Les Chaises
Une « farce tragique » montée à Paris au théâtre Lancry le 22 avril 1952 et publiée chez
Gallimard en 1954.
Ionesco définit Les Chaises comme une « farce métaphysique pour un jeune homme et
une jeune fille à la dérive, cent onze chaises et un clochard qui passait par là ».
(Coût de représentation modeste : salle très dépouillée, trois comédiens – pareil comme
pour La Leçon x Le Rhinocéros était plus ambitieux).
Pièce très mal accueillie par les critiques : incohérence, présence de clichés, une sorte
de parodie de Bouvard et Pécuchet x Queneau, Beckett et Adamov se déclarent
publiquement en faveur de Ionesco (pétition : « Défense des Chaises »).
En fait, c’est l’image de la vieillesse, de la décrépitude, qui révolte les critiques.
1966 : pièce jouée pour la première fois à Prague
2002 : Divadlo v Řeznické, Prague, République tchèque. Mise en scène : Vanda
Hybnerová, Saša Rašilov. Acteurs : Saša Rašilov (Le Vieux), Vanda Hybnerová (La Vieille),
Jan Ponocný (Pavouk)
Genèse :
Pièce née d’une image obsessionnelle : les choses « surgissent comme de la nuit. Je ne
sais pas d’où elles proviennent. Je les attrape comme je peux. »
(La claustrophobie de Ionesco : comme dans Amédée ou comment s’en débarrasser où le
cadavre grossit jusqu’à occuper toute la scène.)
« ... j’ai eu d’abord l’image des chaises, puis d’une personne apportant à toute vitesse
des chaises sur le plateau vide. J’avais d’abord cette image initiale, mais je ne savais pas
du tout ce que cela voulait dire… »
O riginellement, la pièce devait s’appeler l’Orateur :
Journal d’Ionesco : « Par les moyens du langage, des gestes, du jeu, des accessoires
exprimer la hantise du vide. Exprimer l’absence. Exprimer les regrets, les remords.
Irréalité du réel. Chaos originaire…»
Trente-six ans plus tard, Ionesco résume le thème : hantise de la vieillesse, échec de
toute une vie et horreur de la mort.
Personnages :
Un couple marié depuis 75 ans.
Pas très riche (vieux vêtements délabrés, fripés) : une sorte de clin d’œil adressé à
Beckett dont les personnages sont, eux aussi, vieux, pauvres et impuissants.
Des enfants ? (la femme affirme l’existence d’un fils qui les a quittés x le mari raconte
qu’ils n’ont jamais eu d’enfants).
En tout cas, ils ne se souviennent plus très bien.
Le Vieux (95 ans) : pas de prénom (sa femme l’appelle « mon chou »)
Maréchal des logis (četař) – concierge en fait : (« ...et puis, nous avons une situation, je
suis Maréchal tout de même, des logis, puisque je suis concierge… »)
Titre somptueux x grade peu élevé.
Être respectueux de l’ordre, à la limite de la servilité : votre serviteur, votre esclave,
votre chien... (Lorsqu’il s’adresse aux supérieurs.)
Gâteux : tous les soirs, il raconte à sa femme la même histoire.
Infantile : il s’assoit sur les genoux de sa femme et « imite les mois » (comme un enfant
pour faire plaisir à ses parents) ; il se gratte la tête comme Stan Laurel.
Il pleure : « Ah ! où est-tu, maman, maman, où est-tu, maman ? Je suis orphelin. Où est
ma maman ? Je n’ai plus de maman ? Je suis orphelin dans la vie, tu n’es pas ma
maman ! »
Esseulé : il s’était disputé avec tous les amis, ses supérieurs, les autres concierges, toute
sa famille pour des raisons ridicules.
La Vieille : « La famille, ce qui en reste, les camarades de mon mari, venaient encore
nous voir, de temps à autre, il y a dix ans... »
Explication freudienne : « Ce vieillard n'est jamais sorti de l'angoisse infantile de la
séparation, sa demeure entourée d'eau de toutes parts et à l'infini n'étant pas sans
rappeler le milieu premier de l'embryon, qu'il recherche. Il regrette, en effet, amèrement,
une séparation dont il se dit responsable, puisqu'il avouera plus tard avoir abandonné sa
mère dans un fossé, pour aller au bal retrouver celle qui deviendra sa femme. »
Il vit pour délivrer son message : une mission à accomplir pour l’humanité (il y travaille 2
heures par jour) :
« Je ne suis pas comme les autres, j’ai un idéal dans la vie. »
la Vieille (94 ans) : appelée Sémiramis (reine d’Assyrie – fondation de Babylone) ou « ma
crotte » ou « ma chérie » :
Personnage apparemment secondaire (elle ne fait que renvoyer les répliques à son mari)
x dominant dans le couple.
Elle joue le rôle de la mère : elle prend son mari sur ses genoux, le caresse, le berce et lui
chante des chansons : mon petit chou, mon mignon… (« Je suis ta femme, c’est moi ta
maman maintenant. »)
Aussi gâteuse et répétitive : [le Vieux] : « Encore ?... J’en ai assez...encore celle-là... tu
me demandes toujours la même chose ! Mais c’est monotone... Depuis soixante-quinze
ans que nous sommes mariés, tous les soirs, absolument tous les soirs, tu me fais
raconter la même histoire, tu me fais imiter les mêmes personnes, les mêmes mois...
toujours pareil... parlons d’autre chose... »
Stupide mais absolument dévouée : « Ah oui, tu es certainement un grand savant. Tu es
très doué, mon chou. Tu aurais pu être Président chef, Roi chef ou même docteur chef,
Maréchal chef, si tu avais voulu... »
« Tu aurais pu être un orateur chef si tu avais eu plus de volonté dans la vie... je suis
fière, je suis heureuse que tu te sois enfin décidé à parler à tous les pays, à l’Europe, à
tous les continents ! »
« L’univers n’attend que toi ! »
Le couple s’ennuie dans son phare : « Nous avons la radio, je pêche à la ligne, et puis il y
a un service de bateaux assez bien fait. Le dimanche, il en passe deux le matin, un le
soir, sans compter les embarcations privées. Quand il fait beau, il y a la lune. »
[Influence de La Danse de la mort de Strindberg (1900) : un vieux couple enfermé dans
une tour au bord de la mer.]
Depuis longtemps ensemble x ils ne connaissent pas tout l’un sur l’autre :
En présence de son amour de jadis, le Vieux se métamorphose en un amoureux transi :
« Je suis très ému... Vous êtes bien vous, tout de même... Je vous aimais, il y a cent ans...
Il y a en vous un tel changement... Il n’y a en vous aucun changement... Je vous aimais, je
vous aime... »
« De notre temps, la lune était un astre vivant, ah ! oui, oui, si on avait osé, nous étions
des enfants. Voulez-vous que nous rattrapions le temps perdu... peut-on encore ?... Nous
aurions pu être si heureux, je vous le dis ; nous aurions pu ; peut-être des fleurs poussent
sous la neige. »
« Voulez-vous être mon Yseult et moi votre Tristan ? »
En présence du photographe, la Vieille se déshabille en se comportant comme une vieille
prostituée : « La Vieille, au Photographe, minaudant, grotesque ; elle doit l’être de plus
en plus dans cette scène ; elle montrera ses gros bas rouges, soulèvera ses nombreuses
jupes, fera voir un jupon plein de trous, découvrira sa vieille poitrine ; puis, les mains sur
les hanches, lancera sa tête en arrière, en poussant des cris érotiques, avancera son
bassin, les jambes écartées, elle rira, rire de vieille putain ; ce jeu, tout différent de celui
qu’elle a eu jusqu’à présent et de celui qu’elle aura par la suite, et qui doit révéler une
personnalité cachée de la Vieille, cessera subitement. »
Elle est convaincue que son mari s’est bien occupé de ses parents x lui affirme avoir
laissé sa mère mourir dans un fossé.
Mégalomanie : Sémiramis prend l'exemple de François I er pour inciter son mari à ne pas
se pencher par la fenêtre, mais lui s'avoue fatigué de telles comparaisons qui ne lui
suffisent plus. Il a l'habitude d'être mis sur un pied d'égalité avec les rois.
Personnages imaginaires :
Ils comptent inviter : gardiens, évêques, chimistes, chaudronniers, violonistes, délégués,
présidents, policiers, marchands, bâtiments, porte-plume, chromosomes, postiers,
aubergistes, artistes, banquiers, prolétaires, fonctionnaires, militaires, révolutionnaires,
réactionnaires, aliénistes et leurs aliénés, Pape, papillons et papiers
Résumé : savants et propriétaires = hommes du pouvoir
Les hôtes sont représentés in absentia, par des chaises.
Gradation : par importance sociale : une dame anonyme → l’Empereur
Accélération délirante : d’abord, une chaise = un personnage déterminé.
Puis, une foule anonyme qui ne cesse de grandir, une foule d’absents. (Les deux vieux
courent dans tous les sens et jettent les programmes en l’air.)
L’Orateur (entre 45 et 50 ans) : engagé pour répandre le message, car ni le Vieux ni la
Vieille ne se sentent capables de le faire aussi bien.
Apparence de l’orateur : peintre ou poète du XIXe siècle (feutre noir, moustache et
barbiche).
Un jeu :
L’orateur doit paraître irréel (il marche en glissant, une dignité presque divine) x les
autres personnages (qui ne sont pourtant pas là physiquement) doivent paraître réels (le
vieux couple s’adresse à eux, ils font du bruit).
Cadre :
Temporel :
Très incertain…
Après une catastrophe : « Ça n’a jamais existé, Paris, mon petit. » « Cette ville a existé,
puisqu’elle s’est effondrée... » – depuis 400 000 ans
Spatial :
Un phare : de l’eau sous les fenêtres jusqu’à l’horizon (Déluge qui a englouti Paris et le
monde entier ?)
Isolation quasi-totale : ils ont la radio, pêchent à la ligne et se font approvisionner par un
service en bateaux.
Pièce circulaire : grande porte du fond, 2 fenêtres, 7 portes latérales, estrade et tableau
noir, chaises vides, lampe à gaz, couloir (en coulisses).
Un espace rond (emprisonnement) qui rétrécit au fur et à mesure que les chaises
prolifèrent – à la fin, les vieux se trouvent emprisonnés entre la mer et leurs visiteurs
(écrasés contre les murs).
Signification ambiguë : à la fois une prison (ils se plaignent de leur isolement) et un cocon
protecteur (le nid conjugal, la sécurité maternelle).
Une pièce fondée sur la POLARISATION VERTICALE
Traditionnellement, l’homme = un animal qui se tient debout (dignité) – signe de vie, de
liberté individuelle.
Aspiration à s’élever – marque de dignité, d’indépendance et de spiritualité – air.
Même chez les animaux (pour être épargné, le plus faible se couche aux pieds du plus
fort).
Hiérarchie (les puissants sont peints debout et plus grands).
Mourir debout (la devise des rois) ; rester debout (quand on occupe un rang supérieur et
les autres s’inclinent).
Psychanalyse : l’Éros (mouvement constructeur et créateur, salut aérien, élan sexuel) est
opposé au Thanatos (fascination par le bas : marécage, boue, décrépitude, humidité, eau,
damnation par l’engloutissement, mouvement d’acceptation et de résignation orienté
vers la terre et vers la mort).
Une longue descente :
Historique : (Paris) : « C’était la ville de lumière, puisqu’elle s’est éteinte, éteinte, depuis
quatre cent mille ans... Il n’en reste plus rien aujourd’hui, sauf une chanson. »
Climatique : approche de l’hiver : « Il est 6 heures de l’après-midi... Il fait déjà nuit. Tu te
rappelles, jadis, ce n’était pas ainsi ; il faisait encore jour à 9 heures du soir, à 10 heures,
à minuit. »
Spatiale : on est « dans un grand trou tout noir ».
Eau : « Ça me donne le vertige. Ah ! Cette maison, cette île, je ne peux m’y habituer ;
tout entourée d’eau... de l’eau sous les fenêtres, jusqu’à l’horizon. »
(Ionesco n’aime pas l’eau : « L’eau pour moi n’est pas l’abondance, ni le calme, ni la
pureté. Elle m’apparaît généralement sale. Elle est image d’angoisse. L’eau engloutit, ou
au moins salit (salir, c’est menacer de mort). Elle est encore décomposition. »)
Saleté : première réplique :« Allons, mon chou, ferme la fenêtre, ça sent mauvais l’eau
qui croupit et puis il entre des moustiques. »
Obscurité : il fait nuit dehors (on ne voit que des ombres de bateaux).
Personnelle (physique) : approche de la mort : « plus on va, plus on s’enfonce. »
Les vieux doivent lutter contre la pesanteur de l’âge et du temps.
Ils luttent symboliquement en habitant dans un phare (conjurent la malédiction) :
Lieu surélevé qui apporte la lumière (les invités y montent pour se faire initier).
C’est ce lieu-là qui doit éclairer le monde entier et lui apporter le message salvateur.
(Le Vieux est mégalomane et il a la folie des hauteurs : « J’ai voulu faire du sport... de
l’alpinisme... on m’a tiré par les pieds pour me faire glisser. J’ai voulu monter les
escaliers... On a pourri les marches. Je me suis effondré. »)
Message :
Il doit sauver le Vieux de ses cauchemars (« Tu n’auras plus envie de pleurer, les savants
et les propriétaires remplacent les papas et les mamans »), mais aussi de la mort (son
Idée sera éternelle).
Sauver les pauvres (empêcher l’exploitation de l’homme par l’homme), la dignité de
l’homme, la vie de l’humanité.
Tantôt un discours humanitaire, tantôt politique, tantôt philosophique, tantôt religieux – à
la fin : pur messianisme (sauver le monde).
Espoir : le petit logis perdu devient un lieu de Révélation (Bethlem ?) – l’espace s’élargit
et devient plus lumineux :
« Par l’éclairage, la petite chambre des vieux doit donner l’impression d’être devenue
immense, comme l’intérieur d’une cathédrale. »
Position de martyr : « Tous mes ennemis ont été récompensé et mes amis m’ont trahi. »
Une vérité rachetée par la souffrance, par l’humiliation à l’infini.
(Élément grotesque : « D’autre part, on n’a jamais voulu me prendre en considération...
on ne m’a jamais envoyé les cartes d’invitation... Pourtant moi, écoutez, je vous le dis,
moi seul aurais pu sauver l’humanité, qui est bien malade. »)
Révélation : « Majesté, écoutez, j’ai eu la révélation il y a longtemps... j’avais quarante
ans... un soir, après le repas, comme de coutume, avant d’aller au lit, je m’assis sur les
genoux de mon père... »
OSCILLATION
Le Vieux est attiré en permanence par l’eau x la Vieille lui rappelle son « message » et il
quitte la fenêtre.
Le message sauve x la foule ne va-t-elle pas les fatiguer ? (Le Vieux est enrhumé et
envisage donc d’annuler la Révélation).
La présentation du message doit apporter la paix et le salut définitif x la cohue des
nouveaux venus sépare de plus en plus les deux vieux.
BALLET :
- Mouvement accéléré pour apporter les chaises, au moins une quarantaine (La
comédienne doit être jeune, parfois on introduit une seconde vieille pour accélérer le
mouvement : l'une entre aussitôt que l’autre ressort.)
Ballet des chaises ponctué des sonneries.
Les psychiatres parlent du rêve de cocon (écheveau des entrées et sorties des
personnages) : rêves vains d’un individu atteint de névrose ou de psychose.
Les deux vieux tournent de plus en plus rapidement – sentiment de vertige,
d’hallucination.
Deux aliénés qui se débattent dans le vide – perpetum mobile – une sorte de ballet
fantastique.
- Fatigue montante (d’abord introduction de chaque personne à part x puis, la Vieille
jette les programmes au hasard).
Les chaises matérialisent l’angoisse des personnages, elle commencent à jouer elles-
mêmes.
- Les vieux ne peuvent que se faire des signes par-dessus les têtes des autres, puis ils ne
se voient plus (« nous sommes bien loin l’un de l’autre… à notre âge, nous devons faire
attention… nous pourrions nous égarer… Il faut rester tout près, on ne sait jamais… »)
Commentaire de Ionesco : « Ces invités invisibles sont les angoisses, la vengeance
inassouvie, la culpabilité, la lâcheté, la vanité, l’humiliation, la défaite des Vieux. Ils sont
vieux eux-mêmes. C’est donc devant leur propre conscience qu’ils espèrent, follement, se
racheter. Mais le remords, implacable, symbolisé par les chaises vides, grandit, s’étend,
remplit la scène, colle les Vieux au mur, les tue. C’est là que les spectateurs croiront voir.
Ils comprendront aisément qu’il s’agit là d’un mal spirituel qui croît de l’intérieur et
dévore. »
TEXTE :
Situation : apothéose (le monde entier – où ce qui en reste – est réuni pour écouter le
message, la pièce se trouve démesurément agrandie, métamorphosée en cathédrale,
l’Orateur est venu pour célébrer la messe, une fanfare triomphale).
Pièce pleine à craquer, attente infinie, étouffement.
Comme dans une sorte d’arche de Noë – tous ceux qui sont destinés à survivre sont là,
tandis que le reste va sombrer dans les eaux.
Le Vieux remercie tous (jusqu’aux ebénistes qui ont fabriqué les chaises).
Mise en scène grotesque de son propre nécrologue : louange de sa femme, ses petites
lubies…
Fin d’une vie de martyr.
Oscillation : vocabulaire religieux, Lumières, nécrologue burlesque.
Suicide programmé : se sacrifier, se salir, pourrir dans l’eau pour que l’Humanité puisse
s’élever vers le Ciel.
Passage par l’humiliation (calvaire).
x parodie: « le sacrifice suprême que personne ne nous demande mais que nous
accomplissons quand même… » ; « au moins, nous aurons notre rue » (Quelle rue ???
puisqu’il n’y a plus de villes !)
L’eau les engloutit et la lumière extérieure s’éteint.
Une chute mortelle des deux Vieux et de l’humanité entière :
Une sorte de Tristan et Iseult (séparés et réunis dans la mort) ou Philémon et Baucis
(visités, eux aussi, par Zeus et Hermès x ici, l'empereur éternel).
Ionesco n’est pas content de cette fin : psychologiquement improbable (entièrement
causée par des besoins dramaturgiques et ceux de la mise en scène = les chaises ont
poussé les vieux en dehors de la scène, vers l’océan) :
x le message n’aura pas lieu, car l’Orateur est muet (échec de la parole et de l’écriture
qui devaient sauver le monde).
Les ténèbres ont vaincu la lumière, tout s’engloutit dans l’eau glauque (Atlantide).
Le phare va rayonner de l’angoisse (comme cette pièce), et non pas de l’espoir.
Une pièce sur le néant, le vide qui envahit les héros.
Tragédie universelle d’une longue agonie (on parle de Roméo et Juliette vieillis).
Tragédie sociale de la décrépitude, de la haine (Huis clos de Sartre).
La pièce la plus beckettienne de Ionesco – (les personnages sont seuls et claustrés dans
leur phare comme Hamm et Clov dans Fin de partie de Beckett) : pessimisme total.
Une mise en abîme (représentation scénique – à la fin, les spectateurs réels rejoignent les
rangs de la foule imaginaire).
Une pièce existentialiste.
Une pièce sur la hantise de la stérilité (À l’heure du bilan, on se rend compte
qu’on a rien fait et les regrets nous assaillent : on aurait pû faire carrière, avoir
des enfants ou amants, voyager, parler à des foules, sauver le monde…)
Volonté de s’accrocher à un idéal et de racheter sa vie au dernier moment.
« Seule solution à cet ennui et ce mal de vivre : faire de sa vie un spectacle, délirer son
existence, mettre son imagination en insurrection permanente, faire sauter le caisson des
apparences. Jusqu’à la mort, peut-être… »
Fin impressionnante : l’Orateur parti, le public réel se trouve doublé du public imaginaire
(les chaises qui font du bruit) : tout le monde attend…
L'arrivée des invités invisibles a semblé être un rêve par lequel se réalisait le désir des
Vieux x une telle interprétation n'est pas totalement cohérente :
« Une chose peut empêcher (les spectateurs) de donner une signification psychologique
ou rationnelle, habituelle, médiocre : que les bruits et les présences impalpables soient
encore là, pour eux spectateurs, même après le départ des trois personnages visibles,
indépendamment de la "folie des vieux". »
Ionesco nous fait entrer dans leur folie.