3è Rapport - PGD - n2232180
3è Rapport - PGD - n2232180
4/753
Assemblée générale Distr. générale
18 avril 2022
Français
Original : anglais
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Première partie : la question de la transposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Deuxième partie : les principes généraux du droit formés dans le cadre du système juridique
international . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Troisième partie : les fonctions des principes généraux du droit et leurs rapports avec les autres
sources du droit international . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
I. Les principes généraux du droit dans leur fonction supplétiv e de lacunes du droit . . . . . . 18
II. Les principes généraux du droit dans leurs rapports avec les autres sources du droit
international . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
A. L’absence de hiérarchie entre les traités, le droit international coutumier et les
principes généraux du droit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
B. Possible coexistence des principes généraux du droit et des règles conventionnelles
et coutumières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
C. Le jeu du principe de la lex specialis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
III. Certaines fonctions spécifiques des principes généraux du droit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
A. Les principes généraux du droit comme fondement autonome de droits et
d’obligations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
B. Les principes généraux du droit comme moyen d’interpréter et de compléter
d’autres règles de droit international . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
22-05226X (F)
*2205226*
A/CN.4/753
2/58 22-05226
A/CN.4/753
Introduction
1. À sa soixante-dixième session, la Commission a décidé d’inscrire le sujet
« Principes généraux du droit » à son programme de travail actuel 1.
2. À sa soixante et onzième session, en 2019, la Commission a tenu un débat
général 2 sur la base du premier rapport du Rapporteur spécial 3. D’un second débat
général 4 tenu par la Commission à sa soixante-douzième session en 2021 sur la base
de son deuxième rapport 5, le Rapporteur spécial a conclu en résumé notamment que :
a) la Commission prendrait comme point de départ de ses travaux sur le
présent sujet l’alinéa c) du paragraphe 1 de l’article 38 du Statut de la Cour
internationale de Justice, envisagé à la lumière de la pratique des États, de la
jurisprudence, ainsi que de la doctrine intéressant la matière ;
b) les membres de la Commission se sont accordés à voir dans l’expression
« nations civilisées » employée à l’alinéa c) du paragraphe 1 de l’article 38 du Statut
de la Cour un archaïsme que la Commission pourrait remplacer dans ses travaux par
celle de « l’ensemble des nations », résultant du paragraphe 2 de l’article 15 du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques ;
c) les membres de la Commission ont convenu qu’il fallait concilier
souplesse et rigueur s’agissant de choisir la méthode à utiliser pour déterminer les
principes généraux du droit ;
d) s’agissant de la première catégorie de principes généraux du droit, à savoir
les principes généraux découlant des systèmes juridiques nationaux, de l’avis général,
il convenait de procéder, à titre d’approche de base, à une analyse en deux étapes pour
déterminer : i) s’il existe un principe commun aux différents systèmes juridiques du
monde et ii) si ledit principe a été transposé dans le système juridique international ;
e) la seconde catégorie de principes généraux du droit continuait de suscite r
des divergences de vues. Réaffirmant qu’il fallait nettement distinguer ces principes
généraux des autres sources du droit international, en particulier du droit international
coutumier, les membres de la Commission se sont accordés à redire qu’il fallai t
procéder selon une méthode claire et objective pour déterminer les principes généraux
du droit sécrétés par le système juridique international ;
f) les membres de la Commission ont généralement souscrit à l’approche
suivie dans le deuxième rapport touchant le rôle des moyens auxiliaires visés à
l’alinéa d) du paragraphe 1 de l’article 38 du Statut de la Cour internationale de Justice
dans la détermination des principes généraux du droit ;
g) les membres de la Commission ont exprimé l’opinion que les principes
généraux du droit ont un caractère supplétif en ce sens qu’ils ont pour vocation de
combler les lacunes du droit international et de prévenir les situations de non liquet.
De même, les membres de la Commission ont généralement fait observer qu’il
n’existait aucune hiérarchie entre les sources du droit international énumérées au
paragraphe 1 de l’article 38 du Statut de la Cour internationale de Justice 6.
3. À la suite du débat en plénière et au sein du Comité de rédaction, la Commission
a provisoirement adopté les projets de conclusion 1, 2 et 4, avec les commentaires y
__________________
1
A/72/10, par. 267.
2
A/CN.4/SR.3488 à 3494.
3
A/CN.4/732.
4
A/CN.4/SR.3536 à 3546.
5
A/CN.4/741 et Corr. 1.
6
A/CN.4/SR.3545.
22-05226 3/58
A/CN.4/753
__________________
7
A/76/10, par. 238 et 239. Les projets de conclusion se lisent comme suit :
« Conclusion 1
Champ d’application
Les présents projets de conclusion portent sur les principes généraux du droit comme source
du droit international.
Conclusion 2
Reconnaissance
Pour qu’un principe général du droit existe, il doit être reconnu par l’ensemble des nations.
Conclusion 4
Détermination des principes généraux du droit provenant des systèmes juridiques
nationaux
Pour déterminer l’existence et le contenu d’un principe général du droit provenant des
systèmes juridiques nationaux, il est nécessaire d’établir :
a) l’existence d’un principe commun aux différents systèmes juridiques du monde ; et
b) la transposition de ce principe dans le système juridique international. »
8
Voir la déclaration du Président du Comité de rédaction, du 3 août 2021, p. 9 à 12. (On trouvera le
texte originel proposé par le Rapporteur spécial dans le rapport A/CN.4/741 et Corr.1, par. 112.)
Le projet de conclusion se lit comme suit :
« Conclusion 5
Détermination de l’existence d’un principe commun aux différents systèmes juridiques
du monde
1. Pour déterminer l’existence d’un principe commun aux différents systèmes juridiques du
monde, il est nécessaire de procéder à une analyse comparative des systèmes juridiques
nationaux.
2. L’analyse comparative doit être large et représentative ; elle doit inclure les différentes
régions du monde.
3. L’analyse comparative inclut un examen des lois et jurisprudences nationales, ainsi q ue
d’autres documents pertinents. »
9
Voir les déclarations de l’Afrique du Sud (A/C.6/76/SR.23, par. 66) ; du Chili (A/C.6/76/SR.23,
par. 151) ; de la Chine (A/C.6/76/SR.23, par. 84) ; du Danemark (au nom des pays nordiques)
(A/C.6/76/SR.23, par. 38) ; de l’Inde (A/C.6/76/SR.24, par. 31) ; de l’Irlande (A/C.6/76/SR.24,
par. 60) ; de l’Italie (A/C.6/76/SR.25, par. 15) ; de la Jordanie (A/C.6/76/SR.24, par. 129) ; de la
Lettonie (A/C.6/76/SR.24, par. 134) ; de la Malaisie (A/C.6/76/SR.24, par. 88) (mais craignant que
l’expression n’englobe pas les organisations internationales) ; de Micronésie (États fédérés de)
(A/C.6/76/SR.24, par. 75) ; du Niger (A/C.6/76/SR.25, par. 27) ; des Philippines (A/C.6/76/SR.25,
par. 34) ; du Portugal (A/C.6/76/SR.23, par. 78) (relevant également que l’expression « l’ensemble
des nations » ne couvre sans doute pas les organisations internationales) ; de la République de
Corée (A/C.6/76/SR.24, par. 105) ; de la Roumanie (A/C.6/76/SR.24, par. 51) ; de la Sierra Leone
(A/C.6/76/SR.23, par. 47) et de la Slovaquie (A/C.6/76/SR.24, par. 99). Certaines délégations ont
suggéré d’utiliser d’autres expressions, comme « États », « communauté internationale »,
« communauté des États » ou « communauté internationale des États ». Voir les déclarations de
l’Afrique du Sud (A/C.6/76/SR.23, par. 66) ; de l’Autriche (A/C.6/76/SR.23, par. 143) ; du Brésil
(A/C.6/76/SR.25, par. 42) ; du Cameroun (A/C.6/76/SR.25, par. 3) ; du Danemark (au nom des
pays nordiques) (A/C.6/76/SR.23, par. 38) ; des États-Unis (A/C6/76/SR.23, par.92) ; de la
Fédération de Russie (A/C.6/76/SR.24, par.139) ; du Pérou (A/C.6/76/SR.25, par. 55) et de la
Slovaquie (A/C.6/76/SR.24, par. 99).
4/58 22-05226
A/CN.4/753
des systèmes juridiques nationaux consacrés dans les projets de conclusion adoptés
provisoirement par la Commission 10 . Ouverts à l’idée qu’il existe des principes
généraux du droit formés dans le cadre du système juridique international, nombre
d’États ont estimé qu’il faudrait en examiner la question plus avant et distinguer
nettement entre ces principes généraux et les autres sources du droit international, en
particulier la coutume 11. Certaines délégations ont exprimé l’avis que les principes
généraux du droit visés au paragraphe 1 c) de l’article 38 du Statut de la Cour
internationale de Justice ne pouvaient provenir que des systèmes juridiques
nationaux 12. S’accordant à dire qu’il existe des principes généraux du droit formés
dans le cadre du système juridique international, d’autres États ont invité la
Commission à préciser la manière de dégager ces principes 13.
5. À sa soixante-douzième session, la Commission a demandé de nouveau aux
États de lui rendre compte chacun de sa pratique touchant les principes généraux du
droit. Le Rapporteur spécial saurait gré aux États de lui communiquer tous autres
éléments d’information en leur possession, toutes contributions revêtant un intérêt
capital pour les travaux de la Commission.
6. Venant compléter le texte de l’ensemble de projets de conclusion proposés par
le Rapporteur spécial sur le sujet, le présent rapport traite de certaines questions
soulevées lors du débat consacré au deuxième rapport, ainsi que d’autres non encore
envisagées par la Commission. Le Rapporteur spécial envisage dans la première
partie la question de la transposition de principes communs aux différents systèmes
juridiques du monde dans le système juridique international, entreprend dans la
deuxième partie d’éclairer certaines questions touchant la méthode de détermination
des principes généraux du droit formés dans le cadre du système juri dique
international, s’intéresse dans la troisième partie aux fonctions des principes généraux
__________________
10
Voir les déclarations de l’Algérie (A/C.6/76/SR.25, par. 17) ; de l’Allemagne (A/C.6/76/SR.24,
par. 6) ; de l’Autriche (A/C.6/76/SR.23, par. 144) ; du Brésil (A/C.6/76/SR.25, par. 43) ; du Chili
(A/C.6/76/SR.23, par. 152) ; du Danemark (au nom des pays nordiques) (A/C.6/76/SR.23,
par. 40) ; de l’Équateur (A/C.6/76/SR.17, par. 83) ; de l’Espagne (A/C.6/76/SR.25, par.11) ; de
l’Estonie (A/C.6/76/SR.24, par. 45) ; de la Grèce (A/C.6/76/SR.23, par. 120) ; de l’Inde
(A/.6/76/SR.24, par.32) ; de l’Iran (République islamique d’) (A/C.6/76/SR.25, par. 28) ; de
l’Irlande (A/C.6/76/SR.24, par. 62 et 63) ; d’Israël (A/C.6/76/SR.23, par. 98 et 99) ; de l’Inde
(A/C.6/76/SR.24, par. 32) ; de la Lettonie (A/C.6/76/SR.24, par. 134) ; de la Malaisie
(A/C.6/76/SR.24, par. 89) ; du Mexique (A/C.6/76/SR.23, par. 148) ; de la Nouvelle-Zélande
(A/C.6/76/SR.23, par. 123) ; des Philippines (A/C.6/76/SR.25, par. 34) ; du Portugal
(A/C.6/76/SR.23, par. 79) ; de la Roumanie (A/C.6/76/SR.24, par. 51) ; de la Sierra Leone
(A/C.6/76/SR.23, par. 48) et de la Turquie (A/C.6/76/SR.25, par. 51).
11
Voir les déclarations de l’Allemagne (A/C.6//76/SR.24, par. 5 et 11) ; de l’Australie
(A/C.6/76/SR.23, par. 63 et 64) ; de l’Autriche (A/C.6/76/SR.23, par. 145) ; du Chili
(A/C.6/76/SR.23, par. 155) ; de la Chine (A/C.6/76/SR.23, par. 85) ; de la Croatie
(A/C.6/76/SR.17, par. 63) ; de l’Estonie (A/C.6/76/SR.24, par. 46) ; de la Fédération de Russie
(A/C.6/76/SR.24, par.143) ; de la Grèce (A/C.6/76/SR.23, par. 121) ; de l’Irlande
(A/C.6/76/SR.24, par. 64) ; du Japon (A/C.6/76/SR.24, par. 15) ; de la République de Corée
(A/C.6/76/SR.24, par. 106) ; de la Micronésie (A/C.6/76/SR.24, par. 78) ; de la Nouvelle-Zélande
(A/C.6/76/SR.23, par. 124) ; des Philippines (A/C.6/76/SR.25, par. 38) ; de la République de
Corée (A/C.6/76/SR.24, par. 106) ; du Royaume-Uni (A/C.6/76/SR.24, par.73) et de la Slovénie
(A/C.6/76/SR.24, par. 40).
12
Voir les déclarations de l’Algérie (A/C.6/76/SR.25, par. 19) ; de la France (A/C.6/76/SR.20,
par. 50) ; de l’Iran (République islamique d’) (A/C.6/76/SR.25, par. 31) ; d’Israël
(A/C.6/76/SR.23, par. 100 à 106) ; de la Jordanie (A/C.6/76/SR.24, par. 130) ; de la République
tchèque (A/C.6/76/SR.24, par. 23) de la Roumanie (A/C.6/76/SR.24, par. 50) et de la Slovaquie
(A/C.6/76/SR.24, par. 101).
13
Voir les déclarations de l’Afrique du Sud (A/C.6/76/SR.23, par. 67 et 68) ; du Danemark (au nom
des pays nordiques) (A/C.6/76/SR.23, par. 40) ; de l’Équateur (A/C.6/76/SR.17, par. 83) ; de
l’Espagne (A/C.6/76/SR.25, par.7) ; des Pays-Bas (A//C.6/76/SR.24, par. 112) et du Niger
(A/C.6/76/SR.25, par. 26).
22-05226 5/58
A/CN.4/753
du droit, ainsi qu’à leurs rapports avec d’autres sources du droit international et
suggère, pour terminer, dans la quatrième partie, la voie à suivre pour la su ite des
travaux sur le sujet.
6/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
20
Voir les interventions de M me Escobar Hernández (A/CN.4/SR.3543, p. 9) et M. Reinisch
(A/CN.4/SR.3542, p. 5).
21
Voir les interventions de Sir Michael Wood (A/CN.4/SR.3539, p. 12 et 13) et M. Zagaynov
(A/CN.4/SR.3543, p. 6).
22
Voir les interventions de M me Escobar Hernández (A/CN.4/SR.3543, p. 9) ; M. Forteau
(A/CN.4/SR.3538, p. 11) ; Mme Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 15) ; M. Grossman Guiloff
(A/CN.4/SR.3542, p. 16) ; M. Hassouna (A/CN.3541, p. 7) ; M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544, p. 7) ;
M me Lehto (A/CN.4/SR.3541, p. 5) ; M. Ouazzani Chahdi (A/CN.4/SR.3541, p. 9) ; M. Park
(A/CN.4/SR.3539, p. 17) ; M. Reinisch (A/CN.4/SR.3542, p. 5) ; M. Šturma (A/CN.4/SR.3542,
p. 13) ; M. Valencia-Ospina (A/CN.4/SR.3538, p. 7) ; Sir Michael Wood (A/CN.4/SR.3539, p. 12)
et M. Zagaynov (A/CN.4/SR.3543, p. 6).
23
Voir les interventions de M. Forteau (A/CN.4/SR.3538, p. 11) ; M. Grossman Guiloff
(A/CN.4/SR.3542, pp. 16-17) ; M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544, p. 7) et M. Zagaynov
(A/CN.4/SR.3543, pp. 6-7).
24
Voir les interventions de M. Cissé (A/CN.4/SR.3541, p. 12) ; Mme Escobar Hernández
(A/CN.4/SR.3543, p. 9) ; Mme Lehto (A/CN.4/SR.3541, p. 5) ; Mme Oral (A/CN.4/SR.3542,
p. 10) ; M. Valencia-Ospina (A/CN.4/SR.3538, p. 7) et Sir Michael Wood (A/CN.4/SR.3539,
p. 12).
25
Voir les déclarations de l’Autriche (A/C.6/76/SR.23, par. 144) ; du Danemark (au nom des pays
nordiques) (A/C.6/76/SR.23, par. 40) et de l’Iran (République islamique d’) (A/C.6/76/SR.25,
par. 28).
26
Voir les déclarations de l’Allemagne (A/C.6/76/SR.24, par.10) ; de l’Australie (A/C.6/76/SR.23,
par. 63) ; du Cameroun (A/C.6/76/SR.24, par. 168) ; du Chili (A/C.6/76/SR.23, par. 154) ; de la
Grèce (A/C.6/76/SR.23, par. 120) ; de la Jordanie (A/C.6/76/SR.24, par. 129) ; de la Pologne
(A/C.6/76/SR.24, par. 117) et du Vietnam (A/C.6/76/SR.24, par. 55).
27
Voir la déclaration de la Grèce (A/C.6/76/SR.23, par. 120).
28
Voir la déclaration de l’Irlande (A/C.6/76/SR.24, par. 63).
22-05226 7/58
A/CN.4/753
8/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
32
A/CN.4/741 et Corr.1, par. 84.
33
Voir l’intervention de M me Escobar Hernández (A/CN.4/SR.3543, p. 9).
34
Voir l’intervention de M. Nguyen (A/CN.4/SR.3539, p. 8).
35
Voir l’intervention de M. Grossman Guiloff (A/CN.4/SR.3542, p. 16 et 17).
36
Voir l’intervention de M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544, p. 7).
37
Voir l’intervention de M. Grossman Guiloff (A/CN.4/SR.3542, p. 16).
38
Voir l’intervention de M. Cissé (A/CN.4/SR.3541, p. 12).
39
Voir l’intervention de M. Zagaynov (A/CN.4/SR.3543, p. 6).
40
Voir l’intervention de M. Tladi (A/CN.4/SR.3538, p. 5).
22-05226 9/58
A/CN.4/753
10/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
45
Voir les interventions de M. Argüello Gómez (A/CN.4/SR.3543, p. 13) ; M. Forteau
(A/CN.4/SR.3538, p 11) ; M me Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 15) ; M. Hassouna
(A/CN.4/SR.3541, p.7 et 8) ; M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544, p. 7) ; M. Jalloh (A/CN.4/SR.3539,
p. 6) ; M. Park (A/CN.4/SR.3539, p. 18) ; M. Rajput (A/CN.4/SR.3541, p. 14 et 15, et
A/CN.4/.SR.3542, p. 3) ; M. Reinisch (A/CN.4/SR.3542, p. 6 et 8) ; M. Šturma (A/CN.4/SR.3542,
p. 13 et 14) ; M. Tladi (A/CN.4/SR.3538, p. 4 et 5) et Sir Michael Wood (A/CN.4/SR.3539, p. 13).
Voir également les déclarations de l’Algérie (A/C.6/76/SR.25, par. 19) ; du Chili (A/C.6/76/SR.23,
par. 155) ; des États-Unis (A/C6/76/SR.23, par. 94) ; d’Israël (A/C.6/76/SR.23, par. 100) et du
Royaume-Uni (A/C.6/76/SR.24, par. 74).
46
Le projet de conclusion 7 proposé dans le deuxième rapport (A/CN.4/741 et Corr.1, par.112) se lit
comme suit :
« Projet de conclusion 7
Détermination des principes généraux du droit formés dans le cadre du système juridique
international
Pour déterminer l’existence et le contenu d’un principe général du droit formé dans le cadre
du système juridique international, il est nécessaire d’établir :
a) que le principe est largement reconnu dans les traités et autres instruments
internationaux ;
b) que le principe est au fondement de règles générales du droit international
conventionnel ou coutumier ;
ou
c) que le principe est inhérent aux caractères essentiels et aux présupposés fondamentaux
du système juridique international. »
47
Voir les interventions de M. Forteau (A/CN.4/SR.3538, p. 12) ; M me Galvão Teles
(A/CN.4/SR.3539, p. 17) ; M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544, p. 7) ; M. Rajput (A/CN.4/.SR.3542,
p. 4) et Sir Michael. Wood (A/CN.4/SR.3539, p. 13). Voir également la déclaration du Royaume-
Uni (A/C.6/76/SR.24, par. 74).
48
Voir également l’intervention de M me Escobar Hernández (A/CN.4/SR.3543, p. 9).
49
Voir les interventions de M. Forteau (A/CN.4/SR.3538, p. 11) ; M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544,
p. 6) ; M. Petrić (A/CN.4/SR.3544, p. 4).
50
Voir la déclaration de l’Australie (A/C.6/76/SR.23, par. 64).
51
Voir l’intervention de M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544, p. 5).
52
Voir les interventions de M me Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 16 et 17). Voir également les
déclarations de l’Allemagne (A/C.6/76/SR.24, par. 12) ; d’Israël (A/C.6/76/SR.23, par. 103) et du
Vietnam (A/C.6/76/SR.24, par. 56).
22-05226 11/58
A/CN.4/753
__________________
53
Voir les interventions de M. Grossman (A/CN.4/SR.3542, p. 17) et M me Lehto (A/CN.4/SR.3541,
p. 5). Voir également la déclaration d’Israël (A/C.6/76/SR.23, par. 103).
54
Voir les interventions de M. Nguyen (A/CN.4/SR.3539, p. 10) ; M. Petrić (A/CN.4/SR.3544,
p. 4) ; M. Šturma (A/CN.4/SR.3542, p. 14) ; M. Valencia-Ospina (A/CN.4/SR.3538, p. 8) et
Sir Michael Wood (A/CN.4/SR.3539, p. 14).
55
Voir les interventions de M. Forteau (A/CN.4/SR.3538, p. 12) ; M. Nguyen (A/CN.4/SR.3539,
p. 10) et Sir Michael Wood (A/CN.4/SR.3539, p. 14).
56
Voir les interventions de M. Nguyen (A/CN.4/SR.3539, p. 10) ; M. Valencia-Ospina
(A/CN.4/SR.3538, p. 8) et Sir Michael Wood (A/CN.4/SR. 3539, p. 13).
57
Voir l’intervention de M me Lehto (A/CN.4/SR.3541, p. 5).
58
Voir l’intervention de M. Reinisch (A/CN.4/SR.3542, p. 6 et 7).
59
Voir les interventions de M me Lehto (A/CN.4/SR.3541, p. 6) et M. Valencia-Ospina
(A/CN.4/SR.3538, p. 8).
60
Voir les interventions de M. Forteau (A/CN.4/SR.3538, p. 12) ; M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544, p. 7
et 8) ; M. Park (A/CN.4/SR.3539, p. 18) ; M. Petrić (A/CN.4/SR.3544, p. 4) ; M. Rajput
(A/CN.4/SR.3541, p. 14) ; M. Reinisch (A/CN.4/SR.3542, p. 8) et Sir Michael Wood
(A/CN.4/SR.3539, p. 14). Voir également les déclarations de l’Allemagne (A/C.6/76/SR.24,
par. 14) et d’Israël (A/C.6/76/SR.23, par. 104).
61
Voir les interventions de M. Argüello Gómez (A/CN.4/SR.3543, p. 12) ; M. Hassouna
(A/CN.4/SR.3541, p. 7) ; Mme Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 17) ; M. Šturma
(A/CN.4/SR.3542, p. 14) et Sir Michael Wood (A/CN.4/SR.3539, p. 14).
62
Voir l’intervention de M me Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 17).
63
Voir les interventions de M me Lehto (A/CN.4/SR.3541, p. 6) ; M. Nguyen (A/CN.4/SR.3539,
p. 10) et M. Valencia-Ospina (A/CN.4/SR.3538, p. 8).
64
Voir l’intervention de Sir Michael Wood (A/CN.4/SR.3539, p. 14).
65
Voir les interventions de M me Escobar Hernández (A/CN.4/SR.3543, p. 9) ; M. Grossman Guiloff
(A/CN.4/SR.3542, p. 17) ; M. Hassouna (A/CN.4/SR.3541, p. 7) ; M. Hmoud (A/CN.4/SR.3544,
p. 8) ; M me Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 17) ; M. Petrić (A/CN.4/SR.3544, p. 4) ;
12/58 22-05226
A/CN.4/753
22-05226 13/58
A/CN.4/753
14/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
74
Voir l’intervention de M. Cissé (vérifiée à l’audition) (voir également A/CN.4/SR.3492, p. 21).
75
Voir l’intervention de M me Oral (A/CN.4/SR.3542, p. 11).
76
L’Allemagne a déclaré à ce propos que « [l]a question se pose de savoir si, par analogie à la
détermination des principes découlant de l’ordre juridique interne, il faudrait procéder à une
analyse comparative des traités et autres instruments internationaux et si cette analyse devrait
alors porter sur autant de traités et autres instruments que possible mais également sur une
diversité de traités ou instruments émanant de régions, sous-régions ou régimes de droit
international différents ». Voir la déclaration de l’Allemagne (vérifiée à l’audition).
22-05226 15/58
A/CN.4/753
pertinente contient un principe ou que le contenu du principe doit être déduit de règles
existantes du droit international conventionnel ou coutumier » 77.
32. Ce processus exige de déterminer si le principe en question est reconnu par
l’ensemble des nations comme étant une norme d’application générale, ayant un statut
indépendant de tel ou tel régime conventionnel donné ou de telles ou telles règles
coutumières, c’est-à-dire comme principe de droit général pouvant opérer de façon
indépendante en droit international 78 . Il faudrait analyser la preuve de cette
reconnaissance au cas par cas dans le contexte donné, en tenant compte de la volonté
de l’ensemble des nations d’être liée par ledit principe.
33. En conclusion, le Rapporteur spécial considère que l’on pourrait simplifier le
texte du projet de conclusion 7 en tenant compte de toutes les critiques et propositions
faites, sans méconnaître l’impératif de concilier rigueur et souplesse s’agissant de
déterminer les principes généraux du droit formés dans le cadre du système juridique
international.
__________________
77
Voir l’intervention de M me Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 17).
78
Voir R. Wolfrum, « General international law (principles, rules, and standards) » in R. Wolfrum
(dir. publ.), Max Planck Encyclopedias of International Law, vol. IV (dernière mise à jour en
2010 ; Oxford, Oxford University Press, 2012), p. 344 à 368 (p. 348 et 349), par. 33 et 34
(« Concernant les principes qui ont leur origine dans les relations internationales, il semble
indiqué d’adopter une méthode comparative, combinée à une évaluation globalisante des règles de
droit international en question. Il est indifférent que le choix des termes et expressions soit le
même dans diverses normes internationales, l’important étant de savoir si lesdites normes
consacrent des principes identiques … On a soutenu que les principes découlant du droit
international conventionnel ou coutumier ne sauraient avoir valeur de sources du droit
international puisqu’ils appartiennent à la source d’où ils se dégagent. Il en est ainsi des principes
qui n’ont de sens qu’à l’intérieur d’un régime conventionnel donné et ne fondent pas des droits et
obligations nouveaux. Il en va cependant différemment des principes qui ont acquis un statut
indépendant propre, lesquels sont une source autonome de droit international »).
79
A/CN.4/732, par. 24 à 28.
80
Voir les interventions de M me Escobar Hernández (A/CN.4/SR.3543, p. 7 et 8) ; Mme Galvão Teles
(A/CN.4/SR.3539, p. 15 et 16) ; M. Jalloh (A/CN.4/SR.3539, p. 3 et 4) ; M. Murase
(A/CN.4/SR.3542, p. 12 et 13) ; M. Nguyen (A/CN.4/SR.3539, p. 8 et 9) ; M. Petrić
(A/CN.4/SR.3544, p. 3) ; M. Rajput (A/CN.4/SR.3541, p. 14 et A/CN.4/SR.3542, p. 4) et
M. Zagaynov (A/CN.4/SR.3543, p. 4). Voir également les interventions (de 2019) de M. Aurescu
(A/CN.4/SR.3491, p. 8) ; Mme Galvão Teles (A/CN.4/SR.3489, p. 20) ; M. Gómez-Robledo
(A/CN.4/SR. 3492, p. 10) ; M. Grossmann Guiloff (A/CN.4/SR.3493, p. 5) ; M. Hmoud
(A/CN.4/SR.3489, p. 15) ; M. Huang (SR.3493, p. 12) ; M. Murase (A/CN.4/SR.3489, p. 4) ;
M me Oral (A/CN.4/SR.3492, p. 6) ; M. Park (A/CN.4/SR.3489, p. 16) ; M. Rajput
(A/CN.4/SR.3490, p. 17) ; M. Saboia (A/CN.4/SR.3491, p. 14) et M. Tladi (A/CN.4/SR.3489,
p. 4).
16/58 22-05226
A/CN.4/753
pourraient permettre d’éviter le non liquet 81. Pour certains membres, les principes
généraux du droit pourraient également servir d’outils d’interprétation 82 ou être un
moyen d’étayer le raisonnement juridique 83 , ou encore concourir à assurer la
cohérence et la cohésion du système juridique international 84.
36. Plusieurs États ont souligné devant la Sixième Commission combien il importait
de traiter des fonctions des principes généraux du droit. La plupart des délégations
ont dit que les principes généraux du droit avaient pour vocation de combler les
lacunes du droit ou d’éviter le non liquet 85. De plus, certains États ont évoqué la
fonction systémique des principes généraux du droit dans l’ordre juridique
international 86.
37. Comme l’on s’accorde à dire que les principes généraux du droit ont pour
fonction de combler les lacunes du droit, le Rapporteur spécial convient de partir de
ce point de départ. Comme on le verra ci-après, il est bien établi dans la pratique et
en doctrine que les principes généraux du droit ont, e n règle générale, pour vocation
de combler les lacunes du droit conventionnel et coutumier, en dépit de l’absence de
hiérarchie entre les trois sources. Comme on le verra également, dans le cadre de cette
vocation générale qu’ils ont de « combler les lacunes du droit », les principes
généraux du droit peuvent opérer comme source autonome de droits et d’obligations
et comme le moyen d’interpréter et de compléter d’autres règles du droit international.
En outre, on peut prêter aux principes généraux du droit une fonction systémique dans
l’ordre juridique international.
38. La présente partie du rapport s’articule en trois chapitres, le chapitre I traitant
de la vocation assignée aux principes généraux du droit de combler les lacunes du
droit, que l’on pourrait regarder comme leur fonction essentielle dans l’ordre
juridique international, le chapitre II, qui envisage les principes généraux du droit
dans leurs rapports avec les autres sources du droit international, venant mettre en
évidence, en particulier, ceci qu’il n’existe pas de hiérarchie entre les traités, la
coutume et les principes généraux du droit et que les principes généraux du droit
peuvent coexister avec d’autres règles du droit international, ainsi que le jeu du
__________________
81
Voir les interventions de M. Argüello Gómez (A/CN.4/SR.3543, p. 11) ; Mme Escobar Hernández
(A/CN.4/SR.3543, p. 7 et 8) ; M. Jalloh (A/CN.4/SR.3539, p. 3) ; M. Murase (A/CN.4/SR.3542,
p. 12) ; M. Petrić (A/CN.4/SR.3544, p. 3) ; M. Rajput (A/CN.4/SR.3542, p. 4) et M. Zagaynov
(A/CN.4/SR.3543, p. 4). Voir également les interventions (de 2019) de M. Argüello Gómez
(A/CN.4/SR.3492, p. 4) ; M. Aurescu (A/CN.4/SR.3491, p. 8) ; M. Cissé (A/CN.4/SR.3492,
p. 20) ; M me Galvão Teles (A/CN.4/SR.3489, p. 20) ; M. Gómez-Robledo (A/CN.4/SR.3492,
p. 10) ; M. Murase (A/CN.4/SR.3489, p. 7) ; M. Park (A/CN.4/SR.3489, p. 16) et Sir Michael
Wood (A/CN.4/SR.3490, p. 5).
82
Voir les interventions (de 2019) de M. Grossman Guiloff (A/CN.4/SR.3493, p. 5) ; M. Hmoud
(A/CN.4/SR.3489, p. 15) ; Mme Oral (A/CN.4/SR.3492, p. 6) et M. Tladi (A/CN.4/SR.3489, p. 4).
83
Voir les interventions (de 2019) de M. Aurescu (A/CN.4/SR.3491, p. 8) et M. Tladi
(A/CN.4/SR.3489, p. 4).
84
Voir l’intervention de M me Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 15). Voir également l’intervention
(de 2019) de M. Tladi (A/CN.4/SR.3489, p. 4).
85
Voir les déclarations de l’Autriche (A/C.6/76/SR.23, par. 65 et A/C.6/74/SR.31, par. 90) ; du
Cameroun (A/C.6/76/SR.24, par. 160 et 161) ; de Cuba (A/C.6/74/SR.31, par. 34) ; du Danemark
(au nom des pays nordiques) (A/C.6/76/SR.23, par. 39) ; de la Fédération de Russie)
A/C.6/76/SR.24, par. 142) ; de l’Inde (A/C.6/74/SR.32, par. 94) ; de l’Iran (République islamique
d’) (A/C.6/74/SR.33, par. 15) ; d’Israël (A/C.6/76/SR.23, par. 97) ; de la Malaisie
(A/C.6/74/SR.33, par. 8) ; des Philippines (A/C.6/74/SR.32, para 3) ; du Portugal
(A/C.6/76/SR.23, par. 81) ; de la République tchèque (A/c.6/76/SR.24, par.26) ; de la Sierra Leone
(A/C.6/74/SR.31, par. 105) ; de la Slovaquie (A/C.6/76/SR.24, par. 97) ; de la Slovénie
(A/C.6/76/SR.24, par. 39) et de la Thaïlande (A/C.6/76/SR.24, par. 90) ;
86
Voir les déclarations de la Sierra Leone (A/C.6/74/SR.31, par. 105) et de la Slovénie
(A/C.6/76/SR.24, par. 40).
22-05226 17/58
A/CN.4/753
18/58 22-05226
A/CN.4/753
22-05226 19/58
A/CN.4/753
considérant pas nécessaire d’avoir recours aux principes généraux invoqués par le
Portugal à l’appui de ses prétentions et ayant précédemment conclu que le litige en
l’espèce était régi par une coutume bilatérale applicable entre le Portugal et l’Inde, a
observé ce qui suit :
Le Portugal invoque également, à l’appui de sa prétention à un droit de passage
telle qu’il la formule, la coutume internationale générale et les principes
généraux de droit reconnus par les nations civilisées. Étant parvenue à la
conclusion que la manière de procéder suivie par les autorités britanniques et
indiennes, d’une part, et portugaises, de l’autre, a constitué une pratique sur
laquelle les Parties étaient bien d’accord et en vertu de laquelle le Portugal avait
acquis un droit de passage pour les personnes privées, les fonctionnaires civils
et les marchandises en général, la Cour ne juge pas nécessaire de rechercher si
la coutume internationale générale ou les principes généraux de droit reconnus
par les nations civilisées peuvent conduire au même résultat.
En ce qui est des forces armées, de la police armée et des armes et munitions, la
Cour ayant constaté que la pratique établie entre les Parties exigeait pour le
passage de ces catégories la permission des autorités britanniques ou indien nes,
il est sans intérêt de déterminer si, en l’absence de la pratique qui a
effectivement prévalu, le Portugal aurait pu fonder sa prétention à un droit de
passage pour ces catégories sur la coutume internationale générale ou les
principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées.
La Cour se trouve en présence d’un cas concret présentant des caractères
spéciaux. Par ses origines, l’affaire remonte à une période et concerne une
région où les rapports entre États voisins n’étaient pas régis par des règles
formulées avec précision, mais largement commandés par la pratique. Par
conséquent, se trouvant en présence d’une pratique clairement établie entre deux
États et acceptée par les Parties comme régissant leurs rapports, la Cour doit
attribuer un effet décisif à cette pratique en vue de déterminer leurs droits et
obligations spécifiques. Une telle pratique particulière doit l’emporter sur des
règles générales éventuelles 92.
43. Dans l’affaire de la Barcelona Traction en revanche, la Cour, jugeant opportune
d’appliquer les principes généraux du droit puisque le droit de la protection
diplomatique ne traitait pas de la question spécifique de la relation entre les sociétés
et les actionnaires et observant en particulier que « le droit international n’a[vait] pas
fixé ses propres règles » en la matière, a déclaré ce qui suit :
Dans ce domaine, le droit international est appelé à reconnaître des institutions
de droit interne qui jouent un rôle important et sont très répandues sur le plan
international. Il n’en résulte pas nécessairement une analogie entre ses propres
institutions et celle du droit interne et cela ne revient pas à faire dépendre les
règles du droit international de catégories de droit interne. Cela veut simplement
dire que le droit international a dû reconnaître dans la société anonyme une
institution créée par les États en un domaine qui relève essentiellement de leur
compétence nationale. Cette reconnaissance nécessite que le droit international
se réfère aux règles pertinentes du droit interne, chaque fois que se posent des
questions juridiques relatives aux droits des États qui concernent le traitement
des sociétés et des actionnaires et à propos desquels le droit international n’a
pas fixé ses propres règles […].
__________________
92
Affaire du droit de passage sur territoire indien (Fond), arrêt du 12 avril 1960 : C.I.J. Recueil
1960, p. 6, p. 43 et 44.
20/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
93
Barcelona Traction, Light and Power Company, Limited, arrêt du 5 février 197 0, C.I.J. Recueil
1970, p. 3, par. 38 et 50. Voir également l’opinion individuelle de M. le juge Fitzmaurice, p. 78,
par. 25 (« Il faut par conséquent considérer que le droit international est imparfait et sous -
développé dans ce domaine car, alors qu’il retient la règle de l’« hégémonie » de la société et de
son gouvernement, il n’offre pas les garanties et les solutions de rechange que le droit privé a
instituées pour empêcher que l’hégémonie de la direction de la société ne conduise à des abus »).
94
Affaire du Détroit de Corfou, arrêt du 9 avril, 1949, C.I.J. Recueil 1949, p. 4, p. 22.
95
Affaire Walfish Bay Boundary (Allemagne, Grande-Bretagne), sentence du 23 mai 1911, Nations
Unies, Recueil des sentences arbitrales, vol. XI, p. 294. Le tribunal a également fait observer que,
s’agissant de l’interprétation du traité considéré, « il est nécessaire de décider de l’interprétation à
donner de ces mots, en faisant appel aux principes généraux de droit, qui sont identiques aux
principes du droit international, et selon lesquels pour établir l’intention qui inspire tel
arrangement ou acte, il faut s’attacher à la valeur grammaticale des termes utilisés, aux
22-05226 21/58
A/CN.4/753
__________________
conséquences qu’emporte le fait de les interpréter dans un sens ou dans un autre et aux faits ou
aux circonstances antécédentes qui concourent à les expliquer » (ibid.).
96
Affaire de l’indemnité russe (Russie, Turquie), sentence du 11 novembre 1912, Nations Unies,
Recueil des sentences arbitrales, vol. XI, p. 441.
97
Eastern Extension, Australasia and China Telegraph Company, Ltd. (Grande-Bretagne c. États-
Unis), sentence du 9 novembre 1923, Nations Unies, Recueil des sentences arbitrales, vol. VI,
p. 114 et 115.
98
Litige entre la République argentine et la République du Chili relatif au canal de Beagle, décision
du 18 février 1977, Nations Unies, Recueil des sentences arbitrales, vol. XXI, p. 145.
99
Différend (Irlande c. Royaume-Uni) relevant de la Convention pour la protection du milieu marin
de l’Atlantique du Nord-Est (Convention OSPAR), décision du 2 juillet 2003, Nations Unies,
Recueil des sentences arbitrales, vol. XXIII, par. 84.
100
Le Procureur c. Drazen Erdemović, n o IT-96-22-A, arrêt du 7 octobre1997, par. 19, visant
l’opinion individuelle conjointe des juges McDonald et Vohrah, par. 55 et 56.
22/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
101
Ibid., par. 57.
102
Le Procureur c. Erdemović, n o°IT-96-22-T, jugement portant condamnation du 29 novembre 1996,
par. 26.
103
Le Procureur c. Anto Furundžija, n o°IT-95-17/1-T, jugement du 10 décembre 1998, par. 177.
104
Le Procureur c. Dragoljub Kunarac, Radomir Kunac et Zoran Vukovic, n o°IT-96-23-T et IT-96-
23/1-T, jugement du 22 février 2001, par. 439.
105
Le Procureur c. Zoran Kupreškić et consorts, n o IT-95-16-T, jugement du 14 janvier 2000,
par. 677. Voir aussi par. 539.
22-05226 23/58
A/CN.4/753
24/58 22-05226
A/CN.4/753
référant à un principe général du droit ; ils ont conclu qu’il n’existait « aucun
principe général de droit pénal commun aux principaux systèmes juridiques du
monde » régissant la modification de la qualification juridique des faits. À la
Cour, la situation est différente. Les juges de la Cour ont adopté la norme 55
dans le cadre du Règlement de la Cour. Il n’est donc pas nécessaire de se référer
aux principes généraux de droit pour conclure qu’il est possible ou non de
modifier la qualification juridique des faits.
[…] La Chambre d’appel n’est donc pas convaincue par l’argument de Thomas
Lubanga Dyilo selon lequel la norme 55 ne devrait pas être appliquée au motif
qu’elle serait incompatible avec les principes généraux du droit international 110.
58. La fonction supplétive de lacunes du droit des principes généraux du droit
s’illustre également dans le domaine de l’arbitrage en matière d’investissement.
Ainsi, en l’arbitrage Inceysa c. El Salvador, le tribunal a déclaré que les principes
généraux du droit remplissent « une mission complémentaire au système juridique
interne ou international » 111.
59. Les tribunaux arbitraux font également appel aux principes généraux du droit
pour interpréter toutes normes de traités d’investissement obscures ou ambiguës. On
a ainsi parfois jugé le contenu de la norme de traitement juste et équitable « difficile
à cerner » 112. Dans ce contexte, les tribunaux arbitraux ont fait appel aux principes de
bonne foi et d’attente légitime pour interpréter les dispositions pertinentes de traités
d’investissement bilatéraux 113 . Ainsi, à l’occasion de l’arbitrage Sempra Energy
International c. Argentine, le tribunal a fait observer ce qui suit :
__________________
110
Le Procureur c. Thomas Lubanga Dyilo, n o°ICC-01/04-01/06 OA 16, arrêt relatif aux appels
interjetés par Thomas Lubanga Dyilo et par le Procureur contre la Décision de la Chambre de
première instance I du 14 juillet 2009 intitulée « Décision informant les parties et les participants
que la qualification juridique des faits peut être modifiée conformément à la norme 55-2 du
Règlement de la Cour », 8 décembre 2009, par. 80 et 81. Voir également Le Procureur c. Francis
Kirimi Muthaura et cons., n o °ICC-01/09-02/11 OA 4, Décision relative à « la demande aux fins de
plaidoiries sur la compétence en vertu de la règle 156-3 » en date du 1 er mai 2012, par. 11 ; Le
Procureur c. William Samoei Ruto et Joshua Arap Sang, n o °ICC-01/09-01/11 OA 7 OA 8, arrêt
relatif aux appels interjetés par William Samoei Ruto et Joshua Arap Sang contre la Décision de la
Chambre de première instance V A) du 17 avril 2014 intitulée « Décision relative à la requête du
Procureur aux fins de la convocation de témoins et demande subséquente de coopération d’un État
partie » en date du 9 octobre 2014, par. 105 ; Le Procureur c. Germain Katanga, n o ICC-01/04-
01/07 A3 A4 A5, arrêt relatif à l’appel interjeté contre l’ordonnance de la Chambre de première
instance II du 24 mars 2017 intitulée « Ordonnance portant réparations en vertu de l’article 75 du
Statut » en date du 8 mars 2018, par. 148 ; Le Procureur c. Jean-Pierre Bemba Gombo et cons.,
n o°ICC-01/05-01/13 A6 A7 A8 A9, arrêt relatif aux appels interjetés par le Procureur, Jean-Pierre
Bemba Gombo, Fidèle Babala Wandu et Narcisse Arido contre la décision de la Chambre de
première instance VII intitulée « Décision relative à la sentence en vertu de l’article 76 du Statut »
en date du 8 mars 2018, par. 76.
111
Inceysa Vallisoletana, S.L. c. El Salvador, CIRDI, affaire n o ARB/03/26, sentence du 2 août 2006,
par. 228, citant C. Arellano García, Derecho Internacional Privado (Editorial Porrúa, 1980), p. 87.
112
Crystallex International Corporation c. République bolivarienne du Venezuela, CIRDI, affaire
n o°ARB(AF)/11/2, sentence du 4 avril 2016, par. 539 ; Saluka Investments BV (Pays-Bas) c. La
République tchèque, Commission des Nations Unies pour le droit commercial international
(CNUDCI), sentence partielle du 17 mars 2006, par. 297 ; Ioan Micula, Viorel Micula & others
c. Roumanie, CIRDI affaire n o °ARB/05/20, sentence du 11 décembre 2013, par. 504.
113
Voir, par exemple, Técnicas Medioambientales Tecmed, S.A. c. États-Unis du Mexique, CIRDI,
affaire n o ARB(AF)/00/2, sentence du 29 mai 2003, par. 153 et 154 ; Total S.A. c. République
argentine, CIRDI affaire n o °ARB/04/01, Décision relative à la responsabilité du 27 décembre
2010, par. 128 ; Toto Costruzioni Generali S.p.A. c. République du Liban, CIRDI, affaire
n o°ARB/07/12, sentence du 7 juin 2012, par. 166 ; Crystallex International Corporation
c. République bolivarienne du Venezuela (voir supra note 113), par. 546.
22-05226 25/58
A/CN.4/753
La norme du traitement juste et équitable est loin d’être claire et précise, ce qui
s’explique par ceci que le droit international n’est lui-même pas davantage clair
et précis à propos du traitement à réserver aux ressortissants, commerçants et
investisseurs étrangers, les normes applicables en la matière s’étant
progressivement dégagées au fil des siècles. Le droit international coutumier,
les traités d’amitié, de commerce et de navigation et les traités d’investissement
bilatéraux plus récents ont tous contribué à cette évolution. Il n’est pas
jusqu’aux règles qui sembleraient s’être cristallisées telle que celle du déni de
justice, qui ne soient de nos jours empreintes d’incertitude 114.
60. Le tribunal conclura que « [l]e principe de bonne foi […] sert de boussole
s’agissant de saisir et d’interpréter le sens d’obligations, comme sous l’empire de
codes civils » 115.
61. Certains États invoquent également la fonction supplétive des principes
généraux du droit à l’occasion de leurs conclusions devant les juridictions
internationales. Dans les affaires du Plateau continental de la mer du Nord, par
exemple, le Danemark et les Pays-Bas ont rejeté l’applicabilité du principe général
du droit invoqué par l’Allemagne (principe de la part juste et équitable) en ces
termes :
Une objection tout aussi fondamentale à l’invocation par la République fédérale
du paragraphe 1 c) de l’article 38 tient en ceci qu’il n’est nullement question ici
de l’absence de tout principe de droit international applicable par référence
auquel doivent être tranchées les questions suscitées par les affaires dont la Cour
est saisie. De l’avis des deux gouvernements, les principes et règles de droit
international pertinents sont ceux consacrés dans l’article 6 de la Convention
sur le plateau continental ; et l’application de l’exception de circonstances
spéciales doit s’apprécier par référence aux indications résultant des travaux de
la Commission du droit international, de la Conférence de Genève et de la
pratique des États. Ces indications […] fournissent des critères assez précis pour
permettre de déterminer l’existence ou non dans les présentes espèces de
« quelque circonstance spéciale justifiant le tracé d’une autre ligne frontalière ».
[…] Les deux gouvernements sont également d’avis que même si la Cour
considérait que les principes et règles du droit international ne s’appliquent pas
entre les Parties, il ne saurait être question de non liquet dans les présentes
espèces. Ils font valoir qu’en ce cas la Cour n’aurait clairement qu’à déterminer
les principes et règles du droit international applicables en se référant au choix
de mots utilisé pour définir les conditions entourant l’exercice des droits
exclusifs de l’État côtier sur le plateau continental adjacent consacrés aux
articles 1 et 2 de la Convention sur le plateau continental […] De l’avis des deux
gouvernements, ces principes en eux-mêmes, offrent une règle objective tout à
fait appropriée s’agissant de déterminer la délimitation de frontières sur le
plateau continental 116.
62. Il est des traités qui éclairent également la fonction supplétive de lacunes du
droit des principes généraux du droit. Encore que l’on puisse dire qu’il est spécifique
au droit pénal international et qu’il est rédigé différemment du paragraphe 1 de
l’article 38 du Statut de la Cour internationale de Justice, le texte de l’article 21 du
__________________
114
Sempra Energy International c. République argentine, CIRDI, affaire n o°ARB/02/16, sentence du
28 septembre 2007, par 296.
115
Ibid., par. 298.
116
Plateau continental de la mer du Nord, C.I.J. Recueil 1969, p. 3, Duplique commune du
Danemark et des Pays-Bas, par. 118 et 119.
26/58 22-05226
A/CN.4/753
22-05226 27/58
A/CN.4/753
28/58 22-05226
A/CN.4/753
22-05226 29/58
A/CN.4/753
30/58 22-05226
A/CN.4/753
divisée sur des points complexes dont celui de la complétude du système juridique
international. Aux fins du présent sujet, il suffira à la Commission d’observer que les
principes généraux du droit ont pour fonction de combler les lacunes du droit et sont
donc en droit international le moyen d’éviter qu’il soit prononcé de non liquet en
présence de quelque litige, peu importe que le non liquet soit prohibé ou non.
76. On s’accorde à dire qu’il n’existe pas de hiérarchie des trois sources de droit
international énumérées au paragraphe 1 de l’article 38 du Statut de la Cour
internationale de Justice 136. Au cours des débats consacrés au présent sujet, un certain
nombre de membres de la Commission et d’États au sein de la Sixième Commission
en ont soutenu la thèse 137. En effet, rien dans cette disposition ou dans les travaux
__________________
observations on the prohibition of ‘non liquet’ and the completeness of the law », in F. M. van
Asbeck (dir. publ.), Symbolae Verzijl : Présentées au Prof. J. H. W. Verzijl à l’occasion de son
LXX e anniversaire (La Haye, Martinus Nijhoff, 1958), p. 196 à 221 ; L. Siorat, Le problème des
lacunes en droit international : Contribution à l’étude des sources du droit et de la fonction
judiciaire (Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1958) ; H. Lauterpacht, The
Function of Law in the International Community (Oxford, Clarendon, 1933).
136
Voir, par exemple, Pellet et Müller, « Article 38 », in A. Zimmermann et al. (dir. publ.), p. 935 ;
P. Palchetti, « The role of general principles in promoting the development of customary
international rules », in Andenas et al. (dir. publ.), General Principles and the Coherence of
International Law, p. 49 ; Bassiouni, « A Functional approach to ‘general principles of
international law’», p.781 à 783 ; Cheng, General Principles of Law as Applied by International
Courts and Tribunals, p. 20 à 22 ; Raimondo, General Principles of Law in the Decisions of
International Criminal Courts and Tribunals, p. 20 ; V. D. Degan, Sources of International Law
(La Haye, Martinus Nijhoff, 1997), p. 5 ; Gazzini, « General principles of law in the field of
foreign investment », p. 108.
137
Voir, par exemple, les déclarations (de 2019) de l’Australie (A/C.6/74/SR.31, par. 90) ; de l’Inde
(A/C.6/74/SR.32, par. 94), de Micronésie (États fédérés) (A/C.6/74/SR.32, par. 54) et du Portugal
(A/C.6/74/SR.32, par. 84) ; Voir également les déclarations (de 2021) d’El Salvador
(A/C.6/76/SR.23, par. 128) ; de l’Inde (A/C.6/76/SR.24, par. 30) et du Portugal (A/C.6/76/SR.23,
par. 81. Voir en outre A/CN.4/746, par. 64 (« Si certaines délégations ont estimé qu’il ne fallait pas
hiérarchiser les sources de droit international, d’autres ont fait valoir que les principes généraux
du droit ne devraient être invoqués que lorsque aucune règle conventionnelle ou de droit
international coutumier ne s’appliquait à une situation donnée »).
22-05226 31/58
A/CN.4/753
préparatoires y relatifs n’indique qu’il en existerait une 138. S’il juge cette proposition
non controversée, le Rapporteur spécial estime utile de s’arrêter encore sur quelques
questions dans le contexte des principes généraux du droit.
77. Il convient de rappeler que des Conclusions du Groupe d’étude de la
fragmentation du droit international il résulte ce qui suit :
Les principales sources du droit international (traités, coutume, principes
généraux de droit tels qu’ils sont énoncés à l’article 38 du Statut de la Cour
internationale de Justice) ne sont pas inter se soumises à des relations
hiérarchiques. Il n’est pas d’une manière générale approprié de raisonner par
analogie avec le caractère hiérarchique du système juridique interne en raison
des différences entre les deux systèmes. Cela étant, certaines règles de droit
international sont plus importantes que d’autres, ce qui leur confère une position
supérieure ou un statut spécial dans le système juridique international. C’est ce
que l’on exprime parfois en désignant certaines normes comme
« fondamentales » ou comme l’expression de « considérations élémentaires
d’humanité » ou de « principes intransgressibles du droit international ». L’effet
que peuvent avoir de telles désignations est habituellement déterminé par le
contexte ou l’instrument précis dans lequel la désignation apparaît 139.
78. Pour expliquer les types de rapports hiérarchiques susceptibles d’exister en droit
international, le Groupe d’étude a convoqué en particulier les normes de jus cogens,
d’une part, et l’article 103 de la Charte des Nations Unies, d’autre part 140.
79. De l’avis du Rapporteur spécial, la position adoptée par le Groupe d’étude
emporte généralement l’adhésion. Mis à part les normes de jus cogens et les traités
qui peuvent prendre rang avant d’autres règles du droit international (par exemple, la
Charte des Nations Unies), il n’existe aucune hiérarchie entre les différentes sources
du droit international énumérées au paragraphe 1 de l’article 38 du Statut de la Cour
internationale de Justice. De ce point de vue, on peut dire que les traités, le droit
international coutumier et les principes généraux du droit coexistent normalement sur
un pied d’égalité.
80. La question pourrait cependant se poser de savoir s’il pourrait néanmoins exister
quelque autre forme de hiérarchie entre les principes généraux du droit et les deux
__________________
138
Il convient de rappeler qu’à l’occasion du débat du Comité consultatif de juristes sur les mots « en
ordre successif » du chapeau de l’article 38, Phillimore a fait remarquer que l’ordre dans lequel les
traités, le droit international coutumier et les principes généraux du droit sont énumérés
« représente seulement l’ordre logique dans lequel ces sources se présenteront à l’esprit du juge ».
En outre, Ricci-Busatti a exprimé la crainte que les mots en question « pourraient aussi suggérer
l’idée que le juge ne serait pas autorisé à puiser à une source donnée, par exemple, dans le cas
n o 3, avant d’avoir appliqué les Conventions et les coutumes mentionnées respectivement dans les
n o 1 et 2, ce qui serait méconnaître les intentions du Comité ». Voir Procès-verbaux des séances du
Comité, 16 juin-24 juillet 1920 (voir supra note 126), p. 333 et 337. Voir également Cheng,
General Principles of Law as Applied by International Courts and Tribunals , p. 22 et 23
(« L’ordre dans lequel les éléments constitutifs du droit international sont énumérés […] loin de
représenter quelque hiérarchie judiciaire vient uniquement indiquer l’ordre dans lequel ces
éléments se présenteraient à l’esprit du juge international appelé à trancher tout différend
conformément au droit. Rien n’interdit à ces trois catégories de règles et principes du droit
international de venir simultanément à l’esprit du juge »).
139
Annuaire… 2006, vol. II (2 e partie), par. 251, p. 191, conclusion 31.
140
Ibid., p. 191 à 193, conclusions 32 à 42. Voir également le projet de conclusion 3 des projets de
conclusions sur les normes impératives du droit international général ( jus cogens), actuellement en
examen par la Commission, A/74/10, par. 56 (« Les normes impératives du droit international
général (jus cogens) reflètent et protègent les valeurs fondamentales de la communauté
internationale, sont hiérarchiquement supérieures aux autres règles du droit international et sont
universellement applicables »).
32/58 22-05226
A/CN.4/753
83. Autre question qui appelle quelque éclaircissement, il serait bon de savoir si les
principes généraux du droit peuvent coexister avec des règles de droit international
conventionnelles ou coutumières identiques ou similaires. On a pu voir dans les
principes généraux du droit une source transitoire en c e sens que, dès lors qu’ils sont
codifiés dans un traité ou que sont réunies les conditions tenant à la pratique des États
et à l’opinio juris, ces principes sécrètent une règle de droit international coutumier,
tombent en désuétude ou cessent d’exister. Cette proposition paraît cependant
inexacte.
84. D’emblée, il convient de rappeler que la Cour internationale de Justice a déjà
traité de la question de la coexistence de règles provenant de différentes sources, en
particulier de traités et de la coutume. Dans l’affaire des Activités militaires et
paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci, la Cour a fait observer ce qui suit :
La Cour ne considère pas que, dans les domaines juridiques intéressant le
présent différend, il soit possible de soutenir que toute s les règles coutumières
susceptibles d’être invoquées ont un contenu exactement identique à celui des
règles figurant dans les conventions dont le jeu de la réserve des États-Unis
interdit l’applicabilité. Sur plusieurs points, les domaines réglementés pa r les
deux sources de droit ne se recouvrent pas exactement et les règles substantielles
qui les expriment n’ont pas un contenu identique. Mais de plus, lors même
qu’une norme conventionnelle et une norme coutumière intéressant le présent
litige auraient exactement le même contenu, la Cour ne verrait pas là une raison
de considérer que l’intervention du processus conventionnel doive
22-05226 33/58
A/CN.4/753
34/58 22-05226
A/CN.4/753
Il est donc clair que les règles du droit international coutumier conservent u ne
existence et une applicabilité autonomes par rapport à celles du droit
international conventionnel lors même que les deux catégories de droit ont un
contenu identique 141.
85. De l’avis du Rapporteur spécial, dès lors – ainsi qu’il ressort du chapitre
précédent – qu’il n’existe aucune hiérarchie entre les traités, la coutume et les
principes généraux du droit, rien ne justifie de s’écarter de la solution retenue par la
Cour en ce qu’elle envisage que les principes généraux du droit et des règles de droit
international provenant des deux autres sources de droit puissent coexister. Suivant
cette solution, on peut dire que lorsque tel principe général du droit a un contenu
identique ou analogue à celui de telle règle conventionnelle ou coutumière : a) la règle
conventionnelle ou coutumière en question ne vient pas nécessairement supplanter
ledit principe général du droit et b) le principe général du droit conserve une
applicabilité autonome et distincte 142.
86. La pratique n’offre pas, semble-t-il, d’exemples d’affaires à l’occasion
desquelles ces questions sont évoquées expressément. Il est toutefois divers exemples
d’application ou d’invocation de principes généraux du droit au contenu identique ou
analogue à celui de règles conventionnelles ou coutumières. On citera à cet égard
l’exemple du principe de l’autorité de la chose jugée ( res judicata) dans lequel la
Cour internationale de Justice a vu, à diverses occasions, à la fois un principe général
du droit et une règle résultant de son Statut. En l’affaire de la Question de la
délimitation du plateau continental entre le Nicaragua et la Colombie , par exemple,
la Cour a rappelé que :
__________________
141
Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (Nicaragua c. États-Unis),
fond, arrêt du 27 juin 1986, C.I.J. Recueil 1986, p. 14, par. 175 à 177 et 179. Voir également
par. 178 (« De nombreuses raisons conduisent à considérer que, même si deux normes provenant
de deux sources du droit international apparaissent identiques par leur contenu, et même si les
États considérés sont liés par les règles en question sur les deux plans conventionnel et coutumier,
ces normes conservent une existence distincte. Il en est ainsi du point de vue de leur applicabilité.
Dans un différend juridique intéressant deux États, l’un d’eux peut faire valoir que l’applicabilité
à sa propre conduite d’une règle conventionnelle dépend de la conduite de l’autre État à propos de
l’application d’autres règles portant sur des matières différentes mais incluses dans la même
convention. Par exemple, si un État exerce son droit de suspendre l’exécution d’un traité ou d’y
mettre fin parce que l’autre partie a violé (aux termes de l’article 60, paragraphe 3 b), de la
convention de Vienne sur le droit des traités) « une disposition essentielle pour la réalisation de
l’objet ou du but du traité », il est dispensé d’appliquer une règle conventionnelle par rapport à
l’autre État en raison du manquement à une règle conventionnelle différente commis par celui -ci.
Mais si les deux règles en question existent aussi en droit international coutumier, le fait que l’un
des États n’en a pas appliqué une ne justifie pas l’autre État à refuser d’appliquer la seconde. Par
ailleurs, des règles identiques en droit conventionnel et en droit international coutumier se
distinguent aussi du point de vue des méthodes employées pour leur interprétation et leur
application. Un État peut accepter une règle contenue dans une convention non pas simplement
parce qu’il est favorable à l’application de la règle elle-même, mais parce qu’en outre les
institutions ou mécanismes prévus pour assurer le respect des règles de cette convention lui
paraissent opportuns. Si la règle dont il s’agit correspond à une règle coutumière, deux règles de
même contenu sont traitées différemment, pour ce qui est des organes chargés d’en contrôler la
mise en œuvre, selon qu’elles sont l’une coutumière et l’autre conventionnell e. Le présent
différend illustre ce point »).
142
C’est vrai, si tel principe général du droit est codifié dans un traité ou sécrète une règle de droit
international coutumier, dans la pratique il suffira sans doute souvent d’avoir recours au traité ou à
la règle coutumière en question pour régler tel différend. Il ne s’ensuit cependant que le principe
général du droit en question cesse d’exister ou perd tout intérêt. Dans certains cas, ledit principe
général du droit pourrait, par exemple venir orienter utilement toute opération d’interprétation et
étayer le raisonnement juridique. Sur ce sujet, voir également I. Skomerska-Muchowska, « Some
remarks on the role of general principles in the interpretation and application of customary and
treaty law », Polish Yearbook of International Law, vol. 37 (2017), p. 256 et 257.
22-05226 35/58
A/CN.4/753
[…] le principe de l’autorité de la chose jugée, tel que reflété aux articles 59 et
60 de son Statut, est un principe général de droit qui protège en même temps la
fonction judiciaire d’une cour ou d’un tribunal et les parties à une affaire qui a
donné lieu à un jugement définitif et sans recours […] Ce principe consacre le
caractère définitif de la décision adoptée dans une affaire déterminée 143.
87. Autre exemple, la Cour a évoqué la coexistence d’une règle consacrée par son
Statut et d’un principe général du droit en l’affaire Nottebohm à l’occasion de laquelle
elle a fait observer ce qui suit à propos du principe dit de compétence-compétence :
L’article 36, paragraphe 6 [du Statut], suffit à conférer à la Cour le pouvoir de
statuer sur sa compétence dans le cas présent. Même si tel n’était pas le cas, la
Cour, « dont la mission est de régler conformément au droit international les
différends qui lui sont soumis » (article 38, paragraphe 1, du Statut), devrait
suivre à cet égard ce que prescrit le droit international commun. Or le caractère
judiciaire de la Cour et la règle de droit international commun qui a été
précédemment rappelée suffisent à établir que la Cour est compétente pour
statuer sur sa propre compétence en la présente affaire 144.
88. D’autres juridictions ont également trouvé à certains principes généraux du droit
un pendant en droit conventionnel ou coutumier. En l’affaire Questech, Inc. c. Iran,
par exemple, le tribunal des réclamations Iran-États-Unis a fait observer à propos du
principe rebus sic stantibus ce qui suit :
Le concept de changement de circonstances […] dans son principe a trouvé
place dans tant de systèmes juridiques que l’on peut y voir un principe général
de droit ; il est également consacré dans l’article 62 de la Convention de Vienne
sur le droit des traités 145.
89. Les États ont également cru pouvoir parler de coexistence de principes généraux
du droit et de règles conventionnelles ou coutumières dans certains cas. En l’affaire
Avena et autres ressortissants mexicains, par exemple, le Mexique a fait valoir que,
outre le fait qu’il est généralement reconnu dans les systèmes juridiques nationaux,
le principe de l’exclusion d’éléments de preuve obtenus illégalement était également
consacré dans les instruments gouvernant les tribunaux pénaux internationaux, par
exemple l’article 15 de la Convention contre la torture et autres peines et traitements
cruels, inhumains ou dégradants 146 et le paragraphe 3 de l’article 8 de la Convention
américaine relative aux droits de l’homme 147, 148. De même, dans l’affaire relative à
Certains biens, le Liechtenstein, ayant démontré que l’enrichissement sans cause était
un principe commun aux différents systèmes juridiques nationaux et transposable
dans l’ordre juridique international, fera valoir en outre que ce principe avait été
__________________
143
Question de la délimitation du plateau continental entre le Nicaragua et la Colombie au -delà de
200 milles marins de la côte nicaraguayenne (Nicaragua c. Colombie), Exceptions préliminaires,
arrêt, C.I.J. Recueil 2016, p. 100, par. 58. Voir également Délimitation maritime dans la mer des
Caraïbes et l’océan Pacifique (Costa Rica c. Nicaragua) et Frontière terrestre dans la partie
septentrionale d’Isla Portillos (Costa Rica c. Nicaragua), arrêt du 2 février 2018, C.I.J. Recueil
2018, p. 139, par. 68, et la jurisprudence citée dans ledit arrêt.
144
Affaire Nottebohm (Exception préliminaire), arrêt du 18 novembre 1953, C.I. J . Recueil 1953,
p. 111.
145
Questech, Inc. c. Iran, affaire n o °59, sentence n o °191-59-1 (25 septembre 1985), Iran-U.S. Claims
Tribunal Reports, vol. 9 (1985), p. 122.
146
Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
(New York, 10 décembre 1984), Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1465, n o°24841, p. 85.
147
Convention américaine relative aux droits de l’homme : « Pacte de San José de Costa Rica »
(San José, 22 novembre 1969), Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1144, n o °17955, p. 123.
148
Avena et autres ressortissants mexicains (Mexique c. États-Unis d’Amérique), arrêt du 31 mars
2004, C.I.J. Recueil 2004, p. 12, Mémoire du Mexique, par. 377 à 379.
36/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
149
Certains biens (Liechtenstein c. Allemagne), Exceptions préliminaires, arrêt du 10 février
2005.C.I.J. Recueil 2005, p. 6, Mémoire du Liechtenstein, par. 6.23 à 6.25.
150
Affaire du droit de passage sur territoire indien (fond), arrêt du 12 avril 1960 : C.I.J. Recueil
1960, p. 6, Mémoire du Portugal, par. 58.
151
Sud-Ouest africain (voir supra note 124), Réplique des Gouvernements de l’Éthiopie et du
Libéria, p. 518 et 519.
152
Ibid., opinion dissidente du juge Tanaka, p. 300.
153
Différend frontalier terrestre, insulaire et maritime [El Salvador/Honduras : Nicaragua
(intervenant)], Mémoire d’El Salvador, par. 3.4.
154
Applicabilité de la section 22 de l’article VI de la convention sur les privilèges et immunités des
Nations Unies, avis consultatif, C.I.J. Recueil 1989, p. 177, opinion individuelle du juge Evensen,
p. 210 et 211.
155
Ibid.
156
Cheng, General Principles of Law as Applied by International Courts and Tribunals , p. 105. Au
sein du Comité consultatif de juristes, Phillimore a cité le principe de la bonne foi au nombre des
22-05226 37/58
A/CN.4/753
de Vienne sur le droit des traités 157 (par exemple, en ses articles 26 et 31) et la
Déclaration relative aux principes touchant les relations amicales 158.
93. De ce qui précède, on peut conclure que les principes généraux du droit peuvent
coexister avec des règles du droit international conventionnel et coutumier au contenu
identique ou analogue. Ainsi de tel principe général du droit qu’est venu codifier en
tout ou en partie un instrument conventionnel. De même, un principe général du droit
peut sécréter une règle de droit international coutumier 159. Dans l’un ou l’autre cas,
le principe général du droit conserve une existence et une applicabilité distinctes.
94. Dans la pratique, tout principe général du droit au contenu identique ou analogue
à celui de telle règle conventionnelle ou coutumière peut aider à interpréter ou
compléter ladite règle ou venir étayer tout raisonnement juridique, ainsi qu’on le verra
plus en détail au chapitre III ci-après 160.
95. Ayant établi qu’il n’existe pas de hiérarchie des source s du droit international
énumérées au paragraphe 1 de l’article 38 du Statut de la Cour internationale de
Justice et que des principes généraux du droit peuvent coexister avec d’autres règles
du droit international, le Rapporteur spécial en vient dans la p résente section aux
rapports entre les principes généraux du droit et d’autres règles du droit international
intéressant la même matière. Ainsi qu’on le verra plus en détail ci-après, cette matière
est gouvernée par le principe de la lex specialis.
96. La Commission s’étant déjà intéressée d’assez près au principe de la
lex specialis à l’occasion du sujet intitulé « Fragmentation du droit international :
__________________
principes généraux du droit acceptés par toutes les nations in foro domestico (voir Procès-verbaux
des séances du Comité 16 juin-24 juillet 1920 (voir supra note 126), p. 335). De même, dans
l’affaire franco-hellénique des phares, le juge Séféradès a fait observer ce qui suit : « La bonne foi
et l’honnêteté sont présumées exister chez les contractants. C’est là un principe juridique qui,
admis en droit privé, ne saurait être oublié en droit international » (voir Affaire franco-hellénique
des phares, arrêt du 17 mars 1934, Cour permanente de Justice internationale, Série A/B, n o °62,
opinion individuelle du juge Séféradès, p. 47).
157
Convention de Vienne sur le droit des traités (Vienne, 23 mai 1969), Nations Unies, Recueil des
Traités, vol. 1155, n o °18232, p. 443.
158
Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la
coopération entre les États conformément à la Charte des Nations Unies, résolution 2625 (XXV)
de l’Assemblée générale du 24 octobre 1970, annexe.
159
Sur ce point, voir également H. Waldock, « General course on public international law », Recueil
des cours de l’Académie de droit international de La Haye, vol. 106 (1962) 62 (« Tel principe
général de droit peut être invoqué dans la pratique des États ou appliqué par les tribunaux
arbitraux de manière si constante que l’on puisse y voir une règle coutumière du droit
international ainsi qu’un principe issu du droit interne. De fait, tout principe général de droit
interne reconnu en droit international tend toujours à se cristalliser en règle de droit coutumier »).
Voir aussi Palchetti, « The role of general principles in promoting the development of customary
international rules », p. 47 et 48 (« On constate souvent que dans la formation du droit
international général, le principe précède généralement la coutume. On tient d’ordinaire le
raisonnement suivant : les principes généraux qui ont vocation supplétive des lacunes du droit
viennent ainsi contribuer à l’évolution du droit ; en particulier, lorsqu’on y fait appel pour
déterminer la règle de conduite applicable dans telle ou telle situation, les principes généraux sont
susceptibles d’enclencher un processus qui, à la faveur de l’accumulation de la pratique, pourra it,
à terme, donner naissance à une règle coutumière »).
160
Le Rapporteur spécial rappelle également avoir fait observer dans son deuxième rapport que le fait
que tel principe commun aux différents systèmes juridiques du monde soit consacré dans l’ordre
international, par exemple dans un traité largement accepté peut être la preuve venant confirmer
que ledit principe est transposable dans l’ordre juridique international. Voir A/CN.4/741 et Corr.1,
par. 97 à 106.
38/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
161
Annuaire… 2006, vol. II (2 e partie), p. 186 et 187, par. 251.
22-05226 39/58
A/CN.4/753
traitent de la même matière » 162. Il en est ainsi en présence de toute norme qui vient
appliquer, préciser, mettre à jour, modifier ou écarter telle autre norme 163.
99. De fait, il apparaît que selon l’interprétation du Comité consultatif de juristes,
le principe de la lex specialis trouverait à s’appliquer dans les rapports entre les
principes généraux du droit et les règles conventionnelles et coutumières. Ainsi qu’il
est dit plus haut dans le présent rapport, le projet d’article proposé par le Comité
comportait en son chapeau l’expression « dans l’ordre successif » qui finira par être
supprimée. Ricci-Busatti a jugé l’expression inutile car « c’est un principe
fondamental du droit que la loi spéciale prime la loi générale ». Phillimore a fait
observer que « tous les membres, d’ailleurs, [étaient] d’accord sur le fond, et la
critique ne [pouvait] porter que sur la forme » 164.
100. La deuxième question est celle de savoir comment déterminer si tel principe
général du droit a, pour reprendre la formulation du Groupe d’étude , valeur de « loi
spéciale » ou de « loi générale » aux fins de l’application du principe de la
lex specialis.
101. Toute règle peut être dite « générale » ou « spéciale » par rapport à son objet ou
par rapport au nombre d’acteurs dont elle régit le comportemen t 165, cette seconde
hypothèse étant simple à comprendre. Les principes généraux du droit étant
d’ordinaire des règles d’application générale ou universelle 166, on peut dire qu’ils
auront toujours davantage valeur « générale » par rapport à tel traité au nombre des
parties limité ou à telle coutume régionale ou bilatérale. On cite parfois à cet égard
l’affaire du Droit de passage, à l’occasion de laquelle la Cour internationale de
Justice, ayant conclu qu’il s’était constituée une coutume bilatérale entre les parties
au différend, n’a pas jugé nécessaire « de rechercher si la coutume internationale
générale ou les principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées peuvent
conduire au même résultat » 167.
102. Il y a lieu d’approfondir la question de savoir si les principes généraux du droit
ont valeur « générale » ou « spéciale » du point de vue de l’objet. Dans cet ordre
d’idées, on reviendra utilement sur une question plus générale qui a été soulevée
parfois lors des débats de la Commission, celle de savoir s’il existe quelque différence
entre les termes « règles » et « principes » et s’il pourrait en résulter quelque effet sur
les fonctions attribuées aux principes généraux du droit ou sur leurs rapports avec
d’autres sources du droit international. S’arrêtant sur cette question dans son premier
rapport 168, le Rapporteur spécial y faisait observer que certains auteurs croyaient voir
une distinction entre les deux termes cependant que d’autres y voyaient simplement
des synonymes, que ni les travaux préparatoires ni le texte de l’article 38 du Statut de
la Cour internationale de Justice n’autorisent à distinguer clairement entre ces deux
termes, que la jurisprudence n’est pas davantage décisive à cet égard et que si l’on
peut regarder les principes généraux du droit comme ayant un caractère
« fondamental » et « général », il ressort de la pratique que l’on ne peut exclure qu’il
__________________
162
Ibid., conclusion 5.
163
Ibid., conclusion 8.
164
Voir Procès-verbaux des séances du Comité, 16 juin-24 juillet 1920, p. 337 et 338.
165
Annuaire…2006, vol. II (1 re partie) (Additif 2), document A/CN.4/L.682 et Add.1, par. 112.
166
A/CN.4/732, par. 159 à 161.
167
Droit de passage (voir supra note 93), p. 41 et 43. Voir aussi Annuaire… 2006, vol. II (1 re partie)
(Additif 2), document A/CN.4/L.682 et Add.1, par. 84 (relevant l’utilisation faite par la Cour de la
technique judiciaire consistant à « écarter purement et simplement l’examen du contenu du droit
général, une fois établie l’existence de la coutume spéciale, laissant ainsi ouverte la question de
savoir si la règle spéciale représente un développement ou une exception par rapport à ce droit
général ou si celui-ci préexistait en la matière »).
168
A/CN.4/732, par. 146 à 154.
40/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
169
À cet égard, voir également l’intervention de M. Nolte ( A/CN.4/SR.3492, p. 17) (« la question de
la frontière entre les différentes sources du droit international est moins épineuse qu’on ne le
pense parfois. Ainsi, il pense comme M. Reinisch que la différence entre une règle du droit
international coutumier et un principe général de droit ne tient pas tant au caractère général de leur
contenu qu’à la manière dont un principe particulier est apparu ou, comme Sir Michael Wood l’a
dit, aux règles de reconnaissance distinctes qui s’appliquent. Les règles du droit international
coutumier peuvent être assez générales et des principes généraux de droit peuvent acquérir le
statut de règle du droit international coutumier s’il peut être démontré que ces principes sont
suivis par les États dans leur pratique et généralement acceptés par ceux -ci en tant qu’opinio juris.
Cette situation s’apparente en quelque sorte à celle des règles du droit international coutumier qui
peuvent être simultanément des normes conventionnelles. Par conséquent, il n’est pas toujours
possible de différencier les principes généraux de droit des règles issues d’autres sources du droit
international à partir de leur formulation ou de leur contenu. Ce qui les distingue, c’est plutôt le
processus par lequel ils sont apparus et les critères qu’ils doivent par ailleurs remplir »).
170
Annuaire… 2006, vol. II (2 e partie), conclusion 7.
22-05226 41/58
A/CN.4/753
42/58 22-05226
A/CN.4/753
110. Il appert que l’on s’accorde largement à dire que les principes généraux du droit
peuvent venir combler des lacunes du droit dans l’ordre juridique international en
établissant des règles procédurales, interprétatives ou secondaires 176. On a toutefois
parfois posé la question de savoir si lesdits principes généraux du droit peuvent
également servir de fondement à des droits et obligations primaires. On le verra ci-
après, la pratique des États et la jurisprudence, ainsi que les travaux antérieurs de la
Commission donnent à penser qu’il est des cas où les principes généraux du droit
peuvent établir de tels droits et obligations, cette thèse ayant également été défendue
en doctrine 177.
111. Ainsi qu’il est dit dans le premier rapport, la Commission s’est déjà arrêtée sur
la question 178. Aux termes de l’article 12 (Existence de la violation d’une obligation
internationale) des articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement
illicite de 2001 : « Il y a violation d’une obligation internationale par un État
lorsqu’un fait dudit État n’est pas conforme à ce qui est requis de lui en vertu de cette
obligation, quelle que soit l’origine […] de celle-ci. » Pour expliquer le sens de
l’expression « quelle que soit l’origine », la Commission fait observer dans le
commentaire que « [d]es obligations internationales peuvent être établies par une
__________________
176
On trouvera des exemples d’invocation ou d’application de ce type de principes généraux du droit
dans les trois rapports présentés à ce jour par le Rapporteur spécial, dont : le principe de l’autorité
de la chose jugée (res judicata), celui dit de la compétence-compétence ; le principe iura novit
curia ; celui de l’excès de compétence ; celui de l’actio popularis ; le principe selon lequel nul ne
peut être juge et partie ; la règle de la charge de la preuve ; le principe d’admission de la preuve
indirecte ; l’admissibilité de l’aveu comme mode de preuve ; la nullité des sentences arbitrales ; le
lien de connexité entre demande reconventionnelle et demande principale ; la répartition des coûts
et dépens ; le droit d’appel en matière pénale ; le pouvoir du juge de convoquer tout témoin ; le
jugement par contumace en matière pénale ; le principe de bonne foi ; les principes
d’interprétation des traités ; l’abus de droit ; l’obligation de réparer toute violation du droit
international ; le calcul du dommage ; de tout dommage indirect et du dommage résultant de la
perte de profit ; le principe rebus sic stantibus ; l’exceptio non adimpleti contractus ; le principe
fraus omnia corrumpti ; l’erreur, vice du consentement, le principe de séparation entre la société à
responsabilité limitée et ses actionnaires ; la théorie des « mains propres » et les principes
gouvernant la succession de personnes dans le calcul de l’indemnisation.
177
Voir, par exemple, Pellet et Müller, « Article 38 », p. 941 ; Yee, « Article 38 of the ICJ Statute and
applicable law: selected issues in recent cases », p. 488 ; Schill, « Enhancing international
investment law’s legitimacy: conceptual and methodological foundations of a new public law
approach », p. 90 et 91 ; Skomerska-Muchowska, « Some remarks on the role of general principles
in the interpretation and application of customary and treaty law », p. 256 ; W. Friedmann, « The
uses of “general principles” in the development of international law », American Journal of
International Law, vol. 57 (1963), p. 290 à 299.
178
A/CN.4/732, par. 68.
22-05226 43/58
A/CN.4/753
__________________
179
Annuaire… 2001, vol. II (2 e partie) et rectificatif, par. 76 et 77, p. 54 et 55, par. 3) du commentaire
relatif à l’article 12. Voir également Annuaire… 1976, vol. II (2 e partie), p. 80 à 87.
180
Affaire des pêcheries des côtes septentrionales de l’Atlantique (Grande -Bretagne/ États-Unis),
sentence du 7 septembre 1910, Nations Unies, Recueil des sentences arbitrales, vol. XI, p. 167 à
226. Voir également l’affaire Chamizal, à l’occasion de laquelle les États-Unis semblent avoir
invoqué le principe général du droit de la prescription acquisitive (usucapion) ( L’affaire Chamizal,
(Mexique/États-Unis), sentence du 15 juin 1911, Nations Unies, Recueil des sentences arbitrales,
vol. XI, p. 328 et 329).
181
Droit de passage (voir supra note 93), p. 43.
182
Avena, Mémoire du Mexique (voir supra note 149), par. 374 à 380.
183
Affaire relative à certains biens (Liechtenstein c. Allemagne), Mémoire du Lichtenstein (voir
supra note 150), par. 6.5 à 6.52.
184
Ibid., par. 6.1 et 6.4.
185
Questions concernant la saisie et la détention de certains documents et données (Timor-Leste
c. Australie), Cour internationale de Justice, Mémoire du Timor-Leste (28 avril 2014), par. 6.2.
Dans son ordonnance relative à la demande en indication de mesures conservatoires, la Cour, pour
apprécier si les droits invoqués par le Timor-Leste étaient plausibles, s’est fondée non pas tant sur
le principe général du droit allégué par le Timor-Leste que sur le principe de l’égalité souveraine
des États consacré au paragraphe 3 de l’article 2 de la Charte des Nations Unies (voir Questions
concernant la saisie et la détention de certains documents et données (Timor-Leste c. Australie),
Demande en indication de mesures conservatoires, ordonnance du 3 mars 2014, C.I.J. Recueil
2014, p. 147, par. 27). Voir également l’opinion dissidente du juge Greenwood, par. 12 (« Je ne
suis pas certain que ces droits puissent être déduits des paragraphes 1 et 3 de l’article 2 de la
Charte des Nations Unies plutôt que d’un principe général de droit concernant la confidentialité
des communications avec des conseillers juridiques, mais il s’agit là d’une question de fond »).
44/58 22-05226
A/CN.4/753
généraux du droit en tant qu’obligations substantielles 186. Dans une affaire portée
devant la Cour constitutionnelle fédérale allemande, l’Argent ine a tenté de démontrer
qu’elle tenait des principes généraux du droit le droit de refuser d’assurer le service
de la dette obligataire au profit de créanciers privés sous certaines conditions 187.
114. Il convient de noter que si dans les différends susmentionnés les parties adverses
ont contesté ou les juridictions saisies ont rejeté les arguments tirés de principes
généraux du droit (par exemple, motif pris de ce qu’il n’existait aucun principe
commun aux différents systèmes juridiques du monde ou d e ce que le principe de
droit interne (in foro domestico) n’était pas transposable dans l’ordre juridique
international), il n’était pas contesté qu’un principe général du droit pouvait servir de
fondement autonome à des droits et obligations.
115. Certains exemples jurisprudentiels visant ou appliquant des principes généraux
du droit venus consacrer des droits et obligations autonomes jettent encore une
lumière sur cette question. À titre d’exemple, on citera le principe de l’estoppel,
appliqué par différentes juridictions. Ainsi, en l’affaire du Temple de Préah Vihéar la
Cour internationale de Justice a déclaré que “[c’]est une règle de droit établie qu’une
partie ne saurait invoquer une erreur comme vice du consentement si elle a contribué
à cette erreur par sa propre conduite, si elle était en mesure de l’éviter ou si les
circonstances étaient telles qu’elle avait été avertie de la possibilité d’une erreur » 188.
En l’affaire de La Frontière argentino-chilienne, encore qu’il ait jugé le moyen tiré
de l’estoppel mal fondé vu les circonstances de la cause 189 , le tribunal arbitral a
reconnu que le principe de l’estoppel « peut jouer décisivement dans un litige
international et en particulier un différend frontalier » 190 . En l’Arbitrage relatif à
l’aire marine protégée des Chagos, le tribunal a également invoqué le principe de
l’estoppel en tant que principe général du droit 191 et considéré que les engagements
et la pratique du Royaume-Uni laissaient présumer l’existence « d’un engagement
juridiquement contraignant » 192.
__________________
186
Obligation de négocier un accès à l’océan Pacifique (Bolivie c. Chili), Réplique de l’État
plurinational de Bolivie, 21 mars 2017, vol. I, par. 320 et suiv. ; Duplique du Chili, 15 septembre
2017, vol. I, par. 2.28 et suiv.). Voir également Tribunal international du droit de la mer, affaire du
navire « Norstar » (Panama c. Italie), à l’occasion de laquelle l’Italie a fait valoir que l’estoppel
(ainsi que l’acquiescement et la prescription extinctive) était un principe général du droit au sens
du paragraphe 1 c) de l’article 38 du Statut de la Cour internationale de Justice (Observations et
conclusions écrites de la République italienne, par. 169 et 170). Voir également l’affaire du navire
« Norstar » (Panama c. Italie), Exceptions préliminaires, TIDM Recueil 2016, par. 300 à 314.
187
Allemagne, Cour constitutionnelle fédérale, arrêt du 3 juillet 2019 (2 BvR 824/15), par. 38 et 39.
188
Affaire du Temple de Préah Vihéar (Cambodge c. Thaïlande) (fond), arrêt du 15 juin 1962 : C.I.J.
Recueil 1962, p. 6, p. 26. Voir également l’opinion individuelle du Vice-Président Alfaro, p. 39
à 43 (« un État partie à un litige international est tenu par ses actes ou son attitude antérieure
lorsqu’ils sont en contradiction avec ses prétentions dans ce litige […] Je n’hésite pas à affirmer
que ce principe, reconnu dans le monde entier depuis le temps des Romains, est un des « principes
généraux de droit reconnus par les nations civilisées »), et l’opinion dissidente du juge Spender,
p. 143 et 144 (« le principe [de l’estoppel] a pour effet d’empêcher un État de contester devant la
Cour une situation contraire à une représentation claire et sans équivoque qu’il aurait faite
précédemment à un autre État, soit expressément soit implicitement, représentation sur laquelle
l’autre État avait le droit de compter étant donné les circonstances, et avait en fait compté, si bien
que cet autre État en a souffert préjudice, ou que l’État qui a formulé la représentati on en a retiré
quelque profit ou avantage pour lui-même »).
189
Affaire de la frontière argentino-chilienne, sentence du 9 décembre 1966, Nations Unies, Recueil
des sentences arbitrales, vol. XVI, p. 166.
190
Ibid., p. 164.
191
Arbitrage relatif à l’aire marine protégée des Chagos (Maurice c. Royaume-Uni), sentence du
18 mars 2015, Nations Unies, Recueil des sentences arbitrales vol. XXXI, par. 435.
192
Ibid., par. 439 à 447.
22-05226 45/58
A/CN.4/753
116. On citera également l’avis consultatif sur les Réserves à la convention sur le
génocide, dans lequel la Cour internationale de Justice a vu dans les principes qui
sont à la base de la convention sur le génocide « des principes reconnus par les nations
civilisées comme obligeant les États même en dehors de tout lien conventionnel » 193.
En outre, dans l’Affaire du différend frontalier (Burkina Faso/Mali), la Chambre de
la Cour a statué sur le fond en faisant application du principe de l’ uti possidetis 194
qui, comme il est dit dans le deuxième rapport, peut être regardé comme un principe
général du droit formé dans le cadre du système juridique international 195. En l’affaire
du Détroit de Corfou, la Cour a déclaré que l’Albanie avait l’obligation de faire
connaître aux navires traversant ses eaux territoriales l’existence de champs de mines,
obligation fondée sur certains principes généraux, tels que des considérations
élémentaires d’humanité 196.
117. Autre exemple, en l’affaire Sea-Land Service, Inc. c. Iran, le tribunal des
réclamations États-Unis-Iran, faisant application du principe de l’enrichissement sans
cause, a fait observer que ledit principe :
[…] emporte une obligation de réparer entièrement conciliable avec l’absence
de toute illégalité inhérente au fait en cause. Le principe trouve ainsi
manifestement à s’appliquer lorsque tel investisseur étranger subit une perte par
l’effet de laquelle telle autre partie se trouve enrichie, sans que cet
enrichissement résulte d’un fait internationalement illicite o uvrant droit à
réparation 197.
118. De même, dans l’affaire Saluka c. La République tchèque, un tribunal arbitral
en matière d’investissement a observé que :
La théorie de l’enrichissement sans cause est reconnue comme étant un principe
général du droit international. Elle donne à la partie appauvrie le droit d’obtenir
la restitution de ce dont telle autre partie s’est enrichie à ses dépens sans cause
juridique 198.
119. Les juridictions internes font également appel aux principes généraux du droit
pour établir des droits et obligations substantiels. Ainsi, dans un arrêt du 8 mars 2016,
la Cour suprême des Philippines a déclaré que les enfants trouvés tenaient des
principes généraux du droit visés au paragraphe 1 c) de l’article 38 du Statut de la
Cour internationale de Justice le droit d’être présumés nés de ressortissants du pays
où ils ont été trouvés 199.
__________________
193
Réserves à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide , avis
consultatif du 28 mai 1951 : C.I.J. Recueil 1951, p. 23.
194
Affaire du différend frontalier Burkina Faso/ République du Mali, arrêt du 22 décembre 1986,
C.I.J. Recueil 1986, p. 565, par. 20 et 21.
195
A/CN.4/741 et Corr.1, par. 150 à 152.
196
Détroit de Corfou (voir supra note 95), p. 22 ; voir également Licéité de la menace ou de l’emploi
d’armes nucléaires, avis consultatif, C.I.J. Recueil 1996, p. 226, Déclaration du juge Herczegh,
p. 275 (« Dans les domaines où l’on ne trouve pas d’interdiction complète et universelle de
certains actes « en tant que tels », l’application des principes généraux du droit permet de régler le
comportement des sujets de l’ordre juridique international, les obligeant ou les autorisant, selon le
cas, à s’abstenir ou à agir d’une manière ou d’une autre »).
197
Sea-Land Service, Inc. v. Iran, sentence n o°135-33-1 du 20 juin 1984, Iran-United States Claims
Tribunal Reports, vol. 6, p. 169.
198
Saluka Investments BV c. La République tchèque (voir supra note 113), par. 449.
199
Philippines, Supreme Court of the Philippines, Mary Grace Natividad S. Poe-Llamanzares
v. Commission on Elections and Estrella C. Elampar, Décision du 8 mars 2016 (G.R. n o °221697 ;
GR n o °221698-700), p. 21.
46/58 22-05226
A/CN.4/753
122. On dit souvent en doctrine que, ayant vocation à combler les lacunes du droit,
les principes généraux du droit peuvent servir à interpréter et à compléter des règles
conventionnelles et coutumières 201. La présente section est pour le Rapporteur spécial
l’occasion d’envisager cette question sous certains d e ses aspects en tenant compte
des débats que la Commission et la Sixième Commission y ont consacrés à ce jour.
123. Pour déterminer le rôle que les principes généraux du droit pourraient jouer en
matière d’interprétation des traités, on se reportera d’emblée a u paragraphe 3 c) de
l’article 31 de la Convention de Vienne sur le droit des traités qui porte ce qui suit :
3. Il sera tenu compte, en même temps que du contexte :
__________________
200
Pacte international relatif aux droits civils et politiques (New York, 16 décembre 1966), Nations
Unies, Recueil des Traités, vol. 999, n o°14668, p. 171.
201
Voir, par exemple, Dumberry, A Guide to General Principles of Law in International Investment
Arbitration, p. 60 et 61 ; Skomerska-Muchowska, « Some remarks on the role of general
principles in the interpretation and application of international customary and treaty law », p 255 à
274 ; Kotuby et Sobota, General Principles of Law and International Due Process: Principles and
Norms Applicable in Transnational Disputes, p. 30 et 31 ; Besson, « General principles of
international law – Whose principles? », p. 30 ; Raimondo, General Principles of Law in the
Decisions of International Criminal Courts and Tribunals, p. 7 ; Bassiouni, « A functional
approach to ‘general principles of international law’», p. 775, 776, 800 et 801 ; Lammers,
« General principles of law recognized by civilized nations », p. 64 et 65 ; M. Akehurst, « The
hierarchy of the sources of international law », British Yearbook of International Law,
vol. 47 (1975), p. 279 ; Freeman, « The quest for the general principles of law recognized by
civilized nations – A Study », p. 1064 ; Friedmann, « The uses of ‘general principles’ in the
development of international law », p 287 à 290 ; Cheng, General Principles of Law as Applied by
International Courts and Tribunals, p. 390 ; Verdross, « Les principes généraux du droit dans la
jurisprudence international », p. 227. Voir également Barberis, « Los Principios Generales de
Derecho como Fuente del Derecho Internacional », in Revista IIDH, vol. 14 (1991), p. 39 (faisant
observer que l’on a recours, à titre supplétif, à tel principe général du droit pour interpréter
d’autres règles de droit international en l’absence d’autres règles d’interprétation).
22-05226 47/58
A/CN.4/753
[…]
c) De toute règle pertinente de droit international applicable dans les
relations entre les parties.
124. Il ne semble guère douteux que l’expression « règle de droit international »
englobe les principes généraux du droit visés au paragraphe 1 c) de l’article 38 du
Statut de la Cour internationale de Justice 202 . La Cour européenne des droits de
l’homme en a donné la plus claire indication dans son arrêt en l’affaire Golder
c. Royaume-Uni, y faisant observer ce qui suit :
En son paragraphe 3 c), l’article 31 de la Convention de Vienne invite à tenir
compte, en même temps que du contexte, « de toute règle pertinente de droit
international applicable dans les relations entre les parties ». Parmi ces règles
figurent des principes généraux de droit, notamment des « principes généraux
de droit reconnus par les nations civilisées » (article 38 par. 1 c) du Statut de la
Cour internationale de Justice) ; la Commission juridique de l’Assemblée
consultative du Conseil de l’Europe a d’ailleurs prévu, en août 1950 « que la
Commission et la Cour (devraient) nécessairement appliquer de tels principes »
dans l’accomplissement de leurs tâches ; en conséquence, elle a « jugé inutile »
de le spécifier par une clause de la Convention 203.
125. L’Organe d’appel de l’Organisation mondiale du commerce a retenu la même
solution, ayant fait observer ce qui suit en l’affaire États-Unis – Droits antidumping
et droits compensateurs définitifs visant certains produits en provenance de Chine :
[…] la référence aux « règle(s) […] de droit international » [à l’article 31 de la
Convention de Vienne sur le droit des traités] correspond aux sources du droit
international visées à l’article 38 1) du Statut de la Cour internationale de Justice
et inclut donc les règles coutumières de droit international et les principes
généraux du droit […] Nous faisons observer que, si les articles 4, 5 et 8 des
articles de la CDI [sur la responsabilité de l’État] sont contraignants, ce n’est
pas du fait qu’ils font partie d’un traité international. Toutefois, dans la mesure
où ils reflètent le droit international coutumier ou les principes généraux du
droit, ces articles sont applicables dans les relations entre les parties 204.
126. La pratique offre divers exemples de recours aux principes généraux du droit
s’agissant d’interpréter des traités. Ainsi de l’affaire Golder c. Royaume-Uni, à
l’occasion de laquelle la Cour européenne des droits de l’homme, appelée à dire si
l’article 6 (Droit à un procès équitable) de la Convention européenne de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Convention européenne des
droits de l’homme) 205 consacrait le droit d’accès aux tribunaux, a déclaré que l’article
__________________
202
On en a soutenu la thèse en doctrine. Voir, par exemple, A. Pellet, « Canons of Interpretation
under the Vienna Convention », in J. Klingler, Y. Parkhomenko et C. Salonidis (dir. publ.),
Between the Lines of the Vienna Convention? Canons and Other Principl es of Interpretation in
Public International Law (Kluwer Law International, 2018), p. 8 ; O. Dörr, « Article 31 : General
rule of interpretation », in O. Dörr et K. Schmalenbach (dir. publ.), Vienna Convention on the Law
of Treaties: A Commentary (Berlin, Springer, 2018), p. 608 ; R. K. Gardiner, Treaty Interpretation
2 e éd. (Oxford, Oxford University Press, 2015), p. 300 et 308 ; J. M. Sorel et V. Boré Eveno,
« Article 31 », in O. Corten et P. Klein (dir. publ.), The Vienna Convention on the Law of Treaties:
A Commentary (Oxford University Press, 2011), vol. I, p. 828 et 829. M. E. Villiger, Commentary
on the 1969 Vienna Convention on the Law of Treaties (Leyde, Martinus Nijhoff, 2009), p. 433.
203
Golder c. Ryaume-Uni, arrêt du 21 février 1975, CEDH, Série A, n o°18, par. 35.
204
États-Unis – Droits antidumping et droits compensateurs définitifs visant certains produits en
provenance de Chine, Rapport de l’Organe d’appel du 25 mars 2011 (WT/DS379/AB/R), par. 308.
205
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
(Convention européenne des droits de l’homme) (Rome, 4 novembre 1950), Nations Unies,
Recueil des Traités, vol. 213, n o °2889, p. 221.
48/58 22-05226
A/CN.4/753
22-05226 49/58
A/CN.4/753
que, dès lors que la revendication d’un droit « empiète sur le domaine couvert
par une obligation conventionnelle, le droit soit exercé de bonne foi, c’est-à-
dire de façon raisonnable ». L’exercice abusif par un Membre de son propre
droit conventionnel se traduit donc par une violation des droits conventionnels
des autres Membres ainsi que par un manquement du Membre en question à son
obligation conventionnelle. Cela dit, notre tâche consiste en l’occurrence à
interpréter le libellé du texte introductif, en cherchant d’autres indications à cet
effet, s’il y a lieu, dans les principes généraux du droit international 208.
128. À l’occasion d’une autre affaire, l’Organe d’appel a invoqué « un élément
commun largement admis » dans l’ordre juridique interne concernant l’imposition de
non-résidents s’agissant d’interpréter l’expression « revenus de source étrangère »
figurant dans la note de bas de page 59 de l’Accord sur les subventions et les mesures
compensatoires (« l’Accord SMC ») 209 :
Bien que ces instruments ne contiennent pas une définition uniforme de
l’expression « revenus de source étrangère », il nous semble que l’on peut en
dégager certains principes d’imposition largement reconnus. Afin d’établir la
signification de l’expression « revenus de source étrangère » figurant dans la
note de bas de page 59 de l’Accord SCM, qui est une disposition relative à la
fiscalité et figurant dans un traité commercial international, nous estimons qu’il
est approprié que nous nous appuyions sur ces principes largement reconnus,
que beaucoup d’États appliquent d’une manière générale dans le domaine fiscal.
En identifiant ces principes, nous gardons présent à l’esprit le fait que la mesure
en cause vise les revenus de source étrangère de citoyens américains et de
résidents aux États-Unis, c’est-à-dire les revenus gagnés par ces contribuables
dans des États « étrangers » où ils ne résident pas.
[…] les règles détaillées régissant l’imposition de non-résidents diffèrent
beaucoup d’un État à l’autre, certains États appliquant des règles qui tendent
davantage que celles d’autres États à imposer les revenus de non -résidents.
Cependant, malgré les différences, il nous semble que ces règles présentent un
élément commun largement admis. L’élément commun est qu’un État
« étranger » imposera un non-résident sur les revenus qui sont générés par ses
activités qui ont un certain lien avec l’État en qu estion » 210.
129. Le droit pénal international en offre également des exemples dignes d’intérêt.
Ainsi, en l’affaire Lubanga, une Chambre préliminaire de la Cour pénale
internationale a évoqué le rôle des principes généraux du droit dans l’interprétation
du paragraphe 1 d) de l’article 17 du Statut de la Cour en ces termes :
Le Statut étant un traité international par nature, la Chambre aura recours aux
critères d’interprétation énoncés aux articles 31 et 32 de la Convention de
Vienne sur le droit des traités (plus particulièrement l’interprétation littérale,
contextuelle et téléologique) afin de définir le seuil de gravité de l’affaire
mentionné à l’article 17 1) d) du Statut. Comme le disposent les articles 21 1) b)
et 21 1) c) du Statut, la Chambre pourra également consulter, si nécessaire, « les
__________________
208
États-Unis– Prohibition à l’importation de certaines crevettes et de certains produits à base de
crevettes, Rapport de l’Organe d’appel du 6 novembre 1998 (WT/DS58/AB/R), Rapports sur le
règlement des différends, 1998, vol. VII, par. 158.
209
Accord sur les subventions et les mesures compensatoires (Marrakech, 15 avril 1995),
Organisation mondiale du commerce, Acte final reprenant les résultats des négociations
commerciales multilatérales du Cycle d’Uruguay, annexe 1A : Accords multilatéraux sur le
commerce des marchandises, p. 299.
210
États-Unis – Traitement fiscal des « sociétés de ventes à l’étranger », Rapport de l’Organe d’appel
du 29 janvier 2002 (WT/DS108/AB/RW), Rapports sur le règlement des différends 2002, vol. I,
par. 142 et 143.
50/58 22-05226
A/CN.4/753
22-05226 51/58
A/CN.4/753
52/58 22-05226
A/CN.4/753
__________________
219
Cairn Energy PLC and Cairn UK Holdings Limited c. La République de l’Inde , Cour permanente
d’arbitrage, affaire n o °2016-7, sentence du 21 décembre 2020, par. 1713, 1715 et 1717.
220
El Paso Energy International Company c. La République argentine, CIRDI, affaire n o °ARB/03/15,
sentence du 31 octobre 2011, par. 624.
221
Souveraineté sur Pulau Ligitan et Pulau Sipadan (Indonésie/Malaisie), Requête des Philippines à
fin d’intervention, arrêt, C.I.J. Recueil 2001, opinion individuelle du juge ad hoc Weeramantry,
p. 634, par. 13.
222
Ibid., p. 636, par. 18.
22-05226 53/58
A/CN.4/753
de droit […] Le juge y recourra soit pour combler les lacunes des règles
conventionnelles, soit pour les interpréter 223.
137. Moins fréquents sont, semble-t-il, les cas où on a incontestablement fait appel
aux principes généraux du droit pour interpréter ou compléter quelque règle du droit
international coutumier. On citera à titre d’exemple allant dans ce sens l’affaire
LIAMCO c. Libye, à l’occasion de laquelle il apparaît que le tribunal arbitral s’est
fondé sur les principes généraux du droit pour compléter les règles coutumières
d’indemnisation en cas d’expropriation légale. Ayant constaté, dans un premier temps,
que la plupart des États reconnaissaient que toute nationalisation emportait
l’obligation de verser une indemnisation laquelle devait inclure au minimum le
damnum emergens 224, le tribunal ajoutera cependant que la question de savoir si cette
obligation s’étendait à celle de réparer la perte de profits (lucrum cessans) était sujette
à controverse 225. Le tribunal a indiqué que, sur ce point, le droit international vivait
« une confusion » 226 , jugeant « de ce fait, nécessaire de faire appel aux principes
généraux de droit tels qu’ils ont pu avoir été appliqués par les juridictions
internationales », le principe d’équité en étant un, à son avis 227. Autre exemple, dans
un arrêt de 1917, la Cour de justice centraméricaine, appelée à dire si le Nicaragua
avait violé les droits appartenant à El Salvador dans le golfe de Fonseca pour avoir
conclu le Traité Bryan-Chamorro avec les États-Unis, a fait appel aux principes
généraux du droit pour interpréter et éclairer les règles du droit international relatives
aux baies historiques et les dispositions du Traité général de paix et d’amitié entre El
Salvador et le Nicaragua 228.
138. De ce qui précède, le Rapporteur spécial conclut que la fonction interprétative
des principes généraux du droit visés au paragraphe 1 c) de l’article 38 du Statut de
la Cour internationale de Justice est bien établie. S’ils ont été pour l’essentiel mis au
service de l’interprétation de traités, on ne saurait exclure que les principes géné raux
du droit puissant venir permettre d’éclairer le droit international coutumier en tels ou
tels de ses aspects en tant qu’ils ont pour vocation de suppléer les lacunes du droit.
139. À l’occasion des débats sur le sujet, on a exprimé l’opinion que les principes
généraux du droit pouvaient, plus généralement, concourir à d onner plus de cohérence
__________________
223
Droit de passage, opinion dissidente du juge Fernandes, p. 140 (citant De Visscher, in Revue de
droit international et de législation comparée, 1933, p. 413).
224
Libyan American Oil Company (LIAMCO) c. Libye, sentence du 12 avril 1977, par. 283 à 287.
225
Ibid., par. 293 à 318.
226
Ibid., par. 324.
227
Ibid., par. 325, 326 et 328.
228
El Salvador c. Nicaragua, Cour de justice centraméricaine, arrêt du 9 mars 1917, consultable dans
American Journal of International Law, vol. 11 (1917), p. 674 à 730, p. 728 (« Ayant souscrit, par
des accords solennels le liant au Gouvernement d’El Salvador, l’engagement de ne pas remettre en
cause la consécration et le plein exercice des droits parfaits reconnus l’un à l’autre dans le Tr aité
général de paix et d’amitié, le Gouvernement du Nicaragua ne peut, en tant que partie cédante,
consentir l’installation d’une base navale dans le golfe de Fonseca, celui -ci étant tenu en
copropriété par trois souverains copropriétaires, aucun desquels ne pouvant aliéner
indépendamment ses droits sans affecter ceux des autres souverains, en tant que le golfe a eu et a
le statut le statut de condominium en vertu du principe universel hérité du droit romain et
fidèlement observé en droit moderne selon lequel les copropriétaire ne peuvent accomplir aucun
acte de disposition d’une chose possédée en commun, si ce n’est ensemble et du consentement de
tous »).
54/58 22-05226
A/CN.4/753
à l’ordre juridique international 229. Certains membres de la Commission ont ainsi fait
observer que les principes généraux du droit pouvaient « faire office de normes
opérant dans les interstices des autres règles du droit internatio nal pour en assurer la
cohérence et la cohésion » 230, qu’ils « apportent cohérence et unité à l’interprétation
des règles plus particulières dont ils sont à l’origine » 231 , « contribuent à la
systématisation du droit international » 232 ou servent d’« outils de systématisation des
normes juridiques » 233 . Le Rapporteur spécial voit dans le fait que la pratique
n’évoque guère cet intérêt systémique des principes généraux du droit la conséquence
naturelle de ceci que cette source du droit international a essentiell ement pour
fonction de combler les lacunes du système juridique international.
140. Il convient que rappeler que, dans la déclaration qu’il a faite devant la Sixième
Commission en 2019, le Président de la Cour internationale de Justice a évoqué les
principes généraux du droit et la question de la cohérence systémique du droit
international en ces termes :
La question de la cohérence du droit international est de nature existentielle pour
cet ordre juridique. L’absence de législateur centralisé dans la société
internationale a pu faire naître la crainte d’éventuelles contradictions entre
normes juridiques. On s’est également interrogé sur les lacunes dont souffrirait
le droit international et, par suite, sur la possibilité que la Cour prononce un
non liquet. Le recours aux principes généraux peut être précieux pour aider à
résoudre ces deux problèmes structurels-celui du processus normatif en droit
international et celui du besoin de cohérence de l’ordre juridique
international 234.
141. De même, le juge Cançado Trindade a évoqué le rôle des principes généraux du
droit en ces termes :
Ce sont les principes (étymologiquement du latin principium) qui, renvoyant
aux causes, sources ou origines premières des normes et des règles, confèrent
aux normes juridiques et au système juridique tout entier leur cohésion, leur
cohérence et leur légitimité. Ce sont les principes généraux de droit
(prima principia) qui confèrent à l’ordre juridique (national et international) sa
dimension inéluctablement axiologique ; ce sont eux qui révèlent les valeurs
inspirant l’ordre juridique dans son ensemble et qui, en définitive, constituent
ses fondements 235.
142. En l’affaire des Immunités juridictionnelles de l’État, le juge Bennouna a cru
voir dans les principes généraux du droit le moyen d’établir un lien entre les
différentes sources du droit international :
__________________
229
Ainsi, la Slovénie a fait observer que « tout principe identifié comme un principe général de droit
ne doit pas perdre son caractère le plus fondamental : il doit permettre au droit de fonctionner
comme tel, même au niveau international (principe de l’égalité souveraine) » (A/C.6/76/SR.24,
par. 40). La Sierra Leone a vu dans les principes généraux du droit des « moyens de promouvoir
une plus grande cohérence et de maintenir la stabilité dans l’ordre juridique international »
(A/C.6/74/SR.31, par. 105).
230
Voir l’intervention de M. Tladi (A/CN.4/SR.3489, p. 4).
231
Voir l’intervention de M me Lehto (A/CN.4/SR.3541, p. 6 et A/CN.4/SR.3492, p. 17).
232
Voir l’intervention de M me Galvão Teles (A/CN.4/SR.3539, p. 17).
233
Voir l’intervention de M me Oral (A/CN.4/SR.3492, p. 6).
234
Discours prononcé par S.E. M. Abdulqawi Ahmed Yusuf, Président de la Cour internationale de
Justice devant la Sixième Commission de l’Assemblée générale à New York, le 1 er novembre
2019, par. 37. Voir également A. A. Yusuf, « Concluding remarks », in Andenas et al. (dir. publ.),
General Principles and the Coherence of International Law, p. 448 à 457 p. 456.
235
Usines de pâte à papier sur le fleuve Uruguay (Argentine c. Uruguay), arrêt, C.I. J. Recueil 2010,
p. 14, opinion individuelle du juge Cançado Trindade, par. 201.
22-05226 55/58
A/CN.4/753
__________________
236
Immunités juridictionnelles de l’État (Allemagne c. Italie ; Grèce intervenant), arrêt, C.I.J.
Recueil 2012, p. 99, opinion individuelle du juge Bennouna, par. 28.
237
Thirlway, The Sources of International Law, p. 113. Voir également Kolb, Theory of International
Law, p. 136 (« En bonne logique, il est des principes généraux dont force est de dire présumer
l’existence de quelque ordre juridique. En l’absence desdits principes, l’interprétation des sources
serait prise dans un cercle vicieux ») ; Gazzini, « General principles of law in the field of foreign
investment », p. 106 [Les principes généraux du droit « constituent le socle même du système
juridique [international] et sont indispensables à son fonctionnement » (citant Cheng, General
Principles of Law as Applied by International Courts and Tribunals )].
238
Andenas et Chiussi, « Cohesion, convergence and coherence of international law », p. 10.
239
R. Pisillo Mazzeschi et A. Viviani, « General principles of international law : from rules to
values? », dans R. Pisillo Mazzeschi et P. de Sena (dir. publ.), Global Justice, Human Rights and
the Modernization of International Law (Springer, 2018), p. 113 à 162, p.126. Voir également
C. Eggett, « The role of principles and general principles in the ‘constitutional processes’ of
international law », in Netherlands International Law Review, vol. 66 (2019), p.197 à 217 ;
I. Skomerska-Muchowska, « Some remarks on the role of general principles in the interpretation
and application of international customary and treaty law », p. 257 et 260 ; M. Koskenniemi,
56/58 22-05226
A/CN.4/753
145. De l’avis du Rapporteur spécial, si l’on peut dire de tous les principes généraux
du droit, ainsi que des autres sources du droit international, qu’ils concourent d’une
certaine manière à donner sa cohérence au système juridique international, certains
de ces principes généraux sont, semblerait-il, censés remplir plus directement cette
vocation. Au nombre de ces principes on citera la règle pacta sunt servanda, la bonne
foi 240, les principes de la lex specialis et de la lex posterior 241, le respect de la dignité
humaine et les considérations élémentaires d’humanité.
146. Il semble donc exact de dire que les principes généraux du droit visés au
paragraphe 1 c) de l’article 38 du Statut de la Cour internationale de Justice peuvent
concourir à assurer la cohérence du système juridique international et ce, parce qu’ils
ont pour fonction première de combler les lacunes du droit, peu importe qu’ils
remplissent cette vocation en venant consacrer des droits et obligations substantiels
ou des règles secondaires, procédurales ou interprétatives.
147. S’autorisant des explications fournies dans la présente partie du rapport, le
Rapporteur spécial propose les projets de conclusion dont le texte suit :
Projet de conclusion 10
Absence de hiérarchie entre les sources du droit international
Les principes généraux du droit ne sont pas dans une relation hiérarchique avec
les traités et le droit international coutumier.
Projet de conclusion 11
Coexistence
Les principes généraux du droit peuvent coexister avec des règles
conventionnelles et coutumières de contenu identique ou analogue.
Projet de conclusion 12
Principe de la lex specialis
La relation entre les principes généraux du droit et les règles issues des autres
sources du droit international traitant de la même matière est régie par le
principe de la lex specialis.
Projet de conclusion 13
Suppléance des lacunes du droit
Les principes généraux du droit ont pour fonction essentielle de suppléer les
lacunes éventuelles des traités et du droit international coutumier.
__________________
« General Principles: reflexions on constructivist thinking in international law », in
M. Koskenniemi (dir. publ.), Sources of International Law (Londres, Routledge, 2017), p. 359 à
402, p. 381 et 382 ; S. Besson, « General principles of international law – Whose principles? »,
p. 48.
240
Qui ont été qualifiés « indispensables au bon fonctionnement du système juridique ». Voir Cheng,
General Principles of Law as Applied by International Courts and Tribunals, p. 118.
241
Voir Annuaire…2006, vol. II (1 re partie) (Additif 2), document A/CN.4/L.682 et Add.1, par. 26
(« Les conflits de règles sont un phénomène connu de tous les systèmes juridiques. Les systèmes
juridiques sont aussi tous au fait des moyens de les régler. Des principes tels que ceu x de la
lex specialis ou de la lex posterior sont connus de la plupart des systèmes juridiques et […] du
droit international. Les systèmes juridiques internes ont aussi mis au point de solides relations
hiérarchiques entre règles et régimes juridiques (en plus des institutions hiérarchiques appelées à
trancher les conflits de droit). Cependant, en droit international […] les hiérarchies sont beaucoup
moins fréquentes et beaucoup moins solides. De nombreux types de principes interprétatifs sont
censés contribuer à la résolution des conflits »).
22-05226 57/58
A/CN.4/753
Projet de conclusion 14
Fonctions spécifiques des principes généraux du droit
Les principes généraux du droit peuvent servir notamment :
a) de fondement autonome à des droits et à des obligations ;
b) à interpréter et à compléter d’autres règles du droit interna tional ;
c) à assurer la cohérence du système juridique international.
__________________
242
Voir supra par. 6.
58/58 22-05226