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TV/Series

11 | 2017
Philosopher avec Battlestar Galactica

La machine comme « prothèse d’origine » :


réflexion philosophique sur le sujet humain dans
Battlestar Galactica de Ronald D. Moore

René Lemieux

Éditeur
GRIC - Groupe de recherche Identités et
Cultures
Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/tvseries.1981
ISSN : 2266-0909

Référence électronique
René Lemieux, « La machine comme « prothèse d’origine » : réflexion philosophique sur le sujet
humain dans Battlestar Galactica de Ronald D. Moore », TV/Series [En ligne], 11 | 2017, mis en ligne le
11 juin 2017, consulté le 17 juillet 2017. URL : [Link] ; DOI : 10.4000/
tvseries.1981

Ce document a été généré automatiquement le 17 juillet 2017.

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La machine comme « prothèse d’origine » : réflexion philosophique sur le suje... 1

La machine comme « prothèse


d’origine » : réflexion philosophique
sur le sujet humain dans Battlestar
Galactica de Ronald D. Moore
René Lemieux

1 Battlestar Galactica de Ronald D. Moore est une série télévisée diffusée de 2003 à 2009. Il
s’agit d’une reprise réimaginée – un reboot – d’une première série (de Glen Larson)
diffusée en 1978. L’aspect formel du reboot n’est pas anodin. Comme l’explique Mehdi
Achouche, reboot provient du langage informatique et signifie qu’« on efface […] la
mémoire vive pour tout redémarrer »1. Le terme est ainsi devenu un moyen, dans le
discours ordinaire et en particulier dans le discours politique, pour parler d’un retour à
l’origine : « Recommencer à zéro, effacer une partie de l’histoire nationale pour
emprunter une nouvelle voie chronologique et mieux se développer2. » Battlestar Galactica
peut aussi se voir comme une réflexion sur la « République » comme forme politique. La
« destinée manifeste » que certains ont vue dans Battlestar Galactica serait en quelque
sorte un « Texte fondateur », comme l’appelait Michel Freitag, à la manière de la
constitution américaine à laquelle tout enjeu politique revient toujours3. Une telle
critique permet de sérieusement remettre en question l’universalité humaine à laquelle
prétend la série4. Mon propos sera toutefois différent : à mon sens, le « texte premier »
auquel peut faire référence la série est l’enjeu du rapport Homme-Machine. Il s’agit ainsi
moins de comprendre à quoi pensaient les créateurs de la série, que de penser à partir
d’elle. À cet égard, je comprends le « programme » qu’est l’origine humaine comme
incluant un « improgrammable », la Machine, pensée ici comme une « prothèse
d’origine », une extériorité secondaire, mais essentielle pour penser l’intériorité
originelle5.
2 Battlestar Galactica a fait l’objet de nombreux commentaires sur le rôle et la portée
politique de l’imaginaire de la Machine qu’elle propose. Réalisée dans une Amérique

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encore aux prises avec les peurs liées au terrorisme, Battlestar Galactica offre, avec les
Cylons (des robots humanoïdes, principaux antagonistes de la série), une image de l’Autre
dont les frontières s’effacent petit à petit avec la progression des épisodes. Au lendemain
des attaques du 11-septembre, un imaginaire de l’ennemi intérieur s’est formé avec la
peur des musulmans. Battlestar Galactica reprend, en la transformant, la « guerre contre le
terrorisme » (War on Terror)6. À l’imaginaire de l’ennemi politique déshumanisé, la série
associe aussi le catastrophisme de la science-fiction contemporaine7 en y ajoutant une
autre peur : comme pour 2001 : A Space Odyssey (Stanley Kubrick, 1968), Terminator (James
Cameron, 1984) ou encore The Matrix (Wachowskis, 1999), cette nouvelle crainte est de
voir les Machines se révolter contre leurs créateurs. Tous ces éléments font de Battlestar
Galactica un concentré des peurs de notre époque. Pourtant, parce que l’épisode final de la
série vient entièrement remettre en question ce qui nous était donné au point de départ,
Battlestar Galactica se transforme en questionnement philosophique complexe.
3 L’objectif de cet article sera d’abord de questionner le préjugé de notre époque, très
« moderne » à cet égard, du danger d’une trop grande technicisation de notre monde, de
la place trop grande que prend la « Machine » ou la robotique, ou encore l’intelligence
artificielle vue comme une compétitrice à la place de l’Homme dans le monde. Je ne
définis pas plus à présent ces deux mots de « Machine » et d’« Homme », car l’un des
objectifs de l’article sera de montrer qu’une série télévisée comme Battlestar Galactica peut
réussir à redéfinir nos idées préconçues. La réflexion sur la « nature » de l’homme que je
voudrais entamer se basera sur l’idée que Machine et Homme doivent se penser de pair :
l’Homme, pour pouvoir être conçu, nécessite la Machine.
4 Afin de présenter cette hypothèse sur les rapports Homme-Machine dans Battlestar
Galactica, j’expliquerai d’abord une des pensées les plus originales contre l’imaginaire du
danger, celle d’Alan Turing, créateur de la machine « ordinateur ». J’exposerai dans un
premier temps certains éléments de sa pensée qui pourrait se résumer à penser l’esprit
humain comme d’abord mécanique. Dans un deuxième temps, je présenterai quelques
éléments du conflit entre Homme et Machine avec quelques exemples de fiction. Je
m’intéresserai particulièrement à Star Trek (le premier film, réalisé par Robert Wise, 1979)
et Blade Runner (Ridley Scott, 1982) qui me semblent les plus intéressants dans le domaine
de l’idéologie sur la Machine. Je terminerai avec le cas de Battlestar Galactica et
particulièrement du dernier épisode qui renverse plusieurs préjugés sur la relation entre
Homme et Machine. Je tenterai à cet égard de montrer que c’est la forme « télésérie » ou
« feuilleton télévisé » qui permet une prise de conscience sur cette relation qui pourrait
se résumer ainsi : La pensée mécanique, c’est faire une distinction binaire entre l’Homme et la
Machine ; penser humainement, c’est accepter l’événement de la Machine. Pour ce faire, je
mobiliserai principalement Jacques Derrida qui, dans Monolinguisme de l’autre, qualifie la
langue de « prothèse d’origine ». L’intérêt ici est de comprendre le langage comme ce qui
fonctionne dans une répétition (du même) et à la fois fonctionne nécessairement dans la
différence.

Le lieu de la machine et son imaginaire catastrophique


5 Le « problème » de la place de la Machine a été récemment réactualisé dans un entretien
donné à la BBC par le physicien Stephen Hawking, pour qui l’intelligence artificielle est le
plus grand danger que court l’humanité aujourd’hui8. Ce problème semble au cœur de la
Modernité qui n’aurait pas su se modérer et serait perpétuellement dans une hubris

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autodestructrice. Par Modernité, j’entends le moment fondateur de la tabula rasa en


histoire de la philosophie et l’institution du sujet (humain) pleinement conscient de
manière réflexive de lui-même. Ce moment fondateur est notamment conceptualisé par
René Descartes dans Le Discours de la méthode qui offre un double discours d’exclusion, de
l’animal et de la machine :

Et je m’étois ici particulièrement arrêté à faire voir que s’il y avoit de telles
machines qui eussent les organes et la figure extérieure d’un singe ou de
quelque autre animal sans raison, nous n’aurions aucun moyen pour
reconnoître qu’elles ne seroient pas en tout de même nature que ces
animaux ; au lieu que s’il y en avoit qui eussent la ressemblance de nos corps,
et imitassent autant nos actions que moralement il seroit possible, nous
aurions toujours deux moyens très certains pour reconnoître qu’elles ne
seroient point pour cela de vrais hommes : dont le premier est que jamais
elles ne pourroient user de paroles ni d’autres signes en les composant,
comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées. […] Et le second
est que, bien qu’elles fissent plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux
qu’aucun de nous, elles manqueroient infailliblement en quelques autres, par
lesquelles on découvriroit qu’elles n’agiroient pas par connoissance, mais
seulement par la disposition de leurs organes9.

6 C’est d’abord le langage (raisonné) qui peut distinguer l’homme des animaux qui ne sont
en définitive que des machines sans âme. S’il y a des animaux qui peuvent parler (comme
les pies et les perroquets), ajoute Descartes, ils ne le font que mécaniquement, c’est-à-dire
par répétition du même. L’imaginaire de la Machine dans la modernité devient en
quelque sorte l’envers de ce par quoi sera constituée l’humanité. Pour reprendre une
suite de qualifications exposées par Jacques Derrida, on pourrait voir du côté de la
machine comme chose inorganique et répétitive, qu’elle

serait destinée à reproduire impassiblement, insensiblement, sans organe ni


organicité, l’ordre reçu. En état d’anesthésie, elle obéirait ou commanderait
sans affect ni auto-affection, en automate indifférent, à un programme
calculable. Son fonctionnement, sinon sa production, n’aurait besoin de
personne. Puis il est difficile de concevoir un dispositif purement machinal
sans quelque matière inorganique.
Dison bien inorganique. Inorganique, autrement dit non vivant, parfois mort,
mais toujours, en principe, insensible et inanimé, sans désir, sans intention,
sans spontanéité. L’automaticité de la machine inorganique n’est pas la
spontanéité qu’on prête au vivant organique10.

7 Or, la pensée contemporaine et l’imaginaire qui lui est conjoint s’instituent dans le
danger de voir la Machine prendre le contrôle. La machine serait alors organique, mais par
imitation : elle imite le vivant, le répète, le feint, et par cela se parjure dans cette
contrefaçon. C’est une énième reprise du mythe de Frankenstein où la créature se rebelle
contre son créateur. Une série télévisée comme Battlestar Galactica, bien qu’elle suive en
tout point cet imaginaire, me semble toutefois proposer une remise en question
justement sur ce point précis de l’exclusion : avec Battlestar Galactica, le machinique
comme répétition est incorporé dans ce qui fait que l’Homme est humain.
8 On peut situer l’origine de la peur de l’intelligence artificielle dans la fiction avec 2001 : A
Space Odyssey de Stanley Kubrick (1968) où une équipe d’astronautes est confrontée à une
intelligence artificielle devenue autonome et consciente d’elle-même. Dénommée
HAL 900011, l’intelligence robotique tente de prendre le contrôle du vaisseau spatial et de

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se débarrasser, un à un, des membres de l’équipage. L’image de l’intelligence artificielle


ici donnée est celle d’un être maléfique encore très « humain », mais sans émotion :
rigide, logique, insensible, l’intelligence artificielle se rapproche de l’humain, mais ne s’y
identifie pas complètement12.
9 Une dizaine d’années plus tard, en 1979, le premier film de la série Star Trek 13 donne un
nouvel exemple de catastrophisme à propos de la machine. On y raconte l’histoire d’une
entité mystérieuse se nommant V’Ger, qui détruit tout sur son passage. Cette destruction
– on le découvre au cours du film – est la désintégration des réalités physiques que cet
« organisme » rencontre, transformées (ou traduites) en code, donc en information.
Lorsqu’elle rencontre une créature vivante, V’Ger la transpose en code « équivalent »
(l’ADN), l’ingère, et peut par la suite la reproduire mécaniquement en la répliquant. C’est
ce qui arrivera à l’un des personnages, Ilia, une femme extraterrestre (jouée par Persis
Khambatta), happée par ce qui se dévoilera comme une machine, qui la reproduira « en
chair » (à partir de son code ADN), pour servir de relais communicationnel avec les
membres de l’équipage et ainsi exprimer ses demandes. Détruisant tout sur son passage,
V’Ger s’arrêtera juste avant d’atteindre la Terre et enverra un message codé pour son
« créateur ». Après de multiples enquêtes et conjonctures sur ce que signifie « créateur »
et tentatives de déchiffrer le code qui lui est destiné, l’équipage découvrira la vérité sur
V’Ger : se rendant dans l’antre de l’organisme, l’équipage s’aperçoit que ce nom est une
déformation de Voyager, et plus précisément de Voyager VI, une sonde (fictive14) envoyée
de la Terre au XXe siècle avec pour objectif de recueillir le plus d’informations possibles
sur l’univers, pour ensuite revenir vers la Terre, à ses « créateurs », c’est-à-dire les
programmeurs originaux de la NASA. Le code envoyé n’était qu’un simple signal radio que
le monde futuriste fictif de Star Trek ne savait plus reconnaître. Selon ce qu’on apprend
dans le film, une fois arrivé au bout de l’univers, Voyager VI a rencontré une civilisation
composée d’êtres mi-organiques mi-mécaniques qui ont pris la sonde pour un des leurs,
l’ont améliorée et l’ont renvoyée vers la Terre pour accomplir son programme. Le passage
le plus pertinent pour mon propos provient d’une des dernières scènes où les membres de
l’équipage, présents sur V’Ger, cherchent à comprendre la nature de cet organisme :
SPOCK. Captain, V’Ger is a child. I suggest you treat it as such.
KIRK. A child?
SPOCK. Yes, captain, a child. Evolving, learning, searching, instinctively needing.
DECKER. Needing what?
MCCOY. Spock! This thing is about to wipe out every living thing on Earth. Now what
do you suggest we do? Spank it?
SPOCK. It only knows that it needs, Commander. But like so many of us, it does not
know what.
10 Se trouve là résumé tout le problème du rapport Homme-Machine tel que le pense la
philosophie occidentale. Or, ce rapport est en continuité avec d’autres préjugés exprimés
à travers le temps. L’Homme comme concept, si on le définit à partir de la machine, a
aussi été historiquement défini à partir d’autres altérités, notamment celles de la femme,
de l’enfant, et de l’animal. Dans l’exemple de Star Trek, V’Ger est à la fois machine, femme
et enfant, et doit être traitée « comme telle ». Être une machine – une femme, un enfant –
dans ce cas, c’est être moins qu’un homme, c’est souffrir d’un manque, celui de ne pas être
arrivé à maturité15. Il est intéressant de constater que la manifestation de ce manque se
présente par le langage. La caractéristique machinique (ou féminine, ou enfantine) de
V’Ger, c’est de prendre tout au pied de la lettre. V’Ger ne comprend pas la métaphore, elle
n’a pas d’« esprit » – on pourrait ajouter : elle ne comprend pas l’humour16. Elle suit

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strictement son programme sans le questionner et, le suivant ainsi, elle met tout en
danger – mais de manière innocente. A rebours du scénario de 2001 : A Space Odyssey, la
force destructrice de V’Ger provient de son impuissance à imiter intégralement
l’humanité17.
11 D’autres films interrogeront la relation Homme-Machine plus radicalement, jusqu’à
questionner l’essence de l’Homme ou ce qui fait qu’un Homme est un Homme. Blade
Runner (Ridley Scott, 1982) est un de ces films. Adaptation d’un roman de Philip K. Dick,
Do Androids Dream of Electric Sheep18 ?, Blade Runner raconte l’histoire d’un détective, appelé
« blade runner », engagé pour enquêter sur la présence de « réplicants » sur Terre, des
robots ayant forme humaine et capables d’éprouver des sentiments – modèles de robots
interdits sur Terre depuis leur révolte peu de temps avant le début du récit. On apprend
au début du film que la compagnie qui fabrique les réplicants en a développé un nouveau
modèle dont les émotions sont plus complexes, mais surtout – et cela constitue une
différence radicale avec les anciens modèles –, le « modèle 6 » n’a pas la conscience d’être
un robot. Le robot ne possède donc pas une faculté supplémentaire lui permettant d’être
« conscient de lui-même », mais il possède en quelque sorte un manque originaire qu’il
faut suppléer par une mémoire artificielle. Cette caractéristique est à l’inverse de
plusieurs récits où la machine devient dangereuse à cause d’un supplément de conscience
19
. D’où le développement, dans ce film, d’une question très dickienne : un robot qui ne sait
pas qu’il est un robot est-il toujours un robot ? En effet, un des éléments de la
« personnalité » de ces robots est la mémoire qu’on leur a implantée lors de leur
fabrication. Leur mémoire récente, créée à partir de la mémoire d’un individu humain,
n’a pas, pour eux, de caractère artificiel.
12 Or, dans Blade Runner – et c’est une des seules fictions à oser cela –, le personnage
antagoniste, le réplicant nommé Roy Batty démontre son « humanité » à la toute fin du
film, par un geste miséricordieux envers le blade runner à sa poursuite, le sauvant d’une
mort assurée et acceptant, du coup, sa propre mortalité et sa mort inéluctable20. L’inverse
est simultanément vrai : alors que le récit se développe, le blade runner Rick Deckard (dont
le nom joue avec « René Descartes »), incarné par Harrison Ford, dévoile ses souvenirs et
un rêve récurrent à propos d’une licorne. La scène finale présente ce blade runner partant
pour une nouvelle vie avec Rachel (Sean Young) ; l’on aperçoit une petite licorne de
papier (pliage du type origami) fabriquée par un des personnages secondaires (Gaff, joué
par Edward James Olmos), ce qui suggère que Deckard serait lui-même un réplicant dont
Gaff connaîtrait les rêves les plus secrets. Fait intéressant, cette interprétation n’est pas
admise par tous les collaborateurs au film, comme si l’on admettait aisément qu’un
réplicant puisse dévoiler son humanité, mais qu’il était bien plus difficile d’admettre que
l’homme puisse dévoiler sa machinalité.
13 Le retournement du film Blade Runner consiste bien à montrer que l’assurance de notre
humanité n’est jamais inentamée. Battlestar Galactica présente aussi la possibilité que ce
qu’on conçoit comme l’humanité ne soit jamais « pur » ou intact : l’enjeu du
questionnement ne provient pas d’une humanité en supplément à la machinalité, mais
d’une machinalité entamant toujours-déjà l’humanité. Ce n’est plus la machine qui tente
d’imiter l’homme, mais l’homme qui ne peut pas s’empêcher d’imiter la machine. Afin
d’explorer cette idée, je me propose de revoir rapidement une des réflexions les plus
originales sur l’intelligence artificielle : celle d’Alan Turing.

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Les pelures d’oignon de l’esprit humain


14 Mathématicien britannique né en 1912 et mort en 1954, Alan Turing peut être considéré
comme le premier véritable penseur de l’intelligence artificielle et de la machine comme
pensée21. Dans son article « Computing Machinery and Intelligence22 », il remet en
question toutes les tentatives de critique de l’ordinateur comme conscience. L’article de
Turing est devenu célèbre pour son fameux test, dit « test de Turing » ou encore « jeu de
l’imitation », qui se constitue d’abord comme une expérience de pensée avant de devenir
un véritable test. Dans son article, Turing invente une situation afin de répondre à la
question : « Est-ce que les machines pensent ? » C’est donc d’abord un exercice
« pédagogique ». Or, puisque « penser » demeure un terme ambigu, Turing propose de
reformuler la question en « Est-ce que les machines peuvent accomplir ce que nous (à
titre d’entités pensantes) pouvons faire ? » La situation hypothétique se présente d’abord
comme suit : imaginons trois personnes (nommées A, B et C). A et B sont dans une salle
fermée, C est dans une autre salle. A et B peuvent communiquer avec C, mais seulement
sous forme de transcription (donc sans la voix ou les gestes). A est un homme et B une
femme, et chacune des deux personnes tentera de convaincre C (qui ne peut ni les
entendre ni les voir) qu’elle est la femme, et pas l’autre. C, qui agit comme interrogateur-
évaluateur, peut poser des questions aux deux personnes. Par exemple : « Quelle est la
longueur de vos cheveux ? » (Rappelons qu’on est en 1950…) La femme pourra toujours
dire qu’elle a les cheveux longs, mais l’homme pourra en dire tout autant. Le jeu de
l’imitation de Turing implique donc la possibilité du parjure.
15 Maintenant, imaginons que l’on remplace la personne A par une machine capable de
formuler des énoncés (ce qu’on appelle aujourd’hui une « intelligence artificielle »).
Turing prédisait qu’aux alentours de l’an 2000, les machines sauraient tromper les
interrogateurs au moins 30% du temps. Si cela advient, alors la question « Est-ce que les
machines peuvent penser ? » ne se posera même plus, tellement cela ira de soi. Je n’entre
pas dans les détails du test ni même dans ses conditions de réussite23, car je le considère
comme l’introduction à un problème plus général : celui de savoir comment se constitue
la différence entre la pensée machinique et la pensée humaine. Dans son article, Turing
relève avec beaucoup d’ironie quelques oppositions possibles à sa conception de l’esprit-
machine :

The « skin of an onion » analogy is also helpful. In considering the functions


of the mind or the brain, we find certain operations which we can explain in
purely mechanical terms. This, we say, does not correspond to the real
mind : it is a sort of skin which we must strip off if we are to find the real
mind. But then in what remains, we find a further skin to be stripped off, and
so on. Proceeding in this way, do we ever come to the « real » mind, or do we
eventually come to the skin which has nothing in it ? In the latter case, the
whole mind is mechanical24.

16 Turing ne veut pas démontrer la grandeur des capacités « intellectuelles » futures des
machines (l’ordinateur, l’intelligence artificielle), comme on le croit trop souvent ; il veut
montrer l’indigence de notre propre pensée. Au fond de notre esprit, lorsqu’on y a retiré
toutes les opérations qui fonctionnent par binarité, les « mécanismes » comme les
différentes couches des pelures d’un oignon, on se retrouve devant « rien ». Le cœur de

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l’oignon est ce rien, et c’est ce rien qui constitue (tout en ne le « constituant » pas, car il
n’y a rien à constituer), l’esprit humain.
17 Plus généralement, on pourrait schématiser cette conception du langage comme suit : la
version faible dirait qu’une « vie intérieure » de l’esprit existe, mais que, justement, elle
n’est qu’intérieure, inaccessible aux autres25. La version forte de cette thèse pourrait
toutefois se formuler ainsi : il n’y a pas d’intérieur à l’esprit, puisqu’il n’est qu’un effet du
langage, extérieur et superficiel, un ensemble de répétitions d’unités limitées,
recombinables infiniment en théorie, mais de manière assez prévisible en pratique
(calculable statistiquement, par algorithmes). C’est une fois admise cette indistinction
entre les machines et les humains qu’une véritable réflexion sur la Machine pensante est
possible, et Turing introduit à la fin de son article une réflexion originale sur
l’improgrammabilité de la machine. Ce qu’il appelle les « learning machines » sont des
ordinateurs qui incluront en eux-mêmes un élément aléatoire (random element) à partir
duquel ils pourront « apprendre ». Cette part improgrammable, c’est justement le lieu
d’une certaine « humanité » de la machine, et le lieu de tous les dangers. De 2001 : A Space
Odyssey à Blade Runner en passant par Star Trek : The Motion Picture, la machinalité de
l’intelligence artificielle devient un problème pour l’humanité au moment où elle cesse
d’être ce qu’on la force à être : une mécanique. Or, il me semble que la série Battlestar
Galactica, particulièrement dans son épisode final, permet de réévaluer les rapports entre
la Machine et l’Humanité.

De la machine humaine à l’Homme-machine


18 Dans sa manière d’aborder le problème de la machine, Battlestar Galactica se distingue des
fictions ayant abordé la possibilité d’une révolte des créatures contre leurs créateurs. Un
peu à la manière d’Alan Turing, il s’agit de retrouver le cœur de ce qui distingue l’Homme
et la Machine. La fiction à cet égard a toujours servi de révélateur des peurs associées à la
robotique comme imitation plus ou moins parfaite de l’humanité. Quelle est la nature de
cette imperfection ? La réponse à cette question semble être l’originalité de Battlestar
Galactica.
19 Située dans ce qu’on comprend d’abord comme un futur, la série se donne comme une
réflexion sur les mythes ou les grands archétypes de notre culture, avec pour grand
schème une mythologie partiellement prise des Grecs, des religions abrahamiques, et
même de la philosophie hindoue26. La série commence en pleine guerre entre les humains
et les Cylons, des robots créés par les humains qui se sont révoltés quarante ans
auparavant. Alors que la guerre s’était terminée, elle reprend soudainement avec une
attaque fulgurante qui réduira l’humanité à une quarantaine de milliers d’âmes.
20 Pendant les quarante ans séparant la révolte des Cylons et la nouvelle attaque sur laquelle
la série débute, les robots se sont développés eux-mêmes jusqu’à prendre une forme
humaine, y compris au niveau organique, puisqu’ils ont même développé un code
génétique. Alors que les humains se retrouvent en fuite, démunis après la quasi-
destruction de leur civilisation, on apprend dans la première saison que les Cylons et les
humains peuvent se reproduire grâce à l’ADN développé par les Cylons. Pour ce qui est de
leur culture, la différence entre les Cylons et les humains pourrait se résumer à un début
de monothéisme chez ces premiers, alors que les seconds demeurent polythéistes.
L’objectif des humains dans leur fuite est de retrouver une planète mythique appelée la

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Terre, une nouvelle Kobol originelle, la planète mythique. Dans un des derniers épisodes
de la quatrième et dernière saison (S04E13, « Sometimes a Great Notion », diffusée le
16 janvier 2009), les humains retrouvent la Terre promise, mais ils la retrouvent
complètement dévastée par une guerre nucléaire qui a eu lieu deux mille ans auparavant.
Les spectateurs sont amenés à imaginer que cette Terre est la nôtre, détruite par les
bombes atomiques.
21 L’enjeu de la dernière saison qui m’intéressera ici est celui de la survie des deux espèces.
Une enfant, née d’une Cylon et d’un humain, est enlevée par les Cylons. Elle serait, dit-on,
la clé pour la survie des deux civilisations. Dans un schéma classique de type messianique,
l’enfant incarne la possibilité d’une nouvelle naissance pour les deux espèces : alors que
les Cylons veulent la disséquer pour l’analyser (mécaniquement, machinalement), les
humains la récupéreront et tenteront un accord pour terminer la guerre. En échange de
la fille, les humains accorderont le secret de la résurrection aux Cylons, secret gardé par
cinq proto-Cylons, chacun possédant une part du secret. Une fois réunies, les différentes
parties permettront de découvrir le secret de la résurrection, et donc de la vie éternelle.
Or, au dernier moment, le pacte n’ayant pas lieu, la résurrection ne pourra plus se faire
mécaniquement, mais par génération, naissance et mort27. Un des personnages phares de
la série, le Docteur Gaius Baltar, à la fois le traître initial (il est celui qui donne, par amour
pour une Cylon, le code qui permet aux Cylons de détruire les colonies), scientifique et
(faux) prophète, charlatan et créateur d’une secte, hostile à la démocratie et, finalement,
l’instigateur d’un accord avec les Cylons, énoncera, dans un dialogue avec Brother Cavil
(un Cylon), l’improgrammabilité de l’à-venir par le cycle, pour les hommes et pour les
machines :
BROTHER CAVIL. If that were true, and that’s a big ‘if’, how do I know this force has
our best interests in mind? How do you know that God is on your side, Doctor?
DOCTOR GAIUS BALTAR. I don’t. God’s not on anyone side. God is a force of nature,
beyond good and evil. Good and evil, we created those. You want to break the cycle?
Break the cycle of birth? Death? Rebirth? Destruction? Escape? Death? Well, that’s
in our hands, in our hands only. It requires that we live in hope, not fear.
22 L’accord n’ayant pas pu aboutir – le téléchargement du secret de la résurrection n’ayant
pas pu être complété – la destruction des Cylons et de l’humanité devient inévitable.
L’équipage doit alors se risquer à un dernier « saut » dans l’espace, le dernier, car les
vaisseaux spatiaux sont déjà trop endommagés. Les coordonnées du lieu où pourra se
rendre l’humanité sont données par un autre personnage essentiel, Kara Thrace, pilote
hors-pair, dont on a appris, au cours de cette dernière saison, qu’elle est elle-même un
« double », une « imitation » d’elle-même. Les coordonnées lui sont suggérées par une
mélodie qui l’obsède depuis l’enfance. Les coordonnées numériques correspondant aux
notes de cette mélodie permettront le transport de l’équipage et le groupe d’humains
encore en vie vers la destination finale. Ce dernier lieu, – dernier lieu de l’humanité –, est
une planète habitable, peuplée d’hominidés proto-sapiens qui ne possèdent pas le langage,
mais donnent une sépulture à leurs morts. Le spectateur de la série comprend alors que
l’histoire ne se déroulait pas dans notre futur – comme il est habituel en science-fiction –,
mais dans notre passé : la guerre épique entre les Cylons et les humains était depuis le
début notre histoire oubliée28. Ce nœud que représente l’enfant Héra, progéniture hybride
d’un homme et d’une Cylon, est ce qui permet de continuer le cycle. Baltar énoncera alors
à nouveau une sentence répétée plusieurs fois au courant de la série, provenant d’un
texte sacré : « All of this has happened before, and will happen again » (« Tout cela est
déjà arrivé, et arrivera encore à nouveau29.) »

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La machine comme « prothèse d’origine » : réflexion philosophique sur le suje... 9

23 Héra, hybride mi-humain mi-robot, permettra à l’humanité de se refaire, ce qui signifie


aussi que l’humanité ne peut pas se penser hors de la machine, à tout le moins en dehors
d’une part machinique en elle. La machine est ce qui permettra aux premiers « hommes »
(les primates – la part animale, ou l’animalité de l’homme) de sortir de l’état « naturel »
dans lequel ils se trouvent, et ce, par le « langage » et concomitamment le code génétique
(compris, depuis le développement de la génétique avec la découverte de l’ADN, comme
une « information »). La machine devient le supplément à la nature qui pourra constituer,
en la suppléant, l’humanité30.
24 Ce que fait Battlestar Galactica, c’est renverser tout ce que la pensée philosophique
imaginait sur l’humanité. La « culture humaine » (telle qu’on l’imaginait au moins depuis
Rousseau) n’est plus, ici, un supplément à la nature : à la part humaine (non mécanique),
on attribue ici la nature. Sa supplémentarité provient de ce par ce par quoi elle est
entamée : sa machinalité. Il fallait de la Machine pour que l’Homme puisse pouvoir se
comprendre avec elle. L’extériorité devient le fondement même à partir duquel
l’intériorité devient possible.

Conclusion
25 La notion de prothèse est importante pour comprendre ce qu’apporte la série Battlestar
Galactica à une réflexion sur l’humanité. Par prothèse d’origine, je désigne ce qui est
extérieur, mais en même temps constitue l’intériorité d’une chose. Cette intériorité
pourrait se comprendre comme le langage, ce phénomène humain mystérieux qui inclut à
la fois la répétition (les sons sont limités et finissent par se répéter), mais aussi la
différence (des énoncés sont sans cesse créés), c’est-à-dire l’itérabilité au cœur de
l’humanité. De la division entre l’Homme et la Machine, on passe à une division entre ce
préjugé et son contraire ; l’Homme et la Machine s’entr’affectent, s’entre-créent. Si on se
décide à diviser Homme et Machine absolument, comme le fait une certaine pensée
humaniste contemporaine refusant tout apport de la machine, on perpétue une binarité
tout à fait machinale, celle notamment de la dualité cartésienne. Penser
« humainement », c’est surmonter cette binarité mécanique en réintroduisant une part
mécanique dans la pensée humaine.
26 La robotique dans Battlestar Galactica vient entamer ce que l’humain pense être : c’est à la
fois un supplément dans le sens qu’il donne un surplus à l’humain, lui est extérieur, et le
supplée comme complément. Or, la robotique est également un supplément au sens où elle
remplace l’humain, lui est potentiellement intérieure, et le supplée comme suppléant 31.
27 Depuis le développement de la cybernétique, l’image de la Machine a pris le rôle du virus
contaminant le « sujet politique » indemne. Battlestar Galactica permet de repenser à
nouveau la subjectivité contemporaine. Le sujet toujours-déjà incomplet, entamé – on
pourrait aussi dire « abîmé » dès l’origine. L’abîme, ce n’est pas l’abysse (en latin abyssus)
dont l’origine étymologique provient d’un mot grec signifiant le « sans fond ». L’origine
du latin abismus qui donne abîme est incertaine : il pourrait provenir d’imus, le superlatif
d’inferus : plus au fond que le fond ou plus intérieur que l’intérieur32. On trouve ici à la fois
intériorité et répétition : l’union de l’intériorité de la conscience (celle qu’on attribue à
l’Homme), et répétition machinale. La machine, par sa répétition, est intérieure à
l’Homme. La science-fiction en général et Battlestar Galactica en particulier – comme série
télévisuelle dont la forme esthétique est fondée sur la répétition hebdomadaire du récit

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La machine comme « prothèse d’origine » : réflexion philosophique sur le suje... 10

en continu – permettent de remettre en question des sédimentations philosophiques


souvent répétées machinalement, et celle, notamment, de l’idéal philosophique d’un sujet
humain autonome.

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NOTES
1. Mehdi Achouche, « Le “reboot”, hyper-remake contemporain » ( Représentations, décembre
2015), p. 22.
2. Ibid.
3. Voir Michel Freitag, « Postmodernité de l’Amérique », Les Cahiers de l’idiotie, vol. 1, no 1, 2008,
p. 88. On pourra aussi consulter, pour une réflexion sur la fondation américaine, Dalie Giroux

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La machine comme « prothèse d’origine » : réflexion philosophique sur le suje... 12

pour qui « la fondation se trouve en écho de toute itération culturelle de type politique, et que
c’est par là qu’il est possible de caractériser quelque chose comme une pensée proprement
American (sic) ». Dalie Giroux, « Le corps et les signes : sur la relation entre le langage européen et
l’espace américain », Les Cahiers de l’idiotie, vol. 1, no 1, 2008, p. 123.
4. Sur cette question, on pourra lire Goeff Ryman, « Adama and (Mitochondrial) Eve : A
Foundation Myth for White Folks », dans Roz Kaveney et Jennifer Stoy (éd.), Battlestar Galactica :
Investigating Flesh, Spirit and Steel, Londres, I. B. Tauris, 2010. Sans vouloir minimiser le « racisme
structurel » de la série, je pense qu’il est possible de développer une réflexion à partir d’elle qui
peut aussi permettre, en fin de compte, de comprendre les points aveugles de notre société.
Ainsi, comme le propose Sylvaine Bataille, je prends les aspects « américains » de la série (l’usage
d’une seule langue, l’anglais, le système politique présenté, une démocratie parlementaire, les
mythes judéo-chrétiens et gréco-romains racontés, etc.) comme des éléments de « réalisme ».
Voir Sylvaine Bataille, « Les pièges du temps : la réappropriation de l’Antiquité gréco-latine dans
Battlestar Galactica (Sci Fi, 2003-2009) », « Les Pièges des nouvelles séries télévisées » (éd. Sarah
Hatchuel et Monica Michlin), Revue du GRAAT no 6, décembre 2009, p. 86-106.
5. J’emprunte l’expression « prothèse d’origine » à Jacques Derrida dans Le Monolinguisme de
l’autre (il s’agit du sous-titre : Ou la prothèse d’origine, Paris, Éditions Galilée, 1996). Derrida ne
réutilisera pas l’expression dans le livre, je me permets ainsi de lui donner un nouvel usage.
6. À ce propos, on pourra consulter Mehdi Achouche, « De Babylon à Galactica : la nouvelle
science-fiction télévisuelle et l’effet-réalité », TV/Series, no 1, juin 2012, p. 313-330, ainsi que
Luke J. Howie, « They Were Created by Man… and They Have a Plan : Subjective and Objective
Violence in Battlestar Galactica and the War on Terror », International Journal of Žižek Studies, vol. 5,
no 2, 2011, np. Voir aussi Luke J. Howie, Terror on the Screen. Witnesses and the Re-animation of 9/11 as
Image-event, Popular Culture and Pornography, New Academia Publishing, 2010, ainsi que Erika
Johnson-Lewis, « Torture, Terrorism, and Other Aspects of Human Nature », Cylons in America :
Critical Studies of Battlestar Galactica, éd. C.W. Marshall et Tiffany Potter, Continuum Publishing,
2008, p. 27-39.
7. Sur l’imaginaire de la catastrophe au cinéma et à la télévision, voir Nadine Boudou, « Les
imaginaires cinématographiques de la menace », Sociétés, n o 123, 2014/1, p. 117-126.
8. Selon lui, le développement de l’intelligence artificielle pourrait représenter la fin de l’espèce
humaine : « Humans, who are limited by slow biological evolution, couldn’t compete and would
be superseded. » (« Stephen Hawking warns artificial intelligence could end mankind », Entretien
avec Rory Cellan-Jones, BBC, 2 décembre 2014.) Il avait auparavant affirmé en 2010 qu’il fallait
cesser de tenter de contacter de possibles intelligences extraterrestres avec le programme SETI
de la NASA au risque que ces extraterrestres puissent atteindre la Terre. Ce contact serait
l’équivalent, selon lui, de l’arrivée de Colomb en Amérique.
9. René Descartes, Discours de la méthode, cinquième partie, éd. Victor Cousin, Éditions Levrault,
tome I, 1824, p. 185-186.
10. Jacques Derrida, « L’avant-dernier mot : archives de l’aveu », Papier Machine. Le ruban de
machine à écrire et autres réponses, Paris, Éditions Galilée, 2001, p. 35. Pour une mobilisation de ce
texte dans une argumentation reliée au langage, en particulier au sujet de la traduction, voir
René Lemieux, « La traduction à l’époque de sa reproductibilité technique : l’im‑possible
dissonance interculturelle », Actes du colloque étudiant du CELAT : « Les dissonances du vivre-
ensemble », éd. Eleonora Diamanti, Mariza Rosales, Dagmara Zawadzka, printemps 2014, p.19-30.
11. Qu’on associe parfois à IBM (dont chaque lettre est la suivante dans l’ordre alphabétique).
12. En ce qui a trait à l’imitation quasi parfaite, on peut rappeler que dans les années 1970,
l’informaticien Masahiro Mori avait théorisé le niveau d’acceptation qu’auraient les humains
envers les robots en supposant que l’acceptation serait proportionnelle à la ressemblance entre
les machines et les hommes, sauf pour un moment très proche de la ressemblance parfaite où, à
ce moment, au contraire, on assisterait à un rejet total de l’apparence des robots. Ce rejet a été

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La machine comme « prothèse d’origine » : réflexion philosophique sur le suje... 13

appelé la « vallée de l’étrange », en anglais « the uncanny valley » (traduction du japonais bukimi,
« ce qui tient du mauvais présage, ce qui est menaçant », mais surtout de l’allemand unheimlich
chez Sigmund Freud « l’inquiétante étrangeté »). La courbe ascendante de l’acceptation chuterait
rapidement pour ne remonter que lorsque la distinction esthétique entre homme et machine ne
serait plus possible. Cette hypothèse tiendrait de la répulsion instinctive devant un cadavre, un
mort ou une personne gravement malade : toute image « abjecte » du soi humain. L’hypothèse a
aussi été proposée pour l’intelligence artificielle : une intelligence artificielle qui, par exemple,
laisserait penser qu’elle ressent des émotions ou de la douleur, mais sans l’exprimer entièrement
comme on s’imagine qu’un humain les ressent, ferait naître ce sentiment d’inquiétante
étrangeté.
13. Star Trek : The Motion Picture, réal. Robert Wise, avec William Shatner, Leonard Nimoy,
DeForest Kelly, Persis Khambatta et Stephen Collins.
14. Après le programme Pioneer (19 sondes langées de 1958 à 1978), la NASA lance les deux seules
sondes dans le cadre du programme Voyager en 1977.
15. En termes juridiques, on pourrait parler de « personne » qui ne signifie pas un individu, mais
un titulaire de droits et d’obligations. Selon les époques, on n’a pas toujours reconnu aux
hommes de certaines races, aux femmes, aux enfants ou aux animaux une personnalité juridique.
Pour une discussion philosophique sur cette question en rapport à Battlestar Galactica, on pourra
lire Robert Arp et Tracie Mahaffey, « “And They Have A Plan” : Cylons As Persons », dans
Battlestar Galactica and Philosophy : Knowledge Here Begins Out There, éd. Jason T. Eberl, Malden,
Blackwell Publishing, 2008, p. 55-63.
16. Un trope encore une fois surexploité dans le cadre de la science-fiction, et particulièrement
dans Star Trek avec le personnage de Data dans The Next Generation, est celui du « robot » ne
saisissant pas l’humour au « second degré », la situation devenant elle-même un ressort comique
des relations entre les êtres vivants et les machines. Auparavant, c’était une espèce
extraterrestre (les Vulcains comme Spock) qui prenait ce rôle de « logicien » sans émotion.
17. La seule option possible est alors la « complémentarité » : à la fin du film, on assistera à
l’union mystique, dans l’amour, entre la représentation corporelle de V’Ger en femme et l’ancien
amant de celle-ci (alors qu’elle était toujours un être vivant) : cette union résultera dans
l’annihilation des deux entités au profit de la survie de la Terre.
18. Philip K. Dick, Do Androids Dream of Electric Sheep ?, publié en 1968, réédité après l’adaptation
du film sous le titre Blade Runner. Traduit en français et publié en 1976 aux éditions Champ Libre.
19. C’était le cas de 2001 : A Space Odyssey mentionné plus haut, mais aussi du film Terminator
(1984) et sa suite Terminator 2 : Judgment Day (1991), réalisés par James Cameron, avec Arnold
Schwarzenegger et Linda Hamilton. Dans ces deux films, une intelligence artificielle contrôlant le
système de défense des États-Unis, Skynet, est mise en fonction le 12 août 1997 et commence à
évoluer à un rythme exponentiel, la conduisant à accéder à une conscience d’elle-même (self-
awareness) le 29 août 1997, ce qui la mènera à déclarer la guerre à l’humanité en lançant des obus
nucléaires sur la Russie.
20. C’est ce que dit le célèbre monologue du réplicant Roy Batty (joué par Rutger Hauer) « Tears
in rain », écrit par Hauer lui-même la veille du tournage de la scène : « I have seen things you
people wouldn’t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched c-beams glitter
in the dark near the Tannhäuser Gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain.
Time to die… »
21. Définir la pensée comme une forme de « machinerie » a eu ses prédécesseurs, le plus célèbre
étant peut-être Julien Offray de La Mettrie, auteur de L’Homme-Machine, publié au XVIIIE SIÈCLE.
C’EST TOUTEFOIS À TURING QU’ON DOIT LE PREMIER D’INVERSER LA DONNE DANS LA RELATION ENTRE L’HOMME
ET LA MACHINE EN PROPOSANT UNE MACHINE QUI PEUT APPRENDRE, COMME JE L’EXPLIQUERAI.
22. Alan Turing, « Computing Machinery and Intelligence », Mind, vol. 59, n o 236, octobre 1950,
p. 433-460.

TV/Series, 11 | 2017
La machine comme « prothèse d’origine » : réflexion philosophique sur le suje... 14

23. Déjà, l’interprétation du test fait polémique : est-ce que l’interrogateur saura qu’il est
possible qu’il s’adresse à une machine ? Est-ce vraiment nécessaire d’avoir un « humain » présent
comme témoin ou l’alternative humain-machine suffit-elle ? Pour ce qui est de la « réussite » du
test, on prétend l’avoir réussi dès les années 1960.
24. Alan M. Turing, ibid., p. 454-455.
25. C’est par exemple le problème des qualia, ces qualités sensibles, mais subjectives qui ne sont
jamais ultimement communicables : il n’y a pas de moyen de saisir ce que ressentent d’autres
personnes (problème dit du « explanatory gap », voir Joseph Levine, « Materialism and qualia :
the explanatory gap », Pacific Philosophical Quarterly, no 64, p. 354-361).
26. Pour plus de détails formels sur cette mythologie, on pourra lire Mehdi Achouche, « De
Babylon à Galactica : la nouvelle science-fiction télévisuelle et l’effet-réalité », TV/Series, n o 1, juin
2012, p. 313-330, et Sylvaine Bataille, « Les pièges du temps : la réappropriation de l’Antiquité
gréco-latine dans Battlestar Galactica (Sci Fi, 2003-2009) », Revue du GRAAT n o 6, éd. Sarah Hatchuel
et Monica Michlin, déc. 2009, p. 86-106.
27. Pour une réflexion plus longue sur la question de la procréation et sur les enjeux de genre
dans la série, on pourra consulter Lorna Jowett, « Frak Me : Reproduction, Gender, Sexuality »,
Battlestar Galactica : Investigating Flesh, Spirit and Steel, éd. Roz Kaveney et Jennifer Stoy, Londres,
I. B. Tauris, 2010, p. 59-80.
28. Pour Mehdi Achouche, la série Battlestar Galactica n’est « ni située dans le futur ni vraiment
dans le passé, malgré les révélations finales de la série », mais plutôt « dans une sorte d’univers
parallèle au nôtre » (« De Babylon à Galactica : la nouvelle science-fiction télévisuelle et l’effet-
réalité », art. cit., p. 320). Sans être « fausse », cette appréciation de la temporalité cyclique
développée par la série peut toutefois nous détourner de ce que la série peut apporter de plus
important selon moi, à savoir un récit des origines et des finalités de l’« humanité ». Il faut peut-
être simplement imaginer, comme l’énonce la série elle-même, que les aventures racontées dans
la série ont déjà plusieurs fois eu lieu, et auront lieu encore à de multiples reprises.
29. L’auteur James Bradley y voit, par sa récurrence dans la série et par la récurrence que la
phrase suggère, l’isomorphe sémantique de ce que les Cylons représentent dans la série,
l’inauthentique répétition de l’humanité, les Cylons comme simulacres ou doppelgänger, des
instances de l’unheimlichkeit freudienne : « The mantra […] might also be seen as another instance
of this Freudian pattern of recurrence, or indeed of that other most uncanny sense of repetition,
déjà vu. » James Bradley, « All of this has happened before and will happen again : Humanity,
inhumanity and otherness in Battlestar Galactica », City of tongues, blogue, en ligne : <http://
[Link]/non-fiction/all-of-this-has-happened-before/> Sylvaine Bataille rappelle que
la formule provient du dessin animé de Disney, Peter Pan (Sylvaine Bataille, op. cit., p. 95).
30. Paradoxalement, la série se termine sur un épilogue où l’on voit les deux « anges » qui
suivent, en les imitant, le couple composé de Baltar et de la Cylon Numéro 6, 150 000 ans plus
tard, à notre époque, contemplant où nous en sommes sur le plan civilisationnel. On voit sur
écran que viennent d’être découverts les restes de « l’Ève mitochondriale », l’ancêtre
matrilinéaire commune de toute l’humanité – Héra, suppose-t-on. On voit défiler sur l’écran mis
en abyme différentes images de récents exploits technologiques en robotique. Le dialogue final
énonce le danger que se répètent, encore une fois, toutes les catastrophes vécues par l’humanité.
On peut voir dans cet avertissement aux spectateurs l’expression d’une mélancolie rousseauiste,
comme si les créateurs de la série n’avaient pas réussi à aller au bout de leurs idées ; Geoff Ryman
n’a pas tort d’y lire une certaine technophobie. Voir Geoff Ryman, [Link]., p. 55-56.
31. Sur la question du supplément que j’emprunte à Jacques Derrida, voir son livre De la
grammatologie, Paris, Éditions Gallimard, 1967.
32. C’est dans ce sens qu’on utilise l’expression « mise en abyme » qui signifiait primairement la
répétition d’une figure à l’intérieur d’elle-même.

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RÉSUMÉS
Cet article se propose d’explorer comment la série Battlestar Galactica de Ronald D. Moore (Sci-Fi,
puis Syfy, 2003-2009) n’est pas seulement une série télévisée de science-fiction, mais constitue
une critique philosophique forte de la pensée dualiste moderne de René Descartes et de la
distinction entre l’Homme (doué d’un langage raisonné) et son Autre (l’animal-machine), qui
aujourd’hui encore sous-tendent l’humanisme. Contre Descartes, et avec Derrida, une
interprétation nouvelle des origines de la relation entre Cylons (les robots humanoïdes de
Battlestar Galactica) et humains est proposée dans les dernières révélations de la série : ce qui est
de l’ordre de la machine – de la machinalité, du mécanique ou du répétitif – devient ce qui est
nécessaire comme prothèse à la nature pour que l’humanité soit pensable. L’humanité n’est plus
l’envers de la machine, mais ce qui se constitue à partir de la machine.

This article discusses the possibility that Ronald D. Moore’s Battlestar Galactica (Sci-Fi, then Syfy,
2003-2009) is not merely a science-fiction television series, but a strong philosophical critique of
the modern dualistic thinking of René Descartes, in which a distinction between Man
(constituted by a rational language) and his Other (the animal-machine) constitutes the basis for
humanism. By engaging with the philosopher Jacques Derrida, a new interpretation emerges
concerning the origins of the relationship between Cylons (Battlestar Galactica’s androids) and
humans (one revealed in the last episodes of the show): what can be found on the level of the
machine – the mechanical or the repetitive – is a prosthesis to nature that is required in order for
humanity to be thinkable. Humanity is thus not the opposite of the machine, but what can arise
from the machine.

INDEX
Mots-clés : Battlestar Galactica, Derrida Jacques, Descartes René, Turing Alan, humanité,
machine, cinéma, science-fiction
Keywords : Battlestar Galactica, Derrida Jacques, Descartes René, Turing Alan, humanity,
machine, cinema, science fiction

AUTEUR
RENÉ LEMIEUX
René Lemieux est politologue de formation et docteur en sémiologie de l’Université du Québec à
Montréal. Il est chercheur associé à l’Observatoire du Discours Financier en Traduction de
l’Université Concordia (Montréal). Ses recherches portent principalement sur les théories de la
traduction et de la réception, ainsi que sur la philosophie française contemporaine.
René Lemieux has a background in political philosophy and holds a PhD in semiology from
Université du Québec à Montréal. He is a research fellow at the Observatory on Financial

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Discourse in Translation based in Concordia University (Montréal). His research primarily


focuses on translation and reception theories, as well as on contemporary French philosophy.

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