Texte 1 :
Trois heures sonnaient, on est venu m'avertir qu'il était temps. J'ai tremblé, comme si j'eusse pensé à
autre chose depuis six heures, depuis six semaines, depuis six mois. Cela m'a fait l'effet de quelque
chose d'inattendu.
Ils m'ont fait traverser leurs corridors et descendre leurs escaliers. Ils m'ont poussé entre deux
guichets du rez-de-chaussée, salle, sombre, étroite, voûtée, à peine éclairée d'un jour de pluie et de
brouillard. Une chaise était au milieu. Ils m'ont dit de m'asseoir ; je me suis assis.
Il y avait près de la porte et le long des murs quelques personnes debout, outre le prêtre et les
gendarmes, et il y avait aussi trois hommes.
Le premier, le plus grand, le plus vieux, était gras et avait la face rouge. Il portait une redingote et un
chapeau à trois cornes déformé. C'était lui. C'était le bourreau, le valet de la guillotine. Les deux
autres étaient ses valets, à lui.
À peine assis, les deux autres se sont approchés de moi, par-derrière, comme des chats, puis tout à
coup j'ai senti un froid d'acier dans mes cheveux et les ciseaux ont grincé à mes oreilles.
Mes cheveux, coupés au hasard, tombaient par mèches sur mes épaules, et l’homme au chapeau à
trois cornes les époussetait doucement avec sa grosse main.
Autour, on parlait à voix basse.
Il y avait un grand bruit au-dehors, comme un frémissement qui ondulait dans l’air. J’ai cru d’abord
que c’était la rivière ; mais, à des rires qui éclataient, j’ai reconnu que c’était la foule.
Un jeune homme, près de la fenêtre, qui écrivait, avec un crayon, sur un portefeuille, a demandé à
un des guichetiers comment s’appelait ce qu’on faisait là.
- La toilette du condamné, a répondu l’autre.
J’ai compris que cela serait demain dans le journal.
Texte 2 :
ANTIGONE :Lâchez-moi. Vous me faites mal au bras avec votre main.
CRÉON, qui serre plus fort. Non. Moi, je suis le plus fort comme cela, j’en profite aussi.
ANTIGONE, pousse un petit cri. Aïe!
CREON, dont les yeux rient. C’est peut-être ce que je devrais faire après tout, tout simplement, te
tordre le poignet, te tirer les cheveux comme on fait aux filles dans les jeux. (Il la regarde encore. Il
redevient grave. Il lui dit tout près.) Je suis ton oncle, c’est entendu, mais nous ne sommes pas
tendres les uns pour les autres, dans la famille. Cela ne te semble pas drôle, tout de même, ce roi
bafoué qui t’écoute, ce vieil homme (…) qui est là, à se donner toute cette peine pour essayer de
t’empêcher de mourir?
ANTIGONE, après un temps. Vous serrez trop, maintenant. Cela ne me fait même plus mal. Je n’ai
plus de bras.
CRÉON, la regarde et la lâche avec un petit sourire. Il murmure.
Dieu sait pourtant si j’ai autre chose à faire aujourd’hui, mais je vais tout de même
perdre le temps qu’il faudra et te sauver, petite peste. (Il la fait asseoir sur une chaise au milieu de la
pièce. Il enlève sa veste, il s’avance vers elle, lourd, puissant, en bras dechemise.) Au lendemain
d’une révolution ratée, il y a du pain sur la planche. Mais les affaires urgentes attendront. Je ne veux
pas te laisser mourir dans une histoire de politique. Tu vaux mieux que cela.(…) Tu crois que cela ne
me dégoûte pas autant que toi, cette viande qui pourrit au soleil? Le soir, quand le vent vient de la
mer, on la sent déjà du palais. Cela me soulève le cœur. Pourtant, je ne vais même pas fermer ma
fenêtre. C’est ignoble, et je peux même le dire à toi, c’est bête, monstrueusement bête, mais il faut
que tout Thèbes sente cela pendant quelque temps. Tu penses bien que je l’aurais fait enterrer, ton
frère, ne fût-ce que pour l’hygiène! Mais pour que les brutes que je gouverne comprennent, il faut
que cela pue le cadavre de Polynice dans toute la ville, pendant un mois.
ANTIGONE : Vous êtes odieux !
. ÉTUDE DE TEXTE :
A. Contextualisation des deux textes :
1. Recopiez et complétez le tableau suivant :
Titre de l’œuvre- Auteur- Siècle et date- Genre littéraire- courant littéraire- Epoque.
2. Situez les deux extraits proposés en répondant aux questions suivantes :
A- Citez les trois grands déplacements de l’auteur dans l’oeuvre
B- Dans laquelle des places pré-citées se trouve le condamné ?
C- Le condamné va mourir dans :
3 heures. - 4 heures. - 1 heure.
D- Quel est le but poursuivi par Créon tout au long de cette conversation ? (Texte 2)
3- a - Quel crime commis par Antigone qui mérite sans exécution ?
b- Pourquoi Victor Hugo n’a pas cité le crime commis par le condamné ?
c- Comment les deux protagonistes vont-ils être exécutés ?
B. Analyse des deux textes :
Texte 1 :
3. Dans ce texte, quelle action montre qu’il s’agit de la toilette du condamné ?
4- Citez les gens présents lors de la toilette du condamné , et précisez le rôle de chacun d’eux.
5- a) Qui est L’homme au chapeau à trois cornes ? Quelle est sa fonction ?
- b) Qui est le jeune homme qui écrivait près de la fenêtre ? Justifiez votre réponse.
6- -« Il y avait un grand bruit au dehors, comme un frémissement qui ondulait dans l’air »
a- Quelle figure de style reconnaissez vous dans cette phrase ?
b- Quel est l’effet produit par cette figure?
c- Identifiez le type de phrase complexe figurant dans la partie soulignée de la phrase. Justifiez votre
réponse.
7- a- Relevez du texte trois mots caractérisant le lieux décrit par le narrateur.
b- S’agit-il d’une description péjorative ou méliorative ?
Texte 2 :
3. a- Pourquoi Antigone demande-t-elle à Créon de la lâcher ?(0,5)
b- Face à cette réaction d’Antigone, Créon a-t-il éprouvé un sentiment de regret, de supériorité ou
de sympathie ? (0,5)
4. Créon veut-il punir Antigone ou au contraire lui sauver la vie ?(0,5)
Justifiez votre réponse en relevant une expression dans sa 2ème réplique. (0,5)
5. Dites si la proposition suivante est vraie ou fausse : « Créon est convaincu d’être toujours un chef
d’Etat respecté. »
Justifiez votre réponse en relevant une expression dans sa 2ème réplique. (1)
6. »Il y a du pain sur la planche ». Cette phrase, appartenant au niveau de langue familier, veut dire
que :
a- Créon a beaucoup de travail devant lui ;
b- Créon a assez de pain pour son peuple ;
c- Créon prépare du pain sur une planche. (0,5)
7. a- En parlant du corps sans vie dans sa dernière tirade, Créon a-t-il employé une tonalité laudative
(valorisante) ou péjorative (dévalorisante) ? (0,5)
b- Relevez une phrase qui justifie votre réponse. (0,5)
8. Dans la liste ci-dessous, relevez deux sentiments que révèle la dernière réplique d’Antigone vis-à-
vis de Créon : Le mépris- La peur – La jalousie- La colère- La satisfaction- L’admiration.(0,5x2)