0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
24 vues52 pages

2-Module 2

inspection de travail

Transféré par

najlaaket
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
24 vues52 pages

2-Module 2

inspection de travail

Transféré par

najlaaket
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Manuel de formation CIF-OIT

«Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

MODULE
Introduction à l’inspection
2 du travail
2. Introduction à l’inspection du travail

À propos de ce module

Ce module fait la genèse de l’inspection du travail et de ses


fonctions et principes essentiels énoncés dans les conventions
pertinentes de l’OIT, et souligne également certaines différences
dans les méthodes d’organisation de l’inspection du travail.
L’impact des mutations sociales et des récentes évolutions du
marché du travail sur l’inspection du travail est également discuté.

Objectifs

Ce module présente les principes et pratiques de l’inspection du


travail, les défis auxquels elle est confrontée, ainsi que les normes
internationales du travail sur le sujet. À la fin de ce module, les
participants pourront:

 décrire brièvement l’évolution historique de l’inspection du


travail et les principales normes internationales du travail
sur le sujet;
 expliquer les principaux objectifs et fonctions de
l’inspection du travail, et comment elle peut être gérée
efficacement;
 décrire le statut et les devoirs des inspecteurs du travail,
ainsi que les ressources et pouvoirs dont ils ont besoin
pour accomplir efficacement leurs fonctions;
 analyser les tendances émergentes en matière de travail
et sur les questions sociales, et les défis qu’elles posent à
l’inspection du travail.

1
2. Introduction à l’inspection du travail

TABLE DES MATIÈRES

1. L’inspection du travail: bref rappel historique 5


1.1. Premières initiatives 5
1.2. L’évolution internationale 6
1.3. La convention no 81 sur l’inspection du travail, 1947 7
1.4. De 1947 à nos jours: vers une extension de la couverture 8
1.5. L’Association internationale de l’inspection du travail (AIIT) 10

2. Le système d’inspection du travail 11


2.1. Buts et fonctions de l’inspection du travail 11
2.2. Champ d’application de l’inspection du travail 13
2.3. Structure et organisation de l’inspection du travail 17

3. Les principes de l’inspection du travail 20

4. Le statut des inspecteurs du travail 24


4.1. Conditions de service des inspecteurs du travail 24
4.2. Pouvoirs des inspecteurs du travail 25
4.3. Obligations des inspecteurs du travail 27

5. Défis actuels de l’inspection du travail 28


5.1. Évolution de la situation économique et de la structure sociale 28
5.2. Évolution de la structure industrielle 29
5.3. Évolution de l’organisation du travail 30
5.4. Évolution des attentes sociales 31
5.5. Évolution de la nature des risques professionnels 32
5.6. Conséquences de ces changements pour les inspecteurs du travail 33

Sommaire 35

Exercices 37
 Exercice 1: Evaluer la mise en œuvre de la convention n 81 o 39
 Exercice 2: Identifier les défis pour l’inspection du travail 41

Bibliographie et autres références 45

Annexe 47
Annexe 1: L’Organisation internationale du Travail 49

3
2. Introduction à l’inspection du travail

1. L’INSPECTION DU TRAVAIL: BREF RAPPEL HISTORIQUE

1.1. Premières initiatives


La première législation nationale visant l’amélioration des conditions de
travail date de 1802, lorsque le Parlement britannique adopta une loi
préservant la moralité des apprentis («An Act to Preserve the Morals of
Apprentices»), la «moralité» étant entendue ici comme la sécurité, la santé
et le bien-être des «apprentis», qui étaient alors les enfants qui
travaillaient comme mineurs ou ramoneurs. L’application de la loi était
supervisée par des comités de volontaires, mais elle n’a pas été respectée
dans les faits, ce qui a incité le gouvernement à nommer les quatre
premiers «inspecteurs» en 1833. Ces derniers étaient considérés
comme des «personnes de bonne réputation», qui se préoccupaient
particulièrement des longues heures de travail effectuées par les adultes
et les enfants.
En France, le premier service d’inspection du travail, créé en 1874, se
composait de 15 inspecteurs divisionnaires; en 1892, le gouvernement a
mis en place un corps de fonctionnaires dédiés à l’inspection du travail,
initialement chargés de surveiller l’application d’une loi de 1841 interdisant
le travail des enfants âgés de moins de huit ans.
Vers la fin du XIXe siècle, plusieurs pays européens ont adopté une
législation visant à améliorer quelque peu les conditions de travail, et
nommé des inspecteurs spécialisés. Par exemple, en Grande-Bretagne, le
premier inspecteur médical a été nommé en 1898 et, l’année suivante, le
premier ingénieur-conseil. La première inspectrice du travail fut nommée
en Allemagne en 1901.
Les services d’inspection du travail se sont étendus et complexifiés au
cours du XXe siècle, d’abord dans les pays industrialisés et (plus
récemment) dans les pays en développement, qui ont souvent modelé leur
système d’inspection du travail sur celui des anciennes puissances
coloniales. La mission des services d’inspection du travail s’est
considérablement élargie durant les dernières décennies; elle couvre
maintenant un plus large éventail de secteurs économiques, et traite
certaines questions techniques et relatives à l’emploi, en réponse aux
mutations du monde du travail et à l’évolution des attentes du public. Ainsi,
les inspections du travail modernes se consacrent plus qu’avant à des
sujets tels que le stress et la violence au travail, l’emploi illégal ou le travail
forcé, et moins à des sujets traditionnels tels que la sécurité des
chaudières ou des grues, ou les différends du travail.

5
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

1.2. L’évolution internationale


Parallèlement à cette évolution au plan national, l’attention s’est
également portée vers l’adoption de normes internationales visant
l’amélioration des conditions de travail et des services d’inspection.
En 1890, les représentants de 15 pays ont participé à une
conférence à Berlin, afin d’adopter la première de ces normes, le
texte final déclarant que la législation de chaque Etat devrait être
mise en œuvre par un nombre suffisant d’agents très qualifiés,
nommés par le gouvernement, et indépendants des employeurs et
des travailleurs 1.
Cette initiative fut renforcée par la création de l’Organisation
internationale du Travail (OIT) en 1919, dans le cadre du Traité de
Versailles. La Constitution de l’OIT, qui vise l’amélioration des
conditions de travail dans les Etats Membres par l’adoption et la
ratification de normes internationales du travail, mentionne
spécifiquement la nécessité de «systèmes d’inspection» 2. On
trouvera à l’Annexe 1 une brève description de l’OIT, de ses objectifs
et de ses organes.
La recommandation no 5 sur l’inspection du travail (services
d’hygiène), 1919, et la recommandation no 20 sur l’inspection du
travail, 1923, figurent parmi les toutes premières normes
internationales du travail. Bien qu’étant de simples recommandations
et non des conventions, et partant, non contraignantes pour les Etats
Membres, elles ont ouvert la voie à l’adoption ultérieure d’instruments
beaucoup plus complets sur l’inspection du travail, notamment la
convention no 81 sur l’inspection du travail, 1947.
Que sont les normes internationales du travail?
Les normes internationales du travail sont des instruments juridiques
élaborés par les mandants de l’OIT (gouvernements, employeurs et
travailleurs) lors de la Conférence internationale du Travail, qui
énoncent les principes de base pour la promotion des droits au
travail. Elles peuvent prendre la forme de conventions ou de
recommandations.
Les conventions sont comparables aux traités multilatéraux
internationaux: elles sont ouvertes à ratification par les Etats
Membres et, une fois ratifiées, créent des obligations précises, de
nature contraignante. Un Etat qui a ratifié une convention doit en
appliquer les dispositions au moyen de sa législation ou d’autres
mécanismes appropriés prévus dans le texte de la convention.
Les recommandations sont des instruments non contraignants, qui
servent souvent, mais pas seulement, à préciser la convention et
donnent des lignes directrices sur les mesures que les Etats
Membres peuvent prendre pour appliquer les conventions.
Dans la plupart des cas, une convention fixe les principes
fondamentaux que doivent mettre en œuvre les pays qui l’ont ratifiée,

1
Inspection du travail, Guide de la profession, OIT, 2002.
2
Article 10 de la Constitution de l’OIT.

6
2. Introduction à l’inspection du travail

tandis que la recommandation correspondante complète la


convention en donnant des indications plus détaillées sur la façon
dont elle pourrait être appliquée. Les recommandations peuvent aussi
être autonomes, c’est-à-dire indépendantes de toute convention.
Il existe également des protocoles, qui sont des traités distincts
complétant une convention de l’OIT. Un protocole est ouvert à
ratification distincte par les Etats Membres qui ont ratifié la convention
qui en fait l’objet, ou qui ont enclenché son processus de ratification.
Les normes internationales du travail sont étayées par un système de
contrôle unique au niveau international, qui contribue à garantir que
les pays appliquent les conventions qu’ils ont ratifiées. Le BIT
examine régulièrement l’application des normes dans les Etats
Membres et indique les améliorations possibles. S’il existe des
problèmes d’application des normes dans un pays, le BIT l’aide grâce
au dialogue social et à l’assistance technique.
Les organes de l’OIT peuvent également adopter des documents
moins formels que les conventions et les recommandations, mais qui
ne constituent pas des «normes du travail» au sens strict. Il s’agit, par
exemple, des Codes de conduite et des résolutions, qui visent
souvent à exercer une influence sur le droit international du travail et
sur les législations nationales.

1.3. La convention no 81 sur l’inspection du travail, 1947


Cette convention, qui reste la principale référence internationale pour les
services d’inspection du travail, est aussi pertinente aujourd’hui qu’elle
l’était voici 60 ans. C’est maintenant l’une des conventions de l’OIT les
plus ratifiées 3, qui continue d’offrir un socle solide aux services de
l’inspection du travail du monde entier.
La convention no 81 concerne l’inspection des établissements industriels
et commerciaux, la législation nationale pouvant en exempter les
entreprises minières et de transport (articles 1, 2 et 22). Cependant, ces
derniers secteurs sont expressément couverts par une recommandation
distincte, également adoptée en 1947, l’inspection n’ayant donc pas de
caractère contraignant dans ces secteurs. Aux termes de l’article 2.1 de la
convention, l’inspection du travail est également limitée aux
établissements industriels où les dispositions légales sont effectivement
exécutoires 4. En outre, l’article 29 dispose que les Etats Membres peuvent
exempter certaines régions de l’application de la convention, en raison de
leur faible densité de population ou état de développement économique.
Les dispositions substantives de la convention concernent les fonctions et
responsabilités des systèmes d’inspection du travail, les qualifications
exigées de leur personnel, les ressources allouées aux inspecteurs, leurs
pouvoirs d’exécution forcée, leurs obligations, leur devoir d’indépendance
et d’impartialité. D’autres dispositions traitent de l’obligation de déclarer les

3
En novembre 2009, 140 pays l’avaient ratifiée.
4
Inspection du travail, 95ème Session de la Conférence internationale du Travail, 2006, Rapport III (Partie 1B), p. 7.

7
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

accidents et les maladies, et des rapports annuels sur les activités de


l’inspection du travail.
La recommandation no 81 sur l’inspection du travail, 1947, adoptée en
même temps que la convention no 81, prévoit des dispositions
additionnelles relatives à la collaboration entre les inspecteurs, les
employeurs et les travailleurs dans certains domaines, tels la formation à
la sécurité et à la santé, et donne des précisions sur le type de
renseignements qui doivent être inclus, dans la mesure du possible, dans
les rapports annuels.

1.4. De 1947 à nos jours: vers une extension de la couverture


Au cours des dernières décennies, les systèmes d’inspection du travail se
sont progressivement renforcés, ont été mieux dotés, et leur contribution
réelle à l’amélioration des conditions de travail a été mieux reconnue à
l’échelle nationale et internationale. Par conséquent, bon nombre de
conventions et recommandations récentes comportent maintenant des
références aux systèmes d’inspection ou à d’autres expressions similaires,
renvoyant souvent expressément à la convention no 81 5.
La tendance à l’extension du mandat des services d’inspection s’est
également confirmée. Ainsi, la convention no 129 sur l’inspection du travail
(agriculture), 1969, a été adoptée en même temps que la recommandation
correspondante, afin d’étendre la compétence des services d’inspection à
l’agriculture, à la sylviculture et aux secteurs connexes. Les dispositions
de la convention no 129 sont largement semblables à celles de la
convention no 81, mais elle n’a pas recueilli autant de ratifications, pour
diverses raisons 6, dont la première tient au caractère unique et diversifié
du secteur agricole, qui emploie un très grand nombre de travailleurs,
souvent dans des régions éloignées et dans le cadre de petites unités
familiales. L’inspection de ces entreprises représente un fardeau
administratif trop lourd pour de nombreux services d’inspection, en raison
du manque de moyens de transport, ou pour d’autres motifs. Ces mêmes
caractéristiques ont entrainé son exclusion de maints aspects des
législations nationales du travail, tels la sécurité et la santé, de sorte que
l’inspection du travail n’a pas compétence sur ce secteur dans ces pays.
Ainsi, dans de nombreux pays, l’inspection des entreprises agricoles est
très limitée, voire inexistante. La convention no 129 était destinée à
remédier à ce problème, mais son faible taux de ratification, par rapport à
celui de la convention no 81, indique qu’il subsiste des problèmes majeurs
à cet égard. Néanmoins, un nombre croissant de pays disposent
maintenant d’une certaine forme de service d’inspection pour le secteur
agricole; il faut espérer que la meilleure formation des inspecteurs
contribuera à confirmer cette tendance dans les années à venir.

5
Par exemple, la recommandation (no 164) sur la sécurité et la santé des travailleurs, 1981, renvoie spécifiquement à la
convention no 81 comme cadre de référence pour les systèmes d’inspection de sécurité et de santé au travail.
6
En novembre 2009, 48 pays l’avaient ratifiée.

8
2. Introduction à l’inspection du travail

En 1995, fût adopté un protocole relatif à la convention sur l’inspection du


travail, 1947 7. Il étend l’inspection du travail à un plus grand nombre
d’établissements que la convention antérieure, notamment le secteur des
services «non commerciaux» tels que les administrations nationales
essentielles, les forces armées, l’éducation et les services de santé, les
services postaux et les télécommunications, les services publics comme le
gaz, l’eau et l’électricité, les services de collecte et d’élimination des
déchets, etc. En 1996, la Conférence a adopté la convention no 178 sur
l’inspection du travail (gens de mer) 8, toutefois révisée en 2006 par la
convention sur le travail maritime.
Entretemps, la cause de l’inspection du travail a bénéficié indirectement de
l’identification par l’OIT de huit conventions dites «fondamentales», et du
lancement, en 1995, d’une campagne en vue de leur ratification
universelle 9, à savoir:
 la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948 (C87);
 le droit d’organisation et de négociation collective, 1949 (C98);
 le travail forcé, 1930 (C29);
 l’abolition du travail forcé, 1957 (C105);
 l’âge minimum, 1973 (C138);
 les pires formes de travail des enfants, 1999 (C182);
 l’égalité de rémunération, 1951 (C100);
 la discrimination (emploi et profession), 1958 (C111).
Ces conventions ont fait l’objet de la Déclaration de l’OIT relative aux
principes et droits fondamentaux au travail, adoptée en 1998 10.
Enfin, l’OIT a identifié quatre autres conventions comme instruments
«prioritaires», encourageant ainsi les Etats Membres à les ratifier en
raison de leur importance pour le fonctionnement du système des normes
internationales du travail, à savoir:
 la convention no 81 sur l’inspection du travail, 1947;
 la convention no 129 sur l’inspection du travail (agriculture), 1969;
 la convention no 144 sur les consultations tripartites relatives aux
normes internationales du travail, 1976;
 la convention no 122 sur la politique de l’emploi, 1964.
Depuis lors, les Etats Membres ont graduellement pris conscience de la
nécessité de renforcer et d’améliorer l’efficacité de l’inspection du travail
afin de relever les défis d’une économie mondiale en rapide mutation;

7
En novembre 2009, 11 pays l’avaient ratifiée.
8
En novembre 2009, 15 pays l’avaient ratifiée.
9
En 2008, 1200 ratifications avaient été enregistrées, soit 86 pour cent du nombre possible de ratifications.
10
http:[Link]/declaration/thedeclaration/textdeclaration/lang—en/[Link].

9
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

l’OIT leur a toujours fourni l’assistance technique nécessaire à cet égard.


Plus récemment, l’Etude d’ensemble de 2006 concernant les conventions
sur l’inspection du travail 11 a incité le Conseil d’administration du BIT à
appuyer une nouvelle stratégie mondiale visant «la modernisation et la
redynamisation» de l’inspection du travail 12. Cette décision a suscité
plusieurs initiatives dans ce domaine, y compris un nouveau cycle d’audits
tripartites des systèmes d’inspection du travail et l’élaboration de plans
d’action nationaux.
Enfin, et il s’agit peut-être de l’aspect le plus important pour l’évolution
future de l’inspection du travail, la Déclaration de l’OIT de 2008 sur la
justice sociale pour une mondialisation équitable 13, souligne l’importance
de «systèmes d’inspection du travail efficaces» pour rendre effectives la
législation et les institutions du travail. En outre, la Déclaration mentionne
expressément les conventions 81 et 129 dans le cadre des engagements
pris par l’OIT, à savoir identifier, mettre à jour et promouvoir les normes
internationales du travail les plus importantes pour la bonne gouvernance.
On peut ainsi constater que, depuis de nombreuses décennies, l’OIT
considère l’inspection du travail comme une priorité, et mène de
nombreuses actions pour aider les Etats Membres à développer leur
système d’inspection du travail. En avril 2009, le BIT a lancé un nouveau
Programme d’administration et d’inspection du travail afin de donner une
orientation plus cohérente à son action dans ces deux domaines
essentiels, et notamment contribuer au renforcement et à la modernisation
de l’inspection du travail dans les Etats Membres du monde entier 14.

1.5. L’Association internationale de l’inspection du travail (AIIT)


À la faveur d’une prise de conscience croissante des défis communs
rencontrés par plusieurs inspections du travail, l’Association internationale
de l’inspection du travail (AIIT) a été créée en 1972 pour promouvoir le
professionnalisme parmi ses membres, grâce à un meilleur réseautage et
à un échange d’informations plus dynamique. L’adhésion est ouverte aux
inspections du travail, à leurs associations et aux ministères du travail, que
ce soit au niveau national, ou, dans le cas des pays à structure fédérale
(comme l’Allemagne) au niveau provincial ou régional.
Initialement centrée sur l’Europe orientale et occidentale, l’AIIT vise à
améliorer le réseautage et l’échange d’informations entre ses membres, et
non à s’ingérer dans les politiques ou approches nationales de l’inspection
du travail. Les membres de l’AIIT souhaitent néanmoins partager leurs
expériences concernant les pratiques optimales et les innovations en
matière d’inspection du travail, et les méthodes permettant de relever
certains défis du monde contemporain du travail. Par exemple, la

11
Inspection du travail, Etude d’ensemble concernant les conventions sur l’inspection du travail, Rapport III (partie 1B),
Conférence internationale du travail, 95ème session, Genève, 2006.
12
[Link]
relconf/documents/meetingdocument/wcms_gb_297_14_rev_fr.pdf (pages 4-11).
13
[Link]
14
Pour plus d’informations: [Link]

10 
2. Introduction à l’inspection du travail

disparition de plusieurs grandes entreprises publiques et la croissance


rapide des PME dans les années 1980 ont obligé les services d’inspection
à revoir leur approche opérationnelle, faisant surgir le besoin d’idées
nouvelles en la matière. En outre, les pressions budgétaires constantes
sur les services d’inspection du travail, ainsi que les attentes croissantes
du public en matière de protection, les ont contraints à se montrer toujours
plus efficaces et à faire la preuve de l’utilité globale de leur action; l’AIIT
s’est avérée un réseau de soutien utile à cet égard.
Le contexte politique et économique dans lequel les inspections du travail
œuvrent aujourd’hui rend l’appui de l’AIIT d’autant plus important. Le
nombre d’adhésions a rapidement augmenté ces dernières années;
l’association compte environ 110 membres 15 à travers le monde, œuvre
aux niveaux mondial et régional, et a développé des réseaux régionaux
dans plusieurs parties du monde. Elle organise régulièrement des
conférences internationales et régionales et diffuse des informations sur
son site Web 16 et au moyen de bulletins annuels.

2. LE SYSTÈME D’INSPECTION DU TRAVAIL

2.1. But et fonctions de l’inspection du travail


Il n’existe aucune définition officielle ou juridique de l’inspection du travail,
qui peut différer d’un pays à l’autre. On peut toutefois la définir comme le
volet du système d’administration du travail responsable de la supervision
et de l’application de la législation et des politiques du travail en milieu
professionnel.
D’une manière générale, l’inspection sert à démontrer aux gouvernements,
aux employeurs, aux travailleurs et au grand public que, pour la société,
l’application continue des normes fondamentales du travail en milieu
professionnel est une obligation d’utilité publique, dont les responsables
ne s’acquitteraient peut-être pas s’ils n’étaient pas supervisés par un
organe de régulation indépendant. En d’autres termes, «l’existence d’une
inspection du travail efficace constitue la meilleure garantie que les
normes nationales et internationales du travail sont respectées non
seulement dans la législation mais aussi dans les faits». 17
Les services d’inspection du travail doivent notamment s’assurer que:
 la législation du travail est respectée en milieu de travail;
 les droits des employés sont respectés et qu’ils bénéficient de
conditions d’emploi et de travail décentes;

15
Statistiques de novembre 2009.
16
Pour plus d’informations sur l’AIIT, ses buts et ses activités, visiter le site Web: [Link]
[Link]/iali/html_fr/[Link].
17
Chapitre X. Conclusions de l’Etude d’ensemble sur l’inspection du travail, 1985.

 11
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

 les entreprises adoptent des mesures de contrôle suffisantes,


garantissant que les pratiques et l’environnement de travail ne
compromettent pas la sécurité et la santé des employés;
 les employeurs et les travailleurs bénéficient d’informations et de
conseils sur la manière de se conformer aux exigences légales;
 des relations harmonieuses existent entre employeurs et
travailleurs, ainsi qu’un cadre de travail ouvert au dialogue social,
contribuant ainsi à une croissance économique durable;
 les enseignements tirés de la pratique font l’objet d’un retour
d’informations et d’une évaluation, afin d’améliorer la législation,
les politiques et les orientations et de contribuer au maintien de
dispositions juridiques modernes et efficaces sur les conditions de
travail.
Aux termes de l’article 3.1 de la convention no 81, le système d’inspection
du travail a pour principales fonctions:
a) d’assurer l’application des dispositions légales relatives aux
conditions de travail et à la protection des travailleurs dans
l’exercice de leur profession, telles que les dispositions relatives
à la durée du travail, aux salaires, à la sécurité, à l’hygiène et au
bien-être, à l’emploi des enfants et des adolescents, et à d’autres
matières connexes, dans la mesure où les inspecteurs du travail
sont chargés d’assurer l’application desdites dispositions;
b) de fournir des informations et des conseils techniques aux
employeurs et aux travailleurs sur les moyens les plus efficaces
d’observer les dispositions légales;
c) de porter à l’attention de l’autorité compétente les déficiences ou les
abus qui ne sont pas spécifiquement couverts par les dispositions
légales existantes.
(a) Application de la législation du travail
Les fonctions de l’inspection du travail en cette matière varient
considérablement selon les pays, en fonction du champ d’application
et du contenu de la législation en vigueur (elle ne s’applique pas
nécessairement à tous les secteurs économiques) d’une part, et de la
volonté du gouvernement de lui confier l’application de la législation, de
l’autre.
Les pays sont libres de confier, ou non, l’application des conventions
collectives et des sentences arbitrales à l’inspection du travail; toutefois,
les inspecteurs du travail ne devraient normalement pas agir en qualité de
conciliateur ou d’arbitre dans les différends du travail (paragraphe 8 de la
recommandation no 81 sur l’inspection du travail, 1947).
(b) Informations et conseils
Ces informations et conseils peuvent être communiqués lors des visites
d’inspection, sur demande écrite ou verbale, ou lors des campagnes

12 
2. Introduction à l’inspection du travail

d’éducation (cours, conférences, émissions télévisées et radiodiffusées,


affiches, brochures, films), etc.
Dans de nombreux pays, la prestation d’informations et de conseils est
largement institutionnalisée, notamment en matière de sécurité et de santé
au travail. Les inspections du travail utilisent de façon croissante les
possibilités offertes par les technologies modernes de communication pour
fournir des informations et des conseils techniques sur le contenu de la
législation du travail et les moyens le plus efficaces de s’y conformer.
(c) Contribution à l’amélioration de la législation du travail
Les formes et modalités de la relation de travail, les processus de
production et les technologies utilisées en milieu de travail évoluent
toujours plus rapidement. La législation du travail doit impérativement
suivre le rythme de ces changements, afin que les travailleurs engagés
dans de nouveaux types de relation d’emploi ou qui subissent des
conditions de travail abusives n’aient pas à souffrir d’un cadre juridique
inadapté.
Grâce à leurs connaissances et à leur expérience vécue du monde du
travail, les inspecteurs sont idéalement placés pour identifier les lacunes
évidentes de la législation et des politiques du travail, et proposer des
mesures correctives à leur ministère en vue d’améliorer les conditions de
travail. Les inspections du travail jouent donc un rôle central dans le
processus d’élaboration des nouvelles législations du travail, en s’assurant
qu’elles sont réalistes et applicables.
Les enquêtes sur les plaintes, les accidents et les maladies liés au travail
sont une fonction commune à de nombreux services d’inspection. La
première justification de ces enquêtes est généralement la nécessité de
répondre de manière impartiale à tous les plaignants ou victimes, d’établir
s’il y a eu violation de la loi et de prendre les mesures correctives voulues.
Parfois, ces enquêtes permettent également de souligner les lacunes de la
législation et des politiques actuelles, et d’en tirer des leçons pour l’avenir.
Les inspecteurs du travail remplissent d’autres fonctions importantes dans
plusieurs pays, où ils contrôlent le respect des droits syndicaux, assurent
la protection des représentants légitimes des travailleurs (par exemple
leurs délégués au comité d’hygiène et de sécurité) et supervisent le
fonctionnement efficace des institutions responsables du dialogue social.
Parfois, les inspecteurs du travail sont également chargés de former les
représentants des travailleurs aux questions relatives à la protection du
travail, ou participent régulièrement aux activités de formation organisées
par d’autres parties intéressées.

2.2. Champ d’application de l’inspection du travail


Le champ d’application de l’inspection du travail est potentiellement très
vaste et varie considérablement d’un pays à l’autre, en fonction des
politiques et législations nationales. L’éventail des sujets couverts par les
inspecteurs du travail peuvent comprendre, par exemple:

 13
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

 la promotion de la sécurité et de la santé au travail; la prévention


des maladies et accidents professionnels; la supervision des
mesures de bien-être pour le personnel;
 la protection du revenu (par exemple le salaire minimum, le cas
échéant), y compris le contrôle des registres de paie, le paiement
des heures supplémentaires, etc.;
 la vérification des horaires de travail et des heures
supplémentaires, des jours fériés et des périodes de repos, y
compris les congés de maternité et de maladie;
 la promotion des droits fondamentaux au travail (par exemple la
lutte contre le travail forcé) et la lutte contre la discrimination (par
exemple en ce qui concerne les questions de genre ou le
VIH/sida);
 les enquêtes sur les accidents du travail et leur indemnisation;
 les questions relatives à l’emploi (emploi illégal, permis de travail,
promotion de l’emploi, programmes de formation professionnelle);
 le contrôle du paiement des cotisations de sécurité sociale;
 le travail des enfants et des adolescents, ainsi que des autres
travailleurs ayant des besoins spéciaux (par exemple les
personnes à mobilité réduite);
 le dialogue social et les relations professionnelles, et le suivi des
conventions collectives.
Bon nombre de services d’inspection du travail n’exercent que certaines
de ces activités, s’occupant exclusivement, par exemple, de la sécurité et
de la santé ainsi que des conditions de travail, et non des salaires ou des
relations professionnelles. Dans d’autres pays, ces fonctions sont
réparties entre un ou plusieurs services, les questions de santé étant par
exemple gérées par un service différent de celui qui supervise la sécurité.
Certains inspecteurs sont habilités à appliquer les dispositions de la
législation sur l’environnement ou d’autres lois qui ne concernent pas
strictement le droit du travail. Ils doivent parfois accomplir des tâches sans
rapport avec l’inspection du travail, comme au Salvador, où ils sont tenus,
sur demande du travailleur, de calculer les indemnités de cessation
d’emploi et de rédiger les lettres de démission. Au Niger et au Costa Rica,
ils doivent faire des exposés et ont certaines obligations d’enseignement
dans les écoles et les centres de formation de l’inspection du travail, pour
sensibiliser les élèves et les stagiaires à leurs futures conditions de travail.
Les instruments de l’OIT en matière d’inspection du travail n’excluent pas
la possibilité que des tâches de promotion soient dévolues aux inspecteurs
du travail par la législation ou la pratique nationales, outre leurs fonctions
principales. Ces dernières étant complexes et supposant d’y consacrer du
temps et des ressources, de posséder une formation adéquate et d’avoir
une grande liberté d’action et de mouvement, toute autre tâche

14 
2. Introduction à l’inspection du travail

supplémentaire confiée aux inspecteurs du travail ne doit pas être de


nature à:
 compromettre l’exercice de leurs fonctions principales;
 porter quelque préjudice que ce soit à l’autorité et à l’impartialité
nécessaires aux inspecteurs dans leurs relations avec les
employeurs et les travailleurs 18.
Parmi les fonctions supplémentaires parfois confiées aux inspecteurs du
travail, le règlement des conflits collectifs du travail est l’une de celles qui
suscitent le plus de controverses. Comme mentionné précédemment, les
inspecteurs ne devraient pas agir en tant que «conciliateur ou arbitre dans
les différends du travail» (recommandation no 81) mais, dans certains
pays, ils jouent néanmoins un rôle important dans la prévention de ces
conflits.
Certains pays ont mis sur pied d’autres institutions dont les fonctions
chevauchent celles des services d’inspection du travail, qu’il convient donc
de différencier:
Inspection du travail et administration de la justice du travail. Tous deux
sont des services publics dont l’objectif commun est la mise en œuvre de
la législation du travail; ce sont toutefois des institutions distinctes, dotées
de mandats différents pour atteindre un objectif semblable.
 L’administration de la justice du travail, spécialisée dans le droit du
travail, est chargée de résoudre les différends juridiques individuels
et collectifs 19. Les différends économiques collectifs 20 sont traités
par l’administration du travail, qui comprend normalement des
services spécialisés dans les relations professionnelles, ainsi que
des services de conciliation et de médiation, distincts de l’inspection
du travail, pour gérer ces différends.
Les différends sont généralement qualifiés de collectifs ou individuels,
en fonction de la personne ou de l’entité qui en prend l’initiative, ou qui
possède ce pouvoir. En règle générale, un litige individuel concerne un
seul travailleur et un différend collectif implique un groupe de
travailleurs, généralement représentés par un syndicat. Une autre
distinction est souvent faite entre les conflits de droit et les conflits
d’intérêts. Un conflit de droit (aussi appelé conflit juridique) concerne
l’application ou l’interprétation des droits en vertu d’une disposition
d’une loi, d’un contrat de travail ou d’une convention collective. En
revanche, un conflit d’intérêts est un différend sur la création ou la
modification de droits ou d’obligations. Les conflits d’intérêts surviennent
essentiellement durant les négociations collectives.
Inspection du travail et inspection technique. Certains lieux de travail ou
activités à haut risque exigent plus d’attention et des qualifications plus

18
Art. 3 2) de la convention no 81: art. 6 3) de la convention no 129.
19
Dans ce contexte, le terme «différend juridique» désigne le conflit qui surgit lorsqu’un travailleur allègue qu’un
employeur viole une disposition d’une loi ou d’une convention, ou lorsque les parties en donnent une interprétation
différente.
20
Dans ce contexte, le terme «différend économique» désigne un conflit public affectant, ou susceptible d’affecter, la
production d’une entreprise, ainsi que la paix sociale.

 15
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

poussées que d’autres, pour s’assurer que les risques sont correctement
gérés et contrôlés. Il s’agit des sites à risques majeurs, notamment:
certaines usines de produits chimiques; les centrales nucléaires; certains
laboratoires (par exemple microbiologiques); certaines installations,
comme les chaudières, les grues, les installations électriques ou de gaz;
l’exposition aux radiations ionisantes. De nombreux pays confient
l’inspection de ces installations ou opérations à risques à des organismes
techniques spécialisés (qui peuvent être agréés par le ministère du
Travail) plutôt qu’aux inspecteurs du travail eux-mêmes. Ces organismes
spécialisés inspectent habituellement l’usine ou les opérations concernées
aux intervalles prescrits par la loi et présentent un rapport ou un certificat à
l’employeur. Si des lacunes graves sont constatées, les services locaux de
l’inspection du travail doivent être informés afin de pouvoir suivre le
dossier et prendre les mesures correctives nécessaires. Lors de leurs
inspections régulières, les inspecteurs du travail vérifient également
souvent que les certificats requis sont disponibles et à jour.
Inspection du travail et audit/contrôle. L’inspection du travail présente des
caractéristiques communes avec les services indépendants d’audit ou de
contrôle. Tous deux contrôlent et évaluent de manière indépendante les
conditions de travail et le respect des exigences légales, mais ils
présentent également des différences importantes.
 L’inspection du travail est un processus indépendant d’évaluation,
de conseil et, le cas échéant, de mise en conformité, afin de
promouvoir le respect de la législation du travail pertinente. Il s’agit
d’une fonction juridique publique, mandatée par le gouvernement,
permettant de s’assurer que les employeurs, les travailleurs et les
autres usagers respectent la législation du travail. C’est
l’inspection du travail elle-même qui prend l’initiative des visites
d’inspection. Les inspecteurs doivent également être dotés de
vastes pouvoirs afin de pouvoir faire appliquer efficacement la loi,
y compris le libre accès aux lieux de travail et le pouvoir d’imposer
des sanctions telles que l’institution de poursuites judiciaires.
 L’audit est un processus systématique, indépendant et
documenté, permettant d’obtenir des preuves et de les évaluer
objectivement pour déterminer dans quelle mesure certains
critères prédéfinis sont remplis. Les audits sont souvent utilisés
par une tierce-partie pour vérifier la conformité avec une norme
volontaire reconnue (par exemple SA 8000), qui peut mener à une
certification par rapport à ladite norme. Les systèmes de gestion
de la sécurité et de la santé sont souvent audités sur la base de
ces normes volontaires.
Les audits sont donc souvent (mais pas systématiquement) entrepris
à l’initiative de l’entreprise faisant l’objet de la vérification, qui en
conserve le contrôle. Il importe de noter que les auditeurs n’ont pas
les mêmes pouvoirs juridiques (droit d’accès aux lieux de travail et
imposition de sanctions) que les inspecteurs. Ces audits peuvent
toutefois avoir un impact sérieux sur le chiffre d’affaires d’une
entreprise qui ne répond pas aux critères fixés, par exemple si elle ne

16 
2. Introduction à l’inspection du travail

satisfait pas aux exigences précises d’un client dans une chaîne
d’approvisionnement.
Le terme contrôle est fréquemment utilisé pour désigner la
vérification des conditions de travail, par exemple par les travailleurs
eux-mêmes. Il peut s’agir de vérifier que les registres sont bien tenus
et à jour, ou d’inspecter et de vérifier la sécurité de certaines unités
ou opérations. Cette fonction ne doit pas être confondue avec
l’inspection du travail, étant donné que ces personnes interviennent à
la demande de l’employeur et, comme les auditeurs, n’ont ni droit de
libre accès ni pouvoir de contrainte.

2.3. Structure et organisation de l’inspection du travail


La convention no 81 dispose que tous les pays ayant ratifié cet instrument
doivent avoir un système d’inspection du travail dans les établissements
industriels, et l’article 4 prévoit que «pour autant que cela sera compatible
avec la pratique administrative du Membre, l’inspection du travail sera
placée sous la surveillance et le contrôle d’une autorité centrale». Le
rattachement de l’inspection du travail à une autorité centrale facilite:
 l’application d’une politique unique sur l’ensemble du territoire
couvert;
 l’utilisation rationnelle des ressources disponibles (par exemple
l’élimination des doublons ou une meilleure allocation des budgets
entre les services régionaux ou locaux décentralisés).
L’inspection du travail est l’autorité nationale compétente désignée par le
gouvernement pour superviser et appliquer la législation et des politiques
du travail relevant de sa compétence.
Dans certains pays, l’organisation de l’inspection du travail se fonde sur
les lois visant à protéger les travailleurs, qu’elles soient générales ou
visent des secteurs économiques particuliers, et qui consacrent
généralement un chapitre aux services d’inspection du travail ou prévoient
des dispositions à cet égard. D’autres pays ont pris une réglementation
spécifique régissant le fonctionnement des services d’inspection.
Comme mentionné précédemment, certains services d’inspection dits
«spécialisés» ne traitent que certains des sujets énumérés ci-dessus et
sont structurés en conséquence. Par exemple, les services qui s’occupent
exclusivement de la sécurité et de la santé au travail et des conditions de
travail possèdent une structure répondant aux besoins des inspecteurs,
souvent associée à des conseils en interne, une spécialisation sur certains
thèmes précis, ainsi qu’une formation adaptée en conséquence. C’est le
cas en Irlande, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.
Dans d’autres pays, les services d’inspection sont plus «généralistes» et
les inspecteurs ont un mandat étendu, qui inclut la promotion de conditions
d’emploi et de relations de travail équitables, la lutte contre le travail
illégal, la sécurité sociale, la sécurité et la santé au travail, et les conditions
générales de travail. C’est le cas en France, au Japon, en Espagne, au

 17
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

Portugal, dans la plupart des pays africains francophones et en Amérique


latine.
Dans la plupart des pays où l’inspection du travail est une fonction du
gouvernement central avec une organisation décentralisée sous sa
supervision et son contrôle directs, elle relève normalement du ministère
du Travail, ou son équivalent. Les fonctions de conception, de suivi et
d’évaluation de la politique d’inspection du travail peuvent également être
distinctes des opérations sur le terrain et des visites d’inspection.
Dans certains pays, notamment en Asie et en Afrique, il existe deux
services d’inspection parallèles, l’un étant un service spécialisé en matière
de sécurité et de santé au travail, l’autre étant un service d’inspection
générale qui s’occupe des conditions générales d’emploi ou des relations
professionnelles. Habituellement sous la tutelle du même ministère, ces
services d’inspection collaborent pleinement aux niveaux national et local,
ou devraient le faire.
Bien que les services d’inspection dotés d’une large compétence soient
généralement rattachés au ministère du Travail, certains pays ont établi
d’autres types de services d’inspection, qui relèvent d’autres ministères ou
autorités municipales, mais dont les champs d’action se recoupent parfois.
C’est souvent le cas en matière de sécurité/incendie, pour laquelle
l’inspection du travail doit maintenir une bonne coopération avec les
services locaux d’incendie.
Domaine d’activité ou secteur industriel. Certains secteurs particuliers, tels
l’agriculture, l’industrie minière, les ports et les plates-formes offshore
d’extraction de pétrole et de gaz, sont inspectés par des fonctionnaires de
ministères autres que celui du Travail, par exemple, celui de l’Énergie ou
de l’Agriculture. Il peut également exister des services d’inspection
spécifiques pour les travailleurs du secteur public.
Domaine de responsabilité. Dans certains pays d’Europe centrale et
orientale, le ministère de la Santé est souvent responsable de l’inspection
de la santé au travail et de la prévention des maladies professionnelles, et
le ministère du Travail se charge des questions de sécurité au travail.
Aire géographique/administrative. Dans certains pays à structure fédérale
ou décentralisée (par exemple Argentine, Italie), l’inspection effectuée
dans les états ou les régions est parfois entièrement autonome, même si
la législation nationale du travail est uniformisée. Dans certains pays
fédéraux, le système est encore plus complexe, les systèmes d’inspection
du travail différant selon la province, l’état ou le territoire (par exemple
Australie, Canada, Etats-Unis). Il existe également des Etats qui ont une
structure fédérale, mais une seule autorité centrale en matière d’inspection
du travail au niveau fédéral (Nigéria, Brésil, Russie). Dans certains pays,
les autorités locales et municipales ont un pouvoir d’inspection en vertu de
leurs propres règlements, ou par délégation de l’autorité centrale, par
exemple en matière de sécurité/incendie.
Dans les pays où existe un service central d’inspection avec des
structures décentralisées sous son contrôle, l’avantage tient au fait que la

18 
2. Introduction à l’inspection du travail

responsabilité ministérielle et le soutien pour toutes les questions


d’inspection du travail sont clairement identifiés. Ce type d’organisation
assure la stabilité et la continuité indispensables pour la mise en œuvre
des politiques existantes et futures 21. En revanche, une structure
hiérarchisée et centralisée peut avoir pour effet de réduire la flexibilité
nécessaire pour s’adapter aux contraintes et particularités locales, trouver
des solutions face aux nouveaux défis, et stimuler l’esprit d’engagement et
d’innovation des inspecteurs. Dans les systèmes décentralisés, la
coordination et la coopération institutionnelles peuvent s’avérer très
difficiles, la concurrence indue et le gaspillage de ressources pouvant
alors résulter des frictions et des doubles emplois, avec un impact négatif
sur l’efficacité et l’efficience des inspecteurs.
Systèmes intégrés d’inspection du travail. Durant les dernières décennies,
plusieurs pays ont tenté de fusionner leurs services d’inspection distincts
dans de nouvelles structures plus intégrées, de manière à améliorer
l’efficacité et l’efficience de l’inspection. Se fondant sur l’approche dite
«Un inspecteur: une entreprise», certains pays, comme la Bulgarie et le
Viet Nam, ont unifié leur service d’inspection, formant leurs inspecteurs à
un plus large éventail de disciplines. L’expérience s’est révélée positive,
non seulement pour les employeurs et les travailleurs qui ont ainsi plus
facilement accès à des conseils professionnels sur les questions d’emploi,
mais aussi pour les inspecteurs eux-mêmes. Bien que les contraintes
politiques et économiques empêchent ce type d’intégration dans certains
pays, cette tendance se poursuivra probablement et un nombre croissant
de pays adopteront ce mode d’organisation dans un proche avenir.
On trouvera à la fin de ce module plus d’informations sur les systèmes
intégrés d’inspection du travail, et sur la formation des inspecteurs à cette
fin.

21
Inspection du travail. Guide de la profession. OIT, 2002.

 19
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

Étude de cas : Formation à l’inspection du travail intégrée,


Bulgarie, 1999-2005

Au cours de ce projet de l’OIT financé par l’Allemagne, la


Bulgarie a entrepris de réformer son inspection du travail et de
réviser son Code du travail de façon à ce que les activités de
contrôle et de conseil de l’inspection du travail, les questions de
sécurité et de santé et les questions de conditions de travail
puissent être intégrées dans le travail quotidien de chaque
inspecteur.

Un programme intensif de formation de formateurs a permis


pendant une période de transition de trois ans la formation de
plus de 300 inspecteurs. La nouvelle inspection intégrée mène
désormais ses activités selon le principe de «un inspecteur pour
une entreprise» et a une compétence nettement accrue en
matière de planification et de réalisation d’inspections
holistiques selon les méthodes de l’inspection préventive.

Se fondant sur l’approche intégrée de l’inspection, le nombre de


visites d’inspection sur la sécurité et la santé et d’autres
questions est passé de 20 251 en 1998 à 32 271 en 2003. Le
nombre d’enquêtes sur plainte a doublé, passant de 3 437 en
1998 à 6 857 en 2003. En outre, l’inspection a recruté plus de
70 nouveaux inspecteurs en 2003 et 2004. Le succès du projet
est également attesté par l’évaluation du Comité indépendant
de l’inspection du travail de l’Union européenne, qui a confirmé
que la Bulgarie remplissait les critères d’accession à l’Union
européenne dans le domaine de l’inspection du travail. 22

3. LES PRINCIPES DE L’INSPECTION DU TRAVAIL

Bien toute inspection du travail dérive son autorité du droit national,


l’essentiel des missions et obligations des inspecteurs du travail est
énoncé dans la convention no 81, complétée par le protocole de 1995
relatif à la convention sur l’inspection du travail. La convention no 81
identifie cinq principes clés pour la création et le développement de
systèmes d’inspection du travail dans les Etats Membres qui l’ont ratifiée:
1. INDÉPENDANCE. Il s’agit d’un principe fondamental, dont
dépendent l’autorité des inspecteurs et l’efficacité des services
d’inspection. L’inspection du travail est une responsabilité
gouvernementale, une fonction publique composée d’inspecteurs
fonctionnaires, qui doivent pouvoir travailler de manière

22
Inspection du travail. Etude d’ensemble des rapports sur les conventions relatives à l’inspection du travail, CIT,
95ème Session, 2006, Rapport IIIB, page 73.

20 
2. Introduction à l’inspection du travail

indépendante et impartiale. Ce statut de fonctionnaire 23 est


considéré comme indispensable pour le personnel de l’inspection
du travail parce qu’il est le plus susceptible de garantir
l’indépendance et l’impartialité nécessaires à l’exercice de leurs
fonctions.
Dans plusieurs pays, certains ministères ont leur propre service
d’inspection interne pour superviser la protection du travail, par
exemple les forces armées, les postes et télécommunications ou
d’autres grands services publics. Le principal inconvénient de ces
services internes est leur manque d’indépendance vis à vis des
administrations qu’ils sont chargés d’inspecter (et peuvent à
l’occasion critiquer). Ainsi, bien que ces services d’inspection jouent
un rôle important, ils ne peuvent pas être considérés comme des
inspections du travail au sens de la convention no 81 24.

Étude de cas: l’explosion de la plate-forme pétrolière Piper Alpha


(Mer du Nord) 1988

L’explosion de la de la plate-forme pétrolière Piper Alpha en juillet 1988 a


entraîné la mort de 167 hommes. Son principal propriétaire était la compagnie
américaine Occidental Petroleum UK.

Au cours de l’enquête qui a suivi, des critiques ont été adressées à l’industrie
pétrolière et le rapport d’enquête a fait de nombreuses recommandations pour
améliorer la sécurité dans l’industrie. Le rapport a également formulé
quelques critiques contre les services d’inspection du gouvernement
britannique, qui à l’époque, relevaient du ministère de l’Energie, responsable
des besoins énergétiques du Royaume-Uni. Selon certaines allégations, les
services d’inspection du ministère ne disposaient pas de ressources
suffisantes. Le rapport suggérait que la supervision de la sécurité des
installations en mer devrait être transférée au ministère chargé de la sécurité
et de la santé au travail (Health and Safety Executive), un organisme public
autonome chargé de l’inspection dans la plupart des industries au Royaume-
Uni, pour assurer l’indépendance des services d’inspection du secteur de
l’extraction pétrolière en mer.

2. PARTENARIAT avec les employeurs et les travailleurs. Une


coopération étroite entre les services d’inspection et les partenaires
sociaux, les employeurs et les travailleurs est la condition sine qua
non d’efficacité de l’inspection du travail.
L’inspection du travail a été établie pour protéger les travailleurs, qui
sont les principaux usagers de ses services; il est donc à la fois
inévitable et indispensable que les inspecteurs du travail et les
travailleurs entretiennent d’étroites relations. Celles-ci peuvent se
nouer dans les entreprises nationales, régionales et locales, par

23
D’autres éléments connexes au statut de fonctionnaire, tels que la stabilité de l’emploi, une rémunération ainsi que
des perspectives de carrière attrayantes constituent des piliers tout aussi importants de cette indépendance, en ce sens
qu’ils rendent les inspecteurs moins «dépendants» d’influences externes.
24
Inspection du travail. Guide de la profession. OIT, 2002.

 21
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

l’intermédiaire des syndicats ou des représentants des travailleurs


dans les comités d’entreprise et les comités de protection du travail,
ou encore par l’intermédiaire des délégués syndicaux ou des
délégués des travailleurs aux comités d’hygiène et de sécurité. Par
ailleurs, l’efficacité des services d’inspection du travail se trouve
considérablement renforcée si elle est soutenue par l’action
concertée des employeurs et de leurs représentants, aux niveaux
national et local.
La recommandation no 82 préconise l’établissement d’organes
permettant aux représentants de l’inspection du travail d’engager un
dialogue social avec les représentants ou les organisations de
travailleurs et d’employeurs. Très souvent, la mise sur pied
d’organismes tels que les commissions paritaires est prévue par la
législation et complétée par des conventions collectives, supervisées
par l’inspection du travail.
L’inspection du travail doit fonctionner dans un cadre tripartite pour
remplir convenablement sa mission. Dans le contexte de l’OIT, ce
terme désigne l’interaction entre le gouvernement (le système
d’administration du travail), les employeurs, les travailleurs, leurs
organisations et leurs représentants. Ce mode de fonctionnement
vise à répondre à leurs préoccupations communes et suppose divers
moyens d’interaction dans un esprit de dialogue social: partage de
l’information, consultations, négociations et processus décisionnel.
Les connaissances et les intérêts spécifiques de trois parties peuvent
ainsi être pris en compte dans la résolution des questions
économiques et sociales.
3. COOPÉRATION avec d’autres organisations. L’inspection du travail
joue un rôle capital dans l’application de la législation du travail au
niveau de l’entreprise; par ailleurs, dans un environnement de travail
toujours plus complexe, la coopération avec les autres parties
prenantes est essentielle. Il s’agit notamment des organisations
publiques et privées, tels les instituts de recherche technique et
médicale, les établissements d’éducation et de formation, les
services de police et d’incendie, les fabricants et les fournisseurs,
les architectes, les sociétés d’assurance et d’autres organismes.
Les organisations avec lesquelles l’inspection du travail doit
collaborer varient d’un pays à l’autre, en fonction des attributions et
des compétences internes de l’inspection, et du cadre institutionnel.
L’autorité compétente doit analyser la situation, identifier les mesures
voulues et les mettre en œuvre pour promouvoir cette coopération, et
s’assurer le soutien de ces institutions pour maximiser l’efficacité des
services d’inspection du travail.
4. PRÉVENTION. Il est préférable de tenter de prévenir les mauvaises
conditions de travail, plutôt que d’en sanctionner les responsables.
En matière de protection du travail, la prévention désigne les efforts
faits pour éviter ou éliminer les risques d’accidents et de maladies,
les différends du travail, les conflits, le traitement injuste des

22 
2. Introduction à l’inspection du travail

travailleurs, etc., en assurant le respect de la législation existante.


En prévenant ces risques, les services d’inspection du travail
contribuent à éviter ou minimiser les préjudices humains, sociaux ou
économiques pour la personne, l’entreprise ou la société dans son
ensemble.
En pratique, le rôle préventif des services d’inspection suppose un
accent accru sur l’action proactive (réalisation de visites d’inspection
proactive planifiées; examen des plans de construction des
nouveaux bâtiments, unités, équipements, procédés, etc.), plutôt que
de s’en tenir essentiellement aux mesures réactives (enquête à la
suite d’accidents ou de plaintes). Cela suppose également la
promotion d’une culture de la prévention auprès des employeurs et
des travailleurs au sein même des entreprises, considérée comme
l’un des objectifs très importants de l’inspection du travail sur le long
terme.
5. UNIVERSALITÉ. En principe, la société ne devrait pas, et l’inspection
du travail ne peut pas, tolérer l’existence d’une économie où
certaines catégories de travailleurs sont protégées et d’autres non.
L’un des objectifs de l’inspection du travail devrait donc être
d’atteindre une couverture universelle grâce à l’élargissement de
son rôle et de ses activités, afin de couvrir le plus grand nombre
possible de travailleurs dans tous les secteurs, même ceux qui ne
bénéficient pas d’une relation de travail traditionnelle.
Comme on l’a indiqué plus haut, le protocole de 1995 relatif à la
convention no 81 sur l’inspection du travail, 1947 étend l’application
des dispositions de cette convention à la plupart des autres
établissements que la convention ne vise pas déjà 25.
Une illustration de ce qui précède figure dans les «Principes
communs de l’inspection du travail en matière de sécurité et de santé
au travail», élaborés en 2006 par le Comité des hauts responsables
de l’inspection du travail de l’Union européenne.
Principes fondamentaux de l’inspection du travail (Union européenne)
«La responsabilité de la mise en œuvre et de l’application des
dispositions légales nationales et internationales en matière de santé,
de sécurité et de conditions de travail incombe aux Etats membres. Il
s’agit d’une condition préalable essentielle à la mise en œuvre effective
de la fonction d’inspection du travail en ce qui concerne les principes de
base (...) que des dispositions soient prises dans les Etats membres de
nature à:
 veiller à ce que les codes et les conventions internationales pertinents
soient correctement transposés dans le droit national et que cette loi soit
à même de pour garantir des conditions décentes de travail;

25
Toutefois, le protocole autorise les pays signataires à exclure totalement ou partiellement de son champ d’application
les catégories suivantes: les administrations nationales (fédérales) essentielles; les forces armées, qu’il s’agisse du
personnel militaire ou civil; la police et d’autres services de sécurité publique; et les services pénitentiaires, qu’il s’agisse
du personnel pénitentiaire ou des détenus quand ils travaillent, si l’application de la convention 81 à leur égard soulève
des problèmes particuliers d’une importance significative.

 23
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

 mettre en place leurs stratégies pour la réalisation de ces conditions, en


indiquant ce que l’Etat membre souhaite réaliser et sur quelle période;
 maintenir ou développer des institutions et des mécanismes pour
l’application du droit national, ce qui dans certains cas, peut inclure
l’appui de services spécialisés, de la police, et des systèmes juridiques
et judiciaires, desquels l’inspection du travail dépendent pour l’exécution
efficace et efficiente de ses responsabilités. Ces institutions devraient
être dotées de ressources suffisantes pour remplir les fonctions
qu’attendent d’elles les stratégies nationales et régionales;
 établir des relations efficaces entre les ministères, organismes et
institutions avec une participation directe ou indirecte dans les
conditions de travail, en vue d’harmoniser les stratégies, de partager
leur expertise et de mener une action concertée;
 établir des relations efficaces avec les partenaires sociaux pour faire
appel à leur expertise, tenir compte de leurs priorités et s’assurer de leur
soutien;
 collecter, rassembler, analyser et publier des informations sur la santé,
la sécurité et les conditions de travail, assemblés au niveau national,
régional, par secteur d’activité, et, le cas échéant, de l’entreprise et du
lieu de travail;
 encourager les employeurs et les travailleurs à prendre des mesures
positives visant à assurer des normes décentes de conditions de travail
et à fournir des informations et des conseils appropriés pour aider les
employeurs et les travailleurs à se conformer à la loi».

4. LE STATUT DES INSPECTEURS DU TRAVAIL

4.1. Conditions de service des inspecteurs du travail


Les conditions de service des inspecteurs du travail contribuent de
manière importante à l’efficacité de l’inspection du travail. Les inspecteurs
du travail doivent:
 être des fonctionnaires dont le statut et les conditions de service
leur assurent la stabilité de l’emploi;
 être recrutés uniquement sur la base de leurs qualifications (les
femmes doivent être admissibles aux fonctions d’inspection);
 recevoir une formation adéquate, et les instructions, l’information
et le soutien nécessaires à l’exercice de leurs fonctions 26;
 posséder la compétence voulue pour exercer leurs
responsabilités;

26
Les services d’inspection du travail doivent s’assurer que les inspecteurs obtiennent toute l’assistance spécialisée,
technique, scientifique, juridique, méthodologique ou de toute autre nature, nécessaire à l’accomplissement de leur
mission.

24 
2. Introduction à l’inspection du travail

 rester impartiaux et indépendants vis-à-vis des changements


institutionnels et de toute influence extérieure indue.
En outre, la rémunération des inspecteurs et leurs perspectives de carrière
doivent être suffisamment motivantes pour attirer et retenir des personnes
qualifiées et les mettre à l’abri de toute influence extérieure indue.
Les établissements doivent être inspectés aussi souvent et aussi
soigneusement que nécessaire pour garantir l’application effective des
dispositions légales pertinentes 27. Toutefois, de nombreux pays n’ont pas
assez d’inspecteurs du travail pour assurer la présence d’un service
minimum d’inspection du travail sur de vastes territoires. Le nombre de
fonctionnaires de l’inspection du travail joue également un rôle important
et est souvent un sujet de préoccupation des administrations du travail.
Les ressources, ou leur insuffisance, sont une question capitale pour de
nombreux services d’inspection. Aux termes de la convention no 81, le
nombre 28 d’inspecteurs du travail doit être suffisant pour assurer l’exercice
efficace des fonctions du service d’inspection dans tous les secteurs de
l’économie, et être fixé en tenant compte:
a) de l’importance des tâches que les inspecteurs auront à accomplir,
et notamment:
• du nombre, de la nature, de l’importance et de la situation des
établissements assujettis au contrôle de l’inspection;
• du nombre et de la diversité des catégories de travailleurs qui
sont occupés dans ces établissements;
• du nombre et de la complexité des dispositions légales dont
l’application doit être assurée;
b) des moyens matériels d’exécution mis à la disposition des
inspecteurs;
c) des conditions pratiques dans lesquelles les visites d’inspection
devront s’effectuer pour être efficaces.
Les inspecteurs doivent également disposer de locaux aménagés de façon
appropriée et des moyens de transport nécessaires à l’exercice de leurs
fonctions 29. En pratique, cela représente parfois l’un des plus grands défis
auxquels les inspecteurs sont confrontés: le manque de moyens de
transport peut entraver très sérieusement leur travail, notamment dans les
régions éloignées, loin des agglomérations dotées de transports publics.

4.2. Pouvoirs des inspecteurs du travail


L’autorité compétente de l’inspection du travail doit prendre les mesures
voulues pour doter les inspecteurs des pouvoirs d’intervention nécessaires

27
Convention no 81, article 16.
28
Convention no 81, article 10.
29
Convention no 81, article 11.

 25
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

pour accomplir leurs tâches. Les principaux pouvoirs d’intervention


spécifiques de l’inspection du travail sont:
 la supervision, y compris le droit de libre accès aux établissements
et celui de libre inspection;
 l’injonction, qui lui permet d’ordonner aux entreprises d’adopter les
mesures nécessaires pour remédier aux lacunes et se conformer
à la législation du travail.
Bien que toute inspection du travail dérive son autorité du droit national,
l’essentiel des prérogatives des inspecteurs du travail est énoncé dans la
convention no 81, complétée par le protocole de 1995. Aux termes de
l’article 12 de la convention no 81, les inspecteurs du travail peuvent:
a) pénétrer librement sans avertissement préalable, à toute heure du
jour et de la nuit, dans tout établissement assujetti au contrôle de
l’inspection;
b) pénétrer de jour dans tous les locaux qu’ils peuvent avoir un motif
raisonnable de supposer être assujettis au contrôle de
l’inspection;
c) procéder à tous examens, contrôles ou enquêtes jugés
nécessaires pour s’assurer que les dispositions légales sont
effectivement observées, et notamment:
(i) interroger, soit seuls, soit en présence de témoins,
l’employeur ou le personnel de l’entreprise sur toutes les
matières relatives à l’application des dispositions légales;
(ii) demander communication de tous livres, registres et
documents dont la tenue est prescrite par la législation
relative aux conditions de travail, en vue d’en vérifier la
conformité avec les dispositions légales et de les copier ou
d’en établir des extraits;
(iii) exiger l’affichage des avis dont l’apposition est prévue par
les dispositions légales 30;
(iv) prélever et emporter aux fins d’analyse des échantillons
des matières et substances utilisées ou manipulées,
pourvu que l’employeur ou son représentant soit averti que
des matières ou substances ont été prélevées et
emportées à cette fin.
Selon la nature de la violation, l’inspecteur doit être habilité à:
 prononcer des injonctions juridiques et exiger l’adoption des
mesures nécessaires pour corriger, dans un délai déterminé, les

30
L’obligation d’afficher les avis vise à informer l’employeur et ses employés de leurs droits et obligations. Lorsque le
taux d’analphabétisme est élevé dans l’entreprise, une bonne stratégie consiste à employer des graphiques simples et
intuitifs pour les instructions relatives à la sécurité et la santé.

26 
2. Introduction à l’inspection du travail

violations ou manquements observés dans l’établissement, la


disposition des lieux ou les méthodes de travail;
 ordonner l’adoption immédiate de mesures correctives ou, à
défaut, exiger l’arrêt immédiat des opérations en cas de menaces
sérieuses à la sécurité ou la santé 31;
 engager une procédure assortie de sanctions et d’amendes, soit
au moment de la violation, soit à l’expiration du délai imparti pour
la rectification si cette dernière n’a pas été effectuée, ou proposer
à l’autorité compétente de prendre ces mesures;
 décider, dans chaque cas, s’il convient de donner des conseils ou
un avertissement, d’engager une procédure d’exécution judiciaire,
ou recommander que de telles mesures soient prises.

4.3. Obligations des inspecteurs du travail


Les inspecteurs du travail ont des pouvoirs, mais aussi certaines
obligations 32, notamment celles relatives au désintéressement, au secret
professionnel et à la confidentialité sur l’origine des plaintes.
 Désintéressement. Il est interdit aux inspecteurs de tirer profit,
directement ou indirectement, des activités placées sous leur
contrôle, afin de préserver leur impartialité et leur indépendance.
Certains pays précisent cette obligation en y incluant l’interdiction
de participer à la gestion de l’entreprise, d’en acquérir des actions
ou d’y avoir des intérêts financiers, ou de tirer profit de l’utilisation
d’un brevet ou d’une marque commerciale. Ce devoir de
désintéressement s’étend aux cadeaux offerts ou services rendus
par les employeurs ou les travailleurs. L’administration dispose de
moyens lui permettant d’assurer le respect de cette obligation,
notamment: les instructions données aux inspecteurs; l’obligation
de déclaration spontanée de leurs intérêts financiers dans
l’entreprise faisant l’objet d’une vérification; les sanctions
disciplinaires; le licenciement; les sanctions pénales; etc.
 Secret professionnel. Les inspecteurs ne doivent pas révéler les
secrets industriels ou commerciaux des établissements inspectés,
ou leurs méthodes de travail, et ce même après la cessation de
leurs fonctions. En cas de violation du secret professionnel, les
inspecteurs sont passibles des sanctions disciplinaires en vigueur
dans leur administration publique, voire de sanctions civiles ou
pénales.
 Confidentialité. Les inspecteurs doivent s’assurer que l’origine de
toute plainte ayant attiré leur attention sur un manquement ou une
violation de la législation reste confidentielle; ils ne doivent fournir
aux employeurs aucune information indiquant que la visite

31
La mise en œuvre de ce pouvoir suppose une définition préalable du terme «danger imminent».
32
Enoncées à l’article 15 de la convention no 81 et au paragraphe 20 de la convention no 129.

 27
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

d’inspection fait suite à une plainte, à moins que le plaignant n’ait


donné une autorisation écrite. Si cette exigence n’est pas
respectée, les travailleurs hésiteront à signaler les infractions par
crainte de subir des représailles de l’employeur.

5. DÉFIS ACTUELS DE L’INSPECTION DU TRAVAIL

Durant près de 175 ans, les inspecteurs du travail se sont efforcés


d’améliorer largement les conditions de travail. Dans le monde entier, ils
ont obtenu de nombreux résultats, qui constituent pour eux un motif de
fierté. Durant la plus grande partie de cette période, ils ont adopté une
approche traditionnelle, perpétuée par des services d’inspection du travail
établis de longue date et adoptée par les services créés plus récemment.
Le rôle des inspecteurs consiste à mener des visites dans les lieux de
travail et effectuer des contrôles pour constater les violations de la loi,
auquel cas ils doivent s’efforcer de redresser la situation en faisant
appliquer la loi et, le cas échéant, en infligeant des sanctions. Les types de
sanctions imposées se sont diversifiés ces dernières années, prévoyant
par exemple différents types d’avis, mais le principe reste le même.
À l’aube du troisième millénaire, le changement concerne toute la société,
et l’environnement de travail des inspecteurs ne fait pas exception. Ces
changements et les éventuels défis à venir doivent être identifiés et
analysés. Ils peuvent être classés en cinq grandes catégories:
 évolution de la situation économique et de la structure sociale;
 évolution de la structure industrielle;
 évolution de l’organisation du travail et de l’emploi;
 évolution des aspirations sociales et politiques;
 évolution technologique et de la définition des risques
professionnels.

5.1. Évolution de la situation économique et de la structure sociale


De nombreux pays sont confrontés à des crises économiques qui ont de
profondes conséquences, tant pour les services d’inspection du travail que
les institutions publiques. La première conséquence de ces crises est
l’importance accrue accordée aux problèmes d’emploi, ce qui relègue
l’amélioration des conditions de travail au second plan. Ces crises
réduisent les ressources de l’inspection du travail et les fonds que les
entreprises pourraient consacrer à l’amélioration des conditions de travail,
ce qui entraîne fréquemment des conflits entre les services d’inspection du
travail et les organisations patronales ou syndicales.

28 
2. Introduction à l’inspection du travail

De nombreux pays vivent des changements sociodémographiques


rapides, notamment les migrations de main-d’œuvre et le vieillissement de
la population, qui ont un impact considérable dans le monde du travail.
Cette mobilité accrue des personnes en quête de travail décent et de
sécurité dans l’économie mondiale a fait de la migration internationale un
phénomène de plus en plus complexe. Une grande partie des migrations
contemporaines est liée directement ou indirectement au monde du
travail 33. Un nombre considérable de travailleurs migrants vivent dans des
conditions extrêmement difficiles, qui se traduisent par de bas salaires,
des conditions de travail précaires, une protection sociale quasi
inexistante, le refus de la liberté syndicale et des droits au travail, la
discrimination et la xénophobie, ainsi que l’exclusion sociale. Les
travailleurs migrants ont des conditions de travail précaires, de bas
salaires et ne bénéficient pas d’un traitement équitable; et il existe parfois
un écart considérable entre la protection dont ils bénéficient par rapport
aux travailleurs nationaux. Le nombre de migrants en situation irrégulière
augmente constamment; il est alimenté par l’accroissement de l’emploi
informel, la pénurie de travailleurs pour les métiers salissants, dégradants
et dangereux («3D jobs» en Anglais), et le tarissement des possibilités
d’immigration régulière.
Le vieillissement de la population mondiale est un sujet de préoccupation
croissante dans le monde entier. Les sociétés vieillissantes font face à un
double défi, à savoir garantir la durabilité de leur régime de sécurité
sociale sans surexploiter les capacités des jeunes générations. Le
vieillissement des populations a entraîné d’autres conséquences dans le
monde entier, telles l’exclusion sociale, la discrimination fondée sur l’âge,
particulièrement l’emploi des travailleurs âgés, la protection de leur droit à
un traitement équitable et la mise en œuvre de mesures pour protéger
leurs intérêts.
L’évolution des profils de genre dans l’économie constitue un autre
problème. La population féminine active dans l’industrie a augmenté dans
certains pays, où il faut sérieusement réfléchir à certaines questions, par
exemple la manipulation des produits chimiques en cas de grossesse, la
discrimination, le harcèlement sexuel, etc.

5.2. Évolution de la structure industrielle


Ces dernières années, le tissu industriel s’est profondément modifié, dans
les pays développés et en développement, notamment:
 déclin du secteur secondaire au profit du secteur tertiaire. Les
pays anciennement industrialisés ont connu une diminution
constante des secteurs traditionnels, notamment les industries
métallurgique et minière, avec une chute parallèle du nombre

33
Parmi les 175 millions de personnes résidant hors de leur pays d’origine, environ 86 millions sont considérées comme
économiquement actives, dont 34 millions vivraient dans des régions en voie de développement. Rapport de la
Commission sur les travailleurs migrants, Genève 2004.

 29
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

d’employeurs et d’employés dans certains secteurs clés, comme


l’agriculture (avec l’apparition de grandes fermes ultramodernes);
 privatisations accrues à l’échelle mondiale, entraînant la
disparition d’entreprises publiques, notamment dans l’industrie
minière, le secteur ferroviaire, les travaux publics et les
compagnies aériennes nationales;
 réductions majeures des activités de nombreuses grandes
sociétés privées («restructurations», en langage courant) afin de
se recentrer sur leur principal métier. Ces restructurations ont
engendré des organigrammes horizontaux, qui ont contraint les
gestionnaires à réagir à l’évolution de leur environnement de
travail. Avec la multiplication des sociétés qui se recentrent sur
leur principale activité, les services de soutien (nettoyage des
bureaux, restauration, sécurité, technologies de l’information et
personnel) sont progressivement externalisés et confiés à des
sous-traitants spécialisés, souvent des entreprises beaucoup plus
petites, qui ne disposent donc pas des régimes de protection
sociale offerts dans les grandes sociétés.

5.3. Évolution de l’organisation du travail


L’évolution du tissu industriel a entraîné une hausse considérable du
nombre de petites et moyennes entreprises, et une augmentation
concomitante des sociétés sous-traitantes, qui assurent les prestations
susmentionnées, abandonnées par les grandes sociétés. Les petites
entreprises sont beaucoup plus importantes que les grandes entreprises
dans le monde, tant en ce qui concerne leur nombre que la part de la
population active à leur emploi 34. Cette réalité se vérifie particulièrement
dans les pays en développement où, indépendamment de la part des
petites entreprises dans l’économie régulière, la structure industrielle se
caractérise par un pourcentage élevé de travailleurs autonomes et de
micro- et petites entreprises dans le secteur informel.
La conversion des grandes sociétés en petites entreprises s’est
accompagnée d’une forte baisse des effectifs syndicaux, ce qui a eu de
profondes répercussions sur le travail des inspecteurs.
 Ces changements dans les structures et l’organisation du travail,
qui ont profondément modifié les relations professionnelles, se
sont accompagnés d’une augmentation du nombre de travailleurs
autonomes, itinérants et des télétravailleurs. Avec l’évolution des
technologies de l’information, de nombreuses personnes
travaillent désormais à distance, voire, dans certains cas, à partir
d’autres pays. De nos jours, un architecte ou un dessinateur
industriel peut facilement travailler dans un autre pays et envoyer

34
Selon l’OCDE (2002), les PME représentent entre 96 et 99 pour cent des entreprises recensées dans les pays de
l’OCDE. Les micro-entreprises (0 à 9 employés) représentent en moyenne 78 pour cent de toutes les entreprises, tandis
que les entreprises comptant entre 0 et 49 employés en représentent au moins 95 pour cent. Rapport sur l’emploi dans
le monde 2004-05: Emploi, Productivité et réduction de la pauvreté. Genève, 2005.

30 
2. Introduction à l’inspection du travail

les résultats de ses recherches par voie électronique à un sous-


traitant local ou à un propriétaire d’usine – ce qui peut représenter
un défi pour tout inspecteur du travail appelé, par exemple, à
enquêter sur l’effondrement d’un immeuble ou les défaillances
d’une usine. L’émiettement des grandes sociétés a entraîné, dans
certaines d’entre elles, la disparition des registres sur les
accidents ou incidents précédents, et qui, auparavant,
contribuaient notablement à l’amélioration des normes de sécurité
et de santé.
 Le recours généralisé aux services de contractuels ou de sous-
traitants suscite également de nombreuses préoccupations, parce
que certains d’entre eux ont des systèmes de gestion complexes,
tandis que d’autres ne maîtrisent pas les principes d’une gestion
fiable et ont une expérience interne limitée, ce qui aggrave les
taux d’accidents.
 Les travailleurs autonomes représentent la plus petite forme
d’entreprise. Certains pays les prennent en considération dans
leur système de sécurité et de santé, et d’autres non. Le travail
autonome n’est pas synonyme d’absence de risque. Lorsque ce
type d’activité entre dans le champ de compétence de l’inspection
du travail, il convient d’adopter des politiques précises permettant
de l’assujettir à son contrôle.
 Il existe enfin ce qu’on appelle communément le «secteur
informel» dont les travailleurs sont parfois privés de droits, soit
parce qu’ils ne sont pas déclarés par leur employeur, soit parce
qu’ils sont exclus du champ d’application de la législation sur le
travail et la sécurité sociale. Il existe actuellement un vif débat sur
la contribution possible de l’administration et de l’inspection du
travail pour faire bénéficier cette catégorie de travailleurs de
conditions de travail décentes.

5.4. Évolution des attentes sociales


Parallèlement aux changements dans la structure et l’organisation du
travail, on a assisté à une profonde évolution des préoccupations du public
concernant l’impact des activités commerciales sur lui-même et sur
l’environnement. Le public:
 est désormais moins tolérant face aux risques industriels et aux
entreprises ou aux personnes qui exploitent les travailleurs
(souvent des travailleurs migrants) et leur imposent de mauvaises
conditions de travail;
 exerce des pressions croissantes sur l’organe de régulation, afin
que des sanctions sévères soient imposées aux contrevenants, et
partant, soutient les travailleurs lésés qui demandent une
indemnisation: le public réclame des sanctions publiques;

 31
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

 est maintenant beaucoup mieux informé des questions juridiques


et techniques, quelle que soit leur complexité; les réseaux internet
et les groupes de pression ont facilité l’accès à ces informations,
qui peuvent être obtenues rapidement et comprises par un lecteur
profane;
 est de plus en plus disposé à contester les mesures prises (ou
non) par l’organe de régulation en matière d’inspection du travail.
Dans de nombreux pays, les citoyens ne se fient plus au statut ou
à l’expertise des inspecteurs du travail; les personnes qui
s’estiment lésées protestent, font appel aux médias et, dans
certains cas, engagent des poursuites judiciaires contre l’organe
de régulation. L’obligation de transparence, désormais en vigueur
dans plusieurs pays, autorise tout citoyen à consulter les
documents officiels, les procès-verbaux, les messages
électroniques, etc., pour vérifier les conditions d’adoption d’une
décision réglementaire.

5.5. Évolution de la nature des risques professionnels


La disparition des industries lourdes à forte concentration de main-
d’œuvre dans de nombreux pays a eu un effet bénéfique, notamment
quant aux taux d’accidents. La baisse importante du nombre d’accidents –
tendance régulière constatée auparavant – ne se poursuit plus, et certains
pays expérimentent actuellement des méthodes novatrices afin de tenter
d’en abaisser le «seuil».
 Les risques liés aux «industries lourdes» ont été remplacés par les
risques de santé nouveaux et émergents, découlant par exemple
des produits biochimiques et des nanotechnologies.
 Il existe maintenant toute une série de «risques relativement
nouveaux» liés aux troubles musculo-squelettiques, telles les
entorses répétitives causées par l’utilisation des claviers et les
autres manipulations de routine. Les ordinateurs contribuent non
seulement à l’émergence de ces risques, mais les usines à haut
risque gérées par ordinateur présentent des risques spécifiques,
dus aux logiciels et programmes complexes intégrés dans les
systèmes de contrôle.
 En 2009, plus de 33 millions de personnes vivaient avec le
VIH/sida. Sur dix personnes atteintes, neuf étaient de jeunes
adultes en pleine stade productif et reproductif. Le VIH/sida
menace la subsistance de nombreux travailleurs et de ceux qui en
dépendent (les familles, la collectivité, l’entreprise) et affaiblit donc
l’économie nationale. La discrimination et la stigmatisation des
personnes atteintes du VIH/sida constituent une violation des
principes et droits fondamentaux au travail et entravent les efforts
déployés pour la prévention et la santé. Le VIH/sida devient dès
lors un problème lié au monde du travail, qui doit donc jouer un
rôle important dans la campagne de lutte contre les ravages de

32 
2. Introduction à l’inspection du travail

l’épidémie. Les programmes en milieu de travail contribuent à la


prévention, facilitent l’accès aux soins et aux traitements et
participent à la promotion de la non-discrimination.
 Enfin, les inspecteurs du travail du monde entier font face à un défi
majeur, à savoir le contrôle du stress au travail, qui constitue une
cause majeure d’absentéisme. Le stress est aujourd’hui considéré
comme une manifestation importante de la mauvaise santé liée au
travail, qui relève donc de la compétence de l’inspection du travail,
en fonction de la situation et de la législation locales. Certains
pays effectuent des contrôles sur le stress lié au travail comme ils
le font dans l’industrie du bâtiment, en cherchant, par exemple, à
identifier les pratiques de travail susceptibles de causer le stress,
et en appliquant la loi; d’autres pays appliquent une
réglementation plus «souple», qui vise le stress lié à tous les
aspects de la vie, du lieu de travail au domicile, et fournit des
orientations sur l’amélioration du style de vie et la réduction du
stress. Quoi qu’il en soit, le contrôle du stress n’est pas une tâche
facile et exige une formation adéquate des inspecteurs dans ce
domaine.

5.6. Conséquences de ces changements pour les inspecteurs du travail


Le rythme de ces changements s’accélère constamment, l’inspection du
travail devant donc continuellement réexaminer ses priorités et modes
d’action, afin de s’adapter au contexte actuel de l’emploi. De nombreux
changements économiques, sociaux et techniques ont touché non
seulement les pays individuellement, mais aussi l’ensemble du monde du
travail en raison de la mondialisation économique. Le débat actuel porte
donc moins sur la nécessité de développer les systèmes d’inspection, que
sur l’opportunité d’un changement d’orientation en ce qui concerne le rôle
et les objectifs de l’inspection du travail, mais aussi la répartition des
compétences et des responsabilités en la matière, en tenant compte de
facteurs tels que la présence d’une main-d’œuvre toujours plus diversifiée
et la nécessité des mesures de lutte contre la discrimination.
Les inspections du travail devront probablement approfondir leur réflexion
et tenir compte des multiples problèmes du travail et du contexte social et
démographique mouvant (en raison des migrations de main-d’œuvre, du
vieillissement des populations et de la présence croissante des femmes
sur le marché du travail) pour l’attribution des ressources, l’élaboration des
nouvelles réglementations et orientations, ainsi que le renforcement des
capacités des inspecteurs pour affronter ces problèmes.
L’évolution de l’organisation du travail – notamment la multiplication des
petites entreprises, des entrepreneurs autonomes et des sous-traitants – a
favorisé l’émergence d’interconnexions plus complexes qu’auparavant.
Ces changements ont entraîné des conséquences pour les responsables
de la mise en place de conditions de travail sûres et décentes, mais aussi
pour les inspecteurs du travail qui doivent identifier et remonter la chaîne
des responsabilités, non seulement durant leurs visites d’inspection

 33
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

régulières, mais aussi lorsqu’ils enquêtent sur les incidents et accidents du


travail et sur les problèmes de santé liés au travail. L’accroissement du
nombre d’entrepreneurs et de sous-traitants dans les industries à haut
risque a également induit des problèmes de qualification et de savoir-faire
professionnels, et provoqué une augmentation des accidents et maladies
liés au travail. La forte croissance des petites entreprises représente
également un défi logistique pour les inspecteurs. Bon nombre de petites
entreprises n’ont qu’une brève existence, avant d’être absorbées par de
nouveaux propriétaires, qui exercent parfois une activité complètement
différente. Si l’on y ajoute le grand nombre d’établissements qui devraient
être inspectés, les responsables de l’inspection du travail sont contraints
d’opérer des choix difficiles entre le temps limité dont disposent les
inspecteurs et les nombreux sites qu’ils doivent inspecter.
La baisse des effectifs syndicaux, essentiellement liée à la dispersion de la
main-d’œuvre dans les petites entreprises a de profondes conséquences
pour l’inspection du travail. Dans les entreprises sans représentation
syndicale, le droit des travailleurs, les conditions et le cadre de travail ne
peuvent pas faire l’objet d’un contrôle «interne»; les visites d’inspection
devraient donc y être plus fréquentes, afin de veiller au respect de la
législation du travail.
L’évolution des attentes sociales oblige l’inspection du travail à une
transparence et une responsabilité accrues; ces exigences constituent des
critères fondamentaux à prendre en compte en ce qui concerne les
activités de l’inspection du travail et le comportement des inspecteurs.
Dans les pays industrialisés, le rôle de l’inspection du travail a évolué ces
dernières années, notamment en raison des nouvelles responsabilités
confiées aux entreprises en matière de gestion de la santé et de la
sécurité au travail. Des mécanismes d’auto-évaluation des risques
professionnels ont été mis en œuvre à cet effet; les inspecteurs devraient
recevoir une formation complémentaire à cet égard, pour être en mesure
de donner les orientations voulues aux intéressés et de contrôler ces
compétences managériales.
Ces «nouveaux risques», l’impact des progrès technologiques survenus
récemment, ainsi que la réglementation associée toujours plus complexe,
exigent de nouvelles connaissances techniques, plus approfondies, de la
part des inspecteurs du travail. Pour mieux comprendre les nombreux
défis et questions qui se posent en la matière, l’inspection du travail doit
davantage développer la coopération et nouer des relations avec une
multitude de partenaires des milieux économique, social et judiciaire, ainsi
qu’avec les universités et les centres de recherche.
Dans les pays moins avancés, l’objectif premier reste la mise en place et
le fonctionnement d’un système d’inspection du travail s’appuyant sur la
collaboration des partenaires sociaux, dans le respect des critères et
principes définis selon les normes pertinentes de l’OIT. Cependant, une
formation adéquate des inspecteurs s’avère encore plus indispensable
compte tenu de l’ampleur des problèmes auxquels ils sont confrontés.

34 
2. Introduction à l’inspection du travail

SOMMAIRE

Le droit des travailleurs à des conditions de travail décentes est un droit


humain fondamental, que l’OIT s’est efforcée de promouvoir depuis sa
création en 1919. Les gouvernements nationaux doivent donc, en
concertation avec les organisations d’employeurs et de travailleurs: adopter
une législation et des politiques qui favorisent l’émergence de ces conditions;
mettre en place des services d’inspection du travail chargés de superviser leur
application; et en promouvoir l’observation. Ces services représentent donc
un volet très important du système global, garantissant que des conditions de
travail décentes sont une réalité au niveau de l’entreprise.
La principale norme internationale de travail sur le sujet est la convention
(no 81) sur l’inspection du travail (1947), qui établit les grands principes
concernant les fonctions, principes et obligations des services d’inspection du
travail, et a recueilli de nombreuses ratifications; la quasi-totalité des pays ont
maintenant institué des services d’inspection du travail, sous une forme ou
une autre. Ces services sont organisés différemment selon les pays; les
ressources qui leur sont allouées varient aussi énormément, en fonction des
différents niveaux de développement économique, du degré d’appui politique
et professionnel, des priorités nationales, etc. Néanmoins, les fonctions des
services d’inspection du travail se ressemblent souvent à travers le monde,
étant étroitement modelées sur les dispositions de la convention no 81.
L’inspection du travail est donc un service public organisé par l’Etat. En
pratique, les services d’inspection du travail – ou «l’inspection du travail» -
fournissent de nombreux conseils et informations aux employeurs, aux
travailleurs et aux autres parties concernées, grâce aux visites
d’établissements, fonction essentielle au bon fonctionnement du système. Au
besoin, et souvent en dernier recours, les inspecteurs peuvent utiliser leurs
pouvoirs d’injonction et intenter des poursuites pour assurer l’observation de
la loi.
Le mandat légal de l’inspection du travail varie aussi d’un pays à l’autre.
Comme il est expliqué plus en détail dans ce module, son domaine potentiel
de compétence est très vaste et peut couvrir des sujets aussi divers que la
sécurité et la santé au travail, la durée du travail, la rémunération, le dialogue
social, les relations professionnelles, l’emploi non déclaré, la discrimination, le
travail des enfants et – plus récemment – le VIH/sida et le travail forcé.
Les services d’inspection du travail doivent s’acquitter de leurs obligations dans
un environnement plein de défis, en proie à de profondes mutations, et ce dans
plusieurs domaines: situation économique et structure sociale; structure
industrielle; organisation du travail et de l’emploi; attentes sociales et politiques;
technologie et nature des risques professionnels.

 35
2. Introduction à l’inspection du travail

EXERCICES

 37
2. Introduction à l’inspection du travail

Exercice 1 

TITRE Évaluer la mise en œuvre de la convention no 81

OBJECTIFS Nous aider à:


 connaître la législation nationale en rapport avec
certains points choisis dans la convention no 81
sur l’inspection du travail;
 évaluer dans quelle mesure les principes de la
convention no 81 sur l’inspection du travail sont
respectés dans votre pays.
Commentez les principales raisons qui expliquent
selon vous, le cas échéant, la violation de ces
principes.

TÂCHES ET Dans votre groupe de travail:


DÉLAIS  désignez un rapporteur, chargé d’exposer les
conclusions de votre groupe en plénière;
 discutez et convenez de l’état de la législation et
de la pratique en vigueur dans votre pays en ce
qui concerne l’application de certaines
dispositions de la convention no 81 sur
l’inspection du travail, mentionnées dans le
formulaire de la page suivante;
 complétez le formulaire.
Les groupes ont 30 minutes pour délibérer, après quoi
le rapporteur aura cinq minutes pour présenter les
conclusions de votre groupe.

RESSOURCES  Formulaire «Évaluer la convention no 81».


 Le texte de la législation nationale sur l’inspection
du travail pourrait être également nécessaire.

 39
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

Exercice 
Évaluer la mise en œuvre de la convention no 81

Formulaire «Évaluer la convention no 81»


Référence et
Critères Observations
pratiques juridiques
L’inspection du travail doit être placée sous la supervision et le
contrôle d’une autorité centrale (art. 4).
Le personnel de l’inspection doit être composé de
fonctionnaires publics dont le statut et les conditions de
service leur assurent la stabilité dans leur emploi et les
rendent indépendants de tout changement de
gouvernement et de toute influence extérieure indue
(art. 6).
Les inspecteurs du travail doivent recevoir une formation
appropriée, pour l’exercice de leurs fonctions (art. 7.3).
Le nombre d’inspecteurs du travail doit être suffisant pour
permettre d’assurer l’exercice efficace des fonctions du
service d’inspection (art. 10).
Les inspecteurs du travail munis de pièces justificatives de
leurs fonctions sont autorisés à pénétrer librement sans
avertissement préalable à toute heure du jour et de la nuit
dans tout établissement assujetti au contrôle de
l’inspection (art.12.1 a).
À l’occasion d’une visite d’inspection, l’inspecteur doit
informer de sa présence l’employeur ou son représentant,
à moins qu’il n’estime qu’un tel avis risque de porter
préjudice à l’efficacité du contrôle (art. 12.2).
Les inspecteurs du travail ont le droit (…) d’ordonner ou de
faire ordonner que des mesures immédiatement
exécutoires soient prises dans les cas de danger imminent
pour la santé et la sécurité des travailleurs (art. 13.2 b).
L’inspection du travail doit être informée des accidents du
travail et des cas de maladie professionnelle dans les cas
et de la manière qui sont prescrits par la législation
nationale (art. 14).
(…) Les inspecteurs du travail n’ont pas le droit d’avoir un
intérêt quelconque direct ou indirect dans les entreprises
placées sous leur contrôle (art. 15 a).
Il est laissé à la libre décision des inspecteurs du travail de
donner des avertissements ou des conseils au lieu
d’intenter ou de recommander des poursuites (art. 17.2).
Des sanctions appropriées pour violation des dispositions
légales dont l’application est soumise au contrôle
d’inspecteurs du travail et pour obstruction faite aux
inspecteurs du travail dans l’exercice de leurs fonctions
sont prévues par la législation nationale et effectivement
appliquées (art. 18).

40 
2. Introduction à l’inspection du travail

Exercice 2 

TITRE Identifier les défis pour l’inspection du travail

OBJECTIFS Nous aider à:


 identifier les principaux défis externes auxquels fait face
l’inspection du travail de votre pays;
 déterminer l’ordre de priorité des défis identifiés en
fonction de leur impact sur les performances du service
d’inspection;
 identifier les moyens utilisés par l’inspection du travail
de votre pays pour relever ces défis.

TÂCHES ET Dans votre groupe de travail:


DÉLAIS
 désignez un rapporteur, chargé de présenter les
conclusions de votre groupe;
 discutez et convenez des défis auxquels fait face
l’inspection du travail de votre pays et déterminez
l’ordre de priorité des défis identifiés, en fonction de leur
impact sur l’efficacité du service d’inspection;
 discutez et convenez des moyens employés par
l’inspection du travail de votre pays pour relever ces
défis (ou les mesures qu’elle envisage de prendre);
 complétez le formulaire.
Les groupes disposent de 45 minutes pour délibérer, après quoi
le rapporteur aura 10 minutes pour présenter les conclusions de
votre groupe.

RESSOURCES  Formulaire «Défis du service d’inspection du travail».

QUELQUES  Conversion de l’industrie manufacturière au secteur


EXEMPLES DE tertiaire.
DÉFIS
EXTERNES  Privatisation des entreprises.
 Restructuration des activités et recentrage sur l’activité
principale.
 Augmentation du nombre de PME.
 Présence ou extension de l’économie informelle.

 41
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

 Baisse des effectifs syndicaux.


 Recours aux contractuels et sous-traitants.
 Grand nombre de télétravailleurs, hors des lieux de leur
entreprise.
 Meilleure information et moindre tolérance du public à
l’égard des risques industriels.
 Risques sanitaires nouveaux et émergents.

42 
2. Introduction à l’inspection du travail

Exercice 
Identifier les défis pour l’inspection du travail

Formulaire «Défis du service d’inspection du travail»


Défis Priorités Fonctions du service d’inspection

 43
2. Introduction à l’inspection du travail

BIBLIOGRAPHIE ET AUTRES RÉFÉRENCES

BIT (2005), Brochures sur les conventions 81 et 129, Genève.


[Link]

BIT (2006), Etude d’ensemble sur les rapports concernant les conventions
et recommandations sur l’inspection du travail, Rapport III (Partie B),
Conférence internationale du travail, juin 2006, Genève.
[Link]

BIT (2006a), Stratégie et pratiques pour l’inspection du travail, Conseil


d’administration du BIT, novembre 2006, Genève.
[Link]

BIT (1999), Nouvelles stratégies de prévention pour l’inspection du travail,


Genève.
BIT (2002), L’inspection du travail, Manuel de procédures, Genève.
[Link]

BIT (2005), Rapport mondial sur l’emploi 2004-05: Emploi, Productivité et


réduction de la pauvreté, Genève.
[Link]

BIT (2005), «The global challenges of labour inspection», Labour


Education, Vol. 2005/3-4, Nos 140-141, BIT, Genève.
[Link]

AIIT (2008), L’inspection du travail et la mondialisation durable.


[Link]

Union européenne (2006), Principes communs pour l’inspection du travail


concernant l’hygiène et la santé dans le lieu de travail, Comité des hauts
responsables de l’inspection du travail de l’Union européenne.
[Link]

Instruments de l’OIT
Convention no 81 sur l’inspection du travail, 1947
[Link]

Recommandation no 82 sur l’inspection du travail (mines et transports),


1947
[Link]

Protocole de 1995 relatif à la convention sur l’inspection du travail, 1947


[Link]

Convention no 85 sur l’inspection du travail (territoires non métropolitains),


1947
[Link]

 45
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

Convention no 129 sur l’inspection du travail (agriculture), 1969


[Link]

Recommandation no 133 sur l’inspection du travail (agriculture), 1969


[Link]

46 
2. Introduction à l’inspection du travail

ANNEXE

 47
2. Introduction à l’inspection du travail

ANNEXE 1:

L’Organisation internationale du Travail

L’Organisation internationale du Travail (OIT) est une institution spécialisée des


Nations Unies dont l’objectif principal est de promouvoir la justice sociale et de faire
respecter les droits de l’homme et des travailleurs, reconnus à l’échelle
internationale.

Elle a été créée en 1919, au lendemain d’une guerre destructrice, afin de


réaliser un objectif fondé sur le principe voulant qu’une paix universelle et
durable ne peut être fondée que sur la base d’un traitement équitable des
travailleurs. L’OIT devint, en 1946, la première institution spécialisée des
Nations Unies et l’unique organisme «tripartite», dont la mission est de réunir
les gouvernements, les employeurs et les travailleurs en vue de formuler
conjointement des politiques et des programmes. Pour accomplir ses missions,
l’OIT s’appuie sur les organes suivants:

La Conférence internationale du Travail élabore et adopte les normes


internationales du travail et constitue un forum de discussion pour d’importantes
questions d’ordre social et professionnel. Elle adopte également le budget de
l’Organisation et élit les membres du Conseil d’administration.

Le Conseil d’administration du BIT compte 56 membres titulaires (28


représentants de gouvernements, 14 des employeurs et 14 des travailleurs) et
se réunit 3 fois par an (mars, juin, novembre). Ses principales fonctions
consistent à:
• prendre des décisions concernant les politiques de l’OIT;
• déterminer le programme de la Conférence;
• adopter le projet de programme et de budget du BIT, avant sa
présentation à la Conférence;
• élire le Directeur général (pour un mandat de cinq ans, renouvelable).

Le Bureau international du Travail est le secrétariat permanent de l’Organisation


internationale du travail. C’est le point focal de l’ensemble des activités de l’OIT,
qu’il exécute sous la supervision du Conseil d’administration et sous la direction
d’un Directeur général. Le Bureau emploie quelque 1 900 fonctionnaires, de
plus de 110 nationalités, au siège de Genève et dans 40 bureaux régionaux
dans le monde.

L’OIT est l’organe général chargé d’élaborer les normes internationales du


travail et de veiller à leur application. En collaboration avec ses Etats Membres,
l’OIT s’efforce de garantir le respect des normes du travail dans la pratique. Des
centaines d’experts entreprennent des missions dans toutes les régions du
monde dans le cadre du Programme de coopération technique. Le Bureau
effectue également des recherches, réunit de la documentation et des
informations, et publie de nombreux rapports, études, et périodiques

 49
Manuel de formation CIF-OIT: «Créer des systèmes d’inspection du travail modernes et efficaces»

spécialisés. Les différentes missions de l’OIT sont regroupées et exécutées en


fonction de quatre objectifs stratégiques:
• Promouvoir et appliquer les normes du travail, ainsi que les principes et
droits fondamentaux au travail;
• Améliorer les possibilités d’emploi et de revenu pour les femmes et les
hommes;
• Améliorer la couverture et l’efficacité de la protection sociale
universelle;
• Renforcer le tripartisme et le dialogue social.

L’OIT comporte deux autres institutions:


• L’institut international d’études sociales (créé en 1960) cherche à
promouvoir la recherche, le débat public et le partage des
connaissances sur les nouveaux défis auxquels font face l’OIT et ses
mandants (gouvernements, employeurs et travailleurs)
• Le Centre international de formation (créé en 1964; situé à Turin, Italie)
est le point focal de l’OIT pour la formation et le développement des
ressources humaines des gouvernements, des organisations patronales
et syndicales ainsi que des acteurs sociaux et économiques.

50 

Vous aimerez peut-être aussi