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Rapport

Le rapport met en lumière la déforestation alarmante dans la région du Cavally, causée par l'occupation illégale des forêts classées par des agriculteurs pour des cultures de rente. Malgré un plan d'évacuation adopté par le gouvernement ivoirien, la situation des paysans expulsés reste critique, avec un retour insuffisant vers leur pays d'origine et une poursuite de la destruction des forêts. Le RAIDH appelle à une action urgente pour protéger le patrimoine forestier et respecter les droits des communautés locales.

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Rapport

Le rapport met en lumière la déforestation alarmante dans la région du Cavally, causée par l'occupation illégale des forêts classées par des agriculteurs pour des cultures de rente. Malgré un plan d'évacuation adopté par le gouvernement ivoirien, la situation des paysans expulsés reste critique, avec un retour insuffisant vers leur pays d'origine et une poursuite de la destruction des forêts. Le RAIDH appelle à une action urgente pour protéger le patrimoine forestier et respecter les droits des communautés locales.

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RAPPORT D’ALERTE

DEFORESTATION : DEFIS ENVIRONNEMENTAUX ET HUMANITAIRES


DANS LA REGION DU CAVALLY

UN PLAN D’URGENCE D’EVACUATION DANS LE RESPECT DU DROIT INTERNATIONAL


HUMANITAIRE S’IMPOSE POUR PRESERVER LE PATRIMOINE FORESTIER

Partenaire financier :

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Juin 2017 Regroupement des Acteurs Ivoiriens des Droits Humains (RAIDH)
Imprimé en Côte d’Ivoire
Nom de la Société et référence : Star Print
Photo Couverture prise par les chercheurs sur terrain

Le RAIDH mène depuis 2012 des enquêtes pour la défense et la protection des droits des
personnes en Côte d’Ivoire. Nous consacrons nos actions en faveur des victimes pour
empêcher l’injustice et permettre de restaurer leurs droits civils et politiques, économiques
et socio-culturels perdus en période de guerre ou d’autres crises. Nous menons des
plaidoyers à l’endroit des décideurs politiques (gouvernement et tenants du pouvoir d’Etat),
en les incitant à mettre fin aux pratiques abusives de violations des droits humains et
respecter le droit international relatif aux droits humains. Le RAIDH encourage les
gouvernants à prendre des mesures nécessaires pour éviter que la cohésion sociale soit
entachée entre les communautés.

Pour plus d’informations, veuillez consulter notre site internet : http://www.raidhci.org

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CARTES DE L’EVOLUTION DE LA DEGRADATION DES FORÊTS EN
COTE D’IVOIRE DE 1990 A 2015

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CARTE DE LA REGION DU CAVALLY

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INDICATION DE LA FORÊT DU CAVALLY

Photo prise par les chercheurs

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Forêt classée de Scio presque totalement détruit : le rouge présente la partie détruite jusqu’en 2014

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SOMMAIRE

ACRONYMES 13

REMERCIEMENTS 14

RESUME EXECUTIF 15

RECOMMANDATIONS 18

1. A L’Etat de Côte d’Ivoire 14

 Au Président de la République
 Au Premier ministre, Chef du gouvernement
 Au Ministre des Eaux et Forêts
 Au Ministre de l’agriculture
 Au Ministre de la femme, de la protection de l’enfant et de la solidarité
 Au Ministre de l’éducation nationale
 Au Ministre de la Santé et de l’hygiène publique
 Au Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme et des
Libertés Publiques

2. A l’Etat du Burkina Faso 20


 Au Président de la République du Burkina Faso
 Au Consul du Burkina Faso en Côte d’Ivoire

METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE 21
• Sources documentaires
• Collectes des informations par voies de témoignages
• Visites des autorités villageoises et forêts classées
• Rencontre des autorités administratives et préfectorales
• Collaboration avec la SODEFOR
• Analyse et classement des informations en référence aux instruments juridiques.

CARTES ADMINISTRATIVES DE LA COTE D’IVOIRE 4


• Carte administrative de la région du Cavally
• Carte de la dégradation des forêts classées de 1990 à 2015

I. INTRODUCTION 23
• Présentation de la région du Cavally
• Le foncier rural ivoirien et les droits coutumiers
• Statut des forêts classées

II. CONTEXTE ET JUSTIFICATION DES RECHERCHES 27

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III. CADRE JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL DES FORETS, PARCS NATIONAUX
ET RESERVES NATURELLES 28
1. Cadre juridique
• Le Domaine forestier de l’Etat et des Collectivités territoriales
• Les droits d’usage forestier
• Les infractions à la Loi

2. Cadre institutionnel
• Le Ministère de l'Environnement et des Eaux et Forêts
• La Société de Développement des Forêts (SODEFOR)
• L’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR)

IV. LA DEFORESTATION EN CÔTE D’IVOIRE : UNE MENACE POUR


L’ENVIRONNEMENT 33

1. La déforestation liée aux mœurs des villages


2. La déforestation liée à l’euphorie du boom économique du Cacao
3. La déforestation liée à l’exploitation anarchique et à l’appauvrissement des terres
villageoises
4. La déforestation liée aux périodes de crises de 2002 et 2011
5. Nouvelle invasion des forêts classées du Cavally par des ex-infiltrés du mont
Péko

V. PROBLEMATIQUE DE LA SAUVEGARDE DES FORETS CLASSEES 42

1. Forêts classées, sève nourricière de la région


2. Forêts classées devenues un gage pour les immigrés burkinabés
3. Infrastructures de l’Etat, légitime déforestation du classé
4. Cacao des forêts classées, une richesse non certifiée

VI. RECONSTITUTION DES FORETS SOUS LE RESPECT DES ACCORDS CONSENTIS 48

1. Contractualisation des occupations agricoles ou déclassement des


forêts classées
2. Freiner l’infiltration des burkinabè par l’application du TAC
3. Respecter le cadre juridique des évacuations
 Destruction de plantations et arrestations de paysans clandestins
dans le Cavally
 Un projet de Corridor écologique suscite la colère de paysans à Taï

CONCLUSION 54

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ACRONYMES

CEDEAO : Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest


CICPPF: Comité Interministériel de Coordination et de Pilotage de la Politique Forestière
CNRA: Centre national de recherche agronomique
COMM : Pour Communautaire
CTP: Cellule Technique Pluridisciplinaire
DGEF : Direction Générale des Eaux et Forêts
FDS: Forces de défense et de sécurité
FRCI: Forces républicaines de Côte d’ivoire
FLGO: Front de Libération du Grand Ouest
LIDHO: Ligue ivoirienne des droits de l’homme
MIDH: Mouvement Ivoirien des Droits Humains
MINEEF: Ministère de L’Environnement, des Eaux et Forêts
SODEFOR: Société de développement des forêts
OIPR: Office Ivoirien des Parcs et Réserves
OIT : Organisation international du travail
PIB: Produit intérieur brut
PPU: Programme présidentiel d’urgence
RAIDH: Regroupement des Acteurs Ivoiriens des Droits Humains
TAC: Traité d’Amitié et de Coopération (Côte d’Ivoire - Burkina Faso)

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REMERCIEMENTS

Ce rapport a été rédigé par les chercheurs du RAIDH à partir des recherches qu’ils ont
menées sur le terrain. Des révisions de ce rapport ont été faites par des défenseurs des
droits de l’Homme et Chercheurs tant en Côte d’Ivoire qu’à l’extérieur pour parfaire ledit
rapport. La Coordination a préparé le rapport en vue de sa publication.

Le RAIDH tient à remercier toutes les personnes qui ont aidé à mettre en relation ses
chercheurs et diverses personnes impliquées dans le processus des évacuations annoncées
des paysans clandestins des forêts classées. Les chefs de villages riverains des forêts visitées
les représentants des différentes communautés ethniques ou étrangères dans cette zone
ont fait bénéficier au RAIDH le temps nécessaire pour les recueils d’informations.

Les responsables de l’administration locale nous ont accordé beaucoup de temps et nous
ont considérablement aidés en partageant leurs connaissances sur la question. Les
communautés villageoises dans le département de Guiglo et de Bloléquin et Taï méritent
également des remerciements de la part du RAIDH.

Le RAIDH remercie toutes les organisations nationales et internationales qui ont contribué
aux recueils d’informations et partagé les stratégies de communication auprès des
populations concernées par la protection et la sauvegarde du domaine forestier permanent.

Le RAIDH remercie également le gouvernement ivoirien pour avoir accepté de répondre à


ses lettres d’avis et souhaite une collaboration franche et continue pour l’amélioration des
droits humains.

Particulièrement soucieux des droits des personnes mises aux arrêts fin mai 2017 par les
agents de la SODEFOR dans le cadre d’une opération d’évacuation dans la forêt classée du
Cavally, le RAIDH remercie tous leurs proches parents et chefs de communautés de la
CEDEAO du département de Taï pour avoir accepté de faire connaitre leur histoire. Ces
paysans, personnes physiques titulaires de droits naturels inaliénables ne doivent, sous
quelques prétextes que ce soit, subir des traitements inhumains et dégradants.

Ils veulent aussi une justice pour être loin d’une vengeance. Si le gouvernement ivoirien
pouvait garantir des mesures efficaces pour traiter la situation de ces ex infiltrés pour la
plupart des burkinabè, cela pourrait éviter un regain de tension intercommunautaire et une
situation humanitaire délétère dans cette zone de l’ouest de la Côte d’Ivoire.

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RESUME EXECUTIF

Les aires protégées dans la région du Cavally, recouvrant les forêts classées du Goin-Débé,
du Cavally, du Scio ainsi que le Parc national de Taï, sont menacées de disparition du fait de
leur occupation clandestine par des paysans allogènes et allochtones pour y réaliser des
cultures de rentes dont le Cacao, le café.
Le 7 juillet 2016, le gouvernement ivoirien avait adopté un Plan d’action d’urgence
d’évacuation pour le parc national du Mont Péko (entre le département de Duékoué et celui
de Bangolo) dans la région du Guémon en vue d’évacuer, avant le 30 juillet 2016, tous les
occupants qui exploitent illégalement ce domaine forestier permanent de l’Etat pour en faire
champs et cultures de rentes.
La mise en œuvre du plan prévoyait la création de grands sites de transit et des mesures
d’accompagnement sous forme d’indemnisation. Chaque site devant prévoir des points
d’eau et la construction de latrines. Les capacités des centres de santé des villages riverains
d’accueil et des routes autour du parc devant être également renforcées.
En dépit de la publication du Rapport du RAIDH sur les évacuations du parc national du mont
Péko en mars 2017 et de la mission bipartite (Etat de Côte d’Ivoire-Etat du Burkina Faso) qui
s’en est suivie dans la région, la situation des 28 469 paysans agricoles et familles déguerpis
de la lisère et du parc national n’a toujours pas évolué conformément à la mise en œuvre du
Plan d’action d’urgence. Les villages riverains continuent de souffrir du surnombre des
populations. Pourtant approuvées et soutenues par les volontés communes bipartites, les
mesures d’accompagnement comprenant un fonds de contingence pour les 9 000 ex-infiltrés
burkinabè et familles candidats à un retour volontaire, n’ont pas connu de résultat et ces
personnes ne sont toujours pas rapatriées dans leur pays.
En conséquence, des centaines de paysans ex-infiltrés et leurs familles se sont réinstallés en
partie dans certaines forêts classées de la région dont celle du Cavally poursuivant sans
égard la destruction de la quasi-totalité du patrimoine national.
De plus, l’exploitation anarchique des terres villageoises et le fait qu’elles soient appauvries
par l’hévéaculture, les forêts
Une des contraintes de l’hévéaculture est la durée de la
classées sont devenues la cible
période non productive (6 ans) des hévéas. Pendant cette
période improductive, il est possible d’associer des cultures privilégiée des paysans burkinabè.
vivrières aux jeunes hévéas sans dommage pour les arbres. Ceux-ci continuaient de s’y
Hormis le manioc qui n’a pas encore fait l’objet implanter depuis les crises
d’observations approfondies, les cultures d’igname, de riz, de sociopolitiques de 2002 et 2011
maïs, de banane plantain, d’arachide et de légumes (gombo,
survenues en Côte d’Ivoire, et
tomate, aubergine…) peuvent être associées à l’hévéaculture
sur les sols du domaine rural. rapidement y développent
Source : CNRA l’agriculture vivrière et la
cacaoculture. L’acte traditionnel
de cession de terre lié à une pratique ancestrale dite de "Travail partagé" menace les droits
coutumiers villageois en ce que les clauses qui le fondent ne sont plus respectées de façon
paisible et continue. La pratique du "Travail partagé" est au centre de conflits permanents et
d’une main-d’œuvre bon marché des étrangers tendant à faire disparaître l’autorité des
autochtones sur leurs propriétés.
Sédentarisés depuis plus de quarante (40) ans dans les forêts classées du Goin-Débé et du
Scio, les 36 000 allochtones et familles, en partie d’ethnie baoulés, qui exploitent plus de

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25 000 tonnes de cacao par an. Il est à noter que les terres qu’ils exploitent ont été acquises
par les droits coutumiers villageois, mais ne comprennent pas qu’ils soient traités de
clandestins alors qu’ils sont bénéficiaires du Programme présidentiel d’urgence (PPU) en
2012 avec la construction de huit (8) écoles publiques sur quinze (15) au total et un centre
de santé.
La Société de développement des forêts (SODEFOR) et l’Office ivoirien des parcs et réserves
(OIPR) chargés de mettre en œuvre la politique de la protection et de la conservation du
patrimoine forestier ivoirien sont impuissants face à cet état de fait. La mise en place d'une
agriculture extensive dont le café, le cacao et l’hévéa ainsi que l'urbanisation accélérée dans
le Scio et le Goin-Débé contribuent largement à cette forte dégradation des forêts ou la
déforestation.
Pour endiguer le fléau de déforestation avancée, le gouvernement ivoirien a mis en place
une politique de "gestion durable et rationnelle des ressources forestière" afin de ramener le
couvert forestier à la norme international de 20%" pour se définir pays forestier. Le directeur
général de la SODEFOR va ainsi demander aux exploitants agricoles infiltrés à opter pour un
départ volontaire, avant le 31 décembre 2017 sous peine d’y être contraints par la force.
Cependant, le 18 mai 2017, le directeur technique de la SODEFOR a indiqué au RAIDH lors
d’une rencontre que la contractualisation pourrait être envisagée. Cette contractualisation
rémunérée est un programme gouvernemental de conservation et de réhabilitation du
couvert forestier, qui consiste à permettre aux infiltrés (restés dans les champs et
campements) de planter ou reboiser la forêt sans faire de nouveaux défrichements pour la
cacao-culture sur une période de 10 ans. La contractualisation à terme des occupations
agricoles des forêts classées, pourtant approuvée par les paysans infiltrés, tarde à
s’exécuter.
Si cette approche de contractualisation ne peut pas se faire dans tous les cas – surtout pour
les forêts qui ont été occupées plus récemment – toute évacuation devrait se faire selon les
normes internationales et nationales des droits humains. Pendant notre recherche, le RAIDH
a constaté que les évacuations forcées d’occupants de la forêt classée de Cavally continue à
engendrer les violations les droits de l’homme, y compris [description brève de violations
constatées].
Le RAIDH rappelle que les paysans burkinabè mis aux arrêts sont aussi titulaires de droits
naturels inaliénables, ils ne doivent subir, sous quelques prétextes que ce soit, des
traitements inhumains et dégradants. Toute évacuation quelle que soit la nature doit
respecter les normes internationales. La décision doit faire l’objet d’une concertation et d’un
plan d’action ou d’évacuation dûment établi prévoyant des mesures d’accompagnement
nécessaires à la préservation de la dignité des populations visées. Les villages riverains
constituent les premiers passages pour les milliers de personnes déguerpies. Ils doivent être
associés aux décisions d’évacuations et non à la destruction des biens propriétés. Quand, ils
ne sont pas consultés, la situation des droits de l’homme et les conséquences humanitaires
dans ces villages deviennent insupportables.
Une solution juste et respectueuse des droits humains au problème de l’occupation des
forêts classées est essentielle pour éviter un regain de tension intercommunautaire et une
situation humanitaire délétère dans cette zone de l’ouest de la Côte d’Ivoire.

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RECOMMANDATIONS

Le RAIDH recommande :

1. A L’Etat de Côte d’Ivoire

 Au Président de la République de :
 Mettre au premier plan la protection de tous les droits des communautés
villageoises et celles visées par les évacuations ;
 continuer à restaurer le couvert forestier du pays en tenant compte des
droits de propriétés des villages riverains sur certaines terres ;
 s’assurer que les deux Etats parties au Traité d’Amitié et de Coopération
(TAC) prennent toutes les mesures appropriées pour empêcher
l’enlèvement, la vente ou la traite d’enfants à quelque fin que ce soit et
sous quelque forme que ce soit ;

 Au Premier ministre, Chef du gouvernement de:


 Assurer une solution à l’occupation des forêts classées qui protège le
patrimoine nationale mais qui respectent aussi les droits humains ;
 veiller à ce que les évacuations ne soient ni arbitraires, ni l’objet de
règlement de compte entre autorités administratives et communautés
villageoises, allochtones et allogènes ;
 veiller à ce qu’il y ait une coordination entre les différents ministères
techniques impliqués dans la question des forêts classées, des réserves et
des parcs nationaux ;
 organiser les états généraux de la sécurisation des frontières en
collaboration avec les gouvernements des pays frontaliers.
 Au Ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de la sécurité
 Renforcer la surveillance des frontières nord et ouest du pays contre le
trafic d’enfants vers la Côte d’Ivoire ;
 intensifier le contrôle des véhicules de transports venant des pays
frontaliers avec la Côte d’Ivoire ;
 impliquer le corps préfectoral

 Au Ministre auprès du Président de la République chargé de la défense


 renforcer la sécurité des frontières nord et ouest du pays ;

 Au Ministre des Eaux et Forêts de:


 appliquer les politiques liées à la préservation et à la reconstitution du
couvert forestier sous le respect du droit international ;

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 mener une réflexion approfondie sur la politique de contractualisation des
occupations agricoles prenant en compte les intérêts des populations
riveraines ;
 s’assurer que les agents de la SODEFOR, dans l’exécution de leur mandat
dans ces forêts classées respectent la réglementation en vigueur ainsi que
les droits humains ;
 procéder à la formation des agents de la SODEFOR et de l’OIPR sur le
respect des droits de l’homme ;
 informer, sensibiliser et avoir l’adhésion des populations riveraines à
recevoir les infiltrés en cas d’évacuation ;
 sensibiliser les populations riveraines et infiltrées sur le code forestier.

 Au Ministre de l’agriculture de:


 Accentuer la vulgarisation de la loi sur le foncier rural auprès des
populations riveraines des forêts classées et des populations infiltrés;
 s’assurer que les terres villageoises ne soient plus l’objet de vente illégale;
 renforcer les capacités des comités villageois de gestion foncière rurale
(CVGFR) et des Chefs Coutumiers des villages riverains sur la loi relative au
domaine foncier rural ;
 favoriser la délimitation des territoires des villages riverains ;
 faciliter l’obtention des certificats fonciers en réduisant les coûts des
géomètres experts afin de transformer les doits coutumiers en droits
moderne.
 Au Ministre de la Femme, de la Protection de l’Enfant et de la Solidarité :
 S’impliquer davantage dans la consolidation de la cohésion sociale entre les
communautés villageoises et celles visées par les évacuations ;
 Au Ministre de l’éducation nationale de l’enseignement technique et de la
formation professionnelle:
 Adopter un programme de relocalisation, dans les villages riverains, des
établissements scolaires détruits dans les forêts classées concernées pour
préserver le droit à l’éducation des enfants victimes des évacuations.
 Au Ministre de la Santé et de l’hygiène publique de:
 Prendre les dispositions nécessaires pour accompagner au plan sanitaire les
populations riveraines et celles visées par l’évacuation.

 Au Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme et des


Libertés Publiques de :
 Procéder à la formation des agents de la SODEFOR et de l’OIPR sur le
respect et la protection des droits de l’homme ;

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 renforcer les capacités des agents de la SODEFOR et de l’OIPR sur les règles
minima des évacuations selon le droit régional et le droit international ;
 prendre des dispositions nécessaires pour enquêter sur les éventuelles
violations signalées contre les populations infiltrées

2. A l’Etat du Burkina Faso

 Au Président de la République du Burkina Faso :


 Veiller à ce que tous les accords contenus dans le TAC (Traité d’amitié et de
coopération entre la République de Côte d’Ivoire et la République du
Burkina Faso) y compris le retour volontaire de ceux des paysans qui en ont
fait la demande soient exécutés ;
 prendre des mesures pour renforcer la surveillance des frontières avec la
Côte d’Ivoire pour éviter les trafics d’enfants en destination de la Côte
d’Ivoire ;

 Au Consul du Burkina Faso en Côte d’Ivoire :


 Procéder au recensement des paysans burkinabè qui sortent des forêts
classées ;
 former et sensibiliser les paysans burkinabè sur le respect de la loi relative
au domaine foncier rural et le code forestier ivoirien ;
 prendre toutes les mesures en concertation avec le gouvernement ivoirien
pour accompagner les paysans candidats à un retour volontaire

3. Aux organisations nationales et internationales :

 Aux Organisations internationales :


 soutenir l’Etat de Côte d’Ivoire à prendre toutes les mesures nécessaires
pour restaurer son patrimoine forestier en respectant les droits de l’homme
 appuyer l’Etat de Côte d’Ivoire à renforcer les infrastructures sanitaires et
scolaires des villages riverains ;
 appuyer l’Etat de Côte d’Ivoire dans les opérations de retour volontaire des
paysans burkinabés
 appuyer les organisations de la société civile dans l’éducation et la
sensibilisation des populations riveraines sur les conséquences de la
déforestation

 Aux Organisations nationales


 Sensibiliser les populations riveraines sur la loi relative au domaine foncier
rural et le code forestier ;
 sensibiliser les populations riveraines sur les conséquences de la
déforestation.

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METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE

Le RAIDH a commencé ses recherches sur les aires protégées de Côte d’Ivoire en mars 2016
d’abord avec Human Right Watch puis en novembre 2016 avec ses propres chercheurs.
Après une brève formation des chercheurs en juin et juillet 2016 aux fins de les instruire sur
la méthodologie et l’objectif des recherches ciblées, le RAIDH a élaboré un plan d’action qui
consiste à visiter et à évaluer la situation des forêts classées, les réserves et parcs nationaux
devenus la cible privilégiée des paysans agricoles.

La méthodologie adoptée pour la rédaction du deuxième rapport sur la situation des forêts
classées de la région du Cavally s’articule autour de quatre éléments portant respectivement
sur la recherche de sources documentaires, de collectes des informations par voies de
témoignages, de visites de villages riverains et de forêts classées et enfin la rencontre des
autorités administratives et préfectorales.

Deux missions de terrain ont été effectuées par les chercheurs dans cette région dont la
première du 04 au 13 avril 2017 et la seconde du 28 au 31 mai 2017. La région du Cavally
regroupe les trois départements de Guiglo, de Bloléquin et de Taï. les recherches ont permis
au RAIDH d’évaluer la situation des droits de l’homme, du droit international et du droit de
l’environnement qui prévalent dans les aires protégées que renferme la région.

• Sources documentaires
Le RAIDH s’est appuyé sur une documentation de la SODEFOR et de l’OIPR ainsi que le
recueil des instruments juridiques internationaux relatifs aux Droits de l’Homme
ratifiés par la Côte d’Ivoire, produit par la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme
(LIDHO) avec l’appui de l’Ambassade du Canada en Côte d’Ivoire.

Sur le terrain, le RAIDH a obtenu une documentation des planteurs de forêts classées
notamment un document retraçant l’historique de leur intrusion dans les forêts du
Goin-Débé et du Scio, des Courriers de Collectifs de planteurs allochtones de la forêt
classée du Goin-Débé adressée à l’administration de la SODEFOR plaidant le
déclassement de la forêt, ainsi qu’une pétition du Collectif des planteurs riverains de
TAÏ (espace Taï-Gouléako) qui s’opposent à un projet écologique tendant à leur
déposséder des seules terres villageoises.

• Collectes des informations par voies de témoignages


Les chercheurs du RAIDH se sont rendus dans la région du Cavally et y ont passé quinze
(15) jours de travail de terrain. Durant cette période, les chercheurs ont procédé par
des interviews et par des visites de villages riverains sur l’axe Guiglo – Taï, les villages
de Zagnè, de Keibly et sur l’axe Bloléquin – Tinhou, les villages de Medibly, de Diboké
et de Tinhou. Les interviews et témoignages ont été réalisés auprès d’une vingtaine de
paysans burkinabè occupant des portions de terre villageoise et forêts classées
voisines. Les chercheurs ont pu pénétrer la forêt classée du SCIO pour y rencontrer un
groupe de paysans allogènes et allochtones sédentarisés dans ces forêts depuis plus de
quarante ans.

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• Visites des autorités villageoises et forêts classées
Une dizaine de villages riverains ont été visités par les chercheurs du RAIDH. Les chefs
de villages et chefs de communautés ont été interviewés par les chercheurs dans des
assemblées devant notables et compatriotes.

• Rencontre des autorités administratives et préfectorales


Les autorités préfectorales de Guiglo, de Bloléquin et de Taï ont pu être rencontrées
par les chercheurs du RAIDH, par contre, tous les sous-préfets n’ont pu être rencontrés
en raison de leur occupation.

• Collaboration avec des agents de la SODEFOR


Le RAIDH déplore le manque d’ouverture des agents de la SODEFOR. Lors d’une
rencontre, le 18 mai 2017 dans les locaux de la direction de la SODFEOR à Abidjan-
Cocody, le Directeur technique avait pourtant rassuré le RAIDH de l’ouverture de leurs
représentations dans les localités visitées.

Et pourtant, lorsque le Chef de Cantonnement de Bloléquin a éconduit le RAIDH en le


référant à la direction centrale de Guiglo, les chercheurs se sont vus à nouveau, après
plusieurs tergiversations, référer à la direction départementale de Man sans laquelle,
aucune autorisation ni information ne pouvait être obtenue même si la décision venait
d’Abidjan.

• Analyse et classement des informations en référence aux instruments juridiques.


Les informations recueillies par les chercheurs du RAIDH ont été analysées et classées
en référence aux instruments nationaux, internationaux du droit international et du
droit régional. Le cadre analytique du présent rapport se fonde sur les instruments
internationaux ratifiés par la Côte d’Ivoire, ainsi que sur le cadre légal national.

Il s’agit en particulier des textes juridiques suivants :


» La loi n° 65-425 du 20 décembre 1965 portant code forestier
» La Loi n°2014- 427 du 14 juillet 2014 portant Nouveau code forestier
» La Loi n° 96-766 du 3 octobre 1996 portant Code de l'Environnement
» Loi N° 2016-886 du 8 novembre 2016 portant Constitution ivoirienne
» Le Décret n° 2002-359 du 24 juillet 2002 portant création, organisation et
fonctionnement de l’Office Ivoirien des Parcs Nationaux et Réserves naturelles
(OIPR)
» Le Document du Ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts sur la
POLITIQUE FORESTIERE 2010 – 2015
» Le Document du Centre national de recherche agricole
» Le Code de procédure pénale ivoirien, articles 22
» Le Code pénal ivoirien
» La Convention de l’OIT sur les pires formes de travail des enfants (nº 182)
» La Convention internationale relative aux droits de l’enfant
» Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels
(PIDESC), en ses dispositions de l’article 11.1

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» Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels (CDESC), pour protéger les
personnes contre les expulsions forcées Observation générale n° 7 de 1997, la
Fiche d'information n° 16 (Rev.1)
» La Charte Africaine des droits de l'homme et des peuples, article 14
» La Convention de l’Union africaine sur les expulsions forcées en ses articles 2, 4.f,
4.1 et 5.1
» La convention de l’union africaine sur la protection et l’assistance aux personnes
déplacées en Afrique (convention de Kampala)

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I. INTRODUCTION

• Présentation de la région du Cavally

Située à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, la Région du Cavally occupe la zone


frontalière avec le Libéria sur plus de 150 km dont une grande partie est
matérialisée par une frontière naturelle le fleuve Cavally qui sépare les deux
pays. De part et d’autres de la frontière se sont les mêmes populations
Région à forte immigration soit 36% de la population d’origine
autochtones d’ethnie
étrangère (essentiellement de la sous-région africaine) contre Guéré. Elle est limitée
26% au plan national. 310 956 habitants en 1998 contre au nord, par la région
550 000 en 2014. du TONKPI avec pour
Les allochtones sont constitués de : Baoulés (majoritairement chef-lieu Man ; à l’Est
dans les forêts classées du SCIO et du GOIN-DEBE), Yacouba,
Senoufo, Lobis et Gouro, tous des planteurs de Cacao. Les
par la Région du
Malinké exercent en partie dans le commerce et le transport. GUEMON avec pour
Les communautés étrangères constituées de : chef-lieu Duékoué ; au
Burkinabè (mains-d’œuvre agricoles et majoritairement dans Sud par la Région de
les forêts classées pour la culture du Cacao), de libériens, de SAN PEDRO avec pour
guinéens, de maliens et autres de la CEDEAO.
La région est soutenue par l’agriculture de rente (Cacao,
chef-lieu San-Pedro et à
hévéa, café, palmier à huile et Cola), l’agriculture vivrière (riz, l’ouest par le Libéria.
maïs, manioc, banane plantain et douce, igname, taro et
Couverte sur 11 376
patate), les cultures maraichères (aubergine, piment, gombo,
laitue, haricot) et la pratique d’élevage traditionnel (bovins,
km2, la région du
ovins, caprins, porcins et avicultures).
Cavally
Données Conseil régional de la région du Cavally
comprend
quatre départements :
BLOLEQUIN, TAI, TOULEPLEU et GUIGLO. La ville de GUIGLO ou « Guinglo »
(Chef-lieu de la Région) qui signifie village du pardon, de la paix et de la raison en
langue Wê est située à 528 km d’Abidjan et à 273 km de Yamoussoukro.

Abondamment arrosée par plusieurs cours d’eau dont le N’ZO, DOUI, NIKLA,
GOIN, SCIO, DEBE, ZE, la région du Cavally dispose de cinq aires protégées dont
quatre ont pu être visitées par les chercheurs du RAIDH, ce sont :
» la forêt classée du GOIN-DEBE (133 170 ha),
» la forêt classée du CAVALLY (67 596 ha),
» la forêt classée du SCIO (88 000 ha),
» ainsi que le Parc National de TAI (3 500 km2) qui est la réserve la plus
protégée.

• Le foncier rural ivoirien et les droits coutumiers

Depuis plusieurs décennies, la question du foncier rural est devenue


problématique en Côte d’Ivoire. Hors mis les lois et les décrets coloniaux qui
réglementaient le domaine foncier rural, la Côte d’Ivoire, au lendemain de
l’indépendance, a mis en place la loi non promulguée du 20 mars 1963 liant ainsi
le droit de propriété à la mise en valeur des terres. La non promulgation de cette
loi a favorisé durant de longues années un vide juridique sur la règlementation

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du domaine foncier rural en Côte d’Ivoire jusqu’à l’adoption de la loi 98-750 du
23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural.

Cette loi adoptée à l’unanimité des députés d’alors dispose en son article
premier, consacre désormais la propriété exclusive des terres à l’Etat, aux
collectivités publiques et aux personnes physiques ivoiriennes, donc de facto,
interdit aux étrangers l’accès à la propriété de terres.

Malheureusement, les conséquences ont été la résurgence de relents tribalistes


Le Code foncier rural est l’ensemble des règles juridiques avec l’exclusion de
relatives à l’occupation et à l’exploitation de la terre en milieu milliers de paysans
rural. Aux termes de l’article premier du Code foncier rural, principalement, ceux
« le Domaine foncier rural est constitué par l’ensemble des originaires du nord
terres mises en valeur ou non et quelle que soit la nature de la
ivoirien, des étrangers
mise en valeur. » Il s’agit de l’ensemble des terres que l’on
retrouve en milieu rural. Le Domaine foncier rural ne des pays voisins du
comprend que les terres qui ne peuvent être classées parmi Burkina et du Mali.
les catégories suivantes : Ceux-ci se voyaient
• Les forêts classées ainsi déniés leur droit à
• Les zones réservées par l’Administration pour un la propriété foncière
aménagement ou une exploitation ultérieure dans
l’intérêt général
qu’ils pensaient
• Les terrains urbains compris dans les limites des villes légitimement détenir
• Les terrains faisant partie du Domaine public. depuis 1963. Les litiges
On appelle droits coutumiers, les droits reconnus à un individu ont continué à se
ou à un groupe de personnes, sur une parcelle de terre, en multiplier entre les
conséquence de la coutume.
autochtones qui se
En général ces droits se confondent avec l’histoire du village
ou de la communauté. Les droits d’usage coutumiers considèrent oints des
découlent des droits coutumiers. C’est le droit en vertu duquel droits coutumiers sur
un individu peut occuper une parcelle de terre du Domaine les terres héritées de
foncier rural coutumier et l’exploiter éventuellement. Ainsi, le leurs ancêtres, et
propriétaire coutumier détient-il des droits coutumiers sur son
allochtones et
terrain tandis que l’occupant, non propriétaire, y exerce-t-il
seulement des droits d’usage coutumiers. étrangers en partie
burkinabè, accusés
Ces définitions ont été tirées d’un ouvrage des éditions du d’avoir acquis et
CERAP dont les sujets ont été traités par les éminents débordé des parcelles
professeurs Théodore DAGROU, magistrat et Antoine de terres sans en être
DJESSAN Géomètre –expert. autorisés.

Dans certains villages du Sud-Est et de l’Ouest, les autochtones n’étant pas


toujours les mieux nantis face aux étrangers, s’attachèrent amitiés contre-nature
pour céder des portions de terres aux prix de pratiques ancestrales de "Don de
quantité de récolte aux tuteurs et propriétaires terriens après chaque récolte sur
une période donnée ainsi que la pratique continue du "Travail partagé". Cette
pratique permettait aux autochtones de conserver leur droit de propriété sur la
terre et de ne transmettre qu’un droit d’usage à l’exploitant.

L’avènement de la crise postélectorale d’octobre 2000 remet en selle la


problématique de la question du droit de propriété des terres. Les autochtones,

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revendiquant la propriété de leurs terres ancestrales, se permettaient de
revendre clandestinement les parcelles déjà mises en valeurs à de nouveaux
acquéreurs, plus offrants. Cet état de fait va déclencher des conflits fonciers très
violents occasionnant des dizaines de morts, des centaines de déplacés et des
destructions de biens d’où de graves violations de droits humains.

A la survenance des crises de 2002 et 2011, l’Ouest montagneux, dont les terres
restent encore fertiles, subit les graves conséquences de la guerre. Certains
tuteurs autochtones ayant fui leurs villages, abandonnent leurs terres aux mains
des manœuvres burkinabè qui en deviennent les nouveaux maîtres. Les villages
se remplissent peu à peu de burkinabé créant ainsi des crises intermittentes sur
le foncier rural.

• Statut des forêts classées

Ne faisant pas partie du Domaine foncier rural en vertu de leur statut particulier,
les forêts classées sont des domaines forestiers permanents relevant de la
propriété exclusive de l’Etat. La gestion des forêts classées a été confiée à la
SODEFOR par arrêté N°033/MINAGRA du 13 Février 1992 (Ministère des Eaux et
Forêts, 1988). Elles sont régies par des textes réglementaires de la loi n° 65-425
du 20 décembre 1965 repris dans la nouvelle Loi n°2014- 427 du 14 juillet 2014
portant Nouveau code forestier qui définit les forêts, les aires de protection et de
reboisement ainsi que les catégories de droits qui existent dans le domaine
forestier.

Ces textes réglementaires précisent les limites du domaine et les différents droits
d’usage et interdits. Ainsi, toutes les activités agricoles sont strictement
interdites sur les aires classées contrairement aux essences ligneuses dont
l’exploitation est fortement réglementée sur la base de permis délivrés.

Aux termes des dispositions de l’Article 46 de ce Code, les droits d’usage


reconnus aux populations riveraines dans les forêts classées, se limitent au
ramassage du bois mort et de la paille ; à la cueillette des fruits, des plantes
alimentaires ou médicinales, des racines et des feuilles ; à la récolte du miel, des
gommes, résines, champignons et autres produits forestier ; au prélèvement du
bois destiné à la construction des habitats traditionnels et à l’artisanat non
lucratif ; au prélèvement d’eau de consommation ; au prélèvement d’animaux et
insectes non protégés en vue de leur consommation et non à des fins
commerciales….

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II. CONTEXTE ET JUSTIFICATION DES RECHERCHES

Depuis l’adoption de la loi foncière le 23 décembre 1998, la Côte d’ivoire a connu une
série de litiges entre populations paysannes sur la gestion des terres villageoises. Ces
litiges se sont transposés dans les aires protégées mettant en difficultés l’Etat et
l’administration de la SODEFOR chargée de leur protection et de leur développement.

L’analyse de la situation des forêts en Côte d’ivoire révèle un tableau sombre assez
troublant et dramatique. Selon une statistique de l’administration de la SODEFOR, sur
un total de 231 forêts classées en Côte d’Ivoire, 113 situées en zone contrôlée par l’ex
rébellion armée de Septembre 2002 à la crise post-électorale de 2011, ont été l’objet
d’agression et d’une exploitation anarchique avec l’intrusion sans contrôle des
exploitants de bois et la sédentarisation de paysans agricoles.

Le RAIDH, réseau d’une dizaine d’organisations, mène depuis 2012 des enquêtes pour
la défense et la protection des droits des personnes en Côte d’Ivoire.

Préoccupé par la dégradation avancée des aires protégées, domaine foncier de l’Etat
et à la façon dont les paysans qui y mènent, dans l’illégalité ou par ignorance, des
activités agricoles sont traités suite à la décision de leur évacuation, le RAIDH s’est fixé
l’objectif de produire un document utile de travail.

La même préoccupation à comprendre les motivations réelles de la dégradation


avancée des aires protégées a amené le RAIDH à visiter les forêts concernées et les
villages riverains qui constituent les premières passerelles.

Le présent document, résultat des recherches sera une modeste contribution parmi les
efforts de l’Etat ivoirien à ramener la "couverture du territoire au-dessus du seuil
international de 20%" dans le respect des droits de l’homme.

Le RAIDH est optimiste qu’il contribuera - à terme - à mettre progressivement fin à


l’impunité et au laxisme qui caractérisent le comportement de certains agents de la
SODEFOR dans l’exercice de leur mission. Et les populations agricoles, qu’elles soient
illégales ou non, pourront bénéficier du respect de leur dignité humaine.

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III. CADRE JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL DES FORETS, PARCS NATIONAUX ET RESERVES
NATURELLES

1. Cadre juridique

Les forêts classées, les parcs nationaux et réserves naturelles sont régis par des
textes réglementaires hérités de la Colonisation. La loi N° 65-425 du 20 décembre
1965 adopté après les indépendances est relative à la protection de la faune et à
l’exercice de la
Le Domaine forestier permanent de l’Etat (forêts classées, parcs
nationaux et réserves) et le Domaine Rural (70% du territoire)
chasse. Elle
constituent les deux principaux domaines forestiers du pays. Même concerne le statut,
si la loi n°98-750 du 23 décembre 1998 portant régime foncier le classement et le
rural a accordé la propriété foncière aux populations, pour l’instant déclassement des
par le biais du code forestier, l’Etat garde encore un pouvoir de réserves naturelles
gestion sur toutes les ressources forestières du pays territoire y
compris ceux du domaine rural.
ou partielles et des
parcs nationaux.
Même le domaine Forestier Permanent de l’Etat, particulièrement Cette loi a été
les forêts classées, n’a pas échappé aux grands reculs au profit de modifiée par la Loi
plantations et cultures agricoles de rente ou vivrières. Il constitue, N° 2002- 102 du 11
toutefois, le socle de la gestion et de la conservation des ressources
fauniques et floristiques.
février 2002
relative à la
La gestion des forêts s’est appuyée sur un arsenal législatif, création, à la
réglementaire et institutionnel. La réglementation forestière en gestion et au
Côte d’Ivoire a beaucoup évolué avec le temps et l’épuisement de financement des
la ressource ligneuse. Elle s’appuie sur les lois :
- n° 65-255 du 4 août 1965 telle que modifiée par la loi n° 94-442
parcs nationaux et
du 16 août 1994 relative à la protection de la faune et de l’exercice réserves naturelles.
de la chasse, Dans cette loi, on
- n° 65-425 du 20 décembre 1965 portant code forestier, peut retenir les
- n° 98-750 du 23 décembre 1998 portant régime forestier rural, et dispositions
- n° 2002-102 du 11 février 2002 relative à la création, à la gestion
et au financement des parcs nationaux et réserves.
importantes
Sources : POLITIQUE FORESTIERE 2010 – 2015, document suivantes:
Ministère des Eaux et Forêts/PNUD

» les articles du titre premier, 7, 11 de la section 1 définissent le parc national


et les fonctions qui lui sont dévolues ;
» l’article 15 de la section 3 statue sur les zones périphériques et la
réglementation qui s’y applique ;
» l’article 18 de la section 4 précise les conditions de modification des limites
des parcs, zones périphériques, réserves naturelles intégrales ou réserves
naturelles ;
» l’article 30 de la section 2 définit les dispositions particulières à chacun des
parcs et réserves notamment l’obligation d’établir un plan d’aménagement
et de gestion, dans un délai maximum de 5 ans à partir de sa création ou de
l’entrée en vigueur de la présente loi.

La même Loi n° 65-425 du 20 décembre 1965 a été révisée par la Loi n°2014-427
du 14 juillet 2014 portant Code Forestier. Au sens de cette Loi, une forêt classée

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s’entend l’espace forestier défini et délimité comme tel, conformément à un
texte législatif ou réglementaire, de façon à lui donner la protection légale
nécessaire. Son champ d’application vise la gestion durable des forêts.
En ses dispositions de l’Article 2 du nouveau Code Forestier, la loi fixe les règles
relatives à la gestion durable des forêts, qui vise à :
» Renforcer, au profit des générations présentes et futures, la contribution du
secteur forestier au développement durable par la promotion des fonctions
environnementales, socio-économiques et culturelles des ressources
forestières ;
» Préserver et valoriser la diversité biologique et contribuer à l’équilibre des
écosystèmes forestiers et autre écosystèmes associés ;
» Promouvoir la participation active des populations locales, des
Organisations Non Gouvernementales et des associations à la gestion
durable des ressources forestières pour l’amélioration de leurs revenus et
de leurs conditions de vie, par la prise en compte, en matière forestière de
leurs droits individuels et collectifs qui découlent des coutumes, de la loi
portant Code Foncier Rural, de la présente loi et par la vulgarisation de la
politique forestière ;
» Promouvoir la création de forêts par les communautés rurales, les
collectivités territoriales, les personnes physiques et les personnes morales
de droit privé ;
» Valoriser les ressources forestières par une transformation plus poussée du
bois et une meilleure rentabilité des produits forestiers ;
» Favoriser la constitution d’un taux de couverture forestière représentant au
moins 20% de la superficie du territoire national ;
» Promouvoir une culture éco-citoyenne.

 Le Domaine forestier de l’Etat et des Collectivités territoriales

Outre le Domaine forestier des communautés rurales dont les personnes


physiques et morales de droit privé jouissent d’un droit de propriété ou de droits
coutumiers, conformément à la législation domaniale et foncière (voir
Introduction du présent Rapport), le Domaine forestier de l’Etat et des
Collectivités est règlementé par la Loi de 2014 portant Code forestier.

La Loi 2014 portant Code forestier en ses articles 29 et 33.


« Le domaine forestier de l’Etat est composé d’un domaine forestier public et d’un
domaine forestier privé comprenant :
» Les forêts classées en son nom ;
» Les forêts protégées situées sur des terres non immatriculées ;
» Les forêts protégées situées des terres sans maître. » (article 29)

Et « Le domaine forestier des Collectivités territoriales comprend :


» Les forêts classées en leur nom ;
» Les forêts protégées situées sur les terres immatriculées en leur nom.
Le domaine forestier des Collectivités territoriales est composé d’un domaine
forestier public et d’un domaine forestier privé. » (article 33)

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 Les droits d’usage forestier

Aux termes des dispositions de l’article 46 de la Loi de 2014, les droits d’usage
forestier dans les forêts classées sont limités :
» au ramassage du bois mort et de la paille;
» à la cueillette des fruits, des plantes alimentaires ou médicinales, des
racines et des feuilles;
» à la récolte du miel, des gommes, résines, champignons et autres produits
forestiers;
» au prélèvement du bois destiné à la construction des habitats traditionnels
et à l’artisanat non lucratif;
» au prélèvement d’eau de consommation;
» au parcours des animaux domestiques à condition qu’ils ne présentent
aucun danger pour les peuplements forestiers, à la génération et aux
plantations forestières;
» au prélèvement d’animaux et insectes non protégés en vue de leur
consommation et non à des fins commerciales;
» à l’accès aux sites sacrés.

 Les infractions à la Loi


Au sens de la Loi, les infractions en matière forestière (article 127 et suivants) se
résument en la violation des droits d’usage et du plan d’aménagement de la forêt.
Les agents techniques des Eaux et Forêts ayant qualité d’Officier de Police
Judiciaire pour poursuivre les infractions en matière forestière, peuvent, sans
préjudice des dispositions du Code de procédure pénale, notamment en ses
articles 22 à 27 :
» S’introduire dans les dépôts, industries forestières, périmètres
d’exploitation, magasins et menuiseries pour exercer leur contrôle ;
» Visiter les gares, aérogares, trains, bateaux, aéronefs, sites ou véhicules
susceptibles de contenir ou de transporter des produits forestiers ;
» Procéder à toute forme de perquisition et saisies ;
» S’introduire de jour dans les maisons, cours et enclos en cas de flagrant
délit ou de présomption d’existence de produits forestiers frauduleux ;
» Exercer subséquemment un droit de suite ;
» Requérir l’appui des autres forces publiques.

2. Cadre institutionnel

 Le Ministère de l'Environnement et des Eaux et Forêts


La gestion des ressources forestières et de leur habitat échoit présentement au
Ministère de
L’Environnement, des Eaux et Forêts (MINEEF) conformément au décret n°2007-
568 du 10 août 2007 portant attributions des membres du Gouvernement.
Pour l’exécution de ses missions, le MINEEF, outre le Cabinet du Ministre,
dispose d’une (1)

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Inspection Générale, de deux (2) Directions Générales, de douze (12) Directions
centrales techniques, de cinq (5) services à caractère autonome, des Services
déconcentrés (19 Directions régionales et départementales) ainsi que de quatre
(4) institutions placées sous tutelle.

 Missions des différentes structures techniques chargées de la mise en œuvre


des politiques
Le Gouvernement, par décret n° 2001-381 du 27 juin 2001, a confirmé la mise en
place du Comité Interministériel de Coordination et de Pilotage de la Politique
Forestière (CICPPF) composé de douze ministères ayant des actions directes sur
le secteur forestier.
Egalement, l’arrêté n° 50 du 4 décembre 2001 portant création, composition et
organisation de la Cellule Technique Pluridisciplinaire (CTP) de la politique
forestière a été pris et le personnel recruté par appel à candidature. Elle avait
une relative autonomie de gestion.
Le CICPPF chargé de coordonner les actions de la politique forestière de 1999 a
été installé le 11 octobre 2001. Il s’est réuni une seule fois ; il n’a donc pu donner
d’orientations précises.
La CTP qui était chargée, entre autres, de planifier la mise en œuvre des mesures
d’urgence, d’élaborer un plan d’action à court, moyen et long terme, de
rechercher du financement à long terme du secteur forestier et de procéder au
suivi-évaluation du programme, a rencontré d’énormes difficultés sur le plan
financier ce qui ne lui a pas permis de fonctionner. Elle a été dissoute en 2005.

 Les directions centrales du MINEEF


Qu’elles soient rattachées ou non à la Direction Générale des Eaux et Forêts
(DGEF), interviennent avec les services extérieurs dans le domaine rural pour
traiter des questions relevant des ressources forestières et notamment dans les
domaines de la gestion durable, du contrôle, de l’encadrement des collectivités
et des particuliers, de la protection des ressources et de leurs habitats, de la lutte
contre les feux de brousse, de la lutte contre le braconnage etc.

 Les directions centrales et la DGEF


Elles participent à la supervision des activités des structures sous tutelle ainsi
qu’à l’adoption des lignes directrices des programmes d’aménagement et de
gestion des habitats et des ressources forestières dont elles ont la charge.
Environ 1200 (2008) agents techniques des Eaux et Forêts animent les services
forestiers.

 La Société de Développement des Forêts (SODEFOR)


Elle est régie par le décret n°93-206 du 03 février 1993 portant transformation
de ladite structure en société d’Etat. Son objet est le développement et la
gestion durable des forêts de production. Elle gère 231 forêts classées d’une
superficie de 4.196.000 hectares. La SODEFOR a son siège à Abidjan et dispose de

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services extérieurs à Agboville, Abengourou, Daloa, Gagnoa, Man, San-Pedro et à
Bouaké. Plus de 600 (2008) agents techniques (Eaux et Forêts et autres) animent
cette structure.

 L’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR)


C’est un établissement public national créé par le décret n°2002- 359 du 24 juillet
2002. Il a en charge la gestion des aires protégées et jouit d’une autonomie
financière. Son siège social est basé à Abidjan et il dispose de services extérieurs
à Abidjan, Soubré, Bondoukou et Yamoussoukro. Il est animé par 294 agents de
diverses spécialités. Ses activités portent sur la gestion durable et la valorisation
de huit parcs nationaux, cinq réserves naturelles qui couvrent une superficie
totale de 2.072.204 hectares. Dix-sept réserves botaniques existent et d’autres
réserves sont en création.

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IV. LA DEFORESTATION DANS LES FORETS CLASSEES : UNE MENACE POUR
L’ENVIRONNEMENT

La destruction des forêts classées est une menace pour l’environnement. La Loi n° 96-
766 du 3 octobre 1996 portant Code de l'Environnement définit l'environnement
comme étant l'ensemble des éléments physiques, chimiques, biologiques et des
facteurs socio-économiques, moraux et intellectuels susceptibles d'avoir un effet
direct ou indirect, immédiat ou à terme sur le développement du milieu, des êtres
vivants et des activités humaines.

Aux termes de la même Loi, l’environnement comprend les aires protégées qui sont les
zones spécialement consacrées à la préservation de la diversité biologique et des
ressources naturelles qui y sont associées.

La destruction des forêts classées dans la région du Cavally est le fait d’intrusion
illégale de paysans allochtones et étrangers burkinabè. Les paysans baoulés y sont
depuis plus de quarante ans avec la complicité de certains autochtones qui les ont
installés.

Aux termes des recherches, le RAIDH retient que la déforestation dans les forêts
classées pourrait être liée à la fois aux mœurs des villages, à l’euphorie du boom
économique du Cacao des années 1970, à l’exploitation anarchique et à
l’appauvrissement des terres villageoises, aux crises sociopolitiques de 2002 et 2011 et
enfin aux dernières évacuations dans le parc national du Mont Péko à partir de juillet
2016.

1. La déforestation liée aux mœurs des villages

L’intrusion illégale dans les forêts classées a été suscitée par la conquête de
terres fertiles. Les terres villageoises étant fatiguées ne peuvent plus supporter
les jeunes cultures. L’exploration de terres nouvelles dans les forêts classées est
devenue systématique pour bon nombre de paysans allochtones et étrangers qui
ignorent tout, des lois.

Les mœurs des villages sont liées à la forêt. Les autochtones, qui pensaient en
détenir les droits de propriété, exploraient les forêts riveraines pour y vénérer
les ancêtres et pratiquer des rites sacrificiels. Au classement de certaines forêts
par l’Etat de Côte d’ivoire, les autochtones se sont vus interdire l’accès.

Au cours des recherches du RAIDH, les notables des villages riverains de la forêt
classée du Goin-Débé ont expliqué que depuis leurs ancêtres, ils s’introduisaient
dans cette forêt pour y accomplir des rites sacrificiels. Rares sont ceux qui
exploitaient ces forêts pour les cultures du Cacao. « Nous étions là-bas depuis, au
temps d’Houphouët quand la SODEFOR est venu nous chasser depuis les années
1980. On ne faisait que la culture du riz puisque ces terres étaient arrosées par les
eaux qui les traversent. Et depuis notre sortie, nous nous sommes installés sur nos

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terres villageoises. C’est dur pour nous puisque nous ne gagnons plus assez de
nourriture. Les terres villageoises n’ont que de petits bas-fonds. » At-il témoigné
le chef du village de DIBOKE assisté de ces notables.

Le chef et ses notables du village MEDIBLY, riverain de la forêt classée du Goin-


Débé, ont expliqué au RAIDH qu’ils n’ont plus introduit la forêt depuis que la
SODEFOR leur en eut empêché. « Nous n’avons plus accès à la forêt du Goin-
Débé, parce qu’on nous l’a interdit. Nous sommes surpris de constater que depuis
plus de 30 ans des baoulés, lobis et des sénoufos occupent la forêt sans que la
SODEFOR ne dise mot. Depuis plus de 30 ans des années, les forêts du Goin-Débé
sont exploitées. L’Etat parle sans jamais exécuter sa décision…»

2. La déforestation liée à l’euphorie du boom économique du Cacao

Au lendemain de son indépendance e 1960, la Côte d’Ivoire a connu une stabilité


économique due à son rang de premier producteur mondial de Cacao. Du début
de 1960 jusqu’en 1978, le pays va connaitre une croissance fulgurante liée à
l’exportation du Cacao, du Café et du bois augmentant le PIB à 7% en moyenne
par an. Grâce à cette euphorie économique, une agriculture extensive du Café et
du Cacao sur les terres fertiles, tenue en partie par les allochtones baoulé et
sénoufo, se met en place, avec l’appui croissant d’une forte main-d’œuvre
d’immigrés burkinabè.

• Dans le Goin-Débé
La forêt classée du Goin-Débé, de plus de 133 170 ha couvre les
départements de Guiglo –Bloléquin et Taï. Elle est totalement détruite.

« Si tu veux » est l’appellation de la vaste zone de la forêt classée du côté


de la sous-préfecture de Zagnè. Autrefois inaccessible due à la forte

végétation, cette partie du Goin-Débé compte aujourd’hui plus d’une

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vingtaine de campement et de grandes plantations de cacao. Elle a été
décimée par les communautés allochtones (baoulés, sénoufos, lobi)
appuyés d’une main-d’œuvre d’immigrés burkinabè depuis 1974. Plus de
20 000 baoulés y exploitent les cultures vivrières, le riz et le Cacao. Chaque
année, environ 15 000 tonnes de Cacao y sortent.

Les chefs de communauté baoulé rencontrés par le RAIDH à Bloléquin ont


expliqué qu’ils se sont installés dans la forêt classée du Goin-Débé grâce à
un accord du chef canton (Zarabaon) guéré de Zéaglo (aujourd’hui sous-
préfecture) depuis les années 1974. «Depuis 1962, une société coloniale
d’exploitation forestière dénommée IFA travaillait avec les nommés KONAN
Niangoran, baoulé et SANAN Souleymane burkinabè, tous deux des
boussoliers. Cette société avait installé son premier campement proche du
fleuve GOIN. A la faillite de cette société en 1965, un agent des Eaux et
Forêts a encouragé les boussoliers à créer des plantations de Cacao dans
cette partie. C’est ainsi qu’avec l’accord du chef canton guéré de Zéaglo,
plusieurs parcelles dans la zone dite IFA, entre les fleuves GOIN et jusqu’au
fleuve Cavally ont été cédées. » A-t-il expliqué le Chef de communauté
baoulé.

Après avoir cédé des terres dans le classé, le Chef de canton leur a
demandé de faire venir leurs parents pour l’aider à développer sa région.
Pour ces paysans, la zone qu’ils ont occupée depuis 1974 ne serait jamais
un domaine de l’Etat. A leur grande surprise, la SODEFOR leur fait savoir
en 1988 qu’ils sont installés dans une forêt classée et qu’ils doivent la
quitter.

• Dans le SCIO
La forêt classée du SCIO, au large de la rivière SCIO et vaste de 88 000 ha,
couvre les départements de Bangolo, Bloléquin et Guiglo. Elle a été infiltrée
pour la première fois vers les années 1912 par les colons. Selon les
estimations d’un administrateur à Bloléquin, la forêt de Scio est dégradée à
plus de 90%. Elle compte aujourd’hui plus de 16 000 paysans et familles
allochtones et allogènes confondus. Chaque année, environ 10 000 tonnes
de Cacao y sortent.
Selon les propos d’un représentant d’autochtones qui fait office de chef du
village CIB-SCIO, c’est à partir de 1933 que les colons avec le concours des
populations autochtones guéré, ont fait construire la route Guiglo-
Toulepleu. Pour désenclaver la région, les colons vont obliger les
populations autochtones à s’installer en bordure de la nouvelle route
abandonnant ainsi tous les plants de cacao qui se trouvaient au large de la
rivière SCIO. Ainsi, du fait des colons, les autochtones n’ont plus réalisé de
plantations dans ces forêts qui n’étaient pas encore classées.
Seuls, les chefs de canton qui avaient pouvoir de préfet à cette époque ont
favorisé l’entrée massive des allochtones et allogènes et certains

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autochtones dans les forêts du SCIO pour y réaliser de l’agriculture. « …
C’est le 16 décembre 1989 lors d’une rencontre avec le préfet de Guiglo
qu’on nous dit que l’espace que nous occupons est une forêt classée et que
nous devons la quitter ». a expliqué le représentant des chefs cantons.
Un notable interviewé a raconté aux chercheurs du RAIDH que la forêt du
SCIO a été classée depuis 1953 par les colons sans l’avis des autochtones
guéré de la région.
Par une charte signée avec l’état en 1994, les populations riveraines du
SCIO pouvaient continuer d’exploiter les terres déjà mises en valeur à
condition de ne pas augmenter ou déplacer ces surfaces et de ne plus vivre
à l’intérieur de la zone dite classée.
La forêt classée du Scio pourrait contenir à ce jour plus de 16 000 paysans
et familles. Ils continuent à mener les cultures vivrières, la maraîchère et le
Cacao. Chaque année environ 10 000 tonnes de Cacao y sortent pour être
confondu dans le cacao villageois.

• Dans le CAVALLY
La forêt classée du CAVALLY, traversée par le fleuve CAVALLY avec plus 67
596 ha, couvre le département de Taï, entre Taï et la sous-préfecture de
Zagnè (environ 40 km de Guiglo sur voie non bitumée). Elle s’étend vers la
frontière du Libéria. Elle est classée depuis 1954.
Selon les témoignages recueillis par le RAIDH dans les villages riverains à
Zagnè, à Keibly et à Taï, avant 2002 la forêt du Cavally était encore stable.
Elle a été envahie après 2002 d’abord par des miliciens venus du Libéria
puis en 2010 par les paysans burkinabè en grand nombre.
Cette forêt ne serait pas fortement dégradée. Mais aux dires d’un chef de
communauté de la CEDEAO ayant vécu dans la zone plus de cinquante ans,
le Cavally est infiltré depuis longtemps. Des plantations de Cacao y existent
déjà dont certaines sont vieilles de plus de cinq (5) ans.

• Dans le parc national de Taï


Situé dans le Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire, le parc national de Taï couvre
une superficie de 536 000 ha. Erigé en 1972 par le décret n° 72-544 du
28/8/72, ce parc est inscrit au Patrimoine Mondial depuis 1982. Il
représente plus de 50% de la couverture forestière de la Côte d’Ivoire et
regorge plus 1800 espèces végétales et animales
Selon un document de l’OIPR, le parc national de Taï ne serait pas menacé
par l’exploitation agricole de paysans clandestins. Les seuls parcs soumis
aux pressions les plus importantes sont ceux de la Marahoué (forte
implantation humaine au sein du parc), du Mont Péko (parc situé dans l’ex
zone de confiance), du Banco (situé aux abords d’Abidjan) et, dans une
moindre mesure, les parcs de la Comoé et d’Azagny.

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Selon les informations recueillies par le RAIDH, des paysans burkinabè
avaient tenté de s’installer dans le massif forestier de Taï après la crise
post-électoral de 2011. Avec l’appui et la vigilance des populations
riveraines, les agents de l’OIPR en charge ont pu empêcher leur entrée.

3. La déforestation liée à l’exploitation anarchique et à l’appauvrissement des


terres villageoises
Aux termes des recherches, le RAIDH considère que la déforestation des forêts
classées pourrait être liée à l’exploitation anarchique et à l’appauvrissement des
terres villageoises devenues en partie des jachères. De plus, l’acte traditionnel de
cession de terre lié à une pratique ancestrale dite de "Travail partagé" est au
centre de conflits permanents dans la région et d’une main-d’œuvre bon marché
des étrangers tendant à faire disparaître l’autorité des autochtones sur leurs
propriétés.
Un notable a fait cas de plusieurs plaintes qu’il recevait des paysans autochtones.
Il a expliqué au RAIDH que la question de délimitation des portions de terre à
mettre en valeur était devenue problématique. Le notable a expliqué que les
paysans burkinabè profitaient de la présence irrégulière de leurs tuteurs sur les
sols exploités pour déborder les limites octroyées et au bout de quelques
années, le propriétaire perdait sa terre au profit de son manœuvre.
Un administrateur à Taï a expliqué à la mission du RAIDH que des autochtones
guéré depuis leur exil au Libéria faisaient des procurations de vente. Ainsi
plusieurs forêts villageoises ont été vendues aux immigrés burkinabè qui en ont
fait des plantations de Cacao. Les nombreux conflits dans l’ouest, selon ses
propos, étaient liés aux ventes abusives de terres aux étrangers. Les terres étant
épuisées et ne pouvant plus supporter de nouvelles plantes, les burkinabè
n’avaient d’autres choix que d’aller dans les forêts classées.
Les communautés burkinabè qui ont été interrogées par le RAIDH, ont dit que les
autochtones continuaient de brader leurs terres jusqu’à la survenance de la crise
postélectorale de 2011. «La plupart des guéré ont vendu leurs terres avant et
après la crise de 2011. Ils n’aiment pas travaillé en brousse. Le village était très
pauvre. C’est nous qui l’avons mis en valeur. En 1997, déjà les premiers burkinabè
qui étaient ici, achetaient l’hectare entre 20 à 30 mille francs CFA. Même en étant
au Libéria après 2011, les guéré d’ici vendaient les terres et plantations de leurs
frères en exil….. Il n’y a plus rien au village voilà pourquoi, nous entrons dans le
Goin-Débé pour cultiver…..» Un paysan burkinabè dans le village de DIBOKE
riverain à la forêt du Goin-Débé.
Un burkinabè, exploitant de Cacao a expliqué au RAIDH dans le village de
TINHOU, que depuis la crise postélectorale de 2011, les villages guéré
continuaient de souffrir du manque de vivres. Les paysans allochtones et
burkinabè qui travaillaient dans les plantations de guéré sont devenus des
propriétaires de plantations de Cacao. «Depuis 1998, moi je suis dans les forêts
villageoises. Les guéré ne pensaient pas qu’ils allaient rentrer un jour au pays
après la crise de 2011. Certains parmi eux venaient nous voir pour acheter des

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plantations de leurs parents restés au Libéria. D’autres nous proposaient que
nous cherchions une main-d’œuvre pour entretenir leur plantation moyennant le
partage des récoltes....Maintenant que le village n’a plus à manger, beaucoup
sont allés dans les classées… ».
Des autorités administratives à Bloléquin et à Taï, interviewées par le RAIDH ont
reconnu la forte baisse de productivité en vivres dans la région. Cela pourrait
s’expliquer, selon leurs propos, par le fait que les terres villageoises ne soient
plus capables de produire assez. « Les autochtones guéré se sont lancés dans
l’hévéaculture tout en négligeant l’agriculture vivrière. Le constat est critique à ce
niveau. L’ensemble des vivres viennent aujourd’hui soit des forêts classées du Scio
détruit à plus de 80% et du Goin-Débé devenu zone agricole, soit des localités
voisines de Soubré, Gagnoa, Issia, Daloa et autres….. » A-t-il témoigné une
autorité à Bloléquin.
Pour le chef du village de Taï, l’appauvrissement des terres villageoises est le fait
de l’hévéaculture. La région
Pour le Centre national de recherche agronomique –
CNRA - une structure de l’Etat chargée de recherche de Taï est devenue depuis
agronomique, l’une des contraintes de l’hévéaculture quelques années une zone
est la durée de la période non productive (6 ans) des prisée pour l’hévéaculture.
hévéas. Pendant cette période improductive, il est Après les forêts classées du
possible d’associer des cultures vivrières aux jeunes Cavally et le parc national de
hévéas sans dommage pour les arbres. Hormis le
manioc qui n’a pas encore fait l’objet d’observations Taï, les seules forêts
approfondies, les cultures d’igname, de riz, de maïs, villageoises libres sont
de banane plantain, d’arachide et de légumes occupées par l’hévéaculture.
(gombo, tomate, aubergine…) peuvent être associées «Nos terres sont devenues
à l’hévéaculture sur les sols du domaine rural. pauvres à cause de
Source : CNRA
Centre national de recherche agronomique l’hévéaculture. Tous les
villageois pratiquement ont
utilisé leurs parcelles de terre pour faire l’hévéaculture parce qu’il rapporte gros.
Certains, ici à Taï se retrouvent avec 60 ha et plus. Nous n’avons plus de
nourriture. Une banane coûte plus de 100 F parce que la région n’en produit plus.
Soit, les villageois acceptent de déclasser quelques hectares des surfaces
exploitées ou bien l’Etat déclasse une partie du Cavally (entendue forêt classée
du Cavally) pour que nous puissions cultiver des vivres… » Chef du village de Taï.
Ainsi, l’afflux massif des burkinabè vers les forêts classées s’explique-t-il par le
fait que les terres villageoises ne garantissent plus la sécurité alimentaire. Les
terres villageoises devenues en partie, des jachères (terres improductives), les
agriculteurs se sont tournés vers les forêts classées où ils espèrent exploiter aussi
l’agriculture vivrière.

4. La déforestation liée aux périodes de crises de 2002 et 2011


Les périodes de crises de 2002 et 2011 ont été fortement préjudiciables aux aires
protégées de la région du Cavally. L’année 2002 a été marquée par une rébellion
armée qui a occupé plus de 60% du territoire jusqu’en 2011. L’exploitation
forestière clandestine signalée dans la plupart des forêts classées a été
accentuée dans les zones sous contrôle de la rébellion et dans la zone de

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confiance (zone tampon). Aussi, les paysans burkinabè ont-ils profité pour
l’essentiel des crises de 2002 et 2011 pour investir ces forêts sous la passivité
déconcertante de certains agents de l’administration de la SODEFOR et de l’OIPR.
Les localités de Duékoué, Guiglo, Bloléquin et Taï sont devenues des terres
d’accueil d’immigrants au nombre desquels il y a une forte communauté
burkinabé. Longtemps travaillant pour la plupart comme main-d’œuvre
d’exploitants autochtones et allochtones baoulés, ces immigrants burkinabè
finiront à la faveur de la guerre pour infiltrer les forêts classées voisines. « Ces
cas sont légions ici dans l’ouest. J’ai plusieurs plaintes sur mon bureau concernant
la destruction des ressources naturelles des forêts classées. Toutes les forêts
classées de l’ouest jusqu’au parc national de Taï (frontière avec le Libéria) sont en
train d’être dévastées par ces paysans. Ils continuent d’installer illégalement leurs
compatriotes dans ces forêts », - a déclaré un Juge d’instruction de la Région.
Par ailleurs, plusieurs groupes paramilitaires à caractère tribal et xénophobe,
supplétifs de l’armée régulière ivoirienne d’alors, s’étaient mis en place après le
déclenchement de la crise de 2002. Ceux-ci ont exproprié les plantations aux
allochtones et ont écumé toutes les forêts classées sous leur occupation. « Les
forêts de Taï, proches du Libéria constituaient la zone de replis des miliciens
jusqu’en 2011, à partir desquelles, ils lançaient des attaques contre des
campements allochtones et allogènes qu’ils considéraient ennemi de la
République. » a déclaré un habitant de la localité.
Les miliciens du Front de Libération du Grand Ouest (FLGO) qui regroupaient en
leur sein des jeunes libériens ont pratiqué des coupes (exploitation de bois) dans
les forêts de la zone de Guiglo. Ils avaient le contrôle de la Scierie THANRY et
continuaient à exploiter les bois des forêts classées. Bien qu’ils n’eurent pas
réalisé de nouvelles plantations, les exploitations de type minier ont continué
d’être pratiquées dans ces forêts jusqu’à la frontière avec le Liberia.
Les paysans baoulés qui exploitent les forêts de Goin-Débé et de Scio ont confié
au RAIDH que durant la période de crises de 2002 à 2011, leurs plantations
avaient été occupées par les jeunes autochtones qui revendiquaient la propriété
des terres.
Des témoins, dans la ville de Taï ont expliqué aux chercheurs du RAIDH qu’après
la crise postélectorale de 2011, la forêt classée du Cavally étaient envahie par
des paysans armés qui se disaient être des démobilisés. « …ils disaient à qui veut
l’entendre qu’ils sont des démobilisés et que la forêt serait leur butin de guerre.
On nous a rapporté que des gens y ont réalisé des plantations et y ont construit
des campements dont le plus gros est Moussadougou. On nous parle de
démobilisés de tout type…Aux dires des gens, le campement Moussadougou a
été détruit par la SODEFOR. Mais en réalité, il y a encore des paysans dans le
Cavally…..» a déclaré un leader burkinabè.
Un témoin a expliqué aux chercheurs que la déforestation dans la forêt classée
du Cavally n’était pas le seul fait des burkinabè armés qui avaient combattu
auprès des Forces républicaines de Côte d’Ivoire – FRCI- (ex-forces rebelles qui
contrôlaient la partie nord du pays jusqu’en 2011). Durant la période de 2002 à

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2010, la localité de Taï était tenue par les FDS (forces de défense et de sécurité)
soutenues par les supplétifs libériens du LIMA. Ces forces et milices armées
avaient pris le contrôle de la forêt classée du Cavally.
Depuis la fin de la crise postélectoral de 2011, une entrée massive des burkinabè
a été constatée dans les forêts classées du Goin-Débé, Scio et Cavally. Différents
groupes armés se sont formés et continuaient de s’affronter pour le contrôle des
plantations du Cacao et des forêts. « De 2002 jusqu’en 2011, nos plantations
dans les forêts classées de Goin-Débé et Scio étaient occupées par nos tuteurs
guéré. Après la crise postélectorale de 2011, ils les ont libérées. Mais
actuellement, je vous apprends qu’une entrée massive des immigrés burkinabè
nous mène à un conflit. Nos jachères et nos plantations sont occupées par ces
personnes venues directement du Burkina Faso, de San-Pedro, de Soubré, de
Méagui, de Vavoua et même du Mont-péko. » : a-t-il déclaré au RAIDH, le chef de
la communauté baoulé.
Au cours d’un entretien avec un journaliste local de presse, le RAIDH a été
informé que onze groupes de fossoyeurs s’étaient affrontés en 2013 dans la forêt
classée de Goin-Débé. «…. En janvier 2013, les autorités militaires nous ont
informés que 6 personnes ont perdu la vie dans des affrontements entre factions
rivales dans la forêt classée du Scio…. Dans cette même forêt, un certain
YAMEOGO KOURAOGO SALAM, chef des infiltrés très craint par ces compatriotes
et trois de ses acolytes COULIBALY FODE, COULIBALY SOULEYMANE et YAMEOGO
DAOUDA ont été mis aux arrêts le 18 novembre 2014 par la brigade de
gendarmerie de Guiglo sur plainte d’un autre clandestin EHOUMAN KOUASSI
FABRICE, de la communauté baoulé, un des présidents des nombreux
mouvements d’occupants de cette forêt. Ce dernier accusait ces pairs de vente
illicites de forêts, de rackets, d’assassinats et d’occupation de plantations
d’autres clandestins…. » - a témoigné le journaliste.
De mars à septembre 2011, craignant la confiscation de leurs plantations, 22
campements de paysans baoulé dans la forêt classée du SCIO ont versé un gage
de 71 millions de F CFA à un redoutable fossoyeur burkinabè nommé ADAMA
PINHOU. Dénonçant la méthode de ses compatriotes, un chef baoulé du
campement YACEKRO (fondé par YACE AUGUSTIN dans le Scio) échappe à la
mort et son cadet porté disparu jusqu’à ce jour.
Les occupants baoulé en forte présence dans les forêts du Goin-Débé et du Scio
continuaient à se plaindre du comportement des immigrés burkinabè qui, pour
eux, n’ont pas de respect pour les autorités ivoiriennes. Deux autres
administrateurs de Bloléquin ont expliqué au RAIDH qu’ils continuaient à
recevoir des plaintes d’occupants illégaux des forêts classées contre certains de
leurs compatriotes.
Selon les propos d’un habitant de MEDIBLY, les communautés baoulé qui sont
dans les forêts classées ne les ont pas détruites systématiquement. « Dès mon
arrivée dans ce village en 1987, la forêt du Goin-Débé était déjà classée. Avant
moi, nos parents se sont introduits là-bas depuis les années 1977. Les burkinabè
qui sont venus après la crise de 2010 voulaient à tout prix que je rentre avec eux

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là-bas afin d’être leur Secrétaire général pour vendre les forêts et convaincre mes
parents d’adhérer à leur cause. Je leur ai dit que je suis le chef des Akans de ce
village y compris ceux qui sont installés dans les campements du classé, donc je
ne peux pas trahir mes parents. Ces burkinabè, se disant dozos (chasseurs
traditionnels) arrachent les champs à nos parents sous prétexte que ce sont leur
butin de guerre. Ils se permettre de vendre la terre du classé à leurs compatriotes
venus d’ailleurs… ».
Au cours d’un entretien avec les notables d’un village riverain de la forêt classée
du Goin-Débé, un jeune guéré du village a expliqué au RAIDH qu’ « en 2011,
avant l’arrestation de Laurent Gbagbo l’ex-président ivoirien, mon grand frère est
allé au Libéria. OUEDRAOGO Boukary, un manœuvre burkinabè a occupé la
plantation de mon frère et s’est installé dans son campement à 1 km de la forêt
classée. Quand je lui ai dit de libérer le campement et la plantation, il me dit qu’il
les a achetés avec mon grand frère avant 2002… »
Plusieurs paysans autochtones guéré ont fait savoir à aux chercheurs du RAIDH
qu’ils sont inquiets de la forte présence des burkinabè dans leurs villages.
Un planteur burkinabè interviewé par le RAIDH dit s’être installé à MEDIBLY
depuis 1985. Il a expliqué qu’avant 2011, les baoulés étaient plus nombreux dans
les campements de la forêt classée du Goin-Débé. « A partir de 2012, nos parents
sont venus très nombreux. On peut évaluer leur nombre à deux fois plus que les
paysans baoulés. Moi, je suis installé dans les terres villageoises. Je ne sais pas
comment, ces burkinabè sont entrés là-bas dans les forêts classées. On voit
certains dormir ici dans le village et la journée, ils sont dans le classé. Quand ils
entrent, ils ne nous disent rien… »

5. Nouvelle invasion des forêts classées du Cavally par des ex-infiltrés du Mont
Péko
Le 7 juillet 2016, le gouvernement ivoirien avait adopté un Plan d’action
d’urgence d’évacuation pour le parc national du Mont Péko dans la région du
Guémon (entre Duékoué et Bangolo). Elaboré avec la collaboration du
Coordonnateur humanitaire du système des Nations Unies et soutenu par les
partenaires au développement afin d’assainir et de reconstituer le parc, ce plan
prévoyait qu’avant le 30 juillet de la même année, tous les occupants qui
exploitent illégalement cette aire protégée pour en faire champs et cultures de
rentes devraient y être évacués.
En dépit de la mission bipartite (Etat de Côte d’Ivoire-Etat du Burkina Faso) et de
la publication du Rapport du RAIDH sur les évacuations du parc national du mont
Péko en mars 2017, qui s’en est suivie dans la région, la situation des ex-infiltrés
n’a pas suffisamment évoluée. Le RAIDH déplore que les mesures
d’accompagnement n’aient pas encore été exécutées dans sa totalité. Même la
situation des 9 000 ex-infiltrés burkinabè et familles qui étaient candidats à un
retour volontaire n’a pas changé.
Le fait que le plan d’évacuation du Mont Péko et les recommandations de la
mission bipartite n’aient pas été exécuté en totalité, des centaines de paysans

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ex-infiltrés et familles se sont réinstallés dans certaines forêts classées de la
région dont en partie la forêt classée du Cavally poursuivant sans égard la
destruction de la quasi-totalité du patrimoine national.
Le RAIDH a interviewé au moins une dizaine de personnes qui ont expliqué qu’à
la suite des évacuations du parc national du Mont Péko, plusieurs paysans
burkinabè ont rejoint leurs parents dont certains étaient déjà installés dans les
forêts classées de la région.

V. PROBLEMATIQUE DE LA SAUVEGARDE DES FORETS CLASSEES

1. Forêts classées, sève nourricière de la région


Selon les données économiques du Conseil régional du Cavally, l’agriculture
pratiquée dans la région est tenue par les allochtones et les communautés
burkinabè.
Les autochtones, d’au moins cinq villages riverains des forêts classées du Goin-
Débé, du Scio et de Cavally ont expliqué que les terres villageoises étaient
devenues vieilles et qu’elles ne pouvaient plus supporter l’agriculture vivrière. Ils
ont raconté aux chercheurs du RAIDH d’avoir fait la doléance à l’administration
de la SODEFOR pour qu’elle déclasse une partie des forêts classées sur les terres
desquelles, ils pouvaient pratiquer l’agriculture vivrière.
Un chef burkinabè rencontré dans ce village, ainsi que plusieurs autres paysans
rencontrés à Bloléquin, ont confié aux chercheurs du RAIDH que les terres
villageoises de la région étaient devenues pauvres du fait de l’hévéaculture.
« Nous, paysans allochtones et étrangers burkinabè qui étions installés sur les
terres villageoises pratiquions l’agriculture vivrière. Quand le prix d’hévéa est
monté à 1000 F CFA, tous les autochtones se sont rués vers l’hévéaculture. Ils se
sont mis à déposséder les terres qu’ils avaient cédés aux allochtones et
burkinabè. Nou , qui sommes restés dans le village, ils n’ont pas voulu que nous
fassions de l’hévéaculture. Voilà qu’aujourd’hui toutes les terres villageoises sont
appauvries. Il n’y a plus de terres pour l’agriculture vivrière. Ce qui nous sauve un
peu, ce sont nos parents qui sont dans les forêts classées et qui nous ravitaillent
en banane, riz, patate et autres…S’ils sont chassés de ces forêts, ce sera la
catastrophe pour toute la région… » a déclaré un habitant de Taï.
Un habitant de Taï a expliqué aux chercheurs du RAIDH que dans sa localité, il n’y
a plus de terres villageoises pouvant produire assez de vivres. « Nos parents sont
devenus tous des hévéaculteurs de sorte que nous n’avons plus de nourriture.
L’hévéa appauvrit le sol sur plusieurs années. Nous n’avons plus rien. Le maïs que
nous consommons vient de Daloa. Un parent peut se retrouver avec 60 ha
d’hévéa. »
Un chef de communauté de la CEDEAO interviewé par le RAIDH a dit que la
plupart des villages riverains sur l’axe Guiglo – Taï vivent aux dépens des forêts
classées du Goin-Débé et du Cavally. « Zagnè par exemple, est à 12 kilomètres de
la forêt classée du Goin-Débé. Presque toutes les terres villageoises sont occupées

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par l’hévéaculture. Quand on enlève le périmètre occupé par l’hévéaculture, la
sous-préfecture n’a plus de terre. Toutes les nourritures que vous voyez viennent
du Goin-Débé. Alors si on déguerpit tous les occupants de cette forêt, ce sera la
catastrophe pour les deux cantons de Zagnè et même pour la région… ».
« Toutes les vivres du village viennent des forêts classées » a soutenu un chef
burkinabè dans le village de DIBOKE. Il a confié aux chercheurs du RAIDH que les
autochtones guéré ont vendu toutes leurs terres avant et pendant qu’ils s’étaient
réfugiés au Libéria. « Ils n’ont plus rien dans leur propre village comme de la
nourriture. Chaque dimanche, au moins 6 remorques de bananes, maïs, taro,
patate et igname viennent du classé. Si on chasse les gens là-bas, tout Bloléquin
va souffrir de faim… ».

2. Les forêts classées devenues un gage pour les immigrés burkinabés


Les forêts classées sont devenues un gage pour les immigrés burkinabè qui se
considèrent être titulaires de droits de propriété.
Un chef burkinabè dans un village riverain a confié aux chercheurs du RAIDH qu’il
ne croit pas sérieusement que les autorités actuelles les feront sortir de ces
forêts. « Il n’y a plus de forêt ici, tout est Cacao. Et puis qu’est-ce que nous allons
devenir si on chasse toutes ces personnes. On est très nombreux dans ces forêts.
Si on quitte les forêts, la Côte d’ivoire va perdre son rang de premier producteur
de Cacao et puis la région n’aura plus à manger… ». Plusieurs paysans
allochtones interrogés par le RAIDH ont dénoncé leurs agissements qui riment
avec la violence et la force.
« Ces burkinabè sont insolents et hautains, ils vont jusqu’à dire qu’il n’y a pas de
lois ici en Côte d’Ivoire, parce que nos autorités, toutes, sont corrompues. Ces
burkinabè nous disent que ces forêts sont leur butin de guerre. Ils disent avoir
aidé les autorités actuelles à s’installer au pouvoir, et donc personnes ne peut les
empêcher d’exploiter ces forêts…». A déclaré avec amertume un chef de village
de la région.
A DIBOKE, village situé à une dizaine de kilomètre de la forêt classée du Goin-
Débé, un habitant de ce village a expliqué aux chercheurs du RAIDH qu’avant la
crise de 2010, les autochtones guéré étaient nombreux dans le village et
exploitaient uniquement les terres villageoises. La forêt classée leur a été
défendue depuis plus de 30 ans, ils n’y sont jamais entrés. « Après la crise
postélectorale de 2010, les burkinabè sont arrivés en grand nombre et se sont
imposés à nous en occupant de force nos plantations. Ils ont occupé la forêt
classée et continuent de les vendre à leurs compatriotes. Ils sont devenus les
maîtres des lieux et quant à nous, nous sommes devenus des étrangers sur nos
propres terres…».
Un membre de la communauté baoulé de la forêt classée Goin-Débé a exprimé
aux chercheurs du RAIDH leur amertume de voir que les immigrés burkinabè qui
ont infiltré la forêt veulent les déposséder de leurs plantations. « Même si nous
sommes des clandestins dans les forêts classées, ce ne sont pas les communautés
étrangères qui vont venir nous chasser à la place de l’Etat. A la longue, la Côte

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d’Ivoire ne sera plus à nous. Alors, il faut que l’Etat fasse en sorte que nous
trouvions nos terres. Le burkinabè, quand il a sa richesse, il rentre chez lui alors
que nous, nous sommes là chez nous. Ils disent qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a pas de
Loi, et que nos autorités ne se basent que sur l’argent....c’est pourquoi, ils font ce
qu’ils veulent dans nos plantations…. » : a-t-il déclaré le membre de la
communauté baoulé

3. Infrastructures de l’Etat, légitime déforestation du classé


Les forêts classées du SCIO et du Goin-Débé ont battu le record des
infrastructures étatiques (scolaires et sanitaires) encourageant ainsi les paysans
qui y sont à légitimer la déforestation. Dans le SCIO, un centre de santé
comprenant une maternité et des écoles publiques (devenues des lieux de vote
aux dernières élections législatives de 2017).
Par exemple, dans le Goin-Débé, huit (8) écoles publiques ont été construites par
le programme présidentiel d’urgence dit PPU.
Du côté de Taï et de Guiglo, ce sont une vingtaine d’écoles communautaires qui
ont été construites jusqu’en 2015 dont les premières pour le Goin-Débé date de
1989 et du côté de Taï date de 2004. Toutes ces écoles, au nombre de 32
disposent d’un effectif total de 3352 élèves dont 1842 garçons et 1510 filles.
Une autorité préfectorale a déploré devant la mission du RAIDH ce fait-là, qui
pour lui était contraire à l’éthique défendue par l’Etat. « Nous les avons vus venir
dans la région en début de 2012 avec le projet PPU. Ils sont allés directement
dans les forêts classées du SCIO et du GOIN-DEBE. Quand on a cherché à en savoir
davantage, ils nous ont simplement répondu que c’est un projet piloté par le
ministère de l’éducation nationale, bref… ».
Ce sont environ 1990 enfants clandestins des forêts classées du GOIN-DEBE et du
SCIO qui bénéficient d’une scolarité publique.
La constitution ivoirienne du 8 novembre 2016, en son article 10, dispose que :
« L'école est obligatoire pour les enfants des deux sexes, dans les conditions
déterminées par la loi. L'Etat et les collectivités publiques assurent l’éducation des
enfants. Ils créent les conditions favorables à cette éducation. L'Etat assure la
promotion et le développement de l'enseignement public général, de
l’enseignement technique et de la formation professionnelle ainsi que l’expansion
de toutes les filières, selon les normes internationales de qualité et en rapport
avec les besoins du marché du travail. Les institutions, le secteur privé laïc et les
communautés religieuses peuvent également concourir à l’éducation des enfants,
dans les conditions déterminées par la Loi. »
Alors qu’aux termes des dispositions des articles 42 à 48 du Code forestier de
2014, les forêts classées, domaine forestier permanent de l’Etat, sont
strictement interdits à tout usage autres que les droits d’usage forestier dûment
prescrits.
Aux termes des dispositions de l’Article 44 du Code forestier, en son alinéa 2
« L’exercice des droits d’usage forestier ne peut être restreint ou suspendu par le
plan d’aménagement de la forêt concernée ». Cette disposition suppose

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qu’aucun plan d’aménagement de la forêt ne doit justifier la présence d’école et
de centre de santé dans les forêts classées.
L’Etat de Côte d’Ivoire ne devrait pas évoquer la lutte contre le travail des
enfants dans la cacao culture, pour autoriser la construction d’infrastructures
dans un domaine forestier permanent. La Constitution proscrit le travail des
enfants. Il est stipulé en ses dispositions de l’Article 16 « Le travail des enfants
est interdit et puni par la loi. Il est interdit d’employer l’enfant dans une activité
qui le met en danger ou qui affecte sa santé, sa croissance ainsi que son équilibre
physique et mental»

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LISTE DES ECOLES SITUEES DANS LES FORETS CLASSEES DE LA REGION DU CAVALLY

DATE
NBRE
FORETS DE NBRE DE EFFECTIF
IEP NOM ECOLE STATUT DE
CLASSEES CREATION GARÇONS TOTAL
FILLES
AHISSANKRO COMMUNAUTAIRE 2010 100 105 205
GUIGLO GOIN-DEBE
SCIO ALLOGONOU COMMUNAUTAIRE 2013 20 44 64
AKABROUKRO COMMUNAUTAIRE 2012 70 78 148
SI TU VEUX 1 COMMUNAUTAIRE 2004 109 148 257
TAI GOIN-DEBE SI TU VEUX 2 COMMUNAUTAIRE 2007 71 93 164
AYAOKRO COMMUNAUTAIRE 2011 28 22 50
YAOBAKRO COMMUNAUTAIRE 1989 30 28 58
IDRISSAKRO COMMUNAUTAIRE 2014 18 14 32
ABDOULAYEKRO COMMUNAUTAIRE 2015 11 10 21
ANDOKRO COMMUNAUTAIRE 13 09 22
KROUKOU COMMUNAUTAIRE 55 58 113
GOIN-DEBE KOUAKOU-YAOKRO COMMUNAUTAIRE 25 43 68
SALMKRO COMMUNAUTAIRE 12 8 20
SCIO MK COMMUNAUTAIRE 20 27 47
DOZOKRO COMMUNAUTAIRE 28 50 78
ROMEDJEKRO COMMUNAUTAIRE 10 08 18
PLATEAU PUBLIC 2012 111 190 301
SIO PUBLIC 2007 39 39 78
BLOLEQUIN DALOA-SOUBRE PUBLIC 2013 40 60 110
ZOMBLY PUBLIC 2007 103 103 206
ALEXANDREKRO PUBLIC 51 53 104
SIALOUKRO PUBLIC 2012 95 120 215
MOMBOIBLY PUBLIC 2013 41 55 91
BENOIKRO PUBLIC 2006 70 80 150
4 CARREFOURS PUBLIC 2014 33 50 93
N’TOBENI PUBLIC 2006 33 30 61
DJEKRO PUBLIC 2009 49 50 99
PETIT-SAKASSOU PUBLIC 2009 51 60 111
KAZILEKRO PUBLIC 2016 64 78 142
TOMEPLEU PUBLIC 2015 64 92 172
BELLEVILLE PUBLIC 2014 20 37 57
TOTAL 1510 1842 3352

Sources : Recherches du RAIDH avec l’appui d’enseignants exerçant dans ces écoles

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4. Le Cacao des forêts classées et parcs, une richesse non certifiée

Photographie prise en 2015 par les chercheurs d’une organisation membre du RAIDH

La cacao culture est le pilier de développement économique de la Côte d’Ivoire.


Selon la Banque mondiale, la filière représente 22% du PIB de la Côte d’Ivoire soit
plus 50% des recettes d’exportation et les deux tiers des emplois en Côte d’Ivoire
et des revenus de la production ivoirienne. La campagne cacaoyère 2014 - 2015
s’est soldée à une production de plus 1,7 million de tonnes, soit 35% des récoltes
mondiales.
En dépit du fait que la campagne 2016 - 2017 ait connu une chute du prix
minimum du cacao garanti aux producteurs de 1 100 à 700 francs CFA, avec une
baisse de 30% (selon Bruno Koné, porte-parole du gouvernement au sortir du
Conseil des ministres du 30 mars 2017), la Côte d’Ivoire demeure le premier
producteur mondial. Le pays compte plus de 800 000 petits producteurs agréés
par le Conseil Café-cacao à travers le pays.
Le cacao issu des forêts classées, mal essentiel de la déforestation, constitue une
richesse non certifiée pour bon nombre d’autorités de la région du Cavally. Les
cacaoculteurs dans l’ensemble des forêts de la région du Cavally, peuvent être
estimés à plus de 40 000 agriculteurs. Selon les chiffres donnés par les paysans
interviewés, les forêts classées du Goin-Débé et du Scio produisent chaque
année plus de 25 000 tonnes de cacao. En 2015, une organisation membre du
RAIDH avait révélé plus 10 000 tonnes de Cacao produit chaque année dans le
parc national du Mont Péko.
Le RAIDH avait dénoncé dans son Rapport sur les évacuations du parc national
du mont Péko publié en mars 2017, le comportement de certains agents qui
rançonnaient les paysans déguerpis sur leur cacao.
Dans les forêts du Goin-Débé et du Scio, les paysans allochtones (baoulés, lobi,
sénoufo…) ont expliqué aux chercheurs du RAIDH, qu’ils cotisaient des sommes
d’argent dont ils remettaient à certaines autorités en échange de leur maintien
dans leurs plantations. Le septuagénaire YAMEOGO KOURAOGO SALAM, sous
mandat de dépôt à la prison de Man, tuteur des immigrés burkinabè faisait
cotiser des sommes d’argent à ses pairs qu’il distribuait à certaines autorités de
la région. Ce fossoyeur continuait à vendre les parcelles à hauteur 75 000 francs
l’hectare dans le Goin-Débé.

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VI. RECONSTITUTION DES FORETS SOUS LE RESPECT DES ACCORDS CONSENTIS

1. Contractualisation des occupations agricoles ou déclassement des forêts


classées
Le 18 mai 2017, le directeur technique de la SODEFOR, au cours d’une séance de
travail a indiqué à une délégation du RAIDH que la contractualisation pourrait
être envisagée. Cette contractualisation rémunérée consiste à permettre aux
infiltrés (restés dans leurs champs et campements) de planter ou reboiser la
forêt sans faire de nouveaux défrichements sur une période de 10 ans.
Déjà en 2002, la SODEFOR avait initié un test de contractualisation des
occupations dans cinq forêts classées (Irobo, Brassué, Sangoué, Niégré et
Okromodou). Evoquant les questions de financement, le projet n’a pu suivre son
cours.
Face à la forte dégradation du Goin-Débé, les paysans baoulés qui s’y sont
sédentarisés ont déclaré aux chercheurs du RAIDH qu’ils avaient adressé vers fin
2013 une lettre au directeur général de la SODEFOR en vue du déclassement de
la forêt du Goin-Débé. «Nous avons adressé une lettre au directeur général pour
lui demander de déclasser la zone IFA dans le Goin-Débé. Nous lui avons dit que
nous ne sommes pas responsables des deux extrêmes de la forêt. La zone IFA ne
faisait pas partie en réalité du classé jusqu’en 1988, alors que nous étions déjà à
plus 10 000 paysans. Mais, il me semble que la SODEFOR ne veut pas nous
écouter. Pour elle, toutes ces zones font partie du classé…Nous avons fondé
toutes nos richesses dans cette partie et si nous devons partir de là, ce sera de la
catastrophe. Ce sont plutôt les immigrés qui nous ont envahis à partir de 2011 qui
en sont responsables de sa forte dégradation… » copie de la lettre
Préoccupé par la rareté des vivres dans ses localités, le chef du village de Taï a
confié aux chercheurs du RAIDH que ces pairs autochtones avaient sollicité
auprès de la SODEFOR le déclassement d’une partie de la forêt classée du
Cavally.

Tous les chefs de village interviewés par le RAIDH dans la région ont émis le vœu
de voir la forêt classée du Goin-Débé ou du Scio être déclassée. Ils estiment que
c’est la seule façon de relancer l’agriculture vivrière et de résorber la rareté de la
nourriture dans la région.

2. Freiner l’infiltration des burkinabè par l’application du TAC


Le RAIDH s’inquiète du fort taux d’immigrants burkinabè dans les forêts classées,
réserves et parcs nationaux de Côte d’Ivoire.
Le gouvernement de la Côte d’Ivoire devrait formuler une stratégie pour aborder
le problème de l’influx récent d’immigrés burkinabé dans les forêts classés. Cela
pourrait comprendre, quand la situation l’exige et pour les localités particulières,
les évacuations d’occupants illégaux, pourvu que ces évacuations soient en
accord avec les droits humains. Mais toute stratégie devrait aussi être formulée

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après une consultation profonde avec les communautés impactées, y compris les
occupants de forêts classées et les villages riverains.
En conséquence, le RAIDH exhorte l’Etat de Côte d’Ivoire et l’Etat du Burkina
Faso à accélérer les propositions du Comité mixte ivoiro-burkinabè. (copie de la
note) Ce comité prévoyait la mise en œuvre concertée de la décision d'évacuer
tous les occupants (burkinabè) des aires protégées de la Côte d’Ivoire. Il est
stipulé en son point 11 « Concernant la question de l'occupation illégale des
réserves et parcs nationaux, des forêts classées et des forêts du domaine rural, et
plus particulièrement l'évacuation du Mont Péko, la Partie ivoirienne a informé la
Partie burkinabè de sa décision d'évacuer tous les occupants de ces aires
protégées. A cet effet, les deux Chefs d'Etat ont décidé de la mise en place d'un
Comité mixte ivoiro-burkinabè pour faire des propositions en vue d'une mise en
œuvre concertée de cette décision. En outre, les deux Chefs d'Etat ont convenu de
l'élargissement de la concertation au Libéria pour traiter de la question des
infiltrations des forêts dans l'Est de ce pays.
Par ailleurs, le RAIDH attire l’attention des autorités burkinabé et ivoirienne sur
des trafics d’enfants lors des infiltrations des forêts classées. En effet, Un mineur
de treize (13) ans a été mis aux arrêts dans le cadre d’une opération d’évacuation
dans la forêt classée du Cavally. Le mineur de 13 ans serait victime d’un réseau
de trafiquants depuis KOUDOUGOU au Burkina Faso. Il a été remis au chef de la
communauté CEDEAO de Zagnè.
Ce dernier a expliqué à la mission du RAIDH que « Après leur incursion dans la
forêt classée du Cavally, les agents de la SODEFOR nous ont fait appel et m’ont
confié un enfant agriculteur. Son histoire est pathétique. Il serait venu de
KOUDOUGOU par le biais d’un réseau de trafiquants d’enfant comme main-
d’œuvre dans les plantations de Cacao. Cet enfant dit avoir perdu ses parents
depuis son village. Il ne connaît personne ici. On l’a simplement débarqué à
Guiglo et un autre burkinabè qu’il ne connait même pas l’a introduit dans la forêt
du Cavally dans les mains d’un autre. Selon ses dires, il tentait à plusieurs reprises
de fuir et jamais, il n’a réussi. Il est très tourmenté. J’ai donc pu joindre des
parents au Burkina Faso qui le feront retourner… »
Le RAIDH tient à rappeler que la Convention de l’OIT sur les pires formes de
travail des enfants (nº 182) adoptée le 17 juin 1999 entrée en vigueur le 19
novembre 2000 proscrit toutes les formes de travail de l’enfant. L’objectif de la
Convention est d’éviter aux enfants tout travail préjudiciable à leur éducation et
à leur développement. Aux fins de la présente convention, en ses dispositions de
l’article 3, l’expression «les pires formes de travail des enfants» comprend en son
alinéa a) toutes les formes d’esclavage ou pratiques analogues, telles que la
vente et la traite des enfants y compris le recrutement forcé ou obligatoire des
enfants en vue de leur utilisation dans des conflits armés.
Par ailleurs, la constitution ivoirienne stipule en son article 16 que : « le travail
des enfants est interdit et puni par la loi ».

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 Des évacuations en cours dans la région du Cavally

Destruction de plantations et arrestations de paysans clandestins dans le Cavally


En mai 2017, trois agriculteurs burkinabè ont été mis aux arrêts dans le cadre
d’une opération d’évacuation d’urgence dans la forêt classée du Cavally.
Soutenus par les jeunes autochtones riverains, les biens et plantations de ces
paysans ont été saccagés voire confisqués par les agents de la SODEFOR.
Le RAIDH déplore la violence avec laquelle les agents, de la SODEFOR ont agi.
Les trois paysans dits clandestins après avoir vu leurs biens confisqués ont été
par la suite remis à la brigade de gendarmerie de Guiglo pour être présenté
devant un juge
Les dispositions des articles 127 à 146 de la Loi 2014
d’instruction. Ils
portant Code forestier répriment toute infraction aux
droits d’usage et du plan d’aménagement de la forêt tels feront l’objet d’un
que stipulés par la présente Loi. Aux termes de l’article procès
134 « Est puni d’un emprisonnement de quatre mois à conformément aux
trois ans et une amende de 250 000 à 5 000 000 de francs infractions
CFA, quiconque : commises.
• Fait des défrichements ou des cultures dans un
domaine forestier classé ; Le RAIDH rappelle
• Crée une zone habitée dans un domaine forestier que les paysans
classé ; burkinabè ligotés et
• Procède à un déboisement non autorisé dans un mis aux arrêts sont
domaine forestier classé ; aussi titulaires de
• Laisse divagués des animaux domestiques dans le
droits naturels
domaine forestier classé non ouvert au parcours ;
inaliénables, ils ne
• Ebranche, émonde, écorce et effeuille des
essences protégées ou situées dans un domaine
doivent subir, sous
forestier classé ; quelques prétextes
• Vend ou achète une portion de forêts classées. que ce soit, des
traitements
En cas de défrichement, de culture ou de création de inhumains et
campement dans une forêt classée, le déguerpissement du dégradants.
délinquant est ordonné par la décision de condamnation.

 Un projet de Corridor écologique suscite la colère des paysans à Taï


185 paysans autochtones, allochtones et burkinabè installés sur des terres
villageoises dans l’espace Taï – Gouléako à quelques dizaines de kilomètres du
parc national sont menacés par un projet écologique. Ce sont environ 200
hectares de plantations agricoles qui seront détruits pour ouvrir une passerelle
entre la Côte d’Ivoire et le Libéria en vue de protéger les animaux.

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Une autorité de la localité de Taï rencontrée par le RAIDH dans la ville de Taï a
expliqué que le projet écologique consistait à créer un corridor sous forme de
passerelle pour les animaux. « Les animaux ont trop vieilli, la consanguinité fait
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plus procréer, il faut donc créer une passerelle entre ces deux grandes forêts de
la Côte d’ivoire et du Libéria pour conserver leur espèces…»
Le représentant des paysans contestataires a expliqué à la mission du RAIDH
qu’ils ne sont pas contre la protection et la sauvegarde, seulement le projet va
écorcher 200 m de largeur sur les plantations des paysans qui ont déjà subi une
première évacuation en 1988 afin de protéger le parc national de Taï. « La
passerelle dont il est question se trouve entre le parc national de Taï (Côte
d’ivoire) et la forêt de Grepo-Sapo (Libéria). Justement les 200m vont faire
disparaître plusieurs dizaines d’hectare de plantation. En 1988, nous avons été
chassés avec nos familles dans la zone libre du côté du Parc. On disait que nous
sommes dans un domaine protégé. Aujourd’hui encore, on veut nous chasser de
nos plantations. Qu’allons-nous devenir si nous ne pouvons plus travailler la
terre » a expliqué un jeune leader des planteurs contestataires.

Un champ de cacao en production et un autre détruit lors du début d’évacuation

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3. Respecter le cadre juridique des évacuations
Le RAIDH rappelle que toute évacuation quelle que soit la nature doit respecter
les normes internationales. La décision doit faire l’objet d’une concertation et
d’un plan d’action ou d’évacuation dûment établi prévoyant des mesures
d’accompagnement nécessaires à la préservation de la dignité des populations
visées.
Pour le Comité des droits économiques, sociaux et culturels (Observation
générale no 7 (1997) relative au droit à un logement convenable: expulsions
forcées), l’évacuation forcée se définit comme étant «l’éviction permanente ou
temporaire, contre leur volonté et sans qu’une protection juridique ou autre
appropriée ait été assurée, de personnes, de familles ou de communautés de
leurs foyers ou des terres qu’elles occupent»
Divers éléments, ensemble ou séparément, définissent l’expulsion forcée comme
étant :
» L’éviction permanente ou temporaire d’un logement, de terres ou des deux;
» Le fait que l’éviction soit menée contre la volonté des occupants, avec ou
sans recours à la force;
» L’absence de mesures d’accompagnement prévoyant un logement de
remplacement convenable et une réinstallation, une indemnisation
suffisante ou un accès à des terres productives, selon le cas;
» L’absence de possibilité de contester soit la décision, soit la procédure
d’expulsion, et non-respect de la légalité et des obligations nationales et
internationales de l’État.
Les évacuations sous contraintes, sans consultation ni participation des
communautés villageoises riveraines violent le droit international des droits de
l’homme et met en
Le droit international des droits de l’homme n’interdit
péril la cohésion
pas toutes les expulsions. L’interdiction des expulsions
forcées ne s’applique pas aux expulsions effectuées intercommunautaire.
conformément à la loi et aux instruments internationaux Ces violations sont
relatifs aux droits de l’homme. Ainsi, il peut être directement ou
nécessaire de déplacer des populations d’une zone à indirectement
risque afin de protéger des vies. Toutefois, même dans ce imputables à la
cas, les expulsions doivent être conformes au droit manière dont les
national et aux normes internationales pertinentes, expulsions sont
notamment en ce qui concerne le respect des formes décidées et
régulières. appliquées. Ces
violations, au sens du droit international des droits de l’homme, sont
directement ou indirectement imputables:
» À la manière dont les expulsions sont décidées (sans consultation ni
participation, sans information, sans voies de recours, par exemple);
» À la manière dont les expulsions sont préparées (sans préavis, sans
relogement, sans indemnisation ou avec une compensation tardive ou
subordonnée à des conditions inacceptables, par exemple);

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» À la manière dont les expulsions sont pratiquées (la nuit ou par mauvais
temps, sans protection pour les personnes ni pour leurs objets personnels,
par exemple);
» Au recours au harcèlement, aux menaces, à la violence ou à la force
(lorsque, par exemple, les personnes sont contraintes de signer des
accords, que des bulldozers se mettent en marche tandis qu’elles essaient
encore de mettre leurs objets personnels à l’abri, etc.);
» Aux résultats de l’expulsion (interruption de la scolarité des enfants,
interruption d’un traitement médical, traumatisme psychologique, perte
d’emplois et de moyens de subsistance, impossibilité de voter faute d’un
domicile, impossibilité d’accéder à des services de base ou à la justice
parce que les papiers d’identité et les titres de propriété ont été détruits
pendant l’expulsion, etc.).

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CONCLUSION

Les recherches effectuées par le RAIDH dans la région du Cavally font ressortir à la fois que
l’état de dégradation des forêts visitées et la situation des paysans agricoles dits clandestins
sont préoccupants pour le droit international des droits de l’homme.

En dépit des dernières recommandations du RAIDH sur les évacuations du parc national du
Mont Péko de juillet 2016 et le fait que l’Etat de Côte d’Ivoire n’ait toujours pas intégré dans
le droit interne les normes internationales relatives aux droits humains se rapportant aux
évacuations.. Ce fait pourrait aussi avoir des conséquences considérables sur les dizaines de
milliers de paysans allochtones qui attendent de connaître leur sort.

Nombre de décisions des organes nationaux, régionaux et internationaux des droits de


l’homme, rapportées dans le précédent rapport du RAIDH sur le Mont Péko, ont confirmé
que les expulsions forcées violent une quantité de droits de l’homme.

Ainsi, le Comité des droits de l’homme a déclaré que ces expulsions arbitraires portent
atteinte aux droits civils et politiques de leurs victimes, et en particulier à ceux qui sont
garantis par l’article 17 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont le
droit de ne pas être l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille,
son domicile ou sa correspondance.

Enfin, le RAIDH salue les efforts du gouvernement ivoirien à endiguer le fléau de


déforestation en ramenant la "couverture du territoire au-dessus du seuil international de
20%" mais reste préoccupé par le fait que les méthodes que, les agents de la SODEFOR
pourraient pratiquer dans l’opération d’évacuations, ne respectent pas la dignité humaine.

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