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Dune 2 Frances

dune 2 en frances

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RSi riches sont les mythes qui demeurent attachés à la personne de

Muad’Dib, l’Empereur Mentat, et à celle de sa sœur Alia, qu’il est difficile de

percer à jour la nature véritable des êtres. Avant tout, il exista un homme né

sous le nom de Paul Atréides, et une femme appelée Alia. Sur leur chair

s’exercèrent les effets du temps et de l’espace. En dépit de leurs pouvoirs

visionnaires qui les affranchissaient des limitations ordinaires de ce temps, de

cet espace, ils demeuraient d’ex-trace humaine et les expériences qu’ils

vécurent furent bien réelles de même que les traces qu’ils laissèrent dans la

réalité. Pour mieux les comprendre, il convient d’admettre que la catastrophe

qu’ils connurent fut une catastrophe pour la race humaine tout entière. Ainsi

donc, l’œuvre que voici est dédiée, non à Muad’Dib ou à sa sœur, mais à leurs

héritiers, à nous tous.

En dédicace à L’Index de Muad’Dib tel qu’il fut retranscrit de la Tabla

Memorium du Culte de l’Esprit Mahdi.

Le règne de l’empereur Muad’Dib suscita plus d’historiens que toute autre ère

de l’Histoire de l’humanité. Nombre d’entre eux défendaient avec une âpreté

jalouse leur point de vue particulier et sectaire mais leur existence même est

révélatrice de l’impact produit par cet homme qui régna sur tant de mondes

divers et qui éveilla tant de passions.

Certes, il portait en lui tous les germes de l’Histoire, idéaux, idéalisés. Né

Paul Atréides au sein d’une Grande Famille des plus anciennes, il reçut

l’éducation prana bindu de sa mère Bene Gesserit, Dame Jessica, et acquit

ainsi un contrôle total de ses muscles et de son système nerveux. Mais avant
tout, il était un mentat. Ses capacités intellectuelles dépassaient celles des

ordinateurs mécaniques prohibées par la religion. Muad’Dib était le kwisatz

haderach, celui que les Sœurs du Bene Gesserit recherchaient depuis des

générations au travers de leur programme de sélection génétique, celui qui

pouvait être « en plusieurs lieux à la fois », le prophète, l’homme par lequel le

Bene Gesserit espérait contrôler le destin de toute l’humanité. Cet homme,

Paul Muad’Dib, devint l’Empereur Muad’Dib et contracta dans le même temps

un mariage blanc avec la fille de l’Empereur Padishah qu’il venait de vaincre.

Vous avez très certainement consulté d’autres études sur cette période

et vous en connaissez les faits principaux. Songez alors au paradoxe, à l’échec

implicite qu’elle recelait. Certes, les farouches Fremen de Muad’Dib balayèrent

les forces de Shaddam IV, les légions des Sardaukar, celles des Grandes

Maisons, des Harkonnen, ainsi que des mercenaires levés grâce à l’argent du

Landsraad. Muad’Dib terrassa la redoutable Guilde Spatiale et plaça sa propre

sœur, Alia, sur le trône spirituel que le Bene Gesserit avait cru à sa portée. Mais

il fit d’autres choses encore. Ses missionnaires de la Qizarate portèrent la

croisade religieuse au sein des étoiles en un jihad qui dura douze années

standard et qui rassembla la plus grande partie de l’univers humain sous une

unique bannière. Tout cela parce que la mainmise d’Arrakis, la planète Dune,

conférait à Muad’Dib, le monopole de cette monnaie suprême : l’épice

gériatrique, le Mélange, le poison qui donne la vie, qui perce le Temps. Le

Mélange, sans lequel les Révérendes Mères ne pouvaient espérer poursuivre

leurs observations de la nature humaine, leur contrôle de l’esprit. Le Mélange,

sans lequel les Navigateurs de la Guilde ne pouvaient affronter l’espace, sans

lequel des milliards et des milliards de citoyens de l’Empire étaient condamnés


à mourir. Le Mélange, sans lequel Paul Muad’Dib ne pouvait être prophète.

Nous savons que ce moment de suprême puissance portait en lui le germe de

son anéantissement et nous ne pouvons en déduire qu’une chose : toute

divination absolue et précise est mortelle. Selon d’autres histoires, Muad’Dib

fut victime de tous ceux qui complotèrent contre lui : la Guilde, les Sœurs du

Bene Gesserit, ainsi que les amoralistes scientistes du Bene Tleilax et les

subterfuges de leurs Danseurs-Visages.

Il en est d’autres encore qui accordent un rôle important aux espions qui

s’étaient glissés dans la demeure de Muad’Dib. Ils mettent l’accent que le rôle

du Tarot de Dune qui obscurcit les pouvoirs prophétiques de Muad’Dib ou sur le

fait qu’il dut accepter l’aide d’un ghola, un être rappelé d’entre les morts et

conditionné pour le détruire. Mais il ne faut point oublier que ce ghola était

Duncan Idaho, le lieutenant du Duc Leto Atréides, qui avait trouvé la mort en

sauvant le jeune Paul et sa mère. Toutes les études, pourtant mettent en

lumière la cabale de la Qizarate, conduite par Korba le Panégyriste. Elles nous

dévoilent en détail le plan qui visait à faire un martyr de Muad’Dib et à

présenter un faux coupable en la personne de Chani, sa concubine fremen.

Mais lequel de ces faits peut-il vraiment nous donner la clé des événements

tels qu’ils furent rapportés par l’Histoire ? Seule la nature mortelle du pouvoir

prophétique nous permet de comprendre l’échec d’une puissance aussi

étendue. Il reste à espérer que d’autres histoires sauront apprendre quelque

chose de cette révélation. Muad’Dib. Une analyse historique, par Bronso d’Ix.

Il n’existe nulle séparation entre les dieux et les hommes : les uns et les

autres se mêlaient parfois sans distinction possible. Proverbes de Muad’Dib.


Sans cesse, les pensées de Scytale, le Danseur-Visage tleilaxu, le

ramenaient à la pitié, une pitié imprégnée de remords et qui s’opposait à la

nature meurtrière du complot qu’il essayait de former. La mort ou le malheur

de Muad’Dib ne m’apportera que des regrets, songeait-il. Bien sûr, il se devait

de dissimuler de telles pensées à ses conjurés. C’était là, cependant, une

qualité caractéristique des Tleilaxu : ils s’identifiaient à la future victime. Dans

un silence maussade, il se tenait à l’écart des autres. Depuis quelque temps, ils

discutaient de l’emploi éventuel d’un poison psychique. Avec véhémence, avec

chaleur, mais aussi avec cette politesse aveugle et soumise que les adeptes

des Grandes Ecoles adoptaient pour tout ce qui touchait de près à leur dogme.

« Alors que vous croyez l’avoir embroché, vous vous apercevez qu’il n’est pas

même blessé ! » C’était la vieille Révérende Mère Gaius Helen Mohiam du Bene

Gesserit qui venait de parler ainsi. Elle était l’hôtesse des conjurés sur Wallach

IX. Sa silhouette roide, drapée de noir, immobile dans le fauteuil à suspenseur,

à gauche de Scytale, évoquait celle d’une sorcière. Elle avait rejeté son aba en

arrière et, sous une mèche de cheveux argent, son visage était un masque de

cuir sombre où seuls vivaient les yeux, au fond des orbites profondes. Ils

conversaient en mirabhasa, le langage des émotions subtiles, fait de

consonnes élidées et de voyelles mêlées. Edric, le Navigateur de la Guilde,

répondit à la sentence de la Révérende Mère par un sourire marqué de

courtoisie et d’une délicieuse politesse dédaigneuse. Il flottait dans une cuve

de gaz orange à quelques pas de Scytale, au centre du dôme transparent que

le Bene Gesserit avait fait dresser spécialement pour cette entrevue. Le

représentant de la Guilde Spatiale avait une apparence vaguement humanoïde.

Sa longue silhouette pouvait tout aussi bien être celle de quelque poisson.
Chacun de ses lents mouvements faisait apparaître les nageoires de ses pieds,

les membranes de ses mains, tandis qu’une pâle émanation orangée s’élevait

des évents ménagés dans la cuve, faisant flotter dans le dôme le parfum du

Mélange… Etrange poisson en un étrange océan.

« Si nous continuons de la sorte, nous paierons notre stupidité de notre

mort ! » Le quatrième conjuré venait d’intervenir. Epouse de l’ennemi commun,

elle n’était en fait admise qu’à titre potentiel dans la conspiration. De plus, se

dit Scytale, elle était l’épouse mais non la compagne de Muad’Dib. Elle se

tenait non loin de la cuve où dérivait Edric. Elle était blonde, grande et belle,

revêtue d’une robe de fourrure de baleine bleue. De simples anneaux d’or

brillaient à ses oreilles. Il émanait d’elle une certaine grandeur aristocratique

mais Scytale pouvait lire dans la tranquillité étudiée de son visage les effets du

contrôle Bene Gesserit. Il détourna ses pensées des nuances du langage pour

se préoccuper de celles de leur situation. Tout autour du dôme se déployaient

des collines ocellées de neige qui reflétait la clarté bleuté du petit soleil à

présent au méridien. Pourquoi ici précisément ? se demanda Scytale. Il était

rare que le Bene Gesserit fît quelque chose sans raison. Le dôme, par

exemple : un espace plus conventionnel, plus confiné, aurait réveillé la

claustrophobie du représentant de la Guilde dont les inhibitions résultaient

naturellement de son milieu naturel : l’espace interstellaire. Mais la

construction même de ce dôme à son intention équivalait à pointer l’index sur

sa faiblesse principale.

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