there are analyzed the historical


circumstances in which is expressed the idea of state law and the
contribution of English philosopher, John Locke, in stating that the
principles that will be the basis for modern state law, namely: the supremacy
of law in relation to all state institutions, the equality before the law, the
sovereignty of the people, the state as the servant of the community and the
executor of people’s will, the principle of separation of powers in the state.
In this analysis it is highlighted the theoretical support of the ideas
formulated by Locke - the theory of social contract - and how it is used to
support such ideas. We appreciate that the fundamental idea that lays at the
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ACTA UNIVERSITATIS DANUBIUS Nr. 1/2008

basis of the John Locke’s concept on state law is that the state is the only one
defending the property of citizens, their freedom and their equality before the
law.
Keywords: state law, supremacy of law, the sovereignty of the
people, separation of powers in state

L’idée de l’Etat de droit fait son apparition, pour la première fois, en


Angleterre, au XVII–e siècle, dans le contexte des disputes entre Parlement
et monarchie, le premier essayant de limiter le pouvoir discrétionnaire du Roi
et d’instituer la suprématie de la Loi dans toute l’activité de l’Etat. Les
sources d’inspiration pour une telle conception se trouvent dans l’Antiquité
grecque, dans la philosophie politique d’Aristote. Ce dernier considère que le
mieux serait que «la loi gouverne, plutôt que n’importe lequel des citoyens»,
parce que la loi, en tant qu’expression de la justice et du bien général, se
trouvera au-dessus des passions, intérêts et de la subjectivité des individus.
Or, ces derniers triomphent lorsque «tout est décidé par le vote de la
majorité, non pas par la loi». Et quand «le gouvernement ne réside pas dans
les lois, l’Etat n’est pas libre, car la loi devrait être au-dessus de tout ce qui
est»1.
En considérant que la loi doit être le fondement de toutes les relations
et actions publiques, les promoteurs de cette idée seront les initiateurs de la
théorie de l’Etat, laquelle deviendra une conception dominante de la société
européenne moderne.
La première impulsion à cet égard viendra de la part de la
philosophie, laquelle se rapportera directement au conflit apparu vers le
milieu du XVII–e siècle entre l’absolutisme monarchique et les tendances
d’émancipation politiques des sujets de Sa Majesté.
Si, pour les penseurs anglais de la seconde moitié du XVI–e siècle et
le début du siècle suivant, le pouvoir absolu de la royauté était considérée
comme une condition indispensable de la stabilité et de l’ordre social, une
toute autre vision sera partagée après la consommation de la Révolution de la
période 1642 – 1649. Ce qui est intéressant, c’est que tant les défenseurs de

1
Aristotel, Politica, Bucureşti, Editura IRI, 2001, 1287a – 1292 a.
172
JURIDICA

l’absolutisme monarchique, que ses adversaires invoqueront le même support


argumentatif – la théorie du contrat social. Seulement, entre-temps la
conception sur la nature de l’être humain et de ses raisons d’être, changera
visiblement.
Pour Thomas Hobbes, par exemple, le contrat social par lequel,
considérait-il, on a jeté les bases de la société au vrai sens du mot, était
expliqué comme résultant de la nécessité de tenir en bride l’agressivité innée
de l’homme. Or, ceci, enchaînait Hobbes, ne pouvait être tempérée que par la
limitation, en vertu de règles très précises, de la liberté illimitée des
individus, liberté dont ils jouissaient à l’état de nature. Et puisque
l’agressivité pouvait être contrôlée mais non pas annulée, il en résultait que
la monarchie, instituée par la conclusion du contrat social, devait augmenter
sans cesse son pouvoir par rapport aux sujets, afin de les faire obéir à doigt et
à l’œil.
A la différence de Hobbes, son con-national, John Locke, qui vit
l’expérience de la révolution bourgeoise et de la période qui s’est ensuivie,
partage un point de vue diamétralement opposé concernant le pouvoir
monarchique et les relations/rapports entre les principales institutions de
l’Etat. Pour Locke, les gens sont des êtres à un prononcé instinct social, qui
ont la disponibilité de coopérer en vue d’améliorer leurs conditions de vie.
Le contrat social en vertu duquel seront institués le droit et l’institution
étatiques, vise la défense/protection de la propriété et la réalisation, end e
bonnes conditions, de la coopération sociale des individus, ainsi que la
croissance du degré de sûreté individuelle. «La seule manière dont on
renonce de soi à sa liberté naturelle et entre dans les rapports de la société
civile, est celle dont on s’entend avec les autres afin de les rejoindre et de
s’unir en une communauté, en vue d’un mode de vie commode, sûr et
paisible de chacun aux côtés de ceux qui ne sont pas membres de ladite
communauté»1.
A l’état de nature, les gens sont des êtres libres, égaux et
indépendants, personne n’a une situation privilégiée par rapport aux autres.

1
Locke, John, Al doilea tratat despre cârmuire, Bucureşti, Editura Nemira, 1999, p. 111.
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Par la conclusion du contrat social, les hommes acceptent une limitation


partielle de leur liberté, en échange des avantages obtenus par l’introduction
de règlementations sociales claires et à validité générale. Mais l’institution de
la loi et la création du pouvoir d’Etat ne doivent aucunement affecter leur
égalité, tous ayant la même position par rapport à la loi, étant, en d’autres
mots, égaux devant la loi, y compris la personne se trouvant à la tête de
l’Etat.
Il s’ensuit que chaque personne s’est soumis, à l’instar du commun
du mortel, aux mêmes lois qu’elle-même aura instituée, en tant que partie du
législatif, de sorte que personne n’a plus pu éviter, tout en ayant recours à sa
propre autorité, la force de la loi, une fois qu’elle a été établie, ni n’a plus pu
plaider, en invoquant sa supériorité, afin d’être dispensé de son
assujettissement à la loi, pour qu’on autorise ses propres erreurs ou celles de
ses vassaux. Aucun homme de la société civile ne saurait être excepté de ses
lois»1.
Ainsi donc, la loi est valable pour tous et agit d’une manière égale
par rapport à tous ceux qui se trouvent sous son autorité. Elle est l’autorité
suprême dans l’Etat et tous doivent lui obéir. Par l’énoncé de la position de la
loi dans un Etat constitué par l’expression de la libre volonté de ses citoyens,
on formule, au fait, le principe de l’Etat de droit, principe qui sera assimilé et
appliqué ultérieurement par tous les Etats de l’Europe moderne.
La monarchie peut accomplir sa mission, si et seulement si elle
déploie ses activités en vertu de la loi, laquelle est la création de toute la
communauté, et rendra compte de ses actions devant la loi. Ceci signifie que
la seule monarchie constitutionnelle est légitime, alors que celle absolue est
l’expression de la violation du principe fondamental qui a présidé à la
naissance de la société civile et du pouvoir politique; la souveraineté du
peuple.
Il est évident que le pouvoir de faire les lois continue à demeurer la
prérogative exclusive du peuple, prérogative qui sera exercée dans les
sociétés modernes par l’institution qui le représente directement et qui est le
Parlement. Le pouvoir législatif est distinct d’avec celui exécutif et

1
Ibidem, p. 110.
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JURIDICA

totalement autonome par rapport à celui-ci. Ce n’est pas le Parlement qui se


soumet à la volonté du roi, mais ce dernier doit observer la volonté du
Parlement, lequel est le représentant du peuple.
John Locke insiste plus particulièrement sur le fait que la suprématie
dans l’Etat incombe au pouvoir législatif, mais il attire l’attention, en même
temps, sur ce que la possibilité que le législatif lui-même se transforme en un
pouvoir tyrannique dans la mesure où il s’éloigne du but de son institution –
celui d’assurer la conservation de la communauté et sa prospérité. Et qu’un
tel risque peut devenir réalité, cela sera confirmé, un peu plus tard, par le
parlement de son propre pays. Ainsi, en 1767, à près d’un siècle du triomphe
total du principe de la souveraineté du peuple par rapport au pouvoir
monarchique, souveraineté exercée par l’intermédiaire de ses élus dans
l’assemblée législative, «le parlement britannique modernisé, attaché
désormais au principe de la souveraineté parlementaire illimitée et
illimitable, a proclamé qu’une majorité parlementaire peut adopter toute loi
qu’elle trouve bon à adopter…»1. Il fut constaté à cette occasion que, à la
place de la tyrannie du pouvoir exécutif, l’on peut exercer la tyrannie du
pouvoir législatif dans la mesure où celle-ci ne fait pas grand-cas des
principes qui lui ont valu la suprématie dans l’Etat, id est le fait qu’il est le
mandataire du pouvoir et de la volonté du peuple, que c’est cette dernière qui
doit se retrouver dans ses actes et non pas sa propre volonté.
Par conséquent, les avertissements du philosophe concernant de tels
risques étaient tout à fait justifiés, voilà pourquoi il cherchera les moyens par
lesquels il puisse prévenir la transformation de l’institution du législatif en un
pouvoir abusif et discrétionnaire. Le premier et le plus important moyen
serait celui de la limitation explicite du pouvoir de celui-ci juste au service
du bien public, respectivement – du respect total le long de toute son activité,
de la loi fondamentale de la nature, laquelle n’est pas autre que celle de la
conservation de l’humanité. Et «aucune approbation humaine ne saurait être
bonne ou valable, à moins de ne pas violer cette loi»2.

1
Hayek, Friedrich A., Constituţia Libertăţii, Iaşi, Editura Intitutul European, 1998, p. 195.
2
Locke, John, Al doilea tratat despre cârmuire, Bucureşti, Editura Nemira, 1999, p. 137.
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ACTA UNIVERSITATIS DANUBIUS Nr. 1/2008

Les limites imposées au pouvoir législatif par cette loi fondamentale


de la nature doit se retrouver sans le caractère stable et équitable des lois
adoptées, dans leur fonctionnement en tant qu’instruments défendant et
garantissant la propriété et les libertés individuelles, dans la concordance
avec l’assentiment des citoyens sur qui leur autorité va s’exercer.
Quant à la sanction de ceux qui se rendent coupable de la
transgression de la loi, celle-ci sera la prérogative du pouvoir judiciaire,
pouvoir qui sera autonome dans l’exercice de ses attributions, tant par
rapport au pouvoir exécutif que par rapport au pouvoir législatif.
Le principe de la séparation des pouvoirs, un autre principe
d’organisation et fonctionnement de l’Etat moderne, sera énoncé et justifié à
partir de la même position théorique du contrat social, théorie qui jouera son
rôle de facteur catalyseur de toutes les démarches entreprises pour la
modernisation et la démocratisation de l’Etat européen. L’argument principal
invoqué à l’appui de ce principe, sera que, dans la mesure om la même
personne concentre tant le pouvoir législatif que celui exécutif, il y aura
toujours une tendance à éluder ces lois contrevenant à ses propres intérêts ou
d’introduction de lois spéciales qui lui soient favorables. «Et parce que cela
pourrait s’avérer une trop grande tentation pour la faible nature humaine,
avide de pouvoir, que ceux qui détiennent le pouvoir de faire des lois aient
également entre leurs mains le pouvoir de les mettre à exécution, par là-
même ils peuvent se soustraire aux lois par eux faites et sont susceptibles de
les assortir tant dans leur composition, que dans leur exécution, à leur
propre avantage (et, par là, ils parviennent à avoir un intérêt distinct du
reste de la collectivité, opposé au but de la société et du gouvernement), dans
les communautés bien rangées/gouvernées, où le bien de tous est pensé/géré
comme il faut, le pouvoir législatif est confié à plusieurs personnes qui,
convenablement réunies, ont par elles-mêmes ou d’un commun accord avec
d’autres, le pouvoir de faire des lois»1.
John Locke paraît avoir eu l’intuition de ce que la seule séparation
des pouvoirs ne suffit pas pour le bon fonctionnement de l’Etat, car il est à
tout moment possible que l’un des pouvoirs s’impose unilatéralement et

1
Ibidem, p. 143.
176
JURIDICA

subordonne les deux autres, les plus grandes chances se trouvant chez le
pouvoir exécutif. Par conséquent, il s’impose d’établir par la loi les moyens
par lesquels chaque pouvoir peut conserver les prérogatives dont il a été
investi et s’opposer à toute tendance de dépassement des prérogatives par les
deux autres. Ainsi, le principe de la séparation des pouvoirs sera complété
par une nouvelle idée – celle du contrôle réciproque de ceux-ci, au point
qu’aucun d’eux ne puisse avoir la possibilité de s’imposer d’une manière
absolue et de se subordonner les autres, à la défaveur des intérêts et libertés
du citoyen.
Le penseur anglais prend en considération un autre aspect de la vie
politique moderne – à savoir, que le pouvoir d’Etat ne tienne pas compte des
intérêts généraux de la société et entre en conflit avec la majorité de la
population. Dans ces conditions, apprécie-t-il, est violée la raison même en
vertu de laquelle s’est constituée l’institution de l’Etat et il ne reste plus, dans
ce cas, d’autre solution que celle du retour du pouvoir au sein du peuple.
Ainsi, «lorsque par les erreurs des détenteurs de l’autorité, le droit à
l’autorité est perdu après la perte du droit de leurs dirigeants ou à la fin de
la période établie, il revient à la société, et les hommes ont le droit d’agir en
maîtres suprêmes et de continuer le législatif en eux-mêmes ou élire une
nouvelle forme ou garder la vieille forme et l’accorder à d’autres personnes,
selon leur bon gré»1.
Ainsi, conformément à cette interprétation, les mouvements de
contestation du pouvoir monarchique sont justifiés dans la mesure où celui-ci
méprise les clauses du contrat social et se transforme du mandataire de la
volonté du peuple en le maître de celui qui l’a mandaté. Dans ces conditions,
le droit à la révolution apparaît tout aussi légitime que le droit à la propriété
ou à la vie. Et ce, grâce au peuple qui sait maintenant que la personne à la
tête de l’Etat est roi non pas par la seule volonté de Dieu, mais aussi par la
volonté du peuple.
Les défenseurs de la monarchie absolue invoquaient à l’appui de sa
légitimité et de l’impossibilité de le changer, le fait que «tous les hommes

1
Ibidem, p. 206.
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étant nés sous un certain régime, ils y sont soumis et n’ont pas la liberté de
donner naissance à un autre»1. A un tel argument, Locke rétorque avec des
principes dégagés de la théorie du contrat social. Tout d’abord, soutient-il,
personne ne peut hypothéquer la liberté d’un être humain, et du fait aussi
qu’on est né en fils d’un sujet du roi anglais, il n’en découle pas celui-là
devient automatiquement lui-même sujet du roi respectif. La condition de
membre d’une communauté et de citoyen d’un certain Etat, a pour toute
origine la volonté de gens libres, qui ont volontiers accepté une certaine
limitation de leur liberté naturelle en échange des avantages évidents,
résultés de leur intégration dans une communauté politique.
D’autre part, si l’on prend en considération la manière dont a été
institué le pouvoir monarchique, l’on peut constater qu’il ne résulte de cette
procédure, aucunement, son caractère héréditaire et, d’autant moins, celui
absolutiste. La personne qui a reçu l’investiture de la communauté afin de
veiller au respect des règles introduites pour la défense/protection de la
propriété et de la vie de ses membres, l’a reçue en vertu de ses mérites et,
implicitement, juste pour elle-même, non pas pour sa descendance aussi.
Concomitamment à cette investiture, seront précisées aussi les attributions
qui revenaient à celui qui les aura reçues, s’agissant d’un nombre limité de
tâches et qui étaient directement rattachées aux intérêts majeurs de la
communauté et de ses membres.
Et si, de la monarchie élective, comme le fut celle originaire, on
parviendra, à la longue, à la monarchie héréditaire, ceci est dû principalement
à une certaine inertie sociale et au préjugé que les successeurs du monarque
pourraient être tout aussi diligents et dévoués à la communauté que leur
précurseur, d’où la tendance qu’il reprennent les attributions de celui-là sans
une investiture spéciale. Et, une fois le précédent crée, celui-ci tend à devenir
la règle, surtout si les successeurs du premier monarque s’avèrent être tout
aussi diligents et ne dépassent pas les limites du mandat confié à celui-là.
Mais les choses changent du tac au tac lorsque ces derniers tendent à
convertir une tâche sociale en un privilège, quand ils ambitionnent de muer
de serviteurs de la communauté en maîtres de celle-ci… Si telle est la

1
Ibidem, p. 119.
178
JURIDICA

situation, la communauté a le droit et, en même temps, l’obligation –


d’exiger le respect des clauses du contrat social sur la base duquel fut institué
le pouvoir du monarque et, si celui-ci oppose de la résistance à cette
sollicitation légitime, alors son remplacement devient inévitable.
John Locke réalise, ensuite, le plus convaincant plaidoyer en faveur
de la liberté de conscience et de la séparation des pouvoirs. La foi,
argumente-t-il, est une question de conscience, de conviction interne, de
sorte que nulle force coercitive ne doit agir sur elle de l’extérieur. Les
communautés religieuses se sont constituées et se constituent toujours en tant
qu’associations libres de ceux qui partagent la même foi, et la participation à
de telles associations ou leur abandon est un droit exclusif de l’individu.
Personne ne peut être maintenu contre son gré dans une communauté
religieuse, comme la communauté a le droit d’exclure de ses rangs ceux qui
n’observent pas les principes à la base de son organisation et de son
fonctionnement. Mais, après qu’une certaine personne eut quitté de son plein
gré la communauté religieuse ou en a été exclue, entre elle et la communauté
en cause ne subsiste plus aucune relation. Par la suite, l’institution religieuse
n’a plus aucun droit d’intervenir dans sa vie ou de lui appliquer une
quelconque sanction.
La foi ne peut s’imposer par la force des armes ni par des contraintes
matérielles. Si l’Eglise chrétienne souhaite attirer dans la voie de la vraie foi
un grand nombre de gens au possible, elle peut y procéder par la seule voie
de la conviction spirituelle, et non pas par la force militaire, par des punitions
corporelles et des contraintes matérielles.
Le christianisme est une religion de la paix, de l’amour universel et
n’agissent vraiment pour sa diffusion que ceux qui nourrissent un amour
sincère pour leurs proches et qu’ils tenteront de convaincre par la force de
leur propre exemple. Par contre, agit en ennemi de la foi n’importe qui a
recours à la violence pour imposer cette foi. «Si l’on soutient que les gens
doivent être obligés en les passant par le feu et l’épée pour soutenir certains
dogmes et se conformer à un culte ou à un autre, sans aucun rapport avec
leur morale; si l’on s’évertue de convertir les égarés au christianisme, en les
forçant à soutenir des choses auxquelles on ne croit pas et leur permettant de
pratiquer des choses que les Ecritures ne permettent pas, il est hors de doute
179
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qu’une telle personne souhaite avoir à ses côtés une foule nombreuse de la
même confession religieuse, mais il est difficile à croire que, en fait, on ait
l’intention, par ces moyens, de donner naissance à une véritable église
chrétienne»1.
Et si on interdit à l’Eglise l’utilisation de la force matérielle afin
d’influencer la conscience religieuse des gens, à plus forte raison on devrait
interdire ceci à l’institution d’Etat. L’Etat est né à la suite d’exigences
exclusivement matérielles – celles de protéger la propriété et de garantir
l’ordre et la paix sociale. Aussi, au compte de l’Etat et de ses fonctionnaires,
de ses magistrats civils – comme les appelle Locke – doivent se trouver les
seules questions du gouvernement civil, à savoir celles concernant les
intérêts matériels des gens. Et de même qu’on ne doit pas permettre à
l’Eglise d’intervenir dans les affaires de l’Etat, on ne doit pas permettre à ce
dernier non plus d’agir sur le terrain de la vie religieuse. Aussi, John Locke
considère-t-il comme «nécessaire, plus que tout autre chose, de distinguer
avec exactitude la tâche du gouvernement d’avec celle de la religion, et
d’établir les limites correctes séparant l’un de l’autre. Autrement, on ne
saurait mettre une fin aux controverses qui ne cessent de faire irruption entre
ceux qui sont, ou, à tout le moins, prétendent se faire du souci à l’égard des
âmes des gens, d’une part et, d’autre part, à l’égard de la communauté
civile»2.

Bibliographie:
1. Aristotel, Politica, Bucureşti, Editura IRI, 2001;
2. Hayek, Friedrich A., Constituţia Libertăţii, Iaşi, Editura Intitutul
European, 1998;
3. Locke, John, Al doilea tratat despre cârmuire, Bucureşti, Editura
Nemira, 1999;
4. Locke, John, Scrisori despre toleranţă, Bucureşti, Editura Nemira, 1999.

1
Locke, John, Scrisori despre toleranţă, Bucureşti, Editura Nemira, 1999, p. 214.
2
Ibidem, p. 215.
180

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