T.A. Tapsoba
T.A. Tapsoba
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Cet article évalue l’impact des transferts des migrants et de la variabilité clima-
tique sur la sécurité alimentaire des ménages au Burkina Faso. Il s’appuie sur
une base de données originale construite à partir de l’enquête 2009 de la Banque
mondiale sur les migrations et les transferts. Une analyse en composantes princi-
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pales permet d’élaborer un indice de sécurité alimentaire. L’indice standardisé de
précipitation et d’évapotranspiration (SPEI) caractérise la situation climatique dans
les différenes régions. Les résultats économétriques corroborent l’effet négatif de
la détérioration des conditions climatiques sur la sécurité alimentaire des ménages.
En revanche, les transferts de fonds renforcent la sécurité alimentaire et atténuent
l’effet négatif du SPEI sur la sécurité alimentaire. Ces résultats sont robustes à un
biais d’endogénéité potentiel des transferts en utilisant la distance au chemin de
fer des ménages et l’éducation des migrants comme instruments.
This paper assesses the impact of remittances and climate variability on house-
holds’ food security in Burkina Faso. It relies on an original database from the
World Bank survey on migration and remittances conducted in 2009. A principal
component analysis allows elaborating a food security index. The Standardised
Precipitation and Evapotranspiration Index (SPEI) makes it possible to characterise
the climate situation throughout the country relative to long-term records. The
econometric results corroborate the harmful effect of deteriorating climatic condi-
tions on households’ food security. Remittances, however, enhance food security
and dampen the negative effect of the SPEI on food security. These findings are
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INTRODUCTION
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rapport d’évaluation sur l’adaptation du Groupe d’experts intergouvernemental
sur l’évolution du climat (GIEC) mettait en évidence les principaux risques liés
à l’augmentation du stress hydrique et à la réduction de la productivité agricole.
Ces phénomènes peuvent durablement affecter le bien-être des ménages ruraux
et urbains dans les pays en développement. Dans ce contexte, la variabilité clima-
tique devrait conditionner la sécurité alimentaire future des pays africains (Field
et al. [2014]). Elle engendrera vraisemblablement des chocs de consommation
plus importants (Porter [2012]) et participera des désastres environnementaux
qui sont l’un des principaux facteurs de l’insécurité alimentaire, de la pauvreté
et des conflits dans les pays africains (Misselhorn [2005]).
La sécurité alimentaire reste au premier rang des priorités des politiques de
développement en Afrique subsaharienne, où la proportion de personnes sous-
alimentées a atteint une moyenne de 26,8 % entre 2010 et 2012 (Porter et Xie
[2014]) et où la part du revenu consacrée à l’alimentation est très élevée, en parti-
culier pour les ménages pauvres (Chauvin, Mulangu et Porto [2012]). Les événe-
ments climatiques extrêmes de plus en plus fréquents exacerbent la vulnérabilité
de toutes les personnes en situation d’insécurité alimentaire. Les changements
dans les régimes des précipitations et des températures sont aussi susceptibles d’af-
fecter toutes les dimensions de la sécurité alimentaire (Schmidhuber et Tubiello
[2007]). Les pertes de récoltes consécutives aux chocs climatiques affectent la
disponibilité des ressources alimentaires, notamment pour des ménages dépen-
dants de l’agriculture pluviale. Les populations risquent de ne pas obtenir la
diversité nécessaire de nutriments alimentaires puisqu’elles rationneront leur
consommation en donnant la priorité aux aliments riches en calories mais pauvres
en nutriments (Bloem, Semba et Kraemer [2010]). Enfin, la variabilité climatique
peut également alimenter les flambées des prix des produits alimentaires de base
(Niang et al. [2014]).
Les stratégies d’adaptation jouent donc un rôle crucial dans la prévention des
effets néfastes du changement climatique sur la sécurité alimentaire en Afrique.
La diversification des cultures est une pratique très répandue chez les popula-
tions africaines qui dépendent principalement de l’agriculture de subsistance
ou pluviale (Harrower et Hoddinott [2005]). La hausse des températures, la
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effets pourraient être contradictoires (Zezza et al. [2011]). Par exemple, dans le
cas d’une étude microéconomique au Ghana, il ne semble pas que la migration
affecte significativement la consommation alimentaire par individu (Karamba,
Quiñones et Winters [2011]).
Les transferts de fonds des migrants ont fortement augmenté depuis le début
des années 2000 et représentent désormais une source importante de ressources
dans les pays en développement (Yang et Choi [2007]). Une littérature appliquée
importante a déjà mis en évidence l’effet modérateur des transferts sur l’insta-
bilité de la consommation (Combes et Ebeke [2011]), les migrations induites
par le climat (Damette et Gittard [2017]), les inégalités de revenus (Chauvet et
Mesplé-Somps [2007] ; Koechlin et Leon [2007]) et la pauvreté (Adams et Page
[2005] ; Acosta et al. [2008] ; Gupta, Pattillo et Wagh [2009]). Bien que les pays
d’Afrique subsaharienne ne figurent pas parmi les pays qui reçoivent le plus de
transferts, ceux-ci ont plus que doublé entre 2000 et 2006 (Mohapatra, Joseph et
Ratha [2012]). Ils représentaient 2,6 % du PIB de ces pays en 2009 (Ratha et al.
[2011]). De plus, selon les indicateurs de la Banque mondiale, les transferts ont
connu une croissance remarquable de 20 % par an entre 2001 et 2010, soit le taux
de croissance annuel moyen le plus élevé parmi les régions en développement. Les
envois de fonds par les migrants jouent sans doute un rôle clé dans l’atténuation
des effets d’une grande variété de risques, tant ex ante qu’ex post. Par exemple,
l’effet amortisseur des transferts sur les chocs négatifs en Afrique subsaharienne
a été documenté (Azam et Gubert [2006] ; Combes et al. [2014]). Les envois de
fonds ont également renforcé la préparation ex ante des ménages aux catastrophes
naturelles et fourni des ressources à la suite de celles-ci (Mohapatra, Joseph et
Ratha [2012]).
Cet article teste l’hypothèse selon laquelle les transferts de migrants contri-
buent à améliorer la sécurité alimentaire en cas de choc climatique et cela, en
utilisant le Burkina Faso comme cas d’étude. À notre connaissance, peu de
recherches ont été menées sur l’impact des transferts dans les pays d’Afrique
de l’Ouest et au Burkina Faso en particulier. Parmi les exceptions, une étude
a montré que les revenus non agricoles, y compris les transferts migratoires,
améliorent la sécurité alimentaire dans l’État de Kwara au Nigeria (Babatunde
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permis la construction d’un indice standard de précipitation-évapotranspiration
(SPEI). Cet indice combine les enregistrements des précipitations et des tempéra-
tures et rend compte des situations locales anormales de sécheresse et d’humidité
par rapport aux données historiques. Troisièmement, l’analyse économétrique
traite de l’endogénéité potentielle des transferts de fonds dans une équation expli-
cative de la sécurité alimentaire.
Dans la suite de l’article, la deuxième section donne des faits stylisés sur les
transferts de migrants au Burkina Faso. La troisième section définit les concepts et
décrit la construction de l’indice de sécurité alimentaire et du SPEI. La quatrième
section présente le cadre économétrique, les principaux résultats et les tests de
robustesse. La cinquième section discute des implications politiques, et la sixième
section conclut l’article.
Cet article exploite l’enquête sur les migrations et les transferts de fonds
des migrants réalisée par la Banque mondiale auprès des ménages au Burkina
Faso, en 2009, dans le cadre de l’Africa Migration Project. Cette enquête visait
à améliorer l’impact de la migration et des transferts sur le développement en
Afrique subsaharienne 1. Les données sont issues des réponses recueillies auprès
de 2 102 ménages ruraux et urbains dans sept régions, dix districts et 77 villages
(carte A1, annexe I). L’enquête se concentre sur les régions du sud du pays qui
abritent les provinces les plus concernées par la migration : Banwa, Boulgou,
Boulkiemdé, Kadiogo, Namentenga, Passoré, Sanmatenga, Sourou, Tuy et
Yatenga.
1. Les autres pays étudiés par la Banque mondiale sont l’Éthiopie, le Kenya, le Nigeria, le
Sénégal, l’Afrique du Sud et l’Ouganda. Pour une présentation complète du projet, voir Ratha et al.
[2011].
56
Au Burkina Faso, la plupart des flux migratoires sont internes et ont pour
destination Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, les plus grandes villes du pays.
Cependant, les migrants internationaux représentaient au moins 28,9 % des
migrants en 2006 (Ministère de l’Économie et des Finances [2009]). Selon la
Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, les transferts internationaux
représentaient 1,3 % du PIB du pays en 2013, ce qui est cohérent avec la moyenne
des transferts de fonds sur la période 2001-2010 calculée à partir des indicateurs
de la Banque mondiale. Un tiers de ce montant a bénéficié aux communautés
rurales les plus pauvres et les plus vulnérables. Par ailleurs, la majorité des trans-
ferts de fonds internationaux (30,9 % du total) proviennent de la Côte d’Ivoire
(cf. tableau 1), ce qui est cohérent avec le fait que le Burkina Faso et la Côte
d’Ivoire sont un corridor migratoire central dans la sous-région (Ratha et al.
[2011]). L’enquête sur les conditions de vie des ménages réalisée en 2009 par
l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) du Burkina Faso
a montré que les hommes, qui migrent principalement pour des raisons écono-
miques, sont à l’origine de la plupart des envois de fonds (87,4 %).
Les transferts des migrants constituent une source essentielle de revenus au
Burkina Faso, en particulier pour les ménages pauvres. La plupart des sommes
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reçues couvrent les dépenses de consommation et d’investissement des ménages
(cf. tableau 2). Ces dépenses concernent généralement l’éducation et le logement.
Les transferts de fonds des travailleurs installés en Côte d’Ivoire sont corrélés à
l’augmentation de la pauvreté au Burkina Faso sur la période 1998-2003 (Lachaud
[2012]). Des résultats obtenus précédemment sur des enquêtes menées dans la
région du Plateau-Central, ont conclu que l’effet des transferts de fonds sur la
pauvreté et la diversification des revenus était conditionnel aux pays de destina-
tion des migrants (Wouterse et Taylor [2008] ; Wouterse [2010]). Par conséquent,
on peut s’interroger sur les effets des transferts de fonds sur la sécurité alimen-
taire, dimension essentielle du bien-être des ménages.
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QUELQUES FAITS STYLISÉS SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
ET LES CHOCS CLIMATIQUES AU BURKINA FASO
La sécurité alimentaire
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les profils alimentaires des ménages (Demeke, Keil et Zeller [2011]).
Dans notre cas, les variables permettent à la fois de saisir l’accessibilité et
l’utilisation de la nourriture. En effet, l’enquête fournit des informations détaillées
sur les dépenses des ménages en céréales, légumineuses, oléagineux, tubercules,
fruits, viande et œufs. Comme les dépenses alimentaires reflètent non seulement
l’accessibilité et la diversité alimentaire des huit principaux groupes d’aliments 4
mais aussi leurs utilisations 5, nous capturons bien ces deux dimensions à travers
ces variables. L’utilisation signifie aussi que le ménage fait un usage optimal
de la nourriture, ce qui est représenté ici par l’existence d’une pièce dédiée à la
cuisine et la présence d’un accès à l’eau à l’intérieur du logement.
L’annexe II détaille la construction de l’indice de sécurité alimentaire. La
matrice de corrélation montre que les variables incluses sont dans l’ensemble
corrélées positivement (cf. tableau A1). La valeur de la mesure de l’adéquation
de l’échantillonnage de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO) est de 0,531, montrant des
schémas relativement compacts de corrélations entre les variables et justifiant
l’utilisation de l’analyse en composantes principales (cf. tableau A2). Le tableau
des communalités donne la variance expliquée à deux composantes pour chaque
variable. Toutes les variables présentent également un pourcentage élevé de
2. Les lecteurs peuvent se référer à Barrett [2010] et à Pinstrup-Andersen [2009] pour une présen-
tation approfondie des questions méthodologiques relatives à la mesure de l’insécurité alimentaire.
3. Nous essayons de capter la dimension de la disponibilité avec une variable muette relative à
la possession de terres agricoles. Cependant les calculs n’ont pas donné de résultats satisfaisants. La
dimension stabilité fait référence à l’expression « à tout moment » de la définition de la FAO. Elle fait
donc référence à la stabilité des trois dimensions citées ci-dessus dans le temps. Comme nos données
ne comportent pas de dimension temporelle, cet aspect n’est pas pris en compte.
4. Céréales, lait, viande, sucre, huiles végétales, fruits, légumes, racines amylacées (Pangaribowo,
Gerber et Torero [2013]).
5. « L’utilisation est communément comprise comme la manière dont l’organisme tire le meilleur
parti des différents nutriments présents dans les aliments. Un apport suffisant en énergie et en nutri-
ments par les individus est le résultat de bonnes pratiques de soins et d’alimentation, de la préparation
et de la diversité du régime alimentaire et de la distribution intra-ménage des aliments. Combiné à
une bonne utilisation biologique des aliments consommés, cela détermine l’état nutritionnel des
individus » (source : [Link]
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Tableau 3. Résultats de l’analyse en composantes principales :
« loadings » des variables, valeurs propres et variance expliquée
Composante 1 Composante 2
Robinet interne 0,530 0,415
Pièce séparée pour cuisiner 0,251 0,809
Dépenses céréales/tubercules/légumes 0,685 – 0,311
Dépenses viande/poisson/œufs 0,651 – 0,322
Valeurs propres 1,23662 1,02804
Variance expliquée 0,3092 0,2570
Sources : Enquête 2009 de la Banque mondiale sur les migrations et les transferts de fonds au Burkina Faso et
calculs des auteurs.
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et la nature inter-temporelle du SPI. Cet indice est basé sur la différence entre
les quantités mensuelles ou hebdomadaires de pluie Pit et l’évapotranspiration
PETit, à savoir le bilan hydrique :
Dit = Pit – PETit,
6. S’il n’y a pas de station météorologique dans la région, nous avons attribué l’indice calculé à
partir des observations de la station la plus proche. De plus, si un ménage vit plus près de la station
météorologique de la région voisine que de celle de sa propre région, nous lui avons attribué l’indice
de la station la plus proche.
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Tableau 4. SPEI pour l’année 2009 dans la région Centre du Burkina Faso
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Avril – 1,013 Sécheresse modérée
Mai – 1,22 Sécheresse modérée
Juin 0,04 Proche de la normale
Juillet – 0,21 Proche de la normale
Août – 0,43 Proche de la normale
Septembre 1,59 Sévèrement humide
Octobre 1,46 Sévèrement humide
Novembre 1,66 Sévèrement humide
Decembre 1,21 Modérément humide
Note : La région Centre est l’une des premières régions d’envoi de migrants. Catégorisation sécheresse-humidité :
extrêmement humide : plus de 2,00 ; sévèrement humide : 1,5 à 1,99 ; modérément humide : 1,00 à 1,49 ; proche
de la normale : – 0,99 à 0,99 ; sécheresse modérée : – 1,49 à – 1,00 ; sécheresse sévère : – 1,99 à – 1,50 ; sécheresse
extrême : moins de – 2,00 (Liu et Liu [2019], p. 7).
Sources : Agence nationale de la météorologie et calcul des auteurs.
L’ANALYSE ÉCONOMÉTRIQUE
Le modèle
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attendu sur la sécurité alimentaire. La variable muette prenant la valeur de 1 si le
ménage se trouve dans une zone rurale et 0 sinon, ainsi que le nombre d’enfants
dans le ménage sont censés avoir un effet négatif sur la sécurité alimentaire. En
effet, les zones rurales sont généralement plus pauvres et peuvent être moins
sûres sur le plan alimentaire que les zones urbaines. De nombreux enfants dans
le ménage peuvent entraîner de moindres dépenses alimentaires au profit par
exemple de dépenses de santé ou d’éducation et ainsi réduire la sécurité alimen-
taire. Enfin, nous contrôlons par une variable de migration afin de distinguer les
effets des transferts de ceux de la migration. Cette variable muette prend la valeur
de 1 si le ménage compte au moins un migrant. Les statistiques descriptives des
variables sont présentées dans le tableau 5.
Le modèle est augmenté en introduisant une variable interactive entre SPEI
et R :
Yi = a0 + a1Ri + a2SPEIi + a3Ri × SPEIi + X′i b +ei. (2)
Nous attendons a1 > 0, a2 < 0 et a3 > 0 de sorte que les transferts de migrants
sont censés améliorer la sécurité alimentaire des ménages dans un contexte de
variabilité climatique. Selon cette spécification, l’impact marginal de SPEI sur
∂Y
la sécurité alimentaire dépend linéairement des transferts : = a 2 + a 3R i.
∂Y ∂ SPEI
Résoudre l’équation = 0 permet de calculer le montant des transferts R*i
∂ SPEI
qui annule les effets de SPEI sur la sécurité alimentaire :
a
R *i = − 2 . (3)
a3
La figure 1 ci-dessous présente l’intuition de nos résultats en utilisant l’analyse
des correspondances multiples. Cette méthode permet de représenter graphique-
ment plusieurs variables (y compris qualitatives) afin de saisir précisément leur
association. Elle illustre la relation entre l’indice de sécurité alimentaire distribué
en quatre quartiles et les données sur les transferts de fonds. On remarque que
63
la partie haute du diagramme regroupe les ménages qui reçoivent des transferts
de fonds et qui ont une sécurité alimentaire élevée 7. Ils vivent dans les régions
Centre-Ouest, Centre et Nord, historiquement les régions qui envoient le plus
de migrants. De plus, en 2009, ces régions sont celles qui ont connu des inon-
dations dévastatrices. Par conséquent, on peut s’attendre à ce que l’indice SPEI
ait un effet négatif sur la sécurité alimentaire, mais les transferts de fonds atté-
nuent cet effet. La partie basse du graphique regroupe les ménages ayant un
niveau de sécurité alimentaire faible ou normal et ne recevant pas de transferts
de fonds.
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Source : Calculs des auteurs à partir de l’enquête de 2009 sur les migrations et les envois de fonds des ménages.
7. À noter que sur les 2102 ménages enquêtés, un tiers (689) reçoit des transferts de fonds.
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de précipitation et de la météorologie,
d’évapotranspiration Burkina Faso
calculé à partir des
températures et
des précipitations
enregistrées dans
les dix stations
météorologiques.
Cf. troisième section
pour plus de détails
Food 3 793,59 4 318,40 2 102 Dépenses Enquête de la Banque
Expenditures alimentaires par mondiale sur les
habitant et par mois migrations et les
en francs CFA transferts de fonds au
Burkina Faso (2009)
HH Head 93,00 % 2 102 Égale à 1 si le chef Enquête de la Banque
Gender de ménage est un mondiale sur les
homme migrations et les
transferts de fonds au
Burkina Faso (2009)
HH Head Age 49,50 15,89 2 099 Âge du chef de Enquête de la Banque
ménage mondiale sur les
migrations et les
transferts de fonds au
Burkina Faso (2009)
Literacy 1,45 1,87 2 069 Nombre de Enquête de la Banque
personnes mondiale sur les
alphabétisées dans le migrations et les
ménage transferts de fonds au
Burkina Faso (2009)
Teenagers 1,00 1,30 2 069 Nombre Enquête de la Banque
d’adolescents mondiale sur les
(15 ans ou plus) dans migrations et les
le ménage transferts de fonds au
Burkina Faso (2009)
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Burkina Faso (2009)
Distance to 64,05 57,91 2 102 La distance (en Enquête de la Banque
Railway kilomètres) du mondiale sur les
centroïde du village migrations et les
de résidence du transferts de fonds au
ménage au chemin Burkina Faso (2009)
de fer et calcul des auteurs
66
Tableau 6. Impact des transferts de fonds et du SPEI sur la sécurité alimentaire – Résultats des MCO – Tous les ménages
67
Tebkieta Alexandra Tapsoba, Pascale Combes Motel, Jean-Louis Combes
Note : Les écarts types robustes sont indiqués entre parenthèses : *** p < 0,01 ; ** p < 0,05 ; * p < 0,1.
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Tableau 7. Impact des transferts de fonds et du SPEI sur la sécurité alimentaire – Résultats des MCO avec le terme interactif
68
– Ensemble des ménages
(0,0144) (0,0144)
Children 0,0182
(0,0119)
Note : Les écarts types robustes sont indiqués entre parenthèses : *** p < 0,01 ; ** p < 0,05 ; * p < 0,1.
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Tebkieta Alexandra Tapsoba, Pascale Combes Motel, Jean-Louis Combes
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tion explicative de la sécurité alimentaire est son caractère potentiellement endo-
gène. Celui-ci peut résulter d’un biais de variables omises. Il est en outre probable
que la sécurité alimentaire et les transferts s’influencent mutuellement (Gupta,
Pattillo et Wagh [2009]). C’est-à-dire que les ménages qui connaissent l’insécurité
alimentaire pourraient bénéficier de davantage de transferts, la migration pouvant
constituer une stratégie d’adaptation aux chocs climatiques. Cependant, il faut
noter que les estimations par les MCO donnent un coefficient positif et signifi-
catif. Or, si une causalité inverse existait, on s’attendrait plutôt à un coefficient
négatif ou non significatif. Néanmoins, nous mobilisons un estimateur à variables
instrumentales en utilisant deux instruments.
Le tableau 9 présente deux groupes de spécifications. Le premier mobilise un
instrument (VI.1), le modèle est donc strictement identifié. Le second mobilise
deux instruments (VI.2), le modèle est alors suridentifié. Les tests de diagnostic
usuels sont administrés : le test de Stock et Yogo pour les instruments faibles et
le test de Sargan-Hansen pour les restrictions de suridentification. Nous présen-
tons maintenant les deux instruments : la distance au chemin de fer du ménage
et l’éducation du migrant.
69
Tableau 8. Impact des transferts de fonds et du SPEI sur la sécurité alimentaire – Tests de robustesse – Résultats MCO
70
Échantillon Tous Tous Tous Tous Tous Tous Principaux Principaux
ménages ménages ménages ménages ménages ménages bénéficiaires bénéficiaires
R 0,0573* 1,59e-06*** 0,0533* 1,48e-06*** 0,0528** 0,0196* 1,75e-06** 1,80e-06***
(0,0307) (5,40e-07) (0,0319) (5,62e-07) (0,0318) (0,0118) (6,91e-07) (5,76e-07)
Migrant HH 4,201*** 0,117*** 4,237*** 6,353*** 0,252 0,255
(1,505) (0,0438) (1,507) (1,526) (0,568) (0,571)
SPEI – 49,462** – 53,518* – 0,202 – 0,106
(20,320) (– 30,345) (2,783) (3,127)
R × SPEI 0,202*** – 2,64e-07
(0,0478) (3,33e-06)
Rural – 12,523*** – 1,401*** – 12,511*** – 1,402*** – 12,490*** – 11,372*** – 0,196 – 0,196
(2,467) (0,121) (2,456) (0,121) (2,445) (– 3,363) (0,514) (0,515)
HHH Gender 10,383*** 0,264*** 10,228** 0,260*** 10,115** 10,827** 0,0551 0,0475
(2,318) (0,0707) (2,280) (0,0702) (2,263) (– 2,911) (0,313) (0,305)
HHH Age 158,0*** 0,00139 126,2** 0,000511 132,8** 0,0103* 0,0103*
(54,46) (0,00132) (53,92) (0,00138) (53,55) (0,00537) (0,00538)
Literacy 570,8 0,0201 528,9 0,0189 617,2 0,0101 0,0107
(482,2) (0,0124) (484,2) (0,0124) (425,7) (0,0523) (0,0492)
Teenagers 1,626*** 0,0408** 1,545*** 0,0384** 1,423*** 0,0799 0,0794
Transferts de migrants, sécurité alimentaire et variabilité climatique
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Tebkieta Alexandra Tapsoba, Pascale Combes Motel, Jean-Louis Combes
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d’autres parties du territoire ont rejoint des pays voisins. Le Burkina Faso a
ensuite retrouvé ses frontières d’origine après son indépendance en 1960. Entre
1951 et 1955, la Côte d’Ivoire était le premier pays d’accueil des migrants en
provenance du Burkina Faso, recevant près de 60 % d’entre eux (Piché et Cordell
[2015]). Après les indépendances, le développement des lignes de chemin de fer
entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire a fait perdurer cette situation. Selon les
équations de première étape présentées dans le tableau 9, la distance au chemin
de fer réduit effectivement les transferts de fonds reçus par les ménages.
La validité de l’instrument suppose qu’il n’influence pas directement la sécu-
rité alimentaire. Il est vrai que la proximité de la ligne ferroviaire peut avoir
un impact sur le développement des marchés régionaux, ce qui nécessairement
affecte la sécurité alimentaire. Pour contrôler l’impact potentiel du dévelop-
pement régional, nous incluons d’abord une variable captant l’incidence de la
pauvreté 8. Ensuite, nous utilisons l’intensité de la luminosité nocturne enregistrée
entre 2009 et 2010 mesurée autour de la localisation du ménage pour prendre
en compte les écarts infranationaux de développement. Le recours aux données
de luminosité répond à la difficulté de trouver des données socio-économiques
infranationales fiables. Elle est une bonne variable approchée des facteurs écono-
miques et démographiques (Chen et Nordhaus [2011]) et permet, en particulier,
de prédire le PIB par habitant aux niveaux national et infranational (Ebener et al.
[2005]). Elle est calculée à partir de données de luminosité présentées sous forme
de valeurs comprises entre 0 et 63. Ces valeurs sont additionnées pour calculer
la luminosité agrégée pour une cellule d’une grille de 1° de longitude et de 1°
de latitude.
8. Cette variable est tirée des rapports annuels de l’Institut national de la statistique et de la
démographie du Burkina Faso et représente la proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté
par région.
71
L’éducation du migrant
Le deuxième instrument est le niveau d’éducation du migrant. Il s’agit d’une
variable muette qui prend la valeur de 1 si le migrant a au moins atteint un
niveau d’éducation primaire et 0 sinon. D’une part, il n’y a pas de raison de
penser que le niveau d’éducation du migrant influence directement la sécurité
alimentaire du ménage, une fois contrôlée l’éducation du ménage. D’autre part,
l’éducation du migrant peut affecter les montants transférés. Cependant, le sens
de cette relation est ambigu. Ainsi, la littérature ancienne tendait à conclure que
la migration des personnes qualifiées diminuait les transferts de fonds vers le
pays d’origine (Bhagwati [1976]). Aujourd’hui, la littérature est moins tranchée.
Les migrants qualifiés peuvent avoir une propension moindre à envoyer des
fonds, car ils viennent souvent de familles plus aisées et sont plus susceptibles
de migrer avec l’ensemble de leur ménage (Faini [2007]). Dans ce cas, l’envoi
de fonds vers le pays d’origine est moins justifié. Dans une étude macroécono-
mique sur des données internationales, les transferts de fonds diminuent avec la
part des migrants ayant une éducation tertiaire (Niimi, Ozden et Schiff [2010]).
Cela pourrait expliquer pourquoi les pays d’origine préfèrent la migration non
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qualifiée. Inversement, les migrants plus instruits peuvent envoyer davantage de
fonds car ils sont moins susceptibles d’être en situation irrégulière. Ils peuvent
donc accéder plus aisément aux banques et à des mécanismes de transferts moins
coûteux. Docquier, Rapoport et Salomone [2012] étudient la relation entre les
transferts de fonds et l’éducation des migrants en utilisant plusieurs bases de
données sur la migration et en tenant compte d’un large panel de pays d’origine.
Leur modèle suggère que l’éducation d’un migrant a un impact positif sur les
transferts de fonds lorsque la politique d’immigration du pays de destination
est plus restrictive et moins sélective en termes de compétences. S’agissant de
notre étude, selon les estimations de l’équation de première étape l’éducation du
migrant augmente les transferts de fonds (cf. tableau 9).
Les modèles strictement identifiés et les modèles suridentifiés donnent des
résultats cohérents avec notre hypothèse (tableau 9). Les tests de diagnostic ne
rejettent pas la validité des instruments. Trois variables de contrôle supplémen-
taires sont introduites à des fins de robustesse. Les résultats restent robustes.
Les transferts affectent positivement la sécurité alimentaire et ont un coeffi-
cient plus élevé que dans les estimations MCO, tandis que le SPEI a un effet
négatif. La variable interactive continue à avoir un signe positif et significatif.
Par ailleurs et comme attendu, la proportion de personnes vivant sous le seuil
de pauvreté entrave la sécurité alimentaire. Sur la base de la colonne VI.2.3 et
de l’équation 3, nous calculons que des transferts de fonds annuels s’élevant à
259 124,08 francs CFA, soit 470 USD par ménage et 52,51 USD par habitant,
sont nécessaires pour neutraliser l’effet négatif de SPEI sur la sécurité alimentaire.
En 2010, le PIB par habitant du pays est estimé à 592,61 USD. Par conséquent,
sur la base de l’enquête de 2009, les ménages ont besoin de près de 8 % du PIB
par habitant de l’année en envois de fonds pour compenser intégralement l’impact
négatif du SPEI sur la sécurité alimentaire.
72
Variable Sécurité
dépendante alimentaire
VI.1.1 VI.1.2 VI.2.1 VI.2.2 VI.2.3
R 1,27e-05* 1,27e-05* 1,39e-05 1,22e-05** 1,23e-05**
(7,32e-06) (7,54e-06) (6,61e-06) (5,47e-06) (5,62e-06)
Migrant HH – 0,271 – 0,273 – 0,314 0,265 0,276
(0,271) (0,273) (0,248) (0,218) (0,217)
SPEI – 1,044*** – 0,961*** – 1,042 – 0,793** – 0,710**
(0,331) (0,339) (0,350) (0,362) (0,358)
R × SPEI 2,71e-06* 2,74e-06*
(1,51e-06) (1,54e-06)
Luminosity 0,00461 0,00397 0,00434 0,00488 0,00439
(0,00390) (0,00420) (0,00403) (0,00351) (0,00378)
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Poverty incidence – 0,00547 -0,00491 – 0,00555 – 0,0118* – 0,0112*
(0,00487) (0,00491) (0,00514) (0,00608) (0,00600)
Rural – 1,148*** – 1,149*** – 1,122*** – 1,174*** – 1,169***
(0,214) (0,209) (0,209) (0,169) (0,172)
HHH Gender 0,616** 0,622** 0,654*** 0,550***
(0,261) (0,274) (0,246) (0,195)
HHH Age 0,000777 0,000769 0,000777 7,43e-05
(0,00206) (0,00211) (0,00218) (0,00209)
Literacy 0,00365 0,00818
(0,0195) (0,0184)
Teenagers 0,00462 0,00617
(0,0372) (0,0333)
Children 0,0214 0,0156
(0,0278) (0,0239)
Équations de
première étape
Variable dépendante R
Note : Les écarts types robustes sont indiqués entre parenthèses : *** p < 0,01 ; ** p < 0,05 ; * p < 0,1.
73
Les résultats indiquent que les transferts migratoires constituent une stratégie
pour gérer l’insécurité alimentaire. Nous développons maintenant deux aspects
de la question : l’un est lié à l’efficacité et l’autre à l’équité.
Pour améliorer l’effet amortisseur des transferts sur l’insécurité alimentaire,
les gouvernements peuvent chercher à réduire les coûts de transferts. Ainsi, le
Burkina Faso a adhéré aux Objectifs de développement durable. L’objectif 10
et la cible 10.c visent à « réduire à moins de 3 % les coûts de transmission des
envois de fonds des migrants et éliminer les couloirs d’envois de fonds dont les
coûts de transmission sont supérieurs à 5 % ». Par ailleurs, le Burkina Faso risque
de connaître davantage d’épisodes climatiques extrêmes dans un avenir proche.
Cela aura inévitablement un impact sur l’agriculture, qui est la première activité
des Burkinabés. Par conséquent, la mise en œuvre de stratégies visant à éviter la
dépendance à l’agriculture pluviale est utile. Cela pourrait nécessiter de canaliser
les transferts des migrants vers la diversification des activités, permettant ainsi
aux populations d’avoir les moyens de se nourrir en cas de mauvaise récolte.
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Les transferts migratoires constituent une forme de mécanisme d’assurance
autarcique pour les ménages bénéficiaires qui est jugée plus coûteuse en termes de
bien-être que les autres stratégies permettant de faire face au risque (par exemple,
le crédit formel ou informel et la fourniture d’une assurance basée sur la mutua-
lisation des risques au sein d’un groupe). La question de l’équité se pose alors.
Les transferts des migrants ne sont pas un substitut aux filets de sécurité sociale
qui atteignent un plus grand nombre de ménages. C’est-à-dire que les transferts
et les mécanismes de sécurité sociale doivent être compris comme des dispositifs
complémentaires d’assurance. Comme l’a souligné le cinquième rapport du GIEC
sur l’adaptation, « sur l’ensemble du continent, la plupart des mesures d’adap-
tation à la variabilité et au changement climatiques répondent à des motivations
à court terme, se produisent de manière autonome au niveau des ménages et
ne bénéficient pas du soutien des parties prenantes et des politiques gouverne-
mentales » (Niang et al. [2014], p. 1225). Compte tenu de l’intensification de la
variabilité climatique et des catastrophes naturelles, il pourrait être nécessaire de
se concentrer sur des stratégies d’adaptation ex ante, ciblant prioritairement les
populations les plus vulnérables, généralement les plus pauvres.
De telles stratégies devraient être financées de préférence par des initiatives
gouvernementales avec l’aide des migrants par le biais des transferts de fonds.
Les politiques susceptibles de favoriser ces transferts doivent par conséquent être
encouragées. Ainsi, le PNDS (Plan national de développement économique et
social) vise à faire passer la contribution des investissements de la diaspora de
1,9 % en 2011 à 3 % en 2020.
CONCLUSION
Cet article contribue à la littérature qui étudie les effets des transferts de
migrants sur le bien-être des ménages en se focalisant sur le Burkina Faso,
l’un des dix premiers pays d’émigration d’Afrique subsaharienne (World Bank
74
[2010]). De nombreuses études ont déjà mis en évidence le rôle crucial des trans-
ferts dans la réduction de la pauvreté et le financement de l’investissement dans
les secteurs de la santé et de l’éducation. Nous enrichissons cette littérature en
nous concentrant sur le rôle des transferts comme un outil permettant d’amortir
l’impact négatif des chocs climatiques sur la sécurité alimentaire. Nous nous
sommes appuyés sur un ensemble de données originales qui combine, d’une
part, les résultats de l’enquête 2009 de la Banque mondiale sur la migration et
les envois de fonds et, d’autre part, des relevés météorologiques. Ces derniers
ont permis de calculer un indice d’évapotranspiration (SPEI) pour saisir les effets
combinés de la température et des précipitations. Cet indice spatialement diffé-
rencié tient compte du fait que la température conditionne l’effet de la pluie sur
la production agricole. Pour évaluer le rôle critique des conditions climatiques
sur la sécurité alimentaire, l’indice a été calculé sur les six mois de la saison des
pluies. Par rapport aux données de longue période couvrant la période de 1986
à 2009, nous avons constaté que les conditions climatiques de 2009 ont été très
humides à partir de septembre, ce qui a probablement entraîné une plus grande
insécurité alimentaire.
Les résultats montrent que la variabilité climatique affecte négativement la
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sécurité alimentaire au Burkina Faso. De plus, et conformément à notre hypo-
thèse, nous avons mis en lumière l’effet amortisseur des transferts de migrants sur
la sécurité alimentaire au Burkina Faso. À notre connaissance, c’est la première
fois qu’est calculé le montant des transferts permettant de neutraliser l’impact
négatif de la variabilité climatique sur la sécurité alimentaire : il s’élève à 8 %
du PIB annuel par habitant. Les résultats sont robustes à l’inclusion de plusieurs
variables de contrôle, au sous-échantillonnage des données et au biais d’endogé-
néité en s’appuyant sur une stratégie d’identification basée principalement sur la
distance au chemin de fer des ménages. Les résultats peuvent justifier à la fois
les efforts pour améliorer l’efficacité des transferts et la nécessité de favoriser les
filets de sécurité permettant aux ménages les plus pauvres de mieux faire face à
l’insécurité alimentaire dans un contexte de changement climatique.
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Tableau A2. Indice KMO et test de Bartlett
Note : Le test de Barlett de la sphéricité est significatif, ce qui indique que l’hypothèse nulle selon laquelle il n’existe
pas de corrélations entre les variables peut être rejetée.
Initial Extraction
Pièce séparée pour la cuisine 1,000 0,718
Dépenses en viande, œufs et poisson 1,000 0,528
Dépenses en céréales, tubercules et légumes 1,000 0,566
Robinet interne 1,000 0,452
80
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Note : Seules les deux premières valeurs propres supérieures à 1 sont conservées pour calculer l’indice de sécurité
alimentaire. Deux composantes ont des valeurs propres supérieures à 1, comme le montre la figure. Ce sont donc
ces deux composantes et le « loadings » des variables qui sont présentées dans le tableau 3.
Source : Calcul des auteurs à partir de l’enquête de la Banque mondiale de 2009.
81