Chapitre 27
Dynamique spatio-temporelle
d’une méga-mangrove
malagasy
Marais maritime de Bombetoka
Fenozo Heritiana Andriamanantena Zolalaina Andriamanantena
Université de Mahajanga, Madagascar Université de Mahajanga, Madagascar
Hery Lisy Tiana Ranarijaona Eric Delaitre
Université de Mahajanga, Madagascar IRD, France
Tahiana Andriaharimalala Jacques Iltis
CNRE, Madagascar IRD, France
Ainazo Herilala Andriamanantena
Université de Mahajanga, Madagascar
Introduction
Dans le monde, 124 régions littorales marines possèdent un écosystème de
mangroves (Lebigre, 2010 ; Andriamanantena, 2015). Le continent africain
possède, à lui seul, plus de 3,2 millions d’hectares (Mha) d’écosystèmes de
mangroves, soit 19 % environ de la superficie mondiale, avec la répartition
suivante : 1,5 Mha sur le littoral atlantique occidental (soit 49 %), 0,4 Mha sur
le littoral atlantique central (14 %), 1,2 Mha sur le littoral de l’océan Indien
(37 %) (Lebigre, 2010 ; Andriamanantena, 2015). Situé dans l’océan Indien,
Madagascar possède plus de 425 000 ha de marais maritimes dont 327 000 ha
de mangroves (soit 2 % de la superficie des mangroves dans le monde) (Jones
et al., 2016 et 2014). La côte occidentale malagasy couvre 98 % de cette
superficie et la côte orientale 2 % seulement (Usaid, 2008). Bien que proche
du centre urbain de Mahajanga, une méga-mangrove, de type deltaïque et
estuarien, se situe dans le marais maritime de Bombetoka. Cette mangrove ̶ la
plus grande mangrove de Madagascar ̶ subit des pressions anthropiques en forte
augmentation depuis quelques années. Les objectifs principaux du cette étude
417
Biodiversité des écosystèmes intertropicaux
ont été de caractériser, d’une part, la composition floristique et structurale de
la végétation de cette mangrove et, d’autre part, son évolution spatiale et
temporelle entre 1995 et 2015.
Matériels et méthodes
Site d’étude
Le site d’étude est localisé dans les mangroves de l’estuaire du fleuve Betsiboka
ou, plus précisément, dans le marais maritime de Bombetoka qui se trouve dans
la région de Boeny (fig. 1). Ce marais a une superficie de 72 232 ha
(Andriamanantena, 2019), et il est situé approximativement entre les longitudes
46°15’ E et 46°40’ E et les latitudes 15°50’ S et 16°05’ S.
46°10’0”E 46°20’0”E 46°30’0”E 46°40’0”E
N
N
ue
m biq
za
Mo
15°40’0”S
15°40’0”S
Mahajanga I
Mahajanga II
de
Route nationale 4
Route secondaire
Canal
Marais maritime
Ba de Bombetoka
ie d
eB Plan d’eau
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tok
n Ind
a
16°00’0”S
16°00’0”S
Océa
0 140 200 km Marovoay
0 5 10 20 km
46°10’0”E 46°20’0”E 46°30’0”E 46°40’0”E
Figure 1
Localisation du marais maritime de Bombetoka.
Source : Andriamanantena, 2016. Projection WGS _1984_UTM. Données : Spot (21 sept. 2015), Google
Earth (2016). Réalisation : F. H. Andriamanantena.
Matériels
Matériels biologiques
Les matériels biologiques ont été constitués par les espèces de mangrove
proprement dites, à savoir : Avicennia marina, Heritiera littoralis, Lumnitzera
racemosa, Sonneratia alba, Bruguiera gymnorrhiza, Ceriops tagal, Rhizophora
mucronata et Xylocarpus granatum.
418
Dynamique spatio-temporelle d’une méga-mangrove malagasy
Images satellitaires
Des images satellitaires Landsat, Spot et Sentinel ont été utilisées dans le cadre
de notre étude.
Des images Landsat datant de 1995 à 2015 ont été utilisées, 2015 étant l’année
de lancement du projet « Mangrove-Madagascar-Bombetoka » (projet Mambo)
qui a étudié la dynamique des mangroves sur cette période. Ces images sont
issues des capteurs de Landsat 4, 5, 7 et 8. À partir de Landsat 4, quatre capteurs
différents se sont succédé (Andriamanantena, 2019) : le capteur « Thematic
Maper » (TM) pour Landsat 4 et 5 ; le capteur « Enhanced Thematic Mapper
Plus » (ETM+) pour Landsat 7 ; les capteurs « Operational Land Imager » (OLI)
et « Thermal Infrared » (TIRS) pour Landsat 8 (Northrop, 2015).
Deux images Spot ont été également utilisées, dont l’une provient du satellite
Spot 6 (en mode multispectral MS), le 21 septembre 2015 à marée haute, et l’autre
du satellite Spot 7 en mode MS également, le 28 septembre 2015 à marée basse.
Le capteur embarqué à leur bord peut observer des zones jusqu’à 60 km de large
et avec des résolutions nettement meilleures pouvant atteindre 1,5 m en mode
panchromatique et 6 m en mode MS (Cnes, 2003 ; Andriamanantena, 2019).
Deux images produites par les satellites Sentinel (Sentinel-2A et 2B), lancés
respectivement en 2015 (2A) et 2017 (2B), ont été également utilisées
(Andriamanantena, 2019).
Méthodes
Études bibliographiques et webographiques
Des études bibliographiques et webographiques, ainsi qu’une sortie préliminaire
sur site, ont été réalisées avant les travaux de terrain. Elles ont permis d’avoir
des informations sur les mangroves de Bombetoka.
Relevés écologiques
Deux types de relevés écologiques, le transect de Duvigneaud et le placeau de
Braun-Blanquet, ont été utilisés. Dans ces deux méthodes, toutes les espèces
végétales présentes ont été recensées et tous les diamètres pris en compte afin
de connaître le potentiel de régénération de chaque site.
La méthode du transect de Duvigneaud consiste à étudier des formations
hétérogènes. Le transect suit une ligne imaginaire, dont l’orientation est toujours
perpendiculaire à la mer ou à un chenal (Duvigneaud, 1980). Il commence de
la mer ou du front de la mer vers la terre ferme. Le transect suit une ligne de
10 m x 100 m à travers la végétation, subdivisée en carrés contigus de
10 m x 10 m. Le transect peut être discontinu ou continu (Duvigneaud, 1946).
La méthode de placeau de Braun-Blanquet permet non seulement de connaître
la répartition des espèces mais aussi la caractérisation floristique, structurale et
horizontale de la végétation (Braun-Blanquet, 1965). La surface du placeau
a été de 10 m x 10 m, répartie en quatre placettes de 5 m x 5 m.
419
Biodiversité des écosystèmes intertropicaux
Méthodes de télédétection
Acquisition des données
Des images d’archives sur des zones précises ont été utilisées selon les besoins
de notre étude. Ces images, gratuites ou payantes, sont disponibles en
téléchargement ou accessibles via une interface web. Les acquisitions des images
ont été programmées comme celles des satellites Spot 6/7. Par ailleurs, des
données d’archives gratuites sur une période de vingt ans (images Landsat) et
de deux ans (images Sentinel), ont permis le suivi de l’évolution spatio-
temporelle de la mangrove. Les images ont été sélectionnées puis téléchargées
avec leurs métadonnées, selon des critères tels que le pourcentage de la
couverture nuageuse du site d’étude et la date d’acquisition de l’image. Cette
date doit en effet coïncider avec la saison sèche (Andriamanantena, 2019).
Prétraitement
Toutes les images satellitaires utilisées utilisent les mêmes systèmes de projection
cartographique (Universal Transverse Mercator UTM 38S) et systèmes
géodésiques (WGS 84, World Geodetic System 1984). Seules les images de
Google Earth ont été corrigées et projetées selon les systèmes WGS 84 et
UTM 38S en faisant la conversion du système de géoréférencement.
La zone d’étude étant le marais maritime de Bombetoka, l’extraction des
informations à partir des images a été réalisée depuis l’amont de la commune
rurale de Marovoay, juste avant la diffluence, jusqu’à l’aval de la commune
rurale de Boanamary, lieu d’affluence du fleuve Betsiboka.
La fausse couleur est la technique la plus utilisée pour obtenir une bonne
visualisation de la végétation qui apparaît en rouge sur les images. Cette
composition colorée permet de pré-classer et d’interpréter les photos avant de
réaliser une « vérité de terrain » (Andriamanantena, 2019).
Traitement
L’indice de végétation utilisé est celui du Normalized Difference Vegetation
Index (NDVI). Cet indice est le plus connu et le plus utilisé (Pham et He, 2012).
Il permet de décrire la couverture végétale à un moment donné ; sa formule est
la suivante :
PIR − R
NDVI =
PIR + R
où PIR est la bande proche infrarouge et R la bande rouge.
Le NDVI est compris entre -1 et 1. Un plan d’eau (mer, fleuve, mare, etc.) a,
en théorie, des valeurs de NDVI inférieures à 0. Les valeurs comprises entre
0 et 0,2 correspondent la plupart du temps à un sol nu (vase, tanne, sol nu
proprement dit, etc.), alors que les valeurs supérieures ou égales à 0,2 indiquent
une végétation avec une activité chlorophyllienne marquée (Andriamanantena,
2019). Cette valeur de 0,2 est variable d’un capteur à l’autre en fonction des
420
Dynamique spatio-temporelle d’une méga-mangrove malagasy
bandes proche infrarouge et rouge, et en fonction de la résolution spatiale ; elle
est donnée ici à titre indicatif. Plus cet indice augmente, plus la végétation est
dense ou encore très jeune, avec une forte activité chlorophyllienne. Cet indice
a été calculé à partir du logiciel ENVI.
Deux méthodes ont été utilisées pour réaliser l’extraction des mangroves à partir
des images : le seuillage et la classification.
Le seuillage est une méthode qui repose sur l’affectation des pixels à une classe
de végétation (mangroves ou autres) en fonction des valeurs minimales et
maximales de seuil définies par l’opérateur. Des tests ont été réalisés pour
identifier les valeurs pour les mangroves et celles des autres formations végétales
(Andriamanantena, 2019).
La classification sert à définir et classifier numériquement les pixels d’une image
(Pham et He, 2012). Une première interprétation visuelle sur l’image a été faite
afin d’identifier les différentes classes d’occupation des sols (eau, sol, végétation,
etc.) présentes en fonction de leurs couleurs et grâce à une classification non
supervisée. Grâce aux observations de terrain, une classification supervisée a
ensuite permis de rectifier et d’améliorer cette première interprétation.
Résultats
Caractéristiques floristiques
Au total, 38 espèces appartenant à 36 genres et 22 familles ont été inventoriées.
Le nombre d’espèces par famille varie d’une à cinq espèces. Les espèces de
palétuviers présentes dans les mangroves de Bombetoka ont été identifiées
(tabl. 1).
Tableau 1
Liste des espèces de palétuviers recensées dans les mangroves de Bombetoka.
Familles Noms scientifiques Noms vernaculaires
Avicenniaceae Avicennia marina Vierch Afiafy
Combretaceae Lumnitzera racemosa Wild Lovinjo
Lythraceae Sonneratia alba Sm. Farafaka, Rogno
Malvaceae Heritiera littoralis (Dryand) Moromony
Meliaceae Xylocarpus granatum (Koenig) Antavela, fobo
Rhizophoraceae Bruguiera gymnorrhiza (L.) Lank Tangampoly
Ceriops tagal (C. B. Robinson) Honkovavy, tangavavy
Rhizophora mucronata (Lewis) Lank Honkolahy, tangalahy
Source : Andriamanantena, 2019
421
Biodiversité des écosystèmes intertropicaux
Six familles de palétuviers, comprenant huit genres et huit espèces, existent à
Bombetoka, dont trois espèces de la famille des Rhizophoraceae.
Dynamique sur les vingt dernières années
La figure 2 montre la dynamique spatio-temporelle de l’occupation du sol dans
le marais maritime de Bombetoka, de l’amont vers l’aval, entre 1995 et 2015.
46°20’0”E 46°30’0”E 46°40’0”E
15°50’0”S
Les zones submergées
N Eaux libres depuis 1995
Sol nu en 1995, eau en 2015
Végétation en 1995, eau en 2015
Les zones dénudées
Sol nu depuis 1995
Eau en 1995, sol dénudé en 2015
Végétation en 1995, sol dénudé en 2015
Les végétations
Végétation depuis 1995
Eau en 1995, végétation en 2015
Sol dénudé en 1995, végétation en 2015
16°0’0”S
16°0’0”S
0 3,25 6,5 13 km
46°20’0”E 46°30’0”E 46°40’0”E
Figure 2
Carte d’évolution de l’occupation du sol entre 1995 et 2015 d’après les images Landsat.
Réalisation : F. H. Andriamanantena, J. Iltis et E. Delaitre, 2017. Projection WGS _1984_UTM.
Données : Landsat (1995 à 2015).
La caractérisation de la dynamique spatio-temporelle de la région par imagerie
optique Landsat sur vingt ans a été réalisée grâce à des calculs de NDVI et a
permis de cartographier les grands types de milieu (eau, sol nu, végétation) de
ce marais.
Une évolution vers l’aval est observée entre 1995 et 2015. En 2015, des pseudo-
îlots nouvellement formés représentaient 4 % de la superficie ; 80 % du marais
maritime de Bombetoka sont restés stables durant cette période. En effet, après
1995, des sédiments, ou des sols nus sur les bancs de vase, se sont déposés sur
les berges des pseudo-îlots en aval et dans la zone marine. Ces dépôts de
sédiments ont entraîné une augmentation de la surface de ces pseudo-îlots, ainsi
que de la berge des rives, ce qui constitue une menace pour la végétation. En
effet, ces dépôts de sédiments entraînent la formation de sols nus et le
422
Dynamique spatio-temporelle d’une méga-mangrove malagasy
rétrécissement des canaux entre les pseudo-îlots. En 1995, le sol dénudé
représentait 60 % du marais maritime de Bombetoka. Puis, la superficie des
sols a augmenté de 12 % entre 1995 et 2015. De nombreuses végétations, surtout
constituées de palétuviers, se sont installées sur la vase depuis 1995. Entre 1995
et 2015, ces végétations ont augmenté de 3 %. Deux nouveaux pseudo-îlots sont
apparus récemment et des palétuviers s’y installent.
Discussion
Richesse et diversité floristique
Grace aux méthodes de Duvigneaud et de Braun-Blanquet utilisées pour
l’acquisition des données sur le terrain, plusieurs paramètres ont été mesurés
afin d’analyser les structures des peuplements végétaux. Ces méthodes ont été
également utilisées dans de nombreuses études (Jeannoda et Roger, 2008 ;
Andriamalala, 2007). La diversité du marais maritime de Bombetoka
(38 espèces, appartenant à 36 genres et 22 familles) paraît faible comparée à
celle des mangroves à l’échelle mondiale : 53 à 75 espèces, 8 à 23 familles,
12 à 32 genres (FAO, 1994). Cependant, elle est de même niveau que celle des
écosystèmes de mangrove du Bénin, où l’inventaire floristique a identifié 37 à
81 espèces de plantes suivant la localisation (FAO, 2018).
Au niveau national, Madagascar possède huit espèces de palétuviers (Jeannoda
et Roger, 2008), à savoir : Avicennia marina, Lumnitzera racemosa, Sonneratia
alba, Heritiera littoralis, Xylocarpus granatum, Bruguiera gymnorrhiza, Ceriops
tagal et Rhizophora mucronata. Ces espèces se répartissent en huit genres et
six familles. Elles sont toutes présentes à Bombetoka. Par ailleurs, une étude
sur les mangroves de Mariarano, chef-lieu de la commune qui se trouve à environ
65 km au nord de Mahajanga-ville, dans le district de Mahajanga II, a inventorié
également les huit espèces de palétuviers de Madagascar (Andriamalala, 2007).
En revanche, à Boanamary, commune rurale située au sud de la ville de
Mahajanga, cinq espèces seulement sont présentes : Avicennia marina,
Rhizophora mucronata, Ceriops tagal, Xylocarpus granatum et Lumnitzera
racemosa (Andriamalala, 2007).
Nos résultats ont également montré que la diversité des espèces de mangrove
varie selon la position par rapport au fleuve. Ainsi, en amont de ce dernier,
31 espèces, réparties en 29 genres et 18 familles, ont été inventoriées et, en aval,
neuf espèces, réparties en neuf genres et six familles. Cette variation de la
répartition spécifique dépend en effet du type de sol, du réseau hydrique (eau
douce ou de mer) et des conditions écologiques de chaque localité ou pseudo-
îlot (Andriamanantena, 2019). Dans l’ensemble, les palétuviers se développent
dans la partie avale du marais maritime de Bombetoka, ainsi que sur les
deux rives du fleuve. En remontant vers l’amont, vers Marovoay, d’autres espèces
423
Biodiversité des écosystèmes intertropicaux
apparaissent, et le nombre d’espèces de palétuviers diminue jusqu’à disparaître.
Cela est dû à la diminution de la salinité du substrat et de l’eau (Andriamanantena,
2019). En plus du changement de substrats, la disparition des espèces de
palétuviers est également due à l’utilisation des terres de mangroves, à la
déforestation, au défrichement et au changement de substrat (encroûtement des
sols ou leur ensablement).
Sur la rive droite, seules cinq espèces de palétuviers sur les huit identifiées se
rencontrent ; elles se répartissent en cinq genres et quatre familles. En revanche,
dans les pseudo-îlots choisis pour les relevés, six espèces réparties en six genres
et quatre familles sont présentes. D’autres espèces viennent s’y associer. La
huitième espèce inventoriée, Lumnitzera racemosa, se localise en arrière de la
mangrove près de la terre ferme. Cette espèce se mélange aux espèces végétales
rencontrées sur les sols non marécageux. Seule Avicennia marina est toujours
présente en quantité très importante dans ces deux milieux (marécages et sols
non marécageux), que ce soit sur les berges, à l’intérieur des mangroves, en
arrière-mangrove ou encore dans les chenaux. Cependant, selon Andriamalala
(2007), Rhizophora mucronata est souvent fréquente à Mariarano, et Avicennia
marina à Boanamary. Cette présence est due à plusieurs facteurs, tels que la
nature du substrat, la durée et la fréquence d’immersion, l’emplacement de
l’espèce et le degré de la dégradation du milieu.
Dynamique des mangroves de Bombetoka
La télédétection est une technique précieuse pour obtenir des informations sur
des sites inaccessibles – comme les mangroves – ainsi que des informations
anciennes. Cette approche a été utilisée par de nombreux auteurs comme Giri
et Muhlhausen (2008), Andriamalala (2007) et Pasqualini et al. (1999).
Entre 1995 et 2015, la largeur du canal principal, situé en amont de la zone
d’étude, a augmenté du fait des mouvements du courant fluvial de la Betsiboka
vers l’aval, à Boanamary, et du courant marin qui remonte vers l’amont, à
Marovoay. L’apparition de sols nus dès 1995 sur ces pseudo-îlots dans la zone
d’eau douce est due à l’épaississement des dépôts de vase sur ces pseudo-îlots
d’une part, et, d’autre part, à l’exploitation (coupes et défrichements) et à la
conversion des terres de mangroves en terres de culture. Cet épaississement de
la partie amont rend difficile le nécessaire approvisionnement en eau de la zone
pour le lessivage et la végétation. Seules les végétations sur les bords de ces
pseudo-îlots peuvent alors survivre aux marées quotidiennes.
En aval, beaucoup de sédiments se déposent sur les berges ou les bords des
pseudo-îlots (fig. 2). Ces sédiments proviennent de l’érosion de la partie amont
du marais maritime de Bombetoka (pseudo-îlots ou bord de la rive gauche ou
droite). Outre leur dépôt sur les berges, les sédiments engendrent aussi la
formation de nouveaux pseudo-îlots sur lesquels les palétuviers se développent.
Une zone de transition se trouve au milieu du marais maritime. C’est dans cette
zone que disparaissent les végétations hautes des zones inondables, ainsi que
424
Dynamique spatio-temporelle d’une méga-mangrove malagasy
les quelques végétations aquatiques basses, et que les palétuviers apparaissent.
Une espèce de palétuvier, Heritiera littoralis, constitue un indicateur de la
transition de la végétation. En effet, cette espèce peut vivre avec ou sans la
montée occasionnelle de la mer. Par ailleurs, l’espèce Avicennia marina est
dominante dans les mangroves de Bombetoka. À noter également, même si la
superficie de sol dénudé augmente, celle du marais maritime de Bombetoka
progresse également.
Conclusion et perspectives
Le marais maritime de Bombetoka est un système très complexe d’un point de
vue écologique et hydrologique. Notre étude s’est focalisée sur l’évolution depuis
1995 du marais maritime de Bombetoka. Les mangroves de Bombetoka sont
uniques à Madagascar par leurs superficies et la rapidité de leur évolution. Cette
étude a mis en évidence la richesse floristique de cette méta-mangrove, sa
dynamique sur vingt ans ainsi que les menaces qui pèsent sur elle. Ce travail a
montré pour la première fois la dynamique spatio-temporelle du marais et la
tendance de la végétation à tendre vers la monospécificité.
Le résultat de l’étude floristique a montré que le marais maritime abrite de
nombreuses espèces végétales. Au total, 35 espèces ont été inventoriées de
l’amont vers l’aval du fleuve au cours de cette recherche. Ces espèces sont
regroupées en 23 familles. Huit de ces espèces sont des palétuviers. Tous les
palétuviers de Madagascar sont observés dans cet écosystème. Avicennia marina
est l’espèce la plus abondante ; elle a également un bon potentiel de régénération.
L’analyse des images satellitaires a montré la dynamique spatiale rapide de la
zone d’étude, la néoformation de mangroves denses en aval du fleuve, ainsi que
l’évolution du marais maritime de Bombetoka entre 1995 et 2015. L’érosion
qui existe dans la partie amont du fleuve contribue beaucoup à cette néoformation
en aval. En effet, les sédiments érodés s’installent en aval sur les berges des
pseudo-îlots et/ou s’installent pour former un nouveau pseudo-îlot. Une carte
du marais maritime de Bombetoka avec ces différentes classes d’occupation de
sol a été produite.
Un approfondissement de cette étude serait toutefois nécessaire, afin de montrer
aux différentes parties prenantes – populations locales utilisatrices des ressources
de ce marais, ONG et associations, État malagasy – que ce marais est d’une
très grande valeur d’un point de vue écologique, socio-économique et
hydrologique. Il serait également important de continuer le suivi de ce marais
maritime, notamment en lien avec le changement climatique, et de définir les
mesures nécessaires à sa protection et gestion durable.
425
Biodiversité des écosystèmes intertropicaux
Remerciements
Nous tenons à remercier le programme « Sud Expert Plantes Développement
Durable » (SEP2D) d’avoir accepté notre participation à cet ouvrage scientifique,
ainsi que tous les partenaires, notamment le Centre national de recherches sur
l’environnement (CNRE, Madagascar) et l’UMR 228 Espace-DEV (Montpellier,
France). Nos remerciements s’adressent également à toutes les équipes qui ont
réalisé cette recherche.
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Télédétection, 11 (2) : 287-305.
427
Éditeurs scientifiques
J.-P. Profizi, S. Ardila-Chauvet, C. Billot, P. Couteron,
M. Delmas, T. M. H. Diep, P. Grandcolas, K. Kokou,
S. Muller, A. S. Rana, H. L. T. Ranarijaona, B. Sonke
Biodiversité
Biodiversité des écosystèmes intertropicaux
des écosystèmes
intertropicaux
Dans un monde confronté aux changements climatiques et à des
pandémies en lien avec la destruction des milieux naturels, les enjeux
liés à la préservation de la biodiversité sont dorénavant bien connus
et ont donné lieu à des accords internationaux majeurs, comme
le protocole de Nagoya.
Dans ce contexte mondial, les recherches menées au Sud sont primor-
diales. Les contributions rédigées ici par des chercheurs dʼAfrique, de
lʼocéan Indien, dʼAsie du Sud-Est et dʼEurope traduisent la vigueur de
la recherche sur la biodiversité dans les pays intertropicaux franco-
Connaissance,
phones. Documenter la diversité des écosystèmes végétaux locaux,
mieux connaître les savoirs traditionnels et les utilisations populaires
gestion durable et valorisation
des plantes ou des champignons, valoriser le rôle des collections
botaniques, identifier des chaînes de valorisation économique respon-
sables, gérer durablement les écosystèmes et leurs ressources, élaborer
des outils stratégiques pour une gouvernance environnementale basée
sur la science et, enfin, montrer la nécessité de lʼimplication citoyenne
et de lʼensemble des acteurs concernés, tels sont les grands thèmes
déclinés ici.
Cet ouvrage collectif intéressera tous ceux qui travaillent sur la biodi-
versité des écosystèmes intertropicaux. Il souligne la nécessité dʼune
science de lʼaction au service du développement durable.
Cet ouvrage est une contribution du programme Sud Expert Plantes Développement
Durable (SEP2D) qui, pour faire face à lʼurgence écologique et contribuer à lʼatteinte
des objectifs mondiaux dʼune gestion de la diversité durable et équitable, a rassemblé
un réseau de plus de 3 000 acteurs des pays francophones du Sud. La démarche de
collaboration encouragée par ce programme a montré la pertinence des partena-
riats entre recherche, enseignement et société, ainsi que la nécessité dʼun financement
pérenne pour contribuer à la mise en œuvre du cadre mondial pour la conservation de
la biodiversité, notamment au travers de la restauration des écosystèmes.
38 €
www.editions.ird.fr
ISSN 2431-7128
ISBN 978-2-7099-2938-7
Biodiversité
des écosystèmes
intertropicaux
Connaissance, gestion durable
et valorisation
Éditeurs scientifiques
Jean-Pierre Profizi, Stéphanie Ardila-Chauvet, Claire Billot,
Pierre Couteron, Maïté Delmas, Thi My Hanh Diep,
Philippe Grandcolas, Kouami Kokou, Serge Muller,
Anshuman Singh Rana, Hery Lisy Tiana Ranarijaona, Bonaventure Sonke
Cet ouvrage est une contribution du programme
« Sud Expert Plantes Développement Durable » (SEP2D).
Il a bénéficié du soutien de Agropolis Fondation.
IRD Éditions
Institut de recherche pour le développement
Collection Synthèses
Marseille, 2021
Photo 1re de couverture
© IRD/R. Oslisly – Forêt galerie dans le parc national de la Lopé, Gabon.
Photo 4e de couverture
© IRD/G. Villegier – Fruits de Coffea liberica, espèce endémique d’Afrique de l’Ouest,
introduite à La Réunion.
Citation requise :
Profizi J.-P. et al. (éd.), 2021 : Biodiversité des écosystèmes intertropicaux. Connaissance,
gestion durable et valorisation. Marseille, IRD Éditions, coll. Synthèse, 784 p.
Coordination fabrication
IRD/Catherine Guedj
Préparation éditoriale
Agropolis Production/Isabelle Amsallem
Mise en page
Desk (53)
Maquette de couverture
IRD/Michelle Saint-Léger
Maquette intérieure
IRD/Pierre Lopez
La loi du 1er juillet 1992 (code de la propriété intellectuelle, première partie) n’autorisant, aux termes
des alinéas 2 et 3 de l’article L. 122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réser-
vées à l’usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses
et les courtes citations dans le but d’exemple ou d’illustration, « toute représentation ou reproduction
intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est
illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contre-
façon passible des peines prévues au titre III de la loi précitée.
© IRD, 2021
ISBN papier : 978-2-7099-2938-7 ISBN PDF : 978-2-7099-2939-4
ISSN : 2431-7128 ISBN epub : 978-2-7099-2940-0